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OEUVRES
COMPLÈTES
D’AMBROISE PARÉ.
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l'AlUS. — IMPRIMERIE 1)E BOnRGOGNK ET MARTINET,
rue Jacob , Jo.
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OEUVRES
COMPLÈTES
D AMBROISE PARÉ
REVUES ET COLLATIONNÉES SUR TOUTES LES ÉDITIONS,
AVEC LES VARIANTES;
ORNÉES DE 217 PLANCHES ET DU PORTRAIT DE L’AUTEUR 5
ACCOMPAGNÉES DE NOTES HISTORIQUES ET CRITIQUES ,
ET
PRÉCÉDÉES D’UNE INTRODUCTION
sijr l'origine et les progrès
DE LA CHIRURGIE EN OCCIDENT DU SIXIÈME AU SEIZIÈME SIÈCLE,
ET SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D’AMBROISE PARÉ,
PAR
J.-F. MALGATGNE.
Labor improbus omnia vineit.
A. Paré.
TOME DEUXIÈME.
%
»
A PARIS,
CHEZ J.-B. BAILLIÈRE,
LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE,
RUE DE L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE , 17.
A LONDRES, CHEZ H. BAILLIERE, 219, REGENT STREET.
1840
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LE HVITIÉME LIVRE
TRAITANT
DES PLAYES RECEINTES ET SANGLANTES
EN PARTICULIER >.
CHAPITRE I.
DES ESPECES ET DIFFERENCES DES
FRACTVRES DV CRANE.
Apresauoir en bref traité des playes
en general, à sçauoir de leurs diffé-
rences, signes, causes, prognostic et
curation, ensemble des accidensqui
y peuuent suruenir : reste mainte-
nant à traiter de celles qui sont faites
en chasque partie , d’autant qu'elles
diuersifient grandement la curation :
et commencerons à celles de la teste,
continuant par mesme méthode à
toutes les autres parties.
Donc pour entrer en matière , il
faut sçauoir que la teste est aucunes-
fois blessée auec petite contusion sans
playe , et quelquesfois auec incision
du cuir qui couure le Crâne seule-
1 La plus grande partie de ce livre, jus-
qu’au chapitre des Playes de poitrine, avait
paru pour la première fois en 1561 à la suite
de l’ slnatomie de la teste sous ce litre : La
méthode de truilier les playes et fractures de
la teste, auec les pourtrails des instrumens ne-
cessaires pour la curation d’icelle-, nous la ci-
ment : et aussi souuent on troitue
complication des deux , à sçauoir
Playe et contusion. D’auantage , l’os
est aucunesfois fracturé superficielle-
ment , et quelquesfois iusques au Di-
ploé , et souuent en toutes les deux
tables, auec les membranes, com-
prenant aussi la substance du cer-
ueau. Aussi souuenlesfois aduient vne
commotion, ou esbranlement au cer-
ueau , auec ruption d’aucuns vais-
seaux du dedans, et autres accidens.
Ce qui sera déclaré cy apres par ordre,
auec la curation de chacune disposi-
tion où principalement ie suiuray le
diuin : Hippocrates, lequel en son Ji-
ure des Playes de Teste, a fait cinq es-
peces et différences de fractures au
Crâne.
La première est appellée Fente ou
Scissure.
ferons dans nos notes sous le titre d’édition
de 1561. Elle commence d’ailleurs ainsi :
« Apres auoir ainsi cogneu les parties na-
turelles de la teste, maintenant nous faut
déclarer les choses répugnantes à nature, et
spécialement des playes et fractures d’icelles.
Donc pour entrer en matière, etc. »
II.
1
2
LE IIVITIÉME LIVRE,
La seconde Contusion.
La troisième , Embarreure , ou En-
fonsure.
La quatrième, Incision, ou Me* que.
La cinquième , dite Contrefente ,
qui se fait quand l’os est fracturé,
fendu ou esclalé autre part qu’à l’en-
droit où a esté donné le coup.
Et de ces cinq especes sont encores
plusieurs différences : car aucunes
sont grandes, moyennes, petites, et
très petites : aucunes longues, larges,
courtes : aucunes superficielles : Jes
autres iusques au Diploé, et quelques-
fois passent toutes les deux tables.
Les vnes sont de figure droitte, obli-
que et ronde : les autres simples : les
autres composées entre elles , comme
Contusion auec Fissure, et sembla-
bles : les vnes sont compliquées auec
douleur, chaleur, tumeur, flux de
sang et autres accidens : quelques-
vnes sont auec vne ou plusieurs es-
quilles d’os séparés, autres non : tou-
tes lesquelles différences font diuer-
sifier la cure. Or pour soulager ta mé-
moire, ie t’ay bien voulu bailler ces
deux tables pour plus facile intelli-
gence L
1 Ces deux tables manquent dans l’édition
de 1561.
DES PLAYES E1Y PARTICULIER.
o
O
T|A BLE I. DES FRACTVRES DV CRANE.
[Apparente] Au tact,
/ ( A la sonde.
i Contusion
c’est à dire,
cassure ou
froissurede
chose con-
tondante
qui sera
tombée sur
leCrane.ou
pour estre
tombé ledit
I Crâne de
[haut sur
lehose obtu-
lse, Taisant
que les parv
lies de l’os|
I fracturé
Gardent leur|
place , et
demeurent
contigus ,
dontest faite
l’espece de
fracture en
forme de li-
gne , dite
fente ou fêlu-
re , qui esti
En
mesme
os
Non apparente
comme lors qu’elle
lest à l’opposite du'
coup , c’est à dire,
quand la partie<
(frappée demeuran-
te entière, l’oppo-i
\ si te est fracturée ,|
jce qui se fait
En di-
uers os'
Moyenne, dite capillaire, la-,
quelle n’apparoist plus largel
qu’vn poil, et pourtant ne sel
descouurequelquesfois qu’a-|
près l’application de l’huile
et encre.
Du dextrc au senestre.ou au
contraire.commed’uncostédu
Coronalàl’autrecostéd’iceluy.
De haut en bas, comme de la
première table à la seconde.
Du dextre au
senestre , ou ,
au contraire , , *
comme de l’os j «
I pariétal à l’au- 1 g
Ure. [j
Du deuant [ -S
au derrière , I —
ou au contrai- \ er
re, comme du y
front à l’occi- /
vPUt. /
Qui n’ont
aucunes
sutures.
Qui les
ont trop
1 serrées.
Qui les
ont mal
, disposées.
Per-
dent
leur
place
(Embarrure ou brisure en plusieurs / Apparens.
esquilles ou fragmens , dont aucuns | Cachés sous
sont ( l’os entier.
f Ilyauneautresorted’enfon-
— — N Enfonsure ni.and[ sure, qui n’est vraye espece de
membrane , J , ' e’ quand! , . , ,, f jt ,
Hnnt s» fiit I ,a Piece est du tout \ lraclure ■ laquelle se tau es os
f separée ^ tombantJ mollets des enfans, sans frac-
l sur la membrane,] ture diuision, ainsi que la
\ sans eSqUii|es i bosselure en vaisseaux d’estain
[ et de cuiure, sans qu’ils soient
\ rompus.
En partie, comme! Vousture, quand l’os estesleué et rehaussé,
quand l’os rompu est en ]
partie séparé , et tient/
aussi par quelque en-J
droit au sain , dont sef
fait
laissant sous son reply quelque espace
vuide.
Esclature ou brisure en esclals non du tout
séparés.
Incision, c’est à dire,'
fracture faite parchose
trenchante , qui con-
tient sous soy
r Excision ou entailleure, en laquelle l’os est aucunement esleué
et renuersé, tenant neantmoins encores à l’os sain.
Déperdition ou enleueure , en laquelle la piece est emportée ,
dont il y a perdition de substance.
Merque ou siégé, qui est toute incision du Crâne, retenant la
figure du baston, lequel estant rond, quarréou triangulaire,
.rend l’incision semblable.
4
LE HVIT1ÉME LIVRE,
TAULE II
i
Simple, comme quand elles se trouuent à pari.
l Nature j /
Entre elles,
comme
Les différences
communes à toutes
ces especes de
fracture, sont
prises de la
!' Incision auec contusion.
Fente auec embarrure, et ainsi des
autres.
Composée
! Tumeur.
Douleur.
Chaleur, Flux de sang.
Conuulsion , et autres.
«1
Grandes.
Longues.
Larges.
Quantité, dont elles 1 f 1 Profondes,
sont dites / Moyennes. qu * « Médiocres.
\ iUUj Ollllt/dl /
l Petites
Courtes.
Estroites. Superficielles.
' Droites.
I Obliques.
\ Figure , dont elles sont nommées { Transverses.
Situation
Partie, comme fracture en l’os
/ Rondes.
I Triangulaires , etc.
/ Anterieure, postérieure.
Dextre , senestre.
\ Haute, basse.
t Coronal,
\ Occipital.
j Pariétal.
\Petreux, etc.
CHAPITRE II.
DES CAVSES ET SIGNES.
Les causes d’icelles fractures sont
externes, comme clxeutes et coups de
baslon, de masse, de lance, de halle-
barde, de pierres, de hacquebute,
d’espée , morsure de bestes, et autres
semblables.
Il y a doubles signes par lesquels
on connoist les os du Crâne estre frac-
turés : car les vns sont rationaux ,
c’est à dire, se comprennent, et don-
nent à entendre par raison la fracture
du Crâne : les autres sont sensuels,
c’est à dire, monstrent au doigt et â
l’œil telle chose C
Les rationaux concluent tel effect
par les accidens, comme si le patient
est tombé du coup en terre, ou de
haut en bas sus vne chose dure, s’il
a demeuré quelque temps sans parler,
ouïr, ne voir : et aussi par le récit du
patient , qui dit sentir grande dou-
leur, et porte soutient la main à l’en-
droit du mal. Aussi faut auoir con-
1 Dans les édi lions de 1 56 1 et 1 575, il dé-
nommait autrement ces deux espèces de si-
gnes; les rationaux étaient dits cotijecturatifs,
et ce mot a même été laissé par oubli dans
la suite de ce chapitre , et il appelait signes
certains les signes sensuels.
DKS PLAYF.S F.\ PARTICVLIF.R.
templaiion du baston, comme s’il es-
toil pesant et obtus, picquant, tren-
chant, ou autrement : et à la force
de celuy qui a frappé, et s’il estoit en
grande cholere lors qu’il donna le
coup : si le coup est tombé perpendi-
culairement et de droit fil. Aussi sile
patient auoit la teste nue ou bien
couuerte, s'il est tombé en syncope
apres le coup, et s’il a perdu sa ra-
tiocination apres estre retourné du-
dit syncope subit apres le coup , et
qu’il eust esblouïssement des yeux ou
vertigiue, c’est à dire , qu’il luv sem-
blast que tout tournast dessus des-
sous : et s’il a ielté sang par le nez,
bouche, oreilles ou yeux, et s’il a vo-
mi. Car Hippocrates dit, que quand
le cerueau est vulneré , il est neces-
saire que la fiéure et le vomissement
bilieux suruiennent ’. Autant en dit
Galien auCommentaire, etau troisième
de luc's a/7‘'Cfi.s,,cap.3.oùildilquecela
vient quand les fractures paruien-
nent aux membranes du cerueau 2.
Semblablement , si l’os estant desnué
on frappe dessus auec vue spatule ou
sonde de fer, et qu’il sonne cassé,
comme si on frappoit sus vn pot de
terre rompu , c’est signe que l’os est
fracturé : ce que Paul. Ægin. a bien
sceu dire s. Or tous ces signes sont
grandement coniecturatifs, voire cer-
tains que le Crâne soit fracturé, et le
cerueau offensé 4 : de tant qu’il n’ad-
uient point sans apporter conséquence
« Apb. 50, lib. 6. — A. P.
a Dans l’édition de 1561 et 1575, il cite le
troisième livre De lotis a/feciis, ch. vin, à la
tin; dans l’édition de 1579, Galien au Com-
mentaire.
5 Cette phrase empruntée à Paul d’Égine
manque dans l’édition de 156).
* La citation de Celse manque encore
dans l’édition de 1575.
de tel accident comme dit Celsus ,
ure 8. ch. \ . Mais aussi tels accidens
peuuent aduenir sans qu’il y ait frac-
ture , estant seulement commeu , es-
branlé et estonné
Pareillement on a veu aucuns auoir
l’os de la teste cassé, à qui tels acci-
dens n’estoient suruenus, faisans leurs
affaires accoutumées, comme s’ils
n’eussent point esté blessés, durant
huit iours, plus ou moins, qui depuis
ont esté abbatus de plusieurs accidens
iusques à mourir. Parquoy les Playes
et fractures de la teste ne se doiuent
négliger 2.
le veux icy reciter l’aduerlissement
que donne Guidon, qui dit, qu’alors
que la fracture est incertaine , si on
veut connoistre à la vérité où l’os est
rompu , il faut mettre entre les dents
du patient vne cordelette , et frapper
dessus : car au mesme instant, le pa-
tient portera la main au lieu de la
fracture pour la monslrer au Chirur-
gien. Ce que toulesfois ie n’ay sceu
trouuer par expérience, iaçoit que
i’aye pensé plusieurs patiens qui
auoienl l’os fracturé, comme ie voyois
à l’œil. Et suiuant le precepte de Gui-
don , ie leur ay fait serrer auec les
dents vne cordelette , ou bien vn
mouchoir : neantmoins sans laisser à
tenir ferme, ils ne faisoient point sem-
blant de se plaindre, ny de m’ensei-
gner le lieu où l’os estoit rompu : à
cause dequoy ie ne puis bonnement
assurer que ceste raison de Guidon
soit certaine, veu que ie n’en ay rien
1 Le paragraphe finit ainsi dans les trois
premières éditions : El toulesfois on peut voir
qu’aucuns auront fractures d'os qui du com-
mencement ne sera point apperceuë par aucuns
de ces signes : mais telle chose est bien rare.
ï Ce paragraphe manque au moins jusqu’à
la quatrième édition.
G
LE HVITJEME LIVRE,
trouué par expérience '.Non plusque
celuy d’Hippocrates qui aux Coaques
veult, lors qu’on est en doute de la
fracture du Crâne, que l’on donne au
malade vn tronc ou coste d'aspho-
dele ou de ferule à mascher, l’ad-
uerlissant de ce prendre garde , si en
pressant cela entre ses dents et sous
sa mâchoire, il ne sent point quelque
os craqueter : car si les os de la teste
sont rompus, ils ne faudront point
lors à faire bruit et craquetis , dit
Hippocrates 2.
Maintenant nous faut parler des
signes sensuels.
CHAPITRE III.
DES SIGNES SENSVELS.
Les signes sensuels sont ceux qui
se voyent à l’oeil , principalement
1 La fin de ce paragraphe manque dans
les éditions de 1561 et 1575.
2 Bérenger de Carpi avait aussi noté le peu
de valeur de ces signes. Il énumère, comme
Paré, les procédés indiqués par les moder-
nes : les uns conseillent de faire tenir au ma-
lade un fil ciré entre les dents et de frapper
sur ce fil tendu avec un bâton ; si le malade
ressent alors quelque douleur dans la tête,
là est la fracture; sinon il n’y en a pas. D’au-
Ires tirent par secousses sur le fil pris entre
les dents ; d’autres font casser au malade une
noix ou une amande; d’autres font faire au
malade un nœud de paille, et s’il ne peut en-
suite le rompre ou du moins le serrer forte-
ment, ils disent qu’il y a fracture... « J’ai
essayé tout cela , dit Bérenger, et j’y ajoute
peu de confiance. J’ai vu des malades casser
des noix, des noyaux de pêche et des aman-
des et sans douleur, qui avaient cependant
une grande fracture du crâne, dont quel-
ques uns sont morts. » De fraciurd caluœ ,
fol. x.
Du reste, avant Bérenger, déjà Vigo avait
parlé à peu près de la même manière.
quand l’os est descouuert , et au doigt
par le bout de l'espatule , ou du doigt
mesme 1 : aussi quand les cheueux
sont coupés, et demeurent tous droits,
entrans dedans la playe, alors on peut
prédire vrayement que l’os est incisé,
pource qu’il est bien difficile de couper
le poil qui obeïst , que l’os ne le soit
aussi quant-el-quant. C’est vn pro-
gnostic qu’op peut faire deuant que
d’habiller le patient : ce que Hippo-
crates a confirmé.
Aussi peut estre conneuë la frac-
ture quelquesfois au sens du tact,
quand le cuir n’est descouuert, qui
se fera en pressant des doigts sur la
fracture : car alors on sent l’os estre
esleué ou enfoncé outre le naturel2.
Et lors que le cuir est diuisé, l’os es-
tant descouuert , si elle n’est appa-
rente à la veuë , faut chercher auec
la queuë de l’esprouuette, qui ne soit
trop aiguë ny pointue, à fin que trou-
uant quelque naturelle cauité de l’os,
elle ne donne imagination abusiue
que l’os soit fracturé. Elle ne doit estre
aussi trop grosse , à fin qu’elle ne
passe sur les petites fentes sans les
sentir : et lors que l’on touche l’os, si
on le trouue lisse et glissant, nous es-
timons qu'il est entier et non rompu ;
mais au contraire si on trouue aspre-
té, c’est signe qu’il est rompu, pour-
ueu que ce ne soit à l’endroit des su-
tures : toutesfois le Chirurgien doit
soigneusement considérer que lesfrac-
tures se font souuent sur les sutures,
lesquelles n’ont touiours vne certaine
situation.
Or quelquesfois l’os estant contus,
1 Les mots soulignés manquent dans les
éditions de 1561 et 1575.
2 La fin de ce paragraphe manque dans
l’édition de 1561, et A. Paré nous indique
lui-même en marge qu'il a emprunté ces
nouveaux détails à Cornélius Celsus.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
fendu, ou scissure, ne peut estre con-
neu à l'œil ny par la sonde : mais
quand on aura apperceu parles signes
Coniecturatifs cy dessus escrits, faut
par artifice chercher la tissure , par
mixtion d’encre et huile , ainsi que
sera cy apres déclaré. Et ayant con-
neu l’os estre blessé, faut diligem-
ment sçauoir combien le mal est
grand, et y reniedier promptement.
El lors que le coup est sur les sutures,
le mal est difficile à connoislre, si l'os
n’est grandement rompu :pource que
les sutures, ainsi qu’auons dit , re-
présentent les fissures, à cause qu'elles
ont aspérités comme les sutures : au-
quel cas Hippocrates dit , les Méde-
cins estre souuent trompés et deceus,
ainsi qu’il tesmoigne de luy mesme
au liure 5. des Epidémies, en l’histoire
de Autonomus in Omilo.
Apres auoir ainsi déclaré les es-
peces, différences, et signes en gene-
ral des fractures du Crâne : mainte-
nant faut traiter de chacune espece
à part , commençant à la Fissure ou
Fente.
CHAPITRE IV.
DE SCISSVRE , Q VI EST LA PREMIERE
ESPECE DE FRACTVRE.
Si leChirurgienconnoist parles signes
prédits l’os estre fracturé et scissuré,
et qu’il n’y ait playe suffisante : pour
la traiter , faut premièrement raser
le poil, puis couper le cuir muscu-
leux et le Pei icrane auecques vn ra-
soir, et faire la section triangulaire
ou cruciale, de grandeur qu’il sera
besoin (car telle chose ne se peut bien
escrire) éditant touiours tant que
possible sera, les commissures et les
muscles temporaux. Et ne faut que le
7
Chirurgien face difficulté de ce faire :
car il est plus expédient faire vne
incision pour descouurir l’os, que ne le
descouurir et ne connoistre la nature
de la fracture : car ayant fait la sec-
tion et n’ayant rien trouué , facile-
ment la playe se consolide, mesme
commedit Hippocrates: il est meilleur
guarir les maladies auecques longi-
tude de temps en sûreté, qu’auecques
crainte et soupçon en bien peu de
temps 1 .
Doncques ladite section se fera
auecques vn rasoir : et où il y auroit
playe du baston qui auroit donné le
coup, icelle seruira d’vne desdites in-
cisions.
Rasoir pour faire incision.
Aucuns enleuent toute la piece du-
dit cuir musculeux et Pericrane, ce
quei’ay fait plusieurs fois2. Puis apres
1 Cornélius Celsus. — Hippocr. — A. P.
— Ces citations manquent dans l’édition de
1661 ; de même, dans cette édition et celle
de 1575, il n’est point parlé du besoin d’évi-
ter les muscles temporaux.
2 On s’étonne de voir ce mauvais procédé
mentionné ainsi sans autre réflexion par
A. Paré. Pierre d’Argelata , au xiv siècle ,
défendait expressément d’enlever les lam-
beaux résultant de l’incision ; mais il est vrai
s
LE HV1T1ÉME LIVRE ,
faut bien séparer le Pericrane d’auec
le Crâne , de peur qu’on ne le touche
de la Trépané (car tel altouchement
seroit cause d’induire douleur el in-
flammation) en commençant aux an-
gles de la playe auecques tel Cizeau.
Cizeau pour séparer le Pericrane.
Et apres faut emplir toute la playe
de charpy , à fin de tenir les léures
esleuées et dilatées iusques au len-
demain, et par dessus appliquer re-
medes repercussifs et reslraintifs du
de dire que d’autres chirurgiens agissaient
autrement. Il semble que Marianus Sanctus
était de cet avis : valu us ipsum amputare Ji-
(jurû iriungulari, vel oclogonaliler aul crucia-
liter, non dubilule. — De capilis lœsion., in
col/. Uffenbaeh., p. 893. Du reste cette mé-
thode a persisté beaucoup plus tard, el l’on
en retrouve des traces jusque vers la fin du
xvi ii" siècle.
flux de sang. Et s’il aduenoit qu’il
fust impétueux et si grand qu’il ne
peust esire estanché par iceux , alors
faudroit lier le vaisseau , faisant vn
point d’aiguille, commençant àpasser
l’aiguille à la partie extérieure au
trauers de tout le cuir musculeux,
puis la repasser par la partie inté-
rieure et faire le nœud dessus, y ap-
pliquant vne petite compresse ronde
faite de linge, de grosseur d’vn tuyau
de plume d’oye, de peur que le fil ne
coupe le cuir, et euiterla douleur, le
serrant si fort que le sang ne puisse
passer outre ledit vaisseau. Et ainsi
faisant, l’ on estanche les flux de sang
que les remedes astrictifs ne peuuent
faire.
Ce que i’ay fait puis nagueres à vn
charretier, lequel ainsiqu’il estoit sur
sa charrette tomba la teste première
sur le paué en ceste ville , et se feist
vne bien grande contusion sur l’os
Pariétal, partie postérieure : au moyen
dequoy le conuint inciser , tant pour
faire vacuation du sang meurtri ,
que pour auoiresgardau vice de l’os:
et par ladite incision fut coupée vne
arlere. Dont celuy qui le traitoit ne
luy sceut estancher le sang, duquel
ledit charretier auoit perdu si grande
quantité, qu’il ne se pouuoit pas seu-
lement tourner dans son lit et à peine
parler, tant estoit foible et debile1.
Icy i’ay bien voulu réciter telle
histoire, à fin d’instruire le ieune Chi-
rurgien qu’il ne laisse mourir vn
homme par faute d’vn petit point
d’aiguille: lequel ne doit seulement
esire fait en la teste , mais aussi en
1 C’est ici une de ces observations dont la
rédaction n’ayant jamais été changée, pour-
rait soulever des doutes sur la date de la
doctrine professée parl’auteur. Les mots puis
nagueres se rapportent à la date de la pre-
mière édition de ce livre, 1561.
DES PL AV ES F.N PARTICVLIEK.
toutes Autres parties du corps en cas
semblable , s’il est possible faire ledit
point d'aiguille : puis ayant fait cela,
faut situer la leste du malade en haut.
Or pour retourner à nostre propos,
le lendemain sera regardé quel vice
sera en l’os : et au cas qu’il n’appa-
rust aucune fracture au sens de la
veuë et au tact de l’esprouuette ,
neantmoins on coniecture par les si-
gnes prédits y auoir fracture : alors
faut mellre sur l’os qu’on aura de-
couuert de l’encre à escrire , meslée
auec vn peu d’huile rosat, à fin qu’elle
pénétré dedans la fente, s’il y en a ,
et que l’os en soit imbu. Et au pre-
mier appareil d’apres , faut essuyer
l'os et voir si l’encre sera entrée de-
dans, qui se fera en ruginant et ra-
claul l’os auec rugines , iusques à ce
que l’on trouue la fin de la noirceur
de ladite encre , et qu’on verra l’os
estre blanc : et adonc faut cesser.
Autres y mettent vn cataplasme ou
emplaslre astringente , et le lende-
main estant leuée , le lieu appa-
roistra eslre plus sec , qui se fait à
cause d’vne \apeur chaude qui passe
au trauers de la diuision, desseiche le
médicament , et par là la scissure est
demonstrée*.
1 Bérenger expose de même la façon dont
Guy de Chauliac , qu’il appelle magnas
Guiiio, et Nicolas, croient reconnaître les
fractures; en plaçant sur l’os de la poudre de
ma*tic méléc à de l’albumine, et s’il y a
fracture , le lendemain le mastic sera plus
sec dans la direction de la fracture que par-
tout ailleurs. Bertapaglia va plus loin : il a
deux emplâtres qu’il suflit d’appliquer sur le
cuir chevelu rasé, le lendemain on trouve
l’emplâtre desséché au lieu où existe la frac-
ture. « Mais d’abord, dit Bérenger, ou il n’y
a pas encore de matière qui puisse s’écouler
par la fissure, ou il y en a. S'il n’y en a pas,
on comprend que des vapeurs chaudes sor-
tant parla fissure, surtout pendant la fièvre,
9
El apres , encores pour estre plus
asseuré si la Fissure pénétré les deux
tables , faut faire clorre le nez et
la bouche au patient, et le faire ex-
pirer , et regarder si par la fente sort
quelque humidité sanguinolente, à
cause que par tel moyen l’air de la
respiration fait enfler et esleuer la sub-
stance du cerueau et les membra-
nes, dont s’ensuit l’expulsion de cer-
taine humidilé : et si telle chose ap-
paroist, sera vray signe manifeste que
les deux tables sont rompues entiè-
rement : et adonc faut couper l’os par
les Rugines ou par autres instrumens
propres à ce faire, iusques à la Dure-
mere , soy gardant la toucher aucu-
nement. Et si la Scissure estoit fort
longue , il ne la faut pas suiure , car
Nature réunira le reste d’icelle par
vne callosité, qui est comme cica-
trice de l’os : semblablement le Chi-
rurgien , comme dit Celse, doit oster
dessécheront le mastic ; mais s’il y en a, évi-
demment l’emplàtre devra être plus humide
au lieu de la fracture ; et c’est ainsi que ce
signe pourrait être trompeur, s’il n’était di-
ligemment ruminé. »
Maître Bérenger oublie cette fois d'en ap-
peler à l’expérience : on voit que le grand
Guy lui en impose. Du reste, il est à remar-
quer que ce paragraphe d’A. Paré manque
même dans l’édition latine de 1582, il date
donc au plus tôt de 1585.
On peut remarquer aussi que ni Bérenger
ni Paré n’attacbent grande confiance à ces
signes. Bérenger recommande formellement
de ne pas se borner à un seul signe. Il faut
voir et toucher, non avec la sonde, mais
avec le doigt, diviserconséquemmentle cuir
chevelu, hardiment, sans délai, par une in-
ci; ion triangulaire ou quadrangulaire ; dans
la première heure,, s'il est posssible, parce
qu’alors le malade ne le sent pas. Il porte
d’ailleurs celte sentence : qu’il faut arriver
au diagnostic de cette maladie, et si on ne
la connaît pas, on ne la guérit pas. ()p. ci-
laio, fol. xj.
10
LE HV1TIÉME LIVRE,
de l'os du Crâne le moins qu’il sera
possible , pource que la couuerture
de l’os est meilleure que toute autre
matière qui y pourroit estre regene-
rée , apres qu’on l’auroit tranché et
osté'. Mais suffira donner hstie et
transpiration au sang et à la matière
sanieuse, de peur qu’elle ne corrompe
l’os, et se face aposteme au cerueau.
Et ne faut passer à faire ouuerture
en l’os le troisième iour, s’il est pos-
sible , et principalement en Esté; à
cause qu’il n’y a encores inflamma-
tion2. Toutesfois i’en ay ruginé et
trépané apres le septième et dixiéme
iour, tant en hyuer qu’en esté, qui en
sont reschappés : aussi plusieurs sont
morts. le dis ces choses , à fin que ja-
mais on ne laisse les malades sans
ayde : veu que ( comme dit Galien en
sa Méthode ) il est meilleur d’essayer
quelque remede , voire douteux , que
nul : toutesfois en faisant auparauant
bon Prognostique, pource qu’il en
meurt plus sans estre trépanés , que
de ceux qu’on trépané.
Or les instrumens propres à donner
ouuerture aux Scissures sont appel-
lés Rugines , desquelles as icy les
pourtrails de diuerses sortes, à fin que
tu en puisses choisir selon qu’il te sera
besoin : et les pourras toutes insérer
l’vne apres l’autre dans la vis d’vn
manche que tu vois icy , laquelle vis
tu connois assez par les extrémités
desdits instrumens.
1 Cornélius Celsus. — A. P. — Cette cita-
tion de Celse manque dans l’édition de 1 561 .
On y trouve au contraire en marge une
indication omise dans les éditions posté-
rietnes :
« Galien, au liu. vi de la Méthode, dit que
s’il y a des longs fragments d’os du crâne, les
conuient poursuiure iusques à la fin de la
scissure, pourueu qu’on cognoisse qu’il ne
s’ensuiura point de danger. »
D’où l’on voit que Paré était arrivé seul ,
dès 1561 , à professer un principe opposé à
celui de Galien sur cette question ; et ce ne
fut que plus tard qu’il trouva à s’étayer d’un
passage de Celse.
2 Ce précepte est d’Hippocrate, et Paré l'a-
vait adopté dès 1561 ; mais plus tard, ayant
trouvé à s’appuyer de l’autorité de Celse , il
n’y manqua pas ; et on lit en marge de toutes
les éditions subséquentes : " // faut trépaner
le plustosl que faire se peut. » Celse, liu. vm,
chap. 18.
5 Dans la cinquième édition, on ne trouve
ici que les sept premières figures, les trois
autres ayant été reportées, par je ne sais
quelle erreur, au livre des Tumeurs en par-
DES PLA.YES EN PARTICVIJER.
On racle l’os , quand il est fendu et
scissure, à fin de voir iusques où péné-
tré la fente , et aussi pour l'applanir
lors qu’il est rabboleux , noir et ver-
moulu : et aux carlilagesallerés et cor-
rompus. Or il faut cesser de racler
l’os quand on en voit sortir vn peu de
sang: apres on y doit mettre dessus
des pouldres céphaliques, comme ra-
cines d’iris de Florence , de farine
d’iris , tbus , aristoloche , escorce de
racines de panax , lesquels seicbent
et detergent sans acrimonie ny pic-
queure1.
Rugines d'autre façon que les precedentes, pour
couper d’auanlage l'os.
ticidier, ch. des hernies. Je les ai rétablies
comme elles existent dans l’édition de t5Gi,
les deux premières grandes éditions fran-
çaises et l’édition latine.
' Ce paragraphe manque jusqu’à l’édition
latine inclusivement.
1 1
Et pour le dire en vn mot , quand
l’os est seulement fendu ou fissuré,
le Chirurgien se contentera de dila-
ter et ouurir l’os auec les susdites Ru-
gines , et non par trépanés , encore
que la fissure pénétré les deux tables:
et si elle ne descend que iusques à la
deuxième table , ne la faut ruginer
que iusques là : mais si l’os est contus
et cassé en plusieurs pièces , faut les
oster auec instrumens conuenables :
et s’il est necessaire y appliquer la
trépané , on le fera comme nous di-
rons tantost*.
CHAPITRE Y.
DE LA CONTVSION, QVI EST LA SECONDE
ESPECE DE FRACTVRE.
Par Contusion se fait souuentesfois
vne ecchymose , c’est à dire effusion
de sang, sous le cuir musculeux, auec-
ques coagulation dudit sang, sans
1 Paul Ægineta, liu. 6. — A. P. — Ce pa-
ragraphe avec cette citation manque dans
l’édition de 1561.
Fallope a établi trois sortes de fissures :
la fissure complète, la fissure bornée à la
table externe, celles-ci déjà admises par
Hippocrate, et enfin la fissure bornée à la
table interne, la plus grave de toutes, à
cause de la difficulté du diagnostic. Mais
celle-ci est-elle possible?
«Parfaitement, répond Fallope , et vous
pourrez en rencontrer ; et je l’ai vue pour
ma part sur un écolier, gentilhomme de
Brescia, qui avait reçu un coup d’une lourde
épée à la partie postérieure de la tête. J’avais
ruginé l’os à l’endroit du coup sans y trou-
ver aucune fente, ni même de contusion; je
ne sais comment il se fit que je voulus aller
j usqu’au diploé ; je ruginai donc toute l’é-
paisseur de la lame externe qui était intacte,
et j’arrivai sur l’autre lame, où je trouvai
1 ‘2 LE HVIT1ÉI
playes. Et si la contusion est grande,
et que le cuir soit séparé du Crâne,
alors faut faire section et ouuerlure ,
à fin d’euacuer le sang, et n’appliquer
nullement remedes suppuratifs ( ce
qui se pourroil faire en vne autre
partie charneuse) de peur que l’os ne
s’alterastet ouurist : car toutes choses
humides sont contraires aux os : ce
qui sera clairement monstré cy apres.
On voit souuent venir telles Contu-
sions, principalement aux ieunes en-
fans, et le cuir se déprimer, et pour
leur mollesse et rarité le sang décou-
ler entre le cuir et le Crâne, et l’on
sent vne mollesse et inondation à l’en
droit de ladite contusion : ce quei’ay
plusieurs fois ouuert auec vne lan-
cette , et par l’ouuerture faisois sou-
uent sortir vu sang sereux auec
thrombus, qui est sangcoagulé et fort
noir : puis apres , auec compression
modérée et remedes desiccatifs ,
promptement estoient guaris.
Pareillement par vne grande Con-
tusion, le Crâne des petits enfans se
peut enfoncer au dedans, comme l’on
voit aux déliés vaisseaux d’airain , de
plomb, d’estain ou semblables, quand
on presse du doigt dessus il se fait vne
fosse ou cauilé, et quelquesfois se re-
leuent de soy-mesme: et telle chose
se fait principalement aux ieunes en-
fans , lesquels ont encores leurs os
tendres, lanuleux et mois , et à ceux
qui sont de température mollasse,
comme femmes et pituiteux : et où ils
ne se releuent d’eux-mesmes par le
bénéfice de Nature, faut appliquer
vne ventouse auec grande flamme,
afin de retirer l’os enfoncé en son lieu
naturel, s’il est possible, et faire clorre
une grande el insigne tissure. Si nous avions
laissé l’os sans le ruginer, que serait devenu
ce jeune homme? » — Dr vu In. capiiis, Opéra
otnnia. p. 027.
iUE LIVRE,
le nez et la bouche au malade pour
retenir son haleine. Car par ce moyen
le cerueauel les membranes aident à
la ventouse de réduire l’os en sa
place
Et si par la ventouse ne peutestre
réduit, adonc faudra faire section au
cuir, et appliquer vn Tirefons comme
cesluy : et tirer l’os en haut, ainsi que
font les tonneliers quand ils veulent
retirer vne douue du dedans au de-
hors.
Tirefons.
1 Paul. Ægin., liure 6. — A. P. — Cette ci-
tation manque dans l’édition de 1561 ; voici
comment on y lit ce paragraphe :
« Quand on presse du doigt dessus , il
se fait vne fosse ou cauilé .■ el telle chose se
fait principalement aux ieunes enfants, les-
quels ont encore leurs os tendres, lanuleux
et mo's, et en tel cas faut appliquer vne ven-
touse auecques grande flamme, à tin de re-
tirer l’os enfoncé en son lieu naturel, s’il est
possible. » Fol. 124, verso. Je trouve ce mot
lanuleux dans toutes les éditions : le tra-
ducteur latin l’a passé sous silence.
Bérenger de Carpi n’admet pas cet enfon-
cement. Suivant lui , il peut bien y avoir
enfoncement de la table externe avec frac-
ture limitée à la table interne , mais non
simple enfoncement de toutes deux. —
Fol." vu. — Haller lui lait dire qu’il a vu sur
DES PLAYES EN FAfiTICVLIEIt.
i3
El où tel cas aduiemlroil à vn os
solide et espais, et que par tels moyens
ne peust estre leué : adonc faut ap-
pliquer vne petite Trépané et faire
ouuerture au Crâne, au milieu de l’os
qui sera enfoncé , et par l’ouuerlure
l’on esleuera ledit os auec ceste ele-
uatoire à trois pieds , lequel le tirera
de la ligne droite : et a puissance telle
qu’on la peut désirer pour esleuer
les os enfoncés. Sa figure a esté faite
triangle , à fin qu’il peust estre assis
en toutes les parties de la teste1, pour-
ce qu’elle est de figure ronde : pareil-
lement l’on pourra en son extrémité
insérer diuerses pointes, selon qu’il
en sera besoin, ainsi qu’il l’est demons-
tré par ce pourtrait.
Elevatoire à trois pieds.
un adulte te crâne enfoncé absque fructurâ.
Haller ne serait pas tombé dans celte erreur
s’il avait lu le passage que je viens de citer,
ou même s'il avait exactement copié le texte
Bérenger dit seulement, sans fracture ma-
nifeste, absque fraclurd mnnifestA. Fol. ?4.
Autres Eleualoires 1 .
AA Monstrent la pointe de l’Eleuatoire la-
quelle doit estre mouce , à raison que
elle se doit couler doucement dedans la
fracture du Crâne ioignanl la Dure-mere.
Icelle pointe se hausse et baisse, tant et
si peu qu’il est besoin.
B Le corps de l’Elcuatoire, lequel doit estre
quarré, à fin que la pointe dudit Eleua-
toire, qui s’y inséré, ne varie et tourne:
l’extremité d’iceluy corps doit estre ap-
puyé sus l’os sain, à fin de tenir ferme-
ment.
1 Ces deux Élevatoires manquent dans l’é-
dition de 156t et de 1575. Le deuxième pré-
sente une ressemblance frappante avec le
tirloir des dentistes modernes.
l4 LE HVITI^ME LIVRE
L’vsage d’iceluy Eleuatoire est tel
qu’il faut, estant bien mis dedans la
fracture, sousleuer la main en haut ,
à fin d’esleuer l’os rompu et em-
barré.
C Monstre la première branche du second
Eleuatoire, l'extremité duquel se coule
par dessous l’os embarré et fracturé.
D La seconde branche laquelle doit s’ap-
puyer sur l’os sain , à fin de tenir coup
pour esleuer lediLos embarré.
L’vsage d’iceluy est tel , qu’il faut ,
estant bien accommodé , presser le
manche en bas , car par telle com-
pression la première branche souleue
l’os fracturé.
El où il aduiendroit que l’os seroit
rompu et déprimé d’vn costé seule-
ment, sans que toute la piece fust en-
foncée , il faut pour l’esleuer et don-
ner issue aux choses estranges , faire
onuerture auec Scies semblables à
celle cy.
Scie propre à couper les os de la teste.
Car par icelle on peut couper
de l’os (sans comprimer dessus)
tant et si peu qu’on voudra, sans estre
en danger de comprimer l’os fracturé
sur les membranes et par conséquent
sur le cerueau.
Et si l’os n’estoit contus queiusques
à la seconde table ou moins, et qu’il
n’y eust signe que la fracture ne pe-
netrast plus outre , il suffira de des-
couurir l’os iusques à la fin de la Con-
tusion , de peur qu’il n’acquiere in-
flammation ou autre mauuaise dispo-
sition : laquelle chose se fera auec
vne Trépané exfoli itiue, par laquelle
se fera amputation de l’os , tant et si
peu que l’on voudra*.
Trépané exfolialiue.
1 Les éditions de 1561 et 1575 ajoutent ici
un paragraphe en partie supprimé dans les
suivantes :
« Galien, au liure de V su partium, dit que
l’os se peut enfoncer en bas par vne grande
contusion, et subit retourner en son lieu. Et
telle chose se fait principalement aux bien
ieunes, pour la chaleur viue et multitude
d’esperits: et en tel cas suruiennent quel-
quefois plusieurs accidents, par faute que
telle chose n’est cogneuë au chirurgien , qui
ne donne issue au sang respandu entre les
deux tables et quelquesfois sur la dure-mere
et sur le cerveau : dont la mort s’ensuit le
plus souuent. D’auantage aduient maintes
fois que la première table dudit crâne est
entière et que la seconde est rompue , auec
esquilles qui compriment la dure-mere, qui
est cause de la mort du patient : ce que i’ay
veu aduenir à vn gentilhomme de la com-
pagnie de M. d’Estampes , etc. » Fol. 127,
verso.
L’histoire de ce gentilhomme a été repor-
tée au ch. vm.
DES PLAYES EN PART1CVLIER.
i5
CHAPITRE VI.
DES EMBARRVRES OV ENFONCEVRES , QVI
EST POVR LA TROISIÈME ESPECE DE
FRACTVRE.
Par grands coups orbes, comme de
baston pesant , rond ou quarré , en
ruant ou frappant , aussi par cbeutes
d’enhaut en bas à plomb (comme
nous auons dit ), souvient les os du
Crâne sont froissés , fendus et enfon-
cés plus ou moins et en diuerses ma-
niérés , selon la vehemence du coup
et la diuersité des inslrumens qui
blessent , et la partie qui est endom-
magée. Et par ainsi selon la diuersité
desdites fractures, et desdits accidens
qui enensuiuent , faut changer de re-
medes et instrumens.
Or posons le fait que l’os soit en-
foncé auec vne ou plusieurs pièces
d’esquilles séparées, lesquelles se peu-
uent tirer et esleuer sans l’application
de la Trépané : laquelle chose se
pourra faire auecques Eleuatoires
propres à ce faire , comme celles qui
te sont icy pourtraites.
Eleuatoires '.
■ Dans l’édition de 1561 , à ces deux
Or il faut bien se donner garde, en
esleuant et tirant lesdites esquilles
ou portions d’os , qu’on ne blesse les
membranes : car aucunes ont des as-
pérités et pointes qui les peuuent
blesser en les tirant, si l’on n’y prend
bien garde. Aussi quelquesfois on ne
les peut extraire sans accroistre l’ou-
uerlure de la fracture : et en tel cas ,
où il y auroit espace et lieu à mettre
l’extremité de ces tenailles, facilement
on pourra couper auec icelles , tant
et si peu de l’os que l’on voudra ,
pour donner issue ausdites esquilles
séparée , sans appliquer la Trépané :
ce que i’ay fait plusieurs fois auec
bonne issue. L’operation desdites te-
nailles est plus brefue et plus seure
que par la Trépané : ce que nous de-
uons tousiours chercher.
figures d’élevatoires était jointe la suivante,
qui a été retranchée depuis. Folio 129,
verso.
i6
LE IiVlTlEME LIVRE ,
Tenailles capitales incisiues , dites Bec de Perroquet C
Et d’abondant tu as encores icy
figures diuerses de petits cizeaux ,
auec le maillet de plomb , pour ap-
planir les aspérités des os , ensemble
des pincettes , dont les figures sont
telles.
Figures de diuers cizeaux et pincettes, auec
maillet de plomb.
1 Dans l’édition de 1561 , elles sont appe-
lées : Tenailles capitales pour inciser et briser
le Crâne tant et si peu que l’on voudra, qui se
fait par le bénéfice d’vue viz.
i Ces tenailles manquent dans les éditions
de 1561 et 1575.
Or il faut en cest endroit noter qu on
ne doit appliquer Trépané ny Eleua-
toire sur l’os entièrement fracturé,
de peur qu’en pressant dessus ou ne
blessast les membranes : mais seront
appliqués sur l’os sain et entier , et le
plus près de la fracture qu’on pourra,
à fin de n’oster l’os et ne decouurir
le cerueau que le moins qu’on pourra.
Pareillement faut encores bien noter
que si la fracture esloit grande, cest
à dire longue, ne la faut du tout os-
ter: non plus que les longues Fissu-
res ne doiuent aussi estre suiuies
(comme nous auons dit), mais suffira
donner issue à la matière , et esleuer
l’os s’il comprime les membranes,
comme nous auons dit cy deuant. Car
Nature reünit et glutine le Crâne par
vn callus , comme elle fait aussi és
autres parties du corps.
Ce qui a esté fait puis nagueres 2 à
l’vn des seruiteurs de monsieur Grolo,
lequel eut vn coup de pied de mulet
i Cette observation est déjà dans l’édition
de 1561. A. Paré nous apprend par une note
marginale, que Grolo était conseiller du Roy
au grand conseil.
I)IS PLAYES EN PART1CVL1ER. 1
à la teste, de sorte que le crampon du
fer luy fractura et fit embarrure à
l’os Coronal. Et estant mandé pour
le penser, ayant conneu l’os estre eu
foncé au dedans, ie feis section trian-
gulaire pour appliquer la Trépané.
Et le lendemain le trepanay pour es-
leuer l’os fracturé , et ayant fait l’ou-
uerture, voulus extraire l’os fracturé,
et le voulant tirer hors , conneu la
grandeur d’icelle fracture (parce que
l’os bransloit ) , laquelle comprenoit
depuis le milieu du front iusques au
petit Canthus ou coin de l’œil. Adonc
cessant de tirer cest os, ie commen-
çay à l’esleuer en haut, de façon qu'il
ne pressoit plus la Dure-mere, et par
l’ouuerture de la Trépané issoient les
matières, et la Dure-mere auoittrans-
piration : neantmoins feis prognosti-
que audit Grolo (lequel estoit fort
curieux de faire traiter son seruiteur)
qu'à grande peine , veu la grandeur
de ladite fracture , pourroit-il res-
chapper: toutesfois, grâces à Dieu,
il est guéri, reste l’œil du costé de la
fracture qu’il a perdu.
Partant ne faut oster les grandes
pièces d’os , si elles ne sont du tout
séparées de l’os non fracturé , pource
qu’ils se reiinissentparvncallus, ainsi
que les os des autres parties: ce qui
est attesté et commandé par le diuin
Hippocrates , au liure des playes de
la leste1, et par Celse, comme nous
auons dit cy dessus. Et à ceste fin et
intention , Nature , entre les deux ta-
bles du Crâne appellé Diploé , a fait
prouision d’vn aliment sanguin pour
reparer la substance perdue : com-
me en la cauité des autres os , vn
1 Ici finit le chapitre dans l’édition de
1501; la citation de Celse a été ajoutée à
celle de 1575, et la dernière phrase à celle
de 1570.
II.
aliment qui lient de la nature de
moelle '.
CHAPITRE VII.
DE I..\ QVATRIÈME ESPECE DE FP.ACTVRE ,
QVI EST INCISION, APPELLÉE d’IIIPPO-
cp.ates mep.ove ov siEOE : autrement
figure délaissée du baston duquel l'os
aura esté frappé.
Il y a semblablement plusieurs es-
peces d’incisions faites au Crâne : au-
cunes superficielles , autres moyen-
nes, pénétrantes iusques au Diploé,
1 Paré traite ici beaucoup trop briève-
ment des enfonceures du crâne, pour les-
quelles il semble regarder l’opération comme
toujours indispensable. Bérenger commence
par distinguer les grands enfoncements qui
lèsent le cerveau par compression, de l’en-
foncement de simples esquilles qui piquent
et blessent les membranes. Or, l’enfon-
cement, même considérable, n’enlraine pas
toujours des accidents assez graves pour
obliger le chirurgien à agir.
« J’ai vu pour ma part, dit-il, une grande
et notable compression sans fracture mani-
feste, dans un autre âge que l’enfance; la
peau n’était point divisée et il y avait pour-
tant une concavité notable à la tète, et les
malades ontélé guéris par les emplâtres, sans
fâcheux accidents. Je traite en ce moment
un enfant qui a l’os fortement déprimé, et il
n’y a aucun accident fâcheux.
»> Quelquefois la compression produit des
songes pénibles, j’en suis témoin parce que
je l’ai vu une fois sur un certain Ricio, co-
cher des dames de la noble famille des Pio,
à Carpi, lequel, à l’âge de vingt-cinq ans,
eut le crâne enfoncé d’un coup de clef : dans
ses songes il se croyait attaqué par des en-
nemis et jetait des cris ; mais il avait peur et
criait même dans la veille , et enfin il avait
des momens de sommeil et de veille où il
était tranquille et ne criait pas. D’après ces
signes, mon père fit une incision à la peau,
2
i8
LE HVITJÉME LIVRE
autres pénétrantes toutes les deux ta-
bles : aucunes sont auec perdition de
la substance d’os : aucunes sont lon-
gues, autres courtes : aucunes lar-
ges, les autres estroites : aucunes sont
faites auec vn instrument aigu, com-
qui n’avait reçu qu’une contusion axec un
peu de gonflement, et l’os mis à nu fut
trouvé rompu et enfoncé. Le lendemain axcc
une scie fine, on fit l’opération comme la
cure l’exigeait, et ayant extrait une certaine
quantité d’os, on porta en-dessous un éleva-
toire, et l’on releva tout l’os enfoncéqui était
un très grand morceau et qui ne bougea
plus de sa place. Une demi-heure après
l’homme avait repris son ancienne intelli-
gence, et il guérit ensuite avec les soins con-
venables. » Fol. 24.
Il avait vu aussi comme A. Paré que ces
grands fragments peuvent encore se repren-
dre, parce qu’ils adhèrent toujours en quel-
ques points au reste du crâne ou à la dure-
mère. Le crâne reçoit en efl'etsa nourriture des
vaisseaux du péricràne et de la dure-mère
« QuC le crâne reçoive sa nourriture de la
dure-mère, j’en ai fait l’expérience à Flo-
rence sur un enrant de douze ans ou envi-
ron, fils d’un teinturier, qui avait reçu un
t coup de pied d’un mulet. Il y avait un (rag
ment du crâne détaché de toutes parts, de
l’étendue d’une grande hostie, et enfoncé an-
dedans de l’épaisseur d’un couteau. Je fus
appelé avec maître Alexandre de Ripa, phy
sicien, et un certain Tanfura, chirurgien, et
ayant vu l'os enfoncé, nous voulions le rele-
ver avec les instruments convenables. Mais
dans nos tentatives nous vîmes une veine
notable rompue d’où sortait une grande
quantité de sang, ce qui rendait le cas fort
périlleux , et nous abandonnâmes l’os qui
empêchait le sang de couler, espérant le re
lever plus tard : et dans le cours du traite-
ment nous vîmes que l’os était toujours vi-
vant, et qu’il n’arrivait point d’accidents
graves Je restai seul chargé de la cure , et
je vis l’os se consolider par les côtés à 1 aide
d'un cal ; je le laissai , et 1 enfant guéi it par-
faitement bien.
» J’en avais vu auparavant d’autres exem-
ples, et j’en ai vu encore depuis, que j’omets
pour cause de brièveté.
» J’ai vu aussi plusieurs compressions surla
tête d’enfans, survenues par'une chute ou par
la maladresse des sages-femmes, et que j’ai
guéries sans qu’il survint de ces rêveries. Je
crois que c’est que la compression n’était pas
assez forte pour les produire.» Fol. 25, recto.
Passant ensuite à l’histoire des simples
esquilles enfoncées qui piquent ou compri-
ment les membranes, il établit qu’il faut
scier le crâne sur le côté, agrandir la fissure
et extraire l’esquille : il n’y a pas d’autre
moyen de guérison.
» J'en ai eu un exemple notable sur un
certain Philippe Donella de Carpi, qui était
resté un an entier avec un gros fragment
enfoncé sous les os. La pluie, qui était fort
longue, s’était cicatrisée en entier, hors à ses
extrémités où il restait deux orifices qui ne
voulaient pas se fermer et qui versaient de
la sanie au moins depuis six mois. Il avait
été traité par son frère, qui était assez bon
opérateur, et par mon père. Appelé après
eux, je rouvris la blessure dans toute sa lon-
gueur et la dilatai encore dans sa largeur.
J’enlevai une portion du crâne sur le côté,
et je trouvai surla dure-mère une grosse et
longue esquille que j’enlevai. Je mondifiai
la plaie, et je guéris complètement mon ma-
lade qui encore aujourd’hui se porte bien. »
Fol. 25, verso.
11 y a quelquefois de ces esquilles enfon-
cées qui ne piquent ni ne lèsent en aucune
façon les membranes. 11 n'y a pas d’acci-
dents fâcheux; mais un médecin habile re-
connaît leur présence, parce que le traite-
ment se prolonge plus qu’il ne devrait, qu’il
sort du pus de dessous les os et qu’il n’y a
pas de graves accidents; car il y en aurait
si la suppuration venait de toute autre cause.
Dans ces cas, s’il y a une large ouverture,
la nature finit par expulser ces esquilles ;
mais il vaut mieux venir à son secours.
J'en ai extrait plusieurs fois, dit Bérenger,
dans des cas de ce genre.
Enfin de semblables esquilles peuvent
provenir d’une trépanation faite avec de
mauvais instruments , de telle sorte que l’os
DES PLAYES EN PAUTICVLI ER .
me la pointe d’vne dague, poinçon
ou de hallebarde , ou autres sembla-
bles. Aucunes sont compliquées auec-
ques Contusion , Fissures et Embar-
rures et autres accidens :'et selon
icelles différences faut pareillement
diuersifier la cure. Et partant en au-
cunes d’icelles seront appliqués Ru-
gines, ïrepane et autres inslrumens,
selon que la nécessité le requerra,
comme auons dit par cy deuant.
Or il faut icy noter, que s’il aduient
qu'il y ait grande playe apres auoir
coupé du tout l’os, et que portion du
cuir musculeux fust demeurée sans
estre entièrement coupée : en tel cas
ne faut paracheuer de couper ledit
cuir, ny séparer l’os (qui sera du tout
coupé) d’auec le Pericrane , mais ré-
duire lesdils os et cuir ensemble en
leur lieu. Ce que Celse commande *,
s’éclate et qu’il reste sous le crâne de petits
fragments. « J’ai vu ce cas d’une esquille en-
foncée par l’action du trépan, sur vous-
même, grand prince (on sait que son livre
est dédié à Laurent de Médicis), étant un de
vos médecins. Nous manquions d’instru-
ments, en sorte que la trépanation fut faite
comme on put, et une petite esquille s’en-
fonça sous les os. Cependant avec la grâce
de Dieu et l’habileté des médecins, l’os fut
extrait, et vous fûtes rendu à la santé. »
1 Même observation que pour les autres
citations de Celse. L’édition de 15G1 dit sim-
plement : Ce que ie feis au capitaine thj-
(lron , etc.
En conséquence, on peut présumer que
Paré était arrivé de lui-même à ce mode de
traitement, et c’est là un des points où il
avait laissé derrière lui les chirurgiens de
son siècle. Bérenger de Carpi même n’aurait
osé se comporter ainsi. Dans les simples
plaies à lambeau , il conseille bien de réu-
nir par suture, en laissant à la partie la plus
déclive un orifice pour l’écoulement du pus,
et cette conduite lui a souvent réussi; mais
tout aussitôt il ajoute :
« Note cependant, lecteur, ce que j’ai dit,
>9
et feis au capitaine Hydron, lequel
puis peu de temps fut blessé en ceste
ville d’vn coup d’espée au milieu de
l’os coronal. Et estoit ledit os coupé
du tout iusques à la Dure-mere, de
grandeur et largeur de trois doigts
ou enuiron , tellement qu’il se ren-
uersoit sur le visage et ne tenoit plus
qu’au Pericrane et cuir musculeux,
enuiron trois doigts : et promptement
voyant icelle playe, fus quasi d’opi-
nion de paracheuer du tout le cou-
per : mais consideray qu’Hippocrates
et les autres bons praticiens ont lous-
iours prohibé de ne laisser le cerueau
descouuert, s’il est possible : puis i’es-
suyay le sang qui estoit tombé sur la
Dure-mere, laquelle on voyoit fort
mouuoir à l’œil : puis renuersay la
piece qui estoit séparée , la posant en
son lieu : et pour la mieux tenir, feis
que la suture convient quand il n’y a ni
lésion des os, ni lésion dupéricrànc; si on la
faisaitdans ces cas, elle deviendraitune cause
de mort ; pource qu’alors il faut déterger
et ouvrir, et non coudre et fermer les plaies,
» Toutefois je prends Dieu à témoin que
j’ai vu un cas que j’ose à peine rapporter, vu
sa gravité. Dans ma jeunesse, il arriva à
Carpi qu’un certain Bernardino Spacino bles-
sa Bernardino Vicentino ( tous deux étant
soldats de l’illustre seigneur fllarco Pio de
Carpi ) avec cette arme qu’on appelle Ron-
cha , et lui sépara l’os du front de haut en
bas jusqu’aux sourcils , en sorte que l’os te-
nait à la peau, et que la peau détachée paï-
en haut et sur les côtés ne tenait plus que
vers les sourcils; et elle était renversée avec
l’os frontal sur les yeux du blessé. Mon père
fut appelé et commença par détacher l’os
de la peau du front ; cette pièce d’os était
longue et large comme le front tout entier ,
et la dure-mère n’était nullement lésée.
Après l’avoir enlevée, il réunit le lambeau
par suture, sans laisser aucun soupirail, et
appliqua du blanc d’œuf avec des étoupes. A
la seconde visite il appliqua mon cérat hu-
main , qu’il renouvelait tous les jours ; et le
20 LU IIVITIE
trois points d’aiguille aux parties su-
périeures, et mis des petites tentes aux
costés de la playe, à fin de donner is-
sue à la sanie. Et le tout fut si bien
blessé guérit en dix jours, comme si c’eût
été une plaie simple ; et il a vécu long-temps
après ; et on apercevait toujours le mouve-
ment de diastole et de systole à l’endroit
d’où l’os avait été enlevé. » Fol. 44 verso.
La méthode de Fallopc en cas pareil est bien
plus étrange encore. Quand l’os est décou-
vert, dit-il, il faut savoirque deux heures seu-
lement d’exposition à l’air suffisentpour le re-
froidirel entraîner la mortification de sa sur-
face; il faut alors commencerparenlevercctle
surface altérée, et puis réunir la plaie par ag-
glutination. Si l’instrument vulnérant a en-
tamé l’os de manière à découvrir le diploé ,
il est inutile de rugincr ; mais il faut enlever
la portion d’os qui tient au lambeau.
« Écoutez une belle histoire que confirme
le sentiment d’Hippocrate et de Galien. Il y
a quelques années un écolier, durant la nuit,
reçut une blessure à la tête: une partie du
cuir chevelu était renversée, et un fragment
du crâne était séparé des os. Tandis qu’on
réchauffait la plaie, je \is que l’os n’avait
point souffert; il n’y avait point besoin de
ruginer, parce qu’il était couvert de sang et
que la plaie allait jusqu’au diploé; j’enlevai
le fragment et je réappliquai le lambeau.
» Il y avait avec moi un certain écolier;
de retour dans son pays, il fut appellé pour
un domestique blessé de la même manière,
mais plus grièvement, car une portion du
cerveau était enlevée ; il fit comme j’avais
fait, et son malade guérit.
» Bons dieux ! quel honneur s’attira celui-
ci avec une détestable méthode! Je vous
avertis de ne pas l’imiter , car s'il faut es-
sayer la réunion par agglutination quand 1 os
est mis à nu, je ne dis pas qu’il en soit de
môme quand le cerveau est découvert ; il
faut alors placer dessus une lame d’or, sur
laquelle vous rabattrez la peau et le péri-
cràne ; parce qu’il convient a la nature de
la chair humaine et de la membrane, comme
vous comprendrez. Je ne vous dis donc pas
d’imiter cet écolier, par ce qu’il en pour-
E LIVRE ,
adapté, que par la grâce de Dieu il en
guérit, iaçoit qu’il eust eucor plu-
sieurs grands coups d’espée, tant au
trauers d’vne cuisse, qu’au visage,
et vn autre au costé droit près la mam-
nielle, passant le long des costes , pé-
nétrant outre de l’autre part en la
partie basse de l’Omoplate.
Et pou r conclure , ne faut faire
amputation de l'os ny cuir musculeux
qui cornue le Crâne, et moins enco-
res des os d’iceluy, sinon le moins
qu’il sera possible , de peur que le
cerueau ne soit descouuert.
CHAPITRE VIII.
DE LA CINQVIÉME ESPECE DE FRACTVRE,
OVl SE FAIT DV COTÉ OPPOSÉ DV
COVP.
La fracture se fait quelquesfois du
costé opposite du coup : comme si le
coup est en la partie dextre , la Frac-
ture ou fissure se fait au costé senes-
tre : qui est vne chosebien dangereuse,
à cause que rarement on peut con-
noistre le mal , et n’y a moyen ny ar-
tifice vray de le connoislre, comme
dit Hippocrates , liure De vulneribus
capitis: par quoy en tel cas quand la
mort s’ensuit , le Chirurgien est excu-
sable. Ce que ie puis vrayement at-
tester auoir veu aduenir, neantmoins
que Paul Ægineta s’en mocque, disant
que nature a fait le Crâne de plusieurs
rait résulter les plus grands inconvénients. »
(Jp. omnia, p. 040.
N’esl-il pas curieux de voir Fallopc , qui
dans ce livre même traite \igo d’empirique,
conseiller un moyen que les derniers des
charlatans n’employaient, comme nous l’ap-
prennent Franco et Paré, que pour voler la
pièce d’or aux malades!’ Voyez plus bas ,
chap. xxii.
DES PLVVf.S ICN l'ABTICVLI Fit.
pièces et commissures qui le sépa-
rent, à fin que s’il aduenoit Fracture
à vu costé , qu’elle ne fust communi-
quée à l’autre. Et ainsi conclut qu’i-
celle Fracture ne peut eslre faite au
costé opposite du coup.
Or ie dis que telle chose est vraye
en ceux qui ont leurs commissures
parfaites : mais en ceux qui n’en ont
point ou sont imparfaites, il se pourra
faire qu’vu costé estant frappé , l’au-
tre opposite soit blessé. Ce qui est
aduenu plusieurs fois , et mesmes
puis nagueres à l’vn des seruiteurs
de monsieur du Mats , Control-
leur des Postes , lequel eut vu coup
de pierre sur l’os Pariétal, partie
dextre , auecques petite playe et
grande contusion et tumeur. Et luy
fut faite incision pour aggrandir la
playe et faire vacuation du sang con-
tenu en ladite tumeur. Et fut traité
par deffuntmaistre Thierry de Hery1,
duquel suis asseuré qu’il n’oubiia
rien à faire son deuoir , pource qu’il
auoit Dieu douant les yeux, et qu’il
estoit bien exercé à la Chirurgie. Et
apres l’incision faite, conneut à l’œil
que l’os estoit entier : neantmôins
auoit coniecture grande que l’os pou-
uoit eslre fracturé , pource qu’incon-
tinent qu’il fut frappé, tomba en terre
et vomist : et eut autres accidens qui
denotoient Fracture. Tant y a que le
'Dans l’édition de 1501, on lit : de [f uni
maislre Thierry de Hery , Lieutenant ■pour
lors du premier Barbier du Roy. Or si l’on
considère que Paré donne cette observation
comme récente , puis nagueres, il devient
fort vraisemblable que Thierry de Hery ne
fit jamais partie du collège des chirurgiens ,
comme l’ont écrit Quesnay dans ses Recher-
ches sur l’origine de ta Chirurgie en France ,
cl Devaux dans son Index ftinereus. Ce der-
nier se trompe aussi étrangement en plaçant
la mort de Thierry de Hery en 1599.
2 t
patient mourut le vingt et vniéme
iour , dont ledit Thierry m’enuoya
quérir, par la persuasion dudit du
Mats, pour sauoir la cause de sa mort.
Et luy ayant scié le crâne, trouuas-
mes à la partie opposite du coup,
l’os scissuré et fendu , grande quanti-
té de sanie et aposteme en la Dure-
inere,et mesme en la substance du
cerneau , et ne luy fut trouué au-
cune commissure , excepté les deux
Mendeuses.
Et partant conclus par autorité
d’Hippocrates , et par raison el expé-
rience, qu'il se peut faire Fracture du
côté opposite du coup, principalement
à ceux qui n’auront commissures, ou
qu’elles soient fort jointes ensemble.
D’autre costé, il n’est pas aussi im-
possible que la fissure se face à l’op-
posite du coup assis au mesme os. et
non en l’autre, en ceux qui ont le
crâne bien conformé et distingué par
sutures. Et telle est l’intention d’Hip-
pocrates en ce passage : parquoy ne
doit estre suiuie l’opinion deCelseen
ce lieu , estimant le coup assis en vn
os , et la Fissure en vn autre : ny de
Pauius Ægineta, reiettant la sentence
d’Hippocrates comme chose impos-
sible '.
Et fa u t noter que l’opposite du coup
en mesme os se peut entendre en deux
maniérés. Premièrement, quand la
1 Toutes ces citations, même celle de
Celse, se trouvent dans l’édition de 1591.
Bérenger a aussi ouvert une discussion
sur cette question, savoir si un coup sur la
tète peut fracturer l’os au point opposé; mais
il ne la résout pas de la même manière. Je
donnerai une exacte analyse de son argu-
mentation.
Celse, et peut-être Avicenne, et Nicolas
de Florence croient à cette espèce de frac-
ture; Nicolas dit, par exemple, avoir xu un
cordier qui avait reçu un coup de clé sur la
LE HV1TIÉME LIVRE,
22
fracture est en la mesme superficie de
l’os frappé : comme si la partie d’vn
des os bregmatis qui est vers la su-
ture lambdoïde , estant frappée , celle
qui est vers la suture coronale se
monstre blessée. Secondement, quand,
non la superficie qui a receu le coup
est blessée , mais celle seulement qui
est au dessous, comme lors que la pre-
mière table est frappée sans eslre frac-
turée , et que la seconde est rompue.
Ce que i’ay veu aduenir à vn gentil-
tempe droite; on découvrit le crâne en ce
point : il n’y avait pas de fracture ; cepen-
dant au 20- jour il survint du frisson , de
la fièvre; et le 23e apparut un ecchymose
(livedo) à la tempe opposée , avec gangrène
de la peau. Les chairs gangrenées ayant été
enlevées, on trouva là une fracture du crâne ;
toutefois le blessé succomba.
Cela paraît décisif ; mais plusieurs sont
d’opinion contraire: par exemple, Paul d’E-
ginis, le subtil Ilino de Garbo, Gcntilis de
Fulgineo, le grand Guy et beaucoup d’autres.
Bérenger est fort embarrassé. A la vérité, Gen-
tjlis n’est pas ferme dans son opinion , et
dit qu’il tient un fait contraire de quelqu’un
digne de foi. L’autorité de Celse est plus
grande encore ; mais , d’un autre côté ,
le texte d’Avicenne n’est pas clair, et Dino
l’a entendu tout différemment ; et tout bien
considéré, Paul et Dino et le grand Guy
l’emportent; Bérenger s'appuie d’ailleurs sur
trois autopsies qu’il a faites, et où il a trouvé
simplement des abcès sans fracture au lieu
opposé à la percussion. Entin, dernière rai-
son, il est possible qu’un individu reçoive
un coup de bâton ou un coup de pierre, et
tombe sur le côté opposé du crâne, où la
chute produira une fracturequi passera ainsi
pour une fracture par contre-coup... « Je ne dis
point qu’elle soit impossible , mais je dis
qu’elle est fort difficile ; et je dis que nom-
bre de fois les médecins accusentjine frac-
ture au lieu opposé et qu’ils font un pur
mensonge , parce que beaucoup se mêlent
de cet art, qui ignorent les premiers éléments
de la médecine. » Fol. 11 à 13.
homme de la compagnie de monsieur
d'Estampes, lequel fut blessé sur la
breche du chasteau de Hedin , d’vn
coup d’harquebuse qu’il receut sur
l’os Pariétal , ayant vn habillement
de teste, lequel la balle enfonça sans
estre rompu, ny pareillement le cuir,
ny le crâne extérieurement : et le si-
xième iour mourut apoplectique.
Dont aduint que pour l’enuie que i’a-
uois de connoistre la cause de sa mort,
ie luy ouuris le crâne, auquel trou-
uay la seconde table rompue , auec
esquilles d’os qui estoient insérés dans
la substance du cerueau, encore que
la première table fust entière *. Ce
que pareillement atteste auoir veu et
monstre depuis à messieurs Chape-
lain, premier Médecin du Roy, et Cas-
lelan premier de la Royne, en vn gen-
tilhomme qui fut blessé à l’assaut de
Rouen.
Or Hippocrates ne baille aucune
maniéré de traiter icelle cinquième
espece de fracture , pour-ce qu’on ne
peut vrayemeulconnoistre lelieu bles-
sé : pourtantle plus souuenl sont mor-
telles. Toutesfois se faut efforcer à les
connoistre , en appliquant dessus
(ayant tout rasé le poil) vue emplastre
qui sera faite de poix liquide , et de
poix noire , cire, auec terebentine et
pouldre d’Ireos et Mastich : et si on
voit quelque endroit estre plus hu-
mide et plus mol , et aucunement tu-
méfié et enflé, on pourra dire par con-
ieclure qu’en tel endroit doit eslre la
fracture scissurée. loint aussi que le
i Tout ce paragraphe a été ajouté dans
l’édition de 1575. Seulement l'histoire du
gentilhomme d’Estampes se lisait, dans l’é-
dition de 1501 , à la suite du chapitre des
contusions (voir la note delà page 14). La
phrase suivante manquait et était remplacée
par celle-ci : ce que pareillement de Vigo
atteste auoir veu aduenir.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
23
patient met souuent la main à l'en-
droit où est la fracture : et voyant
telles choses auec autres signes con-
iecluratil's par cy deuant escrits, plus-
tot que laisser le patient mourir, ie
conseille de trépaner, vsanl parauant
de bon Prognostique aux païens et
amis du patient : aussi appellant con-
seil tant de Docteurs Médecins , que
Chirurgiens, de peur qu’il nesetrouue
empescbé, si d’auenture le patient
vient à mourir : car ce sera chose plus
aisée à quatre de le porter en terre, qu’il
ne seroit à vn seul *.
Or retournons à nostre propos ,
concluans qu’entre les especes des
fractures du Crâne , sont quatre qui
peuuent deceuoir le Chirurgien. La
première, quand l’os est contus, et
promptement retourne en sa place.
La seconde, quand il y a vne petite
scissure comme vn poil. La tierce ,
quand l’os est esclalé au dedans, et
par dehors est entier. La quatrième ,
quand l’os est fracturé à la partie op-
posite du coup.
CHAPITRE IX.
DE LA COMMOTION OV ESBRANLEMENT
ET CONCV SSION DV CERVEAV.
D’auantage faut entendre qu’outre
les susdites fractures , il se fait vne
autre disposition appellée Commo-
tion, ou esbranlement et concussion
du cerueau, qui cause semblables ac-
cidens que les fractures du Crâne 2 :
1 Cette sentence était d’abord restée con-
fondue dans le texte ; mais dans les derniè-
res éditions , A. Paré l’a jugée digne d’être
mise mieux en relief, et il l’a répétée dans
une note marginale.
2 Gai. 2. de la composition des medicamens;
chap. 6, et surl’Apb. 58, sect. 7. — A. P.
laquelle Commotion se fai t pour auoir
tombé de haut en bas sur chose so-
lide et dure, ou par coups orbes,
comme de pierre ou d’vne masse , ou
d’vn coup de lance, ou l’air d’vn coup
d’artillerie , ou du tonnerre tombant
près delà personne, voire delà main,
ou autres semblables. Qu’il soit vray,
Hippocrates au 5. liure des Epidémies
en escrit ceste histoire qui s’ensuit.
Vne fort belle pucelle fille de Nerus,
aagée de vingt ans, estant frappée
par maniéré de ieu sur l’os du Breg-
ma, delà main estendue d’vne sienne
amie , fust incontinent surprise de
Vertigine sans respirer. Aussitost
qu’elle tust de retour en sa maison ,
vne fiéure aiguë la saisit, auec dou-
leur de teste et rougeur de la face, et
au septième iour elle vuida par l’o-
reille dextre vn bon verre de boue
puante et rougeastre , et luy sembla
estre allégée. Mais de rechef la fiéure
suruint, et lors fust assoupie ne pou-
uant parler, auecconuulsion de la par-
tie dextre de la face et difficulté d’ha-
lener. Aussi la conuulsion et tremble-
ment de tout le corps ensuiuit, la
langue liée, l’œil immobile, et au
neufiéme iour elle mourut.
D’auantage noteras que le patient,
iaçoit qu’il y ait vnarmet ou autre ha-
billement de teste, lorsqu’il sera frap-
pé, neantmoins par grand effort et
esbranlement de la teste , se peuuent
rompre veines et arteres, non seule-
ment celles qui passent et entrent par
les sutures, mais aussi aucunes de
celles qui vont par cy et par là entre
les deux tables, au lieu dit Diploé,
tant pour suspendre et attacher la
Dure mere contre le Crâne, à fin que
le cerueau ait son mouuement plus
libre , que pour porter le sang et ali-
ment au Crâne: au lieu qu’iceluyn’a
moelle , ains est nourri du sang con-
LF, IIVITIiSme LIVRE,
q4
tenu au Diploé , ainsi qu’auons dé-
claré en l’Anatomie. Dont s’ensuit
flux desang, qui découle ou entrel’oset
les membranes, ou entre les membra-
nes et le cerveau :eten cest endroit le
malade sent grande douleur, et laveüe
s’obscurcist : lequel sang estant hors
de ses propres vaisseaux se corrompt
et putréfié. Ce qui est approuué par
Hippocratesen l’Aphorisme, Si inyen-
trem sanguis prœter naturam L Dont
plusieurs accidensaduiennent, comme
esblouïssement de veuë, vomissement,
lequel se fait parlacolliganceet ami-
tié qu’a l’estomach auec le cerueau ,
par les nerfs de la sixième coniugai
son, lesquels descendent du cerueau,
et se vont insérer à son orifice supé-
rieur, et de là en toute sa substance:
au moyen dequoy,par la société qu’ils
ont ensemble, se comprime, resserre
en soy, et comme se renuerse, et alors
iettepremierement ce qui est contenu
en sa capacité, et d’abondant, ce qui
y peut affluer des parties qui luy sont
voisines et alliées , comme du foye et
vessie du fiel : entre lesquelles choses
la bile, comme la plus mobile, et par
legereté naturelle prompte à suiure
ce mouuement par le haut, sort la
première, et en plus grande abon-
dance , qui est la vraie cause du vo-
missement bilieux, tant rechanté par
les Médecins, és solutions de conti-
nuité qui aduiennent tant au Crâne
qu’au cerueau. Quelque temps apres
suruient inflammation aux membra-
nes, et au cerueau : à raison du sang
qui sort des ve nés et arteres rompues
pour la violence du coup, et espandu
par la substance du cerueau, se cor-
rompt et pourrit incontinent.Tellein-
1 Paul. Ægin. — Cornélius Celsus. — Hipp.
Aph. 20. liu. 0. — A. P. — I.’édilion de 1 56 1 ne
cite en cet endroit ni Paul d’Æginc niCelse.
flammation est communiquée à toutes
les parties du corps, se fait ûéure aussi
tost , aussi aduient resucrie, par alte-
ration du cerueau et assopissement ,
par alienation , lesquels accidens és
playes de teste sont fort dangereux,
suiuantl’autoritéd’Hippocrates en l’A-
pb orisme ,Incapi lisictu.obslupescen tia
et elesipientia malum1 : et stupeur, qui
est diminution de mouuoir et sentir,
faite par l’obstrue lion des voyes et
conduits de l’esprit animal : puis apo-
steme et pourriture au cerueau, auec
tres-grande difficulté de respirer, qui
prouient du cerueau offensé, qui fait
que le thorax , qui est propre instru-
ment de la respiration , ne peut faire
son office, pour-ce que les muscles
qui ont mouuement du cerueau et de
l’espine médullaire , par l’esprit ani-
mal enuoyé par les nerfs, ne peuueut
esleuer ledit Thorax, parce qu’ils sont
priués de la faculté de mouuoir : et
par tels accidens la mort s’ensuit 2.
1 Hipp. Aph. 14. liu. 6. — A. P.
2 Les chirurgiens qui ont précédé A. Taré
se sont assez peu occupés de la commotion.
Bérenger de Carpi , dans ses définitions, admet
une commotion sans fracture , qui enlève
subitement la voix au malade; et il cite un
cas de mort sur le seigneur Hercule de Mars-
cliotis. Les accidents proviennent non seule-
ment de la rupture des nerfs du cerveau ,
mais encore des veines et de la putréfaction
du sang épanché , sans que l’on puisse con-
naître le siège «le l’épanchement. II cite d’ail-
leurs à l’appui de ses idées l’autorité de
Celse.
Plus loin , au fol. 15, il revient sur ce su-
jet ; la commotion est due à une chute de
haut, un coup d’un instrument contondant ;
les sigpes sont la perte de la voix , ce qui
accuse la rupture des nerfs ; mais comme il
y a sept paires de nerfs cérébraux , les acci-
dents varient selon les nerfs lésés. Quant à
la rupture des veines, elle ne produit les
accidents que plus tard.
DES PLAYF.S K N PAItTICVIlFR.
Tous lesquels acculons, ou la plus
part , on a veu aduenir au feu Roy
Henry dernier décédé, lequel au lour-
noy receut vn très-grand coup de
lance au corps, qui fust cause luy es-
lcuer la visiere, et vn esclat du con-
trecoup luy donna au dessus du sour-
cil dextre, et lui dilacera le cuir mus-
culeux du front près l’os transuersa-
lement iusques au petit coin de l’œil
senestre, et auec ce plusieurs petits
fragmens ou esquilles de l’esclat de-
meurèrent en la substance dudit œil,
sans faire aucune fracture aux os.
Donc à cause de telle commotion ou
esbranlement du ccrueau , il décéda
l’onzième iour apres qu’il fut frappé.
Et apres son deces, on luy trouua en
la partie opposite du coup, comme
enuiron le milieu de la commissure
de l’os Occipital, vne quantité de sang
espandu entre la dure-mere et Pie-
mere : et alteration en la substance
du ccrueau , qui estoit de couleur
fiaue ou iaunaslre, environ la gran-
deur d’vn poulee : auquel lieu fust
trouué commencement de putréfac-
tion : qui furent causes suffisantes de
la mort aduenue audit Seigneur, et
non le vice de l’œil seulement. Ce
qu’aucuns ont voulu referer à la cause
de sa mort : car on a veu plusieurs
qui ont receu de plus grands coups
que cestuy sur les yeux, neantmoins
ne sont morts
Comme aussi on a veu de fresclie
mémoire, à monsieur de saint Ieau,
escuyer du Roy : lequel estant au
tournoy qui fust fait deuant l’hostel
de Guise , eut vn coup d’esclat de
lance par dedans sa visiere, de lon-
1 J’ai fait voir dans mon Introduction,
contre l’opinion de M. Villiaume, que Paré
avait assisté Henri II dans cette blessure ,
bien qu’il n’en soit fait aucune mention ici.
gueur et grosseur d’vn doigt, sous
l’œil dedans l’orbite, pénétrant de trois
doigts ou enuiron dedans la teste : et
letrailay auec bonne compagnietant
de Médecins que de Chirurgiens , par
le commandement du Roy Henry dé-
funt : entre lesquels estoient mes-
sieurs Valeran, Médecin ordinaire du
Roy, Eoys Duret, Rodolphe de l’Or,
Docteurs Regents en la faculté de
Medecine à Paris, et Iacques le Roy >,
Chirurgien ordinaire du Roy : neant-
moins la playe faite par vn si grand
coup a esté guariepar l’aide de Dieu.
Et d’abondant en cest endroit ne
veux laisser en arriéré la tres-grandc
playe que monseigneur François de
Lorraine, Duc de Guise, receut deuant
Boulongne , d’vn coup de lance, qui
au dessous de l’œil dextre, déclinant
vers le nez, entra et passa outre de
l’autre part , entre la nucque et l’o-
reille , d’vne si grande violence que
le fer de la lance auec vne portion du
bois fust rompue, et demeura dedans,
en sorte qu’il ne peut estre tiré hors
qu’à grande force , mesmes auec te-
nailles de mareschahnonobstant tou-
tesfois cesle grande violence , qui ne
fust sans fracture d’os, nerfs, veines, ar-
tères cl autres parties rompues elbri-
sées par ledit coup de lance , mondit
Seigneur grâces à Dieu fust guari1 2.
Dont conclurons qu'aucuns meu-
rent de bien petites playes, les autres
reschappent de tres-grandes , voire
qui sont entièrement desesperées, tant
aux Médecins qu’aux Chirurgien*.
> L’édition de 15G1 porte: Iacques le Roy
et le liait d’Amboise , Chirurgiens ordinaires
du Roy. Jehan d’Amboisea été rayé depuis.
2 Cette histoire fut publiée d’abord en 1552
dans la seconde édition des Playes d’hacque-
buies, fol. 79. Voyez d’ailleurs ce que j’en ai
dit dans la vie d’A. Taré.
2 b LE HVIT1ÉME LIVJîE
Mais telles choses se doiuent quelque-
fois referer aux températures, et prin-
cipalement à Dieu , qui tient la vie
des hommes en sa main.
Et te suffise de la commotion du
cerneau, et des especes de fracture
du Crâne. Maintenant faut parler du
Prognostique.
CHAPITRE X.
DV PROGNOSTIOVE.
Il ne faut négliger les playes de la
teste, et n'y eut-il que le cuir incisé
ou contus : mais encores moins lors
qu’il y a fracture au Crâne, à raison
que quelquesfois suruiennenl grands
accidens, et le plus souuent la mort:
principalement aux corps cacochy-
mes, comme sont verolés, ladres, hy-
dropiques, phthisiques, ou he tiques,
bouffis, lentignicux,et généralement
tous cachecliques : car ù tels, leurs
playes sont difficiles à curer, et bien
souuent impossibles 1 : à raison que
les playes ne se guarissent que par
vnion et consolidation , lesquelles
choses ne se font que par affluence de
bon sang et louable, et par la force
de nature. Or l’affluence de sang de-
faut aux hecliques et phthisiques : le
sang bon et louable defaut générale-
ment à tous cacochymes et cachec-
tiques : comme la force et vigueur de
la faculté naturelle manque à tous
deux.
Les fractures de teste faites à ceux
qui releuent de maladie, sont difficiles
à curer, et quelquesfois impossibles.
Les playes de teste faites par con-
tusion sont plus longues et dilficiles
1 Le reste de ce paragraphe manque dans
l’édition de 1561.
à guérir, que celles qui sont faites
par incision.
L’os ne se rompt point, que la chair
de dessus ne soit blessée , excepté en
1 1 fracture qui se fait à l’opposile du
coup.
Les os des enfans sont moins durs
et plus déliés , arrosés et imbus de
sang, que ceux des vieux : et partant
s’altèrent et pourrissent plustost. Par-
quov telles playes sont plus dange-
reuses et mortelles qu’elles ne sont és
vieilles gens, parce que leurs os s’al-
tèrent et pourrissent plustost, à raison
qu’ils sont de température pluscliaude
et humide, et par conséquent plus
faciles à pourrir : et pour leur ten-
drelé et mol lessecommuniquent plus-
tost leurs pourritures aux membranes
elcerueau, dont la mort s'ensuit plus-
tost qu’à ceux qui sont d’aage viril >.
Combien que és vieilles gensles playes,
tant celles qui sont à la chair que
celles qui sont és os de la teste, ne
s’agglutinent, et vinssent pas si tost
que és enfans, à cause que les vieilles
gens ont les os plus secs et plus durs,
et par conquent moins agglutinables:
et ont moins de sang , et mesme ce
peu ce qu’ils en ont est plus sereux,
et p’r conséquent moins propre à
faire l’agglutination.
L’homme vit plus longtemps d’vne
playe mortelle faite au Crâne, en
hvuer , qu’en esté : à raison qu’en
hyuer la chaleur naturelle est plus
forte qu’en esté : pareillement l’hu-
meur se pourrit plustost en esté qu’en
hyuer, au moyen quelachaleurcontre
nature est plus grande en esté qu’en
hyuer. Cequi est approuué par Hippo-
crates en l’Aphorisme quinziéme du
premier liure: Ventres hyetne, etc. Et
1 Le reste de ce paragraphe manque dans
l’édition de 1561.
DIS PLAT K S EN l'ARTlCVLIER .
où la chaleur naturelle ne peut curer
la fracture , Nature estant plus forte
prolonge la vie.
Les playes du cerueau et des mem-
branes sont mortelles le plus sou-
rient-, à cause que souuentesfois s’en
ensuit ablation de l’action des mus-
cles du Thorax et des autres seruans
à la respiration : dont de nécessité la
mort s’ensuit. Ce que nous auons par
c y deuant déclaré.
Si apres vn coup donné à la teste
il suruient tumeur, et se perd tost ,
c’est mauuais signe : si ce n’est par
cause raisonnable, comme apres vne
saignée , purgation ou medicamens
résolutifs : ce qui est prouué par Hip-
pocrates'.
Quand la fiéure vient au commen-
cement , c’est à sçauoir dans le qua-
trième ou septième iour (ce qu’eile
fait le plus souuent) on peut iuger
qu’elle vient pour la régénération de
la sanie, ainsi qu’il est escril par Hip-
pocrates: D uni pus confiritur , etc. 1 2.
Et telle fiéure n’est tant à craindre
lors, que quand elle vient apres le
septième iour, auquel iour a de eous-
lumede laisser le patient : mais quand
elle vient au dixiéme ou quatorzième,
et auec froid et tremblement, elle est
dangereuse, pource qu’il y a suspi-
cion qu’elle soit causée de quelque
putréfaction qui se fait au cerueau ,
ou à la Dure-mere , ou au Crâne ,
principalement si elle est accompa-
gnée d’autres accidens : comme si la
couleur de la playe n’est rouge, mais
blaffarde , comme chair lauée : la-
quelle chose se fait à raison que la
chaleur naturelle est presque estein te,
et le Pus deuient visqueux , pource
que la chair est liquéfiée. Puis tost
1 Hipp. Aph. 65. liu. 5. — A. P.
2 Hipp. Aph. 47. liu. 2. — A. P.
V
apres ladite playe deuient aride et
seiche , comme d’vne chair sallée , et
quelquesfois de couleur plombée et
noirastre , ne iettant quasi rien , à
cause que la chaleur naturelle est pa-
reillement languide et quasi suffo-
quée : qui est signe de corruption qui
se fait en l’os qui lors se fait aspre
et esleué (comme on le trouue lors
qu’il est carieux et pourri ) où auna-
rauant esloit lisse et poly : et en fin
deuient de couleur iaunaslre , puis li-
uide, quand il est corrompu d’auan-
tage : et entre les deux tables y a
matière purulente et sanieuse, ce que
i’ay veu plusieurs fois : et alors l’on
peut prognosliquer le patient eslre
en péril et danger de mort.
Mais si ladite fiéure procédé d’Ery-
sipelas fait ou à faire, le plus souuent
n’est mortelle.
El pour discerner et sçauoir si ladite
fiéure est causée de matière Erysipé-
lateuse ou bilieuse : c’est qu’elle sera
tierce et qu’elle commencera auec
grand froid, puis vient la chaleur auec
sueur .- et ne laissera le patient iusques
à la suppuration ou resolution de la
matière bilieuse. Aussi les léuresde la
playe , et autres parties à l’enuiron ,
seront tuméfiées , ensemble toute
la face, auec grande inflammation
aux yeux , ayant les maschoires et
col roides et tendues , ne pouuant
tourner la teste ny ouurir la bouche.
Or telle defluxion Erysipélateuse est
engendrée et faite de sang cholérique,
subtil , chaud et sec , lequel occupe
communément la face par deux rai-
sons : la première , pour la subtilité
de l’humeur : l’autre, pour la tenuité
et rarilé du cuir. Ainsi les accidens
sont plus grands que d’vne fluxion
phleginoneuse , qui sont chaleur et
douteur poignante et mordante, auec
rougeur tirant sur le citrin ou iaunas-
9$ LF. IlVITllîME
trc , parce que chacun humeur donne
sa teinture au cuir, comme auons dit
cy dessus. Et subit qu’on presse du
doigt dessus, la couleur s’esuauoüist ,
et tost retourne'.
Et pour la curation, faut auoirdeux
intentions: l’vneà l’euacua ion, l’au-
tre à la réfrigération et humectation.
Et si l’humeur est simplement cholé-
rique, ne faut saigner , mais le pur-
ger par remedes qui purgent la cho-
lere, appelles des anciens , Cholago-
gues. Toutesfois si c’estoit vn Erysi-
pelas phlegmoneux , faudrait faire
saignée de la veine Céphalique , du
costé auquel le mal serait plus grand.
Et pour ce faire appelleras le Méde-
cin, si tu es en lieu où on le puisse
recouurer. Et apres les choses vni-
uerselles faites, il faut appliquer me-
d ica mens refrigeratifs et humcctatifs,
comme Succum solani , semperuiui,
pnrtulacœ , lactucœ , vnibiiici veneris ,
Icnticulœ palustris , cucurbitœ : des-
quels vseras selon que les pourras re-
couurer, pource qu’il n’est necessaire
les prendre tous , mais icy sont mis
pour à fin d’en vser des vns ou des
autres. Pareillement pourras vser de:
Acetosa, coda in aqua commuai ad m. ij.
Postea pistetur et coletur per setaceum, ad-
dendo vnguenti rosacei vel populeonis por-
tionem aliquam.
Et autres semblables , lesquels se-
ront renouuelés iusques à ce que la
chaleur qui est contre Nature soit
esteinle. Et faut euiter toutes choses
onctueuses et oléagineuses , à raison
que promptement s’eufiamment et
feraient le mal plus grand. Puis apres
s’il est besoin , l’on vsera de remedes
résolutifs.
i Gai. 13. de la Meth. au liu. des tumeurs
contre IVature. — A. P.
LIVRE ,
Et icy noteras que c’est vn bon si-
gne de guérison , lors que l’humeur
est iellé du dedans au dehors : et au
contraire , quand il retourne de de-
hors au dedans, c’est mauuais présagé,
ainsique l’experience le monstre. Ce
qu’aussi Hippocrates aescrit1.
Quand l'os est purulent , il vient
des pustules à la langue , pource qu’il
tombe de la sanie par les trous du pa-
lais sur ladite langue: et quand elle
y est arrestée, par son acrimonie fait
esleuer lesdites pustules : et quand
tel accident advient, peu de gens en
reschappent.
C’est vn mauuais signe, quand le
malade vient comme apoplectique
apres auoir esté frappé : car tel acci-
dent ne monstre seulement l’os estre
blessé , mais aussi le cerueau , lequel
se peut pourrir et sphaceler : ce qui
est prouué par Hippocrates2, disant
que quandl’os eslia purulent, il naist
des pustules à la langue, et le malade
meurt n’ayant les sens entiers : et
aux vns suruient conuulsion ou spas-
me à la partie opposite du coup.
Aussi I on voit commnnémentpar ex-
périence, qu’apres tel spasme la mort
aduient, et vn seul n’en reschappe :
ce que i’ay tousiours veu , ouurant la
teste de ceux qui de tels accidens
mouraient , où i’ay trouué portion de
la substance du cerueau et des mem-
branes pourrie et sphacelée 3.
1 Hipp. Ap. 25. liu. (j. Erysipclas ab in-
lerioribus, etc. — A. P.
2 Hipp. au liu. des play es de teste. — A. P.
Ainsi qu’on peut le remarquer, Hippo-
crate est fort souvent cité dans ce livre.
. s A partir de la seconde édition, on lit ici
un paragraphe qui n’y a été mis et conservé
que par une erreur manifeste. J’ai donc dù
le supprimer en cet endroit et le renvoyer
au chap. 33, De la cure des Playes de poi-
trine, auquel il appartient évidemment.
UES PL A.YES EN PARTICVLIER.
CHAPITRE XI.
POVRQVOY LE SPASME VIENT A I-’OPPO-
SITE DV COVP.
Or la cause pourquoy le spasme
vient à l’opposile du coup, a esté ius-
ques icy par plusieurs recherchée,
mais non assez clairement expliquée:
pource m’a semblé bon de vouer vn
chapitre à part à telle question 1 .
l’estime tel accident prouenir à rai
son de la douleur de la playe, et aussi
que les humeurs et esprits naturelle-
ment courent vers la partie blessée ,
lesquelles deux choses espuisent, sei-
chent et consument le costé de la par-
tie saine , dont puis apres tombe en
conuulsion. Ce qui se peutprouuer
par Galien au quatrième liure De vsu
partium , qui dit que le souuerain
conducteur a conioint les trois esprits
en mutuelle connexion et infragile
confédération parleurs productions,
qui sont veines , arteres et nerfs : par
quoy si vn defaut en vn membre , les
autres pareillement les négligent : et
partant la partie demeure languide
et deuient en atrophie, où elle se
meurt du tout. Et si on m’obiecte que
Nature a fait tout nostre corps double,
à fin que si vne partie estoit blessée ,
l’autre demeurast en son entier, ie
l’accorde. Mais ie nie qu’elle ait fait
tous les vaisseaux doubles : car il n’y
a qu’vne veine pour le nourrissement
de tout le cerueau et de ses membra-
nes, qui est le Torcular : par laquelle
la partie senestre blessée peut espui-
1 En effet, dans l’édition de 1561 , cette
dissertation n’avait pas un titre séparé, et se
trouvait confondue avec le Prognostique ;
dans l’édition de 1575 même, ce chapitre et
le suivant étaient encore réunis au précé-
dent.
29
ser l'aliment de ladextre , et par con-
séquent causer la conuulsion par de-
faut d’aliment*.
Or il est vray qu’aux parties où les
muscl s congenerés sont égaux en
grandeur , force et nombre , la reso-
lution d’vne partie cause conuulsion
accidentaire à l’autre, mais au cer-
ueau ne se fait ainsi : car les deux
parties, c’est à sçauoir dextre et se-
nestre, font chacune leur office à part,
et ne s’attendent l’vne à l’autre, com-
me il appert en paralysie: autrement
il s’ensuiuroit qu’icelle , lors qu’elle
est vniuerselle ( c’est à sçauoir de la
moitié du corps) apporteroit quant
et soy conuulsion à la partie opposite.
Ce qui est faux comme on voit iour-
nellement par expérience. Par quoy
ie conclus ( sauf meilleur iugement )
que le spasme qui est à l’opposite du
coup vient par inanition et faute d’a-
liment et nourriture 2.
Toutesfois Dalechamps, en sa Chi-
rurgie Françoise, est enceste opinion :
« Pour liquider ceste doute (dit-il) fan l
présupposer ce signe de conuulsion
en la partie contraire, proposé d’Hip-
pocrates ,aduenir quand pour la gran-
deur et vehemence de l’inflammation
faite en la partie blessée, quija est
tournée en gangrené du cerueau et
de ses membranes , auec commence-
ment de sphacele au lest , le patient
doit mourir. En telle disposition et
ainsi conditionnée , est necessaire le
sentiment et mouuement estre perdu,
comme nous voyons aux autres gan-
1 Je ne dois pas omettre que Paré signale
ces dernières lignes à l’attention du lecteur
par celte note marginale : Grande anno-
tation.
2 Là s’arrêtait la théorie du spasme dans
l’édition de 1561. Tout ce qui suit a été ajouté
en 1575. La Chirurgie française de Dalc-
champs avait paru en 1570.
3o LE HVIT1EME LIVRE
grenes, par l’extinction de la chaleur
naturelle : et d’auanlage par la gran-
deur de l’inflammalion cstre tellement
bouchés les conduits de l’esprit ani-
mal , qu’il ne peut descendre ou pas-
ser aux parties inférieures et pro-
chaines du cerueau de ce costé-là: et
quand bien y pourroit descendre et
passer, si seroit-il inhabile à commu-
niquer et porter la vertu du sentiment
et mouuement, estant infect et al-
téré de la putréfaction aduenue en la
playe.
» i,’où s’ensuit que la partie blessée,
priuée de sentiment, n’est prouoquée
à se retirer, pour secourre et chasser
de soy ce qui luy pourroit estre mo-
leste, luy demeurant le sens : et pour
ceste raison les nerfs procedans d’elle,
ne sont aussi point retirés et affligés
de conuulsion : d’auantage que tous
les nerfs ayans leur origine de ceste
partie, sont destitués de la présence
et assistance de l’esprit animal , com-
me a esté déclaré : et de là procédé la
paralysie des parties situées au costé
de la blessée. Car paralysie se fait, ou
estant le nerf coupé, comme aux
grandes playes : ou estant le passage
d’iceluy bouché , comme en l’apo-
plexie: ou estant sa substance ab-
breuuée et molliüée de quelque hu-
meur subtile, ou par quelque grande
intemperalure tellement offensée ,
qu’elle ne peut receuoir l'affluence et
vertu de l’esprit animal.
«Quanta la partie contraire et sa
conuulsion, nous tenons pour chose
accordée , le spasme estre fait ou par
repletion, qui en eslendanl la sub-
stance des nerfs raccourcit : ou par
inanition, quand, estant consommée
et dissipée leur humidité naturelle,
la propre substance d’iceux est des-
seiebée et retirée, comme nous voyons
vne corde de lui h approchée du feu :
ou par sentiment de quelque vapeur
ou de quelque humidité sanieuse, acre
et mordante, ou d’vne douleur exces-
siue , comme il aduient en l’epilepsie
causée d’vne exhalation veneueuse
qui du pied monte au cerueau : aux
picqueures des nerfs, quand, estant
fermé l’orifice de la playe, la matière
sanieuse y est retenue : et aux playes
des nerfs, quand quelque nerf estant
seulement à demy coupé , excite dou-
leur vebemente. Or nous trouuonsen
la partie contraire de la blessée, deux
de ces causes insignes: vne matière
sanieuse resudante de la gangrené ,
acre et cuisante, que Hippocrates au
dénombrement des accidens mortels ,
pour signifier sa malignité , appelle
lchora, et au liure des Fractures, Dra-
cryon, et non Pyon : d’auantage , vne
vapeur exhalante de la gangrené ,
puante et infecte, comme d’vne cha-
rongne pourrie. Ce n’est donc mer-
ueilles si la partie contraire , estant
son sentiment bon et entier, est offen-
sée, tant de la matière sanieuse que
de la vapeur infecte , et pour les de-
cbasser se relire, secout, et branle, à
quoy s’ensuit la conuulsion des nerfs
qui prennent leur origine d’icelle ,
comme en l’cpilepsie. A mon iuge-
ment, voila comment se doit expli-
quer le dire d’Hippocrates et d’Aui-
cenne. Hors l’occasion d’vne playe
ainsi mortelle , les praticiens adno-
tenl quelquesfois en la partie blessée
estre paralysie, en l’opposite conuul-
sion : quelquesfois en la blessée con-
uulsion , en la contraire paralysie :
quelquesfois en toutes deux conuul-
sion et paralysie : quelquesfois en
chacune d icelles séparément conuul-
sion ou paralysie , sans que l’autre
soit offensée : mais icy n’est le lieu
DES PLATES EN PARTICVLIIR.
de rechercher les causes de cela. »
Voila le discours de Dalechamps1 Il.
CHAPITRE XII.
SOMMAIRE DES SIGNES MORTELS CY
DESSVS MENTIONNÉS.
Et pour retourner à noslre propos
et te dire tout en sommaire : de tous
les accidens susdits , tu peux l'aire
prognostique de la mort du patient,
lors qu’il perd sa ratiocination , et
n’ayant plus de mémoire parle sans
occasion, et a les yeux tenebreux,
n’oyant point , et se veut ietter hors
du lict, ou ne peut mouuoir, ayant
heure continue , auec pustules à la
langue, qui mesme luy deuient seiche
et noire , et sa playe aride , ne iet-
tant aucune chose ou bien peu, et de
couleur comme chair salée : ou s’il
luy suruient apoplexie, phrenesie,
spasme, paralysie , et le pouls formi-
1 II est assez remarquable que Paré, après
avoir rapporté tout au long l’opinion de Da-
lechamps , ne s’arrête pas à la combattre.
Nousavons vu dansl’Introduction qu’il esti-
mait Dalechamps, qu’on a rangé à tort parmi
ses adversaires. Sans doute il a pensé qu’il
lui suffisait d’avoir exposé la sienne ; du
reste, pour ne laisser aucun doute, il a pris
soin de mettre à la fin cette note marginale :
Opinion de Dalechamps, toute contraire à celle
de l’autlieur.
Je dois avertir le lecteur que le chapitre
ne se termine pas ici , même dans les édi-
tions complètes revues par A. Paré lui-même.
Il s’y trouve une annotation au chirurgien sur
les playes du ventre, qui n’a nul rapport avec
ce qui précède ni avec ce qui suit , et que
j’ai dù retrancher avec d’autant moins de
scrupule, qu’elle se trouve reproduite à sa
véritable place , au chap. xxxvi , Cure des
playes du ventre inferieur.
cant , retenîion d’vrine et autres ex-
crcmens, et s’il tombe souuent en
syncope : alors fais ton prognostique,
que bien tost ton patient mourra.
Or les susdits accidens viennent
quelquesfois aux premiers iours, et
quelquesfois assez long temps apres
le coup donné.
Et s’ils viennent au commencement,
c’est quand le cerueau est blessé par
incision, contusion , compression ou
ponction, ou par commotion que nous
auons par cy deuant appelle Esbran-
lement.
Et quand ils viennent quelque temps
apres, c’est lors qu’il suruient inflam-
mation , et que le sang se putréfié, et
que l’os se fait purulent , et par con-
séquent aposleme au cerueau ».
D’abondant noterez que souuentes-
fois vne playe faite au Crâne cause
vne aposteme au foye. Ce que Robert
Greaume, Regenten la faculté deMe-
decine , et Binosque, Chirurgien iuré
à Paris, et moy, auons veu puis na-
gueres en trois patiens. Et si lu m’ob-
1 Pierre d’Argelata avait dit au sujet du
pronostic :
« Et , très chers frères, dans les fractures
du crâne, ne vous en fiez point au pouls pour
pronostiquer ou la mort ou la guérison,
parce que vous seriez souvent trompés. Mais
jugez d’après les accidents'qui surviennent:
les blessés prennent une personne pour une
autre; et pour certain ceci est un signe de
mort; ils perdent la parole, ils ne com-
prennent qu’incomplétcment , ils n’enteu-
denl plus; laplaiese dessèche; eteroyezque
ceci est très véritable, et je l’ai prouvé nom-
bre de fois. » Lib. I , lom. ni, cap. 2.
Bérenger de Carpi cite ce passage, mais il
reprend :
« Je m’étonne d’un pareil langage. Mais
je dis, moi, que le médecin doit toujours
faire attention au pouls du malade, et que
le pouls lui donnera toujours des signes de
\ vie et de mort. Bien plus, on peut connaître
LE HVIT1EME LIVRE
?
3s
iectes que telle aposteme estoit ia con-
creée auparauant le coup donné: à
ceie respons que les paliens aupara-
uant estre blessés, auoient vue viue
et naturelle couleur, sans aucun si-
gne d’estre hépatiques , et estoient
bien habitués, faisans toutes leurs
operations : ce que tu pourras voir
par le pouls l’heure de la mort, si l’on sait
l’interroger avec précaution et prudence. Je
me souviens et j’ai à celte heure à Bologne
bon nombre de docteurs qui peuvent attes-
ter que j’ai prédit l’heure précise de la mort
du fils d’un seigneur Jacques-Marie de Lino,
en observant la règle du pouls incident et
décident qui nous a été transmise par les
docteurs. Ce fut toutefois un jugement con-
jectural, et je ne peux l’expliquer entiè-
rement par écrit ; voici toutefois comment
je procédai. Je mesurai d’abord au toucher
la force du pouls; et visitant le malade pres-
que à toutes heures, je remarquai que le
pouls s’affaiblissait toujours. Je considérai
ensuite l’heure de l’état des accidents et de
la fièvre ; et comparant les forces avec leur
affaiblissement, songeant de plus à la qua-
lité du jour critique le plus proche qui était
le quatorzième ; avec tous ces indices je
jugeai qu’il mourrait entre la seconde et la
troisième heure de nuit, six jours aupara-
vant , per sex dies ante , parce que celte
heure était l’heure de l’état des accidents et
de la fièvre; et il en arriva ainsi du pauvre
jeune homme, dont j’aurais bien voulu avoir
à porter un autre pronostic. » Fol. 36, verso.
J’ai fait ce que j’ai pu pour rendre le
texte ; encore pourra-t-on y trouver quelque
obscurité. 11 me paraît que Bérenger a pro-
nostiqué que le malade mourrait le 8' jour,
qui est en effet, dans la théorie ancienne,
le jour où les accidents et la fièvre sont dans
l’état, c’est-à-dire à leur plus haut degré.
Enfin j’ajouterai que Fallope revient à l’i-
dée d’Argelata ; l’état des yeux et du pouls
sont peu significatifs ; le coma et le vertige
sont seuls des signes de mort certains ; tous
les autres indiquent seulement une plaie
grave et susceptible de devenir mortelle si
elle est mal traitée. Loc. cit. p. 042.
par expérience y prenant garde, com-
me i’ay fait. La cause de ce peut estre
que Nature se sentant offensée par la
grande vehemence du coup , collige
et retire à son secours ses forces et
vertus de toutes les parties du corps
(flui sont le sang et les esprits) vers
le cœur et le foye , ainsi que voyons
en peur et crainte, et adoneques fait
inflammation au foye : ainsi qu’il se
fait en quelque partie, lorsque le sang
coule eu plus grande quantité qu’il
n’est besoin pour sa nourriture : dont
le foye ayant receu plus de sang et
d’csprils , lesquels ne peuuent estre
duémenl euentilés pour l'exiguïté et
angustie (c’est à dire pour la petitesse
et estroisseur de ses vaisseaux) alors
se fait fiéure et aposteme phlegmo-
neuse en sa propre substance, dont la
mort s’ensuit1. Ou si tu aimes mieux
dire auec monsieur de la Corde , que
Nature succombant sous le faix du
mal , vient à renuoyer vue partie de
celte matierepurulenteauec le moins
d’incommodité qu’il peut au foye par-
les veines, et qu’ainsi soit , tous ceux
ausquels vneaposteme se fait au foye,
le cerueau blessé, meurent2.
1 Ici finit lechapitre dans l’édition de 1501;
et la fin de ce paragraphe manque égale-
ment dans les deux premières éditions com-
plètes. Mais à partir de l’édition de 1575, on
trouve à la suite un article fort intéressant
sur les plaies de la racine du nez et des sinus
frontaux. Evidemment il y avait dans cette
disposition une erreur de lieu que j’ai dû
corriger ; et j’ai renvoyé cet article à la fin
du chap. xv, De la cure des playes du cuir
musculeux.
2 C’est ici la première mention des abcès
du foie succédant aux plaies de tête, et les
premières théories de leur formation. On
conçoit que l’anatomie pathologique seule
pouvait éclairer à cet égard ; je n’en trouve
aucune notion ni dans Bérenger de Carpi, ni
DES PLAYES
CHAPITRE XIII.
LES SIGNES ET PRESAGES DE BONNE
GVARISON.
Au contraire, les signes et présagés
de bonne guarison sont lors que le
patient n’a point de fleure, ratiocine,
mange et boit de bon appétit , dort ,
asselle bien , et que sa playe est ver-
meille , non aride et seiche , iettant
pus loüable, et l’os gardant sa couleur
naturelle , et que la Dure-mere a son
mouuement libre. Toutesfois tu note-
ras que les anciens ont escrit ( ce
qu'on voit souuent par expérience)
que les fractures du Crâne ne sont
hors de péril , iusques à cent iours
apres la blessure faite' : partant, fais
auec ton patient bon guet , tant en
son boire, manger, repos, coït, et au-
tres choses. Et aussi faut qu’il se
garde du grand froid , pour le péril et
danger de mort, qu’on a veu en telles
playes souuentesfois arriuer pour tels
accidens , apres la guarison faite des-
dites fractures.
Outre plus,i’ay à te déclarer que le
même dans Fallope , bien que tous deux
aient fai t plusieurs autopsies de blessés morts
à la suite de plaies de tête.
1 C'est Roger qui avait fixé ce terme ; les
légistes et juges, dit Guy de Chauliac , l’a-
vaient réduit à 40 jours, et les quatre maî-
tres à quinze.
Suivant Bérenger , le 20' est d’une haute
importance. « Sache bien , dit-il, que dans
les plaies de tète, souvent et fort souvent le
malade arrive jusqu’au 20e ou21«-jour sans
aucun accident fâcheux ; et à cette époque
il en survient des plus graves, et la mort
s’ensuit. Et ceci le plus souvent vient du pus
retenu dans l’intérieur de la tête. » Fol. 3C,
verso.
33
callus , soulde , on vnion des os du
Crâne, se fait communément en qua-
rante ou cinquante iours : toutesfois
on n’en peut donner vraye certitude
pour la diuersité des temperamens et
aages, non plus que les fractures des
Autres parties, comme nous dirons cy
apres.Car aux ieunes se fait plus lost,
aux vieils plus tard.
Et te suffise des présagés.
Maintenant faut parler de la cure
generale , puis de la spéciale , qui se
fera le plus succinctement et le plus
clair qu’il me sera possible. Laquelle
chose se fera premièrement en or-
donnant le régime sur les six choses
non naturelles.
CHAPITRE XIV.
DV REGIME VNI VERSEE QV’lL FA VT OR-
DONNER AVX PLAYES ET FRACTVRES
DV CRANE , ET AVX ACCIDENS û’i-
CELLES.
Et premièrement faut tenir le pa-
tient en vn air temperé , qui se fera
par art , s’il n’est tel par nature : com-
me si c’est en Hyuer , faut faire bon
feu en la chambre du malade, les fe-
nestres et portes bien closes , euilant
la fumée , de peur de prouoquer la
sternutation et autres accidens : et
aussi alors que lu traiteras et pense-
ras le malade, le faut auoir vue bassi-
noire pleine de braise ou vne pelle de
fer , laquelle sera tant eschauffée
qu’elle deuieune rouge , et qu’vn ser-
uiteur la tienne sur la teste du malade
de telle hauteur , que le patient en
sente aucunement la chaleur : à fin
que par la reuerberalion d’icelle, l’air
ambiens , c’est à dire qui est à l’en-
tour, soit corrigé. Car le froid (comme
O
O
EÎJ PARTICULIER.
II.
Lli HVITljimu LIVRE,
(lit Hippocrates 1 , est enncmy du cer-
ueau , des os et de tous les nerfs , et
gcneralementde toute noslre Nature,
ce que nous auons dit. Aussi est-il
contraire aux vlceres en seichant les
excremens , qui puis apres minent
l’vlcere, empeschant la suppuration :
et pource que ceste partie n’a accous-
tumé d’estre decouuerle de sa peau :
et mesme, comme dit Galien2, il se faut
donner garde de refroidir le cerueau
quand on trépané , et apres estre tré-
pané: car c’est le plus gr nd mal qui
peut aduenir au malade qui a la teste
rompue. Or si l’air estoit plus cbaud
que le cerueau , il ne le refroidiroit
pas : et encores que soyons en Esté ,
et que l’air soit excessivement chaud,
le cerueau descouuert en est refroidi ,
et demande subit estre eschauffé.
Voyla ce que Galien nous en a laissé
par escrit, et ne se faut donner mer-
ueille, si plusieurs meurent de playes
faites à la teste , par faute d’estre à
couuert.
Pareillement la trop grande cha-
leur sera modérée, en rafraîchissant
la chambre auecqucs eau froide ou
oxycrat, rameaux de saulx , feuil-
les de vignes , et autres choses sem-
blables.
Semblablement ne seraleditpatient
exposé en grande clairté, principale-
ment iusques à ce que les accidens
soient passés : à cause qu’icelle dis-
sipe et rcsoull les esprits, et augmente
la douleur , fiéure et autres accidens.
Il faut aussi du tout euiter le vin :
ce que Hippocrates enseigne : mais en
lieu de vin , pourra boire eau d'orge
ou eau cuitle, en laquelle on mettra
1 Itipp. liu. 5, aph. 18. — A. P.
2 Galien 8 , de /’ louage des part., chap. 2.
— A. P. — Cette citation de Galien manque
dans l’édition de 1661.
mie de pain que nous appelions eau
panée, ou bien hippocras d’eau , ou
eau bouillie, puis meslée auec syrop
rosat , violât ou aceteux , ou autre
breuuageappellépotwsd/wmws,lequel
est fait d’eau cuitte sucrée et ius de
limon ou citron, desquels tu pourras
bailler selon le goust du patient , et
que son estomach pourra bien vser.
Et de tels breuuages doit vser le pa -
tient, iusques à ce que les grands ac-
cidens soient passés , qui sont com-
munément et le plus souuent dans le
quatorzième iour.
Son manger sera panade , orge
mondé , et non amendé : pource que
les amendes causent douleur de leste,
à raison qu’elles sont vaporeuses :
aussi il pourra vser de prunes de Da-
mas cuittes , passules , raisins de Da-
mas confits auec vn peu de sucre et
canelle (laquelle est singulière, pour-
ce qu’elle conforte l’estomach et res-
ioüist les esprits), et par fois d’vn
petit poulet , pigeonneau , veau , ché-
ureau , léuraux , petits oiseaux des
champs , comme phaisans , merles ,
tou r très, perdris, griues, alouettes, et
autres bonnes viandes bouillies auec
laitues, pourpier , ozeille, bourroche,
buglose, cichorée, endiue et sembla-
bles. Aussi par fois pourront lesdites
viandes aucunes estre rosties : et peut
ledit malade vser auec icelles de ver-
ius, oranges, citrons , limons , grena-
des aigres , ius d’ozeille , les diuersi-
fiant selon le goust et la puissance de
la bourse du patient. Et à celuy qui
voudra manger du poisson, truites,
loches, brochets nourris en eau claire,
et non limonneuse, et autres sembla-
bles : pareillement raisins et prunes
de Damas , cerises aigres , passules:
mais qu’il s’abstienne de choux el de
touslegumages, parce qu’ils causent
douleur de teste. El apres le past ,
DES PLAYES Efl PAUTIC VL1EÜ.
35
vserade dragée çpmmune, ou anis,
fenouil , coriande confits , conserues
de roses, ou cotignat, à fin de garder
que les vapeurs et fumées qui mon-
tent del’estomach à la teste ne bles-
sent le cerueau : pareillement le co-
tignat pris deuant le past ’astraint le
ventre, à cause qu'il est styplique et
astringent , et parlant serre l’esto-
inach : mais prins apres le past , le
lasche : à raison aussi qu’il le res-
serre , astraint et contraint les vian-
des de sortir hors.
Si c’est vn enfant , luy conuiendra
donner petit et souuent à manger:
pource que lesieunes ne peuuent por-
ter la faim comme les plus aagés 1 , à
raison qu’ils ont vne grande chaleur:
par quoy ils ont besoin de grande
nourriture, autrement leurs corps se
consommeroient : au contraire, le
vieil a sa chaleur naturelle plus im-
becille,à cause de quoy il porte mieux
la faim que le ieunc. Et par sembla-
ble raison, en temps d’Hyuer,faut en
toutes aages donner plus d’alimens
qu’en Esté: pource que la chaleur na-
turelle est plus grande en Hyuer
qu’en autre temps , ainsi qu’il est
prouué par Hippocrates'1 2. Et apres le
quatorzième iour (assauoir s’il n’y a
rien qui répugné, comme fiéure et au-
tres accidens), on peut donner vnpeu
de vin et augmenter son manger peu
à peu, selon qu’il sera besoin, prenant
tousiours indication de la vertu et
coustume du malade.
Il doit euiter le dormir de iour , s’il
est possible, si ce n’est bien peu, pour-
ueu que la Dure-mere ou le cerueau
ne soit affligé de phlegmon : car en
telle nécessité, il seroit meilleur faire
1 Hipp., aph. 13 et 14, liu. 1. — A. P.
2 Hipp., aph. 15, liu. 1; Centres hyeme, etc.
— A. P.
du iour la nuit , et principalement de
la première partie du iour , à scauoir
de six heures du matin iusques à dix :
pource qu’en cesle partie du iour,
comme aussi au Printemps , le sang
domine au corps, comme dit Hippo-
crates au commencement du 2. des
Epidémies. Or c’est chose toute no-
toire que par les veilles le sang est
espandu au dehors , superficie et ex-
trémité du corps , comme au con-
traire par le dormir il se retire au
dedans vers les parties nobles : par-
quoy si , auec ce que par le bénéfice
du Soleil leuant le sang se leue et
espand en l’habitude du corps, il venoit
encore à s’y espandre d’auantage par-
les veilles , l’inflammation et phleg-
mon se redoubleroit en la méningé et
cerueau. Parquoy il est tres-expe-
dient par le dormir, brider et reti-
rer le cours du sang en telle partie
du iour, en cas d’inflammation , de
l’habitude et parties externes du
corps.
Le veiller pareillement doit estre
modéré : car le trop veiller corrompt
la bonne température du cerueau et
de toute l’habitude du corps : pource
qu’aussi excite crudités , douleur, pe-
santeur de teste , et rend les playes
arides, seiches et malignes. Mais si le
patient ne peut dormir , à cause de
l’inflammation des membranes du
cerueau, Galien commande, au trei-
ziéme liure de la Méthode, faire des
perfusions, linimens, onctions dans
les narines et au front ou és oreilles ,
de choses refrigeratiues: à cause qu’ils
endorment et rendent stupides les
membranes et le cerueau , qui sont
excessiuement eschauffés. Pour ceste
raison on appliquera aux temples vn-
guentum populeum ou rosatum auec
oxyrhodinum ou oxycrat. Aussi luy
faut faire sentir vne esponge trempée
36 LE ÎÎVITIÉME LtVRE
en vne décoction de pauot blanc ou
noir, auec escorce de mandragore,
semence de hyoscyame, laitue, pour-
pier, planlin, morelle ou autres. Sem-
blablement on luy pourra, faire vn
potage ou vn orge mundé, auquel
l’on mettra vne émulsion de semence
papaueris albi : ou bien prendre g . j.
vel g . j û . syrupi papaueris auec
5 . ij. aquœ lactucœ : et faut que ledit
patient vse de telles choses quatre
heures apres souper , à fin de luy
prouoquer le dormir. Lequel dormir
aide grandement à faire la digestion.
Il restaure la substance du corps et
esprits qui sont dissipés par le trop
veiller. D’auantage appaise les dou-
leurs : il fortifie ceux qui ont lassi-
tude : pareillement fait oublier les
courroux et tristesses, et corrige le
iugement depraué : parquoy est be-
soin au Chirurgien prouoquer le
dormir au malade lors qu’il luy est
necessaire.
Pareillement si le patient est replel ,
soit faite euacualion par saignée ou
purgationetgrandediete, selon l’aduis
et conseil dudocteMedecin.Etencest
endroit noieras qu’on doit euiter les
médecines fortes ausdites playes, prin-
cipalement au commencement , de
peur d’enflammer les humeurs et faire
commotion à toutes les facultés : qui
seroit cause d’induire inflammation ,
douleur, fiéure et autres accidens :
ce que i’ay veu aduenir souuentes-
fois.
Et quant aussi à la saignée ( selon
Galien au quatrième delaÆ/et/todejne
doit estre seulement faite pour l’a-
bondance du sang , mais aussi pour
la grandeur de la maladie présenté
ou future: à fin de diuerlir et faire
reuulsion pour tirer la fluxion , la-
quelle commence aux parties con-
traires : et celle qui est ja couiointe ,
doit estre vacuée de la partie mesmé ,
ou la deriuer de la partie proche.
Exemple pour faire la reuulsion : si
la partie dextre de la teste est bles-
sée, la saignée se fera de la veine Cé-
phalique du bras droit , s’il n’y auoit
grande plénitude: et en defaut delà
Céphalique faut ouurir la Médiane :
et si on ne peut trouuer la Médiane ,
soit prinse la Basilique: et si la bles-
sure est du costé senestre, sera fait le
semblable du bras senestre , plustost
qu’à l’opposite, à fin que plus aisément
on attire et descharge la partie par la
rectitude des filamens. Et en tirant
le sang , faut auoir esgard sur toutes
choses à la vertu du patient, qui se
fera en touchant son pouls ( si le Mé-
decin n’est présent), pource , comme
dit Galien au liure de Sanguinis mis-
sione, qu'il monstre infailliblement la
vertu et force du patient. Parquoy
faut auoir esgard en sa mutation et
inégalité : et si tu le trouues petit et
lent, auecques vne petite sueur qui
commence à venir au front , mal de
cœur, comme volonté de vomir et
bien souuent d’asseller, auec baaille-
mens et mutation de couleur, ayant
les leures pâlies: si telles choses ap-
paroissent , subit te faut clorre la
veine , de peur que tu ne tires l’ame
auec le sang : et alors donneras au
malade vn peu de pain trempé en vin,
et luy frotteras les temples et le nez
de fort vinaigre , et le feras coucher
tout à plat à la renuerse.
El quant au second point , qui est
de la fluxion ja faite et arrestée en la
partie , elle doit estre vacuée par la
parlie mesine, ou estre deriuée par
la proche. La partie sera deschargée
de la fluxion coniointe et arrestée en
la partie, faisant des scarifications
aux léures de la playe , ou par appli-
cation de sangsues bien préparées :
DES PL/YYJïS EN PARTICVLIP.R.
la matière sera deriuée en ouurant
les veines proches de la playe, à sça-
uoir, de la veine Puppe, ou celle du
milieu du front , ou des veines et ar-
tères les plus apparentes des temples,
ou celles de dessous la langue.
Pareillement seront faites frictions
et application de ventouses sur les es-
paules, soit auec scarification ou sans
scarification , selon la nécessité.
Outre-plus, noteras que pendant
la curation, souuentesfois il conuien-
dra faire des frictions assez longues
et fortes, auec linges vn peu aspres ,
vniuersellement par tout le corps, ex-
cepté la teste : lesquelles seruiront ,
tant pour faire reuulsioudes matières
qui pourroient monter en haut , per
halitum, c’est à dire, par exhalation ,
ou insensible transpiration de cer-
taines vapeurs contenues entre cuir
et chair, lesquelles s’augmentent fort
en noslre corps, et principalement par
faute défaire l’exercice accoutumé ».
D’abondant ne veux outre passer,
que ne recite de la saignée ceste his-
toire , digne au Chirurgien et à tous
d’est re bien notée. C’est que ces
iours passés, ie fus appellé aux faux-
bourgs saint Germain des prés , à
l’image saint Michel , au logis du
sire Iean Matiau, pour visiter et mé-
dicamenter vn ieune homme , aagé
de vingt-huit ans ou enuiron, et de
température sanguine , de monsieur
Douradour,l’vn des maislresd’hostel
de Madame l’Admirable Brion : le-
quel estoit tombé la teste sur vne
pierre, à l’endroit de l’os Pariétal
' Ici se trouvaient dans l’édition de 1561
plusieurs figures représentant une lancette,
quatre ventouses, et un scarificateur. Les
premières planches ont été transportées de-
puis au livre des Opérations, cbap. 67 et 68;
et celle de scarificateur au livre des Combus-
tions et gangrenés, cbap. 8.
37
partie senestre : et au moyen du coup ,
s’estoit fait vne playe contuse, sans
toutesfois aucune fracture d'os. Par
le moyen de laquelle le septième iour
luy suruint vne fiéure continue et res-
uerie , auec grande inflammation
phlegmoneuse, causée par la lésion
du Pericrane, accompagnée d’vne tu-
meur merueilleuse de toute la teste
et le col , ayant le visage grandement
defliguré , ne pouuant voir ny parler,
et moins aualler aucunes choses , si
elles n’estoient bien liquides. Subit
voyant tels accidens, neantmoins que
leiour de deuant,qui estoit le huitième
iour de sa blessure, auoit esté saigné
par Germain Agace, maistre barbier
audit saint Germain, lequel luy auoit
tiré quatre palettesde sang : et voyant
les accidens si grands, la force et
vertu du patient bonne , reïteray la
saignée, et luy tiray quatorze palettes
pour ceste fois : puis le iour suiuant,
voyant que la fiéure ny aucuns des
accidens ncs’estoient nullement di-
minués, mais plustost estoient aug-
mentés , reïlere la saignée, et luy tire
derechef quatre palettes, qui estoient
vingt-deux : et le lendemain voyant
encores les accidens n’estre diminués,
fus encores d’aduis le resaigner, ce
que n’osay faire seul, veu la grande
évacuation qu’on auoit ja faite. Et
alors priay Monsieur Violaines, Doc-
teur ltegent en la faculté de Méde-
cine, homme docte et de bon iuge-
ment, pour voir le patient. Lequel
subit luy ayant touché le pouls, le
trouuant fort robuste , et voyant
pareillement à l’œil, la grande tu-
meur, l’impétuosité et vehemence
de l’inflammation, fust d’aduis que
promptement fust resaigné : et luy
ayant dit que ja on auoit tiré vingt-
deux palettes, m’vsa de ces mots : Esto,
qu’on luy en eust tiré d’auantage , si
38 LE HVITIÉME LIVRE,
est-ce qu’il luy en faut encores tirer : ; mence procédé du cerueau , qui est
attendu que les deux indications prin-
cipales qui nous indiquent à faire la
saignée , sont présentes : sçauoir la
grandeur de la maladie , et la force
et vertu du Patient. Adonc fus bien
ioyeux,el soudain luy en tiray encore
trois palettes en sa presence : et luy
en voulois tirer d’auantage, ce qu’il
remist à l’apres disnée , où ie luy en
retiray encore deux , qui sont vingt-
sept palettes, qui furent tirées audit
patient en quatre iours suiuans *. Et
la nuit suiuante, le patient reposa fort
bien : et le lendemain le trouuay sans
fiéure , la tumeur grandement dimi-
nuée, l’inflammation presque toute
esteinte , hors mis les paupières su-
périeures des yeux , et le mollet des
oreilles, lesquels endroits s’apostu-
merent, et ietterent assez grande
quantité de boue. Et proteste qu’il fut
entièrement guari, grâces à Dieu,
par les remedes : qui sans la bénédic-
tion d’iceluy sont du tout inutiles.
Or i’ay bien voulu reciter telle his-
toire, à fin que le ieune Chirurgien
ne soit timide à tirer du sang aux
grandes inflammations: pourueu que
principalement la force et vertu du
patient soit grande : ie dy grande, par-
ce qu’il y a des personnes que si on
leur auoit tiré trois palettes de sang,
on seroit quelquesfois cause de leur
oster la vie.
Et pour retourner à nostre propos ,
il faut que le malade euite l’acte ve-
nerien , non seulement pendant que
sa playe n’est encores consolidée ,
mais long temps apres, pource qu’en
petite quantité de semence, est con-
tenu grande quantité d’esprits : et
qu’vne grande portion de ladite se-
1 Les patelle'! de Paris peuuem tenir trois
onces et i>lus. — A. P.
cause de débiliter les vertus, et prin-
cipalement la faculté animale. Dont
grands accidens, et souuent mort pro-
chaine aduient par tel acte à ceux qui
ont playes à la teste : ce [que ie puis
attester auoir veu'souuent aduenir en
bien petites playes de teste, encores
que la playe fust du tout consolidée.
Semblablement le Chirurgien ne
doit mespriser les affections de l’ame ,
pour-ce qu’elles causent grands mou-
uemens et mutations au corps, à cause
qu’elles dilatent ou compriment le
cœur : et en ce faisant les esprits se
resoluent, ou astraignent et suffo-
quent : ces passions sont ioye, amour,
esperance, ire, tristesse, crainte, et
autres : toutes lesquelles doiuentes-
tre corrigées par leurs contraires.
D’auantage faut que le malade soit
en vn lieu de repos , et hors de grand
bruit , s’il est possible , comme loin
de cloches , non près de mareschal ,
tonnelier, maletier, armurier, pas-
sages de charrettes et leurs sembla-
bles, pour-ce que le bruit luy aug-
mente la douleur, la fiéure et autres
mauuais accidens.
Et me souuient quand i’estois der-
nièrement au chasteau de Iledin ,
qu’à l’heure qu’on faisait la batterie ,
le bruit et retentissement de l’artille-
rie causoit aux patiens vne douleur
extresme , et principalement à ceux
quiestoien t blessés à la teste : car ils di-
soient qu’il leur sembloit aduis, qu’au-
tant de coups de canon qu’on tiroit ,
qu’on leur donnoit autant de coups
de baston sur leurs playes: et mesme-
mentleur suruenoil flux de sang par
icelles, et laisoient grands pleurs et
lamentations : de sorte que la douleur,
fiéure et autres accidens estoient par
telle vehemence grandement aug-
mentés, et la mort accélérée.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
Et te suffise du régime vniuersel.
Maintenant faut déclarer la cure
particulière, selon qu’aucuns des an-
ciens ont escrit, et aussi selon ce que
i’ay expérimenté par plusieurs an-
nées.
CHAPITRE XV.
DE LA CVRE PARTICVLIEItE, ET PREMIERE-
MENT DES PLAYES DV CVIR MVSCV-
LEVX.
Et pour la cure particulière , nous
commencerons à vne playe simple ,
laquelle pour sa cure n’a qu’vn seul
et simple scope, qui est vnion : car si
elle ne pénétré iusques au Crâne, elle
est pensée et curée comme celles des
autres parties de nostre corps : mais
si elle est composée , autant qu’il y
aura de complications, autant faudra-
it qu’il y ait d’indications. Et en icelles
faut garder l’ordre, l’vrgent et la
cause *.
Donc si la playe est simple et su-
perficielle , faut premièrement raser
le poil d’entour elle , et appliquer vn
médicament fait cum albumine oui,
et bolo armenico , et aloe : et le len-
demain appliquer vne emplastre de
Ianua ou Gratia Dei , et la continuer
iusques à la parfaite vnion de la playe.
Mais si la playe est profonde iusques
au Pericrane , on ne peut faillir au
second appareil , à mettre dans icelle
vn digestif, fait cum terebinthina Ve-
neta , vitellis ouorum, oleo rosaceo ,
et tantillo croci : et en sera continué
iusques à ce que la playe iettera
sanie : et alors sera adiousté audit
digestif met rosatum , et farina hordei.
Puis apres seront appliqués autres
1 Gai. 4, delà Méthode. — A. P.
39
medicamens , ausquels n’entrera au-
cune huile, ny autre chose onctueuse,
comme cestuy :
Médicament epulo tique, ou cicatrizalif.
'if. Tereb. Venetæ, g . ij.
Syrupi rosati § . j.
Pul. aloës, myrrhæ et mastich. ana 5 . fi .
Incorporentur simul, et fiat vnguentum.
Duquel faudra vser iusques à la
procréation de la chair.
Puis pour faire cicatrice , sera ap-
pliquée la pouldre qui s’ensuit.
if. Aluminis combusti,
Corticis granatorum combustorum, ana
3. j.
Misceantur simul, et fiat puluis.
Et si la playe estoit si grande qu’il
faille faire aucun point d’aiguille, se-
ront faits en tel nombre qu’il sera be-
soin. Comme ie fis à vn soldat , qui
estoit dans le chasteau de Hedin, vn
peu deuant le siégé dernier : qui be-
choit en terre auec plusieurs autres ,
pour la porter sur les rempars , sur
aucuns desquels tomba vne grande
quantité de ladite terre, qui en es-
touffa la plus grande partie : ledit
soldat fut tiré de dessous, et eut tout
le cuir musculeux incisé , et déprimé
iusques au Pericrane, commençant sa
playe deux doigts au dessus du som-
met de la teste, et estoit renuersé sur
le visage : ce qui faisoit grandehorreur
à regarder. Et l’ayant veu, fis appel-
ler Charles Lambert , Chirurgien de
défunt monsieur le Mareschal Duc de
Bouillon, pour m’aider à le penser :
dont l’ordre fut tel.
le lauay sa playe de vin vn peu
tiede, tant pour oster le sang coagulé,
que la terre qui y estoit : puis fut icelle
bien essuyée auec linge mollet et
délié. Et luy appliquay sur toute sa-
dite playe terebenthine de Venise mes-
4o
LF. IIVITIFME LIVRE,
lée auec vn peu (l'eau de vie , en la-
quelle auoit esté dissoultsang de dra-
gon, a loës et pouldre de mastic: et
apres luy renuersay et remis ledit cuir
en son lieu naturel, et luy lis plu-
sieurs points d’aiguille peu serrés ,
poureuiter augmentation de douleur
et inflammation, qui se fait principa-
lement au temps que la sanie se fait ,
pour tenir iointes les parties qui es-
toient distantes et séparées, et garder
l’alteration de l’air, lequel nuist gran-
dement à telles playes , comme nous
auons d t. Aussi luy furent mises des
tentes assez longues et plattes aux
parties inferieures de la playe , tant
d’vn costé que d’autre pour donner
issue à la sanie. Et par dessus toute
la teste luy fut appliqué vn cataplas-
me tel que s’ensuit :
“if. Farinæ hordei, et fabar. ana § . vj.
Olci rosa. 3 . iij.
Aceti quant. sufT.
Fiat cataplasma ad formam pultis.
Lequel a vertu desiccatiue, refrige-
ratiue et repercussiue : aussi de seder
la douleur , estancher le flux de sang
et euiter l’inflammation. El luy es-
toit renouuellé souuen t , de peur qu’es-
tant desseiché les farines ne vinssent
à clorre les pores se rendans trop
emplastriques , et par conséquent ne
permissent qu’il ne se fist aucune
exhalation et resolution des vapeurs
contenues en la partie. Et audit sol-
dat ne luy fut fait saignée , à raison
qu il auoit eu grand flux de sang ,
principalement par certaines arteres
qui sont aux temples : et estant bien
aduerti que l’ennemy nous venoit
tost assiéger , luy conseillay de se re-
ti: er à Abbeuille, à fin qu’il fust mieux
traité , ce qu’il fist. El depuis vous
puis bien asseurer l’auoir veu audit
Abbeuille, du tout guari , lorsque
retournay de prison d’entre les mains
des ennemis'.
' Nous avons vu déjà au chapitre vn la su-
ture employée par Paré dans les cas où il y
a même une portion d’os comprise dans le
lambeau ; et l’on a pu comparer (p. 19, n. I)
les diverses manières d’agir de Rérenger et
de Fallope. Quand il n'y a qu’un lambeau
de parties molles, la plupart des chirurgiens
de cette époque faisaient la suture, cependant
quelquefois avec des restrictions. Voici ce
qu’en disait Pierre d’Argelata au xivr siècle.
Après avoir cité , en faveur de la suture ,
l’autorité d’Avicenne, Guillaume de Salicet,
Lanfranc , Henri et Guy de Chauliac , il
ajoute :
« Et pour moi, je le confirme avec l’expé-
rience , j’ai souvent fait la suture à la tète,
comme mes compagnons ont vu , et elle m’a
bien réussi. Silence doncà ceux de mes com-
pagnons qui reprennent les autres, et qui
disent qu’il ne faut pas faire de suture à la
tète. Je m’étonne que des anciens comme il
y en a parmi eux, et qui ont pratiqué toute
leur vie, ne sachent pas qu’il faut appliquer
la suture dans les plaies de tête. Je devrais
peut-être me taire sur leur ignorance , et
les y laisser ; mais je ne veux pas en agir
ainsi pour mes compagnons. Je dis donc
qu’une plaie de tête est sur le côté ou non ;
si elle est de côté, et s’il y a un lambeau qui
pend , elle doit être recousue. J’ai vu sou-
vent des lambeaux pendre sur le côté avec
une portion d’os ; j’enlevais ce fragment os-
seux, je rejoignais les parties par la suture,
et la plaie s’incarnait en peu de jours. J’ai
fait souvent la suture à l’hôpital, et elle m’a
toujours bien réussi. J’ai vu aussi en ville
sur un blessé presque toute la peau ou au
moins une grande partie de la peau de la
tête détachée des os; je l’ai replacé comme
il se devait , je l’ai cousue , et elle a repris.»
11 n’appliquait toutefois la suture que pour
les lambeaux des parties antérieures ou la-
térales ; pour ceux du sommet ou de l’occi-
put, il craignait que la suture n’cmpèchàt
l’écoulement du pus et n’amenàl la corrup-
tion de l’os. 11 la rejetait aussi dans les plaies
par une pointe d’épée ou de flèche. Lib. ni,
tract. 1, cap. l.
DES PLAYES EN PARTICVLIKR.
Mais si la playe estoit faite par mor-
sure de beste ilia faudroil traiter par
autre maniéré. Ce que ie te veux bien
en cest endroit aussi demonstrer par
l’bistoire qui s’ensuit.
Vn iour estant les Lyons du défunt
Roy Henry en ceste ville aux Tour-
nelles , comme plusieurs les alloient
voir, il aduint qu’un d’iceux se desta-
eha et ielta sa griffe sur vne fille aa-
gée de douze ans ou enuiron, et l’at-
terra : ce fait, engoula sa teste, et auec
les dents luy fist plusieurs playes ,
sans toutesfois luy faire aucune frac-
ture aux os. Et est vraysemblable
qu’il Peust deuorée, n’euslesté que le
maistre desdits Lyons luy osta d’en-
tre ses griffes et gueule. Et se trouua
à l’endroit vn nommé Rolland Claret,
maistre Barbier Chirurgien à Paris ,
pour penser et medicamenter ladite
fille. Et quelquesiours apres fus man-
dé pour la visiter , laquelle trouuav
fébricitante , auec grande tumeur et
inflammation de toute la teste , en-
semble d’vne espaule et du thorax ,
principalement aux endroits où les
dents et griffes dudit Lyon auoient
entré : et estoient les léures desdites
playes liuides, et d’icelles sortoit ma-
tière sereuse, virulente , acre et fort
fœtide , et quasi intolérable à sen-
tir , ainsi que d’vne charongne , de
couleur noire et verdoyante : et di-
soit ladite fillesentir grandes douleurs
pongitiues et mordantes. Et promp-
tement, voyant tels accidens, me
vint en mémoire que les anciens
auoient laissé par escrit que toutes
picqueures et morsures de beste (voire
fussent-elles faites d'hommes) estoient
veneneuses, les vnes plus , les autres
moins : et partant ie conclu qu’il fal-
loit auoir esgard à l’impression du
venin délaissé, tant par les dents que
par les griffes dudit Lyon , et qu’il
4l
conuenoit appliquer choses qui eus-
sent faculté et puissance d’obtundre
tous venins : et partant on luy fit
plusieurs scarifications auiour de ses
playes, et y fut appliqué des sangsues
pour tirer le venin dehors et deschar-
ger les parties enflammées : et subit
luy fut fait ablution d’egypliac , me-
tbridat et theriaque , auec vn petit
d’eau de vie , ainsi qu’il s’en suit , à
sçauoir :
'if. Mithridat. g . j.
Theriacæ veter. g. ij.
Ægypt. §. fi.
Dissoluantur omnia cum aqua vitæ et cardui
benedicli.
El luy en furent lauées et fomen-
tées toutes ses playes. Et aux medi-
camens qu’on appliquoit tant dedans
ses playes que dehors, estoit mis des-
dits theriaque et methridat : pareille-
ment luy en fut donné par l’espace
de quelques iours à boire auec con-
serue de roses et buglose , dissoult
dans eau de petite ozeille et char-
don benist pour la corroboration du
cœur, à fin qu’il ne fust infecté des
vapeurs malignes. Pareillement luy
fut appliqué sur la région du cœur
tel epitheme :
7f. Aquæ rosarum et nenupharis ana g . iv.
Aceti scillitici § j.
Corallorum et santalorum alborum et ru-
brorum, rosarum rubrarum, put. spodij.
ana §.j.
Milbridatij, tberiacæ ana g . ij.
Florum cordialium pulverisatorum p. ij.
crocit 5. j.
Dissolue omnia simul : fiat epithema, quod
superponalurcordi, cum panno coccineo
aut spongia.
Et estoit cedit remede renouuellé
soutient : et vous puis asseurer que
dés la première fois que nous eusmes
fait tels remedes,la douleur et in-
LE IIV1TIÉME LIVRE,
42
flammation, auecques autres mauuais
accidens, commenceront à diminuer,
et depuis fut guarie: reste que plus de
deux ans apres, au lieu qu’elle souloit
estre grasse et en bon point, demeura
fort maigre et extenuée de tous ses
membres, mais à présent se porte
bien.
Ori’ay bien voulu reciter telle his-
toire au ieune Chirurgien , à fin qu’il
tienne en mémoire que les playes fai-
tes par picqueures et morseures de
bestes, demandent autre cure que les
autres faites par autres causes.
Or maintenant il nous faut retour-
ner aux autres dispositions, comme si
c’est vn coup orbe qui ait causé con-
tusion sans playe : alors ayant rasé
tout le poil ( ce qu'il faut tousiours
faire , à fin de connoistre mieux le
mal , et que les remedes puissent pa-
reillement mieux profiter), pour le
premier appareil on doit vser de re-
percussifs , comme d’oxyrhodinum ,
ou tel qui s’ensuit :
if. Olei rosati § . iij.
Albumina ouorum numéro ij.
Pulueris nuciscupressi,balaust.aluminis
rochæ, rosarum rubrarum ana § . j.
Incorporentur simul, fiat medicamentum ad
vsum dictum.
Ou au lieu d’iceluy , on peut appli-
quer le cataplasme fait de farine d’or-
ge, deféues et de vinaigre et huile
rosat, cy dessus escrit, ou autres sem-
blables : lesquels remedes se doiuent
renouueller souuent. Et apres que la
fluxion et douleurs sont appaisées ,
faut appliquer des résolutifs , à fin de
résoudre les humeurs deflués à la
partie. Exemple :
if. Emplastri de mucilaginibus g . ij.
Emplastri de meliloto et oxicrocci ana
5 ■ j-
Olei eamomillæ et ancti ana § . û .
Malaxenlur simul , et fiat emplastrum ad
vsum dictum.
Duquel sera appliqué sur ladite
partie.
Pareillement en tel cas, on peut vser
de fomentation , comme de ceste-cy.
if. Vini rubri 1b. iv.
Lixiuij communis ib. ij.
Nuces cupressi contusas, numéro x.
Pulueris myrtillorum g . j.
Rosarum rubrarum, absynthij, foliorum
saluiæ, maioranæ, stœchados, florum
eamomillæ, meliloti ana m. 6.
Aluminis rochæ, radicis cypcri, calami
aromatici ana g . fi .
Bulliant omnia simul, et fiat decoctio pro
fotu.
Et d’icelle soit fomenté le lieu blessé
auec esponges ou feutres. Icelle fo-
mentation resoult et seiche le sang
meurtri , comme on peut connoistre
par ses ingrediens : et la faut faire
longuement 1 , et apres faut essuyer
et seicher tres-bien la teste auec lin-
ges chauds , et appliquer dessus en-
cores choses plus resoluliues , pour
tousiours consumer et résoudre, com-
me le Cerat , escrit par de Vigo, ap-
pellé Cerotum de minio, lequel a vertu
d’amolir et résoudre , et est tel :
'if. Olei eamomillæ, liliorum ana g . x.
Olei mastichis §.ij.
Pinguedinis veruecis lb . j .
Lithargyri aurei § . viij.
Minij. 5 . ij -
Vini boni cyathum vnum.
Bulliant omnia simul , baculo agitando , in
primis lento igné : et in fine ignis aug-
mentetur, donec acquiral colorem ni-
grum vel tendentem ad nigredinem,
addendo in fine cocluræ :
1 Galien au (5. de la Méthode dit que la fo-
mentation longuement faite resoult plus
qu’elle n’attire. — A. P.
DFS PLATES EN PARTICVLIER.
Terebinthinæ fl>. fi.
Mastichis g . ij.
Gummi elerni g . j.
Ceræ quantum sufficit ,
Et bulliant rursus vna ebullitione , et fiat
emplastrum molle.
Et si par tels moyens on ne peut ré-
soudre, et qu’on voit y auoir mollesse
et inondation , alors faut ouurir la
tumeur le plustost qu’il sera possible.
Car quand la chair est enflammée et
pourrie, elle altéré l’os et le rend pu-
rulent, tant pour l’inflammation que
pour l’acrimonie de la sanie qui
tombe dessus: parquoy faut promp-
tement faire appertion , et mondifier
la playe par tel mondificatif.
if. Syrupi rosati, et absinthij ana § . j.
Terebinthinæ § . j.
Pulueris ireos, alocs mastichis, myrrhæ,
farinai hordei, ana ^ . fi.
Ou egyptiac meslé auec apostolo-
rum , parties égalés , ou pur , s’il est
besoin, pour mondifier vne grande
pourriture : et apres la mundification,
faut vser de remedes incarnatifs, puis
cicatrisatifs.
La chair aisément se régénéré en
tous les endroits de la teste, fors en la
partie'du front, qui est vn peu au dessus
du milieu des sourcils : car en ce lieu là
à peine y peut-elle croislre , de sorte
que toute la vie du malade, l’vlcere
y demeure : parce qu’en tel endroit
il y a vne interne cauité en l’os pleine
d’air, qui se rend aux os cribleux du
nez , lequel air empesche la consoli-
dation de ladite vlcere : et en outre ,
l’os y est si espais et dense , qu'il n’en
peut suinter assez d’aliment pour la
régénération de la chair. Adiousté
que du nez et des yeux est enuoyée
en l’vlcere grande quantité d’excre-
mens, qui empeschentque l’vlcere ne
soit menée à cicatrice, dont aduient
43
que lors qu’on fait serrer le nez et la
bouche du malade, et s’efforce à souf-
fler, l’air sort du trou de l’vlcere en
si grande quantité, qu’il peut estein-
dre vne bien grosse chandelle. Ce que
ie proteste auoir veu en vn quidam
que i’auois trépané parce que l’os Co-
ronal en cest endroit auoit esté rompu
et enfoncé vn peu au dessus desdites
cauités L
CHAPITRE XVI.
CVRE DES ACCIDENS QVI ADVIENNENT
AV CRANE.
Or apres auoir parlé des remedes
propres au cuir musculeux , selon la
diuersité des dispositions d’iceluy :
maintenant faut déclarer ceux du
Crâne et de la Dure-mere.
Doncques si l’os est fracturé et qu’il
soit besoin de le trépaner, ou l’esleuer
ou ruginer : apres auoir fait section
audit cuir musculeux, faut déprimer
le Pericrane de contre le Crâne, ainsi
qu’auons dit. Ce qui ne se peut faire
sans grande douleur , pour la sensi-
bilité d’iceluy et la connexion qu’il a
aux membranes du cerueau par les
sutures : et parlant faut bien auoir
esgard à mitiger la douleur, pour eui-
ter l’inflammation et autres accidens.
Doncques apres qu’on aura fait le
premier appareil et esleué les angles
de la playe : au second sera mis vn
digestif fait de iaune d’œuf et huile
rosat , auec vn peu de térébenthine :
et sur l’os qu’on voudra garder sain,
ne faut nullement loucher des choses
humides , ensuiuant Galien qui dit
1 Ce paragraphe si neuf et si intéressant
était comme perdu à la fin du chapitre xn.
Voyez page 32 , note 1.
44 le hvitieme livre ,
qu’on ne doit nullement vser ans os
desnués , de choses onctueuses , mais
au contraire de toutes choses qui des-
seiclient toute humidité superflue *.
Dont faut mettre sur ledit os charpy
sec, ou poudres céphaliques (lesquel-
les descrirons cy apres) et garder qu’il
ne soit altéré , tant de l’air que des
medicamens humides.
Pareillement, apres qu’on aura tré-
pané, faut auoir grande sollicitude à
bien traiter la Dure-mere. Car quel-
quefoisil sort grande quantité de sang
de quelque vaisseau, qui pourroit estre
attaché contre la seconde table : ce
que i’ay veu souuent aduenir. Et tou-
tesfois ne le faut subit estancher, mais
le laisser fluer selon la plénitude ,
force et vertu du malade : car par tel
moyen la fiéure et autres accidens
sont moins grands : ce qui est prouué
par Hippocrates , qui dit qu’il est ne-
cessaire laisser fluer le sang aux playes
recentes, excepté au ventre : car par
tel moyen elles seront moins moles-
tées de douleur, inflammation et d’au-
tres accidens. Et les vieilles (dit-il) on
les doit faire souuent saigner, à raison
que par tel moyen on descharge la
partie des humeurs contenues en
icelle 1 2. Or donc apres en auoir laissé
fluer assez , sera arresté auecques ce
remede escrit de Galien :
if. Put. aloës 3. ij.
Thur. mast. ana 3. G .
Albumina ouorum, numéro ij.
Agilcntur simul cum pilis leporis minutim
incisis, üat medicameulum 3.
Et apres que le flux sera estanché,
pour seder la douleur, sera appliqué
dessus ladite Dure-mere sang de pi-
1 Galien, G. liu. delà Méthode. — A. P.
2 Hipp.au liu. des vlceres, et Gai. au liu. 4
de la Méthode. — A. P.
3 Galien au 6. de lu Méthode. — A. P.
geon recentement tiré de dessous
l'aile : puis de ceste poudre qui s’en-
suit :
"if. Aloës, thuris, myrrhæ, sanguinis draco-
nis ana 3. j.
Misce, fiat puluis subtilis.
Et l’on pourra aussi faire vne em-
brocation d'oxyrhodinum , ou autre
repercussif, comme le cataplasme fait
de farines, de vinaigre et huile rosat,
pour adoucir et appaiser la douleur
et euiter inflammation iusques au qua-
trième iour : puis on pourra seure-
ment vser du Cerat de Vigo, lequel me
semble estre fort propre pour les os
du Crâne fracturé, pource qu’il attire
la matière du profond à la superficie ,
resoult et deseiche modérément : et à
cause de son odeur, resiouist l’esprit
animal, robore lecerueauet les mem-
branes Ce faisant appaise la douleur,
comme on le pourra connoistre par
les ingrediens qui entrent en sa com-
position , qui est telle :
'if.. Olei rosati omphacini, résina; pini, gum-
mi elemi. ana g . ij.
Mastich. g.j. G.
Pinguedinis arietis. g. ij. G.
Foliorum betonicæ, matrisyluæ, anttaos
ana manip.j.
Ammoniaci g. G.
Granorum tinctorum 3. 1.
Liquéfiât pinguedo, et trituranda trituren-
tur,et liquefacsimul ammoniacum cum
aceto scillilico : deinde buliiarit omnia
simul inffi.ij-Vini boni, lento igné
vsque ad consumptionem vini , deinde
exprimanlur : cum expressione addantur
Terebinthinæ Venetæ g . iiij.
Ceræ alba; quantum suflicit.
Fiat cerotum molle.
Desquels remedes sera vsé selon la
nécessité : ce qui est enioint d’Hippo-
crates,et en la Méthode de Galien, qui
DES PLAYES ÈjV
commandent tousiours indications
contraires.
Pareillement faudra frotter toute la
nueqiie du col et l’espine du malade
de ce Uniment , lequel a grande faculté
d’adoucir les nerfs pour empescher
le spasme : comme pourras connois-
tre aussi par les ingrediens qui s’en-
suiuent :
Rutæ, marrubij, rorismarini, ebulorum,
saluiæ, herbæ paralysis, ana. m. G.
Kadicis ireos, cyperi, baccarum lauri ,
ana g ■ j.
Florum chamæmeli, meliloti, hypcrico-
nis, ana m. j.
Pistentur et inacerentur omnia in vino albo
pernoctem : deinde coquantur in vase
duplici cum
Olco lunibvicorum , liliorum, et de tere-
bintbina , axungiæ anscris et bunia.
ana § . ij.
Vsque ad consumptionem vini : postea co-
lentur, et in colatura adde
Teiebinthinæ Venetæ § . iij.
Aquæ vitæ § . G .
Ceræ quantum sunicit.
Fiat linimentum secundum artem.
Mais la douleur estant appaisée ,
faut désister de toutes choses onc-
tueuses , de peur qu’elles ne rendent
la playe sordide et maligne, et que
les parties proches ne se pourrissent,
et par conséquent la Dure-mere et
l’os: pource que les parties ne seroient
gardées par leurs semblables, ce qui
se doit faire par remedes desiccatifs.
Parquoy ne faut aux playes et frac-
turesde la teste vser de remedes oléa-
gineux, humides et suppuratifs : si ce
n’est pour mitiger la douleur et sup-
purer en cas de nécessité : car (comme
dit Galien) il faut laisser souuenlesfois
la propre cure pour subuenir aux ac-
cideus1.
PARTICVLIEG. 45
D’auantage , Hippocrates ne veut
qu’aux fractures du Crâne y soit fait
fomentation de vin , ou bien peu 1 : et
ce bien peu , interprété Vidus Vidius,
si ce n’est quand on craint inflamma-
tion : pource que la fomentation de
vin a faculté de reprimer, refroidir et
seicher (supplé que ledit vin soit noir
et rude). Et combien que ledit vin
ail faculté et vertu desiccatiue , tou-
tesfois actuellement humecte. Ce qui
est grandement contraire aux playes
de la leste , et principalement si l’os
est decouuert : en sorte qu’il y au-
roit danger par la réfrigération du
vin , qu’il feroit au cerueau , qu’il
ne suruint spasme ou autre mau-
uais accident. Et partant ne faut vser
de choses froides et humides, si ce
n’est, comme auons dit , pour repri-
mer l’inflammation et appaiser la dou-
leur causée par ladite inflammation :
mais seront appliquées sur les os dé-
nués poudres catagmatiques et cépha-
liques , ainsi appellées des anciens
Grecs, parce qu’elles sont propres aux
fractures des os de la teste et autres :
à cause que par leur siccité consom-
ment l’humeur superflu , et en ce fai-
sant aident à Nature à séparer les-
dils os, et engendrer chair dessus.
Et sont lesdites poudres telles :
Thus, radix ireos Florentiæ, farina hordei ,
eterui, pulu. aloes hepaticæ, sanguis
draconis, mast. myrrha, radix aristolo-
chiæ, gentianæ, erucæ.
Et generalement tous simples qui
sont desiccatifs , abstersifs sans éro-
sion. Lesquels seront appliqués apres
que ia douleur, inflammation et apos-
teme seront passés: mais alors qu’on
voudra mondiûer les membranes et
faire séparer et incarner et couurir les
1 Gai. au 4. de la Méthode. — A. P.
1 Hipp. de vul. cap . — A. P.
LE HV1T1ÉME LIVRE,
46
os , en convient vser en les diuersi-
fiant selon la température et habitude
du corps, et des accklens qui seront
trouués ausdites fractures : ayant en
considération que l’os porte plus forts
reuiedes , et veut aussi plus estre de-
seiché que le Pericrane et Dure-mere,
d’autant qu’il est plus sec et non sen-
sible. Et pour ceste raison, lors qu’on
appliquera lesdites poudres cépha-
liques aux membranes, seront mes-
lées auec miel, ou syrop rosat, ou
d’absynthe, ou leurs semblables , à fin
de les rendre moins desiccatiues et
acres.
CHAPITRE XVII.
DES ACCIDENTS QVI ADVIENNENT A LA
DVRE-MEItE.
Si par fortune la Dure-mere est in-
cisée ou escorchée, pour l’agglutiner,
Hippocrates commande y appliquer
succurn nepetœ , meslé auec farine
d’orge. En lieu d'iceluy remede, on
peut vser de ceste poudre' qui a pa-
reille faculté
Colophoniæ 5. iij.
Myrrhæ, aloes, mast. sang. dra. ana 3- j-
Croci , sarcocollæ ana 3. 6 .
Misceantur, et fiat puluis subtilis.
Et pour expurger le sang ou la sa-
nie qui est ou peut estre en tre le Crâne
et la Dure-mere, faut mettre vne tente
de linge délié en quatre ou cinq dou-
bles, trempé en syrop rosat et d’ab-
synthe , auec vn peu d’eau de vie ,
entre le Crâne et la Dure-mere, à fin
d’abaisser la Dure - mere de peur
qu’elle ne touche au Crâne : pour
donner issue au sang et à la sanie, qui
peuuent estre tombés entre l’os et la-
dite Dure-mere: et aussi pour défen-
dre que, par la pulsation du cerueau,
la Dure-mere ne frappe contre les
bords du circuit de l’aspérité de l’os
qu’aura coupé la trépané. Et à cha-
cune fois que le patient sera habillé ,
on mettra vne autre tente semblable,
iusques à ce que la mondification
soit faite. Mesme le Chirurgien, cha-
cune fois qu’il habillera le patient ,
comprimera la Dure-mere auec vn
tel instrument : et luy faut faire clorre
le nez et la bouche, et qu’il souffle et
expire , à fin que par tel moyen il ex-
purge la sanie qui est entre l’os et la
Dure-mere.
Ledit instrument, duquel sera com-
primée ladite Dure-mere , doit estre
rond, large, poly, et vni en son extré-
mité, comme cestuy-cy.
Instrument propre pour presser et baisser la
Dure-mere en bas, à fin de donner issue à
la sanie.
Et par dessus la susdite poudre ,
soit mise sur la Dure-mere une es-
ponge trempée et espreinte en vne
décoction , laquelle ait faculté desic-
UES PLAIES EN PAKTiCVLIEIi.
catiue , roboratiue , faile de choses
aromatiques propres à la leste, comme
il s’ensuit.
3c. Foliorum saluiæ , maioranæ, betonicæ,
rosarum rubrarum, absinthij et myrtil-
lorum , floruin chamæm. meliloti, stœ-
chados vtriusque, ana ni. fi.
Radicis cyperi, calami aromatici, ireos,
caryophyllatæ, angelicæ ana § . fi .
Rulliant omnia secundum artem, cum aqua
fabroruin, et vino rubro : fiat decoctio
ad vsum dictum.
Et en lieu d’icelle on pourra vser
de vin clairet auec portion d’eau de
vie: à tin que ladite esponge attire et
seiche la sanie et autres humidités.
Icelle esponge sera plus propre qu’un
linge ou autre chose , pource que
d’elle-mesme elle attire la sanie , et
aussi qu’elle obeïst par sa mollesse à
la pulsation du cerueau.
Et par dessus toute la playe et par-
ties proches, sera appliqué vn emplas-
tre faict de Diachalciteos liquéfié auec
vinaigre ou vin et huile rosat , à fin
qu’iceluy emplaslre soit rendu moins
chaud et plus mol. Car (comme dit
Hippocrates 1 ) on 11e doit mettre au-
cune chose dure et fort pesante sur
les playes de la teste, ny faire ligature
fort serrée, de peur d’induire douleur
et inflammation : ce qui est aussi re-
cité par Galien 2, qu’vn Apothicaire
auoit bandé et lié si fort la teste à
quelqu’vn , qui auoit douleur cau-
sée d'inflammation, qu’il fut cause
de luy faire sortir les yeux hors la
teste , à raison que telle ligature com-
primoit les sutures, en sorte que les
vapeurs fuligineux qui s’exhalent tant
par lesdites sutures que par les po-
rosités du Crâne , ne se pouuoient
exhaler par icelles : et aussi que par
* Hipp. au liu. des playes de a leste. — A. P.
1 Gai. au liu. de la man. de bander. — .P.
47
telle compression, les arteres ne pou-
uoient auoir leur mouuement pulsa-
tif. Pour ces causes, la douleur et in-
flammation fut si grandement aug-
mentée, que les yeux luy creuerent
et sortirent hors la teste *. Par ainsi à
bon droit Hippocrates defend couurir
et lier par trop les playes de la teste.
En quoy tu retiendras en mémoire
que les emplastres que tu appliqueras
sur la teste , seront de consistencc
molle : et les compresses pareillement
seront faites de linge mol et subtil ,
ou de coton , ou de laine , ou d’es-
touppes : et sera la teste ( comme
auonsdit) peu serrée et pressée. Et
apres que le malade aura esté habillé,
si la playe iette beaucoup , le faudra
faire situer sur la playe , s’il est pos-
sible, et qu’il estouppe par fois le nez
et la bouche , et qu’il expire , pour
faire esleuer et enfler le cerueau : à
fin que par tel moyen la sanie con-
tenue au dedans soit expellée, de peur
qu’elle n’acquiere acrimonie et autre
mauuaise qualité. Autrement il fau-
dra gratifier le malade de se tenir et
situer en la façon qui luy sera plus
aisée et qui luy viendra mieux à plai-
sir. On pourra mettre aussi entre le
Crâne et la Dure-mere huile de téré-
benthine et vn peu d’eau de vie auec
aloës et saffran subtilement pulue-
risé , pour mondifier et desseicher la
sanie.
1 L’édition de 1561 ajoute l’histoire sui-
vante, retranchée dans toutes les autres :
« Ce que véritablement puis attester auoir
veu aduenirà la sœur de feu Loys de Bailly,
marchant drappier demeurant sur le pont
Saint-Michel à Paris, laquelle eust vne si
extreme douleur et inflammation à la teste,
que ses yeux lui sorloient, et creuerent en
ina prcsence : non par ligature, mais par
vne extreme inflammation des membranes.»
Fol. 175.
48
LE HVITIÉME LIVRE ,
Autre pour mesme effet,
if. Mell. ros. g . ij.
Far. hor. pul. aloës, mast. et ireos Flo-
ren. ana 5. G.
Aquæ vitæ parum.
lncorporentursimul, fiat munditicatiuuin ad
vsum dictum.
Or quelquesfois se fait inflamma-
tion, apres la trépanation, à la Dure-
mere, laquelle se leue et sort grande-
ment par le trou qu’on aura trépané,
au dessus du Crâne , dont plusieurs
mauuais accidens s’ensuiuent1. Mais
pour obuier à la mort, faut faire plus
grande ouuerture au Crâne, auecques
nos tenailles capitales incisiues , à fin
de donner plus grande transpiration
oueuacuation aux matières contenues
sous le Crâne : et alors sera reïlerée la
saignée ou purgation : ensemble con-
uient ordonner vne diete tenue au
patient, et tout par le conseil du docte
Médecin : et appliquer remedes con-
trarians à 1 inflammation , qui se fe-
ront auec fomentation d’vne décoc-
tion faite d’eau , en laquelle on fera
bouillir :
Seminis fini, altheæ, fcenugræci, psillij,
rosarum rubrarum, ana g.j,
Solani, plantaginis ana m.j.
Ou autres remedes propres à tels
accidens : et instiller remedes anodyns
et repercussifs dans les oreilles. Et
si elle est grandement esleuée , pour
la baisser et resserrer on y doit appli-
quer de la farine de lentille ou feuilles
de vigne broyées auecques graisse
d'oye, ou autres semblables remedes.
El si on voit qu’icelle tumeur ne se
résolue, et que l’on eust soupçon qu’il
y eust de la boue au dessous, alors on
doit faire incision à la Dure-mere ,
auec vne lancette ou auec vne bis-
‘ Paul. Ægin., liu. 6, chap. 90. — A. P.
torie1, tournant sa pointe vers le
ciel, de peur de toucher la substance
du cerueau : et par tel moyen on don-
nera issue à ladite boue. Ce que i’ay
fait , et autres Chirurgiens , dont au-
cuns sont reschappés , autres sont
morts. Partant il vaut mieux tenter
vn remede grand et extreme , ayant
encore quelque esperance , plutost
que de laisser mourir le patient sans
essayer aucune chose.
CHAPITRE XVIII.
POVROVOY C’EST OVE LA DVRE-MERE SE
NOIRCIT.
Il aduient aussi que la Dure-mere
est noire par la contusion et vehe-
mence du coup , et sang respandu et
coagulé dessus , ou par alteration
d’air froid , ou par application de re-
medes non propres à sa substance et
tempérament , ou par putréfaction.
Parquoy il faut bien que le Chirur-
gien ait esgard à corriger tels vices.
Doncques pour oster la noirceur
faite par contusion , il faut appliquer
olcum devilellis ouorum, auecques vn
peu d’eau de vie, et saffran, et racine
d’ireos de Florence subtilement pul-
uerisée. Aussi faut faire fomentations
de choses resolutiues et aromatiques,
lesquelles seront bouillies en eau et
en vin. Pareillement sera appliqué le
Cerat de Vigo , que nous auons es-
crit par cy deuant. Et si c’est par
sang congelé et espandu dessus la
Dure-mere, sera osté auecques tel re-
mede :
i ici l'édition de 1561 donnait des figures
de lancettes et de bistouris, reportées depuis
au livre des Opérations, chap. 67 et 68 , et au
livre des Tumeurs en particulier, chap. vm.
DES PLAYES EjY PART1CVLIEK.
49
2f. Aquæ vit® g . i.j.
Granæ finissim® subtilitei* triturât®
3. ij. fi.
Croci 3 . j .
IWcIlis rosati 5 . j. fi.
Sarcocollæ 3. iij.
Bulliant omnia simul parum, et colenlur :
Et soit appliqué dessus iusques à ce
que la noirceur soit ostée. Et si c’est
par l’alteration de l’air, sera appliqué
tel remede :
if. Terebinlhinæ Venetæ § . iij.
Alellis rosati 5 . ij.
Vilellum vnius oui, farina; hordei 5. iij.
Croei 3 . j .
Sarcocollæ 3. ij.
Aquæ vit® 5 iij.
Incorporentur simul, et bulliant paululum :
Et en soit appliqué sur la Dure inere
iusques à ce que la noirceur et sa tem-
pérature soit rectifiée,
Si c’est par application de remedes
induement appliqués , il y faut met-
tre d’autres contrarians. Comme si la
noirceur vient par l’indue application
des choses trop humides , seront ap-
pliqués remedes desiccatifs , comme
sont les poudres catagmatiques et cé-
phaliques Si c’est par remedes acres,
soient appliqués remedes doux et fa-
miliers. Or si la noirceur vient à pu-
tréfaction , de Vigo lotie tel remede :
2C. Aquæ vit® , § . ij.
Mollis rosati § . fi .
Et si par tel moyen la putréfaction
11e peut eslre ostée , sera appliqué re-
nie de plus fort, comme cestuy :
Æijypliac pour osier la putréfaction.
2£. Aquæ vit® § . iij.
Mellis rosati 3 . j.
Pulueris mercurij. 3. ij.
Et uniea ebullilione adinuicem bulliant :
misce ad vsum dictum.
si litre.
Aquæ vit® g . j. fi .
Syrupi absinthij, et mellis rosati ana 5. ij.
Vnguenti Ægyptiaci 3. ij. fi.
Sarcocollæ, myrrhæ, aloës, ana 5 j.
Vini albi boni et odoriferi g . j.
Bulliant omnia simul parum : deinde colcn-
tur ad vsum dictum.
Outre-plus si la putréfaction estoit
si grande qu’elle ne peust estre ostée
par les remedes que nous auons ià dit,
sera appliqué egyptiac pur , fait en
eau de plantain en lieu de vinaigre ,
ou poudre de mercure toute seule ,
ou meslée auec un peu d’alum. Et ne
faut craindre appliquer tels remedes
sur la D ure-mere, lors qu elle est pu-
tréfiée : à cause qu'aux grandes ma-
ladies il faut vser de forts remedes1.
Ioint que comme monstre Galien à la
fin du 6. de la Méthode , la Dure-mere
peut de sa nature porter tels medica-
mens forts desseichans , pour deux
raisons : la première , que les corps
secs et durs , quels sont les membra-
nes, ne sont altérés que par medica-
mens forts : l'autre, que le principal
soin du Médecin doit tousiours eslre
de garder la température de la partie
par medicamens de semblable qua-
lité. Que si le conduit de l’oüye, no-
nobstant qu’il pénétré et touche ius-
ques à la Dure-mere , et reçoiue le
nerf qui luy vient du cerueau , porte
et requiert medicamens de telle qua-
lité: à plus forte raison les pourra
porter la Dure-mere.
Et si par tels moyens la putréfac-
tion 11e cesse, et que la tumeur fust si
grande, que la Dure-mere sorlisthors
du Crâne, sans aucunement soy mou-
uoir , et qu’elle fust noire et aride , et
1 Hipp., aph. 6, lin. 1. — A. P. — Le reste
de ce paragraphe manque dans l’édition de
1561.
il.
4
LE HV1TIEME LIVRE
les yeu\ du patient rouges et enflam-
mes, sorlans comme hors la teste , sa
veuë non asseurée , auec inquiétude
et phrenesie , si tels accidens ne ces-
sent bien lost , fais prognostique que
le patient en bref mourra, pource que
la Dure-mere est gangrenée et la cha-
leur naturelle esteinlc. Au contraire,
si la Dure-mere a sa couleur naturelle,
et qu’elle ait son mouuement assez
libre , la playe non aride et la sanie
louable, et que le patient soit peu fé-
bricitant, aye bon espoir qu’il gué-
rira : ce qu’auons dit par cy deuant.
CHAPITRE XIX.
I'OVRQVOY ON TREPANE AVX FRACTVRES
DV CRANE.
Or à présent conuient au ieune Chi-
rurgien sçauoir la raison pourquoy
ou trépané les fractures des os de la
teste , et non des autres parties de
noslre corps.
Ce qui se fait pour quatre causes :
la première , pour esleuer les os et
oster les esclats, fragmens et esquilles
fracturées , qui compriment ou pic-
quent les membranes , et quelquesfois
la substance du cerueau. Seconde-
ment , à fin qu’on puisse vacuer , de-
terger et seicher le sang ou la sanie ,
qui sont ja tombés par la fracture,
pour la ruption des vaisseaux semés
entre les deux tables (dit Diploé), ou
de ceux qui attachent la Dure-mere
auecquesle Crâne, quipourroit pour-
rir l’os, et les membranes et mesme le
cerueau. Tiercement, pour appliquer
remedes conuenables à la playe et
fracture , selon qu’il est necessaire.
Quarlement , pour suppléer à la li-
gature repercussiue et defensiue de
lluxion et inflammation , laquelle si
elle pouuoit y eslre accommodée ,
comme és autres membres , expelle-
roit et prohiberoil les superlluilés du
lieu affecté1.
1 L’édilion de 1561 ne distingue pas ces
quatre causes; te paragraphe qu’on vient de
lire est remplacé par celui-ci :
« le dis que c’est à cause que les supcrfl niiez
ne peuuent estre expellees ny prohibées du
lieu afl'eclé et des parties voisines par liga-
tures, comme és autres membres: parquoy
conuient au Chirurgien desnuer le crâne et
ouurir la fracture : à celle tin qu’on puisse
vacuer, detergerelseicherle sang ou la sanie
qui pnurroit tomber sur les membres. Et si
ne confluoit ou decouloit par fes fractures
du crâne quelque superfluité aux parties in-
ternes, ce seroit chose superflue au Chirur-
gien d’exciser ou trépaner l’os : mais il n’est
possible. Qui est souucnt cause que lesmem-
branes se putréfient, et mesme la substance
du cerueau ; parquoy donc il est necessaire
d’ouurir le crâne par trépané ou autres in-
struments, tant pour donner issue et éva-
cuer les superfluilez , que pour esleuer les
os qui compriment ou picquent les membra-
nes , et quelquefois la substance du cerueau,
ou pour autres causes qu’auons par cy-de-
uant declarces. » fol. 180.
Nous voici arrivés aux indications du tré-
pan , et il est essentiel de nous y arrêter
quelques instants. On voit comment A. Paré
ayant ébauché sa doclrine en 1561 , l’a com-
plétée un peu plus tard; et le lecteur est à
même déjuger de la valeur des raisons qu’il
apporte à l’appui. Je n’en dirai rien de plus,
sinon pour faire remarquer combien elle
est éloignée de la doctrine de J.-L. Petit et
de l’Académie de chirurgie, ce qui enlève à
celle dernière l’argument banal de l’expé-
rience des siècles. Or la doclrine de Paré, en
partie puisée dans la tradition, en partie
dans l’imagination de l’auteur, ne saurait
non plus se prévaloir de sa haute antiquité,
ni même d’une admission universelle.
Déjà il y avaiteu à cet égard dissentiment
entre Lanfranc et les autres chirurgiens
antérieurs à Guy de Chauliac; après Guy,
DES PLAYES EN PARTICVLIEB.
Or pourquoy les ligatures qui sont
propres aux fractures des autres par-
ties de nostre corps ne sont vtiles et
les opinions ne furent pas moins partagées.
Nicolas de Florence n’admettait que deux
cas où l’on dût trépaner; premièrement, dans
une fracture comminulive , pour enlever
les c quilles; secondement , dans la fissure
capillaire, afin d’ouvrir un passage à la ma-
tière qu’il supposait devoir s’amasser par-
dessous, et qui n’aurait pas trouvé une issue
suffisante. Il y mettait encore cette restric-
tion, qu'il ne fallait opérer qu’en cas de né-
cessite démontrée.
Pierre d’Argelata est plus hardi ; il adopte
la doctrine de Lanfranc, en conséquence
il ne trépane que dans ces deux cas: enfon-
cement de l’os , piqûre du cerveau et de ses
membranes par les esquilles. Il s’écarte par
là essentiellement de Guy de Chauliac qu’il
ne nomme pas , de Galien , de Paul et d’Avi-
cenne qu’il nomme ; et abordant directement
la question de la fissure capillaire, il faut
•savoir, dit-il, qu'elle peut guérir sans abla-
tion de l'os, cotnme l’expérience le montre ,
comme je l’ai vu ; alors il suffit de pourvoir à
l’incarnation de l’os, à l’aide de topiques
convenables ou de la rugine ; et j’en ai fait
l’expérience, ajoute-t-il, dans les petites fissu-
res déterminées par un cltoc et accompagnées
de contusion. Lib. I. Tract, vu. cap. 3 et 5.
Bérenger de Carpi ne parait pas si bien
inspiré sur celte question que sur plusieurs
autres; il adopte le sentiment de Nicolas ,
tout en citant des faits qui auraient pu le
mener à une conclusion différente. Voici
comme il expose sa doctrine.
Quand il y a des esquilles qui piquent ou
compriment les membranes, il faut opérer
dans la première heure ou peu après.
S’il y a une fissure capillaire , quand mô-
me il n’apparaitrait encore aucun accident
fâcheux, si le sujet est cacochymeet ne veut
pas se soumettre au régime, il est essentiel
d’opérer; et le plus tôt est le mieux. Si le
sujet est fort et obéissantau médecin , il faut
attendre les accidents, qui viennent en hiver
d’ordinaire le quatorzième jour, en été avant
le septième.
Les deux principales causes qui nécessi-
5 I
commodes à celles du Crâne , c’est à
cause que la figure de la (este est ron-
de, laquelle ne se peut bien comrao-
tent le trépan sont la présence d’esquilles et
de corps étrangers, et l’amas de pus qui a
besoin d’une libre issue.
Dans le premier cas , si les esquilles ou les
corps étrangers causent des accidents par
leur piqûre, il faut opérer immédiatement.
S’il n’y a pas de piqûre, les uns attendent
trois jours , les autres plus. A la vérité, il
n’est pas autant besoin de se hâter; mais si
la perforation est manifeste et si la plaie est
telle que le pus doive s’amasser sous l’os,
et que celui-ci ne lui offre pas une issue li-
bre, il ne faut pas attendre au-delà du
deuxième ou di^troisième jour.
Si l’on n’est pas bien certain de la forma-
tion du pus, on pourra attendre jusqu’au
septième jour en été, au quatorzième enhy-
ver, et même plus tard, jusqu’à ce que lepus
se révéle par les accidens qu’il développera.
Alors en effet la dure-mère sera séparée du
crâne ; condition sans laquelle il ne faudrait
pas trépaner. Du reste dès que le médecin
est arrivé à savoir que l’opération est néces-
saire, le plus tôt est le mieux, sans attendre
ni les accidents ni les jours indiqués.
« Remarque cependant, lecteur, que quel-
quefois les accidents signalés arrivent, et qu’on
ne fait pas l’opération, et que le malade n’en
guéritpas moins. J’en ai vu un cassans le vou-
loir. Je traitais, quasi malgré moi, à Bolo-
gne, un certain Martin, messager des lettres,
qui avait reçu sur la tête un coup d’une
épée assez mal tranchante. 11 avait au crâne
une fracture presque capillaire, plus grande
toutefois et pénétrant jusqu’à la dure-mère ,
sans lésion de celle-ci. Vers le dixième jour,
les accidents m’ayant démontré que la dure-
mère était décollée, je voulus inciser l’os et
agrandir la blessure, mais le blessé n’y vou-
lut jamais consentir. Alors je piocédai avec
des attractifs , et toujours il sortait du pus
par celle fente en quantité notable quand
je lui faisais faire des efforts d’expiration;
toujours cependant il garda de la fièvre, des
frissons, des inquiétudes, presque jusqu’au
cinquantième jour. Enfin la nature sépara
toute l’épaisseur de l’os, de la dure-mère à
LE HVITIKME LIVliE,
dement serrer et lier, tant pour tenir
les os fracturés en leur lieu naturel ,
que pour exprimer et renuoyer le
la surface , dans l’étendue d'une petite hos-
tie. La dure-mère apparut alors déjà cou-
verte de chair, et le malade guérit. Il est
vrai qu’il était jeune et d’une forte com-
plexion.
* J’ai rapporté ce fait pour montrer ceque
peut la nature quand on ne suit pas un Irai-
tementrégulier; et j’en ai vu également d’au-
tres exemples aussi heureux. »
Et enfin un peu plus loin il ajoute :
« On peut juger par tout ce qui a été dit
que le temps d’opérer peut être bien connu.
Je dis cependant avec Nicolas qu’il ne faut
trépaner que quand la nécessité y oblige, car
beaucoup ont été guéris sans trépanation ,
avec les remèdes convenables, que le mé-
decin ne pensait pas pouvoir ainsi guérir; et
je l’ai vérifié plus d’une fois, comme bien
d’autres praticiens. » Fol. 82.
Enfin une doctrine plus complète et mieux
raisonnée, bien que toujours empreinte des
préjugés de l’époque, était professée par
Fallope, et le passage où il en est question
mérite d’être reproduit en entier.
« L’indication de trépaner se tire de ce
qui est contenu dans le crâne et qui cher-
che une issue; toutes les fois donc que dans
la cavité crânienne il y aura quelque corps
étranger, toujours il faudra diviser les os.
Ces corps étrangers sont : 1° un fragment
de l’instrument vulnérant, d’une flèche,
d’un poignard, d'une pierre; et je n’aurais
lias cru , si je ne l’avais vu , que la pointe
d’une lance pût s'y briser : la pointe d’un es-
ponton s’est rompue , il n’y a pas un an,
dansla tête d’un individu de Padouc; quel-
quefois enfin j’ai extrait des fragmens de
pierres; voilà le premier cas; 2, , du pus (<x«p)>
quand, après avoir mis l’os à nu, nous avons
des indices qu’il s’amasse dans le crâne;
3o une esquille d’os détachée et qui pique
la dure-mère; il faut dans ce cas en faire
l’extraction; 4° un grand fragment d’os en-
foncé , qui aura contus la dure-mèreetaura
amené la stupeur par suite de la compres-
sion du cerveau; alors il faut découvrir la
dure-mère et relever l'os. Mais comment
sang loin delà partie vulnerée etfrar-
I ti nie, et aussi pou r empescher qu’il ne
se face nouuelle fluxion : ce qui est im-
saurez-vous si la dure-mère est comprimée
ou non? S’il survient subitement du vomis-
sement et du délire; si le délire se déclare
et que vous voyiez une dépression , la dure-
mère souffre. Enfin vous devez savoir qu’il
arrive quelquefois , dans les fractures du
crâne , une indication spéciale de trépaner
pour laisser s’écouler la matière. Dans ce
cas, quand vous voyez une fissure qui vous
cause des craintes, il ne faut pas tout d’a-
bord en venir au trépan; que faire donc?
II faut en toute fracture rechercher si elle
pénétre à l’intérieur ou non ; si elle ne péné-
trait pas, il ne serait pas besoin de trépaner;
car la trépanation est une opération mor-
telle. C’est pourquoi , avant d’y recourir,
prenez soin de ruginer l’os, et d arriver ainsi
jusqu’au diploé, et enfin jusqu'à la table inter-
ne; si en ctfct la table externe seule est frac-
turée, il n’y a nul danger. N’allez donc pas
ouvrir le crâne à moins de piqûre ou de
pression; s’il n’y a qu’une fissure ou une
marque, il faut essayer d’abord de la rugina-
tion de l’os. » Op.omnia, p. C48.
Il est remarquable qu’en tout ceci il ne
s’agit nullement des accidents produits par
l’épanchement du sang sans fracture. On
voit bien que Paré a songé à cet épanche-
ment dans les cas de fracture; mais alors
meme il lui fait jouer un rôle fort différent
de celui qu’il a obtenu dans les théories
modernes; et s’il veut qu’on l’évacue, c’est
seulement parce qu’il pourroil pourrir l'os et
les membranes et mesme le cerneau. J'ai cru
un moment trouver cette lacune remplie, et
c’était encore dans le livre de Bérenger, si sou-
vent cité. Dans une sorte de résumé qui ter-
mine l’ouvrage, il parle de la rupture des
vaisseaux sans fracture, dans la dure-mère ,
et entre la dure-mère et la pie-mère. Le pre-
mier cas peut rendre la trépanation néces-
saire, mais on n’est averti de l’épanche-
ment que par les accidents (pii résultent du
décollement de la dure-mère ; dans le second
cas la guérison est impossible, à moins que
la nature n’évacue l’humeur par les narines
ou par une autre voie; et dans les deux cas
DES PLATES EN PAHTICVLIER.
possible de faire à la teste tantà cause
de sa figure, qui ne peut permettre
telleligature,que pourceque les vais-
seaux, àscauoir veines et arteres qui
sont au dessous du Crâne ,ne peuuent
estre serrées pour exprimer et ren-
uoyer le sang, ains seulement les ex-
térieurs , ce qui causeroit douleur et
inflammation : d'autant que telle li-
gature empescheroil par sa compres-
sion le mouuemenl des arteres : pa-
reillemen t arresteroi t l’eua cua lion des
excremens fuligineux , qui s’euapo-
rent par les commissures du test , à
cause qu’elles seroient trop serrées :
pareillement renuoieroit le sang du
lieu blessé aux membranes et au cer-
neau (comme nous auons prédit) , et
seroit-on cause d’induire douleur,
chaleur, fleure, aposteme, apoplexie,
spasme, paralysie , et par conséquent
la mort. Et partant pour euiter tels
accidens, nous conuient faire ouuer-
ture au Crâne, lors qu’il est fracturé
ou contus , ce qu’il n’est besoin aux
autres parties.
Et auparauant que l’on applique la
trépané, faut bien serrer le patient,
et luy mettre sous la teste quelque
drap plié en plusieurs doubles , et
presser sur le cheuet ou trauersin , à
fin que lors qu’on fera l’operation ,
que la teste du patient n’enfonce sur
la plume, mais qu elle soit stable, sans
qu’elle tourne de costé ne d’autre, ny
qu’elle enfonce, si ce n’est par le com-
mandement du Chirurgien qui tre-
le danger vient de ce que le sang se tourne
en sanie. — Il y a ici une réflexion qui n’é-
chappera à personne : les symptômes de la
compression par l’épanchement , si bien mis
en relief par la théorie moderne, avaient
donc échappé à l’observation de tous les chi-
rurgiens antérieurs.
pane. Auec cela, luy faut bien esloup-
per les oreilles de coton : à fin d’ob-
tondre le bruit de la Trépané ou au très
instrumens capitaux. Et auparauant
que d’appliquer la Trépané , on doit
commencer à percer l’os auec vn in-
strument , lequel aura sa pointe de
figure triangle, à fin qu’il entre mieux
et plus subit, et n’aura sa pointe non
plus grosse que le clou de la Trépané,
à fin qu’elle ne vacille de costé ny
d’autre. La figure est presque sem-
blable à vn Foret, horsmis la pointe,
comme tu vois par ce portrait.
Foret pour commencer à ouurir le crâne.
A Te monstre le manche.
BB Les pointes qui s’insèrent dans le man-
che par vue viz.
Maintenant faut descrire les Tré-
panés.
54
LE IIVITIÉME LIVRE,
CHAPITRE XX.
DESCRIPTION DES TREPANES.
Trepanps sont scies rondes, qui cou-
pent Foscirculairement plus ou moins,
selon qu’elles peuuent eslre grandes
ou petites : lesquelles doiuent auoir
vn clou aigu, ou po'nle, au milieu de
leur circuit , et qui passe vn petit ou-
tre les dents de la Trépané : à fin
qu’en trépanant soit stable et ne va-
cille de costé ou d’autre iusques à ce
qu’ellesaient fait leur circuit, et coupé
pour le moins la première table ou
enuiron. Adonc faut oster ledit clou ,
de peur qu’il ne touche (l’os .estant
coupé ) la Dure-mere. Puis s’il est be-
soin , soit continuée la perforation
entière des deux tables.
D’auantage, faut qu’autour de la
trépané y ail vn chaperon, à fin qu’elle
ne puisse passer et couper l’os plus
qu’on ne voudra: de peur aussi qu’en
trépanant, onnel’enfonce sur la Dure-
mere. Pareillement on doit vn peu
huiler ladite trépané, à celle fin qu’elle
coule mieux et plus doucement. Ce
qui est conneu par les artisans, qui
frottent leurs scies de choses oléagi-
neuses , à celle fin quelles entrent
mieux.
Semblablement fautsouuent en tré-
panant leuer la trépané et la tremper
en eau froide , à celle fin qu’elle n’es-
chauffe trop l’os1, car toutes choses
solides qui tournent auec vehemence
s’eschauffenl: et par ainsi la trépané
tournant en l’os s’eschaufl'e , et 1 os
semblablement aussi s’eschauffe et
desseiche, et par conséquent s’ altéré :
1 Hipp. de vul. cap. — A. P.
dont s’en pourroit séparer d’auantage
apres ia trépanation.
Et ici ne faut ignorer que tousiours
Nature iette vne ex foliation d’os où
la trépané aura fait son circuit et aura
touché, et aussi vne petite escaille de
la superficie qui aura esté descouuerte
et que l’air aura touché. Et pour ai-
der à Nature à faire ladite exfoliation,
on appliquera dessus poudre d’eruca,
autrement dite roquette , bryonia ,
concombre sauuage , aristolochia et
autres qui seront déclarées cy apres.
Et alors qu’elles seront séparées, l’on
appliquera cesle poudre , laquelle a
faculté d’augmenter la chair sur l’os
et l’endurcir.
if. Pulncris ireos illyricæ, aloës, mannæ,
thuns, myrrhæ, arislolochiæ , ana 3. j.
Puis apres la génération de chair,
soit faite cicatrice auec poudre d’es-
corce de grenades bruslées et alun»,
cuit. Et ne doit le Chirurgien tirer
lesdiles escailles et os par violence :
mais faut attendre que Nature ait
basti vne chair dessous et qu’elle iette
l’os de soy-mesme : ou autrement se
feroit nouuelle alteration et corrup-
tion dudit os*. Ce qui sera cy apres
plus amplement déclaré aux Caries
des os.
Celuy qui (repane doit considérer
que la figure de la teste est ronde,
pareillement sa trépané , et par ainsi
ne peut couper l’os egalement , com-
me si c’estoit sur \n lieu plat .- aussi
que l’os n’est pas tout d’vnemesme es-
paisseur : et p triant faut qu’il regarde
souucnt s’il coupe l'os plus d’vn coslé
que d’autre, qui se fera en prenant
garde souuent au circuit qu’aura fait
i Crunde annotation pour le ieune Chirur-
gien. — A. P.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
55
sa trépané, anec vne espingle ou
chose semblable. Et où il sera trouué
est re coupé plus d vn costé que d’au-
tre , faut décliner et presser la Tré-
pané sur iceluy qui sera moins coupé
et plusespais.
Or quant à la Trépané, plusieurs en
ont innouéà leur plaisir, de sorte que
maintenant on en trouue de plusieurs
et diuerses façons ; mais ie te puis bien
asseurer que ceste cy qui est par moy
inuentée, est plus seure que nulle au-
tre (au moins quei’aye conneu) pour-
ce qu elle ne peut aucunement en-
foncer dedans le Crâne , et par con-
séquent blesser les membranes et le
cerueau , à raison d’vne piece de fer
appellée Chaperon , lequel se hausse
et baisse du tout à ta volonté, et garde
que le Trépan ne pénétré et passe ou-
tre ce que seulement tu pretens cou-
per de l’os, lequel (comme nous auons
dit) n’est d’vne mesme grosseur, es-
paisseur et duresse: et par ainsi nulle
Trépané ne peut estre faite de cer-
taine hauteur ou petitesse sans iceluy
chaperon, lequel se haussant et bais-
sant , fait tel arrest à ladite Trépané
qu’il te plaist , voire et fust de l’es-
paisseur d’vne ligne. Et le danger de
penetrer son Trépan aux membranes
et au cerueau , n’emporte seulement
que la vie du palient : ce que i’ay veu
aduonir plusieurs Ibis, non seulement
par la faute des iëunes Chirurgiens,
mais aussi de ceux qui plusieurs fuis
auoienl trépané. Auiourd’huy i’espere
que ieunes et vieils voire apprenlifs
pourront trépaner sans danger auec
cesdites trépanés, desquelles tu as icy
le poi trail.
1 Remarquez ce mot d’ apprêtai fs, employé
dés 1 ôG i , époque où A. Paré était déjà mem-
bre du collège de Saint-Côme , et conservé
d’ailteurs dans toutes les autres éditions.
Figure de la Trépané desmontée *.
A Monstre le manche entier de la Trépané.
R Le Chaperon.
C La Trépané sans la pointe.
D La Trépané auee sa pointe.
E La Trépané auec son Chaperon.
F L’extremité de la Trépané qui s’insère
dedans le manche.
I La Virolle.
JJ Les viz qui tiennent la Trépané e
Virolle.
1 Les éditions complètes donnent en cet
endroit quatre figures représentant deux
trépans montés et démontés. Ces deux tré-
pans ne diffèrent absolument que dans les
ornements du manche; je me suis contenté
de reproduire avec toutes ses pièces le tré-
pan le plus orné, qui date delâ75.
La forme des trépans a singulièrement va-
rié. Hippocrate en connaissait deux : le tré-
pan à couronne et le trépan perforatif. Ce
dernier seul paraît avoir été conservé dans
la pratique vers le temps de Galien, et la
crainte de léser la dure-mère en faisant pé-
nétrer trop profondément sa pointe , avait
engagé quelques chirurgiens à munir celle-
ci d’un bourrelet circulaire qui ne lui per-
mettait pas de s’enfoncer trop avant. Le
trépan était dit alors immersible, abapiiston.
On retrouve ce trépan abaptiste dans Albu-
casis; et Guy de Cbauliac nous a transmis
50
r.l£ HVITiK.
ligure de la Trépané maniée.
A Le manche.
BB La Trépané.
CC La viz qui lient ladite Trépané au
manche.
D Le Chaperon qui prohibe et garde que
la Trépané ne passe outre la volonté de
celui qui trépané.
EF. La Virolle qui se hausse de telle hau-
teur qu’il est necessaire que le Chape-
ron donne entrée à la Trépané.
FF Vne autre viz qui tient ferme ladite
Virolle.
GG La pointe triangulaire, laquelle doit vn
peu passer outre les dents de la Tré-
pané, à fin qu’elle puisse eslre tenue
stable, ne vacillant de costénc d’autre;
et doit estre passée droitement au mi-
lieu de la Trépane : et en sa partie
supérieure doit eslre en viz , comme tu
vois en ceste ligure, à lin qu’on inséré
autour d’icelle ceste petite Virolle,
merquée par HH, pour l’extraire lors
qu’on aura trépané iusques au Diploé.
les diverses formes que les chirurgiens de
son temps donnaient au trépan pour l’em-
pêcher d’enfoncer; mais jusque là le trépan
A couronne n’était pas encore rétrouvé,
:ME El Vit F.,
Or loules les pièces de ladite Tré-
pané te sont eu l'vne de ces ligures
et je ne sais comment Sprengel a écrit le
contraire.
La première notion que l’on en retrouve
appartient à Jean de Vigo , qui a décrit, dans
sa Chirurgie abrégée , 1517 , son divinum in-
slnimentum nespulalum. Cette description
étant fort obscure , j’ai mieux aimé rappor-
ter le texte que de me hasarder à le tra-
duire.
« In primis adminislrando masculutninslru-
mentum sive nespulam, eu jus ofjicium est tan-
tum circulum in osse conficere usque ad spori-
giosum. Deinde administrandum est instru-
mentum cum nespulà feminà nuncupatum ,
cujus opérai io est simili et semel foramen et
plaleairi usque ad vitriam secundœ tabulœ cum
securitate conficere. Consequenler perforelur
vilria usque ad lulus inlrinsecus cum tertio
instrumenta quod instrumcntum securitatis
dicitur. Successive deiude cum instrumenta
noslro lenliculan perfuralio ossis ab omni aspe-
riiale et aculeis mundetur et explanetur, »
Nicolas Godin , dans sa traduction un peu
libre, dit que la figure de ces instruments
n’est pas encore paivenuc en ses mains ;
mais voici comme il les décrit :
«Le premier instrument, nomme iitstru-
mentum masculum, doit estre de fin acier, de
la longueur de huyt doitz ou enuiron, ayant
audessus vng manebe, lequel puisse virer
comme la tariere de laquelle on perce le bois,
et en lautre extrémité il doit estre cannule et
dente comme vne serre, laquelle cannule doit
auoir enuiron cinq doitz de long, et au meii-
lieu dicelle doit aooir vng fer carre et agu,
lequel seruira seulement a faire vng cercle
dessus los. Le second instrument doit eslre
forge comme lautre dessus sans fer au meil-
lieu , mais aux deux costez doit auoir vne
nespule dentee en deux costez, laquelle ,
quant on tournera (instrument vers la par-
tie dextre, il fera incision dicelle partie, et
pareillement quant on la tournera vers la
partie senestre : et lefl'et de cest instrument
est de percer le crâne iusques a la seconde
table et est cest instrument nomme nespulu
femina. Le tiers instrument est nomme in-
strnmenium securitatis, et doit auoir le man-
DES PDA Y LS EN PA RTICV LIER.
%*
°7
poséesen leur propre lieu, et par ainsi j leué auec la présente Trépané, le sera
l'onl la trépané eoniplette. auec cest instrument nommé Tire-
Kl où l’os estant coupé ne seroit es- fous, duquel poseras la pointe au trou
clic ainsi que est dict dessus, et doit estre
cannule et dente sans nespule et sans fer au
meillieu :et a vne petite cannule dargent ou
de fer de la longueur de trois doitz , lequel
entrera par lexlremile de la serre , en la fa-
çon de vne vigne tournée en maniéré d’vng
viz, lequel en tournant petit a petit viendra
percer laseconde taldeseuremenl sansblcsser
dura-mater, et quant il sera perce on lostera,
et fauldra besogner auec le quart instrument
lequel est nomme lenticula, etc. » Fol. 464,
verso.
Tout cela n’est pas encore bien clair. Ma-
rianus Sanclus , dans son Compendium de
cupiiis tœsionibus,ne; nomme que trois instru-
ments , raspalorium , terebella et Irepanum ,
sans les décrire, et ne donne aucun éclaircis-
sement sur ceux de son maître, qui probable-
ment neles avait pasencore inventés lorsque
Marianusavait quitté Rome.Toutefois on peut
juger d'après ce qu’il dit que le trépan abap-
tiste était tombé en désuétude. Ce terebella et
ce irepanum seraient-ils le trépan à cou-
ronne et le trépan perforatif renouvelés de
Celse, dont Vigo et Marianus connaissaient
bien l’ouvrage? Il est difficile de l’affirmer;
cependant il est à noter que jusqu'à Guy de
Chauliac, le trépan abaptisie était seul adopté,
et que les instruments de Marianus n’étaient
point abaptistes. En effet, après avoir dé-
claré qu’il préfère le terebella , il ajoute que
cet instrument a cet inconvénient, que s’il
n'est pas manié par une main habile , il trouera
facilement le cerveau , et qu’il faut prendre
garde de tuer ainsi le malade en voulant le
sauver. — Coll. Fffembach., p. 897. Vigo dé-
clare également que ce qui lui a fait imagi-
ner son instrument, c’est la difficulté de per-
forer le crâne avec les instruments anciens et
ceux des jeunes docteurs, sans courir le danger
<le léser les membranes cérébrales. Enfin, d’a-
pres les épîtres de Langius , les chirurgiens
allemands ne connaissaient pas non plus les
trépans abaptistes. Ceux-ci du moins n’a-
vaient pas pris les leurs dans Celse qu’ils ne
lisaient point ; et je ne sais si Langius , en
se moquant de leur ignorance , n’a pas plu-
tôt donné une preuve de la sienne. Il est
très possible, en effet, et même probable que
les barbiers de l’Allemagne eussent gardé
les instruments de leurs pères, qui auraient
été abaptistes en réalité , sans porter cette
dénomination grecque. En effet si l’on re-
trouve la chose dans les Arabes et les Ara-
bistes , le mot n’y est pas : il a été traduit
selon le génie de chaque langue ; et à l’é-
poque môme de Jean de Vigo, Bérenger
de Carpi faisait encore graver la figure d’un
trépan perforatif abaptisie sous le nom de
Terebrurn non profundans.
Pour revenir aux instruments de Vigo , il
faut aller jusqu'à André de la Croix pour en
avoir une idée un peu plus exacte. André
delà Croix a figuré une quantité prodigieuse
de trépans, malheureusement sans rappeler
lesnomsdes inventeurs.cequiùle à son livre
beaucoup de l’utilité qu’il aurait pu avoir
pour l’histoire de la chirurgie. Toutefois nous
trouvons un insirumentum securitalis qui est
très probablement celui de Vigo ; c’est une
couronne de trépan garnie à quelque di-
stance au-dessus de la scie d’un bourrelet
circulaire qui lerend véritablementaàapnAie.
Au-dessus se trouvent figurés deux modioli
mespilati , qui rappellent et expliquent le
nespula de Vigo. Ils sont ainsi nommés, dit
l’auteur, parce qu’ils ont la forme d’une
nèfle, en latin mespilum. Ce sont des cou-
ronnes de trépan dont chaque dent de scie
forme la pointe d’une petite pyramide trian-
gulaire à base supérieure, toutes accolées pa-
rallèlement tout autour de la couronne. En
sorte que nous pouvons assez bien mainte-
nant nous figurer les instruments de Vigo :
d’abord la couronne mespilée armée d’une
pointe centrale, et appelée à cause de cela
instrument mâle, pour frayer la voie; puis
une couronnesans pointe, instrument femelle,
pour continuer jusqu’à la table interne, et
alors seulement la couronne abaptisie , ou
instrument de sécurité.
Bérenger de Carpi, outre le trépan per-
foratif déjà indiqué, ne figure pas moins de
huit (répans sans couronne, dont quelques
58
LE IIVITIÉME LIVRE
qu’aura fail le clou de la Trépané : les
branches duquel peuuent aussi seruir
d’Esleualoires.
Tire forts à trois branches.
Apres auoir esleué auec la Trépané
ceste piece ronde de l’os, s’il y a quel-
ques aspérités du reste en la seconde
table, qui pourroient blesser la Dure-
mere,lors qu’elle fait son mouue-
ment, il les faut couper et applanir
auec vn instrument nommé Lenticu-
uns, mais non pas tous, ont été reproduits
sans nom d’auteur par André de la Croix. ,
sous les dénominations de trépan à deux et
a plusieur s ailes, trépun à lime, trépan à image ;
ce dernier est un véritable (rident. Mais de
plus Bérenger avait un trépan à couronne ,
armé de deux ailes pour l’empêcher d’aller
trop avant, et qui, moins heureusement
imaginé peut-être que celui de Vigo, tendait
cependant à remplir la même indication ; et
enfin c’est dans Bérenger que je trouve pour
la première fois l’arbre du vilebrequin ap-
pliqué au trépan. On peut voir dans le Com-
mentaire de Vidus Vidius sur le Truité des
plaies de tête d’Hippocrate, ou bien encore
dans André de la Croix, les moyens de ro-
tation dont l’on s’était servi jusqu’à cette
invention moderne, que Vidus Vidius ne
parait pas même encore connaître.
On lrou\e dans l’ouvrage d'André de
la Croix, comme il a été dit, une foule
d’autres trépans qui appartiennent au xvr
siècle , mais dont les auteurs sont resté- in-
connus. Du reste ces richesses instrumentales
laire: ainsi nommé , parce qu’en son
extrémité il ressemble à vit poix de
lenlille mousse etpoly: de peur qu’en
applanissanl les aspérités, on ne blesse
la Dure-mere auec cest instrument
lenticulaire.
Lenticulaire.
pourraient fort bien remonter jusqu’à Bé-
renger de Carpi lui-mème, et jusques avant
lui, car il déclare que les instruments pro-
pres à trépaner sont si nombreux qu’il n
saurait les décrire tous. F.t il ajoute ces pa-
roles bi n remarquables: «Certes, il m’est
plus d’une fois arrivé de faire faire ou de
fabriquer moi-même de mes propres mains
de nouveaux instruments pour les fractures
du crâne , dont je n’avais jamais vu de mo-
dèles, et qui depuis ne m’ont jamais servi. »
On remarquera que le trépan d’A. l’aré
est aussi un trépan abaplislc, et qui semble
calqué sur celui de Vigo. Les modernes ont
rejeté ce point d’arrêt circulaire, et je crois
fermement que l’instrument y a perdu.
Enfin , je ne finirai pas celte longue note
sans faire observer qu’ André de la Croix ne
reproduit pas le trépan de l'a ré, et que dès
lors on peut présumer qu’il n’avait pas con-
naissance de son livre. Il s’ensuit que toutes
les figures d'instruments qu’il reproduit et
quise trouvent également dans Paré ne sau-
raient appartenir à ce dernier, mais faisaient
DES PLAYF.S EN PARTICVLIEll.
Et où ledit Lenticulaire ne peut
couper l’os qui pourvoit eslre trop
espsis, on vsera de ciseaux, frappant
dessus auec maillet , lequel sera de
plomb, de peur d’estonner le cerueau
que le moins qu’il sera possible. Et se-
ront oslées les esquilles et petits frag-
raens auec petites pincettes.
Et quand le lieu où sera la fracture
ne permet faire section pour descou-
urir l’os, ù fin d’appliquer la trépané,
comme lors que la fracture est près
du muscle temporal ou près des com-
missures: lors au lieu d’vne , en faut
appliquer deux ou trois (s’il est besoin)
bien petites, etpluspres l’vne de l’au-
tre qu’il sera possible: de façon que le
circuit de la seconde ou tierce prendra
sur le circuit de l’autre. Et si la frac-
ture est sur vne commissure, ne faut
appliquer sur icelle la trépané (comme
nous auonsdit) , mais sera appliquée
des deux costés d’icelle, en laissant la
commissure entière , de peur de cou-
per et dilacerer les fibres nerueux,
veines et arteres , par lesquelles la
Dure-mere est suspendue au Crâne.
Pareillement si l’on ne faisoit apertion
que d’vn costé de la commissu e , le
sang et autres matières ne pourroienl
entièrement estre euacuées , à raison
que la Dure-mere est entre deux ‘.
partie de l’arsenal chirurgical de l’époque.
Quelquefois seulement Rare les a nioditiés.
Ainsi son élévaloire à trois pieds (voyez p 1 3;
paraitavoir été copié surcelui du feuillet 60,
recto, d’André de la Croix. Les secondes te-
nailles de la page IC représentent le mordent
figuré au verso de ce même feuillet; le lire-
fond de la page 12 ressemble presque aliso ■
lument au lerebrum non profundaii , de Béren-
ger. Il faut en dire autant du couteau enti-
culaire , du marteau , de plusieurs pinces et
rugines, etc.
1 Cette manière de faire remonte aux an-
ciens ; et c’était la pratique de Jean de Vigo,
59
Or au lieu de trépaner, on peut
vser aux cas susdits (pourueu que l'os
soit suffisamment descouuert) de cet
instrument , qui est en maniéré de
compas, lequel se dilate et serre ainsi
qu’on veut , par le moyen d’vne viz.
Aussi on pourra changer les pointes
d'iceluy selon la nécessité , lesquelles
seront tenues fermes par vne viz.
Compas pour couper l'os du Crâne.
A Le pied du compas qui coupe l’os.
B La petite viz qui lient la pointe.
CC Deux pointes differentes, lesquelles se
peuuenl insérer dans le pied du Compas
merqué A, ainsi que l’affaire le requiert.
D La grande viz qui tient vne piece de fer,
merquée par E, par laquelle le Compas se
dilate et serre comme il est besoin.
Or il est necessaire qu’vne iambe
du Compas soit appuyée fermement
pour couper de l’autre iambe. Au
moyen de quoy l est necessaire auoir
v ne piece de fer trouée de petits trous,
qui s’appuie de l’autorité deCelse. « J’ai fait
souvent cette opération dans mon temps,
dit-il, à la cour de Rome, ( rincipalement
sur le seigneur Marcello de Fregiapanis,
citoyen romain, où elle m’a bien roussi. “
Cliir. compendiosa , lib. I.
6o
LF IIVITIÉMF
dans lesquels sera le pied du Compas
appuyé, de peur qu’il ne vacille çà ou
là, outre la volonté du Chirurgien.
Pareillement faut qu’icelle piece de
fer soit courbée , à fin qu’elle puisse
estre appliquée en toutes les parties
de la teste, considérant la figure ronde
d’icelle.
La piece de fer pour appuyer le Compas sur
le Crâne, qui esl de figure courbe.
Autre Compas pour mesme vsage, lequel se
dilate et serre par le moyen d’vne riz, ainsi
que tu peux voir par ceste figure.
LIVRE,
1 Ayant leué la piece de l’os, on met-
tra s u r 1 a D n ro-m ere d u ch arpi ratissé,
lequel boira le sang et autres humi-
dités : et le lendemain on y mettra vn
digestif fait d’huile rosat, iaune d’œuf
et vn peu de lerebentliine de Venise.
Plusieurs praticiens y appliquent hui-
le rosat seule, ce que ie n’approuue :
mais plustost ces remedes qui s’en-
suiuent :
'if. Mellis rosati 5 . ij.
Olei de vilellis ouorum 3 . j.
Coquantur simul ad vsum.
Autre.
Mellis rosati g . j.
Terebenthinæ Venetæ, g. ft.
Olei rosati §.j.
Incorporentur simul ad vsum.
Le quatrième iour passé , on désis-
tera d’appliquer ausdits remedes des
huiles, mais bien le miel rosat et huile
de terebenthine , mises en égalé por-
tion, y adioustant poudre de mastic,
aloës laué,iris, et vn peu d’eau de vie.
Ce médicament doit estre appliqué
chaud : il mondifie, et est propre au\
membranes du cerueau, et aux frac-
tures du Crâne, et au cuir musculeux
qui le couure. Par dessus toute la
playe et parties voisines , on mettra
vn cataplasme fait de farine d’orge et
de féues cuittes en oxymel et huile
rosat : ou bien on pourra vser de
l’emplastre cliachalciteos , liquéfiée en
huile rosat et vinaigre : ou l’em-
plastre de betonica ou du gratta Dei ,
fondus en huile rosat. D’auanlage ,
on frottera le col d’huile rosat et de
lumbriques , et suyura-on la cure
comme ie diray cy apres.
4
■ Toute la fin de ce chapitre manque dans
les éditions de 1561, 1575 et 1579, ainsi que
dans l'édition latine.
UES PLAYES EN PAUTICVLIKR.
CHAPITRE XXL
DES LIEVX ESQVELS ON NE DOIT
APPLIQVER TREPANES.
Or apres aiioir descrit les Trépanés
et autres instrumens capitaux , faut
maintenant déclarer les lieux ou en-
droits, esquels nullement ne faut ap-
pliquer Trépanés.
El premièrement sur l’os fracturé
et separédu tout, ou sur la plus gran-
de part séparée d’iceluy qui demeure
entier, c’est à sçauoir qui n’est frac-
turé, de peur qu’en pressant dessus,
on nel’enfonçast sur les membranes.
Secondement sur les sutures1.
i A. Paré a expliqué dans son Anatomie ,
1 i v. III, chap. 3, pourquoi il ne fallait pas
trépaner sur les sutures. C’était de peur de
rompre les veines, artères et filaments ner-
veux qui communiquent des parties externes
aux parties internes; d’où pourrait suivre
une hémorrhagie et le décollement de la
dure-mère.
Bérenger avait déjà combattu cette doc-
trine. Il avait recherché si en effet la dure-
mère adhérait davantage aux sutures qu’aux
autres points de la voûte du crâne , et avait
trouvé que non. Chez des fœtus de quatre à
cinq mois, il est bien vrai que la dure-mère
est intimement unie au péricrânc dans l’in-
tervalle des os, et plusieurs auteurs en avaient
tiré la conséquence que les adhérences per-
sistaient à l’endroit des sutures ; mais , ré-
pond Bérenger, la raison ne fournit point
d’argument décisif à cet égard, et les sens
ne montrent pas ces adhérences.
« Ceux qui sont de cette opinion , ajoute-
t-il , croient qu’il est dangereux d’opérer
près des commissures. Mais je déclare que
j’ai vu plusieurs individus blessés sur les
commissures, et que je lésai guéris; et que
j’ai extrait des fragments des dentelures des
sutures même ; et que je n’ai pas vu dans
ces cas celte grande différence qu’y mettent
beaucoup de gens, grands médecins par la
6l
Tiercement sur les sourcils, poul-
ies raisons susdites, ausquelles il faut
adiouster vn point bien notable : sça-
uoir qu’en cest endroit y a vne grande
cauité pleine d’vne humidité blanche
et glueuse, et ensemble de l'air , or-
donnée de Nature pour préparer l’air
qui monte au cerneau : autrement le
Chirurgien pourroit s’abuser, cuidant
la susdite cauité estre vneenfonceure
d’os qui requist le trépan.
Quartement aux parties inferieures
delà leste, s’il est possible, de peur
que la substance du cerueau ne sorte
dehors par l’ouuerture faite en l'os,
pour sa pesanteur2.
Quinlement , sur les os bregmalis
ou fontenelles des petits enfans , les-
plnmc et par la parole; et je crois qu’ils
n’ont pas bien vu l’anatomie.
» Cependant je conviens que les mem-
branes sont plus attachées dans les sutures
qu’ailleurs, parce que là il n’y a pas d’os
intermédiaire ; et ainsi il n’y a rien que de
bon, en opérant, à éviter les sutures, n
Fol. 27.
Il revient ailleurs sur ce sujet, et précise
plus nettement sa doctrine.
« Note, lecteur, que quoique l’on trouve
entre les sutures des artères, des veines et
des nerfs, le médecin ne doit pas pour cela
renoncer à jamais à opérer sur elles ; car il
peut se rencontrer des cas où il devienne
nécessaire de trépaner là comme partout
ailleurs. Si la tète est notablement lésée à
l’endroit des sutures , et qu’immédiatement
ou avec le temps on connaisse que la dure-
mère y est décollée, il n’y a nul risque en
opérant de blesser les veines et les artères ,
parce qu'elles sont déjà séparées et éloignées
du crâne. J’ai fait plusieurs fois cette opé-
ration, et je n’ai pas vu qu’elle fût différente
de ce qu’elle est dans d’autres endroits. Et
il faut opérer ainsi parce que l’on réussit
bien. » Folio 84.
» Il est trop évident que Paré n’entend
point défendre d’appliquer le trépan à la
base du crâne ; les parties inférieures veulent
02 LE HV1TIÉME LIVRE
quels ne sont encore assez solides
pour soustenir li trépané.
Sextement,sur leslemples à raison
du muscle temporal , pour obuier à
l’accident que descrit Hippocrales ,
que si on fait section au muscle dextre
de la temple, il suruiendra spasme de
l’autre coslé : et si on la fait au senes-
tre,le semblable accident aduiendra.
La raison est que le muscle incisé en
trauers perd son action , qui estoit
mouuoir et amener la mandibule in-
ferieure vers la supérieure. Et lors
son compagnon opposite estant en
son entier et oerfection (qui est tirer
versson principe) lireàsoy ladite man-
dibule inferieure : et celuy qui sera
incisé, n’a nulle contrariété à son com-
pagnon: parlant la partie saine atti-
rera vers elle la maladie : et par ainsi
la bouche et autres parliesde la face
demeureront tortues, principalement
plus du costé non incisé que l'autre in-
cisé : parce que toutes et quantes fois
dire ici la partie postérieure , qui est infé-
rieure eh effet quand le malade est couché
sur le dos. C’était une doctrine assez géné-
ralement admise, et contre laquelle je ne
vois à cette époque que Bérenger qui se soit
élevé.
Il commence par rappeler que Nicolas a
jugé la trépanation en cet endroit comme
dangereuse, et que d’autres ont dit ne l’a-
voir jamais vu réussir; mais il ajoute :
« J’ai pourtant vu quelquefois le contraire.
Et entre autres sur le seigneur Paul le Hon-
grois, déjà cité en exempled’une incision au
cerveau. Il avait une grande plaie à la par-
tie postérieure de la tête en bas vers le cou.
Au premier pansement je lui enlevai un no-
table fragment d’os, et néanmoins il guérit.
Et il vous est bien connu , noble prince
( Laurent de Médicis), que nous vous avons
enlevé avec les instruments une suffisante
quantité d’os à la partie postérieure de la
tcle; et cependant vous avez fort bien guéri.»
Folio 84, recto.
qu'il y a comme vn contrepoisde nerfs
et muscles estons en parties opposites
égaux en nombre, magnitude et force,
la résolution et paralysie d’vne par-
tie cause et lait commision en l'autre
par tie [pareille, comme vn contrepois,
ainsi que l’on voit en vne balance le
plus pesant emporter le plus loger.
Or il n’y aura seulement ce danger,
mais encore vn autre plus grand,
pouree que ledit muscle se meut en
maschanl et en parlant : et partant
difficilement est consolidé , et aussi
que sousiceluy est la commissure pe-
treuse. Pareillement qu’en sa sub-
stance sont plusieurs veines, arleres
et nerfs, au moyen dequoy souuenl
beaucoupd’accidensaduennent, com-
me douleur, inflammation, fiéure,
spasme non seulement particulier ,
mais aussi vniuersel , et par consé-
quent la mort.
Parquoy nul ne sera si téméraire
de couper lesdits muscles des temples,
pour faire trépanation pour la frac-
ture qui pourroit estreen tel endroit :
mais plustost sera faite operation au
dessus ou à coslé, et le plus près de
la fracture que l’on pourra1. Ce que
1 Je trouve encore à cet égard Bérenger
plus hardi et plus avancé que Paré. Il com-
mence par poser ces deux principes, que la
trépanation doit se faire 1° au lieu le plus
déclive par rapport a l’épanchemcnl ; 2° là
où les os ont à la fois le moins d’épaisseur et
de dureté. Et rapportant à ce propos une
opération de Galien, qui pour une fracture
de l’os de la tempe trépana vers le synciput,
il blâme hautement celte manière de faire.
Gomment en effet espérer que le pus remon-
tera contre son propre poids? Et il faudra
donc de plus qu’il décolle la dure-mère pour
se frayer un trajet? « Pour moi, dit Bé-
renger, en pareil ca>, je ferais plus hardi-
ment l’ouverture a l’os des tempes qu’au
synciput. » Fol. 83.
DES PLAY ES EN PAIÎTICVLIER.
feis a vn gentilhomme nommé mon-
sieur delà Bretesche , lequel à l'en-
trée du (eu Roy Henry, fut blessé
d'vn coup de pierre sur le pont Noslre
Dame, en reste ville de Paris: la-
quelle luy fractura l’os petreux,auec
grande contusion du muscle Tempo-
ral, sans playe. Dont ie fus le lende-
main enuoyé quérir pour le penser
en son logis, rue de la Harpe, à la
Rose Rouge. Et ayant conneu la frac
ture et la nature du lieu blessé, voulus
app 'llerconséil, tant de Médecins que
Chirurgiens : en Ire lesquels aucuns
furent d aduis de faire ouuerl lire des-
sus ledit muscle , à fin d’appliquer la
trépané pour extraire les os fractu-
rés. A quoy ie repugnay bien fort ,
alléguant l’autorité d’Hippocrates
au liure des playes de la Teste, lequel
deffend de ne faire incision en tel en-
droit, pour obuier aux accidents pré-
dits : et aussi par l’experience qu’a-
uois conneuë, que ceux ausquels on
auoit fait section et coupé ledit mus-
cle, tomboient en conuulsionet mou-
roient : mais fus de cest aduis qu’il
falloit faire ouuerture à la partie su-
périeure, et le plus près de la frac-
ture qu’on pourroit, sans toutesfois
toucher audit muscle que le moins
qu’il seroit possible. Or le frere dudit
sieur de la Bretesche, qui estoit l’vn
des Protenotaires de Monseigneur le
Reuerendissime Cardinal de Chastil-
lon, qui estoit pour lors viuant, com-
me il estoit présent à la consultation,
pour la grande amitié fraternelle qu’il
luyportoit, dist que nullement ne
permettrait qu’on fist incision sur le-
dit muscle , de peur que ne suruint
l’accident qu’auois demonstré. Et ainsi
fut accor é de tous , que la section
Seroit faite au dessus dudit muscle :
ce qui fui fait par moy tout à l'heure.
Et le leudemain (qui estoit ie troi-
63
siesme iour; ie le trepanay, et par l'ou-
uerture faile à l’os quelques iours
apres liray quatre esquilles de la frac-
ture, luy mettant vne lente de plomb
cannulée, de figure plate (comme lu
vois par cesle figure suiuante, tou-
tesfois non si longue) pour extraire la
sanie qui sorloit d’entre l’os et la
Dure-mere. Et lors que l’habillois,
luy faisois baisser la teste en bas, et
fermer la bouche et le nez, h Gn d’ex-
pulser la sanie hors : puis luy faisois
inieclion de choses detersiues , auec
vne petite Syringue, dont asicy aussi
le portrait : et auec autres remedes
fust par la grâce de Dieu bien guéri.
Tente de plomb cannulée , de
figure platte, pour donner is-
sue à la suûie retenue entre
le Crâne et la Dure-mere. Syringue.
Semblable cas presque aduint au
siégé de Metz, en la personne de mon-
sieur de Pienne, nommé alors Bu-
gueno : lequel estant sur la breche
fut blessé en la temple avec fracture
d’os, par vn esclat de p erre delà
muraille, fait d'vn coup de canon tiré
par l’ennemy. Et subit qu’d lut frap-
pé, tomba eu terre, et iella le sang
LE HVITIEME LIVRE ,
64
par le nez, par la bouche, et par les
oreilles, auec grand vomissement:
et fust près ce quatorze iours sans
parler ny ratiociner et connoislre per-
sonne. Et luy suruint aussi des tres-
saillemens , approchans de spasme ,
et eut tout le visage enflé et fort fl-
uide. Il fut trépané à costé dudit
muscle sur l’os Coronal, par vn nom-
mé Pierre Aubert, Chirurgien ordi-
naire du Roy. El au vingt-cinquicsmc
iouril luy suruint vne chair molle et
fort sensible, appellée Fungus,qui sor-
toil de la dure-rnere, à l’endroit où
l’on auoit appliqué la trépané : la-
quelle chair croissoit de iour en iour,
iaçoit qu’on appliquas! dessus choses
corrôsiues : toutesfois depuis (néant-
moins eeste grande playe et fracture,
et autres accidents) fut guéri.
Les anciens ont appelé icelle chair
Fungus, à raison qu’elle est molle ,
ayant vne racine comme vn potiron
ou champignon, ei est large en sa par-
tie supérieure, en l’inferieure grcslc
et menue , et s’augmente selon la
quantité de sa matière , ou selon qu’il
sera aussi traité par remedes contra-
rians à sa cause, et aussi le plus sou-
ucnt est fetide : les vulgaires rap-
pellent le Fie saint Fiacre l.
Or la matière comme se font les-
dits Fungus , c’est qu’ainsi qu’aux
troncs des arbres quelque tumeur à
deiny pourri, glueux et visqueux
vient à sortir, quasi par resudation
de chose excremenlitielle par l’es-
corce , et peu-à-peu sortant hors,
prend accroissemenlen forme de Fun-
gus : semblablement des vaisseaux
delà Dure-mere et du Crâne, estans
rompus , en sort quelquesfois vn
' L’édition de 1561 ajoute : Qui est vue
chose absurde cl mal entendue, parce qu’il n’y
a point de maladies de saincts. Fol . 195, recto.
sang melancholique , lequel Nature
enuoye pour la régénération de la
chair, necessaire à telles parties,
dont se forme vn Fungus, lequel ,
comme dit Galien , tient de la na-
ture et substance de la partie où il
nais! , au reste retient en general de
la nature des verrues malignes.
Or pour la curation d'iceux faut
appliquer remedes, qui par propriété
occulte ont faculté de consumer telle
chair superflue, sçauoir fort desicca-
tifsdeleur nature, et doux cathere-
tiques, comme cestuy-cy :
2 Sabinæ 5. ij.
Ochræ 5. j.
Puluerisentur simul, et liât puluis.
Autre.
g£. Hermodact. coinbustoruin §. C.
Fiat pul.
Et où icelle chair fongueuse seroit
fort accreuë, comme il s’en voit quel-
quesfois grosse comme vn œuf, plus
ou moins , on la peut lier auec fil de
soye le plus près de sa racine qu’on
pourra : puis estant tombée, appli-
quer dessus des susdits remedes, et
infailliblement on le curera mieux
et plus seulement que par autres mé-
dicaments plus corrosifs.
CHAPITRE XXII.
DE L’ALTERATION DES OS DE LA TESTE.
Quelquesfois aux playes de Teste
s’ensuit alteration et corruption de
l’os : ce qui aduient, ou pource que
l’air l’a touché à nu , on pource que
la matière a croupi dessus, ou pour
l’indeuë application des medicamens
suppuratifs et onctueux : ce que nous
DES PLAYES EN PART1CVLIEK.
65
monstreronsplusamplement au traité
fies Caries, parlans des Nodus de la
ver oie
Telle alteration se connoistra, tant
par la veuë (car au lieu d’eslre blanc,
il deuient iaunastre , puis liuide et
noir) que par la sonde , d’autant que
l’on sent aspérité et inégalité, et l’es-
prouuette y entre facilement : toutes-
fois i'ay veu l’os estant longuement
descouuert et altéré, eslre fort dur,
voire que la trépané y enlroit auec
difficulté. Parquoy le signe de carie
n’est asseuré : entendu que l’air sou-
uent desseiche l’os carieux en telle
sorte qu’il se monstre de ferme con-
sistence , apres auoir demeuré long
I L’édition de 1561 ne pouvait renvoyer à
ce livre qui n’était pas encore fait; aussi elle
présente en cet endroit de notables diffé-
rences. Après les derniers mots du chapitre
précédent, on lit :
« Après toutes ces choses susdites bien
cogneuës, reste traitler de l’alteration, carie
et pourriture des os : chose au chirurgien
nécessaire d’estre cogneuë, pour obuier aux
périls et dangiers qui s’en ensuiuent. »
Alors commence un long article sur la carie
des os, considérée à la fois en général et en par-
ticulier pour les os du crûne. Cet article ne
comprend pas moins de dix feuillets, et a
été transporté depuis presque en entier au
livre 17 De la grosse verole , où il forme la
plus grande partie des chapitres 30, 31 , 32
et 34. Il faut donc recourir à ces chapitres
pour avoir une idée complète de la doctrine
professée par Paré dès 1561.
II en résulte que le commencement de ce
chapitre, jusqu’au paragraphe qui précède
et amène l’histoire du laquais de M. de Gou-
laines , a été refait pour l’édition de 1575 et
les suivantes, mais seulement avec les ro-
gnures de l’édition de 1561 qui s’appli-
quaient aux os du crâne, sans changement de
doctrine, et le plus souvent avec les mêmes
phrases; et il en est plusieurs qui se lisent
ici et qui sont reproduites avec l’article in-
tégral au livre De la grosse verole déjà cité.
II.
temps descouuert. Ce signe est bien
plus certain, à sçauoir que la chair
qui s’engendre sur l’os carieux est
baueuse, et de peu ou nul sentiment.
Or icelle alteration ou corruption
sera corrigée par cautères actuels ou
potentiels , comme nous dirons en
leur propre lieu, ou par poudres ca-
tagmaliques céphaliques, faites de
rad. ireos , rnast. myrr. alocs , gen-
tianœ, aristoloch. centau. corli. pini :
comme :
’2f. Rad. ire. florent. arist. ana §.j.
Centaurij 5 . ij.
Cortic. pini 3. G.
Misce et fiat pul. subtiliss.
Laquelle sera appliquée sur l’os,
et si la corruption est grande, on
vsera de Rugines. La cheute se doit
attendre et non procurer par force :
car autrement l’os qui seroit dessous,
11’estant couuert de chair, s’allere-
roit : toutesfois pelit-à-pelit on les
esbranlera, pour aider à nature à les
séparer.
Et icy en passant tu noteras que
l’exfoliation du circuit de l’os, qui est
où la trépané aura passé, se fait com-
munément en quarante ou cinquante
iours , autresfois plustot. Ensemble
l’exfoliation qui est causée par l’alte-
ration de l’air ambiens, qui aura tou-
ché l’os nu et descouuert, se fait pres-
que en mesme espace de temps : ce
qui se fait aussi apres l’application des
cautères ou par le bénéfice des pou-
dres céphaliques.
Et la conionclion et vnion (appelée
Cailus)se fait communément aussi en
l’os fracturé par autant de iours : tou-
tesfois aux uns pluslost, comme aux
jeunes, aux autres plus lard , comme
aux vieils : de toutes lesquelles choses
on 11e peut donner réglé certaine et
temps prefix , pour la diuersité des
5
66
LE HVITIÉME LIVRE
habitudes et tempéraments, et seion
la durelé et espaisseur de l’os.
Or si l’aiteration de l’os et consoli-
dation d *s playes sont répugnantes
aux remedes -rsdits, faut ordonner
au patient potion vulnéraire. Ce que
i’ay souuenlesfois fait auec heureuse
issue.
Or quelquesfois, non seulement vne
portion de l’os est altéré et tombé,
mais aussi iceluy tout entier, ce qui
est prouué par Hippocrates quand il
dit : L’os du Crâne estant blessé , se
séparé d’auec le sain plus ou moins ,
selon la vebemenee du coup : ioint
aussi que l’experience le monstre.
Et en cest endroit ie ferai récit de
ce que i’ay fait estant en Piedmont,
Chirurgien de deffunt le Mareschal
de Montejan (qui lors estoit Lieute-
nant du Roy) : iepensay un laquais de
deffunt monsieur deGoulaines : qui fut
blessé d’\n coup d’espée sur l’os Pa-
riétal, partie senestre, non pénétrant
iusques à la seconde table : et quel-
ques iours apres que sa playe estoit
presque consolidée et guerie, arriua
à Thurin quelque compagnie de sol-
dats de son pays de Gascongne, auec
lesquels vn malin mangea des tripes
fricassées, auec force oignons et es-
pices, et ne fut aussi sans boire vin
fort et en quantité , et sans eau. Dont
tost apres tomba en heure continue ,
et perdit la parole et le sens, et luy
suruint grande tumeur à toute la teste
et au \isage, les yeux rouges et en-
flammés issans hors de la teste.
Ce que voyant i’appellay Médecins
et Chirurgiens, pour aduiser qu’on
feroit pour luy sauner la vie. El fus-
mes tous d’aduis de le saigner et clys-
teriser, et faire application de plu-
sieurs rèmedes sur la teste, auec fric-
tions et ligatures aux extrémités :
neantmoins tout le coslé de la partie
affectée quelques iours apres s’apos-
tema , et ayant fait ouuerture, ielta
grande quantité de sanie : el trouuay
le cuir musculeux qui estoit déprimé,
auprès de l’os auec le Pericranc, de
largeur enuiron de quatre doigts , et
finnblement toutes les deux tables de
l’os furent altérées, pourries , noires
et fetides. El pour corriger cette cor-
ruption, y appliquay par interualles
cautères actuels 1 : el ce tant polir
corriger la pourriture, que pour faire
séparation de ce qui estoit altéré. Et
enuiron vn mois apres le pensant ,
veis sortir certaine quantité de vers
de dessous ledit os pourri, par au-
cuns trous de la carie : qui fut cause
de me faire haster d’extraire et leuer
ledit os, qui bransloit long temps au-
parauant. Et dessus la Dure-mere
trouuay, où Nature auoit engendré
chair, trois cauités à mettre le pouli e,
quiestoient remplies de vers grous-
lans et mouuans, lesquels estoient
chacun de grosseur enuiron d’vn fer
d’aiguillette , ayant la teste noire.
Or esloil la portion d’os que Nature
auoit séparé, de grandeur de la paul-
mè de la main et plus : tellement qu'à
le voir on ne pouuoit comprendre
que Nalure eut peu ielter et séparer
telle quantité de l’os du Crâne sans
mort. Et toulesfois il en guérit, outre
l’esperancede tousceuxqui l’auoient
vcu : mais apres la consolidation de
sa playe, la cicatrice luy demeura
grandement caue (ce qui est escrit
d’Hippocrates2) pour raison de la per-
dition de l’os qui est de matière sper-
i L’édition de 1561 ajoute: semblables à
ceux-ci : cl donne la ligure de cinq cautères
que nous retrouverons transportés au cha-
pitre 32 du 17e livre : Des cauicres actuels et
potentiels.
* liipp. aph. 45., liu. C. Vlcera quœcun-
que, etc. — A. P.
DES PEA Y ES EN PART1CVLIER.
6;
malique, laquelle 11e se peut rege-
nerer selon sa première intention , et
aussi pource que la chair ne peut
croistre sur vn Callus : à cause qu'il
est comme chose estrange et emprun-
tée à Nature, et mesmement parce
qu’il est plus solide et compacte que
l'os naturel , dont le sang ne se peut
resuder,etpar conséquent la chair ne
peut estre rengendrée. Au moyen de-
quoy lors qu’il y a perdition d’os en
quelque partie de nostre corps, la ci-
catrice demeure tousiours caue : et au
Crâne où il y a perdit ion de substance
des deux tables, l’on voit au sens de
la veuë, et sent-on à latlouchemenl
de la main, vne pulsation faite par le
mouuement du cerueau , à l’endroit
de la cicatrice, et le lieu demeure par
longue espace de temps plus debile
et douloureux. Et pour ceste cause,
feis faire audit laquais vn bonnet de
cuir bouilli, pour résister aux in-
iures externes, qu’il porta iusques à
ce que la cicatrice fust bien solide ,
et la partie fortifiée.
Or il y a d’aucuns soy disans Chi-
rurgiens, mais plustost sont de ces
abuseurs, coureurs et larrons, que
lors qu’ils sont appeilés pour traiter
les playes de teste, où il y aura quel-
que portion d’os amputé, font accroire
au malade et aux assislans, qu’au lieu
dudit os leur faut mettre vne piece
d’or. Et de fait, en la presence du pa-
tient l’ayant receuë , la battent et la
rendent de figure de la playe, et l’ap-
pliquent dessus, et disent quelle y
demeure pour seruir au lieu de l’os,
et de couuerture au cerueau : mais
tost apres la mettent en leur bourse ,
et le lendemain s’en vont laissons le
patient en ceste impression *. Les au-
* Franco a signalé la même escroquerie ;
et nous avons vu cependant que Fallope sem-
tres disent que par leur industrie et
grand sçauoir ils font coalescer vne
piece de cou gourde 1 desseichée au
lieu de l’os amputé. Et ainsi abusent
lesignorans , qui ne connaissent que
tant s’en faut que cela se puisse faire,
que Nature ne peut Souffrir vn petit
poil enfermé en vne playe, ou autre
petit corps estrange. Ce qui est prou-
ué par Galien au qualriesme liure de
sa Méthode. Parquoy nul homme de
bon esprit 11e doit croire tels affron-
teurs.
Si aucun veut dire qu’ vne balotte de
plomb tirée par vne harquebuse, peut
demeurer longues années en quel-
ques parties de nostre corps, cela ie
leur concédé : parce que le plomb a
quelque familiarité auecques nostre
substance , comme ie declareray aux
traités des playes faites par barque-
buses : partant n’engendr si tost cor-
ruption. Toutefois, nonobstant icelle
familiarité, Nature l’expulse au de-
hors, si l’espaisseur des muscles, liga-
mens, pannicules, ou autres parties
solides ne l’empesche, ou la figure
de la partie qui seroil caue. Parquoy
leur obieclion ne fait rien , ou peu à
propos. Et conclus que si l’on appli-
que vne piece de plomb au Crâne
pour seruir de couuerture au cer-
ueau, jamais n'y pourroit seruir, non
plus que l’or ny la cougourdc, ou
aulre matière estrange.
Et te suffise des alterations et ca-
ries des os du Crâne. Maintenant il 11e
reste plus qu’à déclarer la maniéré
comme l’on doit procéder à la cura-
tion de la concussion et commotion
ble croire à l’utilité de ce moyen. Voyez la
note de la page 20.
1 Cougourde .dite aussi courge dans l’édi-
tion de 1501. Le traducteur latin a rendu ce
mot par cucurbita, citrouille.
68
LE HVITIÉME LIVRE ,
du cerueau. Ce que ie feray , s’il
plaist à Dieu, et le plus bref qu’il me
sera possible i.
CHAPITRE XXIII.
LA CVRE DE LA CONCVSSION OV COMMO-
TION OV ESBRANLEMENT DV CERVEAV.
Nous auous par cy deuant déclaré
les causes, signes et accidens de la
concussion du Cerueau, sans playe
au cuir musculeux, ny fracture à
l’os : parlant à présent nous faut par-
ler de la cure.
Donc le patient ayant receu grande
concussion à la teste, et le Chirur-
gien ayant connoissauce que l’os n’est
fracturé, mais a crainte qu’il y ait
quelque vaisseau rompu au dedans,
promptement luy faut tirer du sang
1 II y a un désordre apparent dans la dis-
position des chapitres précédents. Vous avez
vu au chap. 10, A. Paré s’occuper de la cure
des accidents qui surviennent au crâne; puis
aux chap. 17 et 18 , des acculent s qui advien-
nent à la dure-mere; aux trois suivants, il
s’occupe du trépan ; au 22e de l'alteration des
os; et enfin au 23e de la commotion et des
plaies du eerueau. Le traducteur latin a cru
devoir changer cet ordre. Après le chap. 10,
De cranii fracli curâ particulari , il fait sui-
vre immédiatement les trois chapitres qui
ont Irait au trépan; puis celui de l’altération
des os; puis les deux chapitres des lésions
de la dure-mère; et enfin il en vient à la
commotion du cerveau. Au premier coup
d’œil cette distribution est en effet plus mé-
thodique, en ce qu’elle va des parties super-
ficielles aux parties plus profondes; mais en
réalité, les altérations de la dure-mère étant
une indication du trépan, il était naturel de
les décrire avant de s’occuper de l’opération
qu elles nécessitent. Du reste, A. Paré a tou-
jours suivi son ordre primitif dans toutes les
éditions françaises , et cette seule raison au-
rait suffi pour me le faire conserver.
de la veine Céphalique du coslé bles-
sé. El luy en sera tiré assez bonne
quantité , ayant esgard à la maladie
présente et future, et principalement
à la vertu , et autres choses qu’il faut
considérer à la saignée, ainsi que Ga-
lien déclaré '. Et pour ce faire, appel-
leras vn docte Médecin.
Puis on luy rasera tout le poil de la
teste, et luy sera appliqué le cata-
plasme cy deuant escrit , composé de
farines, huile rosat et oxymel, ou
autres repereussifs froids et humides ,
lesquels seront renouuellés souuent.
El faut euiter ceux qui sont secs et fort
astringens , comme vngucnlum de
bolo , ou semblables, pource qu’ils
opilent par trop, et gardent que les
matières fuligineuses ne se peuuent
exhaler, tant parles sutures que par
les porosités du Crâne et du cuir qui
couure la teste : dont tant s’en faut
qu’ils gardassent qu’il ne suruint im-
llammation , que plustost par iceux
elle seroit augmentée.
Pareillement luy faut donner clys-
teres souuent , s’il n’a bon ventre , à
fin de garder que les vapeurs ne mon-
tent au cerueau : qui se fera aussi
aucc i’aide des frictions et ligatures
faites aux bras, cuisses et iambes, et
par venlouses appliquées sur les es-
paules, et le plus près du col que
l’on pourra : lesquelles seront assez
grandes, et auec grande flambe,
pour faire plus grande reuulsion , et
destournerle sang qu’il ne monte par
trop grande impétuosité au cerueau ,
lequel causeroit inflammation et au-
tres mauuais accidens.
El le lendemain faut ouurir la veine
Puppc, qui est située au-dessus de la
suture LambdoYde, laquelle a grande
communication auec celles du cer-
1 Gai. au li lire de Sanguine missione. — A. 1’.
DES PLAY ES EN PARTlCVLlE.il.
ueau : et estant ouuerte , faut com-
mander au patient qu’il ferme sa
bouche et le nez, et qu’il expire le
plus fort qu’il pourra. Car en ce fai-
sant les membranes s’esleuent, et par
ce moyen le sang qui seroit respandu
entre le crâne et les membranes est
euacué, mais non celuy qui est entre
le cerueau et lesdites membranes. El
où tel accident aduient, la chose est
desesperée, s’il y en a trop grande
quantité, et que Nature ne soit assez
forte pour le suppurer et le ietter
hors. L’on peut pareillement ouurir
quelques iours apres celle du milieu
du front , et les arteres des temples,
aussi les veines de dessous la langue,
à fin que par telles ouuertures on
puisse faire vacuation de la matière
coniointe.
Pareillement le patient doit tenir
diete tenue, sans boire nullement de
vin, principalement iusques au qua-
torzième iour, qui est le terme cous-
tumier où les accidens sont encores
en vigueur. Aussi les medicamens re-
percussifs doiuent estre continués ius-
ques au quatrième iour : et puis
apres on doit venir aux résolutifs,
commençant aux doux et amiables ,
comme teste décoction:
Radicis allheæ 5 . vj.
Ireos, cyperi, calami aromatici ana 3 . ij.
Foliorum saluiæ , maioranæ , belonicæ,
llorum camornillæ, meliloli , rosarum
nibrarum , stœchados ana m. G.
Salis cominunis 3 . iij.
bulliant omnia simili secundum arloin cum
vino rubro cl aqua fabvonuri, liai de-
coclio :
De laquelle on fera fomentation
deux fois le iour auec feutres ou es-
ponge. El teconuienten cesl endroit
noter, qu’il ne faut trop eschaulfer la
teste, de peur d'induire douleur et in-
C9
tlammation. Puis appliqueras le Ce-
rat escrit par de Vigo , lequel a fa-
culté de resouldre modérément, des-
seicher et attirer par les porosités
l’humidité qui est sous le Crâne : et
par sa vertu aromatique conforte le
cerueau et l’esprit animal : lequel
Cerat est en cesle forme.
2£. Fnrfuris bene triturati 3 . iiij.
Farina: lenliurn §. ij.
Rosarum, myrliborum , foliorum et gra-
norum eius ana 5 . j.
Calami aromatici §.j. G.
Camornillæ, meliloti ana m. G.
Nuces cupressi , numéro vj.
Olei rosacei et camornillæ, ana 5- Uj*
Ceræ alba: § . ij.
Thuris, mastiches ana 5. iij.
Myrrhæ 5. ij.
Puluerisatis puluerisandis , et liquefactis
oleiscum cera, omnia misceantursimul,
et fiat mixtura, quæ erit inter formant
emplastri et ceroli.
Et dit en auoir vsé à vn gentil-
homme du Duc d'Urbin, lequel cheut
de chenal sur le pont saint Ange à
Rome, la teste sur vne pierre de mar-
bre . et demeura en terre comme
mort, et saigna par le nez, bouche
et oreilles : et subit la teste luy de-
uint fort enflée, ensemble tout le vi-
sage , auec couleur liuide , et de-
meura vingt iours apres estre blessé,
sans parler : aussi fut vingt iours
sans boire ny manger, fors de la ge-
lée fondue et des bouillons de cliap-
pon auec sucre et autres semblables :
neantmoins fut guéri. Vray est qu’il
perdit sa mémoire , et luy demeura
vne balbucie, c’est à dire, fut begue ,
11e sachant expliquer ce qu'il desiroit
dire. Ce qui confirme le dire d’Hippo-
crates, lequel affirme que ceux qui
pour quelque cause ont concussion
au cerueau, perdent incontinent la
I,E HViTIEME LIVRE
parole1 : voire comme note Galien au
Commentaire, toute action qui vient
de volonté. Or en tel cas ie n'estime
de petite efficace, non moins que de
Vigo , la faculté d’un tel Cerat, d’a-
uoir prohibé l’aposteme qui se pou-
uoit aisément faire au cerueau.
Ce qu’aucuns bigarrés hors de rai-
son ne veulent concéder, et main-
tiennent ne se pouuoir faire aposteme
en la substance du cerueau. Pareille-
ment ne croyent qu’on ne puisse es-
chapper, lors qu’il y a portion de la
substance du cerueau deperdue, et
donnent des raisons en Pair, que ne
veux icy recil er pour euiter prolixité :
mais il me suffira le prouuer par l’au-
torité des anciens , qui ont laissé
par escril telles choses eslre adue-
nues : ioint que par expérience on le
uoil souuent aduënir.
Et premièrement Hippocrates dit,
que celuy quia grande douleur de tes-
te, s il aduient qu’il iette du pus , des
eaux ou du sang par le nez et par la
bouche, ou par les oreilles, cela gue-
rist le malade 2. Pareillement Galien
au liure de Inœquali tempcrie , et Rasis
au troisième liure de son Continent ,
chapitre quatrième, et Auieenne au
chapitre des Exilures à la iij. partie
du iiij. liure, chapitre vingtième , af-
firment que Mature iette la sanie faite
au cerueau, par le nez, bouche et
oreilles.
Or par expérience aussi on a veuad-
uenir telle chose. Et me sonuient que
maislre Prolhais Coulon , Chirurgien
de deflunt monsieur de Eangey, m’a
récité et affirmé auoir veu vu ieune
garçon en la ville du Mans , lequel
aidoit à sonner vue grosse cloche, et
1 Hipp. api). 58, liu. 7. Quibus cerelmm
aliqua , etc. — A. P.
2 Aph. 10 au liure G. — A. P.
se peudoit à la corde, par laquelle fut
esleué en haut, et tomba la teste pre-
mière sur les quarreaux. Et subit per-
dilla parole, l’oüye et la veüe,et toute
connoissance et raison , auec réten-
tion des excremens : puis tost apres
luy suruint la fiéure auec déliré, et
autres mauuais accidens. Et ne fut le
le palient trépané , à cause qu’on ne
trouuoit aucune fracture au Crâne.
Et au septième iour il luy suruint vne
grande sueur et sternutation, auec
laquelle ietla grande quantité de pus
par le nez, oreilles et bouche. Et apres
ceste euacuation les accidens cessè-
rent, et guérit.
D’auantage i’ay fait ouuerture sou-
uentesfois pour faire rapport en jus-
tice, à cause de la mort de plusieurs
qui auoienl esté blessés à la teste, où
ie Irouuois grande quantité de pus
auec pourriture de la propre sub-
stance du cerueau.
Des play es du cerueau l.
Reste semblablement prouuer, que
les piayes auec perdition de sub-
stance du cerueau , ne sont nécessai-
rement mortelles 2. Ce que le bon
1 J’ai cru devoir intercaler ici ce titre afin
d’appeler l’attention du lecteur. En effet, en
consultant seulement les titres des chapitres
comme l'auteur lésa distribués, on pourrait
craindre qu’il n’cùl laissé dans ce traité des
plaies de tète une lacune aussi importante
que celle des plaies du cerveau. On trouvera
sa doctrine à ce sujet brièvement exposée au
chapitre Du prognostique (voyez ci-dessus,
page 27); mais on avait droit d’attendre
qu’il la confirmât par des exemples parti-
culiers.
2 Toutes les éditions depuis celle de 15G1
jusqu’à la 4' portent en cet endroit : Il est
prouvé par laulhorilé de Galien qui dit auoir
veu vu ieune enfant yuarir d’vue plage péné-
trante jusques à l'vu des ventricules antérieurs
DES PLAYES EN PARTtCVLIEH.
vieillard Guidon recite avoir veu vne
playe en la teste , partie postérieure ,
de laqucbe estoit sortie de la sub-
stance du cerneau, et le patient gua-
rit. Et quand à moy, ie puis asseurer
en auoir aussi veu, dont icy en racon-
teray quelques histoires.
Dés l’an mil cinq cens trente-liuit,
comme i’eslois à Thurin , Chirurgien
de deffunt monsieur le Mareschal de
Montjean , pensay l’vn de ses pages ,
qui receut vn coup de pierre à la teste
par vn de ses compagnons, joüant au
palet: et le coup lut sur l’os Pariétal,
partie dexlre, auec fracture et em-
barrure dudit os, et sorloit par sa
playe de la substance du cerneau , la
grosseur de demie auelaine ou enui-
ron. El subit qu'apperceu telle chose,
disois la playe estre mortelle El sili-
ce fait arriua vn ieune Médecin , le-
quel contesta fort contre moy, disant
qu’icelle portion du cerneau estoit
graisse, et non du cerueau. Auquel
ie dis qu’il la gardast iusques à ce
que i’eusse habilié le patient , et que
mon dire seroit trouué véritable. Et
apres auoir pensé ledit page, à fin de
premier par raison et expérience qu’i-
celle portion du cerueau ne pouuoil
estregraisse : ie luy dis premièrement,
qu’au dedans le Crâne il ne se peut
faire graisse , encores que les parties
soyent froides, à cause qu’il y a grande
quantité d’esprits animaux , qui sont
très chauds et subtils , ioint la mulli-
\
du cerveau. P areillement le bon vieillarl Gui-
don , etc.
Et ce qui est assez singulier, c’est que la
cinquième, où cette phrase est retranchée, a
continue d’indiquer en marge l’endroit de
Galien : T.iit. S de l’ T s. de* parties.
Il es! probable que le motif de cette sup-
pression est que Galien ne parie que d’une
plaie, tandis que Paré parle plus spéciale-
ment des plaies avec perte de substance.
lude des vapeurs esleuées de tout le
corps à la teste : lesquelleschoses em-
peschent la génération de la graisse :
et quant à l’experience, par la dissec-
tion des corps morts , iamais on n’y
voit aucune graisse. Et neantmoins
vouloit gaignerson dire par tousiours
contester. En fin luy dis que l’expe-
rienre nous mettroit d’accord. Ce que
plusieurs Gentilshommes et autres
assistans desirerent bien voir et en-
tendre : carie lenois, que si c'estoit
graisse , elle nageroit sur l’eau : au
contraire que si c’estoit de la sub-
stance du cerueau , qu’elle iroit au
fonds. D’auantage si c’estoit graisse,
en la mettant sur vne pelle chaude,
ellefondroit : et si c’estoit du cerueau,
il se desseicheroit , et demeureroit
aride comme parchemin, sans se fon-
dre ou liquéfier, et promptement brus-
leroil,pource qu’il est gluant, humide
et aqueux. Et furent faites telles es-
preuues, dont fut trouué mon dire
eslrevray . et combien que ledit page
eusl lelle portion de la substance du
cerueau perdue , il guérit, reste qu’il
demeura sourd.
1 Dauantage me souuicnt auoir
pensé 'auec maistré Thierry de Hery
et feu maistre Toys Drouet , hommes
bien exercités et grandement expéri-
mentés en l’art de chirurgie, deux pa-
tients ausquels vne petite portion du
cerueau (toutefois assez manifeste)
estoit sortie hors et séparée de la sub-
1 J’extrais les deux histoires qui suivent
delà deuxième édition du Traité des plutjes
d'hacqnebtties , 1562, fol. 7H. La première
seule aurait dû êlre placée ici ; la seconde se
rattacherait beaucoup mieux au cliap. 4
de ce livre, qui traite des scissures, et nous
sommes obligé de revenir sur la note delà
page 1 1 , où nous avions attribué à Fallope
la première mention de la fissure bornée à
la table interne. On voit que Pierre Aubert
LK H VJ TI KM K I.IVHE,
stance dudit cerneau : dequoy s’en-
suivirent signes et accidents mortels,
comme fiéure continue, tumeur, alie-
nation d’esprit, scotomie ou verligie,
syncopes , abbreuiation et remission
d’haleine, rougeur des yeux et autres
signes : ce neantmoins ne moururent
de telles playes.
Et pour suiure tousiours mesmes
exemples à ce propos, te veux aduer-
tir d’une cure recentement faite par
Pierre Aubert , chirurgien de mon-
seigneur le duc de Guyse, d’vue playe
faite par contusion, située sur la teste
à l’os coronal , au moyen de laquelle
l’os estoit dénué du pericrane et des-
couuert autour : toulesfois ne se inon-
troit aucune fracture dudit os au sens
de la veuë, mais quelques iours apres
suruint au patient une bonne partie
des accidents susdits , entre lesquels
iettoit le sang par la bouche , meslé
avec du pus et boue. Et voyant ledit
Aubert tels accidens ne cesser, mais
au contraire augmenter de iour en
iour, vsa de trépans , et trouua la se-
conde table dudit os rompu , faisant
compression sur la dure-mere, et par
conséquent sur le cerueau : et ayant
oslé l’os froissé et rompu, trouua ia-
en avait constaté l’existence assez long-
temps avant Fallope , et A. Paré appuie sur
ce point dans une note marginale ainsi
conçue :
Première table du crâne demeure aucune-
fois entière par dehors, et la seconde est frac-
turée et rompue.
L’incision de la dure-mère pour donner
issue à la matière épanchée au-dessous, a
d’ailleurs été prescrite par A. Pa^c au cha-
pitre 17. (Voyez-ci-dessus page •48.)
Au reste ces deux observations avaient
été omises dans toutes les autres éditions
d’A. Paré; oubli d’autant plus difficile à
concevoir qu’elles ont , comme on voit, un
grand intérêt pour les doctrines de l’auteur
aussi bien que pour l’histoire de l’art.
dite dure-mere liuide et fort ten-
due sans mouuement. Le lendemain
voyant que par l’ouverture dudit os
les accidents ne cessoient, considéra
que pour la grande contusion pou-
uoient est rerompues au dedans veines
et arteres, dont feil incision de la dure-
mere, par laquelle subit sortit bonne
quantité de pus, et dés lors le mouue-
menl du cerueau se commença à faire,
et les accidents diminuèrent. Parquoy
le patient fut à la fin guéri.
Vray est que s'il eust esté grand sei-
gneur ou prince, n’en feust pas res-
chappé de telle playe, à cause qu'il
n’eust voulu souffrir faire ce que l’art
commande , et les chirurgiens n’eus-
sent fait si hardiment leur deuoir.
1 D’abondant n’agueres , maistre
Estienne de la Riuiere , Chirurgien
ordinaire du Roy, et Loys le Brun ,
Chirurgien iuré à Paris , et moy,
auonsprnsévn nommé maistreRobert
Coudgenou , l’vn des chantres ordi-
naires de la chapelle du Roy, d'vne
playe en la teste , située au milieu de
l'os coronal, faite d’vn coup d’espée, de
grandeur de cinq doigts ou enuiron,
aueo fracture et embarrure d’vne
piece dudit os, laquelle estoit séparée
du tout d’auec le Crâne : et pour ex-
traire et tirer l’os rompu , le trepanay :
pource qu’autrement on ne l’eut peu
auoir, et apres tiray ledit os fracturé
auecques certains instruments pro-
pres pour extraire aucunes piecesd’us
de dessous le Crâne 2.
1 Cette nouvelle observation et ce qui
suit jusqu’à la fin du chapitre, se trouvait
à la suite de celle du page du maréchal de
Monlejan, dans l’édition de 1801, fol 21(1 et
suiv. .Te ne peux m’expliquer pourquoi elle
avait été retranchée des éditions complètes
qui annonçaient ainsi quelques histoires, et
qui n’en donnaient qu’une.
2 A. Paré avait figuré ici quatre instru-
DTS PLAY ES EN PARTICVLIF.R.
Or le dit os auoit rompu la Du ré-
méré, et sortit parla playe de la sub-
stance du cerueau, la grosseur d’vue
auelaine ou plus, en la presence de
messieurs nostre maistre Rosée, doc-
teur en Théologie, et Gosselin, ma-
thématicien et gardien de la librairie
du Roy, ei Claude Rousselet, bache-
lier en medecine. Et neantmoins a le-
dit deCourtgenou recouuert santé,
et à présent est encores viuant.
Donc pour conclure, plusieurs es-
tant blessés à la teste parpelite playe
meurent: lesautresnonobstant qu’elle
soit grandeet auec perdition delà sub-
stance du cerueau , viuenl quelques-
fois. Aussi pareillement on voit en
certaines régions et saisons les pïayes
de teste estre quasi toutes mortelles,
choses eslrange et quasi ineonneuë
par raison, mais par seule expérience.
Ce que ie référé du tout au grand Ar-
chilecteur, facteur de toutes choses,
qui dispense et détermine nostre vie
ainsi qu’il luy plaist
monts, qui ne sont autres que le bec de grue
droit , le bec de corbin dentelé, le bec de grue
coudé, que nous retrouverons au liv. IX,
l'hap. 4 , Description des instruments propres
pour tirer les balles et autres choses estrunges ;
et le dernier est le bec de corbin , dont Paré
se servait aussi pour saisir es vaisseaux et
les lier, et que nous retrouverons au liv. X ,
chap. 22.
1 Les observations de plaies du cerveau sui-
vies de guérison ont frappé de tout temps
les observateurs. A. Paré rapporte, lui-même
plus bas des cas observés par Galien et Guy
de Chauliac; mais ce sont toujours des faits
rares, et qu’il ne faut pas prendre pour règle
du pronostic. Aussi quoique le blessé de
Galien fût guéri d une plaie qui pénétrait jus-
qu’aux ventricules , nous verrons plus tard
A. Paré, en présence d’une plaie du même
genre, porter un pronostic absolument fatal.
Voyez V Apologie , voyage de Perpignan. )
Bérenger de Carpi est de tous les écrivains
du xvo siècle celui qui a le mieux étudié les 1
!■>
CHAPITRE XXIV.
DES PLAYES DE LA FACE.
Or apres auoir ainsi traité des playes
et fractures de la Teste , maintenant
faut parler de celles de la Face , les-
quelles se doittenl soigneusement
traiter : à fin que les cicatrices ne
demeurent laides et difformes.
Lescausespcuuentestresemblables
à celle du Crâne, sçauoir est, externes.
Mais aux especes et différences on
peut adiouster amputation totale des
parties, comme d’vne oreille, ou d'vn
œil creué, ou du tout sorti hors de la
teste : aussi le nez du tout coupé, et
auecques portion de laléure ou tota-
lité d’icelle. Pareillement la playe
peut estre faite de chose si violente ,
comme d’vn coup de harquebuse et
autre chose semblable, qui aura
plaies du cerveau. Il expose d’abord les si-
gnes auxquels on peut les reconnaître. Ces
signes sont les mêmes que ceux des plaies
des méninges; seulement quand le cerveau
est blessé, il sort de la matière médullaire
qui ne laisse aucun doute sur le diagnostic.
A la vérité si la plaie est petite, cette issue
ne saurait avoir lieu; mais ce cas est rare, et
ce signe est presque constant. Quand la ma-
tière cérébrale ne fait saillie au-dehors qu’a-
prés un certain temps, quelques chirurgiens
s’y trompent, et la prennent pour du pus, ou
réciproquement. Au reste Béranger a vu celle
issue de matière se faire au 13e jour de la
blessure, et le malade n’en guérit pas moins.
Folio 15.
« Pour ma part , ajoute-t-il plus loin , je
crois et je déclare que j’ai vu jusqu’à ce jour
six hommes qui ont perdu une notable quan-
tité de la moelle cérébrale, et qui n’en ont
pas moins guéri Quelques uns sont morts
peu après d’apoplexie. D’autres, et deux sur-
tout, ont gardé une paralysie d’un côté, et
ll\ LE HVITIÉME LIVRE,
rompu et emporté portion des os du
palais: de façon que le patient iamais
toutefois ils ont vécu deux ans. De ces six
malades, j’en ai vu et traité (rois dans le pays
de Carpi ; j'étais assez jeune alors, mais je
ne m'y trompai pas pour mon âge. J’avais
avec moi de fidèles et habiles physiciens : à
ces trois , je retirai à la première ou à la se-
conde visite une grande portion du cerveau
qui sortait au dehors entre les lèvres de la
plaie. J’en ai vu un autre à Pistoia que trai-
tait un certain juif appelé Angclo, assez ha-
bile chirurgien , et qui fut guéri. El j’en ai
vu deux que j’ai guéris à Bologne : l’un était
le seigneur Vincent Ragacia ; l'autre le sei-
gneur Paulo, neveu du cardinal d'Istrie.
» Pour ce dernier, ce fut en présence de
beaucoup de témoins de la première no-
blesse et de savants, qu’à ma première visite
je lui enlevai quelque portion du cerveau.
Au treizième jour il en sortit une autre por-
tion notable ; et enfin il alla jusqu’au soixan-
tième jour sans aucun fâcheux accident.
>• La plaie était profonde, ayant été pro-
duite par la pointe d’une roncha, de laquelle
il était resté dans le cerveau un fragment
de quatre doigts de longueur enfoncé per-
pendiculairement, et qu’on pouvait à peine
voir et sentir; il y resta jusqu’au lendemain
où je l’enlevai avec des tenailles, et non sans
de pénibles efforts.
» Je mis dans ce trou une tente à demeure
durant cinquantejoursou environ, parce qu’il
en sortait continuellement une sérosité abon-
dante; vers ce temps enfin l’écoulement s’étant
tari, j’ôtai ma tente qui était canulée et j'es-
sayai de fermer la plaie. Mais vers le soixan-
tième jour, à cause de la matière retenue
danslecerveau.il survintun effroyable accès
d’épilepsie avec tremblement et roideur ex-
cessive de tous les membres. Ce que voyant je
le fis élever par les pieds, la tète en bas;
avec un stylet je débouchai peu a peu le
trou extérieur, et je trouvai sous le crâne
une grande quantité de matière aqueuse, de
couleur de lait, dont l'évacuation fit cesser
à l’instant l’accès d’épilepsie , et ramena le
malade à sa propre intelligence.
» Je lui remis donc ma canule , et je fis
puis apres ne pourra parler que Ré-
gnant , c’est à dire parlant du nez ,
des injections qui eurent pour elTet de tarir
entièrement la source de celte humidité; il
guérit cl vécut encore long-temps après, et
arriva aux honneurs de l'épiscopat. »
On peut croire que c’est sans aucune ma-
lignité que Bérenger ajoute au sujeldu futur
évêque :
« -Et je prends Dieu à témoin qu’il jurait
lui-même que dès le commencement de sa
blessure et sans discontinuer, il avait coïté
avec une servante de la maison, sinon tous
les jours, au moins tous les deux jours, et
que chaque jour il buvait trois ou quatre
fioles de Malvoisie; aussi je pense que s’il a
guéri , il en doit rendre grâce à Dieu.
»Et je jure de même que l’un de ceux que
j’ai traités à Carpi , un paysan appelé Rum-
pha , dans le temps où il était le plus mal ,
mangeait toutes les nuits une grande quan-
tité de viande salée avec du pain et du miel.
Il se levait la nuit en secret, prenait des vian-
des salées, et sans les laver ni ùter le sel, il
les faisait cuire sub prunis; et il avait de plus
sous son lit une grande quantité de miel. Et
ainsi il triomphait sans que personne en sût
rien , et j’atteste le fait dans toute sa vérité.
» J’ai dit tout ceci pour combattre les rai-
sonneurs qui ne croient pas que le cerveau
puisse guérir, et je les prie de s’en rap-
porter à moi : je connais le cerveau, et le pus,
et la moelle. » Fol. -U.
Symphoiien Champier, dans scs Lunecies
des barbiers et cyrurjient , chap. x , rapporte
une observation du même genre d’après
Hippolyle d’Aullreppe, le barbier qu’il avait
fait recevoir docteur en chirurgie à l'uni-
versité de Pise.
« Et Hippolyte d’Aultreppe me dit et iu-
rast en la présence de monsieur maislre Je-
han Geolfrev.conseillier et médecin de mon-
seigneur de Lorrayne, et de maislre Voisin,
cyrurgien dudit prince à Nancy en mon lo-
gis , qu’il auoil gnery le maislre d'aullel de
monsieur le conte de Ligny, lequel auoit
esté bleissé d’vne halebarde le cerueaulten
telle façon qu’il luy auoitosté plus de quatre
onces de la meduleet presque toute vne ce-
DES PLATES EN PAKTfCVLIER.
s’il n’est secouru par le bénéfice de la
Chirurgie : ce qui te sera déclaré c y
apres 1 .
Nous commencerons donc aux
playes des sourcils, en continuant
toutes les autres parties du corps.
Aucunesfoisil aduient que la playe
sera faite au trauers des sourcils, en
sorte que les muscles et pannicule
charneux, qui les meuuent et es-
leuent, seront du tout dilacerés et
coupés. Adonc les paupières ne peu-
uent eslre esleuées, et les yeux de-
meureront clos , de façon que le pa-
tient, s'il veut voir, sera contraint
(voire apres la consolidation de la
playe) esleuer de sa main ladite pau-
pière : ce que i’ay veu plusieurs fois.
Et tel accident le plus souuent vient
de l’imperitie ou inaduertance du Chi-
rurgien, faute d’auoirdeuëmenl cousu
la playe, et d’y auoir appliqué com-
presses et fait ligature propre.
Iule du cerueault, et despuis a vescu plus de
dix ans. »
Enfin André de la Croix déclare à son tour
avoir guéri et vu guérir des plaies des mé-
ninges et du cerveau. « Et nous ne nous
sommes point mépris, dit-il ; car nous avons
fait de nos propres mains plusieurs dissec-
tions sur des corps humains , et nous avons
traité un nombre presque infini de fractures
du crâne. » Op. citato , pag. 58.
1 Ici dans l’édition de 1561 se trouvait un
paragraphe spécial sur les cinq internions du
chirurgien pour la cure des playes. Ce para-
graphe a été reporté depuis au liv. Vit ,
Cliap. 5, De lu curaiion des playes en general.
Voyez lom. I”, p. 485. Seulement après la
quatrième intention , qui est de conserver la
partie en son tempérament, l’auteur ajoutait:
Car une partie seiche ( comme sont les pau-
pières des yeux. , le nez, les oreilles , à raison
qu’elles sont cartilagineuses') demande médica-
ments plus secs que tes autres qui sont plus
chômeuses. Fol. 219.
75
Et où tel accident serait suruenu ,
faudroit couper, et du tout amputer
autant du cuir et du pannicule char-
neux qu’il en sera besoin :à fin que
la paupière se tienne esleuée en haut,
sans que le patient soit contraint y
mettre la main. Puis faut coudre
deuëmenl la playe, de cousture de
pelletier : et par dessus sera appliqué
de mon baume, et aux parties voi-
sines tel médicament :
"if. Olei rosali § . G .
Albumina ouorum , n° 2.
Boli armcnici , sanguinis draconis, mas-
tiches ana 3. j.
Agitentur simul, fiat mcdicamentum.
Et soit fait bandage et ligature pro-
pre pour tel cas. Puis apres on vsera
de l’emplaslre Gratia Dei , vel beloni-
cœ , vel diachalcileos , ou autres sem-
blables, iusques à ce que la playe soit
consolidée : et telles playes et autres
de la facesecurent facilement, si elles
ne sont accompagnées d’autres mau-
uais accidens, ou que les patieus fus-
sent fort cacochymes.
11 aduient vn autre accident du tout
contraire, que la paupière demeure
esleuée en haut, en sorte que les ma-
lades dorment les yeux ouuerts, ne
les pouuans clorre : les Grecs les
nomment Lag< phthalmos. La cause
vient de cause interne, comme d’vn
charbon ou autre aposteme : ou exté-
rieure, comme d’vn coup d'espée, ou
d’autre baston. La cure se fera en fai-
sant vne incision au dessus de la pau-
pière , de figure de croissant , et que
les angles ou pointes soient centre
bas, à fin de relascber et abbaisser ce
qui est trop esleué de la paupière , et
ne faut nullement loucher le carti-
lage , pour ce qu’apres ne se pourroit
7^
LE HVITIKMF. LIVRE,
plus relever. Le reste cle la cure se
lera ainsi qu’il appartient
CHAPITRE XXV.
DES PI.AYES DES YEVX.
Les playes des Yeux sont laites de
choses poignantes, trenehantes, con-
tondantes, ou autrement. Et selon
icelles d fferences, faut que le Chirur-
gien diuersiüe la cure. Or s’il y a au-
cune chose eslrange dans l’oeil, faut
subit la tirer hors, renuersant (s’il est
besoin) la palpebre doucement auec
la queue de l’espatule, ou vnepiece
d’argent. Et où ne la pourras apper-
ceuoir et voir, appliqueras dans l’œil
trois ou quatre grains de semence
d’Orminum ou Toute-bonne, laquelle
a puissance de purger et nettoyer les
ordures, et petits corps estranges des
Yeux, non loutesfois insérés, et gran-
dement attachés contre les mem-
branes. Mais où la chose estrange
seroit adhérante et insérée aux mem-
branes , alors vseras de cest instru-
ment, lequel poseras sur l’œil, et ou-
uriras les paupières, et presseras dou-
cement l’œil : et par iceluy sera tenu
ledit œil stable , et auec petites pin-
cettes sera tirée la chose estrange
hors. La figure dudit instrument est
telle.
1 Ce dernier paragraphe n’existe pas dans
i’édilion de 1561.
Figure d'vn Spéculum oculi , pour dilater et
tenir les paupières stables : lequel se peut
accroistre et reserrer selon la grandeur des
yeux.
Or apres auoir extrait les choses
estranges , sera appliqué dans l’œil tel
médicament :
Prenez germes d’œufs dix ou douze; agitez
en vn mortier de plomb, auec vn peu
d’eau rose, et le mettez dans l’œil.
Et par sus ledit œil et parties voisi-
nes, sera mis repercussif tel que cest uy :
Médicament repercussif.
2 ù. Albumina ouorum num. iiij.
Pulueris aluminis rochæ combusti .ï, ij.
Sanguinis draconis 5. j.
Aquæ rosarum et plantag. ana 3 . ij.
Agitenlur simul , bat repercussiuum.
Duquel on vsera, et sera réitéré sou-
uent.
Autre.
Prenez formage frais, bien escremé, eau rose
et blanc d’œuf, et suc de acacie.
DF. S PLAYES EN PARTfCVLl KR.
-■luire plus excellent et de plus grande force
à reprimer la fluxion , et osier l’ inflamma-
tion.
IL. Gummi Arahici et tragacanthi. ana 5. iij.
Psillij, cydoniorum, seminis portulacæ ,
planlaginis, sumach, ana 3. ij.
Fiant mucilag. extrahantur cum aqua p!an-
taginis, sulani et rosarum, et (iat col—
lyriuin.
Duquel on en pourra seurement
vsQr, tant au dehors de l’œil qu’au
dedans.
El noteras que tous les remedes
que tu appliqueras à l'œil , et autour
d’icelui , se doiuent appliquer liedes ,
tant à fin qu’ils pénétrent mieux par
le moyen de la chaleur modérée,
qu’aussi à raison que les choses froi-
des actuellement sont ennemies des
yeux et de Javeuë,parincrassalion et
stupéfaction des esprits visifs : de fait,
que i’en ay veu quelques-vns, à qui
la veuë est demeurée trouble à faute
de ce faire: comme aussi i’av veu au-
cuns ayans playes aux yeux faites
par ponction d’aiguille, ou de poin-
çon, ou choses semblables , en la sub-
stance de l’œil, non toulesfois en la
pupille 1 , sortir bonne quantité de
l’humeur aqueux, et guérir, en y ap-
pliquant les remedes susdits et tels
mucilages 2.
Et par fois faut faire instiller ou
rayer du tel in laid de femme allaic-
1 Toutes les éditions, hors celle de lotit ,
ont omis ici la négation, ce qui est une
faute.
2 L’édition de 15(11 donne ici une formule
qui a été retranchée dans les suivantes; la
voici :
IL. Gummi arahici et diadragaganti ana 3 ij.
Scmini psillij et cydoniorum ana 3. j.
Bulliant lento igné in sufficienti quantit.
aquæ rosac. doncc acquirant formam mu-
cilaginosam.
77
tante fille plus tosl qu’vu masle1,
parce qu’il n’est si chaud, lequel a fa-
culté d’adoucir et appaiser la dou-
leur, mbndifîer et nettoyer. Sembla-
blement on pourra vscr du sang de
tourterelle, pigeon , ou de poullels ,
incisant la veine qui est sous leurs ai-
les. Iceux aussi resoluent, mondi-
fienl, etappaisent la douleur.
Aussi sera appliqué sur l'œil et par-
ties voisines ce cataplasme, lequel a
grande vertu anodine et sedatiue de
douleur, et prohibe la fluxion et in-
flammation.
Cataplasme fort anodin.
IL. Garnis pomorum sud cinere calido dc-
coctorum § . v.
Vilellos ouorum numéro iij.
Cassiæ flstula1 rcccnter extrade 5. G.
Mucilaginis psillii , altheæ et cydoni.
ana 5 . j.
Farinæ hordei parum.
Incorporentur omnia simul, liât calap.
Aussi on peut vser de poulmons de.
mouton ou d’autres besles, vu peu
parboüillis en laict, et tous chauds
les appliquer dessus, et les reaou-
ueller promptement que le patient
sentira qu’ils seront froids. Et où ce-
dil remede n’auroit puissance de se-
der la douleur, à cause d’vue ex-
trême chaleur, soit fait tel remede:
1 Rayer est ici pour darder. — La cin-
quième édition se contente de dire: d'une
femme luiclanle , parce q« il n’est si chaud-, ce
qui 11’a pas de sens, il convient de noter
que A. Paré désigne en marge ces espèces
de collyres sous ce tilre: Remedes singuliers
pour seller douleur des yeux, .le trouve le
lait de femme déjà recommandé pour cet
usage par Yigo , liv. lit, ch. 6. Au reste,
pour avoir toute la doctrine de Paré sur
l’ophlhalmie , il faut comparer ce chapitre
au chapitre 12 du l.V' livre, où il en traite
spécialement.
78
LE HV1TIÉME LIVRE,
Cataplasme réfrigérant.
Prenez feuilles de iusquiame vne poignée,
cuiltessous les cendres, puis pilées en vn
raorlier auec mucilages de psillij et cydo-
niorum, extraits en eau de niorelle et
plantain.
Et en soit appliqué entre deux lin-
ges sur les yeux et temples.
Autre.
Prenez mucilages de psillij et cydoniorum,
extraits en vne décoction de papauer,et
vn peu d’opium auec eau rose.
Et où la playe auroit besoin d’estre
mondifiée et incarnée, sera appliqué
tel médicament :
Mondijicatif propre aux playes des yeux.
"if.. Syrupi rosati de siccis. g . j.
Aq. fœnic. et rulhæ ana 3. ij.
Aloës lotæ, olibani ana § . fi.
Miscead vsum diclum.
Semblablement les fiels de raye, de
liéure, de perdrix dissouls en eau
d’eufrase et fenoil, sont propres à la
mondification d’icelles playes. Pareil-
lement ce Collyre.
if. Aquæ hord. g . j.
Mellis despumati g . iij.
Aloës 1er Iota in aqua plantag. et saccari
cand. ana 5. j.
Fiat collyrium.
Et s'il est besoin engendrer chair ,
on vsera de cesluy :
Incarnatif.
If. Mucil. gummi olibani, arabici, et traga-
canthi , sarcocollæ in aqua hordei ex-
tractæ ana . .iij.
Aloës ter lotæ in aqua ros. 5. j.
Cerv. vstæ et ablutæ , tutiæ præparatæ
ana 3. G .
Fiat collyrium.
Or il faut noter que la conionctive,
au moyen de la solution de conti-
nuité, ou autrement, s’esleve quel-
quefois en si grande tumeur pour la
defluxion d'humeur ou ventosités ,
qu’elle couure du tout la pupille, et
sort bien fort hors des paupières, et
semble à vne chair superflue, per-
dant sa couleur naturelle , et deuient
rouge : qui se fait au moyen de la
douleur et chaleur estrange, auec
ventosité et quelque aquosité , en
sorte que l’œil ne se peut ouurir ny
clone. Et me suis trouué en compa-
gnie d’vn icune chirurgien , qui sans
moy vouloit couper et adapter remè-
des corrosifs pour amputer l’exube-
rance de ladite conionctive : mais ie
l’en garday, parce qu’il eust esté cause
de rendre aueugle son patient, au-
quel ordonnay vne fomentation d’une
décoction de camomille, melilot, ro-
ses , absinthe , rue, fenoil et an s, ra-
cine d’iris , et de souchet , bouillis en
laict : et auec esponges furent faites
fomentations , puis apres auec ceste-
cy plus forte et desiccative :
if. Nucis cupressi , gallarum. balaust. ana
5 j-
Plantag. absinlhii, hippuris florum ca-
momillæ , ineliloti , rosarum rubrarum
ana m. G .
Ruinant simul cum aqua fabrorum, fiat de-
coctio pro fotu.
Semblablement on peut faire cata-
plasme de ladite décoction, auec:
Furinœ hordei , fabarum, pulueris mas-
iichet,myrrhce , ir<os. Puis en la dé-
clinaison de la resolution , fut vsé de
cesle liqueur dans l’œil : laquelle a
grandissime vertu d’astraindre, con-
sumer , seicher , et roborer ladite
conionctiue relaxée , qui est telle.
Faites durcir vn œuf frais , et subit te dé-
pouillez de sa coeque, et ostez le moyeu ,
et dedans le reste du blanc, mettez vn
scrupule de vitriol romain en poudre:
puis l’espreindrez dans vn linge blanc et
net, et d’icelle liqueur en soit mis quel-
DES PLAYES EN PARTICULIER.
qucs iours dans l’œil , aucc quelque por-
tion d’eau de forge, en laquelle on au-
rait fait bouillir sumach et roses rouges.
Et te puis ast eurer que tel remede
est de grand effect. Mais où lecas ad-
uiendroil qu’il se fist chair supercrois-
sante en la coni mcliue, elle pourra
estre consumée par cesle poudre :
2f. Ossissepiæ et lestarum ouorum calcina-
tarum ana 5. j.
Fiat puluis subtilis.
On peut pareillement vser de vi-
triol calciné, ou aluni bruslé, ou au-
tres semblables : mais avec grande
discrétion , en vsanl tousiours de re-
percussifs dessus l’œil et à l’entour ,
pour obuier aux accidens.
Or il faut entendre que la fluxion
se fait quelquesfois en si grande quan-
tité et qualité d’humeur agu , que la
Cornée se rompt et se creué, de sorte
que tous les humeurs sortent hors l.
D’auanlage icy noteras , que pen-
dant que tu cures lesplayes et autres
dispositions mauuaises des yeux, tu
dois situer la teste du patient assez
haut , et tenir clos l’œil qui est sain :
à raison que toute partie vulnerée
doit estre en repos, et parce qu’vn œil
ne se peut mouuoir que l’autre ne
se meuue : pour ceste cause le sain
doit estre tenu bandé et clos, à fin que
l’œil malade demeure en repos, pour
1 On lisait ici dans l’édition de 15G1 : Un
par coups ou autres causes extérieures. Et où
tel accident aduiendroil apres la curation de
l'vlcere, on pourra adupter dansl’orbile un œil
fait par arlijice , comme ceux-cy fitjurés , qui
sont seulement pour l'ornement du pulient.[ Ici
les figures des yeux artificiels.) Ces yeux ar-
tificiels seront d’or émaillés, de couleur sem-
blable au naturel.
Ce passage, avec les figures, a été reporté,
dans les éditions complètes, au chap. i«r du
livre 21'.
79
la connexion et colligance qu’ils ont
l’un auec l’autre par le bénéfice des
nerfs optiques et motifs. Dure et Pie-
mere, Pericrane , veines, artères, et
autres parties : qui fait que lors que
l’vn souffre, l’autre quelquesfois sent
la douleur de son compagnon : de fa-
çon que le Chirurgien y doit prendre
grande sollicitude : pourcequele plus
soutient l’on voit vne fluxion s’y faire
si grande , que par les remedes sus-
dits ne peut estre arrestee, de sorte
qu’il est besoin d’vn autre plus ex-
trême, qui est le cautere actuel auec
Selon appliqué derrière ie col , le-
quel a vne merueilleuse efficace aux
fluxions inueterees. Qu’il soit vray,
l’experienee quotidiane monstre que
tosl apres que l’vlcere fait par ledit
cautere, ielte boue, la veuë se clari-
fie, voire à ceux qui jal’auoient quasi
du tout perdue.
Ce qui s’est veu de fresche mé-
moire à vu honnesle Italien orfeure,
nommé messire Paule, demeurant
en Nesle, près les Augustins de Paris,
lequel eut vne fluxion sur les yeux,
où plusieurs, tant Médecins que Chi-
rurgiens et autres , y auoient mis la
main , desquels receut peu d’aide : et
ne se pouuant plus conduire, m’ap-
pella, et luy conseillay d’aller à l’ex-
treme remede, qui esloit le Seton , ce
que volontiers accorda. Et l’ayant ap-
pliqué , et son vlcere estant conuertie
en maliere ou sanie , commença à
mieux voir, et à mesure que son vl-
cere couloit , tousiours alloit en amen-
dant, de façon qu’il recouura du tout
sa veuë, et porta ledit Seton enuiron
vn an ou plus. Puis s’en fascha, pen-
sant qu il ne luy faisoil plus aucun
profil, dont le voulut osier, et faire
clone sa playe : mais six mois après
tomba en pareil accident , perdant la
veuë comme deuant. Parquoy me
00 LE HVITIÉME LIVRE
renuoya quérir pour luy appliquer
de rechef ledit Seton , dont tost apres
recouura pareillement sa veut* : el le
porte encores à présent.
Or ie ne te puis encores assez louer
l’effect duüil Selon : car depuis peu
de iours en çà l’ay appliqué par le
conseil de Jacques Houlier, Docteur
ltegent en la faculté de Medecine ,
homme de grande érudition et de
singulière doctrine , à vn ieune
homme aagé de vingt ans ou enui-
ron, lequel tomboit souuent d’epilep-
sie : mais inconlinenl que son vlcere
commença àietter sanie , n’est tombé
audit accident : et est vraysembla-
ble que le virus et vénénosité prend
issue par l’vlcere fait dudit Seton.
le dirayicysommairementque c’est
qu’Epilcpsie. C’est vn mot Grec qui
signifie surprise, ou rétention de tous
les senlimens, dont il aduient que le
malade chet en terre , s'il n’est sous-
tenu. Car il perd tout à coup la veuë,
l’ouye, el autres senlimens, comme
par vne syncope, ou comme par vue
apoplexie. Mais il y a différence: car en
l’apoplexie et syncope, il n’y a nul
mouuement ny sentiment : et en Epi-
lepsie , le corps se meurt fort roule-
ment, et travaille de conuulsion ou
rclirement des nerfs inuolontaire-
ment. On le nomme aussi le mal Saint-
Jean, pourcequela teste de saint Iean
cheut en terre lors qu’il fust decapilé,
puis posée dedans vn plat, à l’appetit
d’Herodias *.
Or maintenant faut descrire au
ieune Chirurgien la maniéré d’appli-
' Ce paragraphe sur l’épilepsie ne se
trouve pas dans les éditions de 1561 , 1575
et 1579, non plus que dans l’édition latine.
L’édition de 1561 présente ici ce passage,
qui a été retranché dans les suivantes :
Je le laisse encore à déclarer \ a cause de
quer le Selon, et luy en bailler la fi-
gure.
Premièrement faut que le malade
soit assis sur vne escabelle, luy com-
mandant baisser la teste vn peu en
arriéré , à lin que le cuir, auec le
pannicule charneux, soit plus laxe.
Puis faut qu’vu seruiteur tire et es-
leue en haut ledit cuir, ayant rasé le
poil s'il y en a, et alors le Chirurgien
pincera le plus profond et pi es du poil
qu’il pourra, ledit cuir, sans aucune-
ment toucher à aucun muscle du col,
pour les accidens qui en pourroient
aduenir, comme spasmes et autres : et
serrera les tenailles (alors qu’il mettra
le cautere ardent) assez fort : et par
ce moyen le patient ne sentira l’action
du feu. Car deux douleurs ensemble ,
faites en mesme partie et lieu, la plus
grande fait que la pius petite ne sent
point ou peu1. L’ouuerlure se doit
faire en long , et non en trauers : car
par ce moyen l’euacualion des ma-
tières se fera mieux, pour la rectitude
des fibres. Les tenailles seront percées
au milieu , pour passer le cautere au
trauers, lequel sera en son extrémité
agu, triangle, ou quarré, à lin que son
action soit plus prompte. Puis soudain
passeras au trauers desdites tenailles
el cuir que lu auras cautérisé, vne ai-
guille à Seton, enfilée de fil de coton
en trois ou quai redoubles, lequel sera
imbu et trempé dans albumen oui
et oleurri rosatum. Puis appliqueras
compresses trempées audit médica-
ment , et feras ligature propre à la
partie.
briefuelé) les elfets que l elle ouverture fait eux
arthritiques el à autres dispositions contre na-
ture, que i'espere te déclarer en nostre pratique
vniucrselte.
1 Hip. ap. 46. Uuobus doloribus , etc. , du
liurc 2, — A. P.
DES PLAYES EN WART1CVLIER.
Les figures des Tenailles, Cautere actuel, et
Aiguille à Selon, sont telles.
Or le lendemain on fera embroca-
tion d'huile rosat autour du col, et
sera continué le susdit remede auec-
ques lesdites compresses : et le Selon
sera imbu de digestif, fait de iaune
d’œuf et huile rosat, iusques à ce que
l’vlcere ielte bouë : et alors on vsera
(Tvn tel médicament, autour de ladite
corde faite de cotton 1 :
'if. Terebenth. Vcnetæ ^ • mj>
Syrupi ros. et absinthij ana %. &.
Pulueris ireos, diacrydij, agarici trochis-
cati, et rheubarb. ana 3. fi.
Incorporentur omnia simul, fiat medica-
mentum.
Duquel on vsera tant que l’on vou-
dra tenir l’vlcere ouuert, pource qu’il
a vertu d’attirer les matières du pro-
fond, et les mondifier sans douleur.
l’ay trouué puis n’agueres par expé-
rience , que l’ouuerture fait auec vne
grosse aiguille triangulaire bien tren-
chante, semblable à celle des embal-
leurs, est moins douloureuse qu’auec
le cautere actuel cy dessus mentionné.
Parlant ie conseille au ieune Chirur-
1 A. Paré ajoute en marge : Le selon doit
estre faict de fil de cotton ou soye cramoisie.
8i
gien de ne plus vser desdits cautères
actuels. La figure de ladite aiguille
t’est icy représentée *.
Figure de l’aiguille triangulaire.
1 Ce paragraphe manque dans toutes les
éditions jusqu’en 15S2, y compris l’édition
latine : je ne puis dire s’il se trouve dans
l’édition de 1585, ne l’ayant pas sous les
yeux. On voit parla combien il est essentiel
de renvoyer chaque portion du texte à sa
date; on croirait, à lire dans ce paragraphe
ces mois puis nagueres , et plus haut, dans
l’histoire de Houlier , depuis peu de jours en
ç à, que le tout est de la même époque ;
tandis que celte histoire, comme tout le
reste du chapitre, se trouve déjà dans l’édi-
tion de 1561.
Du reste A. Paré avait déjà parlé du séton à
propos de l’hydrocèle ou hargne aqueuse
(voyez tome Ir, page 416); où il enseigne à
le faire sans cautère , à l’aide des tenailles
à séton et d’une aiguille à pointe triangu-
laire. Il se présente ici une question histori-
«
II.
8s
LE IIVITlÉMi; LIVRE ,
CHAPITRE XXYI.
DES PLAYES DES IOVËS.
Maintenant nous faut en brief par-
ler des playes des loues. Si la playe a
besoin de cousture, la faut faire sei-
que assez curieuse. A qui appartient l’idée
de pratiquer le séton sans faire rougir au
feu l’aiguille? car on trouve l’indication des
tenailles plates et de l’aiguille rouge dans
Guy de Chauliac,TR. II, Doci. II, chap. 7,
pour l’ hernie aigueu.se ; et le même procédé est
reproduit pour le séton en général par Fa-
brice d’Aquapendente, des Opérât, chirur-
gicales, chap. 5.
Peut-être même cette première question
devrait-elle être précédée d’une autre : A
quelle époque remonte l’emploi du séton
dans la chirurgie? Je ne veux point parler
de l’art vétérinaire, qui paraît s’en être servi
avant la médecine de l’homme ; on le trouve
en effet mentionné d’une manière plus ou
moins claire parColumelle, Absyrte et Hié-
roclès. Quant à son application à l’homme,
M. A. Severin renvoie d’abord à Hippo-
crate, au traité de \' Ancienne Médecine, où
il n’en est pas dit un mot. Leclerc avait cru
le voir dansCœlius Aurelianus, où Peyrilhe
n’a pu le découvrir. Peyrilhe lui-même
fait tous ses efforts pour le distinguer
dans un procédé d’Anlyllus pour l’hydro-
cèle ; et plus loin il en rapporte la pre-
mière idée à Galien. ( Hisi. de la chir.,
t. II, p. 445 et 626.) Mais évidemment
Antyllus ne parle que d’une tente, et Pey-
rilhe lui-même l’a traduit de cette manière;
quant au mot de sipho dont se sont servis
les traducteurs de Galien, si on ne lui
donne pas sa signification propre siphon ou
seringue, il n’y a nulle raison pour en faire
un séton plutôt qu’une tente. En vain
Peyrilhe s’appuie de l’autorité de Guy de
Chauliac qui, dit-il, avait lu Galien en grec
et en arabe ; car d’abord il est bien certain
que Guy ne possédait pas Galien en grec,
mais seulement la traduction latine faite
par Nicolas de Reggio sur le grec ; et il pa-
che, à lin que les cicatrices ne de-
meurent laides : car il y en a plusieurs
qui craignent tel accident , et princi-
palement les belles damoiselles. Et
pour ce faire lu prendras deux pièces
de toile neufue , qui ne sera ny trop
grosse ny trop deliée, de grandeur
qu il conuiendra pour la playe , cou-
rait même n’avoir pas vu les traductions
arabes, mais seulement les versions latines
faites sur l’arabe. (Voyez son Chapitre sin-
gulier.) Mais de plus, Guy, en citant Galien,
donne d'abord le mot des traducteurs cum
siphone, et ce n’est que par interprétation
qu’il ajoute vel setoue. !1 me parait pour ma
part que Galien ne cite pas ici un procédé
à lui propre, mais une chose déjà connue et
qu’il suffit d’indiquer en peu de mots, et
que sa citation a tics probablement rapport
au procédé d’Anlyllus. La conséquence est
que le séton est resté inconnu à la chirurgie
antique.
M. A. Severin affirme qu’il est approuvé
par Rhazès et plusieurs Arabes : l’indication
est infiniment vague, et j’ai feuilleté Rhazès
et Avicenne sans y rencontrer le séton.
Nous arrivons aux Arabistes, cl Sprengel
attribue l’emploi du séton pour l’hydrocèle
à Lanfrauc. Or, je puis affirmer qu’il n’en
est pas plus question dans Lanfranc que
dans tous les autres chirurgiens de son épo-
que; mais on trouve dans Roger de Parme
un chapitre spécial intitulé : De setone, où
le séton est recommandé pour la douleur
d'estomac , pour la rate, pour la douleur de
l’ombilic, pour la douleur des reins, lu dou-
leur de l'épine, la douleur des testicules et les
hémorroïdes. Roland a confondu ce chapitre
avec le précédent sous le litre : De Cauleriis;
et chose remarquable, pour la douleur des
reins il indique au lieu du séton l’usture ou
l’application du cautère, et pour l’asthme, au
lieu de 1 ’ustion recommandée par Roger, c’est
le séton qu’il conseille. Roger propose en-
core pour certaines affections des yeux un
séton derrière l’oreille : selon i. sedignus in
fonlanellâ ckartilaginis anris ; mode de trai-
temc it qucM. A. Severin rapporte à tort à
Arnauld de Villeneuve. Roger est donc le
DES PLAYKS EN PARTICVLIE R.
83
uerles et einplastrées de tel médica-
ment :
Pulucris maslichis, 6anguinis draconis,
thuris , farina; volnlilis , tragacanlhi
pisti. gj psi, picis, sarcocollæ, ana 5. ij.
Picis nigræ 3. j. G .
Alb. ouor. (|u;b sufliciant.
Fiat medicanientum.
Le blanc de l’œuf auec de la farine
fait le semblable.
El seront appliquées à chacun costé
premier auteur où se rencontre ce mot de
séton; et, pour le dire en passant, Roland est
le seul des chirurgiens de son âge qui répète
ses paroles, et le séton ne parait pas avoir
été employé par les chirurgiens de l’école bo-
lonaise.
D'où venait cependant à Roger l’idée de
ce moyen? On pourrait présumer qu’il l’a-
vait puisée dans Albucasis. Celui-ci en effet,
pour quelques lésions, faisait faire un pli à
la peau, et perforait ce pli avec un cautère
métallique rougi au feu et terminé parrfeaa:
ou trois bruches. Ainsi pour les luxations de
l’humérus par humidité ; ainsi pour les mar
ladies de la rate. Mais ce qui rend cette
conjecture fort douteuse, c’est que l’ana-
logie entre les deux auteurs se borne au trai-
tement de l'affection de la rate; et pour les
hémorroïdes, par exemple, le lieu où l’un
applique les cautères est tout différent de
celui que l’autre choisit pour son séton. Du
reste, il faut même avouer que nous igno-
rons la vraie signification de ce mol chez
Roger et Roland, son copiste. Guy de Chau-
liac est le premier qui indique le manuel
opératoire et décrive les instruments né-
cessaires, et le premier aussi qui conseille
le séton pour l’hydrocéle, et qui l’applique
sur les épaules et à la nuque dans les mala-
dies des yeux. Après Guy, il est remarqua-
ble que Pierre d’Argelala ne parle pas du
séton pour l’hydrocèle, et lui substitue les
vésicatoires pour les maladies desyeux. Jean
de Vigo garde le même silence , et il semble
dès lors que nous sautions sans obstacle de
GuydeChauliacà Franco elParé. Maisavant
eux et dès le xv' siècle, Marcus Gatenaria
de la playe, et distant l’vne de l’autre
d’vn doigt ou enuiron. Et seront lais-
sées seiçhiT, puis apres cousues en les
approchant l’vnc contre l’autre com-
me tu vois par ceste figure. Et par
ainsi la playe sera glulinée, tant par
ladite suture, que par les medica-
mens propres , compresses et ban-
dages : tous lesquels bandages de la
Face se doiuent attacher à vne coëffe
ou bonnet de nuit, que le malade aura
sur la teste.
avait conseillé le séton contre l'affaiblis-
sement de la vue, et il ne paraît pas se servir
d’un cautère. Son procédé est également cu-
rieux sous le rapport du pansement.
« Nous mettons aussi, dit-il, un séton au
cou de cette manière. Nous saisissons la
chair avec des tenailles, et nous la tenons
serrée pendant quelque temps pour priver
la partie d'esprits et la mortifier; ensuite
nous la perforons et nous tenons le lieu ou-
vert de cette manière : si c’est un pauvre,
nous mettons dans le trou une corde, et nous
la lirons fréquemment d’un côté à l’autre
pour que le lieu soit mieux ouvert et que
l’humeur s’écoule ; si c’est un riche, nous y
plaçons un anneau d’or arrondi ouvert d’un
côté, et qu’on réunit ensuite de peur que
l’anneau ne s’échappe, et ainsi tous les jours
nous faisons tourner ledit anneau. » De ca-
ris œijritudinum, etc., Luyduni 1532, fol. 15
et IC.
Mais quand même la priorité ne serait
pas enlevée à A. Paré par Gatenaria, Franco
la revendiquerait encore à bon droit. En
effet, la deuxième édition de Franco, où se
lit son procédé du séton appliquée l’hydro-
cèle, avait paru en 15GI; et dans cette année
même, et dans les éditions bien postérieu-
res de 1575 et 1579, A. Paré décrivait en-
core le séton à la nuque pratiqué par le cau-
tère. A la vérité, dans la première édition des
oeuvres complètes en 1575 , et meme proba-
blement dans la petite édition perdue de
1572, il pratique le séton pour l’hydrocèle
par une simple ponction; mais il avait alors
l’ouvrage de Franco entre les mains, puis-
qu’il le cite à l’occasion de l’étranglement
84
LE HVITIIÎME LIVRE
Or quand la playe est fort grande
et fort profonde, et les léures d'icelle
fort distantes , lors telle suture n’y
pourroit en rien ou peu seruir. Au
moyen dequoy faut vser d’aiguilles
des hernies, et il me parait à peu près cer-
tain qu’il y avait également puisé ce pro-
cédé.
— Ajoutons qu’avant de traiter des plaies
des joues , l’édition de 1561 contenait trois
longs articles sur les cataractes et l' unguia ,
sur les fistules lachrtj males , et enfin sur le
prurit des pa'pebres. Ces articles comprenaient
du fol. 230 au 248. Ils ont élé transportés
depuis dans lesOF.uvrescomplètes au liv. xv,
traitant des Operations , où ils constituent
les chapitres 10, 14, 15, 19, 20, 21 et 22.
quarrées ou triangulaires, afin qu’el-
les pénétrent et passent plus aisément
sans grande douleur, enfilées de fil
ciré, en trauersant d’icelles les léures
de la playe , et replier le fil autour
cinq ou six fois (en la maniéré que les
femmes font , lors qu’elles veulent,
garder leurs aiguilles sur leur man-
che, ou les cousturiers dans leur bon-
net) et laisser ainsi les aiguilles atta-
chées iusques à la consolidation de la
playe.
Telle maniéré de cousture se fait
aux léures : et sont aussi necessaires
aux becs de liéure , c’est à dire , aux
léures fendues de naliuité, par de-
faut de la vertu formatrice. Mais telle
cousture n’auroit aucun effet, s’il y
auoit du cuir entre les léures. El par-
tant le faut du tout couper, ou autre-
ment l’vnion ne pourroit estre faite.
Autre maniéré de sutures profitent
peu en telles playes, à raison que les
parties sont mobiles, tant par la mas-
tication que le parler : partant le fil
couperoit la chair : et encores pour
ceste cause, on doit par lesdites ai-
guilles prendre beaucoup de sub-
stance charneuse , comme il appert
par ceste figure *.
1 Voici la première fois qu’apparaît dans
la langue chirurgicale le mot de bec-de-lièvre ;
Franco, dont la 2' édition parut la même
année que le Traité Des playes de la leste de
Paré, en (561 , donne encore à cette lésion
le nom de bouche ou leure Jendue de la na-
tiuité ; mais déjà il applique le nom d e, dents-
de-lieure au bec-de-lièvre double avec sail-
lie des dents médianes en avant.
L’histoire du Lec dc-licvre a été faite jus-
qu'ici a\ec tant de négligence, que je crois
devoir entrer dans quelques détails , et re-
monter un peu plus haut que je ne fais pour
les questions moins conlroversées.On a éciil
que les premières notions s’en trouvent dans
Paré : et K. Sprengel avance formellement
que tous les médecins grecs l’ont passé sont
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
La figure des sutures desLéures: et au dessous
l’est monslrée l’aiguille , autour de laquelle
est entortillé le fit, comme doit estre fait au
dessus de la Léure.
En cest endroit ie reciteray vne his-
toire , à fin que s’il aduient entre tes
silence. Il est manifeste cependant que Ga-
lien le connaissait, et le désignait avec d’au-
tres fissures du même genre, sous la déno-
mination commune de Cotoboma. Voici ce
qu’on lit au livre 24' de la Méthode, ch. 16 :
« Dicemus aulem , et de ejusmodi rationi-
bus in sermonis progressu œque profecto , ut
de curtis id genus , quœ colobomata Grœci
appellanl: quippe ita vocanl , quœ in labiis,
aut narium alis, aut aure deficiunt. Nam me-
thodo quâdam curanlur hœc quoque , primum
quidem excoriata utrinque cerle , deinde ad-
ductis conjunclisque inter se culium oris •' ac
utriusque quod callosum est detraclo , quœ re-
liquoe s uni adsertis atque agglutinalis. »
Et Galien revient encore sur le même su-
jet au chap. 18. 11 est à présumer queCelse,
dans l'article où il s’occupe aussi de curtis,
a puisé à la même source que Galien , et
que ces données remontent à l’école d’A-
lexandrie. Il est vrai de dire , après cela ,
que ni l’un ni l’autre n’ont signalé l’origine
85
mains tel accident , que tu faces le
semblable.
Comme i’estois à la Fere en Picar-
die, deuxiours apres la iournée saint
Laurent, trouuay grand nombre de
soldats blessés, entre lesquels y auoit
vn Gascon qui eut vn coup d’espée
au trauers de la mandibule supé-
rieure , pénétrant iusques à la bou-
che , auec grande difformité du vi-
sage : et parce qu’il auoit esté trois
iours apres sa blessure sans estre ha-
billé, Binosque, Chirurgien Iuré à Pa-
ris, et moy, trouuasmes grande quan-
tité de vers en sadite playe, et grande
feleur. Promptement luy lauasmes sa
playe auec vne décoction d’absinthe
et aloës, auec vn peu d’egyptiac, tant
pour faire tomber les vers que pour
mondifier la pourriture : et pour ré-
soudre la tumeur des léures de sa
playe , fismes fomentations resolu-
tiues : pareillement luy furent appli-
qués cataplasmes résolutifs. Et subit
la resolution faite, ledit Binosque luy
congéniale de la difformité, et que ceux qui
sont venus après eux se sont à peu près
exclusivement occupés des divisions acci-
dentelles des lèvres. C’est à l’époque de
Paré et de Franco qu’il faut descendre pour
avoir des idées nettes à cet égard , et pour
voir la dénomination ancienne de coloboma
remplacée, au moins pour les lèvres, par
la dénomination moderne bec-de-li'evre.
Est-il juste du moins, comme l’ont fait
quelques auteurs, d’attribuer à Paré l’em-
ploi de la suture entortillée pour le bec-de-
lièvre ? En aucune manière; cette suture
est décrite, en effet , par Franco, et ni l’un
ni l’autre ne la revendiquent comme une
innovation à eux propre. Ils ne faisaient en
effet que suivre en ce point Guy de Chau-
liac, Traité m, Doct. il, chap 2, des Plages du
visage et de ses parties.
« Là où il sera possible , dit Guy , de les
coudre auec pièces de drapeau , comme dit
est, qu’il soit fait. Mais où il ne sera possible
86
LE HVITIEME LIVKE
fist plusieurs points d’aiguille en
la maniéré cy dessus escrite : et par
dessus et dedans sa playe , ne luy
fust mis autre remede que cestuy :
2f.. Terebenlh'næ Venctæ § . vj.
Gummi elemi -, . ij.
Pul. boli armen. sangu. draconis, mast.
myrrhæ, aloës ana 3. G.
Incorporenlur siraul,fiat medicamenlum.
Et en peu de iours fust la playe du-
dit Gasconconsolidée, ne reslanlqu’vn
et que la partie sera charnue, ferme et non
mobile, soit cousue suffisamment auec du
fil d’vne cousture à points séparez. Et où la
partie seroil mobile , soit cousue auec des
aiguilles à Jil entortillé qui demeurent au lieu. »
Cette manière d’opérer n’était donc nul-
lement nouvelle; et Paré n’a rien ajouté, à
cet égard, à ce qui était connu de son temps.
Il est juste même de dite que les deux pas-
sages où il a parlé du bec-de-lièvre , celui-
ci et la définition qu’il ajouta en 15S5 à son
Introduction (voyez tom. i, pag. 82), sont
bien maigres à côté de ce qu’en a écrit
Franco.
Franco consacre au bec-de-lièvre et à ses
variétés cinq chapitres, du 118e au 122e de
son livre , dont voici les titres :
Ch. 118, Des bouches ou lettres fendues de
la natiuilé ou autrement.
Ch. 119, La cure des lettres fendues. Il dé-
crit ici la suture sèche.
Ch. 120, Autre procedure. C’est la suture
entortillée avec trois aiguilles.
Ch. 121, D’vne autre façon appelée dents de
Heure. C’est le bec-de-lièvre double avec
saillie des dents médianes hors de la bouche;
je ne sache pas que personne avant Franco
en ait seulement fait mention.
Ch. 122 , Cure des dents de Heure. 11 arra-
che les dents saillantes et procède comme
pour le bec de-lièvre , en ajoutant au besoin
des incisions latérales à la manière de Cclsc.
C’est dans ce même chapitre qu’il donne
l’histoire de Jacques Janot, affecté d’une
perte de substance à la joue , que Franco
répara à l’aide d’une véritable autoplasti-
que à la méthode de Celse.
bien petit trou , près la conionction
de la mandibule inferieure à la supé-
rieure, non plus grand qu'à mettre la
teste d’vne espingle : duquel luy sor-
toit en parlant ou masebant , grande
quantité d’eau fort claire , ce que i’ay
sou tien lesfois veu. Et pour arresler
ladite aquosité , luy fust appliqué au
profond de son vlcere de l’eau forte,
et quelquesfois de la poudre de vi-
triol bruslé. Et par ces remedes fust
la playe guarie *.
CHAPITRE XXVII.
DES PLAYES DV NEZ."
Le nez est quelquesfois blessé par
playe, froissure et fracture: et alors
1 C’est ici le premier exemple que je sa-
che d’une fistule salivaire; encore voit-on
que Paré n’a pas su nettement reconnaître
sa nature. Dans toutes les éditions complè-
tes , il s’est contenté de mettre en marge
Chose digne d’être notée. Dans l’édition de
l5Gi , la note marginale porte : Remede fort
singulier pour arresler l'aquosité d’vne plaie
faite à la iouë.
La journée Saint-Laurent n’est autre que
la bataille de Saint-Quentin , qui eut lieu
en 1557. Voyez Y Apologie et voyages.
A ce chapitre se rattache naturellement
une opération fort ancienne eu égard à l’é-
poque où elle fut tentée; elle appartient à
Pierre d’Argelala , chirurgien du commen-
cement du xve siècle.
«Je te préviens d'une chose , dit-il à son
lecteur, c'est que dans la suture de la lèvre lu
joignes bien exactement les deux bords de la
division, pour ne pas laisser à la lèvre une
éminence qui serait une véritable difformité. J’ai
guéri rapidement une difformité de ce genre
a la lèvre , en incisant sur le lieu même de la
cicatrice, ramenant au niveau la partie émi-
nente et veillant à ce que lu consolidation se fit
convenablement , et lu difformité fut enlevée.
J’ai fait celte opération sur une demoiselle. »
Lib. ni, Tract. î, cap. 5.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
faut le réduire en son lieu naturel
(s’il est possible) auecques la queue
d’vne cspatule , ou d’un baston de
bois propre, enueloppé d’estouppes,
cotton , ou linge , en esleuant et ré-
duisant les os en leur figure naturelle :
et apres la réduction faite , soient mi-
ses compresses aux parties latérales,
pour tenir le nez en sa figure : les-
quelles seront trempées et imbues en
vn reslrainlif fait ex albumine oui ,
masliche , bolo armnio, et sanguine
dragouis, albumine combusto. Puis soit
faite ligature propre, en sorte qu’elle
ne presse sur le nez , de peur de ren-
dre puis apres le patient camus, com-
me aucuns ont faitpar leurimperilie.
El apres ce fait , faut mettre dans les
nazeaux tentes cannulées aucune-
ment plaltes lesquelles seront atta-
chées par vn fil à la coëffe ou bon-
net du blessé , de peur qu’elles ne
tombent : lesquelles seruiront de te-
nir les os fracturés en leur lieu natu-
rel , et donner issue à la sanie s’il en
y a, et pareillement à l’inspiration et
expiration1.
La figure des tentes cannulées est telle.
1 Comparez ce passage avec le chap.G du
13e livre, traitant de lu Fracture du nez.
87
Or si le Nez , ou portion d’iceluy,
n’est du tout tranché et abbatu , et
qu’il y ait encore suffisamment chair
pour donner nourriture, alors le faut
coudre : ce qui a lieu en son inferieure
partie, qui est cartilagineuse , qui se
peut bien casser, enfoncer, tordre et
couper, maisnon rompre ou fracturer,
comme la supérieure qui a nature et
substance d’os *.
1 L’édition de 1561 ne termine pas aussi
brusquement cet article.
« Or tenez, dit-elle, peutestre du tout coupé
ou quelquefois tenir encore auecques portion
de chair. S’il est du tout tranché, ou portion
d’iceluy , il ne peut iamais estre reioinl, etc. »
Et ici se trouve la description avec figures
des nez artificiels propres à masquer une
pareille difformité. Tout ce paragraphe a
été depuis transporté au Liv. xxi , chap. 2 ,
où nous le retrouverons. Après quoi l’au-
teur continue :
« Or si le nez ou portion d’iceluy n’est du
tout tranché et abbatu , et qu’il y ail encores
suffisamment chair pour donner nourriture,
alors le faut coudre auec aiguilles et canons
comme lu vois par cesle figure.
Et ici les figures des aiguilles et canons à
suture, qui ont été reportées au liv. [vu,
et que nous avons reproduites t. I , p. 439.
Et enfin l’auteur termine ainsi :
Puis seront apposées les tentes cannulées, s’il
est besoin, et sur ta play e sera appliqué tel mé-
dicament :
?f. Terebenthinæ lotæ in aquà vitæ §. iiij.
Sanguinis draconi , boli armenici, alocs,
mastiehes ana 3. j.
Incorporentur simul , fiat medicamentum.
Lequel demeurera sur la playe , pour le
premier appareil, trois iours, s'il est possible.
Iceluy médicament a vertu d’arrester le sang ,
appaiser la douleur et gluliner la playe. Et ne
sera vsé de tel digestif ou suppuratif, prenant
indication que c’est me partie seiche et canal
du cerneau. — Fol. 253 et suiv.
88
LE H VITIÉME LIVRE
CHAPITRE XXVIII.
DES PLAYES DE LA LANGVE '.
La langue est aucunesfois vulnerée
auecques perdition de substance, et
quelquesfois incisée et fendue en Ion g,
et autresfois en trauers.
S’il y a perdition de substance , ia-
niais la piece ne peut estre reprise ,
pource que toute partie séparée du
corps viuant, auec lequel elle estoit
coniointepar vie, perd la vie enmesme
instant. Or comme disent les Philo-
sophes, à priuatione ad habilum non
fit regressus : mais s’elle n’est qu’inci-
sée en long, facilement est curée, en
la réunissant auec cousture : et s’elle
est incisée en trauers, et qu’il y ait en-
cores quelque portion de sa chair pour
bailler vie, il se faut bien garder la
paracheuer de couper (pour l’excel-
lence de son vsage ) : mais la con-
uient recoudre , en faisant les points
d’aiguille dessus et dessous : et la faut
tenir fermement , pendant qu’on la
coust, auec vn linge blanc, net, et dé-
lié , pource quelle glisseroit) d’entre
les doigts , à cause de sa lubricité ,
ainsi que fait vne anguille : et coupe-
ras le fil le plus près du nœud qu’il te
sera possible , de peur qu’iceluy ne
soit mis entre les dents , lors que la
langue se meut en la bouche : qui
pourroit estre cause que les points se-
roient dilacerés et rompus : puis faut
commander au malade qu’il mange
orge mondé, lait d’amendes, gelée,
coulis, pressis, œufs mollets et autres
1 Avant cet article, l’édition de 1561 en
contient quelques autres sur les dents et
les fractures du palais, qui ont été répartis
au liv. xv, ehap. 25, 26 , 27 , et au liv. xxi ,
chap. 2 et 3. L'article Des playes de ta tan.
gue répond au verso du fol. 262.
choses semblables : et qu’il tienne
souuent en sa bouche sucre rosat ,
syrop de coings, de cerises, jus de ce-
rises confites, ou autres semblables
confitures, pource que telles choses
alimentent et nourrissent, et seruent
de medicamens agglulinalifs.
Or ie te puis asseurer qu’oncques
n’ay veu en aucun linre ce que ie
t’escris de la langue , ny ouy d’aucun
précepteur : mais ie l’aypraliqué deux
fois, comme lu orras à présent.
Un iour fus appelle» en la maison de
défunt Monsieur Couët, aduocat eu
Parlement , pour penser vn sien fils ,
aagé de trois ans : lequel tomba le
menton sur vne pierre, et se coupa
de ses dents bonne portion de l’extre-
mité de sa langue , et ne tenoit qu’à
bien peu de chair : et ayant peu d’es-
perance qu’elle se peust réunir, cui-
day paracheuer la luy couper, mais
toutesfois auec vn très grand regret ,
veu que puis apres n’eust peu parler:
qui me fist différer, connoissant que
quelquesfois Nature fait des choses
admirables, etquelalangueest d’vne
chair fongueuse, laxe et spongieuse :
aussi qu’elle n’est suiette aux iniures
extérieures de l’air. Adoncques luy
fisdeux points d’aiguille, l’vn dessus,
et l’autre dessous , et commanday
à la mere dudit enfant qu’elle eust
à le nourrir des alimens prédits : et
vous puis asseurer qu’en peu deiours
l’enfant fust parfaitement guari , et
à présent parle très bien.
Un cas semblable arriua vn peu de
temps apres, au fils de monsieur de
Marigny, President aux Enquestes,
qui fust semblablement guari ‘.
1 Celte deuxième histoire n’est rapportée
pour la première fois que dans l’édition de
1575; les autres se trouvent déjà dans celle
de 1561.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
le puis narrer vn cas pareil aduenu
depuis n’agueres à vn charpentier,
homme de bien en son estât, nommé
maislre Iean Piet, demeurant aux
faux- bourgs saint Germain des Prts ,
lequel tomba d’assez haut sur vne
piece de bois , et se coupa aussi l’ex-
tremité de la langue , et subit vint
vers moy pour la luy paracbeuer de
couper, parce qu’elle ne tenoit qu’à
peu de chose : ce que ne luy voulus
accorder, veu l’experience que i’en
auois faite auparauant. Doncques la
luy recousis, et peu de iours apres
fust pareillement guari auecques les
remedes susdits.
Parquoy ces choses entendues au
ieune Chirurgien , faut qu’il traite
bien ( s’il n’a meilleur moyen ) les
playes de la langue en la façon dite ,
et honneur et profit luy en aduien-
dra 1 .
CHAPITRE XXIX.
DES PLAYES DES OREILLES 2.
Maintenant faut parler des playes
des oreilles, lesquelles sont aucunes-
foisdu tout coupées, ou vne partie
d’icelles, et aucunesfois reste encores
quelque portion qui lient. Parquoy
faut auoir esgard , comme auons dit,
s’il y a encores suffisante nourriture,
1 Ce chapitre, dans l’édition de 1561, était
complété par un article sur l’ablation com-
plète de la langue et les moyens d’y remé-
dier. Cet article a été depuis reporté au li-
vrexxi dont il forme le cinquième chapitre.
2 Avant d’en venir aux plaies des oreilles,
l’édition de 1 66 1 traitait De ranulu cl de ré-
laxation de l’Vuulle, articles transportés de-
puis au livre des Tumeurs en particulier,
eh. 5 et 7. — Voyez le t. I, p. 3S2 et 384.
89
et lors tu y feras suture : et de ton ai-
guille ne toucheras au Cartilage , de
peur que la partie ne tombe en gan-
grené ( ce que souuentesfois est arri-
ué) mais seulement prendras le cuir,
et ce peu de chair qui est autour le-
dit Cartilage : et auec compresses et
bandages,, et remedes propres à ce
faire, prohiberas l’inflammation et
autres accidens. Aussi donneras si
bon ordre , qu’il ne s’engendre chair
superflue au conduit de l’oreille, de
ppur qu'elle ne face obstruction qui
estoupperoit la voye de l’ouye. Pour
ceste cause lu y mettras tousiours vn
peu d’esponge , à fin de tenir le trou
de l’oreille ouuert. Aussi vseras de
medicamens secs, attendu que la par-
tie est cartilagineuse , et par consé-
quent fort seiche.
Et où le cas aduiendroit qu’elle fust
du tout coupée, apres la guarison et
cicatrisation , le malade pourra por-
ter (pour cacher son imperfection) vn
bonnet appellé Calotte : et à l’endroit
de ladite oreille, sera embourré de
colton ou drap, pour cacher le vice
de ladite oreille , qui aura esté am-
putée G
‘En cet endroit devait finir le Traité des
playes de la teste ; toutefois A. Paréy a ajouté
deux observations des plaies du cou que
nous retrouverons au ch. 31.
ür il nous suffira pour le présent , dit* il ,
d’auoir traicté des playes et fractures de la
leste, auecques celles de la face : toulesfois pour
tousiours faire instruire le ieune Chirurgien ,
auquel mes escrils s’adressent, ie luy veux bien
encore faire le récit de ces deux histoires des
playes de la gorge, à fin que s’il se trou-
uoil à l’endroit de tels accidens, qu’il face le
semblable ou mieux s’il peut. C’est que depuis
peu de temps estaient deux Anglois, etc. »
Et enfin , après ces deux histoires, il en
vient à la conclusion de son livre , que j’ai
j reproduite dans mon Introduction.
LE HVITIÉME LIVRE ,
90
CHAPITRE XXX.
DES PLAYES DV COL ET DE LA GOUGE1.
Los playes du Col et de la Gorge
sont simples, c’est à dire, auecques
solution de continuité seule és mus-
cles: ou compliquées, à sçauoir auec-
ques playe en la chair et aux os, com-
me és verlebres. Soutient aussi les
veines iugulaires, tant internes qu’ex-
ternes . ensemble les Carotides sont
offensées. Quelquesfois laTrachée ar-
tère et Oesophaguesontnaurés, voire
du tout coupés, et pour les susdites
playes, soutient s’ensuit la mort.
Parquoy le Chirurgien deuant que
de toucher à la playe . doit faire son
pronostic, selon ce qu'il verra les ac-
cidens grands ou petits, d'autant que
la solution de continuité est soutient
cause deperdre quelque mouuemcnt,
ou de la mort , comme nous auons
dit. Car à celles du Col,souuentesfois
il y a quelque grand nerf, ou tendon
atteint , qui est cause de la priualion
du mouuement : et si elles pénétrent
iusques à la spinale medulie , auec-
ques lésion d'icelle , le mal est incu-
rable.
Les playes de l’Oesophague et Tra-
chée arlere sont tres-difficiles à curer,
pour leur perpétuel mouuement , et
que ladite Trachée artere est cartila-
gineuse et exsangue.
Celles de fOesophague se connois-
tront, si le patient crache du sang par
1 Les huit chapitres qui suivent, du 30e au
3S% n’ont été publiés au plus tôt qu’en 1372
dans la petite édition que je n’ai pu me pro-
curer ; mais on peut conjecturer par un
passage du 6e livre (voyez t. I, p. 3S4) qu’ils
y étaient réunis en un livre intitulé Des
playes de la yorge.
la bouche, et que son manger et boire
sortira par la playe : et s'il est du tout
coupé, nepourra iamaisaualler, parce
que chacune partie se relire, à sçauoir
l’vne en haut , et l’autre en bas : et si
la Trachée artere est blessée, le vent
sortira par la playe : semblablement
crachera le sang , et n’aura cesse de
tousser.
Celles des veines iugulaires et ar-
tères carotides, estans grandes, sont
mortelles, pource qu’elles ne peuuent
estre estreintes et corn rimées par li-
gatures , à cause que le col 11e peut
estre fort serré, que l’on ne suffo-
quast le malade : au moyen de quoy
s'ensuit vu flux de sang, qui est cause
de mort. Et si le nerf recurrens est
coupé du costé dextre ou senestre, la
voix demeure rauque : si de tous les
deux, le malade ne pourra iamais
parler, pource que l’instrument qui
est cause de la voix, est tranché.
Quant à la curation, si la playe
n’offense aucun grand vaisseau , ny
la Trachée artere ou Oesophague, et
si elle est petite, sera facilement cu-
rée : s’il est necessaire y faire points
d’aiguille, seront faits comme auons
dit cy dessus: puis sera instillé téré-
benthine de Venise auec Vn peu de
bol fin, ou bien de nostre baume, qui
est tel :
if. Tcrebent. Venet. il». C>.
Gnmmi demi 5 . iiij.
Olei hvperico g . iij.
Bol. arm. et sanguinis drac. ana . j.
Aqme \ ilæ g . ij .
Liquéfiant omnia simul lento igné , et fiat
balsain. vt artis est,addend. : put. ireos
Florcn. aloes mastic, myrrhe ana g.j.
Duquel baumei’ay fait choses admi-
rables, pour consolider et agglutiner
les playes ausquellcs n’y auoit choses
eslrauges, ou complication de ma-
»
DES PLAYES EN FARTICVLIER.
ladies. Et par dessus sera appliqué
l’emplastre diachalciteos , dissoute en
huile rosat et vinaigre, laquelle a
vertu de reprimer les humeurs et
euiler l’inflammatioii , ou Lien sera
appliqué l’emplastre de Gralia Dû,
ou de ianua.
Et si la playe est auec incision des
veines jugulaires et artères caro-
tides, l’effusion de sang sera arrestée,
connue nousauonsdescril au chapitre
du flux de sang: et lors que la Tra-
chée artere et Oesopliague seront cou-
pés, le Chirurgien y fera suture le
plus promptement que luy sera pos-
sible, et le malade n’a uallera chose
qui soit difficile à transgloulir, mais
vsera de bouillons, restaurons, gelée,
orges mondés : ets’il est besoin de gar-
garismes, cesluy sera fort propre :
Hord. m. j.
Flor. rosar. p. j.
Passul. mund. iuiubar. ana g . B,.
Liquirit. g.j.
Bulliant omnia simul adden. : mellis rosat.
et syrup. rosat. ana g . ij.
Fiat gargarisma vt arlis est.
Duquel tiede en lauera et gargari-
sera sa bouche : il lenist et addoucist
la partie , sede la douleur, detergeet
agglutine, et aide à la respiration.
Or icy reciterav-ie ceste histoire,
digne d’est re laissée à la ieunesse des
Chirurgiens '.
L’an mil cinq cens septante quatre,
le premier iour de May, François
Brege, pâtissier de monseigneur de
Guise, lust blessé à leinuille, d’vn
coup d’espée à la gorge, coupant vne
partie de la Trachée artere , et l’vne
1 Bien que celte histoire soit de 1574, elle
manque, ainsi que la suivante, dans les deux
éditions de 1575 et 1579, de même que dans
la traduction latine.
91
des veines iugulaircs, dont s’ensuiuit
grand flux de sang, et vn chiflement
par ladite Trachée artere. La playe
fusl cousue, et appliqué remedes as-
tringens : et lost apres lovent qui sor-
loit de la playe s’introduit entre le
pannicule charneux et l'espace des
muscles, non seulement de la gorge,
mais aussi de tout le corps (comme
vn mouton qu’on a soufflé pour l’es-
corcher) ne pouuant aucunement par-
ler. La face estoit tellement enflée,
qu’on ne voyait apparence de nez,
ny des yeux. Voyant tels accidens,
tous les assistans iugerent que ledit
Brege auoit plus besoin d’vn Prestre
que de Chirurgien : et partant l'ex-
treme Onction luy fust administrée.
Le lendemain, Monseigneur de Guise
commanda à maistre leanleleune,
son Chirurgien ordinaire, aller voir
ledit Brege, accompagné de Monsieur
Bugo, Médecin célébré de Madame la
douairière de Guise, ensemble Lacques
Girardin, maistre Bai hier, Chirurgien
au lieu de leinuille, lesquels l’ayans
veu , lcd t Médecin fust d’aduis le lais-
ser, n’rsperant aucune guarison, et
ne trouuoit le pouls des arleres au-
cunement battre pour la grande cn-
•fleure du cuir. Ledit le leunc ne vou-
lant laisser le malade sans luy faire
quelque chose, et comme hardy ope-
rateur, pour la bonne expérience
qu’il a eu d’vn vif esprit, fust d’aduis
d’vser d’vn extreme remede , qui fust
luy faire plusieurs scarifications assez
profondes, par lesquelles le sang et
ventosités furent vacuées. Enfin ledit
pâtissier rccouura la parole et la veuë,
et fust quelque temps apres du tout
guari par la grâce de Dieu, et est en-
cores viuanl , faisant seruice à Mon-
seigneur de Guise de son estai de
^ pâtissier.
L£ HV1TIÈME LIVUE,
9Q
Autre histoire.
Noble homme François Preuost ,
Enseigne de la Coronalle de mon-
sieur de l’Archan, aagé de vingt-cinq
ans, fut blessé d’vn coup d’espée au
Irauers de la gorge , passant près la
Trachée artere , qui coupa les ra-
meaux de la veine et artere jugu-
laire : dont il suruint vn bien grand
flux de sang , qui à bien grande diffi-
culté fut estanché. D’auantage vn des
nerfs vocables fut coupé : semblable-
ment les nerfs qui naissent des vertè-
bres du conquise dispersent aux bras:
dont tout subit le bras demeura im-
potent et paralytique. D’auantage la
parole grandement deprauée : ioint
que le col demeura vn peu tors , ne
le pouuant tourner comme aupara-
uant. Neantmoins est reschappé la vie
sauue. Il fut mené en la maison de
maistre Pierre Pelotot, maislre Bar-
bier Chirurgien , demeurant à la
place Maubert, dont subit fus envoyé
quérir par le malade , pour le penser
auec ledit Pelotot. Où estant arriué,
et l’ayant pensé , i’eus vne grande
desfiance de sa guérison , pour les ac-
cidens qui luy suruindrent. A ceste
cause ie fis appeler messieurs Cointe-
ret et Pielre , hommes bien entendus
en la Chirurgie, et fismes rapport eu
Iustice , qu’à grande difficulté en
pourroit-il reschapper , et que sa
playe estoit mortelle. le l’ay pensé
iusques à la fin , et Dieu l’a guari.
Touteslois est demeuré impotent du
bras , et sa parole deprauée.
CHAPITRE XXXI.
AVTRES HISTOIRES MEMORABLES.
Or en cest endroit ie veux bien re-
citer ces trois histoires , à fin qu’elles
seruent d’instruction signalée pour le
ieune Chirurgien , si telles playes luy
tombent entre ses mains.
La première fut l’an mil cinq cens
cinquante1 :Vn seruiteurde monsieur
de Champagne, Gentilhomme du pays
d’Anjou , fut nauré d’vn coup d’espée
à la gorge, en sorte qu’il auoit F vne
des veines iugulaires coupée auec la
Trachée artere , au moyen dequoy
auoit vn bien grand flux de sang :
ioint qu’il ne pouuoit aucunement
parler , iusques à ce que sa playe fust
cousue et medicamentée. Or pendant
que les medicamens estoient liqui-
des , il les atliroit entre les points
d’aiguille, elles rendoit par la bou-
che. Dont considérant la magnitude
de la playe, et la nature des parties
blessées, principalement de la Trachée
artere et veine iugulaire , lesquelles
sont spermatiques, froides et seiches,
par ainsi difficiles à réunir : auec ce
■ Celte date est fausse , car je trouve déjà
celte histoire dans \e Traité îles playes d’hac-
quebutes de 1645, où elle commence par ces
mots : El encores de n’agneres i'ay pensé vn
seritileur de monsieur de Champaigne , etc.
fol. CO. Elle est reproduite dans l’édition de
1552, fol. 78, commençant en ces termes :
« Encores pour exemple des cures merueil-
leuses que Nature fait : puis nagueres auons
pensé, maistre Simon Thupoille et moy , vn
senti leur de monsieur de Champagne, etc.
Enfin le meme fait est répété; dans l’édi-
tion de 15G4, mais sans la mention de Simon
Thupoille, et aussi sans date ; la date de
1550 n’y a été mise que dans l’édition de
1575.
Comment Paré a-t-il pu cependant com-
mettre une erreur aussi grave ? Probable-
ment parce qu’il n’avait sous les yeux que
son édition de 1552, avec l’inévitable men-
tion : puis n’agueres,e t qu'il aura mis la date
par approximation. Heureux si à tant d’ob-
servations rapportées de mémoire on n’avail
jamais à reprocher que des erreurs de date!
DES PLAYES EN PARTICVLLEH.
aussi que la trachée artere est su-
iette au mouuement qui se fait en la
déglutition, à raison de la tunique in-
terne, laquelle est continue à celle de
FOesophague, obéissant l’vne à l’au-
tre par vn mouuement réciproque,
comme corde à double chef dedans
vne poulie : considérant aussi l’usage
desdites parties, c’est que la Trachee
artere sert à la respiration , laquelle
est necessaire à la symmetrie et cha-
leur vitale du cœur , et que la veine
iugulaire est fort requise à la nutri-
tion des parties supérieures : d’auan-
tage ayant esgard à la tres-grande
quantité de sang qu’il auoit perdu et
perdoit par sa playe ( qui est le thre-
sor de Nature, conseruant la chaleur
naturelle et esprits vitaux) et autres
accidens , faisois mon prognoslic de
mort prochaine : toutesfois ie le puis
asseurer qu’ii est reschappé. Ce que
ie croy estre plustost aduenu par la
grâce de Dieu, que par le moyen et
aide de l’homme , ny des medica-
mens.
1 La seconde histoire est, que depuis
peu de temps esloient deux Anglois lo-
gés ensemble, près de la porte saint
Marcel, en ceste ville de Paris, dont
l’vn auoit quelque somme d’escus,
et vne assez grosse cbaisne d’or ,
auec quelques autres riches bagues
qu’il porloit ordinairement sur soy.
Son compagnon voulant s’emparer de
tels joyaux , Gt tant qu’il le mena
iouer vers le bois de Vincenne : et es-
tant dedans les vignes, luy coupa la
Trachee artere et l’Oesophague , et
luy donna certains coups de dague ,
et pensoit bien l’auoir tué, le laissant
1 Les deux histoires qui suivent avaient
déjà été publiées à la suite du Traité des
pluyes de U teste, en 1561. Voyez ci-devant
la note de la page 83.
91 * 3
presque en sa chemise. Ayant fait
ceste trahison et mescbanceté, incon-
tinent retourna en ceste ville. Puis le
nauréqui auoit feint estre mort , se
leua, et Gt tant qu’il se traina à la
maison d’vn païsan, lequel par pitié
le Gt penser et medicamenter. 11 fut
apporté en ceste ville, où tost après
vn de ses compagnons m’enuoya qué-
rir pour le penser : et trouuay qu’il
auoit la Trachée artere auec FOeso-
phague , ou Mery ( qui est la voye
du boire et du manger) entièrement
coupée : et subit ie recousus sa playe,
prenant la Trachée artere, et Rappro-
chant plus près qu’il me lut possible
ses deux extrémités l’vne contre l’au-
tre : mais de FOesophague non, parce
qu’il s’estoit retiré vers l’estomach :
puis à sa playe appliquay remedes
auec compresse et ligature propre : et
incontinent qu’il fut ainsi habillé,
commença à parler, et nommer ce-
luy qui luy auoit fait cest exces. Le
meurtrier tost apres fut pris aux faux-
bourgs saint Marcel : et le trouua-
on saisi des hardes dudit patient, dont
il fut contilué prisonnier, et le fait
veriûé apres la mort du patient ,
laquelle fut le quatrième iotir de sa
blessure. Tost apres le meurdrier fut
rompu sur la roué, près sainte Ca-
therine du val des Escholiers: et fut
le meurtre veriGé, pour avoir recousu
la playe dudit patient, l’ayant fait
parler.
La troisième histoire presque sem-
blable d’vn Allemand , pensionnaire
d’vn banquier nommé Perot, demeu-
rant rue des Noyers en ceste ville de
Paris, lequel par vne phrenaisie et
folle opinion , la nuit se coupa la
gorge d’vn Cousteau, et se donna plu-
sieurs autres coups , tant au Tho-
rax qu’au ventre , dont aucuns pe-
netroient au dedans , et les autres
LE TIVITIÉME LIVRE
94
estoient superficiels. Le lendemain
matin , aucuns de ses compagnons le
voulans visiter, le trqiiuerent fort
mal , aue<i grande quantité de sang
respandu autour de luy. Et voyant tel
spectacle, croyoienl et pensoienl que
c’eust esté son seruiteurqui luy avoil
fait tel excès, par ce qu'il couchoil en
sa chambre : lequel futprins et mené
prisonnier au Chastelet, en luy met-
tant sus auoir ainsi meurdri son mais-
tre. Or ie fus enuoyé quérir pour vi-
siter et penser le malade : et voyant
la Trachée artere et l’Oesophagtte
coupé, auec plusieurs autres playes,
n’eus aucune esperance de sa vie :
parquoy fus d’aduis qu’on appellast
Estienne delà Riuière, Chirurgien or-
dinaire du Roy , et Germain Chcual ,
Chirurgien lu ré à Paris, et fut conclu
entre nous, qu’il lalloit recoudre la
playe de la gorge, comme il a esté ré-
cité cydeuant. Promptement la playe
cousue et bandée , ledit patient Alle-
mand commença à parler : et confessa
que luy mesme s’estoit fait tel excès,
et desebargea du tout son pauure ser-
viteur en nos présences, et de plu-
sieurs autres, et principalement de
deux Notaires, et d’un Commissa re
du Chastelet : par ce moyen fut mis
ledit seruiteur hors de prison, et ab-
sous entièrement par la confession
que fit son maislre. Et vous puis as-
seurer qu’il vescut quatre jours ,
jaçoil que iamais depuis sa bles-
seure ne sceut aualler aucune chose,
mais fut aucunement alimenté par
clysteres nutrilifs , et choses odorife-
rentes nutriliues comme mie de pain
chaud, trempée en vin, et autres cho-
ses semblables que ie te laisse à dire ,
à cause de briefueté. Seulement ie
t’asseureray , que par le bénéfice de
la Chirurgie, fut donné moyen audit
Allemand , de parler par l’espace de
trois iours : qui fut cause que son
seruiteur et son hosle furent du tout
deschargés , et la verilé du fait en-
tièrement connue.
CHAPITRE XXXII.
DES PLAYES DV THORAX OV POITRINE1.
Des playes du Thorax ou Poitrine,
les unes sont faites par deuant , les
autres par derrière : aucunes péné-
trent au dedans et profondément, les
autres non : aussi aucunes sont avec
lésion des parties contenues, comme
mediastin , poulmons, cœur, dia-
phragme , veine caue et grande ar-
tere ascendante : et quelquesfois pé-
nétrent de part en part tout au tra-
uers du corps, auec fracture d’os
poussés au dedans par l’entrée de la
playe , et à la sortie chassés au de-
hors : parquoy aucunes sont mor-
telles, les autres non.
Les signes qu’elles pénétrent au de-
dans , sont connus, quand l’air sort
de la playe auec vn sifflement. Et pour
1 Presque toute la partie dogmatique de
ce chapitre parait avoir été puisée dans Vigo,
qui lui-même n’avait guère fait que copier
Guy de Chaiiliac. Mais les observations que
Paré y a ajoutées olïent un puissant intérêt
et ont trait pour la plupait à des questions
neuves. Ainsi on y trouve le premier exem-
ple connu d’une plaie de cœur qui n’ait pas
été instantanément mortelle; de même je
ne sache pas que personne avant Paré ait
fait mention des hernies diaphragmatiques,
dont il rapporte deux observations. Je n’ai
pas trouvé non plus avant lui les signes de
l'épanchement du sang dans la poitrine; Guy
et ceux qui l’ont suivi ne parlant que de l’é-
panchement ancien où le sang est déjà/xi-
Iréfié.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
bien connoistre‘cela,on fera boucher
le nez et bouche du malade, à fin que
son vent soit retenu. Ce faisant, si la
playe pénétré, on ^ erra sortir le vent,
approchant vne petite chandelle al-
lumée près la playe, et lors on voit
la flambe se mouuoir, et quelques-
fois esleindre la chandelle : ioinl aussi
que le malade a peine de respirer et
expirer, et principalement quand il
y aura du sang tombé sur le Dia-
phragme.
Les signes par lesquels on connoist
le cœur eslre blessé , c’est qu’il sort
grandequanlitédesang.auecvn trem-
blement vniuersel de tout le corps : le
pouls est fort languide et pejil, la cou-
leur fort pâlie, et sueur froide, aueç
syncope , les extrémités demeurons
refroidies: et promptement la mort
s’ensuit.
Toutesfois ie proteste auoir veu à
Tburin vn Gentilhomme, lequel se
combattoit auec un autre, qui lui
donna vn coup d’espée sous la ma-
melle senestre, prnelranl iusques en
la substance du cœur , et ne laissa de
tirer encores quelques coups d’espée
contre son ennemy qui s’enfuyoil,
le poursuiuant la longueur de deux
cents pas , puis tomba en terre mort:
etenfeisouuerlure, où ie trouuay vne
playe en la substance du cœur, de
grandeur à mettre le doigl, et grande
quantité de sang tombé sur le Dia-
phragme.
Les signes qui aduiennent quand les
poulmons sont vulnerés , c’est qu’il
sort de la playe vn sang spumeux
avec vne toux: le malade se couche
volontiers sur la playe, et en telle si-
tuation quelquesfois p arle aisément,
et se tournant de l’autre costé perd la
parole, et a grande difficulté de res-
pirer, et douleur aux coslés, qui n’es-
toit au parauant.
95
Les signes qui demonstrent le Dia-
phragme eslre blessé, sont pesanteur
au lieu blessé, déliré, c'est à dire, per-
turbation de raison, qui se fait parla
communication des nerfs de la sixième
coniugaison qui s'insèrent au Dia-
phragme : grande difficulléd’halener,
toux, et douleurs aiguës : les flancs se
retirent et resserrent conlremont: et
par ceste grande et véhémente inspi-
ration , est quelquesfois attiré l’eslo-
macli et les intestins par la playe en
la capacité du Thorax, ce que i’ay re-
marqué à deux personnes.
L’vn esloit aide à maçon, lequel fut
blessé au milieu du Diaphragme, en
sa partie nerueuso, dont il mourut le
troisième iour : et luy ayant ouuert
le ventre inferieur, ne peus trouuer
son estomach : ce qui me fit grande-
ment esmerueiller, pensant que ce
fust vne chose monstrueuse d’estre
sans estomach. Mais ayant diligem-
ment considéré, connus en fin qu’il
estoit monté dans le Thorax, iaçoil
que la playe du Diaphragme ne fut
plus grande qu’à mettre le poulce : et
ayant ouuert le Thorax, trouuay le-
dit estomach enflé et plein de vent,
auecques peu d’aquosité.
D’abondant ie ne veux omettre
ceste histoire aduenue depuis peu de
temps, d’vn Capitaine nommé Fran-
co s d’Alon, natif de Xaintonge , le-
quel estant à la suite de Monsieur de
Biron, Grand maistre de l’artillerie
de France, reccut deuanl la Rochelle
vn coup d’harquebuse , dont l’entrée
esloit à la fin du Sternum près le car-
tilage sculiforme, passant au trauers
du Diaphragme en sa partie char-
nouse, dont la sortie esloit entre la
cinq et sixième des costes vrayes du
costé gauche, duquel coup sa playe
fut bien consolidée par dehors, toutes-
fois il luy resloit tousiours depuis vne
LE HVITIEME LIVRE ,
96
débilité d’estomacb , comme vne es-
pece de colique, à raison dequoy iln’o-
soit souper que bien legerement. Huit
mois apres luy suruint vne grande
douleur au petit ventre , comme vne
colique, et fut secouru bien soigneu-
sement par Monsieur de Malmedy,
Docteur Regent en la facultéde Méde-
cine et Lecteur du Roy, et Monsieur
du Val, pareillement Docteur en la fa-
culté de Medecine,hommessçauansen
laMedecine et Chirurgie: neantmoins
quelques remedes qu’on y peut ad-
ministrer, mourut. Et fus d’aduis l’a-
natomiser, pour sçauoir la cause de
sa mort, et des grandes douleurs qu’il
sentoit pendant sa maladie : cequi fut
fait par lacques Guillemeau, Chirur-
gien du Roy, et iuré à Paris, grande-
ment versé en l’anatomie, et és autres
parties de la Chirurgie. Et fut trouué
en la capacité du Thorax vne grande
partie de l’intestin Colon rempli de
vents , qui estoit entré par le trou du
Diaphragme fait par la blesseure :
toutesfois n’estoit ledit trou suffisant
qu’à mettre le bout du petit doigt.
Maintenant nous retournerons à
nostre propos.
On peut connoistre le sang estre
tombé dedans le Thorax par la diffi-
culté de respirer, pourueu que le pa-
tient soit assis ou debout : car estant
sus l’espine du dos, le sang contenu
en la capacité s’espanche du long de
l’espine, ne comprimant ny les Poul-
mons, ny le Diaphragme, qui fait que
quelquesfois il y a grande quantité de
sang contenu audit Thorax, au moyen
dequoy le Chirurgien ne situant bien
son patient , peut estre trompé en son
pronostic. Pareillement aussi se con-
noistpar là, et par l’accroissement de
la üéure , ayant l’haleine puante et
crachement de sang, et autres acci-
dens qui prouiennent , lors que le
sang est hors de ses vaisseaux, se con-
uerlissant en vne sanie felide , alté-
rant les parties esquelles elle touche
de sa substance ou de sa vapeur.
Aussi que le malade ne peut demeu-
rer couché que dessus le dos, et a vo-
lonté de vomir : desire estre sou-
uent leué , qui est cause qu’il tombe
en syncope, à cause de la faculté vi-
tale qui soustient le corps estant
grandement debiliiée, tant à raison de
la playe, qu’à raison des gremeaux de
sang, qui en quelque partie qu’ils tom-
bent, acquerans qualité veneneuse
par corruption du sang sailli de ses
Araisseaux, affoiblissent et dissipent
grandement les forces du cœur.
Les signes que la moüelle de l'es-
pine est blessée , c’est qu’il se fait
paralysie, et souuenl conuulsion ou
spasme : le sentiment et mouvement
des parties inferieures subit se perd,
et les excremens, comme matière fe-
cale et rvrine,sonliettées inuolontai-
rement, et souuent du tout retenues.
Les signes que la veine caue et
grande artere sont vulnerées, c’est
que le malade meurt promptement,
à cause de la subite et grande vacua-
lion qui se fait du sang et esprits qui
remplissent le Thorax, faisant cesser
l’action des poulinons et du cœur,
dont le pauure malade est prompte-
ment suffoqué.
De Vigo, au Traité des Playes de
la poitrine, chap. 10. dit qu’il y dis-
cord entre les Chirurgiens, parce que
les vns sont d’aduis de clore la
playe pénétrante au dedans le plus
subit que faire se pourra, sans s’amu-
ser à la tenir ouuerte auec tentes, de
peur que l’air froid n’entre au cœur,
et que les esprits vitaux sortent et se
dissipent : les autres tiennent le con-
traire, et commandent de tenir la
playe ouuerte : voire si elle n’est
DES jPLAYES EJN
grande, qu’il la faut ouurir, à fin que
le sang contenu au dedans puisse eslre
vacué, craignant qu’il nese pourrisse
et putréfié, dont fiéure, fistule et
autres pernicieux accidens aduien-
droient. Or véritablement ceux qui
tiennent que promptement faut clore
la playe sans y mettre aucune lente,
ont grande raison, pourueu qu’il n’y
ail point de sang, ou bien petite quan-
tité tombé au dedans, de peur des ac-
cidens susdits. Aussi ceux qui tiennent
qu’il faut tenir la playe ouuerle , ont
semblablement raison, pour les acci-
dens qui peuuent venir, estant le sang
tombé en grande quantité au dedans,
et retenu. Et en cest endroit ie veux
reciter ceste histoire1 II.
Estant à Thurin au seruice de dé-
funt Monseigneur de Montejan, iefus
appellé pour penser vn soldat nommé
l’Euesque, natif de Paris, qui estoit
lors sous la charge du Capitaine Re-
nouart, qui fut blessé de trois grands
I Cette histoire est rapportée déjà dans la
première édition du Traité des Plaijes d’Iiac-
tpiebuies , 1545, fol. 57; avec la mention de
l’année 1538 , et avec une rédaction un peu
différente du texte actuel. Ainsi on y lit que
Paré fut appelé à Monicuiller pour panser ce
soldat; le capitaine y est nommé Regnoard,
elle chirurgien qui avait pansé d’abord le
blessé y est moins ménagé.
« La playe estait grande de cinq doigtz ou
enuiron, dit l’auteur, pénétrant dans la cauiié
du llwrax •• ce (pie n’auoil cogneu le chirurgien
qui premièrement le pensa. Car il n’eust si in-
discrètement ( comme ie croy ) cousu la playe ,
comme il feit, en sorte que rien n’en sortait...
II raconte ensuite comment il fut appelé:
« El estant arriué , ie doubtay , voyant telz
signes, s’il estoit pleurelique : pour ceste cause
i interrogay celuy qui l'auoil pensé , sçauoir
si la playe penetroit dedans la capacité du
thorax, lequel respondit que non: toutesfois
i’nsay descoudre la playe, à l’orifice de laquelle
ie trouuay gros thrombes de sang coagulé. »
PART1CVLIER. 97
coups d’espée , desquels en auoit vn
au costé dexlre sous la mammelle ,où
la playe estoit assez grande , péné-
trant en la capacité du Thorax : et es-
toit découlé grande quantité de sang
sur le Diaphragme, qui empeschoit la
respiration : et ne pouuoit qu’à bien
grande peine parler, ayant vne fiéure
fort vehemente, etauecla touxiettoit
le sang par la bouche, et disoit sentir
vne douleur extreme au costé blessé.
Or le Chirurgien qui premièrement
l’auoit pensé, auoit cousu du tout sa
playe, de sorte que rien n’en pouuoit
sortir : et le lendemain ie fus appellé
pour visiter le malade , où estant ar-
riué , voyant les accidens et la mort
proche , fus d’aduis de descoudre la
playe, à l’orifice de laquelle trouuay
du sang coagulé. Dont subit feis esle-
uer le malade par les iambes, la teste
en bas, laissant vne partie du corps
dessus le lit, s’appuyant vne main sus
vne escabelle plus basse que le lit : et
Il évalue le sang qu’il retira à enuiron trois
palettes ; et enfin après avoir raconté l’etTct
des injections amères, et donné son explica-
cation à cet égard :
« Parquoy, ajoute-t-il , ie Jus contrainct
les osier, et suiure la cura selon les docteurs de
noslre art , par laquelle fut ledict patient
guary. »
On retrouve cette observation avec la mê-
me rédaction dans la 2e édition des Playes
d’hacquebutes, 1552, fol. 7G, sauf la date tou-
tefois, et dans les dix lïures de chirurgie,
15G4, fol. 127.
Je noterai ici que cette suiure de la plaie,
regardée par Paré comme si indiscrète, et
qui n’avait été employée que parce que le
chirurgien n’avait pas jugé la plaie péné-
trante, fulérigée par Wurtz, en 1576, en mé-
thode générale pour les plaies pénétrantes
de poitrine ; chose d’autant plus remarqua-
ble que Wurtz lui-même dénonce l’abus de
la suture dans les plaies ordinaires. Voyez
mon Instruction.
II.
/
LE HVITtÉME LIVRE,
98
estant ainsi situé , luy fteis fermer la
bouche et le nez , à lin que les poul-
monsse tuméfiassent et le Diaphrag-
me s’esleuast, et les muscles intercos-
tauxsecomprimassent, ensemble ceux
de l’Epigastre , à fin que le sang dé-
coulé au Thorax fust ietté hors par
la playe : et encores pour mieux faire,
mettois le doigt assez profondément
en la playe pour desboucber ladite
playe du sang coagulé , et en sortit
près de sept à huit onces ja fetide et
corrompu : puis le feis situer au lit ,
luy faisant des iniections en sa playe
d’eau d’orge , en laquelle auois fait
bouillir miel rosat et sucre candi :
puis le faisois tourner de costé et
d’autre : et de rechef le feis esleuer
par les iambes comme auparauant.
Lors on voyoit sortir auec ladite in-
ieclionde petits trombuselgremeaux
de sang. Cela fait , les accidens dimi-
nuèrent, et petit à petit cessèrent. Le
lendemain luy feis encores iniection ,
en laquelle adioustay centaure, ab-
synlbe , aloés, pour encores mieux
mondifier : mais le malade tost apres
me dit qu’il sentoit vne tres-grande
amertume en la bouche, et volonté
de vomir. Akms me vint en mémoire
auoir veu aduenir vne pareille chose
à l’hostel-Dieu de Paris, à vn quidam
qui auoit vne fistule au Thorax : et
considérant que telles choses ameres
s'imbiboient en la substance des poul-
mons, et que par leur rarilé et spon-
giosité facilement secommuniquoient
à la Trachée artere et Oesophague,
et par conséquent à la bouche, cela
fut cause que n’y appliquay plus (et
ne feray) telles choses ameres en
telles playes, à cause qu’elles donnent
plus de fascherie au malade que de
bien. Or pour conclure , ladite playe
fut si bien traitée, qu’outre mon espé-
rance le malade guarit.
le reciteray sur ce propos vne autre
bisloire. Quelque temps y a que fus
appellépoür traiter vn Gentil-homme
Allemand, au logis de saint Michel,
rue saint Denys, lequel fut blessé d’ vn
coup d’espée pénétrant au Thorax :
et pour le premier appareil le pensa
vn barbier son voisin, et meit vne
assez grosse tente dedans la playe. Le
lendemain visilay ledit Allemand, et
ayant veu sa playe et examiné s’il y
auoit du sang coulé au dedans, con-
noissant qu’il n’y en auoit point, pour-
ce qu’il n’auoit fiéure ny pesanteur,
et qu’il n’auoit craché du sang : lors
luy ostay sa tente , et luy instillay de
mon baume , et par dessus vne em-
plastre de Diachalciteos , et tost apres
fut guari : ce que ie proteste auoir fait
en cas pareil par plusieurs fois. Et puis
icy attester, que par tenir trop lon-
guement des tentes és playes du Tho-
rax, icelles degenerenten fistules, et
sont rendues incurables le plus sou-
uent L
Andréas à Cruce, Médecin tres-fa-
meux à Venise, en son quatrième
liure , section première de sa Chirur-
gie, parlant des playes du Thorax, et
comment il faut tirer le sang ou autre
humeur de la capacité d’iceluy, re-
commande entre tous remedes l'em-
plaslre qui s’ensuit : duquel voicy les
paroles expresses :
« Nous trouuons tres-seur etexpe-
» dient vser de l’emplastre qui s’en-
» suit , aux playes du Thorax et sem-
» blables, appliqué extérieurement,
» sans mettre aucunement tentes ny
«canules, que ie puis asseurer, et
» prens Dieu à tesmoin, qu’il est d’vn
1 Ces derniers mots : F.tsont rendues incu-
rables le plus souuent, manquent encore dans
la seconde édition , de même que la citation
qui suit d’André de la Crois.
DES PLAYES EN P ARTIC.V LIER.
>> effet merueilleux : pour raison de-
» quoy il est appelle Saint, digérant
» les playes profondes, angustes et
» cauerneuses , roborant les parties
» voisines , attirant par vne mer-
« ueilleuse prouidence les matières
» estranges du profond et centre du
» corps, et si il absterge, desseiche et
» consolide toute playe faite d’es-
» toc , sans nullement trauailler le
« malade. C’esloit des secrets de de-
» funt mon pere, qui a long temps re-
» régné en ces quartiers auec vne
> honnesle réputation1. Il est préparé
» comme s'ensuit :
X. Resinæ pini recentis claræ et odoratæ
3 • vijî
Olei laurini puri , terebenthinæ optira.
ana § . ij.
Gummi elemni transparentis , garuis ac
boni odoris g.iiij.
Misce.
» 11 faut tout premièrement mettre
» la résiné et la gomme en vn poillon
» ou petit bassin d’estain sur le feu ,
» le remuant iusques à ce qu’ils soient
» meslés ensemble l’vn auec l’autre:
» puis faut adiousler l’huile laurin et
» la lerebenthine , et de rechef les
» faire rebouillir, remuant lousiours :
» et lors que vous verrez que ledit
» médicament viendra espais , le faut
«passer au trauers d’vn gros linge,
» et le mettre dans vn pot de terre
«plombé et bien bouché, et en es-
» tendre sur du cuir, et faire vn em-
» piastre qui couurira non seulement
» la playe, mais quatre ou cinq doigts
» és enuirons , luy donnant iour au
1 A. Paré fait ici un contre-sens ; A. de
La Croix dit: Hoc erui de secrelis honeslissimi
pairis mei , qui in hac medicinæ parte dia
magnus vixit experimeniaior. Il ne parle pas
des quartiers où son père a régné, mais de la
partie de la médecine qu’il a exercée.
99
« milieu , pour donner passage aux
» màlieres estranges. »
11 faut seulement penser lesdits ma-
lades vne fois le iour en hyuer, et
deux en esté. 11 loué aussi grandement,
comme escrit Galien au 5. liure de Lo-
tis affectis, et au chapitre 2. du 5. liure
de la Melhode , et Dioscoride , liure 5.
chapitre 9. l’vsage du melicratum ,
qui est fait de deux parties d’eau de
riuiere et vne de miel. Il incise et at-
ténué le sang caillé, qui autrement ne
pourroil passer pour raison de l’an-
gustie de la playe , pris en potion , ou
bien en y faisant iniection dans icelle
playe.
Galien au liu. 7. des Administrations
Anatomiques , recite ceste histoire ,
que le seruiteur de Marillus Mimo-
graphe receut vn coup surlebrichet,
duquel au commencement il ne fist
compte : et en apres ne fut bien con-
duit ni gouuerné. Estre passé quatre
mois, il monstra de la fange en la par-
tie qui auoit esté frappée : celuy qui
la pensoit, la voulant euacuer, tist
incision : et' comme il cuidoil deuoir
estre fait, incontinent list venir l’vl-
cere à cicatrice. « Par apres ladite
« partie s’enflamma de rechef et s’a-
« postema, et de rechef fut incisée, et
« ne fut de là en auanl possible la ci-
« calriser. A celte raison, son maistre
« assembla plusieurs Médecins, du
« nombre desquels ie fus , et les pria
« consulier de sa guarison Or comme
« tous cuiderent la maladie estre vn
« sphacele et corruption du brichet ,
» se voyant et apparoissant le mou-
« uement du cœur en la partie senes-
» Ire, aucun n’osa entreprendre de
» couper l’os gaslé et corrompu : lors
» ie promis de le couper, au reste ie
« n’asseurois point le guarir parfaite-
« ment. Auoir donc coupé l’os cor-
» rompu, à l’endroit où luy est adhe-
100
LE HV1TIÉME LIVRE,
» rente la pointe de l’estuy du cœur,
» et se monstrant le cœur tout nud ,
» par-ce que son estuy ou Péricarde
« estoit pourri : en cest instant nous
» conceusmes mauuaise opinion et es-
» perance dudit seruiteur : ce neant-
» moins il fut totalement guari en peu
» de temps : ce que ne fust aduenu ,
» si on n’eust pris la hardiesse de cou-
« per l’os gasté. »
Cecy sont les paroles de Galien, di-
gnes de grande admiration , comme
vn homme a peu viure, luy ayant veu
le cœur à nud et hors de son cnue-
loppeou tunique, nommée Péricarde.
Et si c’estoit un autre que ce grand
personnage Galien , difficilement on
le pourroit croire '.
CHAPITRE XXXIII.
CVRE DES PLAYES DV THORAX OV
POITRINE.
Si la playe pénétré au dedans du
Thorax , au premier appareil ne la
faut clore, mais sera tenue ouuerte
deux ou trois iours : et si on voit le
malade estre auec peu de douleur,
n’ayant pesanteur susle Diaphragme,
1 A. Paré n’a pas parlé de la hernie du
poumon à travers la plaie, que probable-
ment il n’avait point vue.
On connaît le premier cas de ce genre ra-
conté par P.oland de Parme et par Théodoric
(voyez mon Introduction); André de La Croix
le rapporte et ajoute - Hoc eliam fecisne con-
fitelur egregius nostrec œiaiis ac liujus inclyiœ ci-
v Hu lis Veneliarum chirurgus francisons Strata
de littrano , Aloisium de Buraiio ejtts socerum.
— II manque quelque chose à la construc-
tion de cette phrase; peut-être faut-il en-
tendre que c’est à son beau-père même que
Strata de Burano avait réséqué une portion
herniée du poumon. — (>p. cil. f. 108 ver.
et qu’il respire bien, lors on ostera la
tente , et la playe sera consolidée le
pluslost qu’il sera possible , en met-
tant vn linge délié beaucoup plus
grand que la playe, couuert de baume
agglutinatif , se gardant y mettre de
la charpie, de crainte qu’il ne soit at-
tiré au dedans , lors que le malade
inspire1.
D’auantage les tentes que Ton ap-
plique à telles playes , doiuent estre
attachées ou liées aux compresses, et
qu’elles ayent semblablement la teste
grosse et large, à fin qu’elles ne puis-
sent tomber au dedans : car estans
tombées causeroient putréfaction , et
par conséquent la mort : parquoy le
ieune Chirurgien y prendra garde. On
appliquera sur la playe vne emplastre
de diachalciteos, ou autre semblable.
Son régime , et les purgations , sai-
gnées , et autres choses necessaires ,
luy seront administrées , ainsi qu’il
sera requis.
Aussi si Ton connoist qu’il fust
tombé beaucoup de sang au dedans
du Thorax, il faut tenir l’orifice de la
playe ouuerte auec grosses tentes,
iusques à ce que la sanie causée par
ledit sang soit vuidée : et si le cas ad-
1 Ce conseil appartient à A. l'uré, aussi
le signale-l-il par cette note marginale :
Belle annotation.
Avant lui, les avis étaient fort partagés.
Des chirurgiens arabistes qui avaient pré-
cédé Guy de Chauliac, les uns voulaient
qu’on tint toujours ces plaies fermées, les au-
tres toujours ouvertes; Guy de Chauliac, par-
tageant le différend, ferme les plaies qui ne
lui paraissent pas compliquées d’épanche-
ment intérieur, et c’est encore la doctrine
d’A. de La Croix. A la vérité, Jean de Vigo
trouve plus sfir de tenir la plaie ouverte ;
ruais avec moins de précision que Paré , et
surtout il n’indique pas aussi nettement
apres quel temps il faut ôter la tente. Voyez
du reste mon Introduction.
DES PLAYES FÏÎ PARTICVLIER.
101
uient (qui se fait le plus souuent ,
quelque grande diligence que l’on
puisse faire) que la playe dégénéré
en fislule , lesquelles peu souuent se
guarissent, par-ceque les muscles du
Thorax, qui sont entre les costes,
sont en perpétuel mouuement , et
aussi que par dedans ne sont couuerts
que de la membrane pleurelique, qui
est exangue : ioint aussi que la playe
n’a point d’appuy pour estre com-
primée , cousue et liée pour aider à
Nature à rapprocher les labiés, et y
faire régénération et agglutination :
tout cela fait que les fistules en cest
endroit sont le plus souuent incu-
rables l.
Or pour la cure il faut , apres les
choses vniuerselles faites, donner au
malade de la potion vulnéraire , et
luy en faire des inieclions dedans
ladite fistule : en laquelle on adious-
1 L’édition de 1576 ajoute:
« Et iettent grande quantité de sanie tous
les iours. Ce qui se fait premièrement des
\apeurs qui ont esté eleuées du sang, et
tombant au dedans , se putréfié (sic) : lequel
estant putréfié, esleue vapeurs putredineuses
qui montent au cœur et engendrent fiéure,
laquelle escbaull'e tout le corps , et subtilie
et liquéfié les humeurs, qui puis apres sont
enuoyées au lieu blessé pour secourir la par-
tie, qui découlent au thorax : ainsi que l’on
voit à vn gigot de mouton estant en la bro-
che, et picqué d’vn coup de Cousteau, tout
le ius en sortir, de façon que ledit gigot de-
meure tout deseiché: ainsi se fait-il , quand
Nature veut secourir la partie vulnerée, luy
enuoye grande quantité de sang et autres
humeurs et esprits contenus auec luy desquels
se consomment et tarissent par le découle-
ment de la sanie qui sort journellement
de l'vlcere, qui fait que le malade meurt
hectique, aride et sec. »
Tout ce passage a été retranché en 1679;
mais la théorie en a été reproduite, sauf quel-
ques modifications, à la fin de ce chapitre ,
sous ce titre : Problème.
fera du sirop, des roses seiches, et miel
rosat , et vn peu d’eau de vie , auec
vnesyringue : et où il y auroit grande
pourrilure,i’aysouuentesfoisadiousté
de l’onguent Egypliac. Et faut auoir
esgard à la quantité de l’inieclion , à
fin de la faire sortir, et qu’il n’y en
demeure nulle portion , s’il est pos-
sible : car y demeurant , nuist à la
partie , par-ce qu’elle se corrompt es-
tant là retenue.
Figure d’vne Syringue pour faire inieclions en
quelques parties que ce soie , lors qu’il en
faut ielter en grande quantité.
L’iniection sortie, on mettra vne
tente cannulée faite d’or, d’argent ou
plomb , laquelle sera pertuisée , à fin
que la sanie entre en icelle, et qu’elle
soit vuidée par dedans ladite cannuie.
D’auantage ne faut omettre qu’elie
soit bien liée , craignant qu’elle ne
102
LE nVITlÉME LIVRE,
tombe au dedans : et à l’orifice d’i-
celle, on y mettra vne grande esponge
trempée en vin et eau de vie , puis
esprainte et toute chaude sera mise
sur la partie. Ladite esponge sert à
clorre l’orifice de l’vlcere, de peur que
l’air extérieur n’entre au dedans : d’a-
uantage est propre pour aucunement
attirer et contenir la matière sortant
d’icelle , qui se fera par l’aide du ma-
lade, lequel souuent tant le iour que
la nuit, bouchera le nez et la bouche,
et poussera son vent , et se panchera
du costé malade , à fin d’expurger
ladite sanie. Or ladite cannule sera
ostée, lors que la fistule iettera peu :
puis sera cicatrisée.
Figures de Tentes cannulées, auec leurs liens
et esponges. — Note que lesdites cunnules
ne doiuent auoir plusieurs trous , comme lu
vois par ces figures, mais seulement deux ou
trois en leurs extrémités , à raison que lu chair
s’imprime et entre dedans lesdits trous , qui
est cause qu’on ne les peut retirer sans dou-
leur et nuire à la playe. Icle sais pour 1 auoir
expérimenté *.
Et si la fistule ne pouuoit estre cu-
rée, à cause que l’orifice d’icelle est
1 Cette dernière phrase manque dans la
première édition. Il est remarquable du reste
que les figures qui suivent, déclarées mau-
vaises par l’auteur dès l’édition de .575,
n’ont jamais été changées. C’est parcelle rai-
son que je les ai conservées; en effet, la ca-
nule, telle que l’indique A. Paré, serait bien
mieux représentée par celle qui est figurée
au chap. des Plages du nez (voyez ci-devant
pag. 87 ) , et qui ressemble d’ailleurs au
pyulque des anciens, tel que le représente
André de La Croix, Op. cit., fol. 102.
en la partie supérieure, alors faudroit
faire vne contre-ouuerlure, ainsi que
nous auons dit cy dessus de l’Em-
pyeme.
le veux en cest endroit aduertir le
ieuneChirursienqu'à aucuns lespoul-
mons sont attachés contre les cosles
(comme souuent il se voit par l’ou-
uerlure des corps morts) qui fait qu’à
tels, si on fail vne contre-ouuerture
au Thorax , rien n’en peut sortir : en
ce cas le Chirurgien est frustré de son
intention : pour cela ne faut pas qu’il
délaissé vne autre fois faire telles ou-
uerlures quand il en sera besoin : car
telle adhérence ne se voit pas tous-
iours, mais rarement *.
Une playe faite aux Poulinons se
peut guérir, pounieu qu’elle ne soit
trop grande, qu’elle soit sans inflam-
mation , et qu’elle soit faite aux ex-
tiemités, et non en la partie supé-
rieure, et que le malade se tienne en
repos sans toussir ny parler, et sans
grandement haleiner. Car si le ma-
lade tousse, la playe se dilatera, et
y suruiendra inflammation : puis la
vertu expultrice s’efforçant ietter ce
qui luy nuist par la toux (car les poul-
inons ne se peuuent purger que par
tel moyen) en toussant l’vlcere se di-
late de plus en plus, et ainsi la playe
s’aggrandist et l’inflammation ac-
croist , et par ainsi demeure incurable,
et le malade meurt tabide dudit vl-
cere aride et sec.
Et pour mondifier, agglutiner et ci-
catriser la playe, on fera vser au ma-
lade d’aliments et medicamens em-
1 Ce paragraphe ne se lit ici dans aucune
édition d’A. Paré. Il m’a fallu le reprendre
à la fin du chap. x de ce même livre où il a
été placé par erreur à partir de la deuxième
édition, pour le remettre ici à sa véritable
place.
DES PLAYES EN PARTICULIER.
plastiques, austères et astringens,
comme terre sigillée , bol d’armenie,
hypocistis,balaus(e,plantin, renouée,
berberis, sumach, acacia et leurs sem-
blables, desquels on fera vser au ma-
lade en potageet lobots, y mettant du
mielrosat, qui leur fera comme véhi-
culé, etaideraàdetergeretm ndifier
la playe *. Et lors que le malade vsera
1 André de La Croix expose longuement
tous les simples recommandés en potion pour
les plaies de poitrine demeurées fistuleuses;
et après avoir cité Galien , les Arabes et les
arabistes, il ajoute :
« Mais comme les Allemands se servent
pour ces opérations seulement de quatre
herbes, lesquelles ont été fort recommandées
par Théophraste, le peuple les a appelées
herbes allemandes, savoir 1° la stelluria mon-
laua, qu’ils nomment sanichel et sinaul , et
que nous appelons alchimille et pied-de-lion,
ou par corruption du mot allemand, sanicle,
sanicula ;2° le garinphiluta benedictum , qu’ils
appellent t lurtz et seulem , et qui porte parmi
nous les noms de sanamunda et diaponsia ;
3° la clémalide qu’ils nomment singrien ,
uintegrun et ungrun, et nous liiemalis, vinca et
provinca. La quatrième est une espèce de
trèfle dite trinitas.
» A celles-ci les Français ajoutent Yéritro-
danum, et nous le lierre terrestre et la peraria
qu’ils appellent pirola.
» Tous ces simples sont toujours conservés
tout prêts à Venise parce diligent aromataire,
Angclo Cecchino Martinello, le premier des
simplicistes de notre temps. On les fait bouil-
lir dans du vin blanc de montagne, ou dans
de l’eau ou du vin , selon les habitudes du
blessé et la nature des symptômes , et ajou-
tant du miel on fait prendre cette potion
tiède, à la dose de quatre onces ou d’une
demi-livre à la pointe du jour et quatre
heures avant le repas. Les herbes doivent
être cueillies dans des lieux montueux, pen-
dant la canicule et desséchées à l’ombre. J’ai
connu àFeltre, en 1 64 5, époque où je rédi-
geais ces Institutions de Chirurgie, un chi-
rurgien de campagne qui donnait à ses
patients matin et soir un verre de très bon
103
de lohots, sera couché à l'enuers , et
luy sera commandé tenir lesdilslohots
longuement en la bouche , en relas-
ehant les muscles du larynx : ce fai-
sant le médicament coulera peu à peu
le long des parois delà Trachée artere.
Et faut se garder qu’il ne deflue trop
à coup, de peur d’exciter la toux : mais
qu’il descende par dedans la Trachée
artere, ainsi que fait l’eau le long d’vn
mu r : ce faisant la toux ne sera excitée.
Le lait de vache, ou d’asnesse, ou de
chéure, sont propres, ausquels sera
adiouslé du miel , qui le garde se coa-
guler en l’estomach. Celuy de femme
est excellent par dessus tous *.
Le sucre rosat est fort singulier en
ce cas , et recommandé grandement
par Auicenne : comme ayant vertu
ensemble de mondifier et astraindre ,
qui sont les deux choses souhaitables
en vn vlcere. Mais de tant que comme
nous auons noté cy devaut , la fiéure
hectique suruient aisément et assez
souuent aux playes et maladies des
parties Thoraciques , et nommément
du Poulmon, il sera bon de dire quel-
que chose de la façon de penser telle
sorte de fiéure : à fin que le Chirurgien
vin blanc avec trois drachmes de poudre de
choux rouges, et il était fort heureux dans
le traitement de ces plaies. » Dp. citai. ,
fol. 106.
Il recommande d’ailleursde ne pas donner
de ces potions avant le quatorzième jour si
la plaie est accompagnée d’une forte fièvre;
autrement on peut y recourir à partir du
septième jour.
1 Le chapitre s’arrête ici dans l’édition de
1575. Tout ce qui suit jusqu’au cliap. 34 a été
ajouté en 1579; de même qu’un chapitre fort
éiendu sur la fièvre hectique, que nous avons
retranché, parce qu’il se retrouve bien plus
étendu encore au l’raitédesfiéures.
L’édition latine a passé le problème tout
entier sous silence.
LE HVITIEME LIVRE
104
en l’absence dn Médecin , aye dcquoy
donner quelque contentement et al-
légeance au malade, en attendant que
la venue du Médecin désiré , et en tel
cas bien necessaire, puisse apporter
quelque plus grand secours et gué-
rison entière.
PROBLEME.
Pourquoy est-ce que les playes faites en
la substance des Poulmons, causent
fistules, desquelles sort grande quan-
tité de matière purulente et fetide ,
qui fait que les malades meurent ta-
bides et cliques.
Est-ce point que le Poulmon vlceré
attire beaucoup de sang du cœur par
la veine arterieuse , comme d’vne
pompe, et l’ayant attiré ne le peut as-
similer, ains se corrompt et tourne
en sanie fetide, à raison qu’elle est re-
tenue enclose au Thorax sans pouuoir
estre euentilée, laquelle est iettéepar
la playe et quelquesfois par vomisse-
ment , et par les selles et vriues ? Or
ladite sanie eschauffe les parties
qu’elle touche et croupit , comme le
Diaphragme et autres parties du Tho-
rax, et d’elle s’esleuent vapeurs pu-
tredineuses , lesquelles sont commu-
niquées au cœur et au cerueau, dont
s’ensuit plusieurs accidens, et princi-
palement fiéure hectique et colliqua-
tiue, et alteration de l’esprit de la
respiration : qui est la cause pour-
quoy les anciens ont appellé telle ma-
ladie Thcrioma, pour la voracité de
l’vlcere, laquelle s’aggrandist tous-
iours par le moyen du mouuement
du Poulmon. Qu’il soit vray, vérita-
blement i’ay fait plusieurs ouuertures
de corps morts par coups d’harque-
buses, dont le boulet ne pouuoit estre
plus gros que le bout du doigt, neant-
moins ie trouuois la playe au Poul-
mon grande à mettre vn esteuf h Or
ceste vlcere attire à soy le sang, com-
me vn loup affamé, de la veine arte-
rieuse du cœur, et le cœur de la veine
caue , dont tout le corps en est con-
sommé et rendu sec , aride et etique :
dont la mort s’ensuit.
Et quant aux fistules , aucunes ,
neantmoins que le Poulmon ne soit
point vulneré , ne laissent à ietter
grande quantité de matière puru-
lente, par-ce qu’elles sont voisines du
cœur, qui, fontaine du sang (selon l’v-
sance commune de Nature, qui est de
secourir la partie affligée, tant qu’elle
peut, de sang et esprits, venant des
rameaux de la veine azygos) en four-
nit sans fin et sans mesure ausdites
parties offensées, sans ce que d’elles
mesmes , par douleur, ou par cha-
leur, ou par leurs mouuemens (com-
me les Poulmons et Diaphragme) en
peuuenl attirer à soy. Or ce sang
Huant etenuoyé, ne péchant ny en
quantité ny en qualité, imbu de la
malignité de la partie vulnerée , se
fait purulent : d’où vient que tous-
iours nouvelle sanie s’engendre et
desgorge à la playe , ou vlcere , qui
en fin conduit le malade en vn ma-
rasme, le rendant sec, aride et etique:
dont le plus souuent le malade meurt
d’vne fiéure hectique.
CHAPITRE XXXIV.
DES PLAYES DV VENTRE 1NFERIEVR ,
DIT EPIGASTRE.
Apres auoir sommairement traité
des playes du Thorax, reste mainte-
nant à parler de celles du ventre in-
1 Esieul balle de jeu de paume.
DES PLAYES EN PARTfCVLIER.
1 00
ferieur , dont les vnes sont faites par
denant, les autres par derriefe : au-
cunes sont superficielles, les autres
pénétrent au dedans: d’autres pas-
sent de part en part au trauers du
corps, et quelquesfois l’instrument de-
meure dedans : aucunes sont auec lé-
sion des parties contenues, comme du
foye, râtelle, estomach , intestins,
reins : et aucunes d’icelles sont si
grandes, que partie de l'Omentum
sort de dehors : autres pénétrent jus-
ques en la substance de Pancréas :
autres à la vessie et pores vreteres :
autres en la matrice , et corps des
grands vaisseaux.comme de la grande
veine ou artere.
Or les signes que le foye est blessé,
c’est qu’il sort grande quantité de sang
par la playe, et le blessé sent vne dou-
leur pongitiue, quis’estendiusques au
cartilage Xiphoïde ou Scutiforme, au-
quel est attaché : quelquesfois le blessé
vomit purecholere, et se trouve mieux
d’estre couché sus le ventre qu’en
autre maniéré.
Si l’eslomach ou aucuns des intes-
tins gresles sont offensés, le manger et
boire sort par la playe , les flancs se
tuméfient et deuiennent durs, le ma-
lade a le hocquet , et vomit souuen-
tesfois pure cholere, a grande douleur
et contorsion au ventre, luy survien-
nent petites sueurs et refroidissement
des extrémités : et si les gros intestins
sont vulnerés , la matière fecale sort
par la playe.
Si la râtelle est naurée, le sang sort
du costé seneslre gros et noir , et le
malade est altéré , et a les mesmes
signes que nous auons dit du foye.
Si les rongnons sont offensés, le ma-
lade a difficulté d’vriner , et pisse du
sang: a douleur aux aines, à la verge,
et testicules.
Si la vessie ou pores vreteres sont
naurés,le malade sent douleur aux
flancs , les parties du penil sont ten-
dues , et au lieu d’vrine fait du sang,
ou l’vrine sanglante, et quelquesfois
mesme sortent par la playe.
Si la matrice est vulnerée, il sort du
sang par les parties honteuses , et ont
presque semblables accidens que
ceux de la vessie.
Les playes faites au foye sont mor-
telles , par ce que c’est la partie qui
sanguifie et est necessaire à la vie :
aussi que la veine caue ou porte sont
incisées en leurs rameaux, dont s’en-
suit grande hémorrhagie, ou flux de
sang, qui coule non seulement aux
parties intérieures , mais aussi aux
extérieures, dont les esprits s’exha-
lent : ou pour ce que le sang qui est
coulé aux parties intérieures, s’es-
chauffe et pourrit , dont s’ensuit
douleur , inflammation , et par consé-
quent la mort. Toutesfois Paulus
Ægineta dit, qu’une partie et por-
tion du lobe du foye peut estre ostée
sans mort '.
Aussi les playes de l’estomach , in-
festins gresles , et principalement du
leiunum ( pour la multitude des vais-
seaux qui sont en iceluy , et pour la
subtilité de sa substance nerueuse ,
aussi pource qu’il reçoit la cholere du
cyslis feliis) sont mortelles2 : pareil-
lement celles de la râtelle, rongnons ,
vaisseaux, vreteres, vessie, matrice,
cyslis feliis, sont pernicieuses, et sou-
uent mortelles, pource que l’vsagc de
telles parties est necessaire à la vie ,
et aussi qu’aucunes sont exangues, et
nerueuses, et que par icelles passent
les humidités exercmenteuses, et qu’il
est difficile d’appliquer les remedes ,
à cause qu’elles sont en la profondité
1 Paul. Ægin. ch, 88, liu. C. — A. P.
'l Ilipp. Aphor. 18. liu. 6. — A. P.
10b LE HVIT1EME LIVRE
du corps : et partant sont dites mor-
telles, et principalement si elles sont
grandes.
Mesmes toutes playes qui pénétrent
seulement en la profondilé des ven-
tres , sans lésion des parties internes ,
sont fort dangereuses: parce que l’air
ambiens ou extérieur entre dedans,
lequel n’estant élaboré , nuit grande-
ment aux parties intérieures, ioint que
les esprits s’exhalent , dont les vertus
sont rendues imbecilles : et pour ce
qu’on ne peut bien mondifier telles
playes, qui est cause qu’elles degene-
rent en fistules, principalement au
Thorax, comme auons dit, se fait col-
lection de matière , dont en fin la
mort s’ensuit.
Toutesfois i’ay pensé plusieurs qui
auoient des coups d’espée et de pis-
toles au trauers du corps, qui sont
guéris. Et pour tesmoignage de ce,
i’ay pensé en la ville de Melun l’Ar-
gentier de l’Ambassadeur du Roy de
Portugal , qui auoit un coup d’espée
au trauers du corps, par lequel les
intestins furent vulnerés, en sorte
que quand on l’habilloil , sortoil par
laplaye assez grande quantité de ma-
tière fecale, neantmoins ledit Argen-
tier a esté guéri *.
Mesme ces derniers iours ie fus ap-
pelé pourvn gentilhomme natif de Pa-
1 On trouve déjà celte histoire dans la
deuxième édition du Traité des playes d’hac-
quebutes, 1562, fol. 79; seulement A. Paré
dit qu’il a pansé le malade auec maistre Ni-
cole Lauemauh. Elle y est de plus immédia-
tement suivie de cette autre: Et d’auantage
vn gettli'homme de Vitrey en Bretagne fut
blessé d’vn coup pareil, lequel apres auoir esté
pensé par maistre Gnard, à présent Chirurgien
du Boy, et mog, ne mourut.
Celle-ci a été retranchée à partir de l’édi-
tion de 15G4 , peut-être parce que Paré,
alors simple barbier-chirurgien, n’avait eu
ris, nommé Gilles le Maistre, seigneur
de Belle-iambe, demeurant à la rue
saint André des Arts, en la présence
de messieurs Botal, Médecin ordinaire
du Roy et de la Royne, et Richard
Hubert, Chirurgien ordinaire dudit
Seigneur, et Iacques Guillemeau Chi-
rurgien du Roy et Iuré à Paris, hom-
mes sçauans et bien experiment en la
Chirurgie: lequel auoit receu un coup
d’espée au trauers du corps, dont par
plusieurs iours ietla le sang par la
bouche et siégé, en assez grande quan-
tité, qui denoloit les intestins estre of-
fensés : toutesfois en quinze ou vingt
iours fut guéri.
Pareillement les playes des grands
vaisseaux sont mortelles , pour la
grande effusion de sang et d’esprit qui
s’en ensuit '.
CHAPITRE XXXV.
CVRE DES PLAYES DV VENTRE INFE-
RIEVR 1 2.
Quant à la curation, il faut considé-
rer si la playe pénétré en la capacité
ou non : et celles qui ne seront que
jusqu’au Péritoine , seront traitées
comme playes simples , qui deman-
que fort peu de part à une cure dirigée par
un chirurgien de Saint -Côme. Il est bon
d’ajouter que, pour l’histoire précédente, la
mention de Nicole Lavernault a également
été retranchée dès l’édition de 1664.
1 Cornélius Celsus, lin. 5, ch. 26. — A. T.
2 Toute la doctrine de cechapilre se trouve
dans Guy de Chauliac, où le sujet est même
traité avec bien plus d’étendue. Ce qui ap-
partient à Paré se réduit à la ponction des
intestins gonflés de gaz, et à la défense d’ad-
ministrer des clystères ; Guy de Chauliac les
avait conseillés.
DES PLA.YES EN PARTICVLIER.
dent seule vnion : mais celles qui sont
en la capacité requièrent autre cura-
tion : car souuent les intestins ou
omentum, ou tous deux ensemble,
sortent par la playe.
Quelquesfois aussi l’intestin est
blessé, lequel doit estre cousu delà
suture du pelletier à petits points,
comme nous auons dit cy dessus, puis
ietter dessus poudre de mastic ,
myrrhe, aloés, bol : et la suture estant
faite , doit estre remis au dedans pe-
tit à petit, et non tout à coup, faisant
situer le malade au contraire de la
playe : comme s’il est blessé à la par-
tie dextre, il doit reposer sur le costé
gauche, et au contraire : et si la playe
est aux parties inferieures, le faudra
souleuer, ayant les fesses plus hautes
que la teste : et si elle est aux parties
supérieures, faut faire situer le ma-
lade au contraire, à fin que les intes-
tins tombent en prestant place à re-
mettre ceux qui sont sortis.
Or souuentesfois les intestins se tu-
méfient et enflent, à cause de quel-
ques ventosités qui y sont contenues,
et pour l’air ambiens qui les a refroi-
dis et fait enfler, qui est cause que
difficilement sepeuueut remettre : et
pource le Chirurgien fera fomenta-
tions ausdits intestins, de décoctions
resoluentes et discutientes , ausquel-
les aura cuit camomille, melilot, se-
mence d’anis , fenoüil : ou bien appli-
querez dessus iceux intestins, vne vo-
laille viue tranchée par le milieu, ou
bien de petits chienneaux , ou vne
vessie de porc à demy pleine de la dé-
coction susdite : car tel e chaleur dis-
cute et resoult merueilleusement les
ventosités contenues ausdits intestins,
et conforte la partie. Et si par tels re-
medes les ventosités ne peuuent estre
dissipées, et que l’orifice de la playe
soit estroit, il sera expédient de la di-
107
later, à fin de donner lieu à les re-
mettre plus facilement.
El s’ils sont incisés, ils doiuent estre
recousus, principalement les gros, et
non lesgresles, s’ils ne sont du tout
altérés et changés de couleur et cha-
leur naturelle. Or ils se corrompent
en peu de temps par l’air extérieur.
La maniéré de faire la couslure, c’est
qu’il faut les recoudre comme font
les pelletiers leurs peaux : et apres, de
peur que la matière fecale ne sorte
hors, on mettra sur la playe un peu
depoudrede mastic subtilement pul-
uerisé , puis les remettre dedans le
ventre : et faut que les bouts du fil
soyent passés hors de la playe, à fin
que l'intestin repris on le puisse reti-
rer. Or quand la playe faite au ven-
tre est si estroitte qu’on ne puisse ré-
duire les boyaux au dedans , il faut
accroistre la plaie auec vne historié
ayant in bouton au bout, el qu’elle
ne tranche que d’un costé, de peur
qu’en faisant l’incision pour aggran-
dir la p!a\e, on ne blesse les boyaux.
Et si les intestins sont si enflés de
ventosités , qu’on ne les puisse ré-
duire , lors on les fomentera d’eau
chaude, auec huile, puis apres de
gros vin noir tiede et astringent, et
autres choses cy dessus dites. Et s’il
y auoil si grande quantité de vents ,
qu’ils ne poussent estre réduits, il les
faut percer auec vne aiguille pour
faire soriir les vents, ainsi qu on voit
vne vessie de porc remplie de vents ,
lors qu’on la perce d’vne espingle, le
vent sort. Ce que i’ai fait aux intes-
tins auec heureuse issue. Cela fait ,
il les faut réduire au dedans commen-
çant aux derniers sortis , à fin que
chacun puisse estre remis en sa place :
et pendant qu’on les pousse dedans le
ventre , faut que le blessé retire son
haleine. Et estans réduits, il faut cou-
ioS
LE HV1TIÉME
•Ire la playe , et y faire tant de points
qu’il sera de besoing
Et si la playe est grande , il faudra
faire la cousture nommée des anciens
Gastrorapliie. C’est que le premier
point prenne la léure de la playe
a uec le Péritoine, et la léure de l’au-
tre costé laisse le Péritoine, ne pre-
nant que la chair, et de l’autre costé
le Péritoine. Et faudra faire cela tant
do fois, qu’il sera necessaire pour re-
coudre toute la playe. Or telle cous-
turc a eslé inuentée des anciens à
bonne raison, parce que si on prenoit
le Péritoine tant d’vn costé que d’au-
tre, il banderoit et se deschireroit , et
demeureroit vne espace vuide à l’en-
droit de la playe, qui feroit que les in-
testins feroient vne tumeur sembla-
ble aux hargnes intestinales. Apres
auoir réduit les boyaux’, et recousu
la playe , le malade doit estre vn peu
esbranlé et secoüé, à fin que les
boyaux se remettent d’eux mesmes
en leur place. Tout cela fait , on ap-
pliquera sur la playe remedes propres
aux playes recentes1 2.
1 Tout ce long paragraphe n’est en quel-
que sorte que la répétition de ce qui avait
été dit au commencement du chapitre, mais
avec des modifications et des additions qui
complètent la doctrine de l’auteur , comme
l’emploi du bistouri boutonné, la ponction
des intestins gonflés de gaz, etc. La date
exacte de ce paragraphe n’est donc pas sans
quelque intérêt ; il n’existe encore ni dans
les deux premières éditions françaises, ni
dans la traduction latine, et n’a été publié au
plus tôt qu’en 15S5.
2 Ce paragraphe se trouvait rejetté un peu
plus bas dans les deux premières éditions, à
la suite de ce qui a rapport à l’omentum, où
même nous trouverons encore mentionnée
la gastrorapliie. Le texte était assez dillérent
pourêtre reproduit ici :
« Or telle suture se fait en ceste manière.
L’esguille doit estre passée au trauersde la
LIVRE,
Si l'Omentmn est sorti, doit estre
remis le plustost qu’il sera possible •.
car il est suiet à soy putréfier, es-
tant de substance pinguedineuse , la-
quelle estant exposée à l’air , se con-
gelé et sa chaleur naturelle s’esteint,
et lost apres tourne à pourriture. Ce
qui est prouué par Hippocrates di-
sant , Si le Zirbus vient à sortir hors,
il pourrira >. Ce que le Chirurgien
connoistra lors qu’il sera liuide , noi-
raslre, et refroidi au tact, et lors ne
le remettra ainsi putréfié: caries par-
ties d’iceluy corrompues pourroient
endommager les autres : mais le liera
auec un fil netors, au dessus de la pu-
tréfaction, et extirpera ce qui est cor-
rompu , et sera réduit en son propre
lieu. Toutesfois on doit laisser pen-
dre le filet, à fin d’attirer ce que par
le moyen du filet qui auroit esté
serré , pourroil cheoir en la capacité
du ventre. Aucuns ont voulu laisser
l’Omentum dehors estant lié : ce que
faut bien garder de faire, à cause que
ce faisant , il est tenu suspendu , n’es-
premierc léure , prenant seulement le péri-
toine : de l’autre léure on ne prendra que
la chair, et non le péritoine: puis l’autre
point se fera au contraire, et ainsi continuer
iusquesàce qu’il suffira : car par tel moyen
se fera consolidation dudit péritoine auec la
partie charneusc : et si aucun fait le con-
traire, il s’ensuit vn inconucnient qui n’est
de petite conséquence: c’est que le péritoine
estant exangue ne se peut ioindre si ce n’est
par le bénéfice de la chair : et n’estant ioint,
demeure, apres la consolidation de la playe,
vne tumeur qui ne peut ou bien difficile-
ment estre guarie. Apres auoir fait telle su-
ture, la playe sera traitée et consolidée ainsi
qu’il appartiendra. »
Ce méchant procédé, appuyé sur d’aussi
méchants raisonnements, est d’ailleurs co-
pié de Galien, que Paré cite en marge:
Au liure C de la Méthode, ch. 4.
1 Hipp. Apho. 58. liu. G. — A. P.
DES PLAYES EN
tant couché sur les intestins, qui est
sou propre lieu : dont s'ensuit g rande
douleur , et tranchées au ventre : qui
pourroit faire quelque pourriture ,
comme chose eslrange à Nature : et
pour euiler tels accidens, le faut re-
mettre comme nous auons dit. Lors
que l’intestin et Omentum sont remis,
la playe estant grande, doit eslre cou-
sue par le bénéfice de la suture dite
Gastroraphie , délaissant un petit ori-
fice eu la partie plus decliue,pour
donner issue à la sanie.
Grande annotation au ieune Chi-
rurgien : c'est qu’aux playcs faites
aux boyaux, ne faut donner clysteres,
à raison que si le clystere sortiroitpar
la playe des intestins, et demeureroit
en la capacité du ventre, se pourriroil
auecle sang , et s’esleueroit de gran-
des ventosités putredineuses, qui font
entleures , et tension au ventre. Et
quand telles choses aduiennenl, et le
malade se plaint sentir grande dou-
leur aux testicules , fay prognoslic ,
que ton malade bien tost mourra : ce
que i’ay veu plusieurs fois ’.
En lieu des clysteres on peut vser
de suppositoires, ou noüets.
Et quant aux playes pénétrantes
en la substance du foye, râtelle, esto-
maeh et autres parties contenues, ne
doiuent eslre délaissées : mais le Chi-
rurgien fer a son deuoir en ce qu’il luy
sera possible : iaçoit que par ce moyen
n’aye certaine esperance de guérir,
neanlmoins vne esperance douteuse
est meilleure , qu’vn desespoir as-
seuré 1 2 3.
1 C’est ici le paragraphe que l’on trouve
répété par erreur, même dans la dernière
édition originale, à la lin du chap. xi de ce
livre. Voyez la note 3 de la page 28. Il man-
que ici dans les deux premières éditions, de
même que la phrase suivante.
3 Sentence deCorn.Cels. — A. P.
PARTICVL1ER. 1 oq
Si la vessie est blessée, ou la ma-
trice, et gros intestin, seront faites
iniections par leurs propres conduits.
le n’ay veu aucun autheur qui aye
parlé des playes faites en la gresse,
maisles ont tousiours referées à celles
delà chair et des muscles: partant en
cesl endroit m’a semblé bon de dire
ce mot en passant. C’est que lors qu’il
sera fait vne playe simple seulement
en la substance de la gresse , encor
qu’elle fusl bien profonde, il n’y faut
mettre nulle tente, mais seulement y
ietter de nostre baume dedans, et
vne emplastre par dessus de grcilia
Dei , ou autre semblable : ce faisant
ladite playe sera tost apres consolidée,
fermée, et cicatrisée , ce que i’ay fait
plusieurs fois *.
CHAPITRE XXXVI.
DES PLAYES DES AINES , VERGE ET
TESTICVLES.
Il aduient quelquesfois playes aux
Aines et parties voisines , et alors il
fau t auoir esgard si elles penelrenl au
dedans, et connoislre quelles par-
ties seront vulnerées, comme vessie,
matrice, intestin droit, parce qu’elles
ont grande conjonction ensemble, de
façon que souvient sont blessées Invi-
tes ensemble d’vn coup : et pour le
connoislre , voy les deux susdits cha-
pitres.
Or quant aux playes des Testicules
et parties génitales, parce qu’elles
sont necessaires à la génération , et
1 II faut ici remarquer la guerre que Paré
fait aux tentes. Ce paragraphe existe dès la
première édition de 1575, en conséquence
antérieurement à celui que nous avons si-
gnalé touchant la même doctrine , liv. VI! ,
ch. 5. — Voy. le 1. 1, p. 435, note.
LE HVITIEME LIVRE
qu’elles font la paix en la maison, on
les conseruera le plus soigneusement
qu’il sera possible , y procédant ainsi
que l’on verra estre necessaire , sui-
uant la doctrine donnée par cy de-
uarit, diuersifiant les remedes selon
les accidens qui viendront : car d’es-
crire telle chose en particulier, ne se-
roit jamais fait.
CHAPITRE XXXVII.
DES PLAYES DES CV1SSES ET DES ÏAMBES.
Les playes faites au dedans des
Cuisses sont souuent cause de mort
subite, quand elles pénétrent en la
grosse veine Sapbene , ou grosse ar-
tère, et aux nerfs qui les accompa-
gnent : ce que i’ay veu souuent ad-
uenir.
Or lors qu’elles sont simples , il n’y
a rien qui peruertisse la cure, fors
qu’il faut que le malade garde le lit ,
suiuant le prouerbe commun des Ita-
liens, à sçauoir, La wano al petto, la
gambaal letto. Mais quand elles péné-
trent profondément, souuent aduient
grands accidens, comme inflamma-
tion , aposteme , et pourriture aux
membranes qui couurent les muscles,
qui causent que l’vlcere iette vne
tres-grande quantité de matière, de
façon que le malade meurt en atro
phie , et tout desseiché.
Et parlant faut que le Chirurgien
soit aduisé à bien traiter telles playes,
vlceres et fistules, faisant des inci-
sions , à fin de pouuoir extirper et
mondifier les membranes pourries
et les callosités. Car vne petite por-
tion peut faire grands accidens, et
tenir l’vlcere long temps ouuerte.
Et quand les tendons du iarret et
autres sont coupés , aucuns Chirur-
giens ont bien osé les coudre boul-à-
bout, à fin de les réunir ensemble : ce
que iamais n’ay osé faire, de peur
qu’il n’y suruint extreme douleur,
cônuuision, et autres accidens. l’ay
bien veu le gros tendon fait de trois
muscles du mollet de la iambe , le-
quel s'insère au talon ’. estant coupé
d’vn coup d’espée, la playe estre long
temps sans se pouuoir consolider : et
apres estre cicatrisée , quand le ma-
lade commençoit à cheminer, la playe
s’ouuroit comme auparauant : et par-
tant ie conseille, le fait aduenant.que
l’on commande au malade de bien
long temps ne cheminer sur la iambe
blessée, iusques à ce que la cicatrice
soit endurcie , et bien ferme : à ceste
cause il doit cheminer long temps sur
vne potence.
le ne puis et ne dois icy obmeltre
vn accident que i'av veu aduenir au
gros tendon du talon 2. C’est qu’iceluy
pour bien legiere occasion , comme
pour quelque petit sault, pour vne mal-
marcheure, ou pour auoir failli 3 de
pied en montant à chenal, ou pour y
estre monté trop allègrement et brus-
quement , se rompt et dilacere, sans
1 Hector fut traîné par ce tendon au long des
murs de Troye. — A. P.
a Tout ce qui suit et qui a rapport à la
rupture du tendon d'Achille est une addi-
tion faite à la deuxième édition , et a donc
pour date 1579. A. Paréavail mis ce passage
à la suite du chap. 40, qui a pour titre His-
toire du défunt Boy Charles IX, où certes
on ne serait pas tenté d’aller le chercher.
J’ai cru devoir le rapporter ici, à la suite des
plaies des tendons , comme à sa place bien
plus naturelle.
5 La deuxième édition porte sailly , la
cinquième fuilly ; on sait que la grande f de
cette époque ressemble beaucoup à une f.
L’édition latine a traduit suivant ce dernier
sens : ascensu in equum tel frustato vel ra-
pidiore.
DES PLA.YES EK PARTICVL1ER.
1 1 1
qu’il y ait aucune apparence de solu-
tion de continuité à la veué, ou autre
lésion du cuir. Les signes de tel acci-
dent sont, que lors que tel excès se
fait, on oit vn bruit en cesle partie,
comme d’vn coup de fouet, et ce lors
que la solution se fait : puis au tact,
on sent vne cauité au dessus du ta-
lon, à l'endroit que ledit tendon est
rompu. La douleur est grande en la
partie , auec impuissance de marcher
droit à son aise.
La cure se fera en gardant le lit
par vn long temps , appliquant du
commencement des remedes reper-
cussifs sur la partie , pour euiter la
fluxion , et autres mauuais accidens :
puis on vsera de 1 'empla*trum ni-
grum ou dialchalcitcos et autres, se-
lon qu’on iugera le cas le requérir.
Et toutesfois pour cela ne faut espe-
rer receuoir entière guérison du mal,
ains au contraire, dés le commence-
ment faut prognostiquer et prédire
qu’il restera tousiours quelque de-
pression en la partie, auec depraua-
tion de l’action de la iambe : c’est à
dire , que le malade clopinera tous-
iours quelque peu , à raison que les
extrémités du tendon rompu ou re-
lâché ne se peuuent iamais parfai-
tement reioindre.
CHAPITRE XXX VIII.
DES PLAYES DES NERFS ET PARTIES
NERVEVSES L
Il se fait solution de continuité és
parties nerueuses , par causes exter-
nes, en diuerses maniérés, à sçauoir :
1 La fin de ce livre, à partir de ce chapitre,
avait été publiée pour la première fois en
1573, à la suite des Deux liures de Cliirur-
par choses qui confondent , meur-
trissent et escachent , comme coups
de pierre, de baston , de marteau, de
masse, balle d’harquebuse , garrot
d’arbalestre, d’vne morsure, pinsure,
piqueure , et semblables : par choses
aiguës et piquantes , comme d’vne
aiguille, poinçon, lancette, dard, flé-
ché , espine , escharde : ou quelque
partie de besle piquante, comme
d’vne viue : aussi par choses tren-
chantes, comme d'espée ou Cousteau :
ou qui estendent si fort qu’ils rom-
gie, de la génération et des monstres, p. 582 et
suiv., sous ce litre spécial : Des plaies des
nerfs, tendons, et des ioinctures et membranes.
Cette sorte de peiil traité est précédé d’un
avis au lecteur que nous allons reproduire.
AV LECTEVR.
« Ces iours passés, deuisant de la Chirur-
gie, et principalement des plaies faictes aux
parties nerueuses, auec monsieur Belanger
(Médecin ordinaire du Roy , homme sçauaut
et bien expérimenté en la Medecine et Chi-
rurgie, pour auoir suiui longtemps la guerre
ets’estre trouué aux batailles) , tombasmes
en propos des plaies qui se font aux parties
nerueuses, où nostre deuis s’accorda fort l’vn
à l’autre : et ayans discouru sur ceste ma-
tière assez longtemps , et comme n’estant
salisfaict à son gré de ce qui en a esté es-
cript par le passé , me pria, en faueur de la
republique, et de l’amitié qui est entre nous
deux , de mettre par discours, à la fin de ce
présent liure, ce que i’en ay cogneu à l’oeil
et effaict : qui a esté cause que me submet-
tant à sa requeste, ay mis quant et quant la
main à la plume, combien quecene soit icy
le propre lieu d’en traicter. »
Ce traité est divisé en sept chapitres, dont
quelques uns ont été reportés ailleurs dans
les OEuvres complètes ; je les indiquerai en
temps et lieu.
Pour ce premier chapitre , il est entière-
ment reproduit ici quant à la doctrine, bien
que la rédaction ait subi diverses modifica-
tions.
1 12
LE HVITIÉME LIVRE ,
pent et dilacerent, comme estre rom-
pus sur la gesne. L'e là vient que des
playes qui en prouiennent , les vues
sont plus composées que les autres:
aucunes sont superficielles et petites,
autres longues et profondes , et au-
cunes aussi sont faites selon la lon-
gueur du nerf, tendon et membrane,
les autres selon la largeur, auec inci-
sion totale, ou d’vue portion seule-
ment. U y a d’autres différences, les-
quelles ie délaissé pour cause debrief-
ueté.
Les accidens qui en aduiennent
sont douleur vehemente , fluxion, in-
flammation , fleure , déliré , syncope ,
aposteme , gangrené et totale morti-
fication de la partie , spasme , et sou -
uent la mort , et ce pour la commu-
nication et colligance qu’ils ont au
ccrueau et autres parties nobles. Entre
toutes les blesseures des parties ner-
ueuses, la picqueure est celle qui plus
amene de pernicieux accidens , parce
que la playe est petite et estroitte :
au moyen dequoy ny le médicament
y peut entrer, ny la sanie sortir, la-
quelle par sa demeure acquiert vne
virulence, dont elle imbibe la sub-
stance des nerfs, tendons et mem-
branes, et fait qu’en estant engrossies,
s’accourcissent , et par telle repletion
est causée douleur, inflammation ,
spasme, et les autres accidens des
susdits.
Apres celle-cy, les plus dangereuses
sont les playes où les nerfs , tendons
et membranes ne sont coupés qu’à
demy ou superficiellement, parce que
la portion qui n’est coupée , se relire
vers son principe , qui cause grande
douleur et spasme par communica-
tion. Cecy est manifeste aux playes
de la leste, lorsque le Perici ane n’est
qu’à demy coupé , et mesme quand
on l’incise pour appliquer le trépan.
Car n estant que demy incisé, la dou-
leur et accidens y demeurent bien
plus grands, ques’il l’est du tout. Par-
quoy la plus seure playe des nerfs
est celle où ils sont du tout coupés ,
d’autant qu’ils neeommuniquentrien
aux autres parties supérieures, et
ques’en reli ant ils ne Irouuent point
de contrariété. Bien est vray que la
partie demeure debile et priuée de
son action etmouuement le plus sou-
vent.
CHAPITRE XXIX.
CVRE DES PLAYES DES NERFS.
Les playes des nerfs, selon la com-
mune pratique des anciens Médecins
et Chirurgiens , ne doiuent estre
promptement agglutinées, suiuant la
generale indication de solution de
continuité : mais pluslost si elles sont
trop estroiltes, comme les piqueures,
ils commandent qu’elles soient ag-
grandies par incision de ce qui est des-
sus, et qu’on les tienne long temps
ouuertes, à fin de donner issue à la
sanie, et entrée aux medicamens '.
Quant à moy, i’ay plusieurs fois
traité telles playes tout autrement :
et de fresche mémoire en vn nommé
monsieur le Coq , Procureur en Cour
d’Eglise, demeurant en la rue de
nostre-Dame, lequel en serrant cer-
tains papiers qui estoient sur son con-
toir, trouua entre iceux vn trenche-
plume, qui luy passa tout au trauers
de la main : aussi en vn mien voisin ,
qui voulant embrocher vn aloyau de
•L’édition de 1573 applique tout ce qui
vient d être dit aux Playes des nerfs, tendons
et membranes .
DES PJLAYES EN PARTICVLIER.
bœuf qui estoit gelé , se perça de la
broche le milieu de la main de part
en part. le leur ay agglutiné incon-
tinent leurs playes, y mettant dés le
premier appareil de mon baume assez
chaud , sans nulle tente , et autour
un defensif, et furent bien tost gué-
ris , sans leur aduenir aucuns acci-
dens
Toutesfois ie ne conseille pas au
ieune Chirurgien de se bazarder à
suiure telle façon de pratiquer, que
premièrement il ne soit bien exercé
à discerner les diuerses complexions
et habitudes des corps. Car cela ne
pourroit bien succéder, si le corps es-
toit pléthorique . cacochyme , ou de
sentiment fort aigu : en tel cas serait
plus seur d’y besogner, comme nous
dirons cy apres.
Or non seulement les playes des
nerfs different en curation d’auec les
autres playes, mais aussi sont diffe-
rentes entre elles : car combien que
tous medicamens soient propres aux
nerfs blessés, lesquels attirent du pro-
fond, et tarissent les humidités et sa-
nies, si est-ce que ceux qu’on appli-
que aux piqueures , et où les nerfs
ne sont pasdesnués, requièrent et en-
durent bien remedes plus forts, sub-
tils, et desiccatifs (toutesfois sans
mortification) à fin qu’ils puissent pé-
nétrer au profond , en attirer et sei-
cher l’humeur et sanie qui est autour,
ou en la substance d’iceux nerfs. Au
contraire, quand ils sont descouuerts,
il n’est besoin que de medicamens
doux , et qui seichent sans aucune
mordication.
1 Ces deux premiers paragraphes se re-
trouvent en substance à la fin du deuxième
chapitre du Traité de 1573; mais le paragra-
phe suivant, qui modifie la doctrine générale,
ne date que de l’édition de 1575.
1 13
Exemple pour la piqueure de nerf,
ïf. Terebent. Venetæ, olei veteris ana §. j.
Aquævitæ parum.
Autre.
if . Olei terebenthinæ § . j.
Aquæ vitæ 3. j.
Euphorbij 3. fi .
Autre.
if. Radices dragonteæ, brioniæ, valerianæ ,
et gentianæ exsiccatas et in puluerem
redactas : misce cum decocto centaurei,
et oleo aut axungia veteri.
Tu en mettras chaudement dedans
la playe.
Autre.
If. Galbanum, poix grasse, opopanax : liqué-
fiez en eau de vie et fort vinaigre, puis y
meslez axunge de porc, d’oye, de poulie,
de chapon, d’ours, huile vieille, huile de
lis, et semblables.
Autre.
if. Olei hyper, sambuci et de euphorbio
ana § j.
Sulphuris viui subtiliter puluer. §. fi.
Gummiammon. bdellij ana 3. ij.
Aceli boni § . ij.
Vermiumterrestriumpræparatorum § .j.
Bulliant omnia sirnul ad consumptlonem
aceti.
On instillera en la playe de ce mé-
dicament, puis sera appliqué tel Ce-
rat, lequel attire la matière du pro-
fond.
"if. Olei supra script. g.j.
Terebent. Venetæ §. fi.
Diachylonis albi cum gummis 3. x.
Ammoniaci, bdellij in aceto dissolutorum
ana 3. ij.
Resinæ pini, gummi elemi, picis naualis,
ana 3. v.
Ceræ quodsufficit.
Fiat ceratum satis molle.
Tu vseras prudemment aux pi-
queures des nerfs de tels et sembla-
8
ii
LE IIVITIÉME LIVUE ,
1 1 4
blés remedes, les diuersifiaut selon
la qualité et profondeur d’icelles , et
aussi selon la température et habi-
tude des corps, et ayant esgard aux
autres choses considérables *.
Et où par tels moyens la douleur
ne seroit appaisée, mais plustost aug-
mentée, et qu’on veist la partie en-
flammée , et les léures de la playe es-
leuées, ieltant vne sanie sereuse, sub-
tile et virulente , nommée Ichor 2 : on
1 Tout ce qui précède depuis le paragra-
phe Or non seulement lesplayes des nerfs, etc.,
est de rédaction nouvelle , et date de 1575.
Dans le petit Traité de 1573 on lit :
« Pour la curation, deux choses sont à con-
sidérer, à sçauoir, seder la douleur, et garder
qu’ilnesefacenouuelle fluxion et aposteme:
et pour ce faire on appliquera à la plaie , au
commencement, vn médicament dessiccatif,
et de subtile et tende substance, à fin qu’il
pénétré au profond de la pointure, et qu’il
consomme les humidités qui y acquièrent
( comme nous auons dict) promptement acri-
monié, qui ëSt cause d’induire grandes et
extremes douleurs et autres accidents : par-
quoyon y appliquera huille de terebenlhine,
avec vn peu d’eau de vie bien rectifiée, et
pouldre d’euphorbe, ou de souphre incorpo-
rés ensemble, et y seront appliqués assés
chauds, ou en lieu d’iceux huille de vitriol ,
aueceau de vie : et autour de la partie , vn
cataplasme tel que cestui :
2f. Farinæ hord. et orob. ana § . ij.
Sirup. acetos. §iij.
Flor. camomil. p. ij.
Lixiuii quantum sufïicit.
Fiat cataplasma.
» F.t où tels remedes n’auroient peu ap-
paiser la douleur, etc.
H partir de la cinquième édition, on
trouve ici dans le texte entre parenthèse la
phrase latine suivante qui n’existe pas en-
core dans la quatrième: Hanc curandi ra-
lionem V^alescus de Tarenla, lib.\ . c. de con-
uulsione, annolanit, vl est nerui incisionem.
J’ai cru devoir la rapporter dans rés notes,
d’autant plus que sa rédaction latine fait
fortement douter qu’elle soit bien d’A. Paré.
y doit appliquer de l’huile toute fer-
uente , auec vu peu de linge attaché
au bout d’une espatule, et en toucher
le fonds et les parois de la playe trois
ou quatre lois. Ceste cautérisation
fera tost apres appaiser la douleur, à
cause qu’en bruslant le nerf, tendon
ou membrane, on oste le sentiment,
et par conséquent la douleur : ainsi
qu’il appert aux grandes et extremes
douleurs des dents pertuisées , lors
qu’on peut loucher au profond de
leurs racines d’vn fer ardent , ou
d'huile de vitriol rectifiée , ou d’eau
de vie : car cela fait promptement
cesser la douleur, en bruslant le nerf
qui s’insère esdites racines. Nous
voyons aussi aux vlceres corrosiues
et ambulaliues (tousiours accompa-
gnées de douleur extreme) qu’apres
y auoir appliqué vn médicament es-
carotique, comme poudre d’alun,
de mercure , egypliac fortifié , icelle
douleur cesse incontinent *.
Or supposons encores que la dou-
leur perseuere , et qu’il y ait ja com-
1 Ici finit le chapitre 2 du petit Traité de
1573. Le chapitre 3 traite Des Plaies des
ioinc ures, e t le quatrième Delà situation des
ioinctures estant vulnerées ; ils forment ici
les chapitres 4 1 et 42. Enfin les chapitres 5 ,
6 et 7 traitent successivement Du spasme ou
commision, — De la curation — et de la Cure
du spasme par consentement et douleur. Ils
ont été reportés presque en entier et littéra-
lement au livre Des play es en general, où ils
constituent les chapitres 9 , 10 et 11 (voyez
tome l"‘, page 443 etsuiv.). L’unique mo-
dification est qu’au lte chapitre, pag. 44G,
après avoir indiqué les huiles propres à la
picqueure des nerf,, le Traité de 1573 ajoute
à peu près l'équivalent du paragraphe qui
termine ici notre chapitre 39.
«Et où tels mcdicamens ne profileroient,
seroit le plus expédient de couper le nerf ou
tendon tout au trauers, car par ce moien
chasque partie se retirera vers son costé ,
DES PLAYKS EN PARTICVLIEK.
menceraent de retraction des nerfs et
spasme, et que le malade soit en dan-
ger de mort, en tel cas il est expé-
dient de couper du tout le nerf ou
tendon du trauers. Par ce moyen
chasque partie d’icvluy se retirant
vers son coslé , n’y aura plus de con-
traction : vray est que l’action sera
perdue, mais il vaut mieux la perdre
que la vie. Ce que les anciens ont
commandé.
CHAPITRE XL.
HISTOIRE DV DEFVNT ROV CHARLES IX
Or pour instruire le ieune Chirur-
gien , et le dresser mieux à la pra-
tique dessusdite , ie recileray ceste
histoire, qui n’est hors de propos pour
la curation des piqueures des nerfs.
Le Roy ayant la fiéure , monsieur
Chapelain, son premier Médecin, et
monsieur Castelan, aussi Médecin de
sa maiesté, et premier de la Royne sa
mere , luy ordonnèrent la saignée :
et pour la faire on appella vn qui
et ainsy n’y aura plus de contraction ny
spasme. »
Ce paragraphe a été modifié comme on le
lit ici à partir de l’édition de 1575, à l’excep-
tion des mots ce que les ancien s om commandé,
qui datent au plus tôt de celle de 1585.
Du reste, après ce paragraphe suivait im-
médiatement l’histoire du roi Charles IX et
celle de laBaillive Courtin, comme on les va
lire au chapitre suivant, et l’auteur repre-
nait enfin : Le spasme aussi suruienl par trop
grand froid, et le reste qu’on peut lire à la
fin du chapitre 11 déjà cité du livre Desplayes
en general.
» Ce chapitre était confondu avec le pré-
cédent dans l'édition de 1575. L’histoire de
Charles IX avait déjà été rapportée dans les
Deux Hures de Chirurgie de 1573, p. 612.
: i5
auoit le bruit de bien saigner, lequel
cuidant faire ouuerlure à la veine,
piqua le nerf : qui fit promptement
escricr le Roy , disant auoir senti
vne 1res grande douleur1. Parquoy
assez hautement ie dis qu’on desser-
rast la ligature, autrement que le
bras s’enflerait bien fort : ce qui ad-
uint subit , auec vne contraction du
bras , de maniéré qu’il ne le pouuoit
fléchir ny estendre librement , et y
estoit la douleur extreme, tant à l’en-
droit de la piqueure, que de tout le
bras. Pour le premier et plus prompt
remede , i'appliquay vn petit cmplas-
tre de basilicon , de peur que la
playe ne s’agglutinast, et par dessus
tout le bras des compresses imbues
en oxycrat auec vne ligature expul-
siue , commençant au carpe, et finis-
sant près l’espaule, pour faire renuoy
du sang et esprits au centre du corps,
de peur que les muscles ne receus-
sent trop grande fluxion , inflamma-
tion et autres accidens. Cela fait, nous
nous retirasmes à part pour aduiser
et conclure quels medicamens on y
deuoit appliquer pour seder la dou-
leur, et obuier aux accidens qui vien-
nent ordinairement aux piqueures
des nerfs2. le mis sur le bureau qu’on
deuoit mettre en la piqueure de
l’huile de lerebenlhine assez chaude,
auec vn peu d’eau de vie rectifiée, et
sur tout le bras vn emplastre de dia-
chalciteos, dissous auec vinaigre et
huile rosat , en continuant la susdite
ligature expulsiue. Mes raisons es-
1 L’auteur de cet accident , que Paré n’a
pas voulu nommer ici , était A. Portail, qui
n’était pas encore reçu maître chirurgien
Voyez la vie d’A. Paré dans mon Intro-
duction.
2 L édition de 1573 ajoute: qui sont spasme,
gangrené et mortification, et quelquefois sépa-
ration de l’ame d’auec le corps.
LE HV1TIÉME L1VÙE ,
1 16
toient, que ladite huile et eau de vie
ont puissance de penetrer iusques au
fonds de la piqueure, et seicher l'hu-
midité qui sortoit de la substance du
nerf, et par leur chaleur tant actuelle
que potentielle seder la douleur 1 : et
ledit emplastre de diachalciteos a pa-
reillement vertu de résoudre l’hu-
meur ja couru au bras, et prohibe la
descente d’autre humeur. Quant à la
ligature , elle sert de roborer et as-
traindre les muscles, exprimer et
renuoyer aux parties superieuresl’liu-
meur ja descendu . et empescher la
nouuelle fluxion. Ce que lesdits Mé-
decins accordèrent , et conclurent
tels remedes y estre vtiles et neces-
saires. Par ainsi la douleur cessa. Et
pour d’auantage résoudre et tarir
l’humeur contenu en la partie, on
a sa puis apre£ des remedes résolutifs
et desiccatifs comme de cestuy :
2C. Farinæ hordei et orobi ana g . ij.
Flor.camorn. et meliloti ana p. ij.
Butyri recent, sine sale g.j. fi.
Lixinii barbitonsoris q.sulL
Fiat catapl. ad formam pultis.
Le Roy demeura trois mois et plus
sans pouuoir bien fléchir ny estendre
son bras : neantmoins (grâces à Dieu)
il fust parfaitement guéri , sans que
l’action fust demeurée aucunement
vitiée.
Or atiions-nous conclu , où les sus-
dits medicamens n’eussent esté suffi-
sans pour obtenir la curation, d’vser
d’huile feruente , à fln de cautériser
le nerf, ou m( saies de le couper to-
talement . parce qu’il estoit plus ex-
pédient qu’il perdist l’action du bras,
que de le laisser mourir misérable-
ment à faute de ce faire. Comme il
1 L’édition de 1573 ajoute: Ce que i’auois
faict en cas semblable plusieurs fois auec bonne
el heureuse issue.
estoit aduenu de recente mémoire à
mademoiselle la bailliue Courtin, de-
meurant rue sainte Croix , près la
Bretonnerie , à Paris : à laquelle pour
auoir esté ainsi mal saignée , le bras
luy tomba en gangrené et totale mor-
tification , dont elle mourut par faute
d’auoir esté ainsi secourue L
El ce suffira pour la curation des
piqueures.
Mais où les nerfs seront descou-
uerts , n’y faudra appliquer medica-
mens si forts : car ils induiroient plus
grande douleur, et ameneroient plus
grands accidens : partant on en appli-
quera de doux , qui seichent sans
aucune acrimonie ou mordication.
Exemple :
If. Tereb. Venet. lotæ in aqua rosar. g . ij.
lioli arm. subtil, puluerisati et ireos Flo-
rent. ana 5. ij.
Incorp. simul.
Pareillement nostre baume est en
tel cas excellent. Aussi est bien ces-
tuy fort recommandé de Vigo :
2£. Olei ros. omphacini §. fi.
Olei de terebenth. 3 . i i j .
Succi plantag. 3. O.
Seminis hypericonis aliquantulum con-
triti m. fi.
Tulhiæ preparatæ 5. iij.
Calcisdccieslotæcumaqua plantag. 2. ij.
Antimonij 5.j.
Sepi hircini et vilul. ana 3. v.
Yerrniumterrest. lotor. cum vinog .j.fi.
Palliant omnia simul , dempta tuthia , in
cyalho deeoctionis hordei vsque ad con-
sumptionem aquæet vini: colentur, rur-
susque igni admoueantur, addendo tu-
thiam, et ilatlinimentum cum cera alba,
et 3. /< . croci.
Ce Uniment mitige la douleur, et
est incarnatif, et engendre chair des-
sus les nerfs descouuerts.
1 La fin de ce chapitre manque dans le
Traité de 1573.
L1KS PLAY FS F. X PAKÏJCVL1ER.
Tu accommoderas proportionnelle-
ment la prédite curation aux tendons
et membranes , n’oubliant aussi à
conforter iceux nerfs ( en quelque
sorte qu’ils soient blessés) à l’endroit
de leurs origines et passages plus
insignes , comme la teste , l’espine , le
col , les aisselles et aines : et ce auec
huiles chaudes, comme huile laurin ,
delis, de vers, desauge et semblables 1 .
CHAPITRE XL1.
DES PLAYES DES IOINTVRES 2.
Parce que les playes des Iointures
ont quelque chose de particulier ou-
tre ce qui a estédités nerfs, pourceste
cause nous en traiterons à part en
ce chapitre.
Or icelles sont dangereuses , et le
plus soutient mortelles , à cause des
aponeuroses, ou tendons membra-
neux qui les lient, ausquels s'insèrent
des nerfs, et partant ont grand senti-
ment, qui cause les susdits acci-
dens : et encores plustost si la playe
est en la partie intérieure des iointu-
res , comme sous les aisselles , au ply
du bras , au dedans du Carpe de la
main, et sous leiarret, pourles gran-
des veines , arteres et nerfs qui sont
en ces parties, esquelles la solution
de continuité fait hémorrhagie et
grande douleur, et autres accidens :
ausquels faut obuier selon la nature
et qualité de chacun : comme s’il y a
flux de sang, l’estancher, et s’il y a
■ Le chapitre se terminait ici dans l’édition
de 1575 ; mais dans celle de 1579 et dans les
suivantes, il y a un article fort curieux
sur la rupture du tendon d'Achille, que j’ai
cru devoir reporter à la lin du chapitre 37.
Voyez ci-devant page 110.
2 Ce chapitre se retrouve en entier dans le
petit Traité de 1573, ou il fait le chap.3.
douleur, la seder tant qu’il sera pos-
sible.
Si la playe est fort grande , on la
recoudra pour réunir les parties sé-
parées, délaissant vn orifice en la par-
tie decliue, pour donner issue à la sa-
nie : et lors que la playe sera cousue,
on y appliquera de ceste poudre or-
donnée par de Vigo, par l’espace de
deux iours.
¥• Thuris.sang. drac., boli arm. ter. sigill,
ana §. ij.
Aloës, mast. ana 3. j.
Fiat puluis subtilis.
Laquelle soit aspergée sur la cous-
ture. Puis on appliquera vn defensif
autour de la iointure, fait de blancs
d'œufs, peu d’huile rosat, bol, mastic
et farine d’orge : et si on y met vne
tente, elle sera courte, et de grosseur
qu’il sera besoin , à fin qu elle n’in-
duise douleur : et sera ointe d’vn di-
gestif fait de iaune d’œuf, huile rosat,
terebenlhine lauée et un peudesaf-
fran.
Et si ladite playe estoit petite et es-
troite, on l’agrandira, s’il est besoin,
à fin que les humeurs, qui par le
moyen de la douleur seroient «nés à
la partie, puissent auoir libre issue.
D’auantage faut tenir la partie en
repos, et se garder du froid , et d’ap-
plication de medicamens relaxans,
emolliens et humectans : mais au con-
traire faut qu’ils astreignent et sei-
chent.
Exemple d’vn cataplasme.
2f. Furfuris macri , far. bord, et fab. ana
* a; üij •
Flor. camom. melil. ana m. fi .
Tereb. g.iij.
Mellis communis §. ij.
01. myrt. ^ . j.
Oxym. simpl. vel oxycrati , vel lixiuij
comm. q. suff.
Fiat catap. ad formam pultis.
LE HV1TIEME LIVRE
Autre.
7f. Lie de vin, son de froment, du tan, noix
de cyprès , de galles , terebenthine : soit
fait cataplasme.
On en peut faire plusieurs autres
qui ont semblable vertu d’astreindre,
seicher et roborer les iointures : et en
ce faisant sedent la douleur, et gar-
dent que les humeurs ne courent à la
partie. Au dedans de la playe , et au-
tour d'icelle, on se gardera d’appli-
quer medicamens huileux, si n’esloil
pour seder une grande douleur, d’au-
tant qu’ils relaschent la substance
des muscles , nerfs et membranes, et
les rendent plus faciles à receuoir
fluxion : ioint que par lesdites huiles
la playe en est rendue plus sordide
et humide, et partant plus difficile à
consolider : parquoy vseras de medi-
camens desseichans et astringens.
Exemple d’vn remede astringent et agglutinait f.
2f. Tereb. Vend. § . ij.
Aquæ vitæ parum.
Pul. mast. aloës, myrrhæ, boli arm. ana
5-ij-
Nostre baume y est bon aussi, en
y adioustant de la poudre desicca-
tive sans acrimonie, selon qu’on verra
estre besoin. El s’il suruient quelques
accidens, on y remédiera par remedes
conlrarians à iceux.
Sur tout on doit euiter le froid ,
parce qu’il est totalement contraire
aux playes et vlceres, et principale-
ment des parties nerueuses. Qu’il soit
vray , beaucoup d’hommes blessés
meurent en hyuer , mesmes de pe-
tites playes , qui ne mourroient
de plus\ grandes en Esté. Et cela
s’accorde bien au dire d’Hippocra-
tes, à sçawoir, qu’aux parties vlee-
rées le froid est mordicaut 1 : il en-
1 Apbor. 20, sect. 6. — A. P.
durcit le cuir, fait douleur, rend
les playes insuppurables ( d’autant
qu’il diminue ou esteint la chaleur
naturelle qui fait la suppuration) en-
gendre liuidité, frissons, fiéures, con-
uulsions, et tensions.
Et faut icy noter que de telles
playes sortent diuers excremens, et
principalement une humidité glai-
reuse, mucilagineuse, el quelquesfois
liquide, qui est l’humeur dont les
iointures sont entretenues et alimen-
tées , ainsi que chacune partie est
nourrie de propre humeur. Car cha-
que partie a son baume naturel ,
propre à sa nutrition et entretien, le-
quel lors que la partie est vulnerée ,
se découlé, ainsi que l’on voit lors
qu’on taille la vigne découler une hu-
midité, qu’on appelle séue : c’est ce
dont est fait le Callus és fractures *.
Telle humidité des parties nerueuses
estant glaireuse, et comme congelée,
monstre bien qu’elle est accompagnée
d’une grande froideur, qui cause vne
douleur exlreme , et répugnante à
tous remedes potentiellement chauds.
Cela monstre aussi, qu’en toute dou-
leur des iointures, s’il y a matière, elle
est plustosl froide que chaude. Et
pour appaiser ceste douleur, et corri-
ger l’intemperature froide, on doit
appliquer choses calel'actiues , non
seulement potentiellement, mais aussi
actuellement : comme vessies de bœuf
ou de porc , demi-pleines d’vne de-
1 Dans le petit Traité de 1573, il y a ici une
citation qui a disparu depuis, et qu’il est bon
de reproduire, alin de faire voir que Paré ne
négligeait aucune des sources d’instruction
qu’il pouvait se procurer; il s’agit de Para-
celse en sa grande Cuira, jie.
« El c’est cc que Paracelse dit, que chaque
partie a son baume propre à sa nutrition ou
entretien, etc. » Voy. p. 594.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
coction resolutiue , ou des briques
fort eschauffées, puis esteintesen vin,
et posées tout autour de la iointure,
les reschauffant ainsi qu’il sera be-
soin. Ceste chaleur ainsi actuelle aide
nature à cuire, digerer,et résoudre
l’humeur contenue en la partie, et la
fortifie : ce qui est grandement néces-
saire , d’autant que la chaleur des
iointures est petite, et pource ne peut
réduire les medicamens de puissance
à effet, si elle n’est aidée par le béné-
fice des remedes aciuellement chauds.
Pour confirmation de ce, ie te re-
citeray ce qui m’aduint vn iour estant
en hyuer en mon estude. Vn vent
coulis me donna tellement contre vne
hanche, que me voulant leuer, il me
fut du tout impossible, pour le froid
qui auoit refroidi les parties nerueu-
ses, et senlois vne extreme douleur,
laquelle ne peut estre appaisée que
par application de bricques fort chau-
des , aussi des vessies de bœuf demi-
pleines d’une décoction d’herbes
chaudes, par fois des bouteilles rem-
plies d’eau bouillante , autresfois de
mil et auoine fricassés en vne poille
auec vn peu de vin blanc. Ceste cha-
leur actuelle me fist perdre la dou-
leur : ce que n’eussent jamais fait les
remedes potentiellement chauds.
CHAPITRE XLII.
DE LA SITV ATION DES PARTIES BLESSÉES 1 .
Pour retourner à nostre propos , le
Chirurgien méthodique poui uoira au
1 Ce chapitre fait suite au précédent dans
l’édition de 1575; dans ie petit traité de 1573,
il formait le chapitre 4 sous ce titre : De la
situation des ioinelures estons vulnerées; mais
il ne commençait qu’au deuxième para-
119
surplus de la curation de telles playesi
prenant indication deschoses naturel-
les, non naturelles , et contre nature.
Sur tout il regardera à bien situer la
partie dont la iointure est vulnerée :
parce que par la mauuaise situation,
les accidens mauuais accroissent, et
soutient apres la curation de la playe
le membre demeure roide , retrait et
tortu. Parquoy il notera ce que nous
en dirons présentement, pour le bien
obseruer en temps et lieu.
Si la playe est en la partie ante-
rieure de l’espaule , on doit mettre
sous l’aisselle vne assez grosse com-
presse, et mettre le bras en escharpe,
supportant le coude, à fin d’esleuer et
tenir la teste de l’os du haut du bras
contre-mont, et par ce moyen l’agglu-
tination et consolidation sera mieux
et plustost faite. Si la playe est en
la partie inferieure, lors que Nature
commencera à produire chair , et
joindre les labiés de la playe, on fera
leuer , hausser , et mouuoir diuerse-
ment et par interualles le bras ma-
lade. Car si on manque de ce faire ,
le malade ne pourra iamais bien mou-
uoir le bras, apres que la cicatrice
sera faite , et aussi qu’en ceste ioin-
ture il se fait le plus souuent vne dis-
position , dite des Grecs AnchylosisK
Si la playe est en la iointure du
coude , faut situer le bras en figure
moyenne , c’est à dire , non du tout
droit ny plié. Par ainsi apres la con-
solidation, on s’aidera trop mieux du
bras, que s’il demeuroit droit ou trop
courbé.
Lors qu’il y a playe au carpe ou
aux iointures des doigts extérieures
graphe, le premier étant rattaché au cha-
pitre 3e.
1 Le Traité de 1573 dit seulement : Le ma-
lade ne pourra iamais bien leuer le bras en
hault.
120
LE HVITIEME LIVRE, DES PLAYES EN PARTICVLIER.
ou intérieures , les doigts de la main
se doiuent tenir demi-flechis , en met-
tant dedans la main une pelote ou
compresse. Car si on les tient droits
et non courbés, ils demeureront quasi
impuissans en leur action , qui est de
prendre. Et aduenant que la main
demeurast demi-flechie apres la cu-
ration, le malade s’en pourra encores
aider à prendre diuers instruments,
comme vne espée,picque, hallebarde,
la bride d’vn cheual , et faire autres
actions de la main.
S’il y a playe en la ioinfure de la
hanche, on la doit tellement situer,
que la teste de l'os femoris ne sorte
hors de sa place, qui se fera par bon-
nes compresses et ligatures. Le ma-
lade se tiendra couché sur le dos.
Quand la playe commencera à se con-
solider, on fera mouuoir l’os femoris
dedans sa boette, à tin qu’il ne se face
vne conionction de la teste dudit os
contre la cauité de l’os Ischion ,
comme nous auons dit qu’il falloit
faire du bras.
Si la playe est faite en la iointure
du genoüil, on fera tenir la iambedu
malade toute droite : car il ne pour-
roit bien cheminer apres, parce qu’il
demeureroit boiteux *.
1 Le traité de 1573 donnait un tout autre
conseil :
« Si la playe est faicie en la ioinciure du
genouil, on fera tenir la iambe du malade non
droicle, mais vn peu courbée, car si elle deineu-
roit droite il ne pourroit bien cheminer ■■ aussi
si elle esloit trop ployée , le malade seroil fort
boiteux , parlant sera tenue vn peu Jlecltie ».
pag. 600.
Les iointures du pied et des orteils
vulnerés , seront tenues droites , et
non courbées et fléchies : autrement
l’on ne marcheroit pas bien.
Et pour le dire en vn mot, la situa-
tion de la iambe et du pied, est toute
differente à celle du bras et de la
main *.
CHAPITRE XLIII.
DES PLAYES DES LIGAMENS1 2.
Pour le surplus de la curation des
parties nerueuses . i’ay encores à ad-
uertir touchant les ligamens vulne-
rés, qu’ils n’ont rien de particulier ,
sinon qu’il les conviendra agglutiner,
desseicher , et consolider plus seure-
ment, et aucc medicamens plus forts :
parce qu'ils sont fort durs et secs, et
n’ont point de sentiment. Leur cura-
tion a esté comprise cy dessus, et spé-
cialement sous les playes des ioin-
tures.
Quant aux accidens que nous avons
dit au commencement suiure les
playes des nerfs, aucuns appartien-
nent au Médecin, et ceux qui touchent
le Chirurgien ont esté traités ail-
leurs. Parlant nous ne nous y arres-
terons d’auantage, et ferons en cest
endroit finir ce présent liure , duquel
Dieu soit loiié et remercié.
* Cette dernière phrase manque dans le
Traité de 1573, et même encore dans l’édi-
tion de 1575.
2 Ce chapitre manque au petit traité de
1573; il a étéajouté à l’édition de 1575.
PREFACE
SVR LE LIVRE
DES PLAYES FAITES PAR HARQVEBVSES
Devant qu’entrer à bon escient
en la description des Playes faites
par Harquebuses et curation d’i-
celles, il m’a semblé bon, pour mettre
le Lecteur en goust, deuant que le
présenter à vne table diuersifiée de
tant de mets et fricassée de poudre à
canon , toucher icy en bref qui fut
rinuenteur d’une si pernicieuse ma-
chine de guerre , en combien d’espe-
ces elle a esté tournée et variée, ayant
chacune son nom selon son vsage, et
combien elle est dommageable au
genre humain.
Polydore Virgile, chapitre second
du liure deuxième des Jnuenleurs des
choses , dit l’artillerie auoir esté in-
uentée par un Allemand de basse con-
1 Cette préface a paru pour la première
fois dans la deuxième édition des œuvres
complètes, c’est-à-dire en 1779; et il n’y
a rien été changé dans les éditions sui-
vantes.
Je dois ici rendre raison de l’orthographe
que j’ai suivie pour le mot harquebuses. Dans
son livre de 1545, Paré écrivait hacquebutes;
en 1564, hacquebutes ou haquebules ; et à par-
tir de la première édition des œuvres com-
plètes il écrit hacquebutes, harquebuzes Ci har-
quebuses indifféremment. Nous sommes bien
obligé d'abandonner le premier mot , puis-
que , dans celle préface même, Paré donne
dilion, qui en fut induit en telle sorte.
Cesl homme, né pour le péril et def-
faitle de l’humain lignage, gardoit vn
iour pour certain affaire dans un
mortier , de la poudre qui depuis
pour son principal vsage a esté ap-
pellée poudre à canon, et l’auoit cou-
verte d’vne pierre. Advint qu’en ti-
rantdu feu d’une pierre auec son fusil,
vne petite estincelle tomba dans ce
mortier, et soudain la poudre ayant
pris feu , fit sauter cette pierre en
haut : ce qui festonna , et ensemble
luy apprit la force de ceste matière,
de sorte que faisant un petit ca-
non de fer , et composant la pou-
dre , il essaya ceste machine : et
voyant son fait reüssir à son sou-
comme sources étymologiques le mot l’ran-
çois arc et le mot italien buzio ; ce qui ne
convient plus avec hacquebutes. D’après cette
double étymologie, il eût fallu aussi retran-
cher Vit comme on l’a fait plus récemment ;
mais si le mot arquebuse se rencontre au xve
siècle , c’est si rarement que l’on peut accu-
ser une faute d’impression ; et j’ai dû main-
tenir l’orthographe de l’cpoque. Quant à l’.s
substituée au z, je l’ai trouuée assez fré-
quemment pour en conclure que cette sub-
stitution était déjà admise; et je l’ai adoptée
comme se rattachant d’avantage à l’ortho-
graphe actuelle.
1Q2
PREFACE
Lait , fut le premier qui enseigna
aux Vénitiens l’usage de cesle dia-
blerie, en la guerre qu’ils eurent con-
tre les Geneuois, l’an de notre salut
mil trois cens octante , en vu lieu ja-
dis nommé fosse Clodiane, à présent
Cbioggia.
Combien que selon le iugement de
Pierre Messie, chapitre huitième, en
la première partie de ses diverses Le-
çons , ceste inuention doit estre plus
ancienne : à cause qu’en la Chroni-
que d’Alphonse, onzième Roy de ( as-
tille, qui conquist les Isles Argezires,
il se trouve qu’estant au siège de la
ville , en l’an mil trois cens quarante
trois, les Mores assiégés tiroient cer-
tains tonnerres auec des mortiers de
fer. Encores long temps auparauant,
qui fut y a quatre cens ans et plus, en
la Chronique du Roy Alphonse qui
conquist Tolede, le seigneur Don Pe-
tre, EuesquedeLeon, escrit qu’en vne
bataille de mer, qui fut entre le Roy
de Tunes et le Roy More de Seuile,
auquel le Roy Alfonse fauorisoit, les
Tuningeois auoient certains ton-
neaux de fer ou bombardes, et qu’a-
vec ce ils tiroient force tonnerres de
feu : ce qui deuoit estre artillerie ,
bien qu’elle ne fust à la perfection de
maintenant.
L’inuenteur de ceste machine a eu
pour recompense que son nom et sa
profession ont esté inconnus de tout
le monde , comme indigne d’aucune
mémoire , pour le malheur qu’il nous
a introduit. Combien qu’ A ndré Theuet
en sa Cosmographie, parlant desSué-
uians , peuples d’Allemagne, auance
de l’autorité d'un certain vieil liure
escrit à la main, tel homme Allemand
auoir esté Moine et Philosophe, ou
Alchimiste de profession , du pays
de Fribourg , nommé Constantin An-
clzen.
Quoy qu’il en soit , ceste machine
a esté premièrement appellée li m-
barde , à cause du bruit qu’elle fait,
que les Latins conformément au na-
turel du son appellent Bombus. De-
puis à ceste première inuention de
sov rude et imparfaiie , le temps,
l’art, et surtout la malice des hommes
a beaucoup adiousté. Car première-
ment quant à la matière , au fer ont
succédé le bronze et le cuiure , mé-
taux plus traitables et fusiles , moins
aussi suiels à la roüille. Seconde-
ment ceste première simple et lourde
masse de canon a este diuersifiée en
cent façons, iusques à les monter sus
des roues, à fin que non seulement de
plus haut , mais aussi de plus grande
vistesse , elles peussent courir à la
ruine des hommes, les premiers mor-
tiers ne semblans assez maniables ny
assez cruels par vn simple vomisse-
ment de fer et de feu. De là sont ve-
nus ces horribles monstres de f anons ,
doubles Canons , Baslardes , Mosquets,
Passe-volans , et pièces de campagnes,
ces furieuses bestes de Coukuurines ,
Serpentines , Basilisq< , Sacres, Fau-
cons, Fauconneaux, Verses, Flcules, Oi -
gnis, et autres infinies especes, toutes
de diuers noms , non seulement tirés
et pris de leur figure et qualité, mais
bien d’auantage de leurs effets et
cruauté. En quoy certes se sont mons-
trés sages , et bien entendus en la
chose , ceux qui premièrement leur
ont imposé tels noms, qui sont pris
non seulement des animaux les plus
rauissans, comme des sacres et fau-
cons, mais aussi des plus pernicieux
et ennemis du genre humain, comme
des serpens, couleuurcs , et basilisqs ,
pour monstrer que telles machines
guerrières n’ont autre vsage, et n’ont
este inuentées à autre fin et intention,
que pour ravir promptement et cruel-
DES PLAYES PAR IIARQVEBVSES. 12d
lement la vie aux hommes : et que les
oyans seulement nommer, nous les
eussions en horreur et détestation.
le laisse plusieurs autres pièces
moindres en corps, mais de force et
cruauté plus pernicieuses , de tant
qu’elles attaquent nostre vie de plus
près , et qu’elles nous peuuent sur-
prendre à l’improviste et trahison ,
sans qu’il y ait moyen de s’en donner
garde , comme sont les pistolet pisto-
lets, petits bidets, et autres semblables,
petits lézards et scorpions, que l’on
peut aisément cacher dedans les
chausses. Entre ces deux especes tien-
nent le moyen les harqutbuses à croc,
que l’on ne peut bien tirer si elles ne
sont liées et accrochées sur du bois ,
les mousquets pixtrinals , que l’on ne
couche en iouë , à cause de leur cali-
bre gros et court , mais qui se tirent
de la poitrine, et les harquebuses com-
munes : le tout inuenté pour la com-
modité des gens de pied, et pour des-
serrer balles et dragées. Le mot gene-
ral imposé parles Latins, est Sclopus,
à l’imitation du son , et des Italiens
qui disent Sclopetere: par les François
harquebuse , mot pareillement tiré des
Italiens, à cause du trou , par lequel
le feu du bassinet entre auant dans le
canon , car les Italiens nomment vn
trou Buzio : et se nomme arc, à cause
qu’on en vse maintenant , comme ia-
dis on faisoit des arcs à la guerre, veu
que les archers auoient le temps passé
la première pointe, comme à présent
ont les harquebusiers aux combats et
batailles.
De ceste misérable boutique et
magazin de cruauté, sont sortis les
mines, contre-mines, les sapes, les
pots à feu, les traits, les lances et ar-
balestes à feu, les tonneaux meur-
triers, les sachets, les traînées, les fu-
zées , les fagots bruslans , les cercles,
les oranges, les grenades, les pelotes,
les pots et carreaux à feu : très mi-
sérable inuenlion , par laquelle nous
voyons souuenl vne milliasse de pau-
ures hommes fricassés sous vne mine,
ou cazematle : les autres en l’ardeur
du combat atteints, voire legierement
de quelqu’vn de ces engins , brusler
cruellement dans leur barnois,sans
mesme que les eaux puissent refrener
et esteindre la furie d’vn tel feu.
Ce n’estoit doneques assez d’auoir
armé le fer et le feu contre nous , si
mesme pour haster le coup on n’eust
quasi comme empenné telles armes ,
les faisant voler aux despens de nostre
vie , appropriant des ailes à la mort ,
pour accabler l’homme plus soudai-
nement : pour la conseruation du-
quel toutesfois telles choses auoient
esté premièrement créées. Vrayement
quand en moy-mesme i’oy parler
des machines desquelles les anciens
vsoient,fustpour assaillir les hommes
en combat et rencontre , comme sont
les arcs, dards, arbalestes, frondes : fust
pour forcer les villes, comme sont bé-
liers, chenaux, vignes, tortues , batistes ,
et autres semblables, me semble que
i’oy parler de petits ioüets d’enfans,au
regard decelles-cy,quipouren parler
proprement et à la vérité, surpassent
en figure et cruautéles choses que l’on
sçauroit penser les plus cruelles. Que
sçauroit-on imaginer en ce monde de
plus espouuentable et furieux que la
foudre et tonnerre? Et toutesfois le
tonnerre ordinaire et naturel n’est
par maniéré de dire rien , au regard
de ces machines infernales : ce qui se
pourra aisément comprendre par la
comparaison des effets de l’vn et de
l’autre.
Nature a bien voulu honorer et pri-
uilegier l’homme , inferieur en force
corporelle aux bestes , de cecy : c’est
PREFACE
1 2 4
que le seul homme ne meurt tous-
iours estant frappé de foudre, et au
contraire pour peu que les autres ani-
maux qui sont suiets à la foudre en
sont touchés, en meurent soudain.
Car comme ainsi soit que tous ani-
maux frappés du foudre tombent
de l’autre costé , le seul homme ne
meurt point, s’il ne tombe sur la par-
tie frappée du foudre , ou s’il n’est
tourné par force du costé d’où la
foudre vient. Mais l’artillerie n’espar-
gne non plus les hommes que les
bestes : et sans discrétion, de quelque
costé qu’elle vienne, en quelque costé
qu’elle frappe , en quelque façon
qu’elle les renuerse , leur emporte la
\ie. Il y a plusieurs remedes pour
se garder contre le tonnerre. Car ou-
tre les charmes , par lesquels les an-
ciens Romains croyoient la foudre
pouuoir estre conjurée et diuertie
ou excitée , on ne veit iamais la fou-
dre descendre plus auant que cinq
pieds en terre. De là vient que ceux
qui la craignent font caves profondes
en terre, pour s’y retirer comme en
sauueté. On dit que le Laurier n’est
iamais frappé de la foudre : c’est pour-
quoy le temps passé , et encore au-
iourd’huy , il est pris pour un signal
de victoire. Parquoy l’Empereur Ti-
bère, craignant sur toutes choses le
tonnerre, se faisoit promptement cou-
ronner de laurier, au moindre bruit
qu’il eust ouy en l’air. On lit de quel-
ques-vns auoir fait faire des tentes de
peaux de veaux marins, pour ce que
cest animal a cela de particulier, que
iamais il n’est atteint du foudre. L’Ai-
gle aussi est dit auoir ce priuilege en-
tre les oiseaux , de n’est re frappée de
la foudre : c’est pourquoy on l’ap-
pelle cousteliere de Iupiter , dit Pline ,
liure 2, chap. 54 et 55. Mais contre
l’artillerie, rien ne seruent les paroles
et incantations, rien le laurier victo-
rieux, rien le veau marin, rien chose
quelconque, non pas mesme vne mu-
raille opposée, espaisse de dix pieds.
Bref cecy monstre la fureur inexpu-
gnable de l’artillerie, au regard du
tonnerre : c’est que le tonnerre se
peut dissiper par son de cloches, bas-
sins d'airain, et mesme par le bruit de
l’artillerie : les nuées , du heurt et
combat desquelles se fait le tonnerre,
estans par telle agitation de l’air, ou
dissipées ou chassées en autre pays
bien loin: mais la fureur et orgueil de
l’artillerie ne s’appaise pour chose
quelconque.
Il y a quelques temps et quelques
régions exemptes de foudre : car on
ne voit gueres tomber la foudre au
cœur de lTlyuer, non plus qu’au gros
de l’Esté. Ce qui aduient de deux rai-
sons contraires : car en Hyuer l’air
est fort espais, aussi sont les nuées, de
sorte qu’aisément estreignent tout le
feu que pourroient avoir chargé les
exhalations de la terre, qui néant-
moins sont lors froides et glaciales :
de là vient que la Scythie et les ré-
gions froides qui sont à l’environ ,
c’est à dire, la Tartarie, Liuonie, Mos-
couie, Russie, et autres pays voisins,
sont exempts de foudre. Comme au
contraire les grandes chaleurs en pré-
servent l’Égypte : car les exhalations
et vapeurs de la terre, qui sont chau-
des et seiches, se conuerlissent par la
chaleur vehemente en petites nuées
qui n’ont point de force , comme dit
Pline1. Mais comme l'inuenlion, aussi
la tempesle et dommage de l'artille-
rie , s’est espandue comme vne peste
par toutes les provinces de la Terre :
et en tout temps le Ciel retentit sous
la plaintive voix de ceux qui en sen-
1 Liu. 2. chap. 50. — A. P.
DES PLAYES PAH HARQUEBVSES.
1 2 5
lent les accès. Le tonnerre ordinaire-
ment n’a qu’vn coup, qu’vne foudre,
et ne frappe qu’vn homme à la fois :
mais l’artillerie d’vn seul coup peut
accabler une centaine d'hommes.
La foudre le plus souuent , comme
estant chose naturelle, tombe for-
tuitement, tantost sur un chesne, tan-
tost sur vne montagne, tantost sur
une tour, et rarement sur l’homme :
mais l’artillerie conduite par la mali-
gne dextérité de l’homme, n’appele
que l’homme , n’a autre but que
l’homme , le mire seul et choisit seul
entre une milliasse de choses. La fou-
dre par le bruit de son tonnerre
auant-courenr, quelque bonne espace
de temps deuant, nous aduerlit de sa
tempeste future : mais l’artillerie, qui
est le comble de tout le mal, en gron-
dant frappe, et en frappant gronde,
enuoyant aussi tost la balle mortelle
dans l’estomach , que le son et bruit
dedans l’oreille.
C’est donc à bon droit que nous dé-
testons l’auteur d’une si dommagea-
ble et pernicieuse inuention : comme
au contraire deuons estimer ceux di-
gnes de grandes louanges, qui ou par
paroles taschent à reuoquerlesPrinces
et Roys de la pratique d’vne si misé-
rable et funeste machine : ou par ef-
fets et escrits s’estudient à donner
quelques remedes à ceux qui en au-
roient esté atteints.
Ce qui m’a esmeu presque le pre-
mier entre les François à escrirc de
ceste matière <. Mais devant que faire
courir ma plume en ceste carrière ,
il m’a semblé bon, pour plus facile
intelligence du Traité principal que
ie prétends mettre en lumière des
playes faites par harquebuses , faire
marcher deuant deux Discours, pour
arracher quelques opinions de la
fantasie de plusieurs, qui me sem-
blent du tout fausses: la falcité des-
quelles si elle n’est conuaincue , il
n’est pas possible de rien entendre en
l’essence de ce mal , ny rien faire à
profit et honneur en la cure d’iceluy.
Le premier Discours, adressé au
Lecteur, condamne par viues raisons
la façon de Vigo , qui brusloit les
playes faites par harquebuses , et
les cauterisoit, pensant qu’elles par-
ticipassent de quelque vénénosité. Au
contraire , celle qui guaril telles
playes par les suppuratifs, est autant
douce et salubre , comme celle dudit
de Vigo est cruelle et pernicieuse.
Le second Discours adressé au
Roy, monstre lesdites playes ne par-
ticiper d’aucune vénénosité , ains la
cacoëthie et male morigeration d’i-
celles, dépendre entièrement du vice
de l’air, et de la cacochymie des corps
offensés.
1 II y a certainement une grande modestie
dans cet aveu, car Tagault ne dit mot des
plaies par armes à feu , et tout ce qui en
avait été écrit en France avant Paré se borne
à la traduction de Vigo par Nicolas Godin.
DISCOVRS PREMIER
SVR LE FAIT DES HAROVEBVSADES ,
ET AVTRES BASIONS A FEV*.
L’an mil cinq cenl trente-six , le
grand Roy François envoya vne gran-
de armée en Piedmont, pour enui-
tailler Thurin , et reprendre les vil-
les et chasteaux qu’auoit pris le Mar-
quis du Guast, Lieutenant general de
l’Empereur : ou monsieur le Connes-
table , lors Grand - Maistre , esloit
Lieutenant general de l’armée, et
monsieur de Monlejan Capitaine ge-
neral des gens de pied ( duquel alors
i’estois Chirurgien ). Vne grande par-
tie de l’armée arriuée au pas de Suze,
trouuasmes les ennemis qui tenoienl
le passage et auoient fait certains
forts et tranchées, de façon que pour
les faire débusquer et quitter la place,
il conuint combattre , et il y eut plu-
sieurs tués et blessés tant d’vne part
que d’autre. Mais ce fut à eux de
tout quitter et gaigner le Chasteau ,
où bientost furent sommés de leur
rendre : ce qu’ils tirent , et sortirent
seulement la vie sauue , en chemise,
et le baslon blanc au poing, dont la
plus grande part s’en allèrent gaigner
•Ce discours parait dater de J 575 ; c’est
en effet dansla première édition desOEuvres
complètes que je le rencontre pour la pre-
mière fois. Paié y fait l’histoire de sa décou-
verte avec des détails qui ne se trouvent
pas dans la grande Apologie.
le Chasteau de Villane , où il y auoit
enuiron deux cents Espagnols.
Monseigneur le Connestable ne le
voulut laisser en arriéré, à fin de ren-
dre le chemin libre. Iceluy est assis
sur vne petite montagne, qui donnoit
grande asseu rance à ceux de dedans,
qu’on ne pourroit asseoir l’artillerie
pour les battre: et furent sommés de
leur rendre, ou qu’on les mettroit en
pièces : ce qu’ils refusèrent tout-à-plat,
faisant response qu’ils estoient au-
tant bons et fideles seruiteurs de l’Em-
pereur , que pouuoit estre Monsieur
le Connestable du Roy son maistre.
Leur response entendue , on fit de
nuit monter deux groscanons à force
de bras auec cordages, par les Suisses
et Lansquenets : où le malheur vou-
lut, qu’estant les deux canons assis,
vn Canonnier mist par inaduertance
le feu dedans vn sac plein de pou-
dre à canon , dont il fut bruslé , en-
semble dix ou douze soldats : et en
outre la flamme de la poudre fut
cause de descouurir l’artillerie, qui
fist que toute la nuit ceux du Chas-
teau tirèrent plusieurs coups d’har-
quebuses à l’endroit où ils auoient
peu descouurir les deux canons, dont
tuèrent et blessèrent quelquenombre
' de nos gens. Le lendemain de grand
I matin on fit batterie , qui en peu
DISCOVRS SVR LE LIVRE DES
d’heure fit breche. Estant faite , de-
mandèrent à parlementer, mais ce fut
trop lard : car cependant nos gens de
pied François , les voyans estonnés ,
montèrent à la breche , et entrèrent
dedans, et les mirent tous en pièces,
excepté vue fort belle et ieune Pied-
montoise, qu’vn grand seigneur vou-
lut auoir pour luy tenir compagnie
la nuit, de peur du Loup garou. Le
Capitaine et Enseigne furent pris en
vie , mais bien tost apres pendus et
eslranglés sur les créneaux de la
porte de la ville , à fin de donner
exemple et crainte ausdits soldais Im-
périaux n’estre si temeraii es et si fols,
vouloir tenir telles places contre vne
si grande armée Or tous les susdits
soldats du Chasteau , voyans venir
nos gens d’une très -grande furie,
firent tout deuoir de se defendre ,
tuerent et blessèrent vn grand nom-
bre de nos soldats à coups de pic-
ques et d’harquebuses,où les Chirur-
giens eurent beaucoup de besogne
taillée.
I’estoisen ce temps-là bien doux de
sel , parce que ie n’auois encores veu
traiter les playes faites par harque-
bnses: il est vray que i’auois leu en
Iean de Vigo, livre premier des Playes
en general , chapitre 8, que les playes
faites par bastons à feu participent
de vénénosité, à cause de la poudre :
et pour leur curation commande les
cautériser auec huile de sambuc ,
en laquelle soit meslé vn peu de thé-
riaque. Et pour ne faillir, parauant
qu’user de ladite huile feruente, sça-
chant que telle chose pourroit appor-
ter au malade exlreme douleur , ie
voulus sçauoir, premieiement que
d’en appliquer, comme les aulresChi-
rurgiensfaisoient pour le premier ap-
paieil, qui estoit d’appliquer ladite
huile la plus boitillante qu’il leur es-
PLAYES PAR HARQVEBVSES. I27
toit possible dedans les playes , auec
tentes et sefons : dont ie prins har-
diesse de faire comme eux. En fin mon
huile me manqua , et fus contraint
d'appliquer en son lieu vn digestif fait
de iaune d’œuf, huile rosat et tere-
benlhine. La nuit ie ne pgu bien dor-
mir à mon aise, pensant que par faute
d’auoir cautérisé , ie trouuasse les
blessés où i’auois failli à mettre de
ladite huile morts empoisonnés : qui
me fit leuer de grand matin pour les
visiler.Où outre mon esperance, trou-
uay ceux auxquels i’auois mis le mé-
dicament digestif, sentir peu de dou-
leur à leurs playes, sans inflammation
et tumeur , ayans assez bien reposé
la nuit : les autres où l’on auoit ap-
pliqué ladite huile, les trouvay febri-
citans, auec grande douleur , tumeur
et inflammation aux enuirons de
leurs playes. Adonc ie me deliberay
de ne jamais plus brusler ainsi cruel-
lement les pauures blessés de harque-
busades.
Lors que nousentrasmes à Thurin,
il se trouua vu Chirurgien qui auoit
le bruit pardessus tous de bien medi-
cameuler les harquebusades: en la
grâce duquel trouuay moyen m’insi-
sinuer, et luy fis la court près de deux
ans et demy , auparauant qu’il me
voulusl déclarer son remede , qu’il
appeloitson baume. Ce pendant Mon-
sieur le Mareschal de Montejan , qui
estoit demeuré Lieutenant general
du Roy en Piedmont, mourut : adonc
remonstray au Chirurgien que m’en
voulois retourner à Paris, et luy sup-
pliay qu’il me tint promesse de me
donner la recepte de son baume: ce
que volontairement fit , attendu que
ie luy quillois le pays. Il m’enuoya
quérir deux petits chiens, vne liure
de vers de terre , deux liures d’huile
de iis , six onces de terebenthine de
DISCOVRS SVR LE LIVRE
1 28
Venise, et vne once d’eau de vie: et
en ma presence il fit bouillir tes chiens
tous viuans en ladite huile iusques à
ce que la chair laissast les os : et apres
mit les vers, qu’il auoit auparauant
fait mourir en vin blanc , à lin qu'ils
iettassent 1« terre qui est tousiours
contenue en leurs ventres: estant ainsi
vuidée , les fit cuire en ladite huile
iusques à ce qu’ils deuindrent tous
arides et secs : alors fit le tout passer
par vne seruiette, sans grandement
en faire expression : cela fait , y ad-
iousta la térébenthine, et à la fin de
l’eau de vie: et appella Dieu pour tes-
moin, que c’estoit son baume, duquel
il vsoit aux playes faites par barque-
buses et autres qu’on pretendoit sup-
purer, et me pria de ne diuulguer son
secret.
De là ie m’en vins à Paris, où quel-
que temps apres monsieur Syluius ,
Lecteur du Roy en Medecine, homme
grandement estimé entre les gens
doctes , me pria d’aller disner auec
luy : ce que ie fis volontiers: où il
m’interrogua comme on traitoit les
coups d’harquebuses et les combus-
tions faites par la poudre à canon :
où tout subit ie luy prouue que la
poudre à canon n’esloit aucunement
veneneuse , parce que nul simple qui
entre en icelle n’est trouué veneneux,
et moins sa composition : et aussi que
l’experience en faisoit foy , par-ce
qu’aucuns soldats estans blessés en
prenoient auec du vin , disant qu’i-
celle prinse par dedans gardoit les
accidens d’aduenir (ce que ie n’ap-
prouue) : ioint aussi qu’aucuns ayans
quelques vlceres sur leur corps, poul-
ies desseicher y mettoient dessus de
ladite poudre , sans qu’il leur en sur-
vint aucun mal. Et quant aux balles,
ne pouuoient conceuoir si grande
chaleur qu’elles eussent vertu de
brusler. Car vne balle estant tirée
contre vne muraille , on la pouuoit
promptement tenir en la main nue ,
combien que pour la collision faite
contre la pierre, elle deuroit encores
eslre plus eschauffée: et quant aux
combuslions faites de la poudre à
canon, ie n’auois rien trouué de par-
ticulier, pour diuersifier la cure des
autres combustions. Et luy racontay
ceste histoire , qu’vn garçon de cui-
sine de monsieur le Mareschal de
Montejan tomba en vne chaudière
pleine d’huile quasi bouillante, pour
lequel penser estant enuoyé quérir ,
promptement m’en allay demander à
vn Apoticaire des medicamens refri-
gerens , qu’on auoit de couslume ap-
pliquer aux bruslures. Là se trouua
vne bonne vieille villageoise, qui en-
tendant que ie parlois de ceste brus-
lure , me conseilla y appliquer pour
le premier appareil ( de peur qu’il ne
suruint des pustules ou empoulles )
des oignons cruds pilés auec vn peu
de sel. le demanday à ladite vieille
si autresfois l’auoit expérimenté, elle
me iura en son iargon,Si, messe,
a la fe de Dé' : qui m’incita à en vou-
loir bien faire l'experience sur le souil-
lon de cuisine, où véritablement trou-
uay les endroits où auoient touché
les oignons n’auoir aucunes vessies
ou empoulles : et où ils n’auoienl tou-
ché, tout estre vessié. Quelque temps
apres, vn Allemand de la garde dudit
Seigneur de Montejan s’estoit fort
beu : le feu print en son flasque d’où
il luy fit grand desastre aux mains et
au visage, et fus appelé pour le pen-
ser. l’appliquay des oignons à la
* Palois italien qui se peut rendre par :
Oui, monsieur, par la foi de Dieu. — A. Paré
ajoute en note : Ce remede est approuué de
Celse, liu. 5. chap. 27. Mais il y a erreur ; et
Celse n’en parle pas.
DES PLAYES PAR HARQVEBVSES.
moitié du visage , et de l’autre costé
les remedes communs : au second ap-
pareil trouuay le costé où i’auois ap-
pliqué les oignons , sans nulles ves-
sies ny excoriation, et l’autre tout
empoullé: et alors proposay d’escrire
l'effet desdits oignons. D’auantage ie
dis audit Syluius,que pour bien ex-
traire les balles demeurées dedans
quelque partie du corps, il falloit si-
tuer le blessé en telle situation qu’il
esloit lors qu’il fut frappé , et outre
ie luy discourus beaucoup d’autres
choses contenues en ce livre.
Mon discours paracheué, me pria de
grande affection le mettre par escrit,
à fin que ceste fausse opinion de de
Vigo fust enuoyée à val l’eau : ce que
volontairement luy voulus accorder,
et fistailler plusieurs instrumenspour
extraire les balles et autres choses es-
trangeSjCequ’on n’auoit encores tait1:
et fuspremierement imprimé l’anl545,
et bien receu : qui a esté cause me le
faire reuoir, et encore le faire r’im-
primer l’an 1552, et pour la derniere
fois l'an 1564, où ie l’ay enrichi de
beaucoup d’autres choses, pour auoir
suiui depuis les guerres, et auoir esté
aux batailles et enfermé és villes,
comme à Mets et Hedin : pareillement
pour auoir esté au seruice de cinq
Roys, où i’ay tousiours partout voulu
communiquer aux Medecinset Chirur-
giens sçauans , lors que i’auois quel-
que doute, pour descouurir s’il y auoit
autre moyen de traiter lesditesplayes
faites par harquebuses : dont la plus
grande part, au moins ceux qui ont
suiui les guerres et y ont peu con-
noistre quelque chose par raison et
expérience, sont de mon aduis, lesme-
dicamenler en vsant de suppuratifs
1 Ces mots ce qu’on n'auoil encores fait
manquent dans les éditions de 1575 et 1579.
12Q
au commencement , et non d’huile
bouillante. Et luy prolestay auoir
trouué telles playes autant aisées à
traiter, estans aux parties charneu-
ses, que les autres faites par grandes
contusions : mais le boulet rencontre
les os et parties nerueuses.il les brise,
dilacere , rompt et fend par esclats,
non seulement où il touche , mais
beaucoup plus loin , sans aucune mi-
séricorde , causant grands accidens ,
qui suruiennent principalement aux
iointures et aux corps cacochymes :
et en temps suiet à corruption, à sça-
uoir quand l’air est chaud et humide,
adonc la cure est très difficile, et sou-
tient impossible , non seulement aux
playes faites par basions a feu , mais
pareillement celles qui sont faites par
autres inslrumens , voire encores
qu’elles fussent aux parties charneu-
ses. Partant les susdits accidens ne
prouiennent de la vénénosité qui est
en la poudre à canon, ou parla com-
bustion faite par le boulet.
Pour preuue dequoy, ie puis allé-
guer ce que i’ay n’agueres expéri-
menté en la personne du Comte de
Courdon, seigneur d’Achindon , Es-
cossois , que i'ay pensé par le com-
mandement de la Itoyne, mere du
Roy : lequel fut blessé d’vn coup de
pistole au trauers des deux cuisses
sans fracture d’os, luy estant donné
de si pies , que le feu flamboit en ses
chausses : et fut entièrement guari
en xxxij. iours, sans qu’il luy suruint
fiéure, ny autre mauuais accident:
et le medicamentay à saint Iean de
Latran, au logis de monsieur l’Am-
bassadeur d’Escosse, Archeuesquede
Glasco , lequel tous les iours assistoit
à le voir penser. Ce que peuuent tes-
moigner estre vray monsieur Brigard ,
Docteur Regent en la faculté de Mé-
decine qui luy assista auec moy, en-
9
11.
l3o DISCOVRS SVR LE LIVRE DES PLAYES PAR HARQVEBVSES.
semble Iacques Guillemeau, Chirur-
gien du Roy et iuré à Paris, iusques à
la parfaite guérison. Le mesme peut
tesmoigner monsieur Hautin, Doc-
teur Regent en la faculté de Méde-
cine , qui le vint voir par iours in-
terposés : et Gilles Buzet Escossois,
Chirurgien 1 : tous lesquels s’esmer-
ueilloient comme il auoit esté si tost
guéri, sans application demedicamens
forts et acres.
Or l’intention pourquoy i’ay fait ce
petit Discours , est pour demonstrer,
' L’édition de 1575 dit estudiant en chi-
rurgie.
qu’il y a plus de trente ans 1 que i’ay
trouué le moyen de traiter les playes
faites par harquebusades , sans vser
d’huile bouillante ny d’autres medi-
camens forts et cuisans : si ce n’est
qu’on en soit contraint, pour les ac-
cidens qui aduiennent aux corps ca-
cochymes, et pour la mauuaise dispo-
sition et malignité de l’air, comme ie
demonstre plus amplement en ce sui-
uant Discours , que ie fis au Roy dé-
funt, apres la prise de Roüan.
i Dans l’édition de 1575, Paré avait écrit
il y a trente ans ; le texte fut corrigé comme
on le lit ici dès la deuxième édition en 1579.
ÀYTRE DISCOYRS
SVR CE QV'IL PLEVST VN IOVR AV ROY DEFVNT ME DEMANDER
Touchant le fait des harquebusades, et autres basions à feu, lors du retour
et prise de la ville de Rouan *.
Pource qu'il pleust vn iour à vostre
Maiesté ( Sire ) à celle de la Royne
vostre mere, à monsieur le Prince de
la Roche-sur-Yon, à plusieurs autres
Princes et grands seigneurs, me de-
mander comme il aduenoit qu’en ces
dernieres guerres , la pluspart des
Gentils-hommes et soldats blessés de
coups d’harquebuses et autres in-
strumens , mouroient sans y pouuoir
aucunement remedier, ou à bien
grande peine releuoient de leur ma-
ladie , ores que les playes par eux
receuës fussent de bien petite appa-
rence : et que les Chirurgiens appel-
lés pour leur guérison , y employas-
sent tout leur deuoir et sçauoir : l’ay
bien osé mettre ce Discours en auant,
pour, en partie satisfaisant au deuoir
de mon art, et ne dérogeant à l’hon-
neur premier de ma profession , que
vostre Maiesté m’a pleinement conti-
nué iusqu’à ce iour, vous faire en-
tendre les raisons qui peuuent auoir
causé la mort à tant de vaillans hom-
1 Ce discours a paru pour la première fois
dans les Dix liures de chirurgie en 1564 , et
il a été répété dans toutes les éditions com-
plètes. Les éditions faites du vivant de
l'auteur donnent le titre que nous avons con-
servé ici; à partir de la première édition pos-
mes : la pluspart desquels i’ay veu ,
à mon grand regret , finir piteusement
leurs iours, sans qu’il me fut possible,
ny à autre encore plus esprouué que
moy, y donner aucun remede. le
sçay que le suiuant discours eston-
nera quelques-vns , qui se reposans
sur leurs opinions particulières, et ne
recherchans les matières iusques au
fond du sac, trouueront le premier
front de ma dispute assez estrange :
pource que contreuenant à ce que de
long-temps ont imprimé en leur es-
prit, ie ne leur accorde la cause de la
malignité des harquebusades procé-
der du venin ou empoisonnement ,
que leur cerueau songe estre porté
par la poudre à canon , ou par les
balles trempées et fricassées en quel-
que matière veneneuse. ïoutesfois si
leur débonnaireté et patience aussi se
peuuent estendre iusques là , que la
première vueille peser le zele qui m’a
meu de profiter à la Republique, en-
uers laquelle si par le passé me suis
thume, comme le dernier roi mort était
Henri III , les éditeurs mirent au roy défunt
Charles neufiésme.
Ce discours a reçu quelques additions dan»
la première édition des OEuvres complètes ;
nous indiquerons les principales.
l32
AVTRE DISCOVRS TOVCHANT LE FAIT
efforcé faire valoir le talent que la
singulière prouidence de Dieu m'a
voulu départir, encore maintenant
ie m’y employé d’auantage : etl’autre
auec entier iugement examiner les
raisons desquelles i’vse en ce présent
Traité, ie suis seur qu’ils auront mon
labeur agréable , et l’exempteront
de toute calomnie : ou bien qu’ils se-
ront tant mal affectés en mon en-
droit, que si ie m’adressois à eux,
enrichi de tous les thresors des an-
ciens Philosophes , encor me vou-
droient-ils mettre au rang des plus
appauuris et ignorans hommes de
tout le monde.
Pour donc obuier aux argumens
que les fauteurs du venin et empoi-
sonnement cy dessus mentionné ,
pourroient mettre en ieu , ie fera;
voir à votre Maiesté (Sire) que l’of-
fense des harquebusades ne prouienl
du venin que la poudre ou la balle
porte quant-et-soy, et moins encor
de lacombustion ou cautérisation que
ladite balle eschauffée par le feu mis
en la poudre face és partie qu elle
rompt par sa violence : ce que tou-
tesfois quelques vns s’efforcent sous-
tenir, alleguans pour toutes raisons,
qu’autresfois on a veu vne tour pleine
de poudre, ruiner en vn instant par
vn seul coup de canon. Semblable-
ment vne maison couuerte de chaume
s’embraser au seul coup d’vne har-
quebuse. Auec ce, qu’en la pratique
des playes que font les instrument à
feu , nous voyons ordinairement les
orifices et pariies circoriuoisines sus-
dites playes , si noires qu’on diroit vn
cautere actuel y auoir passé, ioint
aussi que l’on voit sortir et tomber
l’escarre, comme ils disent.
Tous lesquels argumens sont si mal
appuyés, que leur fondement ne mé-
rité qu’on s’y arresle , et moins encore
que la resolution de vostre demande
soit prise d’eux , ainsi que i’espere
vous faire entendre par la dispute
qui s’ensuit, laquelle (apres auoir
veu grand nombre de telles playes,
icelles obserué diligemment, et médi-
camenté par grande méthode) i’ay re-
cueillie des anciens Philosophes, Mé-
decins et Chirurgiens, pour en faire
présent à votre Maiesté, et ensemble
la retirer del’admiralion qu'elle auoit
de la mort espouuantable de tant de
Gentils hommes et bons soldats.
Or pour entrer en matière, et res-
pondre aux argumens cy dessus allé-
gués , il me semble bon de première-
ment discourir s’il y a quelque ve-
nin enclos en la poudre à canon : et
encore qu'il y en eust , si elle nous
peut infecter par sondil venin. Pour
lequel point parfaitement déduire,
force m’est rechercher la composition
d’icelle poudre , considéré qu’elle
n’est de substance simple, mais com-
posée : puis poursuiure la nature des
simples qui entrent en sa composi-
tion, leurs qualités , effets et opera-
tions. Quant aux simples , c’est chose
toute asseurée qu’il n’y en a que
trois qui facenl la composition, à sça-
uoir, le charbon de saule ou de che-
neuoltes, le soufre et le salpestre,
quelquesfois aussi l’eau de vie : les-
quels ingrediens considérés à part ,
sont exempts de tout venin. Qu’il soit
ainsi , le charbon n’a chose considé-
rable en soy, sinon vne seicheresse en
vue substance subtile, moyennant la-
quelle reçoit aussi facilement le feu ,
qu'vn linge bruslé reçoit les estin-
cellesd’vn fusil. Le soufre chaud et
sec, en degré non toutesfois excessif,
est de substance plus oleeuse et vis-
queuse, toutesfois non tant aisée à
enflammer que le charbon : combien
qu’il retienne fort viuement le feu
DES HARQVEBVSADES , ETC.
1 33
quand il en est saisi , et ne s’esteint
qu’à grande peine. Le salpeslre est
tel que plusieurs s’en seruent en lieu
de sel.
Ainsi decouurons-nous n’y auoir
aucune vénénosité en la nature de
ces simples, nommément en celle du
soufre , qui est le plus suspect : veu
mesme que Dioscoride, liure 5, cha-
pitre 73, en donne à boire et humer
dans vn œuf, aux asthmatiques, lous-
seurs , et à ceux qui crachent du pus
et qui ont la jaunisse 1 : et Galien, li-
ure 9. des «impies, chapitre 36, l’or-
donne pour remede topique à ceux
qui sont mords de bestes venimeuses,
et aux gratelles malignes. Or quant à
l’eau de vie, c’est vne chose si subtile
qu elle s’euapore et consume si on la
iette en l’air : outre ce que les Chirur-
giens l’ordonnent souuentesfois en
breuuages et frictions , pour vn re-
mede grandement singulier.
Qui me fait dire toute la composi-
tion estre exempte de venin, puis que
ses ingrediens sont si entiers chacun
en son endroit , que les Allemands
Reistres offensés de quelque harque-
busade, ne font difficulté de dissou-
dre en vin deux charges de poudre à
canon et les aualler, esperans par ce
moyens recouurer leur santé, et ob-
uier aux accidens qui suruiennent à
leursnaureures : cequeie n’approuue,
parce que telle chose ne leur peut
seruir.D’auantage les vlceres faitspar
ladite poudre ne se trouuent d’autre
nature , que ceux qui sont faits de
feu ou d’eau bouillante2. Mais que
me sert d’alleguer vn exemple estran-
ger, puis que i’ay veu plusieurs sol-
dats François, par ie ne sçay quelle
1 Celle citation de Dioscoride manque
dans l'édition de 1564.
a Cette phrase manque également dans
l’édition précitée.
gaieté de cœur, et se voulans mon-
trer bons compagnons, en aualler as-
sez bonne quantité, sans toutesfois
en receuoir desplaisir aucun : et quel-
ques autres blessés en vn endroit de
leur corps, en appliquer sur leurs
vlceres pour desseicher, et s’en trou-
uer fort bien ?
Quant à ceux qui disent n’estre la
poudre, mais le boulet, qui subtile-
ment pertuisé en plusieurs lieux , et
rempli de venin , ou trempé, fricassé
et mixtionné en quelque poison ,
cause cesl excès dangereux : ie puis
respondre, sans beaucoup me tra-
uailler, que le feu mis en la poudre
purifleroit le venin de la balle , si
aucun y en auoit ‘ : ce qui ne fait aux
espieux , espées et fléchés , attendu
que le feu n’y a passé. Bref cest argu-
ment doit sembler assez probable,
pour preuue telles playes estre
exemptes de vénénosité, de tant qu’il
n’y a celuy de vostre camp qui fut
mis deuant Rouan, qui ne sceust
asseurément les boulets tirés par
eux contre ceux de la ville , auoir
esté sans aucune poison, et toutes
fois les assiégés auoient opinion
que toutes telles balles estoient em-
poisonnées : ce que mesmes pensoient
les soldats de vostre camp, croyans
plustost et iugeans la qualité des
playes par l’issue malheureuse d’i-
celles , disans estre veneneuses, ceux
de dedans ayans empoisonné leurs
balles, que par les causes dont elles
estoient faites. Vrayment comme en
Medecine, selon la sentence d’Hippo-
crates aux Epidémies , comme note
Galien sur la sentence 20 et 21 de la
sect. 3.duliu. 3., toutes maladies sont
1 Ce paragraphe s’arrêtait ici dans l’édi-
tion de 1564 , le reste a été ajouté dans cellt
de 1575.
AVTRE DISCOVRS TOVCHANT LF. FAIT
1 34
appellées pestilentes et veneneuses ,
lesquelles excitées des causes com-
munes et generales, quelles qu’elles
soient , tuent plusieurs personnes :
ainsi peut estre, à parler impropre-
ment , pourrons appeller les playes
des harquebusades veneneuses, qui
sont plus difficiles à penser que les
autres, non pour aucune vénénosité
qu’elles participent, mais pour quel-
que cause generale dépendante ou de
la cacochymie des corps, corruption
de l’air, ou des vices des viures , dont
les vlceres sont rendus plus malins ,
cacoëthes, et rebelles aux medica-
mens.
De dire aussi que ce soit la com-
bustion du boulet qui face le danger,
ie 11e le puis entendre , veu que les
balles faites ordinairement de plomb,
ne pourroient endurer si extreme cha-
leur sans se fondre et dissoudre du
tout : lesquelles nonobstant nous
voyons passer au trauers d’ vn harnois,
et penetrer le corps d’outre en outre,
et demeurer encores entières. D’a-
uantage nous obseruons, lors qu’on
les lire contre vne pierre ou quelque
autre matière solide, pouuoir au
mesme instant estre maniées de nous,
et tenues en la main , sans qu’elles
rendent notable ou ardente chaleur:
combien que l'attouchement et colli-
sion d’icelles auec la pierre deusl ac-
croislre leur chaleur, si aucune y en
auoit. Qui plus est, si on tire quelque
balle dans vn sac plein de poudre à
canon , le feu n’y prend aucunement.
Parce i’ose hardiment dire et assurer,
que quand le feu se met en vne pou-
dre reseruée en quelque tour, ou en
autre lieu, cela se faire non par le feu
que la balle porte quant-et-soy, mais
par l’attrition d’icelle, frappant con-
tre la pierre de ladite tour, et en fait
sortir quelques estincelles de feu qui
tombent en la poudre : ne plus ne
moins qu’en la meche du fusil nous
voyonscheoir quelques estincelles par
la collision du fer et du caillou. Le
semblable deuons-nous iuger descou-
uertures de chaume , qui ne s’em-
brasent par la chaleur compagne du
boulet , mais plustost par quelque
linge , bourre, ou autre matière atta-
chée à la balle. Ce qui me rend encor
plus ferme en l’asseurance de mon
dire , est , que si nous voulons tirer
d’vne balle de cire, ne portant aucun
feu quant-et-soy (car autrement elle
se fondroit) encore percera elle vn
bois de l’espaisseur de demy doigt :
argument assez valable pour mons-
trer que les balles ne peuuenl estre
escbauffées en sorte qu’elles cauté-
risent et bruslent, ainsique quelques-
vns ont estimé.
Et pour respondre à la noirceur
qui se trouue ordinairement en l’ori-
fice des playes et des parties proches,
ie dis cest accident ne prouenir à rai-
son de quelque feu accompagnant la
balle, mais à cause delà grande con-
tusion qu’elle fait : et pour-ce aussi
qu’elle ne peut entrer au corps sinon
par vne force et violence incroyable,
à cause de sa figure ronde. Sur quoy
si on vouloit interroguer les mesmes
naurés, ie croy qu’ilsseroient sufisans
tesmoins de mon dire, pource qu’ils
ne sont si tost frappés, qu’au mesme
instant ne leur soit aduis qu’vne pou-
tre, ou autre semblable fardeau leur
soit tombé sur la partie offensée , en
laquelle aussi sentent vne douleur
aggrauante, vne stupeur et endor-
missement qui dissipe et quelques-
fiois esteint la chaleur naturelle, auec
les esprits qui y sont contenus : dont
le plus souuent s’ensuiuent gangrené
et mortification de la partie , voire
quesquesfois du corps vniuersel.
DES HARQVEBVSADES , ETC. 1 35
Et quant à l’escarre qu’ils disent y
estre , et en sortir, ils s’abusent : at-
tendu que ce sont certaines portions
des membranes etchair contuses,dila-
cerées par la balle, qui se sont corrom-
pues,et se séparent des partiessaines ;
ce qui aduient souuent à toutes les
parties grandement contuses et au-
tres1.
Combien que ces raisons monstrent
assez euidemment n’y auoir aucun
venin en la poudre à canon, ny aucun
feu porté par le boulet, si est-ce que
plusieurs se ruans sur la Philoso-
phie naturelle , sousliennent tout le
contraire : et pour me preualoir en
ceste opinion, disent les coups de ca-
non estre du tout semblables aux
coups de tonnerres et foudres , que
les nues rompues en la moyenne ré-
gion de l’air précipitent en terre. De
laquelle similitude infèrent et con-
cluent qu’il y a du feu et du venin au
boulet, sortant delà bouche du canon.
le sçay, Dieu mercy, que le foudre
engendré d’vne exhalation crasse et
visqueuse, au moyen de la vapeur
qui luy est coniointe , n’esclate ia-
inais la nue pour se lancer çà bas,
qu’il ne traine quant-et-soy quelque
feu , tantost plus subtil, tantost plus
espais, selon la diuersité delà matière
dont l’exhalation est composée : car
Seneque escrit au 2 liure de ses Ques-
tions naturelles , chapitre 49, qu’il y a
seulement trois genres de foudre tous
differens l’vn de l’autre , selon la
quantité et sorte de leur inflamma-
tion : l’vn , qui à cause de sa matière
plus subtile et ténue, perce seulement
et pénétré comme en pertuisant, les
obiets qu’il attaint : l’autre, qui par sa
violence rompt et dissipe les mes-
1 Ce paragraphe manque dans l’édition
de 1664.
mes choses, pource que sa matière
est plus compacte et tempestatiue ,
comme vn orage: et le tiers, qui,
composé d’vne matière plus terrestre,
brusle auec indices manifestes de son
ardeur. le sçay d’auantage que le
foudre est de nature peslileute et fé-
tide , à raison de sa matière crasse et
visqueuse , laquelle bruslée rend vn
odeur si puant, que les animaux ac-
coustumés de gister en leurs cauerues
et tanières, sont contraints les aban-
donner si d’aduenlure le foudre y est
tombé , comme ne pouuans endurer
la puanteur infecte de ce poison.
Mesme que Olaus Magnus en son his-
toire Septentrionale , a remarqué
qu’en quelques lieux où le foudre est
tombé, incontinent apres la cliente ,
la campagne se trouue toute couuerte
et sur-semée de soufre, inutile tou-
tesfoiset quasi comme esteint1. Si est-
ce que pour ces raisons ne me faudra
confesser que les coups de canon
soient accompagnés de poison et de
feu, comme sont les coups de foudre:
car ores qu’ils conuiennent les vns
auec les autres en quelque simili-
tude, ce n’est pourtant en leur sub-
stance et matière : mais plustost en la
maniéré qu’ils ont de casser, briser et
dissiper les obiets qu’ils rencontrent ,
à sçauoir, les coups de foudre par
leur feu , çt par la pierre aucunesfois
engendrée en iceluy : et les coups de
canon par l’air impétueusement pous-
sé , qui conduisant vue balle fait vn
pareil desastre.
Que sii’esloisconuaincu par argu-
mens plus forts , iusqu’à auerer les
foudres et canons estre de sembla-
ble substance , encor ne serois-ie
forcé de dire les canonnades et har-
1 Cette citation d’Olaüsaété ajoutée à l’é-
dition de 1575.
i3ü
AVTltE DISCOVRS XOVCHANI’ LE FAIT
quebusades porter feu quant-et-soy :
considéré que parmi les foudres s’en
trouue quelques-vns (ainsi que dit
Pline au second liure de son Histoire,
chapitre cinquante et vniéme) qui,
composés de matière merueiileuse-
ment seiche, dissipent tout ce qu’ils
rencontrent, sans toutesfois les brus-
ler aucunement : les autres de nature
plus humide , qui pareillement ne
bruslent, mais noircissent à l’avan-
tage : et quelques-vns d’vne matière
beaucoup plus claire et diaphane, le
naturel desquels est tant esmerueil-
lable, qu’on ne peut douter (comme a
bien dit Seneque) qu’il n’y ait en eux
quelque vertu diuine, en ce qu’ils fon-
dent subtilement l’or et l’argent, sans
que les bougettes et bourses en soient
aucunement intéressées : fondent une
espée, le fourreau demeurant en son
entier : font distiller le fer d’vne pi-
que, sans que le bois cnnçoiue aucune
ardeur : espandent le vin des ton-
neaux sans y faire ouuerture , ne les
brusler. Suiuant lequel tesmoignage
ie pourrois asseurer , et sans preiu-
dice aucun, les foudres qui seulement
rompent et dissipent sans brusler au-
cunement , et qui laissent quelques
effets pleins de grande admiration,
estre semblables en substance aux
canonnades, mais non ceux-là qui
quant-et-soy portent et flamme et feu.
Pour approuuer mon dire, ie seray
content de l’exemple d’vn soldat, de
la cuisse duquel me souviens auoir
tiré vne balle, laquelle enveloppée
du taffetas de ses chausses, lui auoit
fait une profonde playe : toutesfois
iel’en retiray auec le mesme taffetas,
sans qu’il fust en façon aucune inte
ressé ny bruslé. Qui plus est, j’ay veu
plusieurs hommes, lesquels sans estre
frappés ny aucunement touchés ,
mesmes en leurs habillemens, ontre-
ceu tel estonnement des canonnades
passans près d’eux , que leurs mem-
bres en sont deuenus noirs et liuides
au possible, puis tost apres se sont
gangrenés et mortifiés, dont finale-
ment sont morts. Ces effets sont sem-
blables à ceux du foudre : toutesfois
il n’y a en eux aucun feu ou venin :
qui me fait hardiment conclure , n’y
auoir poison aucun en l’artifice ordi-
naire de la poudre.
Puis donc que le desastre a esté
commun à tous ceux qui ont esté bles-
sés en ces dernieres guerres , et que
ce n’est par feu ne par venin que tant
de vaillans hommes sont morts, à
quelle cause pourrons-nous imputer
ce malheur? le suis à l’endroit , Sire,
où j’espere présentement la faire en-
tendre à vostre Majesté , à fin qu’elle
en soit pleinement satisfaite.
Ceux qui ont consumé leur aage et
estude aux secrets de la Philosophie
naturelle, nous en ont laissé vn entre
autres pour authentique, et approuué
de tout temps: c’est que les elemens
symbolisent tellement les vns auec
les autres, qu’ils se transmuent l’vn
en l’autre : de sorte que non seule-
ment leurs qualités premières, qui
sont chaleur, froideur, seicheresse,
et humidité , mais aussi leurs sub-
stances, se changent par raréfaction
ou condensation de soy-meme : ainsi
le feu se convertit ordinairement en
air , l’air en eau, l’eau en terre : et à
l’opposile, la terre en eau, l’eau en
air, et l’air en feu. Ce que nous pou-
vons voir à l’œil , et esprouuer és souf-
fiets de cuiure que les Allemands
nous apportent , composés en forme
de boule : laquelle remplie d'eau, et
n’ayant qu’vn petit trou au milieu de
sa forme spherique, reçoit la trans-
mutation de son eau en air , par l’ac-
tion du feu près lequel la boule sera
DES H ARQVFBVS A.DES , ETC. 1 07
posée , et pousse auec violence ledit
air dehors , le faisant bruire impé-
tueusement, jusqu’à ce qu’il soit du
tout sorti. Le semblable se peut con-
noistre és chastaignes et marrons ,
lors qu’on les iette au feu sans les
auoir entamés : car adonc l’humi-
dité aqueuse qui y est contenue, se
change en air par l’action du feu , et
l’air voulant sortir, creue le marron :
pource qu'occupant plus de place la
forme d’air en laquelle il est changé
par raréfaction causée par le feu ,
qu'il ne faisoit sous la forme d’aquo-
sité, et ne trouuant ouuerture , est
contraint en faire vne par violence :
selon la vérité de la proposition te-
nue pour toute asseurée entre les
Physiciens, sçauoir, que d’vne partie
de terre, il s’en fait dix d’eau, et d’vne
d’eau, dix d’air, comme d’une d’air,
dix de feu *.
l’en ose autant dire et affermer des
matières contenues en la poudre à
canon , qui par le moyen du feu se
conuertissent en vne très -grande
quantité d'air , lequel ne pouuant es-
tre contenu au lieu où la matière es-
toit auparauant sa transmutation, est
forcé sortir hors auec vne incroyable
violence, moyennant laquelle pousse
le boulet, qui rompt, casse et brise
tout ce qu’il rencontre, sans loutes-
fois l’accompagner. Qu’il soit vray ,
vn arc, vne fronde , ou arc à iallet,
ieltent loin vne pierre, fléché, ou ial-
let sans aucun air. Mais la balle
chasse bien deuantsoy vn vent si sub-
til, et si roidemen t agité , que les corps
en sont premièrement saisis que du
boullet, ores que la chose ne soit des-
couuerte à la veuë : car biensouuent
l’action se fait par ce seul vent , sans
1 Cet appel aux physiciens est également
une addition faite en 1575.
que la balle donne son coup , voire
iusqu’à rompre les os sans manifeste
diuision de la cbair : ce que nous
auons desia dit eslre commun au fou-
dre.
Le pareil esprouvons-nous en ladite
poudre, lors qu’estant enclose dans
les mines, et conuertie en vent par le
feu qu’on y met, bouleuerse les mon-
ceaux de terre aussi gros que mon-
tagnes. On a veu reste année en vos-
tre ville de Paris vne petite quan-
tité de poudre fraischement faite
enl’Arsenac, causer une si grande
tempeste , qui fist trembler presque
toute la ville, qui tomba parterre tou-
tes les maisons prochaines , qui des-
couurit et defenestra celles qui es-
toyent plus à l’escart de sa furie :
bref, qui (comme vn foudre esclat-
tant ) renuersa çà et là quelques hom-
mes demy-morts : aux vns osta la
veuë , aux autres l’ouye, et en laissa
d’autres non moins deschirésen leurs
panures membres, que si quatre che-
uaux les eussent escartelés. Et ce par
la seule agitation de l’air, en la sub-
stance duquel la poudre esloit conuer-
tie : qui selon la quantité et qualité
de sa matière, selon aussi son mou-
uement plus ou moins fort , a causé
des euenemens esmerueillables eu
nos prouinces , et du tout semblables
à ceux que font les vents enclos sous
une terre non perspirable, lesquels
voulans sortir, soufflent auec vne si
forte agitation, qu’ils font trembler
toute ladite terre, la haussant et bais-
sant, tantost cy, tantost là , la démo-
lissant , et la transportant d’vn lieu
en autre : comme les villes de Mcgare
et d’Égine , anciennement fort célé-
brés au pays de Grece, toutesfois pe-
ries par tremblement de terre, nous
peuuent tesmoigner.
le laisse à discourir (comme peu
avtre discovrs tovchant le fait
i38
seruant à nostre propos) que le vent
enclos aux entrailles de la terre rend
vn bruit de diuers sons, et fort es-
tranges , selon la diuerse forme des
conduits et l'embouchure des soupi-
raux par lesquels il sort, ne plus ne
moins que des instrumens de Musi-
que, lesquels estans larges , rendent
le son plus gros et bas : estans estroils,
le rendent haut et aigu : et s’ils sont
courbes et repliés, le rendent divers :
ainsi qu’on voit en vn cornet de chas-
seur, et aux trompettes, comme aussi
estant moitiés et mouillées, grondent
et iettent vne voix enrouée. Sembla-
blement ces bruits , murmures et
bourdonnemens, selon la forme des
lieux d où ils partent , se trouuent di-
uers et meslés. Tellement qu’on a
quelquesfois ouy des sifflemens qui
sembloient représenter assauts de
villes , cris et mugissemens de tau-
reaux , ou hennissemens de cheuaux,
rugissemens de lions, ou de trom-
pettes, et coups d’artillerie, et beau-
coup d’autres choses espouuentables,
mesmes voix humaines. Ce qui fut
raconté d’vn qui auoit ouy vne voix,
comme d’une femme que l’on battoit
et qui se plaignoit , dont il eut vne si
grande frayeur , qu’à peine l’haleine
ne luy estoit demeurée pour le pou-
uoir raconter. Mais on luy dit la cause
de ceste voix plaintiue : et l’auoir en-
tendue , fut deliuré de ceste grande
peur , qui autrement estoit suffisante
pour le faire mourir ‘. Mais quelqu’vn
dira ces choses avoir esté de tout
temps, et non moins ordinaires au
temps passé qu’elles sont à présent,
1 Cette dernière histoire ne se trouve que
dans les éditions postérieures à celle de
1579 et à la traduction latine. Le commen-
cement du paragraphe y a été également
modifié dans sa rédaction.
et que c’est folie à moi de les alléguer
pour causes efficientes de la mort de
taut d’hommes : ce que de bon cœur
luy confesserois, s’il estoit ainsi queie
les présentasse pour telles : mais veu
que par icelles ie veux seulement pa-
rangonner l’impétuosité des canons
auecques celle des foudres et des mou-
uemens de terre, sa calomnie n’aura
lieu en mon endroit, ains sera débou-
tée du tout , s il veut prester l’oreille
à la déduction en laquelle i’entre pré-
sentement pour arrester la cause prin-
cipale de ceste mort.
‘ Au nombre des choses necessaires
à nostre vie, n'y a rien qui nous puisse
plus altérer que l’air, lequel conti-
nuellement bon gré et mal gré nous
inspirons par les conduits que Nature
a delegués à ce faire, comme sont la
bouebe, le nez , et generalement les
ouvert ures du cuir, et des arteres qui
lui sont adhérentes : ce que nous fai-
sons beuuans, mangeans, veillans,
dormans, et faisans toute autre action
nalureile,vitaleetanimale.De là vient
que l’air inspiré dans les poulmons, le
cœur, et le cerueau, et vniuerselle-
ment en toutes les parties du corps ,
pour les rafraisebir et aucunesfois
nourrir, fait que l’homme ne peut vi-
ure vne seule minute sans son inspi-
ration. Suiuant lequel bénéfice, le Mé-
decin Hippocrates 1 2 a véritablement
prononcé, que l’air a ie ne sçay quoy
de diuin en soy, pource que soufflant
par le monde uniuersel , circuit tou-
tes les choses contenues en iceluy, les
nourrit miraculeusement, les sous-
tient fermement, et les entretient en
amiable \nion, et le tout symbolisant
1 A. Paré écrit ici en marge : Point princi-
pal , et l 'raye explication de la question.
2 Hipp. en la Preface du Progno. et Ga-
lien au Comment. — A. P.
DES HARQVEBVSADES , ETC. 1 3g
auec les astres, esquels la prouidence
diuine est infuse, qui change l’air à
son plaisir, et luy donne puissance
tant sur la mutation du temps que
des corps naturels. Pource les philo-
sophes et médecins ont expressément
commandé d’auoir esgard aux assiet-
tes des lieux , et aux constitutions de
l’air, lors qu’il est question de garder
la santé , ou de guérir les maladies :
à l’endroit desquelles la suite et la
mutation dudit air a fort grande puis
sance, ainsi qu’aisément nous pou-
uons connoistre par les quatre saisons
de l’année L Car l’air estant chaud et
sec en Esté, nos corps pareillement
s’eschauffent et desseichent : comme
en hyver l’humidilé de l’air et froi-
dure nous remplit de mesmes qua-
lités, en tel ordre toutesfois et si
bonne disposition de nature, qu’ores
que nostre I emperament semble chan-
ger selon les quatre saisons, si est-ce
que nous n’encourons aucun mal ,
pourueu que les temps gardent leurs
saisons et qualités exemptes de tout
excès. Au contraire, si les saisons sont
peruerties, de façon que l’Esté soit
froid, l’Hyuer chaud, et les autres en
pareille intempérance , ce discord
amene grande perturbation , tant en
nos corps qu’en nos esprits, contraints
toutesfois d’en receuoir le danger ,
pource que les causes sont externes
et nous environnent de tous costés,
iusques à nous contraindre les héber-
ger en nos organes et conduits dele-
gués par nature, partie à mettre hors
les excremens superflus de nostre
nourriture, partie à receuoir lesdites
causes venantes de dehors, qui sont
les vents produisans diuers effets en
nous, selon les parties du monde dont
1 Hipp.au commencement (lu liu. de Aère,
lotis, et aquis. — A. P.
ils procèdent. Or comme ainsi soit que
le venl Austral soit chaud et humide,
celuy de Seplentrion froid et sec. l’O-
riental net et pur, celuy d’aual nubi-
leux et tout moitié de pluye, c’est
chose toute asseurée que l’air, lequel
assiduellement nous inspirons, tient
en tout et par tout de la qualité du
vent qui par son souffler domine sia-
les autres. Pource nous faut néces-
sairement considérer en toutes mala-
dies , et és inconueniens qui suruien-
nenten icelles, la qualité des vents et
la puissance qu'ils ont sur nos per-
sonnes, ainsi que doctement Hippo-
crates nous a laissé par escrit au 3. li-
ure de ses Aphorismes1, disant nos
corps receuoir grande alteration par
les vicissitudes des temps et saisons
de l’année , comme par le vent Aus-
tral, qui nous assuiellist à toutes
maladies reconnoissantes l’humidité
pour leur cause première, et affoiblist
notre chaleur naturelle: laquelle en
cas opposite se fortifie et rend plus vi-
goureuse par vn venl froid et sec, qui
pareillement rend nos esprits plus
subtils et agiles.
La vérité de laquelle sentence ex-
périmentent trop à leur dam les habi-
tans du territoire de Narbonne, qui
autrement assis entre les peuples les
plus gaillards et dispos de toute la
France, sont toutesfois ordinairement
mal-sains , comme leurs corps des-
charnés, leurs visages tristes, leurs
faces basanées et de couleur d’oliue
le monstrent euidemment. Aussi en-
tre autres maux ils sont presque su-
jets à la lepre blanche , et les moin-
dres vlceres, desquelles on ne feroit
cas à Poictiers ou à Paris, y durent vn
an d’ordinaire : non pour autre rai-
1 Hipp. au liu. 3. des Aplior. Aplior. 5.
et 17. — A. P.
AVTRE DISCOVRS TOVOHATÏT LE FAIT
i4o
son, comme eus mesmes confessent ,
et comme reconnoissent fous les es-
trangers qui ont demeuré en leur
pays, sinon qu’ils sont soufflés et ha-
lenés souueut d’vne sorte de vent
Méridional qu’ils appellent Aultan,
qui leur fait l’air grossier et nébu-
leux , et qui cause en leurs corps
tous les effets attribués aux vents de
Midy par Hipp. Aph. 5. liv. 3 : sçavoir
quand il régné, les fait ouyr dur, leur
esbloüit la veuë, leur enfle et aggraue
le chef, leur appesantit et abbat tou-
tes les forces du corps *.
Aussi quand ledit Hippocrates
compare les températures les vnes
auec les autres , il laisse ce point
pour résolu : Que les seicheres-
ses sont sans comparaison plus sai-
nes , que les humidités continuées
par longue succession de temps :
pource (à son aduisdu tout conforme
à la raison) que l’excessiue humidité
est la vraye matière de pourriture,
ainsi que l’experience nous fait voir
és lieux où le vent marin exerce sa
tyrannie, esquels vne viande, tant
soit-elle fraische, se corrompt et pour-
rit en moins d’vne bonne heure.
Ces choses considérées, et qu’il est
necessaire pour conseruer nos corps
en leur entier que les saisons se sui-
uent pas à pas en leur température
naturelle , sans aucun excès ou con-
trariété, il n’y a doute aucune que
les corps ne tombent en affection con-
tre nature , lors que les saisons per-
uertissent leurs qualités parla mau-
uaise disposition de l’air , et du vent
qui domine en iceluy. Donc comme
ainsi soit que depuis trois ans en çà
les saisons de chaque année n’ayent
gardé leurs qualités ordinaires , et
1 Ce paragraphe tout entier manque dans
l’édition de 150i.
que l'esté ait eu peu de chaleur, l’hy-
uer peu ou point de froidure : aussi
qu’en toutes les saisons se soient des-
bordées des humidités continuelles
auec vn vent Austral , du naturel cy
dessus déclaré , et ce par toute la
France: je ne sçache homme si peu
versé en la Philosophie naturelle, ny
en Astrologie , qui ne recherche en
l’air la cause efficiente de tant de
maux , qui depuis l’espace desdits
trois ans sont suruenus au Royaume
de France. Car d’où procederoient
tant de pestes contagieuses indiffé-
remment aduenues aux vieux , aux
ieunes, aux panures et aux riches, et
en tant de diuers lieux, sinon de l’air
qui n’a esté chiche de son poison ,
mais nous en a infectés à son plaisir?
D’ou seroient venues tant de coque-
luches , de pleurcsies , d’apostemes ,
catherres, fluxions, petites verolleset
galles : tant de besles veneneuses,
comme grenouilles , crapaux , saute-
relles, chenilles, araignées, mouscbes,
hannetons, limaçons, serpens , vipè-
res, couleuures, lézards, scorpions, et
aspics, sinon d’vne trop grande pour-
riture, que l’excedante humidité de
l’air, accompagnée d’une chaleur lan-
guide, a engendrée tant en nous qu’en
la terre v niuerselle de nol re prouince?
Voila comme nostre chaleur naturelle
a esté affoiblie, comme nostre sang et
nos humeurs ont esté corrompus par
la malignité de l’air, que le vent Aus-
tral a causé par son humidité chaleu-
reuse.
Qu’il soit ainsi, on a tiré ceste an-
née bien peu de sang en quelques per-
sonnes qui en ait eu besoin , soit
ieune ou vieille, blessée ou non bles-
sée, debonne temperatureou dcmau-
uaise,qui n’ait esté vicié et veu de
couleur blanche et verdoyante : ce
que i’ay tousiours obserué en ces der-
DES HARQVEBVSADES , ETC. îql
nieres guerres, et és autres lieux aus-
quels on m’appeloit pour guérir les
biessés, ou pblebotomer ceux qui tant
pour précaution que pour guérison
de quelque maladie, se faisoienl tirer
du sang par l’ordonnance des Méde-
cins, en tous lesquels indifféremment
ie trouuois le sang putréfié et cor-
rompu.
Ce point arresté , c’est chose plus
que véritable que la charnure de nos
corps ne peutauoir esté que mal dis-
posée, et tous nos corps cacochymes,
puis que leur nourriture, qui est le
sang, estoit putréfiée, et l’air tout cor-
rompu : dont s’ensuit que les corps
naurés en leur substance charneuse
estoient difficiles à guérir, considéré
qu’il y auoit en iceux perdition de
substance, laquelle ayant besoin de
régénération de chair, n’en pouuoit
venir à bout, fust par medicamens
ou par artifice de Chirurgien , tant
grande estoit sa cacochymie. Tout
ainsi qu’en vn hydropique la chair ne
sepeutengendi er,pourceque le sang
y est trop froid et aqueux : et qu’en
vn elephanlique la chair et les autres
parties du corps demeurent en leur
putréfaction à cause du sang cor-
rompu dont elles sont nourries : pa-
reillement en playes des corps caco-
chymes ne se peut faire acquisition
nouuelle , ny régénération de bonne
substance : pource que pour rendre
vne chair loüable à la partie naurée,
il est necessaire que le sang ne peche
en quantité ne qualité : raesme que la
partie offensée soit en sa tempéra-
ture naturelle. Toutes lesquelles cho-
ses defaillantes au temps des derniè-
res guerres, il ne se faut esbahirsi les
naureures, tant fussent-elles petites
et de peu de conséquence, mesmes és
parties non nobles et principales, ont
amené quant -et-soy tant d’accidens
fascheux, et en fin la mort : considéré
que l'air qui nous enuironne rend
par son inspiration et transpiration
les playes pourries et puantes, lors
qu’il est altéré et pourri : ce que
font aussi les humeurs préparés à cest
inconuenient par leur cacochymie.
Nous en sommes deuenus sages par
l’experience de tant de playes, qui
ont engendré vne mer de pourriture
et d’infection , lors que ie m’efforçois
à les guérir : vous asseurant qu’il en
sortoit une puanteur telle, que les as*
sistans ne la pouuoient sentir qu’à
contre-cœur, et auec bien grande dif-
ficulté. Il ne faut alléguer que ce fust
par faute de les tenir nettement, de
les penser souuent , ne de leur admi-
nistrer toutes choses necessaires : car
telle pourriture estoit commune aux
Princes, aux grands seigneurs, et aux
pauures soldats : aux playes desquels
(si d’auenture on laissoil couler vn
ioursans lespenser, tant estoit grande
la multitude) on trouuoit le lende-
main vne grande quantité de vers
auec vne puanteur merueilleuse. Qui
plus est, leur suruenoient à tousp u-
sieurs apostemes en diuers lieux de
leurs corps, és parties opposites à leu 1 s
naureures : car s’ils estoient blessés
en l’espaule dextre, l’aposteme se fai-
soit au genoüil seneslre : et si la playe
estoit en la iambe dextre, l’aposleme
se faisoit au bras seneslre : comme il
aduint au feu Roy de Nauarre , à
Monsieur de Neuers, et à Monsieur
de Rendan, et presque à tous les au-
tres. Ainsi Nature sembloit tant char-
gée d’humeurs vicieux, qu’elle n’es-
toit contente se purger par leurs seu-
les playes, ains enuoioit vne portion
de son vice en autre lieu apparent ou
caché : car si les apostemes ne se ma-
nifestoient par dehors, on les trou -
uoit és parties internes , comme au
1 42 AVTRE DISCOVRS TOVCHANT LE FAIT DES HARQVEBVSADES, ETC.
foye , aux poulinons , ou en la rat-
te. Des niesmes putréfactions s’esle-
uoient quelques vapeurs , qui par
leur communication auec le cœur
causoient fiéures continues : auec le
foye empeschoient la pure généra-
tion du sang, et auec le cerueau cau-
soient alienation d’esprit, resuerie,
conuulsion, et consequemment la
mort. A cause desquels accidens n’a
esté possible à Chirurgien aucun
(tant expert fust-il) de dompter la
malignité desdites playes : dequoy tou-
tesfois ne doiuent estre repris ceux
qui s’y sont employés , pour-ce qu’il
n’est possible de combattre contre
Dieu , ny contre l’air, auquel sou-
uentesfois sont cachées les verges de
sa diuine iustice.
Si donc, suiuant la sentence de l’an-
cien et diuin Hippocrates, qui dit toute
playe contuse deuoir estre conduite
à la suppuration pour estre parfaite-
ment guerie, nous nous sommes ef-
forcé de ce faire, et toutesfois n’en
sommes venu à bout , à cause des
pourritures , gangrenés et mortifica-
tions qui s’y sont mises par le moyen
de l’air vicié : qui est-ce qui justement
nous en accusera? Considéré aussi
que la nécessité nous a contraints
changer nostre façon de faire, et au
lieu de medicamens suppuratifs, vser
d’autres remedes pour entièrement
combattre les accidens suruenus, non
seulement aux coups d’harquebuses,
mais aussi d’espées et autres bastons
à maiu, lesquels nouueaux remedes
se pourront voir en la lecture de ce
présent Traité1. Outre les causes hu-
maines , l’homme est mal instruit en
la connoissance des choses celestes,
qui ne tient pour tout certain l’ire de
Dieu se débander sur nous pour pu-
nir les fautes qu’ordinairement nous
commettons contre sa maiesté. Ses
fléaux ont esté prests , ses verges et
ses armes ont eu leurs ministres tous-
iours appareillés, pour executer les
commandemens de sa diuine iustice :
aux secrets de laquelle ne pouuant
entrer plus auant . i’aime mieux me
contenir en vne simplicité que passer
plus outre, et conclure auec les mieux
aduisés , l’occasion principale des
morts procéder de la pure et simple
volonté de Dieu, qui par la tempéra-
ture que son bon plaisir a donné à
l’air et auxvenls, heraux de sa di-
uine iustice, nous a rendus aptes à re-
ceuoir les inconueniens, lesquels nous
auons encourus par nostre iniquité.
1 Nous avons prissoin d’indiquer en temps
et lieu ces modifications que Paré a fait su-
bir à sa première doctrine. — Voyez ci-après
le chapitre 6 du neuvième livre.
LIVRE
LE NEVFIÉME
TRAITANT
DES PLAYES FAITES PAR HARQYEBYSES ,
ET AVTRES BASTONS A FEV, FLECHES , DARDS ,
ET DES ACC1DEJNS d’ICELLES1.
CHAPITRE I.
DIVISION DES PLAYES SELON LA DIVER-
SITÉ TANT DES PARTIES OFFENSÉES ,
QVE DES BALLES DONT ELLES SONT
FAITES2.
Toutes les playes que les basions
à feu causent au corps de l’homme ,
tant simples que compliquées , auec
contusion , dilacération , intempera-
ture et tumeur, se font les vnes és
parties noblesses autres és ignobles :
• Ce livre, le premier qu’A. Paré ait fait
paraître, et celui qui d’abord a fait sa répu-
tation, a eu trois éditions avant de passer
dans les OEuvres complètes ; les deux pre-
mières en 1545 et 1552 , avec un titre ana-
logue à celui qu’il porte ici; la troisième en
1564 avec plusieurs autres Traités, sous le
litre des Dix liures de Chirurgie. Les chapi-
tres 14 et 15 manquant dans ces trois pre-
mières éditions, semblent avoir paru sépa-
rément dans l’édition de 1572 que je n’ai pu
voir; et le chapitre 16 ne date que de 1579.
Attendu l’importance de la question , soit
pour l’histoire de l’art , soit pour l’histoire
d’A. Paré lui-même, je n’ai pas voulu, pour
toute la partie de ce livre qui concerne
quelques vnes és parties chanteuses,
quelques autres és nerueuses et os-
seuses : aucunesfois auec ruption et
dilacération des grands vaisseaux ,
comme des veines et arteres, et quel-
quesfois sans la ruption d’iceux. Tel-
les playes aussi sont aucunesfois su-
perficielles , et souuent profondes ,
iusqu’à penetrer outre le corps et les
membres esquels on les reçoit. Vnc
autre diuersité se connoist en elles
selon la différence des balles, entre
lesquelles s’en trouue de grosses , de
les plaies d’arquebuses, disséminer dans les
notes les doctrines en lutte avec celles de
notre auteur , et j’ai préféré les présenter
ensemble dans mon Introduction. Les notes
qui vont suivre auront donc uniquement
pour objet de signaler les modifications les
plus importantes de la rédaction et des doc-
trines d’A. Paré lui-même.
2 Tout ce chapitre , à l’exception d’un ou
deux mots, offre la rédaction adoptée par Paré
dans l’édition de 1564. Les éditions anté-
rieures présentent quelques différences. D’a-
bord elles nesont point divisées en chapitres;
et puis le style même a subi de notables
changements ; la balle y est nommée ballotte,
les apprentis ouvriers, etc.
LE JMEVF1ÉJVIE LIVRE,
i44
moyennes, et de petites comme dra-
gée, dont la matière (qui n’est ordi-
nairement que de plomb), se laisse au-
cunesl'ois conuertir en acier, en fer,
ou en estain , rarement en argent, et
moins encores en or. Suiuant lesquel-
les différences , le Chirurgien doit
prendre diuersesindications pour opé-
rer, et selon icelles diuersiüer les re-
medes 1
Or nous ne deuons iuger les grands
1 Dans les deux premières éditions le li-
vre commençait ainsi:
Les playes faicles par basions à feu ne pei t-
ueni estre simples, mais nécessairement com-
pliquées, c’est àsçaitoir auec contusion, etc.
Ce n’estdonc qu’en 1564 que Paréa admis
qu’elles pouvaient être simples. La phrase
qui se rapporte à la diversité de ces blessu-
res selon la différence des balles , ne date
aussi que de 1564.
Immédiatement après ce premier para-
graphe , dans les deux premières éditions,
suivait la réfutation de ceux qui regardaient
ces plaies comme vénéneuses, discussion
qui a été depuis reportée dans le discours
au roi; voici le texte primitif:
« Aucuns disent icelles playes eslre com-
bustcs et veneneuses par la qualité de la
pouldre et ballotte ou boulet : dont grands
accidenlz suruiennent. Mais facilement se
peult reprouuer telle opinion. Car en pre-
mier lieu la ballotte de soy«ne sçauroit cau-
tériser, pour ce que le plomb ne peult con-
ceuoir si grande chaleur qu’il ne fus! fondu.
Toulesfois nous voyons la ballotte passer au
trauers d’vn harnoys iusques à entrer de-
dans la chair, etestre encore entière. Oullre
plus, nous voyons lesdictes ballottes auoir
esté iettées contre vne pierre, et neantmoins
tout soudain on les peut tenir en la main ,
6ans notable chaleur : combien que l’attrition
ou collision d’icclle auec la pierre deust
auoir encores augmenté sa chaleur: donc ne
pourra estre faicte adustion par la ballotte.
Et s’ilz disent estre par la pouldre à canon,
ia la pouldre n’est caustique, comme l’ex-
perience le monstre. Car en l’appliquant sur
aucun vlcere , ne faict corrosion ou mani-
j accidens de ces playes prouenir par
adusliou de la balle , ny par la véné-
nosité, ou autre mauuaise qualité de
la poudre à canon , pour les raisons
qu’auons déduites aux Discours pre-
cedents, mais à cause de la contusion,
dilacération et fraction que fait lax io-
lence de la balle és parties nerueuses
et osseuses. Car quand il aduient que
la balle ne touche que les parties
charneuses,eten corps de bonne tem-
feste douleur, Tors en bien petit instant
apres qu’elle y est appliquée: ce qu’ay voulu
expérimenter, premier qu’en donner iuge-
ment. Et de ce chacun peult faire facile
expérience. D’auantage qu’elle ne soit vene-
neuse , ie le preuue par ceste raison : nul
simple qui entre en elle n’est trouué vene-
neux, moins donc sera trouué veneneuse sa
composition et toute sa mixtion. Outre plus,
posé qu’elle eust bien grande acrimonie,
encore ne pourroit-clle eslre portée auec la
ballotte, qu’en bien petite quantité: car elle
est consumée tant par l’action du feu , que
séparée par l’agitation de l’air. Et quant à
ce que tant facilement s’enflamme, n’est
suffisante raison pour conclure qu’elle ayt
faculté ou vertu de faire adustion : car le
camphre , combien qu’il soit tres-froid , ne
laisse pourtanldes’enflammer, eteeque l’eau
de vie se conuertit en flamme , n’est tant
pour sa chaleur que pour la tenuité des par-
ties. Ce qui se monstre: car icelle eau bien
distillée, puis exposée à l’air, s’esuanouit, et
dissipe en substance aircuse. Semblable-
ment souuentesfois on voit que parauant que
la ballotte entre en aucun membre, elle ren-
contre harnoys et habits , et en icelle con-
traction le reste de la pouldre se séparé et
diminue de ladite ballotte: parquoy n’y peut
demeurer que bien petite portion d’icelle.
Mais quand ne rencontre aucune chose in-
terposée deuanl la chair, en ce cas pourroit
porter plus grande quantité de pouldre, qui
est cause de noircir la playe. Ce qui a deceu
et abusé aucuns, cuidans telles playes estre
j adustes: ce qui pour les raisons predictes est
absurde et mal entendu.
» Parquoy ne deuons iuger, etc. »
145
DES PLAYES d’hARQVEBVSES.
perature, i'ay trouué autresfois telles
playes autant peu rebelles à cura-
tion , et aussi faciles à traiter, que
celles qui sont faites par autres bas-
tons faisans vulneres ronds , contus ,
et de telle figure que fait le boulet.
Pour-ce est-il necessaire auoir plus
d’esgard aux symptômes ou accidens
de la contusion, dilacération, frac-
ture d’os et violence de l’air enuiron-
nant, qu’à la combustion qu’on esti-
meroit prouenir du boulet et vénéno-
sité de la poudre à canon , pour les
raisons prédites. Ce que mettant en
lumière pour aider aux ieunes et nou-
ueaux praticiens en chirurgie , i’ay
voulu traiter briefuement, toutesfois
ainsi que i’ay peu expérimenter à la
suite des guerres , que i’ay continué
par l’espace de quarante ans *. En
quoy ie proteste auoir suiui le con-
seil des Médecins, et gens de ma pro-
fession plus renommés et approuués,
tant par leur doctrine que longue
expérience : lesquels ie m'asseure sça-
uoir choses trop plus grandes que ne
pourroient contenir mes escrits. Par
ainsi ie n’escris pas pour eux , ains
pour les nouueaux apprentifs de cest
art, et à ceux qui n’auront meilleur
aide pour suruenir aux cas vrgenls
prouenants esdites blesseures, les-
quels surprennent quelquesfois le
conseil du Chirurgien , si la raison et
expérience ne conduisent son œuure.
1 Les deux premières éditions disent seu-
lement que l’auteur a suivi les guerres; en
1564 il ajoute: que i’ai continué par l'espace de
trente ans; et en 1575, par l’espace de quarante
ans, ce qui a été conservé depuis dans tou-
tes les éditions.
CHAPITRE II.
DES SIGNES DES PLAYES FAITES PAR
HARQVEBVSES '.
Au commencement de la curation
il faut connoistre si la playe est faite
par coup de harquebuse : ce qui sera
aisé à voir, si la figure de la playe est
ronde et liuide en couleur, et la cou-
leur naturelle de la partie est chan-
gée, à sçauoir iaune , violette, liuide,
ou noire. Semblablement si à l’instant
que le patient a receu le coup , il dit
auoir senti vne douleur aggrauante ,
comme s’il eust esté frappé d’vn grand
coup de pierre, ou qu’vne poutre, ou
quelque autre grand fardeau luy fusl
tombé sur la partie vulnerée.
Pareillement (si le coup n’atteint
quelque gros vaisseau) s’il en sort
peu de sang des parties blessées, d’au-
tant qu’elles sont contuses , et gran-
dement meurtries, qui est cause qu’el
les s’enflent bien tos t apres le coup , de
façon qu’elles bouschent quelquesfois
le passage, tant que l’on n’y peut
mettre tente ni seton : et de cela peut
aduenir que le sang est supprimé ,
lequel autrement couleroit par les
orifices 1 2.
Aussi le malade y sent grande
chaleur, à cause de l’impétuosité du
mouuement violent, et de la ve-
hemente impulsion de l’air, auec la
ruplion de la chair et des parties nre-
ueuses : quelquesfois aussi pour les
1 Ce chapitre manque d’abord tout entier
dans les éditions de 1545 et 1552 ; et le texlc
de 1564 diffère beaucoup encore du textedes
éditions complètes.
2 L’édition de 1564 porte simplement : Pa-
reillement s’il eu sort peu de sang, et si le ma-
lade y sent grande chaleur, etc.
II.
ÎO
LE K EV FIÉ AIE LIVRE,
l4(i
os fracturés qui piquent et pressent
lesdites parties, dont s’ensuit fluxion
et inflammation : aussi pour la grande
contusion que fait la balle, qui ne
peut entrer en aucune partie de nos-
tre corps que par grande force, pour
sa figure ronde , dont le lieu en est
rendu noir, et les parties voisines li-
uides : parquoy s’ensuiuent plusieurs
grands accidens , comme douleur,
fluxion , inflammation , aposteme ,
spasme, alienation, paralysie, gan-
grené, mortification, et apres la mort.
Elles iettent souuent vne sanie vi-
rulente et fort felide, qui prouient
de la trop grande abondance des hu-
meurs qui fluent à la partie blessée,
à cause de la vehemente meurtris-
seure , contusion et dilacération des
parties , et par defaut de la chaleur
naturelle qui ne la peut régir et gou-
uerner : pareillement vient pour la
cacochymie du corps et des parties
nerueuses, comme lesiointures. Aussi
tels coups sont trouués toujours plus
véhéments que la blesseure des cornes
d’vn cerf, ou d’vn coup de pierre ietté
d’vne fonde , ou autres contusions
semblables, par ce qu’il se fait plus
grande force d’vne chose ronde, qui
d’extreme violence, en mode de fou-
dre, pénétré au dedans *.
CHAPITRE III.
LE MOYEN DE PANSER LESDITES PLAYES
AV PREA1IER APPAREIL2.
Pources causes ilfaut que prompte-
ment le Chirurgien amplifie la playe,
* Le dernier paragraphe manque dans l’é-
dition de 1564.
3 Le texte de ce chapitre se retrouve dans
si la partie le permet, tant pour don-
ner issue à la sanie, que pour donner
libre passage aux choses estranges ,
et les oster (si aucunes y a) comme por-
tion d’habits , bourre , drapeau , pa-
pier, pièces deharnois, mailles, balles,
dragées, esquilles d’os , chair dilace-
rée, et autres choses qui s’y peuuent
trouuer : et dés le premier appareil, si
possible est. Car les accidens de dou-
leur et sensibilité ne sont si grands au
commencement , comme és autres
temps de la maladie.
Or pour mieux les extraire, il faut
faire mettre le patient en figure en
laquelle il estoit lors qu’il fut blessé,
pource que les muscles et autres par-
ties autrement situées peuuent estou-
per et empescher la voye. Et pour re-
garder à bientrouuer lesdites balles et
autres choses estranges , chercher les
fan t auec le doigt (s’il est possible) plus-
tost qu’auec autre instrument, par-ce
que le sens du tact est plus certain que
nulle sonde ou autre chose insensible.
Que si la balle a profondé bien auant,
lors il la conuient chercher auec vne
sonde , ronde en son extrémité , de
peur de faire douleur Toutesfois il
aduient souuent que par la sonde on
ne peut trouuer ladite balle, comme
il escheut au camp de Parpignan , à
Monseigneur le Mareschal de Brissac,
offensé d’vn coup d’harquebuse près
l’Omoplate droite : où plusieurs Chi-
rurgiens ne pouuant trouuer ladite
les trois premières éditions : seulement les
deux premières commencent ainsi:
Aucommencement donc de la curation , faut
oster les choses estranges si aucunes y en.a.
El la troisième dit :
Pour ces causes il faut que promptement
le chirurgien oste les choses estranges ; d’où
l’on voit que le précepte d’amplifier la playe
ne date que de 1575.
DES PLAY ES
balle, disoient qu’elle estoit entrée
dedans le corps, attendu qu’il n’y ap-
paroissoit issue aucune1. Mais n’ayant
ceste opinion , ie vins à chercher la-
dite balle, et n’y voulus aucunement
mettre la sonde , mais luy fis faire tel
geste du corps qu’il faisoit lors qu’il
fut blessé. Puis comprimay douce-
ment les parties circonuoisines de la
playe : ce faisant trouuay vne tu-
meur et dureté en la chair, auec sen-
timent de douleur et liuidité au lieu
où estoit la balle , qui estoit entre la
partie inferieure de l’Omoplate, et
enuiron la septième et huitième ver-
tèbre du dos : auquel lieu fut faite in-
cision pour tirer la balle , dont puis
apres fut tost guari 2.
Parquoy est fort bon chercher la
balle, non seulement auec la sonde,
mais (comme i’ay prédit) auec les
doigts , en maniant et traitant le lieu
et les enuirons d’iceluy , où l’on con-
jecture la balle auoir peu penetrer.
CHAPITRE IV.
DESCRIPTION DES INSTRVMENTS PROPRES
POVR TIRER LES BALLES ET AVTRES
CHOSES ESTRANGES.
Quant aux choses estranges , elles
peuuent estre tirées par les instru-
1 La première et la deuxième éditions por-
tent : Lors fuz enuoyé par mondict seigneur
de Rohan vçrs ledict seigneur de Brissach
pour sçauoir si ie pourrois trouuer ladicle bal-
lotte •' et pour paruenir à ceste fin, ie comprimay
doucement les parties circonvoisines de la
playe, et en ce Jaisanl ie trouuay tumeur et dureté
en la chair , etc. Les mots : auec sentiment de
douleur et liuidité au lieu où estoit la balle ,
manquent dans la première édition et ont
été ajoutés à la seconde.
2 La première édition dit : auquel lieu tut
'harqvebvses. 147
mens cy apres depeincts , qui sont de
diuerse figure et grandeur selon la
nécessité : les vns sont dentelés , les
autres non : et faut que le Chirur-
gien en ait de plusieurs et de di-
verses façons , les vns plus grands ,
les autres plus petits , en chacune de
ses formes , à fin de les accommoder
aux corps et aux playes , et non les
corps ny les playes à ses instrumens 1 .
Instrumens requis à tirer les choses estranges.
Bec de Corbin dentelé.
Cestuy est nommé bec de Grue,
pour la similitude , lequel pareille-
ment doit estre dentelé : et est propre
à extraire du profond , dragées ,
mailles, esquilles d’os fracturés, et
autres choses.
faicle l’incision, et la ballotte tirée parmi nommé
maislre Nicole , l’un des chirurgiens de mon-
seigneur le dauphin, et depuis fut tost guery.
— La deuxième porte, par vn nommé maislre
Nicole iMuernuull chirurgien du roy ; et enfin
cette mention a tout-à-fait disparu à partir
de la troisième.
1 Les éditions de 1545 et 1552 portent seu-
lement:
Quant aux corps estranges, peuuent estre
osiez par tels instruments ci- apres figurés :
comme cestuy nommé bec de corbin ( parce
lE nevfiéme livre,
Bec de Grue droit.
Cestuy qui esl nommé Bec de Cane,
ayant vne cauité en son extrémité ,
large et ronde , dentelée , pour mieux
prendre la balle, est propre princi-
palement lors que la balle est aux
parties charneuses.
Bec de Cane.
Autre figure de Tire-balle, nommée Bec de Lézard, pour tirer la balle, lors quelle sera
applatie : collée de mesmes lettres que l'autre.
qu'il représente vn bec de corbeau ) lequel doit
estre dentelé pour mieux tenir et tirer lesdites
choses estranges.
La phrase qui termine le paragraphe a
etc mise en ce lieu en là6i; mais A. Taré
l’avait déjà ajoutée à l'édition de i.r>o2, seu-
lement dans un endroit différent, correspon-
dant à la fin de ce chapitre.
1 Le bec-de-grue coudé ne date que de
l’édition de 156i.
DES PLAYES d’haRQVEBVSF.S.
Autre façon (le Tire-balle.
*49
AA Monstre sa cannule.
BB La verge qui fait ouurir et fermer la
charnière.
CC La charnière1.
Autre instrument nommé Bec de
Perroquet, pour tirer quelques pièces
de harnois insérées au profond des
membres , mesmes dedans les os.
Bec de Perroquet.
A Monstre la queue de la viz.
B L’escrouë.
C Le coulant, lequel au moyen d’vne viz
se hausse et baisse.
DD La coulisse.
Autre instrument nommé Bec de
Cygne , lequel s’ouure à'viz', 'accom-
pagné d’vne pincette que par cy
deuant nous auons nommée Bec de
Grue droit : et sert à tirer quelque
chose estrange , apres auoir dilaté la
playe auec ledit Bec de Cygne 2.
Bec de Cygne.
1 Les deux figures précédentes, de même
que les suivantes représentant le bec-de-
perroquet et le bec-de-cygne, ont paru pour la
première fois dans l’édition de 156i. A la
suite du bec-de-leznrd, elle en donnait éga-
lement une autre sous le nom d e.pied-de-
griffon , avec ce titre :
Autre façon de Tire balle nommé Pied de
grillon , lequel s’ouure en tirant la verge con-
tre soi et se ferme en lu passant dedans: ainsi
qu'il l’est monstri manifestement : et est fort
utile à tirer les balles des haquebutes à croc et
autres de gros calibre.
Ce pied-de-grilîon a été reporté depuis au
livre De la génération , chap. 42 , comme
instrument propre à l’extraction des moles.
On remarquera que sous le nom de bec-
de-perroquet, A. Paré comprend deux instru-
ments, celui qu’il représente ici, et une sorte
de tenailles incisives figurées à la page IC de
ce volume.
2 Apiè la figure du bec-de cygne , l’édi-
LE NEVFJEME LIVRE,
i5o
’ Si les corps estranges, spécialement
les balles et dragées , sont peu pro-
fonds, ôn les pourra tirer auec Eleua-
toires *.
Autre instrument, nommé Tire-
fond , leqüël tourne à viz dedans vne
Cànnule , et est fort conuenable à
tirer lesdi tes balles, lors qu’elles ont
pénétré iusqdes dedans les os : car sa
pointe entre dedans ladite ballole,
pourueu qu’elle soit de plomb ou
tion de 1564 en donne une autre que je
n’ai retrouvé dans aucune des éditions pos-
térieures ; la voici i
Aulre semblable qui s’ouure à charnière.
1 L’édition de 1545 ne parleras d’élevatoi-
es; celle de 1552 contient la figure unique
de celui que nous avons représenté dans la
estain (car elle ne pourroit entrer en
vn corps plus dur ) , et par ce moyen
peut estre aisément ostée
Cannale de Tire-fond.
Cestuy est nommé Dilatatoire, du-
quel on peut vser à ouvrir et dilater les
playes, à fin de mieux trouuer lesdites
choses estranges. Car en comprimant
ensemble deux de ses extrémités, les
autres s’ouurent : et peut aussi seruir
note 1 de la page 15 de ce volume; enfin
l’édition de 1564 emprunte au Traité des
Playes de teste de 1561 les deux autres éga-
lement figurés à la page 15, et retranchés
de cet endroit dans les éditions complètes.
1 Après ces figures du tire-fond , l’édition
de 1564 ajoutait celles de deux autres tire-
fonds que l’on trouvera aux pages 12 et 58
du présent volume, et qui ont été retranchées
de cet endroit dans les grandes éditions.
De même aussi , après les figures du tire-
fond, l’édition de 1545 ajoutait:
« Le subséquent est nommé tenaille inci-
siue: lequel est commode à couper aucun
os fracturé, qui sort hors la chair, lors qu’il
a esté rompu par la violence du boullet , et
est plus aysé que n’est vne scie, et ne faicl
DES PLAYES d’iIARQVEEVSES.
1 5 1
en plusieurs lieux , comme aux nari-
nes, au siégé , et aux parties
Dilatatoire.
Les instrumens qui s’ensuiuent
sont nommés Aiguilles à Seton , les-
tant de douleur: ioinlque parluy l’operation
est plus subite.
Tenailles incisiu.es.
Les éditions de 1552 et 1564 ont substitué
à cette figure celle des tenailles incisives que
l’on trouvera au livre des Operations, ch. 30;
et les éditions complètes ont absolument re-
tranché en cet endroit tout ce qui a rapport
à ces instruments.
quelles sont conuenables , lorsqu’on
veut passer vn Seton pour tenir la
playe , et la voye de la balle ouuerte,
iusques à ce que l’on ait tiré hors les
choses estranges qui y peuuent en-
core estre. Outre ce , peuuent seruir
à sonder les playes profondes , pour
trouuer la balle , et ne causent point
de douleur , pour ce qu’elles sont
rondes et polies en leur extrémité2.
Faut donc entendre que les sondes,
desquelles on cherche la balle , doi-
uent estre moyennement grosses ,
polies et rondes en leur extrémité :
1 Dans l’édition de 1535, le dilatatoire pré-
sentait cette autre forme, disparue déjà en
1552 :
2 Dans les éditions de 1564 et même de
1575, ce paragraphe faisait le commencement
du chapitre suivant sous ce titre : Lamani'ere
de traicler les playesau premier appareilapres
que les choses eslrantjes sont tirées. Ce titre a
été conservé , mais transporté un peu plus
loin et à une place plus convenable à partir
de l’édition de 1579.
Au reste le commencement de ce para-
graphe se lisait déjà dans l’édition de 1545:
mais la tin ne date que de celle de 1552.
—
LE NEVFIEME LIVRE,
1 5q
pour ce que les parois (le la playe, et
les voyes par où la balle a passé , in-
continent se rapprochent et retou-
chent l’vne contre l'autre , de sorte
que ladite playe ou voye appert au
sens de la veuë beaucoup plus petite
qu’elle n’est. Et pour cesle cause les
soudes gresles et aiguës sont moins
commodes : car elles s’arrestent à la
chair rapprochée et contiguë , et ne
peuuent si facilement aller au lieu de
la balle, comme celles qui sont
médiocrement grosses : ioint aussi
qu’elles piquent la chair de la playe,
et ce faisant molestent fort le pa-
tient : qui est souvent cause que les
balles ne peuvent estre trouuées. On
en doit aussi auoir de plus grandes
pour passer au trauers d’vne cuisse ,
lors que le cas le requiert . Par ainsi la
longueur d’icelles se doit changer
selon la grosseur du membre blessé.
Et ne suis d’aduis qu’on s’efforce
beaucoup à les faire tousiours passer
au trauers des parties blessées, de
peur d’induire douleur et autres ac-
cidens. Car le malade ne laissera pas
à guarir, pour le seton qui ne sera
passé tout au trauers, comme l’expe-
rience en fait foy , lors qu’vne balle
passe au trauers du corps, on ne passe
point de seton, et neantmoins guaris-
sent *.
Sondes quipeuuent sentir de sétons 2.
1 Ce paragraphe fort remarquable man-
que dans toutes les éditions françaises jus-
ques et y compris celle de 1579, et consé-
quemment aussi dans l’édition latine. Il date
donc seulement.de 1585.
- L’édition de 1545 ne contient qu’une
CHAPITRE Y.
LA MANIERE DE TRAITER LES PLAYES AV
PREMIER APPAREIL, APRES QVE LES
CHOSES ESTRANGES SONT TIREES1.
Apres auoir tiré les choses estran-
ges par les moyens susdits , la prin-
seule ligure d’aiguille à séton, un peu diffé-
rente des autres; c’est pourquoi je la repro-
duis ici :
0
Dans l’édition de 1552, cette aiguille a dis-
paru, et elle est remplacée par les deux au-
tres. On les retrouve en 1564; elles man-
quent dans l’édition de 1575; et enfin on en
retrouve quatre figures en 1579 , dont deux
ne sont que la répétition des deux autres.
L’édition de 1552 plaçait en cet endroit
une remarque sur la nécessité d’avoir des
instruments de diverses longueurs, remar-
que qui a été reportée au commencement du
chapitre dès 1564.
1 C’est ici que la doctrine primitive de
Paré s’éloigne beaucoup de celle qu’il adopta
plus tard. Les variantes doivent donc être
notées avec soin, ainsi que leur date exacte.
Et d’abord tout le début de ce chapitre,
1 53
DF.S PLAYES I) HARQVF.BVSES.
cipale intention sera de batailler con-
tre la contusion et alteration de l’air,
s’il est chaud et humide, et disposé à
pourriture : ce qui se fera tant par
remedes pris par dedans , que par
autres appliqués par dehors, et aussi
mis dedans les playes. Ceux qui doi-
uont estre administrés par dedans,
se prendront par le conseil et ordon-
nance du prudent Médecin , à la doc-
trine duquel ie laisse tout ce qui peut
appartenir à la maniéré de viure, et
à la purgation du malade.
Et quant aux raedicamens topiques,
jusqu’à la recette de l’huile de petits chiens,
manque dans les éditions de 1545 et 1552,
dont voici le texte :
•< Et pour le premier appareil fault appli-
quer de l’huile qui s’ensuyt , vn peu plus
cbaulde que tiede, dedans la playe, auec ten-
tes ou sétons. »
Suit la recette de l’huile de petits chiens;
et je remarque que dans la première édition
il se borne à dire moins pompeusement que
plus tard: Ladicte huile est de grande effi-
cace, tant pour seder la douleur qu’à suppurer
la playe. La variante : de grande et mer-
ueilleuse efficace, est de 1552. Puis vient la
formule de l’huile de lis ; après quoi il
ajoute :
« l’ay veu vn chirurgien allemand, lequel
vsoil de suc d’escreuisses crues, pilées et es-
preintes , mises dedans la playe: et disoit
estre fort singulier à seder la douleur: mais
ie ne l’ayexperimenté. I’ay pratiqué et voulu
expérimenter, cautériser les playes auec
huile bouillante et cautères actuelz , mais
i’ay trouué ladite cautérisation fort doloreuse
cl peu profitable, à cause des grands acci-
dents qui suruiennent: toutesfois , au cas
qu’il y auroit grande hémorrhagie, lors les-
dicts cautères y auroient lieu, et non aullrc-
ment.Or quant auxdictes huiles , i'ai bien
cogneu.etc. » — Voyez la suite à la page 155,
deuxième colonne.
L’édition de 1564 montre déjà un grand
changement dans les opinions de l’auteur. 11
venait de passer par le siège dejRouen , où
le Chirurgien suiuant les choses sus-
dites , doit considérer la constitution
du temps et de l’air : car s’il n’y a
danger que la partie tombe en gan-
grené , il vsera de suppuratifs comme
aux playes contuses , quels sont l'o-
leum catellorum , ou d’vn digestif,
ayant esgard à la nature de la partie:
attendu que les parties nerueuses de-
mandent medicamens plus secs que
les chanteuses, comme nous auons
amplement dit au Traité des Playes
des iointures. Donc ausdites iointures
et parties nerueuses , on vsera de te-
presque toutes les plaies s’étaient compli-
quées de pourriture, et qui fut l’occasion du
discoursau roiqui précède ce neuvième livre.
En conséquence, il met en première ligne
cette nouvelle indication': de batailler contre
l'ulleralion de l’air, contre la putréfaction de
ta playe et des accidens ; telle est en effet la
rédaction de 1564, et la contusion et la pour-
riture attribuée à L’air chaud et humide n’ont
pris place dans le texte qu’en 1575.
Ainsi le premier paragraphe du chapitre
actuel , modifié comme il vient d’être dit,
est de]1564. Mais après ce paragraphe arrivait
immédiatement le quatrième ainsi conçu :
« Lors le chirurgien en son premier appareil
appliquera dans les playes remedes contrarions
à la putréfaction , comme est Pvnguent qui
s’ensuit. »
Et le texte continuait comme nous le lisons
encore aujourd’hui , jusqu’au paragraphe
l’ay bien cogneu, etc., avec suppression de ce
qui concernait le chirurgien allemand et sa
méthode.
Le troisième et le quatrième paragraphes
de cechapitredatent donc seulementde 1575;
encore ledeuxièmea subi plus tard une modi-
fication qui sera notée tout à l’heure; mais sur-
tout il est essentiel de dire que l’huile de petits
chiens, jusqu’en 1575 , ne contenait ni eau-
de-vie ni térébenthine, et que cette addition
a une grande signification pour ceux qui
ont suivi le progrès des doctrines du temps.
Voyez dans mon Introduction l’analyse rai-
sonnée de toutes ces doctrines.
1 54 LË NEVPlÉME LIVRE ,
rebenthine de Venise, ou d’huile de
cire, de mastich, de iaunes d’œufs,
et autres semblables : y adioustant
vn peu d’eau de vie rectifiée. Telles
choses ont puissance de desseicher et
consommer l’humidité sereuse yssant
des parties nerueuses , et seder la dou-
leur *.
Monsieur Ioubert , Médecin ordi-
naire du Roy , et Chancellier en son
Vniuersitéde Montpellier , qui a tres-
doctement escrit des Harquebusades2,
pour auoir veu plusieurs blessés à la
suitedes guerres, dit qu’on ne doit vser
de medicamens escharotiques , tant
actuels que potentiels, aux simples
coups des harquebuses , parce qu’ils
induisent douleur , inflammation ,
gangrené, fiéure, et autres perni-
cieux accidens. Aussi que l’escarre ou
crouste garde la suppuration , qu’on
‘Ce paragraphe, ainsi que le suivant,
ne datent que de 1575; et la citation du
Traité des iointures se rapporte au petit
Traité publié en 1573, et réuni plus tard au
livre Des playes en particulier. Voyez ci-de-
vant la note de la page lit. Mais au sujet
de ce paragraphe, j’ai deux observations à
taire. La première , c’est qu’au lieu de ces
mots il vsera de suppuratifs, l’édition de 1575
porte : on n’vsera de suppuratifs, ce qui serait
tout le contraire. Je pense toutefois que la
version de 1575 est le résultat d’une faute
d’impression ; toutes les autres portent, et le
sens indique : il vsera.
La seconde est plus sérieuse. Dans les édi-
tions de 1579 et 1579, le paragraphe se ter-
mine ainsi :
Donc ausdicles ioitwlures et parties nerveu-
ses, on vsera de térébenthine de Venise en
plus grande quantité que de l’huile.
La rédaction définitive ne date donc que
de 1585.
a En son Traité des harquebusades. — A. P.
— Ceci se lisait dans le texte et devait évi-
demment être mis en note. La première édi-
tion du Traité de Joubei t avait été publiée
en 1570.
doit faire promptement1 pour séparer
la chair meurdrie d’auec la saine, de
peur que tout ne se pourrisse : comme
il se fait aisément , quand l’humeur
superflu croupit longuement en vn
lieu , n’ayant issue libre , et mesmes
pour ses vapeurs qui ne se peuuent
exhaler à cause qu’elles sont encloses
et couuer les de l’escarre , se multi-
pliant tousiours où elles sont encloses,
requérant vn plus grand lieu qu’il
ne leur est permis, passant et entrant
des petits vaisseaux aux plus grands,
et de là aux parties nobles , dont s’en-
suit le plus souuent la mort. Toutes-
fois s’il y a soupçon de pourriture ,
lors il faudra passer des suppuratifs
aux remedes contrariants à la putré-
faction , délaissant la propre cure
pour suruenir aux accidens.
Parquoy au premier appareil , dans
les playes, en cas de putréfaction,
sera appliqué tel onguent qui s’en-
suit.
Description de l'Egyptiac propre ausdites
playes.
7f. Puluer. aluminis rochæ, viridis æris, vi-
triolis Romani, mellis rosati ana g . ij.
Aceti boni quantum sufiieit.
Bullianl omnia simul secundum tartem , et
fiat mcdicamentum ad formant mellis.
Les vertus de cest onguent sont que
par la chaleur et tenuité il incise et
atténué les humeurs , reuoque la
chaleur naturelle, laquelle a esté re-
poussée par la vehemente impulsion
du coup et violente agitation de l’air
conduit parla balle. D’auantage, il
corrige la putréfaction de l’humeur
virülente, qui promptement abreuue
la chair conterée et meurtrie , si fort
qu’il fait escarre. Cest onguent toutes
1 Traduisez : empêche la suppuration qu'en
doit favoriser, etc.
1 55
DES PLAY ES
et quanles-fois qu’il en sera besoin, se
pourra appliquer auec lentes ou sé-
tons, estant dissoult auec vin ou eau
de vie : lesquelles seront assez grosses
et longues pour le premier appareil,
à fin d’eslargir et dilater la playe, pour
mieux y ietter les medicamens : puis
apres ne seront appliquées si longues
et grosses. Aussi pour mieux couler
au profond des playes , se pourra
ietter auec vne syringue. Qui plus est,
sa vertu et force sera diminuée selon
la température des corps , et sensibi-
lité des parties blessées : comme si la
playe est és lieux nerueux, sera meslé
auec huiles de terebenthine et d’hy-
pericon, en telle quantité que le
Chirurgien expert connoistra estre
necessaire : duquel egyptiac on se
pourra et deura-on passer, n’en vsant
aucunement lors que n’aurons à
combattre le temps pestilent et
pernicieux pour lesdites blesseures ,
tel qu’on aveu les années passées l.
Apres l’vsage de l’egyptiac, on fera
tomber et séparer l’escarre, auec
choses remollitiues et lenitiues , com-
me est l’huile qui s’ensuit, la faisant
chauffer vu peu plus chaude que
tiede.
Oleum catellorum.
if. Olei violati fi>. iiij.
In quibus coquantur catelli duo nuper nati,
vsque ad dissolutionem ossium , ad-
dendo •
Vermium terrestrium præparatorum vt
decet tt. j.
Coquantur simul lento igné, deinde fiat ex-
pressio , quæ seruetur in vsum præ-
dictum, addendo:
Tereb. Venetæ §. iij.
Aquæ vitæ § . j 2.
1 Ces mots, les années passées, se trouvent
déjà dans l’édition de 1564, et s’appliquent
spécialement à l’année du siège de Rouen.
Voyez la note 3 de la page 152.
2 Je répète que cette addition de térében-
d’harqvebvses.
Ladite huile est de grande et mer-
ueilleuse efficace, tant pourappaiser
la douleur, que pour suppurer la
playe, et faire tomber l’escarre. En
defaut d’icelle, faut appliquer celle
qui s’ensuit , qui est plus facile à
trouuer.
if. Olei seminis fini et liliorum ana § . iij.
Vnguenti basilici §.j.
Liquéfiant simul , et ex eis vulneri indalur
quant, suff.
I’ay bien connu que lesdites huiles
appliquées au commencement de la
blesseure médiocrement chaudes , ap-
paisent la douleur , lubrifient , relas-
chent et humectent les parois de la
playe , la disposant à suppuration ,
qui est la vraye maniéré de guérir
telles playes. Ce que Galien au 3. de
sa Méthode thérapeut ique , recite d’Hip-
pocrates, disant, si la chair est contuse,
meurdrie, ou battue de quelque dard,
ou en autre manière, qu’il la faut
medicamenter en telle sorte qu’elle
suppure le plustost que faire se pourra.
Car cemoyen elle sera moins molestée
de phlegmon : aussi est necessaire que
la chair contuse et battue soit putré-
fiée, liquéfiée, et conuertie en pus, puis
apres nouuelle chair engendrée *.
Monsieur Ioubert approuue fort tel
remede, lequel toutesfoisn’ay encores
expérimenté, qui est tel 2 :
thine et d’eau-de-vie ne remonte qu’à 1575.
1 Poinct souuerain et principal en la cure
des playes des harquebases. — A. P.
2 Tout ce qui suit jusqu’à la fin du cha-
pitre n’a pas subi de moindres changements
que le commencement
Dans l’édition de 1545, les cinq paragra-
phes qu’on va lire manquent , et l’auteur
arrivant immédiatement au pansement ex-
térieur de la plaie commence en ces termes:
Et aux parties de dessus la playe et circon-
uoisines failli appliquer remedes refrigerantz et
1 56
LF. 2TEVFJÉ
Prenez poudre de Mercure deux fois calci •
née g. j.
Gresse de porc recente ou beurre frais
5- xiij.
Camphre dissoult en eau de vie 3. ij.
Meslez le tout, adioustant un peu d’huile de
lis ou de vin.
L’experience monslre que ce re-
mede est excellent, et la raison le
confirme aussi. Car la poudre de
Mercure accompagnée de matière
crasse et humectante, fait que la chair
meurtrie suppure facilement, et en
peu de temps , sans qu’il y aduienne
fort grande douleur. Et quant au
camphre , qu’il soit chaud ou froid , il
y sert grandement , pour l’excellente
tenuité de ses parties, à raison de
laquelle tout médicament de quelque
qualité qu’il soit, pénétré mieux et
pousse plus auant sa vertu : d’auan-
tage ledit camphre résisté à toute pu-
trefactiou.
roboralifz pour repercuter et cmpescher la
fluxion des humeurs, etc.
C’est à peu près le texte du dernier para-
graphe de la page 156, mais avec cette no-
table différence que, au lieu des parties de
dessus la plage, l’auteur a remis : aux parties
tflii sont audessus de la contusion et esloignées
de la playe. Ainsi en 1545 il appliquait les
réfrigérons et corroborons sur la plaie même,
et plus tard il les proscrivit et les remplaça
par les remolliens et suppuratifs.
C’est le livre de Joubert qui a dicté à Paré
ces nouvelles modifications; et comme le
livre de Joubert n’a paru qu’en 1570, on
pouvait aisément prévoir la date de la ré-
diction nouvelle En effet, l’édition de 1552
copie la première littéralement ; celle de
1564 n’y change que quelques mois et con-
serve exactement le sens. Ce n’est donc qu’à
partir de l’édition complète de 1575 que le
texte a reçu les corrections et les additions
qu’on y lit encore aujourd'hui, et qui chan-
gent si notablement la doctrine primitive,
il n’y a que la formule Olei tereb. , etc- ,
qui manque encore en 1585 et qui n’a été
ajoutée que dans l’édition posthnmedel598.
!ME LIVRE ,
Aucuns instillent en la playe eau de
vie , en laquelle on a instillé vitriol
calciné. Tel remede n’est suppuratif,
mais résisté à la pourriture , duquel
on en peut vser en temps chaud et
humide.
Autre.
If. Olei tereb. § . iij.
Aquævitæ g. fi.
Misce.
Or si le coup est donné de fort près,
véritablement la playe sera bruslée
par la poudre enflammée, et lors on
appliquera remedes propres à la
combustion, sans toutesfois délaisser
la contusion.
Et quant aux parties de dessus la
playe, sinon au premier appareil , l’on
n’appliquera medicamens refrige-
ratifs et astringens, ains remolliens
et suppuratifs : pour ce qu’ils refroi-
dissent et affoiblissent la partie , et
empesclient la suppuration : aussi
constipent le cuir , qui est cause de
ne donner transpiration aux vapeurs
fuligineuses', dont s'ensuit gangrené
et mortification , par l’indeuë appli-
cation de tels remedes. Et où la con-
tusion seroit grande , on pourra faire
des scarifications pour descharger la
partie du sang meurtri, qui est suiet
à se pourrir.
Mais aux parties circonuoisines ,
qui sont au-dessus de la contusion ,
et esloignées de la playe , faut appli-
quer remedes refroidissans et corro-
borans , pour repousser et empescher
la fluxion des humeurs , comme est
cestuy-cy.
%. Pnl. boli armeni , sanguinis draconis,
pal; myrrh. ana 3 . j.
Succi solani, semperuiui , portulacæana
5-j-
Album, iiij. ouor.
Oxyrrh. quant, sufficit .
Fiat linirn. vt decoi.
1)ES PLAYES D HARQVEBVSES. 1 O?
Ou autres semblables , desquels il
couuient vser iusques à ce que l’on
soit asseuré des accidens.
Pareillement il ne faut faillir à bien
bander le membre, le situant en
figure propre et sans douleur , s’il est
possible Au commencement il ne
fautpenser le malade iusques à ce que
laplaye commence à suppurer, que de
vingt quatre heures en vingt quatre
heures. Et quand la suppuration com-
mence, et par conséquent la douleur,
heure, inquiétude s’augmentent , il
faut penser le blessé de douze heures
en douze heures. Et alors qu’il y a plus
grande quantité de matière qui mo-
leste le malade , on le pensera de huit
heures en huit heures. Et quand le
pus commence à se diminuer natu-
rellement , il suffit de douze heures
en douze heures. Finalement quand
l’vlcere se remplit de chair, et par-
tant ne rend gueres de matière , c’est
assez le penser vne fois le iour , ainsi
que du commencement.
CHAPITRE VI.
COMMENT1 IL FAVT TRAITER LESDITES
PLAYES APRES LE PREMIER APPAREIL.
Au second appareil et autres
suiuans , s’il n’y auoit soupçon de
pourriture et gangrené 2 , faut seule-
lement vser d’vne desdites huiles , y
adioustant des moyeux d’œufs auec
vn peu de saffran : ce que l’on con-
1 Le chapitre finit ici dans les éditions de
1564 et 1575 , et ce qui suit ne date que
de 1 579.
2 Ces mots: ts'il n’y auoil soupçon de pour-
rîtMe ei de gangrené , manquent dans toutes
les éditions antérieures à celle de 1575.
tinuera iusques à ce que l’exeremenl
de la playe soit digéré et tourné à
suppuration.
En quoy chacun doit bien noter ,
qne le pus est plus long-temps à s’y
faire qu’és autres playes faites par
autres instrumens, pour ce que la
balle et l’air qu’elle pousse deuant
soy, dissipe (à cause de sa grande
contusion) la chaleur naturelle et
les esprits de la partie : qui est cause
que la coction n’est pas si lost ne si
bien faite, au defaut de la chaleur na-
turelle, dont suruient vne tres-grande
puanteur en la sanie, et autres acci-
dens fort dangereux. Toutesfois ('lie
se fait le plus souuent en trois ou
quatre iours, quelquesfois aussi plus-
tost ou plus tard, selon le tempéra-
ment du corps et de la partie , et l'air
ambiens chaud ou froid K
Ces choses faites, il sera besoin de
commencer à mondiüer peu à peu la
playe , en adioustant au médicament
susdit de la terebenthine lauée en
eau de roses ou d'orge, ou semblables,
pour luy diminuer sa chaleur et
mordacilé. Si la disposition du temps
esloit fort froide, on y pourroil ad-
iouster de l’eau de vie : suiuant le
conseil de Galien , qui enseigne qu’en
Hyuer il faut appliquer medicamens
plus chauds , et en Esté moins 2.
En apres nous faut vser de ce mon-
diheatif.
1 Ce paragraphe manque dans les éditions
de 1545 et 1552. La première phrase a été
ajoutée dans l'édition de 1504; la seconde
seulement dans celle de 1575.
2 Gai. au 3. de la Meüwde, ch. 8. — A. I'.
— Il ne faut prendre d’ailleurs la citation de
Galien que pour les médicaments chauds en
général , et non pour l’eau-de-vie que Ga-
lien ne connaissait pas.
1 58 IE NEVFIÉME LIVRE
ïf. Aquæ decoctio. hord. quantum sufficit.
Succi plantaginis, apij, agrimoniæ, cen-
taurij minoris ana 5 . j.
Bulliant omnia simul : in line decoctionis
adde:
Terebenthinæ Venetæ § . iij.
Mellis rosati § . ij.
Farinæ hordei 3. iij.
Croci 9 .
Misceantur simul omnia bene agilando ,
fiat mundificat. mediocris consistentiæ *.
Autre.
il. Suce, clymeni , plantaginis , ahsyntbij ,
apij ana § - ij.
Terebent. Venetæ § . iiij.
Syrupi absinth. et mellis rosa. ana 5 . ij.
Bull, omnia seeundum artem : postea colen-
tuv, et in colatura adde.-
Pul. aloës, mastich. ireos Flor. far. hord.
ana 3. j.
Fiatmundif. ad vsum dictum2.
Ou cesluy-cy.
if. Tereb. Vene. lotæ in aq. ros. 5 • v-
Ol. ros. 5 • j-
Mell. rosa. § . iij.
Myrrh. aloës, mastic, aristolo. rotundæ
ana 3. j. fi.
Far. hor. 3. iij.
Misce.üat mundificatiuum.
Lequel sera appliqué dedans la
playe auec tentes ou sétons 3 ne trop
longs ne trop gros, pour ce qu’ils
pourroient empescher l’euacuation
de la sanie et des vapeurs esleuées
des playes : esquelles si lesdites va-
peurs sont retenues , c’est chose cer-
taine qu’elles s’eschauffent et acquiè-
rent vne acrimonie, qui puis apres
erode les parois et costés de la playe,
1 Les éditions de 1545 et 1552 ajoutent à
cette formule Vermium terrestrium § . iiij.
— Cet ingrédient a été retranché dès 1564.
> Cette formule a été ajoutée à l’édition
de 1575.
s Ce paragraphe s’arrête ici dans les édi-
tions de 1545 et 1552. Tout ce qui suit jus-
qu’à ces mots, Et si la playe est sinueuse et
profonde, a été ajouté en 1564.
dont s’ensuit douleur , fluxion , in-
flammation , flux de sang , aposteme
et pourriture, qui sont communiqués
aux parties nobles , et causent puis
apres plusieurs pernicieux accidens.
Pour ce il ne faut que le Chirurgien
doute aucunement1 quelesditesplayes
se puissent glutiner et clorre, parce
que la chair si grandement contuse
et lacerée ne se peut consolider que
premièrement la contusion et meur-
drisseure ne soit suppurée et mondi-
fiée : à cause dequoy ie luy conseille
de n’vser de sétons et tentes , si elles
ne sont gresles et menues, à fin
qu’elles n’empeschent l’issue des ma-
tières, et que le patient les souffre
aisément , à fin d’euiter les accidens
prédits. L’vsage des tentes et sétons
est pour porter les remedes iusques
au profond des playes , et les tenir
ouuertes , principalement en l’orifice,
iusques à ce que les choses estranges
soyent mises hors.
Et si la playe est sinueuse et pro-
fonde , en sorte que les medicamens
ne puissent attaindre toutesles parties
offensées, lors il faudra faire iniection
auec la décoction qui s’ensuit.
If. Aquæ hordei 1b. iiij.
Folior. agrimoniæ , centaurij minoris,
pimpinellæ , absintbij , plantag. ana
m. fi .
Badie, aristol. rotondæ § . G .
Fiat decoc. ad 1b. j. in colatura expressa
dissolue :
Aloës hepatieæ 3. iij.
Mellis rosati § . ij.
Bulliant modicum.
Puis soit faite iniection dedans la
playe trois ou quatre fois à chacune
heure que le patient sera pensé1.
1 Traduisez : s’imagine en aucune maniéré.
2 L’édition de 1552 donnait ici la figure
de la seringue que nous avons reproduite à
la page 101 de ce volume.
DES PLAYES D HACQVEBVSES.
Et si ce remette n’est suffisant pour
nettoyer la sanie , et consommer la
chair spongieuse , morte ou pourrie ,
il faut adiouster en la décoction de
l’egyptiac liquéfié, en telle quantité
que la nécessité commandera : comme
pour vne liure de ladite décoction ,
enuiron vne once dudit egyptiac, plus
ou moins : lequel est de très grande
efficace pour corriger la chair spon-
gieuse et mauuaise au profond des-
diles playes : ce que fait aussi ledit
egyptiac appliqué seul sur la crois-
sance de la chair mauvaise. I’ay sem-
blablement expérimenté la poudre
de mercure et alum bruslé, meslés
en égalé portion, auoir en tel cas
vertu toute pareille 1 à celle du su-
blimé ou de l’arsenic (combien qu’elle
ne soit tant douloureuse ) et qu’elle
fait très grande escarre , dont sou-
uentes fois me suis esmerueillé.
Quelques praticiens laissent le plus
souuent grande quantité de décoction
au profond des playes sinueuses , ce
que ie n’approuue. Car outre ce
qu’elle acquiert pourriture , et se
corrompt 2, elle tient les parties ten-
dues (qui leur est chose estrange) et
les humecte , qui fait que Nature ne
peut faire son deuoir à regenerer la
chair : considéré que pour la curation
de tout vlcere, en tant qu’il est vlcere,
comme dit Hippocrates, le but doit
tendre à desseicher , et non à humec-
ter. Plusieurs errent aussi en l’vsage
trop frequent est assidu de sétons, en
ce que ne s’accommodans à la raison,
1 L’édition de 1545 porte, Vertu et action
bien peu moindre ; celle de 1552, Vertu bien
peu moindre ; et enfin celle de 1564, Vertu
toute pareille , comme on lit ici.
2 Ces mots , Outre ce qu’elle acquière pour-
riture et se corrompt , se lisent pour la pre-
mière fois dans l’édition posthume de 1598.
tÔg
les renouuellenl tousiours , et les font
frayer aux parois des playes, par
lequel frayement causent douleur
ausdites playes , et leur renouuellenl
autres mauuais accidens. Pourtant
i’approuue d’auantage les tentes can-
nulées, faites d’or, d’argent ou de
plomb, comme celles qui sont des-
critesaux playes du Thorax : i’entens
où elles auront lieu , et où y auroit
grande quantité de sanie1. Aussi faut-
il appliquer des compresses à l’endroit
du fonds du sinus , à fin de comprimer
les parties esloignées de l’orifice, et
chasser la sanie : mesme est bien
conuenable, que la compresse soit
pertuisée à l’endroit de l’orifice de
l’vlcere sinueux, et sus les tentes can-
nulées, et qu’il y soit mis vneesponge,
pour receuoir la sanie : pour ce que
par tel moyen l’expulsion , euacua-
tion, et absumption d’icelle se fera
beaucoup mieux, en commençant la
ligature au fond du sinus, et la com-
primant médiocrement, à fin que la
matière ne soit retenue au dedans.
Les bandes et compresses propres à
ceste operation seront mouillées en
oxycrat, en vin austere, ou en quelque
autre liqueur astringente, pour robo-
rer la partie et empescher la lluxion :
1 L’édition de 1545 dit -.Parquoy j’appreutte
plus tes tentes où elles auront lieu : et ou y au-
roit r/rande quantité de sanie , les fauldroil
cannuler et mettre compresses au fond du si-
nus , etc.
Les éditions de 1552 et 1564 donnent le mê-
me sens, mais avec cette modification qu’elles
recommandent des cannules d’or, d’argent
ou de plomb, et donnent les figures des can-
nnles que nous avons vues au chapitre Des
playes de poitrine, page 102. Ces cannules
avaient donc été faites pour les plaies d’ar-
mes à feu seulement ; ce qui explique com-
ment leur figure est défectueuse pour les
plaies de poitrine.
Iho LE JNEVFIEME LIVRE
mais il se faut garder de n’astreindre
par trop la partie, pour ce que par
icelle astriction se causerait vne dou-
leur , au moyen de l'exhalation des
excremens fuligineux qui seroit em-
peschée : pareillement se pourroit
faire atrophie au membre, par trop
long -temps continuer lesdites ban-
des l.
CHAPITRE Y II.
DES MOYENS DE TIRER LES CHOSES ES-
TRANGES QV1 SEROIENT DEMEVRIÎES A
EXTRAIRE.
Et là où il y auroit quelques es-
quilles d’os , qui du commencement
n’auroient esté tirées par les prédits
instruments, lors il faudroit appliquer
ce remede , ayant grande puissance
de les attirer, et autres choses es-
tranges.
y.. Radicis ireos Florenliæ , panacis et cap-
parurn ana 5. ij.
Aristol. rotundæ, mannæ, tliuris ana3.j.
Puluerisentur subliliter , et incorporentur
simul cum mellis rosati et terebenthi-
næ Venetæ ana g . ij.
Autre remede pour osier lesdites esquilles et
corruption des os.
tf. Resinæ pini siccæ g . iij.
Puniic.combusli et extincti in vino albo,
rad. ireos, aristolochiæ ana 3. ft.
Thuris 3. j.
Squammæ æris 3. ij.
Puluerisentur omnia diligenter, incorpo-
rentur cum nielle rosato. Fiat mundifica-
tiuum.
Outre ces remedes, qui ont eu eux
et de leur nature telle puissance
i Ces derniers mots , par trop long temps
continuer lesdites bundes, ne se lisent pour la
première fois que dans l’édition de 1585.
d’attirer les choses estranges, il en ÿ
a d’autres qui l’ont acquise par pu-
tréfaction , comme est toute fiente
d’animaux, et le leuain, ainsi qu escrit
Galien1. ,
CHAPITRE VIII.
DES INDICATIONS OV’lL FAVT OBSERVER
AVSDITES PLAYES.
La mondification et extraction des-
diles choses estranges faites, faut aider
Nature à regenerer la chair, et cica-
triser, tant par choses prises par de-
dans, que par medicamens à ce con-
uenables, et procéder par certaines
indications qui sont prises, première-
ment de l’essence de la maladie, et de
la cause d’icelle, si elle est présente :
jaçoit que de la cause primitiue (selon
Galien au troisième de la Méthode )
ne se doit prendre indication non
plus que du temps : ce qu’il entend
> Ce paragraphe manque dans les éditions
de 1645, 1552 et 1564. Mais les deux premiè-
res mettent à la place le curieux article
qu’on va lire, et qui a été retranché à partir
de la troisième.
« Et s'il y a quelque fer demeuré en la ployé,
soit appliquée pouldre de magnes subtilement
puluerizée, et soit adiouslée aux lentes auec les
dessusdielz detersifz : car telle pouldre agrande
vertu et propriété d’attirer le fer ainsi qu’il
est cog neu pur expérience. Mais il faut euiter
l’erreur de plusieurs qui s’abusent en appli-
quant imleuemcnl ladicle pouldre iusques con-
tre le fer, ce qu’il ne faull faire : car ou elle
touche ledicl fer, nécessairement retient iceluy,
lequel elle attirerait de loin par sa faculté oc-
culte: parquoy fiiultqu’ily ail certaine distance
de la pouldre audict fer. Aussi par aulcuns
iours suiuanls faull diminuer la lente , selon
qu’on verra que le fer s’approchera delà super-
ficie de la playe. »
DES PLAYES d’hAUQVEEVSES.
(le la cause absente, et du temps pré-
térit.
Pareillement faut prendre indica-
tion des temps vniuersels de la ma-
ladie curable, c’est à sçauoir du com-
mencement, accroissement , estât et
déclination : selon lesquels faut di-
uersifier les remedes.
Autre indication est prise de la tem-
pérature du patient , laquelle aussi
change la curation : comme tout Chi-
rurgien rationnel et méthodique en-
tend bien qu’il faut d’autres remedes
à vn cholérique qu’à vn phlegma-
tique , et ainsi des autres tempéra-
tures , tant simples que composées :
sous laquelle indication de tempéra-
ment sera comprise celle de l’aage ,
qui ne reçoit indifféremment tous re-
medes, mais en veut d’autres poul-
ies ieunes personnes, et d’autres poul-
ies vieilles.
D’auantage , se doit prendre indi-
cation de la coustume de viure du
patient : comme s’il auoit accoustumé
de manger et boire beaucoup, et à
toutes heures, lors ne luy faudra or-
donner diete si exquise , qu’à celuy
qui est accoustumé de peu manger et
boire, et à certaines heures. Pour-ce
les dietes de panades ne sont si pro-
pres aux François qu’aux Italiens :
pour-ce qu’il faut relascher et remet-
tre quelque chose à la coustume, qui
est vne autre nature. Sous ceste ma-
niéré accoustumée de viure , se peu-
uent entendre la condition de vie, et
l’exercice du patient, selon l’estât du-
quel faut vser de remedes plus forts
à l’endroit des rustiques , des gens de
trauail, et qui ont la chair dure, qu’il
ne faut à l’endroit des délicats qui
peu trauaillent et font peu d’exercice.
Quelques-vns toutesfois 1 ont mieux
* Quelques-vns toutes fois, etc. — Ces quel-
II.
161
aimé comprendre celle indication
sous le tempérament : de ma part , ie
n’en disputeray, en laissant la réso-
lution plus entière aux Docteurs.
L’indication prise de la vertu du
patient , sur toutes autres est à res-
pecter : pour-ce qu’icelle defaillant ,
ou estant fort debile, il faut nécessai-
rement délaisser toutes autres choses
pour luy subuenir : comme quand la
nécessité nous force de couper vn
membre, ou faire quelques grandes in-
cisions,ou autres ehosessemblables. Si
le patient n’a vertu suffisante de to-
lérer la douleur, il est necessaire de
différer telles operations (s'il est pos-
sible) tant que Nature soit restaurée,
et ait recouuré ses vertus par bon»
alimens et repos.
Autre indication se peut prendre
de l’air qui nous enuironne , sous le-
quel sont compris la saison de l’année,
la région, le lieu de noslre demeure ,
et la constitution du temps. Car selon
la chaleur, froidure, seicheresse et
humidité, selon aussi la continuation
de ces qualités, il faut adapter les re-
medes. Pour-ce c.isoit Guidon les
playes de la teste eslre plus difficiles
à guérir à Paris qu’en Auignon : et
les playes des iambes, plusfaschcuses
en Auignon qu’à Paris : pour raison
qu’à Paris l’air est plus froid et hu-
mide, qui est chose contraire, princi-
palement aux vlceres de la leste. Au
contraire en Auignon , la chaleur de
ques-uns ne sont autres que Paré lui-même ;
il avait écrit en effet dans les éditions de
1645 et 1552 : Soubs icelle indication se pour-
voit entendre la condition de vie et exercice du
patient Mais mieux vaull les réduire soubs
l’indication du tempérament.
Cette rédaction a été changée en 1661 ,
probablement par suite de quelque discus-
sion avec les docteurs.
1 1
i6a
LE iXEVFlÉME LIVRE ,
l’air enuironnant est cause de liqué-
fier et sublilier les humeurs. Ainsi
plus facilement et en plus grande
abondance les humeurs découlent
aux iambes, dont vient que la guéri-
son des iambes est plus difficile en
Auignon qu’à Paris. Que si aucuns
allèguent l’experience au contraire ,
et que les playes de la teste sont plus
souuent letbales ou mortelles es ré-
gions chaudes : ie luy respondray,
cela ne prouenir à raison de l’air,
d’autant qu’il est plus chaud et sec,
mais à raison de quelque humidité
superflue, ou mauuaise vapeur com-
muniquée à l’air, comme ës lieux de
Prouence et d’Italie , prochains de la
mer Mediterranée.
L’indication de guérir, se peut aussi
prendre de la température des parties
blessées : car les charneuses deman-
dent autre remède que les os, ne que
les parties nerueuses, et ainsi des au-
tres. Le qu’en pareil cas fait la sensi-
bilité desditesparties, laquelle change
la curation : comme ainsi soit qu’il ne
conuienne appliquer medicamens si
acres et Violens aux nerfs et tendons,
qu’aux ligamens et autres parties in-
sensibles.
La dignité et action des parties n’a
moins de priuilege au fait de la gué-
rison : car si la playe est au cerueau,
ou en aucunes des parties vitales et
naturelles, il faut selon leurdignitéet
action changer et appliquer les reme-
des : veu mesmes que pour la con-
templation d’icelles, estsouuentesfois
fait certain pronostic del’euenement.
Pour-ce que les playes qui penelrenl
au ventricule du cerueau, au cœur,
aux grands vaisseaux, au thorax , en
la partie nerueuse du Diaphragme,
aufoye, au ventricule, aux intestins
gresles et à la vessie *, si elles sont
1 Aph. 18. liu.6. — A. P.
grandes , sont nécessairement mor-
telles : aussi celles qui sont és ioin-
tures ou pi es d’icelles, et és corps ca-
cochymes, sont plus souuent mortel-
les, ce que auons dit cy deuant.
Pareillement il ne faut oublier les
indications prises de la position et
colligance de la partie affectée , ne
mesme de sa figure, comme Galien a
assez expliqué au 7. de sa Méthode et
au second à Glaucon.
CHAPITRE IX.
COMME CES MALADIES SONT COMPL1-
QVÉES *.
D’auantage, en prenant lesdites in-
dications, faut considérer s’il y a com-
plication de maladie ou non. Car
ainsi que la maladie simple propose
indication simple, aussi la complica-
tion des dispositions contre nature
propose indications compliquées. Or
les complications se font en trois ma-
niérés , c’est à sçauoir maladie auec
maladie , comme playe auec apos-
teme ou fracture d’os : maladie auec
cause, comme vlcere auec fluxion : et
maladie auec symptôme , comme
playe auec douleur ou flux de sang :
ou toutes choses contre nature en-
semble , comme maladie , cause et
symptôme.
Or pour sçauoir traiter artificiel-
lement toutes ces complications , on
doit suiure la doctrine de Gai. au 7.
de la Méthode, laquelle nous exhorte
à considérer és affections compli-
quées, la plus vrgente, la cause, et
celle sans laquelle la maladie ne peut
1 Ce chapitre est confondu avec le pré-
cédent dans l’édition de 1564, et même en-
core dans celle de 1575.
DES PDA Y ES
estre oslée, qui sont choses de grande
importance en toute curation. Et là
où l’empirique a defaut de conseil,
le rationnel est dirigé par ces trois
petits mots dorés, desquels dépend
l’ordre et méthode de procéder en
icelles dispositions. Les symptômes,
en tant qu’ils sont symptômes , ne
donnent aucune indication , et ne
changent l’ordre decuration : pour-ce
qu’en ostant la maladie qui est cause
du symptôme , iceluy est osté : car il
dépend d'icelle, comme l’ombre du
corps : combien que souuent nous
sommes contraints de laisser la ma-
ladie en cure irreguliere, pour subue-
nir aux accideuS de la maladie, les-
quels s’ils sont vrgens , tiennent le
lieu de la cause , et non proprement
des symptômes.
Pour conclusion, toutes lesdites in-
dications ne sont que pour venir à
deux fins , c'est à sçauoir, rendre la
partie en sa température naturelle ,
et que le sang ne peche ny en quan-
tité ny en qualité. Cela fait, comme
dit Galien 1 , rien n’etnpeschera que
la régénération de la chair et vnion
de l’vlcere ne se face.
Mais aucùnesfois il n’est possible
mettre lesdites indications en execu-
tion , à cause de la grandeur de la
playe , ou par exces et inobeïssance
du patient , ou à raison de quelques
autres dispositions suruenues par l’i-
gnorance du Chirurgien, ou mau-
uaise et indeuë application des medi-
camens : pour-ce qu’au moyen de ces
choses , suruiennent grandes dou-
leurs, fleures , apostemes , gangrenés
(vulgairement et abusiuement dites
Esliomenes) mortifications, et sou-
uentesfois la mort. D’auantage ceux
qui reçoiuent coups d’harquebuses ,
1 AU 3. de Sâ Méthode. — A. P.
D IIARQVEUVSES. î63
souvent meurent, ou bien demeurent
estropiés ou mutilés à iamais *.
CHAPITRE X.
COMMENT LE CHIRVP.GIEN POVRRA POVR-
SVIVRE LE TRAITEMENT DESD.TES
I’LAYES.
Au commencement donc faut bien
auoir esgard à mitiger la douleur, en
repercutant les fluxions , en ordon-
nant régime sur les six choses natu
relies , et leurs annexes , en êuitant
choses calefactiues et acres , et en os-
tant ou diminuant le vin f de peur
qu’il n’eschauffe, sublilie et face Huer
les humeurs.
Sa maniéré de viure au commen-
cement doit estre assez tenue, à fin
défaire reuulsion. Car quand l’esto-
mach n’est assez plein , il attire de
tous coslés à soy, au moyen dequoy
les parties externes s’en ressentans ,
demeurent vuides. Voila pourquoy
on doit nourrir moins le malade aux
premiers iours de sa blesseure. Le coït
luy est fort contraire , d’autant qu’il
enflamme les humeurs et esprits plus
que tout autre mouuement, dont il
rend la playe fort enflammée et sub-
iette à defluxion 2.
Et ne sera que bon au commence-
ment, s’il y a flux de sang, en laisser
médiocrement couler, à fin de des-
charger le corps et la partie. Et où il
n’auroit suffisamment coulé , faudra
le iour suiuant vser de phlébotomie
reuulsiue , et en tirer selon la pléni-
tude et vertu du patient. Il ne faut
1 Cette dernière phrase se lit pour la pre-
mière fois dans l’édition de 1579.
2 Ce paragraphe a été ici intercalé à partir
de l’édition de 1575; il manque dans les
éditions antérieures.
164
LÈ NtvflEME LtvRE ,
aussi craindre faire auersion du sang1 2
vers les parties nobles. Car (comme
nous auons dit) il u’y a aucune qua-
lité veneneuse '. Toutesfois nous no-
terons , que telles playes à l’instant
ne iettent gueres de sang, à raison
que la grande contusion faite par la
balle, et la vehemence de l’air agité,
sont cause de repousser les esprits au-
dedans, et aux parties voisines de la
playe , comme auons dit cy deuant :
ce qui est ordinairement connu en
ceux à qui vn gros boulet aura em-
porté vn membre. Car à l’heure de
leur blesseure ne sort que bien peu
de sang de la playe, ueantmoins qu’il
y ait de grandes veines et arteres rom-
pues et dilacerées.Mais quelque temps
apres, comme au quatrième, cin-
quième et sixième iour, et quelques-
fois plus tard , le sang coulera en
grande abondance, à cause que la
chaleur naturelle et les esprits y re-
tournent.
Quant aux médecines purgatiues,
ie les laisse à messieurs les Docteurs :
toutesfois en l’absence d'iceux, il est
necessaire de lascher et mouuoir le
ventre du patient pour le moins vue
fois le iour, soit par art ou par na-
ture 3 : ce qui se fera plustost par clys-
1 Les éditions de 1552 et 1504 portent en
marge :
La phlébotomie veuulsiue est necessaire uu
commencement (les plaies faites par ItaccpiebU-
tes, contre l’opinion de plusieurs.
Cette opinion, comme on sait, était celle
d’Alfonse Ferri ; mais l’ouvrage d’Alfonse
Ferri n’ayant paru qu’en 1553, ce n est pas
à lui que Paré pouvait l'aire allusion en 1552.
11 est probable que cette crainte des saignées
était commune a beaucoup des partisans
de la vénénosité de ces plaies.
La fin de ce paragraphe, à partir de ces
mots, Toutesfois nous noterons, etc., ne date
que de 1504.
2 La lin de ce paragraphe manque encoie
teres que purgations, principalement
és premiers iours, parce que l’agita-
tion des humeurs en tel cas est sus-
pecte, pour la crainte qu’il ne se face
plus grande fluxion à la partie bles-
sée. Toutesfois Galien, liurequatriéme
de la Méthode, chapitre sixième, par-
lant des indications de la saignée et
purgation dit, que pour la grandeur
du mal est necessaire la saignée et
purgation , combien que le malade
soit sans replelion ou cacochymie.
La douleur se doit appaiser selon
l’intention et remission d’icelle : et
pour y remedier, si d’auenlure y a
inflammation , on appliquera pour
médicament local , vnguentum nutri-
lutn , composé auec le ius de plantain ,
ioubarbe , morelle et leurs sembla-
bles. L’onguent diachalcileos descrit
par Galien eu son premier liure de la
Composition des medicamens selon les
genres , chapitre sixième , et liquéfié
auecques huile de pauot , de roses et
vinaigre , n’est de moindre efficace ,
ne l’onguent de holo, ne plusieurs au-
tres de telle faculté, ores qu’ils ne
soient proprement anodins (car tous
anodins sont chauds au premier de-
gré, ou pour le moins pareils en cha-
leur à nostre corps, Galien, liure cin-
quième , chapitre dix-neufiéme des
Simples ) et les susdits medicamens
sont froids, non pas tant qu’ils soient
narcotiques, lesquels sont froids au
quatrième degré. Mais quoi? les sus-
dits mentionnés au cas prédit appai-
sent la douleur très commodément,
pource qu’ils contrarient auxintem-
perat ures chaudes , et fluxions d’hu-
meurs souuent acres et bilieuses, les-
quelles coulent pluslosl que les froi-
des, et causent plus grande douleur.
Apres l’vsage des ropercussifs, i’ap-
prouue merueilleusemeul ce cata-
plasme.
dans l’édition de 1504.
1 65
DES PE A Y ES
Mieæ panis infusæ in lacle vaccin. gj.
Bulliant parum addendo :
Olei violacei et ros. ana 5 . iij.
Vitellos ouorum numéro quatuor.
Pul. rosarum rubrarum, florum camom.
et melil. ana 5 . ij.
Farin. fabar. et hord. ana 5 . j.
Misce, fiat cataplasma secundum artem.
Ou pour remede pluspreparable, tu
pourras prendre de la mie de pain,
laquelle feras vn peu bouillir auec-
ques oxycrat et huile rosat.
Pour la curation des apostemes , il
conuient aussi diuersifier les medica-
mens selon les temps d’iceux. Car au-
tres medicamens sont propres au com-
mencement, autres à l’accroissement,
et autres aux autres temps, comme
assez est déclaré par Galien au liure
( roisiéme, chapitre neufiéme de la Fa-
culté des medicamens , el par Guidon
en la curation des apostemes, et par
ceux qui en ont escrit. Et où Nature
tendroit à suppuration, il la conuien-
droit suiure, comme dit Hippocra-
tes 1 : car le Médecin et Chirurgien
ne sont que des ministres et aides
de Nature , pour l’aider en ce où elle
tend commodément2.
CHAPITRE XI.
DF.S BACLES QVI DEMEVRENT EN QVEL-
OYES PARTIES LONG-TEMPS APRES LA
GVERISON DES PLAYES.
Aucunesfois les balles faites de
plomb demeurent long-temps de-
dans les membres , sans y suruenir
1 Aph. 21. liu. I. — A. P.
2 A la suite de ce paragraphe, on trouvait
dans l’édition de 1545 l’histoire d’un soldat
atteint de gangrène et de spasme, laquelle
histoire, déjà reportée ailleurs dans l’édition
de 1552, constitue dans les éditions complè-
d’harqvf.bvsf.s.
aucun mauuais accident , ny empes-
chement de consolider la playe : ce
que i’ay veu soutient aduenir apres
par longue espace de temps , comme
de sept ou huit ans et plus 1 : en tin les-
dites balles estoient poussées hors par
la vertu expultrice , et descendoient
pour leur granité et pesanteur és par-
ties inferieures, esquelles se mani-
festoient : puis estoient tirées hors
par l’operation du Chirurgien. La-
quelle si longue demeure aux corps ,
sans pourriture aucune ny mauuais
accident (comme i’eslime) ne prouient
que de la matière du plomb dont la-
dite balle est composée, comme ainsi
soit que le plomb a certaine familia-
rité et accointance auec la nature ,
principalement des parties charneu-
ses : ainsi que nous voyons par expé-
rience ordinaire, qui nous apprend
que le plomb appliqué par dehors , a
vertu de clorre et cicatriser les vieilles
vlceres. Mais si la balle estoit de
pierre, de fer, ou d’autre métal, c’est
chose toute asseurée qu’elle ne pour-
roit demeurer long temps au corps,
pource que le fer s’enrouille, et à
cause de ce corrode la partie, ce qui
amcine quant-et-sov de pernicieux
accidens. Mais si le boulet estoit
en parties nerueuses ou nobles, et
fust-il de plomb, il nepourroit gueres
y demeurer sans causer de bien grands
ineonueniens. Parquoy s’il aduient
qu’il demeure long temps, ce sera és
parties charneuses , et és corps qui
seront de bonne température et habi-
tude -.autrement il n’y peut demeurer
sans induire douleur , et plusieurs
tes le 28e chapitre du livre des Contusions et
gangrenés. Je renverrai donc le lecteur à ce
chapitre.
1 Les éditions de 1545 à 1564 disent ,
Comme lieux ou trois ans ou plus.
lG6 LE NEVF1ÉME LIVRE
autres griefs maux, comme il a esté
dit.
CHAPITRE XII.
UES GRANDES CONTVSIONS ET DILACE-
RATIONS FAITES PAR LES BOVLETS
d’artilleries, ET AVTRES GROS CA-
NONS.
Outre-plus si une grosse piece d’Ar-
tillerie frappe contre quelque mem-
bre, soutient l’emporte, ou du tout le
brise etescache, de telle façon que le
boulet par sa grande vebemence casse
et rompt les os , non seulement qu’il
touche , mais aussi ceux qui en sont
loin 1 : pource que l’os, qui est dur,
fait résistance , et par ce moyen la
balle le force d’auantage. Qu’il soit
vray, nous voyons ordinairement la-
dite artillerie auoir bien plus d’action
et effectuer d’auantage contre Ane
muraille, qu’elle ne fait contre vn ga-
bion rempli de terre, ou vne balle de
laine et autres choses molles , comme
nous auons dit cy deuant.
Pourtant ne se faut esbahir, si es-
dites playes faites par harquebuses,
suruiennent douleur, inflammation ,
liéure, spasme, aposteme, gangrené,
mortification , et le plus souuent la
mort. Car les grandes contusions des
parties nerueuses , fractures ou con-
cussions vehementes des os , faites
par les boulets , causent griefs ac-
cidens, non la combustion ou véné-
nosité de la poudre, ainsi qu’estiment
plusieurs, ne considérant la matière
de ladite poudre, laquelle (comme
1 Les éditions de 1545 et 1552 portent:
Non seulement où il louche , mais beaucoup
plus loin , ce qui est plus d’accord avec l’ex-
périence.
i’ay dit) n’est veneneuse. Car si la
playe est faite en vne partie char-
neuse sans toucher les parties ner-
ueuses , elle requiert seulement pour
sa curation remedes semblables à
ceux que font les autres playes contu-
ses1 : horsmis (comme i’ay dit ci-des-
sus) la pourriture causée de l’air en-
uironnant, laquelle nous a rendu ces
années passées les playes altérées , et
grande putréfaction tant à la chair
qu’aux os , de laquelle sont [(comme
i’ay dit) esleuées plusieurs vapeurs au
cerueau , au cœur et au foye , dont
s’en sont ensuiuis de très mauuais
accidens, etsuiuamment la mort.
CHAPITRE XIII.
DES MOYENS QV’lL FAVT TENIR POA’R
RECTIFIER l’air, ET POVR ROBORER
LES PARTIES NOBLES, ET FORTIFIER
TOVT LE CORPS2.
Partant faut que le Chirurgien ait
esgard à administrer toutes les choses
1 Tout ce paragraphe manque dans l’édi-
tion de 1545; dans celle de 1552, il s’arrête
à ces mots : les autres plaies contuses comme
i’ay déclaré cy-dessus; le reste date de 1564.
Les derniers mots ne se lisent pas de même
dans toutes les éditions. De 1564 à 1579 , on
trouve, Et suiuamment la mort. L’édition de
1598 porte, Et souuent la mort ; e t celles qui
viennent ensuite ajoutent, .El souuent la mort
à la plus part. J’ai dû préférer le texte pri-
mitif, reproduit dans trois éditions consécu-
tives du vivant de l’auteur, aux corrections
des éditions posthumes.
Du reste, le Traité des playes d'hacquebules
tel qu’il est dans les éditions de 1 645 et 1552,
ne va pas plus loin que ce chapitre.
2 Ce chapitre a été ajouté au Traité
des playes des liacquebutes en 1564 ; et il
n’y a rien été changé depuis, à part une
phrase retranchée à la fin.
l67
DES PLAYES 1)’
qui ont puissance de rectifier l’air
ambiens, et de roborer les parties
nobles, aussi de fortifier tout le corps :
qui se fera par les choses qui s’ensui-
uent, administrées tant par dedans
que par dehors. Le patient prendra
par dedans au matin , trois heures
deuant le past, des tablettes de diar-
rhodon abbatis , ou de aroma. ros. de
triasant., de diamosclii, de Lœtificans
Galeni , et autres semblables. Par
dehors seront faits Epithemes sur le
cœur et foye , vn peu tiedes, appliqués
auec vne piece d’escarlate ou esponge,
feutre ou linge bien déliés. Cestuy-cy
pourra seruir de formulaire à tout
Chirurgien.
2f. Aquæ rosæ 5 . iiij.
Aquæ buglo. aceti boni ana §. ij.
Coriand. præpar. 5. iiij.
Garyophyll. corticum citri ana 3. j.
Santali rub. o. fi.
Coral. vtriusque 3. j.
Camph. 3 . j.
Croc. 3 . fi .
Pul. diarrho. abbalis 3. ij.
Theria. et mithrida. ana 5 . fi .
Pulu. florum camomil., melil. ana (5 . j.
Misce, et fiat epithema.
D’auantage on doit donner souuent
à sentir au patient choses odoriféran-
tes et réfrigérantes, pour roborer la
faculté animale , comme celle qui
s’ensuit.
2£. Aquærosaceæ, aceti boni ana 5. iij.
Garyophyl. nucis mosca. cinamomi con-
quassatorum, lheriac. Galeni ana 3. j.
Soit en icelle liqueur trempé vn
mouschoir ou esponge , et que le pa-
tient le mette souuent au nez. Il vsera
aussi de quelque pomme aromatique
pour mesme intention , comme est
ceste-cy.
’flARQVEBVSES.
2£. Rosar. rubr. violar. ana 5. iij.
Baccarum myrthi , et iuniperi , santali
rubr. ana 3. ij. fi .
Benioin. 3. j.
Camph. 3 . ij.
Fiat puluis. — Postea.
if. Olei ros. et nenuph. ana §. fi;
Styracis calamitæ 3. ij.
Aquæ rosarum quantum satis est.
Liquéfiant simul cum cera alba quantum
suffic. Fiat ceratum ad comprehenden-
dos supra dictos pulueres cum pistillo
calido, et fiat pomum.
Autre..
Radie, ircos Florent, maioranæ , calami
aromatici , ladani , benioin , rad. cyp.
garyoph. ana 5 . ij.
Mosch.. g . iiij.
Fiat pulu. et cum gummi tragachan. quan-
tum sufûcit, fiat pomum.
Autre.
"if. Labdani puri § . ij.
Benioin § . fi.
Stirac. calam. 5. vj.
Ireos Florentiæ § . fi .
Garyophyl. 3. iij.
Maiora. rosarum ruhrarum , calami aro-
mat. ana 3. fi .
Puluerisentur omnia, et bulliant cum aqua
rosarum quantum sufficit, et colentur,
et colata liquéfiant cum.
Cer. alb. quantum sufficit.
Styracis liquidæ § . j.
Fiat ad modumCerati, comprehendantur
per pistillum , addendo moschi 3. j. fiat
pomum.
Pareillement on peut appliquer des
Frontaux , pour roborer la faculté
animale, et prouoquer le dormir, et
mitiger la douleur de la teste , comme
cestuy.
if. Aquæ rosaeæ 5 . ij.
Olei ros. et papauer. ana § . j. fi .
Aceti boni 5 . j.
Trochiscorum de camphora 3. fi.
Fiat frontale.
iG8
LE NEVFIEAIE LIVRE
On doit plier vn linge en cinq ou six
doubles , et le tremper en ceste mix-
tion vn peu tiede , et le renouueller
quand il sera sec. Et ne faut pas beau-
coup serrer la teste , de peur de gar-
der que la pulsation des arteres des
tempes ne soit libre : autrement on
augmenteroit la douleur de la teste >.
11 y a plusieurs autres remedes
extérieurs, par lesquels on peut cor-
riger l’air ambiens , comme faire bon
l'eu en la chambre du malade auec
du bois de genéure, de laurier, de
sarment de vigne, de rosmarin, de
racine d’ireos. Aussi les choses es-
pandues parla chambre, comme l’eau
et le vinaigre, et si le patient est riche,
l’eau de damas y est bien propre, ou
celle qui s’ensuit.
2£. Maioranæ , menthæ, radicis eyperi,ca-
lami aromatici , saluiæ , lauandulæ , foe-
niculi, Ihymi, stœchados, florum camo.
mclil. satureiæ , baccarum lauri et iu-
niperi ana m. iij.
fui. garyoph.et nucis moscatæ ana § . j.
Aquæ ros. et vitæ lt>. ij.
Vini albi boni et odoriferi Jî>. x.
Ilulliant onuiia in balneo Mariæ ad vsum
dictum.
D’auantage on peut faire perfums
pour perfumer ladite chambre, comme
ces oiselets de Cypre.
: If . Carbonis salicis § . viij.
Labdani puri § . ij.
Thuris masculi, Uni et baccarum iuniperi
ana g.j.
Xylaloës , benioin , styracis calamitæ
ana § . fi.
Nucis moscatæ, sanlali lutei ana 5. j.
Garyop. styracis liquidæ ana 3. ij.
Zedoariæ, calami aromatici ana 3. j.
Gummi tragach. aqua rosac.soluti, quod
sit salis.
Fiant auiculæ Cyprinæ, seu suffitus, quv
forma libebit.
1 Hip. liu. De e In. cap. — A. P.
Quant aux caries et corruption
des os , nous en parlerons cy apres
amplement '.
CHAPITRE XIV.
HISTOIRES MEMORABLES 2.
Souvent telles playes sont accom-
pagnées de plusieurs indispositions,
comme tumeur œdémateuse , frac-
ture aux os.
Or en faueur du ieune Chirurgien,
pour exemple raconteray ceste his-
toire de la blessure de monsieur le
Comte de Mansfelt,Gouuerneur de la
Duché de Luxembourg , Cbeualier
de l’ordre du Roy d’Espagne : lequel
fut blessé à la bataille deMoncontour
d’vn coup depistole, à la iointure du
coude au brasdextre, qui luy frac-
tura les os , dont en auoil qui estoient
comminués, comme si en les eust
rompus sur vne enclume, parce que
le coup luy fut donné de fort près. Et
parla violence et force de ce coup, luy
1 L’édition de 15G4 ajoutait ici : Pource il
te suffira pour te présent de ce <pie nous attons
traitté des playes faicies par hacquebulles , et
l’appresleras à l’intelligence de celtes qui sont
faites par fléchés, iraicts d’arbalestes, dards, lan-
cesetautres semblables inslrttmens,au discours
desquels maintenant nous proposons d’entrer.
Cette phrase ne pouvait rester dans les
éditions postérieures , dans lesquelles Paré
ajoutait toujours de nouveaux chapitres,
2 Toutes les observations contenues dans
ce chapitre datent de la bataille de Mon-
conlour qui se livra en 15G9 : et naturelle-
ment on n’en trouve pas la moindre trace
dans l’édition de 15G4. On les trouve dès la
première édition des OEuvres complètes en
1575; seulement je ne sais si déjà elles n’au-
raient pas été publiées dans la petite édition
de 1572 que je n’ai pu me procurer. Voyez
la note relative au chapitre suivant.
DES PLAY ES I)
suruindrent plusieurs accident : à
sçauoir, douleurs extremes, inflam-
mation , Heure , tumeur œdémateuse,
flalueuse de fout le bras, voire ius-
ques à l’extremité des doigts, et la
grande préparation de gangrené. Et
pour obuier à icelle, et à la totale
mortification , maistre Nicole Lam-
bert et maistre Richard Hubert, Chi-
rurgiens ordinaires du Roy, auoienl
fait plusieurs et profondes scarifica-
tions.
Or par le commandement du Roy ,
ie fusenuoyé vers luy pour le penser :
et estant arriué, voyant ces accidens
accompagnés d'vne grande feleur
et pourriture, fusmes d’aduis luy
faire des lauemens faits d’Egyptiac
fortifié et dissoult en vinaigre et eau
de vie, et autres remedes escrits au
chapitre de Gangrené. Et outre ces
accidens, ledit seigneur eut vn flux
de ventre, par lequel il iettoitdela
boue qui venoit des vlceres de son
bras : ce que plusieurs ne peurent
croire, attendu (disoient -ils) que
pour descendre par le ventre, il fau-
droil par nécessité que ladite bouë
fust meslée auec le sang , et aussi
qu’en passant près le cœur et par
dedans le foye elle feroit plusieurs
accidens, voire causeroit la mort.
Toutesfoisil me semble que i’ay assez
amplement demonstré en mon liure
De la suppression d’vrine, comme telle
chose se fait. Partant si quelqu’vn
desire en sçauoir la raison, on aura
recours audit liure
Mesmes ledit seigneur (omboit
quelquesfois en syncope, à cause des
vapeurs putrides qui se leuoienl des
1 Ce Liure de la suppression d’vrine était le
dixième des Dix Hures de Chirurqie publiés
en 15G4; il a été depuis reporté à la fin du
livre Des operations. Voyez au chapitre 51e.
l’iIARQVF.BVSES. 1 Gc)
vlceres : lesquelles vapeurs par les
arteres, veines et nerfs, estoient com-
muniquées à l’estomach et aux par-
ties nobles. Et pour y remedier, ie luy
donnois par fois à aualler vne petite
cuillerée d’eau de vie , en laquelle
i’auois fait dissoudre vn peu de thé-
riaque. Monsieur Rellanger , Médecin
ordinaire du Roy, et monsieur le
Bon , Médecin de monsieur le Cardi-
nal de Guise, sçauans et experts en
la Medecine et Chirurgie , le secouru-
rent pareillement de tout ce qui leur
estoit possible , à contrarier contre la
fiéure et autres accidens. Or quant
à la tumeur œdémateuse et flatulente,
qui occupoit entièrement tout le bras,
i’y appliquois des compresses imbues
enoxycrat, auec du sel et vn peu
d’eau de vie, et autres remedes que
ie diraybien lost:puis aueedes linges
en double, ie les cousois le plus fort
et dextrement qu’il m’estoit possible ,
c’est-à-dire, tant que ledit seigneur
les pouuoit endurer. Telle compres-
sion seruoit de contenir les os fractu-
rés en leur lieu , et à expeller la sanie
des vlceres, et ronuoyer les humeurs
vers le centre du corps. Et où l’on
desistoil à serrer et lier le bras, la
tumeur s’augmentoit si fort , que
i’auois peur que la chaleur naturelle
de son bras ne fust suffoquée et es-
teinte. Or de faire autre maniéré de
ligature , il estoit du tout impossible,
pour l’extreme douleur qu’il sentoit
lors qu’on luy remuoit tant soit peu
son bras. Il luy suruint aussi plusieurs
apostemes autour de la iointure du
coude, et en autres endroits de son
bras. Et pour donner issue à la sanie,
ie luy feis plusieurs incisions, les-
quelles ledit seigneur enduroil volon-
tiers, me disant s’il n’y en avoit assez
de deux, qu’on en fist trois, voire
quatre, pourle désir auoit d’estre hors
1*70 LE NEVFIEME LIVRE
de ses douleurs , et guari. Et lors en
souriant ie luy dis, qu’il meritoil
estre blessé, et non ces délicats, qui
plustost se veulent laisser pourrir
voire endurer la mort, que de souffrir
quelque incision necessaire pour leur
guarison. Et pour abréger la cure,
il vsa de la potion vulnéraire, et par
foison iettoit auec la syringue dedans
ses vlceres, de l’Egyptiac dissoult en
vin ou auec ladite potion, ou bien de
miel rosat au lieu de l’Egyptiac , poul-
ies mondifier et corriger la pourri-
ture, auec d’autres remedes qui se-
royent trop longs à reciter : et entre
les autres, la poudre d’alum pour
desseicher les chairs spongieuses,
laxes et molles. Aussi apres la mon-
dification desdites vlceres , i’vsay
long-temps de charpie seiche , et ne
luy en falloit pour chacune fois qu’on
l'habilloit gueres moins gros que le
poing. Et vn iour voyant qu’il estoit
sans douleur , et que la chair se rege-
neroit , ie luy dis qu’il s’en alloit gua-
r ir : alors il me dit en riant , qu’il ie
connoissoit bien, pource qu’il ne fal-
loit plus à sa playe de charpie non
plus gros qu’un œuf.
Or pendant ladite curation , ie te
puis attester luy auoir osté plus de
soixante pièces d’os , entre lesquelles
y en auoit de grandes comme vn
doigt , rompues en estrange figure :
ce nonobstant ledit seigneur (grâces
à Dieu ) a esté guari : reste qu’il ne
peut, et ne pourra iamais plier ny es-
tendre le bras.
Monsieur de Bassompierre, Colon-
nel de douze cens cheuaux , le iour
de ladite bataille fust blessé d’un
pareil coup, et eut grande partie
des accidens susdits : lequel aussi
i’ay pensé iusques à guarison, grâces
à Dieu : vray est qu’il est demeuré
impotent comme l’autre seigneur.
Apres auoir pensé lesdits seigneurs
Comte de Mansfelt et Bassompierre ,
i’eus commandement du Boy d’aller
trouuer en diligence Charles Philip-
pes de Croy, seigneur de Havret ,
frere de monseigneur le Duc d’Ars-
cot, près Mons en Haynaut : lequel y
auoit ja sept mois et plus qu’il estoit
detenu au lit, à cause d’un coup d'har-
quebuse qu’il auoit receu trois doigts
au dessus du genoüil, lequel ie trou-
uayauec les accidens qui s’ensuiuent:
sçauoir est, douleurs extremes,fiéure
continue, sueurs froides, grandes in-
quiétudes , le cropion vlceré de la
grandeur de la palme de la main(pour
auoir esté trop longuement couché
dessus) ne pouuant reposer ny de
iour ny de nuit, sans appétit de man-
ger, mais de boire assez. Il ressentoit
par fois dedans son lit des accès épi-
leptiques , et auoit souuent volonté
de vomir, auec vn continuel tremble-
ment , ne pouuant porter la main à
sa bouche sans aide d’autruy : tom-
boit souuent aussi en syncope ou dé-
faillance de cœur, à cause des vapeurs
putrides qui estoient communiquées
à l’eslomach et aux parties nobles
par les veines, arteres et nerfs, qui es-
toient esleuées de ses vlceres et de
la corruption des os. Car l’os de la
cuisse estait fracturé et esclaté en long
et en travers, auec esquilles, dont les
vnes estoient ja séparées , les autres
non. Il auoit vne ulcéré caue près
l’aine, finissant au milieu de la cuisse :
d’auantage il en auoit d’autressinueu-
ses et cuniculeuses autour du genoüil.
Tous les muscles, tant de la cuisse
que de la iambe , estoient extrême-
ment tuméfiés et imbus d’vn humeur
pituiteux, froid, humide, et flatueux,
de façon que la chaleur naturelle es-
toit presque suffoquée et esteinte.
Voyant donc tous ces accidents ,
DES PLAYES d’iîAROVEB VSES.
et les vertus prosternées el grande-
ment abbatues, i’eus vn 1res grand re-
gret auoir esté enuoyé uers ledit sei-
gneur, pource qu’il y auoit bien peu
d’apparence qu’il en peusteschapper,
et craignois qu’il ne mourust entre
mes mains. Toutesfois considérant sa
jeunesse , i’eus encor quelque espé-
rance : car Dieu et Nature font quel-
quesfois des choses qui semblent au
Chirurgien estre impossibles. Et par-
tant ie demanday audit seigneur s’il
auoit bon courage, et luy dis s’il vou-
loil bien endurer luy faire quelques
incisions, lesquelles pour sa guarison
estoient plus que necessaires, que par
ce moyen bientost ses douleurs et au-
tres accidens cesseroient. Alors il me
fit response qu’ilendureroittout, voire
à luy amputer la iambe s’il en estoit
besoin. A donc ie fus bienioyeux : et
tost apres luy fis deux ouuertures
pour donner issue à la matière qui es-
toit autour de l’os et en la substance
des muscles, par lesquels en sortit
grande quantité. Et apres fut syrin-
gué auec du vin et vn peu d’eau de
vie où il y auoit bonne quantité d’E-
gyptiac, pour corriger la pourriture,
et desseicherla chair spongieuse, laxe
et molle, et pour résoudre et consom-
mer la tumeur œdémateuse et flatu-
lente, et seder la douleur , et refocil-
ler et fortifier la chaleur naturelle,
quija estoit grandement préparée à
estre suffoquée, parce que les parties
ne pouuoient cuire ny assimiler le
nutriment à elles necessaire , pour la
trop grande quantité de matière. Son
Chirurgien, nommé maisfre Antoine
Mauclcr, homme de bien et grande-
ment expérimenté en la Chirurgie,
demeurant à Mons en Haynaut, et
moy, fusmes d’aduis luy faii’e des fo-
mentations d’vne décoction faite de
sauge , rosmarin , thym , lauande ,
171
fleurs de camomille, melilot, roses
rouges cuites en vin blanc el en
lexiue faite de bois de chesne, et quel-
que portion de vinaigre , et vne poi-
gnée de sel. Ceste décoction ainsi
faite auoit vertu et puissance de sub-
tilier, atténuer, inciser, résoudre,
et seicher l’humeur gros, froid, et
pituiteux , et roborer les parties bles-
sées. Lesdiles fomentations se fai-
soient longuement, à fin que la reso-
lution fust plus grande : car estant
ainsi faite longuement , resoluoit
plus qu’elle ne pouuoit attirer, en li-
quéfiant l’humeur qui estoit au pro-
fond : et rarefioit le cuir,voirela chau-
des muscles1. •
Et pour ceste intention nous luy
faisions des frictions , auec couure-
chefs chauds , en toutes maniérés : à
sçauoir, de haut en bas , et de bas en
haut, à dextre, à senestre, et en rond,
et fort longuement : car les briefues,
c’est à dire, faictes en peu de temps ,
font attraction sans aucunement ré-
soudre. Semblablement par iours in-
terposés luy fut appliqué tout autour
de la cuisse et de la iambe, el à la
plante du pied, des bricques eschauf-
fées et arrousées de vinaigre et vin
blanc, avec une portion d’eau de vie :
et par ceste euaporation on voyait
sortir des porosités du cuir plusieurs
aquosités par sueur , et l’enfleure se
diminuer , et la chaleur naturelle es-
tre reuoquée. Apres on luy appliquoil
des compresses trempées en vne lexiue
faite de cendre de chesne, en laquelle
on auoit faict bouillir sauge, rosma-
rin, lauande, sel, eau de vie, clous de
girofle : et fai soit-on les ligatures si
dextrement, que le malade les pou-
uoit bien endurer : au reste auec tel
proufit, que où on les laissoit vn iour,
■ Galien au 6. de la Méthode.— K. P.
1 -2 LE NEVFIÉ
la tumeur aeeroissoit. Aussi on appli-
quoit de grosses compresses au fond
des sinus des vlceres, pour chasser et
expurger la sanie : et encor pour
mieux ce faire, les orifices des vlceres
estoient tenues ouuertes par le béné-
fice des tentes cannulées. Par fois aussi
pour résoudre la tumeur, on luy ap-
pliquoit vn cataplasme fait ainsi.
If. Far. hord. fabar. et orobi ana 5 . vj.
Mellis comm. et terebenthinie ana § . ij.
Fui. florum camomil.meliloti et rosarum
rubrarum ana 5 . .
Fui. radicum ireos Florentiæ , cyperi ,
rnast. ana 3. iij
Ovymelis simplic. quantum sufficiat.
Fiat catap.ad formam pultis salis liquida-.
Pareillement il luy fust appliqué
des emplastres de de Vigo sinemercu-
rio, qui luy donnèrent grande aide à
seder ses douleurs, et à résoudre la-
dite tumeur : toutesfois c’estoit apres
auoir eschauffé les parties sur les-
quelles elles estoient appliquées, par
les fomentations, frictions, et euapo-
rations : car autrement ladite em-
plastre n’eust peu estre réduite de
puissance en effect, pour la grande
intemperature froide des parties. Or
pour la mondification des vlceres, on
appliquoit remedes propres , en les
changeant, comme nous voyonsqu’il
en estoit besoin. Aussi les poudres ca-
tagmaliques , pour faire séparer les
os,etcorriger leur pourriture, ne luy
furent espargnées. 11 vsa aussi par
1 espace de quinze iours de la potion
vulnéraire, le ne veux encore laisser
en arriéré les frictions que luy faisois
faire au matin vniuerselles de tout le
corps, qui estoit grandement extenué
et amaigri, pour les douleurs et au-
tres accidens qu’auonsdit, et aussi
par faute d’exercice. Lesdites fric-
tions reuoqnoienl et atliroient le
ME LIVRE,
sang et les esprits , et resoluoient
quelques humeurs fuligineuses, déte-
nues entre cuir et chair : et partant
les parties estoient puis apres mieux
nourries , succulentes , et refaictes :
ioint aussi qu’apres ses douleurs pas-
sées et la fiéure , commença à bien
dormir, et auoir bon appétit : et par-
tant lui faisois user de bonnes vian-
des, et boire de bon vin et de bonne
bierre, etdesieunions luyetmoy tous
les malins de potage de soupe chau-
dière : et par ainsi deuint gras, refait,
et potelé et guari, reste qu'il ne peut
bien ployer le genoüil.
Or i’ay bien voulu reciter ces his-
toires , pour tousiours conduire le
ieune Chirurgien à la pratique , et
non pour m’en preualoir et attribuer
gloire, mais la rendre à Dieu, connois-
sant que toutes bonnes choses procè-
dent de luy, comme d’une fontaine
qui ne se peut espuiser , et rien de
nous, comme de nous. Par ainsi luy
faut rendre grâces de tontes nos bon-
ues œuures, lesquelles ie luy supplie
vouloir continuer, et de plus en plus
augmenter en nous par sa bonté in-
finie.
CHAPITRE XV.
APOLOGIE TOVCHANT LES PLAYES
FAITES PAIt HARQVEBVSES *.
Il m’est tombé ces iours passés en-
tre les mains vn certain liure fait par
■Cette apologie a été publiée en 1572,
comme je l’ai fait voir dans mon Introduc-
tion, en même temps que le livre Des dis-
locations et très probablement dans les Cinq
liures de chirurgie. Je répéterai ici qu’elle
s’adresse non pas à Gourtnelen, comme on
l’a dit généralement , mais à Lepaulmier de
Caen, qui avait écrit un livre sur les har-
qucbusades. Voyez mon Introduction.
t)ÉS PLAYÈS
vn Médecin : auquel assés ouuerte-
ment il blasonne et dénigré ce que
i’ay escrit par cy deuant des playes
faites par coups de harquebuses , et
de leurs cures. le proteste que quand
il n’y auroit autre mal, et que ie ne
verrois autre interest en cecy que le
mespris de moy et de mon liure , ie
laisserois couler les choses douce-
ment, et les passerois sous silence:
sçacbant bien que les responses et ré-
pliqués , dont nous nous voulons ai-
der «à clorre la bouche des medisans ,
bien soutient sentent plustost à les
faire parler d’auantage qu’autrement,
et qu’il n’y a meilleur moyen d’assou-
pir telles noises, que de ne dire mot :
comme nous voyons que le feu s’es-
teint, cessant sa matière combustible,
et lui ostant le bois. Mais quand i’ay
bien considéré le danger euident au-
quel plusieurs se fourreront s’ils vien-
nent à suiure les reigles et enseigne-
mens que donne ledit Médecin pour
la cure desdites playes, i’ay pensé que
mon deuoir estoit d’aller au deuant
de ce mal, et d’empescher autant que
que ie pourrois, eu esgard à ma pro-
fession, laquelle outre l’affection com-
mune que tous doiuent au bien pu-
blic , m’oblige particulièrement à
cecy, tellement que ie ne pourrois en
bonne conscience faire le sourd et le
muet , où le deuoir general et parti-
culier m’obligent et contraignent à
parler. C’est cela qui me sollicite à
faire cette Apologie, plustost qu’vn
désir boüillant et passionné d’auoir
ma reuange de celuy qui à la vérité
m’a assailli à tort.
Or en ce liure il prétend contemner
et mépriser l’application des medica-
mens suppuratifs, comme du basili
con , et d’autres semblables : pareil-
lement de ceux qui sont acres, comme
l’Egyptiac et autres : et dit , Tels re-
’HARQVEBVsÊâ. i ^3
medcs ont été cause de la mort d'une
infinité de personnes ausquels on les
a appliqués , voire encore que leurs
playes fussent superficielles , et en
partie charneuses : et qu’en ce l’on ne
doit suiure le conseil d’Hippocrates,
qui dit que toutes playes contuses
doiuent estre suppurées. Parce (dit-il)
que c’est vne maladie nouuelle et
inconnue aux anciens, qui desire
aussi nouueaux remedes. D’auanlage
il dit , que pour l’intemperature de
l’air, n’est besoin changer de remedes
ausdites playes. Aussi qu’on ne doit
comparer le tonnerre et la foudre aux
coups d’artillerie. En quoi le voyant
du tout contrarier à ce que i’en avois
escrit en mon liure des playes faites
par harquebuses, fléchés, et dards, ie
suis contraint pour ma defense répé-
tée aucunement ce que i’en ay par cy
devant et ailleurs exposé, pour re-
prouuer tous ces points, comme i’es-
pere faire l’un apres l’autre.
Premièrement, que les medicamens
suppuratifs ne soient propres à telles
playes, c’est combattre la raison, l’au-
thorité , et expérience. Car chacun
sçait que les balles estans rondes et
inassiues , ne peuuent blesser sans
faire grande contusion et meurtris
seure, laquelle ne peut estre curée
sans estre supput ée, suiuant l’autho-
rité non seulement d’Hippocrates ,
mais aussi de Galien, et d’autres au-
teurs tant anciens que modernes.
Et que luy sert de nommer telles
playes nouuelles, pour déroger au
dire d’Hippocrates , lequel nous te-
nons comme pere , auteur , et vray
fondement des loix de la sacrée Mé-
decine , sur toutes dignes de grande
louange, parce qu’elles ne sont suiet-
tes à changement , comme celles des
Roys, Princes, et grands Seigneurs,
ny à la prescription de temps et de
174 le hevfiéme livre,
xegions? Donc sii’ay en cecy suiui la
doctrine Hippocratique , qui tous-
iours se trouue vraye et stable, ie
croy auoir bien fait , et n ay esté seul.
Car monsieur Botal, Médecin ordi-
naire du Roy , et monsieur Ioubert
aussi Médecin du Roy, et son Lecteur
ordinaire en rVniuersité de Mont-
pellier, hommes bien expérimentés,
tant en la Medecine qu’en la Chirur-
gie, qui ont escrit recentement de
cette matière, louent et commandent
appliquer au commencement en telles
playes du basilicon, et autres medi-
camens suppuratifs. Ceux-cy (pour
auoir suiui les guerres) ont plus ueu
de blessés par basions à feu en vn
iour, que nostre Médecin n’a fait en
toute sa vie. Quant à l’experience, il
y a vne infinité d’autres bons Chirur-
giens , et grandement expérimentés ,
qui ont vsé et vsent de ces remedes
au commencement, pour rendre telles
playes à suppuration , s'il n’y a indi-
cation contraire.
le diray d’auanlage , qu’vn chirur-
gien Empirique son voisin , nommé
Doublet, a fait maintesfois des cures
merueilleuses , appliquant à telles
playes vn médicament suppuratif ,
composé de lard fondu, iaune d’œul,
et terebentbine auec vn peu de sa-
fran : et tenoitce remede pour vn très-
grand secret. Il y en avait vn autre à
Thurin l’an 1538 (moy estant lors au
seruice de défunt monsieur le Ma-
reschal de Montejan, Lieutenant ge-
neral du Roy en Piedmont) lequel
auoit le bruit par sus tous les Chirur-
giens de ce pays là, de bien guarir
telles playes auecques oleum Catello-
rum, la description duquel i’eus de
luy par grandes prières. Cette huile
a puissance de leuir et appaiser la
douleur , et rendre les playes suppu-
rées : et l’appliquoit vn peu plus
chaude que tiede, et non pas boüil-'
lante , comme aucuns veulent. Ce
qu’vne infinité de Chirurgiens ont
fait , apres que ie leur ay descrit la-
dite huile en mon liure des playes
faites par harquebuses , auec bonne
et heureuse issue.
Quant au mespris qu’il fait de l’on-
guent Egyptiac, ie croy véritablement
qu’il demeurera seul en son opinion et
heresie, veu qu’on n’a encores sceu
trouuer de plus singulier remede
pour preuenir et corriger la pourri-
ture, qui suruienl le plus souuent en
vlceres virulents , corrosifs , ambu-
latifs , et malins , iettans vne sanie
puante, dont la partie tombe en gan-
grené , si on n’y remedie par l’Egyp-
tiac et autres medicamens acres, qui
ont esté pour cette raison fort ap-
prouués desdits Botal et Ioubert , et
de tous bons Chirurgiens. Et cepen-
dant nostre Médecin soustient qu’ils
sont venimeux : Attendu (dit-il) qu’en
les appliquant aux playes faites par
basions à feu, ont esté cause de la
mort de plusieurs personnes : qui est
chose si absurde et contre raison, que
i’en quitte la response aux barbiers
de village, qui auront trop dequoy
luy satisfaire sur ce point, et luy
prouuer plus manifestement qu’il ne
sçauraitnier hardimeni, par la consi-
dération d’vn chacun des ingrediens
dudit Egyptiac, iceluy non seulement
n’estre veneneux, mais mesme résister
et contrarier directement à toutes sor-
tes sortes de venins et pourritures qui
peuuent survenir aux parties char-
neuses , à raison de quelque playe et
vlcere.
Il dit d’auantage, que la disposition
de l’air ne peut estre cause d’infecter
et rendre les playes dangereuses en
vn temps plus qu’en autre. En cela il
demeurera encore tout seul de ceste
DES PEAYES ü’haRQVEEVSES.
opinion. Mais s’il eust bien leu et en-
tendu Hippocrates, il n’eust si legere-
ment contemné la constitution des
saisons, et l'infection prouenante de
l’air, non pas simple et élémentaire ,
(car estant simple , iamais n’acquiert
de pourriture) mais par addition et
meslange de vapeurs corrompues es-
parses en luy , comme i’ay escrit en
mon Traité De la Peste i. Car d’au-
tant que l’air qui nous enuironne et
est contigu, estperpetuellementneces-
saire à notre vie, il faut que, selon sa
disposition, nostre corps soit aussi al-
téré en plusieurs et diuerses maniè-
res, à cause que nous l’attirons con-
tinuellement par le moyen des poul-
inons, et autres parties dediées à la
respiration , et mesmes par les pores
et petits pertuis inuisibles de tout le
corps, et par les arteres espandues au
cuir : ce qui se fait tant pour la géné-
ration de l’esprit de vie, que pour ra-
freschir et fermenter nostre chaleur
naturelle. A ceste cause s’il est immo-
dérément chaud, froid, humide, ou
sec, ou autrement vicié , il altéré et
change la température du corps en
semblable constitution que la sienne.
Cela se voit clairement, lors qu’il est
infecté par des vapeurs putredineu-
sesetcharogneuses produites par vne
grande multitude de corps morts ,
non assez tost enseuelis en la terre ,
comme d’hommes, decheuaux et bes-
tes : comme il aduient apres quelque
bataille, ou quand plusieurs hommes
péris par naufrage ont esté iettés au
riuage par les flots de la mer.
Pour exemple , on a connu recen-
tement la corruption de l’air prove-
nante des corps morts au chasteau de
Pene, sur la riviere de Lot : auquel
lieu Tan 1562, au mois de Septembre,
1 Le Traité De la Peste avait paru en 1568.
17,5
pendant les troubles premiers adue-
nus à cause de la religion , fut ietlé
grand nombre de corps morts dedans
vn puits profond de cent brassées ou
enuiron, duquel deux mois apres s’es-
leva vne vapeur puante et venimeuse,
qui s’espandit par tout le pays d’Age-
nois et lieux circonuoisins, iusques à
dix lieues à la ronde, dont plusieurs
furent infectés de peste.
Dequoy ne se faut esmerueiller :
car les vents soufflons et poussans les
exhalations et vapeurs pourries d’vn
pays en autre , font pulluler la peste.
Par ainsi la maligne constitution de
l’air , soit que la cause en soit ma-
nifeste ou occulte, peut rendre les
playes putrides, altérer les esprits et
les humeurs , et causer la mort. Ce
que l’on ne doit point attribuer aux
playes', attendu que ceux qui sont
blessés , et ceux qui ne le sont aucu-
nement, en sont egalement infectés ,
et tombent en mesmes inconueniens.
Monsieur D’Alechamps en sa Chirur-
gie française , parlant des choses qui
empeschent la curation des vlceres ,
n’a point oublié, que quand en au-
cune prouince régné quelque pesti-
lence , ou maladie epidemiale , par le
vice de l’air cela fait les vlceres incu-
rables , ou tres-difficiles à guarir. Le
bon vieillard Guidon a pareillement
escrit, que les playes de la teste es-
taient plus difficiles à guarir à Paris
qu’en Auignon : et les vlceres des iam-
bes plus fascheuses en Auignon qu’à
Paris 1 : d’autant qu’à Paris l’air est
plus froid et humide , qui est chose
contraire, principalement aux playes
de la teste : au contraire en Auignon,
la chaleur de l’air ambiens est cause
de liquéfier et subtilier les humeurs :
ainsi plus facilement , et en plus
' Au Traicté Des vlceres. — A. P.
lê NiiVFiÉMÊ Livré,
176
grande abondance découlent aux ïam-
bes, d’où vient que la guarison des vl-
ceres d’icelles est plus dificile en Aui-
gnon qu'à Paris. Que si quelqu’un
alléguant l’experience, dit au con-
traire que les playes de teste sont !e
plus souuent mortelles és régions
chaudes , ie lui respondray cela ne
prouenir à raison de Pair, qui est plus
chaud et sec : mais plustost à cause de
quelque humidité superflue et raau-
uaise vapeur communiquée à l’air ,
comme il se fait és lieux de Prouence
et d’Italie , prochain de la mer Médi-
terranée. De fait, qu’il 11’y a si petit
Chirurgien qui ne sçache qu’estant
l’air chaud et humide, facilement les
playes degenerent en gangrené et
pourriture *. Et quant à l’experience,
ie luy bailleray bien familière : c’est
qu’en temps chaud et humide, et lors
que le vent Austral souffle , les vian-
des pourrissent en moins de deux heu-
res, tant soient-elles fraisches, de fa-
çon que les bouchers en ce temps là ne
tuent leurs bestes qu’à mesure qu’ils
les vendent. Aussi n’y a-il doute au-
cune que les corps humains ne tom-
bent en affection contrenature. quand
les saisons pervertissent leurs quali-
1 Cette dernière phrase est remplacée dans
l’édition de 1575 parcelle-ci:
Semblablement monsieur Jouberl en son
Traiclé des playes f, dictes par hucquebules es-
eril qu'estant l’air chaud et humide , etc.
Cette apologie ayant été publiée en 1572,
il serait assez difficile de comprendre com-
ment A. Paré y cite L. Joubcrt , si l’on s’en
rapportait à Portai et Haller qui renvoient
l’ouvrage de ce dernier à l’an 1581. A la
vérité, ils citent tous deux sa troisième édi-
tion ; mais la date de la première restait
un problème bibliographique. J’ai fait voir
qu’elle avait dû paraître en 1 570 , puisque
Joubert, dans sa dédicace à Henri lit , dit
qu'il lui avait fait présent de son livre te
premier iour de l’an 1570, après la victoire
de Montcontour.
tés par la mauuaise disposition dé
l’air, dont 011 a veu par certaines an-
nées, que les naurés estoient tres-
difficiles à guarir , et souuent mou-
roient de fort petites playes, quelque
diligence que les Médecins et Chirur-
giens y peussent faire.
Ce que bien remarquay, estant le
siège deuant Rouen. Car le vice de
l’air alteroil et corrompoit tellement
le sang et les humeurs, par l’inspira-
tion et transpiration, que les playes
en esloienl rendues si pourries et
puantes qu’il en sortoit vne feteur
cadauereuse. Et si d’auenture on pas-
soit vn iour sans les penser, on y trou-
uoit le lendemain grande quantité de
vers , auec vne puanteur merucil-
leuse, dont se leuoient vapeurs pu-
trides, qui par leur communication
auec le cœur causoient fiéure conti-
nue : auec le foye empeschoient la
bonne génération du sang, et auec le
cerueau produisoient alienation d’es-
prit, resuerie, conuulsion , vomisse-
mens , et par conséquent la mort. Et
lors qu’on les ouuroit,on trouuoit
plusieurs apostemes en diuerses par-
( es de leurs corps, pleines d’vn pus
verdoyant et fetide. De sorte que ceux
qui estoient dedans la ville , voyans
telles choses, et que leurs blessés 11e
se pouuoient guarir , disoient que
ceux de dehors auoient empoisonné
leurs balles, et ceux de dehors en
disoient autant de ceux de dedans.
Et de fait, apperceuautqueles playes
se tournoient plustost à pourriture
qu’à quelque bonne suppuration , ie
fus contraint, et auec moy la plus
grande part des Chirurgiens , laisser
les suppuratifs, et en lieu d’iceuxvser
de l’onguent Egyptiac et autres re-
inedes semblables , pour obuier à la-
dite pourriture et gangrène, et autres
accidens susdits.
DES PLAYES D HARQVEBVSES.
D’auantage, si le diuers cours du
ciel a la puissance et la force d’impri-
mer vne pestilence en nous par ses in-
fluences, pourquoy ne luy sera-il pos-
sible de faire le semblable en vne
playe, et l’infecter en plusieurs ma-
niérés? L’experience nousen rend bon
et suffisant tesmoignage, non seule-
ment en temps chaud, mais aussi en
hyuer. Car mesme nous voyons que
les malades, tant vulnerés, qu’autre-
ment disposés contre nature, sont plus
tourmentés sans comparaison de leurs
douleurs quand il veut pleuuoir, que
lors qu’il fait beau temps, à raison de
l’air vaporeux et ténébreux , et vent
Austral, qui meut et agile intérieure-
ment les humeurs , qui puis apres se
deschargent sur les parties affligées ,
et y augmentent les douleurs.
Nos Ire Médecin a aussi escrit ,
qu’aux batailles de Dreux et saint
Denis, qui furent données en temps
d’h y lier, mourut un grand nombre
d’hommes : ce que ie confesse bien :
mais ie luy nie que ce fust par l’appli-
cation des medicamens suppuratifs
ou des corrosifs , ains par la vehe-
mence de leurs blessures , et pour le
desordre que le boulet faisoit en leurs
membres : à quoy aidoit grandement
la nature des parties blessées, et la
température des malades, et sur tout
le froid. Car le froid rend les playes
difficiles à guarir, voire cause sou-
uent gangrène el totale mortification,
comme tesmoigne Hippocrates *. Et
s’il eust esté auec moi au siégé de
Metz, il eust veu beaucoup c^psoldats
ayans les iambes esthiomences par le
froid , et vneinfmité qui moururent par
la violence du froid, encore qu’ils ne
fussent vulnerés. S'il ne le veut croire,
ie le renuoiray sus le mont Senis en
1 Aphor. 20 du 5. liure. — A. P.
II.
177
temps d’hyuer , où plusieurs laissent
la vie, et sont transis tout en vn mo-
ment, tesmoin la chapelle des Transis
qui en a pris le nom.
Il m’a pareillement calomnié, d’a-
uoir fait simililude du tonnerre à l’ar-
tillerie. Véritablement on peut dire
qu’ils ont semblables effets : car la
diabolique poudre à canon fait des
choses si merueilleuses , qu’il est fa-
cile à prouver qu’ils ont grande simi-
lilude entre eux. Et premièrement on
peut comparer le feu sortant parla
lumière du canon à l’esclair, en ce
qu’il est veu parauant que le tonnerre
soit ouy. Car le semblable se fait en
l’autre: ce qui aduient, parce que l’o-
reille n’est si prompte que l’œil à re-
ceuoirles obietsdeson sens. On peut
aussi comparer l’espouuentable bruit
que font les gros canons, à celuy de
la foudre : lellement que lors qu’il se
fait quelque grande batterie auec de
grosses pièces, on en oit le bruit quel-
quesfois loing de vingt lieues , plus
ou moins, ainsi que le vent rapporte
le retentissement du son. Les pre-
miers coups ne sont pas entendus,
comme les autres suiuans. C’est que
par la multiplication des sons s’enlre-
suiuans et succedans , le plus proche
pousse son voisin , qui puis apres
pousse l’autre, et l’autre l’autre , et
vient à nos oreilles. Semblablement
les balles icttées par la poudre d’vne
vitesse inestimable, rompent et bri-
sent tout ce qu’elles rencontrent ,
voire ont plus de force contre les cho-
ses dures que contre les molles : eu ce
ressemblantes au tonnerre, qui com-
minue l’espée dans le fourreau qui
demeure entier, fond l’argent en vne
bourse sans la rompre. Ainsi (comme
i’ay par cy deuant escrit) on a veu
plusieurs que les balles 11’ont aucune-
ment touchés , ausquels neanlmoins
1 2
LE NliVFlÉME LIVRE ,
178
l'impétuosité de l’air fait par la pou-
dre sortant du canon , a rompu et
brisé les os sans aucune apparence
manifeste de solution de continuité
en la chair, voire les a meurtris et
tués promptement , comme si c’eust
esté la foudre. La poudre à canon a
aussi une odeur puante , qui sent le
soufre , imitant l’odeur qui demeure
au lieu où sera tombée la pierre de la
foudre, laquelle non seulement les
hommes ne peuuent sentir , mais les
animaux aussi sont contraints d’aban-
donner leurs cauernes et tanières
lors qu’elle y est tombée, ne pouuans
endurer la puanteur sulfurée dé-
laissée par le tonnerre. Mais encore
leur similitude est plus manifestéepar
les effets de ladite poudre , laquelle
estant enclose dedans les mines et con-
uertie en vent par le feu qu’on y met,
boulcuerse les monceaux de terre
aussi gros que montagnes, rompt et
démolit les fortes tours, renuerse les
montagnes c’en dessus dessous. Ce que
i’ay assez donné à connoistre par l’iiis-
toire que i’ay ailleurs escrite , à sça-
voir, qu'on a veu puis n'agueres à Pa-
ris le feu s’estant mis en là poudre de
l’Arsenac, causer une si grande tem-
peste, qu elle fil trembler presque
toute la ville, et tomber par terre tou-
tes les maisons prochaines , descou-
urit et defenestra celles qui estoient
plus à l’escart de sa furie : brief ,
comme la foudre en s’éclatant , ren-
versa ça et là quelques hommes
demi-morts, aux vns osta la veuë,
aux autres l’ouye, et en laissa plu-
sieurs non moins deschirés en leurs
pauures membres que si quatre che-
uaux les eussent escartelés : et tout ce
par l’agitation de l’air , en la sub-
stance duquel ladite poudre estoit
conuertie. Semblable fait arriua en
la ville de Malines fan 1546 , par la
cheutedu tonnerre dedans une grosse
et forte tour, où y auoit grande quan-
tité de poudre à canon, qui demolist
presque la moitié de la ville , et tua
un grand nombre de personnes, dont
i’ay veu depuis peu de temps les ves-
tiges encore bien appareils. Ces exem-
ples sont à mon aduis suffisans pour
contenter nostre Médecin , et lui
monstrer qu’il y a grande similitude
entre les effets de la poudre à ca-
non et du tonnerre.
Combien que ie ne veux pour cela
confesser, que les coups d’harquebu-
ses soient accompagnés de poison et
de feu, comme les coups de la foudre.
Car encor’ qu’ils conuiennent les uns
auec les autres par les similitudes
prédites, ce n’est pourtant en sub-
stance et matière, mais plustost en la
maniéré de casser, briser, et dissiper
les obiets qu’ils rencontrent : à sça-
uoir, les coups de foudre par le moyen
du feu et de la pierre engendrée en
iceluy, elles coups de canon, par l’air
impétueusement poussé, qui condui-
sant la balle , fait vn pareil et aussi
tempestatif desastre que le tonnerre.
Ces choses considérées, ne faut-il pas
confesser que ceux qui ont escrit que
les coups de canon elle tonnerre ont
grande similitude ensemble, ne l’ont
dit sans raison ?
Au demeurant, ce Médecin n’a pas
eu grande peine à prouuer comme la
pouldre à canon n’est venimeuse , et
que les balles ne peuuent brusler ,
non plus qu’à inuenter et nommer les
instrumens propres à extraire les cho-
ses estranges, parce qu’il les a trou-
nés tous mâchés en mon liure, auec
plusieurs autres choses qu’il a escri-
tes, comme chacun le pourra con-
noistre par la conférence de son li-
ure et du mien. 11 a aussi enrichi son
liure de plusieurs sentences et raisons
DES PLAYES D JIARQVEBVSLS. 1 TQ
qu’il a recueillies d’vn auteur Italien,
nommé Bartholomeus Magius, Méde-
cin deBoulongne,qui enaescrit assez
bien en vn Traité intitulé, De Vulne-
rum Sclopetorum curalione: combien
qu’il ne l’a pas reconnu pour guide,
ains l’ayant traduit presque mot pour
mot, en a neantmoins fait son pro-
pre , et pour traducteur s’est nommé
auteur.
Venons maintenant à sa belle pra-
tique et méthode nouuelle de guarir
les playes faites par basions à feu.
Premièrement il veut qu’on y ap-
plique des medicamens suppuratifs,
lesquels toutesfois il n’entend estre
cbauds et humides , ny de substance
emplastique : mais tout au contraire,
il lesordonnechaudsetsecs. Parce(dit-
il) que ce n’est pas comme aux abcès,
où il ne faut auoir autre cure que de
suppurer : mais icy, où les playes sont
auec contusion, plusieurs et diuerses
indications en sourdent, d’autant que
la contusion veut estre cuilte et meu-
rie,et la playe desseichée.
Pour respondre à cela , ie le ren-
uoycray apprendre la nature et qua-
lité des suppuratifs en Galien au 5. des
Simples, et tout d’vn chemin au 10.
de sa Méthode , qui luy enseignera
qu’aux maladies compliquées il faut
considérer la cause, l’ordre, et l’vrgent.
Puis ie luy demanderay volontiers ,
s’il sçaura guarir la playe faite par
coup de boulet, que la contusion ne
soit premièrement bien suppurée. Il
me semble que non , et de ce ie m'en
rapporte au Jugement de tous bons
praticiens. Par ainsi notre basiiicon,
etnotreoieum catellorum,e t autrestels
medicamens suppuratifs , seront pro-
pres à suppurer les playes faites par
harquebuses.
Secondement , il veut qu’on mette
dans la playe de l’oxycrat, pour es-
tancher le flux de sang. Et s’il ne
peut estre arresté par ce moyen ,
qu’on y applique vn médicament fait
de blanc d’œuf, bol armene, vinaigre
rosat, et du sel. le laisse à penser si
tels remedes ont puissance d’arrester
le flux de sang , estans appliqués de-
dans la playe. Certes ils le feroient
plustost fluer d’auantage, à cause que
le vinaigre est de qualité tenue et
mordante, causant douleur , fluxion,
inflammation , et autres mauuais ac-
cidens , comme ie l’ai connu par ex-
périence : et ne sçay aucun Chirur-
gien, qui ayant exercé l’art, voulust
suiure telle façon de pratiquer qu’il
ne s’en trouuast trompé. A ce propos
me souuienl auoir pensé vn More, qui
estoit à monsieur le Comte de Roissy,
lequel fust blessé deuant Boulogne,
par vn Anglois qui luy donna vn coup
de lance au trauers du bras. Donc
pourcuider estancherle sang, ie mis
dedans sa playe vn restrainlif , où il
y auoit du vinaigre à faute d’autre.
Mais tost apres il me reuint trouuer,
disant qu’il luy sembloit auoir le feu
au bras , et fus contraint de le penser
de nouueau, et changer de remede en
sa playe, appliquant ledit restraintif
par dessus. le croy que ce Médecin
n’a connu telle chose : autrement
l’estimé-ie si homme de bien , qu’il
ne l’eust mis dedans son liure pour
vn homme restraintif '.
D’auantage il loué sur tous autres
remedes, son baume fait d’huile de
cire et myrrhe battus auec vn iaune
d’œuf , ou bien le baume naturel
qu’on apporte du Pérou : et dit, qu’ils
consomment 1 humidité superflue des
> La polémique en retendrait est assez po-
lie, mais la politesse du texte disparaît devant
cette dure note marginale: Erreur couuerte
d'ignorance.
XgO LE NEVFIEME LIVRE,
play es , et confortent tellement les
parties , qu’il n’y suruient aucun ac-
cident périlleux : et neantmoins dit
qu’ils ne consolident ne font repren-
dre ces playesicy, comme ils feroient
celles qui ont esté faites de taille.
Véritablement c’est chose bien estran-
ge, de vouloir penser et guarir les
playes contuses, comme les simples
qui ne demandent que seule vnion.
Outre-plus ces baumes ne peuueut
estre propres aux playes faites par
liarquebuses , d’autant que par leur
siccité ils empescheroient la suppu-
ration, sans laquelle ne penuent estre
guaries. Et s’ils y conuiennent en au-
cune maniéré , ce sera seulement
apres que la contusion sera suppurée,
et la playe mondifiée. Mais encore ne
sçay-ie où l’on pourroil trouuer tant
d’extracteurs de quinte-essence, pour
préparer et fournir tant de baumes
qu'il faudroit pour penser les soldats
qui seroient blessés en vne rencontre
ou bataille , ou en quelque assaut de
ville : ne où ils prendroieut l’argent
pour satisfaire aux frais
Venons au reste. Il ordonne que
ces baumes soient instillés dedans les
playes sans tentes : et se reprenant,
puis apres dit, qu’il seroit bon y en
mettre vne petite et courte, seulement
pour empeseher que les bords de la
playe ne se reioignent. Comment se-
roit-il possible que ces baumes et
autres onguens peussent estre portés
au fond delà playe, sans tentes ou
sétons, desquels l’vsageest principale-
ment de porter les medicamens ius-
ques au profond des playes , et les
tenir ouuertes pour donner issue aux
choses estr anges? Tous les bons pra-
> Hespon.se plaisante et a propos. — Cetle
remarque au moins fort naïve est d’A. Taré
lui-même.
ticiens ne luy accorderont iamais ce
point, ne ceux qui sçauent que c’est
de penser telles playes. Or il y a en-
core icy vne chose digne d’ estre bien
notée : c’est qu’apres auoir reprouué
l’onguent Egyptiac, il ne laisse pour-
tant de commander qu’on l’applique,
depuis le commencement iusques à ce
que la contusion soit du tout suppu-
rée : et veut qu’on en vse ainsi. Prenez
(dit-il)del’Egyptiacdissoulten vne dé-
coction faite de la sommité d’aluyne
et de millepertuis, et de petite cen-
taure et plantain , et en syringuez
la playe. Il en descrit puis apres vn
autre fait d’eau de plantain et miel
rosat, bouillis ensemble à l’espaisseur
et consistence de miel, en l’escumant
bien : puis mesle autant de cecy que
d’Egyptiac ensemble , et dit que cest
onguent suppure les harquebusades.
le laisse à penser aux lecteurs Chi-
rurgiens expérimentés, si tels reme-
des sont suppuratifs. Quant à moy, ie
les estime plus propres à deterger et
mondifier, qu’à suppurer.
Il a finalement escrit , qu’il ne faut
penser la playe que de quatre en qua-
tre iours. Et s’il y a fracture d’os ,
qu’on n’y touche, ou qu’on ne leue
l’appareil, iusques au huitième iour.
Plus il dit en vn autre endroit, qu’il
est conuenable instiller tous les iours
dix ou douze gouttes de son baume
dedans la playe. Véritablement telle
doctrine est pour bien estonner le
ieune Chirurgien, pour sçauoir quelle
manière de pratiquer il deura sui-
ure. Et qui suiura la sienne, ie le puis
asseurer qu’il fera soutient ouurir le
ciel el la terre : le ciel pour receuoir
les âmes, et la terre pour les corps.
Mais c’est assez parlé de cette ma-
tière pour le présent , puis que nous
sommes asseurés que toutes ces peti-
tes caVùllationsne pourront en rien di-
UES PLAYES u’pfABQVEBVSES.
miner la réputation de nostre liure :
duquel les estrangers ont tant fait
de cas, qu’ils l’ont traduit en leurs
langues maternelles pour en auoir
communication L Partant nous di-
rons adieu à nostre Médecin , apres
l’auoir prié de reuoir et corriger son
liure le plustosl qu’il pourra, pour ne
retenir plus longuement les ieunes
Chirurgiens en l’erreur dont ilspour-
roient auoir esté imbus par la lec-
ture d’iceluy : car les plus courtes
folies sont les meilleures.
CHAPITRE XIX.
AVTRE DISCOVRS SVR LA QVESTION DE
LA VENENOSITE DES PLAYES d’HAR-
OVEBVSES 2.
le me suis trouué depuis quelques
mois en la compagnie de quelques
doctes Médecins , et bien expers Chi-
rurgiens, lesquels par maniéré de
deuis , remettant en ieu la question de
vénénosité des playes d’harquebuses ,
s’efforçoient principalement par cinq
raisons de prouver la vénénosité estre
coniointe auec icelles playes : non à
raisou de la poudre à canon , la-
quelle ils confessoient auec moy
estre exempte de tout venin , et en sa
composition, et en son essence : mais
à raison de la balle , dedans laquelle
le venin pouuoit estre transmis, mix-
tionné et incorporé.
La première raison est, que le
plomb estant fort rare et spongieux,
comme la facilité de sa fusion et mol-
’ Aucun bibliographe, n’a fait mention
de ces traductions indiquées par A. Paré.
Peut-être parle-t-il ici d'après ce que Guil-
lemeau lui en avait rapporté.
2 Ce dernier chapitre a paru pour la pre-
mière fois dans l’édition de 1579.
1 8 1
lesse le monstrent , est par consé-
quent fort propre à s’imbiber de
quelconque liqueur. Mais telle consé-
quence me semble peu asseurée : car
en toute mixtion artificielle, quelle
est celle dont nous parlons, il y a
deux choses à considérer : la matière
des corps qui entrent en la mixtion,
et la forme selon la matière. Tels
corps doiuent estre liquides, ou mois,
ou friables et aisés à mettre en petites
portions, à fin que facilement de tou-
tes parts elles se puissent rencontrer,
ioindre, et vnir. Selon la forme, elles
doiuent estre alliables et compatibles
les vnes auec les autres : ce qui se
connoist euidemment en l’eau :et en
combien que leurs matières soient li-
quides et aisées à mesler auec infinies
autres choses , ne pouuans touteslois
estre meslées ensemble à raison de
l’antipalhie de leurs formes. Ainsi
l’or et l’argent sont tant amoureux
du plomb, que quand il est question
de les fondre, on les met pelle-mesle
auec le plomb : mais l’airain de tant
fuit le plomb, que le mesme or et ar-
gent fuyentl’estain (ou plomb blanc).
Si donc le plomb et l’airain liquéfiés
ne se peuuent mesler ensemble , bien
qu’ils soient contenus sous vn mesme
genre et espece métallique, comme
sepourroit incorporer le plomb auec
autre chose veneneuse, d’espece et
forme toute differente?
Venons à la seconde raison. Le fer
(disent-ils) qui est plus dense , solide,
et moins poreux, peut receuoir quel-
que qualité veneneuse , comme le
monstrent les fléchés enuenimées
dont les anciens vsoient : parquoy
le plomb pourra à plus forte raison
receuoir tel venin. Pour responseie
dis, que le venin peut bien estre re-
ceu en la superficie du fer, mais non
pas eu sa substance intérieure par
182
LE NEVF1ÉME LIVRE ,
meslange. Or est-il icy question d'in-
corporation , et non de simple endui-
sement et inonction.
Voyons la troisième raison. Non-
obstant ( disent-ils) que le plomb re-
iette sa crasse et ordure à la fonte,
toutesfois il ne lairra de receuoir et
s’abreuuer de quelque substance
estrangere : car ainsi que l’acier, mé-
tal entre tous le plus solide, reçoit
vue trampe qui l’endurcit, de toute
contraire substance. Pour response
ie dis , que quand ja trampe est don-
née à l’acier , icelle n’est receuë de-
dans la substance intérieure d’iceluy:
car si telle chose estoil necessaire
pour l’endurcissement, cela se feroit
plus aisément lorsque l’on fond et
liquéfié ledit acier, meslant la trampe
parmy pour l’incorporer, plustost que
d’attendre qu’il soit pris et consolidé
en barre.
Cesle response seruira mesme de
réfutation pour la quatrième raison,
par laquelleils disent que desjusdeNa-
pellus et de Rhododendron, d’apium
risus, et autres, qui de toute leur
substance blessent et corrompent la
nostre, meslés auec le plomb, on peut
faire des mixtions si veneneuses que
les playes en seront nécessairement
veneneuses. le dis au contraire, que la
mixtion est seulement des choses qui
se peuuent non seulement appliquer,
mais aussi attacher et adhérer, bref
incorporer et vnir les vnes auec les
autres. Or comme pourra seulement
adberer l’eau ou autre jus quelconque
liquide auec le plomb , qui est dur et
solide, tant s’en faut qu’il se puisse
vnir? La variété de cela se iugera
mieux par expérience que par raison.
Faites fondre le plomb dedans les jus
recités cy dessus, ou autres que vou-
drez choisir. Cela fait, pesez l’vn et
l’autre, vous trouuerez rester l’egale
mesure desdits jus et l’egal poids du
plomb qui estoit par deuant : signe
très euident,que ny le plomb ne s’est
rien incorporé desdits jus, ny les jus
rien perdu de leur substance.
La cinquième raison est telle. La
balle laschée d’vne harquebuse con-
tre quelque pierre , ou autre corps
de pareille dureté, ne s’eschauffe pas
tant qu’elle ne se laisse bien manier
auec la main , si on la prend inconti-
nent apres le coup. Parquoy cela est
faux, que le venin empraint dedans
la balle puisse estre consommé par
le feu de la poudre enflammée. Pour
response faut noter, que quand nous
disons qu’encore qu’on peust empoi-
gner la balle, toutesfois le feu con-
sommeroit le venin, nous entendons
cela non du feu de la poudre enflam-
mée lors qu’on desserre la harque-
buse , mais du feu par lequel on in-
corpore le plomb fondu auec ledit
poison : lequel agissant immédiate-
ment sur le venin non encore enue-
loppé ny embroüillé d’aucun corps
estrange, et agissant auec temps et
loisir, non en vn instant et tout à coup,
peut, sinon consommer, à loul le
moins rabattre grandement les for-
ces du venin. Ceux qui ne se voudront
contenter de ces raisons, qu’ils lisent
Malheole sur la Préfacé du liure
sixième de Dioscoride.
« Il y a , dit-il , des modernes si
« fols et ignorans , qu’ils ont fait ietter
» dedans l’or ou l’argent fondu , des-
» quels on vouloit faire des vases , de
» la theriaque, du metridat, et au-
« très antidotes, à fin que ces me-
« taux ayans acquis à la fonte les
«vertus desdits antidotes, puissent
» résister aux venins. Mais combien
» ceste opinion est sotte et ridicule,
« ceux mesmes le peuuent iuger qui
» n’ont que médiocre connoissance
1 83
DES PLAYES D
» des choses naturelles , et principa-
» lement des métaux , tant s’en faut
» qu’elle ait besoin de plus euidenle
» réfutation. »
Voila les raisons, voilà l’autorité
qui me retiennent en ma première
opinion des playes faites par liar-
quebuses, non coniointes avec véné-
nosité *.
CHAPITRE XVII.
LES DIFFERENCES DES PLAYES FAITES
PAR FLECHES, ET DE CELLES QVI SONT
FAITES PAR H ARQVEBVSES ®.
Les playes qui sont faites par flé-
chés, traits d’arbaleste, ou autres
bastons semblables , different en deux
choses de celles qui sont faites par
harquebuses et autres bastons à feu :
car aucunes fois elles sont trouuées
sans contusion, ce que iamais n’ad-
uient aux playes faites par bastons
à feu : souuent aussi sont veneneu-
ses. Et selon ces deux différences
faut diuersifier la curation : puis con-
sidérer les différences des fléchés et
des dards , pource qu’elles seruent
beaucoup à la connoissance et cura-
tion desdites playes.
1 On trouve en regard de cette dernière
phrase une note marginale véritablement
charmante de bonhomie et de naïveté. C’est
A. Paré qui dit de lui-même: L' Auteur se
defend tant qu’il peut contre ses enuieux et
ennemis de son Hure.
2 Tout ce qui se rattache aux plaies de flè-
ches , dards , etc., était rangé sous un titre
spécial et constituait une sorte de Traité dis-
tinct dans les éditions de 1545 et 1552. Dans
celle de 1564 , les plaies d’arquebuses for-
maient le premier livre, et les plaies de flè-
ches le second. Ce n’est qu’à partir de la prc-
mièreédition des OEuvres complètes que ces
deux livres ont été réunis.
’harqvebvses.
CHAPITRE XVIII.
DE LA DIFFERENCE DES FLECHES
ET DARDS L
Les fléchés et dards different en
matière, en forme ou figure, en ma-
gnitude , en nombre , en maniéré , et
en faculté ou vertu.
La différence en matière est , que
quelques-vnes sont de bois , et les
autres de cannes ou roseaux : les vnes
sont en leur extrémité garnies de fer,
de plomb, d’estain, d’airain, de corne,
de verre, ou d'os : les autres non.
La différence de la forme est telle ,
que les vnes sont rondes, les autres
angulaires , les autres aiguës , les au-
tres barbelees en forme d’espy : les
vnes ont la pointe tirant en arriéré,
les autres en bas : et aucunes ont
pointe vers les deux parties , sçauoir
en auant et en arriéré : aucunes de
costé et d’autre : aucunes sont larges
deuant et trenchantes en forme de ci-
seau.
Quant à la grandeur , aucunes sont
longues de trois doigts , et les autres
moyennes.
Le nombre les fait differentes en ce
que les vnes sont simples, n’ayans
qu’vne seule pointe : les autres sont
composées, en ayant deux, ou plu-
sieurs.
Aussi en icelles la maniéré est di-
uerse. Car les vnes ont le fer inséré
dedans le fust : les autres ont le fust
inséré dedans le fer : les vnes ont le
fer attaché et cloué : les autres non ,
et tiennent si peu qu’en les tirant lo
fer demeure , qui font les playes beau-
coup plus dangereuses.
'Ce chapitre manque dans l’édition de
1545; il a été ajouté en 1552.
184
LF. NEVFIÉME LIVRE,
La faculté les fait différer, en ce
qu’aucunes sont (comme a esté dit )
enuenimées , les autres non.
Telles sont les différences spéciales
et propres des fléchés et dards , selon
lesquelles les dispositions qu’elles dé-
laissent diuersifient la curation. Tu
peux voir en ceste figure les diffé-
rences susdites L
» Cette planche est un curieux monument
de l’histoire militaire du xvic siècle; et le
P. Daniel, dans son Histoire de la milice
françoise , n’a pas cru pouvoir mieux faire
que de la copier. On y voit environ xingt-
trois figures différentes de flèches ou fers de
flèches; et il ne serait pas sans intérêt, si
ce n’était trop nous éloigner de notre sujet,
de les comparer avec les vingt-deux flèches
décrites par Bertapaglia environ un siècle
auparavant. Cette planche a paru pour la
première fois dans l’édition de 1552; celle
de 1545 ne donnait pas à beaucoup près au-
tant de figures; mais en revanche on y en
trouvait deux autres qui n’ont pas été repro-
duites dans les éditions postérieures. Ces
voici :
^rxraZZZZZZ/Z^-
CHAPITRE XIX.
DE LA DIFFERENCE DES PARTIES
BLESSÉES l.
Ces différences exposées, il nous
faut consequemment parler de ladi-
uersité des parties affectées , qui sont
ou charneuses, ou osseuses: quel-
ques-vnes près les iointures, les au-
tres dedans icelles : aucunes auec
grand flux de sang et fracture d’os,
les autres non : aucunes sont és mem-
bres principaux, ou semants à iceux :
aucunes profondes , les autres super-
ficielles. Et si en aucunes de telles
playes apparoissent signes manifestes
de mort , il en faudra faire bon pro-
gnostic deuant qu’y toucher, afin
de ne donner occasion aux ignorans
de mesdire de nostre art.
Or laisser le trait au corps , cau-
seroit la mort ineuitable, et feroit
estimer le Chirurgien inhumain et
impitoyable , et l’arrachant le malade
par aduenture en reschapperoit : car,
comme auons dit, il vaut mieux
tenter vn remede douteux , que de
laisser le malade sans secours 2.
1 Ce chapitre manque comme le précédent
dans l’édition de 1545 ; il a été aussi ajouté
en 1552, à l’exception du dernier paragraphe.
2 Paul Ægin. — Hippocrates. — A. P.
Ce paragraphe a été ajouté ici en 1575 sans
que l’auteur se soit beaucoup inquiété s’il
était bien à sa place ; il ne présente pas en cll'et
de rapport direct ni avec le chapitre auquel il
appartient , ni avec la phrase qui précède.
Il est très clair cependant qu’il s’y rattache
dans la pensée de l’auteur. En etl'et, ce pa-
ragraphe est extrait mot pour mol de laCVn-
rurgie française de Dalechamps, et traduit
du chap. 88 de Paul d’Egine. Paul examine
ce qu’il faut faire quand le trait a pénétré
dans les viscères ; et si la mort est prochaine
DES PLAYES
CHAPITRE XX.
DE L’EXTRACTION DES FLECHES.
Touchant l’extraction des Fléchés,
il faut euiter d’inciser , dilacerer et
rompre les veines, arleres, nerfs, et
fondons, s’il est possible : car ce se-
roit chose ignominieuse, et contre
l’art, si on otfensoit la Nature plus
que la fléché.
La maniéré de les tirer est double.
L’vne se fait par extraction, et l’au-
tre par pousser outre >.
Pourtant dés le commencement et
premier appareil, il conuient oster
les choses estranges ( si aucunes y en
a) comme les fers desdites fléchés,
leur fust ou bois , ou autres choses
semblables , ainsi qu’il a esté dit des
Playes faites par harquebuses,etpar
les mesmes moyens. Et pour mieux
les extraire , conuiendra situer le pa-
tient en la figure qu’il estoit lors qu’il
fut blessé, pour les raisons susdites,
s’il est possible: et user d’instrumens
propres à cest effet, principalement
comme est cestuy, qui a vne cannule
fendue et dentelée par dehors , en
il ne veut pas qu’on y touche ; mais quand
l’issue est incertaine , il veut qu’on tente
l’extraction ; et, entre autres motifs, il allè-
gue celui qui est contenu dans ce passage.
Cela a donc un rapport direct avec la diffé-
rence des parties blessées qui fait le sujet de
ce chapitre; seulement Paré a oublié la meil-
leure partie de l’idée qu’il empruntait à Paul
d’Egine.
1 Ces deux premiers paragraphes man-
quent encore dans l’édition de 1545; ainsi,
immédiatement après le chapitre 17, on li-
sait: Pourtant dés le commencement, etc. L^s
dates diverses des intercalations expliquent
le défaut d’ordre et de suite qui se remar-
que dans la rédaction.
’harqvebvses. 1 85
laquelle s'insère vne verge semblable
à celle du tire-fond de l’harquebuse ,
qui a esté figuré cy deuant , horsmis
qu’elle n’est faite à viz en son ex-
trémité. Aussi est-elle plus grosse , à
fin de dilater la cannule pour rem-
plir la cauilé du fer, et l’extraire
hors , tant des parties cliarneuses
qu’osseuses , pourueu qu’il ne soit
demeuré du bois de la fléché en la
cauité du fer.
Instrument propre à tirer les fers des Fléchés
dont le fust est dehors.
Cestuy s’ouure par vne viz qui s’insère
dans sa cannule.
Cest instrument aussi y est propre,
qui se dilate en comprimant les deux
extrémités de derrière , dentelé aussi
par le dehors, ainsi que tu peux voir
en ceste figure.
gnée.
Instrument fermant et ouurant à viz, commode
à lire r\ les fers de flèches.
LE NEVFlÉME LIVRE
18G
Les signes pour connoistre où est
le 1er , sont , que si l’on touche la
partie où il est, l’on sentira aspérité
et inégalité : aussi la chair apparoistra
contuse , liuide et noire , et le patient
sentira pesanteur et douleur conti-
nuelle en la partie vulnerée ».
Bec de grue corbin propre à tirer mailles et
autres petits corps estranges.
Autre petit crochet pour tirer les mailles et
autres choses estranges, qui se pourront ac-
crocher : duquel aussi tu te pourras seruir à
ce mesme effet aux blessures des harque-
buses1 2.
ns
o
Que si par cas fortuit le fer bar-
belé , soit de fléché , picque, dard ou
lance, demeure en quelque partie du
1 Ce dernier paragraphe manque dans
l'édition de 1545 ; il existe déjà dans celle
de 1552.
2 Le premier de ces cinq instruments est
déjà figuré dans quelques éditions de Guy
de Chauliac ; mais tous les autres me parais-
sent appartenir à Paré.
corps : comme ( pour exemple ) en la
cuisse ou iambe, encores auec portion
de bois qui fust rompu par esclats ,
alors faudra que le chirurgien coupe
le bois au-dessus des esclats auec te-
nailles incisiues : puis qu’il lire ledit
fer avec tenailles dentelées, comme
tu peux connoistre par ceste figure L
1 J’ai eu à vaincre quelques difficultés pour
rétablir le texte de ce chapitre , et le dispo-
ser dans un ordre convenable; et il est né-
cessaire d’entrer à cet égard dans quelques
détails.
Dans toutes les éditions, à partir de celle
de 1552, le texte se suit couramment jus-
qu’au premier paragraphe de la colonne
précédente inclusivement; après quoi ve-
naient les figures. J’ai commencé par re-
placer les figures à la suite des portions du
texte qui se rapportent à chacune d’elles.
De ces figures, la première, ou cannule à
viz, existe dans toutes les éditions ; la deuxiè-
me, espèce de dilatatoire, et la troisième re-
I présentant des tenailles à viz, ne datent que
DES PLAYES
Hippocrates au cinquième des Epi-
demies , dit auoir osté le fer d'vne
sagette , six ans apres , estant près
l’aine1.
CHAPITRE XXI.
COMMENT IL FAVT PROCEDER POVR TIRER
LES FLECHES ROMPVES.
Mais si le fer est d’aduenture rompu
de telle sorte, qu’on ne le puisse pren-
dre auec les susdites tenailles , soit
de l’édition de 1552. En même temps que
les tenailles à vis, dont l’objet est le même
que celui des deux instruments précédents ,
cette édition de 1552, et après elle toutes les
autres , donnent la figure du bec de corbin
courbé, qui a une destination toute diffé-
rente. Je dois dire d’abord que cette déno-
mination ne me parait pas juste ; et il suffit
de comparer cet instrument, d’une part aux
deu x becs de corbin représentés aux pages 147
et 224 de ce volume, d’autre part au bec de
unie droit delà pagel48 pour être convaincu
qu’il mériterait bien mieux d’être appelé
bec de grue que bec de corbin. Toutefois il y
a vne telle confusion dans tous ces instru-
ments rostriformes , que plus d’une fois,
comme nous en voyons ici un exemple, on
donna à l’un le nom de l’autre ; et je n’ai
point voulu corriger le texte pour si peu de
chose.
Mais si j’avais laissé réunis le bec de cor-
bin et les tenailles à viz , je n’aurais su où
placer le paragraphe qui donne les signes
pour connoistre où est le fer. J’ai donc séparé
les deux instruments, entre lesquels se ca-
sait naturellement ce passage.
Le petit crochet qui vient ensuite est une
addition de l’édition de 1664; il était parfai-
tement à sa place, de même que le para-
graphe qui le suit et qui date de 1552.
1 Cette phrase jetée là sans liaison avec ce
qui précède et ce qui suit, se lit pour la
première fois dans l’édition de 1585.
’harqvebvses. 187
tiré , si possible est , auec le bec de
Grue ou de Corbin, ou autres instru-
mens propres, qui ont esté dépeints
cy deuant ‘.
Et si le fust est rompu si pi es du fer,
qu’on ne puisse auoir prise audit fer
ny au fust auec le bec de Grue, alors
faudra l’extraire auecques le Tire-
fond de liarquebuse : car s’il s’insère
dedans le plomb, à plus forte raison
il entrera bien dedans le bois. Pareil-
lement si le fer estoit barbelé, ainsi
que souuent est le fer des fléchés An-
gloises, lors, s’il est possible, le con-
uient pousser outre la partie avec un
instrument propre : car par ce moyen
l’oneuitera plus grand danger, pource
qu’en le tirant , les barbillons pour-
roient rompre tant les nerfs que les
veines, arteres, et autres parties Ce
que soingneusement on doit euiter.
Pour-ce est-il meilleur de faire vne
contr’ouuerlure de l’autre part à l’en-
droit du fer, et le mettre hors en pous-
sant outre, supposé qu’il y eust petite
espaisseur à inciser : car par ce moyen
et en moindre danger la playe qui
aura double issue, l’vne par deuant ,
et l’autre par derrière , se guérira
plustost, à raison qu’on y peut appli-
quer remedes d’une part et d’autre ,
et aussi qu’elle se mondifiera mieux.
Au contraire , si le fer ayant barbil-
1 Ce premier paragraphe se lisait déjà ,
sauf quelques légères différences, dans l’édi-
tion de 1545 : sa rédaction nouvelle est celle
de l’édition de 1552. J’observerai seulement
que ces deux éditions donnaient ici les figu-
res du bec de grue droit et du bec de corbin-,
et qu’à partir de celle de 1564 ces deux
figures ont été retranchées de ce chapitre
pour être reportées au chapitre 4 des Playes
d'harquebuses, parmi les instruments propres
à l’extraction des balles.
Tout le reste de ce chapitre se retrouve
également dans l’édition de 1545.
1 88
LE NEVFIÉME LIVRE
Ions estoit à l’endroit d’vn os , ou
inséré dedans , ce que souuent ad-
uient , au profond des muscles de la
cuisse, des bras, des iambes, ou d’au-
tres parties, esquelles y auroit grande
distance , lors ne le conuient pous-
ser : mais plustost dilater la playe,
en euitanl les nerfs et grands vais-
seaux, ainsi que fait le bon et expert
Chirurgien anatomique *.
Aussi faut deuëment appliquer vn
Dilatatoire cane en sa partie interne,
et faire de sorte, que l’on puisse pren-
dre les deux aisles du fer, puis auec
le bec de Grue le tenir ferme, et tirer
les trois ensemble , comme cestuy te
monstre.
Dilatatoire , qui a certaine cauilé au dedans,
auec vn bec de grue , tenant vn fer barbelé.
1 Pour opérer cetle dilatation , Guy de
Chauliac avait déjà décrit un instrument
que l’on trouve figuré dans l’édition de Ve-
nise de 1546 et dans le livre de Tagauit, et
qui représente absolument le lilhotome ca-
ché à deux lames et à tige droite. Je ne sais
comment Paré l’a passé sous silence, et sur-
tout comment il a oublié un autre instru-
ment qui paraît lui appartenir en propre,
CHAPITRE XXII.
CE QV’lL FAVT FAIRE SI LA FLECHE
EST IXSERÉE EN L’OS.
Or si le trait ou la fléché est inséré
dedans l’os , de façon qu’il ne puisse
et qui ne pouvait être mieux placé qu’en
cet endroit. C’est véritablement cette fois le
lithotome simple, seulement avec le tran-
chant concave au lieu de l’auoir convexe. Il
est figuré dans l’édition de 1564 , fol. 225,
avec ce titre :
Cousteau propre lorsqu'on veut couper grande
quantité de chair, lequel se cache dedans vue
chasse de fer, et s’ouure et ferme à viz comme
lu peux voir à l’œil.
Je l’ai retrouvé là , perdu parmi beau-
coup d’autres, sous ce titre commun : In-
struments de chirurgie , et je ne sache pas
qu’Ambroise Paré en ail reproduit la figure
dans aucune de ses autres éditions.
DES PLATES D HARQVEBVSES.
189
esfre osté en poussant outre, mais
bien en le tirant par le lieu où il est
entré, il le conuient esbranler et
mouuoir sagement, si d’auenlure il
tient fort : se donnant bien garde
que le fer ne rompe portion d’iceluy
demeurant dedans l’os : ce que pour-
ras faire par l’instrument nommé Bec
de Corbin, ou autres propres à ce,
cy deuant figurés. Quant-et-quant ne
faudras à exprimer le sang, le lais-
sant assez couler, prenant indication
de la vertu , à fin que la partie soit
deschargée et moins molestée d’in-
flammation , de pourriture, et d’autres
mauuais accidens *.
L’extraction faite et le premier
appareil, si la playe est simple, tu la
traiteras comme simple : mais s'il y a
complication , tu la cureras selon que
les disposilions seront compliquées.
Pour appaiser la douleur, tu pourras
appliquer auec grand profit oleum
catellorum de nostre description cy
deuant. Et pour suruenir aux autres
accidens , auras recours aux playes
en général, et à celles des harquebu-
sades 2.
1 Ce premier paragraphe manque dans
l’édition de 1545 et appartient à celle de
1552. Il constituait un chapitre à part dans
celle de 1564.
Il y a du reste une lacune louchant les
moyens connus au xvic siècle pour arracher
un trait fiché dans les os. Guy de Chauliac
avait déjà indiqué l’arbalète, dont on a fait
très gratuitement honneur à Tagault, et c’é-
tait ici le lieu de rappeler les tenailles de ma-
réchal avec lesquelles Paré lui-même avait
arraché le tronçon de lance enfoncé dans
la mâchoire supérieure du duc de Guise.
2 La première édition portait :
« El faull aux aullres accidents suruenir
selon la nature et exigence d'iceulx : ce qu’on
peult trowier en Guidon au Traicté des playes ,
et par toute la metliode de Galien : et aussi
CHAPITRE XXIII.
DES BLESSVRES ENVENIMÉES1.
Reste maintenant à entendre et con-
sidérer que ces playes sont quelques-
fois envenimées ( comme nous avons
dit) , et que cela prouient de la cause
primitiue des fléchés ainsi préparées
par l’ennemy. Ce que l’on peut con-
noistre, tant par le récit du patient ,
disant sentir grande et poignante
douleur, comme s’il eust esté mords
de mousches à miel (principalement
és venins chauds , desquels on vse
comme il a esté par cy deuant dict des playes
faicles par harquebuses , pource qu’elles sont
quasi semblables. Fol. 33, vers.
La nouvelle rédaction ne date que de 1575.
■ Ce chapitre n’est guère plus long que le
précédent dans les éditions complètes d'Am-
broise Paré. Après avoir mentionné les sca-
rifications, les ventouses et la succion, elles
ajoutent :
Se fera aussi attraction, application d'on-
gaens, cataplasmes , cmplastres , vésicatoires ,
cautères, epilhemes et autres choses qui seront
déclarées cy apres , parlant des morsures et
piqueures de besles veneneuses.
Les éditions de 1545 et 1552, mais surtout
celle de 1564, s’élendaient beaucoup au con-
traire sur le traitement des plaies enveni-
mées. Avant de décider si je reproduirais
ici le texte le plus complet, j’ai dû rechercher
avec soin si véritablement les passages re-
tranchés n’auraient pas été reportés au livre
des Venins auquel Paré renvoie; et je me suis
convaincu que si le livre des Venins a fait
en effet quelques emprunts au livre des
Playes de fleclies de l’édition de 1564, il est
loin cependant de l'avoir reproduit ni tex-
tuellement ni intégralement. En conséquen-
ce, j’ai suivi exactement pour ce chapitre
le texte de 1564, rejetant parmi les notes les
variantes de 1545, de 1552, et enfin celles
îqo LE NEVFIEME LIVRE,
plus soutient en tel cas ) 1 que par la
chair du vulneré , qui devient pâlie et
aucunement liuide, auec quelque ap-
parence de mortification. A quoy plu-
sieurs autres griefs et plus grands
accidens suruiennent, qui n'ont cous -
tume d’aduenir aux autres playes, où
n’y a point de vénénosité. Parquoy
du commencement ( apres auoir tiré
les choses estranges, si aucunes y
en a) faut faire des scarifications as-
sez profondes autour de la playe , y
appliquant ventouses auec grande
tlambe, à fin de faire attraction et va-
cuation de la matière virulente 2.
Pareillement est vne operation tres-
vtile et de merueilleux effet, faire
succer la playe par quelque personne,
des éditions complètes. Il en résulte que non
seulement ce chapitre sera beaucoup plus
long que celui des éditions complètes, mais
encore qu’il sera suivi d’un autre qui forme
le neuvième du livre des Playes de fléchés en
1564, et qui se trouvera naturellement ici le
vingt-quatrième.
1 L’édition de 1545 dit :
« Aussi que pour la tumeur, noyrceur, liui-
dité, et aultres plus yriefz, et plus grands ac-
cidens qu’il n’aduienl aux aultres playes qui ne
sont veneneuses. » Fol. 34 , rect.
2 L’édition de 1545 est ici fort laconique :
ainsi elle renferme dans les lignes suivantes
tout ce qui a rapport au traitement local
et général, à part le régime:
« Fault faire scarifications assés profondes
enuiron la playe, y appliquant ventouses,
et faisant vacuation de sang assés copieuse
pour attirer hors le venin : puis lauer la
playe cum decoclione radicum, lormentillœ ,
vcrbasci ( vulgo thapsi barbali ) , facta in vino
albo, ou aultres semblables remedes. Puis
fault applicquer dans la playe et aux parties
circunuoysines, theriae ou methridat.
» Pareillement luy en debues donner à
boyre vne drachme et demye, dissoult en
vin blanc, ou en eaues cordiales, le plustost
que faire se pourra, en luy appliquant sur
lequel ne sera à ieun , et qui premiè-
rement aura laué sa bouche auecques
vinaigre dedans lequel on aura fait
boüillir tormenlille , genest ou bouil-
lon blanc : ou en defTaut de ce re-
mede on se contentera de vin auquel
on aura dissout quelque portion de
theriaque. L’ablution de la bouche
faite, le succeur prendra de l’huile en
sabouche,et subitlareiettera.depeur
que le venin ne l’offense en quelque
sorte. Pour à quoi obuier d'avantage,
il faut prendre garde qu’il n’ait au-
cun vlcere en sa bouche : et qu’il laue
la playe , auant que la succer, d’eau
de vie, de vinaigre et theriaque dis-
sous ensemble , ou autres sembla-
bles i.
la région du coeur epithime semblable à ce-
luy qui auoit la gangrené, dont par cy de-
uant a esté escript. »
L’édition de 1552 est déjà beaucoup plus
étendue à cet égard , et on y retrouve une
grande partie du texte de 1564. Elle men-
tionne ici les scarifications, les ventouses et
les lotions, comme celle de 1545; mais elle
donne de plus les recettes suivantes qui ont
été ou supprimées ou modifiées depuis.
^.Thapsi barbali, tormentillæ, aristolochiæ
rotundæ, morsus diaboli, prassij, rutæ
ana m. s.
Coquantur in aqua salsa.
« Et en lieu desdictes choses soit pris oxy-
crat auec sel et peu de theriaque dissoulz et
cbaulfés ensemble, et en soit lauée et es-
tu née la playe : apres soit appliqué sur
ladicte playe tel vnguent. »
Suit la recette de l’onguent :
'if. Ceræ, picis nigræ, etc.
1 II esta remarquer que l’édition de 1545
ne fait aucune mention de la succion parla
bouche. Celle de 1552 en parle, non pas ici,
mais un peu plus loin ; après avoir rappelé
l’application recommandée par quelques uns,
DES PL A Y ES
On pourra aussi à ceste mesme fin
vser des remedes suiuans :
Onguent attractif de venin.
"if. Ceræ , picis nigræ , axungiæ veruecinæ ,
olei antiqui, ana quartanum j.
Galbani et ammoniaci, ana g. fi.
Theriac. et mitridat. ana §. ij. 6.
Fiat vnguentum vt decet.
En lieu de tel onguent sera fait tel
cataplasme.
Cataplasme attractif.
•if.. Cepas duas, summitalum ruthæ, p. ij.
Sinap. 5. ij.
Salis communis, 3. j. fi,.
Contundantur omnia cum modico fer-
mento et melle communi : fiat cata-
plasma addendo olei ruthacei § . fi .
A uire cataplasme qui a grande force d’attirer
le venin.
if. Ceparum contusarum , § . iij.
Sinapis § . j.
Salis communis g . fi .
Succi ruthæ g . j.
Stercoris columbini §. G.
Alliorum sub cineribus coctorum § . j. fi .
Slellis communis § . iiij.
Olei laurini quantum suflicit.
Fiat cataplasma ad formam pultis liquidæ.
Et soit appliqué assez chaud.
soit du cul, soit de la chair vive des pou-
lailles, l’auteur ajoutait :
Pareillement aucuns commandent succer
telles playes auec la bouche.
Ce n’est donc qu’à partir de 1564 que
Paré a pris sur lui de donner aussi ce con-
seil. J’ajouterai que dans l’édition de 1575
on lit seulement: Pareillement ladite attrac-
tion se fera par succer la playe ; et enfin la
rédaction de 1579, suivie dans toutes les édi-
tions postérieures, est moins exacte encore
que celle de 1564 ; la voici :
Pareillement ladite attraction se fera par
succer la playe, par condition que celuy qui
iucccra tienne vn peu d’huile en sa bouche , et
’hAROVEBVSES. lyi
Emplaslre à ceste fin.
if. Gummi ammoniaci, galbani, sagapeni,
opopan. assæ fæt. §.j.
Pulu. piperis, sulphuris viui ana §. vj.
Stercoris columbini g. fi.
Succorum calamitæ, mentastris etcordi,
ana g .j. fi.
Dissoluantur gummi cum aceto et aqua vitæ,
fiat emplastrum secundum artem.
Autre à ceste intention,
if. Fermenti acris § . ij.
Opopanacis et sagapeni in aceto et aqua
vini dissolutorum ana g. j.
Sulphuris viui ignem non experti , et
salis communis ana 3. fi.
Piperis rotundi puluerisati, et aristoloch.
ana g . ij.
Dictami et anagall. ana 3. fi.
Mellis communis, terebent. venetæ ana
quantum sufiicit.
Fiat medicamentum secundum artem.
Il faut aussi appliquer au-dessous
de la playe des vésicatoires '.
Autre cataplasme,
if. Nuces antiquas, 12.
Allia, lotidem.
Salis communis et salis gemmæ ana 3. j.
Incorporentur omnia cum melle : fiat cata-
plasma.
Telsmedicamensontnon seulement
faculté d’attirer et résoudre le venin,
n’aye aucune vlcere en icelle , de peur que le
venin succé et attiré ne s’y attache.
Au reste, la succion est déjà indiquée en
peu de mots par Guy de Chauliac, et dé-
crite parTagault avec toutes les précautions
recommandées ici.
Comparez avec ce qui est dit sur le même
sujet, livre des Venins, chap. 14.
1 Ce précepte, ainsi que les trois formules
qui le piécèdent, manque dans 1 édition
de 1552. Plusieurs de ces formules sont co-
piées de Guy de Chauliac et de Tagault, qui
sont vraiment les deux grandes sources où
Paré a puisé ce qu’il a dit des plaies em-
poisonnées et même des plaies de flèches.
LE NEVFIÉME LIVRE ,
19«2
mais aussi tiennent les léures de la
playe larges et ouuertes: ce qu’il faut
faire à fin que la matière veneneuse ait
issue. Car il ne faut vser de medica-
mens repercussifs sur la playe auant
qu’auoir osté la qualité du venin :
mais bien és parties circonuoisines,
principalement quand y a quelque
apparenced'inflannnation : aussi pour
empescher la fluxion et descente des
humeurs en la partie blessée.
Aucuns ont commandé aux mor-
sures et piqueures des bestes vene-
neuses prendre poulailles et autres
oiseaux, et leur plumer le cul , et y
mettre dedans vn grain de sel , et
l’appliquer sur la playe : puis leur
serrer le bec pour mieux tirer le ve-
nin. En pareil commandent appli-
quer petits animaux fendus tout vifs,
comme chiens, chats, poulailles,
aussi poulmons de bœuf, de veau, de
mouton, de porc, et autres : elles
appliquer tant dessus le mal que sus
les parties voisines >. Ce que sembla-
blement i’ay trouué raisonnable és
playes veneneuses faites par fléchés :
pour ce que tels remedes apaisent la
douleur, et resoluent le venin, et
confortent la partie.
Les cautères , principalement les
actuels, sont très -commodes pour
abattre la vertu du venin, à cause
qu’ils amortissent la force et la vertu
d’iceluy, et ne luy permettent de ga-
gner plus outre, ainsi qu’il sera dit
à la fin de ce liure. Tous lesquels re-
medes contre le venin se doiuent ap-
pliquer incontinent et dés l’heure (s’il
est possible, à fin qu’il n’ait temps de
penetrer au profond , et occuper les
parties nobles : car les remedes se-
roient autrement inutiles.
*11 n’est pas fait mention de poulmons
dans l’édition de 1552.
Il 11e faut oublier de faire ligature
au dessus de la playe , et qu’elle soit
assez serrée, à fin qu’elle tienne et
puisse empescher le venin de pene-
trer et monter aux parties internes ,
pour la compression des vaisseaux :
qu’elle ne soit aussi trop serrée, de
peur de stupéfier et faire perdre le
sentiment de la partie, qui par ce
moyen pourroit tourner en gangrené.
Aucuns disent auuoir fait ligature au
dessus des morsures et piqueures des-
dites bestes veneneuses, d’vn rameau
de genesl, ou d’vne lige de boüillon
blanc , et afferment le venin n’auoir
peu passer outre : ce que i’approuue.
La theriaque et le metridat appli-
qués seuls et mis plusieurs fois dans
la playe et parties voisines , ou dissous
auec eau de vie, apportent vne singu-
lière aide. Que si on en donne à boire
au nauré vne drachme et demie dis-
soute en vin blanc ou eaux cordiales,
et poudre de gentiane vne drachme et
demie, le plus tost que faire se pourra,
il en sentira grand allégement.
Ce fait , conuiendra procurer la
suppuration de la playe , le plus tost
qu’il sera possible, auec vn digestif
composé de moyeux d’œufs, d’huile
violât et terebenlhine de Venise : en
tous lesquels medicamens ne faut ob-
mettre d’adiouster vn peu de theria-
que. L’ayant suppurée, ilia faut mon-
difier auec vn tel mondificatif.
2f. Terebint. venetæ 5. iiij.
Mellis rosali 5 . j.
Olei rosali 5 . iij.
Pulueris radicis gentianæ, tonnent, aris-
tolocli. rotundæ, morsusctiabol.ana3.ij.
Aquæ vitæ parum.
Incorporentur omnia simul , fiat mundifi-
catiuum, ad usumdictum1.
1 Ce paragraphe manque dans l’édition
de 1552.
ORS PLATES D
D’auantage , luy sera appliqué sur
la région du cœur vn epitheme cor-
dial, duquel auras la description au
Traité de Gangrené.
L’indication de curer doit estre
prise de l’alteration du venin, qui
cause la douleur et autres accidents,
en changeant et muant vue quantité
contraire par vne autre contraire.
Exemple : si le patient sent vne vehe-
mente froidure à sa playe ou en tout
le corps, il faut vser de remedes
chauds : au contraire s’il sent grande
chaleur, on vsera de froids *.
Quant à l’ordonnance de son régi-
me , tout chirurgien bien entendu luy
ordonnera selon les six choses non
naturelles, contrariant toujours au
venin : comme s’il est chaud, faut
tendre à refroidir : et s’il est froid , au
contraire. Que si le venin agit par
propriété spécifique , on le domptera
par choses temperées, et qui soient
de facultés contraires audit venin.
CHAPITRE XXIV.
DES SIGNES DE LA OVALITÉ DES VENINS.
Les signes pour connoistre si le ve-
nin est chaud , sont , grande rougeur,
ardeur, el douleur poignante en la
'Ce paragraphe manque égalemenl dans
l’édition de 1662 ; quant à tout ce qui suit,
jusqu à la lin du livre, on le retrouvera
déjà intégralement dans cette édition et
même dans ce le de 1646, sauf quelques ino-
dilicatious fort légères , qui ne touchent ab-
solument qu’à la rédaction.
Le lecteur remarquera du reste que ces
deux derniers chapitres contenaient en ger-
me, pour ainsi dire, le livre des Venins , qui
ne fut composé que beaucoup plus tard.
HARQUEBVSES. 1 g3
partie, auec tumeur et couleur ten-
dante à liuidité.
Les signes du venin froid sont, stu-
peur ou endormissement , froidure et
inflammation molle à la partie bles-
sée : lesquels souuent sont présagés
de mort , quand il suruient vne sueur
froide , vne grande réfrigération des
extrémités, vn spasme et défaillance
d’esprit , la couleur se changeant en
verdeur , noirceur et liuidité. Car tels
signes apparoissans dénotent la mort
prochaine.
Les venins chauds sont cause de
mort , à raison qu’ils dissident la cha-
leur naturelle , el enflamment la
masse sanguinaire , en introduisant
chaleur estrange au cœur , et par
conséquent en toutes les parties du
corps, resoluans les esprits vitaux.
Les froids , à raison qu’ils conge-
lent la masse sanguinaire , et stupé-
fient les esprits.
Les autres besongnans par pro-
priété occulte, pourcequ’ils sont to-
talement contraires à la nature hu-
maine : et appliqués en si petite
quantité que l’on voudra , sont encore
nuisibles. Pourceste cause, Galien ia-
mais ne les permet mesler auec les
alexiteres el antidotes des venins.
Les cautères actuels appliqués au
commencement (comme a esté dit)
ont grande efficace conlre tous ve-
nins : pourcequ’ils dissipent, dessei-
chenl et consument, rnesines obton-
dent et amortissent la matière d’iceux
venins : mais si lesdits cautères es-
toient d’or, l’operation en seroit plus
exquise. Apres leur application, il
faut prétendre à la cheule de l’es-
carre , et poursuiure la curation,
comme il a esté dit au Traité des
playes faites par harquebuses.
l J
il.
LE DIXIEME LIVRE
TRAITANT DES
CONTVSIONS, COMBVSTIONS ET GANGRENES'.
CHAPITRE I.
DES DIFFERENCES DES CONTVSIONS ET
MEVRTRISSEVRES.
Maintenant nous traiterons des
Contusions et meurtrisseures , corn-
mencans par la définition de Contu-
sion : qui est, scion Galien (liure De
constitutione arlis), solution de con-
tinuité en chair ou os, faite par
baston ou ferrement gros et pesant ,
ou par cbeule de haut. Le symptôme
1 Ce livre est formé (le plusieurs parties,
qui n’ont pas toutes été publiées dans le
mcine temps. Les six premiers chapitres,
consacrés aux contusions , n’ont paru qu’en
1504 dans les Dix tiares de chirurgie, où ils
constituaient le livre quatrième. Les com-
bustions y étaient traitées dans le livre cin-
quième , et les gangrènes dans le livre sep-
tième ; mais déjà celte histoire des combus-
tions avait trouvé place , sous un titre
spécial, à la lin du Traité des play es d'hac-
quebutes de 1545; et le traité delà gangrène
y avait été ajouté dans l’édition de 1552.
Lors de la première édition des OEuvres
complètes, ce livre se trouva donc formé par
la réunion de ces trois opuscules , ayant des
dates si différentes, 1545, 1552, 1 5G4 , et il
subit peu de modifications dans l’édition de
1579. Mais en 1582 Paré ayant fait paraître
à part son Discours sur la Mumie , espèce
qui ensuit telle maladie, est meur-
trisseure, dite d’Hippocrates en la
section seconde du liure des Fractu-
res , Pdiosis ou Mclasma , c’est-à-
dire, noirceur ou liueur l. Ce qui se
fait en diuerses maniérés, selon le
sang qui tantost s’espand aux par-
ties intérieures , tantost aux cavités
profondes du corps, et quelquesfois
seulement aux parties extérieures2.
Or le sang s’espand dedans le corps,
quand pour exemple, quelqu’vn chet
du haut en bas d’vue breche : ou
d'amplification du dernier chapitre du livre
primitif des contusions, il rattache ce dis-
cours à tout le reste dans l’édition de 1585 ;
et c’esl ainsi qu’il a été reproduit dans toutes
les éditions posthumes.
J’ai cru devoir suivre en ce point les deux
premières éditions des OEuvres complètes,
et renvoyer en un aulre lieu le discours sur
la Mumie. Il n'est pas à la vérité sans quel-
que rapport avec l'histoire des contusions,
mais ce rapport est trop éloigné , et l’ordre
du discours s’en trouvait trop interrompu.
C’est plutôt une discussion de matière mé-
dicale que de chirurgie , et en conséquence
je l'ai renvoyée à la suite des Lim es des mé-
dicament cl des distillations.
1 Celte définition et ces citations ne datent
que de l’édition de 1579.
2 L’édition de 1504 porte :
Qui lunlosl s’espand aux parties intérieures ,
UES CONTVSIOlJiS, COAlBVSTiONS El GANGRENES. 1 QO
quand il a esté pressé sous quelque
grand et pesant fardeau , comme il
aduient és mines, ausquelles bien
souuent grande quantité de terre ou
de pierre tombent sur les soldats et
mineux : ou par vne extreme tension,
comme est celle de la gesne 1 : ou par
trop desordonnémeDt crier, au moyen
duquel excès quelque vaisseau des
poulinons se peut rompre. Pareille-
ment pour vne harquebusadé receuë
au trauers du corps, le sang peut sor-
tir des vaisseaux : vne partie duquel
se ielte par les selles et vrines, ainsi
que i’ay veu aduenir à plusieurs,
mesmement à défunt monsieur de
Martigues, qui au dernier siégé de
Hedin , voulant voir par dessus le
rempart de la muraille les ennemis
qui la sapoient au pied , fut frappé
d’vn coup de harquebuse au trauers
du corps : dont tost apres ietta le
sang par la bouche, par le siégé, et
la verge , qui fut cause de sa mort.
D’auantage le sang se peut espan-
dre dans le corps, pour estre frappé
de coups orbes, comme sont ceux de
baslou , de masse , de pierre, et pour
dire en vn mot , de toutes choses qui
peuuent contondre, meurtrir, et faire
sortir le sang hors des veines et artè-
res : qui à cause de ce sont pressées,
exprimées , rompues, et dilacerées :
mesme le plus souuent les parties
extérieures en sont aussi grandement
lantost au profond du corps , etc. — Celle de
1679 et les suivantes disent : laniosi s'espand
aux parties solides, lanlosl aux cauités profon-
des. La traduction latine n’a pas rendu ce
membre de phrase qui parle des parties so-
lides, et qui en elTet n’a pas de sens raison-
nable. J’ai cru en conséquence devoir suivre
le texte primitif.
1 L'édition de I6G4 écrit gelienne , ce qui
est mieux peut-être pour la valeur,du mol
qui signifie torture.
confuses et blessées avec playe : et
quelquesfois sans playe, de façon que
le cuir demeure tout entier, mais le
sang est espandu par les muscles, et
entre cuir et chair seulement : la-
quelle disposition a esté nommée des
anciens Ecchymosis , et particulière-
ment d’Hippocrates Nausiosis, 2. sect.
du liure des Fractures , pour autant
que les veines semblent vouloir com-
me vomir *.
Üonccontusion se fait, quand quel-
que grosse chose lourde et pesante
tombe sur vne partie, qui rompt la
chair, et où le sang prend son cours,
qui se nomme Effusion , et la chair
demeure entière : mais il est certain
que les petites veines sont rompues,
quand ce mal aduient. La Ruplion se
fait, quand les fibres des muscles sont
fort estendues, et souuent quelques
vnes se rompent, et de là s’ensuit
inflammation et aposteme2.
Suiuant la différence de ces con-
tusions, il nous faudra diuersifier la
curation d’icelles, ainsi que présente-
ment nous déclarerons.
CHAPITRE II.
DE LA CVRATION VNIVERSELLE DES
GRANDES ET ENORMES CONTVSIONS.
Le sang qui est découlé dedans le
corps, se doit euacuer sensiblement,
ou insensiblement. L’euacuation sen-
1 Cette citation d’Hippocrate se trouve
déjà dans l’édi lion de .679, mais placée par
mégarde à la fin du paragraphe suivant; la
traduction latine, qui a d’ailleurs beaucoup
resserré le texte de ce chapitre, avait remis
la citation à sa place, et elle a été imitée en
ce point par les éditions françaises posté-
rieures.
-Ce paragraphe a été intereallé ici en 1675.
lqo LE DIXIÉME LIVRE,
sible se fera , tant par saignées , ven-
touses, cornets auec scarifications,
et sangsues , que par médecines pro-
pres et dediées à telle chose , comme
sont les solutifs, moyennant que le
malade n’aye fiéure forte et conti-
nue i. On l’euacuera insensiblement
par potions resolutiues prouoquantes
la sueur, ou par bains , et par la ma-
niéré de diete tenuissinie 2. De la sai-
gnée nous auons texte exprès dans
Galien 3, où il dit Si quelqu’vn est
tombé de haut , encores qu’il n’eust
assez de sang, si est-ce qu’il luy en
faut tirer , pour obuier qu’il ne se
coagule et pourrisse au dedans, es-
tant hors de ses propres vaisseaux.
Parquoy ne faut que le Chirurgien
obmette à tirer du sang , selon la
grande vehemence du mal, et la plé-
nitude et forcedu malade. Cequ’ayant
1 Cette restriction manque dans les deux
éditions de 1564 et 1575.
2 Le texte a subi en cet endroit un re-
tranchement qui y laisse de l’obscurité dans
la plupart des éditions. Ainsi après ces mots
dicte tenuissime, les éditions de 1564 et 1575
ajoutent : Ce qui est approuuépar Hippocrates,
qui dit que si quelcun est tombé de liault , te
mesme inur ou le lendemain on luy doit bailler
vue médecine, ou vue saignée , non seulement
■nour purger l'humeur superflu , mais pour di-
uerlir qu'il ne tombe il la partie blessée. Sem-
blablement Galien dit, etc. — Une note mar-
ginale renvoyait pour Hippocrate au Liure
des fractures. L’édition de 1579 supprima
cette phrase, mais elle lisait sans ponctua-
tion : Par la maniéré de diete tenuissime de la
saignée nous tramions dans Galien, etc. ; et les
suivantes ont mis après la saignée le point (.)
qui doit être évidemment placé après le mot
tenuissime. La traduction latine l’a entendu
comme nous , et elle porte De plilebotomia
quidem aperia Galeni sententia est, etc.
3 Sur la sent. 62. de la 3. sect. du liu. De
articul. — A. 1’.
fait , luy doit donner à boire telle po-
tion *.
2 p. Rac. gent. 5. iij.
Bul. in oxycrat. in colat. diss. rhei elect.
3. j. Fiat potio.
Tels remedes resoluent, dissoluent,
et ieltent hors par le cracher le sang
caillé , s’il est és poulinons.
Puis l’envelopper en vne peau de
mouton recentement escorché,sur la-
quelle sera espandue de la poudre
de myrte, de nasturce, et du sel sub-
tilement puluerisé. On le posera puis
apres en sonlict, où estant bien cou-
uert , suera toui à son aise. Le lende-
main faudra oster la peau, et l’oindre
du liniment qui s'ensuit, lequel ap-
paise la douleur , et résout le sang
meurtri.
if. Vnguenti de althæa. § . vj.
Olei lumbric. camo. anethi ana §ij.
Tereb. Venet. § . iiij.
Farina; fcenugræci, rosar. rubr. pulueris.
pulu. myrt. ana n • j.
Fiat litus ad vsum dictum.
Pareillement on luy donnera à
boire de la potion subséquente, la-
quelle prouoque la sueur, et dissout
le sang coagulé dedans le corps.
■Jf. Ligni gaiaci § . viij.
Rad. enulæ campanæ, consolidæ maioris,
ireos Florenliæ , polipodij quercini
ana § . (5 .
Sem. corian. anisi ana 5- û.
Glycyrrbizæ g.ij.
Nepelæ, centaureæ , gariopb., cardui
bened. verbenæ ana m. 6 .
Aquæ fontanæ ft>. xij.
Omnia concassata infundantur per spatium
duodccim horarum, quæ omnia lento
igné secundnm artem coquantur ad
consumplionein mcdielatis.
1 L’édition de 1564 porte simplement :
Ce qu'ayant fait, luy doit donner à boire en
DES CONTVSIONS , CO.VIBVSTIONS ET GANGRENES.
Quand le malade aura pris le matin
demy septier de reste potion vn peu
tiede, se laissera suer une heure de-
dans le lict plus ou moins par cha-
cune fois, et continuera six ou sept
iours, selon qu’il en sera besoin. Si
c’estoit quelque pauure soldat qui ne
peust auo r telle commodité, il le
conuiendra mettre dans du Gent,
Penueloppant premièrement en vn
drap, et luy mettant vn peu de foin ,
ou de paille blanche , auant que l’en-
seuelir dans ledit fient iusqu’à la
gorge, et l’y tenir tant qu’on verra
qu’il aura assez sué : ce que i’ay fait
plusieurs fois.
On donnera pareillement au mala-
de quelques syrops à boire , qui sont
propres pour empescher la coagula-
tion et pourriture du sang , comme
syrops aceteux, de limons, ou de ace-
tosilate citri, la quantité d’vne once
dissout en eau de scabieuse ou de
chardon benist pour chacune fois.
Aussi doit-on donner promptement
ce potus, qui est propre pour garder
que le sang ne se coagule, et qui sem-
blablement conforte les parties in-
ternes.
2£. Rheu electi pulueris. 3. j.
Aquæ rubiæ maioris et plant, ana g.j.
Theriacæ 5. fi .
Syrupi de rosis siccis g . fi.
Fiat potus.
Lequel sera donné tout aussitost
que le malade sera tombé , et réitéré
poison d’oxicral, lequel empcsche la coagulation
du sang en l'estomac , ainsi que Galien le
conimande. Puis l'enuelopper, etc. — Celle de
1575 ajoute quelque chose :
Ce qu’ayant fait , liai doit donner à boire vn
posson doxicral tiede, lequel empesche tu
coagulation du sang en l'eslomach , ainsi que
Galien commande, ou telle potion , etc. Et
enfin l’oxycrat froid ou tiede a complètement
disparu dès l’édition de 1579.
•97
par quatre ou cinq matins. Ou en son
lieu on luy fera boire une drachme
de nature de baleine ‘, dissoute avec
eau de buglosse ou des eaux cv des-
sus escrites , auec vue once ou demie
de syrop de capill. Veneris. Apres
l’vsage de ladite potion, il conuiendra
faire prendre au malade par l’espace
de neuf iours au matin , deux heures
ou trois devant le past , de la poudre
qui s’ensuit , s’il est necessaire.
IL. Rub. torref. rad. rub. maioris, centaurij,
gentianæ,aristoloch. rotundæanag .6.
De laquelle en sera baillé pour cha-
cune fois vne drachme auec syrop
aceteux, et de l’eau de chardon be-
nist.
D’auantage l’eau de noix vertes ,
tirée en l’alambic et beuë, a grande
vertu de dissoudre le sang amassé et
coagulé.
On peut vser pareillement des bains
faits auec décoction de racine d ’ireos,
enulœ campanœ, oxalidis, fœniculi,
altheœ , osmondœ regalis, consolidée
maioris, seminis famugrœci , foliorum
suluiœ, maioranæ, florum camomillœ,
melil. et de leurs semblables.
Aussi les semences trouuées sous
le foin ont grande efûcace à ceste
même Gn.
Le bain en chaleur temperée a
ceste vtilité , qu’il lasche et raréfié le
cuir, fond et dissoult le sang grom-
melé , incise les humeurs visqueuses ,
addoucit les acres , et les tire du pro-
fond du corps iusqu’à la superGcie du
cuir, de façon qu’vne partie d’eux est
vuidée par sueur vniuerselle , vne
autre par cracher et moucher, si
d’aduenture l’affection est aux par-
ties supérieures : par le siégé et vrine,
si elle est aux inferieures. Les bains
t Traduction assez obscure de Sperma ceti.
LE DIXIÉME LIVRE ,
198
aussi sont profitables aux inflamma-
tions des poulmons, aux pleuretiques,
selon Hippocrates au troisième De
victu acutorum, et troisième liure
De morhis : mais c’est lorsque la fièure
est mitigée et adoucie : car lors ils
appaisent la douleur , et aident à
suppurer et ielter par les crachats
les superfluités contenues ausdites
parties Ils peuuent pareillement
suruenir à plusieurs autres disposi-
tions, moyennant qu’ils s.oient laits
deuèment apres les choses vniver-
selles. Car s’ils estoient administrés
deuant la saignée et purgation , ils
nuiroient grandement, à raison qu’ils
pourroient causer nouuelle fluxion
aux parties malades. Parquoy ie te
conseille d’vser lousiours du conseil
du docte et expert Médecin, s’il t’est
possible.
CHAPITRE III.
DE LA MANIERE DE TRAITER LES CONTV-
SIONS AVEC PLATE.
En toute grande contusion faut
premièrement saigner , ou purger, ou
faire tous les deux ensemble , tant
pour l’euacualion que pour la reuul-
sion. Ce qui est prouué par Hippo-
crates eu la seconde section De frac-
turis , où en la contusion du talon , il
donne purgation vomitoire dés le
mesmeiour , ou le lendemain pour le
plus tard 2.
1 L’édition de 1 5G4 dit simplement :
Les bains aussi soûl prouvables aux inflam-
mations des poulmons, auxpleurelitjues, pource
Hu’ilz appaisent la douleur , etc.
2 Ce paragraphe a été ajouté en 1579.
Puis si la contusion est auec playe,
il faut au commencement empesclier
la defluxion auec onguent de bolo ,
blancs d’œuf, de l’huile rosat , de
myrte, de la poudre de roses rou-
ges, d’alum , et mastic. Et au second
appareil , on vsera d’vn digestif fait
de iaune d’œuf et huile violât , auec
vn peu de terebenthine. On pourra
aussi mettre sur les parties voisines,
pour aider à suppurer, le cataplasme
qui s’ensuit.
2 Rad. al th . et lilior. ana § . iiij.
Folio, main, viola, scnecionis ana m. fi.
Coquant. complété ir. aqua communi, et
passentur per setaceum, addendo :
lîutyri recent, et olei viol, ana § . iij.
Farinæ volatilis quantum suflicit.
Fiat cataplasm. ad formam pultis salis li-
quidæ.
Ou autres semblables , en l’applica-
tion desquels auras esgard , pource
que s’ils sont indeuëment appliqués,
rendent les playes p'.ilegmoneuses ,
sordides et putrides.
Donc apres la suppuration faite ,
la playe sera mondifiée, et la chair
regenerée , puis conduite à cicatrice.
Toutesfois si la chair eontuse est
grandement dilacerée , et destituée
de sa chaleur naturelle, il en con-
uiendra faire amputation. Mais s’il y
a encores esperance qu’elle se puisse
agglutiner sans couper , elle sera
cousue comme la chose le requiert : et
ne seront les points d’aiguille tant
serrés, comme si c’esloit vne playe
simple sans contusion , pource que
telles playes s’enflamment et enflent:
qui seroil cause de dilacerer tout le
cuir auec la chair, et rompre les
points.
DES COIVTVSIONS , COMBV
CHAPITRE IV.
DES CONTVSIONS SANS PLAYE.
Or s’il n’y a playe qui appa roisse ,
et que le cuir demeure entier, les
parties de dessous demeurans contu-
ses, et qu'il y ait effusion de sang
sous le cuir : telle disposition (comme
nous auons dit) est nommée des an-
ciens Ec hymosis. Pour la curation de
laquellefaut tenir bon régime, iusques
à ce que les accidens soient passés.
Au commencement sera tiré du
sang de la partie opposite, s’il en est
besoin , tant pour l’euacuation , que
pour la reuulsion. Pareillement se-
ront faites des scarifications égalés
sur la contusion , et puis seront ap-
pliquées des ventouses ou cornets,
tant pour vuider le sang qui fait tu-
meur et tension à la partie , que pour
donner air à l’inflammation , de peur
qu’il ne se fosse gangrené, et autres
mauuais accidens. Aussi faut lascber
le ventre , comme on verra estre ne-
cessaire. Et pour les topiques et par-
ticuliers remedes, au commencement
fout vser de remedes forts et astrin-
gens 1 , principalement vn peu au
dessus du lieu sugillé. Hippocrates
commande que l’on commence à ban-
der sur la partie contuse, à fin de
resserrer les veines et arteres, pour
roborer la partie , et empescher la
deflnxion , et chasser le sang hors de
la partie blessée ; et appliquer en mé-
dicament , comme peut estre cestuy-
cy que i’ay en vsage ordinairement.
1 Les éditions de 15G4 à 1579 disent seu-
lement : Au commencement faut vser~d.es re-
medes forts et aslringens, à fin de reserrer les
veines et arteres, pour roborer la partie et em-
pescher la de/luxion, comme peut estre cesluy-
cy, etc.
'STIONS ET GANGRENES. 1 99
2f. Album, ouor. num. tria, olei myrti, et
ros. ana § . j.
Boli arm. sang. drac. ana § . 15 .
Nue. cupressi, gallarum, pul. alum. vsli
ana 3. ij.
Incorporentur omnia, addendo aceti parum,
et fiat medicam.
Puis apres on vsera de fomenta-
tions , cataplasmes , et emplastres ré-
solutifs J.
Ces deux descriptions d’emplastre
ont esté de long temps ordonnées
pour les Roys , Princes , et autres
grands Seigneurs suiuans la Cour,
lesquelles ont esté confirmées par les
premiers Médecins de Roy en Roy, en
sorte que quand quelqu’vn est con-
tus en nostre Cour, on a recours à
l’Apolicaire du Roy , à demander les
emplastres de la contusion ordon-
nés pour le Roy.
Ad nouas contusiones.
Tf. Boli arm. § . ij.
Terræ sigillalæ 5. j. 6.
Rosar. rubr. myrtill. ana 3. vj.
Nucis cupressi 3. ij.
Omnium sandalorum ana 3.j.
Nucis moscatæ 3. 15 .
Mast. styracis calain. ana 3. j. (5.
Ceræ nouæ. § . vj.
Picis naualis g . iij.
Tereb. quant, suflicit.
Fiat emplastrum.
Ad contusiones antiqttas.
if. Styracis calamitæ , labdani , benioin ,
ana 3. vj.
Mast. iridis ilor.,bacchurum lauri, cina-
momi, garyo. calami arom. ana3. j. 15 .
Ligni aloës, flor. cham. lauandulæ, nucis
moscatæ ana 3. 15 .
Moschi 3. j.
Ceræ nouæ 3. vj.
Resinæ 5 . ij.
Tereb. et olei ros. quantum suflicit.
Fiat emplastrum.
1 Le chapitre se termine ici dans les édi-
tions de 15G4 et 1575.
QOO
LE DIXIEME LIVRE ,
— Instrument appellé scarificateur < .
CHAPITRE Y.
DES MOYENS D’OBVIER AVX MENACES
DES GANGRENES OVI PEVVENT SV1VRE
LES CONTVSIONS.
Les grandes contusions sont dan-
gereuses : car par icelles suruiennent
aucunes fois gangrenés et mortifica-
tions : ce qu’Hippocrates déclaré ad-
uenir quand la partie est dure et fl-
uide, au second De fracturis Or
quand la partie est fort noire et liuide,
iusques à sembler qu’elle soit morte,
et sa chaleur presque esteinte, pour
la grande concrétion du sang deflué
en icelle, qui enapesche que l’esprit
vital ne puisse paruemr à la partie
pour l’entretenir en son estre , et
mesme esteint la chaleur naturelle de
ladite partie : on doit pour vuider, et
descharger la partie , appliquer les
ventouses ou cornets, ayant premiè-
rement scarifié la partie auec vn ra-
soir, lancettes ou tlammeltes1 2, ou
bien de l’instrument appelé Scarifica-
teur, que tu vois icy figuré , dedans
lequel sont insérées dix-huit roues
tranchantes comme vn rasoir, mar-
quées FFF, qu’on bande auec vn res-
sort marqué C , et sont desbandées
par vn autre marqué D : duquel lors
que voudras faire plusieurs scarifica-
tions pour vacuer le sang espandu
sous le cuir, tu t’en pourras aider plus
promptement et à moindre douleur ,
à raison que dix-huit incisions sont
aussi tost faites qu’vne seule.
1 Cette citation ne date que de 1579.
2 Dans l’édition de 1564 , on voyait ici
figurées les ventouses et les flanunettes. Ces
figures ont été reportées depuis au livre des
Operations, chapitre 48.
A Monstre le couuerclo.
R La Boistc.
Puis on doit fomenter ladite partie
de fort vinaigre , auquel on aura fait
bouillir radices raphani, ou de ser-
pentaria maior , Aron ou sig ilium Sa-
lomonis , auripigmentum , et autres
semblables : car telles choses acres
eschaulfent fort, discutent, resoluent
et attirent du profond à la superficie
le sang meurtri : desquels néant-
moins tu vseras par discrétion, de peur
d’attirer non seulement le sang qui
est hors des veines, mais aussi celuy
qui est contenu en icelles. Pareille-
ment n’en vseras qu’alors que la
fluxion sera du tout arrestée.
Aux petites meurtrisseures , que
nous connoissons quand la partie li-
uide est molle, selon Galien, sur le
second De fracturis : on appliquera
seulement de la cire vierge fondue
1 Celle figure avait paru d’abord dans la
Méthode de traiter les playes de la teste, 1561,
fol. 157.
QOl
DES CONTVSIONS, COMBVSTJONS ET GANGRENES.
auec de la poudre de cumin , et du
clou de girofle, et vn peu de racine de
sigillum Mariai, qui en tel cas a grande
puissance de degaster , et de promp-
tement résoudre toutes ecchymoses
et meurtrisseures. Aussi on peut ap-
pliquer de l’absynthe vn peu pistée et
chauffée sur une pelle de fer chaude,
et l'arrouser d’un peu de vin blanc ,
ou la faire fricasser dedans vne poille
auecques du vin, de l’huile de camo-
mille , vn peu de son de froment, et
de poudre de clou de girofle et mu-
guetle, y adioustant sur la lin un peu
d’eau de vie : puis la mettre entre
deux linges déliés, et l’appliquer as-
sez chaude sur la partie.
Pareillement l’emplastre qui s’en-
suit est fort résolutif du sang meurtri.
zt. Picis nigræ § . ij.
Gummi elemi § . j.
Styrac. liqnid. et tereb. comm. ana 3 . G .
Pulueris sulphuris viui §. j.
Liquéfiant simul , fiat emplast. extendatur
super alutam.
CHAPITRE VI.
MERVEILLEVX ACCIDENT OV1 VIENT AVX
CONTVSIONS FAITES SVR LES COSTES.
Quelquesfois par une grande con-
tusion la chair contuse deuientmue-
queuseet boursouflée, comme si on
l’auoit enflée de vent, la peau demeu-
rant entière : ce qui se voit principa-
lement sur les cosles1, et lors qu’on
1 Hip. au liu. des ^drticl. sert. 3 sent. 53
et 65. — A. P. — Dans l’édition de 1564 il
renvoyaitau livre des Fractures, ce qui était
une erreur manifeste ; au reste la citation
du livre des slrticles en cet endroit n’est
guère plus exacte. Hippocrate a parlé d’un
engorgement qui succède aux contusions et
comprime dessus auecques la main ,
on sent l’air qui se départ auec vn
petit sifflement, et y demeure l’im-
pression des doigts , comme aux Oe-
demes. Que si on n’y donne bon or-
dre, à raison que la chair n’est atta-
chée contre lesdifes costes , il s’y
amasse du pus , qui vient à occuper
l’espace vuide, et se fait alteration
des os, comme l’on voit aduenir le
plus souuent.
Pour la curation de ceste tumeur
mucqueuse, il faut comprimer et lier
la partie le plus fort que h* patient
pourra endurer : toutesfois en lui lais-
sant sa respiration libre le plus qu’il
sera possible, si c’est au Thorax. Puis
sera appliqué sur la partie vn em-
plastre d ’oxycrocetnn , ou diachylon
irealum, meslé auec l’emplastre de
meliloto, et fomentations resolutiues.
Or la cause de telle tumeur est vne
pituite glaireuse, qui se fait par faute
de bonne concoction en la partie , et
d’vn aliment à demy cuit : ainsi que
l’on voit souuentesfois la conionctiue
de l’œil par vne contusion s’enfler si
fort, qu’elle sort hors de la cauité de
l'œil: à cause que la vertu concoc-
trice de la partie est debile , pour rai-
son de l’intemperature immodérée ,
ou pour l’humeur qui y afflue, comme
l'on voit aux tumeurs œdemaliques.
Car de l’humeur aqueux et pituiteux,
par le moyen d’ vne chaleur imbecille,
s’excitent aisément des flatuosités, qui,
meslées parmy le reste de l’humeur,
font monstrer et paroistre la tumeur
aux fractures des côles , et qui peut en dé-
terminer la carie ; ce cas est assez rare , et
A. Paré l’a confondu avec l'emphysème qui
est bien plus commun , et que personne
n’avait décrit avant lui. Au reste, il revien-
dra ci-après sur ce sujet , au chapitre 10 du
livre des Fractures.
202
LE DIXIÉME LIVRE ,
plus graille et ondoyante, comme
explique Galien , liure G de Symptom.
causis A
CHAPITRE VII.
DIGRESSION DE L’AVTEVR TOVCHANT
l’vsage DE LA MVMIE2.
Et ne se faut esmerueiller si en ce
traité des contusions ie n’ay fait au-
cune mention de Mumie pour donner
à boire aux patients, comme font la
pluspart. le te puis asseurer que c’est
pour ce que l’on ne sçait à la vérité
que c’est , si ce n'est vue chair pourrie
d’hommes morts, de mauuais goust et
odeur, en laquelleie n’ay trouué nul
effet, fors qu’elle prouoque le vomis-
sement , et blesse fort 1 estomach :
pource ie n’en puis en conscience , et
n’en ose ordonner à personne qui soit.
CHAPITRE VIII.
DES COMBVSTIONS, BRVSLEVRES , ET
DIFFERENCES D’iCELLES 3.
Le feu est plus chaud selon les ma-
tières où il est imprimé : comme celuy
qui est au bois de chesne, est plus
1 Celte dernière phrase a été ajoutée
en 1579.
2 Je reproduis ici le chapitre primitif
comme on le lit dans les éditions de 1 504 et
1575. Dans celle de 1579 il est à peine mo-
difié ; mais auparavant , et comme suite du
chapitre précédent, l’auteur avait ajouté une
digression sur la Mumie qui occupait près
d’une page et demie in-folio. Comme cette
digression a ensuite été fondue dans le dis-
cours spécial de la Mumie , il était tout na-
turel de la supprimer. Voyez d’ailleurs la
note 1 de la page 194, et le Discours de là
Mumie à la suite du livre des Distillations.
3 Les trois chapitres qui suivent forment
chaud que celuy qui est au saule, ou
en la paille : celuy qui est au fer, est
plus chaud que celuy qui est en l’or :
celuy qui est en l’huile, plus que
celuy qui gist en l’eau, et ainsi des
autres matières. Mais le plus chaud
et plus subtil et mortel, est celuy du
ciel , qui vient par les foudres et ton-
nerres, et est le feu des feux A
Les brusleures faites par poudre à
canon, ou métaux, huile, eau, et
generalemenl toutes autres matières
qui bruslent , ne different qu’en la
seule quantité de la combustion.
Lesquelles tout subit impriment à la
partie vue douleur et chaleur es-
trange , qui retient la qualité du feu
(que les Grecs appellent Empy-
reuma) plus ou moins selon la nature
et qualité de la chose qui brusle,
et le temps qu’elle aura demeuré
sur la partie. Si la brusleure est su-
perficielle , il s’esleue des pustules
ou vessies , si on n’y preuoit : et si
la brusleure est profonde , il s’y fait
escarre ou crouste, qui est la chair
bruslée. L’action du feu faisant com-
bustion , laisse à la partie intempe-
rature chaude, qui condense, rétré-
cit, et espaissit le cuir, le rendant dur
et resserré, causant grande douleur,
comme auons dit : qui est cause d’at-
tirer les humeurs des parties pro-
chaines et lointaines, qui se conuer-
tissent en aquosités sereuses , qui
cherchans issue qui leur est deniée à
raison du cuir espaissipar le feu,esle-
uent ainsi que nous voyons la peau,
excitans vessies.
Et de ces différences sont prises iu-
le sujet du livre 5 de l’édition de 1564, et se
retrouvent déjà en partie dans celles de 1545
et 1552.
1 Ce premier paragraphe ne date que de
l'édition de 1585.
20.3
DES CONTVSIONS , COMBYSTIONS ET GANGRENES.
dications, dont on tire les remedes,
entre lesquels les vns ostent l’empy-
reume, qui est la chaleur estrange
imprimée en iaparliebruslée,et appai-
sent la douleur qu’elle excitoit. Les
autres enipeschent qu’il ne s’esleue
vessies Autres preuoient à la cure
des vlceres, en faisant premièrement
tomber l’escarre, mondifient, incar-
nent, et cicatrisent. Les remedes qui
ostent l’ardeur, douleur, et inflamma-
tion, sont de deux sortes. Les vns le
font par leur vertu réfrigérante, par
laquelle ils esteignent et amortissent
la chaleur estrange, et repoussent le
sang et les autres humeurs qui af-
fleuroient à la partie, à cause de la
douleur et inflammation. Les autres
sont de nature du tout contraires, à
sçauoir , chauds et attractifs, qui re-
laschent le cuir et ouurent les pores,
resoluent et consomment l’humidité
sereuse qui cause les vessies : et par
ce moyen appaisent la douleur et in-
flammation.
Exemple des refrigeralifs.
L’eau froide, eau de plantain, de morelle,
de iusquiame, de ciguë, et ius d’herbes
réfrigérantes, comme de pourpier, laitues,
plantain, ioubarbe, pauot, mandragore,
et autres semblables.
On en pourra semblablement faire
dt* composés.
Exemple.
blancs d’œufs battus, aussi eaux ou sucs, la
fange de chemin delayée en fort vinaigre,
l’alun de roche fondu en eau, en laquelle
seront battus blancs d’œufs: l’encre qu’on
escrit, meslée en oxycrat auec vn peu de
camphre, vnguenlum nutritum, populeum
recenlement faits, ou autres semblables.
Lesquels seront renouuellés sou-
tient au commencement , tant que
l'Empyreume et la douleur soient
appaisées.
D’auantage ne faut oublier d’appli-
quer lesdits remedes vn peu chauds,
parce que s’ils estoienl froids actuel-
lement, inciteroient douleur, et par
conséquent fluxion : ioint aussi que
leur vertu ne pourroit penetrer si fa-
cilement, et eslre réduits de puissance
en effet : et estans ainsi appliqués
sedent la douleur, prohibent l’in-
flammation et les vessies *.
CHAPITRE IX.
DES MEDICAMENS CHAVDS ET ATTRAC-
TIFS, OVI OSTENT LA DOVLEVR ET
INFLAMMATION 2.
Le feu tient le premier lieu aux pe-
tites brusleures. Quand on approche
1 Ce chapitre se retrouve en germe dans
l’édition de 1545 ; en voici.Ie texte, qui a été
à peu près exactement reproduit dans celles
de 1552 et 15G4.
« La cure des combustions faictes par pou-
dre à canon, metaulx, huiles, eaue, feu, ou
d’aultres matières, ne difl'cre qu’en la seullc
quantité de la combustion. L’action du feu
faisant combustion, laisse à la partie intem-
perature chaulde, condense le cuir le ren-
dant dur, cause grande douleur, qui est
cause de faire fluer les humeurs des parties
prochaines et loingtaines , les conuertissant
en aquosités sereuses excitant vessies : ainsi
par multiplication de cause, et accroisse-
ment de matière, s’augmente l’inflammation
non seulement neuf iours, comme disent
les vulgaires, mais quelques foys plus long-
temps, aulcunes foys moins, selon la diuer-
silé des corps, qui est tant que la douleur
soit sedée, et la fluxion cessée : et debuons
lors tendre nostre pouuoir à estaindre l’i—
gneité délaissée par l’action du feu imprimée
en la partie combuste. » — Après quoi il
passe de suite à son cataplasme d’oignons.
Cette opinion des vulgaires se retrouve éga-
lement combattue au chapitre suivant.
2 Tout ce chapitre se lisait déjà , et même
LE DIXIÈME LIVRE ,
!204
le lieu bruslé coutre vue chandelle,
ou chardon ardent, et le tient-on as-
sez longuement , on voit par expé-
rience que ceste chaleur attire à soy
ce que le feu auoit délaissé de sa qua-
lité, dont procedoit la douleur : et
est par ce moyen le vray alexitere
et contre-poison du mal qu'il auoit
fait.
Autre remede , c’est d’appliquer
subit oignons cruds, pilés avec un
peu de sel. Et est à noter, qu’il ne les
fau t appliquer s’il y auoit vlcere,par-ce
qu’ils causeroient douleur, et feroient
augmentation d’inflammation : ce qui
ne se fait où le cuir est demeuré entier
sans estre escorché , mais prohibent
qu’il ne se procrée bubes ou vessies :
et à celte occasion Hippocrates s’en
sert pour faire tomber les escarres. Et
quant aux parties circonuoisines, est
vlile y appliquer remedes refrige-
rans *. le sçay que plusieurs n’ayans
encores expérimenté ce remede des oi-
gnons, considéré leur qualité chaude,
contemneront l’application d'iceux,
voulans disputer les maladies estre
curées par leurs contraires, et que
combustion est faite par chaleur :
parquoy pour sa cure demande reme-
des froids. Tou tesfois s’ils veulent ouïr
la raison, ils comprendront.
L’ apparente probation de l’vtilité des
oignons au premier appareil des
combustions.
Les oignons, comme dit Galien, sont
chauds au quatrième degré: dont tant
avec plus d’étendue en 1545, 1552 et 1564.
Je noterai les choses retranchées.
1 L’édition de 1545 dit medicarnens froids,
rcpercussifz , et elle ajoute : comme vnguent
de lilharfje appellé nuirilnm , ou de bolo , ou
attitrés de semblable faculté. — L’édition de
1575 parle seulement de medicarnens réfri-
gérons , comme ceux desquels nous entons
parlé ry dessus.
s'en faut qu’ils contrarient aux com-
bustions, que plustost doiuent estre
cause de l'augmenter : parquoy n’y
peuuent commodément estre appli-
qués. Or nonobstant que telle raison
ait quelque apparence de probabilité,
loutesfois l’experience, raison, et au-
torité nous en demonstrent le con-
traire : ce que i’ay veu plusieurs fois
par expérience >.
Et par raison se peut prouuer, que
les oignons sont chauds potentielle-
ment, et actuellement humides : ainsi
par leur température chaude rari-
fient, et par leur humidité actuelle
relaxent le cuir : par ce moyen atti-
rent, consomment , tarissent, et sei-
chent l’humeur ja flué : ce faisant
prohibent les vessies : qui est aussi la
raison pourquoy il est bon, prompte-
ment qu’on est bruslé, d’approcher
la partie du feu 2.
1 L’édition de 1545 dit ici :
« Premièrement i’ai veu par expérience
lesdits oignons auoir fait merueilles : spécia-
lement lorsquepensay en Piedmonl plusieurs
souldards, lesquelz furent bruslés par vue
traynée de poudre à canon laquelle auoient
faicte les cnnemysà l’assaulldu chasleau de
Veillaine : et vous puis asseurer, que là ou
ie peux appliquer des oignons pilés en la
maniéré prescrite, n'y veint aulcunes vessies
ny pustules, comme feist es aultres, ausquel/.
ledit remede ne fut appliqué, (fol. 52, v.) »
L’édition de 1575 conserve encore ce passage;
mais celte première édition contient en outre
le conseil d’appliquer les oignons, tout sttbit
au premier appareil, et non plus.
u L’édition de 1545 contient ici un long
passage conservé encore dans celles de 1552
et 1564.
« Ce que me semble ne nous debuoir estre
plus admirable , que la consyderation des
bestes veneneuses, lesquelles pour la con-
trariété qu’elles ont auec nostre corps de
toute leur substance , par vne scullc mor-
sure , ou bien petit de leur saliue, en brief
temps nous ostent la vie : auquel péril n’a
200
DES CONTVSTONS , COMBVSTIONS ET GANGRENES.
Par autorité, Galien me persuade i
au cinquième liure des Simp'es ,
comme les maladies ne sont tousiours
gueries par contraires qualités, mais
aucunesfois par semblables : combien
que toute curation soit faite par con-
trariété, prenant contrariété large-
ment. Ce que manifestement appert
aux phlegmons, qui sont souuentes-
fois curés par medicamen ts résolutifs,
lesquels en euacuant la matière les
curent.
Parquoy i’ose conclure l’applica-
tion des oignons es re commode au
commencement des brusleures , non
toutesfois escorchées ou vlcerées.
Autres remedes pour prohiber les vessies
Prenez fiente de chenal toute recente, et
soit fricassée en huile de noix , ou huile
rosat, et soit appliquée sur le lieu bruslé.
Ilfautrenouueller cesremedes trois
ou quatre fois le iour, et la nuit, s’il
y a grande douleur.
Autre.
Prenez huile de noix, feuilles de sureau, ou
d’hiehles, cuites en ladite huile, et soient
pilées, y adioustant vn peu de sel , et ap-
pliqué comme dessus.
peu estre inuenté plus seur et meilleur rc-
mede, que prendre icelles bcstes, les piler
et appliquer au vulnere et lieu auquel ont
imprimé leur saliue virulente, qui sont cho-
ses assés occultes et quasi non subiectes à
raison. A celle cause nous estimons vn sou-
ucrain ayde pour les blessés du crocodile,
ou laisard, tosl apres appliquerau vulnere la
gresse dudict laisard ou crocodile. Sembla-
blement à ceulv qui ont esté mords ou pic—
qués d’vng vipere ou escorpion : icelles bes-
tes pilées et appliquées comme dict est, sont
pour scuuerain rernede. Ce que Galien nous
enseigne comme oracle delphic, en son lib-
ure de Theriach ad Pisonem. » Fol. 53.
' Ce titre était celui d’un chapitre spécial
dans l’édition de 1575, réuni au précédent
dans toutes les éditions postérieures.
Autre.
Prenez chaux esteinte, et lauée par six fois,
puluerisée, et incorporée auec onguent
rosat.
Autre.
Prenez fueilles de iarus, autrement vit de
chien, fueilles de sauge, pilées auec vn
peu de sel.
Autre.
Prenez colle des menuisiers , fondue en eau
chaude , en double vaisseau, et en ap-
pliquez auec vne plume sur la partie
bruslée.
Et si par ces remedes on ne peut
tant faire qu’il ne s’y face quelques
vessies , les faudra couper aussi tost
qu’elles seront esleuées : pource que
l’humeur retenu sous icelles acquiert
vne acrimonie qui corrode la chair,
qui cause vlceres caues. Ainsi par
multiplication de cause et accroisse-
ment de matière s’augmente l’inflam-
mation, non seulement neuf iours
(selon les vulgaires) mais quelques-
fois plus long temps , et aucune fois
moins, selon la diuersilé des corps, et
aussi tant que la douleur soit sedée,
et la fluxion arrestée.
Si I a brusleureestoit si grande qu’elle
eust fait escarre , on la fera tomber
par remedes remolliens et bu mec-
tans, comme axunges, huiles, beurre,
auec un peu d’onguent basilicum, ou
cest onguent.
"if.. Mucilag. psillij et cydoniorum ana g . iv.
Gummi tragacanti g. ij.
Exlrahantur cum aqua parielariæ, olei lilior.
§• U- fi-
Ceræ nouæ quantum sufT.
Fiat vnguentum molle.
Et sur les escorcheures ou vlceres
seront appliques remedes propres à
telles vlceres, lesquels n’auront nulle
acrimonie, comme mguenti albi ra-
sis camphorati , desiccatiuum rubeum ,
206
LE DIXIÉME LIVRE
onguent rosat auquel il n’y entrepoint
de vinaigre, ou nutritum, fait comme
eestuy '.
1 Toutes les formules qui précèdent ne da-
tent que de l’édition de 1575 ; celle de 1545
conseille bien encore l’onguent suivant, mais
dans d’autres circonstances. Voici son texte
suivi à peu de chose près par celles de 1552
et 1564.
« Parquoy i’ose conclure l’application des
oignons, comme il a esté predict, estre com-
mode au commancement des combustions:
mais au second appareil et aullres suiuans ne
les y fuult applicquer, mais est vtile pour os-
ter l’intemperature chaulde l’vnguent appellé
nutritum principalement dispensé en la for-
me qui s’ensuyt. »
Suit la formule de l’onguent ; puis il
ajoute :
« Et là ou ilTy auroit vessies, les fauldroit
incontinent couper, et sur les excoriations
vser de l’vngueot qui s’ensuyt. »
Alors vient la formule buiyri recentis ; puis
la suivante qui a été retranchée plus tard.
if. ülei vitellorum ouorum ^ . iij.
Olei de papauere 5 . ij.
Lithargyri auri, cerussæ, plumbi vsti et
loti, tuthiæ lolæ ana §.j.
Aquæ plantaginis et solani ana 3 . ij . û .
Vnguenti popul., albi rasis ana § . j. 6 .
Contundantur omnia simul in mortario
plumbeo , fiat linimentum vt decet.
Après quoi arrive la formule de l’Hôtel-
Dieu.
Il faut ajouter qu’à la suite de la formule
buiyri recentis, etc., l’édition de 1564 en
donnait une autre pour la même intention,
c’est-à-dire pour les brusleures excoriées.
if. Vnguenti albi rasis, camphorati et vn-
guenti ros. ana 3 . iij.
Malaxentur simul, fiat vnguentum.
Et enfin après la formule donnée plus haut
dans cette note : Olei vitellorum, etc. ; les
éditions de 1552 et 15G4 ajoutaient la ma-
nière de faire l'huile d’œufs, qui a été égale-
ment retranchée depuis.
« Ledit oleum ouorum se fait ainsi. Faut
'if. Lithargyri aurei 3 . iiij.
Olei rosali ^ . iij.
Olei de papauere § . ij.
Aquæ solani vel succi. et plantag. ana
0 - ij.
Vnguenti popul. 5. iiij.
Camphoræ 3. j.
Fiat vnguent. in mortario plumbeo secun-
dum artem.
Autre.
Prenez huile d’œufs battue en vn mortier de
plomb : aussi chaux viue lauée par neuf
fois, puis incorporée auec onguent rosat
ou beurre frais sans sel, et quelque nom-
bre de moyeux d’œufs durcis.
Ou ,
if. Butyri recentis sine sale vstulati et co-
lali §. vj.
Vitellorum ouorum iiij.
Cerusæ lolæ in aqua plantag. vel rosa-
rum 5.0.
Tuliæ similiter lolæ 3. iij.
Plumbi vsti et loti 3. ij.
Misceantur omnia simul, fiat linimentum vl
decet.
Et faudra augmenter ou diminuer
la desiccation de l’vlcere selon qu’ou
vex-ra estre besoin.
Autre.
if. Corticis sambuci viridis et olei rosati
ana H>. j.
Bulliant simul lento igné , postea colentur,
et adde
Olei ouorum 3 . iiij.
Pul. cerusæ et lutiæ præparatæ ana § . j.
Ceræ albæ quant, sufficit,
Fiat vnguentum molle secundum artem.
prendre 40 œufs fraiz, et les faire fort cuire
en eaüe , puis prendre les moyeufs et les
comminuer, et en apres les mettre cuire de-
dans vncpoille de terre vernisée ou plombée,
et les tenir sur vn petit feu iusques à ce que
l’on voirra qu’ilz se conuertissenl en humi-
dité : puis les faut mettre en vne presse, et
les espraindre comme l'on fait l’huile d’a-
mandes. Cesle huile sede à merueille les
douleurs, et deterge médiocrement. »
DI S CONTYHONS , CüMBVSTlONS ET GANGRENES,
Autre pour le visage 1 2 .
Il faut prendre de la pommade g . ij.
Mucilage de psyllion tiré en eau rose g . j.
Camphre 3 . j.
Sperme de baleine 3.ij.
Et soit fait onguent.
S’il y auoit vne grande chaleur et
douleur, on prendra suc de iusquiame,
ioubarde, ciguë, fueille de nénuphar,
de chacun tant qu’il sera besoin ,
beurre frais, ou huile rosat : puis in-
corporez le tout dans une escuelle sur
vn rechaut : et soit appliqué sur la
brusleure, et renouuellé souuent.
Onguent pour les taches des grains de poudre
à canon.
IL. Vnguenti citrini recenter dispcnsati § .ij.
Olei rosati g . G.
Incorporentur, et fiat linimentum.
Autre qui a vertu d’appaiser la douleur.
Prenez moyeufs d’oeufs cinq ou six, et soient
incorporés auec mucilages de semence de
lin , de psyllium et de coings, et renou-
uellés souuent.
Autre.
if.. Mucagin. sem.lini, psyllij et cydonio.
extract, in aqua rosa. vel communi, ad-
dendo camph. parum.
Et à fin que ce remede ne se desei-
che trop subitement , faut adiouster
vn peu d’huile rosat.
Autre , dont les Dames de V Hoslel-Dieu de
Paris vsent aux brusleures 3.
"if. Lardi conscissi per frusta ü>. j.
Liquéfiât in aqua rosar. deinde coleturper
rarum linteum, et frigidum lauetur
1 Celte formule, avec celle qui suit, et l'o«-
guent pour les taches ont été ajoutés en 1585.
2 Celle formule n’a pas toujours porté le
même titre. En 1545 et 1552 l'auteur disait
seulement : Pareillement plusieurs approuuent
pour singulier remede cestuy, lequel ay cogneu
tel par expérience.
En 1564 il mettait en marge : Singulier
2Cÿ
quater cum aqua iusquiam. vel allerius
generis eiusdem, deinde cum eo incor-
porentur vitelli ouorum recent. num.
viij. fiat vnguentum *.
Lorsqu’il y a grande douleur, comme
aduient tousiours à telles vlceres ,
l’on doit mettre dessus de la toile de
crespe, afin que lorsqu’on lesessuye,
on ne les touche à nud : et au trauers
remede pour les combustions. Duquel on vse
ordinairement à l' Hoslel-Dieu de Paris. Cette
noie fut retranchée en 1575, et ce n’est qu’à
partir de 1579 que la formule a été annoncée
sous le titre qu’on lit encore aujourd’hui.
1 Toute la fin de ce chapitre manque dans
les éditions de 1545, 1552 et 1564; mais en
revanche après cette formule elles donnent
des détails qui manquent dans toutes les au-
tres : voici le texte de celle de 1 545, fol. 55 :
« Duquel fault estandre sur vn linge et
l’appliquer sur la combustion vlcerée, con-
syderant diligemment si ledictvlcere est pu-
rulent et sordide; car lors nécessité seroit y
adiousterpouldresdes mineraulx ingrédients
es susdictz vngucnts. Quant à la quantité ie
ne la puis descripre sans estre taxé auec
ceulx que Galien dict chausser toutes per-
sonnes sur vne seule forme : donc ie laisse
la quantité d’icelles pouldres à la prudente
coniecture du chirurgien, bien congnoissant
que la quantité des médicaments ne se peull
rationnellement descripre : tant pour la di-
uersité des dispositions que des températu-
res des corps et parties d’iceulx : ny aussi le
temps de l’application, comme plusieurs foys
a esté dict. Gai. au 9 . Des simples, appreuue
appliquer de l’ancre (duquel on escripl) aux
vlceres faictes par combustion , dequoy es-
tant à la guerre, me faisoit grand estime vn
chirurgien, me certifiant l’auoirexperimenté
et en auoir faict de belles cures : et tenoit
ledict ancre pour vn grand secret, toutes foys
ie ne l’experimenlay iumais. »
Les mots en italique ont été retranchés dès
l’édition de 1552.
Immédiatement après ce passage, les trois
petites éditions en contenaient vn autre qui
dans les éditions complètes a été reporté, au
moins quant au sens, au chapitre suivant;
2o8 LE DIXIÉME livre
de la dite toile crespe la sanie sort li-
brement, elles remedes y entrent pa-
reillement : ce faisant le malade est
grandement soulagé de la douleur, à
cause qu’en essuyant la sanie on ne
touche à nud l’vlcere.
D’auantage faut bien garder, que
si les brusleures sont faites aux pal-
pebres , ou aux léures, ou entre les
doigts, ou à la gorge, ou sous les ais-
selles , ou aux jarrets , ou au ply des
bras, qu’icelles parties ne se ioignent
les vnes contre les autres : partant on
y pouruoira eu bien situant les par-
mais comme la rédaction diffère notable-
ment, je vais la reproduire ici d’après l’édi-
tion primitive de 1545.
» Et là ou il seroit besoing de deterger, faul-
dra vser des detersifz subséquents en y ap-
pliquant aulcune des pouldres ingredienles,
escriples aux susdicts vnguents des com-
bustions.
2 ç.. Syrupi rosati vnc. iiij.
Terebint. lotæ in aqua hordei vnc. iij.
Aloes lotæ drachm. ij.
Farinæ hordei vnc. semis.
Incorporentur omnia simul et fiat mundifi-
catiuum.
» Ce faict, si on voit que Nature tende à
cicatriser l’vlcere, le tault lauer d’caue de
plantaing,en laquelle on aura l'ait boull ir vn
petit d’alun : ou on prendra de l’caue , en
laquelle aura trempé chaux, qui auparauant
seroit lauéc par huict foys : puis y faire cuire
corlic. granat. cum alumine rocliœ : la quan-
tité sera selon le iugement du chirurgien.
Apres l’ablution fault appliquer telle pou-
dre cicatrisante.
^.Tutiæ præparatæ, litharg. auri, cerussæ,
gallarum combustar. et lotarurn ana
vnc. vnam :
« De laquelle cri soit mys sur l’vlcere pour
cicatriser. »
Après ceci, l’édition de 1545 passait de
suite à l’histoire des combustions profondes
qui fait l’objet du chapitre suivant ; mais
lies bruslées, et mettant tousiours
quelques linges entre deux >.
le ne veux icy mettre en arriéré ,
que la poudre à canon enflammée
pénétré en la chair, sans quelquesfois
vlcerer le cuir : ce qui aduient pour
sa tenuité et subtilité. Elle demeure
de telle façon au profond d’icelle
chair, qu’elle n’en peut aucunement
estre ostée : en sorte qu’ayant essayé
à l’en tirer par tous les moyens qu’il
m’a esté possible , comme auec vé-
sicatoires , scarifications et cornets
appliqués dessus , ce neantmoins la
teinture et marque d’icelle y est de-
meurée, tout ainsi que l’on voit les
caractères ou lettres qu’on a fait aux
esclaues y demeurer à iamais , quel-
que chose qu’on y puisse faire.
CHAPITRE X.
VNE PROFONDE lîltVSLEVRE N’EST TANT
DOVI.OVREVSE QV’VNE SVPERF1CIELLE.
D’auantage vue profonde brus-
leure, ayant fait escarre dure, n’est
celles de 1542 et 1604 ajoutaient d’abord un
paragraphe qui a été retranché dans les
OEuvres complètes; le voici :
« Lon pourra aussi vser a mesme effect et
intention, de squarnmu Jerri, squumma ceris,
plomb bruslé, coquilles ou testz de poissons,
noix de galles non meures, cscorces de gre-
nades bruslées : lesquelles deseichent gran-
dement, et sans mordicalion font cicatri-
ces , ainsi que l’escrit maistre Jacques
Hollier, docteur en medecine , en ses liures
de la Matière de chirurgie , lesquelz il a
composé au grant prolüt et vsage de tous
chirurgiens. »
Ne serait-ce pas à cause de cet éloge exa-
géré que l’aré a supprimé ce passage !’
1 Ici finit le chapitre en 1575. Le paragra-
phe qui suit date de 1679.
DES CONT VSIONS , COMBVSTIONS ET GANGRENES,
tant douloureuse connue vne qui est
superficielle : ce que l’experience quo-
tidiane monstre en ceux qui sont cau-
térisés : car lost apres la cautérisation
ne sentent que bien petite douleur, à
raison qu’icclle grande combustion
oste le sentiment, en bruslant et mor-
tifiant les parties sensibles 1 , comme
nous auons dit cy dessus parlans des
1 L’édition de 1545 ajoutait ici même une
liistoire assez intéressante, qui lut reproduite
avec plus de details par les éditions de 1552
cl 1564, et qui a été retranchée, je ne sais
pourquoi , des éditions complètes. Je don-
nerai ici le texte de 1 54 5 , mais en ajoutant
en italique les passages qui ont été. ajoutés
dans l’édition de 1552.
« Ce que souuentes foys i’ay veu , encores
n’agueres en vn enfant aagé de dix ans ou
enuiron, qui auoit esté Irouué en vn bois tout
congelé sans aucun mouuement ny parolle ,
ayant seulement vn bien peu de respiration : et
apporté dudit bois fut mis près d’vn feu, ou fut
en telle sorte réchauffé que la plus grande
partie d’vne de ses jambes fut bruslée, ius-
ques auprès des os : ou plusieurs voyans la
iambe estre si grandement bruslée, ioinct
qu’à l’endroict de la combustion , l’eschare
estoit si grosse et si dure qu’elle rendoit la
partie sans aulcun sentiment , osoyent con-
clure pour le plus expédient la luy extirper.
A quoy ie fuz appelle, ou. tout subit la sca-
riliay de plusieurs incisions assés profondes,
et dessus applicquay beurre sans sel , auec
huile rosat, et moyeufz d'œufz en bonne
quantité pour faire tomber les eschares :
et au-dessus du genouil iemis vngueulum con-
trition unec compresses et bandes trempées en
oxycrat, lesquelles ie renouuellois soutient : à
fin de prohiber et empesclter la fluxion des hu-
meurs qui se faisaient par le moyen de la dou-
leur. Apres l’eschare cliente , f appliquai/ vn-
guentum album rhasis, populeon, meslez en
esgulle portion et baluzen vn mortier de plomb.
Aux blancs d’œufs pour osier ta douleur : la-
quelle cessée , augmentay mon remede de mé-
dicaments seichuntz sans acrimonie, qui estoient
bol armene, poudre de chaisne poitrry, tuthie,
et aucuns autres cy deuant déclarez : lesquelz
209
playes des parties nerueuses , et de la
douleur des dents. Et à telles escarres
sera fait des scarifications, tqnt et si
profondes qu’on aille à la chair viue,
à fin de donner transpiration aux hu-
meurs , et place aux medicamens re-
mollitif's pour plustost faire tomber
l’escarre : et apres on appliquera re-
mèdes detersifs ctgeneratifs de chair,
ie continuay itisques à temps que l’vlcere fust
plein et prest à cicatriser. Puis lauay par plu-
sieurs foys ledit vlcere auec eaue de chaux ,
vsant apres l’ablution de la poudre cicatrisante
cidessus descripte, eu sorte que l’enfant fut
parfaittement guery. »
Au lieu de ce dernier passage, l’édition
de 1545 disait seulement: Lesquelles clientes
(les eschares) ie vsuy des medicamentz pre-
diclz, sçuuoir est repercussifz , delersifz, sar-
coliques , et cicatrisalifz, chacun en son temps
et ordre: ainsi fut l’enfant guéri parfaitement .
Le livre des combustions se termine ici
dans les éditions de 1552 et 1564 ; mais com-
me c’était le dernier des opuscules dont se
compose l’édition de 1545, l'histoire de l’en-
fant brûlé y est suivie de réflexions sur ie
devoir du chirurgien de ne jamais abandon-
ner un malade même en apparence déses-
péré. Ces réflexions au reste n’ont point été
perdues ; dans l’édition de 1 552 elles se trou-
vent à la lin du traité des gangrènes qui es t
le dernier de l’ouvrage; elles ont été con-
servées à celte même place en 1564 , et en-
fin il en est resté dans les éditions complètes
un paragraphe que l’on trouvera au der-
nier chapitre de ce 10e livre, et qui com-
mence par ces mots . Parquoy faut que le
ieune chirurgien , etc. On comprend qu’un
pareil texte appelait naturellement le récit
des cures les plus merveilleuses de l’auteur;
aussi il n’y manque pas , du moins dans les
trois petites éditions: car dans les OEuvrcs
complètes toutes les histoires ont été épar-
pillées dans ces livres et les chapitres aux-
quels elles se rapportaient. Voyez du reste
à la fin de ce 10e livre la note de la page 258,
où j’ai noté les différences que présentent
pour cette espèce d’épilogue les trois petites
éditions.
14
II.
210
LE DIXIEME LIVRE ,
adioustant aux susdits onguens qu’a-
uons parlé cy dessus , des poudres
minérales.
Et quanta la quantité, ie ne la puis
descrire sans estre taxé auec ceux
que Galien dit chausser toutes per-
sonnes à vne l'orme : dont ie laisse la
quantité d’icelles poudres à la pru-
dente conieclure du Chirurgien, con-
noissant bien que la quantité des me-
dicamens ne se peut rationnellement
descrire (non plus qu’vn peintre la
meslange de ses couleurs) tant pour
la diuersilé des dispositions, que des
corps et des parlies d’iceux, et aussi
selon la variété des accidens , et au-
tres choses qu’auons cy deuant dit ,
parlans des indications. Et apres que
Nature aura rempli de chair l’vlcere,
on vsera de medicainens cicatrisatifs,
qui ont vertu de faire le cuir *.
Or la cicatrice des brusleures
demeure souuent laide et raboteuse :
paiquoy sera applanie ( et principa-
lement aux mains et à la face) par
lés remedes escrils au Traité de la
Peste , chapitre trente-huitième.
La brusleure faite par le tonnerre
doit estre traitée comme celles qui
sont faites par la poudre à canon
CHAPITRE XI.
DES GANGRENES ET MORTIFICATIONS 2.
En tonies les playes et solutions de
continuité (desquelles i’ay parlé cy
1 On reconnaît dans ce paragraphe quel-
ques unes des idées déjà publiées en 1545,
et dont on retrouvera le texte dans les notes
précédentes.
La phrase qui suit touchant la laideur des
cicatrices date seulement de 1575, et le der-
nier paragraphe sur la brûlure faite par le
tonnerre n’a été ajouté qu’en 1585.
3 L’histoire de la gangrène avait été traitée
dessus) suruiennent le plus souuent
grands et griefs accidens, tant pour
l’inaduei tance du Chirurgien, que par
les fautes qui viennent aussi bien du
patient que des autres choses exté-
rieures , ou pour la grandeur de la
maladie : et principalement entre au-
tres accidens aduiennent gangrené et
mortification, qui sont de très grande
importance et péril de la vie , si dili-
gemment on n’y remedie. Partant
m’a semblé bon escrire desdites Gan-
grené et mortification , et ce pour
deux raisons : l’vne est, que lesdiles
gangrené et mortification donnent
plus de mal, tant aux Chirurgiens
qu’aux patiens, que les maladies aus
quelles elles suruiennent : au moyen
dequoy faut délaisser la propre cure,
pour obuier à leur fureur et mali-
gnité. L’autre raison est , que i’ay
desja déclaré par cy deuant vne par-
tie des causes desdites gangrenés et
mortifications : toutesfois de toutes
i’en ay voulu escrire amplement , et
de leur curation , à fin qu’vn chacun
puisse auoir entière connoiss.mce de
les curer ainsi qu’il appartient. le
commenceray donc à la définition,
puis le declareray les causes, leurs si
gnes, prognostic, et consequemment
la curation que ie donnerayà enten-
dre par exemple et démonstration fa-
milière.
Gangrené est vne disposition , qui
tend à mortification de la partie bles-
pour la première fois par A. Paré en 1552, à
la tin de la seconde édition des Playes d’hac-
quebuies , sous ce titre : Truicté des causes,
siynes, prognostique , et curation de gangrené
et mortification II en avait fait ensuite le
7e livre de son édition de 1664, qu’il a enfin
réuni aux livres des Contusions et des Conty
basions dans ses OEuvres complètes II y a
entre ces diverses reproductions de notables
variantes que je noterai avec soin.
DES CONTVSIONS , COMBYSTIONS ET GANGRENES.
21 1
sée, qui n’est encores morte ne pri-
uée (le tout sentiment, mais elle se
meurt peu à peu, en sorte que si bien
tost on n’y donne ordre, elle se mor-
tifiera du tout, voire iusques aux os1:
qui alors est appelée des Grecs Spha-
celos ou Necrosis , des Latins Syde-
ratio , et Esthiomenos selon les mo-
dernes2, et des vulgaires le Feu saint
Anthoine 3, ou saint Marcel 4.
CHAPITRE XII.
UES CAVSES GENERALES DE GANGRENE.
t
La cause première et generale de
Gangrené, est quand par la dissolu-
1 Galien au 2. à Glaucon. — A. P.
- L’édition de 1552. copiée encore par celle
de 1575, portail en cet endroit : selon les Ara-
bes et les modernes.
3 Ce nom de feu S. Antoine a été donné à
des affections fort diverses. J’en retrouve la
première mention dans les chroniques de
Grégoire de Tours. La cinquième année du
règne de Childebert II , il y eut en divers
endroits des inondations qui causèrent de
grands ravages ; il s’ensuivit une espèce de
dyssenterie qui se répandit dans presque
toute la Gaule. « Ceux qui en étaient atta-
qués, dit le chroniqueur, étaient tourmentés
d’une fièvre violente accompagnée de vo-
missements; ils éprouvaient une grande
douleur de reins et une pesanteur de tète
accablante. Ce qu’on rendait par la bouche
était jaune ou verdâtre ; bien des personnes
pensaient que c'était un poison secret, et le
vulgaire l’appelait le Jeu S. Antoine. »
Cette dénomination a été également ap-
pliquée à d’autres épidémies; et on voit
qu’elle a dû faire bien du chemin pour ar-
river à la simple gangrène.
4 Ce paragraphe constituait le chapitre 2
du livre dans l’édition de 15G4; il formait
encore un chapitre particulier en 1575, c’est
en 1571) qu’il a été réuni au premier.
lion de l’harmonie ou température
des quatre qualités , vne partie ne
peut receuoir les vertus ou esprits
qui la maintiennent et conseruent en
son estre : à sçauoir l’esprit naturel
procédant du foye, porté par les vei-
nes pour lui donner nourriture : sem-
blablement l’esprit vital , enuoyé du
cœur par les artere pour la viuifier:
aussi l’esprit animal enuoyé du cer-
neau par les nerfs pour bailler sen-
timent et mouuement : lesquels es-
prits receus en la partie , conseruent
et restaurent l’estre et température
de ladite partie en son entier. Et au
contraire, si par quelque empesche-
ment ne sont communiqués à icelle
partie, faut qu’elle soit corrompue et
gastée , et son mouuement depraué :
qui est la cause principale desdites
gangrené et mortification : laquelle
aussi prouient d’autres causes spé-
ciales et particulières cy apres dé-
clarées.
CHAPITRE XIII.
DES CAVSES PARTICVLIERES DES
GANGRENES.
Les causes spéciales sont prirrîti-
ues, ou antecedentes.
Les primiliues et externes sont :
Combustions (par le moyen desquel-
les suruiennent grandes inflamma-
tions ) faites actuellement, ou poten-
tiellement : Actuellement , comme
bruslures causées par feu, huile, eau,
poudre à canon , ou semblables : Po-
tentiellement, par application de me-
dicamens acres , comme sublimé, vi-
triol, cautères potentiels, ou autres:
Perfrigerations ou grandes morfon-
dures faites par l ait qui nous euui-
212
LE DIXIÉME LIVRE,
ronne , ou par indue application des
remedes froids et stupefactifs :
Fractures, luxations, grandes con-
tusions ou meurtrisseures, fortes liga-
tures, morsures de bestes veneneuses,
ou autres non veneneuses, piqueures
de nerfs ou tendons , playes faites es
parties nerueuses, comme és iointures
ou près d’icelles : ou faites és corps
pléthoriques et cacochymes. Autres
playes esquelles les vaisseaux qui
apportent la vie , sont du tout tran-
chés ou en partie, dont à aucuns s’en-
suit ce que les Grecs appellent Ane-
urisme : et autres causes , lesquelles
ie laisse pour briefueté.
CHAPITRE XI Y.
DES CAVSES ANTECEDENTES DE
GANGRENE.
Les causes anlecedentes ou inter-
nes sont grandes fluxions d'humeurs
chaudes ou froides, qui tombent sur
vne partie en plus grande quantité
qu’elle ne peut altérer, digerer et ré-
gir par ses facultés, en sorte que telles
fluxions suffoquent et esteignent la
chaleur naturelle et les esprits, par
faute de transpiration. Car pour la
petite et estroite espace du lieu, les
arteres ne peuuent auoir leurs mou-
uemens naturels ‘.Outre plus. Galien
dit qu’aucunes fois l’inflammation
commence aux os : ce qui nous est
1 L’cdition de 1552 suivie encore parcelle
de 1575 ajoute :
Qui sont diastole, c'est-à-dire dilatation par
laquelle est attiré l'air extérieur : et systole,
qui est contraction par laquelle les cxcremens
fuligineux sont ietlez hors par les pores ou pe-
tits conduits de ladite partie.
auiourd’huy bien manifeste ‘ : ce que
mesme dit Hippocrates en la senten-
ce 2. du 2. des Epidémies2. Et non'seule-
menl inflammation simple, mais carie
et corruption desdits os, principale-
ment aux verolés, et elephantiques
ou mezeau^ 3 : desquels la chair et
cuir se monstre sain en aucuns en-
droits et non corrompu, et au dessous
on trouue les os tous pourris, corro-
dés, perluisés et vermoulus, et mesme
le plus souuent perdition de leur pro-
pre substance, voire en grande quan-
tité : ce qui se fait d’vne matière ve-
neneuse , dont la qualité ne se peut
exprimer 4.
L’histoire suiuante en fera foy :
histoire, dis-ie, fort remerquable et
digne de grande admiration, d’un Re-
ceueur de madame la Connestable, de-
meurant en la ville de Senlis, nommé
duFresnoy. Lequel m’enuoya prier de
l’aller voir, à cause qu’il auoit en la
teste une tumeur de la grosseur d’un
œuf, entre l’os occipital et pariétal ,
pour sçauoir de moy s’il y falloit faire
ouuerture, estimant qu’il y eust de la
boue. I’y trouuay deux Médecins et
deux Chirurgiens demeurans audit
Senlis, gens d’honneur et de bon sça-
uoir : nous consultasmes sur le fait
de l’ouuerture. Ayant considéré la tu-
1 Gai. au liu. Des tumeurs contre Nature.
— A. P.
2 Cette citation d’Hippocrate est de l’édi-
tion de 1585.
3Mczeaux, pluriel de mezel ou rnesel , lé-
preux.
4 L’édition de 1552, suivie encore par celle
de 1579, ajoute :
Et ( comme i'ay par ci deuant escril ) ie puis
conclure qu’il y a diuinitè. — Après quoi, sans
donner l’histoire suivante qui appartient û
l’édition de 1585, ni la citation de Galien
qui la suit , elles reprennent : Souuentesfois
aussi , etc.
DES CONTVSIONS , COMDVSTfONS ET GANGRENES. 2 1?,
meur, et entendu comme elle esloit
venue peu-à-peu,et de longue main, et
apres auoir senti et remarqué vne pul-
sation (qui estoit le mouuemen! du cer-
ueau) pensant que ce fust vne artere ,
parce que lorsque i’appuyois ma main
dessus, la tumeur s’abaissoit et dimi-
nuoit, véritablement i’eus opinion que
c’estoit vn Aneurisme : et dés lors ie
dis, qu’il se falloit bien garder de faire
ouuerture de ladite tumeur , de peur
d’ vne hémorrhagie, et par consequen t
de mort subite. Or il y auoit vn des
Médecins, et vn des Chirurgiens, qui
tenoient qu’il n’y auoit aucun danger
de l’ouurir, estimans qu’il n’y eust que
de la boue. Le procès estant ainsi parti
en deux, ie fusd’aduisqu on enuoyast
quérir monsieur Fabry, Médecin ordi-
naire du Roy et de madame la Con-
nestable, qui estoit lors à Chantilly,
pour aduiser s’il y falloit faire ouuer-
ture ou non : lequel donna prompte-
ment son aduis , estimant comme les
autres, qu’il y auoit du pus, et qu’on
pouuoit sans nul danger faire euacua-
tion d’iceluy. Toutesfois lors que ie
luy dis que i’auois opinion que ce fust
vn Aneurisme par les signes qui y ap-
paroissoienl, il changea de propos,
et conclud qu’on n’y touchast nulle-
ment, et qu’il falloit penser ladite tu-
meur comme vn Aneurisme, qui auoit
tousiours esté mon aduis. La resolu-
tion faite, ie m’en reuins à Paris:
mais ledit Receueur trois iours apres
enuoya quérir vn Barbier à vn vil-
lage près de Senlis, lequel si tost qu’il
fust arriué, et qu’il eust veu le pa-
tient, dit qu’il y auoit du pus contenu
en ladite tumeur, et qu’il n’y auoit
point danger de Fournir : ce qu’il fit,
et au lieu de boue, eu sortit de la pro-
pre substance du cerueau , et deux
iours apres ledit Receueur mourut.
Apres son décès, la teste luy fut ou-
uerte par Adam Mannequin et Ha-
mard Cfaeron , maistres Barbiers et
Chirurgiens demeurans audit Senlis:
lesquels m’ont attesté que la tumeur
estoit faite de la propre substance du
cerueau , auec déperdition de deux
tables du crâne, de la grandeur d’vn
Noble à la rose.
I’ay bien voulu reciter ceste his-
toire, à fin d’aduertfr le ieune Chirur-
gien de ne faire ouuerture à la teste
en semblables tumeurs.
Et pour retourner à nostre propos,
Gallien dit au commentaire sur le 54.
Aphor. du 7. liure, que mesme Na-
ture forte peut ietter la boüe au tra -
uers la substance des os.
Souuentesfois aussi quand la chau-
de quelque partie est vlcerée, il s’en-
gendre vne mauuaise sanie, acre et
fetide, de laquelle si les os suiets
sont imbus, se corrompentet carient '.
Ce qu’on voit souuent aduenir aux
vlceres cacoèthes et malins, ou au-
tres, qui de long temps ont demeuré
sur aucune partie. Aussi Hippocrates
le lesmoigne 2, disant qu’en tous vl-
ceres d’vn an ou de plus long temps ,
il est necessaire que l’os se séparé et
tombe, et qu’il y demeure cicatrices
profondes et caues.
Semblablement lesdites gangrènes
et mortifications aduiennent par qua-
lité veneneuse , chaude ou froide :
Chaude, comme on voit aux charbons
et anthrax pestiférés, qu’en moins de
vingt et quatre heures se fera escarre
et mortification en la partie affectée :
Froide, commeon voit adueniren vne
1 Les éditions de 1652, 15G4 et 1575 por-
tent : se corrompent et inorlijient. La morti-
fication prise comme synonyme de carie est
curieuse à noter à celte époque pour l’his-
toire de l’art.
3 Aph. 45, liure 6. — A. P.,'
I,E DIXIÉME LIVRE,
2 I 4
partie sans douleur precedente, ny
liuidité, ou autres signes de la Gan-
grené. Ce que de Vigo certifie auoir
veu aduenir à vne noble femme de la
cité de Genes.
Il me sou nient aussi auoir veu sem-
blable fait en ceste ville de Paris , à
vn homme lequel faisait bonne chere
le soir, ne se plaignant de nulle dou-
leur : toutesfois la nuit luy suruint
gangrené et mortification aux deux
iainbessans tumeur ny inflammation :
mais y auoit vne couleur en cer-
tains endroits tendante à liuidité,
noirceur et verdeur : en aucuns au-
tres endroits estoit la couleur quasi
naturelle : toutesfois n’y auoit aucun
sentiment , et lors qu’on le piquoit
auecques la pointe de la lancette, ou
auecques vne espingle, n’en sortoit
point du sang : et de chaleur au sens
du tact n’y en auoit aucune, mais au
contraire on sentoit pluslost vne froi-
deur. Ce voyant appellay conseil, par
lequel fut délibéré et ordonné qu’on
lui feroit plusieurs et profondes inci-
sions pour tenter la cure : ce que ie
fis, mais d’icelles incisions n’en sortoit
qu’un peu de sang fort noir, gros et
quasi congelé. Plusieurs autres re-
medes furent tentés : ce neantmoins
en bref rendit son esprit à Dieu auec-
ques grandes resueries , ayant le vi-
sage et tout le corps liuide. le laisse
à penser si la cause n’esloit point ve-
neneuse.
Pareil cas aduint à vn quidam à
Thurin, l'an mil cinq cens trente six,
ainsi que i’ay entendu par le récit que
me fit François Vostre, Chirurgien
tres-docte, citoyen dudit Thurin.
En ce lieu ne sera impertinent dé-
clarer et exposer comme sont faites
gangrenés et mortifications par le
lioid sans qualité veneneuse : ce que
i’ay seulement touché en vn mot aux
causes externes. Doncques pour plus
grande clairté ie te l’expliqueray.
Le froid extreme, soit par l’air am-
biens, ou par application de remedes
repercussifs , froids et stupefactifs,
fait une intempérie froide si grande,
que les esprits sont suffoqués et es-
teints : et lors que Nature ou la pro-
uidence de tout le corps renuoye au-
tres esprits pour subuenir à ladite
partie, Iesdits esprits ne trouuans
l’harmonie bien disposée pour estre
receus, se retirent subit vers leur ori-
gine , comme s’ils estoient repoussés
par le grand froid de ladite partie ,
ennemy , et du tout contraire à Na-
ture : et pourtant ladite partie ainsi
destituée desdits esprits , prompte-
ment se mortifie. Cccy se connoist
manifestement en ceux qui marchent
par les neiges et glaces : car par l'ex-
treme froid perdent aucuns de leurs
membres, et bien souuent la vie,
comme présentement déclarerons.
I’ay bonne mémoire auoir médica-
menté en Piedmont plusieurs soldats
ayans passé les montagnes en hyuer:
desquels les vns par l’extreme froid
auoienl perdu les oreilles, les autres
la moitié d’vn bras, les autres le mem-
bre viril, autres les orteils des pieds,
aucuns y perdirent la vie , tesmoin
la Chapelle des Transis , située sur le
mont de Senis.
Aussi me souuient qu’en temps
d’hyuer, vn pauure Breton seruiteur
d’estable demeurant à Paris, s’en alla
coucher sus vn lict apres auoir bien
beu, près lequel y auoit vne fenestre
à demy ouuerte, par laquelle le froid
entra : et tellement lui altéra l’une de
ses iambes , qu’à son resueil pensant
se leuer , ne se peust soustenir. Et
pourtant fut posé près le feu, duquel
il approcha sa iambe, cuidant qu’elle
fust seulement endormie : mais se
DES CONTVSTONS , COMBVSTJONS ET GANGRENES. Ql5
brusla la plante du pied d’espaisseur
d’vn doigt sans rien sentir : parce
qu’elle estoit ia mortifiée par le froid
plus qu’à la moitié. Le lendemain le-
dit Breton fust apporté à l'Hostel-
Dieu , où il fut visité par le Chirur-
gien et autres , lesquels conclurent
qu’il estoit necessaire couper et am-
puter ladite iambe ainsi mortifiée, ce
qui fut fait : mais ce neanlmoins la-
dite mortification gaigna les parties
supérieures, en sorte que dedans trois
iours apres ledit Breton mourut auec
sueur froide, resueries, grands route-
mens et syncopes *.
D’auantage audit mesme temps
d’Hyuer faisoit si grand froid, qu’à
aucuns malades couchés audit Hostel-
Dieu , l’extremilé du nez se mortifia
sans y auoir aucune pourriture : à
quatre d’iceux ie feis amputation de
ladite partie , desques deux guéri-
rent , les autres moururent.
Cependant faut noter, qu’en cas de
froidure, les parties extremes, et entre
celles-cy les plus esloignées du cœur,
comme les pieds et iambes, ou les plus
froides de leur tempérament, comme
le nez ou oreilles et autres cartilagi-
neuses, sont tousiours saisies de gan-
grenés les premières 2.
Puis que j’ai déclaré amplement
toutes les causes de gangrené et mor-
tification, faut procéder à la déclara-
tion des signes desdites gangrené et
mortification , lesquels ie distingue-
ray selon leurs causes, à fin de bailler
aux ieunes Chirurgiens non encores
exercés , l’entiere connoissance des-
diles gangrené et mortification et de
leurs causes.
1 Comparez celte histoire avec une autre
du même genre rapportée dans la note de
la page 209.
2 Ce paragraphe a été ajouté en 1579.
CHAPITRE XV.
DES SIGNES DE GANGKENE.
Les signes des Gangrenés faites
par inflammation phlegmoneuse sont,
quand la grande douleur et pulsation
qui auoient précédé lesdites inflam-
mations sont grandement diminuées,
et }a couleur rubiconde ou vermeille
qui estoit auparauant en ladite par-
tie est changée en couleur pâlie, fus-
que, et aucunement tendante à liui-
dité : comme fort amplement descrit
Hippocrates en la seconde section du
liure De fracturis , ou il parle delà
gangrené du talon l. I’entens icy dou-
leur pulsatile, non celle qui est faite
par le mouuement des arteres , mais
vne pulsation iectigaliue ou poi-
gnante, qui se fait, quand par le com-
bat d’entre les deux chaleurs (sçauoir
est naturelle et non naturelle) s’esle-
uent plusieurs vapeurs des humeurs
et matières qui tendent à pourriture
és parties enflammées.
Si le froid est cause desdites gan-
grené et mortification, sera aisé à con-
noistre : car (comme vn chacun sçait)
le grand froid promptement fait à la
partie grande douleur poignante et
cuisante, et rougeur estincellante, et
tost apres la rend liuide, et fort froide,
et quasi sans mouuement et senti-
ment, auec borreur ou tremblement,
comme si on auoit vn commencement
de fiéure quarte. Si le froid continue
plus long temps que la chaleur de la-
dite partie ne puisse résister, surven-
dra gangrené, et par conséquent mor-
tification (si on n’y donne ordre) et à
la parfin la mort. Car (comme dit
• Cette citation a été ajoutée en 1579.
LE DIXIEME LIVRE,
9 1 G
H ippoerates1, le froid est contraire et
ennemy aux os, dents, nerfs, au cer-
ueau, et à la moelle du dos, générale-
ment à nostre vie, laquelle consiste
en chaleur et humidité: à cause qu’il
fait spasmes ou conuulsions, et autres
mouuemens contre nostre vouloir ,
agitation desordonnée de tout le
corps, que nous appelons frissons, et
consequemment par sa grande vio-
lence est souuentesfois cause de nos-
tre mort.
Quant est des gangrenés et mortifi-
cations faites par ligatures és fi'ac-
tures, luxations, grandes contusions,
tu les connoistras facilement à la du-
reté, qui est pour la defluxion : pareil-
lement des vessies qui seront esleuées
au cuir , lesquelles viennent à raison
de la grande inflammation qui est en
la partie , ce qui se voit manifeste-
ment aux brusleures : aussi par la pe-
santeur et impotence de la partie, qui
se fait à raison que les esprits man-
quent , et lors qu’on presse dessus , la
fosse demeure sans se releuer, comme
aux Oedemes, et le cuir le plus sou-
uent se séparé de la chair 2. Les si-
gnes déclarés aux gangrenés engen-
drées par inflammation , te pourront
donner connoissance des gangrenés
faites par morsures, picqueures,
aneurismes, playes faites és corps
pléthoriques et cacochymes : car pai-
res causes est faite fluxion et attrac-
tion d’humeurs en trop grande quan-
tité, qui empeschent (comme i’ay dit)
1 Aph. 18. liu. 7.— A. P.
2 Les éditions de 1552 et 1564 disaient
seulement : Tu les cognoistras facilement «
la liuiditè et couleur de la partie morte, car
pour la compression les esprits ne peuuenl
bailler à la partie sa couleur naïfue.
L’édition de 1 575 conserve cette phrase en
ajoutant celle qu’on lit aujourd’hui dans le
texte; le retranchement date de 1579.
l’air et euentilation de la partie. Mais
ie te veux encore aduertir , qu’ayant
connu par les signes les mortifica-
tions, ne faut différer à faire amputa-
tion du membre , iaçoit que les ex-
trémités se remuent : car la teste des
muscles se remuant, tire la queue, ou
leurs tendons. D’auan tage encore qu’il
y eust quelque peu de sentiment , ne
faut différer l’amputation bisques
à ce qu’il n’y en aye plus, attendu
qu’elle pourriroit les parties voisines.
Quant aux signes de "gangrené et
mortification prouenantes de venins,
icy n’est besoin de reciter la façon
comme l’on peut connoistre et distin-
guer les accidens qui aduiennent, tant
des venins chauds que froids 1 : car
nous en pourrons parler plus ample-
ment cy apres.
CHAPITRE XVI.
DV PROGNOSTIC DES GANGRENES.
Apres donc que l’on a connu la
gangrené et mortification par ses si-
gnes et causes, faut auant que tenter
quelque chose de la cure, regarder
quel effet pourra auoir ladite dispo-
sition, et le prédire et signifier aux pa-
rens ou amis des malades (ce que nous
disons prognosliquer) comme ie te di-
ray. Gangrené et mortification sont
de si grande férocité et malignité, que
si on n’y remedie promptement, la
partie facilement et du tout mourra
et corrompra les parties proches : ce
qui est cause que quelques-vns ont
appelé la Gangrené < hlyomenos, pour-
ce que telle corruption chemine par
1 On lisait en 1552 et même en 1575 : Com-
me i'en ay cideuanl escrit parlant des fléchés
enuenimees , auquel lieu on pourra voir.
pr.S CONTVStONS , COMBVSTIONS PT G/VNGRFNF.S. 9. 1
toute la partie comme venin , et la
corrode comme fait le feu espris au
Lois sec, tant que finalement fera
mourir les patiens. Et auparauant
qu’ils meurent , ont tous une sueur
vniuerselle froide auec délires ou res-
ueries, syncopes ou esuanoüissemens,
routemens et hocquets : à cause que
les vapeurs esleuées de la putréfac-
tion et pourriture, sont communi-
quées et portées par les veines, ar-
tères , et nerfs aux parties nobles.
Ton prognostic fait , faut mettre la
main à l’œuure , ainsi que ie deela-
reray maintenant.
CHAPITRE XAII.
DE LA CVRE GENERALE DE GANGRENE.
En la curation de Gangrené, faut
prendre les indications d’icelle. Car il
faut diuersifier la cure selon l’essence
ou grandeur du mal : parce qu’au-
cunes gangrenés et mortifications
occupent toute vne partie, les au-
tres seulement une portion : les vnes
sont profondes , les autres super-
ficielles. Les causes aussi diucrses
font diuersifier la cure. A toutes
causes ne conuient appliquer un
mesme remede. Semblablement faut
auoir esgard au tempérament du
corps et de la partie. Car aucuns
(comme auons par cy deuant dit) sont
de température molle et délicate,
comme femmes , ieunes enfans, gens
oisifs et viuans délicatement, chastrés
et autres : lesquels demandent reme-
des plus doux et moins violents, que
ceuxquisontd’habitude ou substance
dure et robuste, comme laboureurs,
mariniers, bateliers, chasseurs, porte-
faix , et autres gens de trauail.
Non seulement faut auoir ceste
considération du corps, mais aussi des
parties blessées. Car il y a différence
des parties musculeuses et chanteu-
ses, comme bras ou iambe : ou parties
nerueuses , dures et solides , comme
spondyles, iointures, et autres : aussi
des parties chaudes et humides ,
comme sont les parties honteuses, la
bouche, la matrice, l’anus, esquelles
plus promptement aduient corrup-
tion et pourriture , par cause interne
et fluxion d’humeurs , qu’aux autres
parties de nostre corps. Parquoy se-
lon l’essence, température et disposi-
tion naturelle de ces parties et du
corps, faut administrer remedes,et
procédera la cure.
Et entre les autres remedes faut or-
donner "bon régime et maniéré de vi-
ure, sur les six choses non naturelles,
pour obuier et contrarier (tant qu’il
nous sera possible) à la maladie , et à
sa cause, si elle est encores présente.
Si l’habitude du corps est pléthorique
ou cacochyme, faut saigner ou pur-
ger, selon le conseil du Médecin. El
pour autant que les vapeurs qui s’es-
leuent de la partie gangrenée , sont
communiquées par les arteres au
cœur, et consecutiuementaux autres
parties nobles : faut roborer le cœur,
à fin qu’il ne soit infecté de ces va-
peurs malignes, en donnant à boire
theriaque dissoute en eau de petite
ozeille, ou chardon bénit: mithridat
à manger, et conserue de roses ou
buglose, opiates, et autres choses cor-
diales , qui ont esté déclarées cy des-
sus.
On pourra aussi appliquer cet epi-
theme par dehors , sur la région du
cœur, pour tousiours roborer.
2l8
LE DIXIEME LIVRE ,
2£. Aq. ros. nenuph. ana § . iiij.
Aceti scyllilici §.j.
Corail, et santal, albo. et rubr. ros. rubr.
puluer. et spodij ana § .j.
Mithridatij, theriac. ana §. ij. fi.
Trochis. de camph. 5. ij.
Flor. cordial, pulu. p. ij.
Croci S. j.
Dissoluantur omnia simul, fiat epithema,
quod superponatur coi'di cum panno
coccineo aut spongia.
Voyla briefuement le sommaire des
choses vniuerselles : il nous faut ve-
nir maintenant à la curation propre
et particulière desdiles Gangrenés.
CHAPITRE XVIII.
DE LA CVRE PARTICVLIERE DE GANGRENE.
La cure de la gangrené faite par
fluxion de sang et autres humeurs
qui suffoquent la partie , ainsi que
l’on voit souvent adv enir apx grandes
inflammations, se doit faire en eua-
cuant et seichant promptement le
sang et humeurs corrompus qui sont
arrestés en la partie dolente , auec-
ques plusieurs scarifications et inci-
sions grandes, moyennes, petites, pro-
fondes, et superficielles, selon qu'il
sera besoin et necessaire : à fin que la-
dite partie se puisse euenliller et fla-
beller, et les vapeurs corrompues ex-
haler.
L’on fait les incisions quand le mal
est grand, profond, et prochain à
pourriture, et les scarifications quand
il commence à putréfier. Car d’autant
que le mal est grand , il a besoin de
remedes grands et violents *. Parquoy
si ledit mal va iusqu’aux os, faut di-
i Hipp. Aph. Extremis morbis, etc. — A. P.
uiser le cuir et la chair de plusieurs
et profondes incisions , que pourras
faire auec rasoir à ce propre et con-
uenable L Toutesfois se faut donner
garde de toucher les nerfs et vais-
seaux notables , s’ils ne sont du tout
pourris et corrompus. Car en ce cas
faut faire incision, sans auoir esgard
ausdits vaisseaux : mais s’ils sont en-
tiers. les incisions soient faites entre
lesdits vaisseaux sans les toucher, s’il
est possible. Si la gangrené est moin-
dre, n’est besoin que de scarifications
seulement.
Apres les scarifications et incisions
faites, faut laisser couler beaucoup
de sang, à fin de vacuer la matière
conioinle, descharger et seicher la
partie. Puis appliquer remedes qui
ont faculté d’oster la pourriture par
leur vertu calfactiue, desiccatiue, re-
solutiue , detersiue, et aperitiue:et
penetrer au profond , à fin de con-
sumer la matière virulente et cor-
rompue , laquelle est arrestée et fixe
en la partie gangrenée. Et à ceste in-
tention , feras ablution auec lexiue
faite de cendres de figuier ou de
chesne , en laquelle on aura fait
boüillir lupins, tant qu’ils soient par-
faitement cuits. Ou pour auoir reme-
des plus parables , faut prendre de
l’eau salée, en laquelle on aura fait
boüillir aloés et egypliac 2, adious-
tant à la fin de l’eau de vie. L’eau de
vie et vitriol calciné est singulier re-
mede.
1 Les éditions de 1562 et de 1564 don-
naient en cet endroit la figure du rasoir,
laquelle a été reportée depuis au livre des
Playes en particulier, page 7 de ce volume.
a Là s’arrêtait la formule en 1552; l’addi-
tion de l’eau-de-vic est de 1564. I.’indicalion
du mélange d’eau-de-vie et de vitriol cal-
ciné est bien postérieure; je la trouve pour
la première fois dans l’édition de 1579.
DES CONTVSIONS , COMBVSTIONS ET CANGRENES.
Antre. 2£.
if. Aceli optimi lb. j.
Mollis rosati § . iiij.
Syrupi acetosi. § . iij.
Salis comra. 5 . v.
Bulliant simul, adde aquæ vitæ lb. fi.
D’icelles ablutions faut lauer par
plusieurs fois la partie : car elles sont
de grande efficace aux gangrènes.
Cesdites ablutions faites, applique-
ras egyptiac sur plumaceaux : car
c'est le plus excellent et premier en
dignité entre les remedes conuena-
bles aux pourritures, pource qu’il fait
séparer la chair pourrie d’auecques
la saine , faisant escarres : desquelles
en tel cas ne faut attendre la cheule,
mais plustost les couper et ostei ce
qui sera corrompu auec rasoir ou ci-
zeaux : puis y remettre dudit egyp-
liac tant de fois qu’il sera besoin , ce
que connoistras à la couleur de la
chair, à la feteur et sensibilité des par-
ties subiacentes. La description dudit
egyptiac (duquel i’ay tousiours con-
nu grands effets en tel cas, est telle:
if. Floris æris, aluminis rochæ, mellis com.
ana § . iij.
Aceti acerrimi 3 . v.
Salis communis § . j.
Vitrioli romani § . fi .
Sublimati puluerisati 5. ij.
Bulliant omnia simul ad ignem , fiat vn-
guentum.
S’il est besoin, on le fera moins fort.
Auec l’application dudit egyptiac,
faut mettre sur toute la partie affec-
tée cestuy cataplasme, lequel empes-
cne et prohibe la putréfaction , re-
soult, deterge, desseiche, et sede la
douleur.
219
Far. fabar. bord, orobi, lent, lupinor.
ana îb . fi .
Sal. comm. et mel. ros. ana 5 . iiij.
Succi absintb. marrub. ana § . ij. fi .
Aloës, mast. myrrhæ et aquæ vitæ ana
§• Ü-
Oxymelitis simplicis quant, sufficit.
Fiat cataplasma molle secundum artem.
Galien, liure 3. De la composition
des medicamens, ordonne faire cata-
plasme pour prohiber la pourri-
ture des gangrenés, fait de farine
d’orge et lexiue 1 : aussi le capital
des cautères est fort propre. Lesdits
remedes consomment , resoluent et
detergent la sanie virulente et ma-
tière pourrie : et pour leur grande
siccité et tenuité d’essence, pénétrant
au profond, empeschent la putréfac-
tion, sedent la douleur, et roborent
la partie : ce qui est plus necessaire en
tel cas.
On doit aussi appliquer au dessus
du mal vn tel ou semblable defensif,
pour obuier et reprimer la descente
des humeûrs , et garder que les va-
peurs pourries esleuées de la putré-
faction ne montent au cœur, ou aux
parties supérieures et nobles.
'if.. Olei rosali, myrt. ana 5 . iiij.
Succi plantaginis , solani , semperuiui
ana 5 . ij.
Albumina ouor. numéro quinque.
Boli armeuici , terræ sigillatæ subtiliter
puluerisatæ, ana 3 . j.
Oxycrali quantum sullicit.
Misce ad vsum dictum.
L’on en pourra faire aussi d’autres
ayanl p reille vertu : mais faut noter
que cesdits remedes se doiuenl renou-
1 Cette citation de Galien ne date que de
1579 ; et ce qui suit sur le capital des cau-
tères est une addition de 1585.
29.0
I,E DIXIÉME LIVRE,
ueller soutient Car lors qu’ils sont
froids refroidissent la partie, qui est
languide à cause que sa chaleur est
presque suffoquée : et partant il y faut
sonnent appliquer linges chauds, ou
bricques, ou bouteilles remplies d’eau
boitillante, à fin deroborerla chaleur
naturelle qui est presque du tout es-
leinte. Et ne faut prendre indication
si la gangrené a esté faite par in-
flammation , mais de la disposition
qu elle aura laissée en la partie.
Or si le mal est si grand qu’elle ne
veut ceder aux susdits remedes, faut
venir à d’autres plus vehemens et
violens, qui sont les cautères actuels.
Apres l’application desquels Galien,
au second à Glaucon , commande que
ius de pruneaux auec sel pilé et dis-
sout soit mis dessus : à cause que tel
remede pénétré et seiche fort , et par
ce moyen empesche la pourriture.
D’auantage, si lesdits cautères ne pro-
filent, il est besoin venir à l’extreme,
qui est faire amputation de la partie,
suiuant le dire d’Hippocrates 2 : Aux
maladies extrêmes conuicnnent extre
mes et derniers remedes. Toutesf'ois on
ne doit ce faire, que premièrement l’on
n’ait certaine connoissance si la par-
tie est totalement morte. Car ce n’est
petit cas de couper un membre, s’il
n’est plus que necessaire. Parquoy ie
te donneray entière et infaillible con-
noissance des parfaites mortifications
et sphaceles, par les signes cy apres
déclarés.
I.e membre infect d’vne playe incurable
Se doit couper, que le sain il n’accable.
Ovide 3.
1 La fin de ce paragraphe a été ajoutée
en 1585.
2 Aph. 6. lin. 1. — A. P.
5 Cette citation d’Ovide est encore une
addition de 1585.
CHAPITRE XIX.
DES SIGNES DES MORTIFICATIONS
PARFAITES.
Si on connoist en la parlie affectée
noirceur et froideur, prouenant de
l’extinction de la chaleur naturelle,
non de l’air enuironnant : grande mo-
lesse, laquelle si on comprime ne se
peut releuer, ains y demeure cauité
ou fosse : séparation du cuir d’auec-
ques la chair subiacente , et ne sent-
on nul battement des arteres1 : grande
puanteur, comme de charongne (prin-
cipalement si ledit sphaceleest vlceré)
dont la senteur est tant acre et forte ,
qu’elle est intolérable à toutes per-
sonnes, et en sort vne liqueur vis-
queuse de couleur noire et verdoyan-
te , totale priuation du sentiment et
mouuement2: soit qu’on tire, frappe,
presse, brusle, coupe, touche, ou pi-
que : certainement pourras conclure
vne mortification parfaite ou spha-
cele. Toutesfois faut auec bon iuge-
ment explorer ladite priuation du
sentiment. Car ie sçay que plusieurs
ont esté deceus, se fians à vn senti-
ment que les patiens disent auoir, si
on pique , presse , ou autrement at-
touche , lequel est totalement faux et
deceplible. Car il ne vient que d’vne
grande appréhension de la douleur
extreme, qui auparauant estoit en la
partie : et principalement par la con-
tinuité et consentement qu’ont en-
core les parties mortes auec les viues.
1 Cette phrase, et ne sent-on nul battement
des arteres, a été ajoutée dans l’édition de
1586.
2 Les éditions de 1552 et de 1564 portent:
principalement totale priuation du sentiment et
mouuement.
COMBVSTIONS ET GANGRENES. 22 1
DES CONTVSIONS ,
Comme pour exemple familier, nous
voyons que si l’on tire noslre chemise
ou autre vestement adhérant à nos-
tre corps, nous disons le sentir, iaçoit
que ledit vestement est insensible, et
seulement contigu à nostre corps L
De ce faux sentiment auras argu-
ment manifeste apres l’amputalion
des parties mortifiées. Car les patiens
long temps apres l’amputation faite,
disent encore sentir douleur és par-
ties mortes et amputées, et de ce se
plaignent fort : chose digne d’admi-
ration, et quasi incredible à gens qui
de ce n’ont expérience. Parquoy se
faut donner garde que tel sentiment
ne nous retarde à faire le deuoir de la
parfaite curation : comme quelques-
fois i’ay veu couper vn membre à
deux ou trois fois, pour s’estre arresté
à vu sentiment faux et incertain.
Donc apres avoir connu que la par-
tie est vrayement morte , la faut
promptement et sans delay, tant pe-
tit soit-il , couper et amputer : car la
contagion et corruption rauit et gai-
gne sans cesse les parties prochaines
saines et viues : et pource Hippocrates
en la septième section du sixième li-
ure des Epidémies , dit que les sec-
tions , vstions et trépans , se doiuent
promptement executer 1 2. Ce remede
est misérable et digne de compassion,
tant au patient qu’au Chirurgien :
mais c’est le seul et dernier refuge
que l’on doit tousiours preferer à la
mort , laquelle s’ensuiura , si l’on
cherche autres moyens que section
de la partie mortifiée.
1 Celle comparaison est des plus frappan-
tes, et l’on n’a jamais mieux expliqué ce
curieux phénomène.
2 Cette citation date de 1579.
CHAPITRE XX.
DV LIEV OV IL F AVT COMMENCEE,
L’AMP VT ATION.
Il ne suffit toutesfois de connoislre
qu’il est nécessaire d’amputer la par-
tie mortifiée, mais fautsçauoir le lieu
où l’on doit faire et commencer l’am-
putation : et en cela gist le iugement
et prudence du Chirurgien. L’art
commande que l’on commence à la
partie saine, mais te declareray cecy
facilement. Posons pour exemple ,
qu’aucun ait vn Estliiomene au pied
iusqu’aux malléoles ou cheuilles. En
tel cas faut bien considérer là ou tu
dois faire l’amputation : car selon
l’art faut garder le corps humain en-
tier, tant qu’il sera possible. Parquoy
tu dois oster le moins que tu pourras
de la partie saine. Ce neantmoins faut
auoir considération de l'action et or-
nement de la partie, lesquels te don-
neront conseil de couper ladite iambe
à cinq doigts ou enuiron pi es le ge-
noüil : pource que l’amputation faite
en ce lieu , la partie pourra apres
mieux faire son action, qui sera mar-
cher auec vue iambe de bois. Car s’il
estoit ainsi que l’on coupast seule-
ment vn peu au dessus du mal, le pa-
tient seroit en peine de porter trois
iambes, là où il* n’en portera que
deux.
le scay que le Capitaine François le
Clerc, estant sur vn nauire , eut vn
coup de canon qui luy emporta le
pied vn peu au dessus de la chenille ,
de laquelle playe fut guéri : mais
quelque temps apres voyant que sa
iambe luvnuisoit, la fit couper ius-
ques à cinq doigts près du genoüil : et
maintenant se trouue mieux à inar-
222
LE DIXIÉME LIVRE ,
cher qu’il ne faisoit auparauant *.
Au bras faut faire au contraire, qui
est osier le moins que l’on pourra <le
la partie saine, pour la diuersité des
actions du bras et de la iambe. Et
principalement pource que le corps
ne se repose sur le-, bras , comme sur
les pieds et iambes 2.
I’ay déclaré cy deuant comme l’on
pourra connoistre la nécessité de la
section, et le lieu d'icelle : faut à pré-
sent monstrer le moyen de procéder
et exercer ladite section.
CHAPITRE XXI.
DV MOYEN DE PROCEDER A LA SECTION
DV MEMBRE.
En premier lieu roboreras la force
et vertu du patient, s’il est besoin, par
alimens propres, de facile digestion et
pleins d’esprits : comme œufs mol-
lets, roustie trempée en bon vin, ou
autres semblables. Puis situe le pa-
tient ainsi qu’il appartient , et tire les
muscles en haut vers les parties sai-
nes, et fais vne ligature extreme vn
peu au dessus du lieu que l’on vou-
dra amputer, auec un fort lien délié ,
et de figure platte, comme ceux des-
quels les femmes lient leurs cheueux.
Icelle ligature sert de trois choses.
La première est qu’elle tient , auec
l’aide du seruiteur, le cuir et muscles
esleués en haut : à fin qu’apresl’œu-
1 Cette histoire célèbre, qui peut encore
trouver son application de nos jours, se
trouve déjà dans l’édition de 1552 ; on y lit :
le capitaine François Leclerc, qui est soubz la
charge de monsieur le baron de la Garde, etc.;
le reste comme ci-dessus.
2 Cette dernière phrase a été ajoutée en
1579.
ure ils recouurent l’extremité des os
qui auront esté coupés : et apres la
consolidation, la cicatrice faite, les-
dits cuir et muscles seruent comme
d’vn coussinet ausdites extrémités des
os ; par ainsi la partie pourra demeu-
rer plus forte et moins douloureuse
si l’on comprime dessus ; ioint aussi
que la curation est plus briefue ; car
d’autant qu'on laisse plus de chair sur
lesdits os, plustost ils sont couuerts.
La seconde , est qu’elle prohibe l’he-
morrhagie ou flux de sang : à cause
qu’elle presse les veines et arteres.
La troisième, est qu’elle rend obtus ,
et oste grandement le sentiment de la
partie : pource qu’elle empeschepar
sa grande compression l’esprit ani-
mal , qui donne sentiment par les
nerfs à la partie.
Dono apres la ligature forte ainsi
faite , faut promptement couper tous
les muscles et autres parties iusqu’aux
os, auec vn rasoir bien tranchant, ou
Cousteau courbé , comme cestuy sui-
uanl1, apres auoir deuestiet decou-
uert l’os de son périoste , à fin que la
scie passe mieux et plus prompte-
ment, et à moindre douleur.
Cousteau courbé pour couper les membres.
Nota, que lorsqu’on veut faire am-
putation d’vue iambe , faut qu’elle
soit vn peu ployée, et qu'apresla sec-
tion on l’estende, à fin que les vais-
1 Je noterai ici que la fin de la phrase,
apres auoir deuesti, etc., a été ajoutée seule-
ment en 15S5; addition d’ailleurs peu né-
cessaire, puisque le même précepte se trouve
tout aussi nettement exposé dans l’un des
paragraphes suivants.
DÛS CONT VSIONS , COMBVSTIONS ET GANGRENES. 220
seaux qu’en prétend lier pour arres-
ter le sang , se manifestent mieux ,
pour plus facilement les pincer, tirer
et lier Ceux qui auront mis la main
à telle œuure, facilement entendront
cesle méthode : et crois que nul pra-
ticien ne l’a encore dite ny escrite ,
au moins que ie sçache *.
Il te faut noter icy, qu’il y a entre
les os portion d’aucuns muscles, que
ne pourras bien couper auec ledit
rasoir ou cousteau 1 2 3. Pourtant les
couperas auec un instrument fait en
maniéré de lancette courbée le l’ad-
uertis de ce : car si tu laisses autre
chose que l’os à couper à la scie, cer-
tainement tu feras eu la sciam grande
douleur au patient , à cause que la
scie ne peut qu’à grande peine couper
les choses molles, comme cbair, ten-
dons et membranes, ainsi qu’elle fait
les os durs et solides.
Lancette courbée 3.
1 Ce paragraphe, où A. Paré décrit une
méthode qu’il revendique justement comme
sienne, n’a été écrit que bien tard; il ne se
trouve dans aucune édition faite du vivant
de l’auteur. C’est donc entre 1 585 , date de
la 4' édition, et 1 590, époque de la mort de
Paré, qu’il a fait cette addition à ses œu-
vres; et elle n’a paru qu’avec la première
édition posthume en 1598.
2 Point remarquable en l’opération. — A. P.
3 Cette lancette courbée, placée en cet en-
droit dans les éditions de 1552 et 1564, a été
retranchée de celles de 1575 et 1579, replacée
en 1585 et conservée depuis. C’est un instru-
ment absolument semblable, sauf quelques
ornements de lâchasse, à celui qui se trouve
Apres auoir entièrement coupé tou-
tes les parties jusqu’aux os, les faut
scier promptement auec telle scie, de
grandeur d’vn pied trois pouces ou
enuiron *.
Scie.
D’auantage tu mettras vn linge en
double au dessus de l’os qu’on veut
scier, de peur que les dents de la scie
ne touchent à la chair, et ne la des-
chirent 2.
figuré sous le nom de Bistorie au livre des
Tumeurs en particulier. Voyez T. I, p. 389,
les fig. et la note.
1 Les derniers mots qui indiquent les di-
mensions de la scie ont été ajoutés en 1575.
2 Cette mention d’un linge à appliquer
sur les chairs pour les protéger contre l’ac-
tion de la scie ne se lit pas encore dans l’é-
dition de 1585; mais seulement pour la pre-
mière fois dans l’édition posthume de 1598.
Du reste, c’était une pratique connue; elle
est indiquée par Vigo, et Paul d’Égine la
rapporte à Léonide.
LE DIXIEME LIVRE
CHAPITRE XXII.
DES MOYENS POYR ARRESTER LE FLVX DE
SANG QVAND LE MEMBRE EST COVPÉ L
Lois que l’amputation du membre
est faite , il est necessaire que quel-
que quantité de sang s’escoule , à fin
qu’à la partie deschargée y suruien-
nent moins d’accidens, et selon la plé-
nitude et force du malade 2. Le sang
escoulé en quantité suffisante (pre-
nant tousiours indication des forces
du malade ) il faut promptement bel-
les grosses veines et arteres si ferme
qu’elles ne fluent plus. Ce qui se fera
1 Nous voici arrivé à l’une des découvertes
qui onl fait le plus d’honneur à A. Paré, l’ap-
plication de la ligature aux vaisseaux ou-
verts dans les amputations. 11 est facile d’en
fixer la date, au moins d’une manière ap-
proximative, entre l’édition de 1552, dans
laquelle il n’est encore fait mention que des
cautères, et celle de 1564, où les cinq chapi-
tres qui suivent se lisent presque avec la
même rédaction qu’aujourd’hui. Le chapitre
22e a subi quelques modifications dans les
éditions postérieures; nous les indiquerons
d’abord, et après la description complète des
procédés nouveaux, nous reproduirons le
texte et les figures de l’édition de 1552.
2 Dans les éditions de 1564 et de 1575 on
lisait en cet endroit :
« Ce qu’Hippocrates nous enseigne, disant
qu’il est besoin aux vlceres récents de laisser
Huer quelque quantité de sang, hors mis au
ventre, à cause que la partie sera moins
molestée d’inflammation, et par conséquent
l’vlcere s’en guérira plustost. Il dit sembla-
blement qu’il est bon faire saigner soutient
les vieux vlceres, à fin que par ce moyen la
partie qui ne peut assimiler le sang qui luy
est enuoyé pour sa nourriture, à raison de
sa débilité, soit deschargée et rendue plus
forte. Au liu. des vlceres. »
Tout ce passage a été retranché à partir de
l'édition de 1579.
en prenant lesdits vaisseaux auec tels
instrumens, nommés Becs de Cor-
bin l.
Bec de corbin propre à tirer les vaisseaux
pour les lier.
Cestuy est le plus propre, parce que
l’on s’en peut seruir par ses deux ex-
trémités, selon que le vaisseau sera
grand et délié. A, monstre vn petit
1 11 est étonnant de voir à quels instru-
ments A. Paré avait recours pour pratiquer
ses ligatures ; d’abord un bec-de-corbm sans
ressort, et dont nos pinces à pansement don-
nent une idée assez exacte ; plus tard, et seu-
jement en 1585, un bec-de-corbin armé d’un
ressort qui tenait ses branches écartées,
mais toujours avec une charnière qui com-
pliquait l’instrument ; et enfin les aiguilles.
Paré possédait cependant la pince à dissec-
tion que les modernes ont justement pré-
férée et qu’on voit figurée page 16 de ce vo-
lume; et plus d’un siècle auparavant,
Butapaglia avait recommandé pour le même
usage un crochet que figure très bien le te-
nuculum actuel. Quant aux aiguilles, Vigo
et Marianus Sanctus les avaient aussi mises
en usage. Voyez mon Introduction, et la nolo
de la page 441 du T. I.
220
DES CONTVSIONS , COMBVSTrONS ET GANGRENES.
ressort , qui le tient aucunement ou-
uert,iusques à ce que l’on le com-
prime !.
De ces instrumens faut pinser les-
dits vaisseaux ( qui n’est mal-aisé à
faire, parce qu’on voit le sang iaillir
pariceux1 2)les tirant et amenant hors
de la chair, dans laquelle se sont re-
tirés et cachés soudain apres l’extir-
pation du membre, ainsi que font
toutes autres parties coupées, tous-
iours vers leur origine. Ce faisant, il
ne te faut estre trop curieux de ne
pinser seulement que lesdits vais-
seaux : pource qu’il n’y a danger de
prendre avec eux quelque portion de
la chair des muscles, ou autres par-
1 Cet instrument ne date que de l’édition
de 1585.
2 Cette parenthèse a également été ajoutée
en 1585.
ties : car de ce ne peut aduenir aucun
accident : ains auec ce l’vnion des
vaisseaux se fera mieux et plus seu re-
ment, que s’il n’y auoit seulement
que le corps desdits vaisseaux com-
pris en la ligature. Ainsi tirés, on les
doit bien lier auec bon fil qui soit en
double.
CHAPITRE XXIII.
COMMENT IL FA VT PROCEDER AV TRAI-
TEMENT D’VN MEMBRE AMPVTÉ , LE
FLVX DE SANG ARRESTÉ.
Ce fait , tu deslieras la première li-
gature que tu auois faite au dessus
du lieu de la coupure : puis promp-
tement feras quatre points d’aiguille
en croix aux léures de la playe , pro-
fondant lesdits points vn doigt de-
dans la chair, à Gn qu’ils tiennent plus
ferme : par ce moyen tu ramèneras
les parties des muscles coupées sur
l’os , à fin qu’il soit mieux et pluslost
couuert , et moins touché de l’air ex-
térieur , à fin que ladite chair luy
serue apres la consolidation , comme
d’un coussin.
Or tu dois noter, qu’il ne faut ser-
rer lesdits points si pies que tu t’ef-
forces d’approcher ensemble les lé-
ures de la playe, ce qu’aussi tu ne
pourrois faire : car plustost le tout
viendroit à se rompre, et les parties à
se relascber. Ains te suffira de les ser-
rer médiocrement , pour ramener la
peau et chair subiacente en l’estât
et pareille longueur qu’ils estoient
auant la retraction qui s’est faite de-
puis et durant l’amputation.
i5
ii.
a 26
LE DIXIEME LIVRE,
CHAPITRE XXIV.
CE QV’lL FAVT FAIRE S’IL SVRVENOIT
FLVX DE SAXG , A CAVSE d’VN DES
SVSDITS VAISSEAVX DESLIÉ.
Les choses ainsi faites , s’il adue-
noit puis apres qu’aucun desdits vais-
seaux se desliast, il te faut relier le
membre de ta première ligature ,
comme a esté dit cy-deuant : ou au
lieu de ce faire (ce que ie loué d’a-
uantage , et qui est trop plus aisé et
moins douloureux) qu’vn seruileur
prenne le membre à deux mains,
pressant fort de ses doigts sur l’en-
droit du chemin desdits vaisseaux :
car en ce faisant , il empeschera le
flux de sang. Ce pendant tu prendras
vne aiguille longue de quatre pouces
ou enuiron , quarrée et bien tran-
chante, enfilée de bon fil en trois ou
quatre doubles, de laquelle tu relie-
ras les vaisseaux à la façon qui s’en-
suit : car alors le Bec de Corbin ne le
pourrait seruir. Tu passeras ladite ai-
guille par le dehors de la playe , à
demy doigt ou plus à coslé dudit vais-
seau, iusques au trauers de la playe,
près l’orifice du vaisseau : puis la re-
passeras sous ledit vaisseau , le com-
prenant de ton fil, et feras sortir ton
aiguilla en ladite partie extérieure de
l’autre coslé dudit vaisseau , laissant
entre les deux chemins de ladite ai-
guille seulement l’espace d’vn doigt :
puis tu lieras ton fil assez serré sur
vne petite compresse de linge en deux
ou trois doubles de la grosseur d’vn
doigt , qui engardera que le nœud
n'entre dedans la chair, et l’arreste-
rasseurement. Ladite ligature retire
entièrement dedans la bouche et l’o-
rifice de la veine ou artere, auec les-
quelles aussi cachées et couuertes
des parties charneuses adiacentes ,
se reprend aisément ledit orifice.
le te puis asseurer que iamais apres
telle operation , on ne voit sortir vne
goutte de sang des vaisseaux ainsi liés.
Et ne se faut trauailler d’vser des sus-
dits moyens d’arrester le sang aux pe-
tits vaisseaux : pource qu’aisémenl il
sera supprimé par les aslringens que
nous t'ordonnerons cy apres.
Tu pourras trouuer ceste maniéré
de pratiquer assez obscure et mal
intelligible : mais tu dois considérer
que c’est chose très difficile de met-
tre clairement et entièrement par
escrit la Chirurgie manuelle. Car elle
se doit plustost apprendre par imagi-
nation, et en voyant besongner de
bons et expeiimentés maistres, si lu
en as le moyen : ou bien l’essayer sur
des corps morts, comme i’ay plusieurs
fois fait.
CHAPITRE XXV.
DES MEDICAMENS EMPLASTIQ VES.
Maintenant nous dirons les reme-
des desquels il conuient vser apres
l'amputation du membre, qui sont
les emplasliques grandement propres
aux vulneres récents, comme sont
ceux-cy.
7}. Boli arrnenij 5 . iiij.
Farinæ volatilis § . iij.
Picis resinæ f, . ij.
Puluerisenlur omnia subtilissime, et rnixtis
simul (iat puluis.
De laquelle sera la playe toute pou-
drée, puis garnie par dessus de charpy
sec : apres on appliquera par dessus
ce repercussif.
DES CONTVSIONS, COMBVSTIONS ET GANGRENES.
If. Albumina ouorum numéro vj.
Boli armenij, sanguinis «Iraconis, gypsi,
terræ sigillatæ, aloës, masliches, galla-
rum combustarum, ana 3 . ij.
Puluerisentursubtilissime et beneagitentur,
addendo olei rosati et niyrt. ana 3 . j.
Fiat defensiuum ad formam mellis.
Cest onguent doit estre appliqué
auec estouppes trempées en oxycrat,
sur la partie , et plus haut vn petit:
comme si tu as coupé la iambe , faut
appliquer ton onguent quatre doigts
ou plus au dessus du genoüil. Ce re-
inede n’est pas seulement repercussif,
mais aussi robore la partie, empesche
la fluxion , appaise le flux de sang,
sedela douleur, et prohibe la chaleur
eslrange. D’auantage, il faut tremper
eu oxycrat les compresses et bandes ,
puis situer le membre en figure
moyenne sur des coussins et oreil-
lers, pleins de paille d’auoine, poil de
cerf, ou de son de froment. L’appa-
reil susdit ne se doitrenouueller sans
nécessité grande , à sçauoir quatre
iours apres en Hyuer , et moins en
Esté , selon que tu verras estre be-
soin
1 Ici s’arrête l’exposition dogmatique des
procédés nouveaux d’A. Paré; le chapitre
qui suit est consacré à l’histoire de leur dé-
couverte. C’est donc ici le lieu de mettre en
regard de la nouvelle doctrine , la pratique
primitive de l’auteur; et je reproduirai in-
tégralement le texte de l’édition de 1552 qui
tenait la place des quatre chapitres précé-
dents et de celui qui va suivre.
«Apres l’amputation faicte, fault appli-
quer cautères acluelz, desquelz les premiers
seront en façon de bouton en leurs exlre-
mitez, et en auras de grands, moyens et pe-
tits pour l’en seruir selon qu’il est besoin.
Iceux appliqueras non seulement sur les
grands vaisseaux , pour estancher le sang :
mais aussi dans la cauitédesos, à fin de
consumer vne partie de la moelle : car en ce
faisant, la partie sera moins doloreuse, et
Ü27
CHAPITRE XXVI.
DIGRESSION DE L’AVTEVR FORT NECES-
SAIRE A BIEN CONSIDERER TOVCHANT
LES CAVTEllES ACTVELS, DESQVELS
ON A VSÉ IVSQVES ICÏ APRES l’AM-
P VTATION.
le confesse icy librement et auec
grand regret, que i’ay par cy deuant
pratiqué tout autrement que ie n’es-
cris à ceste heure , apres que l’ampu-
tation des bras et iambes esloit faite.
Mais quoy? I’auois veu ainsi faire à
ceux que l’on appelloit pour telles
pratiques, esqueiles incontinent apres
le membre extirpé, vsoient de plu-
sieurs cautères, tant actuels que po-
tentiels , pour empescher le flux de
sang , chose 1res horrible et cruelle
seulement à raconter : car cela cau-
soit vne extreme douleur aux pa-
tiens, attendu que telles playes reeen-
tement faites sont fort sensibles, et
au moyen de ceste sensibilité , si on
y applique choses caustiques dessus
et contre les parties nerueuses, sou-
plustost l’os s’exfoliera. Desdictz cautères la
figure est telle :
» Puis apres cautériseras entièrement tout
le reste aueccestuy, lequel est plat , ayant
plusieurs trous lesquelz ont esté inuenlez à
fin que le sang et autres humiilitez passent
au trauers : au moyen de quoy sa chaleur
est plus grande, d’autant que le sang et hu-
LE DIXIÉME LIVRE,
228
dam leur action et impression est com-
muniquée aux parties internes , dont
suruiennent de très-grands et perni-
midité n’estaignent ny suffoquent sa chaleur
sitost qu’ilz fcroient si ledict cautere n’auoit
trouz. Et tant plus ledict cautere sera chault
tant moins sera il doloreux: à cause qu’il
faict promptement son action, qui est, con-
sumer quelque reste du virus de la putré-
faction (si aucune en y a) imbue en la partie,
et la roborer : et principalement arrester le
sang , par le moyen de l’eschare ou crouste :
laquelle si n’est bien faicte, y a danger qu’il
ne suruienne flux de sang, lequel en tel cas
fault bien euiter : car c’est le thresor de nos-
tre vie.
»Et la ou tu n’auras tel cautere, beson-
gneras auec ceux cy.
Diuersilez de cauleres aciuelz,
cieux accidens , et le plus souuent la
mort. Qu’il soit vray, on ne vit om>
ques de six ainsi cruellement traités ,
Autres cautères aciuelz desquelz pourras vser
à ta commodité.
» Apres l’application desquelz deslieras ton
lien, non tout subit, mais peu à peu, en
commandant à ton ministre faire compres-
sion vers les parties supérieures dudict lieu,
de paour que tout à coup le sang, qui a este
attiré par le moyen de la ligature, ne rompe
l’eschare qui aura esté faicte. Puis appo-
seras vn repercussif qui aye faculté d’ostcr
Yempyresme ou qualité ignée délaissée tant
par l’amputation que par lesdicts cautères,
qui puisse aussi reprimer et repoulscr
l’affluxion des humeurs, pareillement d’en-
durcir les eschares et de seder la douleur,
lequel est tel :
"if. Albumina ouorum numéro vj.
Boli armenij, sanguinis draconis, gypsi,
terræ sigillatæ, aloës, masliches, galla-
rum combustarum ana § . ij.
Puluerisentursubtilissimeetbeneagitentur :
adde olei rosati et myrt. ana § . j.
Fiat defensiuum ad formam mellis.
» Cestuy vnguent soit appliqué auec es-
touppes imbues en oxycrat sur ladicte partie
et plus hault vn petit, comme si tu as coupé
la iambe, fault appliquer à quatre doigts ou
plus au dessus du genouil. Les compresses
ou bandages soient pareillement imbus au-
dict oxycrat, et apres fault situer le membre
DES CONTVSIONS , COMBVSTIONS ET GANGRENES. 220
eschapper deux : encore estoient-ils
long-temps malades, et mal-aisément
estoienl les playes ainsi bruslées me-
nées à consolidation, pource qu’vne
telle vstion faisoit des douleurs si ve-
hementes, que les malades tomboient
en Heure, en spasme, et autres mor-
tels accidens : auec ce que le plus sou-
uenl , l’escarre cheute , suruenoit
nouueau flux de sang qu’il falloit en-
core estancher auec les cautères ac-
sur coaissins faictz de paille d’aueine, en fi-
gure médiocrement haulte. Cestuy appareil
en temps d’yuer ne faut oster deuant quatre
ou cinq iours : mais en esté plus tost.
» Or si le cas aduient (comme il se faict
souuent) que amputation de quelque mem-
bre brisé et rompu par coup d’artillerie ou
autrement, soit necessaire: toutefois que tu
ne puisses auoir cautères actuelz ,'pour en
vser apres l’amputation faicte : en lieu des-
dicts cautères, tu mettras sur les vaisseaux
pouldre calheretique, comme sublimé calsiné,
vitreol bruslé , pouldre de mercure meslée en
esyalte portion auec pouldre d'alun, ou autres
semblables : à fin d’arrester la fluxion de
sang. Feras aussi vn restrainctif de pouldre
de bol, piastre, folle farine, sang de dragon,
aloés , mastic et myrrhe incorporez auec uul-
bins d’œufz: lequel appliqueras sur le vul-
ncre et aux autres parties voisines, pour
empescher la fluxion des humeurs , proue-
nant à raison de la douleur. Apres appli-
queras vue canule à nud sur la partie la plus
decliue qui soit en l’vlcere, euitant l’orifice
des vaisseaux, à fin que les liqueurs et hu-
miditez qui resudent de la partie blessée, se
puissent euacuerpar ladicte canule. Ce faict,
tu n’osteras l’appareil sitost ; autrement dan-
ger seroit (veu que les cautères aetuelz n’ont
esté appliquez) que le flux de sang de rechef
suruint, plus difficile à restraindre et sup-
primer, qui n’estoit auparauant.
» La figure de ladicte canule doit estre
ronde, de grosseur d’vn doigt, de longueur
de quatre doiglz ou enuiron: et à l’endroit
qu’elle passera sur la partie, plate: icelle
eslouperas auec vne petite cheuillc, à fin
tuels ou potentiels, lesquels répétés
consommoient vne grande quantité
de chair et autres parties nerueuses.
Pour laquelle déperdition les os de-
meuroient puis apres nuds et descou-
uerts : ce qui a rendu à plusieurs ^ci-
catrisation impossible , ayans tout le
reste de leur vie gardé vn vlcere au
lieu du membre coupé, qui leur ostoit
le moyen de se pouuoir seruir d’vne
iambe ou bras faits artificiellement.
que rien ne sorte, sinon à ta volonté : comme
tu vois par ce pourtraict. »
Après quoi le texte reprend à peu près vers
le milieu du chapitre 27 : D’uuuntage , long-
temps apres l’ amputation faicte, les patientz di-
sent encore auoir la partie qui a esté am-
putée, etc. — Édition citée, fol. 62 à 67.
On retrouve dans ce texte de 1552 la for-
mule d’un onguent qui a été conservé au
chapitre 25 avec quelques mots sur la levée
de l’appareil ; on retrouvera de même les
figures des cautères au Luire de la grosse
verolle , chap. 33; j’ai cru toutefois devoir
tout reproduire ici pour ne pas laisser la
moindre lacune. Quant aux figures de la ca-
nule, elles ont été supprimées dans toutes les
éditions postérieures; et leur reproduction a
en quelque sorte le mérite de la nouveauté.
Voyez aussi tome I, page 296, en note, un
passage fort curieux de la Briefue Collection
anatomique , sur la section des os et de la
moelle dans les amputations.
23o LE DIXIÉME livre,
Parce ie conseille au ieune Chirur-
gien de laisser telle cruauté et inhu-
manité, pour plustost suiure ceste
mienne façon de pratiquer , de la-
quelle il a pieu à Dieu m’aduiser sans
que iamais l’eusse veu faire à aucun ,
ou y dire, ne leu , sinon en Galien au
5. liure de sa Méthode, où il escrit,
qu’il faut lier les vaisseaux vers leurs
racines, qui sont le foye et le cœur,
pour estancher le grand flux de sang.
Or ayant plusieurs fois vsé de ceste
maniéré de coudre les veines et ar-
tères aux playes recentes , esquelles
se faisoit vne hémorrhagie, i’ay pensé
qu’il s'en pouuoit bien autant faire
en l’extirpation d’un membre. De-
quoy ayant conféré auec Estienne de
la ltiuiere , chirurgien ordinaire du
Roy, et autres Chirurgiens iurés à Pa-
ris et sur ce leur ayant déclaré mon
opinion , furent d’aduis que nous en
fissions l’espreuue au premier ma-
lade qui s’offriroit, combien que nous
eussions les cautères tous prestspour
en vser au defaut de la ligature Ce
que i’ay pratiqué à l’endroit de plu-
sieurs auec tres-bonne issue : encore
depuis peu de iours en ça, en la pei-
sonne d’vn postillon seruiteur de
Brusquet, nommé Pirou Garbier, au-
quel fut coupée la iambe dextre ,
quatre doigts au-dessus du genoùil ,
pour vne Esthioraene qui luy estoit
su ruenue à cause d’vue lraclure.
Partant ie conseille au ieune Chi-
rurgien de laisser cette misérable
maniéré de brusler et carnacer (si
quelque reliqua de gangrené ne le
i Les éditions de 1564 et 1575 disent seu-
lement :
El François liasse , tous deux chirurgiens a
parjs. — Le nom de François fiasse a été
effacé et le texte rédigé comme on le lit au-
jourd’hui, à partir de l’édition de 1579.
contraignoit de ce faire ‘ ), l’admon-
nestant de ne plus dire, le l’ay leu au
liure des anciens l’raticiens , le Yay
veu faire à mes vieux peres et maistres,
suiuant la pratique desquels ie ne puis
aucunement faillir . Ce que ie l’accorde,
si tu veux entendre ton bon maistre
Galien au liure cy dessus allégué, et
ses semblables : mais si tu te veux ar-
rester à tonpere et à tes maistres,
pour auoir prescription de temps et
licence de mal-faire, y voulant lous-
iours perseuerer, ainsi mesmes que
que l’on fait quasi ordinairement en
toutes choses , tu en rendras compte
deuant Dieu , et non deuant ton pere
ou les bons maistres praticiens , qui
traitent les hommes de si cruelle
façon.
CHAPITRE XXVII.
LA MAXIERE DE POVRSVIVRE LA CVRA-
T10N DV MEMBRE AMPVTÉ.
Or pour reprendre nostre premier
point , et paracheuer la cure encom-
mcncée par le moyen des remedes
propres et conuenables à nos vlceres,
il faut premièrement noter, qu’aupa-
ravanl que d’oster les liens desquels
on aura lié les vaisseaux, il convient
que l’agglutination d'iceux soit faite ,
et de peur qu'il ne vienne nouueaux
flux de sang, qu’ils soient couuerts de
chair. Qui se fera en appliquant des
sus quelques remedes froids, aslrin-
gens, etemplastiques, comme la pou-
dre qui s’ensuit.
i cette parenthèse est encore une addition
fort tardive d’A. Paré , car on ne la ren-
contre pour la première fois que dans l’édi-
tion posthume de 1598.
T) F. S CONTVSIONS , COMBVSTIONS ET GANGRENES. Q.3 1
2£. Pulu. bol i arm. farinæ hordei , picis ré-
sina?, gypsi ana 5 .iiij.
Aloës , nucum cupressi, cortic. granat.
ana 5 . j.
Incorporent, omnia sinnil, fiat pul subtilis.
De laquelle en sera aspergée et
saupoudrée toute l'vlcere par l’espace
de trois ou quatre iours. Puis apres
on n’en \ sera qu’à l’endroit des vais-
seaux qui auront esté liés, et en sera
encore continué par l’espace de huit
ou dix iours, à fin qu’on soit bien as
seuré que les vaisseaux soient eslou-
pés et couuerts de chair : mais sur le
reste de l’vlcere sera appliqué vn di-
gestif, et continué iusquesà ce qu’elle
soit tournée à suppuration. Car lors
on quittera le digestif pour prendre
les medicamens mondificalifs, comme
sont ceux qui s’ensuiuent.
"ij.. Terebent. venetæ lotæ in aq. vitæ §.vj.
Mellis rosati colati § . i i j .
Succi plantaginis, apij et centaurij mi-
noris ana § . ij.
Bulliant omnia simul vsque ad consumptio-
nem succorum , auferantur ab igné ,
addendo
Farinæ bordei et fabar. ana g . j.
Theriac. Gai. g . G .
* Aloes , myrrhæ, aristolochiæ, ana g . iij.
Croci 3.j.
Fiat mundificatiuum 1 .
Or il est ainsi que long temps apres
l’amputation, les patiens pensent en-
core auoir en son entier le membre
qui leur a été amputé, comme i’ay dit:
ce qui leur aduient, comme il me sem-
ble , pource que les nerfs se retirent
vers leur origine. Car, comme escrit
Galien au liure De rnotu musculorum,
contraction est la vraie et propre ac-
1 Tout ce commencement du chapitre ne
date que de l’édition de 1504; avec le para-
graphe qui suit recommence seulement le
texte de 1552.
tion du nerf et muscle , et quant à
l’extension , ce n’cst tant action que
mouvement G Or les nerfs en se reti-
rant font grande douleur, et presque
semblable aux rétractions qui se font
aux spasmes. Pour à quoi remédier,
faut leur frotter la nucque et toute
la partie allèctée auec le Uniment qui
s’ensuit, et qui est de grande efficace
contre spasme, paralysie, stupeur,
contorsions , distensions , et autres
affections, principalement des par-
ties ner ueuses, prouenanles de causes
froides.
if. Satuiæ, chamæp t. maioranæ, rorisma-
rini, menthæ, rutæ, lauand. ana m. j.
Florum camomill. mclil. summitatum
anethi et hypcrici ana p. ij.
Baccarum lauri et iuniperi ana § . ij.
Radie, pyreth. 3. ij.
Mast. assæ odoralæ ana g.j fi.
Terebenlhinæ venetæ Ib.j.
Olei lumbricorum, anethi et calellorum
ana g . vj.
Olei terebenlhinæ g . iij .
Axungiæ humanæ § . ij.
Croci 3. j.
Vini albi odorilcri ib.j.
Ceræ quantum sufTicit :
Contundenda conlundantur, puluerisanda
putuerisentur, deinde maccrentur om-
nia in vino per noctem, posleà coquan-
tur cum oleis et axungia prædiclis in
vase duplici : fiat linimentum secundum
artem : in fine adde aquæ vitæ g . iij 2.
D’auantage en traitant cesle playe, il
est conuenable de procurer la cheute
des extrémités des os que la scie
1 Cette citation de Galien a été ajoutée
en 1579.
2 L’édition de 1552 présente ici un pas-
sage supprimé dans les suivantes, attendu
qu’il se rapportait exclusivement au traite-
ment des amputations où l’on avait cauté-
risé les vaisseaux.
« Et alors que l’on verra qu’il sera temps
LE DIXIEME LIVRE
Q.3‘2
et l’air auront touchés 1 : ce que le
Chirurgien fera par l’application (les
cautères actuels sur lesdits os, en l’ap-
plication desquels se doit bien garder
de toucher aucunement les parties
sensibles: mais en vser discrètement,
comme i’ay descritpar cy deuant. Sur
quoi tu noteras , que les os ne se doi-
uent tirer par violence, ains en leses-
branlant peu-à-peu : desquels nonob-
stant tu ne dois esperer la cheule de
trente iours , ou plus ou moins, apres
de faire tomber les eschares; fault appli-
quer rnedicamentz suppuratif;? et moleficatifz
(émollients) qui en relaxant font venir le
pus entre les dictes eschares et la chair,
comme vn tel.
7f. Farinæ frumenli et liordei ana 5 . iiij.
Cum decoclo maluarum violarum, et radicis
allheæ , adde :
Rutyri sine sale et axungiæ suillœ lique—
factæ ana 5 . ij.
Vitellos ouorum numéro iiij.
Fiat cataplasma secundum artem.
» Ou basilicon auec hui lie rosat, ou beurre
seul , ou iaulne d’œufs agitez et battus en
huile : et generalement toutes choses vnc-
tueuses.
» Apres la chute desdictes eschares, fault
mondifier auec tel ou semblable mondi-
ficatif.
g?. Terebenthinæ venetæ 5 . iiij.
Syrupi rosati , et absinth. ana 5 . ij.
Pulueris radicis aristolochiæ , ircos ,
maslich., aloës, myrrhæ, ana § . G .
Fiat mundifical'.uum.
Autre.
Terebenthinæ lotæ in aqua vitæ, etc. »
(Suit la deuxième formule que l’on ren-
contre dans le texte actuel de ce chapitre;
après quoi l’auleur ajoute:)
» Le monditicalif de apio est aussi en tel
cas fort conuenable. » Folio 67.
1 L’édition de 1552 dit: — Que les cau-
tères et air auront touché : qui se fera pur la
réitération des cautères aeluelz , etc.
l’ampnlation. Ce fait, tu vseras des re-
mettes propres pour consumer les
chairs spongieuses et supercroissan-
tes, comme sont vitriol bruslé1, pou-
dre de mercure , et autres , entre les-
quels l’alun cuit et puluerisé en ce cas
est fort commode , si on l’applique
seul ou auec autres mondificatifs.
De ces remedes tu pourras vser ius-
ques à l’entiere guérison de l’vlcere,
et les diuersifier comme tu verras
qu’il en sera besoin *.
1 Le chapitre finit ainsi dans toutes les
éditions à partir de celle de 1564; mais au
lieu de la dernière phrase, l’édition de 1552
portait :
« El te sentira (l’alun puluerisé) de cica-
triser ou faire le cuir, et paracheuer la cure de
l’vlcere : laquelle parfaicte , le patient pourra
auoir main de fer, s'il a souffert amputation de
la main, ou iambe de bois , etc. » Folio 68.
Et suivaient les figures des divers mem-
bres artificiels; jambes, mains, bras, avant-
bras. Ces figures avaient été également con-
servées en cet endroit dans l’édition de 1564,
où elles constituaient avec leur texte le cha-
pitre 29 du Liure septième; plus tard, et
dans les éditions complètes, elles ont été
reportées au Livre de la prothèse , ou des
moyens d'adiousler ce qui defaut , chap. 12.
Au reste, on voit que Paré attache assez
peu d’importance aux procédés spéciaux
d’amputation pourchaque membre; il prend
la jambe pour type, et semble d’avis que le
procédé sufiït et doit être le même pour tous
les membres. On trouve cependant un pro-
cédé particulier pour les doigts ( Liure des
operations , chap. 30) ; on le verra dans le
chapitre suivant, pratiquer une désarticu-
lation du coude. La grande Apologie con-
tient plusieurs observations d’amputations
faites suivant la nouvelle méthode, c’est-à-
dire avec ligature des vaisseaux ; mais il est
à noter qu’il ne s’agit là encore que des
doigts ou de la jambe. L’amputation de la
cuisse dans la continuité effrayait les chirur-
giens de cette époque, comme elle avait effrayé
leurs devanciers; il semble même qu’il en
était ainsi de celle du bras. Dalechamps, qui
2.33
DES C0NTVS10NS, COMBVSTIONS ET GANGRENES.
CHAPITRE XXVIII.
HISTOIRE MEMORABLE ü’VNE MORTIFI-
CATION ADVENVE A VN SOLDAT, AV-
OVEL LE BRAS F VT COVPE A LA
IOIXTVRE DV COVDE t.
l’estime auoir assez amplement
traité les moyens de curer la Gan-
grené et Sphacele: toutesfois à fin que
tu puisses mieux entendre ce que i’ay
dit, ie te feray récit (comme pour
met en regard dans son ouvrage les grandes
autorités chirurgicales , ne va pas au-delà
de ce qu’enseignait Albucasis: c’est-à-dire
que dans les cas de gangrène on amputait
dans les articulations des doigts, du poignet
et du coude, des orteils , du cou-de-pied et
du genou ; mais quand la gangrène mon-
tait plus haut, elle était considérée comme
mortelle, A celte doctrine d’ Albucasis on
ajoutait celle des anciens qui coupaient
dans la continuité, mais toujours au-dessous
des grandes articulations du genou et du
coude; et la désarticulation du cou-de-pied,
si elle avait jamais été pratiquée, se trouva
naturellement proscrite, ainsi que celle de
la partie inférieure de la jambe , par l’au-
torité d'A. Paré, appuyée de son histoire du
capitaine Le Clerc
1 Ce chapitre fait déjà suite au Traité de
gangrené el mortification dans l’édition de
1552, où on le trouve rédigé dans les mêmes
termes, folios 73 à 70, à part quelques chan-
gements de peu d’importance qui ont été
faits dans les éditions ultérieures, et qui
seront notés en leur lieu. Mais l’histoire qui
en fait le fond avait déjà été publiée dans le
Traité des plages d’hacquebules de 1545; elle
commence au folio 22, immédiatement après
ce qui fait aujourd’hui le chapitre 10; et
elle offre d’assez notables différences avec le
récit actuel pour qu’il y ait intérêt à les re-
produire. Voici d’abord comment elle est
annoncée.
« Aultres plus griefs aceidens suruiennent
comme i'ay predict, à cause de la grande
exemple) d’une cure que ie fis estant
à Thurin au seruice de Monsieur le
Maresclial de Montejan.
Un panure Soldat receut au bras
senestre près le carpe et iointure de
la main, un coup deharquebuse : au
moyen duquel la balle auoil dilaceré
et rompu plusieurs os, tendons et au-
tres parties nerueuses, dont suruint
gangrené, puis esthiomene iusques
à la iointure du coude , et iusques à
l’espaule y auoit gangrené , et en la
moitié du Thorax grande inflamma-
dilaceration et ruption des parties nerueuses,
et fractures d’os : comme spasme, paralysie,
gangrenés, sphaceles, mortifications, et aul-
tres : desquelz suffira en faire mention d’vn
pour exemple, lequel je vy estant à Turin
au service de monseigneur le mareschal de
Monte Ihcan, l’an mil cinq cens trente
huict. »
L’histoire commence ensuite ainsi qu’on
la lit ici jusqu’à la mention de la gangrené ;
alors l’auteur continue :
« Semblablement auoit grands routz, des-
quelz la cause principale estoient les vapeurs
pourris, etcsleués de la mortification , qui
ainsi se communiquoient aux parties nobles
par le moyen des veines et arteres (folio 23,
verso.). Or futledict souldart délaissé de plu-
sieurs chirurgiens : parquoy ie fus appellé,
et voyant grande noirceur, feteur, froideur
(pour l’extinction de chaleur naturelle),
grande mollesse, en laquelle quand éstoit
comprimée demeuroitcauité sans se releuer,
et séparation du cuir d’auec la chair soub-
iacente : aussi priuation du mouuement et
sentiment, qui sont les vrays signes d’esthio-
menes et mortifications : donc voyant lelz
signes et stimulé de quelqu’un de ses amys,
mea de pitié, i’osay suiuant le commande-
ment de nostre art , luy extirper le bras par
la ioincture du coulde : mais auparauant
l’œuure , luy feis ligature audessus du coul-
de, assés estroitement serrée, tant pour
euiter l’hemorrhagie que pour luy liebeler
et empescher le sentiment pendant l’opera-
tion : ce nonobstant y suruint grande lie-
LE DIXIÉME LIVRE,
234
fion , et ja notable préparation de
gangrené : dont auoit le patient grands
routemens, syncopes inquiétudes, et
autres mauvais accidents denonceans
la mort. Parquoi ledit soldat fut dé-
laissé de plusieurs Chirurgiens, et
morrhagie , à cause des grands vaisseaulx
qui sont en icelle partie : et nonobstant
laissay suiïisemment fluer le sang pour
iniculx descharger et alléger la partie, et
scicher la gangrené, ia tendant à sphacelus
et mortification, puis i'arretay le sang auec
cautères actuelz : et ainsi i’amputay ledict
liras sans scie, peureeque la mortification
n’estoit onltre la ioincture. Ce faict desliay
la ligature, faisant sur la gangrené trois
grandes et profondes incisions, euilant la
partie interne du bras , à cause des vais-
seaulx, et grande multitude de nerfz qui y
sont: et de rechef cautcrisay lesdictes inci-
sions , tant pour arrester le sang que pour
roborer la partie, pour raison de la grande
dessiccation, consuinption et viuificalion
que font lesdicts cautères en telles dispo-
sitions. Puis i’applicquay grande quan-
tité de refrenatifz et repercussifz sur l’in-
tlammation du thorax : et aussi sur la gan-
grené, pour osier l’ardeur et qualité du feu
délaissée par les cautères, comme cestuy.
T.. Boli armeni subtiliter pulueri lib. vnam.
Terræ sigillatæ § . iiij.
Albumina ouorumdecem.
Olei rosati § . vi.
Aceti § . iiij.
Aquæ plantaginis et solani ana 5 . iij.
Incorporentur omnia simul , fiat Uni—
mentum.
» Aulcuns vsent d’huiles seules aux in-
flammations : ce que ie n’appreuue, pource-
que promptement s’enflamment au moyen
de leur substance oléagineuse. Et tost apres
pour conforter le patient, tant pour la reso-
lution des esprits que pour les vapeurs in-
fectes qui estoient communiquées aux par-
ties nobles par les veines et artères du lieu
gangrené : ie luy donnay à boire vne drach-
me de theriach dissoult en eaue de fleurs
de buglos c et borraiche : ce que ie conti-
alors fus stimulé d’aucuns de ses amis
de le visiter, ce que ie fis : et apres
avoir connu ladite mortification ,
prins la hardiesse, suiuant le com-
mandement de nostre Art, luy couper
le bras par la iointure du coude. Et
nuay par aulcuns iours , en luy faisant vser
de sirops cordial/., comme rosat, de bu-
glosse : et parfovs conserue de roses, et sur
le cœur luy applicquay tel epilheme :
if. Aquæ buglossi, rosarum, nénuphar, ana
5-i'j-
Aceti scvllitici § . vnam.
Milhridalii , theriaeæ ana 3. iij.
Trochiscorum dccamphora 3. vnam.
Florum cordialium puluerizat. ana p. ij.
Croci 3.vnum.
Dissoluantur omnia simul , fiat epilhema.
» Et souuent estoit applicqué tiede, auec
vne esponge neufue, et ainsi continuay les-
dictes choses , iusques à tant qu’il n’auoit
aulcuns roulements. Et pour faire cheoir les
eschares, i’y applicquay tel detersif.
if. Olei rosati , butyri recentis et sine sale
ana 5 . iij.
Vitellos ouorum iiij.
Theriaeæ Gai. 3. ij.
Croci 3 . semi.
Incorporentur simul.
» Et en vsay tant que lesdictes eschares
furent cheutes. Et sur la partie gangrenée,
cestuy cataplasme et non medicamens reper-
cussifz, pou rce qu’ilz opilent etesteignent
la chaleur naturelle de la partie gangrenée.
if. Farinæ fabarum, orobi, liordei, fœnigr.
ana lib. semis.
Salis communis 5. iiij.
Mellis communis fl>. semis.
Florum camomillæ, anelh. et melilo.
ana m. semis.
Aquæ vitæ 1b. semis.
Incorporentur omnia simul, et bulliant pa-
rurn cum oxymel. scyllilic. quantum
sufficit : liât cataplasma vt decet.
» I’ay trouué ledict cataplasme de grande
DES CONTVSIONS . COMBVSTTONS ET GANGRENES. Qo5
en premier lieu luy liay estroitement
le bras au-dessus du coude pour les
raisons susdites : ce fait, luy coupay
le bras sans scie, pour-ce que la mor-
tification n’estoit outre la iointure du
coude : et là commençay l’amputa-
tion , incisant les ligamens qui ioignent
les os. Et ne se faut esbahir de telle
amputation de la iointure : car Hip-
pocrates en la quatrième section de
et merueilleuse efficace : et non sans raison,
ppurce qu’il est apéritif et incisif, à cause
de l’oxymel, et desiccatif pour les farines et
sel , résolutif pour les fleurs , roboratif de la
chaleur naturelle pour l’eaue de vie, et dé-
tersif pour le miel.
frn autre de sembluble vertu,
x. Farinæ fœnigr. faba. orobi et lupinorum
ana § . v.
Succi absinth. saluiæ ana g . iiij.
Salis communis § . iij.
Olei auethi et ctaam. ana § . iij. semis.
Terebinth. g • sex.
El cum sulficienli quant, lixiuij. tonsoris,
ad ignem lentum fiat cataplasma : in
fine adde aquæ vitæ 5 . iij.
» Apres les eschares cheutes n’auoit grand
sentiment à la chair : parquoy vsay d’ablu-
tion faites en telle maniéré.
X. Laxiuij. clari , aceti ana ft. vnam.
Aquæ vitæ ft>. semis.
Salis communis 3 . iiij.
Ægyptiaci 3 . sex.
Rulliant omnia simul.
» Puis applicquois sur les plumaceaux de
l’vnguent qui s’ensuit.
X. Mellis rosati § . quatuor.
Aluminis rochæ § . très.
Floris æris § . ij.
Salis gemmæ § . vnam.
Sublimati g . vnam.
Aceti rosati § . sex.
Bulliant omnia simul vsque ad spissitudinem
mellis, fiat vnguentum.
» Et apres que les eschares estoient sepa-
son liure des Articles, la.recommande
et dit quYlle est fort facile à guérir,
et n’y voit rien à craindre que la syn-
cope, à cause de la douleur en l’incision
des tendons et ligaments communs.
Won incision faite, nonobstant la
ligature suruint grand (lux de sang,
à cause des vaisseaux qui sont en
icelle partie, lequel laissay suffisam-
ment couler pour descharger, alle-
rées, ie detergeoie , et mundifioie auec tel
mundificatif :
2£. Terebenlh. lotæ in aquû vitæ g. sex.
Mellis rosati colati §. très.
Succi plantaginis, apij, cenlaurij mi-
noris ana g . duas :
Bulliant omnia simul vsque ad consump-
tionem succorum, auferantur ab igné,
addendo
Farinæ hordei et fabarum ana g . vnam.
Theriacæ g . semis.
Aloës, myrrhæ. aristolochæ ana § . très.
Croci 9. vnam.
Fiat mundificatiuum.
» Puis incarnay auec tel sarcotic.
2f. Therebenlh. venet. lotæ in aquà hordei
^ . quatuor.
Mellis rosati ^ . duas.
Farinæ hordei 5. vnam semis.
Thuris, myrrhæ, aloës, ireos ana 3. vnam.
Incorpor. omnia simul et fiat sarcoticum.
» Et fault augmenter ou diminuer la sic-
cité , selon la quantité et qualité de la
sanie. »
Après tous ces détails il passe à l’histoire
du spasme qui saisit le malade ; il n’a rien
changé à la description, mais il décrit les
liniments tout au long, les voici :
Olei prædicti ex decoc. catellorum g .'sex.
Olei cham. anelhi, lilio. et de euphorbio
ana 3. ij.
Vnguenli dialth. § . iiij.
Aquæ vitæ § . ij. semis.
Liquéfiant omnia simul, fiat linimentum.
« En pareil cas on pourroit vser de celuy
q36
LE DIXIÉME LIVRE,
ger, et euentilcr la partie, et aussi
pourempescher la gangrené qui estoit
au bras, ja tendant à mol lification.
Puis arrestay ledit sangauec cautères
actuels, n’ayant en ce temps-là au-
tre melliode ni façon de faire :
ce fait, desliay doucement la li-
gature , et apres fis sur la gan-
grené plusieurs grandes et profondes
incisions , euitant la partie interne du
bras, à cause des grosses veines, ar-
tères, et multitude de nerfs qui y
sont. Et de rechef cauterisay quel-
qu'vnes des incisions, tant pour ar-
rester le sang, que pour deseicher et
consumer aucune matière virulente
imbue en la partie : puis appliquay
des remodes cy deuant escrits, sur
icelle : et sur l’inflammation du Tho-
rax , grande quantité de refrenatifs et
repercussifs : pareillement epithemes
qui s’ensuit, lequel est de très grande effi-
cace contre spasme, paralysie, stupeur et
contorsions, distensions et aultres affections,
principalement des parties nerueuses pro-
uenantes de causes froides.
"if.. Saluiæ , chamepiteos, etc.»
Ici la longue formule que l’on a lue à la
pagc231, deuxième colonne; car ce que Paré
oublie le moins ce sont ses formules, et
parmi les précédentes on a dû en remarquer
aussi qui ont trouvé place en quelque autre
endroit du texte actuel.
Le malade est ensuite mis dans le fumier,
où bientôt il est prisd'un petittlux de ventre
et d’une grosse sueur ; puis l’auteur ajoute :
« Et cependant qu’il ne pouuoit ouurir la
bouche, le nourrisoye de laict venant de la
vache et par interualles de sorbilions : par
ce moyen fut guery de spasme. »
On voit qu’il ne s’agit en aucune façon de
l’emploi des dilalatoires. Ce fut dans l’édi-
tion de 1662 que Paré dit qu’il les avait em-
ployés; et celui qu’il figurait n’était autre
que celui qu’il reporta plus lard au Liure
des ulayes en general . cliap. 10, De la cure
da spasme, où nous l’avons reproduit. Dans
sur le cœur, et autres choses cordiales
que ie luy donnay : lesquels remedesie
continuay iusques à tant que les rou-
temens et autres accidens aduenus
par le moyen des vapeurs esleuées de
la pourriture, et communiquées au
cœur par les arteres , furent sedés et
appaisés.
Or ie ne puis omettre à raconter
(pour s’en donner garde) que quinze
iours apres suruint au pauure soldat
vn spasme, lequel i’auois parauant
prognostiqué, à cause du froid , et
qu’il estoit mal couché en un grenier,
là où non seulement avoit peu de
couuerture , mais aussi estoit exposé
à tous vents , sans feu , et autres cho-
ses necessaires à la vie humaine. Et
le voyant en tel spasme et retraction
de membres, les dents serrées, les
léures et toute la face tortue et reti-
l’édition de 1664 c’était encore la même
figure, mais il y joignait celle que l’on voit
ici , avec ce litre : Autre dilataioire plus
fort. Enfin, dans les éditions complètes, c’est
ce dernier qui est resté , et qui est réputé
avoir servi au pauvre soldat de Turin, à une
époque où très probablement il n’avait pas
encore été inventé.
Deux autres phrases ont été aussi très mo-
difiées, et il peut être utile de les rétablir,
soit comme document touchant l’histoire de
Paré lui-mèine , soit pour rétablir l’intégrité
de l’observation. Les voici comme on les lit
dans la petite édition de 1646 :
« Ce que souuentes foys auois veu faire et
faict à l’Hostel-Dieu de Paris, en cas sem-
blables. Ainsi tomba assés bonne partie de
l’exlremité d’iceluy os adiutoire, tant à
cause de l’air intérieur, etc. »
Ajoutons, pour compléter nos remarques
sur le texte de cette histoire, que la men-
tion d’Hippocrate à propos de l’amputation
dans les articles n’y a été insérée qu’à partir
de l’édition de 1 676, et que l’observation faite
par l’auteur à propos des cautères actuels,
n’ayant en ce temps-là autre méthode ni façon
défaire, ne date que de l’édition de 1664.
DES CONTVSIONS, COMBVSTIONS ET GANGRENES. ‘iZ’]
fée , comme s’il eust voulu rire du ris
Sardonic, qui sont signes manifestes
de conuulsion : esmeu de pitié , et dé-
sirant faire le deu de mon Art, ne
pouuant autre chose luy faire pour
lors , le fis mettre en vne estable en
laquelle estoit grand nombre de bes-
lail et grande quantité de fumier :
puis trouuay moyen d’auoir du feu en
deux rechauds, près lesquels luyfrot-
tay la nucque, bras et iambes, euitant
les parties pectorales , auec linimens
cy deuant escrits pour les rétractions
et spasmes. Apres enueloppay ledit
patient en vn drap chaud , le situant
audit fumier, l’ayant premièrement
garni et couuert de paille blanche :
puis fut dudit fumier très bien cou-
uert, où il demeura trois iourset trois
nuicts sans se leuer : dedans lequel
luy suruint vn petit flux de ventre et
vne grosse sueur : ce pendant com-
mença vn petit à ouurir la bouche,
dont peu à peu luy aiday auecques
tel instrument, lequel ie mettois entre
ses dents.
Apres auoir ouuert la bouche par
cedit instrument, luy mettois vn petit
baston de saux1, à fin que la bouche
demeurast ouuerte, ayant retiré le-
dit instrument: et ce pendant qu’il ne
pouuoit mascher, ie luy faisois donner
du laict de vache et œufs mollets : par
ces moyens fut guéri dudit spasme.
Consequemment ie suiuisla cure du
bras , en réitérant l’application des
cautères actuels sur l'exlremité de l’os
adiutoire, pour tousiours consumer et
seicher les humidités estranges : et te
faut noter, que le patient auoil grande
délectation lors qu’on luy appliquoit
lesdits cautères, pource qu’il disoit
sentir vn prurit tout au long dudit os
adiutoire, qui estoit pour la chaleur
communiquée par le moyen desdits
cautères le long de l’os. Ce que sou-
uentes fois auois veu aduenir à Fhos-
tel-l)ieu de Paris en cas semblables.
Ainsi tombèrent grandes squames
ou escailles de l’extremité dudit os,
tant pour l’air extérieur, que pour
l’application desdils cautères. Pareil-
lement ie fomenlois souuent la partie
affectée, pour tousiours la deseicher
et roborer : lesquelles fomentations
esloient faites auecques vn vin aus-
tère, gros et astringent , auquel fai-
sois bouillir roses rouges, absinthe,
sauge, laurier, fleurs de camomille
1 II est besoin d’expliquer ce que c’était
que ce baston de saux que Paré mctlait
entre les dents de son malade. Il n’en est
pas question dans l’édition de 1545. Celle
de 1552 porte : vn petit bois de baston de
torche ; celle de 1564 , vn petit baston de tor-
che ; ce qui veut dire un de ces petits bâtons
que l’on met dans les fanons à fractures.
Voyez le Liure des bandages, chap. 10. C’est
à partir de l’édition de 1575 qu’on a lu bus-
ton de saux ; l’édition latine traduit : Inscrits
hinc et illinc salicis bacillis , de petits bâtons
de saule.
LE DIXIEME LIVRE
238
etmelilot, aneth , et autres medica-
mens prédits: par ainsi fut guéri le
pauure soldat.
Parquoy faut que le Chirurgien ait
tousiours deuant les yeux, que Dieu
et Nature luy commandent ne laisser
les paliens sans faire tousiours son
deuoir, combien qu’il preuoye tous
signes mortels. Car Nature faitsou-
uent ce qu’il semble au Chirurgien
estre impossible: comme tres-sage-
menl nous demonstre l’ vn de nos Doc-
teurs anciens, disant, Contingunt in
morbis monstra, sicut et in natura *.
A cette cause ie prie les Chirurgiens
1 Corn. Celsus. — A. P. — Cette note mar-
ginale ne se trouve que dans l’édition de 1562.
Ici finissent le chapitre et le livre dans
toutes les éditions complètes; il est donc
essentiel de rendre raison de l'addition des
deux derniers paragraphes.
Ces deux paragraphes, tout-à-fait dignes
et de la piété et de l’expérience d’A. Paré,
se lisent déjà dans son Traité des playes par
hacquebules de 1545, folios 59 et 61 ; ils sont
répétés dans l’édition de 1552 , folios 76 et
79, et enfin dans celle de 1664 , où le pre-
mier commence et l’autre termine le 2 Ie cha-
pitre du Liure des gangrenés et mortifications.
Ce 21* chapitre, intitulé : Recueil de quel-
ques histoires notables obseruées par l’aulheur,
a été retranché du livre dans les éditions
complètes ; et les histoires notables ont bien
été reportées ailleurs, mais les réflexions
qui leur servaient de prologue et d’épilogue
ne purent trouver place ; et en vérité, pour
les conserver, il fallait les mettre comme je
l’ai fait, au lieu qu’elles avaient primitive-
ment occupé.
C’est par ces réflexions que se terminaient
donc et les deux éditions de 1545 et 1552, et
le livre indiqué de celle de 1564. Mais à l’ap-
pui et comme exemple , chacune de ces édi-
tions apportait un certain nombre d’histoires
qui n’éiaienl pas les mêmes dans toutes.
Ainsi on lit dans l’édition de 1545 l’his-
toire du soldat du capitaine Renouard, re-
portée depuis par l’auteur au chapitre De»
i
commençans à operer en l’art , qu’ils
n’ayent vouloir délaisser les pauures
languissans, sansles me icamenter : ce
nonobstant quelques grandes playes
ou autres dispositions conlre nature
qu’ils puissent auoir. Car souuentes
fois l’on voit plusieurs playes, et au-
tres maladies, apres auoir esté délais-
sées et déplorées, guérir.
Et pour retournera nostre matière,
i’ay bien voulu traiter telles cures des-
esperées et laissées, à fin de tousiours
stimuler eldonner courageaux ieunes
Chirurgiens qui commencent à exer-
cer l’art, de non laisser les griefs bles-
playes de poitrine (ci-devant page 97); —
puis une autre où Paré se trouva en consul-
tation avec Thierry de Héry et Loys Drouet;
celle-ci avait été oubliée dans les OEuvrcs
complètes , je l’ai reportée au chapitre Des
playes du cerueau (ci-devant, page 71), cl
je saisis cette occasion de rectifier l’erreur
commise dans la note qui s’y rapporte, et
d'après laquelle cette histoire daterait seu-
lement de 1552. La troisième est celle du
serviteur de M. de Champaigne, intercalée
plus tard par A. Paré au chapitre 31 du Liure
des playes en particulier (voyez ci-devant,
page 92 ); et enfin après ces trois histoires
l’auteur continuait ainsi, folio 61 :
« Pareillement en rucompleroys de plusieurs
aultres, entre lesquelz aulcuns auoienl eu coups
d'estoc au trauers du corps, et toulesfoys oui
recouuerl santé: mais monslrer icy la méthode
et maniéré comme ils ont esté pensés, ce seroit
comme l’ay dicl , oullre mon scop , qui n’est
icy d’escripre la cure des playes : car i’ay pro-
posé, Dieu aydanl, en faire vue praclique ,
laquelle i’espere escripre et mettre en lumière
si ie connais ce mien petit labeur estre aggrea-
ble aux ieunes studieux de chirurgie. Et pour
retourner ànostre matière, etc.: comme le
paragraphe par lequel j’ai terminé le dixième
livre.
L’édition de 1552 contient sept histoires :
1° celle du soldat du capitaine Renouard;
2° celle où sout mentionnées Thierry de Hery
et Drouet; 3° l’histoire si curieuse de Pierre
l)FS CONTVSlOîfS, COMBVSTIONS Fl' GANGRENES.
ses, encore qu'ils ayenl signes mortels, |
mais s'efforcer à faire ce que l’art
commande : les priant n’y besongner
par acquit, ni aussi les laisser par de-
faut de payement s’ils sont indigens ,
mais plustost leur aider par vue cha-
rité, laquelle nous sommes tous tenus
par le commandement de Dieu exer-
cer l’vn enuers l’autre. Et là où on
auroit fait quelque cure digne de
louange, ne se la faut attribuer, mais
à Dieu : considérant et connoissant
Aubert, omise dans toutes les autres éditions
et que j’ai reproduite ci-devant, page 72;
4° celle du serviteur de M. de Champai-
gne ; 5° celle du duc de Guise, reportée au
chapitre De la commotion du cerneau [ ci-de-
vant, page 25); 0° une autre relative à l’ar-
gentier du roi de Portugal, qui se trouve
aujourd’hui au chapitre Des playes du ventre
inferieur (ci-devant page 10G); 7° et enfin
la dernière, concernant un gentilhomme de
Vitrey, omise dans toutes les autres éditions,
et que j’ai reproduite dans une note de la
même page 106. Après quoi l’auteur conti-
nuait ainsi :
« De plusieurs autres ie pourroye faire ré-
cit : mais monstrer icy comme Hz ont esté
pensés, ce seroil ( comme i’ay dicl ) oullre mon
scope, qui n’est d’esc'ire en ce lieu la cure des
playes. Cur i’ay proposé ( Dieu aydanl ) en
faire vne pratique, laquelle en bref fespere
mettre en lumière, auec les figures et pour-
truitz de tous ou de tu pluspai l des in-lrumenlz
qui appartiennent à la chirurgie, si te cognais
ce mien petit labeur entre uggreable aux ieunes
studieux de chirurgie. »
Et enfin suivait le paragraphe : Et pour
23q
que (ouïes bonnes choses procèdent
de luy, comme d’vue fontaine qui
ne se peut espuiser, ci rien de nous
comme de nous. Par ainsi luy faut
rendre grâce de toutes nos bonnes
œuvres : lequel ie supplie, de tout le
pouuoir qui est en moy mis par sa
bonté infinie , qu'il luy plaise nous
faire entendre la cause et lin pour
laquelle sa diuinité nous a donné
estre, à fin de n’estre frustrés d’i-
celie.
retourner à nostre matière, qui terminait
également l’ouvrage.
Enfin dans l’édition de 15G4, le chapitre
du 7e livre commence par le paragraphe :
le prie les ieunes chirurgiens, etc.; donne
ensuite les histoires première , quatrième cl
sixième de l’édition de 1552, et termine
sans plus par l’épilogue ordinaire.
Ici se présente une réflexion que je ne
saurais passer sous silence.
On comprend parfaitement pourquoi les
histoires transférées ailleurs n’ont pu être
conservées dans leur lieu primitif; on ne
voit pas aussi bien la raison de la suppres-
sion des autres. La seule que je puisse en
donner est la négligence avec laquelle l’au-
teur revoyait ses nouvelles éditions , et j’en
trouve ici même une preuve notable. L’édi-
tion de 1552 , en rapportant la sixième et
la septième observations, portait en marge;
Deux histoires comme exemples ; celle de 1561
annonce également en marge -.Deux histoires,
et cependant elle n’en donne qu'une. L’autre
aura probablement sauté avec le paragra-
phe suivant , et par un simple defaut d’at-
tention.
LE ONZIEME LIVRE
TRAITANT DES
VLCERES , FISTVLES ET HEMORRHOIDES
CHAPITRE I.
DE LA DEFINITION ET CAVSE DES
VLCERES.
Nous auons par cy deuant traité de
la nature , différence , causes , signes
et curation des playes sanglantes. Il
faut maintenant parler des vlceres,
qui est vne solution de continuité
aux parties molles, non sanglante,
ains inueterée , de laquelle sort pus
ou sanie, quelquesfois estant accom-
pagnée d'vne ou plusieurs indisposi-
1 Je trouve ce livre publié pour la pre-
mière fois dans l’édition complète de 1575;
toutefois la façon même dont il débute sem-
ble indiquer qu’il a paru d’abord avec le
livre Des playes en general et immédiate-
ment après, dans la petite édition de 1572
que je n’ai pu me procurer. Quoi qu’il en
soit, de 1575 à 1579 il a subi de Irès grandes
modifications. Dans la première édition, il
se composait en tout de 9 chapitres; 4 pour
les ulcères, et les 5 autres pour les varices,
les fistules et les hémorrhoides. Dans celle
de 1579, il se trouve augmenté de IG chapi-
tres tous consacrés aux ulcères, sans compter
d’autres additions de détail.
Du reste, c’est un livre presque entière-
ment emprunté à Hippocrate et à Galien,
comme on le verra facilement par les fré-
tions qui empeschent et retardent
l’vnion et consolidation d’icelle : ou
pour dire plus briefuement selon Ga-
lien, chapitre 6 du livre De conslUu-
tione arlis , solution de continuité
faite par érosion1 2.
Les causes sont internes ou ex-
ternes.
Les causes internes sont humeurs
pechans plus en qualité qu’en quan-
tité, et quelquefois en tous les deux :
lesquels pour leur malignité font
érosion au cuir et parties molles. Ce
qui prouient par vu mauuais régime
quentes citations de ces deux autorités; et
ce qui apparticn t en propre à Paré s’v ré-
duit à fort peu de chose.
Plusieurs auteurs du commencement du
xvic siècle avaient traité spécialement des
ulcérés; par exemple, Ange de Bologne et
Paracelse; je n’ai point mis toutefois leurs
doctrines en regard de celle de Paré dans
les notes ajoutées au texte , pour des raisons
tout opposées. Ange de Bologne a trop peu
de choses en propre; et Paracelse, au con-
traire , a des théories et une pratique trop
opposées de tout point à celles des anciens
et de Paré pour qu’il y ait quelque utilité
dans ce rapprochement. J’ai cru devoir me
borner à ce que j’en ai dit dans mon Intro-
duction.
a Cette citation est une addition de 1579.
DES VLCERES, FISTVLES ET IIEMORRHOIDES. 24 1
de viure , ou pour quelque vice qui
est en quelque partie principale,
comme au foie, à la râtelle, ou par
toute l’habitude du corps.
Les causes externes sont, comme
extreme froideur, qui occupera quel-
que partie , et principalement les ex-
trémités, à sçauoir bras et iambes,
dont s’ensuit douleur, qui est cause
d’attirer le sang et esprits à icelle,
qui se corrompent par le defaut de
la chaleur naturelle et extreme froi-
deur. dont s’ensuit l’vlceration de la
partie. Semblablement , vlcere vient
à raison d’un coup, ou froissement,
ou pour application de medicamens
acres , ou pour quelque combustion.
Aussi contagion et attouchement
peut eslre cause d’vlcere : ce qui est
manifeste à voir à ceux qui ont vlce-
res aux parties honteuses, ou qui au-
ront couché auec quelqu’vn qui au-
roil la maladie venerienne1.
1 Des deux tables qui suivent, la première
se rencontre déjà dans l’édition de 1575; la
seconde date seulement de 1579. Du reste
on peut en retrouver non seulement l’idée,
mais les principaux détails dans la chirurgie
de Tagault , comme nous l’avons dit déjà
pour les tables des tumeurs et des plaies en
général.
1 G
II.
i Propres de trois cho-
ses, à sçauoir, de la
/ Fi y ure, dont est I
dit l’vlcere i
Dimension en Ion- 1
gueur, largeur,
profondeur .■ vlcere
P>ond , tortu , crochu ,
triangle.
Long, court, large, es-
troit, médiocre, super-
ficiel, profond, moyen.
Simple , seul
et sans ad-
jonction
d’autre dis-
position, du-
quel sont
prises les
différences
Egalité ( Egal : aussi l0ng ’ large ’ Pr°-
ou inégalité , f°nd’ ®l Ce tant en Vn entJrüil
, ’ J qu’a lautre.
vlcere f , , . .
1 [ Inégal au contraire.
1 Temps, f Recent, Inueteré.
vlcere I De briefue ou longue durée.
Apparence, 1 Euident
vlcere i Caché
Du tout.
En partie.
Maniéré (le )
Deschiré, Incisé : Partie des-
Vlcekf.
est solution
de continuité
en partie
molle, d’où
sort matière
et sanie.-
ctest double.
Moins propres ou
accidentaires de
six choses, comme du
génération , /
vlcere ) chiré, et partie incisé.
/ Anterieur, postérieur.
/ Generale , 1 Intérieur, extérieur.
^ vlcere ) Supérieur, inferieur.
' Situation .
Spéciale
, Cause ,
/ vlcere
| Cacochyme
Rheumatique
( Enuenimé.
Partie
Dextre, senestre.
Au commencement,
au milieu, en la fin
d’vn Muscle, ou au-
tre partie.
f Similaire , vlcere au cuir , en la
) chair, etc.
j Organique , vlcere au nez , en
l’oreille , en l’œil.
Î Telephien, / que Telephus en a
1 esté malade.
Chironien , j queChiron en agita-
parce \ ri le premier.
! qu’il ressemble à tel
> Chancrcux, v animal.
Composé en
plusieurs
maniérés, qui
ne sont
différences
d’vlceres,
mais addi-
tions d’iccux,
' auec
Maladie en
, , /Chaud , froid.
Intemperature 1 „ , . ,
, ‘ ) Sec , humide.
simple ou c°mpo-’ M
et sec, chaud et humide.
s,x, v CCIC \Froidetsec, froid et humide.
Incommoderation, J Auec luxation, aspre, calleux, lislu-
vlcere ( leux, cauerneux, sinueux.
Intemperature et incommoderation
ensemble , vlcere
ÎPlilegmoneux.
Erysipélateux.
Oedémateux.
Scirrheux.
Symptôme ,
vlcere
Phagedenique , douloureux , sordide , viru-
lent, etc.
Cause et maladie,
Cause et symptôme ,
Maladie et symptôme ,
Cause , maladie et symptôme.
I Pour exemple accommode icy les ap-
> pellations dessusdites és ttrois coin-
| plications particulières.
A V T H E TABLE DES CHOSES ESTRANGES
Qui sortent des Vlceres, Fistules et Apos ternes.
La
différence
de la
matière
estrange
quisorides
vlceres,
fistules et
apostemes,
est prise
Simi-
laires,
comme
De la nature
des parties
rnesmes,
lesquelles
sont
Organi
« ques,
' comme
j' Des parties char- / Espais , égal, lisse, blanc, et non
neuses sort vn j fetide j appellé des anciens à cause
excrement ( de son espaisseur, pus.
Noir, verdoyant, huileux et fetide ,
et s’appelle par les Grecs Elœodes,
d’autant qu’il ressemble à l’huile.
— Celse , liu. 5, chap. 26.
Sanieux,/ Mais si par l’acrimonie
d’iceluy la veine est
crodée , il en sort vn
Subtil, { sang gros, et de l’artere
subtil , chaud et bouil-
lant, auec pulsation et
^Glueux,\ sautellement.
/ Et sort en toussant ,
^ et est quelquesfois
ietté, non seulement
par l’vlcere , mais
aussi parla bouche,
par le siégé et par
' les vrincs.
diuerse couleur et de
mauvaise odeur.
| Des os et cartila-
ges pourris ,
Des nerfs, veines,
arteres, tendons
et membranes >
qui couurent les
muscles ,
Du thorax,
/Fetide,
I Grisâtre ,
\ Cadauereux,
F Aucunesfois
' verdoyant,
Fort onctueux et glaireux.
■Du sang au Phlegmon,
De la diuer- 1
si té des
humeurs ,
comme
| De la diuer- 1
si té des
tumeurs ,
comme
De la ma-
tière qui
représente,
comme
\
De la bouche vlcerée, etf De
des parties pudibondes (
Des genoüils et autres
iointures
(Blanç.
| Esgal.
( Lisse.
( Iaunastre,
De la bile en Erysipele, j siddji
, t Noirastre,
De la bilenoire au Chancre, j j juic|e
i Aqueux,
De la pituite en l’Oedeme j yjSqueux.
’De la teigne, des escrouëlles , des j
charbons pestiférés, des bubons, F
veneneux, des contusions par bas- 1
tons à feu. J
Des gangrenés / Noire, fetide, verdoyante, sentant vne odeur si
et < puante et cadauereuse que difficilement on
mortifications ( la peut endurer.
En l’abcés nommé Meliceride, est semblable
en couleur et consistance à / Miel,
Slealome, \ Suif,
Alherome , V Bouillie.
En autres abcès , / Pierre, craye, sablon, charbon, coquilles de
autres corps qui ) limaçons , espics , chairs , cartilages , corne
ont forme plusf dure et spongieuse, os, poil, voirie certains
estrange, comme \ animaux, tant vifs que morts.
Fetide.
244 le onzième livré
CHAPITRE IL
QVE C’EST OV’lL FAVT ENTENDRE PAR
ces mots : Pus, Ichor, Sanies, Sor-
des, Rhos, Cambium et Gluten1.
Ichor et Sanies ne sont en rien dif-
ferens , sinon que Ichor est un mot
Grec, et Sanies est Latin. L’un et l’au-
tre est pris maintenant pour toute
humidité subtile et aqueuse qui est
contenue parmi les humeurs dedans
les veines : maintenant aussi pour
tout excrement sanieux , subtil et
humide, lequel sort des vlceres , ou
bien qui exude des corps morts. Ga-
lien l’accomparage au lait clair,
nommé en Latin Sérum : lequel est
tiré du lait caillé, quand on fait le
fromage2 : et est tel excrement
( comme escrit Celse 3 ) trouué aux
ulcérés malings , et principalement à
ceux des nerfs, quand une inflam-
mation a précédé.
Sordes est un mot Latin , tiré d’un
mot grec dit Rypos, lequel vient de
Rypao, ou Rypeo, qui est autant à
dire qu’estre ord , sale et crasseux.
Tellement que Rypos ou Sordes, si-
gnifie proprement le plus gros excre-
ment, lequel apres la troisième con-
coction, sort et exsude dessus la peau
et epiderme , où estant amassé il est
appellé crasse: et ceux qui abondent
1 Ce chapitre est encore une addition de
1579. Il se présentait avec te titre que je lui
ai laissé , sans prendre rang parmi les cha-
pitres , je l’ai intitulé Chapitre 2, ce qui
change toute la numération des suivants.
Au reste quelques unes de ces définitions
se lisaient déjà en 1575 à la fin du chapi-
tre 4, où elles ont été conservées malgré le
double emploi manifeste.
Malien, liure 2. Des elemens. — A. P.
s Liure 5. chap 26. — A. P.
en tel excrement sont nommés cras-
seux. Il se prend aussi pour l'excre-
monl 1 ou plus grosse ordure qui s’a-
masse aux vlceres , et qui s’apparoist
dessus la langue des febricitans. Pour
ceste cause , Galien dit 2 que Rypos ou
Sordes n’est autre chose qu’vn excre-
ment gros , qui rend l’vlcere ord et
salle, et Ichor ou Sanies, un autre
excrement aqueux et subtil, qui le
rend humide.
Ce mot , qui est en François ap-
pellé Bouë , en Latin Pus , et en Grec
Pyon , signifie un humeur putride ,
qui ressemble à peu près à la sub-
stance des parties spermatiques. Les
anciens l’ont ainsi appellé, à cause
de son espaisseur et blancheur, com-
me tesmoigne l’auteur du liure ap-
pellé Onomaslus.
Cambium , Itos et Gluten , ce sont
trois mots qui ont esté inuentés par
les recens pour exprimer la nature
de l’humeur alimentaire , lequel hu-
meur seul Galien escrit deuoir estre
dit proprement Alimentum, par ce
que actuellement il nourrit 3. Toutes-
lois pour sçauoir la distinction de ces
mots , il faut entendre que l’humeur
qui exude et sort dehors par les em-
boucheures des veines capillaires,
pour estre diffus et apposé aux par-
ties qui doivent estre nourries, est
appellé Itos, pour autant qu’en ma-
niéré et façon de rosée , il est espandu
par les places vuides des parties si-
milaires, pour leur nourrilure. Ice-
lui s’estant par assimilation un peu
espaissi et comme congelé , s’agglu-
1 L’édition de 1579 portait : Il se prend
aussi pour l'ordure qui s'amasse entre les on-
gles des doigts , comme il fait aussi pour l'ex-
cremenl, etc.
2 Liure 3 .de la méthode. — A. P.
5 Liure 7. chap. 6. De la méthode. — A. P.
DES VLCERES , Fl ST VE
tine et attache aux fibres solides des
parties, dont il est appelé Gluten,
ou carniforme : apres qu’il est trans-
mué et parfaitement assimilé à la
propre substance desdites parties ,
est appelle Cambium , qui est un mot
barbare.
CHAPITRE III.
LES SKiNES DES VLCERES.
Selon la diuersité et différence des
vlceres , il y a aussi diuers signes.
Car lors qu’il y a pourriture, et que
d’icelle sort vapeur fetide et cadaue-
reuse accompagnée de sordicie , c’est
signe d’vne vlcere putr ide. Ainsi, vlcere
corrosiue est celle qui, parla malignité
de sa matière, ronge et consomme les
parties qui luy sont voisines.
L’ vlcere sordide est pleine de gros
excremens et visqueux, auec vne
chair molle , superflue et crousteuse.
Vlcere cauerneuse a l’orifice petit et
eslroit, avec profondité non appa-
reille, et plusieurs anfractuosités de
coslé et d’autre , sans toutefois qu’il
y aye callosité ny dureté.
L’ vlcere fistulçuse est semblable à la
susdite, sinon qu’il y a callosité et
dureté des labiés et parois de la pro-
fondeur et cauernosité.
V vlcere chancreuse est horrible à
voir, ayant les léures dures et ren-
uersées, de laquelle sort un virus
puant et fetide, et quelquesfois du
sang , et autour d’icelle sont les vei-
nes tuméfiées, comme nous auons
monstre au chap. du Chancre.
Vlcere dyscrasiée est celle qui est ac
compagnée de quelque intemperalu-
re froide, chaude , humide ou seiche,
ou compliquée d’icelles.
ES ET H EMO P. RHO IDES. 245
Vlcere cacoëthe est celle qui ne se
peut guarir par remedes deuëment
appliqués , à cause qu’il y a au corps ,
ou à la partie ulcerée , quelque cause
occulte , de laquelle n’est possible
donner raison, qui empesche la gua-
rison.
L’ vlcere ’rheumatique est lors qu'en
la partie flue quantité d’humeur qui
l’entretient , comme l’on voit en 1” vl-
cere variqueuse, lors qu’elle est ac-
compagnée de varices , c’est-à-dire
grosses veines eminentes, tortues et
anfractueuses , remplies de gros
sang.
L 'vlcere apostematcuse est celle à la-
quelle y a tumeur contre nature ,
comme phlegmon , erysipelas , œde-
ma, scirrhe.
Vlcere chironique est celle de la-
quelle Chiron le Centaure, homme
bien versé en la connoissance des
simples , a guari plusieurs par le
moyen de l’herbe dite de son nom ,
Centaurium minus : ainsi que semble
monstrer üioscoride, chap. 7, liv. 5,
ou bien pource que Chiron en a esté
guari C Certes Galien, sur l’Aph. 22
de la 5. section, estime tels vlceres
malins, et ne faire jamais suppura-
tion louable : comme vlcere Telephien,
de laquelle a esté affligé Telephus.
CHAPITRE IV.
DV PRONOSTIC DES VLCERES.
Les vlceres malignes, qui durent
un an ou d’auantage , iaçoit qu’elles
soient pensées et medicamentées, se-
1 L’édition de 1575 ne cite en cet endroit
ni Dioscoride ni Galien , et dit seulement :
Vlcere chironique est celle de laquelle Cliiro-
neus a esté guary.
246 LF. onzième livre,
Ion raison, il est necessaire que Vos,
qui est le fondement de la chair vl-
cerée , soit altéré et corrompu , à
cause de la mauuaise disposition de
la partie, qu’elle a acquise par vn
long temps pour la defluxion des hu-
meurs malins dont elle a esté ab-
breuuée, ou pour la mauuaise dispo-
sition de l’os Et par ainsi il est ne-
cessaire que dudit os altéré se face
exfoliation, et en sortent esquilles,
comme chose qui est conlre nature :
et veu qu’il en est sorti de l’os qui ne
peut reuenir, il faut que l’vlcere es-
tant cicatrisée demeure caue.
Les vlceres qui aduiennent aupa-
rauant quelque maladie, ou durant
icelle , lors que. lesdites vlceres vien-
nent pâlies, liuides, noirastres et sei-
ches, c’est signe que le patient est
proche de mort , d’autant que les fa-
cultés qui nourrissent le corps sont
débiles et languides , qui ne peuuent
secourir de suc nourrissant la partie
malade 2. Et selon l’humeur qui sera
à la partie, l’vlcere en aura la cou-
leur : comme s’il y a quelque portion
de bile, sera iaunaslre : de melancho-
lie , liuide ou noirastre : et de pituite ,
blanchastre.
Ceux qui ont vlceres accompagnés
de tumeur, ne tombent souuent en
conuulsion, et ne deuiennent pas fols
ne insensés , d’autant que tels hu-
meurs malings contenus en la tu-
meur ne sont communiqués aux
parties nerueuses , ny au cerueau ,
dont s’ensuiuent les susdits acci-
dens. Mais si telle tumeur vient à
s’esuanouir sans aucune cause ma-
nifeste, comme pour application de
quelque médicament résolutif, ou
par quelque flux de sang, à ceux
1 Hipp. Aph. 45. liureC. — A. P.
2 Hipp. Progn. liure 1. chap. 8. — AP.
qui auront vlceres au dos aduien-
dra conuulsion , pour ce que la
susdite matière sera retournée aux
parties nerueuses et aux muscles du
Thorax , lesquels imhus de ceste ma-
tière par repletion , feront spasme et
conuulsion.
Et ceux qui auront vlceres à la
partie anterieure deuiendront fols,
insensés et pbreneliques , pour la
multitude des veines et arteres qui
est en icelles , par lesquelles tel hu-
meur est porté au cerueau , dont
s’ensuit phrenesie et manie1. Aussi si
elles occupent le Thorax , suruiendra
pleuresie , ou empyeme si la matière
découlé en la capacité du Thorax.
Les vlceres qui sont accompagnées
de tumeur laxe, signifient concoction
des humeurs qui sont à la partie, et
sont plus faciles à guarir que celles
qui sont accompagnées de tumeur
dure, d’autant que la nature et par-
tie du membre affectée n’en a fait
encore concoction : laquelle natu-
rellement en nous se fait par elixa-
tion , et non par assaliou , comme dit
Aristote au 4. des Météores-, qui est
cause qu’aux tumeurs, la mollesse
est signe de concoction et miliûcation
de la matière.
Les vlceres qui sont aux parties pi-
leuses, quand le poil* qui est autour
chet , ou bien quand le cuir qui est
autour se defleure, sont rebelles,
malignes et difficiles à cicatriser s:
pour ce qu’elles demonstrent qu’il y
a au profond de la partie quelque
mauuais humeur, qui ronge et cor-
rode tant le cuir que la racine des
cheueux, qui naissent et s’entretien-
nent en nous de l’exhalation d’vn suc
1 Hipp. liure 5. Aph. 65. — A. P.
2 Citation ajoutée encore en 1579.
2 Hipp. sect. 5. Aph. 67. — A. P.
DES VLCERES, FISTVLF.S ET IIF.MORIÎIIOIDES.
louable et nourrissant : d'où vient
que par les longues fleures , et par la
verole et ladrerie, le poil tombe.
Es vlceres où il y a carie d’os, si la
chair est liuide, comme plombée, ou
de couleur citrine , c’est mauuais si-
gne : car cela dénoté que la chaleur
naturelle est esleinte, que l’os suiet
est grandement altéré et corrompu
Les vlceres qui suruiennent à cause
de quelque maladie, comme pour hy-
dropisie, sont très-difficiles à guarir2 :
semblablement celles qui sont accom-
pagnées de varices , de quelque in-
temperature , ou qui ont les bords
durs, et qui sont de figure ronde3.
Toute vlceçe remplie de chair et ci-
catrisée, si elle renouuelle,est en dan-
ger de tomber en fistule: semblable-
ment si elle occupe quelque tendon ,
est difficile à guarir et tres-doulou-
reuse 4. Es vlceres qui n’ont esté
mondifiées comme il appartient, s’en-
gendre tousiours supercroissance de
chair : si elles occupent quelque bras
ou .jambe, exc.tent souuent phleg-
mon ou autre tumeur aux aines et
parties glanduleuses, et principale-
ment si le corps est cacochyme. Car
telles parties sont suieltes à fluxion
pour leur imbécillité et rarité.
Albucrasis dit , que pour neuf cau-
ses les vlceres sont difficiles à gluli-
ner, incarner, et cicatriser. La pre-
mière, quand le corps a faute de sang.
La seconde, quand il peche en qua-
lité. La tierce, par l’indeuë applica-
tion des medicamens qui ne ltiy sont,
conuenables. La quatrième lors que
Fvlcere est sordide. La cinquième ,
1 Hipp. liure 6. Aph. 4. — A. P.
2 Hipp. Aph. g. liure 7. — A. P.
5 Hipp. De vlceribus. — Galien, cbap. 2. et
5. dli 4. De la metlwile. — A. P.
■* Auicenne. — A. P.
247
quand l’vlcere est putride ou pourrie.
La sixième , quand en vne prouincc
il régné quelque pestilence, ou ma-
ladie epidemique , qui fait les vlceres
difficiles à guérir. La septième, quand
il y a callosité. La huitième, quand
la nature du pays est telle, que les
vlceres y sont de longue durée, com-
me en Saragoce d’Aragon , où les
apostemes durent vn an. La neufié-
me , quand les os sont carieux et cor-
rompus.
Cornélius Celsus dit qu’il y a aucuns
signes, par lesquels on peut connoistre
combien ii faut esperer ou craindre,
touchant la curation 1 : car les signes
qui nous dénotent quelque chose de
bon , sont dormir et repos , librement
respirer, n’estre point altéré, n’auoir
en horreur et desdain les viandes,
estre exempt de fiéurc, et si le ma-
lade l’auoit eue , ne l’auoir point :
aussi que l'vlcere rende vn pus blanc,
poly et esgal , et non de mauuaise
odeur. (Nous disons le pus estre poly,
quand toutes ses parties sont cuites , et
ne se trouue aucune aspérité à l’attou-
chement, qui puisse monstrer qu’il y
ait encores quelque portion d’humeur
crue et non meurie : nous l’appelions
égal, quand il n’est point de parties
dénaturé dissemblables: nous le di-
sons blanc, quand il est non de cou-
leur blanche parfaitement , mais de
couleur de cendre2.) D’autant que
telles choses signifient que la chaleur
naturelle concurrant en la généra-
tion, surmonte celle qui est contre
nature, et que la matière obéît à l’o-
peration de la chaleur, dont la mau-
uaise complexion du membre est rec-
tifiée : et par conséquent , Nature
lCorn. Gels, liure 2. chap. 3. — A. P.
2 Cette parenthèse a été intercalée ici en
1579.
LF. ONZIÈME LIVRE ,
548
pourra mieux faire curation de ladite
vlcere.
Or les signes qui nous dénotent
quelque chose de mauuais, sont veille,
inquiétude , difficulté d’expirer et res-
pirer, grande alteration , desgouste-
ment,et voir les viandes à contre-
coeur, estre fébricitant , et de l’vlcere
sortir pus noir, limonneux et de mau-
uaisc odeur : d’auantage quand la
curation est bien nuancée , et s’il sur-
uient flux de sang. Car, comme dit
Hippocrates 1 , quand l’hemorrhagie
et soudaine effluxion de sang suruient
aux vlceres . qui pour l’inflammation
qu'ils ont, font grande pulsation, c’est
mauuais signe , pource que telle ef-
fluxion sortant de l’artere s’y arreste
assez difficilement : et aussi pource
que la partie est lors molestée d’in-
flammation et douleur a, par laquelle
le sang atténué et bouillonnant, se
desbonde tout àcoup, rompant de vio-
lence ses canaux et arteres : à quoy
s’ensuit vnautreinconuenient, sçauoir
mortification de la chaleur naturelle,
par la déperdition de sang : et par con-
séquent faute de suppuration, et en-
fin gangrené.
Il reste encore du prognostic parler
des excremens qui sortent des vlce-
res, à sçauoir vn nommé en Grec
Jchor,e t en Latin Sanies, lequel est
double : l’vn subtil et virulent, comme
on voit sortir aux piqueures des nerfs
et malings vlceres: l’autre est gras et
glutineux , qu’on voit ordinairement
sortir des playes des jointures. Il y en
a vn autre nommé Sorties, qui est en-
core plus cras (dont l’vlcere est dite
sordide ) de couleur noirastre , au-
tresfois rougeastre, cendrée, inesgale,
1 Hipp. liure 7. Aph. 2t. — A. P.
2 Le paragraphe s’arrête ici dans l’édition
de 1576 ; le reste date de 1579.
comme lie de vin , et d’odeur fetide.
La tenuité de la sanie issant des vl-
ceres, qui est rougeastre, semblable
à laueure de chair, monstre que la
matière est chaude, et si elle est blan-
chastre, monstre qu’elle est froide.
Et celle qui est blanche, polie, c’est à
dire, douce au toucher, égalé, et en
petite quantité, auecques vne visquo-
sitésans nulle mauuaise odeur, signi-
fie estre bonne, et que Nature fait
génération de chair.
CHAPITRE Y.
DE LA CVRATION DES VLCERES.
En la curation des vlceres deux
choses nous sont proposées : sçauoir
l'vlcere simple, laquelle n’est accom-
pagnée d’aucun accident: et l’vlcere
composée ou compliquée auec sa cau-
se, maladie ou symptôme.
Or l’vlcere simple, entant qu’elle
est vlcere , a vne commune indication
de curation , à sçauoir exsiccation.
Car toute vlcere, entant que vlcere ,
a besoin de desiccation, laquelle pour
ceste cause estant plus humide que la
playe , requiert plus grande desicca-
tion L
Or lors qu'il y a plusieurs compli-
cations qui accompagnent l’vlcere,
pour l’ordre de leur curation , Galien
veut2 que le Chirurgien méthodique
se propose trois principaux points ,
qui sont l’urgent, la cause, et la cho:- !*
sans laquelle la maladie 11e sçauroit
estre ostée.
Et pour facile intelligence de ce , i.‘
te donneray cest exemple. Posons le
1 Galien 4. et 5. Delà metliode. — Guidon,
Traité des vlceres. — A. P.
2 Galien 7. Méthode. — A. P.
D F. S VI, CERFS , F1STVLK I ET HEM O hit IiOl DES.
cas qu’il y ait vue \ Icere à la iambe,
située à la partie intérieure, vn peu
au dessus du malléole, estant fort dou-
loureuse, caue , putride, auec carie
en l’os, de figure ronde, ayant les
bords calleux et durs, auec tumeur
et inflammation des parties voisines,
accompagnée d’vne varice. L’ordre de
curation de telle vlcere se doit com-
mencer aux choses vniuerselles, ayant
esgard à l’habitude de tout le corps,
qui est plethoric et cacochyme : les-
quelles indispositions pourront estre
amendées par les six choses non na-
turelles ordonnées par le docte Mé-
decin : ce qu’estant deuëment fait ,
ostera la cause de ladite vlcere Car
tel est le commandement de Galien,
chap. t. du 4. liure des Medicamcns
selon les genres. Si (dit-il) le corps a
besoin de quelque préparation, il faut
qu'elle soit faite deuant que toucher
à l' vlcere. Car souuent pour la gua-
rison de quelques vlceres la seule pur-
gation suffit, à autres la seule sai-
gnée, à autres tous les deux, selon que
la cause de l’vlcere est cacochymie, ou
pléthore, ou tous les deux.
Et quant à la cure particulière,
nous aurons esgard à ce qui est le plus
vrgent , qui sera premièrement de se-
der la douleur par remedes contra-
rians à icelle : comme si c’est à raison
d’vne intemperature phlegmoneuse,
qui dés long temps a occupé, distendu,
et endurci la partie, elle sera ostée par
euacuation, faisant premièrement fo-
mentation d’eau chaude , à fin d’a-
mollir et relascher le cuir, et que l’e-
uacuation des humeurs contenus se
face plus aisément: puis on fera des
scarifications pour euacuer le sang ,
selon que l’on verra estre necessaire.
1 Le paragraphe se termine ici dans lïd:-
tion de 1575 ; le reste a été ajouté en J 579.
Si le malade estoit délicat, ne voulant
tolerer icelles scarifications, on appli-
quera des sangsues : puis sera mis sus
la partie vn emplastre de cerat réfri-
gérant de Galien , ou autre sembla-
ble : et pour parachcuer à vacuer
l’humeur arreslé, on vsera de remedes
conuenables, selon la doctrine escrile
és tumeurs contre Nature.
Cela fait , on aura esgard à la chose
sans laquelle la maladie ne pourra
estre ostée, qui se fera en gardant
l’ordre des susdites dispositions com-
pliquées : comme la carie, laquelle
sera ostée par cautères actuels : et en
l’application d’iceux on fera de sorte,
que l’on rendra l’vlcere d’autre figure
que ronde, àseauoir longue ou trian-
gulaire , et par ce moyen on consom-
mera la callosité, et la pourriture de
l’vlcere sera corrigée : puis on procé-
dera à faire choir l’escarre : et apres
on sera soigneux à l’exfoliation de
l’os , comme nous auons traité cy des-
sus, et on procédera au reste de la cu-
ration de l’vlcere, laquelle apres auoir
esté monditiée,scra remplie de chair :
pour la régénération de laquelle deux
choses sont necessaires : La première
est la cause efficiente : la seconde est
la matière dont est engendrée la
chair1. Or la cause efficiente est la
bonne température, non seulement
de tout le corps, mais aussi de la partie
affligée, par le moyen de laquelle se
fait attraction , concoction , apposi-
tion, et assimilation: et telle tempe-
rature doit estre conseruée et main-
tenue par bonne maniéré de viure ,
qui engendre vn bon sang, non chaud,
acre , bruslé, ni aqueux : car tel sang
pourroit rendre non seulement tout
le corps mal- disposé, mais principa-
lement la partie vlcerée. Quanta la
1 Galien 0. Méthode , chap. -3. — A. P.
25o
LE ONZIEME LIVRE ,
ma dore dont est procréée la chair,
c’est le sang- pur et syncere.ne péchant
ny en quantité ny qualité. Or en telle
génération il s'engendre double ex-
crement : vn , qui est humide appçllé
de nous sanie: l’autre plus espais,sor-
dicic'2. Tous deux, d’autant qu’ils sont
contre nature, empeschent la susdite
régénération, et pource doiuent eslre
ostés par leur contraire. Ce qui se fera
par medicamens, lesquels seront de-
siccatifs au premier degré, et mondi
lient médiocrement, desquels les vns
sont plus forts, les autres plus de-
biles : et pource le discret Chirurgien
en vsera auec méthode, considérant
le naturel de tout le corps et de la
partie vlcerée, l’assiette, formation,
et vertu d’icelle partie, ensemble l’a-
bondance de l’humidité et sordicie.
Car les femmes, d autant qu’elles sont
plus humides, demandent medica-
mens quiseichent moins, et les parties
charneuses requièrent medicamens
plus forts que les tendineuses, pour
leur sentiment exquis-, car, dit Ga-
lien, chap. 7. du liure4. de la Méthode,
toute partie fort sensible se doit trai-
ter sans douleur autant qu’on peut2.
Ainsi l’vlcere, tant plus qu’elle est hu-
mide, a besoin de medicamensjqui sei-
chent d’auantage : car la partie de-
mande eslre conseruée par choses
semblables , et l’vlcere requiert cho-
ses contraires à icelle.
Lors que l’vlcëre sera remplie de
chair parle bénéfice de nature et aide
du Chirurgien, il faut induire cica-
trice (qui est vne chair calleuse en-
duite en lieu de peau ) en appliquant
remedes qui deseichent sans acrimo-
nie ni mordication , si ce n’est en pe-
•
• Galien 3. Méthode, chap. 3. — A. P.
2 Cette nouvelle citation de Galien est
encore une addition de 1579.
tile quantité. Car l’alum bruslé , et le
vitriol commun bruslé et laué mis en
petite quantité, cicatrisent. On vsera
doneques de radix aristolochiœ, aloës,
plumbum vslum , cortic. granat. com-
bust., litharg., pompholix, ayant es-
gard aux choses vniuerselles escrites
en la génération de chair : ou de la la-
mine de plomb frottée de vif-argent,
de laquelle ay veu grand effet, voire
plus que d’aucun remede.
CHAPITRE VI.
de l’vecere intemperée *.
Apres auoir escrit en general la dé-
finition,les causes, signes, différences,
et prognoslic des vlceres, reste en spé-
cial enseigner la guarison de celles
qui sont compliquées auec quelque
accident, commençant à l'vlcere in-
temperée. Or toute inlemperalure est
chaude, froide, seiche, ou humide : et
pour-ce à fin que le Chirurgien ne
prenne l’vne pour l’autre, il est bon
de les distinguer.
L’intemperature seiche se connois-
trapar la veuë, l’vlcere estant comme
ridée, ne rendant aucune ou peu d’hu-
midité , comme aussi par le toucher
la sentant rude et dure. Telle intem-
peralurese guarira par remedes hu-
meclans , faisant vne fomentation
d’eau tiede, suiuant l’opinion de Ga-
lien, au liure4.de la Mclhode, ou bien
d ’hydrelèo, c’est-à-dire, d’huile et eau
(ayant esgard, comme nous enseigne
Galien , que si le corps est plethoric
ou cacochyme, il le faudroil premiè-
rement purger et saigner, craignant
1 Ce chapitre G et les 14 suivants jusqu’au
21e inclusivement, sont une addition faite à
ce livre seulement en 1579. Ainsi dans la
DES VLCERES, FISTVLES ET HEMORRHOIDES. 1
d’attirer d’auantage à la partie). Telle
fomentation sera continuée iusques
à ce que la chair vienne rougeastre,
mollasse, et humide, et que la partie
s’enfle vn peu: car si on continuoit
d'auantage, on résoudrait l’humidité
qu’on auroit attirée. La fomentation
faite, sera mis sus l’vlcere tel ou
semblable remede.
If. Cremor hordei ® . ij.
l'ol. mal. in aqua cocl. §.j.
Pingued. porc. §.j. û.
Mellis commun. 5 . fi> .
lisce in mortar.ctfiatvnguent. admoueatur
parti præmis. fotu.
L’intemperature humide se con-
noist par la quantité des excremens
que ielte l’vlcere, par la chair baueuse
et supercroissante : parquoy faudra
vscr de. remedes plus secs , tels que
sont les Sarcotiques, ayant esgardàla
quantité de la matière, et à la nature
de la partie, et autres indications es-
crites cy dessus. Entre autres remedes
Galien, liure 1. De sirnp. med. facult.
ehap. 7. loué fort l’eau alumineuse:
car elle desciche, monditie, et fortifie
première édition des OEuvres complètes,
toute l’histoire des ulcères était traitée fort
brièvement en 4 chapitres , et le 21e chapitre
actuel était alors le 5e. Il faut ajouter ce-
pendant que le précédent ne se terminait
pas ainsi ; il y avait un assez long passage
que je reproduirai ici.
« Or quanta la veine variqueuse, laquelle
abreuue coustumierement l’vlcere, elle sera
comprimée par compresses et ligatures : et
où tel remede ne serait suffisant, sera coupee
comme nous dirons cy apres.
» Digression louchant les medicamens que
l'on applique aux vlceres.
» On cognoistra que les médicaments que
l’on applique aux vlceres seront trop chauds
ou froids, secs ou humides, par la couleur
de l’vlcere et de la sanie qui en sort. Par-
la partie. On peut aussi fomenter la
partie vlcerée, d’vne telle décoction.
If. P.osar. rub. absinth. betonicæ, tapsi bar-
bat. ana m. j-
Gallar. nucum cupress. ana 3. ij.
Aluminis roch. 3. j.
Fiat decoctum in vino austero, dequofial
fotus.
La fomentation faite, seraappliquée
sus l’vlcere de l’emplastre de cerusa ,
de minio et autres, le loué fort la
poudre d’alun calciné, mise en petite
quantité, pour l’experience que i’eu
ay fait.
Quant à l’intemperalure chaude ,
elle sera connue par la couleur rou-
ge, ou iaunaslre, par l’attouchement
du Chirurgien, et par la douleur que
sentira le malade, ainsi que monstre
Galien liure 4. de la Melliode. Lors
nous aurons recours aux remedes re-
frigerans, comme l’onguent rosat, de
mesme réfrigérons Galeni, populeum :
aussi les compresses et bandages se-
ront trempés en eau de plantain, mo-
relle, oxycral. l’ay soutient pratiqué
les scarifications profiler plus que
quoy si on voit l’vlcere estre douloureuse et
enflammée, on peut iuger les médicaments
estre trop chauds : au contraire si on voit
estre intemperee en froideur, ieltant vne
sanie crue, on iugera les remedes estre trop
froids : et si ladite vlcere est trouuee seiche,
iettant peu ou point de sanie, les remedes
seront trop secs : aussi lorsque l’on voit l’vl-
cere ietter grande quantité de sanie , on
iugera les remedes estre trop humides : et
partant le chirurgien rationel corrigera ces
vices par remedes contrarians. El icy faut
noter que du temps de Galien il y auoit vn
empirique , etc. »
Cette histoire empruntée à Galien a été
reportée au chapitre 10 (voyez page 255);
avec elle finissait le chapitre 4 de 1575 et
l’histoire des ulcères; et l’auteur passait
immédiatement au chapitre Des varices.
a a *2
IJ' O > Zi KM H MvrtE,
tous remedes , ou bien les sangsues :
car par lel moyen le sang eschauffé et
préparé à corruption , est oslé de la
partie, et de lel fardeau grandement
deschargée.
L’inlemperature froide se connois-
tra par la couleur blanche., par l’at-
louchement du Chirurgien, el senti-
ment du malade, lequel dit sentir
froid à la partie. Pour laquelle gua-
rir, tout autour de la partie refroidie
seront apposées bouteilles pleines
d'eau chaude , ou vessies de porc à
demi remplies d’vne telle décoction.
"if.. Origa. puleg. camomill. melilo. ana in. j.
Absinth. sal. maior. roris. ana m. ft.
Fiat dccoct. in vino generoso, addendo aquæ
viUu q. satis.
L’vlcere pourra mesme eslre fo-
mentée auec esponges trempées en
eesledile décoction. Pareillement on
vsera de l’emplaslre de metiloto, oxy-
cro réuni de Viyo,cum et sine rnercurio.
Or si l’vlcere est compliquée auec
deux sortes d’intemperature , les re-
medes pareillement seront diuersifiés
selon icelles: et touchant le reste de
la guarison , elle sera paracheuée ,
comme a esté dit cy dessus, en inon-
difiant l’vlcere, puis l’incarnant à fin
de la rendre à cicatrice.
CHAPITRE VII.
DE L’VLCIiRE DOVLOVREVSE.
Souuent à raison desdites intempe-
ratures l’vlcere est fort douloureuse.
Pour à quoi remedier, ou aura re-
cours aux remedes susdits, et où la
douleur perseuereroil, et ne voudroit
obéir à iccux, on passeroit aux narco-
tiques. Tels sont les cataplasmes faits j
ex folijs mandragorœ, symphy.,hyo- \
scyami, solani, cicutce, et olcis eius-
dem, ausquels on adiouste oleum pu-
paueris, mandragorœ, opium, vnguen-
tum populcum, et autres semblables
descrits au liure (les Tumeurs, parlant
de la douleur.
Mais si telle douleur suruient pour
quelque malice et virulence d’hu-
meur , lequel souuent corrode et
ronge la chair et bords de l’vlcere , ne
pourra estre appaisée par remedes
anodins ny narcotiques, ains au con-
traire augmentera de plus en plus, es-
tant d’auantage irritée par remedes
doux el gracieux, que s’ils estoient
plus forts. Parquoi pour appaiser telle
douleur, faut auoir recours aux re-
medes forts el catberetiques : car aux
maladies fortes, faut vser de forts re-
medes. Parquoi il sera appliqué sus
l’vlcere vn plumaceau, chargé et cou-
uert de nostre Ægypliac fortifié tout
pur, ou bien vn peu d’huile de vitriol,
ou d’vn mondificatif, auquel on aura
adiouslé poudre de mercure. Tels re-
medes ont vertu d’obtondre et abba-
tre la virulence et malice de l’hu-
meur qui entretenoit la douleur : ce
pendant tout autour d’icelle, seront
mis remedes réfrigérants , craignant
que la douleur causée par le remede
acre ne face fluxion à la partie.
CHAPITRE VIII.
oe l’vlcere compliqvée avec svper-
CROISSANCE DE CHAIR.
En l’vlcere, tant pour la négligence
du Chirurgien , que pour la faute du
malade, suruient vne chair superflue
plus qu’il n’est de besoin, estant quel-
quesfois enuironnée de bords ou lé-
ures dures el calleuses. Si telle chair
est mollasse et baueuse, se pourra
t)ES V LCE11ES ) t'ISTVLËS
osfer par remedes desiccatifs, comme
sont galla, thuris cortex, alors, lu-
thia, antimonium, pompholyx, ehalci-
tis, plumbum vstum, bruslés et lanés
s’il en est besoin, desquels seront faits
poudres et medicamens, auec vu peu
d’huile et cire.
El où tels remedes ne seront suffi-
sons , la chair estant dure et ferme ,
faudra d'iceux passer aux caustiques,
ou bien la couper. Car comme dit
Galien liure 3. Méthode, chap. 6., d’os-
ter la chair surcroissante n’est œu-
ure de nature , comme l’vnion et gé-
nération d’icelie : mais c’est l’œuure
du médicament fort deseichant, ou la
main du Chirurgien. Entre autres re-
medes, ie loue fort la poudre de mer-
cure, auec portion d’alun calciné, ou
le vitriol seul calciné.
Et quant aux léures de l’vlcere
dures et calleuses, seront amollies par
remedes emolliens , comme sontpm-
guedines vituli , anseris, gallinœ, ana-
hs, olea liliorum , amygdalarum dul-
cium , lumbricorum , catellorum , œsi-
pus, mucagines althece, lini, fœnugrcvci,
gummi ammoniaci , galbant, bdellij :
desquels simples seront faits emplas-
tres, onguent et liniment, ou bien on
vsera de l’emplastre diachylttm, de
mucaginibus, ou de Vigo cummercurio.
Apres auoir vsé quelque temps de ces
remedes , sera appliquée vne lamine
de plomb, frottée de vif-argent , la-
quelle a grande vertu d’applanir l’vl-
cere, et abbaisser les bords d’icelle
Et où tels remedes ne seroient suf-
fisans , laudroit appliquer remedes
caustiques.
1 L’addition du mercure à la surface de la
lame de plomb n'est d’aucune utilité. Quant
a 1 application de ces lames sur les ulcères
pour en hâter ia cicatrisation, elle remonte
à Guy de Chauliac, comme je l'ai dit dans
mon Introduction.
ET rlËMOItRHOIDËS. 2,53
Que si la callosité estoil si dure,
que les remedes ne peussent faire
leur operation, faudroit première-
ment les scarifier, ou bien les couper
du tout, à fin de donner prise au mé-
dicament, et ce iusques au vif, comme
ditGalien,liure4. de la Méthode, chap.
2, ayant esgard au precepte d’Hippo-
crates, liure des Vlceres : que si l’vl-
cere est ronde, lui faudra donner
autre figure, à scauoir oblongue ou
triangulaire.
CHAPITRE IX.
DE b’VLCEliE VERMINEVSE ET
PVTREDItSEVSE.
Quelquesfois és vlceres il s’engen-
dre des vers, dont elles sont dites ver-
mineuses : la cause de ce, est la trop
grande humidité excrementeuse, pré-
parée à pourriture par la chaleur
immodérée et contre Nature. Ce qui
aduient, ou parce que l’vlcere est né-
gligée,ou pour l’intemperature et ca-
cochymie de tout le corps ou de la
parlie, ou pource que telle humidité
excrementeuse ne se peut esgoutter
n’ayant libre issue: ce que l’on voit
aduenir en l’oreille, nez, siège, col de
la matrice, et és vlceres cuniculeuses.
Pour guérir telles vlceres, faut pre-
mièrement que le Médecin aye esgard
à toute l’habitude du corps, ordon-
nant la purgation et saignée , sans
omettre la bonne maniéré de viure.
Secondement faudra oster les vers ,
puis desseicher ceste trop grande hu-
midité. Parquoi l’vlcere sera fomen-
tée d’une telle décoction , laquelle a
vertu de les faire mourir : car les vou-
lant oster viuans, on feroit douleui ,
à cause que soutient ils tiennent à la
partie vlcerée.
254 LE ONZIÈME LIVRE
if. Absinlhij , cenlaurij maioris, marrub.
ana m. j.
Fiai decoclio ad lb. fi. in qua dissol.
Aloës g . fi .
Vnguent. ægyptiaci g. j.
De ce remede sera laué l’vlcere, et
des plumaceaux trempés en icelle y
seront laissés. Or si i’vlcere est si-
nueuse et cuniculeuse, on fera iniec-
tion d'icelle décoction.
Archigenes loue fort ce remede.
ff. Cerusæ , polij. montani ana 5. fi.
Picis naualis liquida1 q. s.
Misce in mortario pro linimento.
Soutient la pourriture est si grande,
qu’elle ne se peut corriger par tels re-
medes : et lors faut passer aux plus
forts , mesmes aux cautères actuels ,
ou bien à la section : toutesfois sui-
uanl le precepte d’Hippocrates, nous
commencerons aux plus légers , si la
maladie le permet , comme de ce re-
mede escrit par Galien liure, 4. De lu
composition des medicumens :
if. Ceræ Q>. j.
Cerusæ g . viij.
Olei rosali tt>. j.
Salis ammon. g . iiij.
Squamæ æris g.ij.
Thuris, alum. ærug. malicor. calcis viuæ
nna g . j.
Fiat emplastrurn.
Ou bien de cestuy :
if. Terebinth. lotæ § . ij.
Ceræ albæ § . I? .
Liquef. simul addendo.
Sublimati 5. fi .
Salis torrefact. et vitrioli calcinât,
ana 5. j.
Fiat mundificatiuum *.
Ou bien nous vserons de noslre
egyptiac pur, auquel il entre du su-
i Ce remede peut se faire en plus petite
quantité. — A. P.
blimé. Cependant les enuirons de l’vl-
cere seront munis de defensifs , crai-
gnant la trop grande douleur.
CHAPITRE X.
t,
DE L’VLCERE SORDIDE.
L’vlcere sordide (apres les choses
vniuerselles ) sera guerie par medica-
mens detersifs , en considérant que
souuent y a vn excrement gros et es-
pais, accompagné de certaine humi-
dité et sanie superflue, qui sont comme
remparts et bouleuers sus les par-
ties vlcerées : assoupissant la force et
vertu des medicamens, pour forts sou-
uent qu’ils soient. Il faut pour ceste
cause premièrement lauer l’vlcere
auecques telle décoction.
if. Lixiuij communis H>. j.
Absinth. marrub. apij , cent, vtriusque,
hypericonis ana m. fi .
Coquant. in colat. quod sufTicit : adde ,
Mellis rosa. g . j.
Vnguent. ægypt. § . û.
Fiat decoctio.
Puis sera mis vn tel mondificatif.
if. Succi apij et plantag. ana 5. ij.
Mellis comm. § . j.
Tereb. § . j. 6.
Pulu. ircos Florent, et aloës ana g .6.
Fiat mundificat.
Aussi le vin doux , auquel on aura
fait bouillir herbes detersiues, comme
panax, aristoloche, absinthe, et autres
semblables : puis y adiouster miel ro-
sat, et eau de vie. Cestuy lauement
deterge et desseiche les vlceres caues
et cuniculeuses V
Le Chirurgien doit considérer dili-
1 Ce paragraphe est une addition qui date
seulement de 1585.
255
DES VI, GERES, FISTVLES ET HEMORRHOIDE5.
gemment en combien d’appareils il
pourra auoir descouuert l'excrement
sordide, etdesseiché l’humeur super-
flu : car quelquesfois on peut oster
tels excremens à vn seul appareil : et
aussi on ne le peut faire qu’à plu-
sieurs fois, à raison que la partie est
fort sensible, ou que le corps est déli-
cat; et lors qu’on aura detergé l’vl-
cere : faut euiter les remedes forts et
acres , de peur d’inciter douleur ,
fluxion , inflammation et érosion, qui
seroit cause de rendre l’vlcerc encore
plus caue : parquoy on appliquera re-
medes qui desseichent sans acrimonie,
à fin d’aider à Nature à engendrer et
produire la chair. Tels remedes sont
poudre d'aioës, mastic, myrrhe, ireos,
litharge, antimoine, racine de gen-
tiane, farine d'orge , et leurs sembla-
bles : puis apposer dessus charpi fait
de linge vieil et délié , et par dessus
vne lamine de plomb, frottée de vif-
argent : et seront lesdils détersifs et
dessiccatifs plus ou moins forts , se-
lon qu’on verra estre necessaire. Leur
quantité ne se pourra bien descrire :
mais la faut connoislre par conjecture
artificielle , qui sera quand on verra
l’vlcere estre trop humide, seiche ou
aride. Si elle est trop humide, elle se
connoislra par la quantité de la sa-
nie , et par la chair baueuse , laxe et
mollasse. Si elle est trop desseicbée,
elle se connoistra à raison qu’elle sera
seiche, ietlant peu d’excrement, en-
semble la mutation de la couleur de
la sanie.
Or quelquesfois par l'indue appli-
cation des medicamens forts detersifs
et desiccatifs, les vlceres se cauent, et
iettent grande quantité de matière :
ce qui trompe et déçoit souuent les
Chirurgiens : car voyans les vlceres
ietter tant de sanie , y appliquent de-
rechef encore de plus forts et acres, ce
qui nous est confirmé par l’bisloirc
d’vn Empirique citée par Galien , le-
quel Irailoil vne vlcere sordide, y ap-
pliquant vn médicament verd qui es-
toit mordant et corrosif1. Ce médi-
cament consumoit la chair suiette ,
causant douleur et chaleur à la par-
tie , et par ce moyen de iour en iour
la rendoit plus caue : mais ne connois-
sant point que son remede (voyant
que ladite vlcere iettoit beaucoup
d’excremens) fust assez detersif, y ad-
iousta plus forts detersifs2, et ce fai-
sant l’vlcere iettoit d’auantage : dont
fust fort estonné, et de rechef ad-
iousta remedes encore plus forts ,
pour cuider tarir l’excremenl d’icelle :
mais de plus en plus l’vlcere se ca-
uoit : parquoi ne la peusl guarir par
son ignorance.
Or la cause pour laquelle l’vlcere
iettoit telle quantité de sanie , estoit
que la chair se colliquoit et fondoil
en pus et sanie par la violence de son
médicament trop abstersif, et la dou-
leur qui causoit fluxion. Parquoy il
faut bien auoir esgard, si l’ vlcere est
deuenue sordide par l’erosion, et col-
liquation de la chair suiette : comme
aussi de prendre garde, si le médica-
ment qu’on aura appliqué ne l’aye as-
sez nettoyé3 : ce qui se connoistra par-
la douleur, et par les léures qui sont
plus rouges et plus chaudes qu’au-
parauant : et pour ces raisons faut
diuersifier les medicamens, selon que
l’on verra l’vlcere estre trop humide
ou seiche, et que les corps seront plus
forts ou robustes.
1 Cette histoire était déjà citée dans l’édi-
tion de 1 575 à la fin du chapitre 4. Voyez la
note de la page 251.
2 L’édition de 1575 dit : adiousta pour cesle
occasion du miel el autres remedes detersifs.
3 Grande annotation pour le ieune Chirur-
gien.— A. P.
LE ONZIÈME LIVRE
iiU
Or on appelle les corps forts, ceux
qui' sont de température seiche ,
comme laboureurs, croclieteurs, ma-
riniers, chasseurs, et autres de grand
trauail , et qui demeurent en région
chaude. Tels ont leur corps ferme et
sec, estant de couleur noirastre. Les
foibles sont ceux qui sont de tempe-
rature humide, comme femmes, en-
l'ans , eunuques, gens oisifs et séden-
taires, et qui demeurent en pais froid.
Tels ont leur corps humide et phleg-
matiquc , et par conséquent mol et
blanc , et fort sensible. Et pour ce
il est impossible qu’vn médicament
puisse seruir à tous corps : à ceste
cause il le conuient diuersifier selon
la température, tant du corps que de
la partie vlcerée, de la saison de Tan-
née, région, aage, sexe, et autres cho-
ses prises des choses naturelles et
contre nature, comme plus ample-
ment i’ay descrit en l’introduction.
Combien que la quantité, qualité, et
mixtion de tels medicamens, ne se
puisse au vrai descrire, non plus que
la meslange des couleurs aux peintres:
toulesfois le Chirurgien prudent, par
Mie coniecture artificielle, prendra
indication que les corps robustes en-
durcis à la peine et grand labeur, de-
mandent remedes forts : car des doux
et bénins n’en pcuuenl auoir aucun
amendement. Au contraire ceux qui
sont de température molle et dé-
licate , requièrent remedes doux
sans aucune érosion : autrement en
lieu de vouloir produire chair en
leurs vlceres , les remedes forts la
consommeroienl et caueroient d’a-
uantage , comme les remedes doux
et sans érosion appliqués és vlceres
des corps robustes , les rendroient
sordides et sanieuses, et en fin pu-
trides.
CHAPITRE XI.
DES VLCERES VIRVLENTES, CORRODAN-
TES , CACOETHES ET CHIRON1ENS , OV
PII AGEDENIOVES.
Les vlceres virulentes et corrodantes
ne sont differentes les vues des auties,
sinon de plus ou moins. Car l’vlcere
virulente est celle de laquelle sort vu
excrement, dit vulgairement virus :
lequel lors qu’il est rendu plus ma-
lin et corrodant, mine et ronge les
parties subiacentes et voisines de l’vl-
cere, dont elle est dite pour lors cor-
rosiue. Elles viennent d’vn humeur
mélancolie, erugineux et malin, et
suit les chancres de bien près. Telles
vlceres sont nommées de Galien, liure.
quatrième De la composition des medi-
camens , disepuloliques , c’est-à-dire ,
de difficile cicatrisation. « l’appelle,
« telles vlceres cacoethes (dit-il) quand
« la partie souffrante est tant cachec-
» tique et intemperée qu’elle altéré et
«corrompt le sang qui afflue pour la
«nourrir, ores que de soifustbon et
« aisé à digerer : disepuloliques, quand
«le sang est si mauuais et si caco-
» chyme, qu’il ronge la partie qui de
« soy estoit temperée « : puis il dit vl-
cere chironien , c’est à dire , vlcere
qui est bien fort cacoëthe.
Pour la guérison, considéré qu’en-
tre icelles il y a grande latitude et
différence, entant que les vues sont
plusdysepulotiques etpluscacoëthes,
les autres moins, il est necessaire qu’il
y ait autant de nombre de medica-
mens qui les guériront, que de dif-
férences d’vlceres. Parquoy n’est de
merueille, si ceux sontsouuent dé-
crûs de leur intention, lesquels n’ont
qu’vn médicament pour cicatriser
DES VLCERES, FISTVLES ET HEMOP.RHOIDES.
^67
tous vlceres cacoëthes. Galien, liure
4. De la composition des medicamens ,
chap. 4. recommande ce médicament
d’Asclepiades.
if. Æris squamæ , ærug. ras. ana § . j.
Ccræ 1b . .
Resinæ caricis 1 5 . j. 6 .
Ka quœ liquari possunt, aridis afTundantur.
Telle emplastre sera appliquée seu-
lement sur i’vlcere et à l’enuiron
pour engarder l’inflammation , ou
autre médicament froid.
Pareillement Galien au liure sus
allégué, loué fort ce remede: Epulo-
tique (dit-il) de Primion aux déses-
pérés , c'est à dire , aux vlceres, que
maints Médecins se sont efforcés de
guérir, mais ils n’en sont venus au
bout, et les ont délaissées comme in-
curables. Il conuient auoir fiance en
ce médicament , tant pour autres
choses, quepource qu’il estapprouué
par expérience2: la composition du-
quel est telle :
"if. Sorcos § . iij.
Aluminis scissilis, ca'cis viuæ ana § . ij.
Thuris, gallarum ana §. iiij.
Ceræ lib. j. et 5 . iiij.
Sessi vitulini lib. j. et §.vij.
Olei veteris quantum suflicit.
Fiat cmplastrum.
1 Carex, herbe appellée gladiolus ou glaieu.
— A. P.
2 Le chapitre se termine ici dans la pre-
mière édition posthume , à la date de 1598,
et dans les suivantes; chose d’autant plus
remarquable que dans celle de 1579, où
ce chapi Ire a paru pour la première fois,
A. Paré avait donné la formule qui suit et
qui est essentielle à l’intelligence du texte ,
et qu’en 1585 il avait ajouté en outre la ci-
tation d’Albucasis. Je ne puis me rendre
compte de cettesuppression dans les éditions
posthumes, et j’ai cru devoir donner le texte
le pluscomplet, qui est pour cet endroit celui
de la quatrième édition.
Albucasis commande brusler tel-
les vlceres qui rongent et cheminent,
à On de les arrester.
CHAPITRE XII.
ADVERTISSEMENT AV 1EVNE CHIRVRGIEN,
TOVCHANT LA DISTANCE DV TEMPS
QV’lL FAVT PENSER LES VLCERES CA-
COETHES.
Pour monstrer l’vsage de Tem-
plastre cy dessus escrite d’Asclepia-
des, et pour la faute qui se commet
auiourd’huy entre la plus part des
Chirurgiens, de penser deux ou trois
fois le iour les vlceres malignes , ca-
coëthes, et de difficile guérison, esli-
mans par ce moyen plustost les gué-
rir: l’ai bien voulu ici leur meltre
l’authorité de Galien (qui est du tout
contraire à leur pratique) laquelle
est pareillement appuyée sur la rai-
son.
« Asclepiades (dit-il) a bien fait d’ad-
» iouster à la fin de la recepte du me-
» dicament susdit ce qui s’ensuit. Oste
» la bande et l’emplastre tous les
» trois iours, et fomente l’vlcere: et
» lors que tu auras nettoyé ton petit
«emplastre, et malaxé, remets -le
» dessus, estant certain que si vu me-
» dicament 11e seiourne long temps
» sur le corps , il ne profile aucune-
» ment 1 : chose qu’aucuns Médecins
» ont tant ignoré, qu’ils pensent trop
» mieux besongner, quancHls abster-
» gentla sanie de l’vlcere trois fois le
» iour, que ceux qui ne les nettoyent
» que deux fois. Et est ceste mauuaise
» coustume tant inueterée , que les
» malades mesmes accusent souuent
» les Chirurgiens de négligence , qui
1 Grande annotation. — A. P.
*7
11.
258
LE ONZIÈME LIVKE
» ne les habillent qu’vne fois le iour :
» mais ils sont bien decens: car com-
» meauez entendu et leu en plusieurs
« lieux de mes œuures , les qualités
» de tous corps qui s’entretouchent
» agissent l’vne contre l’autre, et tous
«deux pâtissent quelque chose, et
» fust l’vne d’icelles de beaucoup plus
» forte que l’autre: au moyen dequoy
» lesdites qualités s’vnissentauecques
» le temps , combien qu’elles soient
» de beaucoup differentes : de maniéré
» que la qualité du médicament s’v-
« nist, et quelquefois devient sembla-
» ble à celle du corps, qui est chose
» fort vlile. Parquoy deuez loüer ce-
» luy qui premier a inuenté d’vser
» encores , et de remettre le premier
» emplastre : et l’imiter, d’autant
» qu’auez plus connu par expérience
» soninuention estre bonne *. «A iusle
raison il a encores commandé qu’on
fomente l’vlcere tous les trois iours,
c’est à dire, toutes les fois qu’on l'ha-
billera : car estant le médicament
fort, ce n’est de merueilles s’il a be-
soin de quelque mitigation.
Telle authoritéde Galien peut estre
confermée par raison. C’est chose
toute notoire que les médicaments
ne peuvent agir, sinon par le béné-
fice de la chaleur naturelle, laquelle
doit exciter la faculté du médicament
à faire son operation. Or est-il ainsi
qu’en telles vlceres malignes et re-
belles, la chaleur de la partie est
foible, languide, et quasi comme ca-
chée et enseuelie par la chaleur es-
trange et contre nature , de sorte
qu’elle ne peut si tost se mettre en
euidence et effort pour exciter et
esueiller le remede à faire son ope-
ration, et pour ce a besoin d’espace
1 Galien, liure4. De la composition des me-
dicamens selon les genres. — A. P.
de temps: de sorte que lors qu'il serait
excité à son œuvre, et comme au mi-
lieu de son operation , la chaleur es-
tant attirée et s’estant fortifiée, si
vous desbandez la partie et ostez
l’emplastre, l’vlcere sera exposée à
l’air, qui rendra la chaleur plus foi-
ble et petite, la repoussant au dedans :
et le remede qui sera ja excité et es-
guillonné à agir et opérer, perdra
ceste première force acquise, de sorte
que le remettant , ou vn autre , il
faudra tousiours recommencer nou-
uellc besongne, n’ayant permis qu’il
eust fait toute son operation en im-
primant sa faculté à la partie vlce-
rée.
Pareille faute font ceux qui, en ha-
billant souuent les vlceres, les es-
suient bien fort : car ils estent non
seulement l’excrement inutile, qui est
la boue et sanie de l’vlcere, mais aussi
le naturel , qui sont Ros , Cambium et
Gluten , dont est engendrée la chair
bonne et louable en l’vlcere.
Parquoy pour les raisons susdites,
il n’est besoin de si souuent penser
les vlceres , s’il n’y a accident qui y
su ruienne, ny de les essuyer si soi-
gneusement.
CHAPITRE XIII.
nv BANDAGE DES VLCERES.
le ne veux oubliera demonstrer la
maniéré de bander et lier les parties vl-
ceréesiC’est que la bande commencera
sus l’vlcere , et soit tant large qu’elle
comprendra non seulement l’vlcere,
mais aussi quelque portion des parties
supérieures et inferieures : et qu’elle
comprime médiocrement susl’vlcere,
à fin qu’elle expurge les humeurs
DES VLCERES, FISTVLES ET HEMORRIIOI DES.
hors de ladite vlcere. Ce faisant on la
rendra plus seiche, qui est la voye de
guérison, comme dit Hippocrate au
commencement du liure des 1 Icercs >.
Et ne faut que la bande soit serrée
trop fort ny trop lasche: car la forte
feroit douleur et fluxion, et la foible
ne seruiroit de rien : et partant il faut
en toutes choses médiocrité. On peut
tremper les compresses et bandes en
oxicrat, ou en gros vin austere,et
principalement en Esté.
Le bandage fait, la partie doit
estre tenue en repos : comme si l’vl
cere est aux iambes, le malade, sui-
uant la doctrine d'Hippocrate, ne se
tiendra debout ny assis, mais couché
au lict, faisant exercice de ses bras en
les maniant, leuant et baissant, ayant
de grosses balles pesantes, comme de
plomb ou d’autre matière. Au con-
traire, si l’vlcere est au bras, il exer-
cera les iambes en cheminant. Et où
il ne pourroit cheminer, on les lui
frottera , ensemble les cuisses en de-
uallant en bas, à On de faire reuulsion
et deriuation des esprits et humeurs
qui fluent à la partie vlcerée en trop
grande abondance.
CHAPITRE XIV.
DES VLCERES EN PARTICVLIER, ET
PREMIEREMENT DES YEVX.
Nous avons par cy deuant exposé
les différences, causes , lignes des vl-
ceres, et combien elles sont, et quelle
est l’indication d’vne chacune, en-
semble leur curation : maintenant
reste à spécifier celles qui occupent
quelques parties : car selon Galien ,
1 Hippocrates a esté premier inuenleur de
ctste maniéré de bander. — A. I’.
a59
liure quatrième de la Méthode, di-
uersc indication doit estre prise de la
situation, forme et Ggure, de l’vtilité
et vsage, et du sentiment aigu ou hé-
bété de la partie. Et pource commen-
cerons aux vlceres des Yeux.
Telles vlceres aduiennent souuent ,
comme dit Celse , liure sixième , cha-
pitre sixième , à raison de quelque
pustule , ou pour quelque fluxion
d’humeurs acres qui corrodent les
membranes, ou pour quelque coup.
Paulus Ægineta, liure troisième, en
remarque telles différences. Si l’vl-
cere est située en la membrane cor-
née, et qu’elle soit caue (dit-il) , es-
troilte et nette , les Grecs l’appellent
Bolryon : que si elle est plus large et
moins caue et profonde, est nommée
Cœloma : et lors que l’vlcere est au
cercle delà pupille, est dite Argc-
mon. Si elle est crousteuse et sordide,
est appelée Epicauma.
Icelles en general requièrent vue
semblable guérison comme les autres,
à sçauoir estre mondifiées, incarnées,
desseiebées, et cicatrisées : mais par-
ticulièrement la partie demande re-
medes plus doux et moins doulou-
reux. En premier lieu, le malade sera
purgé , baigné, saigné, tant du bras
que des veines etarteres temporales:
et pour les remedes Topiques, à fin
de détourner la fluxion , lui seront
appliquées ventouses derrière les es-
paulesauec scarification, s’il en est
besoin : ou bien un gros pain bis
chaud enrousé d’eau de vie et bon
vin sus la nuque du col , et sus le
front et temples en forme de frontal :
et vne emplastre astringente , comme
celle contra rupturam , ou l’onguent
commilissæ et desiccaliuum ruùrum
incslés ensemble. Et dedans l’œil sera
mis tel collyre descrit par Gelse au lieu
sus allégué, approuué par Hollier :
LE ONZIEME LIVRÉ ,
$6ü
if.. Æris vsli, cadmiæ vstæ et lotæ ana 3 . j.
Myrrh. opij, ana 3. ij.
Acac. gum. arab. ana 5. iij.
Aqua fingilur collyrium , quod liquore oui
dissoluitur.
Le Chirurgien doit prendregarde à
la douleur , et pource par interualle
sera bon d’user de quelque collyre
anodin , à fin d’accoustumer l’œil au
susdit. Aussi on pourra faire collyres
de décoction de plantain , absinthe ,
fenugrec, y dissoluant sucre candi,
tulhie, gomme diatragacant, myrrhe,
et vn peu de vitriol. L’vlcere. estant
mcndiûée, sera incarnée d’vn tel re-
mede.
if.. Sarcocollæ nutritæ in lacl. mulieb. 5. iij.
Pul. diæreos simpl. gummi arabici, tra-
gacanlbi, ana 3. fi .
Mucag. fœnug. quan. suit, vt inde fiat
collyrium.
Il faut noter qu’aux vlceres qui
sont fort humides, les poudres sont
plus conuenables que les collyres.
L’vlcere remplie , la cicatrice sera
faite par vn tel collyre.
^.Tutbiæ, cadmiæ præparatæ vtdecet,ce-
rusæ, anlim. olibani ana 3. fi.
Myrrhæ, sarc. sang, draco. aloës, opij
ana 3 . fi .
Cum aqua plautag. fiat collyrium.
Ou bien la poudre sera mise seule.
Celse, livre sixième, chapitre sixième,
remarque deux vices d icelles cicatri-
ces : car ou elles sont grosses, comme
enleuées, ou bien canes. Si elles sont
caues, elles demandent estre remplies
par vn tel remede.
if. Papauer. lachrym. 3. fi.
Sagapeni, opop. ana 3. j. fi.
Ærug. 3. j.
Cumini 5. iiij.
Piperis 3. ij.
Cadmiæ lotæ, ccrus.ana 3. j. fi.
Cum aqua pluuiali fiat collyrium.
Si la cicatrice est grosse et esleuée,
il recommande tel collyre.
If. Cinamo. acaciæ ana 5. fi .
Cadmiæ lotæ, croci, myrrhæ, papaueris
lachrymæ, gummi Arabici, ana 3. j.
Piperis albi, tburis ana 3. j. fi.
Æris combusti 3. iij.
Cum aqua pluuiali fiat collyrium.
Or si la cicatrice est sus la cornée
et qu’elle couurela pupille,, le malade
ne pourra voir de cest œil, à raison
que l’esprit visuel ne peut reluire au
trauers, n’estant transparente et lu-
cide comme auparauant. Et est à no-
ter , que les cicatrices qui sont à la
cornée sont blanches , et celles de la
conionctiue sont rouges : d’autant que
la conionctiue est plus garnie de vei-
nes que la cornée, lesquelles rem-
plies de sang qui y est coulé et sorti
dehors, fait que cette partie demeure
rouge. Or la cornée estant du tout
spermatique et exangue, ne peut re-
ceuoir telle fluxion de sang : mesme
la matière qui la doit nourrir , en-
uoyée à icelle pour s’assimiler, est de
couleur lucide et transparente , la-
quelle matière endurcie par la cha-
leur deuient blanche , comme il ap-
pert au blanc d'un œuf, qui deuient
blanc estant durci par le feu.
CHAPITRE XV
DES VLCERES DV NEZ, ENSEMBLE DE LA
PVNAISIE OV M AV V AISE SENTE VR ü’i-
CELVY , DITE DES GRECS ET LATINS
Ozœna.
Punaisie ou Ozœna , n’est autre
chose qu’vn vlcere profond et puant
qui est au dedans du nez , duquel
sortent plusieurs croustes de mauvaise,
odeur. Celse les appelle vlceres pu an-
1)FS VLCI-.RF.S . FISTVLES ET HF.MORRHOIDES. 20
tes, de mauuaise odeur et de difficile
guérison >. La cause desquelles ,
comme escrit Galien liure 3. De la
composition des medicamens selon les
lieux, chapitre 3, prouient d’humeurs
acres et pourris, qui tombent de la
teste dedans les naseaux, vers les apo-
physes mamillaires.
Pour la guérison, il est necessaire
d’vser de bon régime , puis apres pré-
parer l’humeur péchant, et estant pré-
paré, le purger par médecines conve-
nables , et mesme par la saignée , si
besoin est. Apres faut desseicher et
roborer la teste , afin qu’elle ne re-
çoiue et qu’elle ne renuoye aucun
excrement en bas. Puis faut venir à
la partie vlcerée , et tascher à resei-
clicr l’vlcere , par medicamens qui
ayent vertu de repousser l’humeur
et le résoudre : comme sont le vin de
grenade cuit à la moitié en vn vais-
seau d’airain , poudre de coral , san-
daulx, poudre de calamite, de naslur-
tium, d’hellebore blanc, suc de ra-
nunculus, auquel jan adioustera de
l’alun , et autres que l’on peut lire
en Celse. Galien, au lieu allégué,
de l’authorité d’Archigenes conseille
que l’on tire le ius de calament par
le nez, et qu’on seiebe ledit calament,
et estant mis en poudre bien subtile,
qu’on le souffle auec vn petit canal
commepar vn tuyau déplumé dedans
le nez. Autres vsent de cesle poudre.
2£. Rosarum rubrarum, myrtil. calam. aro-
mat. radie, angel. gent. macis, caryoph.
ana 3. fi .
Camph. ami), g . iiij.
Mosci g . vj.
Fiat pul. subtil is.
Manardus en ses Epistres , liure 20.
Epistre v. loue surtout le caput pur-
giiun , fait ex vrina asini. Et là où le
1 Liu. C. cliap. 8. — A. P.
mal seroit tant enraciné qu’il ne se
pqurroit appaiser par les susdits re-
mèdes, il faudroit avoir recours au vi-
triol , verd de gris , sel ammoniac , et
alun avec vinaigre.
Souuent les os Ellimoïdes s’altèrent
par telles vlceres . Que si cela aduenoit ,
ne les faudroit tirer par violence, mais
les laisser séparer par nature, faisant
petites iniections auec eau de vie en
laquelle on auroit infusé les poudres
céphaliques, pour desseicher l’altera-
tion d’iceux.
CHAPITRE XVI.
DES VLCERES DE LA BOVCHE.
Les vlceres de la bouche, des Grecs
sont dites Aphlhœ , maladie familière
aux petits enfans, comme il est noté
au 3. liure des Aphorismes. Telles vl-
ceres souuent commencent par les
genciues, et cheminent iusqu’au pa-
lais, et en fin gaignent jusques à la
luette et gauion , comme monstre
Celse liure 0. chap. li. Galien comm.
du 3. des Epidémies , en fait de deux
especes, dont les vues sont assez traita-
bles , les autres malignes et rebelles.
Lacause pour les petits enfans vient
à raison de la délicatesse de leur bou-
che, estant mollasse , tendre et facile
à exulcerer : ensemble aussi les ex-
cremens acres , dont s’ensuit vlceres
malins.
Pour la guérison, faut euiter toutes
viandes qui eschauffent : et si c’est vn
nourrisson, faut que le lait de la nour-
rice soit rectifié par viandes refrai -
chissantes, bains, et fomentations à
ses mammelles d’eau liede, comme
commande Celse liure 6. chap. il.
Et quant aux remedes Topiques,
LE ONZIÈME LIVRE ,
262
ayant esgard à l'aage, faut vser de re-
medes qui opèrent promptement, at
tendu qu’ilsnepeuuent demeurer lon-
guement sur la partie vlcerée : et
pour ce ont besoin d’estre de subite
operation , à fin qu’ils fassent en vn
instant telle action , comme , s’ils
estoient foibles , ils pourroient faire
en vingt et quatre heures, demeurans
tousiours sus la partie. Donc sil’vlcere
est malin , sera touché d’eau forte
esteinte ( dite eau de Séparation ) ou
auecques la commune qui n’a serui ,
à laquelle on adioustera pour vne
goutte d’icelle cinq ou six d’eau de
fontaine ou de puits , plus ou moins
selon la malignité. Aussi on pourra
vser d’huile de vitriol, de soulphre
d’antimoine , d’eau de sublimé, et au-
tres semblables. Aëce veut que telles
vlceres putrides soient corrigées
auecques huile bouillante, trempant
en icelle vn floc de laine attachée au
bout d’vne esprouuette , puis l’appli-
quer sur la parlie vlcerée, iusques à
ce que de toute part elle apparoisse
blanche, et quervlcere soit applanie.
Par ce moyen on arreste la corrosion
del’vlcere.et fait on que la chair saine
s’auance pour remplir et couurir ce
qui est rongé et consommé. Apres telle
cautérisation , on vsera d’vn tel gar-
garisme, lequel profitera aux vlceres
non malignes.
2f.. Hordei integ. p. j.
Plan, ceterac, pilosel. agrim. ana m. j.
Fiat decoct. ad tt. j in qua diss.
Mel. ros. § . ij.
Diamor. § . f> •
Fiat gargarism.
Semblables gargarismes peuuent
estre faits d’escorce de grenade, ba
lauste, sumac, berberis, roses rouges,
y dissoluant du diamorum et dianu-
cum auecques un peu d’alun. Galien
cliap. 10. liu. 6. de la Méthode , dit que
les vlceres de la bouche simples doi-
uent estre gueries par medicamens
qui desseichent médiocrement, comme
diamorum et dianucum, et que si elles
sont autres, faut vser de plus forts
remedes.
Lors que telles vlceres sont au pa-
lais , faut les traiter plus soigneuse-
ment, craignant que par la chaleur et
humidité de telle partie, l’os estant
rare et spongieux , il ne s’altere et
corrompe : qui feroit qu’estant tombé,
le malade parleroit regnault , comme
nousmonstrerons au liured’Adiowster
ce qui defaut.
Que si l’vlcere est verolique , faut
auoir recours à son alexitaire, qui est
le vif-argent, laissant tous remedes
communs.
Or souuent il y a des vlceres fistu-
leuses aux genciues, dont s’ensuit ca-
rie à la racine de la dent, et en fin l’vl-
cere pénétré par dehors comme sous
le menton : ce qu’aucuns estiment
estre escrouelles, est imans estre incu-
rables, ne se pouuans guérir par au-
cun remede susdit. En telles vlceres
faut suiure le conseil d’Aëcè et de
Celse.liure G. chap. 13. qui est arra-
cher la dent offensée : car par ce
moyen on extirpera la fistule, la gen-
ciue s’abaissera, et ce qui reste de la
curation sera plus facile, pource qu'il
n’y auoit que la pourriture de la dent
qui l’entretenoit.
Et quant est des vlceres de la lan-
gue, elles ne requièrent autres reme-
des que celles de la bouche : vrai est ,
comme dit Celse liu. G chap. 12. que
celles qui sont aux costés sont plus
difficiles à guérir , et qu’il faut pren-
dre garde s’il n’y a point quelquo
dent aigüe qui lui touche, laquelle s’il
estoil ainsi , la faudroit limer.
DES VLCERFS, FISTVLES ET HEMORRHOIDES.
CHAPITRE XVII.
DES VLCERES DES OREILLES.
Il aduient vlcere an conduit de l’o-
reille , ou par cause externe , comme
coup, cheute, ou pour vne aposteme.
De telles vlceres souuent sort grande
quantité de matière, qui aduient non
de la propre vlcere, estant petite et
en partie spermatique, mais de la des-
charge de tout le cerueau.
Pour la guarison , faut auoir es-
gard à la cause antécédente qui peut
entretenir l’vlcere , laquelle pourra
eslre diuertie par purgations , masti-
catoires et errhines : comme
if. Mast 3. j.
Staphisag. et pyrethri ana 3.j.
Cinamom. et caryophyll. ana 3. fi.
Fiant maslicat. quibus manè ante paslum
vtatur.
Errhine.
'if. Succi béton, mercurial. meliss. ana 5 . fi .
Vini albi § . j.
Misce, fréquenter naribus attrahantur.
Quant aux remedes topiques, faut
euiter toutes choses onctueuses et
huileuses , comme a noté Galien, li-
ure 5. de la Méthode , disputant con-
tre vn Thessalien, lequel vsant du te-
trapharmacum à vne vlcere d’oreille,
deiouren autre la rendoit plus pu-
rulente et felide : et en fin Galien la
guérit avec les Irochisques d’Andro-
nius dissoults en vinaigre , desquels
la composition est telle.
if. Ealaust. 3 . ij.
Allumais 3. j.
Atramenti sutorij 3. ij.
Myrrhæ 5 j.
Thuris, aristoloch. gall. ana 3. ij.
Sal. anima. 3. j.
F.xcipiantur oninia inelicrato , et fiant tro-
chisci.
263
Galien aumesmelieu dit auoir guéri
telles vlceres inueterées de deux ans,
auec scoria ferri mise en poudre tres-
sublile, et en apres cuite auec vinai-
gre bien fort , iusques à ce qu’elle soit
deuenue espaisse comme miel.
Pour corriger la pourriture qui sort
des oreilles, le fort vinaigre et fiel de
bœuf incorporés ensemble, et instillés
dedans vn peu liedes : la merde de fer
subtilement puluerisée en vinaigre
très fort, puis bouillie, seiebée et ap-
pliquée ausdites vlceres, lesdesseiebe
à grande merueille : ce qu’on voit par
expérience.
Que si la boue et sanie ne pouuoit
eslre euacuée, il faudroit la tirer par
une seringue propre , dite Pyoulcos ,
comme tu vois par ceste figure.
Pyoulcos.
CHAPITRE XVIII.
DES VLCFRES DE LA TRACHEE ARTERE,
OESOPHAGVE, ESTOMACH ET INTES-
TINS.
A telles parties peuuent venir vlce-
res de cause externe , comme pour
quelque médicament qu’on aura pris,
lequel sera corrosif, ou pour quelque
poison : aussi de cause interne, comme
pour quelque humeur acre et poi-
gnant, qui aura vlceré telles parties.
Les signes sont douleur en la partie,
et principalement lors qu’on aualle
quelque chose aigre , chaleur à l’en-
droit. Si l'vlcere est à l’orifice de l’es-
tomach , les accidens son t plus grands,
comme défaillance de cœur , douleur
q64
presqueintolerable, et refroidissement
des extrémités. Si l’vlcere est aux in-
testins, le malade iette souuentesfois
de la boue par le siégé, ensemble du
sang, ayant de grandes douleurs et
espreintes, à raison que tel humeur
croupissant aiguillonne Nature àchas-
ser si peu d’excrcmens qu'il y a . Si 1’ vl-
cere est à la trachée arlere.le malade
tousse souuentesfois, et la plus part
du temps a difficulté de respirer.
Pour la cure, telles vlceres doiuent
estre guéris, comme escrit Gallien
lin. 4. et 5. de IciMdhode, par ce qu’on
mange et boit , se donnant de garde
d’vser de toutes choses acres et cor-
rosiues,ny detuthie,litharge, ceruse,
verdegris , et semblables , ainsi qu’on
fait aux vlceres externes: mais au
contraire douces et gracieuses, ayant
esgard à la partie. Comme si elles sont
à l’œsophage, et trachée artere, et
poulmons, seront baillées à plusieurs
fois : autrement ils seruiroient peu ,
parce qu’ils ne font que passer. Pa-
reillement tels remedes ne doiuent
estre fort liquides , mais visqueux et
glulineux : car estans les voyes du
boire et manger, et de l’air, ont besoin
de remedes qui puissent adhérer et
glutiner, et non qui coulent prompte-
ment. Et s’il les conuient modifier, on
vsera de miel cru, lequel sur toutes
choses est vtile à telles vlceres : et
lors qu’on les voudra agglutiner, on
ymesleradela gomme diatragacanth,
dissoulte auec décoction aucunement
astringente.
Les remedes propres aux vlceres de
l’estomach doiuent estre médicamen-
teux et alimenteux, non acres, de
peur d’induire douleur , inflammation
et vomissement : aussi ils engarde-
roient de digerer les alimens. Partant
on usera d’orge mondé bien sucré ,
de gelée en laquelle on aura dissoult
livre ,
de la gomme diatragacanth , bol ar-
mene vray, décoction de pruneaux ,
dattes, figues, raisin de damas, miel :
le lait de vache bouilli auec moyeux
d’œufs et vu peu de miel commun
est singulier. Et si on veut agglutiner
telles vlceres, on vsera de remedes
austères, astringens et glutineux, les-
quels n’ayent aucune érosion ni mau-
uais goust , comme hypocistis, fleurs
de grenadier , escorce de grenade ,
terre scellée , sumac , acacia , roses
rouges, et autres semblables, lesquels
ne font nulle érosion aux parties in-
térieures. On vsera aussi de décoctions
astringentes , comme de coings , de
lentisque, ou de l’extremité de vigne,
de rubus, de myrte auec vin austere,
s’il n’y auoit crainte d’inflammation.
Lors qu’on vse de tels ou autres re-
medes, l’vlcere estant à la trachée ar-
tere et poulmons, Galien veut que le
malade soit couché à l’enuers, et qu’il
tienne le médicament ( dit lohot ) en
la bouche, en relaschant les muscles
du larynx : car en ce faisant le médi-
cament coulera peu-à-peu ie long des
parois de la trachée artere, comme
l’eaufaitle long d’vn mur, se gardant
que le médicament n’entre tout à vu
coup, de peur d’induire la toux , la-
quelle est du tout contraire à telles
vlceres, à cause qu’elle fait dilater
l’vlcere.
Le semblable est pour les vlceres
de l’œsophage. Leur breuuage sera
hydromel, hydrosaccharum.syrop de
violes, etdeiuiubes. En toutes vlceres
inlerieureslemielestforl recommandé
pour estre meslé auec les medicamens:
car vsant seulement de choses astrin-
gentes, elles demeureroient souuenl
en l’estomach , sans estre digérées ni
distribuées : mais le miel outre qu’il
aide à la digestion et distribution , il
est aussi fort propre à telles vlceres.
LE ONZIÈME
DES V LC Eli ES , F1STVLES
Pareillement le lait d’anesse est fort
recommandé, et en lieu d'icelui , (le
ehéure ou de vache. La potion vulné-
raire est fort vtile, pourueu qu elle
soit composée de simples qui ayent
esgard aux parties vlcerées.
La guérison des vlceres qui sont
aux intestins, différé en ce des susdites
parties : comme si elles sont aux gros,
on y remedie par iniections et clyste-
res, vsant mesme de remedes acres,
afin de corriger la pourriture, comme
Ægyptiac dissoult en décoction d’orge
ou de vin: mais si l’vlcere est aux
gresles qui sont près l’estomach , les
remedes seront pris par le boire et
manger. Pource, comme dit Galien
liure cinquième de la Méthode , ce qui
est ietté par le siégé ne peut parue-
nir iusqu’aux intestins gresles : et ce
qu'on prend par la bouche, quand il
paruient aux intestins gros, ne peut
auoir sa vertu entière.
CHAPITRE XIX.
I)F,S VLCERES DES REIXS ET DE LA
VESSIE L
Il vient vlcere aux reins, ou pour
quelque humeur acre et mordicant
qui y coule, ou pour quelque veine
qui se rompt, ou pour quelque apos-
teme qui dégénéré en vlcere.
1 Bien que ce chapitre soit un de ceux qui
ont été ajoutés en entier à ce livre dans l’c-
dition de 1579, on en retrouve cependant
les premières traces dans une édition bien
anlérieure. Ainsi dans le Liure de lu sup-
pression d’vrine, en 15C4, se trouvait un cha-
pitre intitulé Des signes des vlceres aux
reins, et un autre Des vlceres en la vessie et
des signes d’icelles, et enfin un troisième Du
ET HEMORRHOI DES. 2GT)
Elles sont connues par la douleur
et pesanteur qu’on sent aux lombes
à l’endroit du rein et par la boue qui
se mesle auec l’urine, laquelle se con-
noist venir d’iceux , et non de la ves-
sie , d’autant qu’elle n’est si fetide que
celle qui vient de la vessie : car estant
froide et exangue, ne la pouuant cuire
comme les reins, qui sont chauds et
charnus, est rendue fetide et de mau-
uaisc odeur. D’abondant la boue qui
sort des reins, se mesle premièrement
auec Lvrine, puis résidé au fond du
vaisseau , et ne sort qu’auec l’vriue :
mais celle qui sort de la vessie , sort
quelquesfois sans l’vrine toute seule :
d’abondant les reins estans vlceres ,
on apperçoit souuent de petits fila-
mens sortir auec l’vrine. Hippocrates
au qua riéme liure, Aphorisme 77. dit
que ceux ausquels auec leur vrine
espaisse sortent furlures ou petites es -
cailles blanches, leur vessie est sca-
bieuse.
Pour la guérison , il est très expé-
dient d’auoir le ventre mol, qui se
fera par clysteres conuenables , et
viandes humides. Le vomissement est
recommandé, à On de faire reuulsion
des humeurs qui pourroient lluer sus
iceux. Les grandes purgations sont
contraires, craignant de faire commo-
tion des humeurs en icelle partie.
Pour mondifier telles vlceres, ceste
décoction a grand effet.
prognoslic des vlceres en la vessie. Dans les
éditions complètes, le Liure de la suppression
d’vrine a été compris dans le Liure des ope-
rations, où nous retrouverons encore les 'trois
chapitres indiqués. 11 y a donc un véritable
double emploi ; toutefois la rédaction n’est
pas absolument la même , et nous en signa-
lerons les différences quand nous serons
arrivés au Liure des operations.
26(»
LE ONZIEME LIVRE ,
if.. Hordei integri m. ij.
Glycyrrhizæ [5.6.
Rad. acetosæ et petroselini ana 5. vj.
Fiat decoct. adlb.j. in colatura dissol.
mellis despum. § . ij.
Capiat sing. rnatut. ad § . iiij.
Le lait de chéure ou d’anesse auec
vu peu de sucre est fort profitable.
Gourdon loue fort tels trochisques.
Trochisques de Gourdon.
X. Quatuor sem. frigidor. maior. mund.,
sem. papane albi, semin. mal. semin.
port, semin. cydonior. baccar. myrti ,
tragacanthi , gummi arabici , nucum
pin. mund. pistac. penid. glycyrrhizæ
mund. mue. psyllij, amygdal. dulc.
bord. mund. ana 3. ij.
Boli arm. sang. drac. spodij, ros. myrrh.
ana § . fi.
Excipiantur hydrom. et fing'antur troch.qui
sint singuli ponderis 3. ij.
Galien hure 4. de laMelhode, recom-
mande fort le miel et les diurétiques,
pour estre meslés auec les remedes
qui sont propres à telles vlceres, d’au-
tant qu’ils prouoquent et esmeuuent
les vrines, et sont comme véhiculés
aux autres remedes.
Les vlceres de la vessie sont ou au
fond d’icelle, ou au col près le con-
duit de 1 vrine. Si elles sont au fond ,
l’on sent douleur presque conti-
nuelle : et si elles sont au col , elles
s’apperçoiuent le plus souuent lors
qu’on pisse , et apres auoir pissé. Si
elles sont au fond, il sort quelques-
fois de petites peaux comme escailles :
et lors que l’vlcere gaigne iusques au
conduit de l’vrine , la verge souuent
se dresse. Celles qui sont au profond
pour la plus part sont incurables,
tant pour la composition de la partie
qui est exangue et nerueuse , que
pour l’vrine qui demeure perpétuel-
lement : car encore qu’on aye pissé ,
si est ce qu’il demeure tousiours quel-
que portion d’vrine , laquelle touche
de toutes parts la vessie, attendu
qu’elle s’affaisse et reserre selon que
l’vrine sort.
Pour la guarison, les mesmes re-
medes descrits aux vlceres des reins
lui seront profitables , tant pris par
dedans, que seringués par la verge :
et entre autres les trochisques de
Gourdon dissoults descrits cy deuant.
Reste seulement que telles vlceres
estans plus douloureuses, le Chirur-
gien doit auoir esgard à appaiser la
douleur. I’ay approuué, et souuent
expérimenté vne iniection d’huile de
hiusquiame extraite par expression.
On pourra vser de cataplasmes, lini-
mens sus le petit ventre , et enlre-
fesson , ensemble de clysteres , des-
quels remedes anodins nous auons
assez fait mention. Si les vlceres es-
loient fetides, ie 11e ferois difficulté
d’vser d’vn peu d’egyptiac dissoult en
vin et eau de plantain ou de rose : ce
que i’ay fait souuent auec bonne issue.
CHAPITRE XX.
DES VLCERES DE LA MATRICE.
Les vlceres de la matrice viennent
ou à raison de quelque humeur acre
et mordicant , qui ronge les parois
d’icelle, ou pour quelque aposteme
qui y est suruenue, ou apres les fleurs
blanches, ou apres vn grand prurit,
ou apres la contagion de la verolle,
par la violente défloration de la fille
pucelle trop ieune , ou d’vn accou-
chement difficile, ou pour estre tombée
sur quelque chose aigüe, ou en auoir
esté frappée *.
1 L’édition de 1579 dit simplement: Ou
pour quelque aposteme qui y est suruenue , ou
DES VLCERF.S , FISTVLES ET HEMORKHOI DES.
Or telles vlceres situées au col de
la matrice, ou cauité d’icelle, sont
simples ou composées L
Elles se connoissent par la douleur
que les femmes sentent au dessus du
penil, et par la sanie et boue qui sort
par leurs parties honteuses. Auicenne
lin. 3. fen. 21. traité 11. chap. 5. en
fait telles différences •. Ou elles sont
putrides, lors que la matière qui en
sort est fort puante, ressemblant à la
laueure de chair : ou elles sont sordi-
des , lors que d’icelles sort grande
quantité d’humeur virulent et indi-
geste. Que si elles sont corrosiucs,
l’humeur qui en sortira sera noiras-
tre.auec grande douleur et eslance-
mens.
Elles sont ou an col de la matrice,
ou au fond d’icelle. Celles qui sont au
col, sont connues par la veué, y
mettant le spéculum, etcellesquisont
au profond, par les excremens qui
en sortent , et le lieu de la douleur.
Or il se fait en la matrice telle cor-
ruption, que l’intestin droit en est
rongé et corrodé , et de l’intestin le
col de la matrice en est erodé : et la
sanie sort tant par l’intestin que par
le col de la matrice, voire parle siégé.
Le prognostic, c’est que les vlceres
de la matrice sont difficiles, et sou-
uent impossibles à guarir , pource
qu’elle est chaude et humide , et
qu’elle reçoit toutes les superfluités
du corps. Les vlceres qui se peuuent
voir et toucher en ceste partie , sont
pour vn difficile accouchement. La nouvelle
rédaction date de 1585.
1 J’ai conservé cette phrase qui ne date
également que de 1585 , à raison de la dis-
tinction assez futile d’ailleurs de ces ulcères
en simples et composés. Quant à la distinc-
tion plus importante des ulcères du col et
des ulcères du corps utérin , elle était èx-
primée un peu plus bas dès 1579.
plus faciles à guarir que celles qui
sont au profond. Celles qui iettent vn
pus louable, et aux ieunes femmes,
sont plus aisées à guarir que celles
qui iettent vne sanie non louable, et
sont aux corps des vieilles femmes L
Les remedes seront semblables à
ceux qui sont descrits aux vlceres de
la bouche, comme eau forte, huile de
vitriol, d’antimoine, et autres, estons
corrigées , desquelles on touchera
l’endroit vlceré : car il faut que le
remede besongne à l’instant , ne poll-
uant longtemps , non plus qu’à la
bouche, y demeurer.
Galien commande les remedes fort
dessiccatifs , à fin d’euiter la pourri-
ture, à laquelle ceste partie pour sa
chaleur et humidité est suietlé, et
comme senline de tous les excremens
du corps. Si l’ vlcere est au profond,
on fera telle iniection.
if. Hordci integri pij.
Gaiaci § . j.
Rad. ireos g . .
Absinth. plantag. centaur. vtriusque
ana m. j.
Fiat decoct. in aqua fabor. ana 1b. ij. in
quibus diss. mellis rosati et syrupi de
absinth. ana g . iij. — Fiat iniectio.
Si la feteur ne cessoit, entre autres
remedes, i’ay souuentesprouué celuy .
if. Vini rubri B>. j.
Vnguen. ægyptiaci § . Ij.
Bulliant parum.
1 Les deux paragraphes qu’on vient de lire
ont été ajoutés à l’édition de 1585. Il y avait
dans leur distribution une erreur de lieu
que j'ai cru devoir corriger. Ainsi l'auteur
commençait l’histoire du traitement , et
s’interrompait pour parler des suites et du
pronostic , qui doivent venir naturellement
après la description des signes ; et c’es! ainsi
que j’ai disposé le texte, sans y apporter
d’ailleurs le moindre changement.
9.08
LP. O N /.II; ME LIVRE,
Tel remede corrige la pourriture et
malice de l’humeur, laquelle souuent
est cause de la douleur. Puis on
pourra faire des parfums tels quis’en-
suiuent.
2C F.scorcc d'encens, mastic, graine de ge-
néure, labdanum, dechacundenii-once.
Orpiment rouge ou citrin 3. ij.
Cinabre demi-once.
F.t seront formés trochisques auec lereben-
thine, pour ielter sur le feu, et en faire
receuoir la fumée.
Et s’il y auoit grande ardeur et in-
flammation , on feroil iniection auec
ius de plantain et de morelle, on eau
de forge, en laquelle on fera bouillir
testes de pauot conquassées, trochis-
quas de camphre, et autres sembla-
bles*.
Les vlceres mondifiées seront cica-
t risées par eaux propres, comme eau
alumineuse, eau de plantain, en la-
quelle on aura dissoult vn peu de vi-
triol ou alun.
Si telles vlceres degeneren t en chan-
cre , on aura recours aux remedes
anodins et propres à telle affection,
lesquels sont amplement descrits au
chapitre du Chancre.
Touchant les vlceres du fondement,
nous en parlerons au chapitre des Fis-
tules, comme de celles de la verge
au liure de La Verolle.
CHAPITRE XXL
DES VARICES , ET LE MOYEN DE LES
COVPER 2.
Varice est une dilatation de veine,
quelquesfois d’vn simple rameau ,
1 Ce paragraphe et la formule des trochis-
i] ues qui précède sont des additions de 1 585.
- Vous retrouvons ici le texte de l’édition
quelquesfois de plusieurs. Aucunes-
fois elles sont courbées et repliées en
plusieurs circonuolutions emmonce-
lées : et peuuent venir en plusieurs
parties de noslre corps, comme aux
temples, au dessous du nombril et tes-
ticules , à l’amarry et siégé , mais le
plus souuent aux cuisses et iambes.
La matière pour ia plus part est vn
sang melancholique. Les varices s’en-
gendrent aux personnes qui sont me-
lancholiques, et qui se nourrissent
des viandes melancholiques. Les fem-
mes grosses en sont communément
esprises , à cause du sang melancho-
lique qui, retenu pendant leur gros-
sesse, fait que les veines se dilatent
et viennent variqueusespour la grande
multitude du sang; aussi elles vien-
nent à cause d’vn grand et vehement
mouuement, comme de courir, sau-
ter, et dancer : voyager à pied, et por-
ter grands fardeaux, tomber de haut
en bas, ou estre tiré sus la gesne.
Quant aux signes, ils sont manifes-
tes pour l’amplitude et grosseur des
veines.
Il est meilleur de ne toucher aux
inueterées, parce qu’elles preseruent
de plusieurs maladies, à cause que le
sang regorge aux parties nobles, dont
s’ensuit vlceres, chancres et suffoca-
tions.
Lorsqu’elles sont plusieurs et iointes
ensemble aux iambes, quelquesfois
dedans icelles on trouue des throm-
bus de sang desseiché et dur, causant
grande douleur au malade lors qu’il
chemine, ou quand on presse dessus *.
de 1575, coupé en deux par une si longue in-
tercalation. Ce chapitre des varices faisait le
chapitre 5 , et venait immédiatement après
le 5° chapitre actuel , intitulé J Je la cura-
tion dei vlceres. Voyez la note de la page 240.
1 Ces mots : ou quand on presse dessus, man-
quent dans l’édition de 1575.
DES VLCEKES, EISTVEES ET flOfORRIIOl DES. 200
A tc'.h's on fera ouuerture an corps
de la veine , à fin d’cuacuer la trop
grande abondance contcmieenicelles,
ensemble les thrombus, comprimant
tant en haut qu’en bas, afin de les
faire sortir : ce que i’ay fait auec bonne
et heureuse issue, faisant tenir quel-
que temps le malade en repos, et y
appliquant medicamens propres. L’on
coupe souuenles fois la varice au de-
dans de la cuisse, vn peu au dessous
du genoüil , où la pluspart se trouue
l’origine et production de la veine va-
riqueuse : car communément plus bas
elle se diuise en plusieurs rameaux, à
raison de quoi l’operation est plus
mal-aisée. Or la cause pourquoi l’on
incise, est à celle fin de couper le che-
min, et faire rempart au sang et au-
tres humeurs contenus auec lui, qui
abreuuenl quelques vlceres eslans
aux iambes : ou pour defendre les
humeurs qui Huent à icelles, qui sont
cause que le malade ne peut chemi-
ner : ou pour la crainte qu’on peut
auoir, que par quelque accident , la
veine ainsi grandement estendue et
dilatée ne s’y face ouuerture , la-
quelle seroit cause d’vn très-grand
flux de sang, et causeroit la mort du
malade s’il n’estoit promptement se-
couru. A ceste cause les anciens com-
mandent de les couper L
Et pour ce faire faut situer le ma-
lade à la renuerse , ayant les iambes
estendues, non du tout, mais vn peu
fleschies. Cela fait, on fera une liga-
ture à la cuisse, un peu au dessus de
l’ouuerture qu’on y fera, et quatre
doigts au dessous une autre, à fin de
tuméfier la veine : et dessus Je cuir, à
l’endroit delà veine, on fera vue mer-
que d’encre , pour ne faillir à faire
l’incision, laquelle se fera en ceste
1 Paul Ægin. chap. 82. liu. 6. — A. P.
manière : C’est que l’on esleuera le
cuir en haut des deux costés , et on
fera l’incision au cuir sus le corps de
la veine sans toucher à icelle, où l’on
auoit marqué d’encre. L’incision
faite , la veine sera manifeste à la
veué, et par dessous icelle on passera
vne aiguille à seton enfilée à double
fil, non ayant pointe aigtic , mais vn
peu ronde, de peur d’inciser la veine,
et on séparera les membranes de la
veine tant en haut qu’en bas : puis on
défait les bandages de la cuisse . et
apres on liera fermement la veine à
la partie supérieure : puis le corps de
la veine au dessous de la ligature sera
incisé, ainsi que si l’on voulait faire
vne saignée : et par cette ouuerture
sera euacué le sang de la partie infe-
rieure, tant qu’il sera necessaire: et
lors on liera la partie inferieure de la
veine, comme on a fait la supé-
rieure : et apres on coupera entière-
ment le corps de la veine enlre les
deux ligatures, laquelle estant cou-
pée, ses deux extrémités se reti-
rent et cachent tant d’vn costé que
d’autre.
Et faut noter, que la ligature de la
veine doit estre laissée , iusqu’à ce
qu’elle tombe de soy-mesme. Et pour
les remedes particuliers, on appli-
quera vn reslraintif, tant sus la playe
comme és parties voisines, et de trois
iours ne sera touché à la playe. l.e
reste de la cure se fera comme les au-
tres.
Autre maniéré de couper la varice,
c’est d’appliquer vn cautere poten-
tiel, qui ronge et coupe la veine : puis
se retire en haut et en bas : et par
ce moyen il y demeure vne espace
vuide , où apres s’engendre de la
chair : et puis la cicatrice, qui sera dure
et espaisse, empeschera la fluxion
en bouschûnt le passage de ladite
LE ONZIEME LIVRE
270
veine. Et par ce moyen la veine vari-
queuse sera guarie1.
CHAPITRE XXII.
DES FISTVLES 2.
Fistule est vne sinuos'té profonde ,
estroite, calleuse, et quelquesfois in-
sensible : ainsi dite des anciens, pour
la similitude et figure qu’elle a à l’in-
strument nommé Fiente, parce que
les fistules sont semblablement caues
et vuides. Elle se fait en plusieurs et
differentes parties de nostre corps, et
souuent apres quelques apostemes ou
vlceres mal traitées et pensées3. Quel-
quesfois aussi elles sont critiques de
plusieurs autres maladies , selon le
texte d’Ilippoérates sent. 28. de la 2.
sect. du liure De humoribus , où il
dit, que les fistules guarissent d’au-
tres maladies, voire celles qui sont
aigues : comme aduient quand la fis-
tule de la iambe est iudicatoire de la
peripneumonie, comme escrit Hippo-
crates au Prognostique 64. de la 3.
sect. et à telle fistule 11e conuient si
tost toucher.
1 Ce nouveau procédé que les expériences
modernes , et principalement celles de
M. Bonnet , de Lyon , ont montré plus sùr
que le premier, a été ajouté dans l’édition
de 15S5. C’est une réminiscence d’un pro-
cédé décrit par Guy de Chauliac, qui seu-
lement fait précéder la cautérisation de la
double ligature. Mulia renascunlur quœ jam
cecidere...
2 Ces deux chapitres des fistules sont em-
pruntés presque en entier, et souvent litté-
ralement, au 77e chapitre de Paul d Egine,
traduit par Dalechamps dans sa Chirurgie
françoise.
3 Ce paragraphe s’arrête ici en 1375. Les
citations qui suivent sont de 1579.
La callosité est une chair blanche ,
solide, seiche, et sans douleur, la-
quelle est engendrée par congestion
d’un excrement pituiteux desseiché ,
ou melancholique aduste, qui enduit
la circonférence de l’vlcere, et occupe
le lieu sus lequel se deuroit engen-
drer la bonne chair. La sinuosité
quelquesfois est du tout seiche, et
quelquesfois humide : et estant hu-
mide, pleure et iette incessamment,
aussi quelquesfois elle cesse de cou-
ler, et l’orifice d’icelle se ferme du
tout, de sorte qu’elle déçoit le ma-
lade et le Chirurgien estimans la
guarison d’icelle : puis quelque temps
apres s’ouure, et fiue comme aupa-
rauant.
Les fistules quelquesfois prouien-
nent du vice des os , quelquesfois des
nerfs ou membranes, ou d’autres par-
ties. Les vues sont droites, autres tor-
tues : les vnes ont vn seul orifice ou
sinuosité, les autres plusieurs : quel-
ques unes sont aux ioinlures , autres
pénétrent en quelque capacité du
corps, comme dedans le Thorax, ven-
tre, boyaux, matrice, vessie, et au-
tres : les vnes se guarissent facile-
ment, autres difficilement, et s’en
trouue quelques unes incurables.
Aux fistules se trouuent diuers si-
gnes, selon la partie où elles finissent.
Celles qui se rendent et terminent
aux os, se commissent par la résis-
tance, quand on y met l’esprouuette :
car lors ou rencontre la substance
d’iceluy dure, qui sonne cassé, et si
l’esprouuette estant sus l’os glisse,
comme sus quelque chose brunie et
polie , on peut conieclurer l’os estre
sain et entier : et si elle s’arreste des-
sus en quelque lieu que ce soit, c’est
signe que l’os est aspre, raboteux,
carieux et corrompu. Quefquesfois
l’os nous est manifesté à la veuë, et
DES VLCERES , F.JTVLES ET HF.MORRHOJDES.
pour ce n’auons besoin de soinle ni
esprouuelte : el la matière qui en sort
est huileuse ou visqueuse, rapportant
à l’aliment et humeur contenu en la
cauité de l’os, sçauoir à la moelle,
comme ainsi soit que tout excrernent
relient la condition de l’aliment de
la partie dont il vient.
En celle qui se rend à quelque
nerf, le malade sentira vne douleur
poignante, principalement si la ma-
tière est acre, ou vne stupeur si elle
est froide : de sorte que le mouue-
ment de la partie sera vicié : et lors
que l’on voudra sonder la fistule, on
causera douleur: et la matière qui en
sortira , sera sanieuse , subtile ,
aqueuse, glueuse, et non huileuse,
comme celle qui sort des os : repré-
senté en tout la matière dont est
nourri le nerf pour la raison susdite.
Ces mesmes accidents aduiennent ,
quand les fistules pénétrent aux mem-
branes qui enueloppent les muscles,
et aux tendons d’iceux.
Si elles finissent en la chair, la ma-
tière est plus espaisse el moins liquide,
égalé, lisse , blanche, et en grande
quantité.
Si la fistule finit aux veines, les ac-
cidens sont semblables à ceux qui se
trouuent en la fistule des nerfs, mais
moindres , comme és pointures et
douleurs, et n’y a aucun mouuement
empesché.
Si elles se finissent en l’artere, les
mesmes accidents se trouuent qu’en
celles de la veine. Mais si la matière
de l’vlcere est si acre, qu’elle corrode
les susdits vaisseaux , il sortira du
sang gros en abondance de la veine ,
et de l’artere du sang subtil auec vu
bruit '.
1 .Te suis ici le texte des éditions de 1575,
1579 et 1585. La première édition posthume
Les vieilles fistules qui ont par lon-
gues années coulé , lors qu’elles se
referment, causent soutient la mort,
et principalement aux vieilles gens1,
à raison que les humeurs qui auoient
coustume de couler regorgent en la
masse ordinaire, et se pourrissent, en-
gendrans fiéures et autres accidens,
el par conséquent la mort.
CHAPITRE XXIII.
CVr.E DES FISTVLES.
Pour la curation on commencera
par la sonde, qui sera d’vne chan-
delle de cire , ou de plomb , d’or, ou
d’argent : et par icelle on connoislra
la profondeur et anfractuosités. Et si
la fistule a deux orifices ou plusieurs,
ayant des cavités cuniculeuses, de fa-
çon que l’on ne les puisse bien -onder
et suiure leurs cauités , alors on doit
ietter vne iniection par l’vn des orifi-
ces, el obseruer l’issue de ladite iniec-
tion par les autres ouuertures : et par
ce moyen on connoislra s’il y a vne
seule ou plusieurs cauités profondes
ou superficielles Cela fait, on fera
des incisions pour descouurir el am-
puter les callosités qui se feront avec
le rasoir, ou par medicamens causti-
en 1598, et toutes celles qui l’ont suivie,
ajoutent en cet endroit : comme nous dirons
cy-apres de l’aneurisme. On ne saurait croire
que ce soit une addition préméditée, puis-
que l’anévrisme a été traité bien auparavant
à la lin du Liure des tumeurs en general. Il
est probable que l’édition posthume a suivi
en cet endroit le texte de la petite édition par-
tielle où avaient paru pour la première fois
et le Liure des vlceres et le Liure des tumeurs ,
et où celui-ci était précédé de l’autre.
1 Le chapitre finit ici en 1575 et 1579; le
reste date de 1585.
1 -Ie! LÈ ONZIEME LIVRE ,
ques, ou par caufere actuel. Car i<a-
mais on ne pourroit guarir l’vlcere
fistuleuse , que premièrement on
n'eust osté la callosité, à raison que
Nature ne peut produire et aggluti-
ner les parties distantes, lorsqu’il y a
chair calleuse1 : d’autant que deux
corps durs ne se peuuent unir que
par le moyen de quelque humidité
gluante, quelle est le bon sang. Or
les callosités occupantes de toutes
parts la superficie de la chair vlce-
rée , empeschent qu’iceluy puisse
sortir des veines capillaires pour l’v-
nion desdites parties.
Semblablement on vsera d’iniec-
tions caustiques, et apres on bous-
chera le pertuis, à fin qu’elles facent
leur operation : laquelle sera con-
nue estre bonne sors que la partie
demeure enflée, et la matière qui es-
toit en abondance, fort digeste et en
petite quantité L Apres faut accélérer
la cheu te de l’escarre, puis traiter
l’vlcere comme auec déperdition de
substance.
Souuent la callosité qui est autour
de la sinuosité ou cauité de la fistule,
vaincue des medicamens acres et es-
caroliques ayans fait escarre, se sé-
paré et sort entière, et lors au des-
sous se trouue la fistule nette et
vermeille. Ce que i’ai veu à un Gen-
til-homme, lequel ayant vne fistule à
vne cuisse, pour vn coup de harque-
buse, et ayant vsé de medicamens
acres, comme Ægyptiac fortifié, quel-
ques iours apres l’escarre sortit d’au-
tour de la circonscription de la fistule
semblable à une membrane. Ce que
voyant ledit Gentil-homme, eslimoit
estre quelque linge, que le Chirur-
1 Ce paragraphe s’arrête ici en 1575; le
reste a été ajouté en 1579.
- Corn. Celsus. — A. P.
gien qui premièrement l’auoit pensé
n’auoit connu , le taxant de son im-
péritie. Tcutesfois sçaehant que c’es-
toit la crouste de ladite escarre, lui
dis que c’estoit la chair calleuse et
dure, quej’avois fait séparer par le
moyen des remedes forts et cuisans,
qu’il auoit bien sentis : et que telle
chose estoit signe qu’il seroit bien
tost guari. Ce qu’il fut, parce que
i’instillay de monbaumededans toute
la cauité.
Les fistules qui sont près des grands
vaisseaux, comme veines, arteres, et
nerfs, ou de quelque partie noble, ne
se doiuent toucher, si ce n’est auec
grande prudence et artifice.
Or, quand la fistule vient à cause
de l’os altéré et pourri , on doit con-
sidérer si le vice est en sa superficie
ou profondité , ou s’il est du tout cor-
rompu : et s'il n’est qu’en sa superfi-
cie , ii sera raclé et ruginé seulement :
et si la carie est profonde, on la doit
oster auec un trépan exl'oliatif : et si
la corruption est communiquée ius-
ques à la mouëlle , elle sera ostée
auec une tenaille incisiue , pour y
faire plus ample ouuerture , y appli-
quant premièrement, si besoin est,
un petit trépan pour donner passage
à ladite tenaille : et s’il est du tout
corrompu , il sera pareillement du
tout coupé, comme en l’os d’une
iointure du doigt, du rayon, du coude,
de l’os de la greue, ou tibia. Mais ad-
uenant ce mal à la boiste de la han-
che, ou en la teste de l’os de la cuisse,
ou à une vertebre, ne faut entre-
prendre la cure 1 , non plus qu’à au-
tre quelconque fistule qui de soy est
incurable , quelles sont celles qui pe-
1 A. Paré cite ici en marge Paul d’Egine ,
et il eût été convenable de citer en même
temps son traducteur Dalechamps , auquel
DES VLCERES , FISTVLES ET HÈMORRHOIDES.
netrent jusqu’aux membres princi-
paux , ou se rencontrent aux parties
veineuses , arterieuses ou nerueuses :
ou qui aduiennent à personnes déli-
cates, qui choisiroient plustost mou-
rir auec leur mal qu’endurer le tour-
ment de l’operation : ou bien quand
de l'incision doit suruenir autre plus
fascheuse disposition , comme con-
uulsion en fistule de partie nerueuse.
En tel cas le Chirurgien ne doit cher-
cher l’entiere cure et parfaite, ains
se doit contenter de la palliatiue,
qui se fera en preuoyant qu’il ne
tombe sur la partie autre nouuelle
fluxion , faisant par bon régime que
trop d’excremens ne s’amassent dans
le corps : et en cas qu’ils s’y amas-
sent , tes purgeant par interualle , et
diuerlissant sur une partie moins no-
Parc a fait directement cet emprunt. Cette
chirurgie vigoureuse de Paul a été mise en
usage par quelques chirurgiens arabes , et
au xv' siècle par Pierre d’Argelata, et par
Benivieni (Voyez mon Introduction ) ; mais
pour tous les autres jusqu’au xvnc siècle,
et pour A. Paré lui-même, elle semble n’a-
voir été qu’un précepte admis en théorie,
mais trop hardi pour la pratique , et je ne
sache pas qu’au xvi' siècle de pareilles opé-
rations aient été pratiquées.
Au reste, c’est ici que finit la citation de
Paul d’Egine, et tout le reste du chapitre
manquait dans l’édition de 1575; mais en
revanche on y lisait le paragraphe suivant :
Mais se fera on auec la scie ou par autre
instrument. El mesme sera le plus expedienl
prendre du sain , à fin que la corruption qui
pourroit y rester ne se communique d'auantaye
à l’os sain et entier, comme il est manifeste à
voir aux gangrenés , esquelles si l’on n’a ex-
tirpé du vif, la pourriture se communiquera de
rechef à la partie saine , qui est cause de re-
commencer la cure , autrement le malade
mourroit.
Ce passage a été retranché en 1579, et
remplacé par ce qui termine le paragraphe
actuel.
11.
ble, si mieux on ne peut : mondifiant
la chair vicieuse qui croist en l’vlce-
re, et la saine auec medicamens qui
n’irritent et ne causent putréfaction.
Le ieune Chirurgien sera aduerti
que lors qu’on verra aux fistules que
la sonde ou tente demeurera noire,
ou qu’il y aura quelque fétidité, on ne
doitpourtant acertener qu’il y ait ca-
rie aux os. Car souuentesfois cela ad-
uient , à cause qu’il y est demeuré
dedans quelque morceau d’esponge
ou de linge qui se pourrit , comme
i’ai veu par expérience L
CHAPITRE XXIV.
DES FISTVLES DV FONDEMENT OV SIEGE.
Les fistules du Fondement sont fai-
tes comme les precedentes, à sçauoir
d’un abcès ou d’vue playe mal-curée,
ou d’vne hemorrhoïde apostumée.
Les vnes sont cachées , les autres
manifestes. Celles qui seront cachées
se connoistront d’autant que par le
siégé sortira une humidité sanieuse et
purulente, et que le malade sentira
douleur à la partie. Celles qui sont
manifestes se connoistront en les son-
dant : et pour ce faire, le Chirurgien
mettra son doigt dedans le siégé, et
par l’orifice de la fistule mettra sa
sonde de plomb : laquelle si elle lou-
che le doigt à nud sans aucune inter-
position , c’est vn signe infaillible
qu’elle pénétré dedans la cauité du
boyau2 : ioint aussi que non seule-
ment par le siégé sort vne matière
sanieuse , et souuentesfois des vers :
mais en outre par le trou que la ma-
1 Ce dernier paragraphe «'existait pas en-
core en 1579, et date seulement de 1585.
2 Paul Æginet. — A. P.
18
2^4 LE GNZllïi
liere par son acrimonie se sera ou-
uert à costé. Les tislules cuniculeuses
et tortueuses comme vn labyrinthe,
se iugenl à ce que la sonde ne péné-
tré guiere auant , et rieantmoins il en
fine plus grande quantité de matière
qu’il nVst requis pour une petite vl-
cere. Or en l’orifice de toutes se voit
presque tousiours quelque callosité
eminente, que les Chirurgiens appel-
lent vulgairement Cul de poulie.
Aux fistules du fondement il ad-
uient souuent plusieurs accidens ,
comme tenesme, que nous appelions
espreintes par acrimonie de la ma-
tière : strangurie, qui est un decou-
lement d’vrine : procidence ou re-
laxation du fondement : decoulement
de matière sanieuse et puante1, le
tout par communication de matière
estrange , et sympathie par voisinage
des parties , comme note Hippocrates,
liure des Fistules.
Lorsque nous voudrons curer la
fistule par œuure manuelle, faut
faire situer le malade à la renuerse,
en sorte qu’il tienne les iambes esle-
uées en haut , de façon qu’il aye les
cuisses jointes vers son ventre : puis
le Chirurgien mettra le doigt dans le
siégé , oinct de quelque médicament
onctueux, ayant rongné son ongle:
puis par l’orifice de l’vlcere mettra
vne grosse aiguille de plomb enfilée
partie de fil et de queuë de cheual,
laquelle aiguille estant rencontrée
par le doigt à nud , qui est au fonde-
ment, sera courbée et ramenée de-
hors par le siégé pour passer ledit fil :
lequel estant passé , sera lié et serré
à nœud coulant , à fin que de jour en
autre on le puisse serrer d’auantage :
et au par auant de le resserrer, on le
1 La fin de ce paragraphe manque dans
l'édition de 1576.
ifE LIVRE,
tirera vers soi , comme si on le vou-
loit scier : car par ce moyen ledit fil
coupera la fistule , sans auoir aucun
flux de sang.
Or quelquefois telles fistules ne pé-
nétrent iusqu’à la cauité du boyau,
tellement que le doigt ne touche im-
médiatement la sonde, à cause de
quelque callosité qui sera interposée
entre, la sonde et le doigt. Et pour la
curation faudra mettre vne sonde de
fer ou d’argent, laquelle sera creuse,
et par dedans sa cauité on iettera vne
aiguille piquante et trenchante, à
fin de rompre ladite callosité : ce que
l’on ne pourroit faire par le bénéfice
d’vne de plomb, ou d’vne autre qui
fust ronde, sans vne grande douleur.
i Sonde d'argent creuse auec C aiguille ,
ensemble l’aiguille de plomb.
A Monstre l’aiguille.
B La sonde creuse.
C L’aiguille et sonde.
D L’aiguille de plomb enfilée.
Puis estant rompue , sera liée com-
me la susdite. Celle qui est superfi-
DES VLCERES, FISTVLES ET HEMORRHOIDES. 270
cielle n’a besoin d’estre liée , ains
seulement sera coupée auec une his-
torié courbe, ou ciseaux propres à ce
faire , et apres sera oslée la callosité ,
et traitée comme auons dit cy dessus
des autres fistules.
Ce pendant il faut noter en ce lieu
qu’apres auoir coupé la fistule, s’il
demeure quelque callosité et cuir ci-
catrisé, qui n’ait esté emporté et
trenché par le fer ou médicament, la
fistule a coustume de retourner C
CHAPITRE XXV.
DES HEMORRHOIDES.
Les hemorrhoïdes , selon que le
mot est pris vulgairement , sont tu-
meurs aux extrémités des veines qui
sont autour du siégé , faites par vne
fluxion d’humeurs melancholiques
pour la plus part, et sont, selon les
anciens , especes de varices 2.
Les vues sont ouuertes , et par suc-
cession de temps Fouuerture deuient
calleuse : les autres fermées, estans
seulement enflées sans rien iettcr :
autres sont grandes , petites, grosses :
autres apparentes, autres cachées,
ieltaus pour la plus part sang auec
vne sérosité iaunastre , qui est celle
qui de sa tenuité a fait courir le sang
en tel lieu , et de son acrimonie a ou-
uert lesdites veines. D’icelles lors
qu'elles sont fermées, aucunes sont
semblables à vne ampoulle faite de
brusleure , à raison dequoi les patiens
les nomment Vesicales, et sont en-
gendrées par affluxion d’humeur pi-
1 Ce dernier paragraphe a été ajouté
en 1579.
2 L’édition de 1575 porte : especes d'ane--
urismes -, la rédaction actuelle date de 1579.
tuiteux et sereux : autres à un grain
de raisin, qu’ils nomment Vuales ,
qui sont engendrées par affluxion de
sang louable en qualité, redondant
en quantité. Aucunes sont sembla-
bles à une meure, et sont dites Mo-
rales, causées par affluxion de sang
melancholique : autres sont dites
Verrucales , pour la similitude d’vne
verrue , et sont engendrées de pareille
cause.
Cette disposition est cause de plu-
sieurs accidens aux hommes , par ce
qu’elle oste la naturelle beauté , à
raison que pour la grande euacuation
de sang la couleur de tout le corps
est changée et corrompue , et les con-
duit à vne misérable vie, et pour la
foiblesse de tout le corps , elles met-
tent souuent le malade en danger de
mort : à cause que l’euacualion im-
modérée qui s’en ensuit fait hvdro-
pisie. Elles fluent volontiers de mois
en mois, ou de trois mois en trois
mois : ce qui ne se fait souuent qu’a-
uec grande douleur, qui excite quel-
quefois inflammation , abcès et fistu-
les, si promptement on n’y remedie.
Or si elles jettent modérément, et le
malade soustienne bien l’euacuation
sans ennuy, on ne les doit arrester
du tout , parce qu’elles preseruent de
melancholie , manie , lepre , strangu-
rie , et autres affections , comme pleu-
résie , peripneumonie et malins vl-
ceres, selon la sentence 37. de la 3.
sect. du 6. des Epidémies : et ores
qu’on les voulust curer, il est bon,
selon l’Aphorisme 12. du liure 6., en
laisser vne 1 : mais si le flux de sang
est démesuré , on l’arrestera : car au-
trement il cause hydropisie , pour la
réfrigération dufoye, auec vne con-
1 Ces citations ne datent que de l’édition
de 1579.
276 LE ONZIEME LTV., DES VLCERES, FlSTVLES ET HEMORRHOIDES.
somplion et exténuation de tout le
corps. Pareillement estant iudeuë-
ment retenu, il regorge aux poul-
inons , rompant quelque vaisseau qui
cause la mort du malade : ou au foye
causant la meme hydropisie , réfrigé-
rant ledit foye par suffocation de sa
chaleur naturelle.
Pour la curation, lors qu’elles fluent
trop, on y appliquera vne tente faite
de poil de liéure , couuerte d’vn tel
médicament.
If. Pul. thuris, balaust. sang. drac. ana § . £> .
Incorp. omnia cum alb. oui, fiat medicam.
ad vsum.
Autre ’.
Prenez du drappeau bruslé comme si on le
vouloit mettre en vn fusil, et le mettez
dessus.
Et lors qu’elles sont fort tuméfiées
sans estre ouuertes, on doit faire cuire
vn oignon sous la cendre, et piler en-
semble vn fiel de bœuf, et de tout ce
en faire médicament qui sera appli-
qué et renouuellé de cinq en cinq
heures. Tel remede est propre lors
qu’elles sont internes et cachées : et
lors qu’elles sont apparentes on y ap-
pliquera des sangsues, ou bien on fera
apertion auec la lancette. Le suc et
marc de l’herbe nommée galiopsis ,
autrement vrtica labeonis, posé sur
les hemorrhoïdes les ouure et fait sai-
gner, aussi cure les fungus et thymus
qui sont autour du siégé.
1 Cette formule manque encore en 1585;
elle se rencontre pour la première fois dans
l’édition posthume de 1598.
S’il y a grande ardeur, cuisson et
douleur, on fera asseoir le malade en
vn demy bain : et s’il y a quelques
vlceres , on y appliquera tel médica-
ment.
2f. Olei ros. § . iiij.
Cerus. § . j.
Litharg. §. ft.
Ceræ.nouæ 3. vj.
Opij 3 . j.
Fiat vnguent. secund. artem.
Autre pour seder les grandes douleurs et
espraintes.
2f. Thur. myrrh. croci ana 3. j.
Opij 3. j.
Fiat vnguent. cum oleo rosa. et mucag. sem.
psiliij, addend. vitel. vnius oui.
Autre *,
Prenez feuilles de saulge, de consolida me-
dia , de millefolium, et de lierre ter-
restre, de chacun demie poignée, pilée
en vn mortier auec vn iaune d’œuf : et
de tel remede en appliquer sur le mal.
Autre 1 2.
"if. Vnguenti populeonis 5 . ij.
Vitel. ouor. numéro duo.
Agitent, simul in mortario plumbeo.
Ou prenez de la moelle de bœuf
auec beurre frais : du tout laué en eau
rose soit fait onguent.
Le reste de la cure se paracheuera
ainsi qu’il sera necessaire.
1 Cette formule manque dans les éditions
de 1575 et 1579 ; on la lit déjà en 1585.
2 Les deux formules qui suivent n’ont été
ajoutées à ce chapitre qu’à partir de l’édition
de 1598.
LIVRE
LE DOVZIÉME
TRAITANT
DES BANDAGES'.
CHAPITRE I.
DIFFERENCE DES BANDES.
Les bandes, desquelles on fait li-
gature , sont differentes entre elles.
En icelles nous considérons selon Ga-
lien au liure des Bandages , six choses,
la matière , la figure , la longueur, la
largeur, la structure ou façon , et les
parties.
La matière est triple : membra-
neuse, ou faite de cuir, laquelle est
propre aux cartilages du nez frac-
turé : celle de laine , comme aux par-
ties enflammées, où ne faut presser:
de linge , comme où il faut presser2.
Et de ceste-cy les vnes sont de lin ,
les autres de cbanure fort, comme
* Encore un livre presque entièrement
puisé dans Hippocrate et dans Galien , dont
Paré cite les traités dès le début de son pre-
mier chapitre. Les opuscules de ces deux
grands maîtres sur les bandages et les ap-
pareils paraissent avoir été connus des Ara-
bes ; mais ils n’étaient point parvenus aux
arabistes ; aussi A. Paré est le premier chi-
rurgien moderne qui leur ait consacré un
travail spécial. Il ne me paraît pas qu’il ait
été publié avant la première édition des
OEuvres complètes en 1575. Seulement
A. Paré y a fait entrer environ deux chapi-
note Hippocrates en la troisième sec-
tion de l'Officine du Chirurgien. Et
pour estre bonnes, elles doiuent estre
de toile qui aura desia serui , à fin
qu’elles soient plus molles et traita-
bles. Aussi faut qu’elles soient fortes,
de peur qu’elles ne se rompent, et
qu elles puissent fermement tenir et
expeller l’humeur, pour prohiber les
fluxions. Et faut qu’elles n’ayent au-
cun ourlet, bord, liziere, ny cousture,
par ce que l’ourlet et cousture bles-
sent : d’autant que l’ourlet, qui est
dur , comprime la chair , et la liziere
ne permet bien lier, et la bande com-
prime trop à l’endroit de la liziere, et
ne serre assez au milieu , par-ce
qu’elle n’obeït, mais tient ferme. D’a-
uantage, elles doiuent estre nettes,
très du livre des Fractures de l’édition de
1564. A sa première publication il se com-
posait seulement de 7 chapitres, le 3e étant
réuni au 2°, et les deux derniers n’existant
pas. En 1579, le 2e chapitre fut divisé en
deux, ce qui fit 8 chapitres. Enfin le 9e et
le 10e ont été ajoutés dans l’édition de 1585,
comme on les lit encore aujourd’hui.
2 Ce paragraphe date seulement de 1579;
c’est aussi dans cette édition qu’A. Paré a
ajouté au texte de ce chapitre les citations
des livres de Galien et d’Hippocrate aux-
quels il l’a presque tout emprunté.
LE DOVZïÉME LIVRE,
278
à fin que si on fait quelque infusion,
elles puissent estre imbues de liqueur
necessaire, et icelle passer au tra-
uers. Aussi elles doiuent estre cou-
pées de droit fil, et non de biaiz, par-
ce qu’elles tiendront plus fermes : et
seront esgales, c’est-à-dire, non plus
larges ni plus esti oiles en vn endroit
qu’en l’autre.
Pour la différence de la figure, au-
cunes sont roulées, ausquelles ne faut
rien coudre : les autres tranchées par
leurs extrémités (comme aux ma-
melles) ou par le milieu : les autres
ont plusieurs bandes cousues ensem-
ble, pour faire diuers chefs represen-
tans vne diuerse figure, comme en la
teste. Aucunes sont longues, les au-
tres courtes: aucunes fort larges, les
autres fort estroites, selon qu’il est
requis. Or la longueur et largeur d’i-
celles ne se peut particulièrement es-
crire, mais elles seront diuersifiées
selon la diuersité des corps, et la lon-
gueur, largeur et grosseur des parties
blessées : et pour le dire en vn mot ,
il faut bander la teste en autre ma-
niéré que la gorge. Ainsi est-il des
clauicules, des bras, telins, aines, tes-
ticules, siégé, cuisses, iambes, pieds et
doigts, selon leur structure'.
Les vnes sont pour suspendre ou
1 Le chapitre se terminait ici en 1575; le
paragraphe qui suit date seulement de l’é-
dition de 1585; le dernier existait déjà en
1579. Bien plus, cette édition présente une
phrase qui a été effacée dès l’édition suivante,
la voici :
Le s vnes sont de soy et sans artifice assez
fermes, comme les membranacées : les autres
sont lissues , comme celles de linge.
Les anciens se servaient de Landes de
cuir ou membranacées , mais non les chirur-
giens du xvp siècle; et A. Paré en hasardant
cette phrase avait commis un anachronisme
qu’il a eu le bon esprit de corriger.
esleuer, comme aux mamelles, testi-
cules, hargnes : aussi seruent à tenir
les medicamens sur les parties, pour
curer les inflammations ou faire sup-
puration. Galien commande que le
ieune Chirurgien s’exerce et apprenne
à faire les bandages sur vn homme
sain, et lier les malades bien dextre-
ment quand il en sera besoin.
Les parties sont le corps de la
bande, et les chefs. Le corps est ceste
longueur et largeur : les chefs sont
les extrémités, tant selon le long que
selon le trauers, comme escrit Galien
sur la 22. sent, delà 2. sect. de l’offi-
cine du Chirurgien.
CHAPITRE II.
INDICATIONS ET PRECEPTES GENERAVX
POVr. LES BANDES F.T L1GATVRES.
La bande, ou ligature, doit auoir
deux indications, l’une à la partie,
l’autre à la maladie, comme dit Hippo-
crates en lq première et seconde sec-
tion du liure des Fractures. Quand on
bande une jambe , il la faut bander
estant droite : car si on la bande
estant ployée , le bandage se déféra
lors qu’elle sera estendue, à cause
que les muscles se mettent en autre
figure. Au contraire , lors que nous
voulons bander le bras, il faut qu’il
soit ployé : car s’il est estendu , et
qu’on le ployé apres, la ligature se
laschera , à cause ( comme nous auons
dit ) que les muscles seront peruertis
en autre figure. Sur quoy nous ob-
seruerons , qu’il faut bander et lier
les parties en la figure qu’on veut
qu’elles demeurent '.
1 A. Paré avait déjà touché la question de
la position des membres vers la fin du cha-
DES BANDAGES. 27Q
Il faut que les compresses et astelles
embrassent toute la partie fracturée :
toutcsfois aux os iugulaires , et aux
costes , et aux vertebres , cela ne se
pitre C du Liure des fractures de l’édition de
1564. Il semble toutefois qu’alors il n’était
pas aussi nettement fixé sur la position à
leur donner a\ant d’appliquer le bandage,
et qu’il l’appliquait parfois dans une posi-
tion qu’il se réservait de changer plus lard.
Voici le texte :
Le membre ainsi bandé, notre art commande
le situer en sa fiqure conuenable et accouslumée,
à fin que le patient y puisse longuement durer :
laquelle figure se trouuera louable et bonne si
les muscles sont en leur lieu et le plus haut
qu'il sera possible , toulesfois sans douleur : ce
qui se fera si le membre est tenu en figure
moyenne. Folio 44.
On retrouvera cette recommandation de
la figure moyenne répétée au livre actuel
des fractures , chapitre 4 (voyez plus bas,
page 303) , et il n’est pas facile de concilier
celte règle générale avec l’extension absolue
conseillée pour les fractures de la cuisse et
de la jambe. C’est que la grande autorité en
cette matière, après Hippocrate, c’était
Galien; et que Galien est tombé aussi dans
cette apparente contradiction. Mais du moins
Galien y échappe en établissant pour le trai-
tement des fractures du membre inférieur,
cette distinction ingénieuse, qu’il faut pré-
férer la position à laquelle les malades sont
le plus accoutumés d’après leur profession;
fléchie, s’ils ont d’habitude les jambes flé-
chies; étendue, s’ils travaillent les jambes
dans l’extension. Paré a copié la règle géné-
rale, sans se soucier beaucoup si elle était
en contradiction avec ses préceptes spéciaux
pour chaque fracture , et en réalité il con-
serve l’extension complète pour les membres
inférieurs; plus tard, au contraire, Fabrice
d’Aquapendente, ne traitant que des fractu-
res en général , et pressant les conséquences
du principe général deGalien,enestarrivéà
recommander la flexion pour presque toutes
les fractures des membres, et a été vérita-
blement le prédécesseur et le maître de Per-
chai Pott, qui n’a guère fait que com-
menter et développer sa doctrine.
peut faire, parce que telles parties ne
pcuuent estre enuironnées *.
Quant à l’indication de la maladie ,
s’il y a vn vlcere caue, sinueux , et
cuniculeux , ietlant grande quantité
de sanie , il faut commencer à lier
et comprimer au fond du sinus, et fi-
nir à l’orifice de l’vlcere : soit que le
sinus soit en haut, ou en bas, ou aux
costés : à fin que par ce moyen on
expurge la sanie, et qu’on face appro-
cher les parties séparées et distantes2.
Car si la sanie demeure sans estre
euacuée, elle ronge et corrode les
parties , et fait croistre l’vlcere et le
rend incurable, et souuent fait carie
aux os : parce qu’ils s’altèrent et pour-
rissent, à cause que les humeurs acres
s’imbibent en leur substance.
Or entre les bandages, les vns sont
par eux-mesmes remedes , comme
ceux qui conioignent les choses des-
iointes et séparées: les autres seruent
aux remedes, comme ceux qui ser-
uent pour tenir les médicaments ap-
propriés aux maladies. Tel bandage ,
dit Hippocrates au commencement de
la secondesection de l' officine du Méde-
cin, ou il se fait qu’il appelle Deligolio
opérons , ou il est fait qu’il appelle
Deligatio operala.
Quant au premier, pour bien ban-
der, il faut que la bande soit roulée es-
troittement, à fin qu'elle soit mieux
entortillée autour de la partie qu’on
veut bander , et que le Chirurgien la
tienne fermement en sa main. D’auan-
tage en bandant faut prendre garde
que les bouts des bandes , et la cous-
ture, ne soient finis sur le lieu dou-
loureux, mais au dessus , ou au des-
sous, ou à costé Outre-plus il se faut
1 Ce paragraphe manque dans les éditions
de 1575 et 1519, il a été ajouté en 1585.
2 Beau précepte pour le Chirurgien. — A. P.
200 LE DOVZIÉME LIVRE
bien garder de mettre quelque nœud
sur ledit lieu , ou bien à l’endroit du
dos, ou des fesses, ou aux costés: ny à
l’endroit des jointures, ou au derrière
de la leste, ou aux costés des temples,
ny sous les aisselles, aines, et plantes
des pieds : et pour dire en vn mot , à
l’endroit où le malade a accouslumé
de se coucher , et s’appuyer. Plus, il
faut plier les bandes à l’endroit qu’on
veut qu’elles soient attachées et cou-
sues, à fin qu’elles tiennent plus fer-
me : car quand les bouts sont larges ,
encore qu’elles soient liées estroille-
ment , toutesfois elles ne tiennent pas
fidèlement. Parquoii’ay tousiours de
coustume de les replier en long en
leur extrémité, lors que ie les veux
coudre et arrester *.
Quant au second , le Chirurgien
qui aura fait les ligatures, doit pren-
dre garde aux intentions pourquoy
elles ont esté faites, et s’il a bandé
bien proprement , et face qu’elles
soient belles à voir , et qu’elles ne ri-
dent point, à fin de contenter les ma-
lades et lesassistans : car chacun ou-
1 A. Paré avait déjà donné ce précepte, et
même avec plus de détails , dans le Liure
des fractures de l’édilion de 1564 , chap. 6,
fol. 43, verso.
«le ne veux icy oublier à l'aduertir, ton
bandage fait, qu’il ne le faut pas coudre lu fin
de tes bandes en la largeur que elles sont : car
elles ne tiendraient pus si ferme, ores qu’elles
fussent eslroillement attachées : mais le les
faut replier en long de costé et d’autre, faisant
l’extremilé d’icelles presque en pointe puis les
coudre pour les arrester : en quoy faisant tu
prendras garde de ne fuire la cousture à l’en-
droit de ta plage, de peur de la douleur qui s’y
feroil en les y attachant. »
Ce passage me parait d’un haut intérêt
pour l’histoire des bandages. On voit que
Paré ne savait les arrêter qu’à l’aide d’un
nœud ou d’une suture, et qu’il ne faisait
point encore usage des épingles, bien qu’on
urier doit poliret embellir son ouurage,
tant que possible lui sera.
Les bandages trop lasches aux frac-
tures et luxations sont souuent cause
de rendre les parties tortues , bossues,
et contrefaites L
Aux fractures, luxations, et sépara-
tions des os, aussi aux playes et con-
tusions faut commencer le bandage ,
et y faire les premières reuolutions
ou tortillemens , qui seront deux ou
trois , et les serrer ( s’il est possible )
plus en tels endroits qu’és autres, à
fin de tenir fermement les os en leur
lieu , et exprimer et expulser le sang
et autres humeurs qui peuuenl estre
ja tlués, et aussi pour garder qu’il n’en
flue plus qu’il ne sera besoin. Car
par une fracture (laquelle ne se fait
jamais sans contusion) le sang sort
de ses vaisseaux, à raison qu’ils sont
violentement foulés, pressés, et expri-
més : qui cause meurdrisseure en la
chair, de couleu r premièrement rouge,
puis liuide ou noire, parce que le sang
estant hors de ses propres vaisseaux
s’est espandu en la chair et sous le
les trouve nommées plusieurs fois dans ses
OEuvres, et par exemple ci-devant, page
214, première colonne. Nous avons vu éga-
lement, A l’occasion du bec de lièvre, que
la suture entortillée proposée par Paré était
pratiquée à l’aide d’aiguilles et non pas d’é-
pingles. On a cherché à diviser l’histoire
des bandages en plusieurs époques; à mon
avis , l’époque principale serait celle de
l’invention, mais surtout de l’application
des épingles : car c’est elle qui sépare ab-
solument la déligalion ancienne de la déli-
gation moderne.
1 Cette remarque, assez mal liée à ce qui
précède et à ce qui suit, est de 1585. tille
semblerait véritablement mieux à sa place
dans le chapitre suivant, où il est parlé des
inconvénients des bandages trop serrés dans
les luxations et les fractures. L’auteur y
revient d’ailleurs également au chapitre 5.
DES BANDAGES.
28l
cuir, et en la substance des parties
subiacentes. Partant faut conduire la
bande le plus loing de la partie frac-
turée, ou luxée, que l’on pourra. Car
qui feroit autrement, il renuoyerait
le sang au lieu blessé, et pourroitcau-
ser aposteuies et autres mauuais ac-
cidens. Or le sang qui llue , tend en
bas seulement par vn chemin : et ce-
luy qui est exprimé , va par deux , à
sçauoir de haut en bas , et de bas en
haut Toutesfois il faut auoir esgard
de le repousser plustost vers le corps
que vers les extrémités, parce qu’elles
ne sont assez capables ny fortes pour
receuoir sans accident telle abon-
dance de sang : car il s’y pourroit
faire une inflammation ou aposteme :
et lors qu’on le repoulse vers le corps,
il est régi et gouuerné par les vertus
et facultés naturelles 2.
1 Galien sur la sent. 25. de la 1. sect. des
F > •actures. — A. P.
2 Toute la fin de ce paragraphe est em-
pruntée, sauf quelques différences de rédac-
tion, à l’édition de 1564, chapitre cité,
folio 43; mais le texte primitif étant réel-
lement beaucoup plus clair, je crois devoir
'le reproduire.
* Ayant réduit le membre , le plus près
qu’il sera possible de sa figure naturelle , il
faut.... commencer le bandage sur la frac-
ture, et y faire trois ou quatre tours, 0 fin
de tenir mieux les os. De là retourner la
bande en haut sur les parties saines , lousiours
tirant vers le corps , et te plus loin de la frac-
ture que l'on pourra , iusqu’à ce que la bande
soit tout employée : car par ce moyen on re-
poulse le sang qui ia estoit coulé ù la fracture
et aux enuirons d’icelle : aussi on engarde
qu’il en coule d’auanlage. Or qui feroit la li-
gature autrement , il renuoiroit le sang au lieu
blessé : et pourroit causer apostemes et autres
mauuais accident. Car, comme dit Hippocra-
tes, le sang qui coule en bas , seulement y va
par vn chemin : mais celuy qui en est repoulsé
par la bande , va par deux sentiers, à sçauoir
de haut en bas , et de bas en haut, Fti quoy
CHAPITRE III.
TROIS BANDES NECESSAIRES AVX
FRACTVRES '.
Et pour bien et duement tenir les os
luxés et fracturés, il est necessaire au
Chirurgien s’aider selon Hippocrates,
senten. 24. de la 2. sect. de l’Officine
du Médecin , de deux especes de ban-
des : les vnes sont appellées de luy
Hypodesmides , c’est à dire, sous-ban-
des , les autres, Epidesmi, c’est à dire,
sus-bandes. Les sous-bandes sontdeux,
quelquesfois trois2, dont la première
commencera sur la fracture, y faisant
trois ou quatre reuolutions : et qu’il
ait esgard à la figure de la fracture ,
pource que selon icelle faut faire et
diuersifier le bandage. Car il faut me-
faut auoir esgard de chasser plustost la grande
abondance de sang vers te corps que vers les
extrêmes parties : pource que les exlremilez ne
sont assez capaces ne conuenables pour rece-
uoir vue si grande abondance de sang et d’hu-
meurs, et rnesmes ne sont assez puissantes pour
les cuire et assimiler à leur substance : qui plus
est, une inflammation et aposteme s’y pourroit
engendrer auecques autres penlleux accidens.
Mais quand on le repoulse vers le corps , tors
il est régi et gouuerné par les facullez natu-
relles. »
Cette doctrine n’est autre que celle d’Hip-
pocrate au livre des fractures; et elle peut
entraîner de graves inconvénients, tels que
la dissémination de la tumeur du cal pro-
visoire, et des retards dans la consolidation
de la fracture. Mais ce n’est pas ici le lieu
d’ouvrir une discussion à cet égard.
'Ce chapitre n’était point séparé du pré-
cédent dans l’édition de 1575.
2 L’édition de 1575 nefaisait nulle mention
des distinctions établies par Hippocrate, et
disait simplement :
« Il est necessaire au Chirurgien s'aider de
trois bandes dont la première, etc.
En^laTO , Paré fléchissant sous l’autorité
LE POVZIÉME LIVRE
282
ner la bande vers le costé contraire à
celui vers lequel la luxation ou frac-
ture est inclinée, à fin que l’os emi-
nent soit repoussé et tenu ferme en
son lieu naturel, auquel on l’aura
restitué. Telle chose se fera bien en
ceste maniéré : à sauoir , quand la par-
tie dextre est plus eminente, la bande
alors commencera à la mesme partie,
et sera menée vers la senestre : au
contraire, si la senestre est excedente,
faut que la bande commence à icelle,
et soit conduite vers la dextre. Par-
tant il faut que le Chirurgien use de
la main dextre et senestre, pour bien
faire icelles ligatures *, et conduira sa
première en haut, c’est à dire, vers le
corps, pour les raisons prédites.
Ceste maniéré de comprimer sur les
fractures n’est seulement propre et
particulière à icelles, mais aussi aux
luxations. Car quand il se fait luxa-
tion en une partie , et qu’elle est re-
dure, il faut comprimer et bander
plus doucement le costé d’où l’os est
parti, et serrer plus fort celuy auquel
est tombé. Donc le bandage doit estre
amené du lieu sur lequel l’os est tombé,
et que celuy duquel il est tombé soit
lasche et non pressé de la bande et
compresse , à fin qu’on la pousse et
face tendre et tirer vers la partie con-
traire, où s’est faite la luxation. Car
si on bandoit autrement, le bandage
cederoit au mal, pource que la partie
a esté relaschée et desiointe de son
lieu naturel : et partant on pourroit
d’Hippocrate, corrigea son premier texte,
adoptant les deux bandes comme doctrine gé-
nérale ; mais il est à remarquer que sa prati-
que ne changea point pour cela , et nous le
verrons au Linre des fractures opposer au
bandage d’Itippocrate sa pratique ordinaire.
Voyez ci-après page 32a.
1 Le Chirurgien doit estre ambidextre , s'il
est possible. — A. P.
estre cause de la repousser , ou ren-
uoyer de rechef l’os hors de son lieu,
où il aurait esté réduit. Mais tant s’en
faut qu’il le faille bander vers la partie
où s’est faite la luxation , qu’ Hippo-
crates veut qu’on la ramene vn peu
plus que son naturel.
Or pour poursuiure nos sous-ban-
des ', ayant fait la première , on en
prendra vne seconde, laquelle com-
mencera pareillement sur la fracture,
et n’y fera qu’un tour ou deux : parce
qu’il ne faut tant enuoyer de sang
vers les extrémités , comme aux par-
ties supérieures ( ainsi que nous auons
desja demonslré)et sera conduite vers
le bas ou extrémité de la partie, la
serrant doucement, à fin aussi d’ex-
primer le sang de la partie blessée 2,
et la ramènerons en haut : ce que si
nous ne voulons faire, prendrons vne
troisième sous-bande, qui commen-
cera où la seconde aura fini , et sera
conduite en haut: qui sert à réduire
les muscles , qui ont esté detors et
tournés de leur situation naturelle
par les deux premières bandes 3.
1 L’édition de 1575, fidèle à son texte an-
térieur, porte en cet endroit : nos trois ban-
dages.
2 L’édition de 1575 arrête là les circonvo-
lutions de la deuxième bande, et poursuit
ainsi :
« La troisiesme bande commencera oit la
seconde aura Jiny , et sera conduite en haut
tout à l’ opposite de la première et seconde;
c’est à sçauoir, si elles ont esté conduites à
dextre, on la conduira à senestre, ou au con-
traire, et finira la où la première aura fini, la
serrant doucement : et faut qu’il y ail grande
espace entre ses reuolulions. L’vsage de ceste
tierce ligature c'est de remettre les muscles en
leur figure naturelle , de laquelle ils auoyenl
esté peruerlis et destournez par les deux pre-
mières bandes. »
La nouvelle rédaction date de 1579.
5 Ces détails sur l’arrangement de la se-
DES BANDAGES.
283
Or il faut serrer les bandes modéré-
ment , mesurans la médiocrité par
noslre iugement, et le sentiment du
malade , qui dit estre assez serré , et
que s’il l’estoit plus , il ne se pourroil
endurer : considerans aussi la tumeur
ou enfleure qui doit estre sans inflam-
mation , et l’habitude du corps. Car
les corps mois ne peuuent tant endu-
rer estre serrés et pressés que les
durs. Or pour auoir trop lié et bandé
vne fracture ou luxation , on iette et
expelle les humeurs aux extrémités ,
dont souuentesfois suruiennent de
grandes tumeurs œdémateuses. Et
pour y remedier, il faut deslier le lieu
fracturé ou luxé : puis on commen-
cera à bander et comprimer les par-
ties enflées, et conduire la bande vers
les parties supérieures , à fin de des-
charger la partie enflée : et où on ne
deslieroit la partie fracturée ou luxée,
l’humeur ne pourroit estre renuoyé
és parties supérieures '.
Geste méthode est laisser la propre
cure poursubuenir aux accidens : ce
que le Chirurgien rationel fera tous-
iours , quand il connoistra estre ne-
cessaire. Et pour ceste cause Hippo-
crates commande qu’on deslie la liga-
ture de trois iours en trois iours, et à
chacune fois qu’on fomente la partie
d’eau chaude , à fin que les humeurs
eonde et de la troisième bandes se retrouvent
au Liure des fractures de l’édition de 1564 ,
chapitre déjà cité; comme ce sont toujours
les mêmes idées, et qu’elles n’appartiennent
pas même à notre auteur, je ne reproduirai
pas le texte de cette édition, qui présente
d’ailleurs fort peu de différence avec la ré-
daction définitive. •
1 A. Paré ne parle ici que de l’oedème qui
survient par l’effet d’un bandage trop serré;
mais dans l’édition de 1564, chapitre 7,
folio 45, il mentionnait spécialement celui
qui est produit par la fracture même.
.Mais si d’auanture il surinent tumeur à la
contenus en la fracture, lesquels y
sont flués par le moyen de la douleur,
soient resouls et euacués , pour pro-
hiber vn prurit , et autres accidents.
Et apres qu’ils seront passés , on dé-
liera la ligature plus à tard , et la
fera-on plus lasche , à fin que le sang
et la matière qui doit faire le callus
ne soient empeschés, mais qu ils y
fluent plus librement.
CHAPITRE IV.
DES BANDAGES DES FRACTVRES
AVEC PLAYE.
Aucunes fractures sont auec playe :
et lors qu’il y a playe, encor les faut-il
bander: autrement elles enfleroient ,
receuant les humeurs des autres par-
ties, dont plusieurs accidents sur-
uiendroient. Mais ne faut que le ban-
dage soit comme nous auons dit , y
faisant des circonuolutions , parce
qu’il faut tous les iours traiter la
playe pour la mondifier et médicamen-
ter : et où il y auroit des circonuolu-
tions , faudroit tous les iours remuer
la partie, qui seroit cause de faire
douleur au malade, qui engarderoit
TvniondeTos, laquelle demande le
repos.
main , au genouil ou au pied, à cause de quel-
que os rompu, en cest esgard il faut commencer
à bander et lier icelles parties premier que la
fracture. Car si on faisait autrement , l’hu-
meur contenu en ceste enfleure et qui conti-
nuellement y deflue, ne pourroil estre renuoyé
aux parties supérieures , pour la compression
que ferait la première ligature.
Et il ajoutait en marge :
Belle obserualion pour les tumeurs audes-
soubs des fractures.
C’est sans doute par un pur oubli que ce
passage intéressant n’a point été reproduit
dans les éditions complètes.
LE DOVZIÉME LIVRE ,
284
Partant iceluy bandage se fera en
passant seulement vne fois autour
d’icelle playe auecques vne bande qui
sera en deux ou trois doubles, en fa-
çon d’une compresse , laquelle sera
dextrement cousue : et sera de telle
largeur qu’elle comprime entière-
ment toute la playe , pour les raisons
que dirons cy apres au liure des Frac-
tures. Et si la playe est de figure se-
lon la longitude du corps, les com-
presses et astelles doiuent estre ap-
pliquées aux costés, à fin de reioindre
la playe , et expeller les excremens :
mais si elle est au trauers, ne faut ap-
pliquer telle maniéré de compresses
et astelles : car on dilateroit la playe,
et ietteroit-on les excremens dans
icelle, comme escrit Galien sur la
douzième sentence de la seconde sec-
tion du liure des Fractures.
chapitre y.
PRECEPTES ET OBSERVATIONS COHIMVNES
POVR LES FRACTVRES ET LVXATIONS.
D’auantage , en toute fracture et
luxation, les parties caues et exté-
nuées, comme celles qui sont vers les
iointures , doiuent estre remplies de
compresses ou bandes appliquées au-
tour pour faire la partie égalé , à fin
que les astelles la compriment egale-
ment, pour mieux tenir les os en leur
lieu naturel : comme quand on bande
le genoüil , il faut emplir la cauité,
c’est-à-dire la partie postérieure , qui
est le iarret , à fin que le bandage soit
mieux et pluspromptement fait . Il faut
faire le semblable sous les aisselles, et
au dessus du talon , et au bras près le
carpe, eten toutesles autrespartiesoù
il y a cauité et inégalité ‘.
1 Ce premier paragraphe est extrait, avec
Apres auoir bandé et lié, faut inter-
roger le malade s’il sent la partie
estre trop serrée, et s’il dit ouy, et
qu’il ne la peut endurer, la faut des-
serrer. Car si le bandage est trop
serré, il excite douleur, chaleur,
fluxion, gangrené, et par conséquent
mortification : et celuy qui n’est pas
assez serré ne profite rien, principa-
lement aux fractures et luxations. Or
si la partie est bien bandée, c’est à
dire si elle n’est trop lasche ny trop
serrée , on la trouuera le lendemain
enflée d’vne tumeur molle œdéma-
teuse, à cause que la ligature a ex-
primé le sang du lieu fracturé 1 : au
contraire , si elle est trop serrée , la
tumeur sera dure. Et si on ne trouue
aucune tumeur le lendemain, c’est
signe que la ligature n’est assez ser-
rée, et qu’elle n’a aucunement chassé
et exprimé le sang de la partie frac-
turée ou luxée. Si doneques on con-
noist que pour la ligature trop serrée
il soit suruenu vne tumeur grande et
dure, promptement il la conuient
deslier, pour empescher les accidens:
et faut fomenter la partie d’eau chaude
auec huile, puis la rebander médio-
crement, ne serrant fort les bandes
pendant qu’il y aura douleur et in-
flammation2. Auquel temps ne faut
aussi mettre choses pesantes, de peur
d’augmenter les accidens susdits. Et
lors que le malade se porte bien, faut
laisser le bandage trois ou quatre
des différences fort peu importantes de ré-
daction, du chapitre 6 du Liure des fractures
de l’édition de 15G4.
‘Hippocrates sent. 37. et 38. sect. 1. des
Fractures. — A. P.
2 Ce paragraphe est également reproduit
sous une forme un peu différente d’après la
fin du chapitre 6 et le commencement du
chapitre 7 du Liure des fractures de l’édition
de 16G4.
DES BANDAGES.
iours sans le deslier, et plustost aux
délicats , et plus tard aux robustes.
Toutesfois il faut icy noter, que le
troisième iour, et de là en autant ius-
ques au septième, on trouue les ban-
des lasches, et la partie plus gresle ,
qui est bon signe , à cause que la tu-
meur s’est esuanoüie et résolue , par-
ce que par la ligature on a exprimé le
sang qui auoit couru à la partie :
ioint que par la compression on a dé-
fendu vne portion du nourrissement,
qui la fait monstrer plus gresle et
amaigrie ». Et ainsi les os rompus, en
les serrant , se dresseront et touche-
ront mieux : et lors on doit assez ser-
rer sur la fracture, et ailleurs moins :
et à l’endroit où la fracture fait emi-
nence , faut comprimer et serrer d’a-
uantage auec compresses et astelles.
Et pour le dire en vn mot, le sep-
tième iour passé, il faut plus estroitte-
ment bander qu’auparauant , pource
qu’en tel temps l’inflammation , dou-
leur, et autres accidens, sont commu-
nément passés.
Or ce que nous auons cy dessus
déclaré des trois bandes, ne peut
estre deuëment fait en toutes parties ,
comme aux fractures de la mandi-
bule, à l’os furculaire, à la teste , au
nez, et aux costes : parce qu’à raison
qu'elles ne sont longues et rondes ,
on ne peut faire la ligature tout au-
tour d’icelles parties, comme l’on fait
aux bras, aux cuisses et iambes : mais
elle se fait seulement par dehors.
CHAPITRE VI.
VTILITÉ DES BANDAGES.
Par les choses precedentes nous con-
noissons que l’vtilité des bandages
1 Hippocrates sent. 39. 40.41. de la sect. 1 .
des Fractures. — A. P.
285
est, que par iceux les choses desiointes
et séparées sont poussées en leur lieu
naturel, et les entr’ouuertes sont con-
iointes, comme és fractures, fentes,
contusions, vlceres sinueux: esquelles
choses Pvnité est perdue, et pour la
conionction desquelles les bandes sont
necessaires : outre-plus, par icelles les
choses lesquelles seroient serrées et
coniointes , tenues séparées : comme
on voit qu’és combustions les doigts se
ioignent ensemble, et les iarrets, et
aussi les aisselles contre la poitrine ,
et le menton contre le sternon : et par
bien bander, icelles choses n’aduien-
nent point.
Les bandes et ligatures seruent pa-
reillement à refaire les parties éma-
ciées et amaigries. Exemple. Si la iam-
be dextre est en atrophie , il faut lier
la senestre, commençant au pied et
finissant en l’aine. Si c’est le bras dex-
tre, on liera le senestre, commençant
à la main et finissant sous l’aisselle :
car en ce faisant, on renuoye vne
grande portion du sang de ces parties
ainsi liées en la veine caue : laquelle
estant plus pleine , en sera enuoyé à
la partie emaciée, en laquelle les vais-
seaux ne sont remplis, mais aucune-
ment vuides. Or il en conuient en-
uoyer beaucoup , d’autant que la
partie est vuide, et pareillement pour
l’alimenter. D’auantage faut que la
partie saine soit en repos , et qu’elle
soit bandée et liée sans douleur, à fin
que le sang et esprits y fluent moins :
ce qu’ils feraient d’auantage , si elle
estoit liée auec douleur.
Plus, les ligatures et compresses
seruent à estancher le flux de sang
des playes, dequoy l’experience iour-
nelle nous fait foy, en cequ’apres vne
saignée , y mettant vne compresse et
ligature dessus, le sang est estan-
ché.
LE DOVZIEME LIVRE ,
286
D’abondant les ligatures seruent
aux femmes nouuellement accou-
chées: lois qu’on bande leur ventre ,
on exprime le sang de leur matrice,
qui en est grandement arrousée et
imbue , et par ce moyen on aide à la
vertu expultrice à le ietter hors. Aussi
ceste ligature prohibe que les vents
n’entrent en icelle matrice.
La ligature sert aussi aux femmes
grosses à supporter le fardeau de leur
grossesse, et celles principalement qui
portent leurs enfans si bas qu’ils leur
pendent entre les iambes , leur em-
peschant la liberté de marcher : car
par la ligature appellée des femmes
Nombrillere , outre qu’elles sont sou-
lagées de la pesanteur, le faix estant
retroussé, l’enfant est contraint re-
monter plus haut , dont leur est le
marcher plus aisé '.
Outre ces choses , les ligatures ser-
uent à faire reuulsion et deriualion
de plusieurs parties du corps, et aussi
à tenir les medicamens appropriés aux
maladies, comme au col, au thorax et
au ventre1 2. Galien, au troisième com-
mentaire de l’Officine du Médecin ,
commande de commencer le bandage
sur les fractures et luxations, et sur
les playes et contusions , à fin de des-
charger la partie du sang et humeurs
qui ont deilué sur icelle , et garder
qu’ils ne Huent. Toutesfois s’il y a si-
nus ausdites vlceres, il faut commen-
cer sur iceluy ,• à fin d’euacuer le
pus ou sanie par l’ouuerture de l’vl-
cere.
Que diray-ie plus? La ligature a
1 Ce paragraphe manque dans la première
édition et a été ajouté en 1579.
2 Ce paragraphe s’arrêtait ici dans les
éditions de 1575 et 1579 ; la citation de
Galien qui le complète est une addition de
1585.
trois vtilités en l’amputation des mem-
bres, comme bras et iambes. La pre-
mière, c’est qu’elle tient le cuir et les
muscles esleués en haut , à fin qu’a-
pres l’œuure ils recouurent l’extre-
mité des os qui auront esté coupés.
Car apres la consolidation et la cica-
trice faite, les muscles seruent comme
d’vn coussinet aux extrémités des os:
et par ainsi la partie pourra demeu-
rer plus forte, et moins douloureuse
quand on pressera dessus, ioint aussi
que la curation est plus briefue. Car
d’autant que la partie est plus cou-
uerte de chair, plustost aussi les os
sont couuerts. La seconde est, qu’elle
prohibe l’hemorrhagie , ou flux de
sang, à cause qu’elle presse les veines
et arteres, de sorte qu’il n’en peut sor-
tir que bien peu. La troisième est
qu’elle rend obtus et hébété , c’est à
dire qu elle oste grandement le senti-
ment delà partie, parce qu’elle em-
pesche par sa grande adstriction que
l’esprit animal , lequel donne senti-
ment par les nerfs, 11e peut reluire à
la partie pendant qu’on la coupe *.
CHAPITRE VII.
VS AGE DES COMPRESSES.
L’vsage des compresses est double,
à sçauoir, pour emplir les parties ca-
ues, et celles qui ne sont si grosses
vers leurs extrémités comme vers le
milieu 2. Exemples des parties caues
qu’il faut remplir : comme sous les
'Ces derniers mots, pendant qu’oti la coupe,
se lisent pour la première fois dans l’édition
de 1585.
2 Hippocrates, sent. 2. de la 3. sect. de
l'Officine, et sen. 32. de la 1. sect. des Frac-
tures. — A. P.
DES BANDAGES.
287
aisselles, sous les iarrets, aux claui-
cules, et aux aines. Quant à celles qui
ne sont si grosses vers leurs extrémi-
tés comme vers le milieu, ce senties
bras près le carpe, et lesiambes près
le pied, et la cuisse au dessus du ge-
noiiil : ausquels lieux il faut mettre
des compresses et bandes tout au-
tour, tant que l’on verra la partie
estre égalé.
Le second vsage est d’entretenir
les premières deux bandes appli-
quées sur la partie fracturée : et dif-
férant en ce qu’au premier vsage on
les met de trauers, et au second de
long'. On peut aussi vser de com-
presses quand on veut eslendre vn
membre luxé pour le réduire , de
peur que les liens ne compriment et
lacent douleur. Pour ce faut garnir
de compresses la partie qui doit estre
estendue, à fin que les liens ne com-
priment pas trop, et par ce moyen on
engardera qu’ils ne blessent tant
qu’il est possible. Les compresses doi-
uent estre espaisses de trois ou qua-
tre doubles , plus ou moins, et lon-
gues et larges plus ou moins, selon
qu’on verra estre besoin1 2 3: et doiuent
estre trempées en oxycrat, ou en vin,
ou en huile , ou cerat , s’il y auoit
douleur , à fin qu’elles soient plus
mollettes et qu’elles tiennent plus
ferme.
1 Cette première phrase manquait dans
l’édition de 1575; immédiatement après le
paragraphe précédent on lisait : Aussi faut
vser de compresses, etc. — La rédaction nou-
velle est de 1579.
2 Le chapitre finit ici dans les éditions de
1575 et 1579. Le reste a été ajouté en 1585.
CHAPITRE VIII.
VSAGE DES EERVLES , ASTELLES ,
TORCHES ET QVESSES.
Après auoir parlé des bandes et
compresses, à présent nous faut trai-
ter des ferules et astelles , et autres
choses qui seruenl à tenir les os en
leur place, comme sont sachets, cous-
sins , oreillers , torches de paille et
quesses *.
1 L’édition de 1545 se borne à énumérer
les bandes el compresses , esclacs, astelles fai-
tes de boys , plomb , fer blanc , cuir corroyé,
gros papier de chartes , ou escorce d'arbres ,
folio 37. Celle de 1552 répète les mêmes ter-
mes ; seulement le mot esclacs est orthogra-
phié esclatz ; ce sont sans doute des attelles
faites en fendant des planches de certains
bois, comme dans les campagnes on en im-
provise encore en fendant des fonds de boîtes
de sapin.
L’édition de 1564 ne dit également qu’un
mot des astelles et ferules qui peuuent estre
faites de boys, de plomb, de fer blanc, de gros
papier de quarte , ou d’escorce d'arbres ,
folio 42, verso.
Nous verrons au chapitre des fractures de
l’avant-bras, que le plomb avait été em-
ployé pour fabriquer des gouttières desti-
nées à soutenir le membre, et qu’il avait été
ensuite abandonné pour le fer-blanc. Je me
suis assuré toutefois qu’avec des lames de
plomb d’une demi -ligne d’épaisseur, on
peut parfaitement modeler sur le membre
des gouttières à la fois très solides et très
malléables, préférables peut-être à celles de
fer-blanc, mais sans aucun doute aux ap-
pareils en fil de fer de M. Mayor.
Quant aux quesses , ce mot est ici l’équi-
valent de caisses avec une mauvaise ortho-
graphe. Les cassoles sont de petites caisses.
La caisse se rend en latin par capsa , mot
que l’on retrouve dans Guy de Chauliac ; la
cassole par capsula, et la traduction latine
d’A. Paréjs’est servie de ce dernier mot pour
désigner et les unes et les autres.
288
LE DOVZIÉME LIVRE,
Les fcrules , ou astelles , sont faites
de papiers collés ensemble, ou de bois
mince ou délié , ou de cuir, de quoy
on fait des semelles aux souliers : ou
d’escorce d’arbre , ou lames de fer
blanc, ou de plomb, ou d’autre ma-
tière semblable, qu’on pourra com-
modément recouurer : bref, comme
dit Auicenne , de matière qui en sa
duretésoit douce, et se puisse ployer1.
Vray est, que ie conseille qu’on prenne
vne matière la plus legere qu’il sera
possible de trouuer, de peur que par
sa pesanteur elle ne blesse la partie2,
comme d’escorce de ferule, qui est
fort propre, ou papier collé, enue-
loppé de laine ou de coton ou de
linge mollet , de peur qu’on ne fasse
douleur. Pareillement faut qu’elles
soient de longueur et largeur et en
nombre tel qu’il sera necessaire :
aussi qu’elles soient courbées ou
droites, selon que la partie le re-
querra : et qu’elles ne portent sur les
eminences des os, comme sur les
cbeuilles des pieds, aux genoüils,
aux couldes, et autres parties emi-
n en tes, de peur qu’elles ne les bles-
sent : et qu’elles soient plus minces
vers leurs extrémités , et plus espais-
ses vers la fracture. Leur vsage est
de tenir fermes les os fracturés ou
luxés , à fin qu’ils ne vacillent d’vn
costé ny d’autre. Et pour ce faire, ne
faut qu’il y ait beaucoup de compres-
ses et de reuolutions de bandes, parce
qu’elles ser oient tenues trop lasche-
ment sous le nombre des reuolutions
ou espaisseur des compresses.
Les torches ou ferions, sont faites de
1 Cette citation d’Avicenne n’appartient
pas à la rédaction primitive de ce livre ; elle
n’a été ajoutée qu’en 1579.
a Le reste de la phrase manque dans les
éditions de 1575 et 1579 , et a été ajouté en
1585.
bastons de grosseur d’vn doigt, les-
quels on enueloppe de paille, puis
d’vn demy linceul : et sont appro-
priés principalement aux iambes et
cuisses rompues >.
1 C’est ici la première fois qu’apparaît en
chirurgie le mot de fanons, dont j’ignore ab-
solument la valeur étymologique etl’origine.
En 1545, A. Paré ne le connaissait pas ou du
moins ne l’employait pas encore; il parle
seulement à l’occasion des fractures de jambe
des torches de paille, au milieu desquelles, pour
plus fermement tenir, l’on mettra vne verge
de boys , les reuoluanl d’un drap : fol. 37 ,
verso. — L’édition de 1552 n’en dit pas da-
vantage ; celle de 1564 dit, toujours pour les
fractures de jambe :
Apres les astelles seront appliquées les tor-
ches de paille , dans lesquelles faudra mettre
des basions asses menus et forts pour tenir la
paille ferme et roitle. Aussi faudra enrouler
lesdiltes torches dans vu drap de linge, et les
mettre à dcxlre et à senestre du membre rompu,
pour le tenir en figure draille, fol. 52.
En sorte que c’est seulement en 1575 que
nous rencontrons le mot fenons, transformé
depuis en celui de fanons. L’édition latine
donne pour équivalents les mots de toruli
seu cesticelli, que j’ai vainement cherchés
dans les lexiques de Blancard et de Castelli.
Quoi qu’il en soit, A. Paré ne donne pas ce
nom comme une chose nouvelle; il semble
n’avoir fait que le transporter du langage
usuel des chirurgiens de son temps dans la
langue écrite, comme il avait fait déjà pour
le mot bistorie. Recherchons maintenant
leur origine et leur histoire, et voyons par
combien de modifications ont passé les fa-
nons, jadis si fort en usage, et si négligés au-
jourd’hui.
Le premier auteur qui en parle est Guy
de Chauliac. A l’occasion des fractures de
cuisse, après avoir exposé les divers appareils
d’Albucasis et des chirurgiens italiens, il
ajoute : Alii, ut magisler Petrus, cum suste-
namentis faelis de paleis longis secundum lon-
gitudinem pedis involutis cum linleamine et su-
tura : desuper ligant cum tribus aut quatuor
vittis. Joubert a traduit littéralement : Les
autres, comme maistre Pierre, auec deux sous •
DES BANDAGES.
Les quesses sont faites de fer blanc
ou de bois. Leur vsage est de tenir
les os en bonne figure, et inesmemenl
289
quand le malade se fait leuer d’vn
lit pour se faire porter en vn autre,
ou quand il va à ses affaires : et pour
lenemenls faicis de pailles longues selon la
longueur du pied, enveloppées d'vn linceul et
cousues : lient par-dessus auec trois ou cpiatre
( yssus . Ce serait donc ce maître Pierre qui en
serait l’inventeur; du reste, comme on voit,
ils n’avaient point encore de dénomination
spéciale, et Guy de Cliauliac, qui les em-
ployait quelquefois, les appelle un peu plus
loin les susdits appttyemenls de paille, cum
islis appodiamentis de paleis.
Pierre d’Argelata analyse très sèchement
le chapitre de Guy, et en conséquence répète
quelques mots de ces soutiens de paille.;
après quoi il n’en est plus question jusqu’à
Paré, qui les décrit avec cette modification
inconnue à Guy et qui consiste à placer un
petit bâton au centre.
11 est remarquable que ni Fabrice d’Aqua-
pendenle, ni Fabrice de Hilden,ni Scultet.ni
Wiseman, ne font aucune mention des fa-
nons ; en sorte que jusqu’au xvnr siècle ils
semblent être demeurés uniquement dans la
pratique des chirurgiens de France. Je les
retrouve dans Fournier, L'Économie chirur-
gicale pour le r’ habillement des os du corps
humain, 1671, p. 208, déjà sous le nom mo-
derne de fanons, et offrant deux variétés, se-
lon qu’ils sont faicis auec deux basions en-
ueloppez de paille ou de linge. Tous les
chirurgiens de Paris ne les avaient pas même
adoptés ; car Lavauguyon et Verduc les pas-
sent absolument sous silence. Enfin Arnaud
se déclara en leur faveur dans des cours
publics fort célèbres , et dont Leclerc nous a
conservé quelques idées ; J.-L. Petit les prit
ensuite sous son puissant patronage, et leur
usage ou du moins leur nom se répandit
dans presque toute l’Europe. Arnaud les fa-
briquait avec un petit drap en double qu'on
roule par les bouts, dans lesquels on renferme
de la paille et un petit bâton au milieu pour
les soutenir. Ce n’est pas autre chose que la
description donnée par A. Paré. Mais pour
supporter le talon, Arnaud avait imaginé ce
•lu’il appellait de faux fanons, faits sans bâton
et sans paille a\ec une bande d’environ qua-
tre doigts de large roulée à deux globes;
H.
chaque cheville de la jambe portant sur
chaque rouleau , et le talon appuyé sur la
bande simple entre les deux rouleaux.
J.-L. Petit les décrivit d’une autre ma-
nière. Il rapporte l’histoire d’une fracture
de cuisse pour laquelle il employa les fanons,
qui ne sont autre chose que deux rouleaux de
paille entourés de linge et qui s’ applique ni de cha-
que côté le long de la partie. Ils avaient environ
deux pouces de diamètre; la toile qui les
enveloppait faisait assez de circonvolutions
autour pour que l’inégalité de la paille en
fut effacée et qu’ils ne blessassent point les
endroits sur lesquels ils pourraient appuyer.
Comme on le voit, Petit employait les fa-
nons primitifs de maître Pierre, à part le
drap qui les réunissait, comme il va être
dit : il y joignit ce qu’il appelle à son tour
de faux fanons-, c’étaient des fanons beau-
coup plus mollets, plus garnis de linge, mais
qui, non enveloppés d’un même drap, for-
maient deux cylindres séparés. Ils avaient
chacun quatre lacs qui venaient se lier par-
dessus le membre pour empêcher ces faux
fanons de s’écarter. Ils devaient servir, étant
placés sous les vrais fanons , à tenir le mem-
bre tout entier suspendu sur la toile de ceux-
ci comme sur un branle, et sans toucher
pour ainsi dire au matelas. Petit avait aussi
modifié les vrais fanons en ce sens, d’abord
qu’ils n’étaient point roulés dans un même
morceau de linge, comme c’était la coutume
avant lui; mais dans deux linges sépa-
rés , dont l’un les unissait depuis la partie
qui est au-dessus des condyles du fémur
jusqu’en bas, et l’autre depuis quatre doigts
au-dessus de la fracture jusqu’en haut;
ainsi il n’y avait point de toile entre eux
dans presque toute la partie (postérieure de
la cuisse, ce qui, pour une fracture compli-
quée, facilitait beaucoup les pansements; de
plus il les mit dans une situation telle qu’ils
étaient un peu en dessous de la grande
épaisseur ou du diamètre transversal de la
partie, en sorte que le membre était appuyé
dessus et non enfermé dedans.
Duvemey emploie aussi les fanons; mais
*9
LE ÜOVZIÉME LIVRE,
*9°
le dire en vn mot, quand il faut ap-
puyer et situer les parties fracturées
et luxées fermement, de façon qu elles
ce ne sont plus ceux que nous connaissons.
Il les veut plats d’abord, pour qu’ils soient
plus fermes et ne blessent pas les parties ;
pour cela il prend une espèce de tringle
faite de bois de hêtre ou de sapin , large de
1 pouce 1/2, épaisse de '< à 5 lignes, sur laquelle
on roule un bout d’un drap mis en double, que
l’on assujettit par quelques points d’aiguille.
Ses fanons revenaient à peu près à nos graudes
attelles d’aujourd’hui. Il plaçait en outre
sous la jambe, pour lui donner le même vo-
lume qu'à la cuisse, un drap roulé en Juiix fa-
nons ; ceux-ci étaient placés conséquem-
ment en dedans des vrais fanons.
Heister ne connaît que les fanons de
paille, enveloppés à la manière ordinaire,
dans un drap unique; il leur conserve leur
nom français , et , chose remarquable , il
ajoute que les plus habiles chirurgiens de
son temps leur donnaient la préférence,
comme à ce qu’il y a de plus propre à con-
tenir les pièces fracturées.
Nous avons vu jusqu’ici les fanons, d’a-
bord en paille, se munir d’une tige centrale
plus solide, et enfin sous les mains de Du-
verney, se changer en véritables attelles in-
flexibles ; Bertrand! leur fil subir une autre
métamorphose. Il décrit sous le nom de fa-
non , il fanone , un drap plié en plusieurs
doubles avec une toile cirée entre les dou-
bles, et roulé par les bords de manière à for-
mer un demi canal. Le corps du fanon est
le fond de ce demi canal, les rouleaux sont
ses parties latérales.
B. Bell a plus encore écarté ce mol de sa
signification primitive. Fanon et attelle sont
pour lui synonymes. Attelles de carton, at-
telles de bois mince collé sur du cuir, taillées
d’ailleurs dans les formes les plus compli-
quées, tout cela est fanon ; des deux attelles
de Sharp pour la fracture de la jambe, celle
de dessous qui embrasse le genou et le pied,
est appelée par Bell vrai fanon ; celle de des-
sus moins étendue, faux fanon-, c’est une
confusion des plus étranges.
Un article de Y Encyclopédie méthodique,
ne se puissent mouuoir à dextre ou à
senestre , en haut ni en bas , soit en
veillant ou en donnant : aussi qu’elles
emprunté du reste à l’ancienne Encyclopédie,
décrit les fanons, en latin ferulœ slramineœ,
comme étant généralement employés à celte
époque, et donne quelques détails nouveaux
sur leur fabrication. Le bâton central était de
la grosseur du doigt, et la paille était assu-
jettie à l’entour avec une ficelle. On se ser-
vait aussi des faux fanons de J.-L. Petit.
Enfin, au lieu de garnir de compresses les
intervalles entre les fanons et le membre,
dans quelques hôpitaux on se servait de sa-
chets remplis de balles d’avoine; innovation
qui, comme on le voit, ne remonte pas bien
haut, et dont l’auteur est resté inconnu.
Desault rejeta les fanons du traitement
des fractures , et leur substitua les grandes
attelles qu’il croyait avoir imaginées et qui
remontent à Duvemey et même à Avicenne;
il généralisa l’interposition des coussins de
balles d’avoine entre l’attelle et le membre.
Je remarque que l’expression de drap fanon
pour indiquer le drap dans lequel on roule
les attelles ne remonte qu’à llesault; je ne
l’ai pas trouvée indiquée avant lui.
Montcggia a conservé le nom de fanons ou
roinli en italien; mais il désigne ainsi eu
réalité de larges attelles, et se range donc à
la suite de Desault et de Duverney.
Boyer indique, pour les fanons, la même
structure que A. Paré, pour les faux fanons,
le procédé d’Arnaud. M. Sanson a copié au
contraire Richter, qui décrit les fanons tels
que je les ai vus encore employés en Polo-
gne ; un rouleau de paille avec une baguette
d’osier au centre; et M. A. Bérard a copié
M. Sanson. Enfin parmi nous M. Larrey, le
dernier défenseur des fanons en France, en
est revenu à leur fabrication primitive, c’est-
à-dire à des cylindres de paille serrés forte-
ment avec des ficelles, et du diamètre d’un
pouce et demi environ.
J’ai poursuivi jusqu’à nos jours celte his-
toire des fanons, parce que je ne l’ai trouvée
faite nulle part, et qu’on peut les considérer
comme des instruments de la chirurgie du
I moyen âge , qui n’appartiennent presque
* plus qu’à l’histoire, et qui du moins ont déjà
des bandages,
ne tombent en bas, et qu’elles ne
soient trop liées et serrées, de peur
que les humeurs ne courent à la par-
tie blessée, et qu'il n’y suruieune dou-
leur, inllammation, aposteipe, gan-
grené et inortiücat on. On peut
appeler, selon Hippocrates, les casso-
les, torches, et tous autres instru-
mens qu’on accommode aux fractures
pour tenir le membre en figure droite
et indouloureuse, Glossocomcs, c’est-
à-dire engins ou machines , lesquels
disparu parmi nous de la pratique générale.
J’ajouterai cependant quelques mots sur
leur valeur réelle, qui me parait avoir été
trop méconnue, surtout par les partisans
des grandes attelles.
Desault surtouta fait une rude guerre aux
fanons ; il leur reprochait de glisser en avant
ou en arrière, et de laisser ainsi la jambe
sans soutien et le pied libre de s’incliner en
dehors. A cet égard il convient de remar-
quer que les véritables fanons n’ont jamais
servi d’attelles latérales; que tous les chi-
rurgiens, ou bien ont commencé par placer
des attelles sur la jambe ou la cuisse, ou
bien, comme Pierre d’Argelata et M. Larrey,
ont entouré le membre d’un appareil solidi—
fiable; et que les fanons ne servaient qu’à
former sous le membre une sorte de canal
élastique mais résistant, dont la plus nette
expression se trouve dans l’appareil de J.-L.
Petit. Les fanons posant sur le lit ou sur un
coussin, enveloppés dans leur linge, ne pou-
vaient donc glisser en avant ni en arrière ;
et Desault, qui, en adoptant les grandes at-
telles de Duverney et d’Avicenne , a oublié
les petites attelles admises en même temps
par ces chirurgiens, n’avait certainement pas
assez fait pour la solidité de son appareil.
Les grandes attelles, trop minces pour poser
solidement sur le lit ou sur le coussin, écar-
tées d’ailleurs de la jambe par les sachets de
balles d’avoine, glissent facilement dés que
les liens se relâchent, et sont plus aptes à se
déranger que les fanons. D’ailleurs elles
laissent sans soutien la face postérieure du
membre, et sous ce rapport l’appareil de Dé-
duit pèche au plus haut degré. Aujourd’hui
agi
on applique pour tenir les membres
en vn estai sans que le malade les
puisse remuer aucunement à dextre
ou à semestre , haut ou bas , soit en
veillant ou en dormant : et pour le
dire en vn mot , Glossocomcs signifie
tous instrumens qui seruent à réduire
les fractures ou luxations.
Hippocrates appelle les pluma-
ceaux les linges de quoi on fait les
compresses, et ce qu’il appelle fulci-
mens , c’est-à-dire appuis qui afler-
elles semblent partager la défaveur qui s’at-
tache aux fanons, et elles cèdent le pas aux
appareils'solidifiables. Je n’ai pas ici à dis-
cuter la question de ces appareils; souve-
nons-nous seulement qu’ils étaient déjà em-
ployés par les arabistes, et qu’ils avaient été
remplacés au xvie siècle parles fanons, com-
me ceux-ci le furent vers la lin du xviir siè-
cle par les attelles, qui elles-mêmes n’étaient
pas plus nouvelles; et puisque tour a tour
ces appareils ont eu la vogue, puisque cer-
tainement tous ont des avantages qui leur
sont propres, faisons en sorte, en adoptant
ceux qui nous paraissent préférables, de ne
pas rejeter les autres dans un si complet ou-
bli, afin que l’expérience des temps passés
ne soit point perdue, et que la science ne soit
pas condamnée à marcher toujours dans le
même cercle où elle s’agite depuis plus de
deux mille ans.
Voyez Leclerc, Chirurgie complète, édit, de
1739, p. 349 et 351; — J.-L. Petit, Mal. des
os, édit, de 1758, t. Il, p. 204 et 209; — Du-
verney, Mal. des os, t. I, p. 143 et 146; —
Heister, Inst, de chir., trad. franç. in-8°,
t. I, p. 350; — Bertrandi, Malallie delle ossa,
p. 124; — B. Bell, Cours de chir., trad. fran-
çaise, t. VI, p. 286 et suiv. ; — Encycl. mé-
ihod., chirurgie, art. Fanons-, — Desault,
ÜEuvres posthumes, t. I, p. 275; — Monteggia,
Isliluzioni chir., édit, de 1830, in-12, t. IV,
p. 46; — Boyer, Mal. chir.-, — Sanson , art.
Fractures du Dict, de méd. el chir. pral.-,
— A. Bérard, art. Fractures du Dict. de méd.
en 25 vol.; — el enfin Hipp. Larrey, Trai-
ment des fractures des membres par l’appa-
reil inamovible, thèse inaug., p. 8.
LE DOVZIEME LIVRE
292
missent, comme font les bandes,
compresses , canaux , astelles, et au-
tres choses qui appuient
Ceux qui ne sont encore exercés en
la pratique de Chirurgie ne peuuent
bonnement entendre ces choses : car
il est très difficile de mettre par escrit
la diuersité des bandes, compresses,
astelles, fendes, et autres choses
qu’on fait par la main. Mais il faut
imaginer ce qui en est icy escrit, et
aussi auoir veu besongner les bons
maistres auparauant que d’y pouuoir
bien mettre la main. Et m’asseure
que ceux qui auront pratiqua et veu
pratiquer prendront grand plaisir en
ceste lecture , parce que ce qu’on
voit par les sens est plus croyable
que ce qu’on comprend par raison.
Toutesfois i’ay mis peine , non seule-
ment en cest endroit mais par tous
mes escrits, d’enseigner et exposer
aux jeunes Chirurgiens le plus clai-
rement qu’il m’a esté possible , leur
mettant quasi l’image des choses de-
uant les yeux.
CHAPITRE IX.
DES LAOS ET LIENS2.
Il reste encore à parler des laqs ou
liens , desquels il y a plusieurs diffé-
rences. Les vos sont grands et larges,
comme ceux qu’on v.se à réduire la
hanche ou les vertèbres : autres pe-
tits , pour lier les astelles aux fractu-
res .et luxations : autres à tenir ceux
que l’on taille de la pierre, et aux
: Ce paragraphe se lit pour la première
fois dans l’édition de 1585.
2 Ce chapitre, ainsi que le suivant, se
Usent pour la première fois dans l’édition
de 1585 ; et il n’y a rien été changé dans celle
de 1598.
femmes lors qu’on les deliurc de leurs
enfans : autres à lier la production
du péritoine , en l’amputation des
hargnes et testicules : autres à lier
les veines et arteres : autres «à lier
les bras et iambes pour faire les sai-
gnées : autres à lier l’vmbilic de l’en-
fant nouuellement né : autres à lier
les bras , cuisses et iambes, pour faire
reuulsion à ceux qui saignent trop :
autres à lier les excroissances des
parties honteuses des femmes : autres
aux polypus ou verrues , aux loup-
pes, et autres excroissances de chair :
autres à lier les fistules du fonde-
ment, ou lesfongus qui naissent entre
les dents et eu autres parties.
CHAPITRE X.
LES ÀCCIDENS QVI ADVIENNENT PAR TROP
LIER ET SERRER LES PARTIES DV CORPS.
Par trop serrer la teste aux inflam-
mations des yeux, on les fait souuent
sortir hors leur orbite : ce que i'ay
veu, comme i’ay escrit cy dessus aux
playes de teste, chap. 17.
Aux playes faites au nez , par le
trop serrer et presser on rend les ma-
lades camus.
Pareillement aux playes des ioües
et léures, on rend la bouche tortue.
Par trop serrer et comprimer les
vertebres du dos , on les iette
hors de leur place : qui fait que les
filles sont bossues et grandement
emaciées par faute d’aliment, ce qu’on
voit souuent. Car i’ay souuenancc
auoir ouuert le corps mort d’vnc
Dame de nostre Cour, qui pour vou-
loir monslrer auoir le corps beau et
greslc , se faisoit serrer de sorte , que
ie trouuay les fausses costes cheuau-
chans les vues par dessus les autres :
DFS EANJMCFS.
qui faisoit que son estomach estant
pressé, ne pouuoit s’estendre pour
contenir la viande, et apres auoir
mangé et beu , estoit contrainte de le
reietter, et le corps n’estant nourri
dcuint maigre : n’ayant presque que
le cuir sus ses os, qui fut cause de sa
mort.
Pour trop lier vne partie , on est
cause de gangrené et de totale morti-
fication.
Par trop lier et serrer vn enfant en
son maillot, on l’estouffe faute de res-
piration.
D’auantage par trop lier et com-
presser vne iointure , on cause sou-
tient une luxation , ou distorsion , et
deprauation de l’action.
Par trop serrer le ventre aux femmes
grosses, on fait que les enfans sont
bossus et contrefaits, et la mere auor-
tant, souuent meurt auec l’enfant.
Par trop serrer l’eslomach et les
parties dediées à la respiration , on
est cause d’vne sufl'ocation et mort
subite : ce que de recentc mémoire
on a veu aducnir l’an 1581, en l’E-
glise Saint-Nicolas-des-Champs, où
vne ieune espousée de Iean de la Fo-
rest , maistre Barbier Chirurgien à
Paris, fille de défunt IacquesOchede,
2Q.3
marchant passementier, et de Claude
lloufault, laquelle pour estre trop
serrée et pressée en scs habits nup-
tiaux , sortant de l’autel , apres auoir
pris du pain et du vin à la façon ac-
coustumée, pensant retourner en sa
place, tomba roide morte faute de
respiration , et le iour mesme fut en-
terrée en ladite Eglise. Et quelques
iours apres, ledit delà Forcstespousa
à Saint-Germain en Laye ladite Bou-
fault, mere de ladite fille défunte:
parce que son curé auoit refusé faire
ledit mariage, disant qu’aucun ne
pouuoit espouser la fille et la mere.
Par trop comprimer la production
du Péritoine par vn brayer, on garde
la descente des testicules au Scrotum.
Pour porter des souliers trop courts
et trop estroits, on fait que les ongles
entrent à la chair, et les orteils che-
uauchent l’un par dessus l’autre ,
et s’y font des cors qui causent de
grandes douleurs.
Par trop et longuement lier et ser-
rer les parties, on les atrophie, et en-
fin on leur osle la vie.
Que diray-ie plus? c’est que par
trop serrer la gorge à quelque per-
sonne que ce soit, on l’estrangle, et
luy fait-on perdre la vie.
LE TREIZIÉME LIVRE
TRAITANT
DES FRACTVRES DES 0S‘.
CHAPITRE I.
QVE C’EST QVE FIUCTVRE , ET DE SES
DIFFERENCES.
Fracture, selon Galien au sixième
liure de la Melhode , est solution de
continuité faite en l’os , nommée en
Grec Catagma. Or toute offense d’os a
plusieurs especes et différences, à sça-
1 Ce livre des fractures est un de ceux
qu’A. Paré a ébauchés des premiers , et
qu’il a le plus remaniés. Il avait commencé
dans son Traité des playes d’hacquebutes, en
1545, par tracer une histoire générale des
fractures compliquées sous ce titre : La mé-
thode curaliue des fractures f aides par j léchés
ou basions à feu, et il l’avait reproduite avec
fort peu de changements dans l’édition de
1552. En 1561, ayant eu la jambe cassée,
il avait étudié sur lui-même toutes les cir-
constances de cette fracture ; il refondit
donc son premier essai et en fit le troisième
livre de son édition de 15G4, sous ce titre
nouveau : Des fractures des os. Ce livre
était composé de 18 chapitres; toutefois ce
n’était encore qu’un essai où il se bornait
à traiter de quelques fractures, en attendant
ses OEuvres complètes; et voici comme il
s'exprimait lui-même à la fin du chapi-
tre 7 :
Ayant ainsi discouru des fractures en ge-
uoir, séparation, luxation, vnion ou
conionction , excision ou diuision ,
contusion, aposteme, carie, pourri-
ture, dosnuomenl auecques perdition
de sa couuerture, fracture (de la-
quelle voulons traiter maintenant)
complette, incomplette, quelquesfois
faite en long, et autresfois en trauers,
ou obliquement et de biais, et les piè-
ces ou esquilles rompues, quelques-
neral, maintenant ie traînerai/ des particulières
qui suruiennent au bras et aux iambes seule-
ment. Car ce n’est mon intention pour le pré-
sent de passer plus outre, pourcc que du reste
i’en parlerai / plus amplement en ma practiqne
generale.
Enfin il refondit de nouveau son livre,
et l’étendit jusqu’à 31 chapitres dans ses
OEuvres complètes , en y comprenant cette
fois toutes les fractures connues de son temps.
Cependant la doctrine générale y offre des
lacunes ; c’est qu’il a cru devoir reporter au
Liure des bandages toutes les généralités sur
les appareils des fractures, qui faisaient le su-
jet des chapitres 6 et 7 de l’édition de 1564.
Du reste, comme dans le livre précédent,
A. Paré suit ici presque constamment les
doclrines d’Hippocrate et de Galien ; à peine
s’il garde quelques réminiscences desArabes
et des Arabistcs, et il ne s’écarte guère des
anciens que quand il a son expérience per-
sonnelle à alléguer.
DES FRACTVRES DES OS.
fois ont leur bout mousse, et autres
fois agu et pointu, qui piqué la chair
ou les nerfs , et sonnent les veines et
arteres.
Quelquesfois la fracture est faite en
raifort : c’est lors que l’os n’est point
esclatté en esquilles, mais est rompu
vniment : les Grecs l'ont nommée Ila-
phanidon.
En noix : c’est en plusieurs petites
pièces (comme vne noix cassée sus
vue enclume auecques vn marteau )
séparées l’vne de l’autre, comme nous
voyons ordinairement estre fait aux
coups de pistolles cl autres bastons
à feu : en Grec Âlphilidon.
En fente apparente , ou capillaire ,
c’est à dire, petite comme vn poil, de
façon qu’on ne la peut apperceuoir
au sens de la veuë : parlant on est
contraint d’y mettre de l’ancre qui
descend en dedans , et la racler pour
la connoistre : les Grecs l’appellent
Âpoehema.
Enfonccurc : Voutnre, rehaussant
l’os en haut.
liriseure , c’est à dire, diuision de l’os
en plusieurs esclals.
Aucunes de cesdites fractures sont
faites en large, en long, en trauers :
les vnes auecques pièces egalles : les
autres dentelées et inegalles , et es-
quilleuses. Aucunes sont faites en la
superficie seulement de l’os, auec per-
dition de quelque portion d’iceluy,
comme vne escaille séparée: les au-
tres sans que les os soyent séparés
les vns des autres, mais seulement
fendus en long : les autres descen-
dantes iusques à la moelle de l’os
1 Tout le texte de ce premier chapitre,
jusqu’en cet endroit , est exactement repro-
duit d’après l’édition de 1575, à part seule-
ment les trois derniers synonymes grecs qui
ne datent que de 1585. Mais de plus, ce texte
ne fait que répéter à fort peu de chose près
29 5
Aucuncsfois les os se courbent sans
estre rompus, comme l’on voit aux
costes et aux cartilages , et aussi aux
celui de l’édition de 15G4( et celui-ci sc re-
trouvait en germe dans les éditions bien
antérieures de 1552 et 1545. Afin de bien
établir la date et l’origine des idées présen-
tées dans ce chapitre, je reproduirai d’abord
le début de la portion consacrée aux frac-
tures dans le Traité des playes d’hacquebutes
de 1545.
« Consyderé que soutient aduient tant pour
la grande violence des boulletz cl ballottes des
hacquebutes , que des traietz , principalement
des gros garots d’arbalesle , que les os sont
rompus et fracturés : ie n’ay voulu obmellre en
traicter, selon ce que i’en ay veu par expé-
rience. Et pource que lesdiles fractures ad-
uiennenl soutient de long , aulcunes foys de
trauers, quelqucsfoys obliques, les vnes incom-
plètes , les aulires complétés : les vnes aux
parties esgales , les aulires dentelées , inesgqles
et esqui lieuses : et failli, comme i'ay prescript,
consyderer la partie en laquelle est la fracture,
pource que aulcunes foys adulent à la leste ,
quelqucsfoys aux costes , ou à l’os de l’atliu-
loire, ou à l’os femoris : aussi U l’vn ou à deux
fociles : pareillement es ioinclures : parquoy
selon icelles différences et indications primés
des parties, failli diuersifier la cure. «Folio 3G.
L’édition de 1552 répète exactement celle
de 1545; celle de 1504 admet comme les
autres des fractures complétés et incomplètes,
des fractures dentelées, et de plus des frac-
tures sans que les os soient séparés les vns
des aulires , mais seulement fendus du long.
Tout ceci semble attester une doctrine fort
avancée; ce n’est toutefois que la reproduc-
tion d’idées qui avaient cours depuis long-
temps dans la pratique. La distinction des
fractures complètes et incomplètes appar-
tient à Lanfranc, et se trouve répétée dans
Guy de Chauliac et dans Tagault; celle des
fissures longitudinales remonte plus haut
encore et vient de Galien , et le français de
Paré n’est guère que la traduction du latin
de Tagault : In iis non omnino separantur ù
se parles sic affecti ossis, sed veluli per rectilu-
dinem finduntur. Quant à la fracture dentelée,
j’ai été fort surpris de rencontrer dans Paré
2QO le treiziéme livre ,
bras et iambes, principalement aux
ieunes qui ont les os encore mois et
tendres. Aueunesfois aussi les os se
cauent et bossellent, comme l’on voit
aux pots d’estain et de cuiure , on
voit souuent aduenir au crâne par
contusion de ceux qui ont les os ten-
dres. le dis d’auantage,quequelques-
fois les esquilles des os ne bougent de
leur place : alors le mal est difficile
estre conneu , parce que rien ne pic-
que ne recroche contre-mont, au tou-
cher tout est égal et uni , la partie
garde sa forme entière. Toutesfois on
peut prendre coniecture de ce que la
partie se deult quand l’on presse des-
sus, et qu’elle ne peut faire son office,
et qu’elle s’enfle et deuient chaude et
enflammée : ioint qu’il y a eu cause
celte épithète que j’avais appliquée à cer-
taines fractures, soit des côtes chez les adul-
tes, soit des os longs même chez les enfants,
et dans lesquelles les aspérités des fragmens
engrenées les unes dans les autres ne leur
permettent point de s’abandonner. Il est*
probable que d’abord Paré n’entendait sous
ce nom que les fractures inégalés , esquil-
leuses et à pièces de Guy de Chauliac; mais
plus tard, comme on le verra dans le para-
graphe suivant, il note aussi d’une façon
spéciale les fractures dont les fragmens de-
meurent juxta-posés. Ce n’est pas encore là
tout-à-fait ce que j’entends par fracture
dentelée , car les fragmens, quoique non den-
telés , peuvent être retenus en place par le
périoste; mais déjà cela indique une obser-
vation très sagace et très avancée pour ce
temps.
Cette note ne sera peut-être pas sans uti-
lité pour l’iiisloire de l’art; elle fait voir que
Félix Wurtz, auquel plusieurs écrivains ont
rapporté les premières notions des fissures
longitudinales, n’a fait en réalité que dé-
velopper dans un chapitre d'ailleurs fort re-
marquable des idées qui avaient cours dans
la science, et qui remontaient à une fort
haute antiquité.
manifeste qui aura précédé , comme
cheule ou coup orbe*.
Aucunes sont simples , c’est à dire ,
sans estre accompagnées d’aucune
disposition ni accident : comme playe,
flux de sang, inflammation, gangrène,
et autres complications. Toutes les-
quelles différences demandent indi-
cations propres à chacun genre d’i-
celles. Pareillement faut considérer
la partie en laquelle la fracture est
faite, pource que bien souuent elle
aduient à la teste, aux costes, aux
bras, aux iambes, aux iointures, et
autres parties du corps. Aussi aux
corps vieux, ieunes, et bien tempérés,
et aussi aux intemperés et malhabi-
lués, et selon icelles différences faut
diuersifier la cure.
Or les causes des fractures sont
toutes choses externes, qui peuuent
couper, froisser, briser et casser les
os : et aussi pour tomber de haut en
bas, voire en tant de façons, qu’il se-
roit difficile de tenir le nombre des-
dites causes2.
'Ce paragraphe, qui manque dans toutes
les éditions antérieures à celle de 1585 , est
curieux à plus d’un titre. Nous y trouvons
d’abord les premières notions des fractures
qui ne se révèlent ni par la crépitation ni
par un déplacement quelconque. Pour la
courbure des os du crâne et des côtes, c’est
une doctrine fort ancienne, que l’on retrouve
dans la plupart des arabisles et même plus
haut (voyez ci-devant, page 12, pour
l’enfoncement des os du crâne); pour la
courbure des os des membres sans fracture,
il faut encore en faire remonter les pre-
mières notions à Lan franc, qui a un cha-
pitre spécial De plicalura ossium in piieris.
Mais l’esprit du temps, entraîné vers les an-
ciens, avait fait perdre de vue ces cour-
bures osseuses, et l'on sait que même après
A. Paré elles étaient retombées dans l’oubli,
dont une observation plus exacte les a enfin
retirées de nos jours.
- Les deux derniers paragraphes de ce
DES FRACTVRES DES OS.
CHAPITRE II.
DES SIGNES DES FRACTVRES1.
Les signes des fractures sont assez
euidens et manifestes : desquels le pre-
mier et plusjcertaiu est, quand, en ma-
niant la partie fracturée, on Irouue
les parties des os séparées, et sent-on
vue crépitation et altrition , ou cro-
quement : c’est à dire, vn bruit qui
a ient du lrayement des os qui tou-
chent les vus contre les autres. Sem-
blablement on connoist la fracture
par l'impuissance de la partie, et prin-
cipalement si ladite fracture est aux
os adiutoires , et au gros os de la
iambe. Car n’estant seulement qu’à
vn des petits fociles du bras, ou de la
iambe, pour cela le malade ne lais-
sera de manier aucunement le bras,
pu de cheminer sur le pied , pource
que ce petit focile ne sert qu’à souste-
nir les muscles, et non le corps,
comme fait le grand os. P’auantage
la fracture peut estre conneuë par la
figure de la partie changée : qui est
caue au lieu d’où est parti l’os, et
chapitre se retrouvent, au moins quant au
fond, dans l’édition de 15G4.
•l’ajouterai que dans celle de 1575 A. Paré
a ajouté touchant les causes des fractures,
un paragraphe qu’il a placé assez mal à pro-
pos au chapitre 3, et dont la place était
beaucoup mieux marquée à la fin de ce
premier chapitre. Mais comme toutes les
éditions complètes sont uniformes à cet
égard , je n’ai rien voulu changer à l’arran-
gement fait par l’auteur, et je me contente
de signaler cette légère erreur dans la dis-
position du texte.
1 Ce deuxième chapitre, à l’exception de
quelques mots changés à la fin et sans au-
cune importance, est reproduit intégrale-
ment d’après l’édition de I5G4.
297
bossue au lieu où il s’esl arresté , ac-
compagnée d’vue Ires grande dou-
leur, qui vient à cause de la blessure
de la membrane dite Périoste, et de
celle qui couurc la moelle, et des au-
tres parties qui sont pressées ou pic-
quées , et les nerfs qui sont peruertis
de leur lieu.
CHAPITRE III.
PROGNOSTIC DES FRACTVRES L
Le chirurgien doit prognostiquer ,
qui est prédire les inconueniens et is-
sues qui peuuent aduenir aux frac-
tures, àsçauoirsi elles sont mortelles,
ou curables: ou si leur curation sera
longue, ou briefue : et quels accidens
les peuuent accompagner, à fin qu’il
déclaré la vérité aux parens et amis
du malade, pour euiter la calomnie
des hommes : ce qu’il fera , ayant la
connoissance non seulement de l’a-
natomie des os, mais aussi la compo-
• L’édition de I5G4 avait déjà un chapitre
assez étendu sur le prognostic, qui a passé
tout entier dans celui-ci , bien qu’avec des
transpositions de paragraphes qui ne parais-
sent pas toujours suffisamment raisonnées.
J’indiquerai les principales additions faites
en 1575, parmi lesquelles d’ailleurs il n’y a
rien qu’on ne puisseau besoin retrouver dans
Galien et dans Hippocrate, hors peut-être
cette idée, que les fractures sont plus fré-
quentes en hiver.
I.esdeux éditions antérieures, savoir celles
de 1545 et 1552, ont bien aussi quelques
phrases sur le prognostic; je n’en rappor-
terai qu’une seule, parce qu’elle diffère
notablement de la rédaction actuelle.
« Aussi failli entendre que les f raclures en
telles parties, comme l'os adiutoire ou femoris,
sont plus difficiles à curer que celles qui sont
en l'vn des Jociles : car elles sont plus difficiles
à tenir vnies qu’en l’vn desdits faciles.
LE TREIZIÉME LIVRE ,
Q98
sition et habitude de tout le corps : et
en bien prognostiquantpeut acquérir
honneur et profit : et où ii verra la
fracture douteuse, il doit plustost dé-
cliner ad periculum, quant ad secur i- I
îàtem. Car si le malade reschappe, ce
lui sera vn plus grand honneur, que
s’il auoit dit qu’il deust estre guéri ,
et puis il en mourust1.
Deuant que passer plus outre, ie
diray qu’en Hyuer lors qu’il gele, à la
moindre cheute les os se rompent
plus facilement qu’en autre temps.
Car par la siccité de l’air les os de-
uiennent plus fragiles et frangibles,
où en temps humide ils deuiennent
plus ployables et obeïssans : ce que
nous pouuons connoistre aux chan-
delles de suif et de cire 2.
Pour entrer doncques en matière
touchant le prognoslic des fractures,
il faut entendre que les os, à cause de
leur seicheressc, ne se peuuent aisé-
ment gluliner, comme fait la chair :
(sinon aux petits enfans, comme es-
1 Ce premier paragraphe est de 1575.
2 Voici le paragraphe auquel je renvoyais
dans la dernière note du chapitre premier.
Sa date exacte est de 1575, et il mérite une
attention toute spéciale, en ce que l’on y
retrouve la première origine de cette opi-
nion généralement répandue, que les frac-
tures sont beaucoup plus communes en hiver
qu’en été. On peut voir sur quelle triste
théorie Paré avait établi son opinion ; et
quant au fait en lui-même, il 11’est pas inu-
tile d’observer que Paré n’avait point d’hô-
pital , et ne pouvait décider une pareille
question que d’après sa pratique particulière,
nécessairement restreinte à un trop petit
nombre de cas. J’ai cherché dans un autre
travail à préciser la différence qu’apportent
les saisons dans la fréquence des fractures ,
et je me borne a y renvoyer le lecteur. —
Voyez mes Eludes statistiques sur tes Frac-
tures el les Luxations, dans les Annales
d’hygiène publique, tome XXII , 1 839.
crit Galien In Arle parua, ausqnels à
cause qu’ils onl beaucotip de sub-
stance humide , l'os se reprend selon
la première intention *) mais ù l’en-
tour de leurs fractures s’engendre
vne substance dure , appellée callus ,
qui se fait de ce qui abonde de l’ali-
ment de l’os rompu , laquelle le lient
et l’agglutine, et auec le temps s’en-
durcit si fort, que l’endroit de telle
glutination se trouue plus ferme
et plus dur que l’autre partie non
rompue. Car comme la coi le sert au
bois pour le ioindre , semblablement
le callus sert aux os rompus pour les
ioindre et agglutiner ensemble. Ce
n’est donc sans grande raison, que les
os fracturés, pour estre vnis, deman-
dent le repos. Car si on remue la par-
tie auant que l’agglutination soit
dcuëment parfaite, le callus se rompt
et dissoult, et l’os ne se pourra iamais
reunir 2.
La matière d’iceluy ne doit pecher
en qualité ny en quantité, non plus
que le sang en la génération de la
chair deperdue : et partant pour le
bien faire, il faut que la partie soit en
son tempérament naturel : autre-
ment ne se pourra faire, ou pour le
moins sera grandement retardé.
Les fractures aux ieunes sont trop
plus faciles à guérir qu’aux vieux ,
pource que les ieunes sont encore
pleins de sucs glaireux et visqueux ,
1 Cette parenthèse a été intercalée ici dans
la deuxième édition complète, en 1579.
2 Les mots en italique ne se rencontrent
dans aucune des éditions revues par A. Paré
lui-même j la première qui les donne est
l’édition posthume de 159S. On pourrait
donc avec quelque raison douter que celle
assertion soit de notre auteur, d’autant plus
qu’elleesten contradiction avec l’expérience,
] et avec la doctrine de Celse reproduite dans
la Chirurgie frunçoise de Dalechamps.
DES FRACTVRES DES OS.
et abondent en humidité naturelle,
radicale et substantifique : combien
qu'on puisse alléguer les vieux auoir
plus d’humidité que les jeunes : à
quoy ie pense auoir respondu en vsant
de ce mot, humidité substantifique et
naturelle , à la différence de celle des
vieux qui n’est telle, mais superflue et
excremeuteuse , dont s’ensuit qu’elle
est moins apte et propre à faire la gé-
nération du callus. Et de ce on voit
qu’il "n’est possible de donner reigle
certaine de la génération du callus :
parce qu’aucuns oss’vnissentplustost
et les autres plus tard : qui se fait aussi
pour la constitution de l’année, de la
région, du tempérament du malade et
de sa maniéré de viure, et pour la fa-
çon de la ligature. Aussi quand le ma-
lade est debile et que l’humeur est trop
aqueux et subtil, lors il n'est pro-
pre pour faire le callus. Au contraire
quand les forces et vertus sont en-
tières, lors elles font leur deuoir à
ioindre les os ensemble: et principa-
lement si la matière est grosse et es-
paisse, elle est facilement conuertie
en la substance du callus. Pource il
conuient ordonner au malade ali-
mens et medicamens propres pour ai-
der Nature à ce faire : ce que nous di-
rons cy apres.
Lors qu’il se fait fracture près les
jointures, le mouuement est apres
difficile , et principalement quand le
callus demeure gros : et aussi du tout
perdu, si la iointure est attrite et
froissée : et encore en tel accident y
a grand danger que la partie ne
tombe en grande inflammation , à
cmse que les tendons excitent dou-
leur: et que la mort n’ensuiue*.
1 Ce paragraphe est de 1575, à l’excep-
tion de ces mots : « cause que les tendons
excitent douleur, qui ont été ajoutés en 1579.
299
Les fractures faites aux deux os du
bras et des iambes sont plus difficiles
à guérir que celles qui sont seule-
ment à l’vn des fociles des bras et des
iambes, parce qu’elles sont plus mal-
aisées à tenir que lors qu’il n’y a
qu’un seul focile rompu : pource que
celuy qui demeure entier, soustient et
appuyé celuy qui est rompu.
Semblablement il faut plus de
temps à faire le callus en vn gros os
qu’à vn petit. Aussi les os qui sont ra-
res et spongieux sont plustost gluti-
nés par le callus que ceux qui ne sont
de telle nature1. D’auantage les os
fracturés és corps de température
sanguine sont plustost vnis qu’aux
cholériques.
En quelque corps que ce soi! , les
os rompus ne peuuent jamais si bien
eslre vnis qu’il n’y demeure quelque
inégalité, et eminence à raison de
l’vnion des os faite par le callus. Et
partant le Chirurgien doit deuëment
faire la ligature, autrement le callus
demeureroit plus gros ou plus menu
qu’il n’est besoin.
La fracture la moins fascheuse est
la simple : et celle qui est en esclats
est la pire : et la plus difficile de tou-
tes, c'est celle où il y a des lragmens
qui piquent , à cause que par poin-
ture de nerf ou périoste se fait con-
uulsion 2.
Or quelquesfois les pièces de l’os
rompu demeurent en leur place :
aussi le plus souuent sont hors de leur
lieu, et l’vne cheuauche sur l’autre :
et si les pièces sont hors de leur lieu .
il y aura cauité, et au toucher inega-
1 Hippocrates sent. 18. et 19. de la l. sect.
Des fractures. — A. P.
- Les mots à cause que par pointure de nerf
ou périoste se fait coVntiiMon. manquent dans
les éditions de 1504 et 1575.
3üO LE TREJZIÊ
lité , et les esquilles piquent et pres-
sent. Aussi les extrémités de l’os ne
sont iointes bout-à-bout , le membre
est plus court que le saiu : et les
muscles sont plus tuméfiés et enflés ,
d’autant qu’ils se retirent vers leur
origine : dont si on trouue l’os en-
foncé, subit il faut estendre le mem-
bre : car les muscles et uerfs tendus
par l’os et retirés vers leur chef ou
leur fin , ne permettront que les piè-
ces de l’os retournent en leur place,
si on ne les estend de force et vio-
lence. Et si cela n’est fait dés les pre-
miers iours , il y suruient inflamma-
tion : durant laquelle il est très
dangereux de forcer les nerfs et ten-
dons, parce qu’il en aduient souuent
aposteme, spasme, gangrène et mor-
tification : et pource Hippocrates con-
seille en la sentence 30. de la troi-
sième section des Fraclurcs , que
nous nous gardions de faire exten-
sion le trois et quatrième iour, crainte
d’inflammation L
Les fractures sont perilleusesquand
les esclats sont grands et sortent
hors , et encore principalement aux
os qui sont pleins de moelle 2.
Lors que les os rompus ou luxés ne
peuucnt estre réduits en leur situa-
tion naturelle , la partie tombe en
atrophie, à cause que les veines, artè-
res et nerfs sont peruertis de leur
propre lieu , et que la partie ne se
meut point, ou à grande difficulté.
Parquoy les esprits n’y peuuent re-
luire, et l’aliment n’y vient pas en
telle quantité qu’il deuroit pour
nourrir la partie, dont l’atrophie s’en-
suit : lequel mesme accident peut
venir par trop longuement et estroi-
1 Ce paragraphe est de 1575 , à part la ci-
tation d Hippocrate quia étéajoutée en 1579.
'l Encore un paragraphe qui date de 1575.
ME LIVRE ,
tentent tenir la partie liée : de quoy
nous traiterons plus amplement cy
apres.
Lors que le membre rompu ou
luxé est grandement enflammé, il y a
danger, en voulant réduire la frac-
ture , que le malade ne tombe en
spasme : partant faut différer la ré-
duction (s’il est possible) iusquesà ce
que les humeurs soient resoults, et
la partie desenflée, et la grande dou-
leur cessée.
CHAPITRE IV.
CVP.E VNIVERSEI.EE DES FRACTVRES ET
EVXATIONS '.
Or r’habiller une partie rompue, ou
luxée et séparée, est la réduire en
son lieu. Parquoi le; vulgaires à bon
droit appellent ceux qui réduisent les
os fracturés ou luxés , R'habülcurs
ou rcnoüeurs. Et pour bien redresser
et r’habiller les os , il faut auoir par-
faite connoissance de l’anatomie d’i-
ceux , et la pratique de ce faire ap-
prise des bons maistres et continuée
de longue main.
Et en la cure de telles dispositions,
on doit auoir trois intentions. La
première est remettre l’os en son
lieu. La seconde, l’y faire tenir. La
tierce, empescher qu’il n’y suruien-
ne aucuns mauuais accidens : et
s’ils y estoient suruenus, les corri-
ger : qui sont comme douleur, in-
1 Ce chapitre est formé de trois chapitres
presque entiers de l’édition de 1564 , outre
des additions considérables faites pour la
plupart en 1575, mais quelques unes aussi en
1579 et même en 1585. Tout ce qui se rap-
porte aux luxations date d’abord de 1575; en
1564 il n’était question que des fractures.
UES FRACTVRES DES OS.
flammation , fiéure, aposteme, gan-
grené, mortification, et autres.
Donc pour réduire aisément vne
fracture ou luxation , il le faut faire
tout chaudement, ou du premier iour,
s’il est possible : pour-ce qu’alors le
malade est moins molesté de douleur
et inflammation , et que les muscles
ne sont encores fort refroidis. Et pour
y procéder, faut que le malade , et la
partie luxée, et le Chirurgien soient
en bonne veué, et ayans bons serui-
teurs, bonnes ligatures, et bonnes ma-
chines, si le cas le requiert : aussi que
lesassistans se taisent, etescoutentle
réducteur, et ne crient, ne disent, ne
facent aucune chose, qui empesche le
Chirurgien de faire son œuure. En
apres faut lier et tenir la partie près
de la fracture, ou luxation, tant d’vn
costé que d’autre , c’est à dire , tant
vers la partie supérieure (par laquelle
i entens celle qui est vers le centre du
corps) qu’inferieure, de peur qu’en
faisant l’extension par trop loin d’i-
celles, l’on ne blesse les parties saines,
et aussi que l’extension ne se peust
deuëment faire : pareillement, depeur
que le malade en tirant ne suiue le
Chirurgien, s’il n’estoit lié qu’en la
partie inferieure , et non vers le
corps1.
Ces choses estans ainsi ordonnées ,
faut que le Chirurgien estende, et tire
bien droit la partie offensée, d’autant
que les os estans rompus, ou luxés,
les muscles se retirent vers leur ori-
gine 2 : et par mesme moyen tout l’os
se retire , comme escrit Galien sur la
1. sent, de la 1. section des Fractures.
Pourceil est impossible de les réduire
1 Tout ce commencement de chapitre est
de 1575.
2 Hippocrates sen, GO. de la 2. scct. Des
Jracturçs. — A. 1’.
3oi
sans estendre les muscles. La partie
ainsi tirée, seront les os plus aisément
réduits en leur lieu, pressant auec les
mains dessus, s’ils font quelque emi-
nence. Et les réduisant, il se faut
donner garde que les bouts des os
fractui’és ne s’entre -choppent , de
peur qu’ils s’esbrechent et rompent.
Car les esquilles seroient cause de
faire aposteme, pour puis apres eslre
iettés hors. Si vn os rompu surpasse
la peau , et qu’il soit nud et descou-
uert , et ne puisse eslre réduit, alors
le faut scier ou couper, qui est l’aduis
d’Tlippocrates, et du iour mesme, s’il
est possible. Puis seront bandés et
liés auecques compresses et astelles '.
Et si c’est vne luxation, apres l’ex-
tension faite faut pousser, tourner
et virer la partie luxée, selon qu’il
sera necessaire.
Quelquesfoisle Chirurgien est con-
traint d’vser de machines, comme aux
luxations inueterées, et aux fractures
et luxations des grands os, et aux
corps robustes, et aux grandes ioin-
tures : pource que la force qui y est
requise ne peut estre souuentes fois
faite par la seule main du Chirur-
gien. Car d’autant plus que les mus-
cles Sont forts et robustes, d’autant
ils ont plus de force et vertu, pour se
retirer vers leur origine. Partant à
ceux-là nous sommes contraints d’v-
ser de machines, parce que les mains
du Chirurgien ne sont pas suffisantes
> Ce paragraphe répond au quatrième cha-
pitre de l’édition de 1564, intitulé : De lu
maniéré de réduire les os fracturés. Seule-
ment on n’y lisait pas la citation de Galien
qui a été ajoutée en 1579, et surtout il y
manquait le passage qui commence ainsi !
et les réduisant, et finit par ces mots : s'il est
possible. Cette addition assez importante se
lit pour la première fois dans l’édition de
1585.
3o‘J LE TREIZIÉME LIVRE
pour tirer et réduire telles fractures
ou luxations. Toutesfois il se faut bien
donner garde de tirer trop fort . de
peur d’encourir ës accidens susdits :
qui sont rompre les muscles et nerfs,
et causer douleur, gangrené, commi-
sion, paralysie, et autres accidents,
lesquels viennent plustost aux robus-
tes et vieux, qu’aux ieunes , pource
qu’ilssont moins blessés que les vieux,
lors qu’ils sont fort tirés, à cause qu’ils
ont le corps plus humide et mol Car
tout ainsi qu’on tire fort les cuirs sans
les deschirer et rompre, lorsqu’ils sont
mouillés et mois , mais quand ils sont
durs et secs, ils se rompent plustost :
ainsi est-il des muscles, nerfs, et liga-
mens. Car quand ils sont humides et
mois, ils obéissent et se rompent faci-
lement : mais quand ils sont secs et
durs , ils ne se peuuent estendre sans
grande force, non seulement s’ils sont
tirés plus qu’il ne faut, mais aussi s’ils
ne sont que moyennement estendus,
" pource qu’en ce cas les libres nerueu-
ses, et corps des muscles, se rompent :
ce qui n’aduient aux ieunes, qui sont
humides et mois, et generalement à
tous ceux qui ont la chair mollasse et
humide , comme enfans , femmes , et
eunuques*.
Parquoy (comme nous auons dit) le
Chirurgien y aura esgard , à fin de
faire la réduction ainsi qu’il appar-
tient: laquelle on connoistra estre
bien faite, quand la douleur est ap-
paisée, à raison que les fibres des
muscles et autres parties sont remi-
ses en leur situation naturelle, et que
les os ne pressent plus : auec ce qu’au
toucher on ne sent aucune eminence,
mais une égalité. Et si les fractures
ou luxations sont aux cuisses, ou aux
1 Ce paragraphe, ainsi que le précédent,
date de l’édition de 1676.
iatnbes, pour connoistre si les os sont
bien réduits , il faut faire conférence
de la partie saine auec la malade, ap-
prochant les pieds et genoux l’vn près
de l’autre, pour voir s'ils sont bien
égaux en longueur. Laquelle chose
on doit obseruer toutes les fois qu’on
traitera le malade, pource que l’os
réduit peut resortir hors de son lieu ,
le malade se tournant de costé et
d’autre en son lit, ou par certains tres-
saillemeus, qui viennent lors qu’il
dort: ce qui se fait par la force des
muscles se retiraus vers leurs origines,
et ce faisans esbranlent et mouuenl
l’os fracturé , qui à raison de ce ne
garde la situation que le Chirurgien
lui a baillée, ains cheuauche l’vn sur
i’autre : dont le malade sent vne ex-
trême douleur, iusques à ce que les
os soyent de rechef remis en leurs
places. A quoy le Chirurgien doit
estre fort attentif: car le callus se
faisant, si les os cheuaucheut les vns
sur les autres , l’os demeurera d’au-
tant plus court, et par conséquent le
membre : gui fera tousiours clocher le
malade, à son grand regret, et deshon-
neur du Chirurgien. Parquoy faut que
le malade y donne bon ordre de son
costé, se gardant bien de remuer la
partie rompue , le plus qu’il lui sera
possible , iusques à ce que le callus
soit affermi et endurci : mais la luxa-
tion estant réduite et bien bandée, ne
se défait pas si facilement comme la
fracture *.
Or ayant fait la réduction ainsi
qu’il a esté déclaré, faut venir à la se-
conde intention pour la curation des
fractures et luxations : c’est que la
partie qui estoit rompue ou luxée, et
> Ce paragraphe constituait le chapitre 5
de l’édition de 1664 : Des signes par lesquels
on connoistra les os eslre bien réduits.
DES ERACTVRES DES OS.
est remise, tienne ferme en son lieu :
qui se fera par bandages, compresses,
et autres choses que nous déclarerons
particulièrement cy apres, selon cha-
cune partie, et aussi par les médica-
ments propres : à quoy sert pareille-
ment tenir la partie en repos, et en sa
figure et situation naturelle et ac-
couslumée, à fin qu’elle y puisse lon-
guement demeurer , et la penser
quand il sera besoin, euitant la dou
leur tant qu’il sera possible. Et par-
tant apres la réduction faite, il est
bon d’appliquer tout autour du cerat
(et faut que les bandes et compresses
en soyent imbues : autrement ils
beuroient ledit cerat par leur seiche-
resse, et partant profiteroit peu. Ceste
doctrine est prise d’Hippocrate, du 3
liu. de F Officine du Médecin) et autres
repercussifs, puis des résolutifs, selon
qu’il sera besoin1. Et faut que les
bandes et compresses soyent trempées
et baignées en oxycrat , ou oxyrho-
dinum, si c’est fracture simple : ou eu
gros vin austere, et autres liqueurs
semblables, vn peu tiedes, si la frac-
ture est auec playe (comme escrit Ga-
1 Cette manière de panser les fractures
simples n’a pas toujours été celle de Paré ,
et nous pouvons signaler à cet égard trois
modilications qu’a subies sa pratique. Ainsi
en 1564 il écrivait :
Ayant réduit le membre le plus près qu’il
sera possible de sa figure naturelle, il faut
appliquer tout autour de la fracture, mesine
sur icelle, de l’huile rosat auec vn peu de vi-
naigre, et des emplastres couuertes d'vnguent
rosat, etc.
Les éditions de 1575 et 1579 portent :
Et parlant apres la réduction faite, il est
bon d’appliquer tout autour, mesme sur icelle,
de l’huile rosat auec blancs d’œufs, et autres
repercussifs, puis des résolutifs, selon qu’il
seru besoin.
Enfin la rédaction actuelle avec la citation
d’Hippocrate date seulement de 1585.
3o3
lien sur la 21. sen. de la 1. section des
Fractures '), lesquelles faudra sou-
uenlesfois humecter, principalement
en Esté : car par ce moyen on robore
la partie, en repoussant la delluxion,
et par conséquent on empesche l’in-
flammation et la douleur. Et quand
les accidens seront passés, il faut dé-
sister d’humecter les bandes, de peur
de retarder le callus : à la génération
duquel il faut procéder par les choses
qui aident à le faire, comme nous dé-
clarerons cy apres.
Or quant à la figure que l’on doit
obseruer, elle sera conuenable, si les
muscles sont en leur situation natu-
relle : ce qui se fera si la partie est te-
nue en figure moyenne, laquelle si
elle est sans douleur, le malade y
pourra longuement demeurer.
Ces choses faites, il luy faudra de-
mander s’il est point trop serré : et
s’il dit que non, si ce n’est vn peu sur
la fracture, il la conuient laisser trois
ou quatre iours, plus ou moins, sans
la deslier, s’il ne sent grande dou-
leur: Mais aux luxations on la pourra
bien laisser sept ou huit jours, s’il n’y
suruienl aucun accident.
Et faut que le Chirurgien entende,
qu’en traitant les os fracturés ou
luxés , il doit par tous moyens pren-
dre garde d’empescher les accidens
qui pourroient suruenir : qui est la
troisième intention que traiterons à
présent2.
1 Cette mention de la fracture compliquée
de plaie et la citation de Galien qui la suit,
ne datent que de 1579. Du reste nous ne
nous y arrêterons pas , attendu que la thé-
rapeutique des fractures compliquées est
spécialement traitée au chapitre 24.
2 Toute la fin de ce chapitre, depuis ce que
nous avons dit appartenir au chapitre 5 de
l’édition de 1564 , est empruntée au cha-
{ pitre 6 de cette même édition , à part tou-
3o4
LE TREIZIÉME LIVRE
CHAPITRE V.
LA TROISIEME INTENTION EST CORRIGER
LES ACCIDENS *.
Pour ce faire faut traiter la partie
le plus doucement, et auecques moins
de douleur que faire se pourra (ainsi
qu'il a esté cy deuanl déclaré) pre-
nant garde d’empescher la fluxion sur
la. partie : et ce par medicamens qui
ont vertu de corroborer, et repousser
les humeurs : et par bonne maniéré
de viurc, aussi par purgation et phlé-
botomie s’il en est besoin 2.
Que si les accidens sont desia sur-
uenus, il y faut remedier selon la di-
uersité d’iceux : car il y en a de plu-
sieurs et de diuerses sortes : entre
lesquels se fait communément vn
prurit ou démangeaison au commen-
cement.
jours ce qui regarde les luxations. Ce cha-
pitre G a pour titre : De la maniéré de traiter
leu fractures au premier appareil -, aussi est-
il bien plus étendu que le texte qui y cor-
respond dans les éditions complètes; mais
les détails concernant l’application des ban-
des ont été reportés par l’auteur au Liure
des bandages , chapitre 3, connue il a été
dit. Voyez ci-devant la note de la page 294.
1 Ce chapitre est presque entièrement de
l’édition de 1575, à part le passage relatif
au prurit, qui existait dans celle de 1564,
et quelques additions postérieures.
2 L’auteur est fort bref ici sur les médi-
caments comme sur le régime; il s’étendra
davantage lorsqu’il fera l’histoire de sa pro-
pre fracture. C’est là, aux chapitres 23 à 31,
qu’il faut recourir pour étudier à fond la
doctrine de Paré touchant la formation du
col et la thérapeutique des fractures ; et
c’est là aussi que je comparerai le texte dé-
finitif avec ce qu’il avait dit sur le même
sujet dans scs premiers traités.
Or le prurit est engendré des va-
peurs de ce qui reste du sang, et des
autres humeurs contenus en la partie,
qui sont ou vue mordication modérée,
d'où vient prurit simple, ou mordica-
tion grande , d’où vient prurit dou-
loureux *. Parquoy lors que telle ma-
tière est vuidée , la cause du prurit
est cessée. Or lesdites vapeurs ne se
peuuent bien exhaler, pource que la
partie est pressée et couuerte d’em-
plastres, de compresses, et de ban-
des : ioint aussi qu’elle demeure sans
son exercice accoustumé, et pource y
a moins de chaleur naturelle. Par-
lant conuient deslier les bandes de
trois iours en trois iours, pour donner
air et transpiration aux excremens
fuligineux et matières sanieuses
contenues sous le cuir , de peur
qu’elles ne le rompent et vlcerent :
ce qui est suruenu à plusieurs par
faute de ce faire. Pareillement faut
fomenter la partie auec eau chaude,
et ce assez longuement ; car comme il
est escrit au 3. de F Officine du Chirur-
gien, longue fomentation d’eau chau-
de atténué et euacue , la moindre
remplit et amollit2. Aussi vser de lé-
gères frictions auec la main ou linges
chauds, desquels on la frottera en
toute figure ; à sçauoir, en haut, en
bas, à dextre, à senestre, et en rond.
Pareillement on peut vser de fomen-
tation faite d’vue décoction de saulge,
camomille, melilot, roses, et sembla-
bles, bouillis en eau et en vin. Et par
■ Galien, sur la 4. sent, de la 1. sect. Des
fractures. — A. P. — Cette citation se rap-
porte aux mots : qui font ou vue mordication
modérée, etc.; c’est une addition faite en 1579.
2 Cette partie de la phrase , depuis les
mots : et ce assez longuement, jusqu’à ceux-
ci, remplit et amollit, a été également ajoutée
en 1579.
DES FUACTVRES DES OS.
ces moyens petit-à~petit on ostera le
prurit l.
Et où il y auroit desia vessies , il
les conuient couper , pour donner
prompte issue à l’humeur, lequel re-
tenu pourroit corroder et faire vl-
cere : et apres faudra appliquer quel-
que médicament refrigeralif, comme
est l’onguent album Rhasis camphora-
tum ou desiccatiuum rubrum , ou vn-
ÿucnhoHrosafwm, où il n’ent re point de
vinaigre , auquel on y adioustera
poudre de bois pourri , ou de la tu-
tie préparée, ou autres semblables.
Mais il aduient aussi quelquesfois
des accidens beaucoup plus grands
et dangereux , que nous déclarerons
cy apres.
Or s’il y auoit quelques pièces ou
esquilles d’os qui fussent du tout sé-
parées, il les faut promptement oster,
principalement s’ils picquentles mus-
cles2, et aussi si l’os estoit esclatté et
sorti hors de la chair, en sorte qu’on
ne le peust réduire, il le conuient
1 Ce paragraphe sur la cause du prurit et
les moyens d’y remédier est emprunté pres-
que littéralement au chapitre 7 de l’édition
de 1564; seulement en parlant des frictions,
cette édition recommande de les faire en
haut, en bas, à dexlre, à seneslre, à lors, à
trauers , et en rond : car telle friction resoult
les vapeurs superflues contenues en la partie.
L’édition de 1545, suivie par celle de 1552,
conseillait de tout autres moyens ; on y li-
sait :
Et s'il suruenoit prurit en laparlie , il con-
uient faire ablution auec oxycrat, auquel on
aura fait bouillir sel et alun , puis soit appliqué
vnguentum populeum , vel nulriiwm , ou autre
de telle faculté. Folio 38, verso.
Nous verrons dans l’histoire de sa fracture
de jambe, que ce fut alors que Paré changea
de sentiment à cet égard. Voyez ci-après
chapitre 25.
- Hippocrates, sent. 4G. sect. 3. Des frac-
tures. — A. P.
3o5
couper auec tenailles incisiues, ou
par le bec de perroquet : desquels
t’aideras selon que verras estre vtile.
Le Chirurgien doit pareillement
prendre garde que la partie blessée
ait souuent vne llabellalion , à fin
qu’elle n’acquiere inflammation : aussi
garder qu’elle ne soit trop couuerte
ny pressée. La flabellation se fera en
la changeant de place, et la sousle-
uant par fois. Tel précepte n’est seu-
lement à noter pour les fractures ,
mais aussi pour toutes parties bles-
sées et vlcerées1.
Ayant donc ainsi discouru des frac-
tures et luxations en general , main-
tenant ie traiteray des particulières,
commençant au nez.
CHAPITRE YI.
DE LA FRACTVRE DV NEZ.
Il faut entendre que le nez est car-
tilagineux en sa partie inferieure, et
osseux en sa supérieure. En sa partie
cartilagineuse il n’aduienl point frac-
ture, si ce n’est merque ou siégé : ains
seulement enfonceure ou entorseure,
contusion , ou meurdrisseure : mais
en la partie osseuse, souuent aduient
fracture et enfonceure au dedans : et
où il ne sera bien réduit , le malade
demeurera camus, ou aura le nez
torlu, et par conséquent difficulté de
respirer 2.
1 Ces mots cl vlcerées sc lisent pour la pre-
mière fois dans l’édition posthume de 1508.
On notera que ce précepte si important de
la llabellalion appartient à Ambroise Paré ,
ainsi que le mot lui-même; du moins n’en
ai-je pas trouvé la moindre mention avant
lui.
- Hippocrates sent. 40. de la 2. sect. De
arliculis. — A. P.
II.
20
3oG
LE TREIZIÉME LIVRE ,
Or pour réduire ceste fracture ,
faut baisser l’os qui est trop eminent,
et cehiy qui est trop baissé, le faut
releuer auec vne espatule, ou vn pe-
tit baston approprié à ce faire, garni
et enueloppé de cotton ou de linge, à
fin de faire moins de douleur au ma-
lade : et faut tenir ladite esprouuetle
d’vne main , et de l’autre faire la ré-
duction.
Puis l’os estant suffisamment es-
leué et réduit en son lieu , on mettra
des tentes longues et grosses dans les
nazeaux, faites d’esponges ou|d’estou-
pes, parce que telles choses sont mol-
les, et tiennent le nez haut esleué.
Pareillement seront appliquées com-
presses des deux costés , pour mieux
tenir l’os en sa figure naturelle, ius-
ques à ce que l’agglutination soit
faite.
Souuentesfois i’y ay mis des tentes
cannulées, faites d’or ou d’argent, ou
de plomb, lesquelles estoient atta-
chées par vn filet à la coëffe ou bon-
net de nuit du malade, qui seruoient
à tenir les os, et donner issue à la sa-
nie et autres excremens sortans du
nez : et seruoient aussi à l’inspiration
et expiration *.
D’auantage, s’il n’est necessaire, on
se gardera de presser le nez par le
bandage , de peur de le rendre large,
enfoncé ou tortu : et où il y aura
playe , tu y procéderas ainsi que i’ay
1 L’introduction d’éponges dansles narines,
pour servir de soutien aux fragments, re-
monte à une époque antérieure à Hippocrate
même, qui en blâme l’emploi, et qui leur
préfère un morceau de poumon d’agneau.
Plus tard on imagina de placer dans les na-
rines des tuyaux de plume pour faciliter
la respiration ; ce nouveau moyen est déjà
mentionné dans Celse. Les canules métal-
liques sont de l'invention d’A. Paré.
déclaré en mon liure des playes de la
teste huma 'ne.
Apres l’avoir réduit, tu vseras de ce
médicament, et à toutes autres par-
ties seiches, lequel a puissance de
repercuter et reprimer la fluxion , as-
traindre, tarir, et desseicher l’hu-
meur ja deflué , et aider à tenir les os
en leur lieu ».
2£Thuris, rnastiches, boli Armeniæ , san-
guinis draconis ana § . ft.
Aluminis rochæ, resinæ piui siccæ ana
5. ij.
Puluerisentur subtilissimè.
Item farinæ volalilis §. fi>.
Albuminum ouorum quantum sulficit.
Incorporentur omnia sirnul , et fiat medi-
camentum.
Si la partie cartilagineuse est pa-
reillement fracturée, on y procédera
comme en la substance osseuse. Or il
faut entendre que la solution de con-
tinuité faite aux cartilages, est nom-
mée d’Hippocrates fracture , comme
en l’os: pource qu’il ne peut trouuer
autre vocable plus propre, attendu
que c’est la partie la plus dure apres
l’os1 2.
1 Cette espèce de colle où se trouvent
réunis l’amidon et l’albumine, les deux bases
capitales des appareils inamovibles moder-
nes, est imitée d’une recette analogue déjà
indiquée par Hippocrate pour la fracture du
nez. On voit que les appareils amylacés ou
amidonnés remonteraient au besoin à une
origine bien plus haute qu’on ne le croit
communément.
2 Hippocrates sect. 2. du Liure des articles,
sent. 47. et Galien au Commentaire. — A. P.
L’édition de 1575 portait ici
Pourcequc ( comme dit monsieur d' Ale-
champs en sa chirurgie françoise ) ne peut
trouuer, etc.
La citation de Dalcebamps a été effacée
dès 1579, sans doute à raison de son inexac-
titude; en effet, Dalechamps ne dit rien de
semblable.
DES ERACTVRES DES OS.
Le callus en la fracture du nez
est communément fait en douze ou
quinze iours , s’il n’y suruient acci-
dent.
CHAPITRE VIL
DE LA FRACTVRE DE LA MANDIDVLE
1NFERIEVRE.
La mandibule inferieure se termine
en deux maniérés de cornes, dont
l’vne se finit en pointe, et reçoit vn
tendon du muscle temporal, l’autre
en tubercule rond , qui est allié à l’os
sous l’addition nommée mammillaire,
et illec s’implante en vne petite cauité.
Elle est iointe au milieu du menton
par coalescence, et est moüelleuse au
dedans.
Lors qu'elle est fracturée, elle sera
réduite en son lieu, en mettant les
doigts en la bouche du malade , pres-
sant les eminences tant par dedans
que par dehors, à fin d’vnir et appo-
ser les os l’vn contre l’autre. Et si elle
est du tout fracturée en trauers , et
que les bouts fussent l’vn sur l’autre,
il faut faire extension et contre-exten-
sion , c’est-à-dire lirans en deux parts
contraires, pour mieux adiuster les
bouts de l’os au droit l’vn de l’autre.
Et si les dents sont diuisées, esbran-
lées, ou séparées hors de leurs alueo-
les ou petites cauités , elles doiuent
estre réduites en leurs places : et se-
ront liées et attachées contre celles
qui sont fermes . auecques vn fil d’or,
ou d’argent, ou de lin. Et les y faut
tenir iusques à ce qu’elles soient bien
affermies, et le callus soit refait et
rendu solide.
Et y sera appliquée vne ferule faite
de cuir, dequoy on fait les semelles
aux souliers, fendue par le milieu, à
l’endroit du menton, de longueur et
largeur de la mandibule : et y fera-
on vne ligature auec vne bande
large de deux doigts, et longue tant
qu’il sera besoin, coupée par les deux
bouts , laissant d’entier vn pouce , et
à l’endroit du menton sera pareille-
ment fendue , à fin qu’elle empoigne
et comprime mieux le menton : et des
quatre bouts , les deux inferieurs se-
ront cousus sur le sommet de la teste,
à vn bonnet de nuit ou callote , et les
deux autres bouts supérieurs seront
conduits de trauers et seront cousus
au derrière dudit bonnet , le tout si
dextrement qu’il sera possible, pour
bien tenir la fracture1.
Le signe qu’elle est bien réduite ,
c’est quand les dents plantées en icelle
sont en pareille assiette de leur rang.
Le malade ne se couchera point sur
la partie fracturée, de peur que les os
ne se démettent , et que la fluxion ne
s’y face d’auantage. S’il n’y suruient
inflammation , ou autre accident , le
callus se fait en vingt iours , parce
qu’elle est spongieuse , creuse , et
pleine de substance mouélleuse , et
principalement en son milieu : quel-
quesfois plus tard , selon la tempéra-
ture et aage du malade , comme il se
fait en tous les autres os. On vsera du
médicament agglutinatif et repercus-
sif cy-dessus escrit, et d’autres qu’on
1 II n’y a rien dans ce chapitre qui appar-
tienne à Taré ; et il ne serait pas même dif-
ficile de retrouver dans les arabistes qui ont
précédé Guy de Chauliac quelques idées
dont il aurait pu tirer profil. Quoi qu’il en
soit, la ligature des dents remonte à Hippo-
crate; le médicament agglutinatif qu’on
trouvera conseillé plus bas est indiqué dans
Hippocrate et dans Celse; la bande fendue
en fronde est une invention de Soranus, et
l’attelle de cuir appartient à Théodoric.
3o8
LE TREIZIÉME LIVRE,
verra estre necessaires. Le malade
doit estre nourri de choses qu’il ne
faille mascher, iusques à ce que le cal-
lus soit fait et bien affermi , pource
qu’il ne les pourroit mascher, et aussi
que la mastication luy seroit con-
traire. Parquoy vsera de bouillie, pa-
nade, coulis, pressis, orges mundés,
gelées, potages , œufs mollets, jus de
confitures, restaurans, et autres sem-
blables.
CHAPITRE VIII.
DE LA FRACTVr.E DE L’OS CLAVICVLAIRE
OV FVRCVLAIRE.
La fracture de cest os sera réduite ,
selon qu’il sera hors de sa place. Or
soit cestc fracture faite en quelque
sorte que ce soit, tousiours le bout qui
est attaché contre l’espaule est plus
abaissé contre-bas que l’autre bout
qui est attaché contre le sternum :
parce que le bras le tire contre-bas1.
Si la fracture est faite en.trauers, elle
est plus facile à estre réduite, et aussi
plus aisée’à guarir que celle qui se fait
en long. Car tout os rompu de trauers
plus facilement retourne en son lieu
naturel , en le sousleuant d’vn costé
ou d’autre auec les doigts, et plus fa-
cilement se remet. Mais ceiuy qui est
rompu en raifort , est plus malaisé à
estre réduit , et aussi les bouts des os
à se tenir l’vn contre l’autre, et plus
1 Hippocrates sent. G3.sect. 1. Des articles.
— A. P.— Il est cependant essentiel d’ajou-
ter qu’Hippocratc a mentionné le cas où le
fragment sternal se trouve porté au-dessous
de l’autre, et que pareille mention se trouve
dans Paul d’Eginc , dont la traduction par
Dalccliamps a fourni à Paré presque tous les
matériaux de ce chapitré.
difficilement se collent ensemble. Car
remuant les bras tant soit peu , l’vne
partie de l’os s’escarte et se séparé de
l’autre , et la piece qui est proche de
l’espaule descend à l’inferieure par-
tie de la poitrine : à raison que l’os
clauiculaire n’a de soy aucun mou-
uement , mais suit le mouuement du
bras et de l’espaule , qui tire contre-
bas la portion qui lui est contiguë.
Or pour réduire ceste fracture faite
en raifort, ou autre façon, que les
bouts de l’os ne soient l’vn sur l’au-
tre , ou escartés , faut qu’vn seruiteur
tire le bras en arriéré, et vn autre au
contraire tirera l’espaule vers soy à
l’opposite, et ainsi se fera la contr’ex
tension : cependant le Chirurgien
r'habillera auec ses doigts la fracture,
poussant contre-bas ce qui est émi-
nent et releué, et retirant contre -
mont en dehors ce qui est enfoncé en
bas.
Aucuns pour mieux réduire ceste
fracture mettent vne grosse com-
presse ronde sous l’aisselle du malade ,
puis pressent le coude contre les cos-
tes : et le Chirurgien réduit la frac-
ture.
Si d’auenture lès bouts de l’os es-
taient tant enfoncés contre bas, et que
par les moyens susdits n’eussent peu
estre reloués , alors il faut faire cou-
cher le malade à la renuerse , et luy
mettre entre les deux espaules vn
oreiller, ou vn quarreau assez dur,
ou le cul d’vne jatte, ou chauderon,
ayant mis premièrement dessus quel-
que couuerture. Puis vn seruiteur
pressera contre- bas les espaules du
malade, à fin que les bouts de l’os ca-
chés et descendus contre-bas retour-
nent contre-mont. Et par ce moyen
le Chirurgien réduira facilement la
fracture.
Et si d’auenture l’os estoit en telle
DES FRACTVRES DES OS.
3oq
façon rompu et esclaté , qu’il n’eust
peu estre réduit en sa place, et qu’au-
cun de ses esclats picquast et entrast
dedans la chair , et qu’il causast diffi-
culté de respirer , alors on serait con-
traint de faire incision , et le relcucr
auec vn crochet, et couper les pointes
pou r obuier aux accidens de la mort :
et puis traiter la playe ainsi qu’il est
besoin.
Et si ledit os estoit rompu en plu-
sieurs pièces , apres les auoir réduites
en leursplaces, il faut appliquer des-
sus vn médicament colletic , comme
farine de froment, thus, bol-ai mené ,
sang-dragon, résiné de pin, pulueriscs
et incorporés en blancs d'œufs, et met-
tre par dessus des ferules autour de
l’os enueloppées de linge vsé, oinctes
dudit médicament : et pareillement
trois compresses , à sçauoir deux aux
costés, mais la troisième sera plus
grosse , et posée sur l’endroit de l’os
eminent, qui le repoussera et l’engar-
dera de se releuer, oinctes pareille-
ment du médicament susdit, à fin
qu’estant desseiché il ne puisse bou-
ger de dessus, et que les extrémités
de l’os ne déclinent à dextre ny à se-
nestre, et s’esleuent en haut. Et faut
pareillement que lesdites compresses
soient de grosseur et de largeur qu’il
sera besoin , pour remplir les cauités
qui sont au dessous et au dessus du-
dit os. Puis on bandera commodément
auec une bande à double chef, et la
mettra-on en maniéré de croix saint
André , et sera de la largeur d'vne
palme, et longue d’vne toise et demie,
plus ou moins , selon le corsage du
malade : et fera-on qu elle lire le bras
en derrière. Aussi ne faut oublier à
mettre des compresses sous les ais-
selles , et principalement sous celle de
la fracture , pour remplir les cauités
d’icelle, à fin que le malade comporte
et endure mieux la ligature. Sembla-
blement ne faut oublier à commander
au malade de tenir les bras en arriéré,
posant sa main sur la hanche , ainsi
que les villageois la mettent quand ils
dansent , faisant la ie renie-goy , à fin
que l’os soit mieux tenu en sa place L
Toulesfois quelque diligence qu’on
puisse faire, il y demeure quasi tous-
iours deformité, pource qu’on ne peut
bien faire la ligature qui puisse enui-
ronner l’os tout autour, comme l’on
fait au bras et à la iarnbe.
Le callus en cest os est fait le plus
souuent en vingt iours , à cause qu’il
est rare et spongieux.
CHAPITRE IX.
DE LA FP.ACTVRE DE L’OMOPLATE. -j
Omoplate est un mot Grec, qui si-
gnifie espaulette ou palleron de l’es-
1 J’ai dit que presque tout ce chapitre est
emprunté à Paul d’Egine ; il faut ajouter
qu’il est loin de représenter l’état de la
science même chez les anciens. Ainsi le cé-
lèbre appareil d’Hippocrate qui consiste à
porter et maintenir la main du côté malade
sur l’épaule du côté sain, n’est pas même
indiqué; ainsi encore du procédé de réduc-
tion décrit par Guy de Chauliac comme ap-
partenant à son maître de Bologne, et con-
sistant à mettre le genou entre les épaules,
et à porter ainsi la poitrine du blessé en
avant tandis qu’on attire les épaules en ar-
rière.
Ambroise Paré a recommandé ici une
position particulière du bras et de l’avant-
bras qui lui appartient en propre; du reste,
cette innovation dont on ne saisit pas bien
le but ne parait avoir été adoptée après lui
par personne ; et peut-être conviendrait-il
d’essayer ce qu’elle peut donner.
LE TREIZIEME LIVRE,
3lO
paule. Elle n’est point enjointe , mais
plaquée seulement au derrière des
costes de la poitrine , et attachée auec
l’os occipital et auec les spondyles
du dos par le moyen des muscles , et
au deuant par l’acromium ( qui est
vne apophyse ou vn auancement de
l’extremité de sa creste ou espine ) où
l’os clauiculaire est appuyé et joint.
Aucuns Anatomistes appellent ceste
mesme conionction acromium. Elle a
vne autre production ou apophyse
appelée le col de l’omoplate , et au bout
il y a une cauité, qui reçoit la teste de
l’os du haut du bras. D’auantage elle
a vne autre petite apophyse, appelée
coracoïde en Grec, à cause qu’elle re-
présente un bec de corbeau , pource
que son extrémité est crochue1.
Or elle peut estre fracturée en toutes
ses parties. Quelquesfois en sa creste ,
qui est au milieu d’elle , que nature
luy a donnée pour sa tuition et dé-
fense, comme ont les vertebres du
dos. Quelquesfois aussi que sa partie
large est enfoncée au dedans, et quel-
quesfois en la iointure , où l’os du
haut du bras est posé en sa cauité.
Et selon ces différences , les accidens
sont plus grands ou moindres.
On connoist la fracture estre en sa
creste , quand en touchant dessus on
trouue vne inégalité qui cause dou-
leur. L’eufonceure de sa partie large
se connoist pareillement au toucher,
parce qu’on y trouue vne cauité , et
vne stupeur , ou endormissement , au
bras du costé blessé , et le malade
sent vne douleur poignante quand on
y touche : et telle chose se fait à cause
1 Galien au Liure des os. — A. P. — L’édi-
tion de 1575 ajoutait ici ces mots, retranchés
dès 1579 :
Plus l’os de l’ omoplate est presque couuert
de cartilage.
des nerfs , qui se distribuent aux mus-
cles de l’espaule.
Si les pièces de l’os ne sont du tout
séparées , et ne picquent point , il les
faut redresser en leur situation natu-
relle, et les y faire tenir auec remedes
agglutinalifs, qui engendrent le cal-
lus, et auec compresses et bandages
propres à ceste partie. Et si les pièces
bougent ou remuent, et picquent la
chair , il sera fait incision pour les os-
ter, et seront tirées auec vn instru-
ment nommé bec de corbin. Et en cest
endroit faut noter, si les esclats, ou
quelques portions des os fracturés ne
sont du tout séparés , et qu’ils tien-
nent encores au périoste et ligamens,
s’ils ne picquent la chair , ne les faut
oster : pource que i’ay veu plusieurs
fois qu'ils se reprenoient et vnissoient
ensemble, non seulement à l’omo-
plate , mais aussi aux autres parties,
comme i’ay monstré par cy-deuant
aux playes de teste. Mais alors qu’ils
sont du tout séparés , et n’adherans
plus au périoste , nécessairement les
faut tirer dehors: ou autrement Na-
ture auec le temps les chassera hors ,
parce qu’ils n’ont plus de vie auec leur
tout , et faut , comme dit Hippocrates
au liure des fractures de teste , que le
vif chasse le mort.
Ce qui est aduenu à monsieur le
marquis de Villars , lequel receut en
ceste partie vn coup de pislolle à la
bataille de Dreux , et dés lors on luy
lira quelque esquille de l’os , et quel-
que picce de son harnois, et de la
balle: et si la playe quelque temps
apres fut consolidée et du tout close.
Toulcsfois apres la bataille de Mont-
contour , pour auoir longuement
porté le harnois sur son dos , il se fit
vne nouuelle fluxion et inflammation
sur la cicatrice , en sorte qu’elle se
rouurit , et en sortit de rechef plu-
DES FRAGT\
sieurs esquilles d'os , et portion de la
balle L
Si la fracture est faite au col du pal-
leron, ou à la iointure de l’espaule,
rarement on en eschappe, quelque
grande diligence qu’on puisse faire.
Ce qu’on a veu n'agueres aduenir aux
defunlsroy de Nauarre, et à monsieur
de Guise, et au comte Ringraue Phi-
lebert, et plusieurs autres, en’ces der-
nières batailles, à cause qu’autour de
ceste iointure il y a plusieurs et gros
vaisseaux , à sçauoir la veine et ar-
tère axillaire, et les nerfs naissans des
verlebres du col , qui se distribuent à
tous les muscles du bras. D’auanîage,
lorsqu’il s’y fait inflammation et pour-
riture. facilement sont communiqués
au cœur et autres parties nobles :
dont plusieurs accidens aduiennent,
et souuent la mort 2.
CHAPITRE X.
DE t\ FRACTVUE OV DEPRESSION DV
STERNVM OV RRECHET.
Le sternum quelquesfois est frac-
turé , et quelquesfois il n’y a qu’vne
1 L’édition de 1575 présentait, à la suite
de cette histoire, le paragraphe suivant,
qui a été retranché dans toutes les éditions
postérieures :
« Or quant à la balle qui est faite de plomb,
il ne se faut esmerueiller si elle peut longue-
ment demeurer au corps sans causer mauuais
accidens : car ( comme i’aij dit en mon Hure des
plages faites par harquebuses) le plomb a grande
familiarité à notre Nature, comme l’experience
nous le monstre, voyons des hommes attoir bal-
les en leurs corps, et les attoir portées par lon-
gues années sans causer aucuns accidens :
pareillement les vlceres malignes estre curées ,
y appliquant dessus lames de plomb , où tous
les autres remedes nattaient peu projjiler.»
‘-L’édition de 1575 dit : et par conséquent
ES DES OS. 3 1 1
dépréssion et enfonceure au dedans
sans fracture.
Le signe qu’il est fracturé, c’est
qu’au lieu de la fracture on trouue
vne inégalité : et quand on touche des-
sus, il obéît au doigt, et sent-on vne
crépitation et bruit. El lorsqu’il est en-
foncé , on voit vne inégalité et cauité,
et adonc le malade sent grande dou-
leur, et a difficulté de respirer, à cause
que l’os presse les membranes et les
poulmons qui sont au-dessous de ces
parties-là : pareillement a la toux, et
souuent crache du sang.
Or pour réduire cet os, il faut situer
le malade comme nous auons dit en
la réduction do l’os clauiculaire , à
sçauoir , le mettant à la renuerse : et
luy mctlra-on vn quarreau sous son
dos, puis sera foulé sur ses espaules
contre-bas, et auec les mains on ré-
duira l’os , pressant les costes d’vn
coslé et d’autre : et fera-on de sorte
que la réduction soit bien faite. Puis
apres on appliquera les remedes cy-
dessus mentionnés, pour prohiber
l’inflammation et seder la douleur. Et
y seront adaptées promptement des
compresses : aussi la ligature sera croi-
sée par dessus les espaules , laquelle
ne doit estre trop serrée , de peur
qu’elle n’engarde la respiration du
malade. S’il est besoin , on tirera du
sang , et fera-on toutes autres choses
necessaires et requises à cest effet.
L’an 15(i3, ie fus enuoyé par le com-
mandement du défunt roy de Nauarre.
lieutenant-general du roy, pour pen-
ser Anthoine Benarnl, seigneur de
Ville-Neufue, cheualier de l’ordre du
Roy, et gentil-homme de sa chambre,
capitaine de trois cents hommes , le-
quel fut blessé près la porte de la ville
la mort. Le mot soutient a été substitué à
l’autre dès 1579.
LE TREIZIÉME LIVRE,
3ia
de Meun , d’un coup de mousquet au
milieu du sternum , dont sa cuirasse
enfonça les os du sternum : qui fut
cause qu’il tomba par terre comme
mort, ieltant grande quantité de sang
par la bouche , et en cracha par l’es-
pace de trois mois apres. Et pour ré-
duire les os, i’y proceday comme i’ay
dit, et receut parfaite guarison , es-
tant à présent viuant
CHAPITRE XI.
DE LA FRACTVRE DES COSTES.
Les costes vrayes sont osseuses , et
reçoiuent fracture en toute partie :
mais les costes faulses ne se peuuent
fracturer que presl’espine du dos, au-
quel endroit sont osseuses : car en la
partie anterieure elles sont cartilagi-
neuses, et partant en cest endroit se
peuuent plier, et non fracturer.
Or elles se peuuent toutes rompre
en dedans et en dehors. Aussi elles ne
sont quelquesfois du tout rompues,
mais seulement esclattées et fendues :
et quelquesfois par dedans, et non par
dehors : et la scissure ou fente péné-
tré aucunesfois iusques au milieu de
leur substance , qui est rare et spon-
gieuse2 : et quelquesfois aussi sont du
tout rompues et esclattées , dont les
esclats pressent et picquent la mem-
1 Cette histoire manque dans l’édition de
1575, et a été ajoutée en 1579; mais la date
de 1563 est fausse , le roi de Navarre étant
mort en 1561. Probablement il faut lire
1553.
2 Cette indication des fractures incom-
plètes ou scissures des côtes est empruntée
àCelse, traduit par Dalcchamps dans ses
Annotations à Paul d’Eginc. — A. Paré a
omis de parler de l’enfoncement sans frac-
brane pleuretique, qui les couure
par dedans. Adonc le danger est
grand : mais lors qu’il n’y a que simple
fracture , sans que ladite membrane
soit rompue, ou grandement pressée,
ou autre complication de disposition,
le mal est petit, et pour-ce Hippo-
crates conseille qu’ils mangent assez
libéralement, parce que le ventre mo-
dérément plein redresse la coste’, ce
qui est vray. Ceux qui ont fracture
aux faulses costes , se trouuent plus
mal auant manger qu’apres, à raison
qu’auant le past ils sentent les costes
suspendues , sans qu’elles soient au-
cunement soustenues par les alimens
contenus en l’estomach. Pareillement
la fracture qui est au dehors est trop
plus aisée à guarir que celle du de-
dans, à cause qu’elle picque la pleure,
excite inflammation , et souuent em-
pyeme1. Car celle de dehors se réduit
facilement, à cause qu’on la peut tou-
cher , mais celle de dedans ne se peut
toucher. Celle qui est faite au dehors
se peut guarir en vingt jours, s’il n’y
suruient quelque mauuais accident.
Les signes des costes rompues ne
sont pas difficiles à estre conneus.Car
touchant des doigts à l’endroit de la
douleur, on trouue la fracture en sen-
tant vne inégalité et crépitation, prin-
cipalement si elles sont du tout rom-
pues. Et si la coste rompue est tournée
vers le dedans , le malade sent ,vne
turc, admis depuis Gariopontus par presque
tous les arabistes (voyez mon Mémoire sur
la fracture des côtes; Arch. gén. de médecine,
1838), et qui paraît en réalité répondre à
une fracture incomplète dans le sens vertical
avec pliure du reste de la côte.
2 Ces mots : « cause qu’elle picque la p lé-
ure, etc. , ont été ajoutés en 1579, ainsi que
la citation d’Hippocrate placée quelques
lignes plus haut.
DES FRACTVRES DES OS.
3 i 3
vehemente douleur punctiue , et en-
core plus violente et fascbeuse qu’en
la pleuresie , parce que la membrane
qui couure les costes est picquée et
pressée par les esclats de la fracture.
Au moyen dequoy le malade a vne
très grande difficulté de respirer ,
tousse, et souuent crache du sang:
parce que les poulinons le succent et
attirent, qui, à cause de la dilacéra-
tion, est hors de ses vaisseaux, et d’i-
ceux entre en la trachée arlere, et de
là est jette par la bouche.
On peut bien redresser auec les
doigts les fractures des costes faites
au dehors : mais si elles sont tour-
nées au dedans, il est impossible, par-
ce qu’on ne peut faire ce qu’il appar-
tient , qui est tirer et contre-tirer , et
presser sur les eminences de la frac-
ture. Aucuns pour retirer l’os frac-
turé en dehors, commandent appli-
quer vne ventouse, mais ils font mal :
car par la contraction et compression
des parties circonjacentes, ou voisi-
nes , faite par la ventouse , feroient
attraction des humeurs, et augmen-
tation de douleur à la partie malade :
et partant ne la faut nullement ap-
pliquer , ce qu’aussi Hippocrate dé-
fend1. Mais pour la réduire , on fera
coucher le malade sur le costé sain.
Puis on mettra sur la fracture vne
emplastre couuerte sur de la toile
neuue et forte, faite de terebenthine,
résiné , et poix noire , farine de four-
ment, mastic, aloës : et l’ayant laissée
quelque espace de temps, sera es-
euée et tirée de force contre-mont,
et par ce moyen la cosle sera tirée en
haut : et fera-on cela non seulement
vne fois , mais par plusieurs, tant que
1 Hippocrates au Linre des art. sect. 3.
sent. 51. — Paul, liure 6. chap, 96. — Auic.
en son 4. — A. P.
le malade se sente allégé , et auoir
son haleine plus libre. Pour quoy faire
plus aisément , le malade peut gran-
dement aider au Chirurgien, en tous-
sant, et retenant son haleine, lors
qu’on tirera l’emplastre.
Mais aussi si nous sommes con-
traints par vne grande nécessité, à
cause que la membrane qui couure
les costes , et les nerfs qui accompa-
gnent les veines et arteres qui sont
sous chacune coste, sont grandement
pressés et picqués , en sorte que le
malade sent vne extresme douleur,
et ne peut qu’auec bien grande peine
respirer, et aussi qu’il crache du sang
et tousse , et est fébricitant : alors
pour obuier à la mort , il faut faire
incision, et descouurir vne portion de
la coste fracturée : puis auec vn cro-
chet esleuer les esclats de l’os qui pic-
quent, et les faire sortir dehors en les
coupant, ou autrement. Et si la playe
est grande , il la faut coudre , et la
traitter comme il appartient.
Et sera ordonné régime au malade,
et la saignée et purgation , ainsi que
verra le docte Médecin estre besoin :
car comme escrit Hippocrates , en la
simple fracture, il n’est grand besoin
de tel régime, parce qu’il n’y a fiéure
ny aucun malin accident : mais en la
composée , qui est auec conuulsion ou
playe des muscles, il est de nécessité
pour la fiéure et empyeme *. Et sur la
partie sera appliqué vn cerat, et au-
tres remedes, selon les accidens qui
suruiendront. Les bandages qu’on
fait à ceste partie, ne peuuent seruir
qu’à tenir les remedes. Et quant à la
situation du malade, il se doit mettre
en telle assiette qu’il pourra endurer
et se trouuer mieux.
‘Cette citation d’Hippocrate est encore
une addition faite en 15*9.
3i4
LE TREIZIEME LIVRE ,
CHAPITRE XII.
ACCIDENS QVI SVRVIENNENT DES
COSTES ROMPVES >.
Il nous reste à présent traiter en
bref des accidens qui aduiennenl à
cause de la contusion faite sur les cos-
tes : c’est que la chair contuse de-
uient boursouflée, pituiteuse, mu-
queuse et glutineuse, à raison que
la partie ne peut cuire et digerer l’a-
liment qui luy est enuoyé : partant il
demeure à demy cuit, à cause de l’im-
becillilé de la partie, et de la trop
grande multitude de l'humeur qui in-
flue 1 * 3 : d'où vient que de telle crudité
et humeur indigeste s’esleuent plu-
sieurs flatuosités, pour-ce que la vertu
concoctrice est debile, à raison de
l’imbécillité et intempérie de la par-
tie (Hippocrates 3. des Articles), dont
on trouue la chair en cest endroit tu-
méfiée, comme si on l’auoit soufflée :
et lors qu’on comprime dessus auec
la main , on sent l’air qui se despart,
1 Ce chapitre était réuni au précédent
dans l’édition de 1575 ; l’auteur l’en a sé-
paré en 1579, et ajuste titre, attendu que le
premier n’est qu’une pâle compilation,
tandis que celui-ci présente un fait nouveau
et fort important pour l’histoire des fractures
des côtes : l’emphysème, que Paréa malheu-
reusement confondu avec l’altération du
périoste et de la côte elle-même.
Du reste, ce chapitre est presque entière-
ment copié du chapitre 6 du Liure des con-
tusions qui avait paru en l56i. Voyez ci-
devant page 201.
3 L’édition de 1575 portait :
Et parlant se fait vn aliment demy cuit
poureeque la verte concoctriue est debile dont
ou trouue la chair en cest endroit tuméfiée, etc.
La rédaction actuelle date de 1579.
et le lieu qu’on a comprimé demeure
caue, comme on voit aux fluxions
œdémateuses. Et si on n’y donne or-
dre, il s’y fait inflammation , fiéure ,
aposteme , difficulté de respirer : et
quelquesfois les costes se pourrissent
à cause que la chair est esleuée de
contre l’os : lequel demeurant nud
sans sa couucrlure naturelle, il s’in-
troduit, et est frappé d'vn air qui
quelquesfois est cause d’alterer l’os et
le pourrir. Et lors que cela se fait, les
malades iettent la bouë par la bou-
che, puis deuiennent tabides, dont la
mort s’ensuit.
Or pour obuier à tels accidens,
faut promptement fafre la réduction,
comme nous auons dit. Et pour ré-
soudre cesle tumeur muqueuse, faut
appliquer remedes propres, bander
et comprimer auec compresses, ù fin
que la chair touche à l’os, et qu’il ne
demeure nud. Et quant à la maniéré
de la compression , on appliquera le
bandage assez serré , toulesfois non
tant que les costes ne se puissent
mouuoir , et que la respiration soit
empeschée. Puis on vsera des reme-
des résolutifs et calefactifs pour dis-
siper l’humeur. Et faudra diuersifier
les remedes selon que les accidens se
présenteront.
S’il suruient aposteme, elle sera ou-
uerte sans trop tarder , de peur que
l’os ne se pourrisse : et apres l’ou-
uerture faite, on euacuera la matière,
et pour ce faire on mettra vue tente
cannulée dans l’vlcere, si bien at-
tachée qu’elle ne puisse tomber en la
capacité du Thorax1. Et seront faites
toutes autres choses necessaires et re-
quises à telles dispositions.
1 Voyez pour les tentes cannulées le cha-
pitre 33 du livres, Cure des playes du thorax,
ci-devant page 101.
DES FRACTVRES DES OS.
CHAPITRE XIII.
DE LA FRACTVRE DES VERTEBRES OV
ROVELLES DE L’ESPINE , ET DE SES
APOPHYSES OV SAILLIES.
La rondeur , ou circonférence des
vertebres , est quelquesfois rompue ,
contuse, et enfoncée au dedans, qui
fait que les membranes qui couurent
la mouëlle spinale, ou elle-mesme es-
tant ainsi pressée , causent plusieurs
mauuais accidens, et peut-on presa-
gir estre incurable , selon qu'ils se-
ront grands : à sçauoir , quand on
voit que les bras et les mains du ma-
lade sont stupides et paralytiques,
sans les pouuoir remuer : et aussi
qu’en les piquant ou serrant , le ma-
lade ne sent rien : semblablement
quand les accidens susdits se trouuent
aux iambes et aux pieds : et que le
malade laisse sortir ses excremens
sans les sentir , et les pouuoir tenir,
ou aussi qu’il ne peut vriner (car se-
lon Hippocrates, sect. 2. du Vrorrhcli-
que, de quelque cause que la moitié
de l’espine soit blessée , ces accidens
suruiennent *) : on peut alors presagir
la mort prochaine.
Et apres l’auoir prédit aux parens
et amis, et aux assistans, il se faut en-
hardir , s’il est possible de faire inci-
sion pour oster les esquilles , ou es-
clals qui sont enfoncés , et compri-
ment la mouëlle et les nerfs1 2 : et s’il
n'est possible , faut appliquer reme-
1 Cette parenthèse est une addition de
1579.
2 Cette opération hardie a été puisée par
A. Paré dans la Chirurgie françoise de Date-
champs , chapitre 98 de la traduction de
Paul d’Egine; et malgré l’antiquité de cette
3 1 5
des qui sedent la douleur et qui pro-
hibent l’inflammation , et réduire les
parties fracturées en leur lieu, les y
faisant tenir par les moyens que di-
rons en la luxation de l’espine.
Que si seulement les apophyses des
vertebres sont rompues (qui se con-
noislra, par ce que les accidens susdits
n’y suruiennent, et qu’en poussant du
doigt dessus, on sent la piece ou es-
clat de l’os se remuer , et changer de
place : joint aussi qu’au lieu de la
fracture on trouue vne cauité et en-
fonceure, auec quelque bruit d’vne
petite crépitation ou craquement :
d’abondant, si le malade veut plier
l’escbine, il sent douleur, par-ce que
la peau qui est à l’endroit de la frac-
ture s’eslend et presse les esclats de
l’os, principalement s’ils sont pointus
et espineux , piquant la chair : et s’il
se dresse, il se trouue mieux, à cause
que ladite peau est lasche, partant
les esquilles de l'os piquent moins)
alors on les pourra réduire, s’ils ne
sont du tout séparés de leur périoste:
mais aussi s’ils en sont entièrement
séparés , adonc faut faire incision et
les oster , puis traiter la playe
comme il appartient.
Les fractures des apophyses des
vertebres se guarissent aisément ,
pourueu qu’elles ne soyent accom-
pagnées d’autres dispositions, comme
quelque grande contusion, ou au-
tres : parce que tous os rares et spon-
gieux en peu de temps se consoli-
dent, comme nous auons dit.
origine, je ne sache pas qu’elle ait été pra-
tiquée ou du moins que la science en pos-
sède des observations avant notre époque.
Il y a quelques années seulement qu’elle a
été tentée par des chirurgiens anglais et
américains.
3 1 6
LE TREIZIÉME LIVRE ,
CHAPITRE XIV.
DE LA FRACTVRE DE L’OS SACRVM.
Aussi l’os sacrum peut estre frac-
turé en certaine partie, où le patient
peut recouurer santé : ce que i’ay
veu plusieurs fois s’estre fait par
coups (le boulets , ou autre chose
brisante : mais où la fracture sera
faite à l’endroit de l’espine , et si elle
est blessée, à peine le malade peut
euiter la mort, pour les raisons qu’a-
uons déclaré cy dessus.
CHAPITRE XV.
DE LA FRACTVRE DES OS DV CROVPION,
OV DE LA QVEVE.
Le croupion, nommé os coccyx, est
composé de quatre petits osselets,
dont le premier a vne cauité où s’in-
sère la fin de l’os sacrum : les trois
autres sont ioints ensemble par sym-
physe , à l’extremité desquels il y a
vn petit cartilage.
Or la fracture de ces os sera ré-
duite1 en mettant le doigt dedans le
siégé du malade , tant qu’il soit ap-
posé à l’endroit du lieu de la frac-
ture : duquel il repoussera l’os, et
l’egalera auec l’autre main, l’appo-
sant extérieurement sur la fracture.
Et à fin qu’elle soit mieux et plustost
glutinée,faut que le malade se tienne
au lit pendant la curation : et où il
se leuera, faut qu’il se mette en vne
chaire percée, à fin qu’il n’y ait rien
qui presse sur la fracture. Et seront
appliqués les remedes conuenables
1 L’édition de 157.r> disait le doigt médius.
aux fractures, les diuersifiant selon
qu’on verra estre necessaire.
CHAPITRE XVI.
DE LA FRACTVRE DE L’OS DE LA
HANCHE,
L’os de chacune hanche est composé
de trois os : le premier est nommé os
Mon , le second ischion, le tiers os pu-
bis. Ces trois os sont si bien conioints
ensemble (aux hommes qui ont ac-
compli leurs trois dimensions) qu’on
ne les peut nullement séparer: mais
aux petits enfans ils se peuuent aisé-
ment séparer l’vn d’auec l’autre. Et
pour les bien entendre, ie te renuoi-
ray à mon Anatomie , où i’en ay am-
plement escrit : et dirons, que cedit os
peut estre rompu en toutes ses par-
ties, pour estre tombé de hault en bas
sur quelque chose dure , ou par coup
de quelque certain instrument , comme
de pistolle, arbalestre, ou autre façon.
Ceste fracture se connoist comme
les autres, à sçauoir, par le sentiment
de douleur pongitiue et pulsaliue, et
stupeur en la iambe du costé mesme ,
quand le milieu est enfoncé : elle se
cognoist aussi au sens de la veuë et du
toucher , et veut estre habillée selon
qu’on verra estre necessaire. Faut ti-
rer les pièces d’os, si elles sont du
tout séparées, du premier appareil,
s’il est possible, faisant incision s’il
en est besoin , euitant de couper le
chef des muscles, ou quelque vais-
seau, principalement le grand et gros
nerf qui se distribue entre les muscles
de la cuisse et de toute la iambe. Et
les esclats ou fragmens qui ne sont
entièrement séparés de leur périoste,
seront r’assemblés et réduits auec les
doigts. Et conséquemment on proce-
dera à la reste de la curation, comme
on verra estre necessaire.
CHAPITRE XVII.
DE LA FRACTVRF. DE L’OS DV ERAS ,
0V ADIYTOIRE.
L’os du haut du bras est rond, caue,
et plein de moüclle , ayant vne assez
grande teste en sa partie supérieure ,
assise su r vn moyen col. Il a en sa partie
inferieure deux apophyses, ou promi-
nences : l’vne anterieure, l’autre pos-
térieure : et y a entre les deux comme
vne demie orbite oucauité d’ vne pou-
lie, les deux extrémités de laquelle
sedesinent, l’vne en vne cauité exté-
rieure et l'autre intérieure, pour l’ar-
rest de la flexion et extension, c’est-à-
diredepeurque l’osducoudene tour-
nast tout autour de sa cauité , qui est
semblable à vne poulie.Et si telle chose
aduenoit , l’action du bras eust esté
imparfaite, parce qu’il se fust plié au-
tant au dehors comme au dedans.
Cecy est necessaire sçauoir au Chi-
rurgien , pour la réduction des frac-
tures et luxations de cestepartie. Et ne
faut seulement l’apprendre par ce li-
ure, mais qu’il ailleauxcimetieresl’ap-
prendre sur les os des morts , comme
i’ay fait *, et autres anatomistes.
Si les extrémités de cet os fracturé
cheuauchent beaucoup les vnes sur
les autres , et que ce soit vn homme
fort robuste : alors pour le réduire il
faudra faire grande extension au bras,
ayant premièrement fait seoir le ma-
lade assez bas, à fin qu’il ne se puisse
leuer lorsqu'on réduira la fracture, et
1 Les éditions de 1575 et 1579 portent :
Comme fay voulu faire; ce qui d’ailleurs
ne change rien au sens.
3l7
aussi que le Chirurgien face son ope-
ration plus à son aise , bien que Hip-
pocrates meu d’autres considérations
vueille que le malade soit situé haut1.
Semblablement ne faut faillir, en fai-
sant l’extension , de la faire en tirant
ledit os en bas vers la terre en ligne
droite, et que le coude soit semblable-
ment plié aussi lorsqu’on le veut si-
tuer pour estre tenu enescharpe. Car
si on vouloit faire la réduction le
bras estant haussé et estendu, ou en
quelque autre figure , il le faudroit
tousiours tenir en ceste mesme situa-
tion en laquelle on l’auroit réduit :
ou autrement] le voulant mettre en
escharpe , la fracture se pourroit ai-
sément défaire. Ce qui est très neces-
saire au Chirurgien d’obseruer en
remettant ledit os rompu, tenant le
bras couché presque contre le corps
vers la ceinture. En quoy le Chirur-
gien prendra aussi garde en le ban-
dant, et y apposant les astelles, qu’el-
les ne pressent sur les iointures : car
comme escrit Hippocrates, sect. 3.
de l’officine du Chirurgien , et sect. 1.
des fractures , il ne faut que les astelles
pressent les parties descharnées, ner-
ueuses et sensibles , de peur de dou-
leur et dénudation , tant du nerf
que de l’os) : et principalement à l’in-
terieure partie, vers laquelle se fait la
flexion , de peur qu’elles ne facenl
douleur et inflammation : et partant il
faut en cest endroit qu’elles soyent
plus courtes. Et apres auoir ainsi r’ha-
billé le bras, il sera posé contre la poi-
trine en figure d’angle droit, et y sera
lié, à fin que le malade se remuant , il
ne peruertisse la figure de l’os, qu’on
aura réduit en son lieu.
1 Cette citation d’Hippocrate est de 1579,
de même que celle qu’on trouvera un peu
plus bas comprise entre deux parenthèses.
DES FKACTVRES DES OS.
3 1 8
LE TREIZIÉME LIVRE,
En telles fractures , il faut que le
bras demeure à repos iusques à ce
que le callus soit fait , qui se fait en
quarante iours,el quelquesfois plus
tard : dont on n’en peut donner reigle
certaine , non seulement de la frac-
ture du bras, mais de toutes les au-
tres , comme nous auons dit.
CHAPITRE XVIII.
DE LA FRACTVItE DE L’OS DV COVDE ,
ET DV RAYON, C’EST-A-DIltE DES DEVX
FOCILES DV BRAS
Quelquesfois l’os du coude et du
rayon sont rompus ensemble d’vue
mesme fracture, et quelquesfois vn
d’eux seulement. Aussi il aduientque
la fracture est faite ou au milieu d’i-
ceux, ou en l’extremité prochaine du
coude, ou du poignet.
La pire fracture est quand tous les
deux os sont rompus ensemble. Car
le bras demeure du tout impotent :
et la curation en sera plus difficile,
parce qu’ils sont plus malaisés à te-
nir que lorsqu’il n’y en aura qu’vn
seul : pource que celuy qui demeure
entier souslient encore le bras, et
garde que les muscles ne sc retirent ,
comme ils font lorsqu'ils sont du
tout rompus ensemble. Et la pire d’a-
pres, c’est quand l’os du coude est
1 L’édition de 1575 commençait ce cha-
pitre par une longue description des deux
os textuellement extraite du chapitre 20 du
livre 4, commençant par ces mots: Les deux
os en leurs extrémités, et allant jusqu’à la fin
de la description des os. Ce morceau qui lé-
sait double emploi a été retranché dés 1579.
Voyez 1. 1, p. 2S0, depuis la fin de la deuxiè-
me colonne, jusqu’à la page 282, au milieu
de la première colonne.
rompu : et la plus facile à guarir, c’est
quand l’os du rayon seul est fracturé,
parce qu’il est supporté et soustenu
sur l’os du coude : et si ces deux os
sont rompus, il faut faire la contr’ex-
tension plus forte, parce que les mus-
cles sont plus retirés que s’il n’y en
auoit qu’vn seul : et l’vn demeurant
entier sert plus que les bandes et as-
telles à soustenir l’autre. Aussi s’il n’y
a qu’vn d’iceux rompu, pour réduire
il faudra faire moindre extension que
si tous les deux l’estoient, parce que
les muscles sont moins retirés , de-
meurant entier l’un desdits os qui les
tient droits.
Et estant réduits, bandés, et aste-
lés ainsi qu’il appartient, le bras sera
pendu en escharpe , de sorte que la
main ne soit guere plus haute que le
coude, à fin que le sang et autres hu-
meurs ne tombent sur la main : la-
quelle pareillement sera située et te-
nue en figure qui soit moyenne entre
la prone et la supine ', selon laquelle
figure l’os du rayon est droitement
situé sur le coude , comme il est en
Hippocrates sentence 3. sect. 1. du li-
ure des Fractures. La raison est, qu’il
y a peruersion tant en l’os qu’aux
muscles par la figure supine : car pre-
mièrement pour l’os du coude, l’apo-
physe slyloïde et l’olecrane doiuent
estre au niueau et vis-à-vis l’vn de
l’autre : ce qui ne se fait en la figure
supine , par laquelle l’apophyse sty-
1 L’édition de 1575 présente ici une doc-
trine très remarquable et très différente de
celle qui a été substituée en 1579. Voici le
texte :
Laquelle pareillement sera située et tenue
en figure supine s’il est possible , à sauoir la
paume vers le ciel. Car estant posée en cesle
maniéré, l'os du coude droittemenl eslsilué sur
le rayon , et si on fait autrement , le callus
estant formé, le malade puis apres ne pourra
DES FR ACTVRES DES OS.
loïde du coude est vis-à-vis de l’apo -
physe interne de l’os du coude : poul-
ies muscles , parce que quelle est l’in-
sertion et la teste du muscle, telle est
la situation de son ventre, et l'inser-
tion de sa queue. Or par la figure su-
pine, les muscles qui viennent de l’a-
pophyse interne de l'os du bras , et
fléchissent le coude , ont leur queue
supérieure et extérieure.
D’abondant tu n’oublieras pareil-
lement à fleschir et estendre par fois
tourner la main vers le ciel : dont l’action de
cesle partie sera grandement deprauée.
D’où venait à A. Paré cette idée de la su-
pination PSans aucun doute il l’avait adoptée
d’après les sérieuses études qu’il avait faites
sur les os des morts, comme il le dit au cha-
pitre précédent, et l’on peut ajouter aussi ,
d’après une mûre observation de ce qui se
passe sur le vivant.
En effet, nul écrivain de cette époque ni
des temps antérieurs n’avait recommandé la
supination ; et ce n’était pas non plus une
doctrine qu’il eût adoptée au hasard, et
pressé peut-être par la rédaction précipitée
de son livre, car il la préconisait déjà dès
1564, en l’appuvant même sur des argu-
ments encore plus pressants. Je reproduis
ce texte primitif.
Laquelle pareillement (la main ) sera située et
tenue en figure supine ( s’il est possible ) , à
sçauoir la paulme vers le ciel ou approchant de
telle situation et figure, cle peur qu’ apres la
curation, l’action du bras ne soit deprauée.
Car la position de la main autrement faicle
que ie ne dis, et comme on practiqve ordi-
nairement, à sçauoir les deux faciles se croi-
sants en croix bourguignonne, et la main prone,
la figure demeure viliée quand les os se re-
prennent , et par conséquent le mouuemenl
depraué, comme il est aduenu à plusieurs qui
apres ne peuuent tendre la main supine. Edit,
citée, folio 47.
Et il prend même soin d’ajouter cette note
marginale : Grande faute que l'on commet
vulgairement en la situation des fociles du bras
rompu.
Ce n’est pas sans quelque étonnement que
319
le bras du malade, toutesfois sans
douleur le moins qu’il sera possible ,
pour obuier que par la fluxion qui se
fait à la Jointure du coude et parties
voisines, et la longue demeure, les os
d’icelle iointure ne s’agglutinent en-
semble , dont s’ensuit apres immobi-
lité de la iointure, comme s’il y auoit
vn callus formé : et de là vient que
puis apres le bras ne se peut plier ny
estendre : ce que i’ay veu aduenir à
plusieurs : aussi Galien le nous a laissé
j’ai retrouvé ainsi dans A. Paré une doctrine
que je croyais bien avoir renouvelée le pre-
mier après vingt-deux siècles. Car cette
doctrine est indiquée dans le Livre des
fractures d’Hippocrate, mais signalée comme
mauvaise , et l’autorité d’Hippocrate fit
adopter par toute l’antiquité la pronation
moyenne ou complète, que l’anatoinie et le
raisonnement et l’expérience s’accordent à
montrer irrationnelle et fâcheuse dans ses
résultats. Comment donc A. Paré, après avoir
si bien montré l’erreur de la pratique ordi-
naire, après avoir soutenu en 1564 et en
1575 une doctrine tout opposée, comment,
à l’âge de 69 ans, est-il venu se donner à
lui-même un si formel démenti? C’est qu’il
n’avait pas encore la force de se soustraire
d’une manière si absolue au joug de l’auto-
rité; c’est que, pour appliquer la ligature
après les amputations, il avait pu se réfu-
gier derrière l’autorité de Galien, et que
pour sa nouvelle doctrine dans les fractures
de l’avant-bras il se trouva seul, non seu-
lement contre ses contemporains, mais seul
contre Hippocrate, Galien, seul contre tous;
et il recula. Ainsi c’est Hippocrate qui a fait
condamner dans l’antiquité la doctrine ra-
tionnelle ; et c’est encore Hippocrate qui eut
le même pouvoir au xvic siècle. A bon droit
doue la pratique généralement reçue de nos
jours peut-elle porter le nom d’Hippocrate;
seulement comme le règne de l’autorité tend
chaque jour à disparaitre , on peut espérer
de voir prochainement de plus saines idées
adoptées pour la thérapeutique des fractures
de l’avant br^ts. J’ai débattu cette question
dans mon Anatomie chirurgicale, t. II, p. '*72.
LE TREIZIÉME LIVRE,
320
par escrit : et tel vice est nommé an-
cyle ou ancyîosis *.
Or si la fracture est accompagnée
d’vne playe , tu prendras garde de
soustenir le bras auec lames de fer-
blanc courbées , ou gros papier de
carte , ou autre chose propre à ce
faire , qui seruent de contenir les piè-
ces de l’os en telle situation qu’on les
a réduits : et de situer le bras sur vn
petit oreiller, comme lu vois par ceste
figure.
La figure de la situation d'vn bras rompu,
auec playe 2.
1 Galien au Comm. sur les lia. des articles
d'Hippocrates. — A. P.
2 II csit à remarquer que pour les fractures
compliquées de plaie, A. Paré place la main
dans la pronation complète, la pire de tou-
tes les positions, et qu’il ne paraît pas s’être
aperçu qu’il péchait ainsi directemcntcontre
la doctrine qu’il avait à si bon droit établie
pour les fractures considérées en général.
Celte figure et le texte qui s’y rapporte se
rencontrent, en effet, sauf quelques change-
ments qui ne portent pas sur le fond, depuis *
CHAPITRE XIX.
DE LA FRACTVRE DE LA MAIN.
Les os du carpe , métacarpe, et des
doigts de la main , sont quelquesfois
rompus, et cassés : mais comme escrit
Hippocrates sect. 2. des Fractures, le
plus souuent ils ont l’espece de frac-
ture qui s’appelle marque ou siégé *.
Toulesfois s’ils sont rompus ou cas-
sés , le moyen de les réduire, c’est que
le malade estende sa main sur vnc
table égalé. Ce fait , vn scruiteur ti-
rera les os fracturés, et le Chirurgien
les redressera et posera en leur si-
tuation naturelle. Puis appliquera les
remedes propres, et astellesiet les
doigts seront liés ensemble auec leurs
voisins qui les costoyent : car en ceste
façon ils demeurent mieux.
le premier ouvrage de Paré, en 1545, jusque
dans ses dernières éditions.
Voici le texte de 1545, folio 38 ; il faut se
rappeler que dans le langage anatomique
de l’époque , le bras signiüe l’avant-bras.
El si c’est au bras , soit traiclé et soustenu
auec lame clc plomb concaue, ou gros papyer de
chartes : ainsi qu’il a esté cxj déliant desclairi
et comme pourras entendre par ceste figure.
L’édition de 1552 , au lieu de la lame de
plomb, porte : auec lame de jer blanc plié.
Celle de 15G4 dit : auecques lames de fer-
blanc courbé et vn petit oreiller , et omet le
papier de carte , qui a été rétabli dans celle
de 1575.
On voit d’ailleurs dans cette figure que la
plaie demeure largement découverte , et
peut être pansée sans enlever l’appareil.
L’édition de 15G4 ajoutait à cet égard qu’il
fallait traiter la playe comme lu oyras cy apres
en la fracture d’vne iambe auec playe. C’est
en efl'el à l’occasion de la fracture de jambe
que l’auteur aborde ce point de pratique.
Voyez ci-après chapitres 23 et 24.
I t Celle citation date encore de 1579.
DES ERACTVKES DES OS.
Il faut que le Chirurgien considéré
que ces os sont de substance rare et
spongieuse, et partant le callussefait
aisément '. D’auantage il faut appli-
quer vne compresse ronde au dedans
de la main , pour mieux tenir les os
rompus en leurs places , et les doigts
en figure moyenne, à sçauoir n’estans
du tout ployés ny dressés : pource
que s’ils demeuroient autrement, le
callus qui se feroit depraueroit l’ac-
tion de la main qui est de prendre, ou
bien l’aboliroit du tout 2.
Au contraire , les orteils des pieds
fracturés seront tenus droits , et non
ployés , à fin que le cheminer ne soit
empesché.
CHAPITRE XX.
DE LA FRACTVRE DE LA CV1SSE FAITE
AV MIL1EV DE L’OS 3.
On trouue communément les extré-
mités de l’os de la cuisse estant rompu
cheuaucher l’vne sur l’autre, à cause
' L’édition de 1575 ajoutait : El quelques-
fois trop gros : à cesle cause il faut faire la
ligature plus serrée.
Ce passage avait été emprunté à la tra-
duction de Paul d’Egine par Dalechamps ; il
a été supprimé dès 1579.
2 Le premier auteur qui se soit occupé de
la position à donner à la main dans les frac-
tures des os du métacarpe est Albucasis. Il
fléchissait les doigts quand lesfragmens fai-
saient saillie vers la paume de la main; il
les étendait quand ils proéminaient vers la
face dorsale. Guillaume de Salicet vint en-
suite qui préconisa l’extension dans tous les
cas ; et la troisième doctrine qui recommande
la flexion pour toutes ces fractures , appar-
tient à A. Paré.
3 Ce chapitre se lit déjà, en partie du
moins, dans l’édition de 1564.
321
des gros et forts muscles qui sont en
icelle, lesquels se retirent tous vers
leur origine , comme nous auons dit
cy deuant. Parquoy lorsqu’on ré-
duira ceste fracture , faut que le ma-
lade soit couché sur le dos , et ait la
iambe estendue , et que le Chirurgien
tire bien fort la cuisse : et où il ne le
pourra taire seul , il aura deux serui-
leurs forts et puissans *, pour r’ame-
nerles extrémités des os rompus l’vne
contre l’autre. Et à ces fins les an-
ciens auoient l’instrument nommé
glossocomium, lorsque la main n’esloit
assez forte;
Eigure d vn insinuaient nommé Glossocomium,
1 L’édition de 1564 dit : Il faut que le Chi-
rurgien tire et eslende bien fort la cuisse, aidé il
ce faire par hommes et ministres forts et puis ■
sauts , etc.
II.
21
3ü2 LE TREIZIÉME LIVRE
En lieu d’iceluy on peut pareille-
ments’aider de nostre moufle: carHip-
pocrates permet la tension si grande,
que mesme il bande sans auoir re-
ioint les os , parce que où le muscle
est plus puissant que le bandage , ai-
sément les os se remettent par la con-
traction du muscle ‘.
D’abondant le Chirurgien considé-
rera, en réduisant ceste fracture, que
cest os est courbé en la partie inté-
rieure , et gîbbeux en l’ekterieufe :
partant il le faut remettre en sa figure
naturelle , et auoir mémoire qu'il
n’est de figure droite : et où l’on y
commettra faute, le malade demeu-
rera claudlcant à iamais 2 . A ceste
* Ce paragraphe n’existe pas dans l’édition
de 1504, et les deux phrases qui le consti-
tuent sont elles-mêmes d’une date différente.
La première, qui a rapportai! moufle, est
de 1575, et peut-être de la petite édition de
1572 ; et elle marque ainsi l’époque de l’ap-
plication du moufle à la réduction des frac-
tures et des luxations, entre 1564 et 1575 au
plus tard.
La citation d’Hippocrate est de 1579, et
elle demande une explication ; car le langage
d’A. Paré tendrait à lui donner un sens tout
contraire au sens réel. Hippocrate dit que
l’extension dans ces fractures peut être portée
même un peu plus loin qu’il n’est absolu-
ment nécessaire, sans aucun inconvénient;
car quand mêmcon écarterait les fragments
à distance, l’action des muscles en dépit de
l’appareil parviendrait toujours à les rap-
procher. C’est l’idée que veut rendre A. Paré
par ces mots : sans auoir reioinl les os.
2 Cette idée appartient à Hippocrate , et
elle n’en vaut pas mieux pour cela. Le dé-
placements plus commun dans ces fractures
est celui où l’un des fragments et même tous
les deux sont dejelés en dehors, et la com-
presse spéciale mise en dedans de la cuisse
tendrait encore à augmenter ce déplacement.
L’édition de 1564 donnait en cet endroit
deuA figures du fémur pour montrer la con-
cavité de sa face interne.
cause faut appliquer vne compresse
au dedans de la cuisse, qui remplisse
le plat et cauité d’icelle, de peur que
l'os ne se demette de sa place 1 : la-
quelle sera couuerte d’onguent rosat,
ou de quelque autre médicament glu-
tineux, de peur qu’elle ne se déplacé.
Semblablement on mettra d’autres
compresses sur la partie qui est plus
gresle, laquelle est près du genoüil, à
fin que les ligatures soyent égalés, les-
quelles se font pour trois intentions
dites cy dessus. La première est, pour
contenir l’os en la figure où il aura
esté réduit, iusques à ce que les pièces
soyent conglutinées par le callus qui
les soude. La deuxième, pour em-
> Ce paragraphe se termine en cet endroit
dans l’édition de 1564; et pour mieux dire ,
le reste du chapitre appartient , sauf quel-
ques modifications de détail , à la rédaction
de 1575. Dans celle de 1564, le chapitre
finissait ainsi :
« De peur que l’os ne se demette de sa
place, et se reprenant ne change sa figure
naturelle. Ayant vsé de ceste façon de prati-
quer on cognoistra, par lés signes cy deuant
escrits , la rcdüction du membre fracturé
estre bien faille. Pource faut que le malade
de sa part y donne bon ordre, se tenant sta-
ble et coy, sans mouuoir la partie : aussi il
faut que le Chirurgien tant qu’il pourra ,
comprime les muscles par compresses, ban-
des, astclles, ecclisses, fcrules et torches de
paille : lesquelles seront si longues qu’elles
prendront depuis l’os Ilium, iusques à l’ex-
tremité du pied, à fin de mieux tenir l’os,
et garder que le patient soy tournant de
costé ou d’autre, ne mette l’os réduit hors
du lieu où il aura esté remis : toutesfois il
se faut garder de trop presser par lesdiltes
torches et ecclisses les eminences des os,
comme sont les cheuilles du pied et éminen-
ces du genoil et autres : ny pareillement les
nerfs et tendons.
» On peut appeller selon Hippocrates les
cassoles , les torches et tous autres instru-
mens qu’on accommode aux fractures pour
DES FRACTVJ1ES DES OS.
pescher la fluxion qui aisément y
vient , tant pour la douleur que pour
la débilité de la partie. La troisième ,
pour contenir les compresses et as-
telles, et les remedes qu’on y applique.
L’inflammation est empeschée en ré-
primant et rechassant le sang et les
autres humeurs , qui autrement y
flueroient : et en exprimant le sang
contenu en la partie fracturée, versles
parties prochaines, tant supérieures
qu’inferieures. Et partant lesdites
bandes se doiuent faire de bonne toile
forte , et non rude. Leur largeur et
longueur gist en la coniecture artifi-
cielle du Chirurgien , qui les mesure
selon que la fracture est grande ou
petite, et la grosseur ou longueur
de la partie : et doiuent tousiours cou-
urir toute la partie fracturée , et
grande portion de la saine.
Or parce qu’au liure des Bandages,
i’ay exposé principalement le ban-
dage d’Hippocrates , ie te veux icy
exposer celuy de nostre pratique or-
dinaire : qui est que nos praticiens
veulent auoir trois bandes pour telles
fractures *.
tenir le membre en figure droilte et indou-
loureuse, gtossocomes, c’est-à-dire, engins
ou machines, lesquels on applique pour te-
nir le membre en vn estât sans que le patient
le puisse remuer à dextrcou à senestre, haut
on bas, soit en veillant, soit en dormant,
tant qu’il luy est possible.
» D’auantage le Chirurgien attisera dili-
gemment si l’os est en sa vraye figure et si-
tuation : et ou il n’y seroit, se mettra en
deuoir de l’y remettre. » Folio 49, verso.
Presque tous ces détails ont été reportés,
soit avec une rédaction nouvelle , soit dans
les mêmes termes, au Liure des bandages, no-
tamment aux chapitres 7 et 8. Voyez ci-de-
vant pages 28G et suivantes.
■ L’édition de l575présentait ici une autre
rédaction et un autre sens :
« Or les anciens veulent auoir trois bandes
3a3
La première se doit commencer sur
la fracture (comme nous auons dit
au liure des bandes) y faisant deux ou
trois tours , et plus serrés que les au-
tres, qui seront menés contre-mont où
elle doit estre terminée : et ses reuo-
lutions doiuent estre fortiointesl’vne
contre l’autre : ainsi conduite , fait
qu’elle tient les os, et exprime et re-
prime le sang loin de la fracture. La
deuxième fera aussi deux tours sur la
fracture , puis sera menée contre bas
auec reuolulious plus escartées l’vne
de l’autre que la première , et de bas
on la fera retourner contre-mont, où
aussi se finira. Son effet est semblable-
ment d’exprimer et reprimer : et ses
reuolutions descendent contre-bas, et
sont moins ioinles , à fin qu’il se face
moindre expression de sang aux extre -
mités, qui ne peuuent sans inflamma-
tion en receuoir beaucoup, à cause
qu’elles sont loin de la chaleur natu-
relle , qui est plus grande au centre
qu’elle n’est aux extrémités. La troi-
sième doit commencer en bas à l’ex-
tremüé du membre, et estre conduite
doucement contre-mont, et faire ses
reuolutions au contraire des deux
premières, à tin de réduire les muscles
qui peuuent auoir esté deslors deleur
deué situation naturelle L
pmr telles fractures. » Voyez à cet égard le
chapitre 8 du Liure des bandages, ci-devant
page 281, et la note qui s’y rattache; voyez
également la noie suivante.
1 J’ai déjà noté au livre des bandages que
Paré s’écartait dans sa pratique des précep-
tes qu'il adoptait en théorie sur la foi d’Hip-
pocrate. C’est ainsi qu’il décrit deux appa-
reils distincts, l’un au livre des bandages,
l’autre ici; mais il est facile de voir qu’en
dépit d’Hippocrate c’est à son bandage or-
dinaire qu’il donne la préférence. Du reste,
il faut bien convenir que c’était une pure
affaire d’habitude , et qu’il importe fort
324 LE TREIZIÉME LIVRE ,
Apres a noir fait ces bandages , il
faut appliquer trois astelles l'ailes de
gros papier de carte, ou autre matière,
comme nous auons dit. La première
sera posée au dessous de la fracture,
assez large et longue, tant qu’il sera
besoin : et deux autres, vne de chacun
costé , distante l’vne de l’autre d’vn
doigt, à fin de tenir l’os qu’il ne vacille
çà ou là , enueloppé d’estoupes ou de
coton, et auec des liens1 les serrer
tant qu’il sera conuenable.
Et apres il faut faire situation de la
partie : laquelle doit auoir trois inten-
tions, à sçauoir, mol, égal, et haut.
Mol, parce que la dure comprimant la
partie malade , cause douleur et in-
flammation. D’auantage le malade ne
la pouuant souffrir, estcontraintpour
la changer et se soulager, remuer la
partie fracturée, laquelle doit demeu-
rer en repos sans estre remuée. Egal,
parce que le contraire fait douleur et
distorsion de la partie , quand vne
partie d’icelle est ; ppuyée , et l’autre
suspendue sans appuy : et pource se
faut garder, dit Hippocrates sect. 1.
Des fractures 2 , que le talon et pied
ne demeure suspendu sans appuy ,
parce que incontinent se feroit douleur
et fluxion fâcheuse. Haut, pour em-
pescher la fluxion, qui est irritée par
la situation basse et penchante : et
partant la cuisse et la iambe seront
tenues plus haut quele reste du corps,
sur certains oreilliers , ou quelques
malelats 3, gardant toutesfois en ceste
hauteur telle médiocrité, que la par-
tie ne soit trop tendue : comme aduer-
peu de recouvrir un membre fracturé avec
deux bandes ou avec trois.
■ L’édition de 1575 dit : auec des rubenS.
a Cette citation et la fin de la phrase qui
8’y rapporte manquent en 1575.
3 La fin de la phrase et en conséquence la
citation d’Hippocrate manquent en 1575.
tit Hippocrates, sent. 56. sert. 1. Des
fractures.
Et sera aussi tenue la cuisse en pa-
reille longueur que la saine : et pour
ce faire la faut appuyer de costé et
d’autre avec des torches de paille,
comme nous dirons bien tost d’vne
iambe rompue.
Or quand le bandage est ainsi con-
duit que nous auons dit, la nuit et le
lendemain le malade se sent plus serré
que lors qu’on l’a mis du commence-
ment : et au genoüil se fait vne tu-
meur molle par l’expulsion de l'hu-
meur qui estoit en la partie fracturée,
et le deuxième iour la ligature se las-
che, pource qu’vne partiede l’humeur
se résout : et le troisième iour on la
trouue encore plus lasche, pource que
la matière s’est d’auantage résolue.
Adoncquesfaut débander la ligature,
de peur qu’elle ne fasche le malade
pour la situation où il demeure si lon-
guement contraint sans aucunement
se remuer1 : et aussi estant la partie
couuerte et enueloppée si long temps
sans estre débandée, qu’il n’y sur-
uienne vn prurit , qui vient par faute
de transpiration et résolution de l’hu-
meur ja arresté : et aussi de celuy qui
flue.àraisondela chaleur et douleur,
et des excremens et superfluités du
nourrissement de la partie, qui abon-
dent pour raison de son imbécillité.
Car par la rétention d’iceux non seu-
lement aucuns sentent vne déman-
geaison , mais aussi souuent se font
des vlceres à la peau , à raison des
humeurs sanieux et acres qui crou-
pissent là.
Et quand tel accident aduient , il
fautfomenterlapartied’eau tiede auec
1 Le malade doit estre habillé le troisième
iour. — Hippocrates au Liure des fractures ,
sent. 40. et 41. sect. 1.— A. P.
DES FRACTVUES DES OS.
3q5
huile, autant d’espace de temps qu’il se-
ra besoin , pource qu’elle appaise la
douleur, relasche ce qui est trop tendu
par la compression du bandage, es-
chauffelaparlierefraidie par lareper-
cussion et expression du sang et des
esprits qu’ont faits les bandes. S’il y a
tumeur auec grande meurdrisseure, il
faut longuement faire ladite fomen-
tation , pour résoudre ce qui est es-
i range en la partie , et y appliquer
autres remedes plus résolutifs. Tou-
tesfois faut auoir esgard de non les
trop continuer, pource qu’ils empes-
cheroient la génération du callus1 :
parquoy nous aurons tousiours es-
gard en ce fait à la reigle mise par
Hippocrates, sentence quinziéme, sec-
tion troisième de l’Officine du Chirur-
gien, touchant le temps et durée de la
fomentation : qui est que petite fo-
mentation attire, et ne résout rien.
D’auantage faut considérer le tempé-
rament et habitude du malade : car
s’il estoit pléthorique , ils attireraient
les humeurs superflus en la partie.
Les anciens veulent iusques au sep-
tième iour qu’on remue le bandage
de trois iours en trois iours : et passé
le septième , de sept iours en sept
iours. En cela on n’en peut donner
reigle certaine : car selon les accidens
il faut habiller le malade , plus tost
ou plus tard, selon la douleur et au-
tres accidens. Il est vray que s’il n’y
auoit aucun accident , ie serois bien
d’aduis que ce fust le plus tard qu’il
serait possible : car si les bords de l’os
fracturé sont esbranlés et remués,
cela empesehe l’agglutination du cal-
lus. Car ainsi que Ton ioint les pièces
de bois auec de la colle, ou les po-
tiers d’estain leurs pots : ainsi Nature
■ La fin de la phrase avec la citation man-
quent dans l'édition de 1575.
cimente les os auec le callus , de fa-
çon qu’ils ont grand besoin (pendant
que le callus se fait) de demeurer à
repos: ou autrement la matière du
callus se fond, et ne s’agglutine point.
Pour aider à l’agglutination du cal-
lus (qui commence à se faire apres le
treiziéme iour, ou bien le quinziéme,
plustost ou plus tard, selon que la
partie sera en son tempérament) on
y appliquera vn emplastre fait de
blanc d’œuf, battu auec poudres de
roses rouges et farine de fourment ,
et autres emplastres catagmatiques,
qui seront cy apres escrites à la frac-
ture d’vne iambe rompue.
CHAPITRE XXI.
DE LA FRACTVRE FAITE PRES LA IOIN-
TVRE DVDIT OS l.
Quelquesfois il se fait fracture près
la iointure de la hanche au col de l’os
femoris : ce que ie proteste auoir veu
en vne honneste dame, ayant esté ap-
pellé pour la penser. Voyant que sa
iambe estoit plus courte que l’autre,
auec vne eminence que le trochanter
faisoit extérieurement au dessus de la
iointe de l’ischion, i’estimois de prime
face que ce fust la teste de l’os, et y
auoir luxation, et non fracture. Alors
1 Ce chapitre si important, puisqu’il offre
la première observation connue de fracture
du col du fémur, et que l’histoire de cette
fracture proprement dite ne remonte pas
plus haut ; ce chapitre manque dans l’édition
de 1564, et se lit dans celle de 1575. Existait-
il déjà dans l’édition perdue de 1572? Quoi
qu’il en soit , c’est au moins à l’une ou
l’autre de ces époques si rapprochées, que la
fracture du col du fémur a été pour la pre-
mière fois révélée aux Chirurgiens.
026 LE TREIZIÈME LIVRE
ie tiray et poussay l’os, ce me sem-
bloit , en sa boëte , attendu que les
deux iambes estoient égalés en lon-
gueur et figure : et la pensay et ac-
coustray coinmed’vneluxation. Deux
iours apres ie la fus reuoir, qui se
plaignoit sentir vue extreme douleur,
et trouuay sa iambe courte , et son
pied tourné au dedans. Alors ie def-
feis toutes les bandes, et trouuay l’e-
minence comme auparauant. Adonc
ie m’eflforçay de rechef à réduire l’os
en sa boëte. Ce faisant i’apperceu
que l’os crepitoit , et eu esgard qu’il
n’y auoit nulle cauité en la ioinle,
lors ie conneus qu'il y auoit fracture,
et non luxation.
(Pareillement l’epipbyse delà teste
de cest os quelquesfois se séparé et
desioint , de sorte que le Chirurgien
est deceu , estimant qu’il y ait luxa-
tion , et non disionction de l’epiphyse
dudit os. )
Adonc ie réduis l’os : appliquant des
astelles sur les compresses, et fois la
ligature à deux chefs, la croisant par
dessus la iointure, et autour du corps
en croix S. André ■. et le reste de la
Curation se feit ainsi qu’auons dit par
cy deuant : et posay un arc de cerceau
par dessus le pied, de peur que la cou-
uerture ne pressast sur les orteils.
D’abondant feis attacher vne corde
au plancher au milieu de son lit ,
comme on doit tousiours faire aux
fractures et luxations de la cuisse et
de la iambe , à laquelle les malades
se soutiennent des bras poursesous-
leuer lors qu’ils vont à leurs affaires,
et aussi pour quelquesfois vu bien
peu se tourner et esleuer le dos et le
croupion , à fin de donner vne trans-
piration aux parties pressées , qui par
trop long temps leur estant deniée ,
cause vne douleur et chaleur es-
trange : dont s’ensuit vlcere le plus
souuent au croupion, laquelle induit
douleur, fiéure , et vne si grande in-
quiétude , que la mort s’ensuit , si on
n’y donne bon ordre. Aussi que d’au-
tant que la fracture est faite près des
jointures , d’autant est plus difficile à
traiter , et plus malaisément guerie :
pource qu’à cause des nerfs, tendons
et ligamens communs, elle apporte de
plus grands accidens, et que ce lieu est
exangue. Celle qui est faite au milieu
de l’os est plus aisée à traiter et plus-
tost curée.
Que diray-ie plus ? c’est qu’il faut que
le Chirurgien prenne souuent garde
que l’os ne se demelte comme on
l’aura réduit. Ce qu’il fait aisément ,
parce qu’il est seul , et que par la
moindre faute du malade se sousle-
uant en allant à ses affaires ou au-
trement, l’os de la cuisse se déplacé,
et les extrémités cheuauchenl l'vne
sur l’autre : et partant faut à toutes
les fois qu’on l’habille , auoir esgard
à la figure de l’os, et conférer la lon-
gueur de la iambe saine à la malade:
et auparauant quelecallus soit fait,
la tirer et réduire , en sorte que le
malade ne demeure boileux : et qu’il
se remue aussi le moins qu’il pourra.
Auicenne a dit que peu souuent on
guérit si heureusement la fracture
de la cuisse , que le malade ne de-
meure boiteux ‘. Autres anciens aussi
nous ont laissé par escrit que l’os
de la cuisse est consolidé en cinquante
iours : mais en cela il n’y a point de
reigle certaine, comme i’ay dit cy des-
sus. D’auantage , soit que le callus
soit fait en cinquante ou soixante
iours, si est-ce pourtant que le ma-
lade ne se pourra pas encores de
long temps soustenir et cheminer
1 I.iure 3. fen. G. traité 1. ctaap. 14.—
A. P.
1>ES FIUCTVRES DES QS.
dessus, à cause que la partie demeure
bien long temps debile : et parlant
les malades cheminent quelque temps
sur des crosses. Ainsi faut-il entendre
en toutes les autres parties fracturées
et luxées, du temps prefis qu ils
leur ont baillé pour estre le caîlus
fait , et les iointes affermies ».
Icyle ieune Chirurgien notera, que
les epipbyses des os souuent se desioi-
gnent et sepax-ent : qui est une espece
de luxation, laquelle Colombus, au
chapilie second de son Anatomie , dit
que mal aisément se reunissent, à rai-
son que telle conionction et alliance
d’os ne se fait pas par vne seule teste
entrant en vne seule cauité, mais par
le moyen de plusieurs tubercules re-
ceués dedans plusieurs sinuosités, la-
quelle rencontre est malaisée à ré-
duire. Qui se fait de cause interne ou
externe : Externe , quelquesfois par
la faute du Chirurgien, qui manie trop
rudement les os tendres des petits en-
fans, ou par cheutes, ou autres causes
qu’auons dit cy dessus : Interne, à
cause de certains humeurs qui ont
coulé et croupi en quelque iointure ,
ainsi que nous voyons souuent ani-
uer en la petite et grosse verolle, ou
d’autre humeur non verollique : ainsi
que de récente mémoire est aduenu
à defunct monsieur Marchant, Ad-
uocat au Cbastellet de Paris , homme
d’honneur et de bonne doctrine et
expérience, lequel eustune defluxion
à la iointure du genoüil qui le tour-
menta par l’espace de huit mois, et
appela plusieurs gens doctes , tant
■ Le chapifre se termine ici dans les édi-
tions de 1575 et 1579. Ce qui suit date seu-
lement de 1585. 11 faut observer cependant
que la disjonction des épiphyses était déjà
signalée dès 1575, dans la parenthèse qui
coupe si désagréablement le récit de l’obser-
vation qu’on vient de lire plus haut.
3*27
Médecins que Chirurgiens, pour cui-
der le soulager : ce qu’on ne peust
faire par aucun moyen , à cause que
son mal commença à l’os. Vn iour se
tournant eu son lit , 1 os de la cuisse
se rompit pies le genoüil , tjont il
mourut to.st apres. La cuisse fut ou-
uerle , et luy fut trouué fracture et
séparation de l’apophyse dudit os, le-
quel pareillement esloit tout carieux
et pourri , neantmoins sans iamais
auoir eu la verolle.
A bonne cause a esté dit par nos
anciens , que les os peuuent souffrir
les trois geni es de maladies, à sçaucir
solution de continuité , incommode-
ralion ou mauuaise composition , et
intempérie.
CHAPITRE XXII.
DE LA ItOTVLE DV GENOÜIL.
La rotule du genoüil souuent est
contuse, et moins souuent se rompt :
toutesfois elle se séparé en deux ou
trois pièces , quelquesfois en long ,
quelquesfois en trauers : et quelqqes-
fois est seulement fendue , voire d®
toute son espaisseur , pt quelquesfois
brisée en petites pièces *. Et telles cho-
ses aduiennent sans playe , ou auec
playe.
Les signes sont manifestes , pour
l’impotence de la iarnbe , et aussi
qu’en la maniant on trouue cauité
et séparation des pièces rompues : et
les maniant et faisant toucher l’vne
» Cette fracture n’est mentionnée ni par
Hippocrate ni par Galien ; Paul d’Egine est
le premier qui en parle d’après Soranus.
Paul n’avait distingué que la fracture en
travers et en petites pièces ; la fracture
en long a été signalée par Guillaume de
Salicet.
3q8 le treizième livre
contre l’autre , on sent vn bruit fai-
sant crépitation ou craquement.
On les réduit en estendanî la iambe,
et approchant les pièces les vnes con-
tre les autres , et appliquant propres
remedes , et vne grosse compresse
sous le iarret, pour remplir lacauité,
ù fin que le malade ne puisse plier la
iambe pendant que le callusse fera :
car la pliant, on feroit de rechef sé-
parer les pièces qu’on auroil réduites
ensemble. Aussi seront pareillement
faites les ligatures et apposées les
torches de paille, comme nous auons
dit à la fracture de l’os femoris. Et
faut situer et tenir la iambe comme
si elle estoit rompue, iusques à ce que
le callus soit fait et endurci.
Pour le prognostic, ie dis, que ia-
mais ie n’ay veu que ceux qui ont eu
ceste partie rompue, ne soyent de-
meurés claudicans : parce que la con-
jonction faite par le callus empesche
le genoüil se pouuoir flesehir , et les
malades trauaillent beaucoup en
montant : mais en cheminant en lieu
applani , ceste peine ne se manifeste
point1.
Ceste fracture demande vne longue
demeure dans le lit , pour le moins
quarante iours ou plus.
CHAPITRE XXIII.
DE LA FRACTVRE DE LA IAMBE.
On r’habille ceste fracture comme
l’os du petit bras , quand les deux os
sont rompus ensemble.
Hippocrates prognostique que la
« Ce pronostic avait déjà été porté par
Paul d’Egine; seulement A. Paré accuse la
roideur de l’article, tandis que Paul accuse
son peu de solidité. Au reste, les deux théo-
ries sont également fondées en réalité.
fracture de l’os de la gréue est plus
dangereuse, difficile, et tardiueà gué-
rir, que celle du petit os1 : parce qu’il
est plus gros, et aussi soustient tout
le corps : et le petit n’est que pour
appuy et soustien des muscles qui
sont à la iambe pour mouuoir le pied.
L’os de la gréue seulement rompu
se trouue au dedans de la iambe,
parce que le petit eslant entier, ne le
laisse ietter en dehors : et aussi le pe-
tit seulement rompu se trouue en
dehors , parce que l’os de la gréue
eslant entier, ne le laisse ietter en
dedans : mais aussi l’vn et l’autre es-
tans rompus, se peuuent aussi bien
tourner en deuant qu’en derrière , et
en derrière qu’en deuant. Aussi quand
il n'y en a qu’vn rompu . la fracture
est beaucoup plus aisée à guérir, que
lors qu’ils le sont tous deux : pource
que (comme nous auons dit en la frac-
ture du pelit bras) celuy qui demeure
entier sert à son compagnon , voire
plus que les astelles2.
Or pour lousiours mieux instruire
le ieune Chirurgien , ie veux reciter
vne histoire, laquelle me fust bien
chere.
Le malheur me vint en lapresence
1 f.iure des fractures, sect. 2. sent. 05. —
A. P.
2 L’édition de 1 5G-* dit quelque chose de
cetle fracture au chapitre 9, folio 4g. J’y
trouve spécialement la remarque suhantc
qui est lortjuste, et qui a été supprimée plus
tard, sans doute par oubli.
Si le petit focile de la iambe nommé sura ,
est seulement rompu, le patient pourra encor
cheminer : mais si c’est le gros nommé tibia,
encor que le petit soit entier, il demeurera im-
potent iusques à ce que le callus soit fuit ,
pource que ledit os soustient le corps, et non pas
te petit qui est fait seulement pour sentir d' ap-
puy aux muscles, auec ce qu'il n’a mouuement
comme le gros.
DES FRACTVRES DES OS.
de défunt Nestor, Docteur Regent en
la faculté de Medecine, et de Richard
Hubert, Chirurgien ordinaire du Roy
( duquel le renom est assez conneu)
estant mandé, et moy auec luy, pour
visiter quelque malade au village des
Bons-Hommes, près Paris1. Or voulant
I La date exacte de cet accident était de-
meurée inconnue; je l’ai retrouvée dans la
petite édition de 15G4,où toute cette histoire
est déjà racontée , Liure des fractures, cha-
pitre 11. Voici le commencement de ce cha-
pitre.
Ayant pur cy-deuanl amplement déduit les
simples fractures des os, suiuamrnenl il con-
uienl déclarer la manière par laquelle se doit
trailler vite fracture composée, c’est-à-dire
auec pluye : pour laquelle monstrer plus eui-
demmenl , nous prendrons pour exemple vue
iambe de laquelle les deux fociles seront en-
tièrement rompuz auecques playe : ce qui m’ad-
uint le quatriesme iour du moy s de Mai 15G1,
comme monsieur IVeslor, Docteur regenl en la
Faculté de medecine , Richard Hubert , et
Antoine Portail , maislres Barbiers Chirur-
giens à Paris, desquels le renom est assez
cogneu , pourront amplement tesmoigner, es-
tants mandez et moy auec eux pour visiter
quelques malades au village des Bons-Hommes,
près Paris, le malheur m’aduint en la maniéré
qui s’ensuit. V oulant passer l'eau, etc.
Ce passage est extrêmement précieux
pour l’histoire de la chirurgie française au
xvr siècle. Ainsi donc ce n’étaient pas seu-
lementEtiennel.arivière et Paré qui avaient
franchi les limites opposées aux barbiers
par l’orgueilleux collège de Saint-Côme, ils
n’avaient fait qu’ouvrir la voie; et Antoine
Portail et Richard Hubert, tous deux plus
tard Chirurgiens du roi, avaient commencé
par être barbiers !
II est à remarquer que le nom d’Antoine
Portail a disparu de cet endroit dès 1575. On
a vu dansmon Introduction que Paré avait eu
avec lui une discussion dont nous ignorons
et le sujet et l’issue , mais qui laissa entre
eux une hostilité que nous a révélée le pam-
phlet de Compérat. On conçoit des lors que
Paré ait voulu effacer de ses œuvres le nom
de son ennemi.
829
passer l’eau, et tascher à faire entrer
mon cheual 1 en vn bateau : ie luy
donnay d’vne houssine sur la croupe,
dont la beste stimulée me rua vn tel
coup de pied, qu’elle me brisa entiè-
rement les deux os de la iambe se-
nestre, à quatre doigts au dessus de
la iointure du pied. Ayant reçu le
coup, et craignant que le cheual ne
me ruast de rechef, ic demarchay vn
pas : mais soudain tombant en terre ,
les os ja fracturés sortirent hors, et
rompirent la chair, la chausse, et la
botte , dont ie sentis telle douleur
qu’il est possible à l’homme d’endu-
rer2.
Mes os ainsi rompus, et le pied
contre-mont, ie craignoisgrandement
qu’il me fallust couper la iambe3:
pource iettanl ma veué et mon esprit
au ciel, i’inuoquay mon Dieu 4, et luy
priay qu’il luy pleust par sa benigne
grâce me vouloir assister en mon ex-
trême nécessité. Soudain fus porté
dans le bateau pour passer de l’au-
tre part pour me faire penser : mais
le branlement d’icelui me cuida faire
mourir, pource que l’extremité des
os rompus lrayoit contre la chair , et
ceux qui me portoient n’v pouuoient
donner ordre.
Estant hors, fus porté en vne mai-
son du village, auec plus grande dou-
leur que ie n’auois enduré au bateau:
car vn me tenoit le corps , l’autre la
iambe, l'autre le pied : et en chemi-
nant l’vn haussoit à senestre, l’autre
' L’édition de 15G4 dit : ma haquenee.
2 L’édition de 16G4 dit : qu’il n’est possible
à homme au moins selon mon iugemenl en en-
durer plus grande sans mort. Celle de 1575
porte : horsmis selon mon iugemenl la mort.
5 L’édition de 1564 ajoute : pour me sauner
la vie.
4 L’édition de 15G4 : le nom de Dieu.
LE TREIZIÉME LIVRE ,
33o
baissoit à dextre. Enfin toutesfois on
me posa sur vn lit pour reprendre vn
peu mon baleine : où pendant que
mon appareil se faisoit, ie me feis es-
suyer tout le corps, pource que i’es-
tois en sueur vniuerselle : et si on
m’eust ietté en l’eau, ie n’eusse esté
plus mouillé. Ce fait , on me pensa
aucc vn médicament tel que nous
peusmes pratiquer audit lieu , lequel
nous composasmes de blanc d’œuf,
de farine de froment, de suye de four,
auec du beurre frais fondu1. Sur tout
ie priay maistre Richard Hubert, ne
m’espargner non plus que si i’eusse
esté le plus eslrange du monde en son
endroit : et qu’en réduisant la frac-
ture , il mist en oubli l'amitié qu’il
me portoit. D’auantage l’admonestay
(ores qu’il sceusl bien son art) de tirer
fort le pied en figure droite, et que si la
playe n’estoit suffisante, qu’il l’ac-
creust auec vn rasoir, pour remettre
plus aisément les os en leur position
naturelle : et qu’il recherehast dili-
gemmentla playe auec les doigts, plus
tost qu’auec autre instrument (car le
sentiment du tact est plus certain que
nul autre instrument) pour oster les
fragmens et pièces des os, qui pou-
uoientestredu tout séparées: mesmes
qu’il exprimast et feist sortir le sang
qui estoit en grande abondance aux
enuirons de la playe : et qu’il me ban-
dast et situast la iambe ainsi qu’il
seauoit, et ce faisant qu’il eust trois
bandes , comme nous auons dit cy
dessus, et qu'il commençast à bander
ladite playe : puis fussent mises des
aslelles , les vnes de largeur de trois
1 L’édition de 1564 portait ici en note mar-
ginale : liemede aisé à faire pour vue frqclure
recente au deffaul d' autre. En 1575 Paré chan-
gea cette note pour celle-ci : Bon medicgment
de village promptement appareillé.
doigts, les attires de deux, et longues
de demy pied et cambrées, pour mieux
se coucher autour de la iambe : les-
quelles aussi estoienl moins larges par
les bouts, et loing l’vne de l’autre
d’vn doigt *. Puis furent liées auec
1 A. Paré avait consacré un article spécial
de son ouvrage sur les Plages d'hacquehutes,
publié en 1545 et 1552, aux fractures com-
pliquées de plaie. Comme ce qu'il en a dit
n’a point été reproduit dans l’édition de 1564
ni dans les OEuvres complètes, je prendrai
soin de rattacher scs doctrines primitives
aux doctrines postérieures en chaque occa-
sion. On vient de lire, par exemple, la con-
duite qu’il prescrivait pour lui-même à
Richard Hubert; on peut la comparer avec
ce qu’il recommandait en 1545, folio 37.
« Le commencement de la cure doibt estre
cqnime j’ay dit: ostant premièrement sans
violence les esquilles totalement séparées des
deux parties fracturées: (car s’ellesadheroient
auec vne d’icelles, n’auroient besoing d’estre
ostées , et se pourroiept agglutiner par la
vertu nutriliue de l’os). Puis fault esgualer
et redqire l’os en sa situation , le tenant en
bonne figure auec bandes et compresses ,
esclacs, astefes fuites de bpys, plomb, fer-
blanc , cuir corroyé, gros papyer de chartes,
ou escorce d’arbres : et selon la diuersité des
fractures et membres, faut diuersilier les
bandes, compresses , aslelles , et autres re-
medes, lesquelz seront escriptz cy apres. Et
fau)tque icelles compresses et bandes soient
baignées en oxycrat, ou gros vin, médiocre-
ment austere, pu autres liqueurs semblables :
ef qu’elles soient sonuentes foys humectées,
principalement en esté, et de nuict. Par ce
moyen on roborera la partie et ostera Ion la
cause d’inflammation. »
L’édition de )564 donne |e texte actuel;
mais elle ajoute quelques détails qui sans
doute pourraient se retrouver dans les règles
générales des fractures , mais qu’il est bon
de voir appliqués à un cas de fracture avec
plaie.
u Ce faisant qu’il commenças! à bander la-
ditte playe et y feist trois ou quatre tours
dessus, la serrant asses médiocrement, à
DES FRACTVRES DES OS.
petits rubans de filet , semblables à
ceux dont les femmes entortillent et
lien! leurs cheveux : et tout ce, à fin
qu’elles comprimassent mieux et fus-
sent vn peu plus serrées à l’endroit
de la fracture qu’en autre lieu.
Apres la iambe ainsi bandée, ie luy
feis remplir la cauité du iarret, et celle
qui est entre le pommeau de la iambe
et du talon, de compresses faites d’es-
toupes enueloppées de linge1. Puis
fin d’exprimer entièrement le sang contenu
en la partie : puis qu’il conduisis! le reste
de la bande iusques près le genoil, à fin
d’empescber que le sang et les humeurs ne
delïluasscnt en la playe. Suiuamment qu’il
eust vne seconde bande qui commenceroit
encor sur la playe vn tour ou deux, qui puis
apres seroit conduitte en serrant vn peu d’a-
uantage iusques sur le pied pour y finir :
outre ce, qu’il en prit vne tierce, et com-
mençast son bandage sur le pied , la con-
duisant au contraire de la première, de sorte
que ses reuolutions fussent vn peu distinctes
l' vne de l’autre, et prinsent fin auec la pre-
mière : à fin que les muscles qui auoient
esté pour la première bande aucunement
tirts et changez de situation naturelle y fus-
sent remis. La iambe ainsi bandee sera posee
en telle situation que nous auons dit.
» Puis luy seront appliquez en longueur
quelques astclles ou ferules, nommées des
Grecs splénia, larges de deux ou trois doigts,
et longues tant qu’il en sera besoin : à fin
qu’elles aident à tenir les os en leur situa-
tion naturelle : et couuicnt mettre lesdilles
astellcs loin l’vne de l’autre de deux doigts
ou enuiron : mesmes les cambrer vn peu
pour mieux se coucher sur la rondeur du
membre : et les faire moins larges par les
bouts, à fin qu’elles compriment mieux la
partie. Lesdittes astelles seront comprimées
et liees auec petits rubents de fil, etc. »
On voit d’ailleurs qu’il y a ici quelques
différences, si légères qu’elles soient, con-
cernant la longueur, la largeur et l’inter-
valle des attelles.
1 Cette première phrase manque dans l’é-
dition de 1564.
33 1
y furent apposés deux fenons, ou tor-
ches de paille, dans lesquelles on meit
vn petit baston à chacune pour tenir
la paille ferme et roide, et enueloppées
d’vn demy linceul, puis apposées aux
coslés de la iambe : et comprenoient
en longueur depuis le talon iusques
près de l’aine, et furent apres liées en
quatre endroits : et par ce moyen la
iambe ne peut estre peruerlie ny tour-
née d’vn costé ou d’autre ‘. Et apres
fut située en figure droite et non
courbée, et esleuéeen médiocre hau-
teur, mollement, et vniement , à fin d’e-
uiter douleur, lluxion, inflammation,
et autres accidens.
Or il faut icy noter . que si on fait
faute à bien situer la iambe , on ren-
dra le malade boiteux : pour autant
que si elle demeure trop haute, la
fracture demeurera concaue en sa
parlie anterieure : au contraire, si
elle demeure trop basse , elle sera
conuexe et gibeuse en sa partie an-
terieure2.
D’auantage tu obserueras, que si
on faut à bien remplir et vnir le lieu
■ Celte description des fanons est un peu
différente de celle de l’édition de 1564 ;
mais comme j’ai donné le texte primitif
ci-dessus dans la grande note de la page
28S , il est inutile d’y revenir.
2 Ce paragraphe et le suivant manquent
en cet endroit dans l’édition de 1564; mais
on en retrouve les éléments dans deux pas-
sages queje reproduirai à cause de leur ré-
daction différente. Ainsi on lit d’abord à la
fin du chapitre 12, folio 53 ;
Faut semblablement que les torches de paille
compriment depuis la hanche iusques à l' ex-
trémité du pied, et que d'icelles auecques com-
presses les costez de la fracture soient vn peu
comprimez. Pareillement se mettront quelques
compresses soubz le iarret et près du talon
pour remplir ces parties caues, à fin que toutes
les parties de la iambe soient supportées vni-
332 LE TREIZIÉME LIVRE
caue qui est entre le pommeau de la
iambe et les cheuilles du pied , le ta-
lon souffrira beaucoup à cause qu’il
demeure longuement pressé ', qui fait
une extreme douleur (ce que ie sçay
pour l’auoir senti en moy-mesme) à
cause que les esprits n’y peuuent
deuëment reluire , et soutient il s’y
fait une chaleur estrange. Parquoy
sçaehant la cause de telle douleur ,
souuentesfois me faisois vu peu leuer
le talon , à fin de donner air, et que
les esprits peussent reluire, et quelque
vapeur transpirer.
Et pour le déclarer en vn mot , ma
iambe fut posée sur un coussinet,
bandée et liée auec torches de paille ,
comme tu vois par ceste figure2.
ment et en equ alité. Et de tout ce ne faut rien
oublier.
Et au commencement du chapitre 15, fo-
lio 55, verso :
Il faut icy noter que si le talon en telles
fractures n’est bien situé, le patient sera à ja-
mais boiteux : car s’il est situé trop haut la
fracture demeurera concaue plus qu’elle ne
doit : au contraire s'il est tenu plus bas qu’il
ne faut et mal porté ou appuyé, les os demeu-
reront conuexes cl gibbeux en la partie ante-
rieure. Pource est-il expédient y mettre le
meilleur ordre qu’on pourra.
' A. Paré ajoute dans une note marginale :
Il faut tousiours remplir les cauilés des parties
fracturées pour les rendre esgales.
2 Cette figure se rencontre déjà dans les
éditions de 1545 et 1552. A. Paré n’a pas jugé
nécessaire de la changer; et c’est un tort
sans doute, puisqu’elle donne un démenti
formel à la doctrine émise dans le texte qui
précède. On voit en effet que sa playe fut
recouverte par les trois bandes; tandis que
dans l’édition de 1545, exactement copiée
par celle de 1552, il recommandait de lais
ser la plaie à découvert à l’aide d’une ou-
verture spéciale. Voici le texte primitif:
Et si ta fracture est à la iambe , à l'vn ou
aux deux fociles, est necessaire tenir la iambe
droite auec torches de paille , au milieu des-
Figure d’vne iambe rompue auec playe.
CHAPITRE XXIV.
CE QV’lL F A VT NECESSAIREMENT OBSER-
VER AVX BANDAGES , QVAND IL Y A
PLAYE AVEC FRACTVRE.
Il n’y a doute aucun, selon la doc-
trine des anciens, qu’il ne faille ban-
der sur la playe : autrement elle s’en-
fleroit, receuant les humeurs des au-
tres parties, dont plusieurs accidens
suruiendroient : ainsi que l’on peut
voir par expérience en quelque partie
charneuse et bien saine. Si elle n’est
bandée qu’en haut et en bas , sans y
quelles, pour plus fortement tenir , Ion mettra
vue verge de boys, les reuolvanl d vn drap : et
au commencement faut peu restraindre la par-
tie, en laissant vue feneslre à l’endroit de la
playe, pour la medicamenler sans la deslier,
comme il appert par la figure subséquente .
Edition de 1545, folio 37.
DES FRACTVRES DES OS.
comprendre le milieu , la partie non
comprimée deuiendra fort enflée , et
changera sa couleur, deuenant liuide,
à cause de la trop grande multitude
d’humeurs qui sont enuoyés des par-
ties circonuoisines pressées. Par plus
forte raison telle chose se fera , si la
partie est vlcerée, veu que sans
vlcere ou playe telle tumeur ou liui-
dité se fait. Pour ces causes l’vlcere
demeure insuppurable et lacrymeux,
c’est à dire , que d’iceluy distille une
sanie crue et claire , comme sont les
larmes qui dégouttent des yeux , lors
qu’ils sont offensés d’inflammation.
Or si cest humeur crue coule et de-
meure long temps sur la substance
des os, il les altéré et pourrit : enco-
res plustost s’ils sont rares et mois ,
que s’ils sont plus solides et durs
Laquelle corruption et altération
se connoist , parce que l’vlcere iette
plus de boue claire et plus fetide, qu’il
ne feroit en un simple vlcere : aussi
pour voir les léures de l’ulcere ren-
uersées, et la chair baueuse et mol-
lasse, et le malade dit sentir quelques
fois vne douleur pulsatiue au profond
de l’vlcere : pareillement en sondant
on trouue l’os du tout desnué de son
1 Tout ce paragraphe dans lequel A. Paré
combat si vivement la doctrine qu’il avait
préconisée en 1545 et 1552 (voir la note pré-
cédente), date de l’édition de 1564 , où il
forme le commencement du chapitre 12 du
Liure des fractures. C’était la lecture des an-
ciens qui avait ainsi fait changer d’opinion
à notre chirurgien ; en effet, dès l’édition de
1564 il renvoyait, en marge de ce passage,
à Hippocrates au liure des fractures , et plus
tard il n’a fait que multiplier ces renvois
marginaux. Il cite spécialement la section 3
du livre indiqué d’Hippocrate. On lit égale-
ment en marge dans les éditions complètes
ce précepte bref et précis : Faut bander sur
la playe.
333
périoste, et souuentesfois aspre et ra
boteux : ou qu’en pressant dessu s auec
la sonde, elle entre dedans la subs-
tance de l’os. Mais icy ie laisseray ce
propos, veu que i’ay escrit (ce me
semble) assez suffisamment de l’alte-
ration des os *.
Or cette alteration et pourriture
n’aduiendra iamais si le malade est
bien bandé et pensé.
Pource i’aduertisle Chirurgien à ne
faillir débander sur laplayes’ilest pos-
sible, c’est à dire, s’il n’y a vne si gran-
de douleur et inflammation qu’elle
peust engarder de ce faire : car lors on
seroit contraint de laisser la propre
cure pour suruenir à l’accident. Pour
l’esgard duquel sera prise vne piece
de toile non trop vsée, qu’on ployera
en deux ou trois doubles : et sera de
telle largeur, qu'elle couurira et com-
primera entièrement la playe et les
parties proches : et ne fera qu’vne
seule reuolution , et sera cousue au
costé de la playe, à fin que lors qu’on
la voudra penser, on ne face que la
descoudre1 2, sans aucunement (s’il est
possible) remuer ny esbranler les os
fracturés, pource que la fracture ne
demande à estre remuée souuent
comme fait la playe, pour estre trai-
tée ainsi qu’il est requis.
Il se faut garder de trop estreindre
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1575, et
se terminait alors par ces mots : au liure des
play es faites par harquebuses , et au liure des
playes de la leste humaine. Sans cloute ce
double renvoi se trouvait dans l’édition per-
due de 1572 qui ne contenait pas les deux
livres cités; et par mégarde il avait été con-
servé dans la première édition complète. Il
a été retranché dés 1579.
2 Remarquez que Paré ne fait jamais usage
des épingles, mais toujours de la couture
pour arrêter ses bandages. Voyez d’ailleurs
la note 1 de la page 280.
LE TREIZIEME LIVRE
334
et presser sur la playe, pour prohiber
douleur, inflammation, et autres mau-
uais accidens. Et pour le dire en vn
mot , si la playe est liée , pressée , et
bandée comme il appartient, elle ern-
pesche la descente des humeurs :
mais aussi si elle n'est bien faite , il
s’y fera aposteme , principalement j
quand elle sera trop lasche ou trop
serrée. Or ceste admonition est poul-
ies apprentifs , qui n’ont encore leur
iugement entier en ceste pratique1 :
ioint que plusieurs suiuent la pratique
de Paulus , et font circonuolulions
deçà et delà, selon le lieu supérieur
et inferieur de la playe , puis ramè-
nent la bande et circonuolutions en
croix saint André. Mais tel bandage
feuestré ne vaut rien , et faut faire
celuy que ie t’ay déclaré suiuant Hip-
pocrates.
le veux à présent retourner à dé-
clarer comme ie fus traité de ma frac-
ture apres le premier appareil.
1 Tout ce paragraphe manque dans l’édi-
tion de 1664, et il se compose lui-même de
deux additions de dates différentes. Ainsi la
première partie , qui précède le chiffre de
renvoi de la note, est de 1575, et le reste de
1679. Cette remarque a son importance, en
ce que l’on voit dans trois éditions succes-
sives A. Paré insister de plus en plus sur la
doctrine qu’il a adoptée, et finir enlin par
cette déclaration que le bandage fenestré de
Paul d’Egine ne vaut rien. Peut-être Paré
ripostait— il par cette critique peu ménagée
à quelque servile adorateur des anciens qui
lui avait fait la guerre, comme il répliqua
plus tard à Gourmelen. Quoi qu’il en soit,
il importe de remarquer que Paul d’Egine
ne recommande pas de laisser la plaie à
découvert, et que les circonvolutions en
croix ont précisément pour but de la recou-
vrir. Dalechamps, que Paré a oublié cette
fois de consulter, a très bien rendu le pas-
sage de Paul.
CHAPITRE XXV.
COMME L’AVTHEVR FVT TRAITÉ AYANT
ESTÉ PORTÉ EN SON LOGIS APRES LE
PREMIER APPAREIL.
Pour retourner à mon malheur :
ma iambe traitée de point en point en
la maniéré predile , ie fus apres dis-
ner porté en mon logis, où ie me feis
tirer trois palettes de sang de la ba-
silique senestre. El au second appa-
reil, et autres suiuans, ie fus sollicité
de mes compagnons et amis, Chirur-
giens iurés de Paris1.
Et autour de la playe et de ses par-
ties voisines, ie feis appliquer de l'on-
guent rosat- lequel est fort loué des
anciens au commencement des frac-
tures, parce qu’il sede la douleur et
prohibe l'inflammation, repoussant
les humeurs loin de la partie bles-
sée, à cause qu’il est froid, astringent
et repercussif : lequel estoit fait
d’huile omphacin , eau rose , et vn
peu de vinaigre , et de cire blanche :
continué iusques au sixième iour. Les
compresses et bandes estoient trem-
pées en oxycrat, et quelquesfois en
vin gros et astringent, pour roborer
la partie, ce qui est principalement
recommandé d’Hippocrates aux frac-
tures auec playe , et astreindre et re-
percuter les humeurs : et quand elles
estoient seiches , ie les faisois arrou-
ser dudit oxycrat, et autresfois d’oxy-
1 L’édition de 1564 porte : de mes compa-
gnons Chirurgiens de Paris , principalement
de maislre Es tienne de la Riuicre, Chirurgien
ordinaire du Roy, qui prinl la charge princi-
palle de me penser.
2 L’édition de 1564 dit seulement: de l’ on-
guent rosat, ce que l’on continua iusques à cc
que l’aposleme et suppuration suruint.
DES FRACTV
rhodinum. Car quand elles sont trop
seiches, douleur et inflammation sur-
niennent à la partie, à cause qu’elles
la serrent d’auantage qu’elles ne fai-
soient quand elles estoient mouil-
lées. Il y a plusieurs Chirurgiens, qui
en tel cas depuis le commencement
iusques à la fin n’vsent que de medi-
camens astringens et emplastiques,
contre la méthode d’Hippocrates et
de Galien : considéré que par leur
astriction et emplastration ils estoup-
pent les pores du cuir de la partie: ce
faisant augmentent la chaleur es-
trange, auec vn grand prurit ou dé-
mangeaison : au moyen dequoy s’en-
gendre sous le cuir vne certaine
humidité sereuse,acre et mordicante,
qui fait vlcere : qui donne bien à con-
noistre que tels medicamens ne peu-
uent estre continués que cinq ou six
iours. Donc au lieu d’iceux on vsera
des emplastres cy apres déclarées.
Et pour retourner à mon propos ,
ie garday au commencement de ma
maladie vne si extreme diete, que par
l’espace de neuf iours ne mangeois
par chacun iour que douze pru-
neaux de Damas, auec six morceaux
de pain 1 , et beuuois vne chopine
‘L’édition de 1S45 s’exprime ainsi tou-
chant le régime que le blessé doi t garder dans
les premiers jours. Folio 38, ver-o :
« Incontinent apres et sur toutes choses
fault tenir le membre en repos et ordonner
dicte assés tenue pour le commencement, et
saignée, purgation, principalement en l’ab-
sence du Médecin à ce requis. Car lors le
Chirurgien doibt consyderer de cacochymie
ou plénitude, qui sont le plus souuent causes
generales des accidents périlleux, ausquelz
pour mieux obuier, fault applicquer es par-
ties voysines de la playe, remedes reper-
cussifzet empiasticques, à fin de plus facile-
ment prohiber douleur, fluxion et inflam-
mation. Et si d’auenture y auoit grande
RES DES OS. 335
d’bippocras d’eau , composé eu ceste
maniéré :
2 c. Sacchar. albissimi 5 . xij.
Aquæ fontanæ H». xij.
Cinnam. 5. iij.
Bulliant simul secundum artem.
Autresfois du syrop cap il. Vener.
auec eau cuite. Autresfois du Potus
diuinus fait ainsi:
“if. Aquæ coctæ lb. vj.
Sacchari albiss. ^ . iiij.
Succi limonum § . j.
Le tout soit battu ensemble dans
deux esguieres de verre, ou autres
vaisseaux pour boire. Par fois aussi
i’vsois d’vn bol de casse auec vn peu
de rhubarbe. Autresfois de supposi-
toires de sauon pour prouoquer mon
ventre : chose que ie craignois beau-
coup, à cause qu’il me falloit remuer
pour mettre vn drap dessous moy,
afiec ce que, quand i'estois quelque
temps sans y aller , ie sentois grande
chaleur aux reins.
Il n’y eut loutesfois si exquis régi-
me, ny autres choses, qui peussent
garder que la fiéure 11e me saisist en
l’onzième iour, auec deflnxion, qui
causa vne aposteme, laquelle sup-
pura long temps : tout ce que ie croy
m’estre aduenu, tant à cause de quel-
que humeur retenu en la partie, que
pour n’auoir sceu endurer que la
playe fust assez bandée, mesmespour
quelques esquilles comminuées et sé-
parées des extrémités des os, faites
hoemorrhagîe, seroit necessaire l’arrcstcr,
puis digerer, mundifier et incarner la playe :
soy gardant diligemraentd’appliquer aulcu-
nes choses vnctueuses sus l’os fracturé et
dénué : mais seulement pouldres desiccati-
ues, comme ireos , panucis , cappuris , arisio-
lochiœ rolundæ , masticliis, myrrhes , et leurs
semblables. »
336 LE TREIZIÉME LIVRE
tant par la fracture , qu’en la réduc-
tion d’icelle : car le bout de l’vne et
de l’autre n’estoit égal, et lors qu’il y
a quelques petits fragments du tout
séparés, ils ne peuuent plusestre vnis
ny glutin^s , et par ainsi s’altèrent et
pourrissent : qui est souuent cause de
faire aposteme et autres grands acci-
dens. Or les signes qui me faisoient
connoistre qu’il y auoit des os sépa-
rés, estoient que de la playe sortoit
vne sanie claire et crue : pareillement
les léures d’icelle estoient fort en-
flées, et la chair laxe et molle comme
esponge. Outre lesquelles causes il
me semble que la principale occasion
de la fiéure , et de l’aposteme, pro-
uint de ce qu’vue nuit en dormant
les muscles se retirèrent par vne vio-
lence si grande, queie leuay maiambe
en l’air, voire de telle sorte que les os
sortirent hors de leur situation , et
pressèrent les léures de la playe , tel-
lement qu’il fallut de recbef tirer et
pousser les os pour les réduire. En
quoy faisant i’enduray encores plus
de douleur , que n’auois fait la pre-
mière fois que fus pensé.
Ceste fleure me con linua sept iours,
au bout desquels fut terminée partie
par l’aposteme , et partie par très
grandes sueurs '.
CHAPITRE XXVI.
DE LA CAVSE DES TRESSAILI.EMENS AVX
MEMBRES FRACTVRÉS.
le ne veux oublier de dire en cest
endroit ce qu’il me semble de la con-
traction et tressaillement des muscles,
1 Celle phrase a été transposée ici de la
fin du chapitre suivant, où elle se trouvait
dans l’édition de 1564.
qui en dormant suruient ordinaire-
ment aux fractures. La cause est (à
mon aduis) qu’en dormant la chaleur
naturelle se retirant au centre de
nostre corps, fait que les extrémités
deuiennent refroidies: dont aduient
que Nature voulant par son accous-
tumée prudence enuoyer quelques
esprits pour secourir la partie blessée,
et ne la trouuant disposée à les rece-
uoir, permet que subit ils se retirent
au dedans dont ils sont enuoyts. Les
muscles semblablement tirent les os
ausquels ils sont attachés: et faisans
ceste rétraction vers leur origine ,
comme nous auons dit cy deuant, ti-
rent les os fracturés, qui est cause de
les desioindre et séparer de nouueau,
auec vne très grande douleur.
CHAPITRE XXVII.
AD VERTISSEMENT TOVCHANT LES PAR-
TIES SVR LESOVELLES EST APPVVÉ
LE MALADE ESTANT COVCHÉ AV LIT.
Or pource qu’en demeurant long-
temps au lit à la renuerse, sans se
pouuoir aucunement remuer , qu’a-
uec vne extreme douleur au lieu
fracturé : et aussi pource que les
parties, lesquelles sont appuyées (qui
sont le talon , le dos , et l’os sacrum)
et que les muscles de la cuisse et de la
iambe fracturée demeurent tendus et
sans faire aucunement leurs mouue-
mens accoustumés : ces parties de-
uiennent premièrement endormies et
stupides , puis apres s’eschauffent
d’vne chaleur non naturelle : dont
aduient fluxion, aposteme, et vlcere,
et principalement à l’endroit de l’os
sacrum , ou croupion , pource qu’en
ceste partie il y a peu de chair : et le
DES FRACTVJRES DÈS OS.
talon semblablement , qui est fort
sensible et suiet à pareils inconue-
niens Et les vlceres faites en icelles
parties difficilement se guérissent , et
souuent s’y fait carie, corruption et
morlification , dont on a veu ensuy-
ure fiéure continue, déliré, spasme et
sanglot1 2: qui vient à cause de la sym-
pathie qui se fait par similitude de
substance des nerfs de la sixième con-
iugaison, qui sont distribués à l’esto-
mach, et du gros tendon du talon qui
vient des trois muscles. Tous lesquels
accidens aduenus font mourir le ma-
lade en peu de iours, tant pourl’in-
flammation, que des vapeurs pourries
qui sont communiquées aux parties
nobles par les veines , nerfs , et artè-
res: et apres l’expiration et inspira-
tion defaillante, par conséquent la
mort s’ensuit.
Considérant toutes ces choses ,
qu’autresfois auois veu aduenir, ie
me faisois souuent esleuer le talon :
aussi auec vne corde , qui estoit au
plancher de mon lit , me sousleuois par
fois vn peu , pour donner transpira-
tion aux parties pressées. Pareille-
ment me faisois mettre vn bourrelet
sous mes fesses, de figure ronde, rem-
pli de duuet , à fin que le croupion
fust porté en l'air, et qu’il ne touchast
1 L’édition de 1564 porte : Le talon sem-
blablement, qui est fort sensible à cause (lu gros
tendon qui l'enlourne et couure, fait des trois
muscles du pommeau de la ïambe et des nerfz
qui passent à ses coslez.
- Hippocrates sent. 2. Des fractures. —
A. P.
à rien : semblablement en faisois met-
tre vn autre petit sous le talon , et
faisois souuent appliquer emplastres
d’onguent rosat , pour remédier à la
douleur et chaleur desdiles parties K
Or depuis ma guérison, estant ap-
pelle pour semblables fractures, ayant
mémoire de la douleur et inflamma-
tion que ie sentois au dos, et principa-
lement sous le talon, et que les mala-
des se plaignoient de semblables ac-
cidens : i’ay inuenlé vne cassole de
fer blanc, en laquelle on pose la iambe
fracturée (apres l’auoir pensée) , qui
sert de la tenir en sa figure naturelle,
sans qu’elle puisse tourner cà et là, si
ce n’est à la volonté du malade, plus
aisément que ne font les fenons ou
torches de paille : aussi cmpesche que
le talon ne porte à plomb , ains est
soustenu en l’air : ce qui se fait en po-
sant vne grosse compresse vers le
mollet de la iambe sous icelle cassole,
qui est cause que le talon estsousleué
en l’air, à raison qu’icelle cassole est
ench ancrée en ce lieu. Pareillement
elle sert de tenir la plante du pied
droite et appuyée , et que la couuer-
ture ne touche dessus les doigts dudit
pied, par le moyen d’vue semelle de
fer blanc accommodée à icelle , la-
quelle est enuironnée d’vn archet de
semblable fer , comme tu peux voir
par ceste figure qui t’est icy pré-
sentée.
1 L’édition de 1564 dit : de toute la iambe.
Ici finissait le chapitre dans cette édition
et dans celle de 1575.
II.
22
338 Lfî TREIZIEME LiVîllï
Figure des Cassole s ».
A Le fond de la cassole.
BD Les ailerons qui s’ouurent et ferment
comme l’on veut,
C La fin des ailerons où se met la semelle.
D L’archet de fer blanc.
É La semelle.
F L’eschancreure où passe le talon.
Maintenant nous faut retourner à
la reste de la cure.
CHAPITRE XXVIII.
QTELS F.E11EOE9 FVREN'f APPLIOVÉS A
L’VLCERE ACCOMPAGNÉ O’APOSTEME2.
Quand ie connues laposteme se faire,
ie fis appliquer vn suppuratif fait de
‘ La figure de ta cassole et le texte qui s’y
rapporte se lisent pour la première fois en
1579. La date de l’invention remonte donc
tout au plus aux quelques années précé-
dentes , puisqu’il n’en est point parlé dans
l’édition de 1575.
2 Ce titre est jeté comme au hasard, et
n’est pointconsacré à un chapitre particulier
dans les éditions complètes; j’ai suivi en cet
endroit l’édition de 1564, qui en a fait son
chapitre 16.
jaunes d’œufs, d’huile commune, et
terebenthine , auec vn peu de farine
de fourment, tant que la suppuration
fut faite. Quelque temps apres, pour
mondifier l’vlcere , i’ay vsé de tel
médicament.
: Tf . Syrupi rosati , terebenthinæ venetæ ,
ana g . ij.
Pul. radicis ireosFlorentinæ, aloës, mas-
tiches, far. hord. ana 3. C.
Incorporentur omnia simul, fiat mundi-
ficatiuum.
Et à l’endroit où i’auois coniecturé
les os deuoir sortir *, i’y faisois mettre
tentes d’esponges, d’estoupes de lin,
pour tenir l’vlcere ouuerte: et de-
dans le profond de l’vlcere, des pou-
dres catagmatiques auec vn peu d’a-
lum cuit , pour faire sortir les frag-
mens des os séparés : lesquels mis
hors, l’vlcere fut guari et cicatrizé
auec alum cuit , qui ayant vertu de-
siccaliue et astringente, fait que la
chair qui est molle et spongieuse et
arroüsée d’humidité superflue, est
rendue ferme et dure : et en fin aide
Nature à faire le cuir et la cicatrice.
Or les pièces de l’os, à cause de leur
siccité , ne se peuuent reioindre im-
médiatement : mais ont besoin de cal-
losité, qui se caille et espaissit à l’en-
tour de leurs bords , qui les attache
ensemble comme vne soudure ou ci-
ment , qui se fait de la propre sub-
stance de l’os et de sa moélle, et par
l’aide des medicamens qui sont em-
plastiques, et qui eschauflent modéré-
ment. Au contraire ceux qui ont puis-
sance de résoudre et de sublilier , di-
minuent le callus. Partant on vsera
i Je noterai ici, comme étude de la langue
que ce que retranché, les os deuoir sortir, était
remplacé dans l’édition primitive de 1564
par cette formule plus française : que les os
deuoient sortir.
DES FR ACTVBÈS DFS OS.
de ces emplastres suiuantes , des-
quelles i’ay conneti grands effets pour
aider à Nature à la génération du
callus1.
2£. Ôlci myrtil. et ros. ompliac. ana lb. fi.
Rad. alth. Q>. ij.
RatliciS fraxini et lblior. eiusdem, rad.
consol. maloris, et falior.eidsdem,folior.
salicis ana m. j.
Fiat decoctio iti sufllcienti quantitatë vlni
nigrl et aquæ fabrorum ad inediam con-
sumptionern. Adde in colalura:
Pul. myrrhæ et lliur. ana §. fi.
Adipis hirci lb. fi.
Terebenih. lotæ g . iiij.
MastiCli. 5. iij.
Litharg. auri et argéntl ana g . ij.
Êoli armertiæ, et tcrræ sigil. ana g . j. fi.
Mitiij 5. vj.
Ceræ albæ quant, suff.
Fiat crapl. vt ars docéi.
Eu lieu d’iceluy on peut vser d’em-
plastrum nigrum, fait en ceste ma-
niéré :
%. Litharg. auri lb. j.
Oléi et acèli fc. ij.
Coquantur simul lefilo igné, dûtiêc fiigrüin
et sfdendehs reddatur emplàstruru, et
fiort adbæreat digilis.
, Autre.
X. Olei rosa. fnyrt. ana 5 . ij.
Nue. cupressi , boli armeniæ , sang. drac.
pulueris. ana 5 . fi .
Kmplast. diachalciteos g.iiij.
Liquéfiant simul, et fiat empla. secundum
artem.
1 Tout ce paragraphe est remplacé dans
l’édition de 1564 par cette phrase :
Et pour faire le callus , on vsoit de cest
emptaslre duquel i’auoy plusieurs fois vsé en
cas semblables, y trouuant grands et merueil-
leuxeffects : pource qu’il ne cause aucune in-
flammation mj prurit ; aussi qu’il dcseche et
astrainl médiocrement , comme l'on peut co-
gnoistre par ses ingrédients.
Et en defaut dücetix , faut vser de
sparadrap, dont voicy la composition:
2f. Pul. thuris, far. volatilis, mastic., holi
armeniæ, résina; pini, nucum cupressr,
rubeæ tinctorum ana 5 . ij.
Seui arietlni, ceræ albæ ana lb. fi.
Fiat emplastrum.
Auquel on doit plonger (pendant
qu’il est chaud) quelque toile assez
vsée pour s’en seruir comme dessus1.
1 Üne partie de ces formüles, bit du moins
de fortanalogues, avaient déjà été préposées
cù 1545 pour favoriser la consolidation dtl
cal ( voyez ci-après la grande note de la
pagë 343). Mais en 1 552, A. Paré avait ajoulé
un assez long passage sur le même sujet,
folio 31 ;
« Mais où il n’y aura autre disposition que
la seule fracture, fauldra faire des fomen-
tations au septième iour auec eaue liede .
non pour fesouldre la matière du cdllüs,
mais pour euapûrer quelques CxCrementz
fuligineux contenuz soubz le cuir, par le
moyen des medicamentz emplastiques au
parauant appliquez, et pour attirer la ma-
tière dudict callus. D’auantage il faut Con-
tinuer lesdictes fomentations, iusques à ce
que la partie commence à se tuméfier et
rougir, et n’ayant plus de paour deresouldre
la matière nécessaire à la génération et con-
firmation dudict callus. Et apres ladiclc fo-
mentation tu y pourras appliquer de l’em-
plastrenoir, lequel se faict en la maniéré qui
s’ensuyt : comme le descrit Galien au Pre-
mier liure de la composition dés medicamentz
en general.
2f. Lithargyri argenti libram vnam.
Olei et aceti ana lib. ij. fi.
Coquantur simul lento igné, donec nigrùfri
et spleridens reddatur emplastrflm et
non adbærent digitis.
» Gestuy emplastre est grandement loué
dudit Galien.
» Aussi Pierre Estienne, chirurgien de
monseigneur le duc de Niuernois, m’a autre-
fois grandement recommandé l’vsage dudict
LE TREIZIÉME LIVRE ,
340
L’cmplastre de diachalcileos est fort
louée des anciens pour les fractures,
mais il la faut accommoder selon le
temps : comme en Esté sera liquéfiée
en suc de plantain et de morelle , de
peur qu’elle n’eschaulfe par trop.
1 Aussi faudra tousiours auoir es-
gard à la température du corps. Car
nul ne doute , s’il n’est bien des-
pourueu de raison, qu'il ne faille tant
desseicher à vn ieune enfant, comme
il faut à vn vieil : parce que si on
vsoit de medicamens autant desicca-
tifs à vn enfant qu’on feroit à vn
vieil, on consommeroit l’humeur dont
se fait le callus. Pource il est neces-
saire au Chirurgien de bien regarder
à telles choses. Car combien que les
remedes soient bons et loüables ,
neantmoins pour estre indiscrète-
ment appliqués, souuent aduiennent
de très pernicieux accidens, dont on
peut accuser le Chirurgien qui n’a
conduit son œuure par méthode rai-
sonnable : comme il appert quand le
callusest fait trop mol, trop gros, trop
petit, tortu, ou trop retardé à faire.
CHAPITRE XXIX.
PAR QVELS SIGNES ON CONNOISTRA LE
CALLVS SE FAIRE.
V eritablement ie conneus que le cal-
lus se commençoit à faire en ma frac-
emplastre aux vlccres cacoethes et nialings,
ce que i’ay cogneu : et depuis l’appliquant
plusieurs fois aux fractures, i’ay trouué au-
dict emplastre grand vertu et efficace d’en-
gendrer le callus. »
C’est à peu près le même emplâtre noir
qu’il préconise encore dans le texte actuel :
seulement au lieu de la litbarge d’argent, il
a substitué la litharge d’or.
* Ce paragraphe manque dans l’édition
de 1564.
turc , lors que l’vlcere commença à
jetler moins de sanie que de cous-
tume : aussi que les douleurs cessè-
rent, pareillement les tressaillemens :
qui fut cause que ie ne voulus faire
penser ma iambe si souuent que ie
taisois auparauant.Caren essuyantla
playe quand le callus se fait, on dessei-
che les matières du callus, c’estàsça-
uoir, ros, cambium, et gluten, qui sont
les propres alimens de la substance ,
tant de l’os que de la chair. le le con-
neus aussi, pource qu’à l’entour de la
playe on voyoit sortir par les pores
vne petite sueur sanguinolente , qui
teignoit les bandes et compresses ,
comme les anciens ont laissé par es-
crit1. Ce qui aduient pource que, la
matière du callus amassée en ce lieu,
Nature pousse hors par les porosités
du cuir quelque rosée sanguinolente,
en maniéré de resudation. Puis aussi
ie sentois vne vapeur, ou exhalation,
auec vne chaleur temperée, qui pro-
cedoit des parties supérieures iusques
à la playe, auec vn sentiment qui
m’estoit fort agréable.
Alors ie ne voulus plus tenir la
partie tant serrée , de peur d’empes-
1 C’est Galien qui le premier a signalé ce
phénomène que personne peut-être n’a con-
staté après lui, excepté A. Paré. Mais celui-ci
peut-il môme faire autorité sur ce point?
Je n’oserais prendre sur moi de le décider;
seulement il ést bon de remarquer qu’il
croyait dès long-temps auparavant à la réa-
lité de ce signe, et qu'il pouvait donc avoir
quelque prévention à cet égard. On lit dans
l’édition de 1545, folio 40, verso :
Le signe par lequel on congnoisi manifeste-
ment que le callus se forme, est qu’on voit sortir
par les pores de la partie affectée quelque sueur
sanguinolente , laquelle taincl et eusanglantil
aulcunemenl les compresses et bandes. Et ce
pource que le callus amassé en ce lieu fait
sortir hors par les pores quelque rosée sangui-
nolente , par maniéré de resudalion.
DES FRACTVRES DES OS.
cher la descente de la matière du cal-
lus : d’autant que l’os ne se reünit
point par le callus , si ce n’est par le
moyen du sang qui y vient, ne pé-
chant en quantité ny en qualité1. Et
commençay à vser d’alimens propres
pour engendrer vn sang gros et vis-
queux, et qui facilement se mue en
la substance du callus: comme sont
les extrémités tendineuses et cartila-
gineuses , à sçauoir , tremeaux , gigo-
teaux, pieds de bœuf, groins et oreilles
de porc, testes de cheureau, de mou-
ton, d’aigneau : lesquels estoient cuits
le plus souuent auec ris, ou orge
mondé , en les diuersifiant auiour-
d’huy de l’vne, et demain de l’autre
forme. I’vsois aussi de fourmentée,
ou panade de pain de pur fourment,
cuit en bouillon de chapon et moyeux
d’œufs. le beuuois du vin clairet as-
sez gros et astringent , et médiocre-
ment trempé , et au dessert chastai-
gnes et netles.
Or ce n’est sans raison que ie
t’ay spécifié ces alimens : car il y a
autant de danger d’vser de viandes
trop dures, comme de chair de bœuf,
comme de trop legere : car les dures
font vn callus trop sec, et les trop lé-
gères le font trop deslié: or doit-il
estre visqueux, comme escrit Galien
au 6. de la Méthode chap. 5 2. Lesquels
1 Hippocrates, sect. 1. Des fractures, sent.
43. — A. P.
2 La première phrase de ce paragraphe a
été ajoutée ici en 1579. Du reste tout ce qu’on
vient de lire sur le régime du blessé, et ce
qui va suivre touchant la théorie du cal, se
retrouvent déjà à fort peu de chose près
dans la première publication deParé en 1545.
Voici le texte , folio 39.
« Et lorsqu’on congnoistra les accidents
estre passés et qu’il se fera régénération de
chair en l’vlcere, puisque le Médecin et Chi-
rurgien ne sont que ministres de Nature,
34 1
alimens receus premièrement en l’es-
tomach, auquel ils sont préparés, sont
depuis enuoyés aux intestins, desquels
sont attirés aux veines mesaraïques ,
et d’icelles à la veine porte , et d’elle
au foye, puis à la grande veine caue,
et de là és veines qui sont distribuées
par tout le corps : dont aucunes por-
tent mesmement le sang dans les os,
ausquels est faite la moelle , qui est
la propre nourriture d’iceux : et pour
ceste raison elle est contenue en la
cauité des grands os , et aux petites
cauités et porosités des petits, dans
lesquels il y a vn humeur qui est leur
propre nourriture , en lieu de la
moelle. Or la moelle est engendrée
de la plus espaisse partie du sang,
qui est portée aux cauités des grands
os par grandes veines et arteres, et
aux petits par petites qui finissent
aux porosités d’iceux. Car aux grands
os on trouue cauités manifestes , par
où entrent lesdites veines et arteres,
pour les causes que dessus. Sembla-
blement aussi y entrent des nerfs, des-
quels est faite vne membrane, qui en-
ueloppe et couure ladite moelle : au
moyen de quoy ladite membrane a
sentiment exquis, ainsi que l’expe-
rience le monstre : non que ie veuille
dire que ladite moelle ait de soy
sentiment, ains seulement de sa mem-
fault qu’ilz tendent luy ayder à faire l’exic-
cation du callus. Ce qu’ilz ne peuuent mieux
faire que par le régime du patient , luy don-
nant viandes nutritiues et de suc visqueux,
comme extrémités de bestes, trumeaux de
bœuf et gigoteaux de veau cuitz auec ris et
horge ou semblables : bon pain de pur fro-
ment, ou de segle selon la coustume et le
pays. Pour son boire, vin assés gros, et a
aulcuns de la biere, pourueu qu’ilz ne soient
point subieetz à obstructions , ausquelles
fault bien auoir esgard : car tant s’en fault
que l’aliment visqueux (lequel de soy est
342 LE TRKIZIÉ
brane. Qr d'icelle medulle , et de la
propre substance de l’os , se fait vne
resudalion crasse et terrestre , dont
s’entendre et fait le câlins, par la
vertu nulriliue tenant le lieu de for-
matrice : du temps duquel callus ne
se peut donner réglé (comme nous
opilatif ) ayde à la génération du callus, que
plustost il l’empesche s’il n’est promptement
distribué et porté facilement par les con-
duictz. Ainsi me semble que je suc d’horge
est assés conucnablc en ce cas : car auec
viscosité a vne vertu detersiue par laquelle
facilement est distribué.
» Or combien qu’il appartient au Médecin
philosopher ces choses, i’ay osé en cest en-
droit cp escripre quelque petit de mon ad-
uis ; par tant que raison veult que chascun
pnurier ayt congnoissance de son intention :
parquoy ine semble chose inepte , qu’vn
phirurgien tende à la génération du callus,
s’il ne sçait par quelle tiq et pomment.
» Il vient des alimens premièrement re-
ceus en l’estomach, auquel sont préparés,
puis enuoyés es intestins, desquels sont at-
tirés es veines mesaraiques : et d’icelles à la
veine porte, et d’elle au foye : puis à la
grand vginc caue, et de le es veines qui sont
disséminées pu la chair : de laquelle se fait
vue resudation as os : deqqoy est faicte vne
chose moyenne entre la chair et l’os nommée
salifie, faicte par la vertu nutritjup, tenant
le lieu c|e la vertu formatrice : laquelle ma-
tière comme Galien recite au sixiesme de sa
Méthode, est necessaire pour engendrer le
callus : car par la vertu nutritiue et forma-
trice se concrée et engendre vne matière
crassp et terrestre, superflue de l’aliment,
cnuoyég aitx ps, eUejle substance redon-
dante du propre nutriment de l’os est la
Yraye matière du callus : laquelle se com-
mencer dousiesme,ou quinsiesme, ou ving-
tième iourde la fracture, selon lespracticiens
qui de celle matière ont traicté. Combien
que du temps ne se peult donner reiglc cer-
taine, à cause delà variété des tempéra-
ments : aussi pource que les choses qui em-
pesehent la génération du callus, eq aulcuns
plqstost sont ostées,et es anltres plus tard. »
AIE LIVRE ,
auons dit cy dessus) pource que les
choses qui empeschent la génération
d’iceluy sont ostées aux vns plustost,
et aux autres plus tard K
Et pour retourner à nostre propos,
les simples fractures sans playe de la
iambe le plus soutient sont glulinées
en cinquante iours par le callus2 :
mais à cause de la playe et esquilles
séparées, et autres accidens qui es-
taient à ma iambe, ie fus trojs mois et
plus déliant que le callus fust fait ,
pendant lesquels ie demeurpy tous-
iours couché à la renuerse , qui est
vne espece de gesne à vn panure ma-
lade. Encores fus-je vn autre mois
auant que ie peusse bien appuyer le
pied en terre sans potence : ce que ie
commençay auec douleur, à raison
que le callus tenoit la place des mus-
cles3. Car auparnuant que le momie-
mont puisse estre libre, il est neces-
saire que peu h peu les tendons et les
membranes soient desjointes, ou de-
prises contre la cicatrice4.
1 Le chapitre finissait ici dans l’édition de
1564 et même dans celle de 1575 ; et la
suite de l’[i istoire ne se retrouvait dans la
première qu’à la fin du chapitre suivant, et
dans l’autre qu’à la fin du chapitre 3j, qui
faisait le 30e ; elle a été replacée ici en 1579.
2 L’édition de 156 J dit : en quarante iours,
ce qui était véritablement trop peu, au
moins pour le plus grand nombre des cas.
3 L’édition de 1564 ajoute : et que la cica-
trice de l'vlcere ne permettait C extension et
flexion des muscles.
4 L’édition de 1564, suivie encore parcelle
de 1575, ajoutait ici :
Tontesfois , grâces à Dieu , i’en ay esté en-
tièrement guéri sans boiter eu façon aucune.
Et il y a lieu de s’étonner que cette phrase
si essentielle ait été omise dans les éditions
suivantes.
Dès 1575 l’observation était complétée par
les deux paragraphes qui suivent; mais il
n’en était pas ainsi en 1564, elle finissait
DES FRÀCTVRES DES OS.
Que diray-ie plus ? Ma iambe saine
aidoit à la malade , comme fait la
main à sa sœur, et le bras à son com-
pagnon qui seroit rompu, aidant à le
sousleuer, tourner et virer d’vn costé
et d’autre, la couuranl et descou-
urant lors qu’il estoit necQssaire,
d’vne prouidence admirable : ainsi
que nous voyons que (Nature vou-
lant defendre la vie) souuent l'hom-
me jette au deuant de ce qui nous
peut offenser les mains seules, et
prend l’espée nue , pensant eslre
mieux qu'elles soient blessées, meur-
tries, voire entièrement amputées,
de peur que le cerueau ou le cœur
fussent offensés, pource que sont par-
ties principales et source de nostre
vie : ce qu’on voit ordinairement,
sans que premièrement on y aye
pensé : et telles choses sont offices de
l'ame à nous incompréhensibles.
Or i’ay bien voulu icy alléguer ceste
histoire de ma iambe , à fin qu’elle
serue de méthode à toutes autres
fractures accompagnées de playe.
CHAPITRE XXX.
DES CHOSES QVI EMPESCIIENT I.A FOR-
MATION DV CALLVS , ET DE LA MA-
NIERE DE LE CORRIGER S’IL EST VITIÉ.
Apres auoir ainsi déclaré les signes
dont on connoistra le commencement
du callus, sa génération, et la maniéré
avec la phrase que nous venons de repro-
duire , et l’auteur ajoutait :
Sur quoi i ie ferai) fin du traitié des fractu-
res , et priray Dieu qu’il vueille garder de
pareil accident tous ceux qui liront ceste his-
toire, et m’enuoier pluslosl la mort que d’y
retomber derechef , toutes fois sa volonté soit
faite.
343
par laquelle il se fait : maintenant il
conuient dire ce qui eirspesclie la gé-
nération d’iceluy, et ce qui aide Na-
ture à le former et endurcir *.
Or les choses qui empeschent que
le callus ne se face , ou qui le retar-
dent, sont tou teschoses qui ont grande
puissance de résoudre et subtilier , et
1 Ce chapitre se lit encore dans l’édition
de 1664, où il fait le 18e et dernier du livre
des fractures. Riais fort long-temps aupara-
vant, c’est-u-dire dès l'édition de 1645 ,
A. Paré avait traité ce sujet , et sa doctrine
d’alors, bien qu’à peu près la meme au fond,
différait assez dans les détails pour que j’aie
cru devoir la reproduire. Voici donc comme
il s’exprimait, folio 41 à 45.
« Apres auoir ainsi entendu que la géné-
ration du callqs se doibt faire, lors si on 11c
voitaulcun indice d'iceluy callus, fault con-
sidérer si l’empcschement prouient par ce
que l’os 11’est en sa température ou situation
naturelle : ce qui aduient souucntesfoys par
auoir esté mal couserué en sa réduction , ou
qu’il a receu quelque disposition semblable
à l’inflammation de la chair : comme mes
me Galien a noté au sixiesme delà Méthode:
car si inflammation ou mauluaise tempe-
rature empesche régénération ou congluti-
nation en partie carncuse , par pareille
raison pourra estre empeschée en l’os géné-
ration de callus : parquoy faudra, si d’icelle
température on a quelque indice, la corriger
par son contraire : puis venir ayder à en-
durcir la matière du callus, auec medica-
mentz topiques ayans faculté cmplastique,
astringente et desiccatiue , et non tant as-
tringente toutesfoys qu’elleayl vertu de pro-
hiber la descente du nourrissement en la
partie : à quoy sont propres medicamentz
composés ex farina volatili , farina [rumenli,
manna, colla fabrorum lignariorutn, sarcocola,
mastich. tragagantha , pice pingui , résina.
» Entre les pouldres sont conuenables pul-
uis myrthillorum . thuris, aloës , myrrfiœ , boli
armeni, sanguinis draconis, rosurum, et leurs
semblables : lesquelles choses en pouldres
pourront estre incorporées cum albumine
344
LE TREIZIÉME LIVRE,
qui sont onctueuses, oléagineuses , et
humides. Car par icelles s’amollit,
relaxe, sublilie, liquéfié, et con-
somme l’humeur dont il se doit faire:
oui, vel vino auslero et adslrinijente , ou vn
tel cataplasme qui s’ensuyt :
"if. Farinæ frumenti g . sex.
Sanguinis draconis, inastich. thuris, sar-
cocolæ ana g. vnam.
Misceantur simul omnia cum albumine ouï ,
fiat cataplasma.
» La farine de froment , thus et sarcocole
seront cuittes en eaue : puis sera faict cata-
plasme, lequel a vertu de repuiser, retenir
et engendrer le callus, auquel on peult ad-
iouster musilaiges de tragagant, gome ara-
bic, et semblables, par lcsquelz sera faict le
cataplasme plus tenant et adhérant : en quoy
reiectons l’huile , car quelques huiles que ce
soient, à cause de leur substance oléagi-
neuse et vnctueuses, humectent et relaxent
par trop long-temps : qui est la cause pour
quoy Galien en la génération du ealle, cm-
peschée et retardée par trop grande siccité ,
plus tost commande la fomentation d’caue
tiede que d’huile, laquelle de soy, parceste
raison, est contraire à toute génération de
calle.
»Donc lorsque nous voudrons engendrer
ledict callus , on ne doibt aulcuncrnent fo-
menter la partie fracturée de médicaments
relaxatifz et humectatifz : car par icculx on
subtilie et liquéfié l’humeur, lequel au con-
traire l’on doibt deseicher, engrossir et cs-
pessir : ne pareillement de resolulifz ,
pource qu’ilz consument et deseichent par
trop l’humeur terrestre, duquel on doibt
faire le callus : mais ie ne dy pas que lesdietz
médicaments humectatifz et relaxatifz ne
doibuent auoir lieu ou le callus seroit trop
gros, ou tortu, pour le diminuer et rompre
de nouueau. Aussi s’il y auoit trop grande
humidité , non obstant que Galien pour
icelle, comme est predict, y commande seu-
lement la fomentation d’eaue tiede estre
faicte, iusques à faire tuméfier et rougir la
partie : raison me persuade, pour rendre le
callus solide et dur, comme désiré Nature,
lequel à l’opposite on doit desseicher,
engrossir, et espaissir, et endurcir auec
medicamens empîastiques , modéré-
ment chauds et astringens.
fomenter la partie auec telle décoction.
"if. Vini rubri et austeri lib. iij.
Salis communis g . iiij.
Balaustiorum , sumach. berberis, nue.
cupressi , gallarum ana g . iij. semis.
Absinth. rosarum rubr., caudæ cquinæ,
polygoni (vulgô centinodiæ) ana m.
vnum.
Aluminis combusti g.ij.
Bulliaut omnia simul, et fiat decoctio.
»Et apres la fomentation faicte, i’approuue
applicquer telle ou semblable emplastre.
"2j . Olei rosati , myrtillorum ana g . ij.
Colophoniæ, mastich. thuris ana g. j.
Nue. cupressi, boli armeni ana g . semis.
Emplastri diachalciteos § . iiij.
Liquéfiant simul, et fiat emplastrum secun-
dum artem.
» Ou au lieu d’iceluy, sparadrapum, faict
en la maniéré que s’ensuit.
if. Thuris , farinæ volalilis , picis , mastich.
boli armeni ana g . ij
Seui arietini , ceræ albæ ana 1b. semis.
Fiat emplastrum.
» En laquelle on doibt plonger linges ,
pendant qu’il est chauld et liquide : et soient
applicquéssurla fracture : aulcuns appellent
tel médicament toille gaultier.
» En dell'ault duquel on pourra vscr de
cestuy :
if. Olei rosati vnc. iiij.
Resinæ vnc. très.
Ceræ vnc. duas.
Colophoniæ, mastichis, thuris ana g.
semis.
Nucis cupressi, rubiæ tinctorum (aultre-
ment racine d’herbe qui teint en garan-
ce) ana drachmam vnam.
Fiat emplastrum.
» Ce médicament sera mieux faict si on y
DTS FRACTVRES DES OS.
345
Toutesfois ie ne veux nier que les
mcdiramens humides et relaxans ne
doiuent auoir lieu où le callus seroit
trop gros et tortu , ou d’autre mau-
uaise figure, à fin de le diminuer et
rompre de nouueau . Ce qui se fait lors
que la partie est grandement difforme,
et son action deprauée, pourueu qu’il
soit encore recent. Ce que l’on doit
faire auec fomentation faite de décoc-
tion de tripes ou de teste de mouton,
esquelles on fera cuire des racines de
guimauue, couleurée, semence de
lin, fenugrec, fiente de pigeon, graine
de laurier, et autres semblables. Aussi
faudra vser de ce Uniment et em-
plastre :
u
met plus d’emplastiques, et diminue l’huile :
et en ce faisant fault tousiours auoir esgard
à la complexion et nature du corps : car nul
ncdouble qu’il ne fault tout deseicheren vn
ieune enfant, comme en vn viel ou rusti-
tique- pource qu’en l’enfant, si on vse d’vn
médicament tant desiccatif , que Ion vseroit
en vn viel ou rustique, Ion consumeroit,
comme est ia dict, l’humeur duquel se faict le
callus. Partant est necessaire au Chirurgien
de diligemment considérer : car combien
que les remedes soient bons et louables ,
neantmoins pour eslre indiscrètement ap-
pliqués, sont cause de faire très pernicieux
accidents , lesquels viennent par l’erreur
dudict Chirurgien, non conduisant son <ru-
ure par méthode rationelle : comme il ap-
pert que souuentesfoys aduient les callus
estre faietz tortuz, trop molz, trop gros, ou
trop petits.
» S’il est tortu, en sorte que la partie soit
grandement difforme et l’action deprauée :
pourueu qu’il fust recent, le fault amollir,
resouldre, et mettre à néant selon que pos-
sible sera , par fomentations relaxantes ,
emollientes, et resoluentes, tant par décoc-
tion de tripes et testes de mouton , eaue
tiede, hydrolcum, c’est-à-dire mist'on d’eaue
et huile, que aultres faictes d’herbes remol-
litiues, comme maulue, guimaulue, et sem-
blables : en y adioustant fenugrec , liantes
’if. Vnguenti de althaea 5 . iiij.
01. lilij et axung. anscris ana § . j.
Aquæ uilæ parum.
Liquéfiant simul , fiat linimentum.
Duquel faut frotter la partie , puis
mettre dessus cest emplaslre :
2f. Emplastri de Vigo cum mercurio , cerati
cesypati descriptione Philagrij ana
o- üj -
01. aneth. et liliorum ana § . j.
Liquéfiant omnia simul, fiat emplastrum:
extendatur super alutam ad vsum dic-
tum.
Le callus estant assez amolli, faut
le rompre, et redresser les os en leur
figure naturelle , et pratiquer toutes
de pigeons , graines de laurier, iris, et aul-
tres semblables deuement dispensés : puis
apres le redresser en sa naturelle forme.
» Si le callus est par trop mol , sera en-
durci et affermi par médicaments astrin-
gents, qui ont esté par cy deuant escriplz.
» S’il est trop gros, le conuiendra amoin-
drir, en muant et diminuant les aliments :
puis fault par longue espace de temps frotter
la partie auecque huile, sel et salpêtre.
Pareillement sera la partie fomentée d’eaue
salée assés chaulde , et pardessus y appli-
quer remedes resolutifz et astringents, tan-
tost d’vn, tantost d’autre, puis la bander
assés estroictement. Et conuiendra faire
frictions es parties opposites, affîn de des-
tourner et attirer vne partie du nourrisse-
ment.
» Aulcunes fois le callus demeure trop
petit, ou est retardé à faire, quand la partie
est par trop estuuée et fomentée, ou trop
souuent remuée : ou à raison que les bendes
sont trop estroictement serrées, ou qu’elles
sont ostées deuant le temps : pareillement à
cause que le patient a faict quelque desordre
en sa maniéré de viure- Pour lesquelles
causes fault contrarier à telles choses, luy
ordonnant les aliments, et adoptant les re-
medespropres pour faire et augmenterledict
callus. »
L’édition de 1552 a reproduit tout ce pas-
3A6 LE TREIZIÉME LIVRE
les choses de nouueau necessaires
pour parfaire la curation.
Si le callus estoit trop endurci et
vieil , il vaut mieux ne s’efforcer à le
rompre , ajns le laisser , de peur de
faire pis au malade. Car il peijt adue-
nir, le voulant rompre, que l’os se
rompra plustost en vn autre endroit
qu’au lieu du callus. Parquoy le ma-
lade sera plus sage de se contenter de
viure estant boiteux , que de se met-
tre en hazard de mourir1.
Si le callus estoit trop gros, on le
diminuera (au moins s’il est recent)
par medicamens moliificatifs et re-
solulifs, et fort astringens, qui ont
vertu de liquéfier, consommer, et des-
seicher. Pareillement sera bon le frot-
ter souuenlesfois longuement auec
huile laurin, auquel on dissoudra du
salpêtre, ou d’autre sel. Et la tumeur
sera bandée, y appliquant vne lame
de plomb assez estroitement serrée ,
qui empeschera qqe le noiirrissenient
pe pourra pénétrer à la partie, et par
ainsi le callus sera diminué.
Si le calius est quelquefois trop pe-
tit et retardé à faire , à cause que les
bandes ont esté trop serrées, et aussi
parce que la partie a esté longuement
en repos sans aucun exercice (qui est
sage, mais auparavant elle ajoute quelques
idées qui ont trouvé place dans le texte ac-
tuel , touchant le cal retardé par atrophie.
« Et si d’aduenturc ledict callus estoit re-
tardé à faire par faute d’aliment , comme
en atrophie, lors fauldroit commencer la li-
gature à la racine des vaisseaux. Exemple :
si c’estoitla iambe, fauldroit commencer la
ligature à l’heyne : car par ce moyen Ion
exprime le sang et inatiere du callus, et le
fai et on coulera la partie affectée. «Folio 31,
verso.
i Edition de 1564 : que de se remettre entre
les mains de lelz rabilleurs pour se faire mou-
rir misérablement.
une des occasions principales qui la
rendent emaciée , considéré que le
mouuement eschauffe la partie , dont
elle est mieux nourrie , et par consé-
quent plus forte) ou si ladite retarda-
tion vient par faute des alimens pe-
chans en qualité, ou en quantité , ou
en tous les deux ensemble : aussi pour
aqoir trop souuent deslié la partie ,
ou s’estre trop hasté de la mouuoir :
on obuiera à ces vices , administrant
au malade le boire et manger par cy
deuant esorit, parlant de la généra-
tion du callus. Si c’est pour auoir trop
serré la partie, il la faudra desserrer,
et oster du tout la bande de dessus
la fracture : au lieu de laquelle sera
faite vne autre maniéré de ligature ,
qui commencera à la racine des vais-
seaux , à sçauoir , près l’aine , et au
bras près l’aisselle, la conduisant ius-
ques près la fracture. Carpar ce moyen
on exprime le sang, et le fait-on cou-
ler à la partie offensée, ainsi que par
cy deuant en auons escrit. Au con-
traire pour chasser le saqg de la par-
tie. Pareillement on peut vser de fric-
tions molles , et fomentations avec
eau chaude temperément , qu’il fau-
dra délaisser lors qu’on verra quel-
que chaleur et tumeur en la partie.
Car si on poursuiuoit d’auantage, on
resoudroit ce qu’on y auroit attiré1.
Parlant tu noteras que les frictions et
fomentations ont contraire effet , se-
lon qu’elles seront longues ou brief-
ues.
D’auantage pour faire attraction de
l’aliment , on appliquera emplastres
de poix , et fomentations necessaires
aux atrophies.
1 Le reste du chapitre manque dans l’édi-
tion de J 564 ; en revanche on y trouve la
fin de l’histoire de la fracture de jambe de
l’auteur. Voyez tes notes 1 et 4 de la page 342.
DES FRACTVRES DES OS.
CHAPITRE XXXI.
DES FOMENTATIONS QV’ON FAIT AVX
FRACTVRES DES OS.
On fait les fomentations pour plu-
sieurs et diuerses intentions , et en di-
uerse maniéré.
La fomentation d’eau chaude doit
cslre temperée (c’est-à-dire moyenne,
entre bouillante et froide) : et cesle
température se connoist , partie au
sentiment de nostre main , partie au
sens du malade, qui estant interrogé,
laditestre trop chaude ou trop froide,
ou modérée. Icelle eau ainsi modéré-
ment chaude, appliquée par peu de
temps par fomentation , eschauffe et
subtilie l’humeur qui est à la super-
ficie du cuir , et le préparé à résolu-
tion : aussi fait attraction du sang et
de l’aliment necessaire à vne partie
qui en aura besoin. Pareillement ap-
paise les douleurs : relasche ce qui
est trop tendu : eschauffe modéré-
ment vne partie trop refroidie par
l’expulsion et expression du sang et
des esprits , qui auroit peu estre faite
parles bandes et ligatures : et s’il y a
intemperature chaude , elle la refroi-
dit accidentellement , qui se fait en
resoluant l’humeur chaude contenue
en la partie : que si e!le est extenuée
et amaigrie, la rend charnue et mieux
nourrie , et succulente , laissant une
humidité gracieuse , comme font les
bains d’eau douce L
1 Ce paragraphe est accompagné d’une
note marginale ainsi conçue :
Facultés de l'eau chaude selon Hippocrates,
sent. 15. sect. 3. de l’ Officine du Chirurgien.
347
Nous Jugeons la fomentation auoir
esté appliquée peu de temps, quand
en la parlie il commence y apparoistre
vn peu de rougeur et tumeur : modé-
rément, quand la rougeur et tumeur
sont apparentes et manifestes: lon-
guement, quand la rougeur qui ap-
paroissoit est perdue , et la tumeur
abaissée.
Il faut auoir aussi vne considéra-
tion de l’habitude du corps qu’on fo-
mente. Car s’il est pléthorique , la
médiocre fomentation remplira la
partie d’humeurs superflus : mais
aussi s’il est maigre et extenué, ren-
dra la parlie qu’on fomente charnue,
mieux nourrie, succulente, et refaite1.
Reste à parler des fractures des os
du pied.
CHAPITRE XXXII.
DF. I.A FRACTVRF DES OS DV PIED.
Les os de l’auant-pied et ceux des
orteils peuuent estre fracturés com-
me ceux de la main :parquoy ils pour-
ront estre traités comme nous auons
dit par cy deuant. Toutesfois spécia-
lement les orteils ne seront tenus
courbés comme les doigts de la main,
à fin que leur action ne soit empes-
chée, qui est de tenir l’homme droit et
debout , comme les iambes pour le
faire marcher : et aussi faut que le
malade se tienne au lit et en repos,
sans cheminer, iusques à ce que le
callus soit bien foymé.
1 C’est ici que se trouvait, dans l’édition
de 1515, la fin de l’histoire de la fracture
d’A. Paré, reportée depuis au chapitre 29.
LE QVATORZIEME LIVRE
TRAITANT
DES LVXATIONS1.
CHAPITRE I.
DESCRIPTION ET ENVMERATION DES LVXA-
TIONS , c’est-à-dire DELOVEVRES ET
desboetvp.es d’os.
Luxation est sortie de la teste de
l’os hors sa cauité en vn lieu inac-
coustumé, qui empesche le mouue-
ment volontaire.
Il y a vne autre espece de luxation,
qui se fait par élongation ou eslar-
gissement des ligamens qui lient les
ioinlures : laquelle n’est pas vraie
dislocation, mais est vn chemin à se
faire2: et telle chose se fait par vne
tres-grande distension et relaxation
des ligamens, comme de celuy qui est
au dedans de la ioinlure de la han-
che, à ceux qu’on aura tirés sur la
gesne : ou de ceux qui enuironnent
la ioinle, comme l’espaule, pour
1 Nous savons d’une manière positive que
ce livre avait paru dans la petite édition
perdue de 1572 ; et il est peu probable qu’il
ait subi de notables changements en 1575.
C’est un livre presque tout hippocratique,
en sorte qu’il avait pu être jeté en moule
d’une seule pièce. Je ferai seulement remar-
quer ici que le chapitre 21 avait disparu en
1579, et que je l’ai rétabli d’après l’édition
de 1575.
2 L’édition de 1575 dit : elle est alors facile
| auoir eu l’astrapade : ou le pied , à
ceux qui font quelque faux pas, et le
tordent ou renuersent.
11 y a aussi vne autre espece de
luxation, qui se fait quand les os s’es-
lochent , s’entr’ouurent , et entre-
baaillent,sansloutesfois estre luxés1 :
et principalement cela se voit és pe-
tits fociles du bras et de la iamhe :
et quand cela se fait, les ligamens
sontaussi dilatés, et quelquefois rom-
pus et dilacerés 2.
Nous auons vne autre sorte de
luxation, qui se fait (principalement
és os des ieunes) par une séparation
des epiphyses, comme de la teste de
l’os adiutoire et femoris, et autres
iointures : et cela se connoist en ce
qu’on voit séparation des os auec
crépitation et impotence de la partie.
D’auantage par vne violence les os
des ieunes enfans se courbent et
à se faire: ce qui présente un tout autre
sens, f'h chemin à se [aire me paraît vouloir
dire an long temps à se faire; la traduction
latine a omis ce membre de phrase.
' Les deux premières éditions portent: qui
se fait par vne entr’ouuerlure , ou séparation
des os qui estoient contigus l'vn à l'autre.
2 C’est là le texte de l’édition de 1598 ; les
précédentes disent en cet endroit :
Les ligamens sont aussi dilatés ou rom-
pus.
DES LVXATIONS.
cambrent, ce que i’ay veu plusieurs
fois : mais ceux des vieux se rompent
pluslost que de se ployer, à cause de
leur durlé
CHAPITRE II.
DIFFERENCES DES LVXATIONS.
Aucunes luxations sont simples, les
autres composées.
Nous disons celles estre simples,
aucc lesquelles il n’y a aucune dispo-
sition adiointe.
Les composées sont celles où il a
complication de disposition, comme
fracture, playe, aposteme, inflamma-
tion, douleur très grande, et autres :
pour lesquelles nous sommes quel-
quesfois contraints de laisser la luxa-
tion sans estre réduite.
Autres différences sont prises de ce
qu’aucunes sont completles, comme
lors que l’os est du tout sorti de sa
boette : les autres iucomplettes, quand
il n’est du tout sorti de sa cauité, et
est appellé contorsion , ou élongation
et entr’ouuerture. Ceste deloüeure
imparfaite n’a point de différence, si-
non entant que les os naturellement
contigus sont plus ou moins séparés
les vus des autres.
Aussi selon la diuersité du lieu la
luxation est diuerse, pour ce qu’au-
cunes sont faites en la partie ante-
rieure, postérieure, supérieure, et
inferieure : aucunes en toutes ces par-
ties, c’est-à-dire, en toutes les maniè-
res susdites, et les autres en aucunes
d’icelles seulement. Parquoy selon
icelles différences, faut diuersifier
1 Ce dernier paragraphe semble bien plu-
tôt se rapporter au livre des fractures qu’à
celui des luxations.
349
l’operation manuelle, comme nous
dirons cy apres.
Outre lesquelles différences il y
en a d’autres prises des iointures ,
comme grandes ou petites: profon-
des, ou peu caues. On peut encores
adiouster autres différences prises du
temps, en ce que la luxation est ré-
cente ou vieille. Et toutes ces diffé-
rences suiurons par ordre en chasque
partie du corps humain, trailans d’i-
celles particulièrement.
CHAPITRE III.
CAV SES DES LVXATIONS.
Les causes des luxations sont trois
en general, à sçauoir internes, et ex-
ternes , et la troisième est hérédi-
taire. i'
Internes, comme quand il y a cer-
taines humeurs et ventosités qui
tombent aux iointures en si grande
abondance, qu’elles lubrifient et re-
laschent les ligaments qui lient les os
ensemble, et les jettent hors de leur
boette : ou bien remplissent lesdils li-
gamens, de telle sorte qu’iceux en-
grossis, et par conséquent accourcis,
venans à se retirer ensemble, retirent
ou les apophyses des os, dont ils ont
leur origine, ou bien les os mesmes
hors leurs sinus et cauité : ce qu’on
voit souuent aduenir à la hanche par
vne schialique, et aux vertebres, qui
rendent les patiens bossus et contre-
faits, à raison qu’elles sont déplacées
de leur propre lieu *.
Externes, comme tomber de haut
en bas , ou receuoir quelque coup
1 La luxation spontanée de la hanche est
ici clairement indiquée; mais elle le sera
[ mieux encore ci-aprés au chapitre 40.
395 le QVAfoüÉjjêME Livre
orbe; ou estre tiré sltf vhe gesne, ôü
endurer l’aslrapade , ôu s’entol sër
violentemeht par vfié mesmarébèure.
Atissi pal' vne indeuë situation ,
comme l’on voit és ieunes garçons
qui bfelütent la farine, et tondeurs,
lesquels par vne longue continuation,
jellent les genôüils au dedans. Pareil-
lement les ètifans qui apprennent à
escriie, par v-ne indeuë situation së
tournans de costé, hatlssans l’espanle
deuiennent bossus. Aussi les autres
manouuriers, par vne coustume à
exercer leur art (ce que Ton voit aux
laboureurs) se plians le dos, deuien-
nent courbes et contrefaits : et les
ieunes tilles, par leur trop serrer le
corps sont rendues bossues L Toutes
lesquelles choses font que les os sor-
tent de leur place et lieu naturel : ce
qui aduient aussi souuentesfois aux
enfantemens difficiles, quand les sa-
ges-femmes tirans les bras des en-
fans, disloquent les iointures de l’es-
paule ou de la cuisse 1 2.
La cause héréditaire est celle qui
vient de pere et mere aux enfans,
comme quand les bossus engendrent
des enfans bossus et contrefaits, et
les boiteux engendrent des boiteux :
dont fexperience fait foy, non pas
tousiours, mais le plus souuent. D’a-
bondant Hippocrates, Iiure de Arti-
cules sect. 3. sent. 88. et 94. et sect.
4. sent. 5. et 4, dit que les enfans au
ventre de la mere se peuuent luxer
les bras et les iambes par cheutes,
coups, ou pour auoir esté pressés:
ce que nous voyons en ceux qui ont
les pieds bois : ou pour auoir les arti-
1 Les trois phrases qui précèdent , à partir
de ces rtrots, aussi par vnk indeuë siluaiion,
ont été intercalées en 158à.
2 L’édition de 1573 ajoutait ici : et oit elles
ne seront réduites les ace idem susdits peuuent
surueml. Ge$ mots ont été retranchés Cn 1579.
cle§ trop humides et laxes. Ët dé ce
lie se faut lion plus eSbahir, qiie de ce
que Galien escrit aü Commentaire sur
le Hure des Articles, à sç'auoir que
l’enfant estant au ventre de sa mere,
peut auoir des apostemes qui se peu-
uent ouurir et cicatrizer. Il aduient
aussi qu'aucuns ont les cauités de
leurs iointures peu profondes, et que
les léures ou bords de leurs pyxides
ou cauités sont fort rabbatues , dont
les testes des os n’entrent assez pro-
fondément en icelles : et que les liga-
mens qui tiennent les os en leurs
iointures, ne sont fermes, mais fort
déliés et menus de leur conforma-
tion : ou sont humides d’eux-mesmes
et fort lubriques, ou humectés par
vne fluxion d’humeurs pituiteüx et
muqueux, qui relaschent et amollis-
sent les ligamens qui doiuenl tenir
ferme la liaison des os, comme nous
auons déclaré : et à ceux-là les os
se desioignent facilement de leurs
iointures, et aussi facilement y sont
réduits, de façon que les malades le
plus souuent les remettent d’eux-
mesmes sans aide du Chirurgien : ce
que i’ay veu plusieurs fois.
Aussi quand les marges ou bords
des cauités sont rompus, et la cauilé
d’iceux est applanie, s’ensuit pareil-
lement facile luxation L
1 Ce chapitre est sans doute en grande
partie emprunté aux anciens; mais il serait
injuste cependant de ne pas noter la mé-
thode avec laquelle A. Paré expose leurs
idées, et la nouveauté de quelques aperçus
qu’il y ajoute. Ainsi je ne sache pas que
d’autres aient parlé avant lui de ces causes
spéciales des déviations des genoux et dü ra-
chis, indiquées dans le passage intercalé éti
1385; ni des luxations produites par les sa-
ges-femmes, ni de celles qiii reconnaissent
pout causes le peu de profondeur des cavi-
tés articulaires ou la fracture des bords de
DES LVXATI01VS.
CHAPITRE IV.
SIGNES VNIVERSELS POVR CONNOISTRE
LES DELOVEVRES.
Des signes, les vns sont communs à
toutes deloüeures, les autres propres
ù chacune.
Les signes communs sont, tumeurs
ou gibbosités où l’os est forjetté , et
cauité au lieu dont il est sorti. Les
particuliers seront recités en traittant
particulièrement de chacune,
Les signes de la luxation complelte
sont, que l’action de la partie est per-
due, c’est à dire, qu’elle ne se meut
point. On connoist aussi la dislocation
par le sentiment de douleur, laquelle
prouient à cause que l'os n’est en son
lieu naturel, et qu’il presse la chair,
et fait distension aux nerfs qui sont
pareillement peruertis de leur situa-
tion naturelle. A ce sert aussi la com-
paraison de la pareille iointure de la
partie saine à celle qui est malade,
pourueu que ladite partie saine ne
soit point vitiée contre nature, comme
tortue, ou extenuée, ou trop grosse,
ou qu elle ait quelque autre vice qui
peust empescber de connoislre l’os
déplacé de sa boette. Et partant il
faut entendre qu’elle soit en son
tempérament et figure naturelle.
Le signe de la luxation incomplette
est, que le mouuement de la partie
n’est du tout perdu, mais il est gran-
dement depraué.
Le signe que les ligamens qui lient
les iointures sont allongés, est, que
quand on presse des doigts vn costé
cps cavités. Sans doute Paré n’a pas traité
à Tond toutes ces questions; mais il a laissé
au moins des indications précieuses, dont
plus d’un auteur modetne aurait pu profiter.
3b t
de l’os, on le chasse de l’autre^ et su"
bit il retourne en son lieu : d’auan-
tage quand on presse du doigt sur la
iointure, il y entre facilement : ioint
aussi que l’action de la partie est
grandement deprauée, et souuent du
tout perdue.
CHAPITRE V.
PROGNOSTIC DES LVXATIONS.
Toutes iointures se peuuent de-
loüer, mais toutes ne se peduent pas
remettre, comme la teste : parce que
tout promptement tue le malade,
pour compression qui se fait à la
moelle de l’espine : pareillement les
vertebres de l’espine, et la maschoire
tombée des deux costés, si aupara-
uant que les remettre il y a desja
grande tumeur et inflammation. Aux
autres jointes, pour ce que les os ne
sont tous luxés d’vne mesme sorte,
ains quelquesfois plus, les autres fois
moins : selon ceste diuersité, la ré-
duction sera plus ou moins difficile.
Car d’autant que les os seront moins
esloignés de leur cauité , d’autant
aussi seront-ils plus aisés à estre ré-
duits ; et d’autant qu’ils en seront
plus esloignés, d’autant en seront-ils
plus difficiles: aussi pour la figure,
comme celle du coude. D’auantage,
d’autant que la luxation se fait plus
aisément en quelque partie, d’autant
aussi la réduction en est pareillement
plus aisée, que où l’os ne se des-
boëttequ’à grande difficulté.
Ceux qui sont bien charnus et graS,
leurs os ne se deboëttent pas si aisé-
ment, qu’en ceux qui sont maigres :
et aussi lors qu’ils sont hors de leur
lieu, plus difficilement se remettent :
352 LE QVATORZIEME LIVRE
et ceux qui sont plus maigres que de
coustume, leurs os se luxent et ré-
duisent plus facilement. Or la cause
pourquoy aux gras leurs os ne tom-
bent facilement , est que leur ioin-
ture est entièrement comprimée de
toute part par les muscles et gresse.
Au contraire ceux qui estoient gras,
puis sont deuenus maigres, leurs
iointures en sont plus lasches, par-
quoy plus facilement se desboëttcnt :
ioint que les iointures aux hommes
qui deuiennent maigres, se remplis-
sent de mucosités, par defautde bonne
nourriture et de chaleur de la partie,
qui rend le lieu plus glissant, comme
dit Hippocrates en la sent. 29. de la
sect. 1. du Hure des Articles. Mais en
vn corps maigre et sec de sa nature,
les muscles sont plus robustes, et les
ligamens plus forts et secs: et pour
cesle cause les os se disloquent à
lard : aussi à plus grande force sont-
ils réduits lors qu’ils sont deloüés.
Aucuns os estans joints , s’entr’ou-
urent et séparent l’vn de l’autre,
comme l’Omoplate de la clauicule,
au lieu que les Grecs nomment Acro-
mium 1 : l’os du coude et du rayon :
l’os de l’esperon, ou petit focile de
contre l’os de la gréue ou grand fo-
cile : l’os calcanéum de contre l’astra-
gale, ou l’osselet. Tous lesquels ne se
reioigncnt iamais comme ils estoient
auparauant qu’ils fussent escartés
et desioints. Aussi la partie en de-
meure le plus souuent difforme, et ne
recouure point si bien son action et
vsage : à raison que le plus souuent
les ligamens qui seruent à lier, atta-
cher, renforcir, et reuestir les parties
de nostre corps les vnes auec les au-
tres, sont rompus et trop relaschés.
Ceux qui ont luxation de cause in-
terne, icelle estant réduite, elle se
peut souuent disloquer de rechef:
parce que les ligamens estans imbus
et arrousés de l’humeur superflu qui
est découlé, ne peuuent faire tenir les
os: ce qu’aduient aussi quand les li-
gamens sont rompus: et lors qu’on
estimeque le malade soit guari,les os
sortent de leur place, et puis les ayant
de rechef réduits , n’y peuuent de-
meurer. Quelquesfois les ligamens ne
sont du tout rompus, mais portion
d’iceux : dont l’action de la partie se-
lon la disposition sera plus ou moins
deprauée ou perdue.
Il y a aussi vue autre luxation in-
curable , qui aduient à raison des
mesmcs ligamens: sçauoir lors qu’i-
ceux sont tellement remplis et abreu-
ués d’humidité superflue, que venans
à se raccourcir et retirer , ensemble
auec soy retirent et font distraction
des appendices d’auec leurs os. Car à
raison de la multitude des cauités et
tubercules , par l’insertion desquels
l’appendice est iointe auec son os, il
est presque impossible que la rencon-
tre s’en face en mesme que par-
auant *.
Pareillement si les luxations sont
inueterées , et qu’il y ait de quelque
humeur accrue aux cauités des ioin-
tures, les os ne pourront tenir.
Aussi lors que les testes de l’os ad-
iutoire, ou femoris, ont ià fait par
diuturnité de temps vn lieu broyé et
battu , auquel elles sont descendues
ou montées, iamais les os ne pourront
demeurer dans leurs iointures, en-
cores qu’on les y ait bien réduits:
pource que la cauité de la ioinlure
■Ce paragraphe a été ajouté en 1579;
l’idée m’en parait fort obscure : la traduc-
tion latine le rend mot à mot, et n’aidc en
aucune façon à en bien déterminer le sens.
* Celsus. — A. P.
DES LVXATIONS.
s’est remplie de cest humeur glai-
reux , lequel s'endurcit et augmente,
qui fait que l’os ne peut entrer ny
demeurer en sa iointure, et que la
teste desdils os a fait autre lieu ou
cauité tenant la place desdits os, la-
quelle est broyée et calleuse : de là
vient que quand les os sont remis, ils
ne peuuent tenir en leur place, à cause
que la chair qui estoit autour occupe
la cauité de l’os, et celle là qui est de-
meurée calleuse et dure lient alors le
lieu de iointure *.
Outre plus, ceux qui ont le haut du
bras luxé peuuent faire quelque
œuure de leur main , aussi bien
que de l’autre bras qui n’est luxé.
Car les mains ne portent pas le
corps, comme font les iambes. Et
d’autant qu’on fait exercice de la
main, d’autant aussi lebras est mieux
nourri.
Mais au contraire , quand il y a
luxation à l’os femoris , principale-
ment en la partie intérieure, il se fait
vne grande atrophie à la iambe, pour-
ce qu’on n’en peut faire nul mouue-
ment. Car les parties qui ont moins
de mouuement , sont aussi moins
nourries. Dont dit Hippocrates: «L’v-
sage et exercice des parties les robore
et entretient bien habituées : au con-
traire la paresse et cessation de mou-
uementj les extenue et débilité2. »
Finalement lors qu’il y a vne luxa-
tion accompagnée d’vne grande playe
et fracture, la voulant réduire, et fai-
sant extension, il y a danger qu’on ne
1 Je restitue dans le texte cette dernière
phrase , De là vient , etc. , qui se lit dans
toutes les éditions du vivant de l’auteur, et
qui manque dans toutes les éditions pos-
thumes.
2 1.iurc G. Epid. sect. 5. sent. 10. et sect. 3.
De art. sent. 88. — A. P.
353
face trop grande extension aux nerfs,
et ruption aux ligamens, veines , et
arteres : qui sont cause de conuulsion
et spasme , ou inflammation , et au-
tres accidens. Parquoy en tel cas Hip-
pocrates conseille ne réduire telle
luxation, et que le malade demeure
plustost impotent, que de luy osier la
vie. Car toute deloüeure se doit re-
mettre auant que l’inflammation y
soit venue : et si ja elle y estoit, il faut
laisser le malade en repos , et oster
l’inflammation , et n’irriter point le
mal, de peur d’y causer vne extreme
douleur, gangrené, spasme, et par
conséquent la mort : ce que i’ay veu
aduenir quelquesfois. Et quand l’in-
flammation, tumeur , et autres acci-
dens seront cessés , il faut essayer à
réduire l’os aux membres qui le peu-
uent souffrir : et à cela aide beau-
coup l’habitude du corps1. Car si le
corps est délicat et mollace, on fera
la réduction plus promptement et fa-
cilement: au contraire non.
Et te suffise du prognostic: main-
tenant il nous faut venir à la cure
vniuerselle.
CHAPITRE VI.
CVRE VNIVERSELLE DES LVXA.T10NS.
Outre ce que nous auons déclaré cy
deuant de la cure generale des frac-
tures et luxations, il sera bon d’es-
crire encores maintenant ce qui ap-
partient plus spécialement ausdites
luxations , t’aduertissant première-
ment d’obseruer cinq intentions, ou
respects , lesquels conuient faire par
ordre et successiuement. Lapremiere,
1 L’édition de 1575 ajoute : cl des liga-
mens, ce qui a été effacé dès 1579.
23
II
35A LE QUATORZIEME LIVRE,
tenir: la seconde, tirer: la troisième,
pousser : la quatrième, faire deuë si-
tuation : la cinquième , corriger les
accidens.
La première intention, qui est te-
nir, se doit entendre de tout le corps,
ou seulement d’vue partie. Tout le
corps se doit tenir, lors que l’espaule
est hors de sa place, ou les vertebres,
ou l’os de la euisse. Il ne faut tenir
que la partie , quand la luxation est
à l’os furculaire, ou au coude , ou en
la main , ou au genoüil , ou au pied :
et la raison pourquoy on tient, c’est
de peur qu’en tirant , le corps ne
suiue la partie que l’on tire : et où il
ne seroit tenu ferme , on ne pourroit
bien réduire la luxation.
La seconde intention, qui est de ti-
rer, c’est à fin qu’il y ait interualle li-
bre et spacieux entre les os desioints :
sur quoy il faut noter, qu’on doit met-
tre tousiours la partie en laquelle
l’os est tombé, au dessus, et celle dont
il est tombé, au dessous ou à costé *.
Or les façons de tirer, c’est à dire, es-
tendre , sont diuerses , selon que les
muscles et ligamens sont puissans, et
les os sont transportés en çà ou en là:
et pour ce faire on s’aide seulement
des mains. Que si les mains ne sont
suffisantes, on vse d’instrumens et
machines propres à ce faire , comme
tu verras par les figures cy apres de-
‘ La loi des extensions est d’une justesse
admirable avec la remarque qu’y ajoute no-
tre auteur; et c’est en l’oubliant lui-même
qu’il a adopté tous les procédés des anciens.
Essayez en effet de mettre l’aisselle où est
tombé l’humérus au-dessus de la cavité glé-
noide pour exercer les extensions dans les
luxations scapulo-humérales, vous n’y réus-
sirez qu’en élevant fortement le bras, et en
le tirant du côté de la tête. Dans le procédé
vulgaire, l’aisselle demeure au-dessous de
la cavité, et l'extension est irrationnelle.
peintes. Mais pour euiter l’inconue-
nient qui pourroit venir de trop es-
tendre, l’extension sera faite seule-
ment tant que l’os soit vis à vis de sa
cauité.
La troisième intention est, qu’apres
que la partie sera suffisamment es-
tendue, faut pousser , tourner, et vi-
rer l’os déplacé , selon qu’il sera be-
soin. Enquoy faut bien prendregarde
de ne pousser en autre lieu qu’en sa
boette, parce qu’on pourroit faire pas-
ser l’osd’vne parlieen l’autre: comme
si l’os adiutoire ou femoris sont luxés
en la partie anterieure, en les trop
poussant, on les jette et fait-on passer
en la partie postérieure, sans les faire
entrer en leur iointe. Pour à quoy
pouruoir, les os seront poussés par la
mesme voye qu’ils sont sortis : la-
quelle chose se fait facilement aux
luxations recentes, à cause des mus-
cles qui se retirent vers leur origine,
lors qu’ils sont aidés par la main du
Chirurgien. On connoist l’os y eslre
mis, quand entrant dans sa boette, il
fait vn bruit sonnant clocq: et la par-
tie qui estoit desloüée,’au toucher et à
la veuë est semblable à la saine de fi-
gure, conformation et grandeur 1 : et
la douleur est appaisée, et que la par-
tie fait ses mouuemens naturels, à
sçauoir flexion, extension prone et
supine , la haussant et baissant; et
tournant, comme elle faisoit aupara-
uant eslre luxée.
La quatrième intention, qui est de
faire deuë situation, c’est à fin que
l’os qui aura esté réduit , se puisse
contenir , et de rechefjie sorte de sa
boëttc. En la luxation du bras on le
1 Le paragraphe s’arrête ici dans l’édition
de 1575 ; celle de 1579 ajoute Set' la douleur
est appaisée: et le reste ne date que de l’édi-
tion de 16S5.
DES LVXATIONS.
tiendra en escharpc : et en celle de la
hanche, du genoüil, et du pied, au lit :
ainsi des autres parties qui sont dé-
clarées chacune à part soy. En quoy
faut obseruer , qu’apres la réduction
faite , l’on doit appliquer estoupades
et compresses baignées en oxycrat, et
couuertes de mcdicamens conuena-
bles : aussi qu’elles soient proprement
serrées et liées selon la partie luxée,
n’oubliant à tourner les bandes à l’op-
posile du lieu où l’os aura esté luxé.
Semblablement lesdiles compresses
seront mises plus grosses au lieu d’où
sera sorti l’os, qu’en vne autre part.
Car si on fait le contraire , il y aura
danger de le repousser et jetter hors
de sa place. Cela fait, on n’y doit tou-
cher de quatre ou cinq iours, s’il n’y
suruient douleur , ou quelque autre
accident.
La cinquième intention est, de re-
médier aux accidens et affections
compliquées, s’il en y a : comme dou-
leur , inflammation, playe, fracture,
et autres qu’auons dit au liure des
Fractures.
Que si la luxation estoit vieille ,
c’est-à-dire, qu’elle eust demeuré
long-temps sans estre réduite , et les
ligamens fussent endurcis et dessei-
chés, auant qu on essaye de la remet-
tre, il la faut adoucir et amollir auec
fomentations, cataplasmes, emplas-
tres, linimens, et autres choses neces-
saires : puis mouuoir et broyer, c’est-
à-dire , agiter deçà et delà (non par
violence) la ioinlure qu’on veut re-
mettre, à fin d’eschaulfer, dissoudre,
atténuer, lubrifier , et subtilier l’hu-
meur deflué sur icelle , pour mieux
eslendre les fibres des muscles, liga-
mens, et aponeuroses qui la lient.
355
Mais si on voit qu’il y ait grande dou-
leur, inflammation et tumeur , il n’y
faut toucher que premièrement tels
accidens ne soyent passés, comme
auons dit.
Les os qui sont enlr’ouuerts, en(re-
baaillés, et aucunement séparés, se-
ront reioints par bien bander, lier et
situer la partie, commençant le ban-
dage sur l’entr’ouuerture de l'os ,
puis situer la partie comme il est re-
quis. Il aduient de très grands acci-
dens à l’entr’ouuerture du talon ,
comme inflammation, douleur, con-
uulsions, et quelquesfois la mort:
parquoy ne doiuenl estre négligées*.
CHAPITRE VII.
DESCRIPTION DE QVELQVES INSTRV-
JMENTS SERVANS AVX LVXATIONS.
Auparauant que d’entrer en ma-
tière, i’ay voulu te faire peindre ces
trois ligatures , pour tenir et tirer les
parties luxées.
La première marquée par A. sert à
tenir.
La seconde marquée par B. est pour
tirer, qui est faite d’vn seul nœud.
La troisième marquée par C. est
auec deux nœuds, pour mieux tenir
fermement, comme tu vois par ces
figures2.
1 Ce dernier paragraphe manque dans les
deux premières éditions , et n’a été ajouté
qu’en 1585.
2 On trouve de ces lacqs ou d’analogues
figurés dans le livre d’Oribase de Laqueis.
356
le qvatorziéme livre,
Plus vn instrument pour tirer d’ vne
vehemente force , lors que la main
n’est suffisante, qui est fait en maniéré
d’vne petite moufle, marquée D.D. de-
dans laquelle il y a trois petites roues,
dans lesquelles se metune corde mar-
quée H., et aux extrémités il y a deux
crochets , dontl’vn sert pour tenir la
dite moufle contre quelque pillier, et
l’autre qui est pour tirer le lien qu'on
attache à icelle.
Figure de lu Moufle * .
AA Les couuercles desdites boettes.
BB Les boettes qui couurent ladite moufle.
C Vn piton à viz, qu’on pose dans vn pil-
lier de bois, pour attacher l’vn des
crochets de la moufle.
F Vn foret duquel on perce le pillier,
pour insérer ledit piton, comme tu vois
par ceste figure.
i Nul autre auteur avant Paré n’avait in-
diqué la moufle pour servir à la réduction
des luxations. Mais d’ailleurs il en revendi-
En lieu de la Moufle, aucuns prati-
ciens vsent de cest instrument nommé
Maniuelle , dont la pointe est faite en
maniéré de foret ou d’vne tairiere ,
qu’on attache contre vn pillier ou
soliue de bois : dans laquelle mani-
uelle y a vne viz, qui en son extrémité
que formellement lui-même la première
idée par ces mots nostre moufle qu’il répète en
divers endroits. Voyez p. 392, 395, 398, etc.
DES LVXATIONS.
35;
a vn crochet , là où on attache vn
lion, et par le moyen de la clef, ladite
viz tourne dans vne escrouëj et par
icelle est tiré le lien tant et si peu qu’il
est requis pour réduire l’os en sa
boette.
Figure de la Maniuelle *.
A présent nous poursuiurons les
deloüeures particulièrement , com-
mençans à la mandibule inferieure, et
finirons à l'extremité des doigts des
pieds.
1 Gersdorf avait employé le premier la vis
pour exercer l’extension sur le bras préala-
blement assujetti sur son ambi ou son fou
(voyez mon Introduction , p. ccvj ) , mais il
la faisait agir sur l’ambi même , et par un
mécanisme tout différent de celui-ci. Cette
manivelle parait avoir été inventée par Paré
vers 1563; elle est figurée dans ses Dix liures
de chirurgie , folio 229; Jil luijdonnait alors
le nom de Tiroir.
CHAPITRE VIII.
CVRE PARTICVLIERE DES LVXATIONS 1
ET PAP.TICVL1EREMENT DE LA MANDI-
BVLE INFERIEVRE.
En la mandibule inferieure se fait
luxation : ce qui aduient souuent en
baaillant et ouurant grandement la
bouche. Et icelle se fait en la partie
anterieure, et peu souuent en la pos-
térieure, à cause des deux addita-
mens mammillaires , qui l’engardent
estre reculée en arriéré.
Elle se fait en deux maniérés , à
sçauoir, seulement d’vn costé, et quel-
quesfois des deux.
Le signe qu’elle n’est deloiiée que
d’vn costé, c’est qu’elle est tournée de
trauers, et le costé dont elle est luxée
se monstre plus plat et caue, et celuy
de la partie saine plus esleué et auan-
cé : et la bouche du malade demeure
ouuerte , ne la pouuant fermer , ni
mascher les viandes : et les dents sont
plus auancées en deuant, que celles
de la mandibule supérieure et aussi
ne sont à l’endroit de leurs pareilles :
au contraire les canines se rencon-
trent sous lesincisiues , et la partie de-
loüéc et le menton sont tournés et
inclinés vers le costé qu’elle n’est
deloiiée.
Les signes qu’elle est deloiiée des
deux costés, sont, qu’elle pend sur la
poitrine , et tout le menton s’auance
en deuant, et par dessus la maschoire
on voit les muscles temporels tendus,
et la saliue coule de la bouche du
malade, ne la pouuant retenir : et ne
peut fermer la bouche , ny remuer la
langue pour parler, mais balbutie.
Lorsqu’elle est luxée des deux cos-
I tés, elle est plus difficile que]- quand
LE QVATORZIÉME LIVRE ,
358
elle n’est que d’vn costé, et pareille-
ment les accidens sont plus grands.
Parquoy elle doit estre soudainement
remise, ou autrement le malade tombe
en extreme douleur, fleure , inflam-
mation autour de la gorge , est en
danger de mort, et le plus souuent en
dix iours , plus ou moins , selon l’ha-
bitude du corps : à raison (comme dit
monsieur Dalechamps) des cinq ra-
meaux de nerfs qui viennent de la
seconde et cinquième coniugation du
cerueau, qui se distribuent aux mus-
cles qui la font mouuoir : au moyen
de quoi lors qu’ils sont violentement
eslendus, causent les accidens susdits
Les praticiens tiennent qu’en douze
jours, apres estre réduite, elle est as-
surée de non plus retomber.
Et où elle aura esté quelque temps
sans estre réduite, faut vser de reme-
des remollitifs et relaschans , comme
fomentations, linimens, cataplasmes ,
et semblables choses qui ont vertu de
ce faire. Et apres la réduction faite, on
y appliquera vn médicament fait de
blancs d’œufs et huile rosat, pour se-
der la douleur : et les compresses se-
ront trempées en oxycrat : et au se-
cond appareil on y en mettra vn au-
tre, qui aura puissance d’agglutiner et
reserrer les ligamens et autres par-
ties qui auront esté relaschées , à fin
aussi que la partie remise soit tenue
immobile, et soit astraiute.
Exemple.
y. Put. boli armen. sang. drac. farinæ vola-
til. mastich. picis resinæ ana § . fi .
Album, ouor. q. s.
Fiat medicam.
Etapres on pourra vser de l’emplas-
tre diachakiteos fondue en huile ro-
sat et vn peu de vinaigre, et autres
qu’on verra, estre necessaires.
CHAPITRE IX.
MANIERE DE REDVIRE LA MANDIBVLE ,
LORSQV’ELLE EST LVXÉE EN LA PAR-
TIE ANTERIEVRE DES DEVX COSTÉS.
Il faut faire coucher le malade en
terre, ou sur une petite selle basse , et
luy tenir fermement la teste, et que
le Chirurgien mette ses deux pouces
dans la bouche du malade , envelop-
pés d’vne petite bandelette, à fin qu’il
ne se blesse contre les dents , et qu’ils
n’eschappent et glissent, pressant sur
les grosses dents de la mandibule in-
ferieure, et quant-et-quant tenant les
doigts par dessous le menton en esle-
uant toute la mandibule.
Et si par ce moyen on ne peut faire
la réduction , à cause que la bouche
est si fermée qu’on n’y peut mettre
les poulces dedans , faut mettre des
coins de bois , qui ne soit pas dur ny
aspre, mais mol, et qui cede, comme
le bois de coudrier, ou sapin (et seront
de figure quarrée , de grosseur d’vn
doigt ou plus) : et les appliquera-on
dessus les dents molaires aux deux
costés , qui seruiront de conduire la
maschoire en son lieu quand on la ti-
rera : et les y faut tenir fort : puis on
mettra vne bande sous le menton, et
vn seruiteur mettra ses deux genoux
sur les espaules du malade , et tirera
en haut les deux bouts de la bande :
et alors le Chirurgien doit presser vers
le bas les deux coins de bois , et dres-
ser en leur lieu les os de la mandi-
bule l.
Et apres la réduction faut bander
1 Ce procédé remarquable a été puisé par
A. Paré dans Dalechamps , qui l’a pris dans
Guy de Chauliac , lequel enfin le rapporte
à son premier inventeur, .Tamier.
DES LVXA.TIONS.
et medicamenter le malade ainsi qu’il
est necessaire , et apres luy comman-
der qu'il n’ouure la bouche , et qu’il
ne mange rien difficile à mascher,ius-
ques à ce que la douleur soit passée :
et qu’il vse de choses liquides, comme
orge-mondé , panade, gelée , pressis,
coulis, et autres semblables.
CHAPITRE X.
MANIERE DE REDVIRE LA MANDIBVLE
LVXÉE SEVLEMENT D’VN COSTÉ.
Il faut faire asseoir le malade beau-
coup plus bas que le Chirurgien , et
luy fera-on tenir la teste en derrière
par vn seruiteur, à lin qu’en la rédui-
sant et tirant , il ne suiue le Chirur-
gien : ce qu’il faut touiours obser-
uer en toutes luxations, comme nous
auons dit. Puis mettra le pouce dans
la bouche du malade sur les dents
maxillaires, et abaissera la mandi-
bule , en la tirant à costé, et la pous-
sera en sa place. Et pendant qu’il fait
tel œuure , faut que le malade s’aide
de son costé, n’ouurant la bouche que
le moins qu’il pourra , à fin que les
muscles ne tendent point : mais plus-
tost on luy commandera de la laisser
aller sans la fermer : car en ce faisant,
les muscles crotaphites se retirent en
leur propre lieu , et aident à la ré-
duire.
Aucuns afferment qu’il se fait luxa-
tion de ladite mandibule en la partie
postérieure , et qu’alors la bouche de-
meure fermée, et le malade ne la peut
ouurir : aussi que les dents d’icelle ne
sont point tant auancées que celles de
la mandibule supérieure , mais sont
reculées en arriéré : et pour la réduc-
tion disent, qu’il faut tenir la teste du
359
malade fermement par derrière, et
que le Chirurgien mette ses pouces
dans la bouche , et les doigts sous le
menton , et qu’il la tire vers soy en
l’esbranlanl, et maniant d’vn coslé
et d’autre. Quant à inoy , iamais ie
n’ay veu telle luxation aduenir , et
pense qu’à grande difficulté se peut
faire, pour la raison prédite. Si elle
se faisoit, ce seroit vue luxation in-
complette , estant vn peu reculée
en arriéré contre lesdits additamens
mammillaires: et facilement se pour-
roit réduire en esleuant en haut la-
dite mandibule, donnant vn coup de
poing par dessous.
CHAPITRE XL
DE LA LVXATION DE L'OS CLAVICV-
LAIRE OV IVGVLAIRE.
L’os iugulaire se peut ployer, de-
loüer, et rompre. Il se desioint en
deux maniérés : l’vne de contre le
sternum, et l’autre de contre l’omo-
plate, à sçauoir, l’Acromium , qui est
partie et aboutissement de son es-
pinc, contre lequel est appuyée et
iointe la furcule. Toutesfois tant d’vn
costé que d’autre la luxation de cest
os est rare et difficile, pour la ferme
adhérence et connexion qu’il a auec
les parties susdites : et à grande diffi-
culté l’extremité qui adhéré au ster-
num se peut baisser en bas, à cause
qu’elle est soustenue de la première
coste.
Ladite luxalion peut aduenir au de-
dans , et au dehors, et aux costés : et
selon icelles différences il faut que le
Chirurgien face la réduction , qui se
fera en poussant et estendant le bras.
Et s’il est besoin on fera coucher le
3Go LE QVATORZIEME LIVRE
patient à la renuerse, ayant l’espaule
sur le cul d’une iatte , ou autre chose
semblable , à fin que l’cspaule et le
thorax se courbent en dehors , pour
puis apres réduire mieux la luxation
ou fracture : ce qui se fera en haus-
sant, ou baissant, ou tirant le bras du
patient en auant, ou en arriéré, selon
le costé auquel sera faite la disloca-
tion. Puis en poussant sur l’eminence
dudit os , sera réduit en son lieu. Et
conuient lier , et mettre compresses ,
et le tenir en repos , ainsi que s’il es-
tait rompu.
Galien sur le liure des Deloüeures
d’Hippocrates 1 dit , luy estant en
l’aage de trente-cinq ans , en s’exer-
çant dedans l’eschole publique , luy
auoir esté desioint l’os de l’acro-
miuin d’auec l’os furculaire, si gran-
dement , qu’entre l’acromium et l’os
furculaire estoit interualle de trois
doigts : et recite ceste deloüeure
auoir esté guerie par vue si violente
ligature , qu’il sentoit au dessous de
l’os furculaire le battement des ar-
tères. Laquelle il porta par l’espace
de quarante iours : et dit, que peu de
malades veulent souffrir vue si grande
compression, et si longuement comme
il est necessaire.
Or véritablement ceste luxation est
difficile à connoistre , et encore plus
à estre curée. le sçay qu’aucuns Chi-
rurgiens s’y sont trompés, eslimans
que la teste de l’auant-bras estoit
luxée. Car lors la sommité de l’es-
paule , appelée des Grecs Epomis , se
voit plus enflée, et le lieu d’où estoit
sorti l’os furculaire , caueet enfoncé,
auec douleur vehemente et grande
tumeur , et le malade ne pouuant
hausser le bras , ne faire autre mou-
t Des art. seet. 1. comm. sur la sent. 02.
— A. P.
uement necessaires de l’espaule. Et
où l’os ne sera réduit , le malade de-
meurera impotent , et ne pourra ia -
mais porter la main sur la teste ny à
la bouche.
CHAPITRE XII.
DE L’ESPINE LVXÉÊ.
L’espine est composée de plusieurs os
qui sont comme petites rouelles rap-
portées ensemble par eniointures, qui
aident chacun en son endroit vn peu
à faire son mouuement , pour fléchir
le dos sur le deuant, et non en arriéré,
selon leur rondeur et circonférence
de leurs cercles, pour plier et dresser.
Car si elleeust esté faite d’vnseul os,
l’homme eust esté immobile , estant
comme embroché ou empalé. Aussi
lesdites rouelles sont creuses , pour
donner vn chemin seur à la moelle
de l’espine , laquelle comme vn ruis-
seau coulant du cerueau, a esté faite
pour la génération et distribution des
nerfs qui deuoient donner sentiment
et mouuement à toutes les parties si-
tuées au dessous de la teste : desquels
sort par les trous de chaque roüelle
une coniugation Aussi il y a des veines
et arteres qui y entrent dedans poul-
ies nourrir et viuifier. D’auantage faut
entendre que la face postérieure de
l’espine dorsale est diuisée en quatre
parties, appelées apophyses et epi-
physes : dont les vnes montent en
haut, les autres descendent en bas, et
d’autres qui sont à trauers, et les au-
tres au milieu , comme crestes et es-
pines: à cause de quoy a esté appelée
Espine, pour ses forjettures qui sont
aiguës comme espines, à l'extrémité
desquelles il y a des cartilages. Et no-
DES TAXATIONS.
36 1
teras icy , que la première vertebre
n’a point de creste , pource que les
muscles qui meuuent la teste occu-
pent le lieu où elle deuoit naistre.
Or l’vtiliié de Fespine auec ses apo-
physes sert comme de bouleuertetfor-
tification à la moelle spinale , la cou-
urant et enueloppan t de toute par tcon.
tre les iniures externes. Aussi elle est
commelacarineetfondementdu corps
et principalement l’os sacrum, lequel
est le plus grand de toutes les vertè-
bres, et au plus bas d'icelles , comme
leur fondement: semblablement sous-
tient l’os de la hanche.Toutes les ver-
tèbres vont tousiours en diminuant :
et estoit (comme dit Galien) raisonna-
ble que celles qui sont sur les autres
soient moindres que celles qui sont
dessous , veu que ce qui est porté et
soustenu , doit estre moindre que ce
qui porte et soustient. V oila pourquoy
elles sont basties comme vn clocher.
Les apophyses latérales des vertebres
du metaphrenum ont d’abondant vne
autre vtilité, qui est d’appuyer et en-
iointer les os des costes.
Entre les vertebres y a des cartila-
ges, et vn humeur glaireux qui les
abreuue et humecte (semblable à ce-
luy de qui presque toutes les iointu-
res de nostre corps sont lubrifiées et
glissantes) pour les rendre plus obéis-
santes à leur mouuement, qui se fait
en deuant et non en derrière, comme
nous auons dit , à fin que les actions
de l’homme se facent mieux : et pa-
reillement pour ce que la grande
veine caue et grande artere, qui sont
couchées sur icelles, eussent esté trop
tendues et se fussent peu rompre, si
elles se fussent ployées en arriéré. A
ceste cause les eniointures des vertè-
bres sont en la partie postérieure , et
non à l'anterieure , et sont liées en-
semble par certains ligamens bien
forts Fvne auec l’autre. Or mainte-
nant ielaisseray plusieurs autres dis-
cours que fait Galien au liure trei-
ziéme De l’vsage des parties , parlant
de l’espine , et diray auec luy qu’en
nostre corps rien n’y est fait temerai-
rement, mais auec grande industrie
et artifice, par la sagesse admirable
du divin et grand Architecte, qui est
le Dieu viuant , sans qu’aucune chose
y soit superflue ou manque.
CHAPITRE XIII.
DE LA LVXATION DE LA TESTE AVEC LA
PREMIERE VERTEBRE DV COL.
La teste est assise sur le col , et en
la base d’icelle il y a deux apophyses
ou eminences près le grand trou par
lequel passe la moelle spinale, les-
quelles sont receues par deux cauités
qui sont en la première vertebre du
col : et icelles aucunesfois se desioi-
gnent et séparent desdites cauités , et
font luxation en la partie postérieure:
à raison de quoy Fespine médullaire
est foulée, pressée, et esiendue : et
lors le menton du malade touche à la
poitrine, et ne peut rien aualer, ny
parler : et meurt subitement, non par
la faute du Chirurgien , mais par la
grandeur du mal, qui est du tout in-
curable.
CHAPITRE XIV.
DE LA LVXATION DES VERTEBRES
DV COL.
Il sepeutsemblablementfaire luxa-
tion complette ou incomplette aux
autres vertebres du col. Si elle est
362
LE QVATORZIÉME LIVRE,
complette , subitement la mort s’en-
suit si elle n’est promptement réduite,
à cause que la nucque et les nerfs
(principalement ceux qui seruent à la
respiration) sont comprimés et serrés,
dont l’esprit animal n’y peut reluire :
et subit y suruient inflammation ,
squinancie, et difficulté de respirer.
Quelquesfois aussi ladite luxation
est incomplette, ce qui peut aduenir
à toutes verlebres, à sçauoir, quand
elles sont peruerties en la partie an-
terieure ou postérieure. Le signe
qu’elle est incomplette, est que le col
demeure tors, et le malade a le visage
liuide, et difficulté de parler et res-
pirer.
Le moyen de réduire icelle luxa-
tion, soit complette ou incomplette ,
c’est qu’il faut faire asseoir le malade
en vne chaire basse, et qu’vn serui-
teur luy presse sur les espaules , et le
Chirurgien prendra sa teste aux cos-
tés des oreilles auec les deux mains ,
et l’esleuera en haut, en tournant et
virant de costé et d’autre , iusqu’à ce
qu’elle soit réduite. Le signe qu’elle
sera réduite, est que le malade sentira
promptement allégement de douleur,
et pourra tourner la teste de costé et
d’autre. Apres la réduction faite, faut
faire pencher la teste du costé oppo-
site à la luxation , et lier le col au-
tour de la iointure de l’espaule : et en
ce faisant se faut garder de trop lier
et serrer la gorge , de peur d’empes-
cher la respiration et transglutition.
CHAPITRE XV.
DE LA LVXATION DES VERTEBRES
DV DOS.
Les vertebres du dos se peuuent
luxer en quatre maniérés : à sçauoir.
anterieure, postérieure, à costé dex-
tre, et senestre. Le signe qu’elles sont
luxées en la partie anterieure , est
qu’on voit qu’elles sont enfoncées en
dedans. Lors qu’elles sont luxées en
la partie postérieure, elles sont trou-
uées gibbeuses, c’est-à-dire, plus haut
esleuées par dehors qu’elles ne doi-
uent : quand elles sont luxées aux
costés, on y voit vne eminence contre
nature.
Les vertebres deuiennent gibbeu-
ses de cause interne ou externe : ce
qui est commun à toutes luxations.
La cause interne est vne fluxion
d’humeurs, enuoyés sur lesroüelles
de l’espine et sur leurs ligamens, ou
de tout le corps, ou de quelque par-
tie : ou l’imbécillité mesme des roüel-
les et ligamens qui amassent telles
superfluités : ou douleur qui les y
attire.
La cause externe est pour tomber
de haut sur choses dures , ou par
coups orbes , et de se pencher et cour-
ber sur le deuant : ce qu’on voit aux
vignerons , paueurs, et autres maniè-
res de gens qui gaignent leur vie en
se fort ployant , comme nous auons
dit cy deuant. Aussi à ceux qui ont
vne luxation extérieure de l’os femo-
ris, qui n’a peu eslre réduit, pource
qu’en cheminan l le malade se panche,
et appuyé sa main sur la cuisse , il se
fait que par vne accoustumance les
vertebres se courbent. Telle disposi-
tion se lait pareillement aux vieux
qui se panchent sur le deuant.
Or les vertebres ne sont gueres
poussées de la partie poslerieuro à
l’anlerieure, si ce n'est à grande vio-
lence : et encore les ligamens peuuent
pluslost se rompre que de se tant
estendre : et telles luxations sont
mortelles , à cause que la moelle
spinale est offensée par la compres-
DES LVXATIONS.
363
sion : et estans ainsi pressées , les par-
ties sont rendues stupides et insensi-
bles. Donc si les vertebres sont luxées
par dedans , la réduction ne se peut
iamais faire , pource qu’on ne peut
les repousser par le ventre pour les
réduire en leur lieu. Il suruient aux
malades difficulté d’vriner, et ietter
les autres excremens du ventre : aussi
leur aduient aux cuisses vn refroidisse-
ment et abolissement de sentir et
mouuoir : et à aucuns l’vrine et au-
tres excremens sortent inuolontaire-
ment : et aussi quelquesfois sont re-
tenus du tout : combien que non seu-
lement tels accidens aduiennent aux
luxations , mais aussi par playe et
fracture *. Or quand l’espine est
luxée en la partie intérieure , elle in-
duit les accidens dessusdits, parce que
les nerfs qui procèdent de la moelle
vont et se disséminent plus aux
parties intérieures qu’exterieures :
parquoy ils sont plus pressés : et pa-
reillement la moelle spinale, ensem-
ble toutes les parties qui ont con-
nexion et consentement auec elle ,
s’enflamment : dont la vessie ne peut
plus ietter l’vrinc. La stupeur pro-
uient à cause que la faculté animale
(pour la compression des nerfs, en-
semble de la dure et pie-mere) ne
peut reluire par iceux : dont s’ensuit
nécessairement difficulté de sentir.
Alors la vessie et les intestins ne font
plus leur action naturelle , qui est
d’ouurir et astreindre : dont la mort
s’ensuit.
Quand l’espine est luxée en la par-
tie extérieure , elle ne cause point ces
accidens susdits , pource qu’elle ne
fait point compression à la medulle
spinale ny aux nerfs.
1 Galien sur la sent. 51. de la 3. sect. du
Luire des articles. — A. P.
CHAPITRE XVI.
LA MANIERE DE REDVIRE L’ESPINE
LVXÉE EN LA PARTIE EXTERIEVRE.
Pour réduire les vertebres gibbeu-
ses, c’est-à-dire, luxées en la partie
extérieure , faut situer le malade sur
vne table, le mettant sur le ventre,
et le faut estendre au long d’icelle, et
le lier commodément par dessous les
aisselles et au dessus des hanches ,
auec la tierce partie d’vne nappe. Pa-
reillement luy faudra lier les cuisses
et les pieds : puis sera tiré en haut et
en bas, et estendu le plus qu’on pour-
ra , sans toutesfois grande violence :
car où telle extension ne se feroit , il
seroit impossible de réduire la verté-
bré luxée, à cause des apophyses qui
sont receues et reçoiuent pour s’en-
tretenir les vnes les autres. Apres l’ex-
tension deuëment faite , le Chirurgien
poussera de ses mains en dedans la
vertebre qui fera eminence.
Et si on ne la peut réduire en ceste
maniéré , il faut enuelopper auec du
linge deux bastons de grosseur d’vn
doigt, et de longueur de quatre , plus
ou moins, et les appliquer aux costés
des vertebres luxées, et presser seu-
lement sur icelles , pour les ietter de-
dans leur apophyse arliculatoire ,
ainsi qu’il t’est demonstré par ceste
figure1.
1 Je n’ai trouvé ce procédé dans aucun au-
teur antérieur ni même contemporain ; en
sorte qu’on peut en rapporter l’invention à
Paré. Il est fort douteux cependant que ja-
mais on soit parvenu par ce moyen à réduire
une luxation des vertèbres; bien plus , la
luxation des vertèbres dorsales est encore à
observer.
364
r
LE QVATORZlÉME LIVRE ,
Et ne faut toucher ny presser sur
les apophyses qui sont au milieu , de
peur qu’on 11e les rompe.
On connoistra la vertebre estre ré-
duite, quand elle sera égalé aux au-
tres qui luy sont proches. Apres la ré-
duction faut lier et presser la partie ,
et y mettre des astelles ou platines de
plomb accommodées à ce faire : les-
quelles seront si bien appropriées,
qu’elles ne pressent nullement sur
l’areste des spondyles, mais seulement
aux costés. Aussi faut faire situer le
malade sur le dos , et y tenir longue-
ment les astelles, de peur qu’il 11e se
face réitération de luxation.
CHAPITRE XVII.
DE LA LVXATION DES VERTEBRES FAITE
DE CAYSE INTERNE.
Les vertebres se luxent pareille-
ment de cause antecedente, qui se
fait par l’imbécillité naturelle des par-
ties, principalement du ligament ner-
ueuxpar lequel toutes les vertebres
sont liées ensemble. Or cedit liga-
ment est plein d’vn humeur glaireux
et glutineux, que Nature a engendré
autour desdites vertebres, ainsi qu’és
autres articles, à fin que leur mouue-
ment soit plus libre. Cesluy ligament
ne va iusques à la moelle de l’espine,
et lie seulement les vertebres par de-
hors : mais il y a vn autre, dont la
moelle de l’espine est toute enuiron-
née, outre la Pie et Dure mere, à fin
qu’elle ne soit offensée par les verte-
bres quand elles se meuuent, laquelle
naist du Pericrane à l’endroit qu’il est
conioint auec la première vertebre
du col.
Or quelquesfois il se fait mixtion
de grande fluxion d’vn autre hu-
meur contre nature , froid , crud ,
gros , visqueux et glutineux , dont
s’engendre vne tumeur qui fait dis-
tension des nerfs qui sortent des ver-
tebres, et principalement des ligamens
qui les lient. le dis principalement
des ligamens : car il ne huit pas esti-
mer que les nerfs qui sortent de la
moelle , puissent tirer auec eux les
vertebres et les luxer, parce qu’ils
DES LVXATIONS.
365
sont si petits et mois qu’ils ne le peu-
uont faire. Or les ligamens estaus fort
distendus et tirés vers la tubérosité et
tumeur noueuse, tirent à soy les ver-
tébrés, à sçauoir, au dedans ou de-
hors, à dextre ou senestre, et par con-
séquent les luxent. S’il y a des tumeurs
ou nodosités au dedans et au dehors,
l’espine sera tournée des deux costés,
à sçauoir, au dedans et au dehors, et
aux costés : et voit-on alors l’espine
estre tournée en figure d’arc, ou de
S, ou d’autre figure, qui sera faite se-
lon que les vertebres seront dépla-
cées de leur lieu naturel. Les Grecs
ont donné certains noms à telles de-
loueures, à sçauoir, Cyphosis , Lordo-
sis, Scoliosis : qui nous ont esté inter-
prétés par monsieur Dalechamps en
sa Chirurgie françoise ■ Cyphosis, est
la bosse releuée en dehors: Lordosis,
est enfonceure baissée en dedans :
Scoliosis, est entorseure, ou bosse non
droite, mais tournée et entorsée ,
c’est-à-dire , ietlée à dextre ou à se-
nestre.
Les causes qui font ainsi desioindre
les vertebres, sont cheutes, contu-
sions, l’habitude de tout le corps trop
humide, qui enuoye sur icelles des
humeurs glaireux et visqueux qui
les amollissent, lubrifient, et relas-
chent. On voit cecy aduenir aux
ieunes enfans, à cause de leur trop
grande humidité et tendresse : comme
(pour exemple) on voit qu’on plie fa-
cilement vne verge humide et verde.
Aussi il aduient par la faute de leurs
nourrices , qui estreignent aux filles
la poitrine et les costés, à l’intention
de leur faire à l’aduenir le corps
gresle, et les hanches esleuées : car
par telle faute les os de la poitrine
sont contraints de se ietter trop en
deuant ou en arriéré , dont s’ensuit
gibbosité et bosse : et quelquesfois
vne espaule ne croist pas et demeure
amaigrie, et l’autre croist et s’engros-
sit par trop. D'auantage la nourrice
peut encores faire faute au coucher
de l’enfant, qui le couche plustosl sur
les costés que sur le dos l. Aussi au le-
uer : car si venans à leuer leurs en-
fans, elles lesprennent seulement par
les pieds sans soustenir le dos de l’au-
tre main , à la longue viendra luxa-
tion aux vertebres, à raison de la pe-
santeur des parties supérieures au
regard des inferieures. Ce qui a prin-
cipalement lieu aux petits enfans , à
raison qu’ils croissent plus en teste
qu’en tout le reste du corps.
CHAPITRE XVIII.
PROGNOSTIC.
Si en l’aage d’enfance les vertebres
du Metaphrene sont voûtées, les cos-
tes ne croissent point ou peu en
large , mais se forjettent en deuant :
et partant la poitrine ou le sternum
perd sa largeur conuenable et s’ai-
guise en pointe. Parce aussi que les
costés sont peruerties de leur situa-
tion naturelle, les malades deuien-
nent asthmatiques, ne pouuans auoir
librement leur inspiration et expira-
tion naturelle , à cause que les poul-
mons sont pressés, et les muscles qui
seruent à la respiration : et partant
sont contraints, pour mieux auoir leur
haleine, et tenir le col fléchi en ar-
riéré : ce qui leur fait monstrer la
gorge grosse en deuant : aussi pour
l’anguslie et stricture de la trachée
artere, par laquelle l’air entre et sort
és poulmons, ils respirent auec bruit,
1 Le chapitre se termine ici dans l’édition
de 1575; le reste est de 1579.
356 LE QVATORZIEME LIVRE,
et en dormant soufflent. Ils sont aussi
sujets à defluxions sur les poulmons :
et dit Hippocrates qu’ils ne viuent
pas longues années L
Si les vertebres des lombes sont for-
jeltées en la partie intérieure, les ma-
lades sont sujets à maladie des reins
et de la vessie : aussi leurs iambes
leur deuiennent plus gresles : la bar-
be et le poil du penil sort plus tard ,
et en moindre quantité : et sont pa-
reillement moins fertiles à procréer
lignée, que si le vice estoit à celles du
Metaphrene.
Les gibbosités qui viennent des
causes extérieures, sont aucunes fois
curables: mais celles qui sont faites
de causes intérieures, sont incurables,
si on n’y pouruoit au commencement
par grande metbode. Parquoy les
bossus qui viennent de cause hérédi-
taire, c’est-à-dire de pere et mer» bos-
sus, sont du tout incurables.
Aussi quand l’espine est gibbeuse
en enfance, et auant que le corps soit
parfaitement creu ou agrandi , elle
ne croist plus : mais les bras et les
iambes se parfont. Est ne faut s’emer-
ueiller de cela : car à cause que les
veines, arteres et nerfs sont peruertis
de leur propre lieu, aussi qu’à grande
difficulté les esprits y peuuent re-
luire , nécessairement l’aliment n’y
paruient pas en telle quantité qu’il
deuroit: dont il s’ensuit émaciation,
c’est-à-dire , amaigrissement : mais si
le corps a acquis ses trois dimensions,
c’est-à-dire qu’il ne croisse plus , les
parties de l’espinc deuiennent seule-
ment emaciées: mais les parties loin-
taines, comme les bras et les iambes,
sont du tout sans mal. Car les verte-
bres ainsi viciées ne gastent pas tout
1 Hippocrates sect. 3. du Liure des articles
depuis la sent, 6. — A. P.
le corps , mais seulement les parties
qui luy sont prochaines.
11 nous reste à parler maintenant
de la moelle de l’espine , laquelle se
peut par vn grand mouuement es-
branler, sans que les vertebres soyent
luxées. Ce mal se peut appeller com-
motion ou concussion : lequel se fait
quand elle se déprimé de son lieu où
elle adhéré. Les causes sont pour
tomber de quelque lieu haut en bas,
ou par quelque grand coup orbe, ou
pour auoir eu l’astrapade. Peu rcs-
chappent à qui tel accident aduient,
pour plusieurs raisons que le Chirur-
gien dogmatique peut bien excogiler
et sçauoir1. l’ay différé iusques icy
vn point fort considérable pour le
prognostic de la luxation des verte-
bres : c’est que plus il y a de vertebres
luxées, moins est dangereuse la luxa-
tion : la raison est , qu’en tel cas la
moelle spinale n’est pas si pressée
que quand il n’y a luxation que d’vne
verlebre : à raison que la luxation de
plusieurs vertebres fait en la moelle
vn angle obtus, et celle qui n’est que
d’vne, y fait vn angle aigu. C’est ce
que tant de fois répété Hippocrates
en la sect. 3. du liure des articles, que
la luxation orbiculaire de l’espine est
moins dangereuse que l’angulaire.
- ■- =
CHAPITRE XIX.
DE LA LVXATION DE L’OSCOCCYX,CAVD.E,
OV QVEVË,
L’os caudœ se luxe en dedans pour
tomber violentement sur le croupion,
ou par quelque coup orbe.
Le signe qu’il est luxé est quand
* Le chapitre finit ici dans l’édition de
1575; le reste a été ajouté en 1579.
DES LVXATIONS.
le malade ne peut mettre le talon vers
la fesse, inesmes ployer le genoüil
qu’à grande peiue et difficulté : et
va à ses affaires auec douleur : et ne
se peut tenir assis, si ce n’est sur vue
chaire percée.
Pour le réduire, il faut mettre le
doigt dans le siégé, tant qu’il soit ap-
posé à l'endroit du lieu affecté , ainsi
qu’auons dit en sa fracture : puis on
esleuera ledit os vers les parties supé-
rieures auec force, et de l’autre main
on l’egalera en son lieu extérieure-
ment : puis sera traité par remedes
cy dessus mentionnés. Il est affermi
en vingt iours : durant lesquels si le
malade seleuedulit, faut qu’il soit
assis en vne chaire percée, de peur de
faire réitération de la luxation.
CHAPITRE XX.
DE LA LVXATION DES COSTES.
Les costes par vne grande contu-
sion se peuuent desioindre et luxer
aux costés des vertebres oû elles sont
iointes , et cstre poussées au dedans :
dequoy les anciens n’ont point parlé:
toutesfois ils confessent que tous les
os en general se peuuent peruertir de
leurs iointures.
Le signe qu’elles sont luxées aux
costés, est qu’auec les doigts on
trouue vne inégalité, à sçauoir, ca-
uilé d’vn costé, et exluberance de
l’autre : et lors qu’elles sont poussées
au dedans , on trouue vne cauité au
lieu où elles adhèrent aux vertebres.
Telles luxations causent plusieurs
et diuers accidens, à sçauoir, diffi-
culté de respirer, à cause que leur
mouuement est empesché, ioint aussi
que le malade ne se peut ployer et
dresser. Et pour la contusion faite
367
sur icelles, la chair contuse deuient
boursouflée, pituiteuse, muqueuse, et
glutineuse, pour les raisons qu’auons
déclarées en la fracture d’icelles.Donc-
ques pour obuier à tels accidens, faut
promptement faire la réduction, puis
on remédiera à ceste boursoufleure.
Si la luxation est faite au costé su-
périeur des vertebres, on fera tenir
le malade debout, ayant les bras sus-
pendus à quelque porte ou fenestre :
puis on comprimera sur l’eminence
de la coste luxée, tant qu’elle soit ré-
duite en son lieu. Au contraire, si la
luxation est faite du costé inferieur,
faut que le malade se ployé, ayant les
mains sur les genoux : puis le Chirur-
gien poussera sur l’eminence tant
qu’elle soit réduite. Et si la luxation
est faileen la parlieinterieure,iln’est
possible qu’elle soit réduite par la
| main du Chirurgien, non plus que la
luxation des vertebres faite en de-
dans, pour les raisons susdites.
CHAPITRE XXI.
DE LA DEPRESSION OV ENFONCE V RE
DV STERNVM1.
Le sternum peut estre déprimé et
enfoncé au dedans par vn grand coup
orbe : ce que i’ay veu aduenir par vn
coup de mousquet , le malade estant
1 J’ai rétabli dans le texte ce chapitre 21,
qui se lit dans l’édition de 1575 et a été re-
jeté de toutes les autres. Des deux para-
graphes qui le constituent, le premier a trait
à une histoire déjà rapportée avec plus de
détails au Liure des fractures, chap. 10; et
le second se lit au livre deuxième de l'ana-
tomie, chap. 1. Voyez t. I, p. 176. Mais il
était ici plus à sa place , et c’est pour cela
que j’ai suivi le texte de l’édition de 1575.
LE QVATORZIÉMK LIVRE ,
368
armé , dont sa cuirasse fut enfoncée ,
et par conséquent le sternum.
le ne veux à ceste heure oublier et
dire l’abus et déception d’aucuns, qui
tiennent que le cartilage xyphoïde ,
appellé du vulgaire la fourchette, se
luxe et tombe : qui est vne chose ,
faussement inuentée : car iamais ne
peut tomber ny se déplacer. Parquoy
en cest endroit ie n’en veux faire au-
cune mention.
CHAPITRE XXII.
DE LA LVXATION DE l’eSPAVLE.
Il se fait facilement luxation en
l'espaule , parce qu'en ceste iointure
les ligamens sont lasches, et la cauité
de l’omoplate peu caue, et de toutes
parts égalé et lissée, c’est-à-dire, po-
liè, et pareillement la teste de l’auant-
bras : ce qui se fait par le moyen des
cartilages, et de certain humeur glai-
reux qui la lubrifie et humecte :
ioint aussi qu’il n’y a point de liga-
ment en ceste iointure d’os en os,
comme il y a en la hanche et au ge-
noüil. Et telle chose a esté faite par
la prouidence de Nature, à cause qu’i-
celle ne fait seulement extension et
flexion , comme le coude , mais fait
d’auantage: c’est qu’elle contourne le
bras circulairement, en figure supine,
et prone, et en toutes parts.
L’os adiutoire, que Hippocrates ap-
pelle l’auant-bras , se peut luxer en
quatre maniérés, c’est à sçauoir, en la
partie supérieure, inferieure, ante-
rieure , et extérieure 1 : iamais en la
> Galien , sur la sent. 1 . et 2. du Liure des
articles. — A. P.
11 y a eu ici une variation importante dans
le texte. En 1575, Paré admettait des luxa-
posterieure , à raison de la cauité du
palleron qui reçoit la teste de l’auant-
bras : iamais aussi en l’interieure par-
tie de la iointure, tant pour le grand
et fort muscle deltoïde qu’elle a par
dessus, que la creste du palleron et
de l’acromium qu’elle a tirant vers le
col, et l’apophyse ancyroïde qu’elle a
tirant en dedans.
Communément et le plus souucnt
elle se fait en la partie inferieure:
partant nous la descrirons première-
ment. Doncques le signe que la luxa-
tion est faite en la partie inferieure,
est qu’on trouue vne cauité sur l’es-
paule: et l’extremité de l’omoplate,
nommée acromium , se trouue estre
aiguë et auancée en dehors , parce
que la teste du haut du bras est des-
cendue sous l’aisselle , qui y fait vne
eminence. Le coude se iette en de-
hors , et s’escarte des costes : toutes-
fois l’approchant de force , on le fait
ioindre et toucher à icelles. Aussi il
est 1 plus difficile au malade de l’a-
uancer en deuant, que le retirer en
derrière : d’auantage le bras est plus
long2. Pareillement le malade ne
tions en la partie supérieure, inferieure, ante-
rieure et posterievre ; et en conséquence,
les remarques qui suivent sur l’impossibilité
de la luxation postérieure et même sur \'an-
lerieure n’existaient pas. La dénomination
de luxation en arrière venait sans doute à
l’auteur de son éducation première, et il
l’avait vue dans Guy de Chauliac. On peut
penser qu’il se corrigea dans l’édition de
1579, soit par la lecture du texte de Galien,
qu’il cite; ou encore par les réflexions de
Dalechamps sur le texte de Paul d’Egine,
où l’on retrouve d’ailleurs les doctrines de
Galien.
L’édition de 1575 dit: aussi il est plus
loin que l’autre, et plus difficile, etc.
2 Le texte a subi ici un changement sin-
gulier. En 1575 et en 1579, on lisait : le bras
est plus court ; ce n’est qu’à partir de l’édi-
a
DES LVXATIONS.
peut leuer le bras sur l’autre espaule,
ny porter sa main à la bouche, et
sent douleur quand il manie son bras
en quelque maniéré que ce soit ,
pource que les muscles sont pressés
et tendus , et aucunes de leurs fibres
sont rompues. Et ce signe n’est pas
seulement particulier pour la partie
inferieure , mais pour les luxations
laites en toute autre partie de l’es-
paule.
Il faut icy entendre, que le signe
de ne pouuoir leuer le bras ny l’es-
tendre, n’est certain pour conclure la
luxation1. Car cela peut aussi venir
d’autre cause , comme contusion ,
fracture , inflammation , playe , apos-
teme, ou scirrhe, ou quelque fluxion
faite sur les nerfs qui naissent des
vertebres du col pour eslre distribués
au bras.
Or il y a six maniérés de réduire la
luxation , quand elle est faite en la
partie inferieure. La première, auec
le poing ou les doigts. La seconde ,
auec l’espaule mise sous les aisselles :
lesquelles deux conuiennent à la des-
loüeure recente, et facile à réduire,
comme aux jeunes enfans, et femmes,
et ceux qui sont peu charnus, et gé-
néralement qui ont vne habitude
lion de 1535 que Paré a remis , le bras est
plus lonr/. D’où est venue cette correction?
Celse avait écrit que le bras était allongé; et
le traducteur latin de Paré, se trouvant en-
tre l’autorité du texte qu’il traduisait et l’au-
torité de Celse, préféra cette dernière, et se
permit cette incroyable licence de traduire
le bras plus court par brachium long lus. Celle
liccuce eut d’ailleurs un plein succès , et
peut-être A. Paré avait-il ôté consulté à cet
égard ; quoi qu’il en soit, il est certain qu’en
1585 il a mieux aimé suivre son traducteur
que son propre texte. Mais que devient dans
tout ceci l’autorité de l’observateur ?
1 Belle annotation. — A. P.
36g
mollasse et pituiteuse. La troisième ,
auec le peloton de fil poussé par le
talon. La quatrième, auec vne pelote,
iettant le bras sur vne barre de bois,
ou sur vne courge , ou autre chose
semblable, soustenue par deux serui-
teurs , ou entre deux colomnes , ou
sur vne porte. La cinquième, auec
l’eschelle. La sixième, auec le arnbi l.
Toutes lesouelles nous descrirons
maintenant.
Et en quelque maniéré qu’elle
soit luxée , faut pour la réduire tirer
le bras en bas vers la terre2.
CHAPITRE XXI H.
LA PREMIERE MANIERE DE REDVIRE L’ES-
PAVLE, AVEC LE POING OV LES DOIGTS
IOINTS ENSEMBLE.
Il faut premièrement tenir ferme-
ment le malade au dessus de la ioin-
ture de l’espaule, par vn homme assez
fort : secondement , luy faire tirer le
bras par vn autre au dessus du coude
contre bas, tellement que la teste de
1’auant- bras soit posée vis-à-vis de sa
boette. Ayant tiré suffisamment , le
Chirurgien haussera et poussera de
ses mains ou de son poing , l'os de-
dans sa cauité.
El icy noteras, qu’aux luxations ré-
centes, et aux icunes, et aux peu
charnus , et à ceux qui sont de tem-
pérament mollasse , lors qu’on fait
suffisante extension, la teste de l’os
estant desucloppée d’entre les mus-
1 L’édition de 1575 écrit le lambin ; mais ce
parait être une faute d’impression qui a été
corrigée dès 1579.
2 Celte dernière phrase n’a été ajoutée
qu’en 1585. Du reste on la retrouvera plus
bas au chapitre 28.
II.
24
LE QVATORZJÉME LIVRE ,
370
clés, et autres parties qui la compri-
ment, lesdits muscles de ceste partie
soudain lâchés aident à réduire
l’os 1 : ce que i’ay conneu quelques-
fois: car ne taisant seulement qu’vne
préparation en tirant et haussant vn
peu le bras, la réduction se faisoit
sans y penser : ce qui se faisoit par le
moyen des muscles qui se retiroient
vers leur principe, et ce faisant ti-
roient l’os en sa boette.
Et si par ce moyen la main n’est
suffisante, tu attacheras l’espaule du
malade par le lien qu’auons cy des-
sus figuré, contre vn pilier, ou tenu
par derrière par vn fort homme : puis
le bras du malade sera lié au dessus
du coude auec vn escheueau de fil,
lequel sera attaché auec vne corde ,
et tiré par la moufle qu’auons pareil-
lement descriie cy dessus, et vn ser-
uiteur tirera la corde tant et si peu
qu’on voudra. Puis le Chirurgien aura
vne seruiette, ou autre lien, qui sera
passé sous le bras du malade , assez
pies de la deloüeure, lequel sera
passé sur le col du Chirurgien, à fin
qu’il esleue le bras en haut : et de ses
deux mains réduira l’os en son lieu ,
en tournant le bras vers la poitrine
du malade , comme lu vois par ceste
figure.
Apres la réduction , faut appliquer
sur toutes les parties voisines de l’es-
paule vn médicament fait de folle fa-
rine, bol armene, myrliles , encens,
poix résiné, aluni , subtilement pulue-
risés, et incorporés auec blanc d’œufs.
Et faut mettre sous l’aisselle vn pelo-
ton de laine ou de coton , ou vne
compresse de drapeau trempée en
huile rosat ou de myrtile, auec vn
peu de vinaigre, et vn peu d'onguent
rosat .réfrigérant de Galien , de peur
qu’elle ne tint au poil, s’il y en auoit.
Apres on fera la ligature large de
cinq doigts , ou plus ou moins, selon
la grosseur du malade, et longue de
deux brassées ou plus, laquelle sera à
deux chefs : commençant le bandage
par le milieu d’icelle, ieltée sous l’ais-
selle , et menée par dessus l’espaule
* Point notable. — A. P.
DES LVXATIONS.
371
malade , puis par dessous Vautre ais-
selle , de sorte que ses reuolu lions se
; croisent en forme de croix S. André,
et faire tant de tours qu’il sera be-
soin. Apres on attachera le bras con-
! tre les costes, et sera situé en es-
charpe assez haut en figure d’vn an-
gle droit, tenant la main près l’espaule
saine, à fin que l’os recentemenl re-
mis 11e tombe de rechef hors de sa
boette: et ne faudra remuer l’appa-
reil de quatre ou de cinq iours/s’il n’y
suruient quelque accident.
_
CHAPITRE XXIV.
AVTRE MANIERE DE REDV1RE P’ESPAVl.E
AVEC LE TALON, LORSQVE LE MALADE
NE SE POVRROIT TENIR DROIT NY ASSIS.
Faut faire coucher le malade con-
tre terre sur quelque couuerture ou
matelas : puis on luy mettra sous Vais-
selle vn peloton de fil, ou vne pelote
de cuir remplie de bourre ou de co-
ton , de grosseur proportionnée à la
capacité de l’aisselle, à fin que du ta-
lon on puisse mieux pousser l’os en
sa place Car lors qu’on tire le bras ,
il se fait plus grande cauité en l’ais-
selle, à cause des tendons et des mus-
cles qui sont des deux costés. Puis le
Chirurgien s’asserra vis-à-vis du ma-
lade au deuanl du bras desloüé. Et si
c’est l’espaule droite, il accommodera
le talon de son pied droit sur la pe-
lote: et si c’est l’espaule gauche, il
accommodera le talon du pied gau-
che. Puis apres il empoignera le bras
du malade, et le tirera vers les pieds,
et auec le talon il poussera fort con-
tre l’aisselle. El pendant que cela se
fait, il y aura vn seruiteur par der-
rière la teste du malade, lequel haus-
sera le bras auec quelque seruielte
deliée, ou quelque lien ou courroye
propre à ce faire , et posera la plante
de son pied sur l’espaule du malade,
et la poussera en bas. Et d’auantage
pour bien faire, il y aura vn autre
seruiteur assis de l’autre coslé, qui
tiendra le corps et le bras sain du
malade, à fin qu il 11’obeïsse, et 11e soit
esleué ny tourné çà et là lors qu’on
fera la réduction, comme tu vois par
ceste figure.
LE QVATORZIÉME LIVRE,
372
Autre maniéré de réduire l’espaule *.
Il faut mettre l’aisselle du malade
sur le bout aigu de l’espaule d’vn
homme assez fort, et plus grand que
le malade, ou qu’il aye quelque chose
sous ses pieds pour le hausser : et luy
tirera le bras vers sa poitrine, en sorte
que le corps du malade demeurera
suspendu. Et si le malade est fort lé-
ger, il faut que quelqu’vn pesant suf-
fisamment pour luy donner contre-
pois , se pende et branle sur iceluy :
et par ce moyen le bras estant ainsi
tiré contre-bas , et esbranlé en tour-
nant et virant en la partie con-
traire, faisant cela auec l’aide du Chi-
rurgien , qui pressera l’espaule du
malade contre-bas, la réduction sera
faite : comme tu vois par ceste figure.
« Ce titre existe dans toutes les éditions
sans former de chapitre séparé; et je l’ai
laissé ainsi bien qu’il soit tou/-â-fai t en de-
hors du titre officiel du chapitre. Mais il y
aurait eu trop à faire si j’avais voulu par-
Cli APURE XXV.
AVTRE MANIERE DE REDV1RE L’ESPAVLE.
On prend vn baston assez plat,
comme vne courge (dont les cham-
brières de Paris portent deux seaux
d’eau sur leurs espaules ) de largeur
de deux pouces, et long enuiron d’vne
toise : au milieu duquel sera attaché
vn peloton de fil ou vn esteuf, de
grosseur conuenable à l’aisselle : et à
chacun costé y aura vne cheuille es-
leuée , qui engardera que l’espaule
ne vacille en çà ou en là. Puis y aura
deux hommes plus grands que le ma-
lade (ou pour le moins auront quel-
que chose sous leurs pieds , qui les
haussera tant que besoin sera) et tien-
dront le baston sur leurs espaules.
Puis le malade posera son aisselle
sur le peloton, et le Chirurgien tirera
fort le bras contre-bas, de façon que
le malade demeurera suspendu sur le
baston. Adonc la réduction se fera,
comme tu vois par ceste figure suy-
uante : en laquelle lu vois aussi le
baston , auecques le peloton et les
cheuilles.
On peut nommer ce baston, courge1.
tout rétablir un ordre rigoureux, qui n’était
point dans l’habitude de l’auteur; et déjà
dans le chapitre précédent il a décrit le pro-
cédé du moufle, tandis que le titre n’annonce
que le procédé du poing ou des doigts.
Je noterai en passant que la planche pré-
cédente manque dans l’édition de 1585.
1 Tous les procédés décrits jusqu’ici , à
l’exception du moufle , se retrouvent dans
Hippocrate, et les figures mêmes avaient été
données par Vidus Vidius dans son édition
des commentaires de Galien , et par le tra-
ducteur de celte édition. Le bâton est un de
ces procédés anciens , mais la modification
du bâton en courge appartient à Paré.
DES LVXATIONS.
373
CHAPITRE XXVI.
I.A C1NQVIEME MANIERE DE REDVIRE
l.’ESPAVLE, AVEC VNE ESCHELLE *.
On la réduit pareillement auec le
degré d’vne eschelle , comme il s’en-
suit. Il faut attacher sur l’eschelon
quelque chose ronde, comme vn pe-
loton de fil , de grosseur qu’il puisse
1 Vous remarquerez que cette cinquième
maniéré est au moins la sixième ; car nous
venons de parcourir successivement le poing
ou les doigts, le moufle, le talon, l'épaule et le
bâton. Peut-être l’un de ces procédés avait-
il passé sous silence dans l'édilion partielle
de 1572; mais ils se trouvent déjà tous dans
la première édition des OEuvres complètes
en 1575.
entrer dessous l’aisselle du malade ,
comme auons dit : puis on le fera
monter sur vne petite escabelle, et
luy liera-on les deux iambes ensem-
ble , et le bras sain derrière le dos , à
fin qu’il ne prenne et se remette sur
l’eschelle quand on fera la réduction:
puis faut poser l’aisselle du malade
droittement sur le peloton, et luy
commander d’approcher son corps
tant qu’il luy sera possible contre
l’escbelon : autrement il y auroit
danger de rompre l’os du haut du
bras , sans réduire la luxation. Aussi
ne faut que le malade pose sa teste
entre les eschelons. Puis on liera le
bras luxé au dessus du coude auec vn
escheueau de fil, ou autre lien propre
à ce faire : et vn seruiteur le tirera
fort contre-bas, et tout à l’heure vn
autre seruiteur luy tirera l’escabelle
de dessous ses pieds, de façon qu’il
demeurera tout suspendu à l’eschelle.
Ainsi l’os sera réduit ou de soy-mes-
me, ou auec l’aide du Chirurgien, qui
poussera l’espaule contre-bas, en
branlant le bras d’vn costé et d’au-
tre. L’os réduit , tout à l’instant on
remettra vne autre escabelle sous les
pieds du malade, à fin qu’il puisse re-
tirer son bras de dessus l’eschelle plus
aisément, car s’il le releuoit trop con-
tre-mont, il y auroit danger que l’os
recentement remis sortit de recbef de
sa place1 .
Tu peux connoistre l’industrie de
réduire l’espaule par ceste figure de
l’eschelle : laquelle doit estre toute
droitte, et non en autre figure2.
1 On lit un exemple d’une récidive arrivée
de cette manière dans les observations de
Delamotte.
2 Ce procédé, comme celui de la porte qui
viendra après , remonte également à Hip-
pocrate.
374
LE QVATORZIÈME LIVRE,
le ne veux en cesle endroit laisser
en arriéré l’astuce et inuention du
Chirurgien de monseigneur le Duc de
Lorraine, nommé Nicolas Picarl1, le-
quel fut appelle en vn village près
1 Ambroise Paré avait lié connaissance avec
Nicolas Picard clans le premier voyage qu’il
avait fait en Lorraine à la suite du roi Char-
les IX en 150G ; en conséquence ce procédé
du chirurgien Lorrain se lit dans toutes les
éditions des OEuvres complèles. Il y en a
un autre du même auteur que Paré n’apprit
de lui que plus lard , lors de son second
voyage à Nancy (voyez ci-après page 377).
Au reste nous retrouverons encore ailleurs
d’autres témoignages du génie inventif de
ce Nicolas Picard , qui serait demeuré in-
connu sans ces citations de Paré.
Nancy, pour réduire vne luxation de
l’espaule d’vn païsan : en la maison
duquel il n’y auoit que luy et sa
femme. Il mit et attacha ledit païsan
sur vne eschellc, comme dessus auons
dit, et print vn baston entre ses iam-
bes, et le posa sous l’vn des esche-
ions, et attacha vn lien au dessus du
coude du bras luxé: puis de toute sa
pesanteur et force pressa sur le bas-
ton, et commanda à la femme de tirer
la selle de dessous les pieds : et tout
à l’instant remit l’os en son lieu,
comme lu vois par cesle figure.
Fiç/urc pour réduire l’espaule sur l’eschelle.
Et par faute d’vne esclielle, on se
peut aider d’vne perche posée en tra-
uers de deux colomnes , ou d’vne
porte , comme tu vois par ceste fi-
gure : en laquelle t’est monstré vn
bois auec liens, qui te sera déclaré
tout maintenant.
DES I/VXATIONS. 3? 5
Autre figure pour réduire l’espaule sur une
porte.
CHAPITRE XXVII.
AVTRE MANIERE DE REDVIRE l’ESPAVEE.
Hippocrates loue sur toutes les ma-
niérés de réduire l’espaule luxée,
ceste-cy. « Il faut prendre (dit-il) vn
bois large de quatre ou cinq doigts ,
et espés de deux , ou moins , et de
longueur de deux coudées , ou plus
court. Il faut que l’vn des bouts soit
fort estroit et fort tenue , et qu’il y
ait vne petite teste ronde, et vn peu
caue, et qui soit vn peu eminente non
vers les costés, ains vers la teste de
l’os du haut du bras , à fin qu’estant
mis sous ladite teste de l’os du haut du
bras, il soit approprié à l’aisselle pies
les costes. L’on collera quelque piece
de drap ;>u bout dudit bois, ou quel-
ques compresses de coton ou de
linge, à fin qu’il blesse moins les par-
ties où il touche. Apres il faut mettre
le plus auartl qu’on peut la teste du-
dit bois en l’aisselle, entre la teste de
l’os du haut du bras, el les costes. Pa-
reillement tout le bras sera estendu
sur ledit bois, et lié au dessous de l'ais-
selle, et vn peu au dessus du coude
et de la main , à fin qu’il soit immo-
bile. Or c’est chose qui importe et
qu’il faut faire, que le bout de ce bois
passe la teste de i’os du haut du bras,
de façon qu’il entre fort auant sous
l’aisselle. En apres il faut mettre vne
grande piece de bois en trauers , de
grosseur du manche d’vne boue, au
milieu de deux colomnes , ausquelles
ladite piece soit bien attachée : sur
laquelle auec le bois il faut mettre
tellement le bras, qu’il soit d’vn costé,
el le reste du corps soit de l’autre. Et
doit ladite piece eslre sous l’aisselle :
et apres il faut tirer d’vn costé le bras
autour de la piece de bois, el de l’au-
tre costé il faut tirer le corps. Or il
faut lier la piece de bois si haut , que
le malade soit pendu de tout le reste
du corps, de sorte qu’il ne louche en
terre. Aussi qu’on le balance contre-
bas. Ce moyen de réduire la luxation
de l’espaule est le meilleur de tous
les autres1. »
Au lieu de deux colomnes, on s’ai-
dera d’vne escbelle , ou d’vne porte,
ou de deux pieds de lit. Maistre Henry
Aruet, Chirurgien demeurant à Or-
léans, homme de bien et grandement
expeiimenté en la Chirurgie, m’a af-
1 Hippocrates au 1. liure des articles, dit
ces propres paroles, sent. 19. — A. P.
LE QVATORZ1KME LIVRE ,
376
fermé que iamais n’auoit fait faute à
réduire ceste luxation par ceste ma-
niéré, si par succession de temps
( comme dit Hippocrates ) la chair
n’estoit accreuë en la cauilé de la
iointure, et aussi la teste de l’os n’a-
uoit fait vn lieu tout battu, auquel
elle fust descendue. Car alors l’os ne
pourroit estre remis, ny demeurer en
son lieu , mais retomberait au lieu
battu et ja calleux, qui tient lieu
d’vne iointure.
D’auantage 11e veux encore oublier
de bien instruire le ieune Chirurgien,
que si d’auenture la teste et l’os du
haut du bras faut à entrer tout à
l'heure en sa cauilé, il faut que le
Chirurgien branle çà et là le bras
disloqué : et par ce moyen la teste de
l’os r’entrera en sa boëtte : et y es-
tant r’entrée, on r’habillera et appli-
quera-on les compresses et ligatures,
comme nous auons dit par cy douant.
Outre et par dessus les figures cy
dessus dépeintes, i’en ay voulu encor
donner vue autre, pour réduire la-
dite luxation auec la piece de bois
qu’escrit Hippocrates, qui sera atta-
chée d’vne chenille de fer dans vn
treteau, laquelle se pourra hausser
et baisser tant et si peu qu’on vou-
dra, comme tu vois par cette figure.
Glossocome d'Hippocrates nommé arxbi *.
Or le malade doit estre assis sur
vne petite selle , vn peu plus bas que
1 Par 1° texte même d’Hippocrate cité ci-
dcssus, on voit que l’ambi représcnlé par
cette figure n’était pas alors connu ; et toute
l’antiquité n’a fait usage que de 1 ’ambès
qu’on verra figuré plus loin, et qu’on réu-
nissait à la porte, à l’échelle, ou au bâton
suspendu sur deux colonnes comme on le
n’est la hauteur du treteau, ayant les
pieds liés ensemble , de peur qu’il ne
voit à la page 375. La réunion de l’ambi à
un piédestal, ou comme dit Paré, à un
tréteau , constitue à proprement parler
Yambi, instrument tout moderne, et dont
les premières traces ne remontent plus haut
qu’à l’ouvrage de Gcrsdorf en 1517. Voyez
mon Introduction.
DES LVXATIONS.
s’esleue lors que le Chirurgien ré-
duira la luxation : ce qu’il fera ayant
posé et lié le bras luxé sur la piece de
bois, et icelle appliquée sous la teste
du haut du bras, comme a esté dit cy
dessus : et apres ce fait , baissera le
bout de ladile piece de bois opposite
à la teste caue et ronde contre-bas.
Ce faisant l’os se réduira en sa boette.
D’auanlage ie l’ay encores fait dé-
peindre en particulier la piece de bois,
nommée Ambi laquelle en sa leste
a vue cauité marquée par B. et sa to-
talité marquée A. auec trois liens pour
lier le bras ferme, de peur qu’il ne va-
cille çà ou là, comme tu vois par ceste
ligure *.
Ti
gü3
Depuis la première impression de
mon Liure, estant à Nancy en Lor-
raine,par le commandement duRoy,
pour la maladie de madame la Du-
chesse : maistre Nicolas Picart, Chi-
rurgien de monseigneur le Duc, me
monstra vn Ambi, auquel il auoit ad-
iousté quelques choses par dessus ce-
luyque i’auois tiré d’Hippocrates, du-
quel ie t’ay bien voulu donner le
portrait , ensemble l’explication d’i-
celuy 2
A. Monstre deux ailerons ou oreilles qui sont
audit ambi, à fin de retenir le haut du
bras , qu’il ne vacille çà ne là.
B. Le pillier sus lequel est attaché leditambi.
C. La petite cheuille qui tient ledit ambi
ioint dans le pillier.
D. Les virolles qui tiennent ferme la patte
du pillier, à fin qu’il ne se hausse ou
vacille en la réduction.
F.. Les trous de la patte où est inséré le
pillier ioint au plancher.
1 Ceci est l 'ambès pur d’Hippocrate, déjà
figuré à la page 375.
2 Ce paragraphe et la figure qui suit ne
datent que de l’édition de 1579.
3
77
c
Figure dudit ambi ,
— Xaff? — ~
C’est vne chose bien decente aux
Chirurgiens demeurans aux villes,
d’auoir tel instrument pour réduire
les luxations de l’espaule.
■ *à :
CHAPITRE XXVIII.
LA MANIERE DE REDV1RE L’ESPAVLE ,
QVAND LA LVXATION EST FAITE EN
LA PARTIE ANTERIEVRE L
Il n’aduient pas soutient que l’es-
paule se luxe en la partie anterieure.
Toutesfois il n’y a rien qui par vne
soudaine violence ne se face : telle-
ment que les os se luxent , combien
que leurs articles soyent bien munis
pour empescher la luxation : comme
1 L’édition de 1575 porte ici en la partie
supérieure, et ainsi dans tout le reste du cha-
pitre. C’est encore une réminiscence de Guy
de Chauliac, que Paré corrigea en 1579.Tou-
tefois, même dans son histoire de la Non-
nain, il mettait la luxation en la partie su-
périeure: ce qui prouve qu’il ne voyait là
qu’un changement dans les mots, et non
dans les choses.
3^8
LE QVATORZI^ME LIVRE,
en cest article il y a vn grand obstacle
ou empescbement , à sçauoir l’acro-
mium , et l’extremité de l’os furcu-
laire , qui est appuyé de contre , et
aussi le gros muscle et fort, nommé
epomis , et celuy à deux testes et au-
tres. Donc lorsqu’elle se fait, il y a vne
grande violence : ce qu’Hippocrates
dit n’auoir iamais veu1. Neantmoins
Galien tesmoigne l’auoir veu cinq
fois : vne fois en Asie, en la ville de
Smyrne, et quatre en la ville de Rome:
laquelle , dit-il , estoit en ce temps-là
si peuplée, qu’on pouuoit dire que
c’estoit Vepitome de toute la terre ha-
bitée : et aux villes où Hippocrates
liabitoit , n’y pouuoit auoir tant de
gens qu’en vne seule rue de la ville
de Rome. Parquoy Galien dit qu’il ne
se faut esmerueilier s’il n’auoit veu
telles luxations Car où il y a beau-
coup de gens, on voit pareillement
plusieurs et diuers accidens2.
De ma part , ie proteste n’en auoir
iamais veu qu’vne seule en vne non-
nain , qui se voulant sauner de son
monastère, se iella d’vne fenestre en
terre, et tomba sur le coude : dont
elle se fit luxation en la partie ante-
rieure de l’espaule.
On peut connoislre telle luxation
par la figure de la partie vitiée, et en
touchant de la main dessus l’article,
on trouue la teste de l’auant-bras
vers la poitrine. Pareillement, le ma-
lade ne petit fléchir le coude.
Telle luxation est réduite comme
les autres, à sçauoir en tirant et pous-
sant. Et pour ce faire, faut faire cou-
cher le malade à la renuerse, et faire
l’extension du bras à la partie con-
traire. Mais premièrement que ce
1 Hippocrate, sect. 1. liu. des Articles,
sent. 2. — A. P.
2 Gai. Comm. sur la sect. 1. du liu. des
Art. sent. 23. — A. P.
faire, il faut mettre vn lien propre
pour tenir la iointure fermement,
comme celuy qui est appelé de Ga-
lien (sur le liure des Articles) Carche-
sien 1 : et remplir la cauité de l’ais-
selle d’vn peloton de fil , ou autre
chose semblable, et tirer le bras par
dessus le coude. Et faut noter que lors
que la teste dudit os est astreinte des
muscles, il faut tourner vers la partie
postérieure qui est opposée à l’ante-
rieure. Aussi se donner garde qu’il
ne tombe en bas sous l’aisselle : ce
qu’on euitera en l’estendant et tirant
vers diuerses parties : à quoy auss
sert de munir et garnir la cauité de
l’aisselle du peloton dessusdit. Puis
faut pousser la teste de l’os, qui est
serrée entre les muscles : et apres en
laschant l’extension , faut laisser re-
nie ttre l'os en son lieu auec les mus-
cles, qui s’en retournent d’eux-mcs-
mes à leur origine.
CHAPITRE XXIX.
DE LA LVXATION DE L’ESPAVLE FAITE
EN LA PARTIE EXTERIEVRE 2.
Il se peut faire luxation en l’espaule
vers la partie extérieure : mais aussi
rarement.
Le signe de cette luxation est
qu’on ne peut estendre le bras, et se
meut plus difficilement enl’eslendant
‘ Sect. I. sent. 23.— A. P.
2 J’ai déjà dit plus haut que l’édition
de 1575 disait en la partie postérieure; et du
reste, chose assczcurieuse, il en est resté dans
toules les éditions subséquentes un témoi-
gnage irrécusable dans celte note marginale
que l’auteur avait oublié de changer: Comme
l'on doit situer le malade en la luxation faite
en la partie postérieure.
DES LVXATIONS.
vers la partie extérieure que vers
l’anterieure : ioint aussi qu’on trouue
vne etninence de la teste de l’os vers
la partie extérieure de l’espaule , et
vue cauité à celle qui est contraire.
Pour réduire telle luxation, faut si-
tuer le malade sur le ventre, et luy ti-
rer fort le coude vers les parties con-
traires à la luxation, et pousser l’eini-
neuce en sa cauité : et par ainsi l’os se
remettra en sa place.
En quelque maniéré que la luxa-
tionde l’espaule soit faite, pour la ré-
duire, il faut estendre le bras vers la
partie inferieure , le tenant tousiours
droit
Ee signe que la réduction est faite
en toutes ces maniérés de luxations,
c’est qu’on oit vn bruit faisant clocq ,
lors que l’os entre en sa boette. Pa-
reillement le malade peut plier, es-
tendre et hausser le bras : ioint aussi
que la douleur cesse. Outre-plus on
le connoist en conférant le bras ma-
lade auec l’autre sain, comme auons
dit cy-dessus.
Apres la réduction faite, on appli-
quera medicamens propres , et met-
tra-on sous l’aisselle vne pelote qui
sera accommodée selon la cauité, et
pareillement des compresses aux cos-
tés où sera faite la luxation. Puis se-
ront liés auec vne bonne et large
bande à deux chefs, qui sera tournée
sur l’espaule en forme de croix
saint André, et sera menée par des-
sus l’autre aisselle , et fera-on tant
de reuolutions qu’il sera besoin. Puis
le bras sera tenu en escharpe, faisaht
angle droit : laquelle figure non seu-
lement en ceste luxation , mais aussi
au coude, et à la main luxée ou frac-
1 Voici la règle générale que Paré a cru
devoir reproduire en 1585, à la suite du
chap. xxi. Voyez ci-dessus, page3G9.
379
turée est propre, parce qu’elle es! la
moins douloureuse : ioint que ladite
partie peut long-temps demeurer im-
mobile en ceste figure.
CHAPITRE XXX.
DE LA LVXATION FAITE EX I,A PARTIE
SVPEP.IEVRE DE l’eSPAVI.E
Il se fait aussi quelquesfois luxation
à la supérieure partie de l’espaule. Le
signe de ceste deloüeure est, que
l’on trouue la teste de l’os du haut du
bras ioignant le dessous de la furcule,
et cauité sous l’aisselle : et le coude
plus fort esloigné des cosles que lors
que la luxation est faite en la partie
inferieure, et semblablement impo-
tence du bras.
Pour réduire telle luxation , faut
que le chirurgien mette son espnule
sous le coude du malade, et qu’il la
hausse contre-mont , et à l’instant
qu’il presse ou face presser et pousser
par vn seruiteur la teste de l’os dans
sa cauité.
Autre maniéré : il faut faire cou-
cher le malade à la renuerse sur
vne table ou à terre, et qu’vn serui-
teur tire le bras, el le chirurgien de
ses mains poussera l’os en sa place.
Apres la réduction faite, on y procé-
dera comme nous auons dit és autres
luxations1 2, sçauoir, qu’on mettra les
compresses où l’os est oit forjetté ,
conduisant la ligature comme auons
cy-deuant enseigné.
1 L’édition de 1575 porte Ici en la partie
anterieure.
2 Ces mots, es autres luxations , ne datent
que de l’édition de 1585; on lisait aupara-
vant : comme nous avons dit de la luxation à
la partie postérieure.
3S0
LE QVATORZIKME LIVRE,
CHAPITRE XXXI.
DE LA DELOVEVRE DV COVDE1.
Le coude se peut pareillement luxer
en quatre maniérés, à sçauoir, en la
partie intérieure , extérieure , supé-
rieure et inferieure. Par la partie in-
térieure, i’entens celle qui regarde le
centre du corps, le bras estant en sa
situation naturelle, sçauoir est, en
ligure entre prone et supine : par l'ex-
terieure, celle qui luy est opposite : et
par la partie supérieure, celle qui re-
garde le ciel : et par l’inferieure, celle
qui regarde la terre 2.
Et d’autant que la iointuredu coude
a plus grandes diuersités d’eminences
et cauités que celle de l’espaule,
1 Dans les livres anatomiques j’avais écrit
rouble, n’ayant trouvé aucune autorité pour
réformer cette bizarre orthographe. Depuis,
dans l’édition de Paré de 1579, j’avais trouvé
coude en nombre d’endroits; et enfin Dale-
champs en 1570 affecte partout cette der-
nière orthographe. Dès lors je me suis em-
pressé de l’adopter.
2 Toute cette classification des luxations
du coude est fort obscure, et demande une
explication. En lisant attentivement le texte,
on voit que Paré considère le sujet couché,
la main reposant sur son bord cubital ; alors
la luxation en la partie intérieure serait celle
que nous disons antérieure, où l’olécràne est
supposée passée en avant de la poulie humi-
rale ; lésion fort rare , et dont on ne connaît
peut-être qu’un seul exemple bien authen-
tique; la luxation en la partie extérieure est
la luxation en arrière des modernes, où
l’apophyse coronoide est dite logée dans la
cavité olécranienne; et enfin les luxations
supérieure et inférieure correspondent aux
luxations latérales ; et nous aurons à remar-
quer plus tard que Paré les regardait comme
toujours incomplètes.
Ru reste, dans cette malheureuse création
de dénominations nouvelles , Paré avait le
d’autant aussi la luxation d'icelle est
plus fascheuse. Aussi l’os se déplacé
plus difficilement, et pareillement se
réduit plus mal aisément. Or le coude
estioint auec l’os du haut du bras, et
entrent mutuellement l’vn dedans
l’autre comme vne fiche en vn gon
qu’on attache à vne fenestre pour
l'oiiurir et fermer. Autre comparai-
son. L’os du coude tourne autour du
haut du bras comme autour d’vne
demie poulie, pour fléchir et estendre
le bras. le dis demie poulie, pour que
si Nature l’eust fait tourner d’auan-
tage , l’action du bras n’eust peu se
faire commodément : parce que le
bras se fusl plié au dehors comme au
dedans : ce que l’on peut connoistre
par l’anatomie.
Donc nous dirons que le coude se
double tort de s’éloigner et de l’aspect des
choses et du langage généralement adopté.
On lit dans toutes les édition posthumes une
note marginale qui a trait au premier pa-
ragraphe de ce chapitre , et qui semble
destinée à établir quelque concordance entre
sa doctrine et celle des anciens. La voici :
Ce que l’Autheur appelle supérieure et infe-
rieure partie, Hippocrates, sent, derniere, sect.
3 des fractures, l’appelle anterieure et posté-
rieure. Aussi fait Celse , chap. 16, liu. 8.
Cette note est-elle de Paré ? On ne la
trouve ni dans la première ni dans la se-
conde édition ; mais elle est dans la qua-
trième , qui a été revue et augmentée par
lui-même. Cependant je remarquerai qu’elle
est suivie de trois autres où il ne parle ja-
mais à la première personne , et qui sont
indiquées dans le texte par des lettres de
renvoi , a, b, c, exemple unique jusqu’ici
dans ses ouvrages. Frappé d’un certain
étonnement à cet égard , j’ai eu l’idée que
peut-être ce serait une note du traducteur
latin ; et en efiet j’ai retrouvé la première
origine de ces notes dans l’édition latine
de 1582. Elles n’appartiennent donc pas à
Paré en réalité ; mais c’est de son aveu qu’el-
les ont été ajoutées à sa quatrième édition.
DES LVXATIONS.
luxe, à cause que ses deux apophyses
ne Irauersent pas tout autour de l’os
de l’auant - bras qui le reçoiuent.
Parquoy lorsqu’on fait plus grande
flexion que là où son apophyse inté-
rieure rencontre le fonds de sa cauité,
l’apophyse postérieure se déplacé en
derrière : et aussi quand on fait vne
extension violente, l’apophyse ante-
rieure louche le fond de sa cauité *, et
alors ladite apophyse se iette hors de
son lieu : et ceste luxation est plus dif-
ficile à réduire que la première, ioint
aussi que l’extremité du coude nom-
mée olecrane est fort haute, et son
intérieure fort abaissée. Parquoy il
nous est plus facile à le fléchir qu’à
l’estendre : à cause de quoy telle des-
loueure se fait par plus violente
force que celle qui se fait en la partie
intérieure.
Le signe de ceste luxation est que
le bras demeure estendu et ne se peut
plier 2, pource que l’apophyse interne
du coude demeure enla cauité externe
qui est en la partie inferieure de l’os
du haut du bras, laquelle estoit au-
parauant occupée de la partie interne
de l’olecrane , qui est l’extremité du
coude : dont alorsla réduction est tres-
1 J’ai mis en italique ces mots posté-
rieure et anterieure , qui se rattachent aux
apophyses olécrâne et coronoide , mais qui
forment un contresens avec ce qui pré-
cède, puisque d'après sa manière de consi-
dérer le coude, Paré doit les appeler exté-
rieure et intérieure. Un peu plus haut , en
effet , on voit qu’il donne le nom d’apo-
physe intérieure à l’apophyse coronoide. Au
reste, tout ce commencement du paragraphe
est presque littéralement copié de Dale-
champs.
1 Ce signe est attribué par Hippocrate et
Celse à la luxation [aide en la partie ante-
rieure. Cette note est une de celles dont je
parlais tout-à-l’heure , et qui ont été em-
pruntées à l’édition latine.
38 1
difficile, pource que ladite apophyse
demeure accrochée dans icelle cauilé.
Le signe que la luxation est faite en
la partie intérieure 1 , c’est que le
bras ne se peut estendre, et demeure
plié.
Le signe qu’elle est faite aux parties
latérales2, est que la figure de la ioin-
ture du coude demeure viciée entre
la flexion et l’extension.
Et en toutes ces luxations, l’action
* Ce signe est attribué par Celse à la luxu-
tion en la partie postérieure. — Note emprun-
tée à l’édition latine.
2 11 appelle parties latérales , ce que il a
dict partie supérieure et inferieure. Cette note
est de la même main que les autres, et elle
contient réellement une critique de l’incon-
séquence des termes employés par Paré. On
ne la trouve point dans l’édition latine ;
mais c’est que le traducteur avait redressé le
texte et cet endroit, et rendu ces mots, aux
parties latérales, par ceux-ci, sursurn et deor-
sttm.
Après cette première critique, l’annota-
teur achève de copier ce qui suit dans l’édi-
tion latine :
Ce signe [ le signe des luxations latérales)
est attribué par Celse à la luxation en la par-
tie intérieure et extérieure. Mais ici le tra-
ducteur latin s’était trompé : Celse dit seu-
lement : Si in exteriorem inlerioremve , bra-
chium porreclum. est,sed patilum in eam partem
à quâ os recessit recurvatum. Du reste , il
faut bien avouer que tout ce chapitre de
Paré ne pèche pas seulement contre la clarté
du style , mais encore contre l’exactitude
des faits, et que toute sa symptomatologie
laisse beaucoup à désirer. Dans la luxation
en arriére , qu’il appelle en la partie exté-
rieure , l’avant-bras est presque constam-
ment fléchi; et lui-même va dire au chapi-
tre suivant qu’il est presque en figure droite ,
ce qui admet un certain degré de flexion.
J’ajouterai cependant que j’ai vu deux cas
où l’avant-bias demeurait étendu , et que
peut-être Paré ayant rencontré quelque fait
analogue, aura prisjpour règle ce qui jusqu’à
présent ne m’a paru être que l’exception.
LE QVATORZIÉME LIVRE ,
382
du coude ne se peut faire iusques à
ce que la réduction soit faite. Pareil-
lement on trouue vue eminence du
costé où la luxation est faite, et vue
cauité à la partie contraire : ce qui
est commun à toutes luxations.
Outre-plus, la luxation du coude se
fait complette ou incomplette. Celle
qui est incomplette est facile à se faire,
et aussi à se réduire. Mais celle qui est
complette, tout ainsi qu’elle est
difficile à se faire, aussi est-elle fort
difficile à réduire , si on n’y procède
promptement et auant que l'inflam-
mation y soit suruenue : car si elle y
est ja, la curation est tres-difficile, et
souuent du tout impossible , princi-
palement celle qui est faite en de-
hors *.
CHAPITRE XXXIt.
LA MANIERE l)E REDVIRE LA LVXATION
DV COVDE FAITE EN LA PARTIE EX-
TERIEVRE.
Et lors qu’on voit que le bras du
malade demeure presque en figure
droite , sans le pouuoir aucunement
fléchir, faut conclure la luxation es-
tre faite en la partie extérieure. Par-
quoy la faut réduire promptement, à
cause qu’il s’y fait fluxion et inflam-
mation , pour l’extrerae douleur qui
interuient.
i 11 semble ici que Paré admette des luxa-
tions complètes et incomplètes dans tous les
sens ; mais en étudiant mûrement son texte,
je suis arrivé à cette conclusion , que ses
luxations en dehors et en dedans ( en avant
et en arriéré de Celse et des modernes )
sont toujours complètes ; et ses luxations
en haut et en bas ( latérales des modernes )
sont toujours incomplètes. Voyez à cet égard
le chapitre 34.
Donc pour faire la réduction , en
quelque partie que la luxation soit
faite, faut qu’vn seruiteur tienne fer-
mement le bras du malade au-dessous
de la ioinlure de l’espaule, et le chi-
rurgien tirera le bras par la main, et
poussera l’os de l’avant-bras en de
hors , et l’eminence du coude en de-
dans, et tirera le bras petit à petit en
le tournant d’vn costé et d’autre, à
fin de ielter l’os en sa cauité.
le veux icy aduertir le ieune chi-
rurgien que pour réduire icelle des-
loüeure , ne faut fléchir le bras ,
pource que iamais par ce moyen l’os
ne pourroit estre réduit, à cause que
l’apophyse intérieure de l’os du coude
est en la place de l’apophyse exté-
rieure de la cauité de l’os du haut du
bras : et partant, en pliant le bras, on
fait seulement que hausser le coude,
et ne le tire-on pas en sa cauité '.
Et où telle chose ne se pourra faire
par la main , adonc faut faire que le
bras luxé embrasse vue colomne, ou
le pied d’vn lit , et qu’il soit vn peu
plié : puis on empoignera d’vue forte
lisiere l’extremité du coude, dite ole-
» Point notable de ijrande importance. —
A. P.
Je suis bien encore obligé de faire remar-
quer que point notable et de grande impor-
tance est en parfaite opposition avec les deux
procédés que l’auteur va recommander et
même représenter par des figures ; ce qui
est d’autant plus étrange que ces procédés,
comme je vais le dire , paraissent véritable-
ment lui appartenir.
Dalechamps décrit pour cette luxation les
procédés des anciens , puis les trois procédés
des arabistes indiqués par Guy deChauliac,
savoir, l’étrier, le talon et le genou ; et enfin
il ajoute :
Aucuns operateurs réduisent ceste [de-
loueure, cslendans le bras à l'entour d'un pos-
teau rond et le pliant de force, qui est une ma-
niéré simple et facile .
DES LVXA.TIONS.
383
crâne, la tirant vers sa cauilé auec
vn baston entortillé dans ladite li-
sière, comme tu vois par ceste ügure.
La figvre qui monstre à faire la réduction du
coude autour d’vn pilier auec un baston s.
Le signe que l’os sera réduit, c’est
que le malade estend et fléchit le
bras, et la douleur est cessée, et la fi-
gure viciée remise en son estât na-
turel.
Autre maniéré encore plus facile :
c’est que le bras estant autour du pi-
lier , on mettra vn bien fort lien de la
largeur d’vn pouce sur l’extremité du
coude , puis sera tiré tant que l’os
1 Ce procédé et le suivant sont tout-à-
fait modernes, et ne se trouvent dans aucun
auteur antérieur à Paré.- On trouve bien
dans Oribase et dans les arabistes la méthode
des extensions exercées sur l’avant-bras
fléchi , mais nullement celle des tractions di-
rectes sur l'olécrane.
tombe en sa place, comme tu vois par
ceste figure.
La figure qui montre a faire la réduction du
coude par vn lien.
CHAPITRE XXXIII.
DE LA LVXATION DV COVDE FAITE EN
LA PARTIE 1NTERIEVRE.
Si la luxation est faite en la partie
intérieure, pour la réduire il faut es-
tendrefortle bras, et le fléchir soudai-
nement et impétueusement, de façon
que la main touche droit sur l’espaule
du bras luxé. Aucuns mettent quelque
chose ronde et dure au ply du coude,
puis fléchissent fort le bras , comme
nous auons dit.
384
LE QVATORZIÉME LIVRE ,
CHAPITRE XXXIV.
DE LA LYXATION INCOMPLETTE DV COV-
DE, FAITE EN LA PARTIE SVPERIEVRE
OV INFËRIEVRE l.
Si l’os du coude est seulement quel-
que peu sorti de sa place en la partie
supérieure ou inferieure, eu le tirant
et poussant vers sa cauité, on le réduit
facilement en cesle façon.
Deux seruiteurs tiendront le bras
estendu(l’vn par l’auant-bras, et l’au-
tre par le brassai ), et le tireront cba
cun vers soy en parties contraires, et
le chirurgien auec sa main repoussera
l’os en son lieu.
Apres ces réductions faites , faut
poser le bras en figure d’angle droit,
et le bander et y appliquer remedes
cy-dessus mentionnés, puis le pendre
au col auec vne escharpe , ainsi
qu’auons dit en la luxation de l’es-
paule. Hippocrates veut qu’apres la
réduction de ceste partie , le malade
remue souuent son bras en figure
prone et supine, et aussi qu’il l’estende
et fléchisse pareillement, quequel-
quesfois il sousleue de sa main quelque
chose pesante , à fin d’adoucir et as-
souplir les ligamens qui lient cesle
ionture, de peur que les os ne s’vnis-
sent , et coalescent ensemble par vne
maniéré de callus, nommé des Grecs
Ancylusis : qui seroit cause que le ma-
lade ne pourroit iamais apres fleschir
ny estendre le bras. Ce que i’ay veu
souuent aduenir, pour auoir esté trop
long-temps sans auoir remué ladite
1 Ce titre existe dans toutes les éditions,
sans former un chapitre séparé, et cepen-
dant il est impossible de le rattacher au
chapitre 32. C’est pourquoi j’ai pris le parti
d’en faire un nouveau chapitre.
iointure : parce que l'humeur vis-
queux qui est naturellement aux
ioinlures et autres superfluités qui
inleruiennent à cause de la douleur,
s’y endurcissent et font coller les os
ensemble. Parquoy, pour obuier à tel
accident, il faut remuer l’appareil de
trois iours en trois iours, et comman-
der au malade de remuer son bras en
toutes maniérés, loutesfois sans nulle
violence.
Icelle luxation est asseurée en vingt
ou vingt-cinq iours ou moins , selon
les accidens qui seront interuenus.
Il faut d’au an lage que le chirurgien
contemple, que lors que le coude est
hors de son lieu entièrement, l’autre
os nommé rayon , se deboette pareil-
lement. Partant , en réduisant le
coude, il prendra garde de réduire le
rayon en son lieu : et notera qu’en sa
partie supérieure il a vne apophyse
qui est caue et ronde , qui reçoit l’os
du hault du bras, et vne petiie emi-
nence où s’insère le muscle biceps '.
CHAPITRE XXXV.
DE LA DELOVKVRE DE L’EXTREMITE DE
L’OS DV COVDE, APPELLÉE STYLOÏDE,
qVI EST PROCHE DV CARPE.
Quelquesfois l’extremité ou apo-
physe de l’os du coude appelée sty-
loïde, est séparée du rayon, quelqucs-
fois en dedans , et quelquesfois en
dehors, pour estre tombé de haut sur
les mains.
La maniéré de le réduire sera de le
1 En regard de ce dernier paragraphe
on lit à la marge : De la luxation du rayon
près du coude. On s’imaginerait que Paré
a connu la luxation isolée du radius; mais
le texte montre qu’il n’en est rien. Le pré-
DES LVXATIONS.
385
repousser en sa place, et y faire bonne
et seure ligature, et y appliquer ine-
dicamens grandement astringens et
dessicatifs. Mais encores qu’on face
toutes choses necessaires , ledit os ne
se peut ia mais bien moindre et tenir à
la place dont il est issu. Ce qui est
confirmé par Hippocrate au liure des
Articles , qui dit : « Quand le rayon est
séparé de l’os du coude, telle sépara-
tion est incurable, comme toute autre
distraction des os ioin ts par symphyse,
c’est-à dire vnion : pource que l’os ne
peut bien demeurer en sa place, à
raison des ligamens qui ont esté trop
esiendus et relâchés 1 : » ce que i’ay
veu souuentesfois, quelque diligence
qu’on y peust faire 2.
ceple spécial qu’il donne n’en est pas moins
d'une importance réelle ; et j’ai vu plus d’une
fois, après le cubitus réduit, le radius laissé
encore demi-luxé par des chirurgiens inat-
tentifs.
11 ne faut pas omettre cependant que la
luxation isolée du radius avait elé décrite
par Hippocrate, et observée par Dalechamps.
Voici ce qu’en dit celui-ci :
« Hippocrates, sur la fin du troisième liure
des fractures, dit les signes de la séparation
du radius et de l’os du coude estre qu’on ne
peut commodément estendre ny fléchir le
bras: et que, maniant l’endroit où est la
veine médiane, on sent et aperçoit la sépa-
ration : dauantage que ceste deloueure, si
ainsi on la doit nommer, est incurable,
comme toute autre distraction des os ioints
par symphysis et vnion : et que le lieu où
est faite la disionction deuient gros et hu-
mide, ce que l’experience m’a monstré estre
véritable en cinq ou six, et principalement
en vn Tbeode, orfeure et laueur, qui eut
ces os séparés par un grand coup de pierre,
en se deflendant contre quatre brigands qui
le vouloyent assassiner. » Chirurgie fran-
çaise, p. 844.
1 Sent. 1. sect. 2., et sent. derniere,sect. 3.
des fract. — A. P.
2 Ce chapitre, comme les autres, est em-
CHAPITRE XXXVI.
I)E LA LVXATION DV POIGNET.
Le poignet est la conionction du ra-
dius auec les huit os du carpe. En ice-
luy il y a double iointure , à fin que
l’vne supplée au defaut de l’autre.
Exemple : le mouuement circulaire,
c’est-à dire tourner la main en dessus
en dessous, se fait par le bénéfice de
rayon , et la flexion et extension par
le moyen de l’os du coude.
Il se fait en.iceluy luxation inté-
rieurement , extérieurement , et aux
costés l. Le signe qu’elle est faite in-
prunté d’Hippocrate; encore l’emprunt au-
rait pu être plus complet. Dalechamps rap-
porte ici une curieuse observation :
« Hippocrates, dit-il, outre ces deloueu-
res lait mention de deux accidents, ou igno-
rés ou non escrits de nos praticiens. 1,’vn
quand l’epiphyse du rayon qui soustient led
huit os du poignet se delouë: l’autre quand,
près du poignet, l’vn des os du braçal
( avant-bras ) se séparé de l'autre. Comme il
est auenu à madame de Monioli, par la
morseure d’vn cheval qui l’empogna près
du poignet, et luy sépara tellement l’os du
coude d’auec le rayon, que l’epiphyse sty—
loeide de l’os du coude estoit au milieu de
la supérieure partie du braçal. » Chirurgie
française, 1570, in-8, p. 848.
On ne comprendrait pas bien la luxation
de madame de Monioli si l’on ne se rappe-
lait que le sujet étant toujours supposé cou-
ché, et l’avant-bras en pronalion plus ou
moins complète , au milieu de la supérieure
partie du braçal signifie simplement : au mi-
lieu de la face postérieure, ou plutôt de la
face externe de l’avant-bras.
1 II y a icy pareille discordance en la nomi-
nation des especes de luxations, et rapport des
signes à chacune d’icelles, entre l’aulheur, et
Celse et Hippocrates, sent. 2. sect. 2. des ar-
ticles, que par auant ch. 30. — Cette note
2Ô
11.
LE QUATORZIÈME LIVRE,
38G
terieurement , c’est que la main de-
meure renuersée : et lors qu’elle l’est
extérieurement, la main demeure flé-
chie. Et si elle est aux costés, la main
est tournée au contraire, à sçauoir,
■vers le pouce ou le petit doigt. Aussi
quelquesfois il n’ÿ a que l’vn des os
luxes : qui se connoistra facilement
par la figure viciée et par l'action
blessée.
Le moyen de réduire lesdits os
est, qu’il faut tenir l’auant-bras, et
tirer assez fort la main, la situant sur
vne table ou sur quelque autre chose
ferme, et faisant que la partie d’où l’os
est luxé soit au coslé inferieur d’où il
est sorti, et celle où il est luxé, au
c sté supérieur. Puis faut pousser sur
les eminences des os, tant que la ré-
duction soit bien faite.
chapitre xXxvn.
f)E LA LVXÀtlON f)ES OS DV CARPE.
Au carpe il y a huict osselets , les-
quels par vne grande force peuuent
sortir de leur situation et conionclion
naturelle. Les signes sont , qu’on
trouue qu’ils font tumeur et caiiilé,
ainsi que les autres os luxés.
Le moyen de les réduire est , qu’il
faut faire situer la main du malade
sur vne table : et s’ils sont luxés au
dedans, on couchera la main sur la
table ù la renuerse : et lors le chirur-
gien pressera de sa main sur les os
eminehs , et les réduira en leur lieu :
et s’ils sont luxés en dehors, le de-
dans de la main sera posé sur la table,
et sera pressée comme dessus : et si la
critique ne date que de la quatrième édi-
tion, àlaquelle elle a été transportée de l’édi-
tion latine. Voyez la note 2 de la page 380.
luxation est vers un des costés, on les
repoussera en la partie contraire et
opposite. Et la réduction faite, on y
appliquera les temedes necessaires:
et sera la main liée et bandée, cl le
bras posé en escharpe.
CHAPITRE XXXVIII.
DE LA LVXATION DES OS DV METACARPE.
Au métacarpe il y a quatre os, des-
quels les deux du milieu ne se peuuent
luxer à costé, à cause de leurs pareils
ou compagnons. Aussi celuy quisous-
tienl l’index, et l’autre qui soustient
le petit doigt, ne se peuuent luxer du
costé auquel ils sont opposés à ceux
du milieu , mais seulement de l’autre
costé : mais tous se peuuent luxer
en dedans et en dehors.
La maniéré de les réduire est sem-
blable à celle du carpe.
CHAPITRE XXXIX.
DE LA LVXATION DES DOIGTS.
Les doigts se luxent en quatre ma-
niérés, à sçauoir, en la partie inté-
rieure , extérieure , et aux costés.
Pour les réduire, il faut tirer elpous
ser de figure droite, et par ce moyen
on les remettra en leur lieu. Ils sont
réduits facilement , parce que leurs
Jointures sont peu caues , et aussi
qu’elles sont superficielles, et leurs
ligamens lasebeset foibles.
Cette luxation est communément
1 Paré ajoute ici en marge : La rédaction
des dotais luxés est facile. Cette assertion très
hasardeuse, surtout pour ce qui regarde
DES LVXATIONS.
affermie en douze iours, ainsi que
celles du carpe et métacarpe.
CHAPITRE XL.
I)E LA LVXATION DE LA HANCHE.
La iianche se delouë en quatre fa-
! cous, à sçauoir en dedans, en dehors,
I en deuant et en derrière : mais le plus
i souuerit, en dehors et en dedans, en
deuant et en derrière rarement.
En ceste iointure ne se peut faire
luxation incomplette, principalement
des causes extérieures, ainsi qu'il se
fait au coude, à la main , au genoüil,
et à la cheuille des pieds, «à cause que
la teste de l’os de la cuisse est ronde,
et que la cauité où il se loge à des
bords tout autour : ioint que les
muscles en ceste partie sont forts : et
partant il ne se peut faire qu’vne par-
tie ou portion de la teste soit dedans
sa cauité , et l’autre dehors , pource
qu’en tournant et mouuant, elle re-
tourneroit dans sa boette par la force
des musclés '. Mais és luxations faites
de cause interne, elle peut estre in-
completle, parce que les muscles et
ligamens sont relaschés, et n’ont la
les luxations du pouce, proute seulement
qu’il n’avalt pas sur celte question autant
d’expérience que sur le reste de la chirurgie.
1 Galien sur la sent. 47. de la 4. sect. du
lin. des articles. — A. P. — Cette note est
inexacte : ce n’est pas Galien, mais Hip-
pocrate qui a nié les luxations incomplètes,
en vertu de raisonnements assez spécieux
pour qu’on les ait reproduits de nos jours.
Je professe, pour ma part, que les luxations
incomplètes sont au contraire les plus fré-
quentes , et en m’appuyant sur quelque
chose de mieux que des raisonnements.
Mais ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans
une pareille discussion.
387
force de ramener ledit os en sa iointc
ou cauité.
Le signe qu’elle est desboëtlée en
dedans, est que la iambe malade com-
parée à la saine se monstre plus lon-
gue , et le genoüil plus abaissé et
tourné en dehors, cl le malade nepeut
plier la iambe : et aussi qu’à l’endroit
de l’aine on trouue manifestement la
teste de l’os femoris, qui y est arrestéo
et retenue. Elle se monstre plus lon-
gue, pource que la teste dudit os n’est
plus en sa boëlte, et est descendue
plus bas, partant la iambe s’allonge :
aussi le genoüil se tourne en dehors,
parce que de nécessité le bout infe-
rieur de l’os femoris se tourne au con-
traire de sa boëtte: qui est vue chose
commune à tous les os luxés , que
quand il y a luxation d’vn costé, l’au-
tre extrémité du mesme os est tou-
siours tournée vers la partie opposite
à celle qui est luxée. Parquoy quand
la teste de l’os de la cuisse est de-
loüée en la partie intérieure , l’autre
extrémité, qui est au genoüil, est né-
cessairement tournée vers le dehors,
et ainsi des autres parties. Pareille-
ment on ne peut plier la cuisse vers
l’aine , à cause que l’os déplacé tient
les muscles qui font son extension si
tendus, qu’ils nepeuuent obéir à ceux
qui la doiuent plier : car la flexion
doit précéder l’extension, et l’exten-
sion la flexion '.
CHAPITRE XLÏ.
PROGNOSTIC DE LA LVXATION DE LA
HANCHE.
Aux luxations de la cuisse il y a
danger, ou que l’os soit réduit inalai-
‘ Galien auliu. dumouuement des muscles.
— A. P.
388 LE QVATORZlÉME LIVRE
scment, ou qu’estant réduit ne tombe
de rechef. Car si les muscles, tendons
et ligamens de cesto partie sont forts
et durs, à peine laissent-ils réduire
l’os en sa place. Pareillement s’ils sont
trop foibles , laxes et mois , ils ne le
peuuent tenir quand il est réduit :
semblablement quand le ligament
court et rond , qui ioint estroitement
la teste dudit os au fond de sa cauité,
est rompu ou relasché. Or ledit liga-
ment se rompt par quelque violente
force, et se relasche par vue humidité
glaireuse et superflue , amassée és
, parties voisines de ceste iointure, qui
l’abreuue et mollifie. Et si cedit li-
gament est rompu , eneores que l’os
soit réduit, ne tient jamais et retombe
tousiours, quelque diligence qu’on y
puisse faire : ce que i’av veu plusieurs
fois. S’il est seulement humecté et
relasché , apres l’auoir réduit , si on
peut consommer et seicher l'humeur
par medicamens et par cautères po-
tentiels ou actuels appliqués autour
de la iointure, l’os y demeure ferme
et ne retombe plus.
Donc, pour le dire en vn mot, quand
ce ligament est rompu ou trop relas-
ché, l’os ne peut tenir ferme en sa
boette lors qu’il y est remis, principa-
lement en ceux qui sont maigres,
pource qu’icelle iointure n’est liée de
ligaments par dehors, comme est la
iointure du genoüil, et qu’il n’y a
point d’aponeurose , c’est-à-dire ten-
dons larges, comme nous auons dit.
D’auantage les parties qui sont près
d’vne luxation qui n’a esté réduite,
deuiennent en atrophie, c’est' à dire
qu’ils amaigrissent , en sorte que la
chair des muscles est extenuée et con-
sommée, à raison que l’os n’est en son
lieu et partant ladite partie ne peut
1 Voyez Galien sur la sent. 42. de la sec.
4. du liu. des Articles. — A. P.
faire son action : et aussi que les vei-
nes, arleres et nerfs ne sont pareille-
ment en leur situation naturelle, qui
garde que la nourriture et les esprits
n’y peuuent suffisamment reluire : et
estant imbecille , ne peut attirer, re-
tenir, cuire, n’assimiler le nutriment.
Exemple : ceux qui ont l’os femoris
luxé , et n’a esté réduit , ledit os ne
croist plus comme les autres os du
corps, et aussi deuient plus court que
celuy qui est en sa boette, pource
qu’il est près du lieu où est le mal.
Toutesfois, les os de la iambe et du
pied ne sont empeschés à croislre,
d’autant qu’ils demeurent en leur si-
tuation naturelle : néantmoins la
iambe leur deuient plus gresle, c’est-à-
dire lesmusclesatrophiés. Autant s'en
fait-il à l’os du haut du bras ( ce qui
est commun à toutes les luxations
non réduites ) , lequel aussi deuient
plus court, et les muscles plus éma-
ciés et consommés que ceux du bas
du bras et de la main. Et pour le dire
en vn mot, les os qui sont plus près
de la iointure luxée deuiennent plus
courts, et leurs muscles plus atro-
phiés, parce que les esprits et aliinens
ne peuuent estre portés en icelles
parties : qui est cause qu’elles tom-
bent en atrophie. Or quand Hippo-
crates dit plus courts, il faut entendre
en ceux qui n’ont pas accompli leur
croissance. Car à ceux qui sontpar-
uenusà leurs troisdimensions,lesosne
se peuuent accourcir, mais bien dimi-
nuer en grosseur. 11 faut aussi enten-
dre que l’exercice de la main sert
grandement à ce que la chair de tout
le bras demeure plus nourrie , et
principalement depuis le coude ius-
ques aux doigts : mais quand l’os fe-
moris est luxé, et principalement en
la partie intérieure, et que les enfans
sont eneores au ventre de leur mere,
1)F.S TAXATIONS.
ou qu’ils sont en leur enfance , les
muscles seront plus émaciés qu’au
bras, à raison qu’ils ne se peuuent ai-
der de la iambe ny du pied en la
luxation de l’os femoris , comme ils
font de la main en la luxation de l’os
du haut du bras *.
CHAPITRE XL II.
DE LA LVXATI0N DE LA HANCHE FAITE
EN DEHORS2.
Quand la luxation de la cuisse est
faite en dehors, et qu’elle demeure
sans estre remise, la douleur auec le
temps s’appaise, et la chair d’e^tour
deuient calleuse et dure comme la
main des laboureurs et artisans :
et la teste de l’os se forme et fait vne
cauilé en laquelle elle se met, de façon
qu’auec le temps le malade peut che-
miner sans potence ou baston. Adonc
la cuisse et la iambe ne sont tant
atrophiées ou amaigries.
Mais si la luxation est faite au de-
dans , l’atrophie sera pins grande,
d'autant que les vaisseaux qui de leur
naturel vont et tirent tousiours plus
vers le dedans , comme note Galien
sur la sent. 51 de la 3. sect. du liure
1 Paré a puisé dans Hippocrate presque
tout ce chapitre, rempli de belles ,et gran-
des vérités, obscurcies seulement par la
contusion que fait le chirurgien français
entre les luxations accidentelles et les luxa-
tions suite d’une lésion organique de l’ar-
ticle.
2 En ne consultant que les titres des cha-
pitres, on pourrait croire que celui-ci s’oc-
cupe spécialement delà luxation en dehors:
en aucune manière; c’est la suite du précé-
dent, et il devrait porter pour titre : Du
prognoslic de chacune des luxations du Jemur
* n particulier.
38ç)
des Articles, sont plus pressés, et qi:e
la partie ne peut se mou noir ny
tourner contre l’os pubis ou du pe~
nil. D’auantage cette luxation n’es-
tant point réduite, quelque temps
apres les malades cheminent comme
les bœufs, à sçauoir en tournoyant la
iambe vers la partie de dehors. Pa-
reillement le malade estant soustenu
sur la iambe luxée, ne peut demeurer
en figure droite, mais oblique. Aussi
la iambe saine fait peu d’espaeequand
elle se meut, à comparaison de celle
qui est luxée : parce que celle qui est
luxée fait son mouuement en tour--
noyant, et l’autre le fait sans tour-
noyer. Pour ceste cause, les malades
portent vne potence ou vn baston, à
fin qu’ils soyent appuyés sur la partie
malade, de peur qu’ils ne tombent en
terre.
D’auantage ceux qui ont cest os
luxé en dehors, ou en derrière, qui
n’a peu estre réduit, par succession
de temps la teste dudit os rend la
partie calleuse , qui permet que le
iarret se plie sans grande douleur :
mais les malades soustiennen t et mar-
chent seulement sur la racine des or-
teils. l’outesfois ils sont contraints de
se courber en deuant lors qu’ils che-
minent bien fort, pource que la iambe
est plus courte, et tiennent il chacun
pas la main sur la cuisse malade, à
cause que la tesle de l’os n’est pas
droitement sous le corps portant à
plomb : neantmoius à la longue les
malades peuuent cheminer sans po-
tence ni baston , lors qu’ils y sont ac-
coustumés. Pareillement la iambe
saine par vne coustume et vsage de-
uient difforme , pource qu’elle aide à
la malade en s’appuyant en terre : en
quoy faisant, il est necessaire que la
cuisse et le jarret soyent courbés.
Au contraire, quand la luxation est
3qo le QVAtorziéme livre ,
faite en (leuant, et n’a esté réduite, et
que le malade ( comme auons dit ) est
paruenu à scs trois dimensions, l’os
ayant accouslumé de tournerai! lieu
auquel il est tombe , et que la partie
est devenue calleuse et dure , alors il
chemine sans baston , potence ou
croce, et marche du tout droit pource
que la iambe luxée ne se peut facile-
ment plier, ny en l’aine ny au jarret,
et que les maladess’appuyent plus vo-
lontiers sqr le talon qu'ils ne font sur
la racine des doig ts des pieds.
le ne veux encores laisser en ar-
riéré de remémorer que si ceste luxa-
tion, comme toutes les autres, est in-
ueterëe, iamais ne se peut réduire.
Or voilà les signes et accidents qui
viennent , quand la luxation est faite
en dedans, et que le ligament qui at-
tache l’os en sa cauité de la ioinle est
trop rompu ou trop relasché.
CHAPITRE XLI1I.
LES SIGNES QVE LA LVXATION EST
FAITE EN DEUORS >.
Lors que la luxation est faite en de-
hors, les signes sont contraires à la
luxation faite en dedans. Car la iambe
malade est plus courte, d’autant que
Ig leste de l’os de la cuisse est eleuée
au-dessus de sa boette, et que les mus-
cles là situés se retirent vers leur
origine, et eux se retirans, tirent en-
cores pareillement l’os contre-mont :
qui fait que la iambe est plus courte 2.
1 Le lecteur qui s’en fierait aux titres des
Chapitres pourrait penser que t'aréa oublié
donner les signes fie la luxation en de-
dans. On les trouvera ci-dessus au chapi-
tre 4Q.
a L’édition de 1575 ajoutait ici : et la
Pareillement le genoüil et le pied se
tournent en dedans : et si on veut
faire marcher le malade, le talon ne
peut toucher contre terre, mais seu-
lement sur le mol du pied, qui est en
la racine des doigts. Aussi peut bien
plier la iambe: ce qu’il nesauroit faire
quand la luxation est faite au dedans.
D’auantage la iambe malade porte
mieux le corps que qpaqd la luxation
est faite au dedans : parce que la
leste de l’os est plus <le ligne droite
sous le corps, qu’il n’est quand la
luxation est faite au dedans : et auec
le temps, si la luxation ne peut estre
réduite, le malade chemine sans bas-
top, pource qu’il ne sept pins de don-
leur, à raison que -lg teste de l’os a
broyé et rendu calleux et dur le lieu
où il fait sa demeure, n’estant plus en
sa propre place. Alors aussi la iatnhe
s’extenue et amaigrit moins que
quand la luxation est faite au dedans,
pource que Los pe presse tant les
vaisseaux , et aussi qu’on la Rànaille
plus commodément.
Bref, quand la cuisse est luxée en
la partie postérieure , la iambe se 11e-
cliist, et pese peut estendre : et quand
elle est luxée eu la partie anterieure,
elle s’étend, mais elle ne se peut flé-
chir >.
CHAPITRE XLIV.
DE LA LVXATION FAITE EN REVANT.
La luxation en deuant se fait bien
rarement.
fesse: c’est-à-dire que la fesse était égale-
ment raccourcie. Ces trois mots ont été
retranchés à partir de la seconde édition.
1 Ce dernier paragraphe n’existait pas
dans les premières éditions : il a été ajouté
à la quatrième.
DES LVXA.TIONS.
Les signes sont , qu’on Irouue lu
leste do l’os de la cuisse tombée sur
l'os du penil : dont on voit l'aine
tuméfiée, et la fesse apparoit ridée
et descharnée , à cause de la çonlrac
tion des muscles : aussi que le malade
peut estendre la iambe sans douleur,
mais il ne la peut ployer vers l’aine ,
à cause que le muscle anterieur, qui
naist de l’os ilion , est pressé de la
teste de l’os qui ne se peut estendre :
pt si le malade est contraint de 11e-
cldr le iarret , il sent grand douleur :
et lors qu’ou fait comparaison de la
iambe malade avec la saine , on les
trouue esgales en longueur. Neaut-
moins le malade ne se peut soustonir
sur la racine des orteils : et si on veut
IWurcor de le faire marcher, il ne se
peut appuyer que dessus le talon.
D’auanlage le bout du pied ne se peut
tourner vers la partie anterieure,
Souuentesfois en ceste luxation
l’vrine est supprimée, à cause que la
teste de l’os presse les grands nerfs ,
desquels naissent ceux qui vont à la
vessie : laquelle se ressentant de la
douleur, tombe en inflammation, qui
afflige le muscle sphincter de la ves-
sie : qui fait que pendant icelle in-
flammation , l’vrine n’est permise de
passer qu’à grande difficulté , parce
que les parties enflammées et tumé-
fiées ferment le passage de l’vriue1.
CHAPITRE XCV.
DE LA LVXATION FAITE EN DERRIERE.
Pareillement la luxation faite en
derrière vient rarement, parce que la
partie postérieure de la boette de la
1 Tout cela est emprunté au livre des Ar-
ticles d’Hippocrate.
391
hanche est fort profonde, comme l'an-
terieure l’est beaucoup moins : au
moyen dequoy la luxation faite au
dedans est pius frequente que nulle
des autres.
Les signes sont , que le malade ne
peut estendre la iambe, et aussi il ne
la peut plier, à cause que les muscles
qui sont autour de la testo de l’os
sont grandement pressés et tendus :
et la douleur s’augmente quand U
veut ployer le jarret, à raison qu’on
lire les muscles d’auantage. Pareil-
lement la iambe malade est plus
courte que la saine : et quand on
presse sur la fesse, on trouue la teste
de l’os prominpnte entre les muscles
fessiers : et l’on trouue cauité en
l’aine , dont est trouuée lasebe et
molle quand on la touche : et le talon
ne peut toucher en terre, parce que
la teste de l’os est cachée entre les
muscles de la fesse, qui la retirent
contre-mont, et principalement le
gros muscle fessier, qui fait te cous-
sinet de la fesse, lequel eu ceste luxa-
tion est plus pressé que nul des au-
tres : qui fait que le malade ne peut
fléchir le genoüil, à cause que le
fléchissant on fait grande extension
de l’aponeurose, ou tendon large, qui
couure le genoüil. Et si Je malade
s’efforce de se tenir sur le pied de la
cuisse luxée sans quelque appny, il
tombe en derrière, parce que le corps
panche en ceste partie, à cause que
la teste de l’os n’est pas droitement
au dessous du corps pour t’estançon-
ner : et pour ceste raison il faut qu’il
s’appuye sur vue potence posée sous
l’aisselle du costé luxé.
Apres auoir suffisamment descrii
les signes, accidens, prognostie, et
diiiersité de luxations failes à la han-
che, maintenant il reste à escrire et
monslrer la maniéré de réduire l’os,
?)Q2 LF. QVATORZIÉME LIVRE,
selon la diuersitë des lieux où il tom-
be, auecque la meilleure méthode et
la plus briefue qu’il me sera possible.
Premièrement il faut situer le ma-
lade sur vn banc ou sur vne table,
(mettant dessous luy quelque matelas
ou couuerture de lit, de peur qu’il ne
soit pressé) ou à la renuerse, ou sur
le ventre, ou sur le costé : de façon
que la partie où l’os est forjetté soit
tousiours la plus haute, et celle d’ou
il est sorti, la plus basse. Exemple:
si la luxation est faite en dehors ou
en derrière, faut situer le malade sur
le ventre. Si elle est faite en dedans,
le faut situer à la renuerse sur le dos1.
Si elle est faite en deuant, il faut le
situer sur le costé sain. Et l’os sera
tousiours tiré et poussé verssaiointe,
pour le chasser en dedans. Si la luxa-
tion estrecente,ou que ce soit vn Jeune
enfant, ou femme, ou autres, qui ont
naturellement les iointures laxcs, i!
ne sera besoin pour réduire l’os de
faire grande extension parlions : mais
la seule main du chirurgien suffira :
ou bien on se contentera d’vne forte
lisiere, ou d’vne portion d’vne nappe
ou seruiette : et auecques certaines
compresses mises entre les iambes, à
sçauoir, autour de la ioinlure de la
hanche, sera tenu fermement. Puis le
chirurgien tirera la cuisse de droite
ligne au dessus du genoüil, vis à vis
de la boette d’où l’os est issu : et par
ce moyen sera réduit, pourueu qu’on
tire vn peu plus haut la leste de l’os,
de peur que les bords de sa cauité
1 L’édition de 1575 voulait que le malade
fût couché sur le ventre dans la luxation en
dedans, et sur le dos dans la luxation en de-
hors, ce qui était contraire aux principes
des anciens, et ce qui dépendait sans doute
n’engardent estre remis, si elle n’es-
toit tirée et esleuée vn peu plus haut
que sa cauité.
Où l’os ne sera assez tiré , on doit
estre asseuré qu’il ne pourra eslre
réduit : partant il faut plustost pé-
cher à tirer vn peu plus que trop
peu *. Toutefois il se faut bien garder
de trop tirer : de peur de rompre
quelque muscle ou tendon, ou autre
partie nerueuse : et où on ne pourra
réduire l’os par la seule main, alors
faudra vser de machine, comme nos-
tre moufle attachée à deux posteaux,
et la corde tirée tant qu’il en soit be-
soin.
Or ce pendant qu’on fera ces ré-
ductions violentes par machines, ne
faut que les parenset amis du malade
soyent presens, s’il est possible, com-
me estant vn spectacle odieux à veoir,
et ouyr crier le malade : et aussi que
le chirurgien soit asseuré, non piteux,
ne craintif, lors qu’il fera la réduc-
tion : et ne soit nullement esmeu par
la clameur du malade, ny moins des
assistans : et que pour cela il ne se
hasle point plus qu’il ne doit, pource
que luy seroit grand deshonneur
n’auoir peu réduire l’os, et aussi
grand dommage au malade.
Apres auoir ainsi discouru des luxa-
tions de la hanche, il faut pour l’in-
struction du ieune chirurgien (auquel
cest escrits’addresse)les déduire par-
ticulièrement pour plus grande in-
telligence : commençant à celle qui est
faite en dedans de la cuisse.
d’une simple erreur de rédaction ; car, dés
la seconde édition, le texte a été corrigé
comme on le lit ici.
1 Ubserualion digne d'eslre bien notée. —
A. P.
I
DF.S LVXATIONS.
CHAPITRE XLVI.
LA MANIERE DE REDVIRE LA LVXATION
DE LA C VISSE FAITE EN DEDANS.
II faut estcndre le malade sur vne
table, ou sur vn banc, comme nous
auons dit. Au milieu d’iceluy sera
posée vne cheuii le d roit entre ses cuis-
ses, longue d’vn pied, et grosse com-
me le manche d’vne houë, garnie de
quelque chose molle, de peur qu’elle
ne blesse le malade. Cesle cheuille
sert à fin que le corps estant arresté
contre icelle, ne sniue et n’obeïsse
point quand on tirera : et aussi que
lors qu’on fera l’extension, elie se
rencontre entre la teste de l’os et le
perinæurn, que Dalechamps en sa
Chirurgie Françoise appelle ÏEntre-
fesson. Ce faisant, il n’est grand besoin
faire autre contr’extension aux par-
ties supérieures. D’abondant quand
on tire le malade, ceste cheuille aide
à rechasser et pousser l’os auecques
vn peu d’aide de la main du chirur-
gien, qui en virant et donnant le tour
çà et là, aide à remettre l’os en son
lieu.
Or quand il faut tirer et contre-
lirer, il faut auoir des liens qu’auons
par cy deuant escrits en la réduction
de l’espaule, ou vn tissu, ou quelque
lisiere forte, conduits par dessus l’es-
paule : l’vn desquels sera posé au
dessus de la iointure de la hanche :
et au defaut de la cheuille, on mettra
vn lien autour de la iointure de la
hanche, tenu par vn homme fort :
et l’autre lien sera posé au dessus du
genoüil, lequel sera pareillement tiré
3ç)3
contre bas, par vn autre homme, tant
et si fort qu’on verra eslre besoin.
Aussi se faut donner garde que le
lien qui tient la partie luxée soit
sur la teste de l’os qu’on veut réduire,
parce qu’il empcscheroit qu’il ne
pourroit r’ entrer en sa place.
Cesle maniéré d’extension est com-
mune aux quatre especes de la luxa-
tion de la cuisse : mais en chacune
d’icelles particulièrement il faut
changer la maniéré de repousser l’os
en sa boette, selon les parties où elle
décliné, à sçauoir, le poussant et
tournant en dehors, quand la luxa-
tion est au dedans : et au dedans ,
quand elle est au dehors: ce que nous
déduirons chacun à paî t soy.
Or aucuns r’habilleurs et renoùeurs
de village, lors qu’ils veulent réduire
ceste luxation, font la ligature au
pied, et par ce moyen la iointure du
pied et du genoüil sont plus eslen-
dues que celle de la hanche luxée,
pource qu’elles sont plus près du lien
qui est attaché au pied : et partant
sans nulle occasion ils font extension
à la iointure du pied et à celle du
genoüil, dont plusieurs accidens ad-
uiennent. Parquoy icy noteras, qu’on
ne doit attacher les liens au pied ,
mais au dessus de la iointure du ge-
noüil : et en la luxation de l’espaule,
nullement la faire à la main, mais au
dessus du coude seulement *.
* Obserualion (ligne d’estre notée au chi-
rurgien. — A. P. — Ce n’esl pas une obser-
vation moins notable que ce procédé des
rhabilleurs de village ait iini par devenir la
pratique générale des chirurgiens français
de la fin du xvi 11e siècle, et même du com-
mencement de ce siècle-ci.
3g4
LE OVATORZIÉME LIVRE ,
CHAPITRE XLVII.
I \ MANIERE RE RED VIRE RA LVXATIQN
DE LA CA ISSE I AITR AV DEDANS, PAR
MACHINES, LURSQYE LA MAIN DV CHI-
Iî RDI EN n'est ASSEZ SUFFISANTE.
gi la luxation est faite au dedans,
apres auoir situé deuément le corps ,
et tenu la partie malade , il faut met-
tre dessus l’aine quelque chose ronde :
et soudain par dessus icelle on lire le
genoüil dp malade , en pliant fort , et
pressant sur la teste de l'os vers sa
boette , et tirant le genoüil et la iambe
à l’endroit de l’aine, et la menant au
dedans vers l’autre iambe le plus
qu'il sera possible : et par ce moyen
on réduit l’os en sa place, connue tu
vois par ceste ligure.
Aussi noteras qu’en ceste luxation ,
et autres, apres auoir tiré l’os suffi-
samment d’entre les muscles, et auoir
fait extension des ligamens , il fin
qu’ils cedent , faut lascher la corde ,
et ne plus tirer : ou autrement la ré-
duction ne se pourra faire , pour la
trop grande extension qu’on feroit
aux muscles, tendons, et ligamens,
qui ne pourroient obéir à la main du
chirurgien.
Les signes que la luxation est ré-
duite , sont , que les iamhès sont de
pareille longueur : aussi que le ma-
lade plie et eslend sa iambe sans dou-
leur ny peine.
Apres qu’on sera asseuré l’os estre
réduit , on appliquera les remedes
qui ont esté par cy deuant escrils.
Puis on commencera tousiom s leban-
dage sur le lieii où estoit l'eminence
de l’os déplacé, et sera mené et con-
duit vers la partie opposite et saine,
passant sur les reins par derrière, et
sur le ventre par deuant. Et ne faut
oublier de mettre vne grosse com-
presse dedans l’aine , qui tiendra l’os
ferme en sa cauité : aussi des torches
de paille longues iusques au talon ,
comme nous auons monstre en la
fracture de la cuisse. D’auantagefaut
lier les deux cuisses ensemble, à fin
que la partie luxée demeure cncores
plus stable sans se mouuoir. Et ne
DES LVXAT10NS.
395
faut oster ce premier appareil de
quatre ou cinq iours, s’il est possible,
sçauoir est, qu’il n’y eust quelque
accident qui contraignist de ce faire.
Faut aussi faire tenir le malade trente
iours dans le lit, à fin que les muscles,
nerfs et ligamens qui ont esté relas-
rhés se fortifient : de peur qu’en che-
minant trop test , l’os ne se (lomist de
roc fief.
Quanta la situation de la jambe,
elle doit estre tenue en figure moyen-
ne , c’est-à-dire, entre droite et
courbée : autrement ne pourrojt lon-
guement demeurer en figure droite
sans causer douleur, à cause des
muscles qui seroyenl trop long temps
tenus tendus.
CHAPITRE XLYIII.
LA M AMERE I)E REDVIRE LA LVXATION
DE LA CVISSE FAITE EJ* DEHORS.
Quand la luxation est faite en de-
hors , il faut situer Je malade sur vne
table , ou sur vn banc, garni comme
nous auons dit par çy douant, ayant
le ventre dessus la labié : et faire Jes
ligatures à la hanche ipxée, et au
dessus du geqojiü. Cela fait, fapt
tirer contre-bas, et cqntrptirer con-
tre-mont : et le chirurgien poussera
du dehors en dedans l’os en sa place :
et sj la main n’est assez forte, qn
s’aidera de nos(re moufle, comme tu
y ois par ceste figure ’.
Ceste luxation est la plus facile à
estre réduite de toutes les autres de
la cuisse : tellement que i’ay veu quel-
quesfois ayant fait l'extension , qu’en
lasehant les muscles, ils iettoient la
teste de l’os en sa cauité , sans aucu-
nement pousser : à cause que natu-
rellement ils se retirent vers leur
origine ; et l’as l’entrant dedans sa
boette ne fait quelquesfois aucun
bruit : et quelquefois fait bruit, fai-
sant cloctj qui est vn signe certain
que l'os est rentré dans sa cauité.
Apres ceste réduction faite, on
appliquera les remedes cy dessus men-
tionnés. Et pareillement ne sera ou-
blié de mettre vne compresse sur la
iointure, et la ligature , et les torches
de paille . ainsi qu’auons enseigné par
cy douant.
1 J’ai déjà dit que Taré était l’inventeur
T,E QVATORZIÉ'ME LIVRE
3g6
CHAPITRE XL IX.
LA MANIERE DE REDVIRE LA LVXATION
DE LA CVISSE FAITE EN DEVANT.
Si la luxation est faite en deuant,
fautsituerle malade sur le costé sain,
et le lier ainsi qu’auons dit. Puis le
chirurgien mettra vne compresse des-
sus la teste de l’os qui fait eminence ,
aquelle sera tenue fermement par
vn seruiteur. Puis ayant fait l’exten-
sion suffisante, le chirurgien auec la
main poussera la teste de l’os en sa
boette : et si la main n’est assez forte,
la poussera auec le genoüil , tant
qu'elle soit réduite : et estant réduite,
sera traitée et bandée ainsi qu’a-
uons enseigné cy dessus.
du moufle appliqué à la réduction des luxa-
tions, et il s’en attribue nettement ici la
possession, 1 tostre moufle. Mais, sans parler
des machines à treuil des anciens, les mo-
dernes avaient aussi imaginé des moyens de
traction plus puissants que l’extension parla
main des aides. Guy de Chauliac fixait le
plein d’une serviette au-dessus du genou, en
rattachait les deux bouts à un pilier solide-
ment implanté sur la table même où l’on
couchait le patient, et, à l’aide d’un levier
ou cheville introduit entre les bouts de la
serviette, et qui servait à la tordre, il éten-
dait le membre avec une grande force. Ce
qu’il y a d’obscur dans la description de Guy
est éclairé par la glose de Dalechamps. Ce-
lui-ci nous rapporte un autre procédé en-
core :
« Aucuns font tourner les posteaux (ce que
Guy appelle les piliers) auec deux barres
passées au trauers, mettent les bouts des loiiail-
es (les draps ou serviettes) dans vn des per-
tuis où passent les barres, r. fin que la barre,
remise en son trou, les tienne fermes : puis
tournent le posteau, et font ainsi l’ extension.
— Chirurgie française, p. SRO.
CHAPITRE L.
LA MANIERE DE REDVIRE LA LVXATION
DE LA CVISSE FAITE EN DERRIERE.
Le malade sera pareillement cou-
ché sur le ventre dessus vn banc, ou
vne table, et tiré ainsi qu’il a esté
dit des autres luxations de ceste par-
tie : et le chirurgien poussera de ses
main l’eminence de l’os en sa iointu-
re , en prenant le genoüil du malade,
et le tirant en dehors , le reculant
ou séparant de la iambe saine. Et
estant réduit en son lieu , il n’y peut
demeurer si le malade n’est couché
et bien bandé, à cause que la cauité
de la boette de l’ischion va en bais-
sant, et que la charge de toute la
cuisse, qui y est pendue , est pesante :
et partant tomberoit de rechef de son
lieu , si le malade vouloit cheminer.
CHAPITRE LI.
DE LA LVXATION DE LA ROVÊLLE DV
UENOVIL.
La rouelle du genoüil se peut de-
louer en dedans, en dehors , en des-
sus, en dessous, et non iamais en
derrière , par ce que les os qu’elle
couure ne le permettent L
1 Cette classification m’avait paru de l’in-
vention d’A. Paré; en effet, à peine la luxa-
tion de la rotule est-elle mentionnée dans
les anciens, et les Arabes et les arabistes
n’en parlent que pour décrire le mode de
rédqction, sans désigner le sens dans lequel
elle se déplace. Voyez mon Mémoire sur les
luxations de la rotule, p. 3 et 4. Mais j’ai
constaté depuis que Paré n’avait guér# fait
DES LVXATIONS.
Pour la réduire, il faut que le mala-
de s’appuye sur le pied de la partie
luxée, en terre vnie, ou sur vne table :
puis le chirurgien la poussera de ses
mains du costé où elle incline. Et
l’ayant réduite faut remplir la cauité
du jarret de compresses de telle gros-
seur, que le malade ne puisse plier la
iambe : caria ployant, on la fait de re-
chef sortir de son lieu. Pareillement
on mettra vne astelle vn peu caue et
ronde, comme est la figure delà rouel-
le , posée du costé vers lequel estoit
déplacée : et les remedes propres se-
ront appliqués, et auec le bandage
sera tenue si ferme, qu’elle ne puisse
tourner çà ou là. Apres auoir tenu le
genoüil assez en repos, faut que le
malade commence peu à peu à fléchir
le genoüil iusquesà ce qu'il connoisse
quelemouuement de ceste partie luy
soit aisé.
CHAPITRE LU.
DE I,A DELO VEVIÎE DV GENOVIL.
Le genoüil se peut luxer en trois
maniérés, à sçauoir, en dedans, en
dehors, et en derrière : en deuant
rarement, n’estoit par vne extreme
violence , pource que la rouelle l’em-
pesche , laquelle tient les os de ceste
partie ferme. Les autres maniérés se
font aisément , à raison que la coche,
ou cauité du bout de l’os de la cuisse,
ici que copier Dalechamps. Celui-ci s’ex-
prime de celte manière :
IV oure aulheur ne traite point de la dé-
biteur e faite en la rouelle du genoil, qui, tou-
tefois, aident soutient. Elle se deloue en de-
dans, en dehors, en dessus, en dessous, non
en derrière, parce que les os qu'elle couure ne
le permettent , et peu au deuant. — Chirurgie
fran(oise,lb10, p. 887.
397
est caue comme vne gouttière, et
aussi qu’elle est fort lisse et glissante,
et pareillement que sa structure est
moins serrée que la ioinlure du cou-
de : et partant il se luxe et réduit plus
aisément.
Les causes de ceste luxation sont
pour tomber de haut , ou sauter, ou
courir trop viste.
Les signes sont , que le malade ne
peut plier la iambe contre la cuisse ,
c’est-à-dire , mettre le talon contre la
fesse.
Les luxations qui se font au gc-
noüil en dedans et en dehors, poul-
ies réduire, faut faire vne médiocre
extension, et pousser l’os du costé
où il sera forjelté, tant qu’il soit en
sa place.
CHAPITRE LIII.
DE LA LVXATION DV GENOVIL FAITE
EN DERRIERE1.
11 faut faire asseoir le malade sur
vne escabelle , ou sur vn banc de
moyenne hauteur, le dos tourné con-
tre le visage du chirurgien, lequel
luy mettra sa iambe entre les deux
siennes , et de ses deux mains la
1 J’établis ici un nouveau chapitre, et je
dois expliquer pourquoi. Dans la première
édition, ce titre : De la luxation du genoüil
Jaite en derrière, occupait le milieu de la li-
gne, et séparait nettement le procédé qui
suit de ceux qui ont été indiqués pour les
luxations en dedans et en dehors. A partir
de la seconde édition, le titre avait été trans-
formé en une simple note marginale, ce qui
laissait penser, lorsqu’on ne lisait que le
texte, qu’il s’agissait toujours des deux pre-
mières luxations. J’ai rétabli ce titre, et,
pour plus de régularité, j’en ai fait un cha-
pitre.
LE QVATOIIZIÉME LIVRE
398
pliera contre la fesse. Et si par ce
moyen ne se peut réduire , faut auoir
vne pelolle faite d’vne bande roulée ,
et l’attacher au milieu d'vn baslon :
et icelle sera posée par vu seruiteur
au ply du jarret sur l’os emihent , et
poussée eh douant : et vn autre serui-
teur mettra sur le genoüil vne bande
ou quelque lisiere large de trois
doigts : puis de ses deux mains la ti-
rera contre-mont : et tous ensemble
tout à coup plieront la iambe et le
talon contre la cuisse ou la fesse.
Toutes ces choses sentent à réduire
telle luxation faite en derrière.
CHAPITRE L1Y.
I)E LA LVXATION DV GENOVIL FAITE
EN DEVANT.
Si la luxation est faite en deuant , il
faut situer le malade sur vne table ,
et faire deuë ligature au dessus de la
jointure du genoüil , et au dessus du
pied. Puis le chirurgien poussera de
ses deux mains sur l’os , tant qu'il soit
réduit. Et si les mains ne sont assez
suffisantes pour tirer et contre-tircr,
l’on vsera de nostre machine, comme
tu vois par ceste figure1.
Le signe qu’il est réduit , est que le
malade fléchit et estend sa iambe
sans douleur. Apres la réduction , on
appliquera les remedes et compresses,
et fera-on les ligatures ainsi qu’il est
requis : et defendra-on au malade de
cheminer sur la iambe , iusques à ce
qu’on verra eslre besoin.
1 II est probable que Paré a voulu seule-
ment id indiquer une application possible
de son moufle, plutôt qu’un usage qu'il en
aurait fait lui-même. La luxation en devant,
regardée comme très rare jusqu’à nos jours,
CHAPITRE LV.
I)E LA LVXATION ET DISIONCTION DE
L’OS PÉRONÉ, AYTREMENT DIT PETIT
FOCILE DE LA IAMBE.
Le petit focile de la iambe est ap-
posé sans cauité contre le gros focile ,
et qu’il a bien fallu reconnaître ensuite
comme la plus fréquente, avait été observée
par Megès dans l’antiquité; après quoi l’on
n’en retrouve de nouvelles observations que
fort avant dans le xvme siècle. Voyez ma
bKS LVXATIONS;
à sçnuoir. cri la partie supérieure près
le genoiiil, et en bas près l'astragale :
et se peut luxer, desioinclre, et en-
tr’ouurir desdites parties en trois ma-
niérés, à sçauoir en la partie ante-
rieure , et aux deux coslés. Cela se
fait communément lors qu’en chemi-
nant on se mesmarche , et le pied
nous defaut , et se tourne en dedans
ou en dehors : et le corps s’appuyant
au dessus, fait qu’il s’entr'ouure, de-
prime , et luxe. Aussi telle chose se
peut faire pour tomber de haut, ou
pour quelque grand coup orbe. Pa-
reillement quelquesfois ses epiphyses
se desioigncnt et se rompent *.
Or pour les faire tenir et ioindre
ensemble , elles seront réduites par
la main du chirurgien , en les pous-
sant en leur situation naturelle : et
les faut puis apres bien bander, et
mettre des compresses au costé au-
quel le petit focile a esté peruerti ,
commençant la ligature dessus la
luxation , pour les raisons prédites :
et le malade gardera le lit quarante
iours, et tant qu’on connoistra les
ligamens estre bien affermis.
CHAPITRE LVI.
DË LA LVXATION DV GRAND FOCILE
AV E L’.A STRAGALE.
11 se fait aussi luxation du grand
focile d’auec l’astragale , tant au de-
Letlre à M. Velpeau sur les luxations fémoro-
tibiales, dans les Archives de médecine, 1837,
t. 13 et 14.
1 Évidemment Paré veut parler ici de la
luxation avec fracture du péroné, que I)u-
puytren a désignée sous le nom fort inexact
de /raciwe du tiers inférieur du péroné; at-
tendu que la fracture peut très bien exister
sans la luxation, et que la luxation peut à
peine exister sans la fracture.
dans du pied, qu’au dehors. On la
connoist par l’emlnence tfoutlée au
costé où la luxation est faile.
S’il n’y a que luxation incompleüe,
et que l’os ne soit qu’vn peu séparé ,
adonc la réduction sera facile , en
poussant seulement l’os en son lieu.
Et apres la réduction, faut appliquer
des compresses et ligatures comme il
est besoin , à sçauoir, en apposant et
tournant la bande au costé opposite
à la luxation, comme nous ations dé-
claré cy douant , à tin qu’on repousse
l’os en son lieu d’où il est sorti : et se,
faut garder de (rop comprimer le
gros tendon qui est au talon.
Ladite luxalion est affermie en qua-
rante iours communément, s’il n’y
aduient aucun mauuais accident.
CHAPITRE LVÜ.
DE LA LVXATION DV TALON.
Quand on saute de bien haut lieu ,
et qu’on tombe sur le talon, adonc
l’os du talon se luxe, et s’esloigne de
l’os nommé astragale. Telle luxation
se fait plus communément vers la
partie intérieure qu’exterieure , à
cause que le petit focile passe et em-
brasse l’astragale : qui est cause qu'il
le tient plus fort que de l’autre costé,
oû'il n’y a telle apodiation ou eslan-
ceure.
La réduction se fera en tirant et
poussant les os en leur lieu naturel :
laquelle est assez facile , pourueu
qu’il n’y ait grande fluxion et inflam-
mation. Quant au bandage qu’on y
fera, il faut plus presser sur le mal
qu’en autre part , à fin d’expeller le
sang du lieu blessé aux parties voi-
sines, touteslois sans causer douleur
que le moins qu’on pourra , se don-
4-00 LE QVATORZIEME LIVRE
nant garde de trop presser les nerfs
et le gros tendon qui est au talon ,
comme nous auons dit. 11 faut que le
malade soit à repos par l’espace de
quarante iours pour le moins , encore
qu’il n’y suruienne nuis accidents : ce
qui se fait souuent par la contusion
faite en ceste partie : parquoy est bon
en faire chapitre.
CHAPITRE LVIII.
DES ACCIDENS QVI SVRVIENNENT PAR LA
C0NTVSI0N FAITE AV TALON.
Or pour ceste grande contusion, les
veines et arleres iettent du sang au
trauers de leurs tuniques et par leurs
pelils orifices. Au moyen dequoy se
fait vne ecchymose , c’est-à-dire ,
meurdrisseure au lieu de laiointure
et au talon : et alors suruient grande
douleur et tumeur. Parquoy il est
expédient d’y remedier : qui se fera
en ordonnant bon régime, saignée, et
purgation s’il en est besoin , y appli-
quant aussi des remedes propres , et
principalement en atténuant le cuir
qui est sous le lalon , s’il est trop dur
(comme naturellement il est) par fo
mentalion d’eau chaude et huile :
mesme le faut couper, s’il est trop
calleux , assez profondément auec vn
rasoir, euitant la chair viue. Telles
choses se font , à fin que le cuir soit
plus transpirable , et que la resolu-
tion de la meurdrisseure se puisse
mieux faire. Et faut qu’au talon ces
choses soient faites deuant que l’in-
flammation y soit suruenue, de peur
qu’il n’y suruienne spasme : car le
sang issu hors de ses vaisseaux se
pourrit , pource que la partie pour sa
densité ne permet qu'il se puisse bien
exhaler et résoudre , et aussi que le
gros tendon , qui est attaché sous le
talon, est fort sensible : ioint qu’il y
a des nerfs qui passent en ses parties
latérales : ce que i’ay monstré en
Y Anatomie Vniuerselle h
L'inllammation vient pareillement
en ceste partie pour trop longuement
demeurer à la renuerse, et estre ap-
puyé et couché dessus, et principale-
ment sur vne chose dure, ainsi qu’a-
uons déclaré en la fracture de la
iambe , parlant de la situation du
talon. Parquoy le chirurgien y pro-
cédera comme il est dit, de peur qu’il
n'y suruienne aposteme , et par con-
séquent carie. Car par icelle il sur-
uient plusieurs accidens , comme
fiéure continue aiguë, et d’icelle s’en-
suit tremblement , sanglot, et déliré.
Car par la carie de cest os les parties
proches qui l’enuironnent communi-
quent leur mal aux parties nobles,
pource que le gros tendon, fait de
trois muscles du pommeau de la iam-
be, estant enflammé, communique
l’inflammation ausdils muscles, et
aux nerfs qui sont distribués par
iceux. Aussi les arteres qui sont sem-
blablement pressées et eschauffées,
communiquent leur chaleur au coeur:
dont s’ensuit fiéure, et par les nerfs
distension , spasme et sanglot , à cau-
se des nerfs qui sont distribués à l’es-
tomach , lequel aussi est nerueux , et
pareillement des nerfs qui sont dis-
tribués aux muscles delà respiration.
Pour le dire en vn mot , lors qu’il
y a carie, c’est-à-dire , pourriture en
l’os du lalon , ce mal est incurable 2.
1 Voici un renvoi assurément antérieur à
la publication des OEuvrcs complètes, et
que l’auteur a oublié de changer. Voir la
Bibliographie de I’aré dans mon Introduction.
2 Tout cela est extrait d’Hippocrate, et
spécialement du Traité des fractures.
DES LVXATIONS.
CHAPITRE L1X.
DE LA LVXATION DE L’OS ASTRAGALE,
c est-a-dire de l’osselet.
L os astragale se peut luxer en
toutes parts : et quand il se déplacé
en dedans, le dessous du pied se tour-
ne en dehors : et quand il se déplacé
au contraire , le signe est aussi con-
traire. Et s il est luxé en deuant, le
gros tendon qui s’implante au talon
est dur et tendu Et s’il est luxé en
duriere , 1 os du talon est presque
caché au dedans du pied : et telle
luxation est faite par vne extreme
violence.
On le réduit auec les mains , en ti-
rant et poussant par grande force le
pied aux parties opposites d’où il sera
déplacé.
Apres la réduction , on appliquera
rcmedes et ligatures propres. Il fau-
dra que le malade garde longuement
le lit, parce que cest osselet soustient
tout le corps : et n’estans point en-
cores les ligamens qui le tiennent re-
tournés en leur première force, et
cedans au faix qu’ils portent, danger
seroit que de rechef ne sortist hors
de son lieu.
CHAPITRE LX.
DE LA LVXATION DES OS DV TARSE,
ET DV PEDIVM.
Les os du tarse et du pedium se
peuuent pareillement luxer : et la
luxation se fait quelquesfois sous le
pied, autresfois dessus, et aucuns
d'iceux aux coslés.
Si on les voit estre emineus et esle-
4oi
ués sur le pied , faut que le malade
appuyé son pied sur quelque ais : puis
que le chirurgien presse sur l’os emi-
nent, tant qu’il soit remis en son lieu.
Au contraire, si l’eminence est trou-
uée sous le pied , il faut faire le sem-
blable , c est à sçauoir, presser l’os
par dessous tant qu’il soit réduit. Et
s'ils sont aux costés , on les pressera
de sorte qu’on les réduira en leur
lieu naturel.
CHAPITRE LXI.
DE LA LVXATION DES OS DE LA PLANTE
DV PIED ET DES ORTEILS.
Les doigts du pied se luxent en qua-
tre maniérés, comme les doigts de la
main : et la maniéré de les réduire est
aussi semblable, qui est de les tirer
de ligne droitte, et les pousser en leur
ioinlure, et lesbandercommodément.
Et pour le présagé, ils sont réduits
lacilement, à cause que la sortie de
leur lieu est petite.
Toute la curation est pareille à celle
des doigts de la main , hors mis qu’il
laut garder le lit pour le pied , et
pour la main mettre le bras en’es-
eharpe. Il faut commander au malade
de se reposer par l’espace de vingt
murs plus ou moins, à sçauoir, ius-
ques à ce qu’il se puisse aisément
sou s tenir dessus.
CHAPITRE LXII.
DES COMPLICATIONS ET ACCIDENS QVt
PE V VENT SVRVENIR A LA PARTIE FRAC-
TVRÉE OV LVXÉE.
< ù il y a plusieurs complications de
maladies et accidens, qui souuent ac-
26
11.
ÀO‘J LE QVATORZIÊME LIVRE,
compagnentles fractures etluxations:
comme contusion, douleur extreme,
inflammation, fleure, aposteme, gan-
grené, estbiomeue, vlcere, fistule, al-
teration et carie aux os, atrophie ou
amaigrissement de la partie, depra-
uatiou de l’action des parties , et au-
tres : lesquelles requièrent pour leur
curation grande method e et diligence.
Quant à la contusion, elle est faite
lors que quelque chose grosse et pe-
sante tombe sur vne partie , ou par
tomber de haut en bas, dont se fait
effusion de sang : lequel , s’il est en
grande quantité, sera subit euacué
par scarifications, à fin de descharger
la partie, de peur qu’elle ne tombe en
gangrené et pourriture : et d’autant
qu’on connoistra le sang estre plus
gros, et le cuir espais, les scarifica-
tions seront faites plus profondes :
et y peut-on semblablement mettre
des sangsues.
Or nous auons parlé cy-deuanl de
la douleur, sçauoir est, qu’elle se fait
au moyen que les os ne sont eu leur
lieu naturel, faisans ponction et com-
pression aux muscles et parties ner-
ueuses, dont l’inflammation suruient,
et par conséquent la fleure, et sou-
uent aposteme , pour la defluxion et
inflammation : et de l’inflammation
gangrené, de gangrené esthiomene,
puis vlcere et fistule : de fistule, carie
et pourriture aux os.
L’atrophie , ou amaigrissement ,
vient d’auoir trop longtemps tenu
la partie en repos , et aussi pour i’a-
uoir tenu liée : car telles choses pri-
uent la partie d’aliment, parce que le
sang et esprits sont comprimés et em-
pescliés de tomber en la partie.
Pour la cure de l’atrophie, si la par-
tie est trop liée, on la déliera: et si elle
peut estre exercée, on le fera en l’es-
lendant, fléchissant, haussant et bais-
sant, et tournant : car par ces moyens
la chaleur naturelle sera excitée, et
par conséquent les esprits reluiront
plus abondamment en icelle. Et où la
partie ne pourra estre exercée, faut
faire des frictions et fomentations
d’eau chaude. Les frictions seront mo-
dérées , sçauoir est , entre dures et
molles, aussi entre celles qui se font
trop briefuement et trop longtemps.
Quant à la qualité de l’eau pour les
fomentations , il faut pareillement
qu’elle soit moyenne entre la fort
chaude et celle qui est tiede. Aussi ne
faut faire la fomentation trop longue-
ment ny trop peu : pource que si on
la faisoit trop longuement , on pour-
roit résoudre ce qu’on auroit attiré :
et si on la fait peu de temps , on at-
tire peu ou rien l.
Apres la fomentation , on appli-
quera medicamens chauds et emplas-
tiques, faits de poix, de terebenlhine,
euphorbe, pyrethre, souphre, et leurs
semblables , tel que cestuy-cy : les-
quels faudra remuer tous les iours ,
plus ou moins, selon qu’on verra eslre
necessaire.
Dropax.
7f. Picis nigræ, ammoniaci, bdel. gummi
demi in aqua vit* dissol. ana 5 . ij.
Olei laurini 5 . j.
Pul.piperis, zingiberis, granorum para-
disi, baccarum lauri et iuniperi, ana
5. ij.
Fiat emplastrum secund. artein, extendatur
super alutani.
D’auantage faut bander et lier l’au-
tre partie saine, toutesfois sans dou-
leur. Exemple : Si le bras dextre est
atrophié , on bandera le senestre ,
1 Toute cetle doctrine surle.traitenicnt de
l’atrophie est empruntée aux livres hippo-
cratiques, à part quelques détails de peu
d importance.
DES LVXATIONS.
commençant à la main et finissant à
l’aisselle : et si c’est la iambe dextre,
on liera la senestre, commençant au
pied et finissant à l’aine : carence fai-
sant, on renuoye vue portion du sang
et esprits en la veine caue : et d’elle,
estant pleine, il en sera renuoyé en la
partie atrophiée, en laquelle les vais-
seaux ne sont remplis, mais aucune-
ment vuides. Pareillement faut que
la partie saine soit en repos, à fin que
l’aliment y flue moins. Or il conuient
en faire aller beaucoup en la partie
emaciée, d’autant qu’elle est vuide,
et aussi pour l’alimenter.
D’auantage vne partie atrophiée
peutestre restaurée en lq liant et ser-
rant médiocrement : car ainsi on at-
tirera le sang, comme quand nous
voulons faire vne saignée, nous lions
les bras ou les iambes, pour attirer le
sang aux veines. Plus, on peut faire
souuent tremper la partie atrophiée
dans de l’eau vn peu plus chaude
que tiede , et l’y tenir iusques à ce
qu’elle se tuméfié et rougisse : et par
ce moyen on attire le sang aux vei-
nes : ce qui se voit quand nous vou-
lons ouurir les veines des mains et des
pieds. Or lors que par les remedes
cy dessus mentionnés , les parties
atrophiées s’eschauffent , rougissent
et enflent, c’est signe de guarison : au
contraire non : et partant les faut
laisser, et n’y perdre temps ny ar-
gent.
D’auantage s’il demeure dureté aux
iointures apres les fractures et luxa-
tions, il les conuient amollir, et ré-
soudre l’humeur contenu en icelles
par fomentations, linimens, cataplas-
mes, emplastres faits de racines de
guimauue, bryone, oignons de lis,
semence de lin , fenugrec , et autres
semblables : pareillement de gommes
4o3
fondues en fort vinaigre , comme
ammoniac, bdellium, opopanax, lada-
num , sagapenum , styrax liquida :
aussi de graisse d’oye, de geline, hu-
maine, huile de lis, et autres sembla-
bles : et commander expressément
au malade qu’il remue la partie le
plus qu’il luy sera possible sans dou-
leur, à fin qu’il eschauffe , subtilie et
consomme l’humeur contenue en
icelle: et par tel moyen sera la partie
restituée en son naturel, si possible
est. le dis si possible est : car si l’im-
potence vient à cause que la fracture
est près de la iointure ( comme nous
l’auons dit ) le mouuement apres est
difficile, et souuent du tout impossi-
ble : principalement si le callus est
trop gros, ou si la iointure mesme a
esté allrite , froissée et fracturée ,
comme on voit ordinairement aux
coups d’harquebuses
Que diray-ie plus? C’est qu’il se fait
quelquesfois dilatation des membra-
nes et fibres, tant nerueuses que mus-
culeuses , appelée des Grecs Apo-
spasma : et dilacération des mes-
mes parties, nommée semblablement
Regma , qui se fait par vne grande et
violente extension , comme ceux que
l’on tire sur la gesne , ou par tomber
de haut en bas, ou par vne mesmar-
cheure , ou vouloir tirer un coup de
raquette à vn jeu de paulme, ou jetter
vne pierre ou barre, ou faire autre
violente extension : lesquelles causent
grande douleur , et deprauation de
l’action de la partie, sans rien appa-
roistre au dehors , dont souuent me
suis trouué bien empescbé. Et pour
secourir à tel accident , faut au com-
1 Le chapitre s’arrête ici dans les premiè-
res éditions; le paragraphe qui suit a été
ajouté en 1585,
4°4
mencement appliquer sur la partie
de Yoxyrhodinum, qui est huile rosat
et vinaigre : puis apres l’emplastre
diachalciteos fondue auec dudit oxy-
rhodinum : puis deux ou trois iours
DES LVXATIONS.
apres, oindre toute la partie d’huile
de terebenlhine et eau-de-vie, la-
quelle confortera les parties blessées,
en resoluant la meurtrisseure des
parties nerueuses.
LE QVATORZIEME LIVRE ,
LE OVINZIEME LIA7 RE
TRAITANT DE
PLVSIEVRS INDISPOSITIONS ET OPERATIONS
PARTICYLIERES ,
APPARTENANTES
CHAPITRE I.
DE L’ALOPECIE.
L’alopecie est cheute du poil de la
teste , et quelquesfois des sourcils ,
barbe, et autres parties , dite vulgai-
rement la Pelade. Elle est ainsi appel-
1 Ce livre a été formé de fragments publiés
à diverses dates. Les chapitres les plus an-
ciens sont assurément ceux qui concernent
les maladies des yeux et de la face, et que
l'on trouve déjà dans la Meiliode cura line
des playes de la leste, en 1561 . Puis viennent
deux livres tout entiers qui faisaient partie
des Dix Hures de chirurgie, en 1564 ; savoir,
celui des pierres et celui de la suppression
d' urine. Quant aux chapitres placés au com-
mencement et à la fin, et à quelques autres
intercalés vers le milieu, il me paraît qu’ils
ont vu le jour pour la première fois en
1575, à moins que quelques uns n’aient pris
place dans la petite édition de 1572, que je
n’ai pu me procurer. Il y en a même un, le
chapitre 5, dont la plus grande partie n’a
vu le jour qu’après la mort de Paré, dans la
première édition posthume, en 1598.
Que si le lecteur s’étonne des matières
disparates traitées dans ce livre, il faut qu’il
se rapporte, d’une part, au titre que l’au-
teur lui a donné, et qui témoigne assez qu’il
AY CIIIRVRGIEN .
lée des médecins, comme maladie des
renards 1 2, parce qu’ils sont sujets à
telle indisposition, pour certaine galle
qui leur suruient en leur vieillesse.
Icelle se fait par le defaut de ma-
tière dont les poils doiuent estre
nourris, ou pour la corruption d’icelle
matière, comme apres fleures longues:
voulait en faire le complément de sa chirur-
gie ; d’une autre part, l’alopécie, la teigne,
la migraine, etc., avaient été traitées par
Guy de Chauliac, Vigo ou Dalechamps, et
nous avons vu des preuves nombreuses que
Paré ne voulait ni laisser de lacunes, ni se
laisser devancer par qui que ce fût en tout
ce qui avait trait, de près ou de loin, à la
chirurgie. J’aurai soin, d’ailleurs, pour cha-
que chapitre qui aura une date différente
de celle de la première édition des œuvres
complètes, d’indiquer sa date exacte, les va-
riations du texte, et les sources où Paré a
puisé.-
Le premier chapitre, ainsi que le suivant, a
été puisé principalement dans Guy de Chau-
liac et dans Vigo ; toutefois, dans le second,
et à propos du traitement de la teigne, on
verra que Paré met aussi en avant sa pro-
pre expérience.
2 L’édition de 1575 porte : Galien l’ap-
pelle maladie desvieils renards, etc.
4o6 LE QVINZIÉME LIVRE
ou par vieillesse, faute d’humidité ra-
dicale : ou par application des on-
guens trop chauds, comme ceux qui
se veulent faire noircir les cheueux :
aussi par l’indeuë application des dé-
pilatoires, ou par vne brusleure ou de-
perdition de substance du cuir , qui
apres la guarison fait que la cicatrice
sera demeurée dure 1 : et générale-
ment pour tout vice de la substance
d’iceluy en trop grande rarilé, qui
fait que l’excrement fuligineux n’est
point arrésté : ou densité , qui fait
qu’iceluy retenu dessous le cuir n’a
point issue pour dpnner essence aux
cheueux. Or pour la corruption des
humeurs qui allèrent la vapeur et
matière dont les cheueux sont engen-
drés, vient alopécie : ce qui procédé
du vice de tout le corps, comme l’on
voit en la maladie Neapolitaine, au-
trement grosse verolle,ou à ceux qui
sont préparés à lepre, ou qui en sont
du tout infectés.
Celle qui vient par vieillesse , ou
par fiéure hectique, ou brusleure, aux
chauues, lepreux, teigneux, est in-
curable : et partant, le chirurgien n’y
doit mettre la main.
Celle qui se peut curer, le sera os-
tant la cause : comme si c’est par cor-
ruption d’humeurs, le médecin sera
appelé, lequel ordonuera la maniéré
de viure, purgation et saignée , ainsi
qu’il connoistra estrc necessaire : puis
le chirurgien rasera le poil, et vsera
de fomentations attraetiues et resolu-
liues •• appliquera des cornets et sang-
sues , à fin d’attirer la malice de
l’humeur au dehors. Cela fait, on la-
1 La phrase s’arrête ici dans l’édition de
1575; la fin a été ajoutée en 1579. En re-
gard de cet endroit, Paré avait écrit la note
suivante :
Le poil ne croisl jamais sur les cicatrices.
uera la teste du malade de lexiue, en
laquelle on aura fait bouillir miel, ra-
cines d’ireos, aloés, à fin de bien mon-
difier les lieux affectés.
Or si l’alopecie vient par faute d’a-
liment, on frottera la partie auec vne
piece de toile neuue, ou auec fueilles
de figuier , tant que l’on voye vne
rougeur, ou d’oignons cruds. Pareille-
ment on piquera en plusieurs en-
droits la partie auec vne aiguille :
puis seront appliqués onguens faits
de ladanum, fiente de pigeon, staphy-
sagria , huile laurin , térébenthine : y
mettant tant de cire qu’il est besoin
pour en faire onguent, pour attirer le
sang et la matière du poil.
Si l’alopecie vient de la grosse ve-
rolle, le malade doit estrc bien frotté
iusques à ce qu’il entre au royaume
de Bauiere 1 : et par ce moyen recou-
urera son poil et parfaite santé.
Si elle est causée par quelque vice
du cuir, il le corrigera par son con-
traire, le raréfiant ou condensant, se-
lon que le cas le requerra 2.
CHAPITRE II.
DE LA TEIGNE.
Teigne est une galle espaisse, qui se
produit en la teste auccqlies escaillcs
et croustes de couleur cendrée , et
quelqüesfois iaune , hideuse à voir,
auec vne senteur puante et cadauc-
reuse. Elle est ainsi appelée du vul-
gaire, parce que le cuir de la teste ap-
paroit troüé et rongé, comme le drap
1 II n’est pas besoin sans doute d’ctpliquer
cette plaisanterie de l’époque; entrer au
royaume de Bauiere , baver, saliver.
- Ce dernier paragraphe a été ajouté en
1579.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE. 4°7
mangé de teignes, qui sont vers qui
rongent les habillemens L
Il y en a trois différence^. La pre-
mière est appelée Squamosa, à cailse
que lors que le malade se gratte, fait
sortir grande quantité de petites cs-
cailles blanchastres, semblables à
du son : d’aucuns praticiens est dite
Teigne seiche, pouflagrdndeadüstion
de l’humeur. La seconde espece est
nommée h'icosa , à raison que ldrs
qu'on oste la crouste, qui est idUfias-
tre.on trouue dessous de petits grains
dechairrouge, semblables aux grains
d’vne figue , et jette vne matière san-
guinolente. La troisième est dite Cor-
rosiua, à raison que l’on y trou ue plu-
sieurs vlceres, ausquellcs il y a plu-
sieurs petits trous, desquels sort vne
sanie liquide, semblable à la laueure
de chair sanglante , auec portion du
poil. Icelle est fort puante et cadaue-
reuse , de couleur plombine du iau-
nastre , parfois faite d’hurheUr pitui-
teux , nitreux , et aucunesfois dé
choleré aduste , et de melancholie.
Toutes les susdites especes se font
d'humeurs corrompus selon la dluer-
sité d’icelles, plus ou moins : comme la
furfüreuse moins que la Aqueuse, et
la fiqueuse moins que l’vlcèrëuse.
Quelquesfois elle vient dés la hdti-
1 Ce chapitre commence autrement dans
les deux premières éditions :
Teigne est vne maladie qui occupe le cuir
musculeux qui couure la leste , laquelle a esté
ainsi nommée des anciens, à cause qu’elle ronge
la teste cl les autres parties quelle occupe,
tomme vn ver que l’on nordine teignè, qui
ronge les habillemens.
La nouvelle rédactionme date que de l’é-
dition de 1 &8ô.
uité de l’enfant, et ldrs est de très
difficile curation : ou d’vne nourrice
teigneuse, et alors ne faut attenter la
cure iusques à ce que l’enfatit soit
paruenu eh aage suffisant pouf tdlerer
les remedes : loutesfois ori pourra ap-
pliquer des feuilles de choux ou depo-
rée, oinctes d’un peu de beurre frais,
ou autre remede doux, qüi aye puis-
sance d’amollir et donner issue à la
matière qui fait la teigne. Ceux qui
sont en aage suffisant seront saignés,
purgés, et baignés, ainsi qu'il sera ne-
cessaire.
Il y a encore vne autre espece
moins maligne, familière aux enfans,
qui leur couure parfois toute la teste
et le visage, qui vient de Fimpurité
du sang dont ils estoient nourris au
ventre de leur mere *.
Et pour les medicamens topiques,
on fera vne fomentation rèmolliente
et disculiente , faite auec racine d’al-
thea , de lis, lapaih, acetosi, lesquelles
seront bouillies en lexiue, adioustant
vn peu de vinaigre. Apres la fomen-
tation faite, qui sera continuée par
cinq ou six iours ( deux fois ctiaqüc
jour), on fera raire le malade : et se-
ront faites plusieurs scarifications ,
applications de sangsues , cornets :
puis on frottera Ta teste d’huile de
staphysagre , auec vn peu de sauon
noir, à fin d’attirer et obtondre l’hu-
meur conioint à la partie. Aussi on
pourra vser de ce médicament, tant
que l’on connoistra la guarison par-
faite , lequel est grandement loué
de de Vigo, Gourdon et Guidon:
1 Ce paragraphe manque dans les deux
premières éditions, et a été ajouté en
1585.
/l08 LE QVINZIÉME LIVRE
Onguent souuerain pour la teigne, pris mol à
mot de de Vigo 1 .
if. Hellebori albi et nigri, atram. auripig-
menti, litharg auri, cale. viu. vilrioli,
alum. gallar. fulig. ciner. clauellatarum
ana § . fi.
Arg. viui extincti g . iij.
Ærug. æris 3. ij.
Fiat pulv's qui incorpor. cum succo borragi-
nis , scabiosæ, fumariæ , oxylapathi,
aceti ana. quart, j.
Olei antiqui 1b. j.
Rull. vsque ad consumpt. succorum : tune
in fine decoct. ponantur pulueres, ad-
dendo :
Picis liquid. g . fi .
Cerce quant, suif.
Fiat vnguenlum.
Quant au vif-argent, il le faut des-
teindre auecvn peu de terebenthine
et axonge , puis l’incorporer auec les
autres ingrediens 2. Les susdits au-
theurs afferment cest onguent guarir
de toute espece de teigne. Et quant à
moy , véritablement ie le prouue
grandement, considérant la promesse
des susdits autheurs, etles ingrediens
qui entrent en la composition.
La crousteuse nommée Ficosa sera
aussi fomentée tant que les croustes
soient tombées : et pour prompte-
ment les faire tomber, on y appli
quera du cresson pilé et fricassé auec
graisse de porc , et le lendemain les
croustes tomberont sans nul doute :
et mesmemenl si on en continue long-
temps, ledit cresson la guarit du tout :
• J’ai en vain cherché cet onguent dans
Vigo, et, généralement, Vigo est assez fécond
en formules pour ne pas copier celles des
autres. Celle-ci se trouve dans Guy de
Cbauliac, qui l’emprunte à Gordon, et dit
l’avoir trouvée très efficace.
2 Cette phrase est une addition posthume,
et se lit pour la première fois dans l’édition
de 1598.
ce que i’ay expérimenté : et sera ap-
pliqué du susdit onguent. J’en ay
traité qui ont esté guaris par appli-
cation d’huile de vitriol , et par fois
de l’egyptiac fortifié. Et si l’on voit la
racine du poil estre pourrie , on les
doit arracher auec pincettes : et si
telle corruption comprenoit tout ou
grande partie de la teste , pour plus
et promptement les arracher , faut
prendre des pièces de fustaine, et es-
pandre sus l’endroit velu vn tel re-
mede.
Onguent bien esprouué.
if. Picis nigræ 5 . vj.
Picis resinæ § . ij.
Pul. virid. æris et vitrioli Rom. ana 3 . j.
vel g. fi.
Sulph. viui 3 . fi .
Coquant. omnia simul in accto acerrimo
quan. suif, fiat medicam. ad vsuin :
qui sera appliqué sus la teste , et
laissé par l’espace de trois iours:puis
seront lesdits emplastres tirés à con-
trepoil assez violentement, à fin d’ar-
racher auec ses racines iceluy poil : et
tel remede sera continué, tant que
l’on verra estre necessaire.
Et quant à la troisième espece,
nommée Teigne corrosiue, il faut mon-
difier les vlceres, y appliquant vn tel
onguent.
'if.. Vng. cnulat. cummercur. duplic. ægyp-
tiac. ana 3 . iij.
Vitrioli albi puluer. 3. j.
Incorpor. omnia simul , fiat vnguentum ad
vsum.
Ou bien on vsera du susdit. El s'il
aduenoit quelque douleur, ou autre
accident, ou y remédiera comme le
prudent chirurgien connoistra estre
necessaire.
Sur tous autres remedes , i’ay bien
approuué ceux-cy:
OPERATIONS DE GHIRVRGIE.
if. Caphur. §. fi.
Alnmin. roch. vitr. virid. æris, sulphur.
viu', fulig. forna. ana 3. vj.
Olei amygd. dulc. et axung. porci ana
5 • ij-
Incorporentur simul in mortario, fiat vn-
guentum.
Autres prennent du jus de fumier
de brebis , et en frottent les lieux où
est la teigne, et y laissent vn linge
trempé par dessus *.
Or si le malade ne peut estre guari
par tous les susdits remedes , et qu’il
eust pareillement en autres endroits
de son corps vlceres crousteuses,
semblables à celles qui sont à la teste ,
ie conseille que l’on luy frotte la teste
d’vn liniment fait d’axonge et vif-ar-
gent , auec vn peu de soupbre : puis
que luy soit appliqué sus la teste
l’emplaslre de de Vigo cum mercurio,
en façon de bonnet : semblable-
ment sur les espaules , cuisses et
iambes : et que l’on le tienne en vne
chambre chaudement , estant traité
comme ceux quiont la grosse verolle:
car par ce moyen plusieurs en ont
esté guaris. Et celuy qui l’a premiè-
rement expérimenté de ma connois-
sance, ce fut maistre Simon le Blanc,
chirurgien ordinaire du roy , homme
grandement expérimenté en la chi-
rurgie , qui appliqua l’emplaslre de
de Vigo cum mercurio sus vn ieune
homme qui auoit la teigne, ayant
auparauant essayé tous moyens de
le guarir : ce qu’il ne peut obtenir,
sinon par les susdits emplaslres , le
traitant comme s’il eust eu la ve-
rolle : et fut parfaitement guari.
Le teigne est horrible à voir , et
jette souuenl vne sanie fort puante ,
1 Ce paragraphe, de même que la formule
qui précède, manque dans la première édi-
tion, et a été ajouté à la deuxième.
409
et cadauereuse : la recente est diffi-
cile à curer, et la vieille encores plus
fascheuse : et lors que l’on estime le
malade estre guari, quelque temps
apres renient et repullule, à cause de
la mauuaise impression de l’humeur
qui aura rendu la partie intemperée.
La teigne est contagieuse, et sou-
tient vient de cause héréditaire : aussi
pour vser de viandes qui corrompent
le sang. Ladite teigne est fort difficile
à curer , à raison que le cuir de la
teste est fort espaiset serré : parlant
l’humeur difficile d’estre desraciné
de là i.
Elle délaissé soutient, apres estre
curée, vne dépilation, et reproche au
chirurgien : et partant ont laissé la
cure aux empiriques, et aux fem-
mes 2.
CHAPITRE III.
DE SCOTOM1E OV VERTIGO 3.
La maladie nommée Vertigo, est vn
subit esbloüissemenl etoffuscalion de
la veuë, causée d’vn esprit vaporeux
et chaud , qui monte par les arteres
carolides à la teste , et remplit le cer-
ueau, faisant vn mouiiement des hu-
meurs et esprits contenus en iceluy,
lequel est inégal, confus et turbulent,
comme quand nostre corps tournoyé,
ou quand on a beu trop de vin fort ,
puissant , et sans eau. Cest esprit
'Ce paragraphe ne date que de la qua-
trième édition.
2 La première édition disait seulement,
aux empiriques ; ces mots, et aux femmes, ont
été ajoutés à la deuxième.
3Cechapitre est extrait des remarques de
Dalechamps sur le chap. 4 de Paul d’Égine ;
i Chirurgie française , 1570, p. 19.
410 LE QVINZI^ME LIVfcE
bouillant le plus souuent est enuoyé
du cœur au cerueau par les arteres
Carotides internes , et d’elles à celles
du rets admirable : quelqilesfois est
eilgendré dedans le cerueau, mesmes
estant intemperé en chaleur. Pareil-
lement peut venir d’autre part, comme
de l’estomuch, foye, râtelle, ou autre
viscere.
Les signes sont , que les malades
ont la veüë perturbée, si tant peu ils
tournent le corps, ou regardent quel-
que chose qui tourné comme vue
roiië, ou l’eau coûtante, et autre
chose ayant vn mouuement subit. Si
la causé vient du cerueau, les malades
Prit douleur et grande pesanteur de
(esté, bruit aux oreilles, et ne sentent
le plus souuent rien par le nez.
Pour la cure, Paulus Ægineta com-
mande faire l’incision des arteres der-
rière les Oreilles, combien qu’il Sëm-
bleroit meilleur faire l’incision des
arteres qui sont aux temples1 : mais
si elle vient d'autre partie, peu pro-
fite : et partant le docte médecin y
pouruoyera.
CHAPITRE IV.
DE LA MIGRAINE L
Migraine , est proprement quand
la dotlleur ne tiéttt que la moitié de
I Ces mots* combien qu’il semblerait meil-
leur faire l’incision des arteres qui sont aux
temples, ont été ajoutés en 1579. Dalecharnps
dit : En ce mal, l'incision des arteres derrière
les oreilles est profitable si l’esprit vaporeux
monte par les externes : mais non s’il est enuoyé
par les internes.
II convient cependant d’ajouter que Paré
cite en note Paul. Ægin., lin. G, cliap. 4, et
lin. 3, cliap. i2 ; et cette citation témoigne
qu’il avait consulté quelque autre auteur
que Dalechamps.
la teste , dextre ou senestre. Aussi la
douleur quelquesfois ne monte point
plus haut que les muscles tempo-
raux , aussi quelquesfois monte ius-
ques au sommet de la teste.
La cause de ceste douleur peut
venir des veines ou arteres, tant in-
ternes qu’exterlies, ou des méninges,
ou meshie de la substance du Cer-
ueau , ou seulement du pericrane, ou
cuir musculeux qui couure le crâne.
Aussi peut venir de certaines vapeurs
putrides qui montent; de FéstOthach ,
ou de la rtiatrice , ou de quelque vis-
cere à la teste.
La cause est interne , Ou externe.
L’externe , comme chaud , frOld , ou
trop boire et manger viandes chau-
des et vaporeuses, ou quelque vapeur
et exhalation , comme celle d’ahti-
moine, vif-argëht, ou autre: ce qui
est cause que lés orféures et doreurs
eh sont souuetit espris. L’interrte,
comme intemperdture simple ou com-
posée , auec intlammation et tétisioh.
La pesanteur de teste monstre l'a-
bbndance d’humeur : et quand la
douleur est poignante , pulsatile , et
tensiue , les humeurs et vapeurs en-
semble en sont fcduse. Si la douleur
est faite par l’abondartce d’vné va-
peur subtile aüec pulsation , cela
vient à cause de l’Inflammation des
membranes du cerueau. La fiéure y
SUrüient il cause de la grande inflam-
mation , principalement quand l’hu-
meur qui cause ld douleur sè putré-
fié. Quand la douleur est superficielle,
la cause d’iceile est ati pericrane : et
quand elle est profonde , et que le
malade sent la douleur iUsqu’à la
2 Comme le précédent, ce chapitre est em-
prunté en grande partie aux annotations de
Dalechamps sur Paul d’Égine, Chirurgie
française, édit, citée, p. 24.
OPERATIONS DE CHÏRVRGIE.
racine des yeux , cela monstre la cau-
se estre aux membranes du cerueau ,
et soutient est si cruelle , que le ma-
lade ne peut endurer que l’on luy
touche à la teste. Or ces douîéürs
sont quelquesfois Continues , qUel-
quesfoisont des paroxysmes qui vien-
nent sans ordre : et soutient tour-
mentent tant le malade, qu'il ne petit
souffrir qu’on face bruit elt sa cham-
bre, ny parler haut : et ne peut voir
la clairté , ny sentir aucune chose
odorante, ne faire mouuemenl de son
corps , et estime que l’on luy rompe
et brise la teste auec vn maillet , et
ne peut boire vin.
Lors que la cause est d’vn sang
bouillant , subtil et vaporeux , et que
tous les autres retnedes n’aut ont ser-
ui, l’incision des arteres és temples
est vn très grand remede, soit que la
cause vienne des vaisseaux intérieurs
ou extérieurs : à cause qu’il se fait
tousiours euacuation de sang et es-
prits , lesquels doiuent estre etiacués
selon la force du malade L
Christofle Landré dit auoir guari
vne infinité de gens de la migraine ,
appliquant vn cataplasme fait de
fiente de palombes ou pigeons, broyée
auec huile de noyaux de pesche 2.
Or ne sera icy hors de propos re-
citer reste histoire de monseigneur le
prince de la Roche-sur-Yon, lequel
estoit extrêmement tourmenté d’vne
douleur de teste, tant de iour que
de nuit , auec peu d’intermission : et
pourleguarir appella messieurs Cha-
pelain , premier médecin du roy, et
Castelan, aussi ntedecin dudit sei-
1 Aëce, Albucrasis. — Paul. liu. 6. chap.4.
— A. P. — Ces citations sont empruntées de
Dalechamps.
- Ce paragraphe date de la seconde édi-
tion ; j’ignore qui était ce Landré , que Paré
appelait d’abord l’André en 1579.
4 H
gneur, et premier de la royne mere ,
et monsieur Duret, lecteur et méde-
cin ordinaire du roy , homme fort
sçauanl et beaucoup estimé entre les
gens doctes : lesquels luy ordonnèrent
plusieurs remedes , tant par dedans
que par dehors , semblablement sai-
gnées , ventouses, bains, frictions,
diete : bref tout ce qui se pouuoit ex-
cogiler : tous lesquels remedes ne luy
peurent iamais appaiser la douleur.
Adonc m’enuoya quérir, pour enten-
dre de moy si i’atiois aucun moyen à
luy seder la douleur : où prompte-
ment luy conseille se faire ouurir
l’artere du temple , du costé où il
sentoit sa plus grande douleur : et luy
dis que i’auois grande conieciure que
la cause de sa douleur estoit contenue
aux arteres, et non aux veines, et
qu’auois fait soutient telle ouuertu-
re , dont les malades estoient guaris ,
et qile les anciens le conseilloiëht1,
mesme que ie me i’auois fait ouurir
pouf semblable douleur, et que de-
puis n’auois senti aucun mal Subit
1 Gai. 13. Met. ch. dernier. — A. P.
2 Je n’ai pu découvrit à quelle époque ni
par qui Ambroise Paré s’était fait faire l’ar-
tériotomie; seulement la mehtion de Chape-
lain et de Castelan atteste qne ce fut avant
15G9. (Voyez mon introduction, p. cclxxiii).
Je lis dans la Bibliothèque chirurgicale de
Haller, que Félix Wurtz avait été aussi at-
taqué d’une migraine, pour laquelle, d’après
le conseil de Conrad Gesner, il se fit prati-
quer l’aftèrlolomie par Jean Wascr, et avec
le même succès que Paré. Gesner étant mort
en 15G5, probablement la guérison de \Yurfz
est antérieure à celle deFaré. Celui-ci ne
pouvait cependant la connaître, car la chi-
rurgie de YVürtz ne comprenait d’abord que
les quatre premiers livres; et la traduction
française, publiée fort avant dans le xvm siè-
cle, n’en contient pas davantage. Or cette
histoire d’artériotomie se trouve dans le cin-
quième livre qui n’a point été traduit, et
I,E QVINZIÉME LIVRE,
4l2
enuoya quérir les susdits médecins ,
lesquels furent de mon aduis : et en
leur presence feis ouuerture de Tar-
ière, choisissant la plus apparente à
la temple et qui auoit plus grand
battement, auec vne simple incision ,
comme pour faire vne phlébotomie :
et fust tiré du sang deux palettes et
plus ", lequel sortoit par vne grande
impétuosité de ladite artere, saute-
lant loing à raison du diastolé et sys-
tolé d’icelle : et proteste que par le
moyen de cesle ouuerture il perdit
incontinent sa douleur sans plus luy
retourner : dont ledit seigneur me
feit un honorable présent.
Aucuns ont suspecte ceste incision
des arteres , pource qu’il est difficile
d’arrester le flux de sang : et que ce
faisant, la cicatrice autour de T artere
cause aneurisme, maladie fascheuse
et dangereuse, et que l’artere estant
en perpétuel mouuement ne se peut
aisément consolider : et pour ce con-
seillent de couper premièrement le
cuir, puis l’escorcher et séparer, et la
lier des deux coslés, puis la couper,
comme auons dit la varice. Mais ie te
puis asseurer l’apertion auec la lan-
c’est pourquoi je suis obligé de le citer seu-
lement d’après Haller. Au reste, l’idée pri-
mitive de cette médication, comme Paré le
remarque, remonte au moins à Galien.
Comment d’ailleurs agit en pareil cas l’ar-
tériotomie? cela est difficile à dire; peut-être
la cure tenait -elle à la section d’un des
filets nerveux qui longent l'artère. Quoi qu’il
en soit, les deux succès oblenus surWurtz et
sur Paré, auxquels s’ajoute encore la guérison
du prince de La PiOche-sur-Yon , sont bien
faits pour éveiller l’attention des praticiens.
1 Jusqu’en 1579, Paré avait écrit deuxpoi-
lettes, il adopta le mot patelles en 1585.
cette , comme on fait la saignée , n’es-
tre dangereuse, comme i’ay expéri-
menté souuentesfois, et que la con-
solidation se fait aussi bien que de la
veine , non si tost toutesfois, et qu’il
ne suruient aucun flux de sang :
pourueu que la ligature soit bien
faite , et qu’elle demeure trois ou
quatre iours, en y mettant vne con-
uenable compresse ‘.
1 II faut remarquer que ces mêmes objec-
tions, qu’A. Paré avait si bien résolues, ont
été encore reproduites de nos jours dans une
discussion soulevée à l’Académie de méde-
cine, à l’occasion d’un mémoire de M. Ma-
gistel; et que, là aussi, des faits nombreux
ont été allégués pour en démontrer le peu
de fondement. L’histoire de l’art, convena-
blement étudiée, réduirait à rien bien des
discussions, et empêcherait bien des redites.
Du reste, le procédé fort simple que Paré
décrit ici paraît lui appartenir, et nous le lui
verrons défendre, dans sa grande apologie,
contre le procédé des anciens, décrit par
Paul d’Égine, admis par Gourmelen, et qui
était généralement adopté au xvic siècle.
Voici ce qu’on lit dans Dalechamps, p. 18.
« Or, si les arteres sont petites et prochai-
nes cle la peau, il sera bon en trancher et osier
vne grande partie, comme on fait aux varices,
et comme, de noslre temps, vn médecin ocu-
laire de réputation a tranché vne bonne partie
des arteres temporales... Si l' artere est grande
et bat fort, le plus seur est la lier dessus et
dessous, puis inciser ce qui est au milieu des
deux fils, lesquels doiuent eslre de quelque ma-
tière peu suiette à putréfaction, comme desoyc,
de lin, de cordes de lin, à fin qu’ils ne tom-
bent point auant que l’incision soit remplie de
chair qui bouche et ferme, comme vne esloup-
pon, l'orifice du vaisseau incisé. Cela fait,
sans danger on peut laisser tomber les fils.
Je ne sais quel est ce médecin oculaire
dont Dalechamps fait ici mention.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
CHAPITRE V.
DES MALADIES OV INDISPOSITIONS QVI
AD VIENNENT AVX YEVX *.
Ces iours passés estant en consulta-
tion auec monsieur Cappel , docteur
regent en la Faculté de Medecine à
Paris , homme très docte et de grande
recherche , pour vn quidam qui auoit
vue grande inflammation aux yeux ,
dont ne voyoit rien : deuisant auec
luy, ie luy dis que i’auois 1res grand
1 J’ai quelques remarques assez importan-
tes à faire à l’occasion de ce chapitre. D’a-
bord, bien que le titre existe dans toutes les
éditions d’A. Paré, il ne formait pas un cha-
pitre spécial, et restait en quelque sorte
confondu avec celui de la migraine. J en ai
fait le chapitre 5 de ce livre, qui, par consé-
quent, en compter^ à la table un de plus
que dans les autres éditions.
Mais son étendue a singulièrement varié
dans les éditions originales. D’abord, dans
celles de 1575 et 1579, il était fort court, et
contenait seulement ce qui suit :
De plusieurs indispositions et maladies qui
aduiennent aux yeux.
« Quelquefois les maladies des yeux sont
vniuersellement en toute la substance de
l’œil, comme aposteme nommée ophlhalmie,
et mouuement perdu ou depraué. Aucunes
sont seulement particulières de ses parties,
comme vice à l’humeur crystallin, ou au
nerf optique, ou aux palpebres.'ou aux tu-
niques. Cecy est prouué par Galien au 4.
des maladies et accidents , disant qu’aux
yeux il y a triple différence d’accident :
l’vne est au premier organe, comme à l’hu-
meur crystallin : l’autre au defaut de la
4i3
désir de Irouunr quelque docte méde-
cin en la langue grecque, pour faire
vn recueil de toutes les maladies des
yeux, et en bailler l'interpretation en
langue françoise, à fin que les ieunes
chirurgiens les poussent discerner et
connoistre les vnes des autres, pour
pouuoir plus facilement paruenir à
la curation : alors me dit qu’il le
feroit volontiers pour l’amour de moy
et du public. Ce que depuis a fait , en
ayant recueilli la plus grand part,
lesquelles par apres, pour plus grande
facilité , i’ay rédigées en ceste table.
vertu animale visuelle, qui descend par le
nerf optique : la tierce est és parties coadiu-
uantes, comme sont toutes ses autres par-
ties, comme playes, apostemes, vlceres, con
tusions et autres. Les autres sont propres,
comme larmes, cataractes, glaucoma, et au-
tres que dirons cy apres. »
Dans la quatrième édition, le litre avait
été modifié comme on le lit aujourd’hui ; le
texte précédent remplacé par le premier pa-
ragraphe du texte actuel; et la table an-
noncée manquait absolument. Cette lacune
restait accusée par un espace blanc de quel-
ques lignes avec ces deux signes au milieu :
î ‘J
Il semble que Paré n’avait voulu donner
sa table que pour la faire suivre de l’his-
toire de toutes les maladies qu’elle com-
prenait, et que , devancé par l’impression de
son livre, comme il le dira lui-méme au
chapitre suivant, il renonça à la publier
toute seule. Quoi qu’il en soit, et qu’elle ait
été rétablie dans cet endroit par lui-même
ou par ses éditeurs posthumes, elle ne parut
que dans la cinquième édition, c’est-à-dire
en 1578.
4*4
LE QVINZIÉME LIVRE
METHODIQVE DIVISION ET DENOMBREMENT
DES MALADIES QVI SVRViENNENT AVX YEYX.
Les maladies ou affections des yeux, comme escrit Galien, chapitre 15 de
l’Introduction , sont en nombre de 113, desquelles aucunes occupent
Exophthalmia
L OEIL EXTIER, COMME :
J * Prominentia oculi, en latin. OEilde bœuf, gros œil: qui se fait quand
1 l’œil sort hors l’orbite par nature plustost que par accident.
Atrophia
1 Imminuiio oculi, L. Exténuation : qui est vn emmaigrissement de
] toutes les parties de l’œil , apportant vue profondité et cauité d’iceluy.
1 — ( Galien in définit. Medic.)
Ecpiesmos
1 Exilas, Expressio, Exertio, L. Cheutte de l’œil: quand il est du tout
< hors de sa cauité, et principalement par fluxion ou coup. — ( Aëce ,
( liure 7.)
S Irabismus
( Strabositas, L. Estrc louche , ou bicle: c’est vne distorsion contrainte
( auec inégalité de la veuë. — (Paul, liure 3, chapitre 2.)
Çnlopsis
et Myopiads
f Propinqua visio, L. Quand naturellement l’on ne peut voir les choses
< que de près, et difficilement de loing , et semble que l’on voyc des
l mousches. (Aëce, liure 7.)
Uyperopsia
( Remota visio, L. Quand l’on ne peut voir et distinguer les choses que
} de loing, en dilatant fort les yeux : ceste affection est contraire à la
\ precedente.
Anopsia
1 Quand l’on ne sçauroit discerner les obiets s’ils ne sont vn peu esleués.
f Hallucinatio , ou caliyatio , L. Abusement de veüe ou d’œil: quand on
Parorasis
] prend vne chose pour vne autre, et est l’auant-coureur d’aueuglement.
\ — ( Sauonarola .)
f Hebeludo, L. Esbloilissement continuel et diminution de la veuë, sans
Amblyopia
\ aucune apparence extérieure, mais seulement par alteration médiocre
<( des humeurs , esprits ou tuniques. — Monsieur Fernel l’a dit venir
/ quand la cornée deuient trop dure. — (Paul, liure 3, chapitre 22. Acce,
\ liure 7.)
( Dclacrymalio, Piluitœ cursus, L. Yeux pleurons , moites ou mousses:
Epiphova
quand les humeurs courent aux yeux, et pleurent perpétuellement. —
( (Celse, liure 6.)
Rexis
/ Ruptura ab ietu, L. Rupture: quand les membranes, et principalement
) l’vuée ou la cornée sont toutes rompues par quelque coup , de sorte
1 que l’œil est du tout creué , tous les humeurs sortans. — ( Aëce ,
\ liure 7.)
Synchysis
( Confusio, L. Quand tous les humeurs sont meslés et confus ensemble
} par grande playe ou inflammation, la prunelle apparoist de diuerses
\ couleurs. — (Galien in Isag.)
Paralysis
( Resolutio, L. Quand l’œil ne se peut mouuoir, estant perclus de scs
* muscles. — (Galien en l' Introduction. Aëce, ibidem.)
OPERATIONS DE CHIRVRG1E.
hippos
Oederna
Sepedou
Gangrena
Anlhracosis
lYyctalopia
Hemeralopia
Emphysema
cnesmodes
Psorophihalmia
Xeroplilhalmia
Sderophlhalmia
Chemosis
PtilosisouPorosis
Coloboma
Seler.osis
Scirrosis
Scirrophthalmia
Ectropion
4i5
Equus, L. C’est vn braillement perpétuel de l’œil, venant dés la na-
tiuiîé de la personne : aucuns l’attribuent aux paupières, et le nomment
en latin, IVïctatio : clignement d'o.il, œil d’Iiypocrile : d’autant que l’on
remue tousioursles paupières, ou l’œil mesinc.
Quand l’œil est tout boursouflé, perdant sa naifue couleur, se remuant
diflicilcment. — ( Galien in Medico.)
Puiredo, L. Quand l’œil se vient du tout à pourrir, et quelquesfois
se gangrené. — ( Galien en l’ Introduction.)
Carbuncululio, L. OEil rosti : c’est vne espece de charbon à l’œil. —
( Galien en i Introduction. )
Nocturna, ou vespertina cœc.ilas, ou nusciosa affectio, L. Quand de nuit
on ne void rien, et ce par accident : le contraire est, Acies nocturna :
quand on void mieux de nuit que de iour, et se peut dire Hemeralopia
en grec, OEil de chat en François : comine Acies Solaris , ou Solana
Visio , quand l’on ne peut voir qu’aux rayons du soleil : et Tenebrosa
affectio, se dit de ceux qui voyent mal-aisément la lumière grande. —
[Paul, liure 3, chapitre 22, et Galien in Isagog.)
LES PARTIES DE L’OEIL, qVI SONT:
Les paupières :
Infiatio pruriginosa, L. Quand la paupière deuient enflée estant pleine
de pituite , qui fait vne démangeaison auec fluxion. Cela aduient
volontiers aux vieillards, et en esté. — ( Aëce , liure 7. Celse, liure G.)
Lippitudo pruriginosa , L. Chassie batteuse et poignante : quand vne
pituite salée cause vne démangeaison auec fluxion d'vne matière
acre, dont s’ensuit quelquesfois inflammation. — [Aëce, ibidem,)
Lippitudo arida, L. Chassie seiche. Quand il ne découlé rien, ou bien
peu des paupières, y sentant cuisson et aspreté, principalement en la
supérieure. — [Aëce, liure 7.) Elle se rapporte à tout l’œil aussi.
Lippitudo dura, L. C’est vn difficile mouuement des paupières et yeux,
accompagné de dureté sans fluxion. — ( Hippocrates , de Aëre , locis cl
, aquis.)
' Inuersio, ou Hiatus. L. Quand l’vne et l’autre paupière est retournée
par vne grande inflammation, et que le blanc de l’œil est plus haut
[ esleué que le noir. — ( Galien in Medico. Paul, liure 3.)
r Crassilies callosa palpebrarum , L. Dcplumolion , espaisseur des pau-
\ pieres auec pelade. Quand les paupières sont dures et grosses avec
j chaleur et rougeur, et le poil ne s’y peut ficher pour en sortir. —
\ [Aëce, liure 7, chapitre 77.)
/' Mutilaiio, L. C’est vne déperdition de quelque partie de la paupière.
' Il se prend aussi pour déperdition de quelque partie que ce soit. —
\ [Galien, liure 4, method.)
ÎDurities, L. C’est vne tumeur des paupières auec chaleur et douleur
continuant plus que l’inflammation. — ( Galien in med.) Et si lesdi tes
paupières deuiennent, auec la dureté, enflées et liuides par vne chair
sous-croissante, se fait et suruient scirrosis , comme par vne longue
continuité d’inflammation. — [Galien, ibid.)
ilnuersalio, L. OEil éraillé , quand la paupière inferieure par cica-
trice , ou autre occasion , se renuerse et ne peut couurir son blanc. —
[Paul, liure G.)
4i6
Ancyloblepharon
Sympliysis
Prosphysis
Lagophthalmia
T rachoma
Sycosis
Telosis,
ou Epanaslema
ochlhodes
Hydalis
Mydesis
Crilhe OU Postia
Chalazion
Ptliiriasis
Trlchiasis
Madarosis
j Milphosis
Phalangosis
Distychiasis
Lithiasis
Pladarolis
Alonia
Paralysis
Sarcosis
Alheromala
LE QVINZlÉME LlVllE,
( Inuiscalio, L. Quand les paupières se tiennent les vnes les autres,
J ou bien sont adhérantes à la conionctiue ou cornée, pour quelque
\ vlcere mal pansé. — ( Galien inlsag. Aëce , liure 7, chapitre 64.)
( Leporina palpebra, I,. OEil de li étire, quand l’on dort les paupières
s ouuertes, comme les liéures : il vient soutient de nature. Aussi quand
\ par conuulsion la paupière supérieure ne couure le blanc. — ( Amauld .)
i' Asperiiudo, L. Inégalité de l’vne et l’autre paupière , avec dureté
| raboteuse, et semble qu’il y aye des grains de milet. — ( Aëce , liure 7,
\ chapitre 43.)
ÎFicositas, ou ftcosa palpebra, L. Quand les paupières sont si inégales
et rudes que l’on y apperçoit comme petits grains de figue. — ( Galien
in hag.) lit quand il en sort du sang, souucnt s’appelle Moruvn , ou
Cetsurn.
Callosa palpebra, L. Quand les paupières viennent dures comme vu
cal, ou comme vn cor. Aucuns le nomment Epanaslema ochlhodes.
b Palpebrarum aquositas , ou vesica, L. Quand la paupière inferieure
| est pleine d’vne graisse mollasse et aqueuse. — (Paul, liure 6, cha -
\ pitre 14.)
I Putredo, L. Tumeur auec putréfaction dont il en découlé matière.
( — ( Galien in hag.)
Hordeum: prœputiolurn, L. Orgueil: c’est vne petite tumeur fixe , qui
■ vient à l’extremité de la paupière , où s’engendrent les cils. — (Paul,
^ liure 6. )
/' Grande, L. Gresle: c’est vne petite tumeur mobile, ronde et lucide
| comme vn grain de gresle, laquelle vient aux paupières. — ( Galien en
\ l'Introduction.)
( Pediculatio, L. Quand le poil des paupières est molesté par le moyen
\ des petits poulx qui y croissent. — (Aëce, liure 7, chupitre 65.)
I Quand il croist d’autres poils aux paupières que les naturels , les-
) quels piquent l’œil et le font pleurer : le contraire est Madarosis, et
i Milphosis en grec, Glabrities palpebrarum en latin, quand le poil des
( paupières tombe. — (Aëce, liure 7, chapitre 78.)
r Quand il vient à la paupière deux ou trois rangs de poils, ou bien
j quand ils se recoquillent en dedans et piquent l’œil. — (Paul, liure 7.)
j Et quand il n’en vient qu’vn rang, est dit Distychiasis. — (Galien en
V V Introduction. )
SLapidescentia , L. Sont petites tumeurs dures comme pierrottes qui
croissent aux paupières, et se peut dire Grauelle des yeux. — (Aëce,
liure 7, chapitre 79. )
I Ce sont petits corps mois et décolorés venans au dedans des paupières.
/ Imbécillité simple des paupières sans autre cause externe que l’on
( voye : mais cependant l’on ne les peut esleuer, estans contraints de les
tenir fermées, comme paralytiques, si on ne les hausse de la main.—
\ (Auicennc.)
(Croissance de chair qui vient en leur partie intérieure, estans qucl-
quesfois deux ou trois comme petits pois. — (Galien in Med.) Il sur—
uienl aussi és paupières, Atherornata, Ganglia, Melicerides et E arices.
Ensemble il tombe en l’œil choses estranges. — (Aëce, liure 7.)
■
Hyposphagma
Epanastema
ochtliodes
Hymenon
epanastas is
Taraxis
Ophthalmia
Pterygion
Aigle
Porosis
Bolhryon
Cœloma
Argema
Elcosis
Epicauma
Encauma
Phlyctcenœ
Psydracia
OPERATIONS DE CHIRVRGÏE.
Membranes, à sçauoir , ou
A toutes, et .se fait :
4l?
Sanguinis effusio, L. Meurt, üseure , sont petites marques rouges, ou
pros sang noir qui suruient aux membranes, et principalement à la
1 ausike?1 '2ethC°rnée’ T rUptUre qUi est venue aux reines qui sont
■ZreTn nembranCt; 6 p,;,nCipaIemenl Pai' vn coup. — [Auicenne,
tture <5, le nomme Altarfaii.) '
Ficus L Qui est vne tumeur et comme inflation et boursouflement
de toutes les membranes qui sont à l’œil : et lorsque le mal est X
sMesd'itp 56 n°Te Hy,}WUm EPunasta*is. Rebelliones en latin, comme
si lesdites membranes s enorgueillissoient, et vouloient sortir hors de
ur place et lieu naturel. Cornarius les nomme Membranarum eminen-
s: “r :rx merabranes vne mo,iesse> due p- ^
En particulier , comme :
Adnata, Comonctiue.
Perturbatio, L. Chaleur et rougeur de l’œil, auec moiteur, prouenant
de cause externe, comme de la fumée, poussière, huile, ou autre chose
qui aura entré en l’œil. - (Aëce, liure 7, chapitré 3.)
Lippitudo, L. Inflammation de l’œil, quand le blanc d’iceluy est fort
V^le\ C eSt VnC excroissance de chair fibreuse, laquelle
petit a petit couure la comonctiue, et quelquesfois la prunelle venant
chapitre^. A^Z ^ ~ ^ 6>
— ?g.z r-sr ,ur -
cornée. C°mme.Vne P°inture en la
Cornée.
Cauitas, L. C’est vne vlcere semblable à la susdite, mais plus lar-e
et moins profonde. — ( Auicenne .) ® *
| C’est vn vlcere rond occupant l’iris, de sorte qu’elle s’apparoit rouge
en la comonctiue, et blanche en la cornée. 0
j Vlceralio, L. c’est vne ruption de la cornée par vn coup, ou grande
! inflammation. — ( Galien in dej. med .) °
J Elcus sordidum, L. Sont vlceres sordides et crousteuses, desquelles
, sort de la boue orde et vilaine. — [Aëce, liure 7.) 4
Pustulæ, L. C’est vne petite tumeur auec inflammation, qui occupe la
cornée, et sont comme vessies. — {Aëce, ibid. chapitre 15.)
II.
27
4i8
Achlys
Nepheleon
Hypopion ,
Pyosis, Onyx
Carcinoma
Oulœ
Paralampsis ,
Aigis
{
(
Proplosis
Slaphyloma
Melon
Helos
Mydriasis,
l’iulycoria
Phthisis
Ilypochyma
Gulig zala.
Glaucoma
WP QVIUZIÉME UVUE,
Caligo, L. C’est vne vlcere superficielle de couleur cerulée ou ob-
scure, ou obscure cicatrice, qui commence à brouiller l’œil. — (Aëce,
Gorrceus.)
Nubecula , L. Nuage: c’est vne vlcere superficielle comme la prece-
dente, mais plus obscure et profonde, la veuë commençant à estre basse.
— (Norias, chapitre 45.)
Sanies, L. Telle maladie aduient lorsqu’il coule du sang meurtri, ou
qu’il s’engendre de la boue entre la Cornée et Vuée , estant nommée
Onyx, si ladite boue, comme desseichée, représente la forme et couleur
de l’ongle. — [Paul, liure 3, chapitre 22.)
Cancer corneœ, L. Quand les veines qui sont en la cornée sont pleines
de sang noir, accompagné de douleur poignante. — (Galien Isag.)
Cicatrix, L. Sont cicatrices blanches et esleuées qui viennent en la
cornée, à cause d’vn vlcere profond. — (Galien en i Introduction.)
Cicatrix resplendens, L. C’est vne dureté et cicatrice au noir de l’œil
plus grosse et esleuéc que V Aigis. Elle se peut dire OEil blanc.—
( Galien en son Lexicon.)
Vuée.
Procidentia vueœ, L. Cheulte de l’vuée, ce qui aduient quand la cornée
: est rompue, et l’vuée cheutte. — (Celse, liure G.)
(' Muscce caput, ou formicalis ruptura, L. Quand l’vuée se représente par
\ la cornée en grosseur et figure d’vne teste de mousche. — (Paul, liure G.
V Galien in def. med.)
^ Malum , L. Pommelle : quand l’vuée est tellement grosse et sortie,
t qu’elle représente, suspendue, vne pommette.
c Claum, L. Clou, ce qui aduient quand la susdite vuée se vient à
l endurcir, représentant la teste d’vn clou. — (Auicenne.)
Prunelle.
! Pupilles dilatatio, L. Eslargissemcnt de la prunelle, qui se fait quand
la membrane vuée s’eslargit à l’endroit du trou, et représente l’obiet
plus grand, imparfait et confus. — (Aece, hure 7, chapitre 52.) Quel-
quesfois la prunelle semble n’estre pas droitement au milieu , mais
changée de sa place, et se dit par Àrnauld, pupillue è loco remotio,
page 1 54.
! Tabes pupillœ, L. Quand la prunelle deuient plus petite et obscure
que le naturel, et alors les obiets semblent plus grands. —(Aece,
ibid.)
Suffasio, L. Cataracte ou Coulisse : c’est vne concrétion d’humeur
1 entre la cornée et l’humeur crystaiin, qui est le siégé de la distinction
des couleurs. Et quand elle couure la prunelle, ou vient à s’endurcir
en l’vuée, qui est le fondement de la prunelle, elle est appellée Tunica
ocularis en lutin , en françois Maille, Paye, Bourgeon.— (Paul, liure 6.)
Elle s’appelle par Auicenne Gutia zala, et obscura.
Humeurs :
Crystaiin , et sont :
r Glguccdo, L. Ce qui aduient quand l’humeur crystaiin sc vient a
desscicher et blanchir: on l’appelle œil blaffard, et telle affection vient
( aux gens vieux.
OPERATIONS DE CfJjRVRGIE.
419
Heteroglautis
Leucoma
Agyrias
Acatastasia
Crysialloidous
E$t quand la susdite affection n’aduient qu’à vn des yeux, et se peut
nommer œil veron ou bigarré. Se font aussi quant les yeux sont blaffards,
ou la prunelle est noire. — ( Galien 10. de Vsu part.)
Atbugo, L. OEil de chiure , quand l’humeur crystalin est du tout
blanchi, qui ne vient point par vlcere, ny aux petits enfans par force
de crier. — ( Galien in def. med.)
Albedo in cnj.italoïde , L. Quand il se fait vne marque blanche sur
l’humeur crystalin.— [Aëce, liure 7, chapitre 2G.)
Quand l'humeurcrystalin est si imbecille, que par vne grande lumière
est tourné et bouleuersé, comme s’il estoit disloqué.
Ou de tous ensemble, comme :
Aithemoma I I^aiii oculi> L. OEil de loup ou de mattuais garçon, quand les humeurs
I se noircissent du tout, l’œil deuenant du tout noir ou obscur.
Aimalops j Suggillatum , L. OEil poché, quand il y a confusion d’humeurs l’œil
’ estant noir. Il s’appelle aussi Hypocliysis.
ILeoninus oculus, L. OEil d’airein, quand l’œil est rous, fier et cslin-
celant comme vn lion : ainsi les ont les ladres. — [Fernel, chapitre de
Eléphant.)
Ançhylops
Aegilops
Peribrosis
Encanlhis
Rhœas, Chemosis
Epinyclis
Prosphysis
Amaurosis
Aporrexis
Parempiosis
Symptosis
Coins ou angles :
ÎAbscessus ocularis, L. C’est vue collection d’humeur semblable à du
miel, entre le grand coin de l’œil et le nez, et est enueloppé d’vne taye
sans faire douleur. — [Galien in Isag. Paul, liure 6, chapitre 22.)
| Fistula lacrymalis, L. C’est vne fistule qui naist au grand coin de l’œil,
par le susdit abcès, faisant carie souuent à l’os. — ( Celsé .)
(Angulorum erosio , L. C’est vne vlcere qui est au petit coin, vers la
temple, et quelquesfois en sort du sang , et se nomme aussi Pruritus
Lacrymalium. — ( Arcul .)
t C est vne tumeur ou addition de chair à celle qui est contenue aux
t angles, ou que la glande lacrymale se vient à enfler.
( C est vne diminution, de chair à celle qui est contenue aux angles, ou
| sous les paupières et coins des yeux, et à celle se rapporte Chemosis en
{ grec, en latin Irnminutio. — ( Galien in def. Med.)
( C est vne vlcere qui découlé perpétuellement du coin des yeux. —
* [Pline, liure 20, chapitre 6.)
{Agglutinatio , L. Quand les coins ou angles se viennent à prendre et
agglutinei : il se prend aussi pour l’agglutination des paupières auec
l’œil. — ( Galien en l’Introduction.)
Nerf optique :
( Obfuscalio ou Gutta serena, L. Aueuglement : qui vient quand le nerf
s optique est bouché par quelque humeur. — [Galien I. prorr. Hippo-
V crat.)
1 Abruptio, L. Quand le nerf optique est rompu par quelque coup, de
t sorte que l’esprit visuel n’y peut passer. — [Galien in Isug.)
r Coincidenlia, L. Ce qui se fait quand le nerf optique est rempli de
t quelque humeur qui y découlé. — [Galien, ibid.)
. Concidentia, L. Ce qui aduient quand le nerf optique se retressit ou
\ deuient flasque par imbécillité ou seicheresse.
LE QVUVZIEME LIVRE
4<20
CHAPITRE VI.
EXPLICATION DE QVELQVES MALADIES
PARTICVI.IERES CONTENVES EN LA SVS-
DITE TABLE , ET PREMIEREMENT DV
MOYEN DE REHAVSSER LA PAVPIERE
SVPERIEVRE ».
I’aviois proposé d’escrire en parti-
culier toutes les susdites maladies :
mais comme i’ay esté deuancé par
l’impression de mon liure qui estoit
sus la presse, et sçachant qu'il y auoit
quelcun qui y trauailloit pour les
escrire toutes en particulier1 2, ie me
suis arresté à mettre seulement celles
qui s’ensuiuent.
A quelques vns la paupière supé-
rieure est relaschée outre son natu-
rel , et plus qu’il n’est necessaire à
couurir l’œil, qui est cause d’amener
double accident : l’vn est que le ma-
lade ne peut bien ouurir l’œil : l’autre,
que les poils du cil entrent dedans
l’œil et le piquent, donnant au ma-
lade grande douleur.
Ceste relaxation vient à raison
d’vne paralysie particulière, qui se
fait aux vieilles gens, ou d’vne fluxion
rheumatique sans acrimonie, cuison,
ne mordicalion : ce qui nous est fait
manifeste, parce que ceux qui sont
1 Dans les deux premières éditions, ce
chapitre avait simplement pour titre: Le
moyen de rehausser lu paupière supérieure ;
et le premier paragraphe n’existait pas; il a
été ainsi arrangé en 1585. Alors, toutefois,
il était marqué chapitre 5. Voyez la note de
la page 413.
2Ce quelqu’un était Guillemeau, élève de
Paré, dont le Traité des maladies de l’œil
parut à Paris l’année même dans laquelle
Paré écrivait ces lignes, c’est-à-dire en
1585.
vexés de telle affection ont quelques-
fois vn ou deux rangs de poils aux
paupières outre leur naturel , qui
croissent pour la quantité de ceste
matière : comme voyons qu’en terre
humide il croist beaucoup d’herbes.
Or si c’esloit vne humidité acre et
cuisante, le malade le pourroit faci-
lement apperceuoir pour la douleur
qu’il auroit aux yeux : ioint que tel
humeur corromproit le poil qui na-
turellement y est produit, et par plus
forte raison engarderoit qu’il en sur-
uint de superflu.
Et pour la curation : deuant que
faire l’operation , faut marquer d’an-
cre ce qu’il sera expédient d’en cou-
per , craignant qu’en ostant trop , la
paupière ne demeurast renuersée, ce
que les anciens nomment Ectiopion:
puis il faut pincer etsouleuer la pau-
pière supérieure, laissant le cartilage
qui est au-dessous : et apres couper
en trauers la peau tant qu’il sera be-
soin , sans offenser ledit cartilage :
puis l’on fera deux ou trois petits
points d’aiguille, pour reunir la playe
et la conduire à cicatrice : laquelle
estant faite, empesche que la paupière
ne tombe plus bas qu’elle ne doit , à
cause qu’elle aura esté accourcie. 11
ne faut oster que ce qu’il en faut, ou
autrement il aduiendroit deux dan-
gers : l’vn, que si on coupe trop, l’œil
demeurera éraillé, parce que la pau-
pière ne pourra couurir l’œil. Aussi
si on en coupe moins qu’il ne faut, ce
sera temps perdu, et faire endurer le
malade sans profit.
El où il y auroit plusieurs cils ou
poils , les faut tirer et arracher par
petites et propres pincettes : puis cau-
tériser la racine auec vn petit cautere
sans offenser l’œil, où apres se forme
vne cicatrice qui defend qu’ils n’y re-
OPERATIONS DE CHIRVRG1E.
42 1
naissent. Le cautere t'est icy repré-
senté *.
Cautere .
1 Cette figure manque dans les éditions
de 1575 et 1579; et cependant on la retrouve
dans la petite édition de 1564, p. 208; et
auparavant dans le traité ries playes de la
teste, de 1561, p. 248. Voici le texte de cette
dernière édition :
D’abondant quelquefois le poil desdites pal-
pebres se renuerse dans l’œil, qui est cause d’in-
duire grand douleur et inflammation. Et, pour
la cure, il faut arracher le poil auec sa racine :
puis, à l'endroit d’iceluy, sera appliqué vn bien
petit cautere actuel, à celle fin de consumer
f humeur qui fait croistre ledit poil , et aussi
qu’upres la cautérisation il se fait cicatrice so-
lide : et par ces moyens le poil ne renaist au-
cunement, et ainsi le patient est mis hors de
peine 1
Du reste, ce procédé et même cette forme
de cautère sont indiqués dans Guy de Chau-
liac: de même que l’excision d’un pli cu-
tané, pour remédier à la chute de la pau-
pière , remonte fort haut dans l’antiquité.
CHAPITRE VII.
DE LAGOPHT1IALMIE , OV OEIL
DE LIÈVRE 1.
Or ceux qui ont la paupière trop
esleuée en haut , dorment les yeux
ouuerts , 11e les pouuant clorre : les
Grecs les nomment Lagaphthalmos .
La cause vient intérieurement ,
comme d’vn charbon, ou autre apos-
teme , et vlcere : extérieurement,
comme d’vn coup d’espée ou d’autre
baston , ou de brusleure , ou par
cheutte, ou autrement.
Quand ceste maladie est venue par
vne cicatrice , on la peut guarir ,
pourueu que la paupière soit d’espais-
seur suffisante : mais quand ce vice
vient de nature , ou qu’il y a vne
grande déperdition de substance ,
comme il aduient par vne brusleure,
ou par vn charbon , le malade ne
peut guarir.
Pour la curation , il faut vser des
fomentations relaxantes et remollien-
les : puis on fera vne incision sus la
paupière en forme de croissant, tirée
dessus toute la cicatrice, de maniéré
que toute la circonférence d’icelle soit
en haut en forme de vousle ,et ses poin-
tes en bas près du cil : apres on sépa-
rera les léures de l’incision que l’on
aura faite , et sera mis dessus de la
charpie seiche, et par dessus vne pe-
1 Le contenu de ce chapitre se retrouve
déjà presque en totalité, à la fin du chapitre
24 du 8» livre (voyez ci-devant, page 75), le-
quel avait paru en 1 5G1 . Mais le texte nou-
veau date de 1575, et a été essentiellement
extrait de la Chirurgie française de Dale-
champs, p. 51.
LE QVINZIÉME LIVRE,
4‘22
tite emplastre : puis sera la partie
liée comme il appartient , en rebais-
sant la paupière, à fin qu’elle ne re-
tourne eu la figure première et non
naturelle. Or faisant l’incision, il se
faut donner garde de toucher le car-
tilage : car estant incisé, la paupière
ne se pourroit plus releuer.
La paupière inferieure est suielte à
plusieurs indispositions, et mesme à
ceste susdite, et lors telle maladie est
nommée Ectropion : laquelle sera
traitée comme la susdite L
CHAPITRE VIII.
DE LA GRESLE DES PAVPIERES NOMMÉE
Chalazion en grec: et P’vn avtre
vice nommé Hordcolum L
Chalazion est vne petite eminence
ronde , transparente , qui se concrée
en lapalpebre supérieure, et se remue
çà et là : les Latins l’ont nommée
Grando , Gresle en françdis , à cause
qu’elle ressemble à vn grain de gresle.
11 Sè fait vne autre tubercule ou
emineiice au bord des paupières qui
Se nomtfie Hordeolum , à cause
qtfelle a quelque similitude à vn
grain d’orge.
Leur matière est contenue dedans
vne tunique , et tres-difficilement se
suppure : au commencement on la
peut résoudre, et lors qu’elle est inue-
terée, et que l’humeur est (iur comme
piastre, ou comme vnepierre de tuffe,
est 1res difficile à guarir.
i Ce chapitre est également puisé dans
Dalechamps , et date de 1575; mais le pro-
cédé du séton me paraît appartenir à Paré ;
je ne l’ai trouvé dans aucun auteur avant
lui , et ce qui est assez étrange, c’est qu’a-
près lui Guillemeau, son élève, n’en fait
pas la moindre mention.
Quant à la curation , il les faut oS-
ter par œuure manuelle , y fàisatit
aperlion, à fin de faire euacuation de
l’iiumeur contenue : mais quand ladite
tumeur n’est non plus grosse qu’vn
grain d’orge, on doit passer au trauers
vne aiguille enfilée , et y laisser le fil
de longueur suffisante, lequel sera at-
taché au front ( si c’est à la paupière
supérieure), ou à la iouë (si c’est à
l’inferieure ) auec vne petite emplas-
tre de Gratia dei, et sera remué de
deux en deux iours, comme l’on fait
à vn seton : car par ce moyen ladite
tumeur sera suppurée , et enfin
guarie.
CHAPITRE IX.
d’vne svrstance grasse qvi se cov-
CHE SOVS LA PAVPIERE , NOMMÉE
Hydatis i.
Hydatis est vne substance grasse
comme vn petit morceau de gresse ,
laquelle est couchée au-dessous de
la peau de la paupière supérieure,
qui suruient principalement aux pe-
1 Ce chapitre est un extrait fort court du
chapitre 14 de Dalechamps, dont Paré a,
même copié presque absolument le litre
( Chirurgie françoise, p. Cl). Dalechamps, qui
d’ordinaire ne fait que traduire les auteurs
grecs, latins et arabes, ajoute ici quelques
réflexions de son cru :
Aucuns praticiens nomment aussi hydalidas
des petites uescies pustules ou aigueroles pleines
de sérosité aqueuse qui se font entre la coniunc-
live et la corne de l’œil , comme i’ay veu sou-
vent en quelques uns auec commencement de
plerygium : aux autres sans cela : aux uns pe-
tites comme la teste d'une epingle : aux autres
si large que toute ta coniunctiue estoit souleuee .
comme nugueres en monsieur t’ archediacre dt
S. Eidal à Lyon.
OPERATIONS DÈ CTlIRVRGTE. 4^3
tits ehfants qui sont fort humides : et
par ainsi la tumeur est molle et laxe,
qui rend la paupière cbdemateuse ,
estant cause qu’elle ne se peut rele-
uer. Ceux qui sont vexés de telle in-
disposition ne peuuent regarder la
clarté du soleil, ayans les yeux rou-
ges et pleurans coutumieremertt.
Pour la curation , il faut inciser et
amputer dextrement cesle supercrois-
sance , sans toucher à l’œil : apres
l’amputation on doit mascher vn peu
de sel, et l’appliquer dessus ( si la dou-
leur n’estoit trop grande), à fin de
desseicher le lieu, qu’elle ne reuienne
plus : et par dessus tout l’œil on appli-
quera vn hlanc d’œuf avec eau rose,
ou autre médicament repercussif.
CHAPITRE X.
DES PAVPIERES PRISES ET 10INTES
ENSEMBLE *.
La paupière supérieure se ioint
auec le cil de l’inferieure, qiielques-
fois auec la tunique conionctilte , et
quelquesfois auec là cornée.
Telle agglutination se fait quel-
quesfois par nature , c’est-à-dire par
le vice de la vertu formatrice dans le
ventre de la mere ( comme quelques-
fois l’on voit les doigts s'entretenir
ensemble, les extrémités du siégé, et
l’orifice du Col de la matrice ) néant-
moins que les yeux sont bien formés,
ce qu’on peut voir à la grosseur de
l’œil dans l’orbite, et mouuement d’i-
celuy.Aucunesfois telle chose aduient
par playe ou par adustion , ou par
1 Ce chapitre a été, comme les précédents,
puisé dans le livre de Dalechamps ; toutefois
au texte de 1575 Paré a fait en 1579 quel-
ques additions empruntées la plupart à l’un
des chapitres suivants. Voyez ci-après p.428.
aposteme, mesme par la petite ve-
rolle , et autres causes '.
Pour la cure, faut la séparer soi-
gneusement, auec vn instrument pro-
pre, se gahdant bien de toucher la
cornée : à cause qu'elle se forjetteroit
en dehors. Ce qui se fera mettant la
queue d’vne espatule entre les pal-
pebres, laquelle ou leuera en haut
( de peur de toucher à la substance de
l’œil) faisant l’incision auec vue lan-
cette courbée 2. L’incision et sépara-
tion ainsi executée, on mettra dedans
l’œil du blanc d’œuf, battu auec eau
rose, et tiendra-on la paupière ou-
uerte , commandant au malade l’ou-
urir et fermer : et la nuit on mettra
vn petit linge délié, trempé eh eau
en laquelle on aura dissout vn bien
peu de vitriol : ou bien on vsera de
ladite eau simple : car tel remede
cmpeschera qu’elle ne se reagglutinfe.
Le troisième iour , on ÿ appliquera
eaux desiccatiues sans acrimonie, à
fin de produire cicatrice.
Or si la paupière est adhérente à la
cornée, à l’endroit de la pupille, le
malade demeurera aueugle de cest
œil, ou bien n’en verra que bien peu,
à cause de ladite cicatrice, par la-
quelle la vertu visuelle rie pourra pé-
nétrer 3 dehors iusques aux obiets, ou
bien ne pourra donner passage à
leurs images iusques à l’humeur erys-
talin.
Pour le prognostic, tu apprendras de
Celse que ce mal recidiue tousiours;
1 Ce paragraphe ajouté ici en 1579, a été
copié littéralement du chapitre 14. Voyez
la note i de la page 429.
2 La fin de cette phrase, depuis les mots
ce qui se fera , etc. , est également une inter-
calation de 1579, empruntée au chapitre 14.
3 L’édition de 1575 terminait à ce mot,
pénétrer, le paragraphe et le chapitre à la
fois ; tout ce qui suit a été ajouté en 1579.
4^4 I.E QVINZIÉME LIVRE ,
encore qu’on aye mis toute diligence
à le guarir.
CHAPITRE XI.
DV PRVRIT DES PALPEBRES DES YEVX *.
Il se fait souuent vn grand prurit
ou démangeaison aux palpebres des
yeux, causée de pituite ou phlegme
salé , qui quelquesfois engendre les
vlceres desquelles sort vne sanie qui
fait que les palpebres se glutinent de
nuit ensemble, et les rend chassieuses :
laquelle chose donne grande fascherie
au patient.
Si- Et pour la curation, les choses vni-
uerselles premises, s’il y a vlceres, se-
ront lauées et corrigées auec ce col-
lyre :
Prenez eau de miel distillée in balneo Ma-
riæ § . iij.
Sacch. cand. 5. j.
Aloës lotæ subtiliter pulverisatæ 3. fi.
Misce , fiat collyrium.
Et si tel remede ne suffit, vseras de
cestuy plus fort :
2f. Vnguenti ægyptiaci 3. j.
Dissol. in aqua plantaginis quantum suf-
ficit.
Et auec vn peu de linge délié et
imbu, seront touchées les palpebres,
soy donnant bien garde qu’il n’en
tombe en l’œil 1 2. Et au soir , lors que
le patient voudra dormir, se fera ap-
pliquer de cest onguent, qui en tel cas
est de grand effecl :
1 Ce chapitre est plus ancien que les pré-
cédents; car on le retrouve avec le même
titre dans le traité Des play es de la lesie de
166) , fol. 246.
2 le n'entens que l’egypliac louche l’œil ,
comme quelques vus l'ont voulu dire. — A. P.
— Cette note de l’auteur est de 1676.
if.. Aiungiæ porci et butyri recentis ana
5- fi-
Tutiæ preparatæ 3. fi.
Antimo. præpara. in aqua eufras. 3 ij.
Camphoræ g . iiij.
Misce, et in mortario plumbi ducanturper
très horas.
Lequel sera gardé en vne boitte de
plomb *.
Autres eaux propres aussi à deterger, seicher,
roborer, astreindre , et entièrement guarir le
prurit, et rougeur desdites palpebres.
’if. Aquæ euphrasiæ, fœniculi, chelidoniæ
ana § . fi .
Sarcocollæ nutritæ 3. ij.
Vitrioli romani 3. j.
Misceanlur simul , et bulliant vnica ebulli—
tione : postea coletur, et seruetur ad vsum
diclum.
Autre.
’if. Aquærosatæetvini albi boni ana §. iiij.
Tutiæ præparatæ, aloës, ana 3. j.
Floris æris 3 . ij.
Camphoræ g . ij.
Bulliant omnia secundum artem , et ser-
uentur in vase vitreo.
Et d'icelle en soient lauées les pal-
pebres.
Autre.
Prenez vin blanc demie liure.
De sel commun 3. j.
Et le mettez en un bassin de barbier bien
net et couuert, et le laissez par l’espace
de cinq ou six iours, en remuant vne fois
le iour ledit vin.
Et d’iceluy en soient frottées les
palpebres iusques à la parfaite cura-
tion.
Autre.
Prenez de l’vrine du patient, et la mettez en
un vn bassin de barbier, par l’espace
d’vne nuit, et d’icelle le malade se la-
uera ses yeux 3.
1 Ces mots, lequel sera gardé en vne boitte
de plomb, sont une addition de 1675.
2 Ici finit le texte de 1561 ; toute la fin du
chapitre date de l’édition de 1575.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE. AïO
Et ne faut faire difficulté d’vser
desdits reniedes , ausquels entrent
choses acres. Car ie proteste à Dieu
auoir veu vne fenmie aagée de cin-
quanteans ou enuiron, laquellepour
un prurit se lauoit les yeux de vinai-
gre le plus fort qu’elle pouuoit trou-
uer, dont en fus fort esmerueillé : et
me dit iarnais n’auoir trouué remede
plus singulier.
De Vigo ordonne vne eau, qu'il dit
estreprecieuse et d’admirable opera-
tion dessustoutesautres médecines en
ce cas, et dit qu’elle doit estre plus es-
timée que l’or et l’argent 1 , laquelle
est telle :
"if. Aquæ rosatæ , vini albi odoriferi me-
diocris vinositatis ana g . ïiij.
Wyrobolani citrini triturati 5. j 6.
Tliur. 3. ij.
Bulliant oninia simili , vsque ad consump-
tionem tertiæ partis , deinde immédiate
addantur :
Floris æris 3 . ij.
Camphoræ g . ij.
Deinde reseruetur in vase vilreo bene obtu-
rato ad vsum.
CHAPITRE XII.
DE LA LIPP1TVDE ET CHASSIE 2.
Il y en a quelques-vnsquiont tous-
iours les yeux mouillés d’vn humeur
1 Liu. 2. chap. 4. irait. 3. — A. P.
2 II n’est pas toujours facile d’indiquer
la source où a puisé notre auteur; ainsi on
ne s’imaginerait guère retrouver ce chapitre
presque tout entier dans les annotations de
Dalechamps sur un chapitre de Paul d’Égine,
intitulé . La manière d’inciser la peau de la
teste, dicte des Grecs , — Voyez
Chir. françoise , p. 34 L’auteur original est
ici Celse , dont Dalechamps donne la tra-
duction.
subtil, acre et chaud, qui leur cause
vne perpétuelle aspérité, et pour peu
de chose il suruient inflammation, et
quelquesfois lippitude ou chassie, et
enfin éraillement des yeux. Or lippi-
tude n’est autre chose qu’vne ordure
blanche qui leur sort des yeux, et
quelquesfois tient les paupières join-
tes ensemble, et tourmente le malade
toute sa vie : toulesfois à d’aucuns ce
mal est curable, et quelquesfois du
tout incurable.
Premièrement la curation est inu-
tile à ceux qui ont ce mal d’enfance :
car nécessairement il leur dure ius-
ques à la mort.
Semblablement, ceux qui ont gros-
ses testes pleines d’humeurs en gua-
rissent difficilement 1 : quelquesfois
la fluxion se fait par les veines exté-
rieures, et autres fois par les intérieu-
res, et quelquesfois par toutes deux.
Et si la fluxion se fait par les vaisseaux
inferieurs, est incurable ou difficile à
guarir : si par les extérieurs, il y a
esperance de guarison , en faisant les
choses vniuerselles : puis raser toute
la teste, et appliquer medicamens as-
tringents à fin de reserrer les veines,
comme l’emplastre conlra rupturam.
Seront aussi appliquées ventouses, en
faisant frictions par derrière : l’on
pourra appliquer vn seton s’il est be-
soin. Et pour les remedes topiques,
on vsera du collyre d’eau rose et de
vitriol en petite quantité. Aucuns ap-
pliquent vn cautere actuel au som-
met de la teste, à tin d’arrester la
fluxion : ce que ie loue grandement 2.
1 Corn. Celsus. — A. P.
2 Tout ce qui précède, à l’exception du
séton , se retrouve dans Dalechamps , et
Paré, dans toutes les éditions revues par
lui-méme, semblait se borner au rôle de
compilateur. Ce n’est que dans la première
édition posthume, publiée huit ans après sa
426 I.E QVINZIÉME LIVRÉ ,
CHAPITRE XIII.
d’ophthalmie L
Ophlhalmie est vne inflammation
de la membrane appelée conionctiue ,
et par conséquent de tout l’œil, ac-
compagnée souuent de douleur, ron-
geur et chaleur. Icelle est faite de
cause primitiue, comme cheute, coup,
poudre , ou sable qui peut iaillir aux
yeux : ou d’antecedente, comme par
vne defluxion d'humeurs sus la mem-
brane.
Les signes suiuent l’humeur dont
elles sont composées. Si c’est le sang,
il y aura douleur, rougeur, chaleur
et decouloment de larmes, et semble
au maladequ’il ayedusable aux yeux:
bref tous signes qui suyuent le sang:
et ainsi des autres humeurs, comme
nous auons dit cy-dessus. Si elle pro-
uient de toule la teste, on sent grande
pesanteur en icelle : et s’il y a grande
douleur et inflammation vers le front,
c’est signe qu’elle prouient de quel-
que intemperature qui vient de la
dure mere, ou pericrane. Lorsque le
malade a volonté de vomir, c’est signe
qu'elle prend son origine de l’esto-
mach.
Entre toutes les inflammations ,
celles des yeux sont les plus doulou-
reuses , et pour ce plusieurs désirent
mort, qu’on lit cês mots du texte que j’ai
mis en italique : ce que ie louë grandement.
Il n’y a cependant aucun motif de douter
qu’ils soient de lui.
1 Je ne saurais dire exactement où Pafé a
pris ce chapitre ; et quand on l’aura lu, on
jugera sans doute que cette question n’est
pas d’un grand intérêt. La doctrine est celle
de Guy de Chauliac et de Vigo, les foi-mules
je ne sais à qui. La rédaction est de 1575.
souuentesfois la mort, pour la grande
et extreme douleur qu’ils sentent ,
dont souuent les yeux sortent hors de
leur propre lieu, et se creucnt, comme
nous dirons cy-apres l.
Pour la curation, le chirurgien se
proposera trois points. Le premier est
le régime de viure. Le second , eua-
cuation de la matière antécédente. Le
troisième est application de medica-
mens topiques. Le régime de viure
sera modéré, Cuitant toutes viandes
vaporeuses , et vsera de celles qui
empeschent les fumées de monter en
haut. Il s’abstiendra du vin, si ce n’est
que la douleur soit causée d’vn hu-
meur gros et visqueux, comme dit
Galien Le second point , qui est l’e-
uaciiation de la matière ahtecedente,
et de la coniointe,se fera par purga-
tions et phlébotomie : semblablement
les ventouses appliquées sur les es-
paules auec scarification et sans sca-
rification, sont necessaires: ensemble
les frictions. Et si la fluxion augmen-
toit, il seroit 1res expediebt d’appli-
quer vn selon, à fin de faire euaciia-
tion et deriuation de la matière anté-
cédente. Pareillement a près les choses
vniuerselles, Galien recommande fort
l’apertion des veines et arteres au
front et temples, à cause que souuen-
tesfois le sang chaud et vaporeux
remplitles vaisseaux, qui causent telle
douleur. Le troisième , qui est appli-
cation de medieamens topiques , se-
ront diuersifiés selon les quatre temps:
car au commencement , lors que la
matière est chaude, les repercussifs
seront grandement profitables, et en
1 Galien , De locis affeclis. — A. P.
2 Comm. sur l’yïph. SI. de la secl. 6. — A. P.
— L’édition de 1575 porte: comme dit Hip-
pocrates, el renvoie au 47e aphorisme du li-
me VII.
OPERATIONS DE CHIRVRG1E.
l’augment les repercussifs et aucune-
mént résolutifs4, comme :
2f. Aqu. rosar. et plantaginis, ana § . O.
Alb. vnius oui, mueaginis gummi tra-
gacanthi §. fi.
Fiat collyrium.
Lequel tiede sera mis en l’œil , et
par dessus on appliquera vne petite
compresse trempée en ce collyre :
Autre.
2 C. Mucag. sem. psillij et cydon. extract, in
aqua plant, ana 3 . fi .
Aqua solaiii , et lact. mul. anà § . fi .
Trochisc. albi rasis 9. j.
Fiat collyrium.
Duquel vserezcOtnme du precedent.
Et on appliquera sur le front et aux
temples vn tel defensif :
2f. Bol. armen. et sang, dracon. mastic, ana
5-j- fi-
Alb. vnius oui , aquæ rosarum et aceti
ana §. j.
Terebinth. lotæ et olei cydoniorum ana
B- j- O-
Fiat defens.
Ou bien en lieu d’iceluy on vsera
de l’onguent de bolo, ou emplaslre de
1 liachalcitcos , Oil contra ruptliram , dis-
sout en huile de myrtils, et vn peu de
vinaigre. Et si la douleur est grande,
on appliquera tel cataplasme :
2f. Medull. pomor. subcinerib. coctor. § . iij.
Lact. mul. § . C.
Fiat cataplas.
Lequelseraappliquésur l’œil, ayant
mis du collyre, et renouüelé soutient.
Ou:
2f. Mucag. sem. psyllij et cydonior. ana 3 . fi.
Micæ panis albi in lacté infus. 3 . ij.
Aquæ rosar. 3 . fi .
fiat catÜpi.
1 Galien, 13 méthode, ch. dernier. — A. P.
427
D’auanlage pourras vser des cata-
plasmes cy dessus escfits ü la douleur
de phlegmon. Aussi le Sang de tour-
terelle, pigeon ou volaille appaise
grandement la douleur. Semblable-
ment les bains appdisént la douleur
et arrëslent la fluxion , à cause que
par sueur se fait eiiacuation de tout
le corps. En l’estai lors, que lés dou-
leurs seront cessées , on vserà de tels
rèmedes :
te. Sarcoc. nutr. in lact. mul. 3. j.
Alocs lotæ in aqua rosar. 3 . ij.
Trochisc. alb. ras. 3. fi.
Sacc. cand. 5. ij.
Aquæ rosar. § . iij.
Fiat collyrium.
Lequel sera appliqué tiede eii l’œil.
Autre.
2f. Seminis fœnic. et Icenugræci ana * . ij.
Florum camomill. melilotiana m. G.
Coquantur iri aqua commun! ad § iij.
Colaturæ adde :
Tutiæ præparatæ , et sarcocollæ nutritæ
in lact. mul. ana 3. j. 6 .
SücChar. cand. 3. fi.
Fiat collyrium vl artis est.
En la déclination, on fomentera là
partie d’vue décoction carminatiiie ,
puis sera appliqué ce collyre:
2f. Sarcocol. nut. 3. ij.
Aloës lotæ et myrtil. ana 3. j.
Aquæ rosar. et cuphras. ana § ij.
Fiat collyrium vt artis est : vtatur vt dixi 1 .
CHAPITRE XIV.
DE L’OEIL QVI CUET DEHORS ,
dix Proptosis.
Il y a vne indisposition nommée en
Grec Proptosis, Exilas en Latin, /«-
1 Pour avoir une juste idée de la pratique
428 LE QV1NZIÉME LIVRE,
grossation ou prominence eu Français,
qui est quand l’œil sort hors de sa ca-
uité par trop grande repletion de ma-
tière tombant sur les yeux, qui se fait
par un grand et vehement vomisse-
ment , et par trop crier , et aux fem-
mes par labeur d’enfanter, ou par
trop grande resolution des muscles,
ou par vne douleur extreme de teste.
Et quelquesfois par cestc promi-
nence ou procidence, la veuë se perd
du tout, et l’œil se creue, et les hu-
meurs sortent dehors. Ce quei’ay veu
véritablement aduenir à la sœur de
Loysde Billy , marchand drapier de-
meurant près le pont saint Michel à
Paris, laquelle eut vne si extreme
douleur, inflammation et fluxion,
que les yeux lui sortirent hors de la
teste en ma presence1.
La cure sera diuersifiée selon les
causes. Et apres les choses vniuersel-
les , on appliquera ventouses sur la
nucque du col et sur lesespaules:
aussi vn selon ou cautere. Et poul-
ies particulières, l’œil sera comprimé
auecques compresses imbues en dé-
coction astringente, cum succo acacia:,
rosarum rubrai um, fueilles de pauot,
escorcesde grenades, fueilles de roses
deiusquiame. Et aussi desdites choses
on pourra faire cataplasmes auec fa-
rine d’orge, et autres remedes sem-
blables.
(le Paré , dans les cas d’ophtalmie , il est es-
sentiel de comparer ce chapitre au chapi-
tre 25 du 8e livre , intitulé: Des play es des
yeux. Voyez ci-devant , p. 70.
1 C’est la même histoire qu’il avait d’a-
bord racontée dans le traité Des play es de
la leste de 1501 , et qu’il reporta en cet en-
droit en 1575. Voyez la note de la page 47
de ce volume. — Une faute d’impression y
a fait mettre Boys de Bailly ; il fallait Boys
de Beilly. Dans ses éditions complètes il a
changé l’orthographe de ce nom , et écrit
de billy.
D'atrophie de l’Oeil.
Il y a vne autre maladie contraire
à la prominence de l'Oeil , nommée
Atrophie, qui est priuation de nourris-
sement, de façon que toute la sub-
stance de l’Oeil est aucunement fletrie
et consommée, auec grande angustic
de la pupille. L’Atrophie sera curée
par son contraire. Et pour le parti-
culier, on fera des fomenlationschau-
des et attractiues , et frictions aux
parties proches, et autres applica-
tions de choses qui reuoquent le nour-
rissement et les esprits à la partie.
De Chemosis.
Chemosis est vn mot Grec , c’est
quand l’vne et l’autre palpebre sont
renuersées par grande inflammation,
qu’à grande peine peuuent couurirles
yeux, ioint aussi que la Conionctiue
est beaucoup plus eminente que la
Cornée, et est rouge et non blanche1.
Les causes sont antécédentes , et
primitiues : Antécédentes , comme
multitude d’humeurs : Primitiues ,
comme playe , contusion , et autres.
La cure se fera selon la disposition
qu’on verra eslre délaissée en la partie.
De l’aglutination qui se fait des palpe-
hrcs l’vne contre l’autre.
L’aglutination des palpebres se fait
quelquesfois par nature, c’est à dire ,
1 Fuchsius en sa méthode. — A. P. — I.e
livre que cite Paré est sans doute le Me-
demli methodus , sea ratio compendiaria per-
veniendi ad veram solidamque medicinam ,
publié à Bâle en 1541 , à Paris en 1550. Et
peut-être est-ce là la source ignorée où Paré
a puisé les éléments de ce chapitre et du
précédent. Je n’ai pas eu le courage de le
vérifier. Je remarquerai , toutefois , que
cette citation appartient sans doute à l’un
des collaborateurs inconnus de Paré; en
effet, je ne sache pas que l’ouvrage de Fuchs
ait eu une traduction française.
OPÉRATIONS DE CHIRVRGIE.
429
par le defaut de la vertu formatrice
au ventre de la mere ( comme l’on
voit les doigts se tenir ensemble , ou
le siégé, ou l’orifice du col de la ma-
trice) neanlmoins que les yeux soient
bien formés: ce qu’on peut voir à la
grosseur de l’œil dedans l’orbite, et
au mouuement de l’œil. Aucunesfois
telle chose aduient par playe, ou par
aduslion, ou par aposteme, anthrax,
et souucnt par la petite verolle ou
autres causes.
La cure , c’est de mettre la queuë
d’vne espatule entre les palpebres , la
leuant en haut (de peur de toucher
la substance de l’œil), puis faire inci-
sion auecques vne lancette courbée ,
et séparera -on les paupières l’vne
d’auecques l’autre. Et sera la playe
traitée ainsi qu’il appartient. Et se
faut donner garde que de reclief ils
ne se r’aglutinent , qui se fera y ap-
pliquant un peu de linge délié, et mé-
dicaments propres entre deux , ius-
ques à ce que la cicatrice soit faite '.
CHAPITRE XV.
DE VNGVLA2.
Autre indisposition vient aux yeux,
appelée Vngula , qui est une excrois-
sance de chair membraneuse 3, qui
peu-à-peu croist sur la conionctiue ,
prenant son origine le plus souuent
du grand angle de l’œil, et quelques-
fois du petit : aucunesfois couure en-
tièrement la conionctiue, et autresfois
portion delà cornee, et aucunesfois la
pupille, qui fait que le malade ne voit
goutte. Autres ne sont en leur milieu
nullement adhérantes contre la con-
ionctiue : de façon qu’on peut mettre
vne petite sonde entre deux'. Aucu-
nes sont de couleur rouge , citrine ,
brune, les autres blanches.
Leurs causes sont primiliues , com-
me coups, cheulles et autres: aussi
peuuent venir des antecedentes, com-
me fluxions qui se font sur les yeux.
Les signes seront connus des choses
prédites1 2. L’ongle qui est grosse, lar-
ge, et fort attachée à la conionctiue ,
est difficile à guarir : si elle couure
entièrement la pupille ,1e Chirurgien
n’y doit toucher : caria cicatrice qui
demeureroit apres ne permettroit la
faculté animale visuelle reluire au
trauers. Icelles sont souuent accom-
pagnées d’ophthalmie,de démangeai-
son ou cuison , auec douleur lar-
moyante, et tumeur des paupières.
Or quant à la curation , au com-
mencement faut vser de bon régime
de viure , estre purgé , saigné , prin-
cipalement s’il y a grande inflamma-
tion 3. Et pour les medicamens to-
piques , afin de consommer icelle
excroissance et prohiber l’augmen-
tation , on mettra souuent dans l’œil
de nostre collyre de vitriol, descrit
au chapitre des Playes des yeux4 5 : et
si pour tel remede ne laisse à prendre
1 Ce dernier article existant déjà en 1575,
a été reporté presque en entier en 1579 au
chapitre 10, et fait conséquemment double
emploi Voy. ci-dcvant les notes de la p. 423.
2 Ce chapitre et le suivant sont presque
textuellement extraits du traité Des playes
de la teste, publié en 1561, fol. 239 et suiv.
5 L’édition de 1561 dit: de chair fibreuse
et membraneuse.
1 Cette phrase a été ajoutée en 1575.
2 L’édition de 1561 se bornait à cette
phrase unique pour la symptomatologie; le
reste du paragraphe a été ajouté en 1575.
3 Édition de 1561 : estre purgé , seigné , s'il
est besoin.
4 Voyez ci-dessus, page 78 , la formule
qui commence ainsi : Faites durcir vn œuf
frais, etc. L’édition de 1561 répète ici la
43 O LE QYÏNZIÉME LIVPE,
croissance, ou qu’on eust esté appelé
au commencement , de sorte qu’elle
fust confirmée, la cure sera faite par
operation manuelle, comme s'ensuit.
Ayant situé le patient sur vu banc
à la renuerse, à demy couché, et tenu
ferme par un seruiteur1, luy faut ou-
urir les paupières, et les tenir stables
par l’instrument dit Spéculum oculi,
escrit au chapitre des Play es des yeux 2.
Lors le Chirurgien eleuera et suspen-
dra en haut l’Vngula par son milieu ,
aueccertaiuspetitscrochels: et l’ayant
esleuée,faut passer une aiguille enfi-
lée de fil vni entre la Conionctiue et
l’Vngula : puis sera osté le crochet ,
et esleuée l’Vngula en haut par le
fil, puis commencera à la séparer
doucement , commençant vers son
origine, auec vne petite Bistorie, ius-
ques à son extrémité, en se donnant
bien garde de toucher la substance
de la Conionctiue ou Cornée.
Les figures des crocheis , aiguille , et historié
sont telles 5 ,
même formule , toutefois avec quelques mo-
difications: au lieu d'un scrupule de vitriol,
elle en prescrit un gros ; elle espraint l’œuf
dans un linge bien blanc, auec une petite por-
tion d’eau de forge , et elle met de la liqueur
dans l’oeil sans y ajouter de la décoction
de sumach et de roses rouges. Tout cela est
assez peu important.
1 Édition de 1561 : par vn bon ministre.
2 Voyez ci-devant, page 76.
3 Ces instruments semblent appartenir à
Puis sera coupée auec ciseaux , et
sera appliqué dans l’œil albumen oui
cum aqua rosarum,e t sera souuent
renouuellé cestuy remede. Aussi faut
que le patient ouure et remue sou-
uent son œil, de peur que la palpebre
ne se coalesce contre la partie d'où
ou aura tiré l’Vngula1.
Aucuns praticiens font qu’en lieu
de séparer l’Vngula auec la Bjstorie ,
prennent le tuyau d’vne plume d’oye
bien accoustrée, tranchante et polie:
les autres la séparent auec un poil
de queue de cheual: et quand elle
sera séparée , la faut couper auec la
pointe de ciseaux déliés et bien tpan-
chans , en se gardant expressément
de toucher à la glandule qui est au
grand Canthus, pource que si elle
estoil coupée, son vsage sepoit perdu,
et le patient ietteroit larmes toute sa
vie.
Or luy ayant coupé, faut mastiquer
sel commun et du cumin, et le mettre
dans l’œil, de peur que la paupière
ne se reprenne à l’endroit d’où on
aura amputé l’Vngula. On pourra
mettre par dessus l’œil des repercus-
sifs escritsaux Playesdes yeux, pour
euiter l'inflammation et autres acci-
dens.
Paré, du moins quant à la forme, car le pro-
cédé auquel ils sont destinés avait été dé-
crit par les arabistes et même par les an-
ciens. Les Grecs avaient un scalpel spécial
qu’ils appelaient ptérygotome. Voyez Paul
d’Eginc, liv. VI , ch. 18.
1 Pourquoy faut que le malade ouure et
ferme souuent l'œil. — A. P. — Cet avis , re-
jeté dans les notes marginales dans toutes
les éditions complètes , faisait partie du
texte dans celle de 1561. On lisait donc,
entre l’avant-dernière phrase du chapitre
et la dernière :
Aussi pour ceste cause faut commander au
patient qu'il remue souuentesfois l’œil iusques
à ce que la cicatrice soit faite.
OPERATIONS J)p CHIRVRGIE.
43 1
CHAPITRE Xyi.
DES FISTVLES LACRYMALES, APPELÉES
des grêcs Ægylops '.
Au grand coin de l’Oeil il y a vne
glande faite de Nature, pour receuoir
et contenir vne humidité pour lubri-
fier et humecter l’œil , à fin qu’il ne
fust par ses mouuemens desseiché:
ce que nous auons assez demonstré
cy dessus en l’Anatomie de ceste par-
tie. Or ceste glandepar fluxions phleg-
moneuses ou par matière catarreuse
et pituiteuse tombant du cerueau ,
s’aposteme et vlcere , et quelquefois
se dégénéré en fistule, et par quelque
temps se fait carie en l’os.
Aucunes desdites fistules sont ou-
uertespar dehors, principalement la
phlegmoneuse : les autres par dedans,
qui se fait de matière catarreuse , de
sorte qu’il n’appert aucune ouuerture
par dehors, fors vne tumeur de gros-
seur d’vn pois : et lors qu’on presse
dessus , on fait sortir vne sanie se-
reuse et rousse, autresfois blanche et
visqueuse par le coin de l’œil , ou par
dedans le nez : aucuns iettent ladite
sanie continuellement : les autres sont
vn mois ou plus sans rien ietter , qui
est le propre d’aucunes fistules.
Les vieilles fistules lacrymales sont
cause de rendre l’œil atrophié, et
puante haleine , et quelquefois de
faire perdre du tout l’action de l’œil:
parquoy est besoin que le patient ap-
pelle conseil tant du Médecin que du
Chirurgien , pour obuier à tpls acci-
dens.
Pour la curation , il faut que les
choses vniuersellcs precedent lespar-
ticulieres. Donc si l’vlcere n’est assez
ample, sera appliqué dedans tentes
d’esponge : et pour corriger et con-
sumer la chair superflue de ladite
glande, on appliquera dextrement au
profond , inedicamens catberetiques ,
comme poudre de vitriol calciné, ou
de mercure , eau forte , huile de vi-
triol1, ou vn petit cautere potentiel.
Et si tels remedes ne profitent , cl
qu’il y eust carie en l’os , et que le
patient voulust endurer, on doit vser
de cautere actuel, lequel ie loué plus
que le potentiel, pource que son ope-
ration est plus prompte et seure : et
puis bien asseurer qu’à plus eurs l’ay
appliqué auec heureuse issue. En tel
cas aucuns praticiens veulent que le-
dit cautere soit d’argent, les autres
d’or, pource, disent-ils, que tels mé-
taux sont plus excellens que le fer :
mais quant à moy, ie n’y trouue au-
cune raison : parce que c’est tousiours
le feu qui opéré, et non la matière des
cautères. Que s’il est question d’esfre
si cérémonieux pour le choix desdils
métaux : ie trouue par raison le fer
plus propre à telle operation qu’au-
cun autre , de tant qu’il est plus as-
tringent et dessiccatif que ny l’or ny
l’argent, pource qu’il est plus terres-
tre, comme l’effet le monstre és eaux
qui pas; en t par les mines de fer2.
La figure du cautere doit estre de
figure triangulaire, et vn peu aigu en
1 Ce chapitre se trouve à la suite du pré-
cédent dans le traité Des playes de la leste,
fol. 242. Du reste, il ne contient pour ainsi
dire rien de propre à l’auteur, hors peut-
être la plaque pour préserver l’oeil de l’ac-
tion du cautère.
1 Huile de vitriol est siccutiue , et fort as-
tringente. — A. P. — Cette note vient de l’é-
dition de 1561, et a été conservée dans les
éditions complètes.
2 La dernière phrase de ce paragraphe y
a été ajoutée en 1579.
432 LE QVINZ1ÉME LIVRE,
son extrémité, à fin que plus promp-
tement il face son effet. Et alors qu’on
l’appliquera, on doit bander l’œil sain,
de peur que le malade ne voyele feu :
et luy sera tenu la teste ferme, de peur
qu’il ne la tourne de coslé ny d’autre.
Et sur l’œil fistule, sera appliqué vne
piece de fer , laquelle se cambre se-
lon la cauité du grand canthus de
l’œil1., en laquelle il y aura un trou
qui sera posé à l’endroit de la fistule,
par lequel on appliquera le cautere :
ce faisant on ne touchera nulle autre
partie que l’endroit qu’on veut cau-
tériser. Et d’abondant , sert pareille-
ment de clorre entièrement l'œil , de
peur que le patient n’apperçoiue ledit
cautere: la figure duquel est telle
auec la piece de fer.
* Ces mots, laquelle se cambre, etc., man-
quent dans l’édition de 1601 ; toutefois la
figure de la plaque est toujours restée la
même.
D’auantage le Chirurgien aussi aura
esgard que lors qu’il appliquera le
cautere, ou fera quelque autre grande
œuure de Chirurgie , comme couper
vn bras ou autre partie du corps,
ou faire quelque ouuerture , et gé-
néralement toute operation cruel-
le, jamais ne doit , s’il est possible,
permettre y assister aucuns des pa-
rens et amis du malade , fors seule-
ment les seruiteurs, ou ceux qui puis-
sent bien ratiociner et entendre que
telles actes se font selon l’art, à fin
de luy donner aide et secours pour la
guarison de sa maladie. Car ceux qui
portent folle amitié au patient, et qui
peu ratiocinent , tant s’en faut qu’ils
donnent louange à ton œuure, qu’au
contraire la vitupéreront , et l’appe-
leront non Chirurgien , mais bour-
reau : pource que la science n’est ia-
mais contemnée si ce n’est par gens
ignares, empiriques , et sans raison.
Or apres auoir deuëment appliqué
ledit cautere , mettras dans l’ouuer-
ture et sur l’œil et parties voisines ,
blancs d’œufs agités eu eau rose ,
plantain et morelle: et sera le patient
posé au lit ou en vne chaire la teste
vnpeu haute, et sera renouuellé ledit
remede subit qu’il commencera à se
desseicher. Puis sera procuré la cheu-
le de l’escarre, auec vn peu de beurre
frais : laquelle estant tombée, sera
l’vlcere mondiliée, puis incarnée, et
cicatrisée selon l’art. Et où l’os sera
trouué estre carié , seront appliqués
remedes propres aux caries des os,
lesquels déclarerons cy apres1.
1 Après le chapitre qu’on vient de lire ,
l’édition de 1561 contenait un passage qui
ne se retrouve pas dans les éditions com-
plètes; le voici :
« Et pour dire en somme des dispositions
de l’œil , il s’y fait inflammations, fluxions,
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
. CHAPITRE XVII.
DV STAPHYLOME1.
Staphylome , est vne tumeur de la
cornée de l’œil auec l’vuée, qui vient
à cause d’vne defluxion ou vlcere
faite en l’œil : la cornée estant relas-
chée ou poussée en dehors , par vnc
pustule engendrée au dessous. Iceluy
ressemble à vn grain de raisin , en sa
figure et rondeur , au reste quelques-
fois estant de couleur noire , quel-
quesfois blanche. Or si la cornée est
vlcerée et corrodée , de sorte que la
tunique vuée sorte par l’vlcere , la
couleur du Staphylome sera noire,
semblable à vn grain de raisin noir
( pource que la membrane vuée est
en son extérieure partie noire), qui
s’apparoist quand la cornée est rom-
pue. Et lors que la cornée n’est
que relaschée et non rompue, le Sta-
phylome est bianchastre comme vn
raisin qui n’est encore meur 2.
apostemes et pus, au milieu des deux faces
de la cornée, qui fait quelquefois une exu-
bérance de grosseur d’vn pois , causée le
plus souuent de la petite verolle, qui rend
le patient difforme : aussi vlceres, macules
ou taches et cicatrices , lesquelles s’elles sont
à l’endroit de la pupille, et vieilles et en-
durcies, la veué est abolie, à raison que
l’esprit animal visuel ne peut reluire au
trauers. » Fol 245, verso.
Ce n’est guère qu’une énumération ; mais
dans cette énumération étaient compris les
abcès de la cornée, dont l’auteur n’a plus
parlé depuis.
' Ce chapitre, qui date de 1575, est une
fort courte analyse des annotations de Da-
lechamps sur le 19“ chapitre de Paul d’E-
gine. Cilir. françoise , p. 84 et suivantes.
2 Cette dernière phrase a été ajoutée en
1579.
433
Les anciens en ont fait plusieurs
différences1. Premièrement s’il y a
petile ouueiture à la cornée, là où
l’vuée apparoistra , est lors appelé
teste de mouche : et quand elle est plus
ouuerle, et semble dure et calleuse,
sera appelée teste de clou : et si elle est
d’auantage ouuerte, sera dit grain de
raisin.
Et en quelque sorte que ce mal ad-
uienne,il apporte deux inconueniens
et dangers : l’vn de perdre et détruire
LTVeuë : l’autre de gaster et défigurer
le visage. La Chirurgie y sert , non
pour restituer la vue, car elle est ja
perdue , mais seulement pour embel-
lir l'œil , ce qui se fera en coupant ce
qui est trop eminent: toutesfois se
faut donner garde de faire trop grande
ouuei ture , que les humeurs ne tom-
bent dehors.
CHAPITRE XVIII.
DE L’OEIL PLEIN DE MATIERE PVRVLENTE,
DIT HYPOPYON 2.
ïl se fait souuentes fois du pus entre
la cornée et l’vuée: ce qui aduient
ou de cause interne , ou externe : de
cause interne, comme de quelque
fluxion, et souuent apres vne grande
inflammation : de cause externe, com-
me de quelque coup , de façon que
quelque vaisseau se rompt : puis le
sang estant hors de ses vaisseaux , se
pourrit.
Pour la curation on doit (les choses
■ A. Paré cite ici en marge Aèce et Paul;
c’est évidemment un emprunt fait à Dale-
champs.
2 C’est encore Dalechamps , ouvr. cité ,
p. 92, qui a fourni le titre et les principale*
idées de ce chapitre.
11.
28
LE QVINZIÉME LIVRE,
rniuerselles premia*) appliquer veu- | Celle qui est naturelle vienUe ta».-
i n/ifinSfipQiimK pnsom
touses et faire scarifications , ensem-
ble des frictions de haut en bas, à fin
que l’autre œil par consentement ne
souffre, et appliquer collyres sédatifs
de douleur et résolutifs. Galien dit
auoir fait vacuation de ceste matière
purulente en incisant la cornée quel-
que peu au dessus de l’Iris , qui est
le lieu où toutes les tuniques se ioi-
gnent ensemble1 : ce que i’ay fait en la
présence de laques Guillemeau, chi-
rurgien iuré à Paris , auec heureuse
qui cai uuiuiv.av •
tiuilé , et ne se peut reparer : celle
qui se fait par accident est double, à
sç auoir , qui vient de cause anteie-
denté , et l’autre de primitiue. Celle
de cause antecedente vient par vno
defluxion du cerueau ; la cure de la-
quelle se fera par le docte et prudent
médecin.
A celle qui vient de cause primi-
tiue , comme pour vn coup , cheute ,
ou contusion faite à l’œil, y conuient
soudain appliquer dessus choses ic-
. - 1 H/v.iloiir pf
ISSU C
et vuidé la matière, on mondilieia
l’vlcere auecques eau miellée , ou
autre chose semblable.
r poris aupc heureuse souüain appliquer uc^u^
rUs^nEt ayant fait ceste ouuerture, percussiues, et appaiser la douleur, et
i ! f- la ma tie e on mondiüera prohiber la fluxion par bon régime de
P.t vuide la matieie, on m , pblcbotomie , ventouses , fric-
tions, et autres choses que l’on verra
estre vtiles : puis apres on vsera des
remedes résolutifs , comme du sang
de tourterelle, pigeon, ou de quelque
volaille , et l’appliquer tout chaud ,
tant dedans l'œil que dehors , et sus
l’œil et aux parties voisines tel cata-
plasme.
CHAPITRE XIX.
DE LA DILATATION DE LA PVPILLE, AP-
PELLÉE DES ANCIENS MÏDRIASIS .
Mydriasis, selon les anciens, est di-
latation delà pupille de l’œil, laquelle
se fait naturellement ou par accident.
i Galien, Un. 14 de la Méthode, chap.
dernier. - A. P. - H est essentiel d'expli-
quer l’idée de Galien ; il a incisé la cornée
dans sa partie inférieure , au-dessus de son
union avec l’iris et la sclérotique.
a On lit à ce sujet dans les OEuvres de
Guillemeau, édition de 1649, page 781 .
Ce que i'ag veu pratiquer auec bon succès a
monsieur Paré, premier chirurgien du roy ,
ci faire l’operation aussi doctement qu il se
pouuoit, encore qu’il fust aagé de soixante et
douze ans : l’ayant à son imitation ueptus
pratiqué par deux fois sans qu’il soit suruenu
aucun aecident au malade, mais plustost grand
toulagcment.
Évidemment, Paré n’ava.t pas 72 ans lors-
qu’il écrivit ce chapitre en 1675.
* Ce chapitre est puisé en partie dans 1 ou-
vrage de Jean deVigo, liv. 4, tr. 2, chap. 8.
■2f. Far. fab. hord. ana g . iiij.
Olei rosar. et myrtil. ana g. j- £>•
Pul. ireos Florent. 3. ij.
Cum sapa , fiat catapl.
D’auantage on vsera de ceste fo-
mentation.
■ij.. Ros. rub. myrtill. ana m. j.
For. melil et camomil. ana p. j.
Nucum cuprcssi g.j.
Vini austeri 1b. G .
Aquæ rosar. et plantag. ana g iij*
Fiat omnium decoct.Pro fotu, cum spongia .
Ægineta, lit». 3. de Re medica, loue
i Telle fomentation a vertu de réduire la
paupière. — A. P. — Je pense qu’il faudrait
lire ici la pupille , bien que la paupière se
trouve dans toutes les éditions. F.n effet , ces
formules sont imitées de celles de Vigo , qui
leur attribue pour effet la réduction de la
pupille.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
pourceste affection l’eau marine, et
en deffaut la saumure. Ætius apres
luy en dit le mesme, Actuarius aussi,
Gourdon et de Vigo l’approuuent *.
CHAPITRE XX
DES CATARACTES2.
Or quelquesfois aussi par coup, ou
cheute , et autres causes , sont faites
cataractes, desquelles ie traiteray en
ce lieu, le plus bref qui me sera pos-
sible.
Cataracte est autrement appelée
des Grecs Hijpochyma , des Latins Su f-
fusio 3 , et du vulgaire Maille. Or il ne
faut icy disputer des noms , mais que
la chose soit entendue. Parquoy di-
sons que cataracte n’est autre chose
qu’vne taye ou petite peau, qui ! aist
sous la tunique cornée, à l’endroit de
la pupille ou prunelle de l’œil , na-
geant sur l’humeur aqueux : à la dif-
férence des taches, macules, et cica-
trices qui sont dessus ladite cornée.
Aucunesfois la pupille en est du tout
couuerte , et aucunesfois seulement
à moitié , et quelquesfois n’y a que
bien petite portion d'icelle. Et selon
icelles différences, l’action de l’œil est
1 Ce dernier paragraphe , si riche en cita-
tions, ne se lit pour la première fois que
dans l'édition posthume de 169S. Il n’y a
cependant nulle raison de croire qu’il n’ap-
partienne point à Paré.
2 Nous revenons ici au texte du traité
Des play es de la texte de 1561; tout ce qui
regarde l’histoire de la cataracte y était traité
avec de grands détails du fol. 230 jusqu’au
239 ; et ce texte n'a subi que de légères mo-
difications, que nous signalerons chemin
i faisant.
* L’édition de 1561 ajoute ici : et des Ara-
bts cataracte.
435
deprauée et empeschée, ou du tout
perdue et abolie : à raison que l’es •
prit animal visuel ne peut reluire au
trauers d’icelle taye.
Les causes sont extérieures ou in-
térieures. Les exlerieures , comme
coups ou cheutes , ou auoir eu trop
grande chaleur ou froideur à la teste,
qui auroient causé quelque douleur
et fluxion aux yeux. Les intérieures
sont grosses vapeurs et fumées ele-
uées de Festomacli 1 ( par faute de
bonne digestion ) au moyen d’auoir
vsé indeu m< nt de grosses viandes,
vins forts, et generalement toutes
choses vaporeuses, dont sont faites
grosses vapeurs et fumées corrom-
pues, qui montent de l’estomach au
cerueau : puis descendent aux yeux
par quelque espace de temps , les-
quelles se liquéfient et fondent en
humeur visqueux, puis se condensent
et congèlent par la froideur des
membranes, ainsi que voyous en la
génération de la glace.
Les signes peuuent estre pris de la
description prédite, parce qu’on voit,
principalement lorsqu’elle est confir-
mée, vne taye, membrane, ou petite
peau sur la pupille. laquelle est quel-
quesfois blanche, noire, celeste, cen-
drée ou liuide, cilrine, verde, et quel-
quesfois ressemblant à argent vif, qui
pource , se monstre forl mouuante
entre toutes les autres. Toutes les-
quelles sont ainsi colorées selon la
diuersité de l’humeur dont elles sont
faites.
Du commencement que la cata-
racte se forme, il semble au patient
1 Les vapeurs qui s'esleuent de l’estomac
montons aux yeux, causent les cataractes , et
selon leurs qualilez et subslunces sont diuerse-
ment colorées. — A. P. — Celte noie margi-
nale se lit déjà dans l’édition de 1561.
LF, QVINZIÉME LIVRE,
43 fi
voir en l’air petites inousches, poils,
rets , et autres diuerses choses qui
montent et descendent , et qu’vne
chose soit deux : aussi que la lumière
et caractères ou images, luy semblent
plus petites qu’ils n’auoient accous-
tumé , à cause que la faculté animale
visuelle ue peut deuément reluire ,
pour l’obscurité que fait la taye : ainsi
que font les nuées, lesquelles empes-
chent la lumière du soleil et de la
lune reluire sur la lerre. Pareillement
lors que la cataracte est en son ac-
croissement , le patient voit moins en
plein iour que vers le soir, parce que
le iour estant en sa grande lumière,
résout et dissipe l’esprit visuel. Et
pour ceste cause, les simulacres, ima-
ges et caractères , semblent plus pe-
tits en plein iour que vers le soir : à
raison que l’esprit animal visuel se for-
tifie lors que le iour n’est en sa grande
clarté.
D’auantage, si la cataracte n’oc-
cupe qu’vne portion de la pupille ,
alors le patient voit choses obscures
et de diuerses formes, comme de crois-
sants ou fenestres oblongues , et au-
tres corps fantastiques. Car si la taye
occupe le centre de la pupille, tous
obiels qui se présenteront a luy luy
sembleront eslre fenestres , estimant
que ce qu’il ne voit point du milieu
des obiets.estre comme ouuertures en
iceux. Au contraire, si elle occupe la
moitié de la pupille , il ne verra et
discernera que la moitié des obiels,
n’ayant l’vsage libre que de la moitié
de l’humeur crystalin 1 : comme aussi
quand elle couure du tout la pupille,
1 Les deux phrases qui précèdent , depuis
ces mots : car si la laye , etc. , manquent
dans la petite édition de 1501 , et même dans
la première édition complète; on les trouve
pour la première fois dans celle de 1579.
et qu’elle est confirmée, ne peut plus
rien discerner de sa veuë, forsquelque
lueur du iour et de la lune etestoiles,
ou de la chandelle : toutesfois sans
rien pouuoir discerner l.
CHAPITRE XXL
CVRE DES CATARACTES.
La cure des cataractes qui com-
mencent à se former, se fera en or-
donnant au patient son régime ,
euitant vins forts et viandes qui en-
gendrent suc phlegmatique et grosses
vapeurs, et generalement toutescho-
sesaiguës, comme saleures,espice ries,
ails, oignons, moutarde, pois,féues,
nauets, chastaigries, et leurs sembla-
bles : et principalement le coït immo-
déré, qui en tel cas est fort contraire.
Son pain sera fait auec fenoil, pource
qu’il a vertu de clarifier la veuë , et
prohiber les vapeurs de monter en
haut, les dissipant en l’eslomach dé-
liant qu’elles puissent gaigner le cer-
ueau , par sa vertu carminatiue. Et
pour ceste cause apres le past,le pa-
tient doit vser de cotignac , conserue
de roses, ou dragée composée de
choses carminatiues. Semblablement
sera purgé et saigné s’il en est be-
soin 2. Pareillement seront faites
frictions diuersiues , applications de
ventouses derrière le col. Aussi le
matin vsera de masticatoires, pour
faire deriuation des matières pitui-
teuses par la bouche.
Quelque ancien praticien3 nous a
• Ces derniers mots : toutesfois sans rien
pouuoir distinguer, sont une addition de 1585.
a L’édition de 1561 ajoute : selon l'aduis du
docte médecin.
5 Cet ancien praticien est maître Arnaud,
cité par Guy de Chauliac.
OPERATIONS
laissé par escrit , que la friction faite
des doigts sur la palpebre , et regar-
der souuent les estoiles du ciel ( et
quelquesfois la lune en son plein )
consument et dissipent la taye, tou-
tesfois non encores confirmée : aussi
fait le regard du miroir d’acier et des
pierres précieuses , et généralement
de toutes choses vertes et luisantes, à
raison, peut estre , que par la vertu
de leurs rayons et splendeur, elles
peuuent dissiper çà et là , et tarir tel
humeur. Pareillement l’efflation ou
soufflement faite par quelque per-
sonne ( apres la friction faite sur la
palpebre ) qui aye l’haleine douce ,
ayant masché fenoil, anis, coriandre,
noix de muguelte, clou de girofle, ca-
nelle, et leurs semblables, si ainsi est
que les ayant encores en sa bouche ,
luy face efflalion dans l’œil, et le plus
près que faire se pourra, et faut con-
tinuer telle chose par plusieurs et di-
ucrses fois : car par ce moyen on es-
chauffe, subtilie , résout, rompt et
dissipe la cataracte. Outre-plus on
doit vser de ce collyre qu’escrit
de Vigo , lequel a aussi grande vertu
de clarifier la veué, et prohiber que
les cataractes ne se confirment : et
mesmement les dissipe, et souuenles-
fois les cure.
Collyre (le Vigo.
If. Hepatis hircini sani et recentis 1b. ij.
Calami aromatici, mellis ana g. fi.
Succi ruthæ 3. iij.
A(|uæ chclidoniæ, fœniculi, veruenæ et
eufrasiæ ana g. iij.
I'iperis longi , nucis muscalæ, garyo-
phyllorum ana g . ij.
Croci 3.j.
Floris rorismarini aliquantulum contriti
m. fi.
Sarcocollæ, aloës hepaticæ ana 3. iij.
Fellis rayæ, leporis et perdicis ana §.j.
DE CHIRVRGIE. 43j
Ces choses soyent pilées, et puis soit ad-
iouslé:
Sacchari albi g. ij.
Mellis rosati 3. vj.
Et le tout ensemble soit mis en l’alambic de
verre, et distillé in balneo Mariæ.
Et de ceste distillation, en soit sou-
uent mis aux yeux.
Et si par tous ces remedes ladite
taye n’est curée , mais au contraire
se forme et engrossil plus fort : alors
la faut laisser endurcir et confirmer,
à fin qu'on la puisse guarir par ope-
ration manuelle, qui se fera en l’a-
battant auecques l’aiguille (comme
nous dirons bien tost ) car si elle est
Irop tendre lors qu’on la voudroil
abattre, l’aiguillepasseroit au trauers,
et ne la pourroit-on abattre. Au con-
traire , si elle est trop dure , difficile-
ment est abattue. Donc est besoin au
chirurgien connoistre celles qui sont
confirmées, ou non confirmées : sem-
blablement celles qui sont curables ,
et celles qui sont incurables : lesquel-
les choses se peuuent connoistre par
les signes qui s’ensuiuent.
CHAPITRE XXII.
SIGNES FOVR CONNOISTRE LES CATARAC-
TES CVRABLES OV NON >.
Premièrement celle qui est confir-
mée : l’œil sain estant fermé, lors que
du pouce on vient doucement à frot-
ter celuy où est la cataracte a, et que
■ Ce chapitre est confondu avec le précé-
dent dans l’édition de 1575; il en a été sé-
paré en 1579.
2 Tel est le texte de l’édition de 1579 et
des suivantes; mais en 1561 et meme encore
en 1575 on lisait : lorsqu'on frotte l'oeil soin
438 le QVïNzn
subit on l’ouure, on voit que la pu-
pille se dilate, et tost retourne en son
lieu , en mesme estât et couleur
qu’elle estoit au parauant, sans de-
meurer esparse et dilatée. Seconde-
ment, si le patient ne p ut voir et dis-
cerner autre chose par le sens de la
veuë, c’est signe infaillible que la ca-
taracte est entièrement confirmée.
Au contraire, si le patient voit enco-
res , et peut discerner aucune chose
par la veuë : et aussi que la pupille
demeure dilatée et esparse apres la
friction de l’œil , c’est signe qu’elle
n’est encores confirmée.
Or à sçauoir pourquoy le chirur-
gien oculiste, pour connoistre siles ca-
taractes sont curables et confirmées,
clost l’œil sain du patient, et frotte
l’autre : est-ce point à fin que l’esprit
animal visuel de l’œil sain aille eu
plus grande abondance à celuy que
l’on frotte et que l’on fait outirir
promptement sans l’autre : qui fait
que la pupille se dilate , et la cata-
racte se manifeste oculairement?
Or les cataractes qui sont incura-
bles, sont celles qui s’ensuiuent: c’est
à sçauoir , celle qui est auecques
grande dilatation de pupille, et qu’on
ne voit aucunement branler lors
qu’on aura frotté la palpebre de des-
sus l’œil, ayant clos premièrement
l’œil sain , et que la pupille de l’œil
où est la cataracte ne s’eslargit : car
telle chose monstre qu’il y a obstruc-
tion au nerf optique : au moyen de
quoy l’esprit animal visuel n y reluist
plus. Parquoy, encores qu’on l’eust
abattue, on ne profiteroil rien. D’a-
et qu'on frotte du pouce doucement celmj oft est
la cataracte, etc. Toute la suite prouve évi-
demment qu’il fallait lire : lorsqu'on ferme
l'œil sain , et qu’il n’y avait là qu’une faute
d’impression.
ÆE LIVRE ,
uantage s’il y a émaciation ou amai-
grissement à l’œil, n’y aura aucune
vtilité abattre la cataracte. Aussi si
elle est causée par coup ou cheule, et
apres grande et extreme douleur de
teste h Pareillement, celles qui sont
de couleur gipseuse , verte, noire,
plombée, eitrine, ou de couleur d’ar-
gent vif, le plus soutient sont incura-
bles : au contraire, celles qui sont de
couleur celeste , ou blanche , ou de
couleur de chaslaigne, sont curables :
et entre toutes, la celeste, lors qu’elle
est accompagnée de quelque blan-
cheur : et principalement quand elle
branle en la pupille, subit qu’on aura
frotté l’œil où sera ladite cataracte.
Il ne faut toucher aux vieilles gens,
parce qu’elles viennent par faute d’es-
prits visuels, ny aussi à ceux qui ont
i’œil fort petit et enfoncé 2.
CHAPITRE XXIII.
CVRE DES CATARACTES PAR L’OEVVRE
DE MAIN 3.
Ayant ainsi conneu par ces signes
la cataracte estre confirmée et cu-
rable, sera procédé par operation ma-
nuelle. Toutesfois, si le patient a dou-
leur de leste, toux, ou;vomissement,
1 Pierre Franco , en son livre Des her-
nies. — A. P. — Cette note existe déjà dans
la petite édition de 1561 ; ce qui prouve ma-
nifestement, comme je l’ai dit dans mon
introduction , que dès-lors A. Paré connais-
sait celte publication remarquable.
3 Ce dernier paragraphe a été ajouté dans
l’édition de 1585.
5 Ce chapitre était confondu avec les deux
précédents dans la première édition des
OEuvrcs complètes. Dans la petite édition
de 1561 , il n’en était pas même séparé par
un alinéa.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
ne luy faut toucher iusques à ce que
tels accidens soyent remis : car en
vain tu labourerais. Et lors que tu
voudras ouurer, te faut eslire vu
temps propre pour telle chose, c’est à
sçauoir, en decours de la lune, et que
ne soit au temps des foudres et ton-
nerres, et au temps que le soleil est au
signe d’Aries qui regarde la teste1.
Adonc le chirurgien prendra conseil
du docte médecin , à fin que si le pa-
tient a besoin d’estre purgé et saigné,
le soit : de peur qu’il ne suruienne
aucun mauuais accident, qui par faute
de ce pourroit aduenir.
Puis deux ioiirs apres auoir fait les
choses vniuerselles, faut eslire vu lieu
médiocrement clair : et à ieun faire
asseoir le patient sur vn banc assez
estroit, le visage tourné non vis à vis
de la lumière, c’est-à-dire, du iourou
de la chandelle, mais à costé : et dois
de rechef bien noter que la lumière
ne doit estre grande, ce qui est com-
mandé par Hippocrates au liure de
l’officine du médecin , et luy bander
l’œil sain auec coton ou chose sem-
blable , à fin qu’il ne se menue pen-
dant l’œuure. Puis le chirurgien s’as-
seoira2 sur le banc vis à vis de luy
( comme deux fourbisseurs ) toutes-
1 La recommandation astrologique que j’ai
mise en italique manque dans la petite édi-
tion de 1561, et même encore dans la grande
de 1575 ; c’est en 1579 que Paré a eu la mal-
heureuse idée d’en enrichir ce chapitre Elle
appartient à Guy de Chauliac, qui veut que
l’opération soit faite vn beau iour à heure de
tierce , la lune croissant et ne voyageant par le
signe du Belier ; mais Paré l’a prise directe-
ment de Dalechamps, qui dit que nos ope-
rateurs ne font cesle operation quand le soleil
est au signe d'Aries qui regarde la teste , et si
la lune ne decroist. Ouv. cité , p. 103.
a Les dernières éditions du IC' siècle di-
sent: s’asserra; celle de 1561 : s’asseoira.
439
fois le chirurgien vn peu plus haut
que le malade, luy faisant poser les
mains à sa ceinture, et doit embrasser
de ses iambes les genoux du patient :
et qu’il y ait vn seruileur qui tienne
la teste du malade par derrière, à fin
qu’il ne la tourne ny çà ny là , ains
qu’elle demeure ferme et stable. Et
ayant préparé l’aiguille, qui sera Fa-
noir passée plusieurs fois au trauers
de son bonnet ou autre accoustre-
ment, à fin de la rendre plus polie et
aucunement eschauffée, pour accom-
plir l’œuure à moins de douleur. La-
dite aiguille doit estre de fer ou d’a-
cier, plustost que d’or ou d’argent : et
la pointe un peu platte , à fin qu’elle
entre plus aisément et abatte ladite
cataracte : et sera insérée dedans vn
manche, de peur qu’elle ne vacille,
comme tu peux voir par ce portrait.
Aiguille pour abattre les Cataractes, auec son
manche *.
1 La figure de l’aiguille ne concorde guère
avec cette partie de la description : et la
pointe vn peu platte, à fin qu’elle entre plus ai -
44o
LR QV1NZIÉME LIVRE,
Ayant ainsi situé le malade et pré-
paré l'aiguille, luy commanderas
qu’il regarde vers son nez : adonc
poseras ladite aiguille tout droit (ius-
ques en la cauité de l’œil sans aucune
crainte) dedans la conioncliue, entre
le petit canlhus et la tunique cornée,
droilement au milieu des deux , eui-
tant les veines qui sont en ladite con-
ionctiue: et alors pousseras la pointe
de l’aiguille iusqnes à ce qu’elle soit
au milieu de la pupille. Puis estant
là paruenue, faut abattre la cata-
racte , en commençant à la partie su-
périeure , la tournant tout doucement
par le milieu, et l’abbaisser tout au
bas de l’œil, et toute entière s il est
possible. Et estant ainsi abbaissée la
luy faut laisser , la tenant suielte de
l’aiguille par l’espace de dire vne pa-
tenostre ou enuiron , de peur qu’elle
ne remonte , et pendant faire mouuoir
vers le c el l'œil au malade. Puis faut
retirer l’aiguille en haut, peu à peu,
en la tournant, et encores ne la tirant
du tout hors de l’œil, à cause que si
la cataracte remontoit , faudroit de
rechef la rabattre vers le petit can-
thus , tant de fois qu elle y demeure.
Et icy noieras qu’en faisant telle
chose , se faut bien donner garde de
toucher à l’humeur crystalin (pource
que, comme nous auons dit, il est le
principal instrument de la veuë ) ny
sèment el abatte ladite cataracte. C’est qu’en
effet cette phrase ne se lit point dans la pe-
tite édition de 156), d’où la figure a été trop
exactement copiée ; dans une autre édition
de 1664 , Paré a encore figuré la même ai-
guille sans modification (fol. 216); et ce n est
enfin qu’en 1575 qu’il a eu l’idée d’en apla-
tir la pointe. Celte idée me paraît lui appar-
tenir sans contestation ; Paul d’Égine veut
qu’elle soit arrondie à son extrémité; Arcu-
lanus la figure très fine; Vigo la déciit liés
aiguë, et l’on voit que Paré les avait d’abord
imités.
pareillement à la pupille , de peur de
la dilater : puis sera l’aiguille tirée
hors de l’œil doucement , en la tour-
nant ainsi qu’elle y avoit esté mise ,
pour crainte que l’on ne retirast la
cataracte sur la pupille l.
Quelques-vns apresl’operation faite
présentent quelque chose au malade
pour connoistre s’il peut discerner et
voir distinctement ou non : ce que
toutesfois defend Paulus Ægineta ,
liure 6, chap. 21 : parce , dit- il,
que quand le malade vient à s’effor-
cer pour regarder ententiuement, la
cataracte derechef remonte prompte-
ment : parquoy le plus seur sera
d’appliquer subit vn restreintif sur
l’œil et parties voisines , fait de albu-
mine ouorum et aquâ rosarum, en-
semble agités auec alum de roche
crud : et ne faut remuer ce remede
que iusqnes au lendemain. Aussi ne
faut omettre à bander l’œil sain ,
comme nous auons dit : car s'il n’es-
toit bandé, se mouueroit, et ce fai-
sant l’œil malade se remueroit aussi,
pour la grande colligance qu’ils ont
ensemble , comme nous avons dit :
et partant la calaracte pourroit re-
monter.
Le malade estant ainsi bandé , doit
estre posé dans vn lit la teste assez
haute. Et doit estre hors de grand
bruit , el ne doit mascher choses soli-
1 Ce procédé opéraloire est , à fort peu de
chose près , le même qu’avait donné Guy de
Chauliac; c’est la même crainte de toucher
au cristallin et à la pupille, ce qui était d’ac-
cord avec les idées erronées que l’on se fai-
sait de la calaracte ; seulement au lieu d’une
patenostre , Guy veut qu’on ait le temps de
dire trois fois le Pater nosler ou vn Miserere.
Le même Guy veut qu’après l’opération on
fasse voir quelque objet au malade; et I’aré
avait d’abord transcrit ce précepte en 1561
et même encore en 1675.
Et alors , disait-il, sera momtré quelque
OPERATIONS
des : car en masticant pourroit faire
remonter la cataracte : mais vserade
panade , orge-mondéou arnandé, cou-
lis , pressis , gelée , œufs mollets, et
leurs semblables. Et ayant ainsi de-
meuré par l’espace dehuitiours, le
faut débander et luy lauer l’œil d’eau
rose, etluy commander non regarder
promptement grande clarté, luy fai-
sant porter deuanl l’œil taffetas vert
ou lunettes, iusques à ce qu’il puisse
bien tolerer la clarté sans douleur.
Et s'il aduenoit quelques iours
apres que la cataracte remontast sur
la pupille, alors la faut rabattre
chose au patient pour cognoislre et scauoir si
r œuvre est parfaite. El subit on applique-
ra , etc.
Maisen 15i9, ayant sans doute lu avec plus
d’attention la traduction de Paul d’Égine
dans l’ouvrage de Dalechamps , il changea
d’opinion, et modifia son texte comme on le
lit aujourd’hui.
.l’ajouterai, quant au procédé, que Paré
s’est borné à transcrire celui qui était le plus
généralement suivi, et qu’il aurait pu trou-
ver dans Guy de Chauliac quelques notions
sur d’autres. Voici la phrase par laquelle
Guy termine son chapitre de la cataracte :
« Quelques vns des anciens Grecs (comme
recitent Albucasis et Auicenne) faisans vn
trou sous la cornee auec vne aiguille cannu-
lee, la tiroyent en succeant: ce que ie ne
loue pas, car peuteslre que auec l’eau il ne
sortiroit humeur albugineux: et le dernier
erreur seroit pire que n’esloit le premier. >,
Je me sers de la traduction de Joubert
qui rend littéralement le texte, à l’exception
d’un mot peut-être. Dans l’édition latine de
1M6 , on lit cum acu, avec l’aiguille , là où
Joubert a lu curn aquâ, avec l’eau ; ce qui est
une autre leçon, d’ailleurs parfaitement in-
différente pour le sens.
Or le savant Peyrilhe n’a pas voulu croire,
malgré I assertion de Guy, que celui-ci avait
puisé ce qu’il dit de cette opération dans
Albucasis, où cependant elle est formelle-
ment indiquée ; et il a imaginé d’en recher-
cher l’origine dans Galeatius de Sainte-So-
DE CHIRVBGIE. ^
de rechef comme dessus : mais il ne
faut passer l’aiguille au lieu où elle
aura esté posée parauant, à raison
qu il est plus douloureux E
Or quelquesfois la cataracte n’est
abattue enliere, mais se rompt par
pièces : adonc faut abattre toutes
les pièces l’vne apres l’autre : et en-
cores qu’il en demeuras! quelque pe-
tite porlion , ne faut douter qu’elle ne
se consomme par le bénéfice de la
chaleur naturelle. Pareillement au-
cunes cataractes, en les voulant
abattre, deuiennent comme lait ou
eau trouble, à raison qu’elles ne sont
phie. J’ai déjà relevé cette cireur dans mon
Introduction; voici toutefois le passage cité
par Peyrilhe :
« T'el aliter fiat hic modus magislralis , quem
ego Galeatius de Sancta-Sophia jamdudum
imaginants fui. Primo ergo accipialur una acus
aurea per totum , subtiliter concavata prope
cttspidem, et dicta acus sit perforant usque ad
concuvitatem foraminis parut. Quo facto, per-
fora ocultim ut supra dicturn est, et cum appo-
suisti acurn intra illam uqtiam , unie volve dic-
tam aettm bis vel ter, et poslett extraite /latum
a superficie acits superiori former, ad hoc ut
dicta tiqua ingredialur concuvitatem tiens. Et
si iota tiqua ingredi non possit, arum bis vel
ter truhendo, lune bene ipsum preme inferiits
ut nihil remaneat. JYam sic extrahendo dictant
aquam extra totum ocultim eslcura cwteris per-
fectior, quâ amplius dicta rnateriu reverti non
potest pupillam. Dico tamen qttod hœc cura
fieri débet per medicum valde peritum in hile
arte. El quamvis liane curam hoc modo fieri
non vidi, ipsum lumen posai quia mihi possibile
videtur esse. » Hist. de la ChirurfTic t 11
p. G 1 2. ’ ‘ ’
Toutefois je remarquerai que ce procédé
ri’a probablement été imaginé que pour i’hy-
popyon.que beaucoup d’auteurs decette épo-
que ne distinguaient pas bien nettement de
la cataracte.
* L’édition de 15G1 ajoutait ici: -dussi se-
ront euilees les veines qui sont disséminées en
la conioncliue comme a esté dit.
44*
LE QVINZIÉME LIVRE ,
encores assez dures : et que telle
chose aduiénne , encore y a-il espé-
rance de guarison , pource que puis
apres elle ne se peut rassembler , et
apres quelque temps l’œil se clarifie ,
principalement aux ieunes.
S’il suruenoit quelques accidens,
on prendra nouiieau conseil , diuer-
sifiant les remedes selon qu’il en sera
besoin.
CHAPITRE XXIV.
DV CONDVIT DE L’OREILLE BOVCHÉ NA-
TVRELLÈMENT OV PAR ACCIDENT, ET
des choses estranges qvi tomrent
dedans.
Quelquesfois aux petits enfans nou-
uellement nés , on trouue les conduits
des oreilles bouchés , à raison de
quelque chair ou membrane procréée
au fond ou en la superficie des oreil-
les. Elle est bouchée aussi par acci-
dent depuis nostre natiuité, à cause
de quelque aposteme , playe ou vl-
cere : au moyen de quoy y suruient
quelque chair superflue. Lorsque 1 ob-
struction se fait au profond , la cure
est plus difficile que quand elle est à
la superficie.
Et pour la curation, la faut inciser
et couper , ou la consommer et cor-
roder auec medicamens acres et cor-
rosifs. Or il faut traiter ce mal bien
curieusement, de peur de faire tom-
ber le malade en conuulsion, et le
faire mourir , pour la grande sensibi-
lité de ceste partie , et qu’elle est pro-
che du cerueau.
Quelquesfois aussi le conduit de
l’oreille est bouché par choses es-
tranges qui sont tombées dedans :
comme petites pierres, verre , ballote
de plomb, d'or ou d’argent, de fer, et
semblables matières, perles, noyaux
de cerises, pois, graines et autres
choses. Les corps solides demeurent
tousiours és oreilles en leur propre
grandeur : mais les pois et graines et
noyaux de cerises s’imbibent et en-
flent de l’humidité qui naturellement
est aux oreilles : et partant causent
de très grandes douleurs. Parquoy le
plus tost que l’on les pourra tirer ,
c’est le meilleur : qui se fera auec pe-
tites pincettes et instrumens courbés
en maniéré de cure oreille : et si on
n’y peut remedier par ce moyen , à
cause qu’elles sont fort enflées , on les
tirera auec vn petit tire-fond , de quoy
on tire les balles de plomb. Les pier-
res et autres corps durs seront tirés
auec instrumens propres. Et si on ne
le peut faire par ce moyen , on mettra
vn peu d’huile d’amende douce dans
les oreilles, ou autre semblable :
puis on fera tousser le m Jade , le
prouoquant à esternuer par sternu-
taloires: et fermera la bouche serrant
les narines auec les doigts quand il
esternuera , à fin de faire sortir hors
de l’oreille ce qui est contre Nature,
par l’impétuosité de l'air agité cher-
chant issue par vne violente commo-
tion et esbranlement de loutle corps.
Et si tels remedes ne profitent, faut
faire vne petite incision au profond
de l’oreille , à fin de donner lieu aux
instrumens pour extraire les choses
estranges.
D’abondant quelquesfois il entre en
l’oreille de petites bestioles , comme
puces , punaises , fourmis , mousche-
rons , perse-oreilles et autres sem-
blables : toutes lesquelles peuuent
estre tuées, instillant de l’huile ou
vinaigre. Et quant à la petite bestiole
de perse-oreille , on la pourra atti-
rer , appliquant la moitié d’vne pom-
OPERATIONS DE CHIRVRGÏE.
me douce ioignant l’oreille : car la
petite bestiole voulant grignotler ,
sera soudainement tirée, comme nous
auons dit cy deuant en l’Introduc-
tion 1.
CHAPITRE XXV.
LA MANIERE DE TIRER LES ARESTES, ET
AVTRES CHOSES ESTRANGES OVI S’AT-
TACHENT A LA GORGE 2.
Souuent en mangeant on aualle des
arestes, ou quelques petits os, ou au-
tre chose estrange. Si en ouurant la
bouche on les peut voir, seront oslées
auec pincettes longues et estroittes ,
courbées comme vn bec de grue : et
si on ne les peut apperceuoir , il faut
que le malade aualle vn morceau de
pain mollet, ou vue figue seiche bien
peu maschée, ou autre chose : ou bien
le faire vomir : car par ce moyen la
chose estrange est souuentpousséede
hors. Ou bien on prendra vn porreau
courbé, de grosseur que l’on connois.
tra estre necessaire , lui ayant coupé le
bout de la teste , laquelle sera huilée :
et ayant fait ouurir la bouche du ma-
lade , sera mis dans le gosier assez
profondément, tant de fois que la
chose estrange soit iettée en bas , ou
1 Tout cechapitre date au plus tôt delà pe-
tite édition perdue de 1572; c’est la traduc-
tion de Paul d Égine par Dalechamps qui en
a fourni les principaux éléments. Le renvoi
à l’Introduction ne date que de l’édition de
1 5S5 ; il a trait à un long passage que l’on
trouvera à la page 2G du tome I, et qui
lui-même n’a été intercalé en cet endroit
que dans la quatrième édition.
• Tout ce chapitre est également pris de
Dalechamps, à part peut-être la tige de poi-
reau substituée à la tige de laitue dont parle
Paul d’Égine.
443
retirée en haut. Et où le porreau de-
faudroit, on prendra vn plomb ap-
proprié à ce faire, de figure du por-
reau.
Or s’il y a quelque chose estrange
qui soit entrée en la trachée artere, il
faut prouoquer la toux avec quelques
choses aigres , et ietter dedans le nez
vn sternutatoire : car en faisant ceste
grande agitation par l’expiration vio-
lente , souuent ces choses estranges
sont ieltéeshors h
CHAPITRE XXVI.
DE LA DOVLEVR DES DENTS 2.
La douleur des dents est la plus
grande et cruelle qui soit entre toutes
les douleurs , sans mort : et pour la
preuue, ie la laisse à ceux qui en ont
esté vexés.
I"ay mémoire qu’vn varlet de cham-
bre dedefunt monseigneur leConnes-
table, estant à Chantilly, me dit, que
pour vne extreme douleur de dent
qu’il auoit,s’il n’eust eu peur d’estre
damné, il sefustietté parvnefenestre
dans les fossés, et se fust noyé, pour
eslre exempt de sa douleur : d’auan-
tage me dit, qu’en vingt-quatre heu-
res il se fit vne aposteme sur la gen-
1 II est à remarquer que Paul d'Égine a un
chapitre particulier consacré à la Trachéo
tomie, et que Paré lui-mémea décrit et re-
commandé cette opération ; mais seulement
pour les cas d’angine suffocante. Voyez t. I,
p. 383. L’application de la trachéotomie à
l’extraction des corps étrangers ne date que
du xvii' siècle.
2 Les quatre chapitres qu’on va lire, et
qui , avec un court chapitre du livre de la
Prothèse , et un autre du livre de la Géné-
ration , présentent un tableau à peu près
j complet de l’art du dentiste au xvr siècle,
ciue, qui se suppura à l'endroit de sa
douleur : et peu de iours apres, sadent
tomba en pièces , qui montre que les
dents peuuent apostumer et pourrir
comme les autres os : ce qu’on voit
parce qu’elles se perluisent et corro-
dent, et par ceste pourriture les vers
s'engendrent.
Ce qui est prouué par Hippocrates
au liu. 4 des Epidémies, en l’histoire de
Hegesistratius. Qui dit que les dents
peuuent endurer tumeur contre na-
ture en leurs propres corps. Ledit Hip-
pocrates le recite comme par v n grand
avaient paru presque intégralement dans
les Deux livre1: de Chirurgie en 1573, où ils
constituaient les chapitre lxxviii et lxxxix
du livre de lu Génération , de la page 331 à
la page 364. Comment se trouvaient-ils
là? D’aiiord il y a un article spécial consa-
cré à la douleur de dents des petits enfants ;
et quant au reste , Paré nous l'explique par
cette espèce d'avis au lecteur.
ADVERTISSEMENT.
u Ami lecteur, pendant que ie composois
ce Hure , ie receus vne lettre de mons. Iou-
bert, médecin du Roy, Docteur Regent en
la Faculté de medecine en l’vniuersité de
Montpellier, par laquelle, entre autres né-
goces , me prioit affectueusement, si encore
ie mettois la main à la plume pour escrire
de la chirurgie, que ie donnasse vn coup
de coude à la douleur des dents, ce que i’ay
bien voulu faire tant en sa faueur qu en
celle des nouueaux aprantis en chirurgie. »
Remarquez en passantl’orlhographe avan-
cée de ces mots ami , coude; cette édition de
1573 offre plus d’un progrès de ce genre.
Du reste, déjà Paré avait abordé les af-
fections des dents dans un ouvrage bien an-
térieur , le traité des Plages de la Teste pu-
blié en 1561 , fol. 256 à 261 ; tous les instru-
ments y sont déjà figurés, comme aussi ils
ont été reproduits dans l’édition de 1564.
J’aurai soin d’indiquer dans le texte ce qui
appartient à chacune de ces éditions origi-
nales.
UE LIVRE,
miracle de nature, attendu que les tu-
meurs ne viennent sinon aux lieux où il
se peut faire extension. D’auantageGa-
lien liu. 5. cbap 8. delà composition des
medicamens selon les lieux , dit auoir
esprouué en soy-mesme, lorsqu’il fut
trauaillé d’une forte douleur de dent,
que non seul ment le nerf et la mem-
brane qui lie la dent estoit trauaillée
de douleur, mais aussi la propre sub-
stance de la dent estoit douloureuse
et agitée de phlegmon, etdelamesme
pulsation que les parties charneuses:
et dit qu’il lient cela pour chose es-
merueillable, pour la grande dureté
de la dent, comme la pulsalion se
peut faire pour la difficulté de l’ex-
tension *.
La cause de la douleur des dents
vient de cause antecedente , ou de
primiliue : d’antecedente , comme
heumer et defluxion chaude ou froide
tombant sur icelles , qui remplit l’al-
ueole, de façon qu’elle pousse la dent
hors, qui fait qu’elles sont sonnent
auancées en dehors, tellement que le
malade n’ose et ne peut aucunement
mascher dessus, pour l’extreme dou-
leur qu’il sent, et la fluxion fait qu'el-
les sont relaschées, qui cause les faire
branler: et si elles sont corrodées,
creuses, etpertuisées iusques à la ra-
cine, lors que le malade boit sur tout
quelque liqueur froide , il lui semble
qu’on luy donne vn coup de poinçon
dedans.
Les signes que la cause est chaude,
c’est que la douleur est aiguë et poi-
gnante, comme si on meltoit des ai-
guilles dedans. On sent aussi vne
grande pulsation en sa racine, et aux
temples : pareillement sera conneuë
quand on applique remedes froids,
qui appaisent la douleur.
■ Ce paragraphe manque dans toutes le»
éditions antérieures à celle de 15S5.
OPERATIONS
Les signes que la cause de la dou-
leur est froide, c'est que le malade a
grande pesanteur de teste, et ielte
beaucoup de saline et d’humidités par
la bouche, et la douleur s’appaise par
remedes chauds. El en ces douleurs,
ne faut que les barbiers et dentatcurs
(c’est-à-dire arracheurs de dents ) se
hastent trop subit les arracher, sans le
conseil de plus aduisés qu’ils ne sont
quelquesfois»
Pour la cure il y a trois intentions:
La première est, ordonner le régime:
la seconde, purger la matière antécé-
dente : la troisième , application de
remedes particuliers propres à seder
ceste extreme douleur.
La première intention est ordonner
le régime sus les six choses non natu-
relles.
La deuxième, est vacuer la matière
antecedente, comme s’il est besoin
qu’il soit saigné et purgé 1 : aussi
pour diuertir la fluxion , on appli-
quera des ventouses derrière le col et
sur les espaules : et si la matière est
chaude, on appliquera sur la genciue
à l’endroit de la douleur, des sang-
sues pour vacuerla matiereconiointe,
elouurira-onles veines de dessous la
langue : ce que i’ay fait par plusieurs
fois, et sedé des douleurs extremes :
mais auparauant que les appliquer, ie
faisois petites scarifications auec vn
dechaussoir de dents.
La tierce intention sera accomplie
en appliquant plusieurs remedes con-
trarians à la cause de la douleur:
comme si la matière est chaude, il
faut tenir en la bouche vin de gre-
nade, auec eau de plantain, et vn peu
1 Dans l’édition de 1573, l’autenrajoutait
ici : on appellera pour le faire vn docte méde-
cin. Cette phrase a été retranchée dès
1575.
E CHIRVRGIE. 445
de vinaigre bouilli auec roses et su-
mach et fleurs de grenades. 11 faut icy
noter que les remedes sédatifs de la
douleur des dents, doiuent eslre de
ténue substance, à cause qu’elles sont
fort dures : et partant les anciens ont
tousiours voulu mettre du vinaigre,
parce qu’il est incisif et penetralif *.
1 La question agitée dans ce chapitre était
autrement traitée dans l’édition de 1561. En
voici le texte littéral :
« Or ie ne veux encor’ icy me taire que ie
ne paile de certains remedes propres et ap-
prouuez , pour seder la douleur des dents,
laquelle est quelquesfois si grande et extreme^
que les patients courent les rues comme in-
sensez et detenuz de rage. Et telle douleur
est causée communément d’vne fluxion pi-
tuiteuse et très froide , de sorte qu’elle mor-
tifie et corrompt les dents, les rendant noi-
res, pourries et pertuisees iusques en leurs
racines : de façon que le nerf, lequel s’insère
en leur substance, est descouuert, et alors
que le patient inspire l’air froit, ou boit et
menge choses froides, sent vne extreme dou-
leur. Et partant les remedes qui s’ensuiuent
sont propres à ceder ladite douleur, à sçauoir,
s’ils peuuent penetrer iusques au profond de
leurs racines : partant si leur trou ou vemi-
neure (sans doute vermineure) n’est suffisam-
ment ouuert , et qu’il soit à costé de la dent,
le faut accroistre auecques petites limes pro-
pres à ce faire, ainsi que tu vois par ces
portraits. »
(Ici venaient des figures de limes que je no
reproduis pas, attendu qu’on les retrouvera
à l’une des pages suivantes. Puis l’auteur
poursuivait : )
« Après auoir suffisamment amplifié et fait
voye à la dent vermineuse, on mettra dans
le trou huille de quinte-essence de clou de
girolTte , muguette, rosmarin, sauge, ou
leur semblable , auecques vn peu de coton.
» Autre remede. Prenez vne gosse d’aulx ,
et la faites vn peu cuire sous les cendres
chaudes , puis soit pelee et mise dedans le
446
LE QVINZ1EME LIVRE ,
Autre.
Prenez roses ronges, sumaeh, orge, de
chacun vue demie poignée.
Semence de iusquiame concassée, deux
dragmes.
De tous les sandauls , de chacun vne
dragrne.
Laictue, sommité de ronces, morelle,
plantain, de chacun demie poignée.
Le tout sera boüilli en quatre liures d’eau
commune, et vn peu de vinaigre , ius-
ques à ce que l’orge se creue.
Et d’icelle décoction en sera tenue
en la bouche vn peu tiede.
Autre.
Prenez semence de iusquiame, sandaracha,
coriandre , opium , de chacun demie
dragrne.
Le tout pilé et incorporé auec vinaigre , et
en soient formés trochisques.
Puis en soit apposé sur la dent dou-
loureuse.
Autre trochisque.
Prenez semence de pourpié , de iusquiame,
coriandre, lentilles, escorce de sandal
citrin, roses rouges, pyrethre, camphre,
de chacun demie dragrne.
El soyent bien pilées ensemble auec fort
vinaigre, et soient formés trochisques.
Lors qu’on eu voudra vser, on en
prendra vn ou deux auec eau rose, et
trou de ladite dent, le plus chaut que l’on
pourra : pareillement en sera mis dedans
l’oreille , du costé de la douleur.
. Autre remede. Prenez deux dragmes de
racine de piretre conquassee , feuilles de
sauge, rosmarin, de chacun vne pugille,
trois ligues grasses , et ferez le tout bouillir
en vn demi-septier de vin, iusques à la con-
somption de tout le vin : puis prendrez por-
tion d’icelles figues, et l’appliquerez sur la
dent douloureuse, le plus chaut qu il sera
possible : lequel remede fera ietter grande
quantité de phlegmes.
» Autre. Prenez gingembre, poiure, noix
en sera frottée la genciue, et tenu en
la bouche.
Autre remede.
Si les genciues sont relaxées , faut
que le malade se gargarise de choses
de muguette , piretre de chacun demie-
drachme conquassez, puis soient faits bouil-
lir dans vn pot, en vin et vinaigre, et en
rcceuez la fumee à l’endroit de la dent dou-
loureuse par vn entonnoir bien luté, ainsi
que tu as icy la figure.
Figure d’vn pot et entonnoir , pour receuoir la
vapeur et fumee.
» Et si par touts ces moyens la douleur
persiste : à lors faut cautériser la dent auec-
ques vn peu d’eau forte et eau de vie mes-
lees ensemble , ou auecques vn peu de chaux
viue, mistionnee auecq’ miel rosat, ou vn
grain de cautere potentiel, ou y appliquer
vn petit cautere actuel, non vne seule fois,
mais plusieurs. Et si telles choses ne prolli-
tent , faut venir à l’extreme remede , qui est
de l’extraire et arracher. »
Il est remarquable que presque pas un dei
OPERATIONS
froides et astringentes, comme oxy-
crat, auquel on aura fait bouillir noix
de cyprès, myrtilles, et vn peu d’a-
lum : et si la douleur ne cessoit, faut
vser de narcotiques pour stupeüer le
nerf.
Exemple.
Scminis iusquia. alb. opij , camph. pa-
pau. alb. ana q. s.
Coquantur cum sapa.
Et soit appliqué sur la dent. Pareil-
lement sera mis dedans l’oreille ce qui
s’ensuit.
2£. Opij , et castor, ana 3 j .
Misceantur cum oleo rosat.
L’ouuerture de la veine qui est au
derrière de l’oreille, sede la douleur
( chose par moy souuent expérimen-
tée) : autres la font au milieu de l’o-
reille par dedans, au dessus du trou
de l’ouye : aussi vn petit emplastre
de poix et de mastic posé sur l’artere
de la temple, du costé de la douleur.
Pour seder la douleur de cause
froide , prenez eau de vie meslée
auec vne décoction faite de vin et vi-
remèdes proposés par A. Paré en 15G1 n’a
été conservé [far lui en 1573. En général,
en 1561, il s’attachait surtout à mettre le re-
mède dans la cavité de la dent, et il allait
même jusqu’à la limer pour favoriser l’ap-
plication. En 1573, il se contentait de placer
le remède sur la dent, ou même d’en user
comme gargarisme; et il réservait le limage
et les cautérisations pour combattre l’éiosion
et les vers, indépendamment de la douleur.
J’ajouterai, en finissant, que l’appareil à
fumigation figuré dans l’édition de 1561 , et
retranché de cet endroit en 1573, n’a cepen-
dant pas été perdu pour cela; seulement il
a reçu une autre destination, et nous en
retrouverons la figure au livre de la Géné-
ration, avec ce litre :
Portrait d'vn pot pour receuoir les parfums au
col de la matrce.
E CHIRVRGIE. ^
naigre, rosmarin, sauge, pyrethre, et
vn peu de theriaque , et soit posé sur
la dent.
Autre.
Prenez armoniac dissout en eau de
vie , et un peu de sandaracha , de
myrrhe, el soit appliqué sur la dent :
chose louée et approuuée de Vigo.
Autre .
Mesué dit que pourseder la douleur,
faut tenir des aulx pilés en la main
du costé de la douleur.
Autre.
Pour vne extreme douleur de
dents que i’auois, vne petite bonne
femme me conseilla y mettre des-
sus vne gosse d’ails vn peu cuitte
sous les cendres, et la mettre la plus
chaude que ie pourrois endurer : ce
que ie feis , et tost apres ma douleur
fut cessée, tellement que depuis ie
l’ay pratiqué en plusieurs , où l’on a
veu vn effet merueilleux : aussi on en
mettra dedans l’oreille.
Autre.
"if. Rad. pyret. 5 G.
Ment, et rut. ana p. j.
Bullianl in aceto.
Et d’icelle en sera tenu chaud en la
bouche.
Autre.
Faites fumigation de graines de co-
loquintes, et de moutarde, et d’ails,
receuë par entonnoir à la dent, du
costé de la douleur : aussi on mettra
en l’oreille huile de castor, ou de gi-
rofle, ou autre tirée par quinte-es-
sence.
Autre.
Soit fait parfum ou suffumigation
ainsi que s’ensuit.
'¥• Rad. pyret. gingib. cinamo. alum.roch.
salis coramunis , nue. moscat. nue. cu-
ries. anis. sem. sinap. euphorb.
44° LE QVINZIÉME livre,
De ces choses en sera pris et faite
décoction en oxycrat, et à la fin sera
adiousté vn peu d’eau de vie , et en
sera receuë la vapeur ou fumée par
vn entonnoir : aussi en sera fait garga-
rismes : d’auantage en sera mis vne
goutte ou deux dedans les oreilles
auec vn peu de coton.
Autre.
Soit appliqué vn vésicatoire au
dessous de l’oreille, à sçauoir, en la
cauité où se conioint la mandibule
inferieure, la douleur cesse : d’autant
qu’en ceste partie il y a veine, artere
et nerf, lesquels se distribuent aux
racines des dents : et par la vésication
on fait vacuation de l'humeur ja (lue,
et de celuy qui découlé, et partant la
douleur s’appaise : ce que iay fait
plusieurs fois *.
Remedes pour matière chaude.
On fera tenir en la bouche du ma-
lade du vin , auquel on aura fait
bouillir semence de iusquiame , ou
mandragore.
D’auantage, prenez racines de tin-
tirnal, boulines en vin et vinaigre, et
d’icelles qu’il en soit tenu en la bou-
che : ce remedeest bien approuué.
Si la dent est pertuisée, et que le
malade ne vueille permettre l’arra-
cher pour appaiser vne extreme dou-
leur : il n’y a rien plus asseuré que
d’y appliquer choses caustiques ,
comme huile de vitriol , ou eau fort,
ou le cautere actuel : car par ceste
cautérisation, on brusle le nerf, le-
quel estant bruslé n’a plus de senti-
ment , et n’en ayant plus , ne peut
faire douleur 2.
1 Ce moyen n’a été indiqué par l’auteur
qu’en 1575.
a Ce paragraphe a été ajouté en 7579; du
reste, la cautérisation dans ce cas avait déjà
Lors que les genciues et les ioues
s’enflent au dehors, c’est bon signe :
car la douleur cesse, à cause que Na-
ture a poussé l’humeur du dedans au
dehors.
Et si on veut faire tomber la dent
par pièces, faut prendre lait de tinli-
mal et poudre d’encens incorporés
auec vn peu de fleur d’amidon , en
faire paste, et en soit enueloppée la
dent, sans toucher aux autres.
CHAPITRE XXVII.
DE PLVSIEVRS INDISPOSITIONS QVI AD-
VIENNENT AVX DENTS1.
11 y a autres vices et accidens qui ad-
uiennent aux dents, à sçauoir quand
elles sont relaxees, et quelles bran-
lent : dauantage, pourriture, corrup-
tion , pertuisement , et des vers en-
gendrés , en icelles , congélation et
autres.
Les dents branlent pour la relaxa-
tion des genciues , qui se fait de cause
primitiue, comme cheute ou coup:
et aussi par cause antecedente, comme
fluxion qui descend du cerueau : ou
par certaines vapeurs esleuées de
l’eslomach , et quelquesfois par faute
de nourrissement , ce qu’on voit aux
vieilles gens : pareillement par cor-
rosion de certain humeur acre qui
tombe aux genciues.
Or le branlement qui vient par
été recommandée, bien qu’avec moins de
détails, par Guy de Chauliac.
1 Ce chapitre faisait partie du précédent
dans l’édition de 1573 , et n’en était pas sé-
paré par un simple alinéa ni par une note
marginale. Comme il comprend des matières
fort diverses, j’ai cru devoir intercaler dans
le texte les notes marginales qui servaient
d’indication pour chaque sujet.
OPE BATIONS
seicheresse et defaut d’aliment est
pernicieux, comme tesinoigne Hip-
pocrates' en l’aplior. 246, aux Coac-
ques, et iamais ne se cure : mais les
autres seront aidés par choses con-
traires.
lit premièrement le malade euitera
de mascher choses dures et de trop
parler. Si le branlement vient par
coups ou cheutes, et si elles sont au-
cunement hors de leur place , le chi-
rurgien les réduira et les liera aux
autres proches qui sont fermes et en-
tières, et ne les doit-on acheuer d’ar-
racher : car elles se peuuent r’alTer-
mir et tenir fermement en leurs
alueoles.
Ce que i’ay encores depuis n’ague-
res fait à vn mien voisin et amy,
nommé Anthoine de la Rue , maistre
tailleur d habits , demeurant au bout
du pont saint Michel : lequel receut
un coup de pommeau de dague sus
la mandibule inferieure, tellement
qu elle lui entièrement fracturée , et
trois dents mises et renuersées en la
bouche, et presque du tout hors de
leurs alueoles: toutesfois la fracture
de la mandibule fut réduite, et les
dents remises en leurs places, lices et
attachées auec vn fil en double, ciré,
auec les prochaines. le luy ordonnay
viandes qu'il ne falloit mascher ,
comme pressis , coulis , orge-mondé ,
panade , gelée , ius d’éclanche de
mouton, et autres semblables : aussi
lauemens et gargarismes astringens ,
et autres choses necessaires à la frac-
ture : et ainsy fut guari, de façon
qu'auiourd’huv masche autant bien
dessus lesdites dents qu’il lit iamais.
Partant le ieune Chirurgien fera le
1 Le texte est le même dans toutes les édi-
tions ; seulement la citation d’Hippocrate
n’a été intercalée ici qu’en 1686.
DE CHIUVKGIE. 4/(g
semblable lorsqu’il se trouuera à l’en-
droit. Or posons le fait qu’il y eusl
vne dent mise du tout hors de sa
place par quelque coup , ou par l’im-
peritie de l’arracheur de dents, ou du
malade qui lui en auroit fait tirer
vne bonne pour vne mauuuaise , ou
la doit promptement remettre en sa
piace , et la bien lier auecques les
autres proches, et par ce moyen elle
peut reprendre.
Un homme digne d’estre creu , m’a
affirmé qu’vue princesse ayant fait
arracher vne dent, s’en fi t remet tre su-
bit vne autre d’vne sienne damoiselle,
laquelle se reprint : et quelque temps
apres maschoit dessus comme sus
celle qu’elle auoit fait arracher aupa-
rauant. Cela ay-ie ouy dire, mais ie
ne l’ay pas veu : et s'il est vray , il
peut bien es tre.
Si le branlement vient par rheume
distillant du cerueau , ou par vapeurs
esleuées de l’eslomach , on y renie -
diera par leurs contraires : et aussi
par gargarismes et opiates faites de
choses astringentes , comme berberis,
sumach, nue. cupressi, alum.rochœ’,
cmtinod. e qui s et i , succi acaciœ , et
leurs semblables. D’auantage le ma-
lade tiendra souucnt en sa bouche vn
peu d’alum de roche, le tournant
tanlost d’vu costé, lanlost de l’autre.
De la pourriture , érosion et pertuise-
ment des dents , et des vers trouués en
la racine d’icelles.
U érosion se fait par vn humeur
aigu et acre , qui les corrode et per-
tuise, voire sonnent iusques en leurs
racines. Pour corriger ceste pourri-
ture ( apres auoir fait les choses vni-
uerselles ) on appliquera dedans le
trou huile de vitriol, ou eau forte, ou
vn peiit caulere actuel, selon qu’il
29
n.
LE QVlNZÎÉMli LIV11E ,
45o
sera necessaire ‘ : et s’il est besoin ( de
peur qu’on touche à autre partie
qu’au lieu qu’on veut cautériser ) on
mettra lesdits cautères auecques vne
canule , à fin de corriger la pourri-
ture et érosion2.
Or si le pertuis estoit entre les
dents , comme souuent aduient ,
de sorte qu’on ne peust appliquer
nulle des choses susdites , on limera
entre la dent saine et celle qui est
pertuisée, tant qu’il sera besoin.
On lime pareillement les dents
quand elles poussent oullre les au-
tres, et font desplaisir à mascher , et
à la personne , comme l’on voit aux
sourdents. Or cela est esmerueillable,
1 L’édition de 1573 dit: ou vu petit caulere
actuel comme tu vois par ceste figure :
Ce cautère avait déjà été figuré, comme
il a été dit, dans les Dix Hures de Chirurgie,
pour la même Indication en vue de laquelle
il a été rapporté au chapitre C de ce livre.
Voyez ci-devant page 421.
■x L’édition de 1673 ajoute ici : et faire mou-
rir les vers.
quand les dents ne sentent pas quand
on les lime ou brusle, et pour occa-
sion plus legere sentent douleur ,
ainsi qu'on voit quelques vns auoir
douleur aux dents, subit qu'ils en-
tendent le son et bruit d’vne lime ra-
clant sur quelque fer assez rude-
ment. Aretée dit que Dieu seul en
sçait la cause *.
Figure des limes à limer les dents.
Et pour retourner à nostre propos,
sera faite ouuerture telle qu’il sera
necessaire pour appliquer les ebo
ses susdites , et prendra-on plus sus
celle qui est erodée que sus la saine.
El pour faire mourir les vers , faut ap-
pliquer quelques choses caustiques ,
aussi pyretre destrempé en vinaigre,
ou theriaque dissout en mesme li-
queur: seront aussi appliqués ails,
ou oignons, ou vn peu d’aloés.
1 Ce paragraphe manque dans les éditions
antérieures à 1585.
OPERATIONS DE CIItRVRGIE.
De la stupeur, congélation ou endormis-
sement des dents.
La congélation vient pour trop vser
(les viandes aigres, ou par aucunes
vapeurs mauuaises qui montent de
1 estomach en haut, ou pour quelque
defluxion froide tombante du cerueau
dessus les dents, ou pour auoir tenu
en la bouche choses trop froides et
narcotiques.
Pour la cure : les choses uniuer-
selles faites, il faut tenir eau de vie
ou de bon vin , auquel on aura fait
bouillir sauge, rosmarin, et autres
semblables herbes , doux de girofle,
et noix muguettes : de laquelle dé-
coction en sera tenu en la bouche.
De la maniéré d’arracher et rompre les
dents.
Les dents s’arrachent pour l’ex-
treme rage de douleur qu’on y sent,
ou pource qu’elles sont creuses ou
pourries, qui fait que l’haleine est
rendue de mauuaise odeur , et aussi
qu’icelle pourriture gaste et altereles
autres dents qui sont saines et entiè-
res. D’auantageon les arrache quand
elles sont forjettées hors de leur rang,
qu'on appelle soi/rdent *, qui viennent
aux enfans deuant que la première
soit tombée. Alors il faudra déchaus-
ser celle qui deuoil tomber, puis l’ar-
racher , et tous les iours pousser la
sourdent auec les doigts en la place
(le celle qui aura esté arrachée , ius-
ques à ce qu’elle soit en son lieu na-
turel.
On les rompt aussi à cause qu’elles
tiennent par trop , à fin d’instiller
quelque chose en leurs racines, ou
les cautériser plus aisément , à fin
' Le paragraphe se terminait ici dans les
premières éditions; ce qui suit date seule-
ment de 1585.
4r»t
d’oster le sentiment au nerf qui s’in-
sère en leurs racines.
Les dents ne doiuent eslre arra-
chées jpar grande violence , de peur
de luxer et demettre la mandibule
inferieure 1 , ioint que par l’extraction
violente on fait grande concussion au
cerueau et aux yeux. Aussi sc faut
donner garde de tirer vne bonne pour
la mauuaise : car soutient mestne le
malade ne la sçait discerner, à cause
qu il sent vne si extreme douleur en
toute la mandibule , qu’il ne peut
connoistrc celle qui est viciée d’entre
les autres. On ne les doit arracher
tout à coup, de peur de rompre et
emporter vne partie de la mandibule
(ce que i’ay veu par plusieurs fois)
dont peuuent suruenir de bien grands
accidens, comme fiéure, aposteme ,
flux de sang, et par conséquent la
mort : et aussi que quelques vns sont
demeurés à iamais ayans la bouche
torse, ne la pouuant que bien peu
ouurir : et partant on se doit garder
de les arracher par violence, princi-
palement lors qu’elles ne branlent
aucunement. Et (l’auantage , si elles
sont creuses, on doit remplir le per-
tuis de liege ou de plomb bien ac-
commodé , de peur qu’en les serrant
elles ne soient froissées et rompues ,
et que les racines demeurent.
CHAPITRE XXVIII.
LES INSTRVMENS PROPRES POVE ARRA-
CHER ET ROMPRE LES DENTS2.
Premièrement, deuant qu’arracher
1 L’édition de 1573 ajoutait, fort inutile-
ment à la vérité : (et non la supérieure).
1 Ce chapitre est le 79e de l'édition de
1573.
45 ‘2
LE QV1NZIÉME LIVRE,
les deuts , il faut que le malade soit
assis bas, ayant la teste entre les iam-
bes du dentateur : puis qu’il les dé-
chaussé profondément d’alentour de
leurs alueoles 1 2 , auec dechaussoirs
que tu as icy figurés par A : et apres
les auoir déchaussées , si on voit
qu’elles tiennent peu, seront poussées
et iettées hors auec vn poussoir , du-
quel tu as icy la figure marquée
par B.
Figure d’vn poussoir et dechaussoirs.
Aussi si on connoist que la dent ne
puisse eslre arrachée parle poussoir-,
on prendra vn dauiet qui t’est mar-
qué par D , lequel est propre à rom-
pre la dent qu'on veut quasser : ou
bien on s’aidera des policans mar-
1 L’édition de 1561 est plus explicite en-
core ; après avoir dit quand il faut en venir
à l’extraction (voyez la note de la page 445),
elle ajoute :
El pour plus commodément faire, faut coup-
per et déchausser la chair d’ autour la genciue
et alueole, gui se fera auecques deschuussoirs,
puis les pousser hors de la mandibule auecques
vn poussoir, lesquels U vois par ceste figure.
2 ici > comme on le voit, I’aré examine
qués par CC , et cesluy par E, selon
que le dentateur se sera exercé à tirer
des dents: car véritablement il faut
estre bien industrieux à l’vsage des
policans , à cause que si on ne s’en
sçait bien aider , on ne peut faillir à
ietler trois dents hors la bouche
et laisser la mauuaise et gastée de-
dans.
Figure d’vn dauiet et polican.
Figure d’autre polican'.
avant tout si ladent tient beaucoup ou peu;
dans l’édition de 1561 , il commençait dans
tous les cas par essayer le poussoir ( voyez la
note précédente) :
El si par tel moyen ne peux accomplir ton
intention, ajoutait-il, useras d’autres instru-
ments nommez policants et dauiet, comme tu
lois par ceste figure.
3 Cet instrument était représenté dans
OPERATIONS
Qu il soit vray, ie veux icy reciter
vne histoire d’vn maistre barbier de-
meurant à Orléans, nommé maistre
François Louis, lequel auoit pardes-
sus tous 1 honneur de bien arracher
\ ne dent, de façon que tous les same-
dis , plusieurs païsans ayans mal aux
l'édition de 15G1 avec ce titre ambitieux:
viutre polirait de plus grand industrie et force
Que les precedents.
Du reste, tous ces instruments avaient déjà
été figurés d’abord dans cette édition de
làfit, puis reproduits dans les Dix livres de
Chirurgie en I5G4, puis dans l’édition de
t.i73, et enfin dans les œuvres complètes.
I.es poussoirs, tes déchaussoirs , les daviers
avaient été assez bien indiqués par les au-
teurs antérieurs , et notamment par Guy de
Ghauliac, mais les pélicans sont d’invention
plus moderne; et le nom de l’inventeur m’est
resté absolument inconnu.
\oyons seulement par quelles transfor-
mations ont passé ces noms étranges de da-
vier cl de pélican, ainsi que nous avons fait
pour le mot de bistouri (v. t. I, p. ).
fa première mention du pélican se trouve
donc dans le Traité des Plages de la teste. L’au-
teur, ainsi qu’on l’a vu dans les notes précé-
dentes, y parle d’abord des deschaussoirs et
du pousoir, et je remarquerai que ce poussoir,
destiné à renverser les dents entières, est le
même instrument que le pied-de-biche des
modernes , employé si mal à propos pour
l’extraction des racines, et, dans tous les cas,
si mal construit pour l’un et l’autre usage.
Après quoi il en vient aux deux instruments
qu’il nommealorspo/i'caiits et dauiet. Il semble
cependant retrancher le t du mot pélican au
singulier, mais c’est probablement une faute
d’impression; car, en 1565, il répétait en-
core policautzel dauiet pour rompre et arracher
des dents. Mais, en 1574, il ôta définitivement
le t du mot polican, première modification
de l’orthographe primitive. Dès 1570, Dalc-
champs avait écrit pollican et pélican. Ceque
\lrs Grecs nomment iiov-^pav, dit-il , est ap-
Ipelté par ceux qui auiourdhuy font expresse
profession d'arracher et accoustrer tes dents,
DE CHIRVRGIE. 453
dents venoienl vers luy pour les
faire arracher : ce qu’il faisait fort
dextrement auec vu polican, et lors
qu’il en auoit fait, le ietloit sus vn ais
en sa boutique. Or auoit-il vn serui-
teur nouueau , Picard , grand et fort,
qui desiroit tirer les dents à la mode
Dauiet et Pellican. Il avait emprunté à Paré
les figures de ces instruments, tout en don-
nant une autre orthographe. Plus tard, Isaac
Joubcrt, dans son Interprétation des dictions
chirurgicales de Guy , écrivait polican ou pé-
lican. Plus lard encore, Guillcmeau accrut
1 embarras, en écrivant : Le polycauip, dit en
latin policampus. Je ne sais où il avait été
prendre ce latin barbare, que l’on ne trouve
ni dans Blancard ni dans Castelli ; le traduc-
teur latin de Paré ne le connaissait pas da-
vantage , et s’était servi d’une périphrase:
forceps dentarius, qu’il appliquait à la fois au
pélican et au daviet. Sur la fin du xvnc siè-
cle, Lavauguyon disait encore polican , mais
Dionis adopta pélican, et ce dernier mot est
le seul resté dans le langage moderne.
Quant au mot’de dauiet, nous savons un
peu micuxson origine. Les tenailles, dit Isaac
Jouberl , que RI. Gag dit cslre semblables U
celles dont ou relie lonnneaux , sont le rnesme
dauiet ou dauiel , que les tonneliers appellent
dauid.
Ainsi le daviet ou daviel signifiait un petit
david. Je ne vois pas pourtant que le mot
daviel ait été employé par d’autres que Jou-
bert. Quant à celui de daviet , Paré le con-
seil a dans toutes les éditions qu’il revit liii-
mème, et c’est pourquoi je l’ai conservé;
mais la première édition posthume adopta
déjà celui de davier. Guillemeau orthogra-
phiait dauiet dans son texte, et laissait im-
primer dauier à sa table. Mais ce dernier
l’emporta définitivement; il fut préféré par
Dionis et Lavauguyon, et depuis lors il est
toujours resté en usage.
Le pélican est bien évidemment d'origine
Irançaise ; et il a été adopté avec son nom
original par presque toutes les nations de
1 Europe. Quant au davier, il remonte beau
coup plus haut, et ne porte ce nom moderne
qu’en français.
454 LE QVINZIÉME LIVRE
de son maistre. Arriue , cependant
que ledit François Loiiis disnoit , vn
villageois, requérant qu’on luy arra-
chast vue dent. Ce Picard print l’in-
strument de son maistre, et s’essaya
faire comme luy : mais en lieu d’oster
la inauuaise dent au pauure villa-
geois, luy en poussa et arracha trois
bonnes. Et sentant une douleur ex-
trême, et voyant trois dents hors de sa
bouche , commença à crier contre le
Picard : lequel pour le faire taire luy
dit, qu’il ne dist mot, et qu’il ne criast
si haut, attendu que si le maistre ve-
noit , il luy feroit payer trois dents
pour vne. Donc le maistre oyant tel
bruit , sortit hors de table pour sça-
uoir la cause et raison de leur noise
et contestation : mais le pauure paï-
san redoutant les menaces du Picard,
et encor, apres auoir enduré telle dou-
leur, qu’on ne luy tist payer triple-
ment la peine dudit Picard, se teut,
n’osantdeclarer audit maistrecebeau
chef-d’œuure : et ainsi le pauure ba-
daut de village s’en alla quitte, et
pour vne dent qu’il pensoit faire ar-
racher , en remporta trois en sa
bourse, et celle qui luy causoil le mal
on sa bouche.
Partant ie conseille à ceux qui vou-
dront faire arracher les dents, qu’ils
aillent aux vieux dentateurs, et non
aux ieunes , qui n’auront encore re-
conneu leurs fautes.
Or apres qu’on aura arraché les
dents, il faut assez laisser saigner le
malade, à fin que par ce moyen la
partie en soit deschargée : puis le den-
tateur de ses doigts comprimera , à
l’endroit de la genciue, le lieu duquel
i’on aura arraché la dent, tant d vn
coslé que d’autre, à tin de réduire et
rassembler Pahiéole qui aura esté
eslargi , et quelquesfois rompu en ti-
rant la dent : et apres on fera lauer
la bouche au malade auec oxycrat 1 :
et si c’est en temps froid , gardera de
s’exposer au vent, de peur qu’il ne se
face vne nouuelle fluxion sur les au-
tres dents
CHAPITRE XXIX.
DE LA LIMOS1TÉ OV HOV1LLEVI1E DES
DENTS, ET LA MANIERE DE LES CON-
SERVER 3.
Il faut apres le repas lauer la bou-
che d’eau et vin, ou eau auec vn peu
de vinaigre : semblablement les net-
toyer, à fin qu’il ne demeure quelque
petit reste de viande, laquelle se cor-
rompt entre les dents, qui fait qu’a-
pres elles s’altèrent et pourrissent, et
font que l'haleine est de mauuaise
odeur. Aussi il se eoncrée vne ma-
1 L’édilion de 15G1 ne fait pas mention de
la manœuvre indiquée pour réduire l’alvéole,
et prescrit un gargarisme différent ; voici le
texte qui termine ce qui a rapport dans cette
édition aux maladies des dents.
Et la dent ainsi arrachée, laisseras / hier assez
de sang, et feras lauer la bouche du patient
auecques vin dans lequel on aura fait vn peu
bouillir de la sauge et rosmarin : et le patient
ne s'exposera à l’air froil , principalement le.
ioitr qu’on aura tiré sa dent.
Je n’ai pas trouvé que la compression de
la gencive avec les doigts ait été indiquée par
aucun auteur antérieur à Paré ; la date pré-
cise de oc procédé ou du moins de sa pre-
mière publication serait donc 1673.
2 L’édition de 1573 présentait ici un article
spécial sur les dents artificielles. Il en a été
détaché lors de la publication des oeuvres
complètes, et nous le retrouverons formant
un chapitre spécial au livre de la Prothèse ,
chapitre 3.
3 Ce chapitre était confondu avec le pré-
cédent dans l’édition de 1673.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
455
tiers terrestre, comme vne rouille
sur icelles, de couleur iaunastre, qui
les corrode comme la rouille le fer:
ce qui aduient par faute de les net-
toyer et de ne mascher dessus : dont
faut oster et racler telle matière par
petits instruments propres à ce faire :
puis apres seront frottées d’vri peu
d’eau fort et eau de vie mesléés en-
semble , à fin d’oster le reste que les
instruments n’aurdient peu faire.
Pour les conseruer , ne faut mas-
cher choses par t rop dures, ny rompre
noyaux, ny os, et autres semblables:
aussi qu’on ne les cure ordinairement
auec chose qui les déchaussé : et
qu’on les frotte auec denirifrices faits
de racines de guimauue boullues en
vin blanc et alum de roche , et en
soient souuenl frottées les dénis :
aussi poudre faite d’os de seiche ,
pourcelaine, pierre ponce, alum cuit,
corne de cerf, et vn peu de candie y
est souuerainement bonne. Aucuns
ne prennent que la crouste de pain
bruslée mise en poudre-
Eau pour blanchir les dents fort excellente.
X. Sal. a mm. el gemm. ana 3 ■ j-
Alum roch. 3 . £> .
Addendoaquæ rosaruni quod sufticit, etflat
' distillatio
De laquelle userez , et en frotterez
vos dents 2.
' L’édition de 1573 porte: addendo parum
vint , l'eau de rose ne faisait pas alors partie
de la formule.
* A la suite de ce chapitre se trouvait dans
l'édition de 1573 un dernier article intitulé :
De la douleur des dents des petits enfants.
C’est par là seulement que celte digression
sur les dents se rattachait au livre delà Gé-
nération (voyez ci-devant la note à de la
page 443); el cet article a été rattaché au
môme livre dans les œuvres complètes, où il
en forme le dernier chapitre.
CHAPITRE XXX.
DE l’eMPESCHEmÜnT ET RETRACTION
DE I, A lÀNGVE.
L’empescbement cl rétraction de la
langue aucunesfois est naturelle, es
tant la tang ue retenue par les muscles
el membranes, qui de leur premier
iour de leur natiuilé, sont on trop
durs ou trop courts. Quelquesfois
aussi vient par accident, à cause de
quelque cicatrice dure, apres vne \ I-
ccre faite sous icelle >.
On connoist ce vice estre naturel,
quand le malade du commencement
est fort taidif à parler: el quand la
parole luy est venue, il parle hasliue-
ment en bredouillant : semblablement
le ligament qui est sous la langue est
raccourci plus qu’il ne doit, tellement
que le malade ne peut bien pousser
la langue hors la bouche.
Quand ce vice vient par accident,
faut trenchcr et couper au trauers
l’atlaclie nerueuse ( dite vulgaire-
ment le filet ) qui la retient , et en co
faisant, se faut donner garde d’inciser
les veines et arteres qui sont sous
icelle , de peur de flux de sang, qui
apres seroit difficile à estaneber. L’o-
peralion faite, faut faire lauer la bou-
che du malade d’oxycrat , puis mettre
vn drapeau en double, trempé en sy-
1 Ce chapitre est à peu près entièrement
copié du chap. 29 de Paul d’Egine, dans la
Chirurgie françoise de Dalcchamps, sauf
quelques idées qui sont elles-mêmes pui-
sées dans les annotations que Dalcchamps a
jointes au texte de Paul. Ce premier para-
graphe, par exemple, est littéralement co-
pié, si ce n’est que Paul ne suppose la
langue retenue que par membranes , et que
Paré y a joint les muscles.
LE QVlNZIKME LIVRE ,
rop de roses seiches ou de miel rosat,
dedans la playe, et principalement
de nuit , de peur qu’elle ne se re-
prenne : pour-ce qu’en dormant il ne
parle point, et ne remue point la lan-
gue. Aussi passera souuentesfois son
doigt au dessous , et tirera la langue
par interualle hors la bouche.
Or quand il y a danger de flux de
sang, à cause de l’incision, on cou-
pera ce ligament en passant vne ai-
guille enfilée au dessous, la serrant si
fort de iour en autre qu’il le coupe l.
Quelquesfois ce ligament est si
large et court , tenant la langue si
suiette, que la chirurgie n’y a lieu
sans grand flux de sang , et péril du
malade.
CHAPITRE XXXI
DES DOIGTS SVPEIÎFLVS ET DF. CEVX QV1
SONT IOINTS ENSEMBLE2.
Le nombre naturel des doigts de la
main est de cinq, et ceux qui sont
plus ou moins sont superflus et con-
tre nature. Ce qui defaut, ne peut
eslre restitué par chirurgie : au con-
traire, ce qui est superflu se peutos-
ter, et quelquesfois non.
Ceux qui sont superflus naissent
près le pouce , ou près le petit doigt,
et rarement les voit-on naistre aux
autres doigts. Iceux sont, ou du tout
charneux, ou bien ont des os en leur
1 Ce procédé esl indiqué par üalechamps
qui le rapporte à Avicenne.
a Ce chapitre qui, outre les matières
annoncées par son titre, traite encore de
l’ongle incarné et des cors , a été en partie
puisé dans les écrivains antérieurs; loule-
l'ois Paré peut y revendiquer quelques idées
propres que j’aurai soin de signaler.
composition, et souuentesfois des on-
gles. Ceux qui ont des os naissent, ou
de la ioinlure, ayant l’assemblage d’i-
celle comme le doigt naturel : ou
naissent de l’escadron des os des
doigts, et ceux n’ont aucun mou-
uement. Les autres qui naissent des
iointures, quelquesfois se remuent et
ont mouuement, et le plus commu-
nément sont plus courts, et quelques-
fois d’egale grandeur au naturel.
Aussi les doigts sont vnis ensemble,
et aulresfois bien peu séparés l’vn de
l’autre : cequiaduient naturellement,
ou par accident : naturellement , dés
le ventre de la mere , par le vice de
la vertu formatrice: par accident,
comme à cause d’vne playe, et le plus
souuent d’vne brusleure , par l’igno-
rance du chirurgien , qui n’a eu es-
gard pendant la cure mettre du linge
et autre chose entre iceux : car le
cuir estant vlceré tant d’vn que d’au-
tre costé des doigts, iceux se reioi-
gnentensemble. Encesdeuxaccidens,
si le chirurgien connoist qu’il y aye
peu d’espaisseur , n’ayant que le cuir
et bien peu de chair qui les tiennent
liés et attachés l’vn contre l’autre, ai-
sément seront séparés auec vn rasoir
bien tranchant : au contraire, s’ils
estoient grandement ioints , et les
tendons et nerfs vnis ensemble, en
tel cas le chirurgien n’y touchera '.
On ampute aisément ceux qui sont
charneux, coupant auec le rasoir ce
qui est superflu : et s’il y a des os, se-
ron t tranchés auec tenailles incisiues,
comme tu vois par ces figures.
' Cette histoire des adhérences des doigts
se lit déjà dans Celse , avec un peu moins
de détails qu’ici ; Paré a pu en puiser les
idées dans les annotations de Üalechamps
au 43e chapitre de Paul d’Egine, qui traite
des doigts surnuméraires,
OPERATIONS
Figures des Tenailles incisiues 1 .
1 L’idée première des tenailles incisives
pour l’amputation des doigts revient;! Paré,
si je ne me trompe. Ainsi, dès 1552, il écri-
vait dans la seconde édition de ses Playes
d'hacquehules , fol. 4:1.
El si /’ alteration et carie est à l’un des doiijlz
comme au nommé médius , ou mediciis , prin-
cipulement au milieu de la ioincture, et que
raison vous persuade n’y auoir autre remede
que d’amputer le doigt ( pour ce qui ne sepeult
faire en tel endroit auec scie ) sera necessaire
, vser de tenailles incisiues , ainsi qu’il appert
\ par ceste figure suyuanle.
Ll cette figure était la même que l’on
voit ici représentant le doigt pris dans
une tenaille. Dans cette édition de 1552,
il ne recommandait guère ces tenailles
que pour les caries articulaires des doigts,
et en quelque sorte pour agir seulement sur
la portion spongieuse des phalanges. Dans
les Dix livres de chirurgie. 1504, il repro-
duisait la même figure, mais avec un texte
un peu différent.
El si la carie esloit en vn doigt , et qu'il n’y
eut moyeu de la curer, il sera necessaire d’vser
de tenailles incisiues , comme tu vois par la
figure suiuante. fol. 87.
Cette fois il les recommandait donc pour
toutes les sections des doigts indifféremment,
hnfin , dans les OEuvres complètes, on ne
trouve plus rien qui ait rapport à l’amputa-
tion des doigts , et la ligure seule est restée
commcexemple d’amputation des doigts su-
perflus , mais en désaccord flagrant avec le
DE CHIRVRCIE.
| . Autre Tenaille pour couper les doigts
superflus.
Et le reste de la cure se parache-
uera ainsi qu’il appartient.
le dirai encore qu’il y a plusieurs
ausquelsles ongles entrent en la chair
des orteils, qui leur donnent douleurs
extrêmes, et souuentesfois on n’a-
uance rien à couper l'ongle : car re-
croissant, il fait le semblable mal. Et
partant pour la cure, il conuient
couper entièrement la chair où la
portion de l’ongle se cache : ce que
i’ay fait soutient auec bonne issue 1 .
nouveau texte. — Il ne faut pas oublier que
ces tenailles à branches arrondies avaient été
imaginées et figurées par notre auteur dès
1545, pour couperles saillies des os brisés par
le boulet. J’ai reproduit la figure primitive
dans une note de la page 150 du présent
volume. Dès 1552, il avait changé ses pre-
mières tenailles pour les autres que l’on voit
| ici, et qui ont les branches coudées à angles;
mais il garda cependant toujours la figure
qui repiésente le doigt médius pincé par les
tenailles à branches arrondies.
Cette méthode me parait appartenir à
Paré; avant lui les Chirurgiens ne s’atta-
quaient qu’à l’ongle considéré comme la
cause de tout le mal. La question n’est pas
458 LE QVINZIÉME LIVRE,
Pareillement aucuns ont des cors
aux orteils, qui font grandes dou-
leurs. On les güarit coupant toute la
callosité , ou corne , puis on applique
dessus aulx pilés : mais pour le plus
expédient, les faut cautériser auec
eau forte, ou huile (le vitriol.
CHAPITRE XXXII.
LA MANIERE D’ii AB1LLER LE PREPVCE
TROP COVRT, ET DES RETAILLES1.
Il se voit à aucuns le prcpuce
eslre trop court, et ne couurir le glan
ou extrémité de la verge. Or cela ad-
uient, ou naturellement, ou par lail-
leure dés l’enfance , et ce par com-
mandement de Religion , à sçauoir
circoncision, comme aux Juifs, Turcs,
et autres-.
Pour la curation, faut renuerser le
prepuce, puis couper la peau inté-
rieure en toute sa circonscription ,
ëuitant la veine ou artère qui sont
droit lement sur la verge, entre les
deux peaux dudit prepuce : puis sera
tiré contre bas, tant que le glan soit
couuerl et caché, mettant première-
ment entre le glan et le prepuce vne
petite emplaslre desiccatiue3, de peur
encore décidée de nos jours ; et les deux mé-
thodes comptent des partisans, et ont donné
naissance à des méthodes secondaires et à
un assez grand nombre de procédés.
■ Encore un chapitre emprunté à Paul
d’Égine, qui a traité le même sujet dans le
53' de son 6' livre Paré n’avait donné d’a-
bord que l’un des deux procédés décrits par
Paul; il ajouta le deuxième en 1585 ,
comme je le noterai plus bas.
- Les éditions de 1575 et t55‘J ne parlaient
pas ici des Tares.
3 ï.’édition de 1575 dit: vue petite cmplas-
ire de pomphalior.
qu’ils ne se joignent ensemble : cela
fait, il faudra lier le prepuce ( que
l'on aura tiré ) à son extrémité, ius-
ques à ce que la cicatrice soit faite : et
ne faut ome ttre laisser vne petite ca-
nule au conduit de la verge, à fin que
le malade puisse vriner à sa volonté.
Il est icy à noter, que ceux qui ont
esté taillés et circoncis par comman-
dement de la loy en leur enfance ,
puis quittent icelle auec toutes ses ce-
remonies ( à fin de n’eslre recormeus
pour Iuifs circoncis ) sont guaris en
ceste sorte L On coupe la peau de la
verge contre sa racine tout autour,
et quand elle aura ainsi perdu sa con-
tinuité, on la tire peu-û-peu en bas,
iusques à ce que le glan soit couuerl,
puis on procédera à la cure pour y
faire cicatrice. Tels sont appelés des
Latins Rcculiti , et des François Re-
taillés.
CHAPITRE XXXIII.
DV PREPVCE SI SERRÉ OV’ON NE PEVT
DESCOVVRIR LE CLAN DIT PHYMOS1S,
ET PARAPHYMOS1S 2.
La constriction du prepuce a deux
especes : la première , quand le glan
1 II convient de remarquer que dans les
éditions de 1575 CU579 on lisait : sont guaris
en ceste sorte, et sont appelez des Latins liccu-
titi, etc. — Aussi le second procédé, dont la
description com mence par ces mots : on coup c
la peau de la verge, etc., était passé sous si-
lence, ainsi qu’il a été dit plus haut. Je ré-
pété d’ailleurs que tous deux étaient connus
des anciens; Celse même avait indiqué le
dernier pour remédier à la circoncision ; et
enfin Paul d’Egine, plus sage peut-être en
ceci que Celse et que Paré, les avait à peu
près déconseillés tous les deux.
= Oechapitre est en partie copié textuelle-
OPERATIONS DE OIIIRYRGIE.
est couuert d’iceluy, et qu’on ne
le peut retirer contre-mont et des-
couurir. La seconde, quand le pré-
puce est retiré contre mont, qui fait
le glan descouuert : et on ne le peut
renuerser , et réduire sus le glan. La
première espece est nommée phymo-
sis. la seconde paraphymogis.
La cause de la première espece ,
qui est quand le glan ne peut eslre
descouuert, vient naturellement , ou
pour quelque cicatrice et excrois-
sance du prépuce : comme il aduient
soutient pour des verrues. La seconde
espece vient pour quelque inflamma-
tion de la verge , comme pour auoir
attouebé femmes ordes, dont s’est
lai; des vlceros entre le prepuce et
balanus , auec tumeur et inflamma-
tion , de sorte que l'on ne le peut
renuerser : au moyen de quoy on
ne sçauroit traiter lesdites vlceres,
dont s’ensuit le plus souuent gan-
grené et mortification de toute la
verge , à cause de quoy est necessaire
faire amputation d’icelle , poureuiter
la mort.
Pour la cure du prepuce serré ,
ayant mis le malade en bonne situa-
tion, on lire le prepuce en deuant ,
l’estendant et ouurant autant qu’il
sera possible : et si la conslriction est
faite à raison d’vne cicatrice , on le
coupera en trois ou quatre endroits
en son intérieure partie , ce qui se
fera commodément auec vne historié
courbe : et ne faut que lesdites inci-
sions pénétrent iusques à l’exlerieure
partie d’iceluy , lesquelles seront dis-
tantes, l’vne de l’autre egalement >.
Si l’aslriclion vient pour quelque
ment, en partie extrait du 55* chapitre de
Tard d’Egine traduit par Dalccliamps, Chir.
fraiiçoise, p. 29G.
’ Dalccliamps rapporte quelques observa-
45 9
chair superflue ou verrues, comiien-
dra la consommer, comme les verrues
du col de la matrice et de la verge.
lions de phimosis et de paraphimosis qui lie
manquent pas d’intérêt.
« l’ay veu en vn icunc enfant de six ans
vne conslriction naturelle , estant le trou
du prepuce si petit , que non seulement le
glan ne se pouuoit descouurir, ains qu’en
pissant il scnloit grandissime douleur, et
presque conuulsion , auec noirceur et flui-
dité du bout de la verge, mettantlonglemps
à rendre son vrine : et fut guary par cir-
concision du prepuce faicte auec des taillons ,
en peu de iours.
» l’en ay veu vne semblable en vn fort
grand seigneur, qui deliberoity faire remé-
dier par chirurgie , mais non accompagnée
de si fâcheux accidens , ains qui luy appor-
(oit seulement longueur d’vriner , et quel-
que difficulté de ielcr la semence.
» Vn autre personnage de grande qualité
est tombé entre mes mains et de certains
docles chirurgiens, souffrant phimosis et.
paraphimosis, à cause que l’intericure par-
tie du prepuce auoit vne callosité si épaisse,
et quelques creuasses, que sans extrême
tourment il ne pouuoit ny couurir ny dé-
couurir le glan, et auoit ce bon seigneur
appris par vsage, quand le glan cstfiît déeou-
uert, racler ladicle peau intérieure auec vn
caniuet bien tranchant , de laquelle il em-
portait beaucoup de cal , et de cela se sen-
loit fort allégé en tirant et retirant son pre-
puce. Luy ayant prédit le danger où nous le
voyions, de tomber en chancre , d’vu coup
de ciseaux on luy tailla le prepuce , depuis
son extrémité iusques à sa racine. Apres
quelques ans luy estant venu le chancre, la
verge luy fut tranchée et extirpée auec heu-
reux succès ; enfin il est mort d’vne Heure
continue.
» l’ayveuen vu artisan paraphimosis auec
priapisme causez de gi ossc ventosité, s’exacer-
bans toutes les nuietz en maniéré de fleure
double tierce, ou quotidienne, auec douleur
insupportable et fluidité.
» Ordinairement nous voyons en ceux qui
se sont approchez des femmes mal nettes ,
J. k QvmzréMr livre,
\{\o
Et h’t où il scroit tout en sa circon-
férence adhérant contre le glan, ne
reçoit curation
CHAPITRE XXXIV.
DF. CEVX QVI N’ONT POINT DF TROV AV
RO VT DV CLAN, OV QV I I.’ONT AV-
DESSOVS, ET QVI ONT LE LIGAMENT
DE LA VERGE TROP COVRT2.
Plusieurs de leur naissance n’ont
point le bout du glan percé , mais
bien au dessous près le filet , à cause
de quoy ils ne peuuent vriner droit ,
s’ils ne renuersent la verge contre le
ventre : ils ne peuuent aussi engen-
phimosis, estant le prepuce si enflé et en-
flammé. que le glan ne se peut dechape-
ronner, auec vlceres et du prepuce et du glan,
et ell'usion d’vne humeur virulente, que vul-
gairement ilz appellent chaudepissc , et au-
cuns gonorrhée.
» l'ay bien voulu noter ces obseruations,
à lin que le curieux lecteur se f'açonneà re-
chercher les diuerses causes des maladies ,
encore que les auteurs ne les spécifient. » —
Cliinir. françoise, 1570 , in-Hô , p. 2!)9.
l)u reste, A. Paré a décrit un procédé spé-
cial pour la réduction du paraphimosis , au
livre De lagrosse-verole, chap. 15.
■ Paul d’Egine avait traité de cette adhé-
rence complète du prépuce dans son 5Gl cha-
pitre, etproposé un procédé pour la détruire.
Ce procédé ne pouvait en aucune manière
alleindre le but ; cl ce n’est que de nos jours
que M. Dieffenbach en a imaginé un qui
semble devoirêtre plus efficace. L'arrêtporlé
par A. Paré était donc parfaitement justifié
à son époque; et il faut même remarquer
que c’était là l’expérience qui décidait con-
tre l’autorité des anciens.
aCe chapitre est composé de trois portions
fort distinctes, l.a première, relative à l’hy—
pospaiiias est emprunléc au 54f chapitre de
I drer, parce que ceste imperfection
les empesche de ietter droit la semen-
ce dans la matrice. En telle disposi-
tion on vse de la chirurgie. C’est que
l’on tire le prepuce de la main senes-
tre, et de la dextre on coupe le bout
du prepuce et l'extrémité du glan,
ioignant le trou qui est au dessous.
Aucuns ont le ligament de la verge
fort court , de façon qu’en l’erection
d’icelle elle n’esL droite , ains tortue,
en sorte que cela empesche la géné-
ration , la semence ne pouuant estre
iettée en la matrice de ligne droite :
et pour ce faut couper le Glet le plus
dextrement que il sera possible, et
traiter la playe comme les autres ,
ayant esgard à la partie.
Il y a desenfansqui naissent ayans
la Chirurgie de Paul d’Egine ; et la résection
du gland est décrite par Paul avec bien plus
de détails que par A. Paré. Je noterai que
l’hvpospadias était regardé au xvic siècle
comme uneaffection très rare; Dalechamps,
après avoir rapporté ce qu’en avaient dit
Calien et Paul, ajoute: le ne trouue point
que les antres auteurs modernes ou anciens ,
Gréez, Latins ou Arabes , agent traicté de
ceste maladie : et aussi elle est fort rare, fors
yJlbncasis: et plus bas: De moy ie ne l’ay
onc veut qu'en an ieuue homme de 14 ans, sus
lequel ne fat lors execulee aucune operation. —
Ouv. cité, p. 296.
La deuxième partie concerne la section
du frein de la verge , et n’offre rien à re-
marquer.
Mais le dernier paragraphe n’a aucun rap-
port avec le tilre du chapitre ; il a été ajouté
par l’auteur en 1579, sans que rien le
distingue du texte qui précède, ni indication
marginale, ni même un simple alinéa. Paul
avait consacré à l’oblitération de l’anus le
SD chapitre de sa Chirurgie ; mais il ne pa-
rai t pas que Paré l’ait consulté ; et le pro-
nostic qu’il porte en terminant, d’après son
expérience personnelle , bien qu’il ne soit
pas d’une certitude absolue , ne souffre ce-
pendant que de hiert rares exceptions.
OPERATIONS
le siégé clos tl vne membrane qui
garde les excremens de sortir : aus-
quels pour le deuoir de nostre art , il
y conuient faire ouuerture , et l’ayant
laite , on voit sortir quelques excre-
mens : mais neantmoins cela , i’ay re-
marqué que tels enfans ne viuenl pas
longs iours qu'ils ne meurent.
CHAPITRE XXXV.
DE LA CAVSE DES PIERRES L
Les pierres qui se font en la vessie
prennent le plus souuvent leur origi-
ne des reins, et descendent en la ves-
sie par les vaisseaux vrinaires.
La cause d’icelles est double , à sça-
uoir materielle et efficiente. La cause
materielle, pour la pluspart, sont
gros humeurs gluans , espais et vis-
queux, faits de crudités causées par
intemperature et exercices immodé-
rés, principalement soudain apres le
past : et pour ceste cause les enfans
sont plus suiets à ceste maladie que
les plus aagés, ainsi que l’on voit
par expérience, à raison de leur in-
1 Les quinze chapitres qui vont suivre, du
35e au 50, constituaient le livre Des [lier-
res dans les Dix tiares de Chirurgie publics
en 1 5G4 ; et le texte primitif n’a subi que
peu de modifications; nous les signalerons
avec soin.
Ce traité des pierres est en partie calqué
sur ce qu’en a écrit Franco dans son Traité
des hernies, édition de 15G1 ; et même pour
la description du grand appareil , emprunté
par Franco à Marianus Sanctus , nous ver-
rons que Paré a pris pour principal guide
franco : bien que les modifications notables
qu’il a faites à l’appareil primitif témoignent
qu’il a eu d’autres enseignements. Ainsi que
je l’ai dit dans mon Introduction , A. Paré
n’ayant jamais fait la taille , il est probable
que c’est de Laurent Collol qu’il tenait au
1)E CH1UVRGIE.
satiable voracité *. La cause efficiente
est la chaleur excessiue, qui consume
la sérosité subtile , et la plus terrestre
demeure et se seiche , ainsi que
voyons és tuiles et briques estre fait,
desquelles le feu consumant l’humi-
dité , le reste se tourne en pierre. Ce
qui y aide beaucoup , ce sont les con-
duits et voyes urinaires trop estroits ,
en sorte que les excremens gros et
visqueux ne peuuent passer et estre
iettés hors par iceux , ains demeurent
dans la substance des reins ou de la
vessie , puis s’amassent les vus sur les
autres : ainsi par addition est faite \ ne
pierre, comme parescaille, crouste
ou escorce. Et tout ainsi que le chan-
delier trempant sa meiche par plu-
sieurs fois dans le suif, il en fait vne
grosse chandelle : semblablement la
partie de l’vrine plus crasse et gluante
en passant sur vne petite arene ou
pierre, s’ adhéré contre, et s’incruste,
puis par quelque espace de temps se
grossist , et fait vne grosse pierre.
L’vrine contenue en la vessie, de-
puis qu’elle est eschauffée, rend
grande chaleur au corps : partant il
est bon de pisser souuent 2.
moins en partie ce qu’il a ajouté au texte de
Franco.
1 Ces mots, à raison de leur insatiable vora-
cité, ne datent que de 1585, mais l’observa-
tion delà plus grande fréquence de la pierre
chez les enfants, avait déjà été faite par Al-
bucasis.
2 Ce dernier paragraphe a été ajouté en
1585 ; le reste du chapitre, sauf l’interca-
lation signalée dans la note précédente , est
littéralement reproduit d’après l’édition de
15(;4. Ce n’est d’ailleurs qu’une analyse du
commencement du chapitre 31 de Franco :
De la pierre en la vessie, ouvrage cité p. 104 ;
Franco rapporte de même , d’après Galien ,
cette comparaison des tuiles séchées au four.
La théorie de Marianus Sanctus est un peu
différente. Il admet que certaines pierres
462
LE QV1NZIÉME LIVRE,
CHAPITRE XXXVI.
DES SIGNES DES l'IEIUlES ES REINS ,
ET EN LA VESSIE.
Les signes de la pierre engendrée
és reins sont, que le patient iette auec
l’vrine des arenes rouges ou iaunas-
tres, et sent va prurit obtus aux
reins , auec granité et pesanteur des
lombes 1 : et quand il se meut , il souf-
fre vnedouleur poignante , et stupeur
ou fouriniernent aux lombes, hanches
et cuisses , à cause que la pierre es-
tant enclose dedans le rein ou dans
le pore vrelaire , presse les nerfs pro-
cédais des vertébrés des lombes. 2
On connoistra la pierre eslre en la
vessie par ces signes : c’est que le ma-
lade sent vne pesanteur ( sçauoir est
si elle est grosse) au siégé etperineuin,
auec douleur iectigatiue et poignante,
qui s’estend iusques à l'extrémité de
la verge , tellement qu’il la tire et
frotte tousiours, dont elle vient al-
longée et relaxée outre mesure : et le
plus souuent l’a roide , pour la dou-
leur qu’il souffre : auec grande enuie
de pisser, mais ne peut bien libre-
ment, et quelquesfois ne pisse que
sont produites par le chaud et le sec, d’au-
tres par le froid et l’humide, et en tire cette
conséquence qu’on ne peut espérer de les
dissoudre toutes avec un remède unique.
L'exposition de celte étiologie lient près de
trois pages in-fol. de G5 lignes à la page. —
De lapide renum et vesiece, in Tliesaur. Chi-
rur. tlffenbachii , p. 901 à 901.
1 Hip. aux Epidémies. — A. P.
2 Ce premier paragraphe formait le deuxiè-
me chapitre du livre des Pierres en 16G4 ,
sous ce titre: Des signes des pierres és reins ;
et ce qui vient après constituait le troisième,
intitulé: Des signes de la pierre en la vessie.
goutte à goutte : et en vrinant sent
vne extrême douleur , croisant les
ïambes <, et séant contre terre auec
cris et geinissemens, auec très gran-
des espréihtes , à cause que la pierre
est chose estrange à nature. Par quoy
la vertu expultrice s’efforce à la ietter
hors , qui cause les espreintes : et par
icelles souuent le muscle du siégé
nommé sphincter, est relasché : lors
portion de l'intestin droit sort dehors,
et à d’aucuns par les espreintes leur
viennent les hemorrhoïdes, auec ex-
trême douleur. En outre, au fond de
leur yrine est trouué vu humeur
gros, visqueux et gluant , quelques-
fois aussi gros comme des petites
huistres, ou comme du blanc d’œuf :
et telle chose demonstre que la pierre
est faite par diminution de chaleur
naturelle. D’auantage le malade a
vne couleur pâlie , iaunaslre ou li-
uide , et les yeux battus , ne pouuant
reposer ny dormir qu’à grande peine,
à cause qu’il est presque en conti-
nuelle douleur.
D’abondant , on connoistra par la
sonde, en situant le patient debout,
vn peu courbé deuant, les iambes
distantes l’vne de l’autre d’vn pied ou
enuiron, et qu’il soit appuyé par der-
rière : alors on appliquera vne deces
sondes (telle qu’il serabesoin) premiè-
rement ointe d’huile ou beurre , la
passant dextrement iusques dedans la
capacité de la vessie s’il est possible.
El où par telle situation on ne
poui voit mettre la sonde en la vessie,
il conuiendra situer le malade sur le
bord de son lit, vn peu à la renuerse ,
1 Dans l’édition de 1564, l’auteur ajoutait
en marge:
Les pulicntz sont enseignez de nature à croi-
ser les iambes : car ce faisant reculent la pierre
du conduit, qui fait qu apres vrinent mieux.
OPERATIONS
les genoux pliés, et les talons près des
fesses, comme tu pourras voir en la
figure depeinte ey apres de ceux à
qui on tire la pierre par incision. Ce
faisant on mettra la sonde plus faci-
lement dedans la vessie , et par icelle
on sentira la pierre par vue résistan-
ce et dureté d’vncorpsdur,auecvn son
sourd au bout de la sonde, qui fera iu-
gcr véritablement y auoir vne pierre.
Et noteras icy pour vn precepte ,
qu’entre tous les signes susdits, celuy
de la sonde est le plus certain pour
connoistre s’il y a pierre ou non *.
1 outesfois il aduienl qu’on la peut
trouuer au sens du tact, à cause
qu elle sera contenue en vne aposte-
me , ou enueloppée d’vn humeur
gluant ou visqueux , ou couuerte
d vne membrane : quelquesfois aussi
que la pierre est petite et errante en
la vessie, qui fait qu’on ne la peut
pas tousiours trouuer , et quelques
iours apres on la Irouue.
Or les sondes doiuent estre propor-
tionnées selon le sexe et les aages.
Partant il en faut auoir de petites,
longues, moyennes , grosses , menues,
courbées, et droites 2.
' Les éditions de 15G4, 1£>75, 1579, etaprés
elles 1 édition latine, présentent en cet en-
droit une variante notable. Après ces mots:
s'il y a pierre ou non, on lisait immédiate-
ment- Et seront lesdiles sondes courbées , el
le chirurgien en aura de cliuerse longueur cl
grosseur pour la diuersilé des corps. Dauan-
tage lorsqu’on les met dans la vessie, etc.
C est donc en 15S5 que Paré a ajouté les
deux phrases qui suivent touchant certaines
di facultés du diagnostic. Dans toutes les
éditions postérieures on lit : Touiesfois il
aduœni qu’on lu peut irouuer , comme je l’ai
laissé dans le texte; je dois dire pourtant
que le sens me parait exiger ici une néga-
tion, et qu’il faudrait lire: Touiesfois il ad-
uiem qu'on ne la peut irouuer.
2 Le traducteur latin a ajouté ici de son I
DE CHfRVRGlF.
D’auanlagc, lorsqu’on les met en
la vessie pour les faire v riper , il y
faut mettre dedans vn filet d’argent ,
pour empescher que quelque humeur
ou sang ne s’engorge au bout , qui
seroit cause que I vrine ne pourroil
passer au trauers : et quand elle sera
dans la vessie, oh doit retirer le fil
d’argent , à fin que l’vrine passe libre-
ment au trauers d’icelle *.
chef quelques détails queje vais reproduire :
/ bi in urelhram immissi ( quod imprudens
atiie omiseram ) ad cervicem vesicœ perve-
neruni (catheteres) non recia in vesicam in-
trudeucli sunt , sed simul cum cote sinislru
manu comprehenso in ipsum vesicam dexira
inolliier demergendi , in viris pnesenim ob
viœ longhudinem cl inflexionem quee fit in mo-
dem luierœ S. In mulieribus non Ha ob colli
vesicœ brevilatern et rectiludinem.
1 tout ce tableau des signes de la pierre
est emprunté au chapitre de Franco déjà
cité, à l’exception du premier paragraphe,
relatifaux pierres des reins. Alarianus Sanc-
tus a un passage assez curieux au sujet de la
colique néphrétique causée par des pierres
rénales :
« H reste un caractère digue d’attention :
c’est que cette affection est dite paroxismalc,
selon Avicenne , et que les accès sont sépa-
les tantôt par un mois, tantôt quatre mois,
et quelquefois un an entier de calme, selon
la lenteur ou la rapidité que la pierre met
à s’accroître. Quelquefois elle croît avec une
telle célérité que le malade semble près de
mourir subitement , à cause de la douleur
déterminée par cette croissance de la pierre
arrêtée dans quelqu’un des conduits de l'u-
rine. C’est ce qui m’arriva à r.aguse , acca-
blé que j étais de sables , de graviers , de
douleurs arthritiques aux pieds el aux mains
(je ne dis pas véroliques) ; de telle sorte que
j’étais à la mort, et cela si rapidement que
j’eus à peine le temps de prendre ma pou-
die, dont la vertu et l’efficacité amenèrent
ma délivrance. Vertu si grande, que sou-
vent en vingt-quatre heures, au plus en trois
jours, le malade est tiré de sa langueur avec
1 extraction de la pierre. Cette poudre est
46 4 LE QVJNZIEJVIE LIVRE ,
La figure des sundes et du fil d’argent est telle.
CHAPITRE XXXVII.
DV PROGNOSTIC DES PIERRES *.
La pierre estant sortie hors de l’vn
des reins, et arrestée dans son vic-
ia propriété de l'excellent et très brave ca-
pitaine Antoine Rincon, chambellan etcon-
seiller du roi très chrétien , seigneur de
Germola etPetralata, etc.» Loco cùafo,p.9(14.
Il donne à la page 9(1G la formule de cette
précieuse poudre , composée de semence et
de racines de persil et de fleurs de chardon
étoilé séchées au four, pulvérisées, et don-
nées à la dose d’un à deux scrupules.
Quant à la pierre de la vessie , A. Paré a
omis le précepte, reproduit par Franco d’a-
près bien d’autres, d’introduire le doigt dans
le rectum. Du reste, il est juste de recon-
naître que la symptomatologie de Franco, à
peu près copiée par A. Paré, est bien plus
riche et plus complète que celle de tous les
écrivains antérieurs.
' Franco parle peu du prognostic ; et pres-
que tout ce chapitre me paraît appartenir à
Paré. On y trouvera cependant l’étiologie de
Marianus Sanctus sur les pierres causées par
le chaud et par le froid; et quelques idées
de Franco, notamment sur la formation des
pierres dans les reins chez les vieillards , et
chez les enfants dans la vessie.
tere, en sorte qu’elle le bouchant du
fout, ce neanlmoins le patient ne
laissera à vriner : parce que la natu-
re ayant fait notre corps double, l’vri-
neregurgitera,et sera vacuéepar l’au-
tre vretere. Et si tel accident aduient
aux deux , l’vrine sera du tout sup-
primée, qui sera cause de la mort du
patient, et en mourant fera sembla-
bles aspirations que ceux qui se
noyent en vue grande eau , à raison
que l’vrine regorge dedans la grande
veine caue , et par conséquent és au-
tres , et meurent : pource que la cha-
leur naturelle est suffoquée et cs-
teinle par la trop grande multitude
d’vrine : et aussi aucuns la vomis-
sent , ce que i’atteste auoir veu sou-
uentes fois1.
Ceux à qui nature iette quelque
petite pierre des reins, et s’arrestc
aux vaisseaux vreteres , aucunes font
vne extreme douleur, iusques à ce
qu’elles soyent descendues dans la
vessie , et ont plusieurs accidens ,
comme espreintes, et volonlé d’aller
à la selle et vriner, et nepeuuent,
pource qu’ils sont le plus souuent
> Cctlc dernière phrase: Ta aussi aucuns
la vomissent, elc., est une addition de loSâ.
Ol’ER.lTrpNS
constipés de ventosités : qu'il soit
vray, ils routent quasi conlinuelle-
ment. Et si le patient esternue, ou
qu il tousse, ou qu’il fasse quelque
grande commotion de corps, il sent
\ne douleur poignante (principale-
ment si elle est cornue, et si elle a
des aspérités) à l’endroit où est la
pierre arrestée. Semblablement la
douleur est communiquée à la han-
che et à la cuisse, et à d'aucuns leur
semble qu on leur lire en haut les
testicules par vne grande violence.
D’auantage sont vexés de la colique,
auec vomissemens bilieux et sueurs
vniuerselles.
La pierre s’engendre le plus sou-
uent aux vieux és reins , qu’elle ne
fait és ieunes , à raison que leur fa-
culté expullrice est plus debile. Au
contraire, elle s’engendre en la ves-
sie des ieunes plus souuent qu’aux
vieux , d’autantplus que leur chaleur
naturelle est plus forte, et par con-
séquent leur faculté expullrice est
plus vigoureuse, et aussi pource
qu’ils sont plus excessifs à la crapule,
comme auons dit cy deuant.
Et quand elle est en la vessie , et
que le patient iette du sang auec l’v-
rine, c’est signe que la pierre n’est
grosse ny vnie : mais au contraire,
est petite et cornue , ou espineuse ,
c’est à dire auec aspérités : car d’au-
tant plus qu’elle est petite, plus faci-
lement entre dedans le col et orifice
de la vessie , et par ce moyen a plus
de peine à en estre reculée et à r’en-
trei dedans sans violence , pource
qu’elle esgratigne et vlcere les par-
ties ou telles aspérités touchent , qui
est cause de ielter lesangparla verge.
Aussi quand i’vrine est blanche et
laiteuse , c’est signe que la pierre est
'nie : pareillement le patient ne sent
DE CHIRVKGIE. /^(35
telle douleur, que lorsqu’elle a des
aspérités.
Et si la pierre estant aux reins est
espineuse, il sentira douleur pi-
quante comme d’aiguillons , ne se
pouuant plier ny remuer qu’auec
peine : s il trauaille , il iette vne vrine
sanguinolente, voire quelquesfois le
sang tout pur , à cause de la violence
qu elle lait contre les parois des cola-
toires où elle a esté procréée.
Or les pierres qui naissent aux
reins seront grosses et petites, et de
diuerses formes et figures , à raison
des interceptions ou petits ven-
tricules qui sont au profond dos
cauitésdcs colatoires. Véritablement
i’en ay trouué en aucuns eslans dé-
cédés , de grandes comme le doigt ,
et de figure d’vn léurier, autres-,
fois d vn porc, aulresfoisrondes et
voies, autresfois quarrées, et auec
plusieurs aspérités, comme pomme
de pin : autresfois vne seule , autres-
fois plusieurs, et de diuerses couleurs,
comme noires, iaunaslres, bian-
cheastres, rougeastres, cendrées , et
autres de diuerses formes et cou-
leurs , selon la température des pa-
liens.
Des cholériques et maigres, les
pierres sont communément faites par
chaleur et siccité estrange : et des
phlegmatiqueset gras, par froideur et
congélation, et par obstruction des
conduits.
1 La pierre qui est en la vessie est
quelquesfois errante, autresfois atta-
chée en haut , ou en bas , ou au fond.
Si elle est attachée au fond, le patient,
pour pisser à sou aise , se couche sur
les reins : et si elle est en haut, il se
1 Ce paragraphe se lit pour la première
lois dans l’édition de 15S6.
3 o
il
466 LE QVINZIÉME LIVRE
courbe pour vriner : si elle en est bas,
il se tientdebout : et si elle eslerrante,
qui est lors qu’elle est petite , il se
met en diuerses figures.
Quelquesfois la pierre tombe du
fond de la vessie au conduit de l’ vrine,
et du tout le bouche, dont aduient en-
tière suppression d’viinè. Alors il faut
situer le patient sur le dos, et esle-
uèr les iambes en l’air, l’agitant et
secoüant comme si on vouloit ensa-
cher quelque chose dans vn sac , à fin
de la repousser hors du conduit de
l’vrine : et semblablement se peut re-
pousser auec vne sonde.
Ceux qui ont la pierre és reins ou
en la vessie, sont presque en conti-
nuelle douleur : toulesl'ois à d’aucuns
leur douleur vient par paroxysmes ,
et seront quelquesfois vît mois ou
deux , plus ou moins , voire vn an en-
tier, sans sentir de douleur 1 , qui est
lors que les pierres sont licées et po-
lies : mais si elles sont raboteuses
auec aspérité, causent de très gran-
des douleurs, principalement apres
auoir pissé : à cause que le corps de
la Vessie se comprime et resserre con-
tre la pierre pour ieiter l’vrine : et la
pierre qui luy est contre nature,
la vertu expulsiue s’efforce autant
qu’elle peut la vouloir ietter hors.
Or ces pauures lapidaires , pour l’ex-
treme douleur qu’ils endurent , dési-
rent plus mourir que viure, qui fait
qu’ils s’exposent entre les mains du
tailleur : mais le plus souuent c’est
trop tard. Car iamais ils ne s’y met-
tent , si ce n’est lors que leurs vertus
sont prosternées et abbatues, et la
vessie escorchée et vlcerée , qui est
cause qtl’ils meurent. Parlant n’en
faut donner auctin blasmc au chirur-
gien.
1 Le paragraphe s’arrête ici dans les pre-
mières éditions, le reste a clé ajouté en 1 585.
Ceux qui ont pierres aux reins , le
plus souuent font les vrines claires,
et quelquesfois laiteuses et sanieuses
auec du poil '.
Les femmes ne sont si suiettes
d’engendrer pierres comme les hom-
mes, à cause qu’elles ont le col de la
vessie plus court et plus large, taxe ,
et ample : parquoy lorsqu’il y a com-
mencement de pierre, elle sort de-
uanl qu’elle soit fort grosse : néant-
moins à aucunes se forment et gros-
sissent autant qu’aux hommes, dont
les conuient inciser , et leur aider par
semblables remedes qu’on fait aux
hommes.
Lorsque la pierre excede la gros-
seur d’vn œuf és hommes, le plus
souuent en la tirant on dilacere le
corps de la vessie. Et si telle chose
est faite, l’vrine Huera inuolontaire-
ment à iamais, à cause que la vessie
estnerueuse et exsangue: parquoy ne
se peut consolider ny réunir , et d’a-
uantage le plus souuent y suruient
inflammation et gangrené, et par
conséquent la mort.
Les pierres médiocrement grosses
se tirent plus seurement, et le mala-
de en eschappe pluslosl que si elles
estoienl petites, à raison que le ma-
lade est accouslumé de longue main
à patience, en tolérant ordinaire-
ment inflammation, douleur, et au-
tres accidens : ce qui n'est de œesme
aux autres.
Si la pierre adhéré fort contre la
vessie, et est couuerte d’vne mem-
brane, la voulant tirer on dilacere
ladite vessie , et par tel moyen s’en-
suit conuulsion , gangrené , et par
conséquent la mort. Tu doisicy noter,
que la pierre estant ainsi couuerte
1 Ces mots, et quelquesfois laicleuses , etc.,
sont encore une addition de 1585,
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
d’vne membrane, mal -aisément se
péut trouuer par la sonde.
En outre, si la pierre est de figure
longue , et que I on la prenne en tra-
uef9, on dilucerera et rompra on la
vessie , dont s’ensuiuront les accidens
prédits.
Si le chirurgien par cas fortuit pince
le corps de la vessie avec ses inslru-
mens, et qu’il la dilacere et séparé
des parties ou elle est jointe, s’ensui-
tira conuulsion et autres accidens
prédits. Or parce qu’eile sera séparée
des parties où elle adhéré, se fera
grande inflammation , à cause du
sang qui coulera entre icelles parties,
lequel se putréfiera suiuant l’apho-
risme d’Hippocrates , qui dit : Si in
ventrim sanguis prœler nalurameff im-
dilur , necessariô puirescit. Parquoy
s’ehsuiura aussi gangrené, mortifi-
cation , et consequemmenl la mort.
Apres auoir ainsi escrit les causes
des pierres qui sont trouuées au
corps, la manière comme elles sont
procréées, les signes des lieux où elles
sont, les symptômes et accidens, et le
prognoslic : à présent faut escrire la
curation, à seauoir preseruatiue et
curatiue , et comme il faut diuersifier
les remedes et instl uinens selon les
corps et parties où elles sont trouuées.
CHAPITRE XXXVIII.
bE tA Ctf.E rr.ESEP.VATIVE L
La cure preseruatiue sera faite en
ordonnant le régime sur les six cho-
ses non naturelles, en euilant les
1 Franco a un chapitre De la cure de la
pierre aux reins, qui traite des mêmes ma-
tières que celui-ci et que le suivant; mais
ta rédaction de Paré est lout-à-fait diffé-
rente.
467
causes qui engendrent humeurs gros
et visqueux.
Donc pour t’en instruire sommai-
rement , faut euiler la demeure en vn
air gros et vaporeux. Quant aux ali—
mens , faut s’abstenir de poisson, chau-
de bœuf, de porc , oiseaux de riuiere,
légumes, formages, laictages, œufs
fri (s et durs, ris, pâtisseries, pain
sansleuain , et generalement tous au-
tres alimens qui font obstruction.
Aussi se garder de manger ails, oi-
gnons, porreaüx, moustarde, espi-
ceries , et generalement toutes choses
qui eschauffent le sang , et principa-
lement ceux esquels on aura coniec-
turé que la cause de la pierre vient
par excessiue chaleur. Et quant à
leur boire, faut s’abstenir de inau-
uaises eaux, marescageuses et bour-
beuses , et de gros vins troubles, biè-
res, et autres breutiages semblables.
En outre ne faut trop manger, ne
gloutement, de crainte qu’il ne s’en-
gendre des crudités, et par consé-
quent obstructions. Le dormir tost
apres le repas est fort nuisible, à
cause qu’il engendre crudités. Le
trop veiller, trauailler, et ieusner
sont aussi incommodes , pource qu’ils
enflamment le sang, et si sont cause
aussi d’indigestion et de chaleur es-
trange. S’il y a replelion , faut va-
cuer tant par medicamens et phlébo-
tomie, que par vomissement , lequel
est vn singulier remede pour précau-
tion de la pierre. 11 ne faut aussi mes-
priser les passions de l’esprit. Et pour
l’euacuation des humeurs cras et vis-
queux , tu pourras auoir le conseil du
docte médecin : loutesfois considérant
qu’on ne peut toujours le recouurer,
ie t’ay bien voulu icy descrire aucuns
remedes bons et approuués, desquels
pourras vser selon que verras estre
besoin : et icy noteras pour vn pre-
LE QVINZIÊME LIVRE,
468
cepte de Galien 1 , qui a commandé
qu’il faut euiter les choses diurétiques
et fortes purgations au commence-
ment de l’inflammation des reins ou
de la vessie, parce qu’elles l’aug-
menteroient , y faisans îluer les hu-
meurs en plus grande abmdance :
qui seroit cause d’augmenter la dou-
leur et autres accidens. Parquoy fau
dra vser en tel cas de choses réfrigé-
rantes et lenientes, tant par dedans
que par dehors , comme de ce syrop :
Tf. Summitatum maluæ, bismal. et violariæ
ana m. fi.
adic. altheæ § . j.
Glycyrrhizæ rasæ 3. iij. F.
Quat. seminum frigid. maiorum ana 5.j.
Fiat decoctio. Accipe prædictæ decoclionis
tt . fi . et in colatura dissolue :
Sacch. albiss. 5 . ij.
Mellis albi § . j. fi .
Fiat syrupus secundum arlem.
Duquel le patient pourra vser sou-
uent. Aussi vsera par fois d’vne de-
mie once de casse fraischement mon-
dée, auecvne dragme,ou dragmeet
demie, ou deux dragmes de rheu-
barbe en poudre , selon qu’il en sera
besoin , deux heures deuant le past.
Tu pourras aussi vser de cest apoze-
me auec grand effet.
2f, Rad. asparagi, graminis polypodij quer-
cini, passularum mundatarumana g . fi .
Betonicæ, herniosæ, agrimoniæ, omnium
capill. et bipinellæ ana rn. fi .
Quatuor semin. frigid. maiorum, semi-
nis fœniculi ana 3. j.
Folior. senæ 3. vj.
Fiat decoctio ad Ib. fi. in colatura dissoluat. :
Syrupi de alth. et de herniosa ana § .
j. fi.
Fiat apozema clarif. et aromatis. cum tan-
tillo cinnamomi pro duabus dosibus :
capiat primam dosin manè duabus ho-
1 Au 13. de la Méthode. — A. P.
ris ante cibum, et alteram quarta po-
meridiana.
L’vsage des choses diurétiques sont
bonnes à ceux qui sont suiels à ietter
de la grauelle, d’autant qu’elles pro-
uoquent à vrincr, et ne demeurent
gueres à passer par les reins et pores
vreteres. Les matières qui causent la
pierre n’ont pas loisir de s’assembler
pour s’endurcir et lapidifier1.
Parquoy on vsera parfois du bouil-
lon qui s’ensuit , lequel est de mer-
ueilleux effet et bien expérimenté2:
Prenez vn coq et vn jarret de veau , qu’on
fera cuire en eau auec vne poignée d’or-
ge, racines de persil, oseille, fenoil, chi-
corée, brusci, de chacun vne once = des
quatre semences froides concassées de
chacune demie once : à la fin on ad-
ioustera fueilles d’oseille, pourpié, Iaic-
tue, sommités de maulue, violettes de
Mars, de chacune demie poignée.
Puis sera gardé le bouillon : duquel
le patient en prendra par quatre ma-
tins , deux heures deuant manger , la
quantité de demy sexlier auec vn
doigt de jus de citron, le faisant
bouillir vn boüillon auant chasque
prise, et en bref on verra vne ope-
ration merueilleuse. Car par l’vrine
on verra arenes et grande quantité de
matière crasse et visqueuse. Parquoy
demonstre par son effet, qu’il net-
toyé et expelie les matières des par-
ties dediées à l’vrine,elnefait aucune
nuisance à l’estomach, ny aux autres
parties par où il passe : ie puis dire
1 Ce paragraphe a été ajouté en J 585.
2 En 1364 et 1575, Paré se contentait de
dire que son bouillon était d’vu merveilleux
effet. En 1577 il ajouta: et bien expérimenté ;
et, ce qui est assez curieux, c’est qu’alors
même il changeait la composition du bouil-
lon, et le faisait avec vn coq au lieu d’i n
chapon qu’il avait recommandé auparavant.
Du reste, la plupart de ces formules ne sont
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
que c’est vn aliment médicamenteux.
Tu pourras aussi vser de la poudre
suiuante auec grand profit.
X. N'ucleorum mespil. 5 . j.
Put. elect. diatrag. frigidi 3. ij.
Quatuor seminum frigidor. maiorum
inundalorum. glycyrrliizæ rasæanaS. j.
Sem. saxi. 5. ij.
Seminum rnilij solis, genislæ, pimpinel-
læ, brusci, -et asparagi ana 3 . j.
Semin. altheæ 3. j. fi .
Sacc. albissimi g . vj.
Fiat puluis.
Il faut vser de ceste pondre le pre-
mier iour de la lune nouuelle, du
premier quartier de la pleine lune, et
du dernier quartier, et tous les mois
ensuiuans, et en prendre la quantité
d’vne cuillerée au matin à trois heu-
res déliant manger.
Aussi lexiue faite des cendres de
troncs de febues , est singulière pour
tel effet.
Outre-plus pourra le patient vser
d’vn cjystere tel que cestuy-cy.
X. Lactucæ. scariolæ, fol. sali, portulacæ,
ana m. j.
Flor. viol, et nenuph. ana p. fi.
Fiat decoet. ad it>. j. In colatura dissolue:
Cassiæ fistulæ 5 . j
Mell. viol, et sacc. rub. ana §.j.
Olei viol. 5 . iiij.
Fiat clysterium ‘.
ni dans Guy de Chauliac, ni dans Vigo, ni
dans Marianus Sanctus, ni dans Franco.
1 L’édition de 1564 ajoutait ici : Que l’on
donnera auec vne seringue pareille à cesle-cy
plustost qu’auec me chausse clés anciens.
Suivait la figure de la seringue ordinaire;
ensuiie celle d’une autre syringue pour une
femme qui seroil honteuse, laquelle se pourrait
soi-mesme bailler le clislere.
Ces deux figures ont été retranchées de
cet endroit dès 1575, et reportées au chapi-
tre 22 du livre des Medicamens , où nous
les retrouverons.
4^9
Autre pour seder pareillement la douleur.
■if. Flor. camom. rnelil. summit. anelh. be-
rul. ana p. ij.
Fiat decoct. in lacté vaccino, et in colatura
dissolue :
Cass. fist. et sacc. albi 5 . j.
Vitell. ouor. num. iij.
Olei anetb. et cam. ana 5-'j-
Fiat clysterium.
Par dehors sur les reins et au long
on appliquera de l’onguent rosat ,
nutritum ou populeumseuls ou meslés
ensemble : puis par dessus , vne ser-
uietle trempée en oxycrat.
Or si la génération de la pierre
prouientpar frigidité, il y faut sub-
uenir par choses contraires, dont fau-
dra vser souuent du remede suiuant.
if. Tereb. veter. 3. j.
Cortic. citri. 3. ij.
Aquæ cocîæ § . j. fi .
fllisce, liai potus.
Autre potion.
X. Cass, recent, extract. 3. vj.
Benedic. 3. iiij.
Aquæ tonie. 5 . ij.
Aquæ aspar. §.j.
Fiat pot. capiat tribus hor. ante prandium.
Pourra semblablement vser d’vn
tel apozeme :
if. Rad. cyper. barda, gramin. ana 3. iij.
Bismal. curn loto, béton. ana m. fi.
Sem. mil. solis, bard. vrti. ana 3. ii.
Sem. melo. glycyrrliizæ razæ ana 3. ii. fi .
Fie. iiij. num.
Fiat decoct. ad quar. iii. colalo et expresso,
dissolue :
Syr. de raph. et oxymelilis squillitici
ana 3. i. fi .
Sacc. albis. § . iij.
Fiat apozema pro tribus dosibus clarifi. et
aromatis. cum 3. j. cinnam. et 3. fi.
saut, citrini.
Capiat 5. iiij. trib. hor. ante prandium.
0 LE QVINZ1EME LIVRE,
D’auantage on peut vser de ceste
poudre qui a grande efficace pour
dissiper la matière du calcul l.
"2f. Sem. petroselini etradicis eiusdem mun-
datæ ana. 3. iiij.
Sem. card. quem calcitra. vocant, g. j.
Desiccenlur in furno lento igni, postea pis-
tenlur separatim, quibus fiat pul. de
quo capiat æger 3.j. fi. vel 3. ij.
curn vlno albo, vel cum iure gallinacei
pulli, de quo bibat æger tribus diebus
ieiuno stomacho.
Autre remede.
Tf. F, ad. pelros. fœnic. ana g.j,
Saxifrag. pimpinel. granor. alkekengi et
bardanæ ana m. fi .
Quat. sem. frig. maior. mund. sem. milij
solis ana 3. ij.
Misce, fiat decoct. cape de cola. lb. fi. in
qua diss.
Sacchar. rub. et syrup. capill. Veneris
ana g . j. fi .
Capiat in tribus dosibus duabus horis ante
cibum.
Autre poudre.
2£. Coriandr. præp. 3. iiij.
Anisi, marathri, granor. alkekengi, mi-
lij solis ana. 5, ij-
Zinzib. cinnam. ana 3. ij.
Turbit. elect. 3. j.
Carui 3.ij.
Galaug. nucis moscal. et lap d. iudaici
ana 3.j.
Folio, senæ mund. ad duplurr. mnium.
Diagredij. 3. ij. fi .
Misce, et fiat puluis.
l)osis erit ad 3. j. curn vino albo capiat
æger tribus horis ante prandium.
Pareillement pourra le patient vsër
de tels clysteres contre les vcrotosités.
1 C’est la fameuse poudre de Marianus
Sanclus. Voyez ci-dessus la note 3 de la
page 463.
2£. Maluæ. bismaluæ, parietariæ, origani,
calamenthi, florum camomillre, sum-
mitalum anelhi , ana m. j.
Anisi, cauri, cumini , fœniculi, ana
§• «•
Baccarum latiri 3. iij .
Seminis rutæ 3. ij.
Fiat decoclio: in colatura dissolue:
Benedictæ vel diaphoenici g . fi .
Confeclionis bac. laur. 3. iij.
Saccbari rubei g.j.
Olecrum anethi , camom. rutæ ana g . j.
Fiat clyster.
Autre facile à faire pour mesme intention.
2f. Olei nucum, vini maluat. ana îb 3.
Aquæ vitæ g. fi.
On les doit tenir le plus longue-
ment que l’on pourra, parce qu’ils
feront meilleure operation, et appai-
seront mieux les douleurs : et par les
moyens susdits, on peut empeseber
la génération des pierres , et subue-
nir aussi à la douleur de la colique
tant venteuse que neplirilique.
CHAPITRE XXXIX.
DES MOYENS DE SECOVRIR CELVY QV1
AVROIT VISE PIERRE DANS l’vN DES
VRETERES, DESCENDVE DV REIN.
Ayant assez parlé de la cure pre-
seruatiue de la pierre , il nous reste
de poursuiure les moyens pour sou-
lager ceux qui en sont affligés , tant
aux reins , vreteres , qu’en la vessie.
Et en premier lieu nous parlerons
d'vn patient qui auroit vne pierre
sortie de l’vn des reins, estant de-
meurée dedans l’vn des a releres , et
que l’vrine fust supprimée en partie :
lors le patient sent grande douleur à
l’endroit où elle est demeurée , et par
consentement et voisinage à la ban-
OPERATIONS DE CH1RVRGIE.
cbe, vessie, testicules, et à la verge,
auec vue volonté d’vriner et aller à
la selle.
Pour la faire descendre, faut (s’il
est possible au patient) qu’il monte
sur vn trotlier ou courtault , et qu'il
le cbeuauche vne lieiie plus ou
moins : car par cesle équitation et
mouuement, la pierre souuenl des-
cend en la vessie : et où il n’aura pas
le moyen d'aller à chenal, faut qu’il
monte et descende vn escallier plu-
sieurs fois , iusques à ce qu’il soit las
et en sueur.
Et luy faut alors donner à boire
choses qui lenissent , adoucissent , et
relaxent , comme huile d’amendes
douces recentement tirée, avec eau
de pariloire et vin blanc : aussi on doit
faire des frictions auec linges chauds
en deualant en bas , et appliquer des
ventouses auec grandes flammes : et
doiuent estre appliquées tanlost sur
les lombes , tanlost sur le ventre, ti-
rant vers les aines vn peu au-dessous
de la douleur, pour tousiours attirer
la pierre en la vessie. Si le patient ne
vomist, il le faut prouoquer à ce faire,
en luy donnant à boire eau et huile
tiede en quantité suffisante : car le
vomissement aide beaucoup à chasser
la pierre contrebas, à cause de la com-
pression des parties qui se fait en telle
action.
Et si par tels remedes le patient
n’est allégé , le faut mettre en vn
demi -bain fait de la décoction qui
s’ensuit.
2C. Maluæ, bism. cum toto ana m. ij.
Bethon. nastur. et berulæ , saxifr. parie-
tariæ, violariæ ana ni. iij.
Sem. melonis, milij solis , alkekengi ana
5- vj.
Cicerum nibr.tb. j.
Rnd. apij , gram. tonie, et ering. ana
o •*iij.
Coquan. omnia in sulî. quant, aq. pro in-
ccssu.
471
Toutes ces choses seront mises dans
vn sac, sur lequel sera assis le patient,
et qu’il se trempe iusques au nombril.
Et ne faut qu’il demeure iusques à
extreme foiblesse : car par les bains
est faite grande résolution desesprits,
et défaillance des vertus. Tels bains
sedent la douleur, relaxent toutes les
parties, et ouurent et dilatent les
voyes de l’vrine. En quoy faisant ,
souuentesfois la pierre descend en la
vessie.
Et où la pierre par tel moyen ne
déplaças!, et qu’il y eust entière sup-
pression d’vrine , et aussi qu’aupara-
uantlebain onn’eust sceu faire passer
la sonde en la vessie, le faut derechef
sonder à la sortie du bain : pource
que lors la sonde y entrera plus faci-
lement qu’auparauanl , et pareille-
ment seringuer de l’huile d’amendes
douces. D’auanlage, il faut que le ma-
lade se garde bien du froid.
Tu pourras par cesle figure con-
noistre la façon d’vne chaire pour
faire le demi-bain.
Figure de la chaire à demi-bain.
47 2 i LE QVINZIÉME LIVRE,
Description de ht chaire à demi-bain.
A La chaire.
B Le trou d’icelle, là où le patient est
assis.
C La cuuette où on met l'eau.
D La fontaine pour vacucr l’eau quand
elle est trop froide.
E L’entonnoir par lequel on met de
l’eau chaude.
Autre décoction pour faire un demi-bain.
If. Rad. raph. alth. ana ïb. ij.
Lad. brusci. pelrosel. et asparagi ana
» -J.
Cumini, fœnic. du!cis,ameosana 3. iiij.
Sem. liai , et fœnug. ana 5 . vj.
Flor. camom. meli) aneth. folior. mar-
rub. parict. ana m. ij.
Bul. omnia simul secundum artem, cum
aqua sufTicienti et parum vini albiodo-
riferi, vsque ad consumplioncin tertiæ
partis, et fiat semicupium.
D’auantage esl vtile de teste décoc-
tion en fait e clystere auec huile de lis
quatre onces, et deux iaunes d’œufs :
et lorsqu’on le voudra donner au pa-
tient, estant en la chausse ou canon
à clystere , on y adioustera vne
dragme d’huile de genéure : vous
asseurant qu’elle sede promptement
la douleur causée par ventosités. Et
icy il faut noter qu’aux grandes dou-
leurs nephriliques ne faut bailler
trop grande quantité de décoction, de
peur que tes intestins trop remplis ne
compriment les reins et pores vrete-
res, qui sont ja commencés à enflam-
mer : pource que par cela la douleur
s’augmenteroit , et seroient prouo-
qués autres accidens.
Outre-plus on peut appliquer vn
tel cataplasme sur l’endroit de la dou-
leur, et au petit ventre, et sur les
parties génitales , lequel a grande
puissance d’appaiser la douleur , et
aider à faire descendre la pierre des
vreteres on la vessie.
24. Rad. allh. raph. ana 3. iiij.
Pariet. fœnicu. senecionis , naslurtij
berulæ ana m. j.
Herniariæ m. 6 .
Omnibus in aqua sulTicienter decoctis ,deiu-
de pislatis , adde :
Olei anethi , camomil. pinguedinis cuni-
culi ana 5 . ij.
Farinæ cicerum quantum suflicil.
Fiat cataplasma ad vsum diclum.
CHAPITRE XL.
COMME IL F A VT PROCEDER A LA (iVA-
RISON DE LA PIERRE ESTANT DES-
CENDVE EN LA VESSIE.
Et estant la pierre tombée en la
vessie, s’il n’y en a qu’vne ( car sou-
uentesfois il y en a plusieurs qui des-
cendent auec multitude d'arene ou
sable) lors la douleur cesse, et sen-
tira le patient prurit, auec vn petit ai-
guillonnemenl à l’extremité de la
verge , et au siégé. Et alors s’il n’est
debüe, faut qu’il trauaille à pied ou à
cheual, et qu’il vse d’vne telle poudre.
if. Pul. clectuarij lilbontribon g iuj.
Sumatur 3. j. tribus lions tam ante pran-
dium quam ante cœnam vinocum aibo,
vel cum iurc cicerum rubrorum.
Et faut aussi qu’il boiue de bon vin
blanc en assez bonne quantité, et
qu’il retienne longuement son urine
s’il peut, à fin que le grand amas d’i-
celle chasse et pousse plus aisément
la pierre hors la vessie. Pareillement
luy faut faire telle iniection.
'if. Syrupi capill. Veneris 3,j.
Aquæ alkekengi § . iij.
Olci de scorpionihus 3 • 6 •
si
m
operations dê ceirvrcje.
Et il’icelle luy en sera ietté en la
vessie auec vne seringue *.
La pierre en la vessie fait vlcerepar
son aspérité et astriclion , et la sanie
<]ui en sort mordique et ronge les
parties où elle demeure, qui fait tous-
iours augmentation de douleur, et
autres accidens2.
CHAPITRE XLI.
DE LA PIERRE ESTANT AV CONDVIT DE
LA VERGE, OV AV COL DE LA VESSIE.
La pierre estant sortie hors d u corps
de la vessie , et demeurée au col d’i-
celle , ou à la verge , lors faut que le
chirurgien se garde bien de la repous-
ser au dedans : mais la mènera tant
4?3
que faire se pourra, auec les doigts,
à l’extremité de la verge, en y ietfant
huile d’amendes douces, ou autres
choses lubrefiantes. Et si elle descend
iusques à l'extrémité de la verge , et
qu'elle y demeure , la faut tirer auec
petits crochets *.
Et si on ne peut par tels crochets
l’extraire, on mettra cest instrument
nommé lire-fond auec sa camïule, en
la verge iusques auprès de la pierre :
puis on le tournera doucement, à lin
qu’il comminue \\ pier. e , et la mette
en petites portions, qui se fera aisé-
ment, parce que ledit tire-fond a son
extrémité en maniéré de foret : ce que
i’ay fait plusieurs fois 2.
1 L’édition de 1564 dit . aux petits cro-
chciz tels que lu vois en ceste Jigure.
1 L’édition de 1564 dit : avec vne seringue
de telle façon.
Seringue.
fl
C’est la seringue quenous avons déjà vue
au chap.21 du livre des Plaies en particu-
lier. Voyez ci-devant page 63.
2 Ce dernier paragraphe a élé ajouté
en 1585.
Crochelz propres pour extraire vne petite
pierre demeurée à l'extrémité de la verge.
<■ ^=jptr— Tÿrrrfo
—
Ce sont les petits crochets dont il se ser-
vait dès 1561 pour 'l’extirpation du plerygion.
Voyez ci-devant page 430.
2 Ces derniers mots : à que i’ay fait plu-
sieurs fois, se lisent pour la première lois
dans l’édition de 1579.
MarianusSanctus ne parle pas delà pierre
engagée dans l’urctre : c’est de Franco que
Paré a extrait ce chapitre, ainsi que la lig.
de son premier tirefond; ouv. cité, p. 113 et
suiv. Albucasis le premier avait proposé de
rompre le calcul dans l’urètre à l’aide d’un
perforateur à pointe triangulaire; mais ce
perforateur sans canule devait être fort
dangereux à employer. L’addition de la
canule est donc un perfectionnement im-
portant, et la transformation de la pointe
triangulaire en vis a aussi son avantage.
On remarquera que le deuxième tire-fond
ne diffère que par les ornemens du manche
4?4
LE QVÏNZIÉME LIVRE,
Figure d'trn lire-fond propre à comminuer
la pierre estant dans la verge.
A. La vis.
IS. Le fourreau.
Et faut noter qu’il ne doit estre gros
de celui que Paré préconisait dès 1545 poui
l'extraction des balles. Voyez ci-devant pa-
ge 150. Dans l’édition de 1564 , ce deuxième
tire-fond n’était point figuré, et l’auteur,
en pariant du premier, ajoutait entre pa-
renthèses : ( approchant de la figure du lire-
bulle des hacquebules, descrit cij-deuanf- mais
n'est si gros ni si long). Ce texte convenait
mal à la figure; en effet le tire-balle est bien
un peu plus gros, mais il est notablement
moins long, et c’est pour cela même que
Paré en le llgurant ici dès I f>7 5, 1 a intitulé:
Autre plus petit.
non plus qu’vne grosse sonde, à fin
qu’il ne face violence à le mettre de-
dans la verge.
CHAPITRE XLII.
DES MOYENS QV’lL FA VT VSF.R POVR
TIRER PAR INCISION VNE PIERRE AR-
RESTÉE AV CONDVIT DE L’VRINE, OVE
L’ON N’AVRA PEV EXTRAIRE PAR LES
VOYES SVSDITES.
D’abondant , posant le cas qu’elle
l'usl si grosse et dure 1 , ou ayant des
aspérités, et loing de l’extremite delà
verge, de façon qu’elle ne peust estre
tirée et [’ vrine fust supprimée : adonc
faut l'aire incision ( ce que i’ay plu-
sieurs fois fait ) à costé de la verge, et
non au dessus, ny au dessous2. Au
dessvs, à raison d’ vue grosse veine et
artere, qui pourroit estre cause de
flux de sang : au dessous n’est conue-
nable, parce que la partie est exsan-
gue, et pource difficile à estre conso-
lidée, et aussi que l’vrine ne permet-
troit l’vnion estre faite, parce qu’elle
passeroit par l’vlcere , et tomberait
entre les léures de la playe. Et pour
ces causes , l’incision sera faite sur la
pierre à costé, qui est vne partie plus
charneuse. Mais lu dois icy nolei
qu’auant de faire l’incision, il te faut
lier la verge au dessus , et bien pies
de la pierre, pour la tenir contrainte
et suielle , et ployer la verge en cer-
■ Ces deux mots et dure ont été ajoutés
en 1579.
a ce procédé n’est autre que celui de
Cclse. Au reste, ce chapitre et le suivant sont
tirés de Franco, p. nG; quelques phrase»
mêmes sont littéralement copiées. Toutefois,
I Franco n’avait pas figuré les instruments.
OPERATIONS DE CHIRVRGJE.
475
de, pour mieux faire sortir la pierre :
puis tirer assez fort vers toy le pré-
puce, à fin qu’apres l’incision, le cuir
estant relasché, retourne et couure
ladite incision, dont plus aisément et
briefuement l’vnion et consolidation
de la playe puis apres se fera. Lors
tu tireras la pierre par tel instru-
ment.
Iristnimens propres à extraire la pierre, apres
l’incision de la verge.
CHAPITRE XLI1I.
COMMENT IL FAVT TRAITER LA PLAYE,
l’incision FAITE.
Puis, s’il est besoin, faudra faire vn
point d’aiguille pour reunir la playe:
et sur icelle ou appliquera vn tel glu-
tinatif.
'if.. Terebenthinæ Venetæ §. iij.
Gummi elemi § . j.
Sanguinis draconis, et masliches aria
5 • 3-
Fiat medicamentum ad vsum diclum.
Et autour de toute la verge faudra
mettre vn tel repercussif.
if. Albumina ouorum cum puluer. boli ar-
meni, aloes, farinæ volatilis , olei ro-
sali.
Puis faut suiurele reste de la cure,
comme des autres playes faites és par-
ties charneuses. Aussi on mettra de-
dans la verge vne chandelle de cire,
ou vne verge de plomb , ointe de le-
rebenthine de Venise, pour aider na-
ture à glutiner la playe, et tenir le
canal vni et egalement dilaté en oust
endroit, de peur qu’il ne sefist quelque
chair superflue , dont puis apres se
pourroit engendrer vne carnosité.
CHAPITRE XLIY.
DE LA MANIERE DE TIRER PAR INCISION
LES PIERRES QVI SONT EN LA VESSIE
D VN PETIT ENFANT MASLE '.
Apres auoir ainsi escrit les moyens
comme les petites pierres sont extrai-
tes, maintenant faut monstrer par mé-
thode comme les grosses se peuuent
' Ce chapitre est consacré à décrire le
petit appareil, dont Alarianiis Sanclus n’a
rien dit. Cen’cstpas d’ailleurs, comme 011 le
verra, le procédé deCelse, car l’incision
de Celse était courbe et dirigée en travers;
c'est plutôt celui d’Antyllus, adopté par
presque tous les opérateurs du moyen-âge.
Franco décrit à peu près le même procédé
(chap. 32, pag. 121 et suivantes); mais il
attache le patient sur une table, un banc,
un lit ou une échelle, et ne fait aucune dif-
férence pour les adultes et les enfans.
lil(S LE QVINZIÊME LIVRE
et doiuent tirer hors le corps de la
vessie, et par quels instruments. Et
commencerons aux petits enl'ans,
puis aux hommes , et conséquem-
ment aux femmes.
Ayant donc supposé que nous ayons
vn ieunc enfant à inciser , il faut pre-
mièrement que le chirurgien le face
sauter cinq ou six fois . à fin de faire
descendre la pierre au fond de la Ves-
sie '. Puis le posera sur les genoüils
d’vn homme assis sur vue escabelle ,
sur lesquels y aura vn drap en plu-
sieurs doubles, l’enfant ayant les
fesses esleuées en haut : aussi sera vn
peu renuersé, à fin qu’il ait son in-
spiration et expiration libre, et aussi
que les parties nerueuses ne tendent,
mais qu’ils sovent laxes pour mieux
donner passage à la pierre lors qu’on
la tirera hors. Il faut d’auantage te-
nir les mains dudit enfant par dessus
sa cuisse , au dessus du genoüil . es-
largissant sesdites cuisses, afin que
l’œuure soit plus seurement et mieux
fait.
Et estant ainsi situé, le Chirurgien
mettra ses deux doigts de la main se-
nestre dedans le fondement le plus
auant qu’il pourra , et pressera de
l’autre main sur le petit ventre, y
ayant premièrement mis vn linge, à
fin de moins offenser et meurtrir les
partiesainsi pressées, de peur que puis
apresil ne vint inflammation et autres
accidens, plustost que par l’incision
Geste compression se fait à fin de faire
descendre la pierre du fond de la ves-
sie par sous l’os pubis , vers le col d’i-
■ Toutes les éditions faites du vivant de
l’auteur portent : A fin de faire descendre la
pierre en bas. La nouvelle leçon se lit pour
la première fois dans l’édition de 16Ü8 ; tou-
tefois comme celte édition avait été prépa-
rée par l’auteur , j’ai dù garder cette correc-
tion qui parait lui appartenir.
celle, et l’ayant conduite, la faut te-
nir suietle, de peur qu’elle ne re-
tourne en sa capacité. Cela fait, le
chirurgien fera vne incision au peri-
neum , à deux doigts près le siégé , à
costé de la suture , auec vn rasoir
tranchant des deux costés Et d’ice-
luy sera coupée doucement toute la
chair , iusques à ce que l’on soit par-
venu à la pierre : et en faisant telle
incision , faut donner si bon ordre
que l’on ne coupe l’intestin culier:
pour ce que quelquesfois, si on n’y
prend bien garde , en attirant la
pierre au col de la vessie, l’intestin se
replie et redouble : et lors qu’il est
coupé , la matière fecalesort vne par-
tie par la playe, et l’vrinepar le siégé,
qui puis apres empeschela consolida-
tion d’icelle, ce qui est aduenu à
1 L’édition de 15Gi dit : duquel tu as eu le
portrait au traillé des mortifications.
Dans l’édition actuelle ce renvoi nous re-
porterait au chap. 1 S du Livre X ; mais ainsi
que nous l’avons remarqué alors (voyez ci-
devant p. 218) la ligure du rasoir avait été
transportée ailleurs, et on la trouve pag. 7
de ce volume. Toutefois, afin de mettre
sous les yeux du lecteur la collection en-
tière des instruments de taille décrits par
Paré , je reproduirai ici cette figure.
OPERATIONS DE CHI11VRGIE.
d’aucuns : mais aussi plusieurs n’ont
laissé d’estre bien guaris, pource que
la jeunesse fait choses qui semblent
estre impossibles.
Ayant fait ladite incision , faut tirer
et mettre hors la pierre par tel instru-
ment.
Crochet propre pour extraire la pierre aux
petits en fans
Ayant tiré la pierre , faut appliquer
vne petite cannule dans la playe , et
l’y tenir quelque temps pour les rai
sons que nous dirons cy apres : et la
trailter selon qu’il sera besoin , ob-
uiant aux accidens, ayant esgard à
l'habitude et tendresse du corps. Pa-
reillement ne faut oublier à lier les
1 Paré avait figuré ici deux crochets dif-
férant seulement par la longueur; il sufli-
sait donc d’une seule figure. Du resle Franco
ai ait représenté trois crochels à peu prés
semblables, si ce n’est que leur concavité ne
parait point armée de pointes comme dans
ceux d’A. Paré. Ouvrage cité, pag. 126.
477
genoiiils ensemble, à fin que la con-
solidation soit mieux et plus subtile-
ment faite b El le reste de la cure se
fera comme il appartient : toutesfois
diuersifiant les remedes selon la tem-
pérature du corps tendre et ieune,
et plus sensible que les vieils1 2.
' Cette recommandation ne se trouve ni
dans Franco ni dans Guy de Chauliac.
2 Après la description du petit appareil ,
Paré saute sans façon une assez grande
étendue du texte de Franco , et passe ainsi
sous silence les procédés les plus intéressants
de la taille au xvie siècle, procédés dont
quelques uns paraissent avoir été connus
dès lors généralement , et dont les autres
appartiennent à Franco en propre. Paré a-t-
il gardé ce silence peu loyal pour ne pas êtie
obligé de citer l’auteur qu’il copiait, ou bien
n’a-t-il pas cru devoir reproduire ces procé-
dés, parce que Laurent Colot, son ami , em-
ployait à peu près exclusivement le grand
appareil? J’ai regret de dire que la première
conjecture est malheureusement très pro-
bable. J’ai déjà averti quel’cruvre de Franco
est trop riche et trop originale pour pouvoir
être transcrit ou analysée dans ces notes;je
me bornerai donc à indiquer seulement les
procédés omis par A. Paré.
1° Page 130, Fianco décrit un procédé
qui paraît avoir été généralement répandu ,
et qui se rattache à la méthode du chirur-
gien de Gènes dont il a été question dans
mon introduction. Cathéter cannelé, rasoir
à deux tranchants , gorgeret et tenailles, tel
est l’appareil instrumental. Le procédé es t
d une simplicité admirable : c’estcelui qu’on
attribue à frère Jacques, et que frère Jacques
avait grossièrement défiguré; c’est celui doi t
se servent encore, pour la taille latéralisée, les
chirurgiens de nos jours qui n’ont point
adopté le litholome caché de frère Côme.
2° Page 134, Franco décrit la taille en
deux temps, méthode de son invention , et
il figure à cette occasion des tenettes aussi
de son invention que l’on a justement con-
servées dans la pratique.
3° Page 136, il conseille la lithotrilie à
travers l’incision périnéale pour les pierres
LE QV1JVZIÉME LIVRE }
47b
CHAPITRE XLV.
DE La ManieKè d’extraire Les pierres
AVX HOMMES , Ov'UN APPELLE LE
GRAM! ET riAVT APPAREIL '.
Auparauant l’extraction de la
pierre, le patieiit doit estre bien pur-
gé et saigné , s’il en est besoin , et ne
trop Volumineuses, et figure à Cét effet des
tenailles tranchantes de son invention.
4° Page 133 , il raconte son opération dè
taille hypogastrique, dont il est également
l’inventeur, et dont l’opinion commune est
qu’il a en même temps prononcé la prO-
cription. Or, il n’en est pas ainsi , et
en lisant attentivement le texte , on arrive
à ce résultat, que Franco recommande
la litholr i lie pour les pierres trop gros-
ses; qu’avant de l avoir imaginée , il était
obligé de laisser ses opérations imparfaites;
qu’une fois cependant il eut l’audace et le
génie, après une incision périnéale inutile,
de faire une incision hypogastrique, ce qui
faisait deux opérations sur le même sujet.
Or c’est cela qu’il ne veut pas qu’on fasse,
attendu qu’avec la lithotrilie l’incision pé-
rinéale suffira toujours : combien que ie ne
conseille à personne, d'ainsi faire •’ ainsi plus-
tosl vser du moyen par nous inuenlè.
6° Page 145 et suivantes, il décrit le
fondamental de son invention pour saisir la
pierre à la manière d’une anse, et l’attirer
plus aisément au-dehors.
6° Page 147, il décrit le vésical à quatre
inventé par un sien cousin , et par lui per-
fectionné, espèce de pince à quatre bran-
ches destinée à saisir la pierre comme les
lilholabes de la lithotrilie moderne.
7° Page 151 , il propose directement une
véritable taille bilatérale, à l’aide d’un litho-
tome double, analogue à celui de Dupuy-
tren. Je dois dire seulement que cet instru-
ment avait déjà été décrit et figuré par Guy
de Chauliac pour le débridemcntdes plaies.
Et enfin, page 155, il ajoute à tous ces pro-
cédés la description du grand appareil qu’il
faire l’operation le lendemain qu’il
aura pris médecine : ptiurce que tout
le corps en est encore esmeu. D’a-
uantage ôri pourra fomenter les par-
ties pudibondes de choses qui humec-
tent et relaxent , à fltt que la pierre
soit mieux tirée.
Il faut situer le patient sur vne ta-
ble ferme , les teins sût rn coussin, et
sous les fesscS vü drap en plusieurs
doubles, et qu'il soit à demy renuer-
a extrait, dit-il, d'vii docteur appelé Mariani
Sancti Harolitani. C’est là que Paré a repris
le texte et les figures , et nous aurons dans
'es notes suivantes à examiner à la fois la
description originale de Marianus Sanctus,
la première copie de Franco, et la deuxième
copie de Paré.
1 C’est à ce chapitre que commence l’ex-
position du grand appareil, décrit pour la
première fois par Marianus Sanctus ; et le
Libellas aureus de celui-ci est assez célèbre
pour que nous indiquions, chemin faisant,
comment il est écrit.
On trouve d’abotd une lettre de Marianus
à Jean Antracino, une réponse de celui-ci,
une dédicace à l’archevêque Caraffa , et une
préfacé ou proemium. Après quoi commence
l’ouvrage divisé en 23 chapitres.
Le premier chapitre est consacré à exposer
l’ordre quel’auleur veut suivre. Il est cepen-
dant terminé par quelques mots , sur l'uti-
lité d’une purgation avant l’opération, pour
évacuer la bile.
Le deuxième traite de l’anatomie de la
vessie ; il n’y a pas une idée.
Le troisième s’occupe du temps d’élection.
L’auteur démontre très longuement que
l’astronomie est essentielle au médecin ; le
tout pour appuyer celte proposition: qu'il
faut choisir la saison conforme à la com-
plexion de la vessie , qui est froide et siihè ;
c’est-à-dire , en première ligne l’automne;
en second lieu le printemps. Il faut éviter
par-dessuS tout la quadrature ou l'opposition
de Saturne et de Mars avec ta Lune.
Le quatrième chapitre entame la descrip-
tion des instruments, ets’occupe d’abord delà
Sonde exploratrice, flstulo Seu sirittga tentaiiua •
OPERATIONS UE OHIRVRGIE.
sé, les cuisses pliées -, et les talons
vers les fesses : et luy faut lier les pieds
pies les chenilles auec vue bande
forte et large de trois doigts, la pas-
sant par derrière le co! deux ou trois
fois : et d’icelle seront liées les mains
contre ses genoüils , ainsi que tu vois
par ceste figure1.
elle ne diffère de celles que nous avons repré-
sentées ci-devant page 4G4 , que par l’ad-
jonction de deux ailes au pavillon.
Les dix chapitres suivants achèvent de
décrire l’appareil instrumental, et c’est au
15' seulement que l’auteur traite de la po-
sition à donner au malade, tandis que c’est
par là que débute A. Paré.
■ Le commencement de ce «hapitre est
extrait presque entièrement du chapitre 32
de Franco, page 121. Je noterai cependant
que Franco recommande de lier les mains ,
sur le car pus ou sur lu malléole du piecl, et
qu'ainsi il ne demande que deux forts
hommes pour tenir le patient , au lieu de
quatre.
Probablement Paré avait suivi en ce point
les indications de Laurent Colot, bien que
sa description soit fort loin d être claire.
Marianus a oublié de dire ce qu’il faut faire
des mains du malade. Uans son 15e cha-
pitre , il recommande d'aliacher la table à la
muraille avec des clous, cl d’y plucer le lit,
de telle sorte que le patient, regardé du côté où
est l'opérateur , y paraisse plutôt assis que
couché. La ligature est décriteau chapitre 1 G :
« Que l’on prenne pour faire celte liga-
ture deux bandes égales , de la longueur de
16 palmes , attachées l’une à l’autre par le
milieu de leur longueur; cette portion
moyenne sera appliquée sur le cou du pa-
tient, et un aide les y maintiendra fixes
d’un côté, tandis que de l’autre côté le
mailre commencera la ligature. Il prendra
donc les deux chefs de la première bande,
qu’il conduira, l’un par devant la poitrine,
l’antre par derrière, les rapprochera sous
l’aisselle , et les réunira en les tordant en
gui.-e de corde; et descendra ainsi en les
entrecroisant toujours jusqu’à la région du
coude; il liera ensuite la jambe près du
47 9
La figure d’vu homme situé comme il faut
quand ou luy veut extraire la pierre de In
vessie s.
Estant le patient ainsi lié, faut
auoir quatrehommesforts,non crain-
tifs nÿ timides , à seatloir , deux pour
luy tenir les bras , et les deux autres
qui luy tiendront d’vbe main vn ge-
noüil et de l’autre le pied : si bien et
dextremenl qu’il ne pourra remuer
les iambes ny hausser les fesses, mais
demeurera stable et immobile, à fin
que l’œuure soit mieux faite.
Estant le patient ainsi situé, faut
auoir vne sonde d’argent ou de fer ,
jarret, de la même manière, descendra jus-
qu’auprès du talon, croisera les deux chefs
sur le cou-de-pied, en entourant deux fois
le pied lui-même ; reviendra les croiser sur
le cou-de-pied, et les assujettira en ce point
par un nœud, ou remontera jusqu’au mol-
let, si la bande est assez longue. Il en fera
ensuite autant de l’autre côté, et complétera
ainsi la ligature. »
Cela n’est pasnon plussuffisamment clair,
sans doute parce que cela n’est pas suffisam-
ment exact.
» A. Paré a corrigé l’inexactitude de cette
figure par la note marginale suivante :
Il faut que le malude soit situé tes fesses plus
près du bout et extrémité de la table.
48o LE QV1NZIÉME LIVRE,
ouuerte au dehors, et assez large, à
fin que le tranchant du rasoir puisse
entrer librement dans sa cauilé pour
guider la inain del inciseur. La figure
est telle
' Avant d’en venir à l’opération , Maria-
nus a un chapitre de medici piœparaiione ,
qui a trop d’intérêt relativement à l’histoire
de l’art au xvie siècle, pour que nous le pas-
sions sous silence. Le voici donc en entier.
De la préparation du médecin.
« Avant que de passer à l’incision , nous
disons que le médecin doit disposer en
ordre tous les instruments que nous venons
de décrire, afin que quand il en demandera
un, un aide un peu intelligent ne lui en
présente pas un autre; ce qui ne l’embar-
rasserait pas peu dans l’opération. C’est
pourquoi pour éviter toute perle de temps,
nous exposerons comme il doit s’arranger
avec ses instruments.
» Le lit étant donc préparé, et le malade
couché, avant d’appliquer les bandes qui
tourmentent déjà le patient, l’opérateur doit
se munir de ses instruments en secret et à
la dérobée, pour ne pas causer parle dé-
ploiement de l’appareil un surcroît d’é-
pouvante. Il mettra donc tous les instru-
ments en argent entre les manches de l’ha-
bit et la chemise ( inter tunicæ et diuploidis
mtinicus), dans l’ordre où nous les a\ons
décrits, la sonde d’abord et ensuite les
autres jusqu’au dilatatoire. Quant à celui-
ci dont les bras écartés tiendraient trop de
place, il lecacheradans un étui de cuir [in ca-
litjis) attaché sur l’ombilic; un peu au-des-
sous seront placées les tenailles; et en der-
nier lieu les latéraux, à cause de l’affinité
qu’ils ont avec les tenailles. Ceci a un autre
but , c’est de réchauffer un peu ces instru-
ments , de peur que le froid du métal ne
blesse la vessie, attendu que le froid est
ennemi non seulement des os, des dents,
des nerfs et de la moelle . mais encore est
capable d’amener la destruction du corps
humain. Tous les instruments étant ainsi
cachés , il doit encore recouvrir ses deux
manches d’une petite compresse , tant pour
Sonde ouuerte en sa partie extérieure 1 .
Le chirurgien la passera ointe
d’huile en la verge iusques à la vessie,
puis la tournera vn peu vers !e cos té
fenestre2, et le serviteur situé à la
que le patient ne vienne pas par un regard
de côté à apercevoir ce qu’elles cachent,
que pour éviter d’être sali par le sang. C’est
ainsi que le maître doit se préparer, afin
que l’opération se fasse plus rapidement. »
Les instruments que Marianus veut ainsi
cacher dans les manches, étaient la sonde,
l’explorateur, les deux conducteurs et le
bouton. Comme il ne parle plus que des
instruments en argent, le cathéter ou itiné-
raire , le rasoir et le cochléar étaient sans
doute confiés aux aides. Quantaux latéraux,
je dois avertir que le texte est fort obscur;
le voici : Ibidemque Forceps occullcndus est ,
quem ultirno propter affmilalem quam secuvi
duo Lulera conlraxerant , in liujus modi extra-
lione commode subsequelur. J’ai traduit
comme s’il y avait subsequentur.
1 Le cathéter de Marianus, exactement
copié par Franco, offre une courbure plus
forte que celui-ci.
2 L’édition de 1564, suivie encore par celle
de 1575, disait : vers le costé droit. Le chan-
gement du texte a eu lieu en 1579.
OPERATIONS DE CHrRVRGIE.
48 1
maindextre, alors esleuera de sa main
senestre les testicules en haut vers le
costé dexlre : cela fait , le chirurgien
fera l'incision sur la sonde, à costé
seneslre , euitant la cousture du pe-
rineum , et pareillement ne la fera
trop près du siégé l. Or l’incommodilé
1 Marianus ne procède pas aussi vite que
Paré. Après avoirarmé son opérateur comme
on l’a vu dans les notes précédentes, il veut
que l’on examine l’urine du malade , afin
de conjecturer la nature de la pierre : l’urine
sanguinolente annonce une pierre rugueuse
ou épineuse; l’urine laiteuse et trouble in-
dique une pierre lisse et polie. Ensuite il
faut introduire la sonde exploratrice pour
reconnaître la pierre , et, si l’opérateur n’est
stupide ou de plomb , pour apprécier son vo-
lume, et y conformer l’ouverture du dilata-
loire. Enfin , toutes les précautions bien
prises, le médecin dispose ses aides au
nombre de trois: l’un, de sa main gauche
passée par-dessus la cuisse , embrassera les
testicules , et les relèvera en haut vers le
pubis ; et de la main droite, les doigts rap-
prochés et égalisés, il tendra la peau vers le
côté de la fesse gauche, pour attirer le raphé
de ce côté , et faire que l’incision ne tombe
pas sur le raphé, ce qui serait mauvais : en
effet, l’expérience a fait voir que l’incision
pratiquée sur ce point serait mortelle. Des
deux autres aides, l’un maintient le pied
gauche du malade, et l’autre le pied droit.
« Les choses étant ainsi , l’opérateur s’a-
genouille en face des parties honteuses du
malade , commence par raser les poils entre
l’anus et les coudions ; puis il examine
soigneusement où l’incision devra se faire;
car cet examen mal fait entraînerait deux
dangers , d’une part un écoulement invo-
lontaire d’urine , si l’on intéressait l’orifice
des muscles qui ferment la vessie; ensuite
un péril de mort peut-être , si l’incision
était portée trop bas près de l’anus, à cause
de la lésion des veines hémorroïdales qui
verseraient beaucoup de sang, et aussi
parce que l’action du dilatatoire s’étendrait
trop vers la partie membraneuse de la
vessie. C’est pourquoi , et pour n’avoir rien
It.
qui pourroit venir pour la faire sur
la cousture, ce seroit que la playe ne
pourroit estre apres si bien reunie ny
consolidée pour la callosité d'icelle
cousture , et qu’elle est exangue, et
que l’vrine passe par dessus, qui puis
apres flueroit perpétuellement par
de pareil à craindre, nous désignerons le
lieu lui-même , entre l’anus et l’extrémité
de 1 os femoris, qu’on appelle aussi le milieu
des deux extrémités. »
( Il est essentiel de s’arrêter ici , pour re-
marquer que l’os femoris , dans le langage
de Marianus , signifie l’os iliaque ; et que le
milieu des deux extrémités de ces os indique
manifestement la symphyse pubienne. Ceci
bien entendu , je continue. )
« Le lieu ainsi désigné, l’opérateur se re-
lève, et de sa main gauche, ou s’il estgaucher
de la main droite , il saisit la verge ; de son
autre main il introduit l’itinéraire dans
le canal ; et dirigeant son extrémité vers
l ombilic ( et complicando instrumentum versus
umbilicum), il le fera pénétrer jusque dans
la cavité de la vessie. Embrassant alors la
verge avec la main gauche, il la ramènera
vers soi; puis avec le doigt auriculaire
(s/c) de la main droite, il palpera à diverses
reprises le point désigné pour l’incision sur
l’itinéraire; pour cela il faut que le périnée
soit tendu, et s’il ne l’était pas, on
appuierait de la main gauche sur l’itiné-
raire , pour obtenir la tension désirée. Et
enfin d’un seul coup, à droite s’il est droi-
tier , à gauche s’il est gaucher, il fera une
incision longitudinale; en effet cette incision
suivant la direction des fibres, des muscles
et des rides de la peau , en rendra la conso-
lidation plus facile. C’est pourquoi je ne
puis retenir mon étonnement de voir les
autres écrivains, et toi surtout, Cornélius
Celse, recommanderde faire l’incision selon
la largeur des fibres et des plis de la peau ,
et tomber ainsi directement dans l’incon-
vénient qu’ils voulaient éviter. N’est-il pas
hors de toute espèce de doute qu’après une
telle incision , soit que le malade repose les
membres étendus, soit qu’il affecte toute
autre position, le simple rapprochement des
3l
I.E QVINZI^ME EIVRp ,
48a
la playe. L’autre incommodité qui
pourroit aussi venir, fcjisqnt l’incision
trop pies du siégé , serpit qqp l’on
pourroit en tirant la pierre, rompre
quelque rameau veines hemor-
rhoïdes, qui causproit vn flux de spng
qui pial aisément en cesfp pqrtie est
estanché : dont aucuns par telle faute
ont perdu la vie. Pareillement il y au-
roit encore danger en tirant la pierre,
qu’fin dijqcergst grapdepient le muscle
sphincter , et le corps de la vessie I.
Parquoy l’incision se fera deux doigts
près le siégé, et selon le long des fi-
laments , à fin que puis apres elle se
reprenne mieux et piustost. Ladite in-
cision, faite du rasoir, doit estre seu-
lement de la grandeur d'vn pouce :
jambes écarte notablpmept |ps Igvres de la
plaie j1 ce qui en cas pareil, Ot à raison plu
siiiqLcrnciit très fréquent de l’uriqc, favorise-
rait éminemment Information d une fistule.
Au contraire en incisant selon la longueur
dps fibres et la direction des fidps , ce serait
upp chose admirable que la promptitude de
la consolidation , les |èyres de lq plaie
demeurant accolées. Donc pour ne pas tom-
ber dans l’erreur signalée, que l’incision
soit faite suivant lq longueur, et que l'op
presse sur le rasoir jusqu’à ce que l’opéra-
teur le sente logé dans la gouttière creusée
sur la convexité de l’itinéraire , et que là
même il le fasse couper un peu, de manière
à diviser (a paroi intérieure du canal. La
longueur fie l’ipcision doit être de la lar-
geur de l’ongle du ponce, ou un peu plus. »
1 Franco craint aussi la non-réunion
d’une plaig qui léserait la commissure
majs de plus (1 a peur qu’elle n’amène des
coiHiidïiM* cl iii/laKiiuaiioui. Quant à la re-
commandation de ne noint trop s’approcher
du §iége , Paré a suivi en cet endroit les
idées de Marianus Sanctus; Franco avait
bien posé le même précepte , mais upn point
par cette crainte futile de la lésion d’une
veine hémorroïdale , et seulement en vue
du danger réel d’atteindre le rectum .
Ouvrage cité, p. l?3çt 12L
pource qu’on l’augmente puis apres
par vn bec de corbin et par le düala-
toire, et niesmement par la pierre loi s
qu’on la tire. La raison poqrquoy on
fait la playe au commencement si pe-
tite, c’est pource que ce qui est coupé
ne se reunit si bien ny en brief temps
que ce qui est dilaceré et deschiré '.
Car la dilacération se fait selon la rec-
titude et longitude des fibres ner-
. ueux.
Doncques apres auoir fait l’incision
sur la sonde auec le rasoir tranchant
des deux costés,tu mettras dans la
playe l’vne de ces verges d’argent,
appelées conducteurs (pource qu’ils
seruent de guide aux autres instru-
mens que l’on veut introduire en la
vessie) laquelle en son extremitéa vue
petite eminence et rondeur, qui s’in-
sère et entre dans la cauité de la sonde
descrite cy deuant 2. Ladite verge est
marquée AA. Puis en faut couler vne
1 Aipsi qu’on l’a vu dans la note précé-
dente , Marianus recommande aussi une
petite incision , et Franco suit le même pré-
cepte; mais Paré est le seul qui en ait
donné une raison aussi mal fondée. J’ai en-
tendu des chirurgiens de notre temps re-
produire cette idée de Paré , et professer
que les déchirures guérissent plus vite que
les incisions. On ne saurait s’élever trop
fortement contre une assertion aussi dan-
gereuse qu’elle est mal fondée.
2 Paré oublie ici un des temps de l’opéra-
tion de Marianus. Après l’incision faite ,
l’opérateur « fait tenir à quelqu’un Je rasoir
dans la plaie même, tandis qu’il prend l’ex-
plorateur qu’il introduit dans la gouttière
de l’itinéraire, en le glissant sur les cotés du
rasoir légèrement incliné, et qu’il pousse
ainsi jusqu’à l’extrémité de la gouttière.
Quand il sera arrêté à cette extrémité, il se
trouvera dans la cavité de la vessie même;
et s’il y a de l’urine , elle s’échappera à tra-
vers l’explorateur. Cela étant fait, le chirur-
gien retiendra d’une main l’explorateur en
OPERATIONS DE CHJRVRGIE.
autre par dessus icelle , qui aura en
son extrémité vne cauitéet petite ho-
che comme vn fourchon, qui embras-
sera et coulera iusques à l’extremité
de la première. Ledit second conduc-
teur est marqué B1L
483
Puis on tirera hors la sonde, et se-
ront lesdits conducteurs poussés de-
dans le corps de la vessie, les tournans
sans dessus dessous : et alors on doit
mettre les cheuilles au pertuis d’icel-
les. Les autres où ne sont icelles che-
Les figures des Conducteurs sont telles, et en a
de deux Jaçons *.
place, et de l’autre main H retirera l’itiné-
raire hors de la verge. »
Cet explorateur ou guetteur, comme
l’appelle Franco , n’était autre qu’une sonde
d’argent à peu près droite, mais aplatie à
l’extrémité, de manière à offrir une sorte de
tranchant mousse, lout-à-fait propre à se
glisser dans la gouttière de l’itinéraire ou
cathéter. Telle «est au moins la description
qu’on peut en donner, d’après la figure de
Marianus Sanctus; franco ne l’a point re-
présenté.
1 Ces conducteurs ont été différemment
figurés par Franco , elles figures de Franco
ne s’accordent pas même tout-à-fait avec
celles de Marianus, du moins dans l’édition
d’QITenbach. Selon Marianus, c’étaient
deux stylets assez gros, en argent, sans ca-
vité intérieure ni extérieure, longs chacun
des deux tiers d’une palme, recourbés à
leur extrémité externe , droits dans le reste
de leur étendue. A l’extrémité externe était
attachée une petite clavette , comme celle
que l'on voit dans les figures de Paré , qui
s’introduisait de même dans un trou du
conducteur. Voici d’ai.lleurs comment Ma-
rianus enseigne à s’en servir.
« L’itinéraire retiré , il prend un des con-
ducteurs et l’introduit le long de l’explora-
teur, pour ne pas être exposé à quitter le
chemin de la vessie. Ce premier conducteur
introduit, il retire l’explorateur, devenu
désormais inutile , et porte le deuxième
conducteur dans la vessie en le glissant le
long de l’autre. Après quoi les saisissant
entre l’index et le médius, il ajuste les cla-
vettes, et les écarte l’un de l’autre assez
pour que l’ouvreur ou dilatatoire se puisse
loger entre eux. Il met donc entre eux le
dilatatoire , de façon que celui-ci les regarde
par ses côtés ( per costas ) , et le pousse
ainsi dans la vessie , par un effort continu
et uniforme , de peur que des variations
dans cette impulsion n’irritent la nature;
faisant cependant toujours attention à ceci ,
que l’un des conducteurs reste collé au côté
droit , l’autre au côté gauche du dilatatoire,
de façon que les côtes ( costœ ) de celui-ci
semblent glisser sur eux dans la vessie, et
qu’il n’est besoin de le pousser que pour
la petite portion de sa surface qui déborde
latéralement les conducteurs. »
Les deux chevilles ou clavettes avaient
pour effet, comme l’auteur l’explique très
bien, d’ empêcher les conducteurs de glisser
eux-mêmes dans la vessie , lorsqu’on pousse
LE QVINZ1ÉME LIVRE,
484
uilles sont plus aisées, etsontnommées
espées par ceux qui font telles opera-
tions. Puis seront fort serrées entre
les doigts de l’operateur, lequel puis
apres doit entre ses deux conducteurs
pousser auec violence dedans la ca-
uité de la vessie vn autre instrument
nommé bec de cune : puis l’ouurir des
deux mains, le tournant à dextre et à
senestre , çà et là, auec force, pour
dilacerer et aggrandir la playe tant
qu’il sera besoin, pour faire passage
et entrée aux autres instruments qu’il
faut encor y mettre. Tôutesfois , s’il
est possible de dilater assez la playe
et extraire la pierre par ce mesine
instrument pendant qu’il est dedans
la vessie, ce seroit bien fait ‘.
entre eux le dilalatoire, et qu’on ne les lient
qu’entre l’index et le médius.
Franco a figuré un conducteur tout-à-fait
arrondi et cylindrique, et un autre qui est
creusé d’une gouttière longitudinale. Celui-
ci devait entrer Je premier, sa gouttière
glissant sur l’explorateur, et servant plus
lard à faire glisser l’autre.
A. Paré supprimant l’explorateur, fait
glisser le conducteur à bec arrondi le long
de la gouttière du cathéter, et le conduc-
teur à fourche le long du cylindre du pre-
mier. Cette moditication, qui porte à la fois
sur la forme et sur le nombre des instru-
ments, ne peut guère lui appartenir puis-
qu’il n’avait jamais fait la taille; je répète
donc ce que j’ai dit dans mon introduction ,
que probablement il suivait ici les indica-
tions de Laurent Colot. Toutefois il faut
bien dire qu’il ne le nomme pas, et que tout-
à-l’heurc, en faisant allusion à une autre
forme du conducteur , il leur donne le nom
d'espées , d’après ceux qui /ont telles opera-
tions. De tout ceci force nous est de conclure
que le grand appareil était pratiqué en
France dès iSCi par d’autres que par les
Colot, et qu’il avait même déjà subi di-
verses modifications.
1 Voici une des plus notables modifications
du procédé de Marianus Sanclus. Celui-ci,
La figure du bec de Cane , cane en sa partie
extérieure , est telle.
Et aussi si on ne peut, et qu’il faille
dilater la playe d’auantage, la pierre
estant trop grosse, adonc faut vser de
cest instrument nommé dilalatoire ,
lequel ayant mis dedans la vessie,
sera pris par les deux bouts, les pres-
sant ensemble : par cela on dilatera
la playe tant qu’on voudra.
La figure d’vn Dilataloire clos *.
comme on l’a vu dans la note précédente ,
après les conducteurs introduisait le dilata—
toire ; Franco a suivi cette description , et
voici que l’aré recommande un autre instru-
ment, qui suffit quelquefois pour terminer
l’opération , mais qui d’autres fois demeure
insuffisant , et à défaut duquel il faut re-
prendre le dilalatoire de Marianus Sanctus.
Ces modifications du grand appareil n’ont
été notées par aucun historien.
1 Ce dilalatoire est le même que celui de
Marianus, reproduit par Franco, et la figure
est si nette, que toute description serait su-
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
Apres la dilacération et dilatation ,
tu le seruiras du bec de cane cy-des-
sus escnt, ou de cestuy quiest courbé *.
Tenailles en forme de bec de cane courbé.
Par icelles tenailles sera cherchée
la pierre, dilatant laplaye pour l’em-
poigner : et lors que l’operateur con-
noistra la pierre estre entre ces te-
perflue. Je noterai cependant que, dans
le chapitre assez long que Marianus con-
sacre à le décrire , il ne fait point mention
de ses côtes , costæ , dont il parle en détail-
lant le procédé opératoire, et que j’ai tra-
duite indistinctement par côtes ou côtés.
Voyez la note de la page 483.
1 Voici un nouveau changement dans les
instruments. iMarianus, et Franco qui le suit,
figurent des tenailles que le premier appelle
Forceps, et qui diffèrent essentiellement du
bec de cane droit, en ce que chaque cuiller
se termine par une pointe fort aiguë et re-
courbée. Manifestement ces pointes expo-
saient à blesser la vessie. Marianus décrit
longuement leur dimension ; Franco néglige
ces détails, d autant, dit-il, nue ce sont des
moindres poincts dudit art.
Les tenailles courbes sont une autre addi-
tion des opérateurs français. Je ne sais à qui
elles appartiennent: Franco n’en parle pas.
485
nailles , promptement faut lier les
branches d’icelles , et la tenir ferme-
ment, puis la tirer non tout à coup :
mais la faut tourner d’vn costé et
d autre , l’amenant dehors peu à peu
auecques la plus grande dextérité
que l’on pourra. Et ce faisant, se faut
garder de trop comprimer et estrain-
dre la pierre par lesdiis instrumens,
de peur de la comminuer et rompre
en pièces.
Aucuns, à tin qu’elle n’eschappe
d’entre les instrumens, mettent deux
doigts dedans le siégé, et gaignent le
dessus de la pierre : chose qui aide
grandement à la tirer, et que i’ap-
prouue. Les autres se seruent de ces
deux pièces appelées ailerons , et les
mettent à costé des tenailles : l’vne
dessus et l’autre dessous : puis les joi-
gnent ensemble , de sorte que la
pierre ne peut aucunement eschap-
per, comme tu vois par ceste figure.
Figure des filerons et de la pierre prise en
iceux auec le bec de cane *.
Les ailerons, que Paré appelait ailerons
LE QVIN7.1ÉME LIVRE,
486
Autre figure, où à V extrémité des ailerons y a
vne vis pour les mieux tenir , auec vne piece
de fer pliée , pour encor les serrer d’auan-
façje. Ladite piece est marquée A.
dans les éditions antérieu res à celle de 1585,
sont une imitation des laieres de Marianus,
que Franco appelle les latéraux. Ces latéraux
étaient d’uné construction vraiment pitoya-
ble, et les ailerons constituent à cet égard
En lieu des ailerons, on peut vser
d’vn bec de cane; et l'extraction en
un perfectionnement réel. Le but est d’ail-
leurs absolument le même. Voici ce que dit
Marianus :
« Cela étant fait (l’introdüelion du dilata-
toire enseignée tout-à-l’heure) on rapproche
les branches de l’instrument pour obtenir
une dilatation égale au volume de la pierre,
du moins autant que le médecin a pu le con-
jecturer par l’exploration ; et à travers
cette dilatation, on pofte dans la vessie les
tenailles, en les faisant glisser de même le
long des conducteurs; Les tenailles introdui-
tes, on retire les conducteurs , et on incline
les tenailles d’un côté et de l’autre pour
trouver et saisir la pietre ; et quand celle-ci
sera saisie , on continuefa à porter l’instru-
ment de côté et d’aulrè , et on l’extraira
sans apporter à cètte manœuvre aucune
violence , sous prétexte de se bâter. J’en-
tends parler des petites pierres , qu’elles
soient lisses ou épineuses ; mais si la pierre
est grande, l’extraction rt’èst plus aussi sim-
ple. Voici comment il faut agir :
» Lors donc qu’on t-ëêonnaîl le calctd si
volumineux, qu’il ne pourra qu’à grand’
peine ou même qu’il ne pourra jamais être
extrait par la dilatation, 11 faut d’abord lier
ensemble les branches des tenailles, de sorte
que là pierre ne puisse s’échapper de leurs
cuillers ; puis le médecin prendra les deux
latéraux, dont il introduira l’un par-dessous
les tenailles jusqti’à ce qu’il soit arrivé par-
dessus la pierre; l’autre sera introduit de
même pâr-dessus les tenailles. »
Ici suivent quelques détails qui ne pour-
raient être compris que par la figure de
l’instrument , et d’où il résulte que ces délit
latéraux ne faisaient pas seulement office de
deuxièmes tenailles, comme Francd semble
le croire, mais qu’en se joignant l’un à
l’autre , ils dilataient la plaie en avant de là
pierre, au degré que le chirurgien jugeait
convenable : vnurn cum aller o aggretjet (me-
dicus' et crucem vnam constituât, quatn tantum
poteril dilalare quantum ad extractionem lapi-
da necessariam esse presenserit far cette voie,
ajoute Marianus , on pourra extraire toute
pierre, quelque volumineuse qu’elle soit.
OPERATIONS fiE CÜfftvftfelE.
sera plus subite, ét auec înalnS de
douleur *.
La pierre tirée par les moyens fcy
dessus , il la faut diligemment regar-
der pour voir si elle est en quelque en
droit vsée et polie : ce qui se fait par
la collision , confriclion, et altrilion
d’vne ou de plusieurs autres pierres.
Toutesfois le signe le plus certain
( comme par cy deuant auons dit)
c’est la sonde, qui se peut faire à pré-
sent auec vn des bouts de l'instru-
ment descrit cy dessous : duquel tu
te seruiras , tant de sonde que de cu-
rette.
Figure d’vn instrument d’argent nommé Cu-
rette, propre pour l’extraction d’vne pierre ,
sonder s'il y en a d’autres , et aussi pour re-
cueillir et amasser le sable, sang coagulé, et
autres choses eslranges qdi seroient en la
vessie , la pierre tirée 1 2.
1 Cette phrase manque dans les premières
éditions, et se lit pour lâ première fois dans
celle de 1585.
2 Cette curette, invention française quant
au nom et quant à la forme, semble avoir
été faite pour remplacer les deux instru-
ments queMarianus décrit sous tes noms la-
tins AéKerriculum filÀbsiergeiis oü Cochlear.
Le verricùlum était un fil d’argent pareil
au mandrin de nos sondes, terminé par une
petite boule d’argent, pila artjéntea , qui ne
devait pas dépasser au plus le volume d’une
cerise. Le cochlear avait, suivant Marianus,
la forme de la cuiller des Turcs ; on en
aura une idée assez rapprochée, en se figu-
rant une spatule à extrémité large, garnie
d’un rebord soudé à angle droit avec la cir-
conférence elliptique de la lame. Marianus
nous apprend que les opérateurs vulgaires
appelaient le premier instrument buclon , et
c’est manifestement de là qu’est venu le
bouton des lithotomistes, tel que Paré le fi-
gure à l’autre bout de la curette. Franco a
4^7
Si paf icëltiÿ 011 cofinoisl en la ves-
sie y axioil- fÜitfëS pierrés, il les faut
tirer comme défiant : ët les ayant
ainsi tirées , ftidt riiëüfe en la vessie
1 antre bout qui est caüe en façon de
commis ici une erreur assCg gravé; trompé
par la méchante figure de MarianUs, il a Cru
que le verricùlum était ereüSé en ciiiller, et
lui-même l’a représenté et décrit avec cette
forme. Il ne donne même au lerrlbnlitfrt et
au cochlear d’autres synonymes français qüe
ceux-ci : le grand et le petit culier. Le texte de
Marianus ne pouvait cependant laisser de
doute. Èn effet , outre la description fort
claire de l’Ihstrutnehf , voici comment le
docteur romain en explique l’Usage :
« La pléfre étaiïteitraitejemédccin pren-
dra aussilôtlè t’érricn/nm, qu’on appelle aussi
buclon, l’introduira dans la vessie, et le pro-
mènera par la circonférence de ce viscère
pour rechercher s’il n’y aurait pas quelque
autre pierre, attendu qu’on en a trouvé
non pas Une ou deux , mais quelquefois qua-
tre et jusqu’à huit: ce que l’on reconnaîtra
facilement si le médecin, prenant dans sa
main le calcul déjà extrait , l’examine avec
diligence; s’il le voit comprimé d’un côté et
présentant là une facette polie comme par
usure, ce qui provient du frottement de deux
ou plusieurs calculs, il devra aussitôt en aller
chercher un second avec les tenailles, et
l’examiner à son tour pour voir s’il ëstsem-
blable au premier.
» S’il y avait plusieurs facettes, on jugerait
qu’il y a encore d’autres pierres dans la
vessie : Sinon on peut assurer qu’il n’en
reste plus. Cette assurance une fois don-
née, on prendra en dernier lieu Yabster-
gens ou cochlear, et le portant dans la ves-
sie , on ramènera au-dehors les caillots de
sang, en répétant cette manœuvre trois ou
quatre fois et plus s’il est nécessaire , et
prenant soin de ramener en même temps
tous les fragments que les tenailles auraient
pu détacher de la pierre, et qui devien-
draient le noyau d’une nouvelle pierre.
» Tout cela étant fait dans l’ordre indi-
qué, on est sûr d’avoir véritablement ter-
miné l’extraction de la pierre. »
488
LE QVINZ1ÉME LIVRE,
pueillier, et le tourner d’vn costé et
d’autre pour prendre et attirer les
choses estranges qui peuuent rester
en la vessie, comme sang coagulé et
arenes , qui puis apres seroient cause
de génération d’autres pierres.
Rembert de Douay , médecin de
l’empereur César, en ses observations
médicinales au liure 1. chapitre 44,
dit s’estre trouué douze pierres en la
vessie d’vn homme, dont la plus grosse
estoit d’vnenoix1.
Pour retourner à notre propos, où
la pierre seroit trouuée trop grosse,
et qu’il y eust danger de rompre et di-
lacerer le corps de la vessie , la vou-
lant tirer, il la faut rompre auec bec
de corbin, tels que ceux-cy2.
1 Cette citation manque dans les premiè-
res éditions , et a été intercalée ici en 1685.
2 Voici encore un nouveau témoignage
des travaux et des recherches de ces opéra-
teurs obscurs du xvE ou du XVIe siècle, qui
sont restés ignorés jusqu’ici, parce que les
historiens n’ont pas pris la peine de descen-
dre dans ces détails. A quelle époqueeut-on
l’idée de briser la pierre dans la vessie , lors-
qu’elle était trop grosse ? nous l’ignorons;
toutefois il est certain que ce fut avant Ma-
rianus Sanctus. Il a en effet son chapitre 12
qui est ainsi intitulé :
De frangente in curant non adrnitlendo.
« Ce serait ici sans contredit le lieu d’ex-
poser la forme et la manière d’agir de ce
qu’on appelle le brise-pierre (f rangeas) , si
son application n’était pas si périlleuse et
pour le patient et pour le mailre. Même entre
les mains d’un homme très exercé à l’opé-
ration , il expose le malade à la mort; c’est
pourquoi je n’en dirai mot. »
Quel était ce brise-pierre si redoutable?
Je n’oserais môme former aucune conjec-
ture à cet égard ; mais si les inciseurs vul-
gaires coüüuissaieDl le boulon, verriculum, la
La figure d’vn bec de corbin dentelé pour
rompre les pierres en la vessie , lequel ferme
à vis.
cuillère ( abstergens quod alii cochlcar nomi-
nant, dit Marianus), le brise-pierre, que
Marianus rejette, et que son maître Jean de
Romanis n’employait pas , enfin le crochet
de Celse, les tenailles de Gaddesden , et le
cathéter du chirurgien génois dont j’ai par-
lé dans mon introduction, que reste-t-il donc
pour mériter au procédé de Jean de Roma-
nis le titre de grand appareil? Ce que l’on
peut lui accorder en propre, c’est l’idée de
faire une très petite plaie à l’urètre, et de
dilater le col de la vessie ; et l’on voit que
déjà du temps de Paré, on avaitdes idées fort
nettes sur la valeur de celle dilatation pré-
tendue , et l’on savait qu’on ne dilatait
qu’en déchirant.
11 est assez remarquable que Franco, qui
avait lu Marianus, n’ait pas fait attention à
ce chapitre du brise-pierre , et ait donné
comme une idée nouvelle le broiement de
la pierre quand elle est trop grosse. Il n’y
avait là de nouveau, comme il a été dit, que
les tenailles tranchantes qu’il avait ima-
ginées pour cet objet.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
Autre hcc de corbin 1 .
CHAPITRE XLVI.
COMMENT IL FA VT PENSER LA PLAYE ,
LA PIERRE ESTANT TIREE.
Apres auoir ainsi tiré la pierre et
autres choses eslranges, si on voit
qu’il soit necessaire faire vn point ou
deux d’aiguille à la playe ( laissant
1 Ce dernier bec de corbin était le seul
représenté dans l’édition de 1564, et après
en avoir donné la figure , l’auteur ajoutait :
« Lequel a seulement trois dents, assauoir
deux en haut et vne en bas ; celle d’en-bas
sera située en sorte qu’elle entrera au milieu
des deux autres de dessus , et qu’elles soient
en pointe de diamant. Et l’ayant rompue et
mise en pièces, faut du tout mettre hors
les portions, et prendre garde qu’il n’y en
demeure aucune, pour le danger qu’il y
auroit , qui seroit que les fragments d’icelle
puis apres ne s’augmentassent et reprissent
ensemble , et feissent de rechef une grosse
pierre. »
Dans la première édition des œuvres
complètes, en 1575, Paré avait déjà ajouté
la figure de l’autre bec de corbin à cinq
489
seulement l’espace à mettre vne can-
nule ) il les faut faire, et faut que le
fil soit de soye cramoisie assez grosse
et forte, et vn peu cirée, de peur que
si elle estoit trop deliée, ne trancliast
la chair, et aussi qu’elle 11e se pour-
rist pour l’humidité de l’vrine , et
pour les excremens de la playe. Fai-
sant icelle couslure, sera pris assez
bonne portion de chair, qu’elle ne se
rompe et dilacere : à fin que la dou-
leur faite au patient par ladite cou-
ture n’ait esté faite en vain, et sans
aucun profit *.
Tout cela fait , faut mettre dans la
playe iusques à la vessie, vne tente
d’argent cannulée , de laquelle lu as
icy plusieurs figures.
( 'annules d argent pour sentir en lu plage,
l extraction de la pierre faite : dont lu en as
icy de plusieurs sortes , afin de les accom-
moder aux plages, et non pas les playes
aux connûtes a.
dents , mais i! avait conservé le paragraphe
qu’on vient de lire ; c’est en 1579 qu’il l’a
supprimé, l’on 11e voit pas pour quelle raison.
1 Marianus ne parle en aucune façon de
cette suture. — « Si la playe estoit trop
grande, dit Franco, on peult faire un poinct
ou deux d’aiguille , comme Guidon enseigne.
Il est vray que ie n’en ay iamais usé , ny veux
fuire , etc. — Ouvr. cité, p. 125.
2 Les deux figures de canules que je
LE QVINZIÉME LIVRE,
490
Par le moyen d’icelles le sang issu
de la playe et coagulé en la vessie, se
pourra ietter et purger, et aussi tout
donne en ce lieu sont extraites de l’édition
originale de 1564. Elles étaient suivies d’au-
tres figures qui 11e convenaient pas aussi
bien pour le but à remplir, et je ne sais
à quel propos A. Paré a supprimé les pre-
mières et conservé les autres dans toutes les
éditions de ses œuvres complètes. Voici
d’abord ces figures qU’ij avait conservées et
que j’ai cru devoir rcjetdr :
On comprend ’que les' trous nombreux
qui perforent les canules dans presque
toute leur étendue étaient inutiles d’abord, et
ensuite nuisibles, attendu que les chairs à vif
presseraient sur les trous et finiraient par y
pénétrer et s’y étrangler. Aussi Paré, dans
ses œuvres complètes, avait accompagné ces
figures d’une note marginale ainsi conçue :
Ces trbis lentes (la troisième n'était que la
répétition de la canule droite, et en consé-
quence a dû être supprimée) nedoiuent estre
trouées qu'en leurs extrémités, pour les raisons
dites cij aeuant.
Qu’était-ce que ces raisonsdites cydeüant?
Pour les trouver, il faut remonter jusqu’au
chapitre 33 du livre des pluyes en particu-
lier (voyez cl-devant page 102) , où déjà se
retrouvent les figures des mêmes canules,
avec la même ihdication qu’elles sont mal
construites. On ne conçoit pas en vérité
comment Paré a pu faire graver de telles
figures, puisque nulle part dans ses ouvra-
ges il n’indique un seul cas où elles con-
viennent, et on ne comprend pas davantage
comment il les a conservées dans toutes ses
éditions complètes. Riais ce qui est plus étran-
ge encore, c’est qu'il possédait les figures
gravées de ces véritables canules; qu’il
avait employé l’ùnè, la canule courbe,
autre excrement retenu en icelle: et
11e la luy faut tenir longue espace
de temps, de peur que nature ne s’a-
cheminast à ietter perpétuellement
l’vrine par la playe, et qu’il ne se üsl
vne fistule
El aux parties d’autour, faut mettre
vn repercussif tel que celuy qui s’en-
suit , pour reprimer le sang et la
fluxion qui pourroit estre faite en
icelle, à cause de la douleur.
If. Alb. ouor. num. iij.
Pulu. boli armen. sanguinis draconis
ana g . ij.
Olei rosati g . j.
Pii. lepor. quantum sufficit.
Fiat medicamentum ad formam mellis.
dans le chapitre 21 du livre déjà cité (voyez
ci-devant page 63) , et l’autre , la canule
droite, au chapitre 27 du même livre (ci-
devant page 87). A la vérité dans les deux
cas il veut qu’elles soient plates, tandis que
pour le pansement après la taille , elles
doivent ètté rondes; mais ce sont toujours
exactement les mêmes figures qu’il avait
données dans son édition de 1504 comme
canules rondes, devant être mises dans
la plaie après la taille ; et j’ai préféré don-
ner les instruments conseillés par l’auteur
en réalité , et rejeter dans les notes ceux
qu’il déclare expressément lui-inème ne
pouvoir pas servir.
J’ajouterai que RIarianus se tait sur ces
canules comme sur la suture. — Aucuns
y mettent vne tente , dit Franco, laquelle doit
estre percée. ..le n’ay point accouslumé y mettre
tentes, que bien peu souuenl. — Ouvr. cité,
p. 127.
I Ces mots : et qu’il ne se fist vne fistule, se
lisent pour la première fois dans l’édition
posthume cle 1598. Riais dans les éditions
antérieures, même dans celle de 1564, Paré
ajoutait ici cette note marginale qu’il est
essentiel de reproduire:
II faut tenir la cannule en la playe , ius-
Iques à ce qu’on voye que l'vrine seule isse d’i-
celle.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
CHAPITRE XLVlî.
DE LA SITVATION OVE L’ON DOIT DONNER
AV PATIENT L’OPERATION FAITE.
le patient sera posé en son lit, met-
tant dessous lui un sac plein de son,
ou paille d’auoine, à fin que l’vrine et
autres excremens s’y imbibent : et en
faut auoir plusieurs pour les changer
lors qu’il en sera besoin.
Quelquesfois apres l’extraction , il
descend du sang en grande quantité
dedans le scrotum , que si on n’y
donne bon ordre et prompt, auec re-
mèdes discutiens , consumons et des-
SCichans, la partie se toiirne én gâil-
gPene : ce qui se connoistra en trai-
tant la playe.
Et aussi quelques iours aptes, faut
faire iniection par la playe en la ves-
sie, faite des liqueurs qui s’ensuiuent;
Prenez eau de plantain, morelle, et eau rose,
avec un peu de rosat.
Telle iniection seruira pour modérer
l’intemperature qui peut estre en la
vessie, tant pour la playe que pour la
contusion des instrumens. L’iniec-
tlon s’ÿdoit ietter vn peu tiede, et non
actuellement froide *.
Et d’auantage aduient apres l’inci-
sion, que le sang coagulé , ou autres
' L’édition de 15G4 ajoute : auec telle
syringue.
Dès la première édition des Œuvres com-
plètes, la figure de la seringue fut suppri-
mée en cet endroit, et reportée au chapi-
tre 33 du livre des plages en particulier,
(voyez page 101 de ce volume), de même
que quelques unes des figures de canules
avaient déjà été reproduites au même cha-
pitre. Il aurait donc à la rigueur suffi d’y
renvoyer; mais j’ai voulu représenter en
regard du texte tous les instruments qui à
49 1
excremens, font telle obstruction au
conduit de la verge , que l’vrine n’y
peut passer , ou bien à grande diffi-
culté. Parquoi il leurconuient mettre
et laisser dedans la verge aussi vne
sonde pour quelque temps , à Gn que
l’vrine et autres excremens puissent
auoir issue par icelle l.
l’époque de Paré constituaient l'arsenal des
lilhotomistes , ou du moins de ceux qu’il
avait vus pratiquer.
Syriiigue polir faire injection en la vessie
par là platje , apres l’ extraction de ta pierre.
Q
' Ce dernier paragraphe formait le cha-
pitre 15 du Livre des pierres dans l’édition
de 1564, avec ce titre : Des moiens par les-
quels il faut remedier à la rétention d'vrine
gui vient apres l’operation. Ce titre a passé
dans les éditions complètes , mais en note
marginale ; et il y avait une autre note mar-
ginale servant de titre au deuxième paragra-
phe et ainsi conçue: Moyen ü’aiiiser au sang
492 le QVINZIÉME LIVRE
CHAPITRE XL VIII.
COMMENT IL F AVT TRAITER LA PLAYE
FAITE PAR INCISION.
Quand à la playe, elle se doit trai-
ter comme les autres playes recentes,
à sçauoir en la digérant , mondifiant
qui descend dans les bourses. Le lecteur a
déjà eu plus d’une occasion de se convaincre
que les titres imposés par A. Paré à ses cha-
pitres ne répondent pas toujours suffisam-
ment à leur contenu
Voici maintenant comment Marianus dé-
crit les premiers soins à prendre après l’o-
pération.
CHAPITRE XIX.
« De quelle manière il faut traiter la plaie,
prévenir les accidents, et comment il faut
situer le malade.
» La pierre étant donc extraite comme il
a été dit , avant tout l’opéré doit être délivré
de ses liens ; puis on appliquera un appareil
tout différent du premier, lequel se fera ainsi:
que l’opérateur prenne une bande, et l’ayant
conduite autour des reins, en croise les deux
chefs sur le pubis de manière à envelopper
les testicules et à les relever sur l’abdomen
autant que le faisait le serviteur, et cela
dans le but de distendre cette pellicule qui
est dans le péritoine (ad Itoc ut pellicula ilia
quœ est in perilonœo distendalur ; le sens est
ici excessivement obscur, peut-être faut-il
lire in perinœo), et de rapprocher plus facile-
ment les lèvres de la plaie. On évite aussi
par là que le sang, en cas d’hémorrhagie, ne
s’épanche dans les enveloppes des testicules
ou le scrotum, et n’en détermine la gan-
grène , ce qui serait une erreur plus funeste
que la première, et pourrait entraîner la
mort.... Le bandage appliqué, on fait lever
le malade eton le mène à son lit, où il se cou-
chera dans la position qui lui paraîtra la plus
commode pour reposer; toutefois le maître
étendra bien également sous ses fesses un
coussin rempli de son, pour absorber l’urine
et glutinant, et la conduire à cicatrice.
Aussi que le patient tienne les jambes
croisées l’vne sur l’autre , à fin que
l’vnion soit plustost faite.
Qu’il tienne diele iusqu’au septième
ou neufiéme iour. Surtout qu’il euite
le vin , s’il n’est fort debile : en lieu
d’iceluy vseras d’eau d’orge, ptisane,
hyppocras d’eau, bouebet, eau bouil-
lie auec syrop de roses seiches, ou de
qui filtrera par la plaie. Le malade étant
couché, on lui appliquera sur le ventre et
les membres inférieurs des compresses chau-
des, pour garantir la plaie des accidents qui
pourraient survenir pour cause de froid ; et
ces précautions prises, on abandonnera la
plaie à la nature, sans nul médicament; la
nature y veillera en effet avec plus de dili-
gence que jamais ne saurait le faire le chi-
rurgien , car en toute maladie c'est la na-
ture qui guérit, et le médecin n’en est que
le ministre. »
On voit que Paré a aussi été frappé du
danger de l’épanchement du sang dans le
scrotum ; mais il n’enseigne qu’à y remé-
dier, tandis que Marianus s’occupe de le
prévenir. Pour le pansement de la plaie,
Marianus l’abandonne à la nature; Paré,
comme on le verra au chapitre suivant,
veut que le chirurgien la traite comme les
autres plaies, c’est-à-dire avec des médica-
ments. Ils different aussi dans la position à
donner au malade , et enfin dans les moyens
de remédier aux caillots de sang accumulés
dans la vessie. Paré introduit une sonde
dans l’urètre; Marianus, à son chapitre 21 ,
parle ainsi de cet accident.
« Que s’il y a des caillots de sang dans
la vessie (ce que l’on reconnaît par la réten-
tion d’urine , et à ce que , quand on en rend
avec effort, il sort en même temps un peu
de sang caillé comme du volume d’une
mouche , et enfin parce que l’hypogastre
est gonflé), à l’apparition de ces symptômes
il faut injecter par la plaie dans la vessie, à
l’aide d’une seringue , une lotion composée
avec du vinaigre, du sel et de l’urine
humaine, suivant qu’on présumera que le
sang est en caillots denses et durs ; en effet,
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
4g3
capill. veneris , et leurs semblables.
Pour son manger vsera de panade ,
raisins, pruneaux, poulets cuits auec
semonces froides, laitue, pourpier,
ozeille, bourrache, espinars, et autres
semblables.
Et s'il n’a bon ventre , vsera de
casse recentement mondée, clysteres,
et autres choses qui luy seront neces-
saires, tousiours selon l’aduis du
docte médecin, s’il est possible le re-
couurer K
celte lotion a une vertu incisive qui le liqué-
fiera, et réduira le caillot en menus gru-
meaux. Si cela ne suffit pas pour le faire
sortir, on introduira par la plaie le verri-
cttlum ou bucion, pour ramener au-dehors
tous les caillots de sang, sans douleur pour
la vessie, ce qui est par-dessus tout à éviter:
car 'irritation de la vessie prostrerait tel-
lement la nature, que nul remède ensuite
ne serait capable de la relever. »
A. Paré a oublié de traiter de l’hémor-
rhagie trop abondante; Marianus s’en occu-
pe au même chapitre :
« Et attendu que quelquefois le sang
pourrait couler, on le réprimera avec des
compresses pliéesensix doubles et imbibées
de sel, qu’on appliquera autour de la plaie.»
L’auteur s’élève à ce propos contre l’er-
reur des chirurgiens qui appliquaient des
réfrigérants sur la plaie même; ce n’est pas
sur le lieu par où le sang s’écoule que les to-
piques répercussifs doivent être mis, mais
au voisinage, suivant le mot d’Hippocrate :
In liis vero oporlel frigido uli lindè sanguis
fluere futur us eut , non super loca , sed circa
ea. « Si cela ne suffit pas, ajoute-t-il, on
appliquera des ventouses sur les hanches et
les cuisses, coxis et femori ; » et enfin si
l’hémorrhagie était trop considérable, il ren-
voie au chapitre spécial qu’il a consacré à
l’hémorrhagie dans son compendium.
1 Le chapitre 20 de Marianus règle le régi-
mc;il est assez curieux pour le reproduire ici:
chapitre xx.
Du régime.
« 11 est necessaire après avoir mis l’opéré
CHAPITRE XI. IX.
DES MOYENS DE GVERIR LES VLCERES
PAR LESQVELLES LONG I EMPS APRES
l'extraction de la pierre, l’vrine
PASSE ENCORE.
Et d’abondant il te faut icy noter,
qu’à d’aucuns hommes, apres leur
auoir tiré la pierre, l vlcere par où la
en bonne situation de lui prescrire un ré-
gime, attendu que l’homme ne saurait se
nourrir sans aliment; c’est pourquoi nous
allons dire ce qu’il faut donner en pareil
cas et ce qu’il faut éviter. Le premier jour
on fera prendre du pain trempé dans du
bouillon de poulet sans sel , et du vin bien
coupé d’eau , car il est absolument mauvais
et mortel de boire de l’eau pure ou bouillie. T.e
deuxième jour il pourra manger avec une
certaine modération ou d’une poule ou du
mouton , du veau et du chevreau, et à peu
près tout ce qui est d’une facile digestion et
d'une bonne alimentation, en fuyant lesgros-
ses viandes, comme le bœuf, la vache, le buffle,
les oiseaux de marais; il faut surtout s’abste-
nir rigoureusement de tout ce qui pourrait
reproduire la pierre, comme serait le poisson,
les fruits acides et encore verts , le pain
sans levain , le pain mal cuit, le fromage
nouveau , le vin gros et trouble , aussi l’eau
trouble, et tous les aliments visqueux de
difficile digestion et donnant un mauvais
chyme; par-dessus tout il faut éviter l’excès
dans le manger et le boire: et si par hasard
il était pris dans la nuit d’une soif avide,
afin d’user d’une certaine tolérance, il com-
mencera par manger une rôtie de pain bien
fermenté , trempée dans du vin, qu’il fera
suivre d’un verre de vin bien arrosé d’eau
pure et bouillie. Voilà l’ordre qu’il suivra
durant huit jours, après quoi il reviendra
à son régime ordinaire, faisant toujours
attention à ceci : qu’il faut éviter l’eau comme
une chose pernicieuse et comme la calamité de
la vie humaine. »
C’est l’auteur qui a mis ces passages en
LE QVINZ1ÉME LIVRE ,
La figuie des tenons est telle.
494
pierre a passé , ne se peut consolider,
et par icelle continuellement l’vrine
sort inuolonlairement : dont demeu-
rent tout le reste de leur vie en
grande douleur et fascherie , si ce
n’est par l’aide du chirurgien expert.
Lequel doit couper la callosité des lé-
ures de la playe, et faire comme si c'es-
toit vne playe toute nouuelle : puis
ioindra les léures de l’vlcere, lesquel-
les seront pincées et serrées auec cest
instrument nommé tenon, auquel sont
trois trous , par lesquelles on mettra
des aiguilles au trauers, en compre-
nant assez bonne portion de chair :
puis tu lieras les aiguilles autour du-
dit instrument, et appliqueras vn mé-
dicament glutinatif, comme tereben-
thinœ venelœ, gummi elemni, sangumis
i traçant s boit armenici. El au bout de
cinq ou six iours , faut psler les ai-
guilles et ledit instrument , et trou-
ueras l’vlcere presque glutinée , puis
paracheueras de la cicaltiser '.
italique, et l’on se demande en lisant de pa-
reilles choses si jamais il avait lui-même
pratiqué la taille. Paré recommande au con-
traire de ne pas donner de vin , et Franco
avant lui avait déjà insisté sur le même
précepte , et blâmé Marianus d’avoir donné
le précepte opposé.
Ce qui est plus fort que l'amour du vin chez
Marianus , c’est l’horreur de l’eau. On a pu
en juger par les passages mis en italique;
au chapitre suivant où il examine les acci-
dents qui peuvent suivre, savoir la consti-
pation qu’il combat par des lavements laxa-
tifs, l’hémorrhagie, les caillots dans la vessie,
les chairs molles qui naissent sur la plaie,
et enfin la fièvre , il recommande contre le
mouvement fébrile des sirops appropriés,
des lavements , et il déclare préférer à tout
cela la diète simple; mais il revient sur le
défaut de donner de l’eau au malade , et il
ajoute que le médecin doit dans ce cas évi-
ter l’eau comme la peste , tuiiquum pesos à
medico fugienda est.
i Ni Marianus ni Franco ne parlent de
A. Monstre le grand tenon.
B. Le petit, lesquels lu choisiras à ta
commodité.
Et si tu q’auois tels instruments, tu
pourras en leur lieu vser d’autre ma-
uiere, que i’approuue beaucoup, et
qui est aussi plus aisée , comme s’en-
suit. Il faut prendre deux petits
tuyaux de plume, de la longueur et
vu peu plus que ne sera l’vlcere, et
les mettre au coslé d’icelle, et passer
ces fistules, et je ne trouve l’indication de
leur traitement dans aucun auteur antérieur
à Paré. Voici tout ce que dit Marianus,
chap. 21 :
« Lorsque le malade aura passé trois ou
quatre jours sans accidents, alors toute l’at-
tention du médecin se tournera vers la plaie;
s’il s’y développe des chairs molles qui
nuisent à la consolidation, on appliquera
de la poudre d’alun de roche brûlé, ou de la
poudre de coquilles de mer brûlées au four;
car il n’est rien de meilleur et qui réussisse
mieux à consolider les plaies de cette na-
ture. »
Il recommande ici spécialement certaines
coquilles qui viennent de Tarente, et dont
on nous permettra sans doute de passer la
description sous silence.
OPERATIONS
les points au trauers d’iceux auec la
chair , ei faire Je nœud du fil sur
iceux, taisant tant de points d’aiguille
qu il sera besoin. Par ces moyens
1 vlcere se rcioindra sans que la chair
se rompe , qui se leroit à cause des
points d’aiguille.
CHAPITRE E.
LA MANIERE DE TIRER LES PIERRES
AVX FEMMES1.
Or apres auoir ainsi escrit tout par
le menu de la curation de la pierre
aux hommes par l’operation ma-
nuelle, maintenantiedeclareray aussi
la maniéré comme il faut secourir les
femmes.
Et premièrement, les signes pour
connoistre les pierres és femmes, sont
tels qu’aux hommes, mais plus aisés à
estre conneus par la sonde , à raison
( comme nous auons dit cy deuant )
qu’elles ont le col de la vessie plus
court, et plus large, et plus droit que
les hommes. El partant on peut faci-
lement connojlstre s’il y a pierre, met-
tant la sonde en leur vessie, ou les
doigts dedans le col de la matrice, les
esleuant vers finterieure partie de
1 os pubis ou le penii : et ce faisant on
DE CHIRVRGIE. ^5
trouuera facilement s’il y a pierre ou
non : et doiuuent estre en mesme si-
tuation que les hommes.
H faut icy noter que les filles 11e
peuuent estre sondées par le col de
leur matrice, si ce n’est qu’ellps soient
aagées de six à sept ans, sans grande
violence. Parlant , pour leur tirer la
pierre, il y faut procéder comme aux
enfans masles , en mettant les doigts
dedans le siégé : et ayant trouué la
piene, on la doit amener en pressant
sur le petit ventre auec les doigts, et
l’amener vers le col de la vessie : puis
l’extraire comme nous auons dit aux
masles.
Et où la fille seroit assez aagée
pour permettre ( sans violence ) met-
tre les doigts dedans le col de sa ma-
trice , comme on fait aux femmes ,
1 œuure se feroit plus commodément
que de les mettre en dedans le siégé -,
à raison que la vessie est bien plus
près de 1 amarry que du boyau cul-
lier, comme ainsi soit que ledit amarry
soit situé au milieu entre l’vn cl l’au-
tre. Et apres on mettra vne sonde de-
dans le col de la vessie, laquelle doit
estie semblablement caue en sa par-
tie extérieure, comme celles qui ont
esté par cy deuant figurées : mais ne
seront courbées, ains toutes droites,
comme tu vois par ceste figure.
Sonde pour faire incision au col de la
vessie, pour extraire les pierres aux femme».
' La première partie de ce chapitre paraît
empruntée au chap. 24 de Franco , de la cure
de la pierre aux femmes , et le texte de Fran-
coest bien plus complet. Il faut noter cepen-
dant que Paré est le premier qui ait appli-
qué la sonde cannelée droite à la taille chez
la femme; mais ce qui donne surtout de
1 intérêt à ce chapitre , c’est la description
du beau procédé deCollotquel’on ne trouve
nulle part ailleurs.
1 La phrase s’arrêtait ici dans l’édition de
1564 et dans celle de 1575; elle a été com-
plétée en 1579.
LE QV1NZ1ÉME LIVRE ,
496
Et sur icelle sera faite incision , et
procédé à extraire la pierre , comme
nous auons dit par cy douant aux
masles. Puis faut dilater la playeauec
le dilatatoire , plus ou moins, selon
qu’il en sera besoin, ayant esgard que
le col de leur vessie est court : parlant
ne faut tant dilater, de peur de lacé-
rer le corps de la vessie , car apres
ne pourroient tenir leur vrine. Et
ayant dilaté auec dilacération, le chi-
rurgien mettra vn ou deux doigts par
dedans le col de la matrice , et pres-
sera le fond delà vessie : puis y mettra
par la playe des crochets ou tenailles,
et d’icelles prendra la pierre : et de ses
deux doigts qui seront dans le col de la
matrice, tiendra fermement la pierre
contrainte etarrestée par derrière, de
peur qu’elle ne recule. Et ainsi sera
plus facilement tirée et mise hors.
Autres praticiens opèrent en autre
façon à l’extraction des pierres aux
femelles : comme i’ay veu plusieurs
fois faire à maistre Laurent Collot,
chirurgien ordinaire du roy, etmes-
mement à ses deux enfans , les plus
excellens et parfaits ouuriers en leur
vocation qu’il est possible de trouuer
de nostre temps , et croy que par cy
deuant y en a eu peu de tels. C'est
que nullement ne mettent les doigls
dedans le siégé, ny dedans le col de la
matrice : mais se contentent de mettre
les conducteurs dessus mentionnés ,
dans le conduit de l’vrine : puis apres
font vne petite incision tout au des-
sus, et en ligne droite, de l'orifice du
col de la vessie, et non à costé, comme
on fait aux hommes , à fin que puis
apres l’vnion se face mieux. Puis font
couler les tenailles caues en leur par-
tie extérieure , figurées au chapi-
tre 45. entre les deux conducteurs,
dilalans et dilacerans tant qu’il est
necessaire, pour donner passage à la
pierre , laquelle par mesines moyens
est tirée hors la vessie. Le reste de la
cure se fera comme nous auons cy
dessus monstré à celles des hommes1.
Et s'il suruenoit quelque vlcere au
col de la matrice , par la dilacération
faite en l’extraction de la pierre, on
pourra vser du Spéculum malricis
pour dilater le corps d’icelle matrice,
à fin de mieux appliquer les remedes
qui sont necessaires 2.
1 C’est là le procédé attribué de notre
temps à A. Dubois par des écrivains qui n’a-
vaient pas lu Paré , ou qui l’avaient lu dans
de mauvaises éditions. Ainsi le savant et
consciencieux Deschamps, dans son Traitédc
la taille , attribue à Colot un procédé tout
contraire à celui qu’on vient de lire ; il a lu :
tout au-dessous et en ligne droite de l’orifice du
col de ta vessie, au lieu de tout au-dessus, et il
cite pour garant l’édition de Lyon de 164 1.
Rien de plus facile assurément que l’addition
ou la suppression d’une lettre , et l’on voit
quel danger cela peut entraîner. Il suffisait
sans doute de dire que toutes les éditions
faites du vivant de Paré portent: au-dessus,
et que la traduction latine, à l’abri de tout
équivoque, dit: mox stiprà incisionem reclam
moliunlur , ad perpendiculurn osculi cervicis
vesiecc. Mais j’ai voulu rechercher quelles
éditions avaient commis la faute , et je n’ai
trouvé que la dixième.
2 L’édition de 1564 donnait ici la figure
de deux spéculums que nous retrouverons au
chapitre 86 du livre de ta Génération, avec
une note qui regarde leur usage. Et après
ces ligures et cette note, l’auteur ajoutait:
« Et icy ferons fin de l" extraction des
pierres , admonestant ceux à qui on tes aura
lirees qu'ils tiennent bon régime , à Jin qu'il
ne s’en engendre d’autres , euilanl choses qui
grandement eschauffenl le sang, et les viandes
de gros suc, visqueux et glulineux. »
Là en effet se terminait le livre des Pierres;
et je ne sais pourquoi ce précepte a été re-
tranché lorsque, dans ses OEuvres com-
plètes, Paré a fait entrer ce livre primitif
dans le livre nouveau des Operations,
OPERATIONS DE CH1RVRGIE.
CHAPITRE LT.
DE LA SVPrUESSION OV RETENTION
D’VRINE PAR CAVSES INTERIEVRES 1 .
Outrelescausesdeclarées cy deuant
de la difficulté d’vriner, il y en a en-
cores beaucoup d’autres qui sont bien
necessaires estre conneues au chirur-
gien : et partant il me semble bon
en escrire de ce que i’en ay veu et
conneu par expérience et raison.
Parce que la pluspart des chirurgiens,
et autres, lors qu'ils voyent vne diffi-
culté d’vriner, ils pensent prompte-
ment la cause venir des pierres, à quoy
le plus soutient se trompent : et par-
tant vont incontinent et sans discré-
tion ordonner choses diurétiques, les-
quelles sont causesdegrandsaccidens,
et le plus soutient de la mort des
pauures malade, comme nous mons-
lierons présentement.
Les causes de la rétention d’vrine
sont plusieurs , à sçauoir , intérieure
et extérieure : intérieure , comme
quelque sang coagulé, verrues , peti-
tes eminences de chair procréées és
1 Ce chapitre formait dans l’édition de
I5(M deux chapitres, tous deux notés par
erreur chapitre 1 , d’un livre spécial, inti-
tulé de la suppression d’vrine. Ce livre conte-
nait 17 chapitres , qui tous ont été transpor-
tés dans le livre nouveau des opérations, lors
de la première édition des œuvres com-
plètes.
Le l*r paragraphe du chapitre actuel
constituait le 1er chapitre du livre en 1564,
avec ce titre : De la suppression d’vrine ; i 1 n’a
rien été changé au texte. Tout ce qui vient
après faisait l’autre chapitre, intitulé :
Des causes internes de la rétention d’vrine : ils
ont été. réunis en seul dès 1575; mais ce
n'est qu’en 1579 que le titre a été rédigé
comme on le lit actuellement.
497
voyes de l’vrine, ou ( comme nous
auons dit) pierres et arenes : ou que le
patient aura eu vne grande fiéure ar-
dente qui aura consommé la sérosité de
la masse sanguinaire : ou par grandes
sueurs, ou /lux de ventre, ou tous deux
ensemble 1 : ou pour quelque ventosité
ou inflammation et aposteme l'aile
aux parties dediées à l’vrine , ou aux
parties proches et voisines , comme à
l’intestin rectum, auquel se peut faire
vne inflammation, à cause de laquelle
ledit intestin tuméfié et douloureux
fera vne rétention d’vrine, au moyen
que la vessie est pressée de l’inflam-
mation et tumeur, aussi pour la con-
nexion et voisinage que la vessie et
l'intestin ont ensemble. Semblable-
ment pour le vice du foye , ce qu’on
voit aux hydropiques qui nepeuuent
vriner : ou vice de faculté segrega-
trice du sérum abolie : par quelque
intempérie des reins 2 : aussi par le vice
de la faculté animale, comme l’on
voit aux maniaques, léthargiques,
apoplectiques , paralytiques, et aux
spasmes. Semblablement la pituite et
autres humeurs froids , gros et vis-
queux, se peuuent purger de tout le
corps par la vessie : et iceluy humeur
passant par les voyes de l’vrine , fait
quelquesfois telle obstruction, qu’il
empesche que l’vrine ne peut passer.
Aussi pour auoir retenu trop longue-
1 Les cinq lignes en italique, qui pré-
cèdent à partir de ces mots : ou que lepatient,
etc., se lisent dans toutes les éditions faites
du vivant de l’auteur , et ont été retran-
chées à partir de la première édition
posthume. Je présume que ce retranche-
ment est le résultat d’une erreur d’impres-
sion ; et toutefois jen’ai pas voulu rétablir le
texte, sans en tenir le lecteur bien averti.
2 Ce membre de phrase depuis les mots.
ou vice de faculté segregatrice, manque dans
l’édition de 1564.
II.
32
49° LE QVtNZIÉMÊ LIVRE,
ment l’vrine, parce que la vessie es-
tant extrêmement pleine ne peut sor-
tir, à cause que le conduit est estreci,
et rendu plus angusle : ioint que la
vertu expultrice ne peut comprimer
la vessie pour ietler ce qui y est con-
tenu, à raison de la grande dilatation
d’icelle, et de la douleur qui débilité
et abbat incontinent toutes les vertus
de la partie assiégée 1 : et partant il se
fait entière suppression d’vrine : ce
qu’on a veu aduenir à plusieurs.
Et encores n’agueres à vn ieunc ser-
uiteur qui reuenoit des champs , me-
nant en croupe vne bonneste damoi-
selle , sa maistresse , bien accom-
pagnée : et estant à cheual luy print
vouloir de pisser : toutesfois n’osoit
descendre, et moins encores faire son
vrinc à cheual. Et estant arriué en
ceste ville , voulant pisser , ne peust
nullement : et auoit de très grandes
douleursetespreintes, auec vne sueur
vniuerselle, et tomba presque en
syncope. Et alors fus en noyé quérir :
et disoit-on que c’estoit vne pierre
qui l’engardoit de pisser : et estant
arriué luy mis vne sonde dedans la
vessie, et pressay le ventre : et par
ce moyen pissa enuiron vne pinte
d’eau : et n’y trouuay aucune pierre,
et depuis ne s’en est senti.
D’auantage les vieils ont grande
difficulté de ietter leursvrines, parce
que les parties dediées à l’vrine
sont llestries , desseichées, et retirées,
et ont la vertu expultrice foible et
debile : et quelquesfois aussi ne la
peuuent retenir, parce qu’elle est
acre et mordante'2.
1 Ces mots, et de la douleur qui débilité,
etc. , manquent dans l’édition de 1564.
2 Ce paragraphe a été ajouté ici en 15S5;
l’édition de 1564 et celle de 1675 portaient
en place :
Outre plus, d’vne pleurésie suppurée dans le
CHAPITRE LII.
Discovns de l’avthevr dv sang et
PVS QVI PEWENT ESTRE EVACVÉS
PAR LES VRINES1.
Cela est accordé entre les médecins
et chirurgiens tant anciens que mo-
dernes , qu’il peut sortir par la verge
du sang et du pus séparément, et aussi
meslés ensemble : lequel vient ou de
la verge , de la vessie, des vreteres ,
des reins , du foye , râtelle , mezen-
tere, pancréas, intestins , et de la ma-
trice : ou des parties plus hautes qui
sont sur le diaphragme , comme du
poulmon et poitrine, du cœur, ou
des bras , ou de quelque autre partie,
voire de toute l’habitude du corps.
Pour connoistre de quelle partie il
vient, il faut considérer le lieu de la
douleur, la couleur et odeur de ce
qui sort, et des accidens qui ont pré-
cédé ou sont encore presens, comme
douleur et fiéure, et autres, et du
temps que ceste descharge s’est faite :
aussi le fera la quantité et qualité du
pus. Telles choses demonstreront le
lieu d’où s’escoule le pus.
Car s’il vient des poulmons, ou
d’vne empyéme , ou du foye , ou de
thorax, la sanie est souuenles fois enuoyée et
purgée par les vrilles.
Ce qui semblait servir de transition au
chapitre suivant. Ce paragraphe lut retran-
ché dans l’édition de 1570, et le chapitre se
terminait alors avec l’histoire du ieune ser-
uiieur.
1 Ce chapitre faisait le deuxième du Livre
de la suppression d’vrine en 1564, et il avait
été simplement reproduit avec son texte pri-
mitif en 1575 et 1579; mais dans l’édition
de 1585, il fut amplement augmenté et
reçut le litre qu’on lit encore aujourd’hui.
Dans les éditions précédentes , il était inti-
tulé : Digression de l’autheur.
OPERATIONS DE CHIRVRGIli.
la râtelle , et en grande abondance ,
sera conneu ne procéder des reins :
parce que telle quanlité ne peutestre
contenue en iceux. Ioint que lors qu’il
vient du foye , ou d’autres parties
situées sur le diaphragme, le pus est
bien plus exactement meslé auec l’v-
rine , qu’alors qu’il vient des reins ou
de la vessie.
S’il vient seulement de la verge ,
le pus sera ietté pur sans l’vrine. Or
il vient de la verge pour quelque
aposteme qui y sera faite , ou de
quelque carnosité,ou d’vne chaude-
pisse.
S’il vient de la vessie vlcerée, il sera
meslé et ietté auec l’vriue : mais à la
fin, apres auoir pissé, il est ietté sans
l’vrine,et si sera fetide, d’autant qu’il
sort d’vne partie membraneuse : et si
on y trouue dejietites escailles furfu-
reuses, la vessie sera rongneuse. Pa-
reillement quand on voit vn sédiment
ou lie espaisso et visqueuse, comme
mucilage et blanc d’œuf meslé auec l’v-
rine , et que promptement il aille au
fond, cela monstre qu’il a sa généra-
tion en la vessie : et telle chose se fait
ordinairement pour vne pierre qui
sera eu la vessie. Hippocrates dit, que
si quelqu’vn pisse pus ou sang, ou es-
cailles auec mauuaise odeur, cela
monstre la vessie estre vlcerée *.
Si les vreteres ou reins sont vlcerés,
le pus ou sang sort par la verge.
Galien escrit que le pus de l’apo-
steme du poidmon receu par l’artere
veineuse au senestre ventricule du
cœur , de là en la grande artere , et
d’icelle en l’emulgente du rein, peut
passer par les vrines2.
Monsieur Houlier sur le commen-
taire de l’Aphor. 75. liure 4. dit ,
1 Aphor. 81. — A. P.
2 Au 4. cil. du 6. liure de loc affect. —
A. P.
499
qu’vne notable femme par l’espace de
quatre mois entiers pissoit de la boue,
et quelquesfois du sang auec, à cause
de l’acrimonie qui corrodoit quelque
veine. Les médecins la traitèrent
comme si les reins eussent esté vlce-
rés, parce que par interualle elle y
sentoit grandes douleurs : et mourut
le quatrième mois. Estant ouuerte,
on trouua les reinset la vessie en leur
entier : mais il fut trouué deux pier-
res en son cœur, et plusieurs apo-
stemes, lesquelles se purgeoient par
les vrines , et en passant par les reins
causoient douleur.
Galien dit que les menstrues rete-
nues sont iettées par l’vrine, laquelle
se trouue sanguinolente , et quel-
quesfois espaisse et noire comme
encre, ce que i’ay veu. La pituite et
autres humeurs froids et visqueux se
peuuent semblablement purger par
les vrines , et par les hémorroïdes.
Or maintenant il nous faut parler
du sang qui est ietté en la vessie, et de
là en la verge. Telle chose se fait, pour
ce que les hémorroïdes ou menstrues
sont supprimées, ou pour quelque
grande plénitude de sang contenu aux
veines , péchant en quanlité et qua-
lité, ou les deux ensemble, lesquelles
se repurgenl par les veines emul-
gentes aux reins , et de là par les
pores vreteres à la vessie : ou à cause
d’vne imbécillité du foye, ou des
veines mezaraïques , ou d’autres par-
ties : ou pour vne imbécillité des
reins , lesquels ne peuuent assimiler
le sang enuoyé pour leur nourriture :
ou par attrition et fray d’vne pierre
contenue ausdits reins. Ce que ie
sçay véritablement pour l’auoir veu
à plusieurs.
Aurelianus docte médecin dit , que
l’on pisse le sang tout pur, pour auoir
vsé interapestiuement de Venus. Et
000 LE QVINZIEME LIVRE
tout ainsi que par certain temps les
mois aduiennent promptement aux
femmes , et aux hommes des hémor-
roïdes : ainsi il se fait vn amas de
sang au corps, lequel se repurge quel-
quesfois par les reins , et d’iceux à la
vessie , sans qu’il y ail ruplure d’au-
cun vaisseau : au moyen de quoy les
vrines sont cruentes et sanglantes.
Pour auoir pris aussi du poison,
comme cantharides, ou autres choses
semblables.
11 y en a qui pour auoir esté trop
long temps à cheual, ont pissé le
sang : ie le sçay par moy-mesme, al-
lant en poste au camp de Parpignan,
estant près de Lyon ie pissois le sang
tout pur. Toulesfois à la vérité on ne
doit dire pisser le sang, quand il sort
de la verge pur , mais se doit dire
émission de sang.
Le sang sort pareillement auec les
vrines par diapedese ou anastomose
des vaisseaux, et alors il ne sortira
pur, mais les vrines seront seulement
teintes.
D’auantage le sang sort par inci-
sion des veines promptement et en
abondance et en \ rinant : comme
i’ay escrit cy deuant de défunt mon-
sieur de Martigues, qui fut blessé d’vn
coup de harquebuse à laprise du chas-
teau de Hedin, au milieu du thorax,
où tout subit ietta le sang par la
playe , la bouche et par les vrines et
selles, et mourut bien tost apres.
Monsieur Selecgue, Allemau, co-
lomnel des reistres, eut en ceste ville
vn coupd’espée au trauers le ventre,
dont incontinent ietta le sang par la
verge, le siégé, et par ses playes : et
non seulement le sang, mais aussi la
matière fecale. Il fut pensé par mon-
sieur de la Corde, médecin célébré et
docteur à Paris, et monsieur Pigray,
chirurgien ordinaire du roy, et moy^
et Dieu le guarit. l’ay veu plusieurs
qui ont eu semblables playes qui ont
reschappé, et d’autres de bien petites
qui en sont morts.
Or quant au pus qui est ietté des
bras parles vrines, cela sera demons-
tré par ces deux histoires *.
I’ay veu monsieur Sarret, secré-
taire du roy, auoir vn coup de pistolle
au bras dextre : à sa playe suruin-
drent plusieurs accidens et aposte-
mes, desquelles sortait bien grande
quantité de boue, et par quelques
iours n’en sortoit que bien peu : et
alors la ieltoit par le siégé et par ses
vrines : et quand ses vlceresiettoient
beaucoup, on ne voyoit ny par les
selles ny par les vrines aucune appa-
rence de boue. Et fut guari grâces à
Dieu, et est encore à présent viuant.
Monsieur Houlier, docteur regent
en la faculté de medecine à Paris,
Germain Cheual, et maistre Rasse,
chirurgiens iurés, hommes excellens
en la medecine, et moy, auons pensé
vn gentilhomme nommé monsieur
de la Croix , qui fut blessé d’vn coup
d’espée au bras senestre, auquel ad-
uint pareille chose : loutesfois il mou-
rut, Or maistre liasse disoit qu’il es-
toit impossible que la bouë peust
prendre vn si long chemin pour estre
vacuée : ioint qu’elle ne pouuoit pas-
ser par les veines sans qu’elle ne fust
meslée auec le sang, et partant qu’elle
pouuoit pluslost venir du mezentere
ou des intestins, et non du bras ou
1 Toutcequi précède a été ajouté en 15S5;
dans les trois éditions de 1664, 1675 et 1579,
le chapitre commençait ainsi :
Je le veux icy racompler deux exemples
merueilleux de la prouidence de nature en
l’expulsion des choses qui lu peuuenl blesser et
offenser , ce que lu coynoislras parles deux
histoires saluantes. l'ay vu Monsieur Sar-
rel, etc.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE. 5ol
de quelque autre part. le disois au
contraire qu'elle venoit du bras, à
raison que lors que ses vlceres iet-
toient grande quantité de sanie, il
n en sortoit nullement par en bas.
Monsieur Houlier estoit de mon par-
ty, disant que les anciens auoient
laissé par escrit telle chose se pouuoir
taire : et ce qui nous mettroit d’ac-
cord, seroit que lors que ledit de la
Croix seroit mort, qu’on regardast
en son corps s’il y auoit quelque apos-
teme ou vlcere. Il mourut, et fis ou-
uerture de son corps en la presence
des susdits : et ayant regardé et exa-
miné toutes les parties internes, ne
fut trouué aucun lieu d’où la boue
pouuoit sortir : dont fut conclu de
tous, que ladite boue procedoit du
bras, estant vacuée par les selles et
vrines : adioustant que telle chose
n’estoit pas impossible , parce que
noslre corps est confluxible et trans-
pirable *. D’auantage, nous voyons
1 Cette histoire était déjà racontée dans
l’édition de 1564, mais avec quelques diffé-
rences dans la rédaction. Voici le texte pri-
mitif :
« D’auantage Germain Chcual et François
Rasse, hommes;accompliz et excellentz chi-
lurgiens iurez en ceste ville et moy auons
pensé vn gentil-homme nommé Monsieur de
la Croix, lequel fut blessé d’vn coup d’espée
au bras senestre, auquel aduint pareille
chose, toutesfois il mourut. Et par-ce qu’au-
cuns tenoient qu’il estoit impossible que la
boue feit vn si long chemin , ioint aussi
qu icelle ne pouuoit passer par les veines
quelle n’eust gasté le sang, et partant di-
soient que telle boue ne venoit du bras,
mais du foye ou de quelque autre partie,
et quant à moy, persistois et tenois pour
une chose asseuree que c’étoit du bras, à
raison que lors que de ses apostemes et vl-
ceres sortoit grande quantité de boue, il
n cniettoitpointparles parties basses:au con-
traire, lorsqu’elles iettoient peu ou rien, en
«ortoit grande quantité El leur disois qu’il
par expérience de deux vaisseaux de
verre appelles monte-vins , que l’vn
soit rempli d’eau, et l’autre de vin
clairet, et soyent posés l’vn sur l’au-
tre, à sçauoir celuy qui sera rempli
d’eau sur l’autre rempli de vin, on
voit à l’œil le vin monter au haut du
vaisseau au trauers de l’eau, et l’eau
descendre dedans le vin, sans mes-
lange des deux , ce que nous auons dit
par cy deuant. Et si telle chose se fait
ainsi extérieurement et apertement
au sens de nostre veuë par choses in-
animées : il faut croire en nostre en-
n’estoit pas impossible, parce que tout nos-
tre corps est confluxible et transpirable. »
Suivait la comparaison des monte-vins,
que Paré ne se faisait faute d’appeler dans
une note marginale Belle comparaison ; et
puis la tin de l’histoire, avec une rédaction
un peu différente du texte actuel; c’est
pourquoi je la reproduirai.
« I.edit de La Croix mort, son corps fut
ouuert, et exquisitement cherché si on pour-
roit apperceuoir aucun lieu dont telle sanie
sortoit, ce qui ne peut estre cogncu, et par-
tant nous conclusmes tous que la mort estoit
aduenue parle moien du coup, et non par
aucune aposteme qu’il eust en aucune par-
tie de dedans son corps. »
Dés 1579, au lieu de François Basse, Paré
avait écrit Maistre Basse , sans rien changer
d’ailleurs à son récit ; mais en 1585 il le ré-
digea comme on le lit aujourd’hui , faisant
intervenir Houllier, et nommant Rasse pour
son contradicteur. Houllier était mort en
1562: François Rasse des Neux , si l’on en
croit Devaux, aurait vécu jusqu’en 1588.
Peut-être s’était-il brouillé avec Paré, ce que
l’on pourrait induire d’un autre changement
de rédaction que nous avons noté au cha-
pitre 26 du dixième livre. Voyez ci-devant
page 280.
Enfin les mots .Ce que nous auons dit parcij
deuant, ont été ajoutés en 1585, et se rap-
portent sans doute au chapitre 14 du neu-
vième Livre (voyez la page 169 de ce vo-
lume), où l’on retrouve une histoire et une
théorie analogues.
LE QVINZ1ÉME LIVRE ,
502
tendement, que Nature peut faire
passer la bouë par les veines, sans
qu’elle soit meslée auec le sang.
Parquoy faut conclure auec Ga-
lien, que la bouë faite aux parties
intérieures , et loin des reins et de la
vessie, peut estre vacuée par les vri-
nes 1 : ce que par raison on peut en-
core prouuer. Car aux excremens de
noslre corps qui s’expurgent par les
reins, intestins, râtelle, kystis fellis,
Nature par sa vertu sequestrice y re-
serue quelque portion du sang et suc
bénin et propre pour leur nourri-
ture, que chacune d’icelle partie at-
tire et séparé d’auec les excremens.
D’auantage, le sang pur et le meilleur
qui soit au corps, enuoyé de toutes
les parties pour estre ietté par la ver-
ge , à fin de génération, passe par-
dedans les vaisseaux spermatiques,
qui tousiours sont remplis de sang :
neantmoins la semence coule au tra-
uers sans se mesler aucunement.
D’abondant ne voit-on pas que les
femmes nouuellement accouchées
iettenl le lait pur contenu aux mam-
melles par leur matrice , lequel aussi
faut qu’il passe au trauers des veines
et arteres mammillaires 2?
Tout le semblable se fait aux vei-
nes mezaraïques, par lesquelles le
chyle se porte au foye, pour estre fait
sang , et fait sang aux boyaux, pour
leur nourriture, sans meslange de
de l’vn auec l’autre.
■ Gai. au 4 .De loc. aff. A. P.
a Tout ce qui suit appartient à la nou-
velle rédaction de 1585 ; dans les éditions
précédentes, le paragraphe actuel se termi-
nait ainsi:
« .... par dedans les veines et arteres mam-
millaires, qui ont communication au mi-
lieu des muscles longitudinaux de l’epigastre
auec celles de la matrice? Parquoy ne se
Le pus peut aussi passer au trauers
des os, ce qui est proimé par Galien
au Commentaire sur le 54. aphoris-
me du 7. liure, et pareillement par
autres parties, par conduits imperspi-
rables. Exemple, comme nous voyons
sortir le lait d’vne nourrice par le
bout de son tetin, et la sueur par les
pores de nostre cuir, à grosses gout-
tes comme perles : neantmoins on ne
peut trouuer aucun conduit, pour y
mettre aucune chose, tant déliée soit
elle. D’auantage, ne voit-on pas aux
pauures verolés, qui ietteront par
chacun iour et nuit cinq et six gran-
des bassinées de baue? Semblable-
ment au flux de ventre, vn malade
iettera par le siégé des matières de
diuerses substances et couleurs, la
quantité qu’on ne peut estimer pou-
uoir estre contenue aux intestins. Pa-
reillement par le vomissement ou
iette quantité d’humeurs qui y abor-
dent de toutes les parties du corps,
comme torrens, par conduits imper-
spirables et inconnus. Il faut aussi re-
marquer qu’il apparoist aux vrines
quatre substances, à sçauoir la se-
mence, le pus, la pituite et le sang. La
semence nage dessus, parce qu’elle
est plus legere et subtile : le pus et la
pituite vont au fond : la pituite est
vnie, au contraire le pus se dissout
lors que l’vrine est agitée ; et quant
au sang, il apparoist aucunesfois seul,
et quelques fois meslé auec l’vrine,
faut esmerueiller si le pus peut estre euacué
des parties supérieures par les vrines, sans
estre aucunement meslé auec le sang, car
telle chose se fait par la faculté naturelle
expultrice. »
Après quoi venait une digression sur les
facultés que l’on retrouvera à la fin de ce
chapitre, toutefois avec quelques modifica-
tions.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
cotome nous auons dit cy dessus. Il
faut de nécessité conclure, que tou-
tes cesdiles matières ne viennent seu-
lement des lieux où ils sortent, parce
qu’il est impossible qu’ils puissent
contenir vne si grande abondance
des matières qui en sortent.
Apres auoir discouru des matières
qui s’euacuent par les parties infe-
rieures, faut escrire de celles qui s’e-
uacuent par les supérieures. Exem-
ple : les menstrues se peuuent pur-
ger par vomissemens, par le nez et
par les mammelles, voire en grande
quantité tous les mois (comme i’ay
escrit cy deuant) ou par vne aposte-
me faite au thorax : comme d’vne
pleuresie, le pus sort partie parla
bouche en crachant, ou par vomisse-
ment : et partie par les vrines, comme
i’ay desia dit. Semblablement l’v-
riue est iettée par vomissement (ce
que i’ay veu plusieurs fois) quand les
pores vreleres sont bouchés, ou la
vessie et verge gangrenés. Véritable-
ment i’ay veu à vn corps mort, vn
des pores vreteres de grosseur d’vn
doigt, plein d’vne matière gypseuse,
et en l’autre y auoir vne pierre qui
estoit descendue dans les reins, en
sorte que l’vrine ne pouuoit couler
en la vessie, et regorgeoit en haut.
Le patient deux iours deuant que
mourir, vomissoit et iettoit son vrine
par la bouche. Pareillement quand
les intestins sont estouppés, comme
nous voyons estre descendus aux
bourses, et aux femmes entre les
muscles de l’epigastre, ou pour estre
entortillés par les vers, et qu’ils n’ont
peu estre réduits, lors la matière
fecale remonte en l’estomach, et est
vomie par la bouche : tel accident
est appellé miserere.
Il reste encore vne difficulté à res-
pondre, comme le pus se peut purger
5o3
par la vessie, sans se mesler parmy le
sang? A cela faut respondre, que nos-
tre corps est gouuerné de faculté se-
crelrice, qui peut tirer et faire choix
des matières entièrement confuses et
meslées de bon et de mauuais. Exem-
ple : la vessie du fiel attire à soy la
colere d’auec le sang, et la ratte la
mélancolie, qui n’apparoissent au
sens de la veuë estre dedans le sang.
Aussi les rognons tirent la sérosité
du sang.etla mettent à part, laquelle
est iettée par l’vrine. D’auantage,
c’est que plusieurs bien tost apres
auoir pris leur réfection, vomiront
grande quantité de pituite et colere ,
sans ielter vn seul morceau de leur
viande, ce que ie sçay pour l’auoir
expérimenté en moy-mesme.
Et icy^notera le ieune chirurgien,
que lors que nous disons qu’il y a cer-
taines vertus et facultés naturelles,
comme1 :
■ Ce paragraphe terminait déjà le chapi-
tre dans les éditions de 1564 , 1575 et 157‘J ,
mais avec des différences essentielles sous
le rapport des doctrines physiologiques pro-
fessées par l’auteur. Nous avons vu déjà
suffisamment dans son introduction qu’il
n’avait pas toujours admis le même nombre
de facultés : on en aura une preuve nou-
velle dans le texte primitif que nous allons
reproduire.
« Et icy notera le ieune chirurgien que
lorsque nous disons qu’il y a certaines fa-
cultez naturelles comme
Allractice ,
Retendue,
Digestiue,
Expultrice,
Assimilatrice ,
Formatrice,
Visiue,
Auditiue,
Odoraliue.
Gustatiue,
Sensitiue,
Animale,
Vitale, et
Naturelle,
et autres qui gouuernent nostre corps, il ne
LE QV1NZIÉME LIVRE,
5o4
Animale,
Vitale,
Naturelle,
Attractrice,
Retentrice,
Concoctrice,
Assimilatrice,
Formatrice,
Augmentatrice,
Expultrice,
Sensitiue,
Motiue,
Génératrice,
Régénératrice,
Agglutinatrice,
Visible,
Auditiue,
Odoratiue,
Gustatiue,
Tactile,
Ratiocinatrice,
Animositiue,
Risificque,
Imaginatrice,
Memoratrice,
Concupiscible,
Chyliücque,
Sanguificque,
Calorificque,
Lactiflcatrice,
Sequestrice, et au-
tres :
Il ne faut pourtant imaginer que
telles facultés ayent entendement et
raison pour faire leurs effets : car el-
les ne sont qu’instrumens de nostre
ame, laquelle a esté creée par l’eter-
nelle prouidence de Dieu , espandue
en toutes les parties du corps, et en-
tière en soy, qui n’occupe point de
lieu par extension corporelle, laquel-
le est incompréhensible à l’esprit hu-
main.
faut imaginer que telles facultez aient enten-
dement et raison pour faire leurs effets. Car
elles ne sont que instruments de nostre ame,
laquelle est creée de Diev, et seule raisonna-
ble par l’eternelle providence d’iceluy, qui
est incompréhensible à l’esprit humain. »
Et dans l’édition de 1504 , il ajoutait cette
note marginale :
Tout nostre corps est regy par l'eterneile
prouidence de Dieu.
CHAPITRE LUI.
DES CAVSES EXTERIEVRES DE LA
RETENTION DE L’VRINE
Les causes extérieures sont pareil-
lement plusieurs, comme s’estre bai-
gné en eau froide, ou auoir esté lon-
guement au froid, ou auoir par trop
appliqué de choses narcotiques sur
la région des reins, et vsë de viandes
trop froides, et autres choses sembla-
bles. Pareillement pour vne luxation
intérieure faite aux vertebres des lom-
bes, à cause de la compression des
nerfs qui sortent d’entre lesdites ver-
tebres, y est faite stupeur, dont la fa-
culté expultrice est affoiblie, et par-
tant le muscle qui tient la vessie ser-
rée ne permet que l’vrine sorte.
CHAPITRE LIV.
DV PROGNOSTIC DE LA RETENTION
DE L’VRINE2.
Si l’vrine n’est euacuée selon que
Nature le desire, et qu’on soit quel-
ques iours sans vriner, le patient
mourra s’il ne vient fiéure ou flux de
ventre, ou les deux ensemble : par
lesquels l’vrine puisse estre consu-
mée et, euacuée par autres voyes que
par la vessie. Car retenue en la vessie
par plusieurs iours plus qu’elle ne
doit, acquiert vne qualité acre et ve-
• Ce chapitre est textuellement le même
que le 3' chapitre du livre delà suppression
d’vrine, en 1564.
2 La première phrase de ce chapitre est
aussi la première phrase du 4' chapitre du
livre de la suppression d’vrine, en 1564 ; mais
le reste est de rédaction nouvelle, et date
de 1575.
5o5
OPERATIONS
neneuse, dont aduient que parla re-
pletion de la vessie, venant à regor-
ger en haut, se mesle parmy toute la
niasse du sang : mesme se transporte
aisément au cerueau, à raison de la
sympathie qu'ont les méningés auec
la vessie, par similitude de matière
membraneuse. Or en tel cas Nature,
si elle est forte, souuent se déchargé
manifestement par le ventre, ou par
vomissement 1 , autresfois par le
moyen d’vne heure : sensiblement si
à icelle suruient vue grande sueur,
comme ainsi soit que la matière de la
sueur et de l’vrine est mesme : insen-
siblement, l’vrine estant résolue en
tenues et subtiles exhalations par l’ar-
deur de la chaleur fiéureuse.
Par vne réfrigération du sphincter
de la vessie, ou d’ vn humeur froid qui
y sera découlé, il se fait paralysie,
dont l’vrine ne peut estre iettée : aussi
par la lésion de l’espine, comme d’v -
ne playe ou contusion : par mesme
moyen aussi coule inuolonlairement
auec les autres excremens, pour la
lésion de ladite espine.
CHAPITRE LV.
DE L’VRINE SANGLANTE ET PVRVLENTE 2.
Aucuns pissent le sang tout pur,
autresfois meslé auec l’vrine, comme
vne eau en laquelle on aura laué
quelque piece de chair sanglante, et
1 Ces mots ou par vomissement ont esté
ajoutés en 1 585, et se trouvaient intercalés
un peu plus bas, après ceux-ci : vne grande
sueur ; le sens exigeant leur changement de
place, je n’ai pas hésité à l’opérer, sauf à en
prévenir le lecteur.
2 Ce chapitre était confondu avec le pré-
cédent, sous le titre du prognoslic de la ré-
tention d’vrine, dans l’éditionde 1664. Le texte
est resté le même , hors pour les deux der-
niers paragraphes.
PE CHIRVRGIE,
quelquesfois auec de la boue meslée
auecques l’vrine.
Les causes sont plusieurs, comme
de trop grande repletion de sang , le-
quel s’euacue par période et paroxys-
me, ainsi que fait le flux menstrual
ou hémorroïdal : et à plusieurs à
qui tels flux sont cessés, s’euacuent
par les reins. Aussi par vne cause de
maladie faite de repletion, ou par exe-
sion de veine, ou par quelque hu-
meur acre et mordant : ou pour auoir
leué trop pesant fardeau, ou sauté,
ou tombé de haut en bas, ou auoir
esté frappé de quelque coup orbe, ou
qu’il fust tombé quelque chose pe-
sante sur les reins, ou couru la poste,
et fait autres exercices grands et vio-
lents, et (comme nous auons dit cy
dessus) pour vne pierre aux reins
ayant aspérités et pointes ou cornes :
ou pour l’imbécillité de la faculté re-
tentrice d’iceux : ou pour auoir vsé
immodérément de l’acte venerique,
et autres semblables, ou pour auoir
receu quelque playe aux parties ser-
uantes à l’vrine. Pareillement pour
auoir vsé de quelques potions, ali-
mens et medicamens trop chauds,
acres et diurétiques, et contraires de
toute leur substance aux parties dé-
diées à l’vrine, comme cantharides,
et autres que ie ne veux icy nommer.
Et pour ces causes, il se fait aux reins
et à la vessie vne si grande inflamma-
tion, qu’elle se termine le plus sou-
uent en aposteme et suppuration, et
par conséquent vlcere : de laquelle la
sanie est iettéepar les voyes des vrines.
En telle et si grande variété de
causes d’vrine sanglante, nous discer-
nerons d’où procédé tel symptôme
par l’action de telle ou telle partie of-
fensée, par la qualité du sang qui
sort, ou pur ou meslé : auec l’vrine
seule, ou auec du pus. Exemple ; Si
LE QVINZIÉME LIVRE ,
5o6
la sanie vient des poumons, du foye,
des reins, ou des vertebres luxées, ou
du vice de l’intestin droit, ou d’autre
partie, sera conneu par la situation
des parties affectées, et par les acci-
dents, qui sont tiéure, douleur et
autres, qui ont précédé ou sont enco-
res presens, demonslreront infailli-
blement le lieu d’où procédé et coule
la sanie : aussi fera la quantité et
qualité du pus. Car si c’est d’vne vl-
cere située au bras , comme nous
auons dit, lors que de l’vlcere sortira
quantité de sanie , ne s’en fera émis-
sion par les vrines : au contraire, lors
que l’vlcere demeure seiche, on la
voit sortir par les vrines ou selles,
voire et en grande quantité. Sembla-
blement si elle vient des poumons,
comme d’vnempyéme, ou du foye,
et en abondance, sera conneu, pource
que telle quantité de sanie ne peut es-
tre contenue aux reins 1 : ioint que
comme sortant du conduit de l’vrine,
tel sang est pur : aussi venant du foye
ou autre partie dessus le diaphragme,
est bien plus exactement meslé auec
l’vrine, que lors qu’il vient des reins
ou de la vessie.
Quant à la curation, nous sortirons
des bornes de notre profession , si nous
la voulons poursuiure spécialement.
11 suffira de dire en un mot, qu’il ne
faut esperer guarir vn tel symptôme,
que la cause, c’est-à-dire le vice de
telle ou telle partie ne soit guarie
premièrement. Au reste, si tel flux
d’vrine sanglante vient par simple
ouuerlurede vaisseaux, il sera guari
par choses astringentes : si de ruptu-
re, par agglutinantes : si d’erosion,
par sarcotiques 2
1 L’édition de 15G4 disait ici :
Ioint que iamais ne résidé au fond des
vrines, mais est confuse auec lesdites vrines.
2 Ce dernier paragraphe a été ajouté
en 1575.
CHAPITRE LVI.
DES SIGNES DES VLCERES AVX REINS1.
Combien que ie n’eusse délibéré de
poursuiure spécialement les causes
d’vrine sanglante : toulesfois parce
que celle qui dépend des vlceres des
reins et de la vessie tombe fort sou-
uent en pratique, il m’a semblé bon
d’en dire un mot en passant.
Les signes des vlceres des reins
sont douleur aux lombes : d’auanta-
ge, la sanie qui sort de leur substan-
ce est meslée auec l’vrine, et trouue-
on les sedimens sanieux et rouges :
e t iamais ne sort qu’ auec 1 adite vrine ,
et tousiours résidé au fond d’icelle.
D’auantage, des vlceres des reins sor-
tent quelquesfois de petites pellicules,
et portions de chair et filamens rou-
geastres. Outre-plus, n’est desimau-
uaise odeur comme celle qui vient
de l’vlcere de la vessie, d’autant
qu’elle est de substance nerueuse, à
cause de quoy la matière ne peut es-
tre si bien suppurée comme és reins,
qui sont charneux.
CHAPITRE LYH.
DES VLCERES EN LA VESSIE, ET DES
SIGNES d’icelles 2.
L’vlcere de la vessie peut estre faite
au profond et capacité d’icelle, pa-
reillement en son col.
1 Ce chapitre est littéralement le même
que le 5e chapitre du livre de la suppression
d’vrine, en 1564, à l’exception du premier pa-
ragraphe, qui a été ajouté en 1575.
2 C’est le chapitre G du livre de ta sup-
pression de l’vrine de 1564.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
Les signes que l’vlcere est en la
vessie, c’est que le patient sent per-
pétuelle douleur au profond du pe-
nil. Et si l’vlcere est au col, le patient
ne sent que peu de douleur, si ce n’est
alors qu’il pisse, et vn peu apres auoir
pissé, comme nous dirons és chaudes-
pisses. La sanie qui sort de l’vlcere de
la vessie est fort fetide 1 : et aussi qu’en
la iettant, la verge le plus souuent se
roidit, à cause de la douleur qu’elle
fait passant par la voye de l’vrine.
Outre-plus on voit dedans l’vrine des
petites peaux blanches et déliées, et
non rouges, ou peu souuent. Et voit-
on icelle sanie estre à la fin iettée
apres l’vrine, et non tant meslée auec
Pvrine comme lors qu’elle vient des
parties supérieures.
CHAPITRE LVIII.
DV PROGNOSTIC DES VLCERES DES REINS,
ET DE LA VESSIE2.
Les vlceres des reins sont plustost
gueries que celles de la vessie, d’au-
tant qu’ils sont charnus, et la vessie
exangue, membraneuse, nerueuse, et
plus sensible.
1 En lisant de suite toute cette phrase, on
s’aperçoit qu’il y a un que de trop. Je n’ai
cependant rien voulu changer au texte , qui
se lit de même dans toutes les éditions com-
plètes; mais je vais rétablir la phrase,
d’après l’édition de 1564 , en laissant en
italique les mots supprimés : on verra ainsi
d’où vient le que surabondant.
» La sanie qui sort de l’vlcere de la vessie
est fort fetide, d' autant qu’elle est de sub-
stance nerueuse, et que la matière ne peut estre
suppuree et cuiite comme elle est en vue partie
churneuse , ce qu’on voit en celle des reins : et
aussi qu’en la iettant , etc. »
2 Reproduction littérale du chapitre 7 du
liu. de la suppression d’vrine, de 1564.
607
L’vlcere qui est au fond de la ves-
sie est incurable, ou fort difficile à
curer, à cause qu’elle est nerueuse,
et que l’vrine qui descend et y de-
meure, point et mordique, dont aug-
mente tousiours l’vlcere, tellement
qu’elle 11e peut estre glutinée qu’à
grande peine : car iamais l’vrine ne
peut estre du tout euacuée : et le reste
qui est laissé esteschaufféparl’intem-
perature de la vessie , et parce aussi
qu’elle se dilate et se resserre selon
l’vrine qu’elle contient. Qu’il soit
vray, nous voyons aux suppressions
d’icelle ietter vne pinte d’vrine à vn
coup.
Quand les vlceres sont en la vessie,
et que les cuisses du malade maigris-
sent et tombent en atrophie, c’est si-
gne de mort prochaine.
Si les vlceres ne sont tost gueries
tant d'vne partie que d’autre, demeu-
rent incurables.
Si la sanie vient des parties supé-
rieures , comme des bras, ainsi qu’a-
uons dit, ou des poulmons, du foye ou
râtelle, sera conneu, à cause que tel-
les parties ont esté premièrement
blessées. ,
CHAPITRE LIX.
DE LA CVRATION DE LA RETENTION
D’VRINE *.
Pour la curation des choses qui
prohibent vriner, il faut prendre in-
dication de la maladie et de sa cause,
si elle est encore présente. Pareille-
ment selon les parties blessées faut
1 Ce chapitre est le même que le chap. 8
du Livre de la suppression de l’vrine en 1564.
5o8
LE QVINZIÉME LIVRE ,
diuersifier les remedes, appelant le
médecin s’il l’est possible : lequel or-
donnera les choses vniuerselles au
malade : et ce qui appartiendra à la
chirurgie, auec son conseil, le met-
tras en execution.
Et subit voyant vne difficulté d’v-
riner, ne courras aux remedes des
pierres ou sables, comme souuent
(ont ceux qui ne sont conduits par
méthode , qui ordonnent choses diu-
rétiques : lesquelles sont cause de per-
nicieux accidens, si c’esloit vn hu-
meur acre, ou quelque sang causé
d’vne contusion, ou par trop auoir
exercé l’acte venerique , ou autre
grand et violent exercice, ou auoir
vsé de quelques potions chaudes,
ausquelles il y eust cantharides, ou
apostemes et vlceres qui fussent és
parties dediées à l’vrine, ou pour auoir
tenu trop longuement son vrine, et
autres semblables. Car si en telles
choses on donne les diurétiques, on
accroistroit la douleur et l'inflamma-
tion, gangrené, et par conséquent on
seroit cause de la mort du patient.
Mais telles choses diurétiques pour-
roient auoir lieu, lorsqu’il y auroit
quelque petite pierre ou sable, ou vn
humeur gros et visqueux demeuré
aux voyes de l’vrine. Et semblable-
ment pour s’estre baigné en eau froi-
de, ou parle froid intérieur, ou indeuë
application des choses narcotiques
sur les reins ou à la vessie, ou d’vn
empyeme , ou de pituite et humeurs
froids, espais et visqueux, qui fussent
cause de faire obstruction aux voyes
de l’vrine, et autres semblables : les
diurétiques pourroient alors auoir
lieu, pourueu encor que les choses
vniuerselles fussent faites, et non au-
trement. Or les diurétiques peuuent
estre administrés en diuerses façons,
comme s’ensuit.
Pour prouoquer l’vrine.
"if. Agrim. vrticæ et parietariæ surculos ru-
bros habentis ana ni. j.
Radicum asparagi mundatar. g . iiij.
Granorum alkekengi nuni. \x.
Sera, raaluæ § . G .
Radie, acori g.j.
Rulliant orania sirnul in sex libris aquæ dul-
cis ad tertias, deinde coletur.
De qua capiat æger g . iiij. cum g . j. sac-
ctaari candi, et calidum bibat ieiuno
storaacho tribus horis ante cibum.
Pour mesme effet.
Prenez trente ou quarante, voire plus,
bayes de lierre ', et broyez en vin blanc ,
et en baillez à boire au patienl deux heu-
res deuant manger.
Autre pour mesme cause.
If.. Sem. vrt. puluerisalæ 3. j.
Dissolualur cum decoctione pulli.
Et faut que le patient l’aualle le
plus subit qu’il pourra, de peur qu’il
n’adhere contre la gorge : pource
qu’il y causeroit ardeur.
Autre.
if. Decoctionis milij solis, bipinellæ, paric-
tariæ , saxifrag. rad. petroselini , aspa-
ragi, acori , brusci et ireos.
El en soit donné à boire au patient,
la quantité de trois ou quatre onces
tiedes. Et entre tous ceste eau est ex-
cellente pour prouoquer l’vrine, et
destoupper les voyes d’icelle de quel-
que cause que ce soit.
1 L’édition de 1564 dit: prenez dix oit douze
bayes de lierre , etc.
OPERATIONS
If. Rad. osmondæ regalis, cyperi, bismal.
graminis, petroselini, fœniculi ana g .ij.
Rapliani crassioris in taleolassecti g .iiij.
Macerentur per noctem in aceto albo
acerrimo : bulliant postea in aquæ flu-
uialis 1b. x.
Saxifra. cristæ marinæ , rubiæ tincto-
rum , milij solis , summitatum maluæ ,
bismal. ana p. ij.
Folio, viol. p. iij.
Berulæ , cicerum rnb. ana. p. j.
Seminis melonum, citruli , ana § . ij. fi.
Alkekengi grana x\.
Glycyrrhizæ g.j.
Bulliant omnia simul ad tertias : in coia-
lura infunde per noctem :
Folliculorum senæ oriental. 1b. ni.
Fiat ilerum parua ebullitio, in express, co-
lala infunde :
Cinnamomi electi 5. vj.
Colentur ilerum : colatura iniiciatur in
alembicum vitrcum , postea adde-
Terebenlhinæ Yenetæ lucidæ fl>. ij
Aquæ vitæ vj.
Agitentur omnia simul diligentissime, lu-
telur alembicum luto sapientiæ, fiat
distillatio lento igné in balneomari :
Desquels tu as les figures cy-apres
Tf. Aquæ stillatitiæ præscriplæg. ij. aut iij.
Secundum operalionem quam præstabit,
quatuor horisantc pastum.
Aussi au lieu d’icelle, on peut don-
ner eau de raues distillée pareille-
ment in balneo mariœ : et donnée à
boire la quantité de trois ou quatre
onces auee sucre, deux heures de-
uant manger, est 1res propre pour
destoupper les voyes de l’vrine, soit
de cause pituiteuse, sable, ou autre
obstruction.
Les bains et demy-bains faits com-
modément relaxent, dilatent, et ou-
urent et amollissent tout le corps : et
’ L édition de 1564 disait : Desquelz lu
vois les ligures-, mais je n’ai pas jugé à pro-
pos de reproduire ici les planches que nous
retrouverons au Livre des Distillations.
DE CHIRVRGIE. 5o()
à la sortie d’iceux , lorsqu’on veut
fort destoupper, on donnera des cho-
ses diurétiques, comme encores pour
exemple, demie dragme de theriaque
dissout en eau de raues, ou autres
choses semblables.
Maintenant nous descrirons quel-
ques remedes pour la mondification
des vlceres des reins et de la vessie.
Et premièrement, les syrops de capit-
lorurn Veneris , de roses, beus auec hy-
dromel ou eau d’orge, la quantité
pour chacune fois d’vne once, sont
bons pour lesdils vlceres : aussi le
lait d’asnesse ou de chéure y est pro-
pre, à cause que de sa substance se-
reuse les deterge, et les glutine pour
sa substance formageuse , il nourrit
pour sa substance butireuse. El doit
estre pris, s’il est possible, toutrecen-
tementtiré de la beste. Le malade en
prendra pour chacune fois unposson»,
auec vn peu de miel rosat, et vn peu
de sel, de peur qu’il ne se corrompe
et tourne en l’estomach. D’auantage
apres l’auoir pris, on ne doit boire ne
manger que iusques à ce qu’il soit
digéré, et passé hors l’estomach.
Les trochisques qui s’ensuiuent
sont pareillement propres pour mon
di fier les vlceres des reins et de la ves-
sie.
"if. Quatuor semin. frigid. maior. semin.
papaueris al bi , portulacæ , planlaginis,
cydoniorum , myrtillorum , gummi Ira-
gacantlii et Arabici , pinearum , gly-
cyrihizæ mundatæ , et hordei mundati,
mucilag. psillij , amygdal. dulcium ana
3; J'-
Boli armen. sang, draco. spodij , ros.
maslich. terræ sigillatæ , myrrhæ ana
§• 'j-
Secundum artem conüciantur cum oxymel-
lite simplici, et fiant trochisci.
1 Unposson; le traducteur latin dit;orf
quanlilalem unciarurn quatuor.
5lÔ LE QVINZIÉME LIVRE
Et le patient en doit prendre demie
dragme , dissoute en lait clair, ou
ptisane,ou eau d’orge, et autres sem-
blables. Pareillement tu eu peux dis-
soudre en eau de plantain, et en iet-
ter aussi auec la syringue dedans la
vessie.
Le malade en lieu de vin, boira
eau d’orge , ou hydromel , ou ptisane
faite auec vne once de raisins de Da-
mas, ausquelson aura osté les pépins
du dedans : et seront faits bouillir en
cinqchopines d’eau de riuiere, en vu
pot vernissé, ou en vne fiolle de ver-
re , iusqu’à la consomption d’vne
quarte : puis y soit adiousté sur la fin
vne once de reglisse mondée, et deux
dragmes de semences froides con-
cassées : et les faire de rechef un peu
bouillir, puis les passer par la chaus-
se d’hippocras, auec vn quarteron de
succre fin , et deux treseaux 1 de ca-
nelle triée, et d’icelle en sera vsé en
lieu de vin. Le reste de la cure s’ac-
complira selon l’art.
CHAPITRE LX.
DE DIABETES ET STBANGVR1E2.
Apres auoir descrit les causes de la
rétention d’vrine, et des vlceres des
reins et de la vessie : ie ne puis enco-
res passer, que ie ne déclaré aucu-
nement les causes de ietter l'vrine in-
uolontairement goulte-à-goutle, ou
tout à l’instant que le malade aura
beu : qui vient par le defaut de la
« Deux trebeaux; le latin dit : dragmis
duabus.
•i Le chapitre 9 du Livre de la suppression
d’vrine en 1564, portait le même titre, mais
il ne comprenait que le premier paragra-
phe de celui-ci. L’observation de Goyet a
été ajoutée en 1575.
vertu retentrice, et d’vne depraua-
tion de la vertu expultrice. Si l’vrine
est iettée en grande quantité, les an-
ciens l’appellent diabètes : et si elle
est iettée seulement goutte à-goutte,
telle disposition est nommée slrangu-
rie : qui est vne inuolontaire émis-
sion d’vriue , frequente , en petite
quantité : aucunes fois auec douleur,
et autresfois sans douleur.
I’ay souuenance auoir traité auec
monsieur Houlier, médecin très doc-
te, défunt monsieur Goyet, aduocat
du roy au Chastelet de Paris, lequel
auoit vne difficulté de retenir son
vrine,dite strangurie, et pissotoit or-
dinairement tant le iour que la nuit,
auec très grandes douleurs, se plai-
gnant sentir grande chaleur et cui-
son à la vessie, et à l’extremité de la
verge, et iettant ses vrines lactueu-
ses, et à la fin de l’vrine, du pus. On
luy fit beaucoup de remedes : et
pour luy appaiser la douleur, ie luy
faisais par l’aduis dudit Houlier, des
iniections auec eau de plantain, cen-
tinodium, ausquelles estoit dissout de
la craye et terre sigillée : autresfois
ie luy faisois des iniections faites de
mucilages de coings et de psyllium
auec l’eau de plantain et de rose, les-
quels remedes tendoient à fin de ra-
freschir l’intemperie de la vessie , et
desseicher les vlceres. Deuisant auec
ledit Houlier, pour sçauoir la cause
des susdits accidens, il me dit que
Goyet auoit la vessie rongneuse et
teigneuse, auec petites vlceres, et
lors que l’vrine tomboit à la vessie,
elle mordiquoit les vlceres : qui fai-
soit que la faculté expultrice la vou-
loit promptement ietter : et que le pus
qu’il iettoit apres l’vrine venoit de la
rongne qui estoit à la vessie, pour la
compression qu’elle faisoit à ietter
icelle vrine.
OPERATIONS DE CIÏIRVRGIE.
Ledit Goyet estant décédé, ie fis
ouuerture de son corps à la presence
dudit Houlier, et trouuasmesla ves-
sie toute calleuse, et pleine de pus-
tules de grosseur d’vn petit pois : et
lorsque ie les comprimois, en sortoit
du pus tout blanc, tel que celuy qui
estoit ietté auec les vrines pendant
sa vie.
CHAPITRE LXI.
DES CAVSES DE DIABETES1.
Les causes de diabètes sont dou-
bles, à sçauoir internes, et externes.
Les externes , c’est d’auoir vsé intem -
pestiuement de choses trop chaudes
et diurétiques , ou trop grand trauaii
immodéré , et autres semblables. Les
causes internessont plusieurs, comme
inflammation de foye, poulinons, râ-
telle , reins, vessie : ou du vice de
tout le corps , comme par vne crise
de quelque maladie , laquelle se ter-
mine par flux d’vrines.
CHAPITRE LXII.
LES CAVSES DE STRANGVRIE 2.
Les causes de strangurie sont aussi
primitiues et antécédentes. Les pri-
mitiues, d’auoir beu trop grande
quantité d’eau froide , ou auoir en-
duré trop grand froid. Les antécé-
dentes, sont humeurs froids deflués
sur les parties dediées à l’vrine , qui
les rend paralytiques : au moyen de-
1 Reproduction littérale du chap. 10 du
Livre de la suppression d’ urine de 1564.
2 C’est le chapitre 11 du Livre de la sup-
pression d’vrine en 1564.
5i i
I quoy le muscle qui serre la vessie
j es^ aucunement relaxé et amolli,
parquoy ne peut tenir la vessie ser-
rée 1 : ou bien bouschent en partie le
conduit de Fvrine : dont s’ensuit
cours d vrine goutte-à-goutte, contre
nostre volonté.
CHAPITRE LXIII.
DES SIGNES ET PROGNOSTIC DE
DIABETES2.
On pourra connoistre la cause venir
d’intemperalure chaude par ces si-
gnes : à sçauoir que le patient sent
vne douleur poignante et mordante,
auec vne grande alteration et soif
exlieme, ioint aussi qu’il se trouue
bien d vser de choses réfrigérantes, et
non diurétiques : au contraire il se
trouue mal de choses chaudes. Et si
ia cause prouient d in température
troide, au contraire la douleur sera
petite, et quasi insensible : et se trou-
uera le malade mal à l’vsage des
choses froides. Or neanlmoins que la
cause de Diabètes soit chaude, si est-
ce que l’vrine n’est trouuéé teinte ou
rouge, ny trouble ny espaisse : mais
crue et blanche , claire et subtile , à
raison qu’elle demeure peu au foye
et en la grande veine caue : mais est
attirée par la chaleur in temperée des
reins et de la vessie , sans aucune ou
peu de concoction.
1 Le reste de la phrase ne se lit point
dans 1 édition de 1564, où l’auteur ajoute
simplement : dont s’ensuit émission d’urine
inuolontaire.
2 C’est exactement le 12° chapitre du Li-
vre de la suppression d’vrine déjà cité; hors
que le titre était plus court, et portait seu-
lement : Des signes de Diabele.
5l 2 LE QVINZTÉME LIVRE
Et quant au prognostic , si tels llux
d vrines durent longuement, donne-
ront grande fascherie au malade,
et tombera en atrophie et émaciation
ou amaigrissement de tout le corps,
et par conséquent mourra.
CHAPITRE LXIV.
DE LA CVRE DE DIABETES1.
La cure se fera selon la diuersité de
la cause. Exemple : Si c’est par vne
intemperature chaude, le patient sera
purgé et saigné. Et faut icy noter, que
les quatre semences froides, néant-
moins qu’elles soient froides, sont
diurétiques, prouoquans l’vrine : par-
tant en telle indisposition ne conuient
en donner au patient. Et vsera d’aii-
mens froids et astrin gens , qui engen-
drent gros suc, comme ris, orge-
mondé , et leurs semblables : boira
eau froide, ou gros vin astringent ,
auec bonne quantité d’eau. Et sur les
reins et parties dediées à l’viine , se-
ront appliquées choses fort froides et
narcotiques , prenant indication de la
. ituation des reins , qui sont sous les
muscles lombaires. Parquoy tu dois
appliquer les remedes plus froids, que
s’ils estoienl superficiels. Donc tu
vseras d’huile papaueris albi , ius-
quiami , opij , seminis portulacœ , lac-
lucœ , aceti, coriicis , mandragorœ,
et leurs semblables, soit en linimens,
cataplasmes, et onguens, pour es-
treindre la chaleur estrange , et ro-
borer les parties affectées.
Au contraire , si la cause vient du
' C’est, a part le dernier paragraphe qui
ne date que de 1585, le chap. 13 du Livre
de la suppression d’vrine.
froid, faut changer du tout les reme-
des froids, tant par dedans que par
dehors : et vsera de viandes plustost
rosties que bouillies1.
Ce remede est singulier : faut faire
boire de la ceruelle de liéure , cuite
et deslayée en vin clairet, et en don-
ner à boire quand le malade ira cou-
cher. Oii remede a souvent esté ap-
prouué estre excellent pour ceux qui
iettent l’vrine inuolontairement.
1 Ici finissait le chapitre en 1564, et le
Livre de la suppression d’vrine s’y arrêtait
également; toutefois l’auteur ajoutait en cet
endroit une sorte d’épilogue qui fut natu-
rellement retranché des œuvres complètes.
Le voici :
« Tu te contenteras, amy Lecteur, pour
le présent, de ce mien trauail, et ne trou-
ueras hors de raison si ie te donne icy les
portraits de beaucoup d’instrumens apper-
tenans à nostre art, auec leurs noms, priz tant
de leur figure que de leur vsaigc, et sont en
nombre 63 : lesquels ie n’ay peu accommo-
der et employer aux liures que maintenant
i’ay mis en lumière : mais ce sera, Diev ai-
dant, pour ma prattique generale. Ce qui
m’a meu les faire mettre à la fin de ces li-
ures, ç’a esté la crainte que i’auois qu’ils
ne te fussent communiquez estant perdus
pour beaucoup d’occasions à quoy les cho-
ses humaines sont subiettes. Et aussi le dé-
sir que i’ay de seruir au public, ensemble
de stimuler les autres à mieux faire. Car
assurément c’est chose misérable d’vser des
choses incertains, sans y adiouster (s’il en
est besoin) ce que ie prie de faire toutes
personnes, tant pour l’vtilité de la républi-
que que pour l’acquit de leur vocation, fai-
sants profiter le talent que üieij leur a
donné. »
En suite de quoi venait en effet la série
des figures d’instruments annoncés. Voyez
au reste, sur cette édition, ce que j’ai dit
dans mon Introduction, § Bibliographie
d'A. Paré.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
5l3
CHAPITRE LXV.
DE LA CVRE DE STRANG VRIE 1 .
Pareille indication doit estre suuie
pour les remedes de la strangurie : à
sçauoir, tirant iceux de la variété des
causes dont elle est faite. Car comme
ainsi soit que toute intempérie peut
causer strangurie, comme escrit Ga-
lien sur l’Aph.15. delà section 3 : cer-
tes selon que sera le vice d’in tempéra-
ture, selon cela nous vserons de fo-
mentations contraires : comme si elle
est froide, nous estimerons les parties
honteuses de décoction de mauues,
roses, origan , calaraent, et sembla-
bles : puis lesoindrons d’huile laurin.
de castoreum, et d’autres de pareil
effet : commanderons au malade de
boire de bon vin, et iceluy pur :
comme aussi quand la strangurie
sera excitée par obstruction de quel-
que humeur, et sans froid , sans plé-
thore. Mais si elle vient de quelque
inflammation auec pléthore , nous la
guarirons par la saignée , comme
note Galien sur l’Aphor. 48. de la
sect. 7. Au reste, si tel mal vient d’ob-
struction de quelque chose, nous y
remédierons par diurétiques chauds
ou froids , selon la qualité du corps
qui fera telle obstruction.
Quant à la dysurie , c’est-à-dire ,
difficulté d’vrine, nous n’en parle-
rons point d’auantage , pour autant
que les causes et remedes d’icelle sont
mesmes auec l'iscurie , c’est-à-dire ,
1 Ce chapitre date de 1575, et termine ce
que Paré consacrait dans ce livre aux réten-
tions d’urine. La partie véritablement chi-
rurgicale de cette question, c’est-à-dire l’his-
toire des rétrécissements, etc., sera traitée
plus loin au Livre de la grosse verolle.
II.
suppression d’vrine, dont nous auons
parlé cy deuant , différant seulement
selon le plus ou moins.
CHAPITRE LXV.
DE LA COLIQUE *.
S’il aduient quelque obstruction
ou autre accident , que les matières
contenues aux boyaux ne puissent
estre vacuées par la descharge ordi-
naire, qui se fait par le siégé : si le
vice est aux gresles, il s’appelle vol-
uulus ou iléon (vulgairement Miserere
met) : mais s’il est aux gros, c’est ce
que nous nommons proprement co-
lique, qui a pris son nom de la partie
malade qui est colon , c’est-à-dire la
continuité des gros boyaux, mais
principalement en celuy que nous
nommons colon. Pour cesle cause la
colique est deflinie par Auicenne,
douleur intestinale, en laquelle mal-
aisément on rend ses excremens parle
siégé2. PaulusÆgineta réduit la cause
en quatre especes : à sçauoir, crassi-
tude d’humeurs contenus entre les
tuniques des boyaux , et esprits fla-
tueux qui ne peuuent sortir): in-
flammation des intestins, et humeurs
acres et mordans3. Mais pour mieux
instruire le ieune chirurgien , nous
en parlerons plus particulièrement,
et dirons les causes et différences
estre plusieurs.
Et premièrement pour auoir trop
vsé de viandes pituiteuses, venteuses
1 Ce chapitre manque dans la première
édition, et il a été ajouté seulement en 1S79.
J’ignore où Paré en a puisé l’idée , et le
lecteur pourra juger qu’il ne valait guère
la peine de s’en enquérir.
2 Auicen. liu. 3. — A. P.
3 Liu. 3. — A. P.
33
5lâ LE QVINZIÉME LIVRE
et gluantes, la colique venteuse est
procréée, ou pour auoir mangé de
plusieurs et diuerses sortes de vian-
des, en trop grande quantité (néant-
moins qu’elles fussent de bon suc ) se
seroient engendrées crudités et ob-
struction, puis ventosités, causant
vne douleur lensiue : ou pour auoir
beaucoup mangé de fruits cruds, et
beü par trop froid apres s’eslre fort
escbauffé : car par cesle froideur
Peslomach et les boyaux sont refroi-
dis, et les humeurs aucunement con-
gelés.
Il y a une colique appellée néphré-
tique qui est aux reins, ainsi appel-
lée, parce que en grec le rognon est
dit Nephros. Ceste colique procédé
communément de quelque pierre ou
graüier engendrée aux reins , ou es-
tant descendue aux pores vrinaires :
alors le malade sent douleur à la han-
che et aux lombes , à cause qu’elles
pressent les nerfs qui naissent des
vertebres des lombes , lesquels se ra-
mifient autour de la iointure de la
hanche, et aux muscles des lombes et
de là cuisse. Semblablement les pores
vreteres (qui sont nerfs caues),et les
muscles suspensoires pâtissent : et est
aduis aux malades qu’on leur tire en
haut les testicules d'une grande vio-
lence, auec douleurs exlremes ac-
compagnées de grands vomissemens
pituiteux et bilieux, et sueurs vni-
uerselles qui durent iusques à ce que
la pierre ou sable soient descendus en
la vessie. Or, le Vomissement vient à
cause que l’eslomach, pour la conti-
nuité et voisinage qu’il a auec les
intestins, souffre pareille peine et
douleur que font les boyaux : mesme
que l estomach est de semblable sub-
stance que les boyaux , n’eslans les-
dils boyaux qu’une production de
l’estomach : parquoy quand Nature
veut ietter ce qui est contenu contre
nature aux reins, ou aux pores vri-
naires, ou enlre les tuniques des in-
testins, ou au mezenlere, ou au
pancréas et hypochondres . cause la
douleur coliqueuse, auec grandes
douleurs et vomissemens.
D’auanlage la colique se fait par
intemperature chaude et seiche, qui
fait douleur poignante et mordante,
desseichant les excremens contenus
aux boyaux, ensemble les humidités
qui doiuent rendre les boyaux glis-
sansetcoulans : aussi se fait par vne
pituite grosse et visqueuse , acre et
glülineuse.
Pareillement la colique se fait par
vne contorsion, c’est-à-dire que les
boyaux s'entortillent et tournoyent ,
de sorte que la matière fecale ne peut
passer pour estre iettée hors, comme
nous voyons euidemment en la des-
centedesboyauxen la bourse des testi-
cules, qu’on appelle hargne intesti-
nale. Semblablement parles vers qui
s'entortillent dedans le boyau colon,
qu’ils occupent ensemble, retortillent
et replient le boyau. Hippocrales,
liurc troisième, des maladies traitant
du voluulus, dit vulgairement Mise-
rere mei, conseille (apres avoir vsé
de plusieurs remedés ) d’introduire
du vent dedans le ventre auec vn
soufflet qui sera mis au siégé, à fin
de faire distendre ledit ventre, et
deslourner le boyau entortillé.
Aussi par trop longue demeure des
matières fecales contenues aux intes-
tins, qui sé fait par l’intemperalure
des malades, chaude et seiche, ou
pour auoir voyagé en temps de gran-
des chaleurs, ou pour auoir long-
temps vsé de viandes trop seiches. Vé-
ritablement ie connoisdes personnes
qui seront huit ou dix jours sans pou-
uoir aller à leurs affaires, et quand
OPERATIONS DE CIIIRVRGIE.
ils ÿ vont, leurs excremens sont secs
et durs comme crottes de chéure :
et tels sont fort suiets à la colique
et mal de teste, pour les vapeurs qui
s’esleuent au cerueau , voire que
telle chose est cause de la mort des
malades, raysouuenanceauoirouuert
le corps mort d’un ieune garçon aagé
de douze ans, qui auoit entièrement
tous les intestins remplis de matière
fecale fort dure et seiche , et aupa-
rauant sa mort la ieltoit par la bou-
che, qui fust cause le faire mourir,
faute de l’auoir secouru en temps
conuenable.
Or voylà les causes et différences
de la colique , ce que i’ai peu appren-
dre des anciens et modernes méde-
cins 1 . A présent il nous faut parler
des signes de chacune espece en
particulier.
Les signes de la colique néphréti-
que ou pierreuse : c’est que la douleur
est fixe , c’est-à-dire arrestée en vn
lieu, à l’endroit des reins, ioinl que
souuenl auparauant le malade aura
ielté quelque petite pierre ou sable
par ses vrines : et sent vne douleur
à la hanche et aux testicules, pour
les raisons cy dessus alléguées : ioint
aussi que le malade a vne extreme en-
uie d’asseller et vriuer , à cause que
Nature s’efforce mettre et ietter hors
ce qui lui nuist.
Les signes de la venteuse ; c’est que
le malade sent une grande douleur
lensiue , comme qui lui tireroit et des-
chireroit les boyaux , auec bruit de-
dans le ventre, qu’Hippocrales a
couslumc de nommer borborygmes.
Par telle ventosité quelquefois les
boyaux se rompent : ainsi qu’on voit
* L’édition de 1579 ajoutait : Ensemble ce
que i’ay peu coynoistre et apprendre. Ceci a été
retranché des 1585.
5 1 5
à vne vessie de porc , lorsqu’on la
remplit trop de vent , on voit les
fibres de ses tuniques se rompre : et
quand cela aduient , le malade meurt
auec grands vomissemens, ne pou-
uant tenir aucune chose du boire
ou manger , qui se fait à cause que les
boyaux estant remplis de vents,
pressent l’estomach , de façon que les
alifnens n’ypeuuent demeurer pour
estre cuits et digérés.
La colique qui se fait par les excre-
mens retenus : le patient sent vne
extreme douleur et pesanteur au ven-
tre et tension aux boyaux, et lors
qu’on presse sur le ventre on sent
grande dureté, et aussi que le malade
n’a de long temps esté à ses affaires.
La colique qui est faite par inflam-
mation bilieuse : le malade sent vne
grande chaleur et pulsation au mi-
lieu du ventre, à cause des veines et
arteres qui sont au pancréas et me-
zentere,et de celles qui sont dissémi-
nées entre les tuniques des intestins :
et autres signes des inflammations
qu’on Irouue aux apostemes causées
par inflammation. Aussi l’inflamma-
tion se fait à cause d’vne pituite salée,
acre, grosse, et glutineuse , qui no
peut estre iettée hors : combien que
nature s’efforce de ce faire , tant par
les vomissemens que par grandes es-
preintes , auec difficulté d’vriner,
parce que la vessie est pressée pour
l’inflammation de l’intestin droit ,
pour l’affinité et conionclion qu’ils
ont ensemble.
La colique faite parce que les loyaux
sont cnlors et repliés : le malade
sent vne extreme douleur, à cause
que l’intestin n’est en son lieu et
situation naturelle, et aussi que la
matière, pour sa trop longue demeu-
re, acquiert vne chaleur estrange. Et
faut icy noter en passant, que toutes
LE QVINZIÉME LIVRE ,
5l6
les .fois qu’vne partie n’est en son lieu
naturel, on sentira tousiours douleur,
iusques à ce qu’elle y soit réduite : et
voilà que plusieurs meurent les intes-
tins estant tombés ployés au scrotum
par vne hargne , la matière fecale y
estant endurcie , accompagnée de
ventosités et inflammation, ne pou-
uant estre remis dedans le ventre, la
matière regorge par la bouche, et Fait
la maladie nommée Miserere mei. El
quant aux signes des hargnes, il n’est
pointicy besoin lesescrire, parce qu’il
en a esté suffisamment parlé cy-
deuant, escriuantdes hargnes.
Lesprognoslicsde la colique sont de
deux sortes, les vns bons , les autres
mauuais. Les mauuais se diuisent en
deux, à sçauoir, en ceux qui sont dan-
géreux, et en ceux qui sont mortels :
les bonis sont, selon Auicenne ‘, quand
la douleur n’est pas pas fixe, c’est-à-
dire, arrestée en vn lieu, et aussi que
les matières ne sont du tout retenues.
Les signes mauuais auec danger de
mort, sont extremes douleurs, vomis-
semens continuels , sueur froide , et
les extrémités2, qui se font parce que
le sang et les esprits se retirent au
dedans du corps : hocquet continuel,
qui se fait par la sympathie et conti-
nuité des intestins à l’estomach : alie-
nation d’esprit par communication de
J’estomach au cerueau, et par consé-
quent conuulsion par transport aux
nerfs.
Hippocrates dit que les tranchées
et douleurs du nombril, qui ne s’ap-
paisent ny par saignée ny purgation,
» Lin 3. —A. P.
2 J’ai respecté le texte, attendu qu’il est le
même dans toutes les éditions ; mais il faut
évidemment lire : le refroidissement des ex-
trémités. Le traducteur latin a mis : extremi-
loium refrigeratio.
se terminent en hydropisie seiche!,
c’est-à-dire en tympanite L
La cure sera diuersifiée selon les
especes et différences : car celle qui
prouient de la pierre ou sable, se doit
curer par les retnedes propres aux
néphrétiques : aussi celle qui est faite
par la hargne, par la reposilion de
l’intestin : et celle qui est faite par le
vice des vers , par medicamens pro-
pres à iceux , à sçauoir, par potions
amerespour les faire mourir, et prin-
cipalement s'ils sont au-dessus du
nombril, faites derheubarbe infuse en
eau d’absinthe, et autres choses pro-
pres à tuer les vers : et s’ils sont au-
dessous du nombril , par clysteres
faits de choses douces, à fin de les faire
descendre et sortir par le siégé. Si elle
est causée par débilitation et réfrigé-
ration des intestins et de l’estomach,
ils seront roborés, tant par bons ali-
inens que par application de choses
chaudes sur l’estomach et sur le ven-
tre, et par iniections des clysteres.
La colique qui est faite de pituite
visqueuse et de ventosités, se com-
mencera premièrement à seder la
douleur, parce qu’il n’y a chose qui
prosterne et abat plus les vertus
que fait douleur. Et les tranchées sont
causées de gros phlegmes visqueux,
et de ventosités , lesquelles enflent et
font tension aux intestins : aussi que
tels phlegmes ne peuuent entrer des
orifices des veines mezaraïques de-
dansles boyaux sans donner des tran-
chées et extorsions. Exemple : Nous
voyons des phlegmes fort espais iet-
tés par les selles descoliqueux, qui ne
peuuent venir de l’estomach , ny du
dedans des boyaux, attendu que plu-
sieu rs v omissemens et assellalions ont
précédé, et n’eussent peu tant seiour-
1 Apho. du lin. 4. — A. P.
OPERATIONS DE CH1RVRG1E.
lier là. 11 faut donc conclure qu’ils
viennent d’ailleurs , lesquels faut
qu’ils passent par les orifices des vei-
nes mezaraïques , non sans faire
grande douleur : neantmoins qu’ils
n'y passent aussi gros que nous les
voyons par les selles, car ils filent dé-
liés au sortir, et depuis se ramassent
et espaississent comme glaire d’œufs1.
Et partant il faut faire des bains
et demy-bains , fomentations, où il
y entre mauues , guimauues , vio-
liers , pouliot, fenoil , origan, semen-
ces de lin , fœnugrec, fleurs de
camomille, melilot, et autres sembla-
bles , qui ayent faculté d’escbauffer,
seicher, atténuer et raréfier le cuir, à
fin que les vens soient dissipés : et doi-
uent tousiours estre actuellement te-
nus chauds sur le ventre. Et pour les
remedes topiques et particuliers , on
frottera tout le ventre d’huile de
camomille , d’anet , beurre frais , de
chacun vne once, semence d’apion et
petroselinum , galanga , de chacun
demie dragme , et vn peu d’eau-de-
vie , et huile de sauge, et de thym ,
extraites par quinte-essence : ces re-
medes fondent ces grosses humeurs ,
et les font couler plus facilement.
Autre de Houlier, qui afferme ce
Uniment estre fort excellent et bien
approuué :
if. Olei rutæ et nardiana 3. vj
Galbani cumaqua vitæ dissoluli 5. ij.
Liquéfiant simul, adde:
Zibet. g . iiij.
Croci g . vj.
Fiat liniroentum.
Semblablement seront appliquéssa-
chets, où il y aura du mil , ou de l’a-
uoiue , du sel , fricassés en vne poile
1 Tout ce passage depuis ces mots : Et les
tranchées, a été ajouté en 15S5.
auec vn peu de vin blanc, puis appli-
qués tout chauds sur le ventre et
sur les hanches , et renouuellés lors
qu’ils se refroidiront : en lieu de sa-
chets , on pourra mettre des vessies
de bœuf, demies pleines d’vne décoc-
tion d’herbes resolutiues , comme
sauge, romarin, thym, lauande, bayes
de laurier, et autres semblables.
Cela fait, on baillera clystere tel
qui s’ensuit :
if. Quatuor remollitiuorum ana in. j.
Origani, pulegi, calami, ana m. û .
Anisi, carui, ana 3. j.
Florum ancthi p. j.
Fiat decoctio in hydromeli. ad Ib. j. In qua
dissolue :
Benedict. laxat. mellis anlhos. sacchari
rubri ana g . j.
Olei anethi et camomill. ana §. G.
De ce soyent faits clysteres pour
deux iniections , à raison que les
boyaux estans remplis, ne peuuent re-
ceuoir grande quantité de décoction.
Autre excellent bien approuué.
if. Vini maluatici', et olei nucis, ana § . iij.
Aquæ vitæ § . j.
Olei iuniperi, vcl olei ruthæ 3. iij.
Fiat clysterium.
Et sera baillé le plus chaud qu’il
sera possible , toutesfois sans brusler
le malade : et faut que l’huile de ge-
néure , ou de rue , soyent extraites
par quinte-essence. le proteste en
auoir soutient vsé moy-mesme auec
heureuse issue , quasi comme chose
miraculeuse à seder promptement
vne vehemenle douleur causée de
ventosités, et de matières crues et vis-
queuses.
Auicenne ordonne clystere carmi-
nalif , composé d’hysope , origan ,
achor, semence d’anis, cyperi, calam.
5l8 LE QVIJtfZIEME LIVRE
aromat., et autres semblables choses
chaudes.
Le malade doit vser de bonnes
viandes et faciles à digerer, el bouil-
lons ausquels seront mis moyeux
d’œuls, saffran, fines herbes, et bon-
nes espices de muguetle, et clou de
girofle : et boire de bon vin genereux,
ou maluoisie , ou hypocras fait de
bon vin , à fin d’eschauffer l’estomac
et les intestins : par-ce que toute fla-
tuosité prouient de chaleur debile,
comme escrit Galien 1 : partant il faut
vser de toutes choses chaudes.
D’auantage si la douleur persiste,
il faut appliquer vne assez grande
ventouse sur le nombril : car elle
dissipe les vents. Galien dit2, que la
ventouse est si admirable contre les
flatueuses douleurs, qu’il semble es-
tre vn enchantement , parce qu’elle
les appaise promptement , à cause
qu’elle dissipe et consomme les vents.
Aussi il ne faut oublier à bien fort
serrer le ventre, auecques fortes et
larges bandes , à fin de pousser les
ventosités hors, etroborer les boyaux:
ce que les malades mesmes nous
monstrent, parce qu’ils se pressent le
ventre auec leurs mains, et mettent
la teste entre les genoux. Et si la dou-
leur persiste, nous vserons de reme-
des qui opèrent par propriété occulte,
comme intestinum lupi, resiccatum,
duquel puluerisé on donnera à boire
vne dragme auec du vin blanc.
La colique bilieuse est celle qui
prouient d’inflammation, laquelle de-
mande remedes contraires à celle qui
est faite de ventosités et de crudités.
Le premier est la saignée , régime de
viure réfrigérant : Potions de calho-
licum, casse , dissouls en eau d orge :
Çlysteres relrigerans, ausquels seront
> De symptom. causis. — A. P.
* Au dernier chap. de la Méthode. —A. P.
casse , catholicum , dissouts en eau
d’orge. En la grande douleur, Aui
cenne ordonne les narcotiques, pour-
ce qu’ils sent froids : ils contrarient à
la cause de la maladie qui est chaude
et seiche, comme sont les pilules de
Plutonium, ou de hiere picre la quan-
tité de 5 ifij. opij et croci ana gran. j.
fiant pi ulœ cum vino. Aussi les bains
faits d'eau douce , ausquels seront
mises mauues, guimauues, violiers,
fleurs de nénuphar, laitues, pourpié,
et autres semblables refrigerans, à
fin de corriger l’acrimonie des hu-
meurs chaudes causans la maladie.
Celle qui est faite d’vnepiluile sal-
lée, acre, grosse, et glutineuse, il faut
premièrement atténuer l’humeur ,
puis le fondre et l’attirer: qui se fera
par remedes chauds , pris tant par la
bouche que par çlysteres, et applica-
tions extérieures qui serontordonnées
par le docte médecin.
Cure de la colique faite par reientiondes
excremenls, et des replis des boyaux.
En icelle , Auicenne recommande
les alimens qui ont vertu d’amollir le
ventre , comme toutes especes de
bouillons humides, et entre autres
celuy qui est fait d’vn vieil coq, qu’on
aura fait courir long-temps , puis
battu, et le faire cuire auec anet et
polypode, el quelque peu de sel, ius-
ques à ce que telle substance se re-
soude en eau. Faudra pareillement
vser de çlysteres delersifs, à quoy le
mesme aulheur se sert de çestuy cy :
If. Bctæ m. j.
Furfuris p. j.
Ficuum numéro x.
Allbææ m. j.
Fiat decoct. ad Ib.j. in qua dissolue:
Ni tri et muriæ ana 3. ij.
Sacchari rub. § . j.
OleFsesam. §. ij.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
Et si l’obstruction est trop contu-
mace, il en faut vser de plus forts,
ausquels on mettra du cyclamen et
de la centaure, et de la biere diacolo-
cin. ad 3 ij.
Et si encore pour toutes ces choses
le malade n’est allégé, et qu’il jette
sa matière fecale par la bouche , Ma-
rianus Sanctus , homme fort expéri-
menté en la medecine et chirurgie,
dit auoir veu plusieurs qui estoient
eschappés de l’iliaque passion (mala-
die mortelle ) en prenant trois liures
d'argent - vif , auec de l’eau sim-
plement : ce qui aduient , d’autant
que par sa ponderosilé destourne
l'intestin , qui esloit entors et replié ,
et pousse la matière fecale en bas, et
fait mourir les vers qui pourroient
auoir causé ladite contorsion *.
Maistre Jean de Saint - Germain ,
apoticaire à Paris, homme bien ac-
compli en son art, m’a affermé auoir
pensé vn gentilhomme ayant la co-
lique accompagnée d’exlremes dou-
leurs, et pour s’en deffaire, auoit pris
plusieurs clyslcres, et autres choses
ordon nées par doctes médecins: neanl-
moins tout cela, sa douleur ne cessoit
point. Il suruint vn Allemand , son
amy, qui lui conseilla boire trois on-
ces d’huile d’amandes douces tirée
sans feu , mixlionnée auec du vin
blanc , et eau de paritoire : ce qu'il
fit, puis tost apres luy fit aualler vne
balle d harquebuse faite de plomb,
frottée et blanchie de vif argeni (à
fin qu’ellecoulasl mieux) où bien tost
apres les jetta par le siégé, el quant
çtquanlsa douleur fut du tout cessée.
Telle chose peut aider grandement
à la colique venteuse. En la colique
1 Marianus Sanctus. — Lib. de casu et
offensione. — A. P. — Je ne connais pas ce
livre.
£19
l’estomac souffre, et partant, aucuns
disent auoir la colique d’estomach.
CHAPITRE LXVI.
QUE C’EST QUE SAIGNÉE1.
Phlébotomie est incision de veine
euacuant le sang auec les autres hu-
meurs, comme l’incision de l’artere
est dite artériotomie.
Le premier scope de la phléboto-
mie, est euacuer le sang péchant en
quantité : combien aussi que souuent
on se propose de tirer le sang qui
peche en qualité, ou tous les deux
ensemble. La quantité ou replelion
s’entend en deux maniérés : l’vne,
quant à la vertu, jaçoil que les veines
ne se montrent trop pleines, qui rend
soudain les hommes foiblesetdebiles,
Nature ne pouuant porter vn tel faix
ou pesanteur : l’autre maniéré de re-
plelion se prend quant aux vaisseaux
quiconliennentlesang, et se rapporte
à l’abondance d’iceluy, encore que la
vertu le comporte sans aucun ennuy.
En cesle replelion les veines souuent
se rompent , et le malade crache le
sang, ou bien il sort par quelque au-
tre partie du corps, comme par le
nez, par la bouche en vomissant, par
la matrice aux femmes, par les ron-
gnons, de façon que l’on pisse le sang
t ut pur, ou par les hémorroïdes,
ou quelques veines variqueuses , ou
sans eslre variqueuses. La replelion
qui se fait quant à la vertu , se con-
noisl par 1a pesanteur et lassitude de
tout le corps. La replelion quant aux
vaisseaux, se connoist par l’extension
d’iceux , et qu’ils apparoissent fort
1 Ce chapitre et les suivants ont la date
commune de 1575.
LE QVINZIÉME LIVRE,
5ao
pleins : et l’vne et l’autre repletion a
besoin d’euacuation *.
D’auantage , pour cinq intentions
on fait la phlebolomie. La première
est pour euacuer l’abondance du sang
et des humeurs , comme és pléthori-
ques , et à ceux qui sont vexés de
quelque passion sans pléthore, comme
pour quelque inflammation. La se-
conde est pour détourner et diuertir,
ce que l’on appelle reuulsion : comme
lors qu’il suruient vn flux de sang
par la narille senestre, on doit faire
la saignée au costé dextre, et ainsi au
contraire. La troisième est pour at-
tirer , comme lors que nous voulons
prouoquer les mois des femmes, nous
ouurons les veines saphenes aux mal-
léoles. La quatrième est pour altérer,
comme nous saignons és fiéures ai-
guës, à fin d’euacuer le sang bouil-
lant , et refroidir ce qui reste. La cin-
quième est pour preseruer , comme
nous phlebotomons au printemps et
automne, ceux qui sont disposés à
cracher le sang, ou suiets àsquinance,
pleuresie, epilepsie, apoplexie, gout-
tes, et à d’autres indispositions : aussi
és playes nous saignons pour euiter
le phlegmon.
Auant que saigner on doit considé-
rer si les excremens du ventre ont
esté retenus long temps dans les
boyaux , et si ainsi est , les faut pre-
mièrement vuider auec clysteres gra-
cieux, ou suppositoires , ou noüets,
à fin que les veines mesaraïques ne
tirent des boyaux quelque substance
putride.
On ne doit saigner les vieils ( si ce
n’est en vne nécessité ) pour crainte
» Toute cette dissertation sur les deux
repliions ad vires et ad vasa est de Paul
d’Egine, liv.vi.ch 40, et copiée presque mot
à mot de la traduction de Dalechamps.
de la diminution de leur chaleur na-
turelle , et desiccation de leur sub-
stance : pareillement ny les ieunes
enfans , pour crainte de trop grande
resolution de leur habitude faite par
l’abondance de leur chaleur natu-
relle : à raison de la rarité de l’habi-
tude de leurs corps , aussi de la mol-
lesse et délicatesse de leur substance.
La quantité du sang que l’on tire
se mesure à la force de la vertu et à
la grandeur de la maladie. Si le ma-
lade est debile, et que la maladie
demande grande euacuation , on fera
la saignée à deux ou trois fois, et
quelques iours interposés.
Pour vne grande douleur de teste
qui est en la partie postérieure , nous
incisons les veines du front, et pre-
mièrement nous fomentons la partie
auec eau chaude pour amollir lecuir,
et attirer d’auantage de sang dans les
vaisseaux.
Aux squinances, on ouurira les
veines au trauers qui sont sous la
langue , sans aucunement lier le col,
de peur de suffoquer le malade.
A toutes affections ou maladies qui
ostenl l’haleine et nous estranglent ,
et à celles qui soudain font perdre la
parolle, la phlébotomie est neces-
saire : aussi à toutes grandes contu-
sions des parties internes ou exter-
nes, comme est tomber de haut , ou
auoir receu quelque coup orbe, en-
cores que la vertu fust debile , et que
le sang ne pechast ny en quantité
ny qualité , il faut faire la saignée :
pareillement en apoplexie, squi-
uance, pleuresie, fiéures ardentes.
Aussi si le malade, apres s’estre pré-
cipité, vomist le sang, soudain luy
faut ouurir la veine : autrement le
sang se pourrait cailler, si on le laisse
reposer et refroidir.
Il ne faut saigner le malade en la
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
vigueur de la fiéure *. Or si la fiéure
ne oroist plus , et aussi ne decroist
point , et n’esperons aucune déclina-
tion d’icelle , en tel cas il ne faut
perdre ceste seule occasion de la sai-
gnée , encore qu’elle soit pire qu’en
la déclination de l’accès.
Quelques-vns débattent que le sang
doit estre tiré au plus loin qu’il est
possible du lieu où il fait le mal , et y
cause inflammation , et que par ce
moyen le cours des humeurs est des-
tourné : le faisant autrement , que
Ion attire à la partie malade ce qui
le charge et offense. Ceste opinion est
fausse : car la saignée vuide et euacue
premièrement le lieu le plus pro-
chain 2. Car i’ay souuentesfois ouuert
les veines et arteres du mesme lieu ,
comme à la chiragre et podagre, les
veines du pied ou de la main , et à la
migraine les arteres et veines des
temples : et par ceste euacuationjde
sang qui estoit Hué auec le virus
arthritique , et les esprits bouillants
qui estoient euacués . la douleur sou-
dain s’appaisoit : ce que i’ay fait plu-
sieurs fois auec bonne et heureuse
issue. Ainsi Galien commande inciser
les arteres des temples pour la fluxion
des yeux , et pour vne douleur de
teste inueterée , ou pour vne mi-
graine3 ce que i’ay fait plusieurs fois
auec bon succès4.
‘L’édition de 1575 ajoutait ici : et qui le
feroit, seroit luy couper la gorge.
' Il s’agit ici de la grande question de la
révulsion soulevée par Brissot au commen-
cement du xvie siècle , et résolue contre les
Arabes à l’époque d’A. Paré. Celui-ci repré-
sente donc en cet endroit l’opinion victo-
rieuse.
5 Gai. 13. Met., chap. dern. — A. P.
•* Paré ne décrira pas ici la manière de
faire l’artériotomie : mais il en a donné une
description excellente pour l'époque dans
son chapitre de la migraine, en racontant
5*i i
CHAPITRE LXVII.
LE MOYEN DE BIEN FAIRE LA SAIGNÉE.
Maintenant ie te veux donner le
moyen de bien faire la saignée.
Premièrement faut bien situer le
malade , à sçauoir, s’il estfoible, sera
saigné dedans le lict : et si les vertus
sont fortes, sera assis dans vne chaire,
situé de maniéré que le iour donne
droit au lieu où l’on voudra inciser le
vaisseau.
Cela fait , le chirurgien frottera la
partie auec sa main ou linge chaud ,
à fin d’attirer le sang au vaisseau :
puis fera vne ligature vn peu au des-
sus dudit vaisseau qu’il voudra ou-
urir, et r’enuoyera le sang des par-
ties inferieures vers la ligature : et
empoignera le bras du malade auec
sa main senestre, si c’est le bras
droit : et si c’est du bras senestre , le
prendra de la dextre, mettant le pouce
un peu plus bas que le vaisseau à fin
qu’il le tienne , et ne vacille çà et là ,
et le faire esleuer à cause du sang qui
aura esté enuoyé. Cela fait , de son
ongle marquera le cuir qui sera sus
la veine, à l’endroit où il la voudra
inciser : puis subit prendra vne petite
goutte d’huile ou de beurre frais , et
frottera le lieu marqué par l’ongle , à
fin de rendre le cuir plus lice et l’a-
mollir, et par ce moyen sera plus fa-
cile à couperet fera moindre douleur
au malade , à raison que la lancette
entrera plus doucement. Or le chirur-
gien tiendra sa lancette du pouce et
de l’index , non trop loing ny trop
pi es de la pointe, et de ses trois autres
doigts s’appuyera contre la partie :
l’observation du prince de la Roche-sur-
Yon. Voyez ci-devant page 411. Il revien-
dra sur ce sujet dans sa grande Apologie eu
défendant son procédé.
522
LE QVINZIÉME LIVRE ,
et d’abondant mettra les deux doigts
susdits, desquels il tient la lancette,
sus le pouce, pour auoir d’auantage
sa main ferme et non tremblante :
alors fera incision vn peu oblique-
ment au corps du vaisseau, qui soit
moyenne, non trop grande ny trop
petite selon le corps du vaisseau , et
le sang gros et subtil que l'on aura
coniecluréy estre contenu Elsefaut
garder de toucher l’artere qui est
souuent couchée sous la basilique , et
sous la médiane vn nerf, ou le ten-
don du biceps : et quant à la veine
céphalique, il n’y a aucun danger >.
Il sera tiré du sang selon qu’il sera
besoin , puis déféra la ligature, et en
fera vne autre sur le corps de la
veine, pour arresler le sang aucc vne
petite compresse : et la ligature ne
sera trop lasche ny trop serrée, de
façon que le malade pourra plier le
bras à son aise. Et pour la faire
comme il appartient, faudra à l’heure
que Ion la voudra faire, commander
au malade de plier le bras : car si on
le bandoit estant droit , il ne le pour-
roit apres plier, ainsi qu’il a esté dit
cy dessus. Ce qui se fera auec vne
telle lancette :
Lancette pour Paire les saignées \
' C’était peut-être ici le lieu de
rappeler la piqûre du nerf dans
uncsaignée faite àCharles IX. Paré
en a parlé dans un chapitre spécial
du livre vm. Voyez ci-devant,
page 115.
* La figure de celle lancette avait
paru pour la première fois dans
la Melliode de traiter les plages de
la teste, 1501 , fol. 156, verso : avec
cette annotai on :
Vue lancette de laquelle feras les
scarifications glustosl qu'auec vn ra-
soir, d’autant qu’elle coupe plus sub-
tilement, et il moins de douleur.
Plus tard, en 1564, l’auteur re-
produisait la même figure à côté
CHAPITRE LXVIII.
DES VENTOVSES *.
Ventousps est vn vaisseau ventru
qu’on applique sur le corps pour atti-
rer violenlement. Il y en a de cuiure,
de corne, de verre, de bois, de terre ,
d’or et d’argent : les vnes sont gran-
des, autres petites (appelées petits
cornets) les autres moyennes. Et s’il
aduient qu’on ne trouuast des ven-
touses , on se peut aider d’vn verre
ou gobelet, ou d'vnpetitpot de terre.
Elles sont grandes ou petites , selon
la diuersitédes parties où elles set ont
appliquées. Or celles qui ont l’embou-
clicure estroile et qui sontlonguetles
tirent de plus loing. On met dedans
des eslouppes ou chandelles de cire
allumées au cul d’icelles. Les petits
cornets sont appliqués les ayant
trempés en eau chaude , et apres
qu’on les a vn peu escliauffés à la
flamme d’vue chandelle, ou de lampe
ayant grande flamme: ou par succer
auec la bouche.
On applique les ventouses lors que
Ion veut faire vacualion de quelque
matière coniointe en vne partie, prin-
cipalement quand elles sont auec sca-
du bistouri courbe , avec ce titre nouveau ••
Lancettes courbées et toutes droites propres
à saigner et à ouurir apostemes et faire autres
incisions.
Enfin, elle a été reportée à ce chapitre à
la date du chapitre même, c’est-à-dire en
1575.
' Ce chapitre, comme le précédent, date
de 1575; toutefois, le premier paragraphe
n’y a été ajouté qu’en 1585. Il a été en
grande partie emprunté aux annotations de
Dalecbamps sur le 41e chap. de Paul d’E-
gine , chir. frattçoise , p. 231 et suiv.
OPERATIONS DE CH1RVRGIE.
rification, et sont aussi appliquées
pour faire reuulsion et deriuation en
quelque partie, comme pour la de-
fluxion qui se fait aux yeux.
On les applique sur les espaules
auec grandes flammes : car par ce
moyen font plus grande attraction.
Pareillement aussi sous les mamel-
les des femmes pour faire reuulsion
de leurs mois, quand ils fluent trop,
et sont trop pareillement appliquées
aux plats des cuisses, quand ils ne
coulent assez : aussi aux morsures
des bestes veneneuses, et bubons , et
charbons pestiférés , pour attirer le
venin du dedans au dehors.
Cornélius Celsus veut que l’on ap-
plique la ventouse sus la partie do-
lente que nous prétendons guarir,
en faisant euacualion du sang et es-
prits üatueux imprimés en quelque
partie.
Les ventouses s’appliquent sus le
nombril pour résoudre vue grosse
ventosité enfermée en nos boyaux,
ou en quelque autre spaciosilé, comme
entre quelque autre membrane des
muscles de l’epigastre, qui causent
colique. Aussi sont appliquées sur le
flanc dextre ou senestre, quand au
foye ou en la râtelle il y a tension
douloureuse faite des ventosités , ou
qu’il y hémorrhagie par le nez. On les
applique aussi sus les reins et sus le
ventre, à l’endroit où sont situés les
vreteres, pour faire descendre la
pierre à la vessie , et sont appliquées
plus grandes ou plus petites, selon la
nécessité.
D'auantage tu vseras des cornets
comme des susdites ventouses, és
lieux esquels les ventouses ne peu-
nent eslre , pour leur grandeur, ap-
pliquées : desquelles t’ay voulu don-
ner le portrait.
5a3
Ventouses de diuerse grandeur, ayons de pe-
tits trous, lesquels seront bouschés de cire
lors qu'elles seront appliquées : et quand on
les voudra osier, on leur donnera vent pur
iceux *.
Cornets de plusieurs sortes, auec les flammctles
et lancette propre pour faire les scarifications \
i'- ' Paré avait fait figurer sous ce titre qua-
tre ventouses exactement semblables, si ce
n’est qu’elles étaient rte diverse grandeur;
il m’a paru dès lors suffisant d’en donner
une, d’autant p us qu’aucune des figures
originales n’était de grandeur naturelle.
Ces premières ventouses avaient été figu-
rées d’abord dans le traité des Playes de la
teste, en 150/, fol. 150, verso; puis, en
1504, dans les Dix liures de chirurgie,
page 102.
2 Ici surtout Paré avait multiplié les fi-
5a4 LE qvinziéme livre
Cornels qui attirent sans Jeu, mais par le be
nejice de la bouche, en retirant son ha-
leine '.
CHAPITRE LXIX.
DES SANGSVES, ET LE MOYEN D’EN VSËR2.
La sangsue est vn ver aquatique,
de figure d’vn ver de terre. Au bout
où est la teste , elle a vn trou rond
comme celuy d’vn lamproyon, et
gures de ses cornets ; il n’y en avait pas
moins de huit, luxe d’autant plus inutile
que d’abord ils se ressemblaient tous, mais
surtout que plusieurs étaient même repré-
sentés avec des dimensions égales. Ces figu-
res avaient paru d’abord dans les Dix Hures
de chirurgie, 1564, page 70 (voyez ci-devant
la note 2 de la page 200), en même temps
que les flammeltes. Quant à la lancette,
c’est la même que la lancette à saigner, re-
présentée à la page 522, à part les ornements
du manche, pour lesquels j’ai voulu la con-
server.
» Ces trois cornets, fort différents des
précédents, avaient été figurés pour la pre-
mière fois dans le magasin d’instruments
qui termine les Dix liures de chirurgie,
p. 226.
2 Ce chapitre existait en partie dans les
deux éditions de 1575 et 1579: mais ce n’est
trois petites dents ou aiguillons, auec
lesquels elle perce la peau, non seu-
lement de l’homme, mais aussi d’vn
cbeual ou d’vn bœuf, et s’y attache
et succe, et se remplit de sang.
II y en a qui sont venimeuses, et
sont celles qui ont grosse teste, de
couleur verdoyante , et reluisent
comme vers ardans, et sont rayées de
bleu sur le dos, ou toutes noires.
Aussi sont venimeuses celles qui vien-
nent es marets, et aux eaux bour-
beuses, et engendrent inflammation,
aposteme, fiéure et malins vlceres,
voire souuent incurables.
Les bonnes sont celles qui sont de
couleur de foye , menues , rondes ,
ayans petite teste, le ventre rougeas-
tre, et le dos verd et rayé de couleur
d’or par dessus , et qui habitent és
eaux claires et coulantes. Apres les
auoir prises , il les faut garder enui-
ron vn mois et plus, à fin qu’elles se
desgorgent de leur baue et ordure, et
leur changer d’eau souuent : par-ce
que aucunesfois elles se seront ietlées
sur quelque beste morte et charon-
gneuse : et qui les appliqueroit sans
estre desgorgées, elles pourroient
imprimer quelque venin à la partie.
Partant il les conuient faire desgor-
qu’en 1585 qu’il a acquis toute son étendue.
Les trois premiers paragraphes relatifs au
choix des sangsues sont de celte date ; de
même que le dernier, qui, au reste, n’a nul
rapport au titre du chapitre. Le reste est de
1575.
Ce chapitre se lit d’ailleurs avec un cer-
tain intérêt; la section du corps de la sang-
sue pour la faire mieux tirer, les manières
d’arrêter le sang, ne se trouvent pas dans
Guy de Chauliac. Paré n’en était pas pour
cela l’inventeur, et il a pris presque tout
ce qu’il en dit dans les annotations de Da-
lechamps sur le chap. 41 de Paul d’Egine,
Chir. françoise, page 239.
OPERATIONS
geret vomir leur ordure auparauant
que les appliquer.
Or ou les applique aux endroits du
corps où les ventouses et cornets ne
peuuent tenir, comine au fondement,
pour rompre la tunique des veines
hémorroïdales, à l’entrée de la val-
ue, aux genciues, léures, nez, et sur
les doigts. Si on veut faire grande
euacuation de sang, apres que la
sangsue est tombée, si le lieu le per-
met, on appliquera des ventouses ou
cornets, ou bien on en remettra d’au-
tres.
11 fautnoterquesi la sangsueest ma-
niée «à main nue, elle se rend desdai-
gneuse et despiteuse, et ne veut pas
mordre : parquoy quand on la veut ap-
pliquer , ou la prendra auec vn linge
blanc et net, faisant auparauant sur la
partie petites scarifications ou mou-
chetures, ou bien sera mis sus quelque
peu de sang tiré de quelque beste : par
ce moyen elle prendra plus facile-
ment.Et pourla faire tomber, on jette
sus sa teste de la poudre d'aloës, du sel
ou de la cendre : et estant tombée, si
l'on veut sçauoir combien de sang elle
aura tiré, on la mettra dans vn vais-
seau , et sera couuerle de sel broyé
bien menu, et soudain elle vomist tout
ce qu’elle a succé. Et qui la voudra
faire tirer dauantage, auant qu’elle
lasche prise et desmorde, il la faut
couper d’vn cizeau par en bas vers la
E CHIRVRGIE. 525
troisième partie de son corps : en ces-
te façon elle tire tousiours, et le sang
qu’elle attire découlé par son corps.
Or la sangsue par son succement
attire du profond elparties voisines : et
non seulementde celle qui est malade
sur laquelle elle est appliquée. Ce qui
est manifeste à voir, à raison qu’es-
tant tombée, il sort bonne quantité
de sang et par longue espace de
temps par la morsure, encore qu’elle
soit petite, joint que difficilement on
l’estanche : ce qui ne se fait par les
scarifications et applications de cor-
nets et ventouses. Si on ne pounoit
estancher le sang apres la morsure, il
faut appliquer la moitié d’vne feue :
la tenant et pressant dessus , iusques
à ce qu’elle y demeure attachée et
adhérente , infailliblement cela re-
tient le sang : ou bien y appliquer du
linge bruslé auec compresse et liga-
ture propre.
le ne veux 'laisser en arriéré \ ne
autre operation, qui se fait par poin-
ture ou piqueure auec vne espingle
ou aiguille, ou par la pointe de la
lancette, ou par la piqueure des sang-
sues. On pique les petites apostemes
és membranes de l’œil, pour abattre
les cataractes, ou pour euacuer le
pus, appelé hypopyon, contenu entre
les membranes de l’œil : ou appliquer
vnseton, ou faire sutures à coudre
les playes et autres,
LE SEIZIÈME LIVRE
TRAITANT
DE LA GROSSE YEROLLE,
DITE MALADIE VENERIENNE, ET DES ACCIDENS
QUI ADVIENNENT A ICELLE1.
AU LECTEUR.
Je n’ay voulu laisser en arriéré à parler de la grosse Verolie. Et pour ce
faire , i’ay pris la plus grande part de ce qu’en auoit escrit defunct Thierry
de Hery, Chirurgien demeurant à Paris : lequel en a autant bien traité
qu’aucun de ceux que i’ay peu lire, qui en auoient parlé deuant luy. Et
pour ce n’ay voulu changer sa méthode et maniéré de pratiquer, à raison
que n’eusse sceu mieux faire : et l’ay inséré en ce présent liure pour deux
raisons. La première , à fin que le ieune Chirurgien ne desirast la méthode
de guarir ceste maladie en ce présent Oeuure. La seconde , pour le faire
renaistre si possible m’estoit, pour la preud’hommie du personnage , et
bonne amitié que nous auions ensemble dés nos ieunes ans.
' C’est ici] que nous commençons à nous
écarter formellement de l’ordre suivi par
A. Paré dans la disposition de ses livres.
Car en retranchant le livre des Animaux et
le livre des Fiéures au commencement de la
collection , nous pouv ions alléguer telle ou
telle édition qui ne les offrait pas à celte place;
mais toutes les éditions complètes donnent le
livre des Gouttes après celui des Operations,
et avant celui de la Grosse V erolle. Mais le
livre des Gouttes est presque purement mé-
dical ; celui de la Grosse Verolie est tout
chirurgical; et il se trouve d’autant mieux
placé après celui des opérations, qu’il vient
compléter ce que celui-ci contenait déjà sur
les affections de la verge et les rétentions
d’urine. J’ai exposé d’ailleurs dans mon in-
troduction l’ordre général que j’avais cru
devoir adopter; les livres anatomiques,
puis les livres chirurgicaux, réservant les
livres médicaux en quelque sorte pour la
troisième partie de l’oeuvre.
Ce livre est formé de trois portions bien
distinctes par leur date et leur sujet. La
première, du chapitre 1 au chap. 18, date
seulement de 1 575 ; et c’est à elle surtout
que se rapporte l’avis au lecteur , où Paré
donne à Thierry de Héry un si touchant sou-
venir. La deuxième du 18' au 29e chapitre,
et pour laquelle Paré avait beaucoup em-
prunté à l’ouvrage de Thierry , sans en rien
dire , date de 1504 , et avait été publié dans
les dix Hures de chirurgie , OÙ elle formait le
livre 8, intitulé : Des chaudes-pisses et car-
nositez engendrées au meal vrillai. Les deux
chapitres suivants se rattachent à la vérole
et datent de 1575. La troisième partie com-
prend quatre chapitres, qui en faisaient dix
dans l’édition de 1564 , et constituaient le
6e livre sous ce titre : De la maniéré delraitter
DE LA GROSSE VEROLLE.
CHAPITRE I.
DESCRIPTION DE LA VEROLLE.
Les François nomment ceste mala-
die, la maladie de Naples : et les Nea-
politains, lo mal di Françose: les Ge-
neuois, lo male di brosuse : les Espa-
gnols, la bouez .Tes Allemans, Fran
çouse : les Latins, pudendagra. Tous
lesquels noms ont esté ainsi imposés
selon le plaisir des nations: mais pour
ne faillir, ie suisd'auis que si leFran-
cois en est vexé, que Ion l’appelle la
maladie du François : et si c’est le
Neapolilain, la maladie du Neapoli-
tain : ainsi des autres nations. Et ne
faut estre curieux des noms, pourueu
que l’on entende la chose par eux si-
gnifiée.
Verolle est vne maladie causée par
attouchement, et principalement de
compagnie charnelle, auec qualité
occulte, commençant le plus souuenl
par vlceres des parties honteuses,
pustules en la teste, et en autres par-
ties extérieures, infectant aussi les
parties internes, auec douleurs noc-
turnes extremes à la teste, espaules,
les caries des os. Mais ils sont d’une date
bien plus ancienne; et pour en retrouver le
texte primitif, il faut remonter à l’édition
de 1552, où Paré l’avait mis entre le Traité
des fractures d’os, él le Traité de la gangrène,
sous ce titre courant : Traité des os carieux,
et avre celui-ci en tête : La maniéré de gué-
rir les os carieux , sans aucune distinction de
chapitres. Apres cette histoire de la carie,
il reste encore les six derniers chapitres,
qui ont la même date que le livre lui-même,
c’est-à-dire 1575. Voilà, comme on voit,
des dates et des sources assez variées; je
prendrai soin, comme toujours , de rappor-
ter toutes les variantes un peu notables.
537
iointures et autres parties : et par
succession de temps fait desnodosités,
alteration et caries aux os1, les liqué-
fiant comme si c’estoit métal fondu,
laissant les parties charneuses d’au-
tour souuent en leur entier : ensem-
ble cause plusieurs autres et diuers
accitlens, comme corruption totale
des parties selon lintemperature et
cachexie des corps, et la diuturnilé du
temps que le malade en sera espris.
Car aucuns perdent vn œil, et sou-
uent les deux, ou vne bonne portion
des paupières, et les malades demeu-
rent apres estre curés, hideux à re-
garder, ayans les yeux éraillés. Au-
tres perdent l’ouye : autres le nez :
autres ont le palais troué auec déper-
dition d’os, qui est cause de les faire
parler Renaud 2: autres ont la bou-
che torse, comme renieurs de Dieu :
autres perdent le culliueurdu champ
de nature humaine, de façon qu’ils
demeurent apres stériles : et les fem-
mes y laissent la moitié, et quelques-
fois d’auanlage de leurs parties géni-
tales : qui fait qu elles sont laissées
comme inhabiles d’auoir la compa-
gnie des hommes. Et à d’aucuns par
vn reiiqua d’vne chaude-pisse, se pro-
crée des carnosités en la verge, qui
fait que iamais ne peuuent pisser que
par le bénéfice d’vne sonde, et sou-
uenl meurent par vne . suppression
d’vrine, ou d’vne gangrener la ver-
ge. Autres demeurent impolens des
bras ou iambes, cheminant tout le
cours de leur vie à potences. Autres
demeurent en vne contraction de
tous leurs membres, de maniéré qu’il
1 Celle définition ert à peu de chose près
celle de Thierry de Hery, ouvrage cité p. 5.
Mais lé premier paragraphe et le reste du
chapitre appartiennent à lJaré.
’ Parler Renaud , parler du nez, nasiller.
LE SEIZIEME LIVRE,
5s>.8
ne leur reste que la parole, qui est le
plus souuent en criant et lamentant,
maudissans l’heure qu’ils ont esté
engendrés. Autres demeurent asth-
matiques et hectiques, auecvne fié-
ure lente, et meurent tabides et des-
seichés : aucuns deuiennent lepreux :
autres ont des vlceres putrides, chan-
creuses et corrosiues à la gorge et és
autres parties du corps : aucuns ont
vne cheute de poil, dite alopécie, ou
pellade : autres des dartres squa-
meuses aux pieds et mains : il se con-
cret à d’aucuns des boutons et pustu-
les dans le conduit de l’vrine, qui
s’exulcerenl et enflamment, et se tu-
méfient, de façon que les malades ne
peuuent vriner, puis la gangrené et
mortification suruiennent : qui fait
que pour leur sauner la vie, leur
ennuient entièrement couper la verge
si on n’y remedie. Aucuns sont vexés
d’epilepsie : autres de flux de ventre,
iettans les matières sanguinolentes et
corrompues.
Et pour le dire en vn mot, on peut
voir la verolle compliquée de toutes
especes et différences de maladies ,
lesquelles ne se peuuent guarir sans
ablation du virus verollique, auec
son alexipharmaque, qui est le vif-
argent, que l’on peut comparer à vn
furet faisant sortir le connin hors de
son terrier.
CHAPITRE IL
DES CAVSES DE LA VEROLLE.
Il y a deux causes de la verolle. La
première vient par vne qualité spéci-
fique et occulte, laquelle n’est su-
iette à aucune démonstration : on
la peut toutesfois attribuer à l’ire de
Dieu, lequel a permis que ceste ma-
ladie tombast sus le genre humain,
pour refrener leur lasciueté et des-
bordée concupiscence. La seconde
est pour auoir eu compagnie d'hom-
me ou de femme ayant ladite mala-
die, laquelle se prend à cause que
l’homme aura à la verge quelques vl-
ceres de verolle ou chaude-pisse, ou
la femme à sa matrice : ou qu’elle au-
ra vne chaude-pisse (qu’elles appel-
lent fleurs blanches) ou de la semence
recentement receuë de quelque verol-
lé : et par le contact de la verge, la
mucosité et sanie virulente retenue
aux rugosités du col de la matrice,
s’imprime aux porosités de la verge,
causant vlceres malins ou chaude-
pisse. Puis le virus pullulera et che-
minera par les veines, arteres et nerfs
aux parties nobles : ainsi que l’on
voit le feu espris à vne corde d’har-
quebuse : et le foye se ressentant de
tel vice, souuent par sa faculté expul-
trice chasse ledit virus aux aines, et
fait apostemes appellées bubons (vul-
gairement poulains) lesquels s’ils ne
iettent leur gourme et retournent au
dedans par delitescence, ce venin in-
fecte la masse du sang, dont s’ensuit
la verolle.
Toutesfois elle peut aduenirparau-
tre cause, comme par la réception de
l’haleine infectée d’vn verollé ou ve-
rollée,baisantplusieurs fois vn enfant:
ce qui n’est hors de raison . Car par la ré-
ception des vapeurs corrompues, le v i-
russepeut imprimer au corps de l’en-
fant , attendu sa délicatesse et rarité
puerile. Pareillement pour auoir ex-
trait et receu vn enfant d’vne femme
verollée,lesmatronesen peuuenteslre
entachées, d’autant que par les po-
rosités de leurs mains le virus se com-
munique aux veines et arteres, et d’i-
celles par tout le corps : comme mon-
sieur le Coq, docteur médecin à Paris,
DE LA GROSSE VEP.OLLE.
fesmoigne auoir veuau traité qu’il a
fait, De ligno sanclo non ptrmisccndo *.
Aussi par expérience on voit que
gens de toutes coinplexions, sexes,
soient enlans, adolescens, hommes en
aages consistons, solides, et robustes,
couchans auec au très infectés de ceste
maladie, sans aucune compagnie
charnelle, s’en trouuent atteints et
espris. Il ne faut pas en attendre
moins de celuy qui couchera au lit
d vn verollé, si la sueur ou sanie sor-
tant de quelque vlcere infecte les
draps et couuerture, estons imbus de
ce venin .- à cause que nos veines
et arteres attirent l’air, mettant en
nos corps la qualité maligne des ex-
cremens imprimés aux linceuls. Au-
tant en sera-il de manger et boire
aux vaisseaux où ils auront beu et
Cette citation se Ut pour la première
fois dans l’édition posthume de 1598. An-
toine Lecoq, médecin de la faculté de Paris,
était mort en 1550, et le livre cité ici avait
paru en 1540. C'est ce Lecoq qui, ayant été
consulté pour François Ier, répondit, si l’on
en croit Guy Patin : C’est un vilain qui a
gagné la vérole; frottetur comme un autre,
et comme le dernier de son royaume, puis-
qu’il s’est gâté de la même manière. — Du
reste, Paré a emprunté celte citation à
Thierry, et voici comment celui-ci s’ex-
prime :
« Maistre Anlhoine Lecoq , docteur re-
gent en la faculté de médecine, homme
docte et d’authorité, affirme au liure qu’il
a faict, De ligno sanclo non permiscendo, qu’il
a cogneu sage femme, laquelle en receuant
l’enfant à vne femme vairollée, gaigna la-
dicte vairollc (l’enfant sain et non affecté d’i-
celle), qui n’esloit que par la réception de l’air
et vapeur veneneuse, receue assez prompte-
ment et plus lost parles porositez des mains
et bras, qui plus difficilement peuuent in-
fecter les parties nobles, que par la respira-
tion qui se faict par la bouche. — Ibid.,
p. 17.
ir.
529
mangé : car de leur bouche ils y lais-
sent vne saliue sanieuse, contenue
enlre leurs dénis, laquelle est vene-
neuse en son espece , ainsi qu’aux lé-
preux, ou que la baue d’vn chien’en-
ragéen la sienne. Semblablement les
enfans allaitans nourrices verollées
en sont infectés : attendu que le lait
n’est que le sang blanchi, lequel es-
tant infecté du virus, et l’enfant en
estant nourri, en prend les mesmes
qualités : d’autant que nous retenons
de la nature dequoy nous sommes
nourris. Souuent aussi l’enfant ayant
la verolle, la donne à sa mere nour-
rice : car par la grande chaleur et vl-
cere qu’il a en sa bouche, et par les va-
peurs q ui s’esleuen t de son corps, il im-
prime au mammelon, qui est poreux,
laxe et rare, le virus qui subit se
communique par tout le corps, qui
premièrement et le plus soutient se
monstre au mammelon1.
En cest endroit ie veux bien reci-
ter ceste histoire. Vne honneste et ri
che femme pria son mary qu’il luy
permist d’estre nourrice d’vn sien
enfant : ce que luy accorda, pourueu
qu’elle print vne autre nourrice pour
la soulager à nourrir l’enfant. Icelle
nourriceauoitla verolle, et la bailla à
l’enfant, et l’enfant à la mere, et la
mere au mary, et le mary à deux au-
tres petitsenfanls qu’il faisoit ordinai-
rement boire et manger, et souuent
coucher auecques luy, non ayant con-
noissance qu’il fust entaché de ceste
maladie. Or la mere considérant que
le petit enfant ne profitoit aucune-
ment,et qu’il esloil en cry perpétuel,
m’enuoya quérir pour connoislre sa
maladie, qui ne fut difficile à iuger :
■ Ces mots : qui premièrement, et le plus
souuent, se monstre au mammelon, sont une
addition de 15S5.
34
53o
LE SEIZIEME LIVRE
♦
d’autant qu'il estoit tout couuert de
boutons et pustules, et que les tetins
de la nourrice estoient (ousvîcerés :
pareillement ceux de la mere, ayant
sus son corps plusieurs boulons : et
semblablement le prie et les deux
petits enfans, dontl’vn estoit aagéde
trois, et l’autre de quatre ans. Lors
declaray au pere et mere qu’ils es-
toient tous entachés de la verolle, ce
qui estoit prouenu par la nourrice :
lesquels i’ay traités, et furent tous
guaris, reste le petit enfant qui mou-
rut. Ei la nourrice eut le fouet sous
la custode et l’eust eu par les quar-
refours, n’eust esté de crainte de des-
honnorer la maison.
CHAPITRE 111.
EN QVEL HVMEVR, LE VIRVS VEROL-
LIQVE EST ENRACINÉ.
Combien que selon aucuns, la cause
antecedenle de ceste maladie se fait
indifféremment des quatre humeurs:
toulesfois il me semble que le fonde-
ment et la cause materielle première
et principale d’icelle, est vne matière
pituiteuse, grosse et visqueuse, alté-
rée et viciée par ce virus : lequel
conséquemment altéré et corrompt
les auires humeurs, selon la prépara-
tion qu ils auront à le receuoir. El
pour probation que ce virus est fondé
en l’humeur pituiteux, c’est que par
l’euacualion qui se fait de ceste hu-
meur, soit par flux de bouche ou
de ventre, ou par l’vrine, sueurs,
et en toutes températures, soit cholé-
riques, sanguines ou melancholiques,
ladite verolle est guarie : ce que Ion
voit par expérience. Aussi que les pa-
‘ Sou-sla cusiode; l’édition latine traduit:
roxysmes ou mouuemens des dou-
leurs se font la nuit plus que le iour,
parce que lors la matière est en son
rut ou mouueinent. faisant disten-
sion au périoste, membranes et au-
tres parties nerueuses, et retourne
tous les iours en mesme maniéré que
fait vne fiéure quotidienne, causée
d’humeurs pituiteux. Aussi l’on voit
que les cholériques, sanguins et me-
lancholiques, ne peuuent estre gu.1-
ris que par l'euacuation de l’humeur
pituiteux : et sont tous ou la pluspart
des accidens suiuans ceste maladie,
causés d’humeurs froids. Pareille-
ment les malades se sentent blessés
auec choses froides, et aidés et guaris
par choses chaudes, soit par décoc-
tions, onguens, emplastres, parfums
et autres remedes, pris tant par de-
dans que par dehors.
D’abundant en toutes pustules ou
vlceres, on trouue'vne dur té en la
racine, encores qu’elles apparaissent
extérieurement bilieuses ou sangui-
nes: car les ayant ouuerles on les
trouuera farcies d’vne matière gyp-
seuse et blanche, ou vne pituite cras-
se, ou vn pus visqueux: aussi les par-
ties froides et spermatiques en sont
plus affectées que les chaudes. Les
exostoses 1 ou nodus ne sont procréés
que d’vne pituite ci asse et visqueuse,2.
Aussi les vlceres ne peuuent estre cu-
rez que le corps ne soit vacué, et
principalement par sueur : parquoy
si la matière estoit chaude et seiche,
seroit pluslost entretenue par tels re-
medes, que guarie. Pareillement on
void que ladite verolle est guarie par
remedes chauds et secs, comme par
1 Les éditions de 1575 et 1579 disent : les
cparosloses.
5 l.e reste de ce paragraphe a été ajouté
en 1579.
in carcere.
DE LA GRÔSSË VÈKÔLLE. «3,
la décoction de gaiac, d’esquine salse-
parille, et vif-argent, et autres choses
prouoqunns la sueur1.
D’auanlage, ceste maladie se cache
au corps vn an sans démontrer
quelquesfois signes appareils : ce que
ne font les maladies causées d’intem-
perature chaude.
Parquoy ces choses bien considérées,
on peut conclure que la base et fon-
dement du virus verollique est l’hu-
meur pituiteux : toutesfois elle peut
estre compliquée auec autres hu-
meurs, comme il appert aux tumeurs
contre nature, lesquelles se tromlent
peu ou point qui purement et simple-
ment soient faites d’vn seul humeur:
mais celuy qui domine en la tumeur
prend la dénomination , comme nous
auons dit au traité des tumeurs contre
nature.
CHAPITRE IV.
SIGNES DE LA VEP.OLLE.
Lors que la verolle est recent© , il
il s’apparoist vlCeres à la verge ,
ou à la vulue, tumeurs aux aines,
chaude-pisse, iettant quelquesfois
sanie puante et fort fetide, laquelle
prouient des parastates2, ou des
vlceres qui sont au conduit de la
verge : i;s ont aussi douleurs aux ioin-
lures, teste, espaules, et autres par-
ties, auec vne lassitude des bras et
iambes , de façon que les malades
disent qu’il leur semble auoir esté
1 Ici Paréauait ajouté en 1579 un para-
graphe sur lu pelade qui coupait le sens, et
n'élail manifestement pas à sa place. Je l'ai
reporté au chapitre Du Proynosiic, ci-après,
page 5-i4.
2 Toutes les éditions du vivant de Paré
disent parastates , l’édition latine prostates.
battus de bastoUS, ne pouuans che-
miner, ny porter leürs mains sur
la teste sinon auec grande difficulté.
Il leur surnient inflammation à la
bouche, et tumeur aux amygdales,
qui les garde de bien parler, et aualler
leurs viandes, et mesmes leursdliue :
aussi ils ont pustules et boutons à la
teste, et par tout le corps, et souuent
vil chappelet autour du front, cheute
de poil ( dite alopécie, ou pelade ) à la
teste , sourcils, et à la barbe, auec
amaigrissement de tout le corps, et
grandes inquiétudes.
il faut icy noter, que tous ces signes
ne surUiennent pas à chacun malade,
mais à aucuns d’icebx. Les plus cer-
tains sont , quand le malade a quel-
que vicere malin aux parties honteu-
ses, calleux, dur et difficile : et encore
que les vlceres soient consolidées, et
qu’il y reste certaine dureté , princi-
palement à la verge, cela dénoncé la
verolle à curer: et apparoissent tu-
meurs aux aines, qui s’en retournent
dedans le corps sans se suppurer. Et
lorsqu’il sufuient aucun des signes
susdits, il faut idger qu’ils ont la ve-
rolle : toutesfois il faut bien noter
que plusieurs ont signes euidensde la
verolle, sans qu’ils ayent vlceres à la
verge, ny bubons aux aines, ne
chaude-pisse, neantmoins qu’en telles
parties le plussouuent s’apparoissent
les premiers signes : mais ont quel-
ques vlceres ou pustules en autres
parties, lesquelles ne peuuent estre
curées , quelque diligence qu’on y
puisse faire, si ce n’est par le bénéfice
du vif-argent.
Lorsqu’elle est inueterée, les dou-
IrUrs sont fixes et a r restées, auec to-
phes ou nodus : carie et pourriture
aux os de la teste, ou aux bras, et au
douant des iambes : aussi ils ont des
tumeurs noueuses, remplies de ma-
532 LE SEIZIEME LIVRE
tieredure, en maniéré dechaslaignes,
ou comme vn nerf ou tendon pourri ,
qui sont fort enracinées : et apres
estre ouuertes, degenerent en diuer
ses especes d’vlceres, à sçauoir, putri-
des, et corrosiues , et autres, selon la
diuersilé des corps. Les douleurs
vexent plus les malades la nuit que le
iour : ce qui aduient, pource qu’es-
tans tenus chaudement icelle chalenr
esmeul l’humeur: ioint que le virus
verollique s’attache le plus souuent
à l’humeur pituiteux, lequel la nuit a
son mouuement : parlant il s’esleue
et distend le périoste , et autres par-
ties nerueuses, qui est cause auec
l’acrimonie du virus, faire de grandes
douleurs. Qu’il soit vray , les pauures
verollés , au matin , apres auoir crié
toute la nuit, commencent à se repo-
ser : parce que ledit humeur pituiteux
commence à s’abaisser, et quitter
place au sang , qui a sa domination au
matin. On peut ici adiousler autre rai-
son, c’est que le malade ne trouuanl
occasion de parler la nuit à aucuns,
et voir choses diuerses, son esprit est
attentif du tout à sa douleur1.
CHAPITRE V.
DV^ PP.OGNOSTIC.
Si cette maladie est recente auec
peu d’accidens , comme pustules, et
> Cette dernière phrase manque dans l’é-
dition de 1575.
Cette exposition des signes de la vérole
est plus nette et infiniment plus concise que
celle de Thierry. Celui-ci décrit en cinq
articles et en douze pages , les signes de la
vairolle sanguine, les signes de la vuirolle bi-
lieuse, les signes de la vairolle pituiteuse , les
signes de la vairolle melanclwlique ; le tout
couronné par une spéculation requise en la
considération des signe*.
quelques petites douleurs mobiles, et
que le corps soit ieune et de bonne
habitude , et que le temps soit com-
mode, comme le printemps, la cure se
fera facilement.
Mais à l’opposite, celle qui est in-
ueterée auec grand nombre d’acci-
dens, comme douleur de teste, nodus,
et carie aux os, pareillement vlceres
cacoëthes en corps fort exténués , de-
biles, et qui auront esté par diuerses
fois pensés par empiriques, ou bien
par personnes méthodiques qui n’au-
ront rien oublié selon l’art à executer:
à quoy toutesfois la maladie n’aura
voulu ceder par sa grande malice,
de façon que le virus sera plus fort
que les reinedes : et aussi lors que le
malade est fort émacié , sec , et hec-
tique ( pour la consommation de l’hu-
midité radicale) lors sera du tout in-
curable. Parquoy à tels faut ordonner
cure palliatiue : toutesfois faut vser
de grande prudence en prognosti
quant, pour n’encourir mauuaise ré-
putation : parce que l’on en a veu
plusieurs que l’on eslimoil ne deuoir
iamais recouurer santé, auoir esté
guaris : car Dieu et Nature font sou-
uent choses admirables L
1 Tout ce commencement du chapitre est
extrait presque textuellement de l’ouvrage
de Thierry, article Ou prognostique 44 Voici
la dernière phrase de Thierry, afin que l’on
puisse juger des modifications qu’y a faites
Paré; Thierry ajoute en preuve une histoire
que j’ai cru devoir aussi reproduire.
« Toutesfois faut vser de grande prudence
en prognostiquant, pour n’encourir mau-
uaise réputation : car i’ay veu maintz,
qu’aucuns disoyenl estre incurables, qui ont
esté guariz.
» Encor n’a pas fort longtemps que ie pen-
say vn homme d’estat, affligé de cesle mala-
die inuelerée, et de longtemps demouré au
lict, qui auoist esté traicté et médicamenté
par plusieurs empiriques, de sorte qu’aui
DE LA GROSSE VEROLLE.
Lesieunes qui sont de texture mol-
lasse, rare, et délicate , sont plus dis-
posés à receuoir tel virus, qui sont de
contraires températures, et non pré-
parés à receuoir tel venin. Comme
nous voyons en temps de peste, que
tous ceux d’vne maison en seront
morts , et qu’aucuns conuerseront
auec euxiour et nuit, voireà ieun ou
saouls, qui ne prendront aucun mal:
ce qui appert souuenl en aucuns qui
habiteront auec femmes infectées, et
ne prendront la verolle, là où les au-
tres qui n en auront tiré qu’vne seule
pauuredragme, la prendront.
Et quant aux douleurs dites goûtes,
elles different de celles qui sont vul-
gaires : car les vulgaires ont certains
périodes et paroxysmes , et celles de
la verolle sont presque continuelles ».
En outre, les goules vulgaires demeu-
rent quelquesfois , non seulement
cinq ou six ans au plus , cachées en
consultations qui en furent faictes il fut dé-
ploré quasi de tous, à cause d’vne douleur
de teste intolérable, qui par plus de qua-
torze sepmaines ne l’auoit laissé dormir, et
de plusieurs nodositez grosses et petites en
la teste, tant sur les os parietaulx qu’aussi
sur le coronal , vlceres au palais, auec dis-
perdition de l’os d’iceluy, au moyen de quoi,
par deffault de reuerberation de l’air fai-
sant la voix, parloit (que l’on dit commu-
nément) du nez. Pareillement il auoit deiec-
tion d’appetit, les ge oulx fort enflez et
extresmemenl douloureux, tophes ou nodo-
sitez sur le milieu des os des iambes, auec
exténuation vniuerselle de toute l’habitude
de son corps, tellement que plusieurs l’esti-
moyent éthique ; loulesfois, traie té auec les
indications susdicles, fut guéri, sain et dis-
pos, comme encor tous les iours on le voit
cheminant par cesle ville de Paris. »
1 Cette phrase est empruntée à la page 14
du livre de Thierry. Je n’ai pas retrouvé
dans ce livre la source du reste de ce chapi-
tre, qui parait donc appartenir à Paré.
f>33
vn corps : mais aussi toute la vie (Tvn
homme, viuant de bon régime, sans
qu’il s’en ressente , et toutesfois les
enfans yssans de luy en seront affli-
gés : ce qui n’est pas ainsi de celles
de la verolle. Car on les voit ordinai-
rement ou souuent guarir auec tou-
tes leurs racines, sans iamais recidiuer
de pere au fils. D’auantage, lesgoutes
qu’on appelle naturelles occupent les
iointures, et y causent des nodus, de-
dans lesquels on trouue vne matière
pierreuse et gypseuse : et celles de la
verolle occupent plustost le milieu des
os, les rendons carieux et pourris'.
S’il y a vlceres à la verge, sont diffi-
ciles à guarir, et apres les auoir cica-
trisées, s’il demeure dureté au lieu,
telle chose infailliblement monstre le
malade auoir la uerolle.
Quant au reste du prognoslic, la
verolle du temps présent est beau-
coup moins cruelle et plus aisée à
guarir qu’elle n’estoit le temps passé
de son premier commencement : car
elle s’adoucit de iour en iour eui
demment. Les astrologues estiment
la cause de cecy prouenir de ce que
les influences du ciel, qui semblent
auoirpremierement causé telle mala-
die, semblent aussi par laps de temps
et contraires reuolulions estre affoi-
blies : tellement qu’il y a apparence
qu’auec le temps elle se perdra comme
fil la mentagre, qui luy resemble en
plusieurs accidents , èt qui affligea
beaucoup les Romains sous le régné
de l’empereur Tibere: et la Lichene,
qui, sous Claude son successeur, mo-
lesta non seulement l’Italie, mais
aussi toute l'Europe. Mais les mé-
decins aiment mieux attribuer la
cause de tel adoucissement à l’in
1 Le chapitre finissait en 1575; ce qui
suit date de 1579.
LE SEIZIEME LIVRE ,
534
ueiltiop d’vne infinité d’excellens re-
medes , que plusieurs geps de bon
esprit ont recherché diligemment
pour opposer à vn mal si cruel.
Que puis-ie dire d’auanlage du
progpostic? C’est que plusieurs ayans
gaigné la verolle, subit l’appelil ve-
nerien est quasi comme esteint , et la
verge se rend mollasse , et tombent
en yne tristesse : puispeu à peu le mal
accrois!., accompagné de plusieurs et
diuers accjdens, comme nous auons
dit. A ceux qui ont les humeurs sub-
tils, suruient la pelade : à autres, vl-
ceres malinsel cacoél lies. A quelques
vns suruiennent des dertres et feptes
aux mains et aux pieds, qui procèdent
d’vne pituite sallée.
La pelade se fait d’humeur sereuse
introduite sous le cuir, qui corrode
la racine des cheueux. On cognoist
ladite pelade quand on void déperdi-
tion de poil à la teste, barbe et sour-
cils. Elle est plustost curée par l'onc-
tion que par la dieile. Kondelet escril
que pour faire renaistre le poil, faut
prendre vne iaupe et la faire bouil-
lir, et en frotter la partie1.
Lors que la verolle est inuelerée,
les douleurs sont fixes, et ont des no-
dosités, et le plus souuent dertres aux
mains, op aux pieds, et ont yne cou-
leur plombine , et pesanteur fie tout
le corps , et sont chagrins et mélan-
coliques ‘i.
' J’ai transporté ce paragraphe ici comme
étant mieux à sa place qu’au chap. 3, où on
le lit dans les éditions ordinaires. Il date
d’ailleurs de 1579.
a Ce paragraphe a été ajouté ici en 1585, et
je l’y ai laissé, bien que ce ne soit guère sa
place. En effet, l’auteur y revient sur les si-
gnes de la vérole invétérée; et il répète
même en partie ce qu’il avait déjà dit dans
'es derniers paragraphes du chapitre pré-
cédent.
CHAPITRE VI.
OVELLES CHOSES IL pAVT SÇAVOIB ET
ENTENDRE POVR ENTRER ES I.A CVttE
PE I.A VEROLLE.
Galien afferme que toute curation
de maladie se fait par j’vpe de ces
trois parties de medecine çuratoirc,
à sçauoir,par dicte, chjrurgie , ou
pharmacie, ou la plupart d’icelles
ensemble. Or en ceste perqprse e{
maligne maladie, loptesles Irojssonf
necessaires :car, comme la pharmacie
a besoin de die{e et de chirurgip,
aussi la chirurgie q besoin de diete çt
de pharmacie. EL partant il faut que
le chirurgien ralionel aye la connois-
sance de trois choses, en ^ignorance
desquelles gïst le defqifi de çprq|ion
fie toutes maladies , c’est à sçauoir
l’essence , cause , et qci ifiens fie la
maladie. Aussi la diuersilé des tem-
pératures, tant generales que par-
ticulières, auec les remedes et me-
dicamens propres pour la curation
d’icelles, est necessaire. Car sans la
conpoissapce et méthodique afitpinis-
traliop fi’iceux.ne se pejfi faire cura-
(ion , si ce ivest par cas d’auenlure.
Donc pour bien curer ceste mala-
die, il faut connoislre les choses na-
turelles, et les dépendances d’icelles,
pour la variété des corps et parties
blessées : car il faut que le chirurgien
méthodique sçache que les hommes
d’habitude fiure et robuste, comme
laboureurs, nautonpiers, forgerons,
chasseurs, erpeheteurs, posfillpns, cl
autres telles gens de grand trauail,
endureront medicamens violens et
euacuations plus fortes que les an-
tres qui sont d’habitude et com-
plexion molle et délicate , comme
femmes, eunuques ou ehastrés, et
DE LA GROSSE VEROLLE. 535
ieunes enfans et sédentaires. Aussi,
selon la température de cüacun ma-
lade , faut diuersifier les remedes,
comme les personnes qui sont de
complexion cholérique, sanguine, de-
mandent autre forme de curer que
les pituiteux et melancholiques. Car
encores que le fondement de la ve-
rolle ( comme nous auons dit ) soit en
l’alteration de l’humeur pituiteux, si
est-ce qu’il s'ensuit vice et corruption
des autres, pour la température des
corps et abondance des humeurs.
Mais il y a vn tas de coquins, impos-
teurs et maquerelles, qui traitent fous
malades d’vn seul onguent, ou d’vnc
décoction de gaiac auec vin , ou sans
iceluy , adioustant quelquesfois me-
dicamens purgatifs, et font vne infi-
nité de fautes, dont les pauures ve-
rollésdemeurent estropiés et languis-
sans toute leur vie '.
A sçauoir, si au commencement de
la verolle , comme il aduienl que
quelqu’vn aura vlcereà la verge, ou
à la vulue, pour auoireu compagnie
d’vn verolle ou verollée , s'il faut
promptement purger et saigner. Mon-
sieur Rondelet del’end de non purger
et saigner, de peur de retarder le ve-
nin verollique à sortir hors , et osier
1 Ici finissait le chapitre dans les deux
premières éditions; on en retrouve les élé-
ments, et jusqu’aux phrases textuelles, dans
VarliiïeCuration, de Thierry, de la page 47 à
la page 55. Mais apiés ces idées générales,
Thierry passait à un autre article intitulé
les Indications particulières, long de douze
pages, et consacré à l’exposition des théo-
ries galéniques les plus absurdes. Après quoi
l’auteur entrait en matière par la Preserua-
lion de la vai.olle , pour laquelle il recom-
mandait une eau philosophique de son inven-
tion, à prendre à l’intéoeur, et dans la com-
position de laquelle il n’entrait pas moins
de trente-quatre substances. Paré a passé
sous silence tout ce fatras.
la connoissance pour quelque temps :
mais il faut attirer le venin au de-
hors, par fomentations et lauemens,
bains, estimes, emplaslres de Vigo
curn mercurio , onguents vif-argen-
tés appliqués aux aines et enlre-fes-
son , décoction de gaiac donnée en
potion, à fin de chasser le venin ve-
rollique hors, et luy obtondre sa ma-
lice : telles choses plus soutient gar-
dent la verolle de venir. Aussi qu’il
nous est commandé des anciens, de
non purger ny saigner au commence-
ment des piqueures et morsures des
chiens enragés, et autres bestes veni-
meuses, de peur d’attirer le venin du
dehors au dedans. Parquoy c’est mal
fait de purger et saigner au commen-
cement de la verolle
CHAPITRE VII.
LES MOYENS DE CVRER LA VEROLLE ,
ENSEMBLE DV BOIS DE GAIAC.
Plusieurs ont cherché et expéri-
menté diuersremedespour la curation
de ceste maladie : ma s auiourd’hui ,
de tous elle se pratique en quatre
maniérés : la première, par décoction
de gaiac. La seconde, par onctions.
La troisième, par emplaslres, aus-
quels entre le furet , que i’appello
argent-vif. La quatrième, par par-
fums A
La première qui se fait par décoc-
tion de gaiac , n’est pas scure , ce qui
est manifesté par l’experience : car il
n est suffisant pour esleindre ce vi-
1 Tout ce paragraphe a élé ajoutéen 1585.
2 Thierry ne distingue que trois maniérés-,
mais il comprend dans la seconde les onc-
tions et les emplâtres, qui constituent la se-
conde et la troisième de Paré. üuvr. cité,
p. 67.
530
LE SEIZIÈME LIVRE ,
rus, mais seulement pour pallier:
parce qu’il eschauffe, atténué, pro-
uoque les sueurs et vrines , desseiche
et consomme les humidités super-
flues : et semble qu'il guarisse, veu
que pour quelque temps appaise les
douleurs, et autres accidens. Mais
tous ses effets sont imbecilles, et ne
fait vacuation que du plus subtil par
les sueurs : mais largent-vif a toutes
les actions du gaiac, et sans compa-
raison plus grande puissance et
vertu : car outre ce que l’on voit par
expérience qu’il eschauffe, atténué ,
incise, dissout, résout et desseiche , il
prouoque sueurs , vrines , flux de
bouche, et ventre, par lesquels non
seulement les humeurs subtils , mais
aussi les gros ( siégé principal de
ceste maladie ) sont euoqués et tirés
dehors. Or apres Fvsage de la decoc
tion du gaiac, on voit quelquesfois
retourner les noduset plusieurs dou-
leurs , lesquelles sont causées par les
reliques des humeurs plus lents, es-
paiset visqueux, délaissés au profond
des parties, lesquelles le vif-argent
chasse et tarit entièrement '.
1 Ce paragraphe est une exacte analyse
d’un article beaucoup plus long de Thierry
de Héry, pages 71 à 74 de l’ouvrage cité.
Mais on lira avec intérêt le passage que j’en
extrais au sujet de la valeur attribuée au
gaiac :
« Quant est de la première [maniéré), qui
se faict par décoction de gaiac, ie ne me dé-
libéré d’en faire icy vn traicté : mais vous
déclarer en brief ce que par mes assidues
expériences i’en ay cogneu et comprins par
l’aduis des plus ralionelz et sufflsans practi-
ciens, tant de mes compaignons chirurgiens
que des principanlx médecins de ceste ville
de Paris, auec lesquelz iournellemenl som-
mes appeliez es consultations, ou sainement
et charitablement est deuisé (apres la co-
gnoissance de la maladie) des remedes les
plus seurs et briefz pour la cure et guérison
Quant à l'election du bois de gaiac,
celuy est le meilleur qui a le tronc
assez gros , auec vne couleur tannée
tendante à noirceur, et qui est recent
et gommeux, et de bonne odeur, fort
pesant, auec saueur acre, et quelque
mordication , ayant l’escorce fort
adhérente au bois : sa faculté est
d’eschauffer , raréfier, atténuer, at-
tirer, prouoquer sueurs et urines, et
outre, a quelque chose de propre
contre le virus verollique
Et faut icy noter, qu’en iceluy bois
y a trois facultés : la première est en
l’esaorce : la seconde est en la partie
d’apres , qui est extérieure et blan-
cheaslre : la troisième est le dedans,
ce que l’on appelle le cœur, qui est le
noir, toutes lesquelles doiuent estre
considérées.
Car la première substance, qui est
l’escorce , est plus seiche, au moyen
de quoy, quand il est besoin de fort
desseicher , on vsera d’icelle : la se-
conde est moins seiche , parce qu’elle
est aucunement plus gommeuse : non
toutesfois comme la troisième, qui
est le dedans, pource qu’elle a plus
d'humidité gommeuse, au moyen de
quoy peut moins desseicher. Et pour
ce és corps délicats , humides, et de
rare texture, où il est besoin, pour
la conserualion des choses qui leur
sont naturelles, moins desseicher,
l’vsage de la deuxième ou troi-
sième sera plus propre : et à ceux
d’icelle. Or, entr’eulx, l vsage de cette dé-
coction est estimé le plus doulx et moins vio-
lant : mais il ne suffit, pour l’entiere cure
et extirpation de ceste maladie : mesmes ie
leur ay maintes fois ouy affermer que ja-
mais ilz n’auoyentveu homme perfectement
guery auec seule décoction : ce que de ma
part ie suis contrainct leur accorder, pour
l’infinité d’expcrience que nous en auon*
tous les iours. »
DE LA G BOSSE VEROI.LE.
qui de leur nature sont robustes, il
faudra d’autant plus desseiclier , et
partant l’vsage de l'escorce leur sera
propre auec les autres susdits, mes-
lés selon qu’il leur sera besoin l.
Or quand ie parle icy de l’escorce
dudit bois, il faut entendre qu’elle ne
soit trop vieille, noire, vermoulue ou
pourrie : qui se fait à cause que sou-
uent le bois est demeuré en chantier
au bord de la mer, dont l’escorce se
sera altérée et pourrie: aussi que les
mariniers mettent le bois au fond de
leur nauire, où souuent résidé vne
eau puante etinfecle : ioint que d’au-
tres eaux sales et ordes tombent d’en
haut dessus, et ce le plus souuent par
longue espace de temps. Or estant les
nauires arriuésau port, le distribuent
et le vendent à la liure. Les apoticai-
res voulans conseruer leur poids , le
mettent en leur caue, où il demeure
bien fort long temps-: qui fait que la-
dite escorce, encore qu elle f.ist toute
recente, se chancit et pourrit, voire
sous icelle deux ou trois doigts dudit
bois. Et parlant, ie conseille n’ordon-
ner l’escorce, ny du bois qui est trois,
doigts proche d’elle.
CHAPITRE VIII.
LA MANIERE DE PREPARER LA DECOCTION
DE GAI AC.
Et premièrement, il le faut râper ,
et pour liure d’iceluy, adiouster huit,
dix ou douze liures d’eau de riuiere ,
1 Les deux paragraphes qui précèdent sont
une analyse de l’article de Thierry : La des-
cription du bois de gaiac, pages 14 à 78 ; mais
le paragraphe suivant appartient à Paré, et
l’on peut même remarquer qu'il y émet une
opinion qui n’est pas sans quelque contra-
diction avec ce qui précède.
plus ou moins, selon que l’on verra
estre necessaire, suiuant les indica-
tions prédites : et le faut laisser infu-
ser par l’espace de vingt-quatre heu-
res, et l’eau sera quelque peu chaude,
spécialement l’hyuer, à fin qu’il s'a-
mollisse mieux, et pénétré en sa sub-
stance solide.
Cela fait, la décoction doit estre
faite pour le mieux in balneo Maria,
à fin d’euiter vne empyreume, c’est-à-
dire impression ignée, qui s’acquiert
par bouillir simplement deuantle feu.
Autres le font en vn pot de terre
plombé deuant le feu : et faut garder
que rien ne s’enfuye par dessus, pour
l’euaporation et la déperdition qui se
feroit de sa vertu Cela fait , soit con-
sommé à la moitié, tierce , ou quarte
partie, selon qu’il sera requis. Au-
cuns y meslent en le cuisant certains
simples pour cuider rendre son action
meilleure : comme lors que l’on doute
qu’il y aye quelque partie affectée , y
meslent simples qui spécialement ont
esgard à icelle, lesquels opèrent com-
me en propre suiet, et seruent comme
de véhiculé pour y conduire la faculté
de ladite décoction. Autres mettent
medicamens purgatifs : mais quand
à moy, ie serois d’auis (sauf meilleur
jugement) n’y mesler aucun simple1,
parce qu’il n’est bon faire deux va-
cuationsensemble, comme prouoquer
la sueur, et purger le ventre : car si le
malade sue beaucoup , le ventre ne
peut Huer : aussi s’il a flux de ventre,
ne peut suer , parce que ces deux
mouuemens sontcontraires: parquoy
ne doiuent estre faits ensemble, d'au-
tant que le médicament purgatif tire
de la circonférence vers le centre, et
1 L’édilion de 1575 disait seulement ici -•
Craignant luy osier ou diminuer ses vertus. El
tel esi l’aduis, etc.
538
LE SEIZIEME LIVRE ,
la sueur tout au contraire. Et tel est
l’atluis de plusieurs grandspersonna-
ges et doctes médecins.
La première décoction faite, coulée
et passée, l'on remettra auec le marc
du bois ja cuit autant d’eau sans le
laisser plus tremper, parce qu’il est
assez macéré , puis on le fera bouillir
comme la première : en laquelle on
peut adiouster à la fin vn peu de ca-
ndie pour l'aromatiser et roborer
l’estoniacb : car en ce faisant, on ne
luy peut osier sa vertu : et d’icelle dé-
coction, le malade en vsera à ses re-
pas, et en Ire iceux s’il a soif1.
le laisse ici à descrire qu’aupara-
uanl que le malade prenne de ladite
décoction doiteslre purgé et saigné
selon l’aduisdu docte Médecin , et s’il
est en besoin : pareillement qu’il soit
en vnechambrebienchaudeenhyuer,
et qu’il ne sorte nullement dehors :
et si c’est en esté , ne laissera d’aller
quelquesfois <i ses affaires La dose ou
quanliléde ladite décoction estdecinq
à six onces, plus ou moins , bien peu
tiede, à fin que elle soit pluslost ré-
duite de puissance à effet , et que par
sa froideur actuelle l’estomacb n’en
fust blessé : et apres le malade sera
couuert médiocrement , à fin qu il
sue : et où à grande difficulté sueroit,
la sueur lui seroit prouoquée par le
moyen de bouteilles de terre, rem-
plies d’eau chaude, mises à la plante
des pieds : et autour des parties dou-
1 Tout ce qui précède est extrait de La
maniéré de préparer le gaiac, pages 7S à S2
du livre de Thierry. Il faut noter cependant
que, pour ce qui concerne l’addition d’au-
tres médicaments , Paré émet une opinion
absolument opposée à celle de son ami;
Thierry considère en effet que, la vérole
étant rarement une maladie simple, il n’est
impertinent de mêler au gaiac d’autres remè-
des qui satisfassent à toutes les indications.
loureuses , on lui appliquera vessies
à demy remplies de ladite décoction
chaude : d’abondant deuant que le
mettre au lit , on luy frottera tout le
corps auec linges chauds , à fin ti’ou-
urir les pores, attirer et subtilier les
humeurs.Quand il aura sué par deux
heures ou enuiron , selon que les for-
ces le permettront , on luy essuyera
premièrement les parties o; posites
dos douleurs, si aucunes en y a : puis
doucement les dolentes, pour crainte
d’attirer d’auanlage d'humeurs. Cela
fait, se rafreschira en son lit, euilant
le froid, et deux heures apres il
pourra disner de bonnes viandes , et
en petite quantité, selon sa nature et
coustume,et la puissance de sa bour-
se. Puis enuiron cinq ou six heures
apn s disner, prendra de la décoction,
et sera mis au lit comme dessus. Et
où le malade auroità desdain se met-
tre deux fois le iour dedans le lit, ou
qu’il fust aucunement foible, il se
pourra tenir chaudement sans se cou-
cher. Car en cores qu'il ne sue (les po-
res estants ouuerts),ne laisse pour-
tant à se faire grande exhalation des
vapeurs et esprits venimeux et cor-
rompus , comme il est bien à croire :
veu que ceux qui couchent auec gens
infectés de telle maladie, gaignent
bien la verolle par la réception des
vapeurs venimeuses. 11 faudra qu’il
continue les choses susdites, tant que
l’on verra eslre vtilepour la curation
de ceste maudite et détestable mala-
die. Par inlerualle il sera très expé-
dient qu’il vse de quelques purga-
tions, pendant qu’il prend ladite dé-
coction , ou des clysteres, de quatre,
cinq ou six iours, pour nettoyer les
intestins et premières veines des ex-
crements recuits et desseh liés par la
chaleur. La dicte de gaiac est fort
propre, principalement pour la cure
DE LA GROSSE VEROLLE.
des nodus , d’autant qu’elle con-
somme l'humidité superflue, et ma-
tière visqueuse imbue aux os. Or il
faut iey noter, qu’aucuns empiriques
donnent la décoction laxaliue, et font
suer tout ensemble: ce qui est contre
le precepte des anciens. Car à celuy
qui sue beaucoup , le ventre ne peut
Aller : et s'il a le flux de ventre , ne
pourra suer. Parqupy on ne doit en-
semble purger et faire suer, d’autant
quecesontdeux mouuementsconlrai-
res, comme i’ay dit cy dessus. Car la
purgation attire de la circonférence
vers le centre , et la sueur tout au
contraire. L’usage de ladite décoction
durera six sepmaines.plus ou moins,
selon la grandeur de la maladie , et
tempérament du malade, et le temps
de l'année II faut bien auoir esgard
à bailler de ladite décoction discrète-
ment , et à quelques- vns moins, com-
me à ceux qui ont grande chaleur au
corps, et qui sont émaciés, et qui ont
des scames et defedalions de cuir
estant sec et aride : qui demonslre
vue grande adustion , et quasi inciné-
ration de toute l'habitude du corps ,
de peur qu’ils ne soient rendus ladres.
Mais an contraire il les faut pluslost
humecter et rafreschir, tant par de-
dans que par dehors, auec bains,
onguens, sans que le furet y entre, et
autres choses pour lemperer la trop
grande chaleur et siccilé. Apres l’a-
uoir ainsi lemperée, faut venir à la
friction, et non à la décoction : tou-
tesfois on luy en peut donner vn peu
qui soit aqueuse deuant la friction ,
pour tousiours d’auantage l’humec-
ter L
1 Tout ce paragraphe offre une analyse
admirable de concision et de netteté du long
article de Thierry : Le temps pour l vsage de
telle décoction, qui n’occupe pas moins de
neuf pages (p. 82 à 91). Thierry s’élève aussi
539
Lors que le malade prend de la dé-
coction , vsera de viandes de bon suc
en quantité médiocre : considérant
que la trop grande diete aux maladies
longues, est périlleuse. Or il est ainsi
que ceste maladie est des plus lon-
gues, et leur faisant vser d’vne trop
cslroile diete, ils deuiennent émaciés
et hectiques : et s'ils ont vlceres , se
rendent quejquesfois rebelles et incu-
rables. Parquoy le chirurgien ne doit
chausser tous malades à vne forme ,
comme leur donner seulement trois
ou quatre onces de pain ( encores bis-
cuit) dix ou douze pruneaux : mais
vseront plustost de chair rostie , ou
bouillie, selon qu’il sera necessaire ,
comme ieunes moutons, veaux, ché-
ureaux, connins de garennes, pou-
lettes faisandées, alloüettes grasses,
merles, et leurs semblables : parce
que le suc de telles viandes est meil-
leur, pour la similitude qu’il a auec
nous, que cesluy de pruneaux. Leur
pain doitestrede forment bien leuéet
bien cuit, ny trop tendre, ny trop dur.
Leur boire sera de la seconde décoc-
tion de gaiac ; cl si le malade esloit
trop debile, on lui donnera du vin ,
non trop furt,ny fumeux, mais petit
et délicat, principalement apres le
premier trait de ladite décoction. pt
quant au dprmir, il l’euitera promp-
tement apres le disner et souper ,
parce que tel dormir remplit le cer-
ueau de vapeurs , augmentant les
douleurs. Faut euiter toutes passions
d’esprit , à cause qu’elles enflambent
les esprits : à quoy luy seruira beau-
coup passer le temps à quelque chose
joyeuse, comme deuiser, ioüer des
contre ceux qui administrent à la fois et la
décoction et les laxatifs; mais il a trouvé de
grand effect de donner de eeux-ci tous les
quatre, cinq ou six jours. On voit que Paré le
suit trace à trace.
54o
LE SEIZIÈME LIVRE ,
instrumeDS musicaux , aussi lire cho-
ses facétieuses. Il faut extrêmement
fuir Venus, pour la débilitation des
parties nerueuses L
Plusieurs au lieu de gaiac vsent de
l’esquine, qui est vne racine d’vn cer-
tain jonc, croissante aux Indes , fort
noueuse, rare, pesante lorsqu’elle est
recenle, et fort legere quand elle est
vie lie : laquelle legereté demonstre
n’est re bonne, ayant perdu sa vertu :
elle est sans odeur, dont quelques-vns
tiennent qu elle est sans qualité.
P réparation de l’esquine.
Il faut la diuiser en petites pièces
rondes, et la faire cuire en eau de fon-
taine , ou de riuiere : et d’icelle en
boiuentlesmaladesmatin etsoir. Elle
doit eslre cuille trois fois. La seconde
et troisième décoction se doit faire
auec moindre quantité d’eau que la
première , ou doit bouillir plus long-
temps que la première, l’ayant fait
plustost tremper l’espace de douze
heures.
IJ ordonnance est telle.
24. Radie, chynæ in taleos diuisæ, ^ . ij.
Aquæ fontis ft. xij.
Infundantur per xij. horas, et decoquantur
ad consumptionem tertiæ partis.
Et de ceste décoction en faut pren-
dre le matin la quantité de six onces
à chaque prinse,vn peu tiede, et suer
dedans le lit. La seconde décoction
soit faite de la mesme racine qui aura
'Tout ce paragraphe est également ana-
lysé de l’article de Thierry : Le régime en
l’vsage de la décoction degaïae, p. 91 à 9G.
Thierry passe ensuite immédiatement à
la seconde maniéré de curer par friction; il
ne dit rien de l’emploi de la squine, ni
de la salsepareille. Paré n’en avait pas fait
mention non plus dans sa première édi-
tion; et tout ce qui va suivre, à l’exception
du dernier paragraphes été ajouté en 1579.
esté bouillie : le patient en peut boire
en ses repas et entre ses repas. Au-
cuns la font encore reboüillir pour
en faire une tierce décoction, qui ne
peut auoir grande vertu.
De la salseparille se fait mesme dé-
coction que de l’esquine.
Le gaiac, l’esquine, et la salsepa-
rille, et autres prouoquans la sueur,
ne le font seulement par leur chaleur,
mais par leur qualité et tenuité de
substance fondante, poussée par vn
peu d’astriction L
CHAPITRE IX.
LA SECONDE MANIERE DE CVRER LA
VEROLLE, P A R FRICTION2.
La seconde maniéré, qui est l’onc-
tion ou friction, est la plus certaine
et necessaire à la cure de ceste mala-
die, non toutesfois en toutes les espe-
ces et dispositions d’icelle, ny en tout
temps. Car où la maladie seroit inue-
terée, faite d’vn humeur lent, gros ,
visqueux , et adhérant aux parties so-
lides, comme nodosités aux os, lors
tant s’en*faut que la friction immé-
diatement en tel cas soit commode,
' Ce paragraphe date seulement de 1 585.
2 Ce chapitre est calqué sur l’article de
Thierry qui porte le même titre, cl qui s’é-
tend de la page 96 à la page 101. Toutefois
Paré s’écarte quelque peu de son auteur;
ainsi Thierry prépare ses malades avec la
décoction de gaiac, dans laquelle même il
fait bouillir leur viande; il recommande en
outre des bains, puis des frictions de médi-
camenls gras et onctueux, en évitant d’y
ajouter du mercure; et enfin quelquefois
il fait précéder ces frictions préparatoires
par les estuues seiches.
I.es indications qui doivent faire cesser
les frictions mercurielles ne se trouvent pas
dans cet article de Thierry.
DE LA GROSSE VEROLLE.
que mesmes on pourroit tuer le ma-
lade, siauparauanton n’auoit amolli,
digéré et préparé l’humeur, anec les
emplaslres de Vigo : mais quand elle
est recente, auec douleurs mobiles,
et plusieurs pustules et vlceres à la
gorge , et parties honteuses , on se
passera de telles choses, principale-
ment si on connoist la matière eslre
préparée. Et se faut garder de mettre
le malade pléthorique à la friction ,
deuant que le corps soit bien purgé
des excremens, à fin qu’il ne soit fait
plus grande attraction que ne peut
estre euacuée par la sueur. Qu’il soit
vray, a on veu plusieurs qui apres les
onctions ont eu grandes douleurs, et
leur sont suruenus des nodus, n’en
ayant iamais senti auparauant: par-
ce que la matière la plus subtile
auoit esté résolue, et la crasse estoit
demeurée et auoit esté attirée aux
parties extérieures , et non euacuée.
Donc apres les choses vniuerselles,
faut venir à la friction , laquelle sera
continuée tant qu’il suruienne flux de
ventre, et auec ce l’haleine du ma-
lade sera fetide , et les genciues en-
flées, et la langue. Telle chose mons-
tre que la pituite est enflammée.
Parquoy faut cesser la friction , et
changer de linceuls et de chemise, de
peurque le malade n’cust trop grand
flux de bouche >.
CHAPITRE X.
DE L'ELECTION, PREPARATION, ET MIX-
TION DE L’ARGENT-VIE 2.
Le meilleur est clair, subtil , blanc
et fluide : et celuy qui est terne , non
1 Ces mois ; De peur que le malade, elc., da-
tentseulemcnt de l’édition posthume de 159S.
J L’édition de 1575 contenait ici un cha-
54l
fluide, est meslé auec du plomb, et
falsifié. Or pour le bien nettoyer, on
le fera passer au trauers d’vne peau
de mouton , et en pressant pénétrera
au trauers de ladite peau par sa sub-
tilité, et y laissera sa substance grosse
elplombine : puis on le fera boüillir
en vinaigre auec sauge, rosmarin,
thym, camomille, melilot, apres sera
de lechef coulé : et estant ainsi pré-
paré, on le pourra mesler auec les
onguens et emplaslres. Et pour le
bien esteindre, le faut long-temps
agiter et battre en vn mortier, à fin
de le séparer en parties tenuissimes ,
pour lui oster le moyen de se reiinir
en son premier corps : et pour mieux
ce faire on adioustera vn peu de
soulphre et sublimé , comme dirons
cy apres. Le plus souuent on le mesle
auec axonges de porc, ausquelles 011
peut adiouster oleum hrebenlhinœ,
nucis moscatœ, caryopliyllorum, sal-
utœ. Si auec icelle maladie il y auoit
leucophlegmatie , il faut adiouster
remedes chauds, attenuans incisifs,
et dessicatifs au médicament dont
la friction sera faite, et lors qu’il fau
dra penetrer iusques en la substance
des os. Au contraire , si c’est à vue
température bilieuse , et que l’on voit
les humeurs chauds et ténus presls à
s’enflamber, nous y adiousterons me-
d ica mens moins chauds, attractifs et
résolutifs. Aussi quand l’on verra des
nodosités, scirrhes ou resiccation
generale de tout le corps, on y mes-
lera des remollitifs et humectatifs *.
pitre entier intitulé : De la propriété de iar-
gent-vif, qui a été retranché des suivantes.
Ce n’est toutefois qu’un changement de
place, et nous le retrouverons notablement
augmenté à la tin du livre Des venins.
' Ce paragraphe est extrait de l’arlicleZte
la préparation de l'argent-vif de Thierry ,
p. 144à J 49. Je noterai cependantqueThier-
54 1
Lfi seizième livré,
Or pour donner consistance à tels
linimens , i'ay couslume y adiousler
pour liure . quatre , cinq , ou six
moyeux d’œufs durcis, et par tel
moyen le médicament acquiert vne
bonne consistance.
Exemple du médicament de de Vigo.
If. Axungiæ porci tb. j.
Olei camoin. anet. masl. et lauri ana
5- j-
Stiracis liquidæ 3. x.
Radicum enulæ campanæ parum con-
trilæ , radicum ebuli ana g . iij.
Pul. euphorbij 3. G.
Vini odoriferi tb. j«
Bullianl omnia simul vsque ad cotisunipt.
vini, deinde colentur, euicoiaturæ addc:
Lilharg. auri § . vj.
Thuris, masliches ana. 3. vj.
Resinæ pini 5 . j. G.
Therebentinæ Venetæ g . j.
Argent! viui 3 . iiij.
Ceræ albæ § . j. G .
Liquefactis oleis cum cera incorporentur
omnia simul, fiat linimentum ad vsum.
Autre.
if- Argenti viui præparati 5 . vj.
Sublimât. 3. G .
Sulpbur. viui g . G.
Axungiæ porci sal. expertis Ib.j.
Vitcllos ouorum sub cinerib. coctor. iij.
Olei terebinth. et laurini ana g . ij.
Fiat linimentum vtartisest.
Le moyen de le faire sera en cesle
maniéré : Premièrement vous pulue-
riserez subtilement le subiimé et le
soulpbre : puis mettrez \ ncporlion de
ry ne fait point ment on de l’éprcuvcdu mer-
cure par la peau de mouton. Tout le reste
du chapitre est étranger a l'œuvre de Thierry.
Ou voit par la comparaison des renvois à
cet ouvrage que nous sautons ici 43 pages
consacrées parThierry à établir les propriétés
de t'argent-v/f. Paré en avait cependant tiré
parti; mais il a ensuite renvoyé sou extrait
â une autre place. Voyez la note précédente.
vif-argent, ensemble vnpeu d’axon go,
puis vn morceau de moyeu d’œuf, en
remuant le lout fort diligemment : et
le tout estant bien incorporé, adious-
terez encores autant de vif-argent ,
d’axonge et d'œuf, lusques à ce que
tout soit bien incorporé , et sus la fin
adiouslerez vos huiles, en agitant le
tout ensemble l'espace d’vn iour :
par ainsi aurez vn onguent de lionne
consistance, duquel i’ay plusieurs
fois vsé, auec bonne et heureuse is-
sue. Ladite axonge doit cuire aupa-
rauant auec les herbes neruales ,
Comme sauge , rosmarin , thym, mar-
jolaine, lauande, et autres aromati-
liques, selon que l’on pourra recou-
urer1 : l’axonge par telle cuisson, est
rendue plussubtile etconfortaliuedes
parties que la verolle offense.
Les onguens se font pour attirer la
matière virulente du dedans au de-
hors, par les pores du cuir, par sueur,
et par insensible transpiration : par-
quoy ils doiuent estre relaschans ,
rarefactifs , et attractifs. L’axonge de
porcy est fort propre , parce qu'elle
relasche, amollit, et resoull facile-
ment le vif-argent. L’huile laurin ,
d’aspic, rue, y sont pareillement
bonnes , à cause qu’elles raréfient et
digèrent, et sedent les douleurs. La
terebenthine y est aussi fort commode,
à raison qu elle suffoque et esleint le
vif-argent , eschauffe modérément ,
digéré et euacue, et robore les parties
nerueuses. Le vif-argent est le vray
antidote de ceste maladie, parce qu il
la cure en quelque sorte qu’il soit ap-
pliqué : il esmeut les sueurs, dessei-
che , à cause de la tenuité de ses par-
ties. C’est le furet2, et le vray alexi-
r Le chapitre finissait ici en 1575; tout le
reste est de 1570.
• Les édition* de 1579 et 1585 portaient
DE LA. GROSSE VEROLLE. 5^3
benings , tant syrops concoctifs, que
tere de ceste maladie et accidens,
pourueuque le chirurgien eu sçache
vser méthodiquement.
•S’ensuit vn onguent pris de la
pratique de Rondelet, au Traité delà
vero! le, propre pourseder les douleurs
de teste et des jointures. Or il sede les
douleurs en eschauffant la matière
verollique , en la fondant et en eua-
cuant par sueurs, par flux de bouche,
et flux de ventre.
1£. Quatuor vnguentcrum calid. ' ana q. s.
Axungiæ porci, olei Jaurini, anelhi, iiini
ana 5 . ij.
Olei de spica 5 . j.
Argenti viui 5 . vj.
Terebenlliinæ loiæ in aqua vitæ g. ilj.
Fiat vnguenlum.
S il y a des nodus, on appliquera
dessus ceste emplastre :
"if.. Emplaslri de Vigo cum mercurio dupli—
cato § . ii ij.
Pul. euphorbij et iris ana 5.j.
Le tout malaxé auec terebenlhine
lauée en eau de vie : et soit appliqué
sur les nodus.
CHAPITRE XI.
LA FORME D’EXECVTER LADITE
FRICTION 2.
Estant donc le corps et les humeurs
préparés auec medicamens doux et
ifi • Le theriaque et milhridat contrarient au
virus verollique : mais le vif-arjent est le fu-
rel> e^Ci ha suppression est de la première,
édition posthume ; c’est pourquoi j’ai cru
devoir m’y conformer.
1 Les ongucns chaudssont Alartiatum, Ara-
gon, Agrippa, Diallhca. — A. P.
Voici un des exemples les plus remar-
quables de la liberté avec laquelle Paré en
médecines purgatiues, et section de
veine s’il y auoit plénitude, inflam-
mation generale ou particulière, ou
autres indications, pour lesquelles
auras recours au médecin : le patient
sera mis en vn lieu chaud naturelle-
ment , ou par artifice, exempt de tout
vent froid , lequel (pénétrant parles
portes , fenestres , ou semblables ou-
uertures) est en ce cas fort pernicieux
et nuisible, pour ce qu’il peut pene
trer et faire lésion aux parties ner-
ui uses, et aussi diminuer et deprauer
l’action des medicamens. Et en cecy
plusieurs faillent grandement, les-
quels autant l'hyuer comme l’esté,
frottent les patiens en vue grande
chambre commune , où tous vents
peuuent transpirer. El pour ce, quand
ladite friction se fera , sera bon auoir
linceux et couuertures eslendues à
l’enniron du feu en forme de demy
pauillon , pour en toutes sortes se
garder de l’air froid. Mais ie n’ay
trouué chosemcilleure ny plus propre
à cecy, que de faire eri la chambre
vne petile chambrette, où deux per-
sonnes puissent demeurer, et au des-
sous faire quelque petit poisle, ou en-
fermer vue partie d vne grande
chambre, et icelle eschauffée médio-
crement, y frotter le patient, sans
qu’il puisse sentir aucun vent : et là
demourera assis (si bon luy semble)
trop plus long temps, et auec moindre
fasoherie qu’il n’eust fait deuant le
feu : et si aura la chaleur vniuerselle-
ment et egalement par tout le corps,
où s’il eust esté deuant le feu , il se
usait à l’endroit des auteurs qu’il suivait.
Tout ce chapitre est copié à quelques mots
près, de l’article de Thierry qui porie le
même titre, page 1 4ü de son livre, même
cette phrase qui semble personnelle à l’é-
crit ain : Mais ie n’ay trouué , etc.
544 LE seizième livre
fust bruslé d’un costé et morfondu de
l’autre , qui sont mouuemens et cho-
ses contraires à ce que demandons.
Aussi où le patient seroit débité, ne
pouuant endurer la chaleur du feu ,
ou eslre debout, ou ne voudroit
s’exposer nud deuant ceux qui le
traiteroient (comme entre autres
font les femmes honnestes et honteu-
ses en ce cas) estant couché dedans
le lit, on pourra lui frotter les par-
ties les vnes apres les autres: comme
ayant présenté un bras hors le
le lit , et luy auoir frotté les articles
d’iceluy auec l’onguent préparé, au
dessus, ou près d'vn petit feu de
charbon, mis dans vn rescbaut ou
poêle rougie , pour rectifier l’air, et
pour donner entrée aux medicamens
on luy enueloppera d’estouppes, ou
de cotton cardé, de compresses de
linge, d’vne fueille de papier noir,
ou autre semblable : puis on le ban-
dera et remettra dedans le lit, en fai-
sant autant à l’autre bras : pareille-
ment des articles des iambes, et des
autres parties.
CHAPITRE XII.
LE TEMPS DE LA FRICTION1.
La friction se fera le malin , lors
que la concoction et digestion sera
parfaite, et l’estomach 2 et intestins
deschargés , à fin qu’il ne se face
1 Ce que j’ai dil du chapitre précédent
convient presque absolument à celui-ci. Le
titre est pris d’un article de Thierry, p. 1 ôO,
et le texte en est à très peu près littérale-
ment copié, même quand Paré semble par-
ler à la première personne. Pour donner
une idée de l’emprunt, je noterai toutes les
modifications que Paré a laites au texte de
Thierry.
1 Thierry dit : et le ventricule.
subuersion d’icelle , et distraction des
operations de nature. Mais où nature
serait dobile , le patient pourroit vne
heure deuant la friction prendre
quelque gelée, moyeu d’vn œuf, ou
cinq ou six raisins de damas les pépins
estans ostés1, ou quelque consommé,
et autre chose semblable de facile di-
gestion , et en petite quantité, pour
n’empescher nature à la concoction
d iceux. Puis faudra commencer la-
dite friction aux articles seulement ,
comme des mains, coudes, espuules,
pieds , et genoux. Mais où le patient
sera fort , et où sera besoin plus fort
esmouuoir, on en pourra appliquer
aux emoncloires des parties nobles, et
je long de l’espine dorsale, auec proui-
dence et discrétion, euilanl sur toutes
choses les parties nobles (comme nous
auons prédit en nos indications), à fin
de ne faire comme ces malheureux ,
lesquels frottent indifféremment tout
le corps, depuis la plante des pieds
iusques à la sommité de la teste. Et
en ces frictions faut considérer la si-
tuation des symptômes : comme pour
exemple, si les parties supérieures
sont plus affectées, la friction sera
plus copieuse en icelles . et ainsi des
inferieures : mais il faudra première-
ment frotter les parties moins dolen-
tes, pour ne remplir d’auantage les
parties plus affectées. Pareillement
faut noter, que tout ainsi comme les
trop douces frictions ne font sulfi-
sante ouuerlure des pores : aussi les
trop fortes sont cause de les serrer,
faisant douleur, commotion , et at-
traction en la partie : parquoy sera
meilleur les faire médiocres , et nous
arrester principalement sur la vertu
et force du patient : estant ceste indi-
1 Ces rrots.oft cinq ou six raisins de Damas,
les pépins estant ostés , sont une addition de
Paré.
DE LA GROSSE VEROLLE.
cation la première et principale entre
les autres.
Il y a encore vne autre chose , à la-
quelle il faut sur toutes autres auoir
esgard , et qui est cause (le tous les
maux et recidiues qui suruiennent
aux affligés de ceste maladie : c’est
la quantité des remedes, et nom-
bre des frictions : laquelle ( auec la
parfaite connoissance et gradation des
temps de la maladie, et de la tempe -
rature des corps et parties) fait la mé-
decine coniecturale et deuineresse , et
y sont tous méthodiques et rationels
bien empescliés. le vous laisse donc à
présupposer comme un tas de vieilles
et autres empiriques pourront limiter
la quantité d’iceux? Et ne m’esmer-
ueille plus si l’on voit, par expé-
rience, vn nombre infiny de gens per-
dus à iamais. Suiuant doncques nos
indications tant de fois répétées , il
faut auec méthode et raison en ap-
procher le plus que nous pourrons ,
et sçauoir quand nous cesserons les-
dites frictions. loint qu’il n'est possi-
ble exactement descrire le nombre
d’icelles, ou quantité des medica-
mens. Il ne faut doncques , comme
nos empiriques1, en donner (selon
leur recepte ) aux vns quatre , aux
autres cinq, aux autres six, ny plus
ny moins, à l’vn comme à l’autre ,
pource qu’ils n’ont que vne forme
pour chausser vn chacun : mais faut
pour la grandeur et qualité de la
maladie , et la nature des corps , les
appliquer , en continuant iusques
à ce que l’on connoisse suffisante
eduction des humeurs veneneux ,
soit par flux de bouche, de ventre,
sueurs, Mines, ou resolutions insen-
sibles : qui se connoistra par la des-
siccation des pustules et vlceres , se-
1 Thierry avait écrit : comme nos ameino-
diques.
545
dation des douleurs, et autres acci-
dens communs à telle maladie.
Et où nous verrions qu’és corps so-
lides et robustes Nature ne voudroil
par la maniéré des frictions susdites
s’esmouuoir, i’ay pratiqué en aucuns1,
qu’il estoit bon les frotter sur la fin
deux fois le iour , vne au matin , et
l’autre au soir , enuiron cinq ou six
heures apres le disner (parce que lors
la digestion sera acheuée et ay trou-
ué qu’elles faisoient trop plus d’ac-
tion , que ne feroient trois par trois
diuers iours : comme au contraire és
corps délicats et de températures
rares, i’ay laissé maintes fois (par
mesme prouidence ) un iour entre
deux frictions , voire deux, ou trois ,
de crainte que par les frequentes ne
se feist trop grande resolution des es-
prits, et fust par conséquent nature
rendue siimbecille (laqueileest prin-
cipale agente en cecy) qu’elle 11e peust
nous aider à expugner et chasser
hors ce qui lui est eslrange et nuisi-
ble. Et faut noter qu’és dernieres fric
fions, spécialement quand ils com-
mencent à cracher, les corps sont tel-
lement préparés à cause des prece-
dentes, qu’vne fera plus que deux au
commencement.
Pour ceste cause, ayant tousiours
les indications deuant les yeux , faut
considérer la nature et force des
corps , et ( s’il est possible) ne point
donner plus d’vne friction, lorsqu’on
verra nature esmeuë, soit par flux de
bouche, de ventre ou autres des sus-
dits : et seroit trop plus seur les faire
à diuerses fois suiuant Galien en son
liure De venæ sectione , où il dit , que
si la maladie est grande , et la vertu
1 II ne faut pas oublier que c’est le texte
pur de Thierry, et en conséquence que les
mots i’ay pratiqué , et plus loin i'ay trouué ,
i’ay laissé, ne se rapportent point à Paré.
35
11.
LE SEIZIÈME LIVRE,
546
foible, il faut tirer du sang, non à vne
fois, mais à plusieurs. AussiMassa ra-
conte vne histoire d’vn qui estoit tout
marasme, et desseici;é, auec extre-
mis douleurs, lequel il pensa, estant
quasi déploré d’vn chacun : et dit
qu’apres l’auoir fait frotter par quel-
ques fois, il le laissoit refociller et re-
prendre ses forces par aucuns iours:
et ainsi continua par si long temps,
qu’il fut frotté trente sept fois , et fut
guari. I’en ay veu traiter à aucuns
de mes compagnons, et fait frotter
plusieurs, quinze, seize, ou dix sept
fois (laissant quelques interualles)
et par apres estve gu ans l. Autant
s’en doit faire és corps resouts et
debiles : prenant toutesfois garde que
les frictions ne soient par trop imbe-
cilles, et en si petit nombre, que la
cause ne fust suffisamment touchée :
car par art et aide des medicamens ,
il se procure vne crise par le moyen
de laquelle nature aidée et domina-
trice, expelle et chasse le venin par
les euacuations susdites : de sorte que
estant la crise parfaite , il s’ensuit
vraye et entière curation.
Les signes de ladite crise sont in-
quiétudes telles, que debout ny cou-
ché les patiens ne peuuent se conte-
nir, boire ny manger : et sont auec
perpétuelles lassitudes, quasi iusques
à syncope : toutesfois le pouls bon ,
fort et égal : il leur suruient des es-
preintes, iettant par leurs selles quel-
que matière sanguinolente et vis-
queuse : puis au bout d’vn iour ou
deux que Nature commence à expel-
ler, et se deschargeant euacuer la
cause du mal, autant se diminuent
tels accidens, et sentent allégement
de toules douleurs. Mais par n’estre
les remedes suffisants, la crise de-
1 Même remarque que. plus haut : c’est
toujours Thierry qui parle.
meure imparfaite, et laisse tousiours
quelques restes de ferment qui pour-
ra corrompre toute la masse et en-
gendrer recidiue de maladie , dont
s’ensuiuront accidens pires que les
premiers : et est cause qu’aucunes-
fois demeure caché ce leuain en vn
corps, six mois, vn an, deux ans, dix
ans, et plus1.
Aussi pareillement il faut bien se
donner de garde que les medicamens
ne soient trop violens ou indiscrète-
ment appliqués, pour les grands ac-
cidens qui ont de coustume d’en ad-
uenir : comme i’ay veu en plu-
sieurs, qui par telles fautes estoient
tourmentés et affligés en plusieurs
et diuerses sortes : les vns ( par la
trop grande violence des medica-
mens qui auoient colliqué et consom-
mé l’humeur radical ) estoient deue-
nus tabides : aux autres suruenoieut
vlceres sordides et putrides en la
bouche , qui mangeoient et ron-
1 Jusqu’ici Paré a copié exactement le
texte de Thierry; dans cet endroit il com-
mence par retrancher un passage assez
long de l’auteur original. Voici ce passage:
« Qui faict doubler aucuns que cesle ma-
ladie soit héréditaire, comme lepre, arthritis
(qui est maladie des articles, communé-
ment dicte gouttes naturelles), cpilepsie,
néphrétique (qui est passion des reins), et
semblables, lorsqu’elles ont de coustume
demourer cachées en vn corps, non seule-
ment quelquefois dix ou douze ans, mais la
vie d’vne personne (viuant de régime) sans
qu’il s’en doute, et les enfants de luy en se-
ront affligez : ce qui n’est pas ainsi de reste
maladie : car on la voit ordinairement guo
rir auec les racines, et ne se voyent point
rccidiuer du pere au (ilz (comme les prece-
dentes), si ce n’est faulte d’estre traitez. »
A part celte suppression , Paré reprend le
reste de l’article, non plus cependant tout-
à-fait mot à mot, mais peu s’en faut. Il en
faut excepter deux petites intercalalions
que je noterai plus bas.
DE I.A GROSSE VEROLEE.
geoient vne bonne partie d’icelle , et
de la langue : quelquesfois se dege-
neroient iusques en gangrené et mor-
tification, dont aucuns sont morts
misérablement. A aucuns la langue
s’est tellement enflée qu’elle remplis-
sait toute la boucbe, ne pouuant man-
ger, qui estoit cause de leur mort.
Es autres la colliqualion estoit telle,
qu’vn mois apres leur iluoit la bou-
che , et iettoient continuellement
humidité par icelle. S’ensuit aussi
aucunesfois vne déperdition ou de-
prauation grande de l’action des mus-
cles qui font le mouuemenl de la
mandibule inferieure, en sorte qu’au-
cuns sont demeurés sans Jamais ou-
urir la boucbe que bien peu : autres
ont perdu les dents auec déperdition
de la maschoire : qui est chose misé-
rable, que par l'ig norance et asnerie
de tels coquins, tant de personneSsans
occasion languissent , ou misérable-
ment périssent : attendu mesmes que
pour la connoissance qu’ont auiour-
d’buy gens rationels (plus que iamais)
tant de la maladie que des remedes ,
il est possible de les curer plus seu-
rement, et auec moindre violence.
Lors qu’on craint le flux de bouche
trop grand apres deux ou trois fric-
tions, faut purger le malade, selon
l'aduis de Rondelet *.
Semblablement il ne faut tousiours
continuer les frictions iusques à ce
qu’il se face flux de bouche ou de
ventre, par-ce qu’il y en a plusieurs
à qui iamais il n’aduient , encores
qu’on les frottast infiniemenl(à quoy
aide beaucoup la préparation prece-
dente des humeurs ) : et à beaucoup
d’iceux ( traités méthodiquement )
aide nature par ïesi’esolutions insen-
‘ Ce paragraphe n’est pas du texte de
Thierry ; du reste il n’a été ajouté ici qu’en
1585.
54?
sibles, ou flux d’vrine, auec quelque
petit flux de ventre incité de nature,
ou par art : et me suis fort bien
trouué en tel cas leur faire vser apres
par quelques iours d’une décoction
degaiac le matin , aucunement laxd-
tiue, pour la nature de l’humeur. Et
si le corps est plein et abondant en
humeur cras, lent et visqueux, i’y
adioustedu vin blanc parmy. Mesmes
ie l’ay veu aussi préparé auec vin
seul , profiter à des gens , voire bi-
lieux et marasmes.
S’il suruient dysenterie apres les
frictions, il faut bailler clysteres
ausquels y entre bonne quantité
d’axonge de porc, à fin de lentr et
adoucir l’acrimonie du médicament
qui a causé la dysenterie. Aussi le
lait en tel cas est souuerain , deléié
auec theriaque recente L
CHAPITRE XIII.
DE LA TROISIEME CVRATION PAR CEROI-
1VES , OV EMPLASTRES , VICAIRES flE
LA FRTCTIOW2.
Pour ce que plusieurs abhorrent le
nom et l’vsage de la friction faite
auec lesdits onguents , on a pratiqué
l’admotion des ceroines , ou emplas-
tles, lesquelles sont vicaires et tien-
nent les lieux des frictions , excepté
seulement quelles sont plus tardiues:
et non seulement doiuent estre pra-
' Ce paragraphe final n’appartient pas
non plus à Thierry; mais il se lit déjà dans
l’édition de 1575.
2 Ce chapitre est, comme le précédent, ou
extrait ou copié littéralement de l’article de
Thierry de Héry, intitulé : Des ceroines ou
emplaflrës vicaires de la friction , pag. 15S
à 167. Il y à cependant, conlnfe dans le pré-
cédent, quelques petite^ tntercaiàt Ions.
LE SEIZIEME LIVRE,
548
tiquées et vsitées en ce fait, celles qui
sont descrites par de Vigo , mais
aussi (comme nous avions dit des fric-
tions) celles qui sont composées de
choses plus ou moins anodynes,emol-
lientes, incisiues, resolutiues, ou de-
siccatiues, pour la nature des symp-
tômes ouaccidens, aussi des humeurs
qui doiuenl estre vacués, et autres in-
dications susdites, sans oublier l’ar-
gent-vif pouralexipharmaque contre
le venin, cause de la maladie. Par vne
transpiration insensible par sueurs et
flux de bouche , elles mitiguent les
douleurs , et resoluent les nodus et
autres duretés.
Au lieu de l’emplastre de de Vigo
on peut vser de ceste cy 1 :
If. Massæ emplastri de melilolo et oxycro-
cei ana ïb. G .
Argenti viui exlincti §. vj.
Oleo laurino et de spica.
Reducantur ad formam emplastri.
Lesdits emplastres sont de grand
effet, pource que demourans conti-
nuellement sur les parties, leur action
est aussi continuelle : et doiuent estre
appliqués spécialement aux recidi-
ues, et où les humeurs sont gros, vis-
queux, et adherans aux parties pro-
fondes, et difficiles à eradiquer : parce
qu’elles besongnent et font leur ac-
tion plus lentement , et auec moin-
dre violence que ne font les frictions :
de sorte que nous sommes maintes-
fois contraints sur la fin desdits em-
plastres donner quelques frictions,
pour inciter nature à plus prompte
euacuation. Nous les auons aussi
quelquesfois appliqué à des natures
où les humeurs estoient tellement
1 Ce paragraphe, avec la formule qui le
termine, n’est pas du texte de Thierry ; mais
on le lit déjà en 1575.
préparés, qu’au bout de deux ou trois
iours elles avoient fait action suffi-
sante pour la consomption de la
cause de la maladie : e; fallait les os-
ter, autrement eussent fait colliqua-
tion , et les mesmes accidens que
nous auons dit delà friction violente
et trop copieuse. Pour ce faut auoir
mesme iugement à les oster , comme
nous l’avions dit en la friction.
Les emplastres se doiuent estendre
svtr du cuirvniement,etlesappliquer
à l’enuiron des articles , et mesmes
lieux des frictions '. Les autres con-
urent tout le bras depuis la main
iusqu’à l’espaule, et lesiambes depuis
le dessus du genoüil iusqu’à l’extre-
mité des doigts : mais à l’endroit des
articles, ie voudrois estendre l’em-
plastre vn petit plus espais. Et faudra
les y laisser iusques à ce que nature,
aidée par le moyen delà crise susdite,
face eduction ou euacuation des hu-
meurscorrompusde ce venin, comme
nous avions déduit parlant des fric-
tions. Et faut aussi les augmenter ou
diminuer suiuant, les intentions sus-
dites.
Et où en l’vsage d’icelles suruien-
dra prurit ou démangeaison , lors
faudra leuer les emplastres, et fo-
menter les lieux auec vin chaud , y
adioustant flores chamœmeli, meliloti,
rosarum, et semblables, pour résou-
dre ce qui est cause dudit prurit : le-
quel cessé , faudra les y remettre.
Aussi pour euiter ledit prurit, pourrez
couurir les emplastres de quelque
taffetas, ou linge délié appelé crespe 2,
' Voyez le chapitre 28 De la composition
des medicarnens. — A. P. — Cette note n est
pas dans l’ouvrage de Thierry, bien que le
texte auquel elle se rattache soit littérale-
ment celui de Thierry même.
2 Thierry dit seulement : ou linge délié.
DE LA GKOSSE VEKOLLE.
à fin de garder qu’ils ne s’attachent,
ou adhèrent au cuir pour empescher
la transpiration.
Les effets d’iceux emplastres sont
tels que des frictions , et font crise
quelquesfois par resolution insensi-
ble, flux d’vrine, flux de ventre : mais
le plus souuent par flux débouché,
qui est bien le plus certain. Doncques
au moyen de l’operation faite par
l’application des emplastres, et aussi
de la friction ( incitant le flux de bou-
che susdit ) sont procréées vlceres vi-
rulenset sordides par l’acrimonie des
humeurs malings et corrompus de ce
venin adherans aux parois de la
bouche : qui fait érosion, et s’aug-
mente autant comme l’humeur aci’e
continuellement passant les abreuve.
Et pour empescher leur augmenta-
tion, et le grand flux de bouche, fau-
droit vser souuent de clysleres re-
mollitifs seulement , pour empescher
les humeurs des parties inferieures
de ne1 monter aux supérieures : qui
seroit cause d’augmenter le flux sans
vtilité, spécialement au commence-
ment d’iceluy , et lors que les hu-
meurs se commencent à esmouuoir
et se fondre. Aucuns pour la mesme
intention donnent au malade médi-
cament purgatif à l’heure du mouue-
ment des humeurs, à fin de les eua-
cuer par les selles, et euiter lesdits
vlceres de la bouche : qui n’est tou-
tesfois la voye plus certaine.
La curation de tels vlceres est dif-
ferente des autres, parce que nulle-
ment doiuent estre réprimés , ou
repercutés, encore que soyent enflam-
més : mais peuuent estre tempérés
auec gargarismes anodins , pour leur
diminuer l’ardeur, et defendre par ce
frequent lauement que les humeurs
gros et visqueux ( adherans aux par-
ties internes de la bouche ) n’augmen-
549
lent les vlceres : à quoy est bon l’v-
sage de la décoction d’orge , lait de
vache tiede tenu dedans la bouche :
aussi mucilagines sem. maluœ , allh.
psillij, lactucœ , Uni, extradai inaqua
hordei , maluœ vd parietariœ : les-
quels tenus en la bouche adoucis-
sent les vlceres , et empeschent les
humeurs d’y adhérer. Pour le com-
mencement , il se faut garder d’y ap-
pliquer choses fort detersiues, parce
que la plupart des medicamens dé-
tersifs ont quelque acrimonie qui
pourroit causer douleur , et si les vl-
ceres estoient nets et detergés ,
pourroienl par ceste acrimonie de
tels remedes estre irrités d’auantage.
Etpource faudra au commencement,
et pendant le flux, se contenter de l’v-
sage des choses susdites, empeschant
que la sordide et corruption n’aug-
mente : pourueu toulesfois que les-
dits vlceres ne fussent trop violens :
car où par la vehemence des medica-
mens, ou deprauation de nature, le
flux seroit exlreme , et rendroit la
bouche et les ioües si tuméfiées que
par trop grande repletion les esprits
ne peussent reluire , il se pourroit
ensuiure une gangrené , comme au-
cunesfois aduient. En ce cas , nous
sommes contraints de laisser la pro-
pre cure poursuruenir aux accidens :
et pour ce faire, nous vsons de medi-
camens refrenans, comme est, decoc-
tum hordei, plantag. solani, poiygoni,
bursœ past. etc. cum syr. ros. violar.
nymphœœ , cydoniorurn , berberis, gra -
natorum , etc. Aussi comme sont mu-
cilag. et decocta sem. lactucœ, psyllij,
cydoniorurn, plantag. cucumer. melo-
num, papaueris albi, hyoscyami albi,
etc.inaquis hord. ros. plantag. solani,
nymphœ, caprifolij, etc1.
1 Paré a ici passé sous silence un passage
LE SEIZIEME LIVRE,
55o
Faut pareillement faire estimes sei-
ches, auec choses chaudes, desicca-
tiues, et roborantes, à fin qu’estans
les sueurs prouoquées par l’ouuer-
ture des pores, le trop grand mouue-
ment de la nature soit retiré ».
Lors donc qu’on verra le flux dimi
nuer, Fou pourra adiouster auec les
de Thierry qui u’est pas cependant dépourvu
d’intérêt :
« Et d’aduantage pour reuoquer et re-
primer le flux, nous vsons de frictions aux
extremitez auec la main ou linge moyenne-
ment chaulx , nous appliquons ventouses
sur la région des espaules et fesses: et faisons
emplastres de mastic ou semblable, qui
comprend entièrement tout le ceruix et à
l’entour du col : pareillement sur les arteres
des temples : il est bon aussi de couper les
cheueux, et y appliquer choses pour dessei-
cher et roborer le cerueau, comme sachetz
faietz de c yperus, calumus aromalicus, etc. »
' Ici encore Paré a retranché un passage
de Thierry bien plus curieux que le précé-
dent :
« Or, ou ce mouuement prouiendroit de
la force des médicaments, et trop grande
quantité d’argent vif, i’ay en ce cas noté
vne chose, en laquelle i’ay trouué vn mer-
ueilleux offert : c’est que le patient vse de
choses dorées, soit auec fueilles d’or (qu’on
peult mesler auec ses viandes) ou auec petis
grains d’or creux , en la cauité dosquelz
soyent mises choses qui ayent vertu de ro-
borer les parties nobles : comme iheriaca,
confeeliu demu.ico, allzermes, et autres con-
fections cordiales : ces grains ainsi auallez,
et mis dedans l’estomacb, ilz ne fauldrontà
attirer ce qu’il y aura de la faculté de l’ar-
gent vif de toute l’habitude du corps, et se
congoistra quand ilz seront rendez par les
selles, pource que lors ilz apparoislront
blanez comme s’ilz auoyent esté frottez d’ar-
gent vif. Et voyla le moyen comme le flux
incité par l’action d’iceluy pourra infalli-
blement eslre euacué et diminué... »
Je saute le reste, qui offre beaucoup moins
d’intérêt.
gargarismes susdits , quelque peu de
syrop. ex ros. siccis, mel. ras. diamor-
rhon,dianucum , et semblables, pour
doucement delerger. Et où on voudroit
desseirher les vlceres , on pourra les
toucher auec eau alumineuse, ou eau
des alkemistes corrigée et adoucie,
comme celle qui aura ja opéré (qui
est bleue ) eau de sublimé , ou attire
faite auec choses desiccatiues : les-
quelles en peu de temps les dessel-
clieront , ioint que lors on pourra
vser de gargarismes desiccatifs auec
quelque astriction : adioustés auec les
eaux prédites, ex ros. planlaginc, so-
lano,polygono, bursa et virgapast . cy~
noglosso , les simples qui s’ensuiuent,
balaust. rosæ rub. myi tilli , sumnch,
alutnen, acacia, berberis, gallœ, mali~
coi mm, et semblables.
Il faut noter que le flux de bouche
ne cessera iamais iusques à ce que
les vlceres des genciues et de la lan-
gue soient consolidées et cicatrisées.
Parlant, elles seront touchéesde l’eau
de sublimé, ou de celle qui aura serui
aux orféures, qui ont puissance d’ar-
resler la putréfaction et corrosion».
Pendant ieflux, il faut restaurer et
nourrir les pa tiens auec v iandes pro-
pres , lesquelles seront liquides , de
bon suc , et de facile concoction : at-
tendu lors qu’il ne leur est possible
de mascher, et que nature est debile,
et diuertie ailleurs à l’expulsion de ce
qui est eslrange: ioint aussi la grande
résolution qui est faite des vertus,
tant par les grandes douleurs prece-
dentes, inquiet udes nocturnes, comme
pendant le flux de bouche : entre au-
tres ils pourront vser d'œufs mollets,
potages faits auec moyeux d’œufs,
orge mondé , consommés faits auec
' Ce paragraphe n’est pas du texte de
Thierry. Il n’a été ajouté ici qu’en 1685.
DE LA GROSSE VF.ROLLE.
65 1
extremiîés de veau et quelque vo-
laille sans sel, gelée, espreintes, cou-
lis, et semblables : desquels ils vseront
peu et souuent, ayans à chacune
fois laué et nettoyé la bouche. Pareil-
lement vseront de décoction de gaiac,
aromatisée cum cinamomo, ou de vin
vieil bien meur, clairet et subtil, auec
eau d’orge : si on veut leur donner vn
boire plus nourrissant , pour autant
qu’ils ne mangent rien de solide , on
pourra leur faire tremper de la mie
de pain blanc bien leué auec du vin
prédit , puis l’exprimer pour mesler
de la substance du pain auec le vin,
qui le rendra plus nourrissant, et luy
diminuera son acrimonie : autrement
faire tremper du pain chaud auec du
vin par 1’espace d’vne nuit , puis le
faire distiller in balneoMariæ : le com-
mencement de la liqueur qui sortira
sera quelque peu forte : mais l’autre
sera douce, et d’icelle pourra mesler
parmy son vin , qui le refocillera et
nourrira.
Aussi où pour les grandes euacua-
tions le patient seroil fort debile , ou
syncopiseroit, on luy pourroit donner
à sentir bon vin bastard, maluoisie,
hippocras, eau rose , vinaigre rosat ,
et autres telles choses pour restaurer
les esprits : loutesfois faut obseruer
la nature du patient, et s’enquérir di-
ligemment si en santé il les a appelés
ou non : pource qu’autrement telles
choses luy pourroient pluslost nuire
qu’aider , les ayant en horreur. Sur
toutes choses ne faut négliger son
ventre, et où il s’endurciroit,doilvser
de clysteres, lesquels seront d ux et
lenilifs : parquoy est bon auoir l’aduis
du médecin.
CHAPITRE XIV.
LA OVATRTEME MANIERE DE CVRÊR LA
VEROLLE, PAR PARFVMS '.
Il faut à présent parler de l’vsage
des parfums, qu’aucuns ont dit estre
la troisième ou quatrième voye ge-
nerale de curer ladite maladie vene-
rienne : laquelle ie n’appreuue beau-
coup , pour les accidens qui en
aduiennent, parce qu’ils blessent le
cerueau, poulmons.et demeurent leS
malades parfumés auec vne haleine
puante toute leur vie : aussi que plu-
sieurs en les traitant sont tombés eh
spasme, tremblement de teste et iam-
bes , en apoplexie , surdité , et sont
morts, pour la mauuaise vapeur et
qualité du soulphre et vif-argent, dont
ledit cinabre est composé, qui blessé
le cerueau et autres parties nobles.
Parquoy ie conseille n’en vser vni-
uersellement ny par le nez ny par la
bouche : mais bien particulièrement
pour desseicher quelque vlcere ca-
coëthe, ou quelque nodus et douleur
fixe , qui n’auroient peu estre curés
par les au 1res moyens : car véritable-
ment lesdils parfums ont puissance
par le moyen du vif-argent d’alle-
nuer, inciser et résoudre ce qui pour-
roit auoir resté particulièrement en
quelque partie.
' Ce chapitre est extrait en partiè de trois
articles de Thierry intitulés : La troisium»
maniéré de curer lavairolle, — La maiiere des
per fiant. — La maniéré d’vser des perfums,
pages 167 à 174. Mais ce n’est plus une re-
production littérale ; et, loin de là, on peut
juger combien Paré a abrégé le texte de
Thiirry, si l’on considère que les sept pages
de ce dernier n’en font pas une entière dans
son abréviateur.
55q
I,E SEIZIEME L1VHE ,
Ceux qui en vsent vniuersellement,
font poser les pauures malades sous
vn pauillon couuert et clos de toutes
parts, auquel y a vn vaisseau plein
de braise, sus laquelle iettent leur ci-
nabre , et les fricassent et parfument
comme font les mareschaux quelque
cheual morueux : et continuent par
tant de iours lesdits parfums , qu’ils
voyent venir le flux de boucbe.
Or la maliere principale et fonde-
ment des parfums est le cinabre, qui
est composé desoulpbreet argent vif:
on adiousteauec luy rad. ireosFlorent.
thus , olib. mgrt. iunc. odorat, assam
odoratam , mast. terebent. et theriacam :
lesquels ont puissance d’empescher la
trop grande dissolution de nature, et
de corriger la feleur et mauuaise
qualité du vif-argent *.
On peut faire autres parfums apres
auoir arreslé le vif-argent: qui se fera
ainsi. Il faut faire fondre du plomb,
puis lors qu’il sera presque refroidi,
il faut mesler l’argent vif ensemble :
puis sera rédigé en poudre , adious-
tant antimonium , aloës , mastic , vi-
triol , auripig. benjoin en poudre et
auec terebenthine : on en forme tro-
chisques.
Autre.
"if.. Cinnabaris g . j.
Styracis rubri et calamitæ , nue. mus-
catæ, ana 3. iij.
Benjoin g . û.
Excipe terebeuthina, fiant trochisci pon-
déré 3. ij. ad vsum dictum.
La terebenthine y est mise pour lier
les autres choses qui sont seiches : et
1 Ici s’arrête tout ce qui, dans ce chapitre,
a été emprunté au livre de Thierry. Le reste
appartient à Paré, ou du moins a été puisé
à d’autres sources qu’il est assez inutile de
rechercher.
La plupart de ces formules se lisent déjà en
1575.
pour aussi faire fumée, on y adiouste
semblablement des gommes.
On parfume les vlceres cacoëthes
causées de la verolle , apres qu’elles
sont mondjfiées, et non auparauaut.
Exemple d’en parfum pour les vlceres.
X. Cinnabaris g .
Benjoin, myrrbæ, styracis, olibaui, opo-
poriacis ana g . G .
Maslich. macis, thuris ana 5. ij.
Excipiatur terebeuthina, et fiat fumi-
gium.
Autre pour deseicher les vlceres humides
if. Cinnabaris g . j.
Benjoin, styracis, olibani, opoponacis
ana g . £> .
Mastic, thuris ana §.ij.
Nucis cupressi et corticis granatorum
ana g . û .
Terebenthinæ communis quantum suf-
ficiat.
Fiant trochisci pro fumigio.
Et seront lesdits parfums continués
tant qu’il sera besoin.
CHAPITRE XV.
CVRATION DES SYMPTOMES, OV ACCIDENS
DE LA MALADIE VENERIENNE OV VE-
ROLLE : ET PREMIEREMENT DES VL-
CERES DE LA VERGE 1 2.
Il se fait à la verge vlceres calleu-
ses-et malignes : et celles qui naissent
1 Cette dernière formule , avec la phrase
finale, a été ajoutée en 1585.
* Thierry de Héry a un premier article,
p. 175, intitulé : Curation des symptômes ou
accidents de la maladie venerienne ou vai-
rolle ; et un autre, page 176, allant jusqu’à
la page S00, et qui traite Des vlceres de la
\ verge On voit que Paré le suit à la trace,
au moins pour l’ordre des matières; car,
J cette .fois, il abandonne complètement le
DE LA GRO!
sur le gland, le sont moins que celles
qui naissent sur leprepuce, et sont
rebelles aux inedicamens communs
aux vlceres faites par autre cause , et
sonnent se terminent en gangrené,
en sorte que plusieurs y perdent la
teste de la verge, voire tout le corps,
comme auons dit cy dessus, faute de
recourir à Palexipharmaque, qui est
le vif-argent. Toutesfois ie suis d’ad-
uis que l’on commence premièrement
aux remedes communs et propres à
la curation des vlceres : car toutes
vlceres qui viennent à la verge parle
coït , ne sont pas verolliques. Mais
apres auoir vsé de plusieurs remedes,
et que l’on voye l’vlcere cheminer et
texte et la doctrine de Thierry. Cela est à
regretter, peut-être du moins pour le pre-
mier article, dans lequel Thierry commence
par établir trois ordres de symptômes véro-
liques ; je pense qu’on lira avec un grand
intérêt ce passage si remarquable.
« Les symptômes ou accidens communs
de ceste maladie, dit Thierry, sont plusieurs,
desquelz les vns precedent, les autres suy-
uent, les autres suruienncnt.Ceulx qui pre-
cedent sont vlceres de diuerse nature en la
verge, ardeur d’vrine ou pisse chaulde, bu-
bons ou poulains : lesquelz seront dicts pré-
céder, pource que, encor qu’ils soyent equi-
uoques, et puissent aduenir et non aduenir
sans ou auec contagion d’icelle maladie, ont
neantmoins (le plus souuent) accoustumé
de les précéder, et seruir quasi comme d’ad-
uant coureurs.
»Les autres, que nous appelons suyuants
ou consequutifz, sont pustules et vlceres
naissans par tout le corps, principalement
aux parties honteuses, au siégé, à la bou-
che, à la gorge, à la teste, au front et aux
emunctoires. Pareillement chute du poil,
communément dicte pelade, douleurs arti-
culaires, souuent mobiles, aussi (mais peu
souuent tophes ou nodositez.
» Les derniers, que nous appelons surue-
nants, ou extraordinaires, qui naissent
iE VEROLLE. 553
ne voulant cederà nul médicament,
alors on doit venir à ceux ausquels
entre le furet, pour obuier que le ve-
nin n’occupe toute l’habitude du
corps.
Les remedes que l’on doit appli-
quer, faut qu’il ayent faculté d’ob-
tondre l’acrimonie de ce virus ,
comme ce collyre de Lanlranc 1 :
7f. Vini alhi B> j.
Aquæ rosar. et plant, ana q.
Auripig. 3. ij.
Virid. æris 3. j.
Alloës, myrrh. ana 3 . ij.
Terantur subtilis. et fiat collyrium.
Aussi on les pourra toucher d’eau
apres les imparfaictes et non méthodiques
curations (cause des recidiues), sont douleurs
fixes de toute la teste ou d’vne partie d’i-
celle, des bras, des iambes, principalement
auec nodositez, ou souuent sont les os ca-
riez et corrompuz, vlceres virulentz et pha-
gedeniques, communément dietz ambula-
tifz, scissures ou dartres aux mains, piedz et
autres parties du corps, vice prouenant de
chascune des concoctions, auec marasma-
lion et amaigrissement d’iceluy. »
N’esl-ce pas là la doctrine moderne des
accidents primitifs, secondaires et tertiaires?
Jean de Vigo avait bien distingué la vérole
commençante et la vérole confirmée,- mais
il n’avait pas classé les symptômes en trois
séries; et d’ailleurs sa description n’est pas
aussi exacte que celle de Thierry, soit que la
syphilis eût véritablement changé de forme,
comme le veulent certains auteurs, soit qu’on
la confondît alors auec d autres affections.
Notez aussi cette distinction lumineuse que
fait Thierry entre les symptômes primitifs qui
peuvent se produire en dehors de la vérole
aussi bien que par l’effet de la vérole même,
et dites si son livre mérite le mépris avec le-
quel plusieurs bibliographes en ont parlé.
' Thierry de Héry recommande aussi ce
collyre, p. 19!) de son livre, mais sans l’at-
tribuer à Lanfranc.
554 LE SEIZIEME LIVRE
de sublimé , ou d’eau fort qui aura
serui aux orféures, dite eau bleue:
ou bien on y appliquera vn peu de
poudre de mercure , ou de nostre
ægyptiac : et pour prouoquer la
cheute de l’escarre, on vsera de basi-
licon ou beurre frais. Tels medica-
mens acres seront appliqués auec
discrétion , de peur de gangrené et
mortification , qui souuent vient à
ceste partie.
Et où la pertinacité et rébellion de
ladite vlcere viendroient de la velie-
mence du virus verollique, en sorte
quïls ne voulsissent ceder aux reme-
des susdits, alors faut faire friction
aux aines , perinenm , et ausdites vl-
ceres , auec les onguens prescrits
pour la friction. Aussi on pourra
faire parfums , comme auons dit cy
dessus : ce faisant, on verra la malice
et acrimonie de l’humeur estre abat-
tue , les duretés amollies, et les vlce-
res quasi se desseicher, et mondiûer
et consolider.
Or quelquesfois apres la curation
et cicatrisation desdites vlceres , en
aucuns s’ensuiuent signes apparens
de la verolle , comme douleurs noc-
turnes, pustules, lesquelles ne se sont
apparues auparauantla curation des-
dites vlceres, parce que le virus auoit
issue par icelles, et estans closes, le
virus se manifeste par les autres
voyes : à telles faut vser de la friction
vniuerselle *.
ïcy ie veux aduerlir le ieune cbi-
fürgien , que s’il aduient qu’apres
âùoif renuersé et descouuert le gland
1 Ici s’arrêtait le chapitre dans toutes les
éditions publiées du vivant de l'auteur; elle
long paragraphe qui va suivre sur le para-
phimosis est une addition posthume qui se
lit pour la première fois dans la cinquième
pour penser les vlceres qui naissent
entre le prepuce et le balanus, le
prepuce ne peut plus retourner en
son lieu : ce qui aduient aussi sou-
uent à quelque follastre ieune marié
trouuant la partie génitale de la
femme auguste et fort estroite, vou-
lant entrer au champ de bataille
comme par force, descouurelegland,
et renuerse en haut le prepuce, de
façon que souuent ne se peut rabat-
tre pour couui ir le gland : il se fait
vue inflammation et gangrené. Donc
pour sauuer la vie dudit combattant,
il conuient entièrement couper le cul-
tiueur du champ de nature humaine.
Librement ie confesse y auoir esté au-
tresfois bien empesché, mettant fo-
mentations, cataplasmes , et emplas-
tres résolutifs et relaxatifs : pour tout
cela ie n’auançois rien , au contraire
la tumeur et douleur s’augmentoient.
Estant à Milan, deuisant auec vn vieil
chirurgien, il me dit qu’il falloit bas-
siner le petit ventre et parties génita-
les d’eau fort froide , et espreindre
toute la verge auec la main assez
fort : par ces choses les parties se reti-
rent au dedans et flétrissent : puis
faut retirer le prepuce en son lieu, ce
que i’ay fait plusieurs fois auec heu-
reuse issue. Et si la tumeur du pre-
puce est si grande que ces remedes
n’y eussent point de lieu , alors fau-
droit faire des scarifications tout au-
tour. Car par icelles les vents se re-
soluent, et le prepuce se relasche.qui
fait qu’apresonlepeutplus facilement
réduire.
édi I ion. Ce long oubli où Paré avait laissé lé
procédé intéressant du chirurgien de Milan
est d’autant plus singulier, qu’il avait, dci
1575, traité du paraphimosis au chapitre 3J
du livre Des operations.
DE LA. GROSSE VEROLLE.
555
CHAPITRE XVI.
EN OVOY DIFFERE I.A GONORRHEE DE
LA CIIAVDE-PISSE 1.
Aucuns ont iusques icy pensé que
la chaude-pisse eust quelque chose de
commun auec la gonorrhée des an-
ciens : mais elles sont fort differentes
l’vne de l’autre , comme tu pourras
yoirpar ce traité. Car la gonorrhée
est vn flux de semence inuolonlaire,
découlant de toutes les parties de
' Bien que ce chapitre paraisse, et soit en
réalité la suite des précédents, il est cepen-
dant d’une date bien plus ancienne; il avait
été publié dans l’édition partielle de 15G4,
où il commentait le livre Des chaudes pisses
et carnositez enyendrees au méat vriuat. Ce li-
vre était composé de 14 chapitres, que l’on
retrouvera dans les 13 chapitres suivants à
partir de celui-ci. Paré, pour le composer,
avait mis à profit la lecture du livre de
Thierry sans en rien dire; et, quand il vou-
lut faire un traité complet de la vérole, il
n'eut donc qu’à analyser la première moitié
de l’ouvrage de Thierry, et à faire venir son
ancien extrait à la suite. En effet, après
l’article Des vlceres de h verge, cité dans une
des notes précédentes, Thierry en a un au-
tre consacré aux bubons veneriens, dont
nous verrons Paré profiter un peu plus tard:
après quoi il entame l’histoire De l'ardeur
de l’vrine, autrement appellée pisse cltaulde,
p. 211. C’est là que recommencent les nou-
veaux emprunts de Paré. Disons cependant
par avance qu’ils sont moins nombreux et
moins importants que pour l’histoire de la
vérole, et que Paré va se montrer beaucoup
plus original.
Avant d’indiquer quelles sont les idées
empruntées à Thierry, il convient de mettre
sous les yeux du lecteur la préface que Paré
avait placée en avant de son livre dans l’é-
dition de 1564.
Préfacé du Hure 8 des chaudes-pisses.
« Combien que ma première intention ne
nostre corps aux parties génitales »,
causée par la résolution et paralysie
(le faculté retenliue d’icelles parties,
comme dit Galien à la fin du liure 6.
De locis aff relis, ou bien de trop grande
abondance de sang et matière sémi-
nale dedans le corps, qui ne se tour-
nant point en gresse et habitude du
corps , prend son cours vers les par-
ties génitales.
Au contraire , la chaude-pisse , ou
ardeur d vrine, est vne sanie qui sort
par la verge, de couleur iaunastre,
quesquesfois verdoyante, autresfois
feust que de reuoir mon liure des playes
failles par haequcbultes et auties hastonsà
feu, pour à iceluy adiouster beaucoup d’ex-
periences (confirmées par raisons fort soli-
des) des choses aduenues en ces derriieres
guerres, tant pour la malignité et indisposi-
tion du temps que pour aulres causes am-
plement traitlees en mon discours adressé
au Roy, et fait par le commandement de
Sa Maieslé, lequel i’ay mis au front de cest
œuure : neanlmoins i’ay voulu, pour l’vtilité
du public et l’adresse des ieunes chirur-
giens (car c’est pour ceux-lu que i’escry),
mettre en lumière quelques autres petits
œuures (petits puis-ie bien dire, car ils ne
seruiront que d’arres de ma pratlique gene-
ra lie que i ay ia dediee au Roy, et promise
à la republique françoise), lesquels, iaçoit
qu’ils n’ayent rien de commun auec ma pre-
mière intention : le croy pourtant que l’ac-
croissement que i’ay mis à mon premier
labeur n’apportera peu de fruit à nostre
nat on : considéré qu’aux liures que i’y
ay adioustez ie ne Iraltle que d’aucunes
parties de chirurgie, voire mais des plus
mal aisées : et entre autres de la guérison
des chaude pisses, maladie autant fas-
clieuse à guérir qu’elle est commune : ce
que lu prendras autant en bonne part,
comme de bonne affection ie desire qu’en
la lecture de mes liures tu proflittes, et
m’en sache gré. »
1 L’édition de 1564 donne une tout autre
I terminaison à ce paragraphe. Après ees
LE SEIZIEME LIVRE ,
006
sanguinolente, approchant de la qua-
lité d’vn pus non bien cuit et de mau-
uaise odeur, auec vne acrimonie qui
le plus souuent ronge et vlcere le ca-
nal de l’vrine , faisant érection de la
verge et des parties génitales , auec
douleur : pour-ce qu’en ladite érec-
tion se fait vne contraction comme
par vn spasme particulier : tesmoins
les patiens, qui disent sentir comme
une corde qui leur tire la verge con-
trebas : et telle chose se fait au
moyen d’vn esprit flatueux, qui rem-
plit le canal ou le nerf cauerneux, et
toute la substance du membre viril.
A cause de laquelle repletion se fait
vne distension de la verge Outre
mots : aux parties génitales, elle poursuit :
«Ce qui se fait lorsque quelque portion
de sang doux et bénin, et du plus pur qui
soit en la masse sanguinaire, pellucide en
couleur, de substance visqueuse, égalé et
sans aucune mauuaise odeur, tumbe parles
conduits auec vne petite délectation, prin-
cipalement faitte à l'extremité de la verge,
qui Unit le conduit d’icelle contre l’erosion
et acrimonie de l’vrine. »
La nouvelle rédaction date de 1575; la
citation de Galien est empruntée à Thierry
de Héry.
1 L’édition de 1564 ajoute : laquelle enten-
due en largeur se monstre vn peu plus courte.
Cette singulière erreur venait de Thierry,
qui avait dit :
« Aussi en l’ereclion de la verge se faict
contraction, et comme spasme particulier,
prouenant d’vn esprit vaporeux ou llatueux,
lequel rernplist le nerf cauerneux, par la-
quelle repletion est accourcy. » Page 215.
N'aurait-on pas pu, avec quelques modi-
fications, appliquer à Thierry ce que Pitcairn
disait d’Astruc à propos d’une théorie tout
aussi singulière sur la défécation : Credo
Astruccium nunqunm cacasse.
Du reste, à part cette idée erronée et la
citation de Galien, et l’idée primitive de la
distinction à établir entre la gonorrhée et
la chaude-pisse, le reste du chapitre ne doit
rien à Thierry.
lesquels accidens, lors que le conduit
est vlceré , le patient vrinant sent
vne griefue douleur : pour-ce que
l’vrine , passant par les vlceres , les
mordique etpoind.
Or le flux de ladite sanie continue
quelquesfoisdeux ou trois ans et plus:
qui nous fait croire que la chaude-
pisse n’a rien de commun auec la go-
norrhée , comme nous monstrerons
cy apres, descriuant les parties qui
principalement sont affectées. Auec
ce qu’il est impossible que la semence
peust sortir du corps par vn si long
temps , qu’elle ne fust cause que le
corps deuint languide , debile et af-
faibli , attendu que la semeuce est
faite d’vn sang bening prouenant de
toutes les parties du corps : dont la
mort s’ensuiuroit , comme dit l’au-
theur des Définitions. Ce qui est aussi
aisé à connoislre en ceux qui ont eu
cinq ou six fois la compagnie d’vne
femme, voire moins, le corps desquels
se trouue fort debile et abatiu, et à
quelques vus tout assoupi. Parquoy
faut conclure que la sanie que l’on
ietle aux chaudes-pisses ne procédé
du suc bon et dédié à la génération
de la semence humaine : mais plus-
tost que c’est vn humeur virulent,
acre, visqueux, altéré et corrompu.
CHAPITRE XVII.
DE L’ERECTION ET TENSION CONTINVE
DV MEMBRE GENITAL.
Ces accidens s’appellent en latin
Priapismus ,et Satyriasis: et sont deux
noms signifions deux choses de di-
uerses especes. Car le premier aduienl
seulement aux hommes, et est vne ten-
sion du membre viril sans aucun ap-
DE LA GROSSE YEROLLE.
petit charnel : le second aduient aux
hommes et femmes, accompagné d’vn
désir furieux*. Outre cela, le premier
est sans effusion de semence, le se-
cond auec effusion : d’où vient que si
tost que l’habitation a esté auec la
femme, incontinent il cesse. Mais au
premier rien moins , qui est cause
qu’il s’augmente de telle façon, que
si l’on n’y preuoit bien tost, suruient
vne mort cruelle , ou conuulsion in-
supportable.
L’vn et l’autre procédé d’vne
excessiue chaleur , et dilatation des
arteres, d’abondance de vents qui
remplissent le nerf caue du membre
génital , pour auoir mangé trop de
viandes venteuses, et autres causes.
Si cela aduient à vne femme, au lieu
de la tension sent en ses parties géni-
tales vn prurit , ardeur, et douleur,
accompagné d’vn désir intolérable de
Venus, et est contrainte de porter
souuent la main pour se frotter.
Pour curer l’erection , soit appli-
qué sur les reins vn cataplasme fait
de morelle, joubarbe , pourpié , laic-
tues, iusquiame , nénuphar, ciguë,
pilés ensemble, et appliqués sur les-
dits reins et sur l’entrefesson. Faut
boire de l'eau froide, et vser de vian-
des semblables.
Maintenant nous retournerons à
parler des causes et différences de
la chaude-pisse.
1 Ici l'arés’éloigneentiérementdeThierry;
car si la définition du priapisme est chez
tous deux la même, Thierry dit du satyria-
sis que c’est érection de lu verge auec appétit
d’habiter , p. 212.
Au raste, ce chapitre est tout entier de
rédaction nouvelle, et manque non seule-
ment dans l’édition de 1 5G4 , mais dans cel-
les de 1576 et 1579; on le lit pour la pre-
mière fois en 1585.
557
CHAPITRE XVIII.
DES CAVSES DE LA CHAVDE- PISSE , ET
DIFFERENCES D’iCELLË *.
La chaude-pisse vient de trois cau-
ses : à sçauoir, de trop grande reple-
tion , de trop grande inanition , et de
contagion 1 2.
Celle qui se fait par repletion , est
causée d'vne trop grande abondance
de sang , ou pour auoir esté à cheual
ayant le soleil à dos, ou pour auoir
vsé de viandes chaudes, acres, diuré-
tiques, et flatueuses, qui causent ten-
sion et chaleur, dont s’ensuit inflam-
mation des parties génitales : qui est
cause de faire fiuer non seulement la
semence, mais aussi les humeurs sus
lesdites parties, principalement sur
les glandes prostates situées au com-
mencement du col de la vessie , là où
finissent et desinent les vaisseaux
spermatiques 3. Ou pour s’estre trop
longtemps abstenu de la compagnie
des femmes, eu ceux qui ont de cous-
lume d'en vser, et desquels l’excre-
trice de telles parties est debile, ne
s’en pouuant desfaire de soy-mesme :
de tant que telle matière supprimée
1 Ce chapitre est le second du livre Des
chaudes-pisses de l’édition de 1564.
2 Cette division de la chaude-pisse en
trois espèces, et tous les développements
qu’on va lire, se retrouvent en germe ou
même textuellement dans l’ouvrage de
Thierry, p. 212 à 215.
3 L’édition de 1564 ne contient pas la lin
de cette phrase ; après ces mots, les vaisseaux
spermatiques, elle ajoute : dont lu trouueras
la figure et description en ta fin de ce trailté,
pour esclaircir dauanlage ce que nous te di-
sons. Or ces prostates, etc. — La nouvelle
rédaction date de 1575.
558
LE SEIZIÈME LIVRE .
se corrompt , et venant à sortir fait
ardeur et douleur par acrimonie de
chaleur estrange. Or ces prostates
puisapres s’apostemeni , et leur sanie
qui découlé auec vne certaine corro-
sion , le long du canal de la verge , y
fait quelques vlceres , au moyen des
quels Fvrine qui est acre , passant
par dessus, les mordique et corrode
d’auantage : chose qui cause aux pa-
tiens vne grande douleur, qui mesme
continue quelque temps apres auoir
vriné. Aussi en l’erection de la verge
se fait vne contraction (comme dessus
a esté dit) qui prouient de l'inflam-
mation et de l’esprit flatueux qui
remplit le nerf cauerneux , par la-
quelle repletion la verge se grossit et
allongil G
Celle qui se fait par inanition , ad-
uient pour auoir trop et intempesri-
uement vsé de l’aceollade amoureuse :
car tel excès et autres semblables
tarissent l’humidité huileuse et natu-
relle de ceste glandule, laquelle con-
sommée , l’vrine de son acrimonie
blesse et offense la verge, causant
vne cuisson et chaleur contre nature
en ceste partie, qui se sent principa-
lement en vrinant , dont est appellée
pisse-chatulc 1 2.
1 On reconnaît ici le texte de Thierry de
Héry, rappelé dans une des notes précéden-
tes. J’ajouterai que Paré avait écrit en 1564 :
la verge se yrossisl et accourcisl, comme s’il
eût copié son auteur sans réflexion; et qu’il
corrigea allongil dès 1575.
1 L’édition de 15G4 porte une tout autre
rédaction ; voici le texte :
« Car tel exces cause inflammation, et au
moien d’icelle vne attraction de sang et se-
mence ausdilles parties, lesquelles s’altèrent
et corrompent par la challeur estrange, qui
fait que la semence sort à demi elabourée,
voire quelquefois le sang pur, dont la mort
s’ensuit en quelques vns. Aucunes fois aussi
Celle qui vient de contagion, se
fait par auoir eu la compagnie de
ceux qui en sont infectés, soit homme
ou femme, pour auoir habité auec
celle qui peu auparauant auroit recen
la semence de l’homme contaminé
dudit mal, ou qui auroit ses purga-
tions blanches , quelque vlcere dans
les parties honteuses, quelque ma-
tière procédante de la verolle , ou
quelque esprit veweneux et virulent,
qui s’insinuant és parties génitales,
les infecte , et quelquesfois tout le
corps. Car (comme Galien monstre
au troisième liure De locis affectis »)
qui est-ce qui , sans le voir, croiroit
que par la piqueure d’vn Scorpion le
corps peust estre si fort blessé , at-
tendu la petite quantité de venin qu'il
introduit dedans le corps, et qui
neantmoins a si grande puissance,
qu’il fait mourir celui qui en est pi-
qué? D’auantage, voit-on pas que
par vne petite piqueure de mousche
à miel , ou d’vne guespe, ou de fres-
Ion , aduiennent douleurs , tumeurs,
et inflammations tres-grandes? Et
combien que telles piqueures ne
soient que superficielles , leur venin
toulesfois peut communiquer sa ma-
lice iusques aux parties nobles. En
ledit sang et semence sont retenuz dans les
vaisseaux spermatiques, à cause de la débili-
tation de la faculté expullrice, qui n’a puis-
sance de les mettre hors, et eslans là hors
de leuis propres vaisseaux, se pourrissent,
corrompent et blessent les prostates, dont
vient la chaude-pisse. »
La première de ces deux phrases était ti-
rée presque textuellement de Thierry de
Héry, p. 2 1 4.
1 Chapitre 5. — A. P. — Cette citation
est de Thierry; cependant il faut que Paré
l'ait vérifiée; car Thierry désigne le chapi-
tre par son titre, et non point par son chif-
fre.
DE LA GROSSE VEROLLE.
cas semblables se peut faire que la
vapeur du virus de la semence, ou
d’autres humeurs corrompus, soient
communiqués aux parties génitales ,
principalement aux prostates, les
quels reçoiuent non seulement la se-
mence, mais les autres humeurs, qui
se putrefians causent aposlemes et
vlceres , desquelles sort vn pus felide
et virulent, que les hommes iellent
par la verge, et les femmes par le col
de la matrice. Quelquesfois aussi vne
partie de ladite fluxion tombe sur les
testicules et sur le perineum, mesme
sur la verge, qui cause en icelles par-
ties le plus souuent des gangrenés, et
des vlceres caues et fisluleux. D’abon-
dant se peuuent esleuer d’iceluy vi-
rus quelques vapeurs corrompues et
veneneuses, qui sont po< tées aux par
ties nobles par les veines , arteres, et
nerfs, dont bien souuent procédé la
verolle *.
CHAPITRE XIX.
DV PROGNOST1C DES CHAVDES-P1SSES 2.
La pisse-chaude ne se doit négliger,
pour ce que plusieurs pernieieux ac-
cidens en aduiennent (comme nous
auonsdit) et en quelques-vns est in-
curable, qui ieltent perpétuellement
vne sanie virulente, laquelle fait
' La cliaude-pisse souuent ameine la ve-
rolle, et se peut dire verolle particulière. —
A. P. — Cette note marginale se lit déjà, en
partie du moins, dans l’édition de 1564 ;
mais les mots soulignés ne datent que de l’é-
dition posthume de 1598.
’ Ce chapitre est textuellement le même
que le chapitre 3 du livre Des chaudes pisses
de 1564, sauf une intercalation qui sera no-
tée. En conséquence, quand l’auteur parle
du fait qu’il a vu nagueres, ce mot nagueres
*e rapporte à la date de 1564.
55g
quelquesfois vne entière suppression
d’vrine, à cause que les prostates et
tout le col de la vessie s’enflent et
enflamment , tant par le coït que par
l’vsage des viandes chaudes et vapo-
reuses, ou par trop grand exercice,
comme est celuy de la poste : aussi
par le changement des lunes. De la-
quelle suppression la mort s’ensuit
aucunesfois : ainsique n’agueres i’ay
veu aduenir à vn quidam , qui ayant
porté vne cliaude-pisse dix ans et
plus , la garda iusques à la mort.
Cest homme , apres auoir fait quel-
ques excès violents , ne failloit incon-
tinent d’estre pris d’vne suppres-
sion d’vrine , au moyen de laquelle
ne pouuoit vriner sans le beneüce
d’vne sunde qu’il portoit touiours
auec luy. Or ne pointant vn iour la
mettre iusques dans la vessie, m’en-
uoya quérir pour le faire pisser ; ce
que ie ne peu faire, ores que Rem-
ployasse tous les remedes à moy pos-
sibles , qui fut cause de sa mort : la-
quelle aduenue , ie priay sa femme
me permettre de Touurir : ce que vo-
lontiers elle m’accorda. le trouuay sa
vessie toute pleine d’vrine el fort
estendue , les prostates grosses, en-
flées, vlcerées , et toutes pleines de
pus semblable à celuy qu'il ieltoit
pendant sa maladie.
Par quoy i’ose conclure *, que ce
pus qui vient des chaudes-pisses est
fait dedans la substance des glandes
prostates , et non des reins : ce qu’au-
cuns ont estimé, et voulu affirmer,
le ne veux neantmoins iey nier
que les reins ne s’apostement et se
consument entièrement, iellans sem-
blablement grande quanlité de pus :
toulesfois les accidens ne sont pareils
à ceux des chaudes-pisses.
1 Edition de 1564 : parquoy i’ausay con-
clure.
LE SEIZIÈME LIVRE ,
56o
Les vieilles chaudes-pisses est une
verolle particulière : partant pour sa
cure faut le furet
Or l’vlcere qui est au col de la ves-
sie et à la verge, est facile à discerner
d'auec celuy qui est au corps d'icelle ,
par-ce que s’il est en la vessie, la sa-
nie sera meslée auec l’vrine,et y aura
de petites membranes ou filamens:
l’odeur en sera fetide et acre, et n’au-
ra hi patient si grande douleur. Et
notez que ie dis si grande, pour-ce
que lors qu’il y aura vn vlcere aux
prostates ou conduit vrinal, tousiours
on sent douleur à l’extremité de la
verge, pour-ce qu’en toutes extrémi-
tés le sentiment est tousiours plus
aigu et exquis, et principalement à
la verge. Et si auec ce le pus sort de-
uant l’vrine, selon Galien liure 6,
chap. 6. De locis affectis 2.
Or ayant amplement discouru les
signes et différences , tant de la go-
norrhée que de la chaude-pisse , il
1 Cette phrase étrange manque dans l’édi-
tion de I5G4; mais elle se lit déjà comme
ici dans celle de 1575. Jusqu’en 15S5, Paré
n’y avait point ajouté d’explication ; mais,
dans sa quatrième édition, il mit en marge
cette note explicative :
L’auteur appelle te vif arpent furet , parce
qu’il eslrangle et fait sortir la verolle hors de
sa lasniere.
Cette bizarre métaphore avait déjà été em-
ployée à la lin du Ier chapitre de ce livre.
1 Cette dernière phrase a été ajoutée seu-
lement dans l’édition posthume de 1598 au
texte précédent, qui est celui de l’édition de
15G4; mais il est fort singulier que ce texte
primitif ait été altéré dans toutes les édi-
tions complètes faites du vivant de l’auteur,
pour être rétabli et augmenté dans la pre-
mière édition posthume. En effet, dans
toutes celles qui se sont succédé de] 1575 à
1585 inclusivement, le paragraphe s’arrête
après les mots : l’odeur en sera fetide et acre.
Du reste, Thierry de Héry n’a rien fourni
à ce chapitre Du prognoslic.
conuient maintenant traiter des re-
medes concernans la guérison de l’vn
et l’autre mal, et commencer à la
gonorrhée.
CHAPITRE XX.
SOMMAIRE DE LA CVRE DE LA
GONORRHÉE l.
Il faut appeler vn docte médecin
qui purge et saigne le malade , s’il en
est besoin , et qui luy ordonne son
régime, luy défendant (si telle gonor-
rhée vient d’abondance excessiue de
sang et matière séminale2) toutes
choses qui engendrent grande quan-
tité de sang, augmentent la semence,
et prouoquent à coït : semblablement
l’vsage du vin, s’il n’est petit et aus-
tère : l’aduertissant de fuir la fréquen-
tation des femmes, mesmemenl de
les voir en peinture ou autrement
représentées, nommément celles à
quilemalade porte quelque affection.
L’exercice vehement leur est bon 3,
et porter pesans fardeaux iusques à la
sueur: baigner en eau froide, dormir
peu, et appliquer sur les lombes, et au-
tour des parties génitales, vnguenlum
rosalum réfrigérons et nutritum : puis
1 Ce chapitre, dont il n’existe pas de trace
dans l’ouvrage de Thierry, est presque litté-
ralement le même que le chapitre 4 du li \ re
Des chaudes-pisses, de 1564.
2 Cette parenthèse a été ajoutée en 1575.
3 C’est là le texte de toutes les éditions
laites du vivant de l’auteur; la traducliou
latine dit de même : exercilia valida prosunt ;
c’est pourquoi je l’ai substitué à celui de la
cinquième et des suivantes, qui portent :
l’exercice médiocre. Je dois dire aussi que
j’ai rétabli dans le texte ces mots ': et porter
pesans fardeaux iusques à la sueur, qui exis-
tent dans toutes les éditions du vivant de
l’auteur, et qui manquent dans les éditions
posthumes.
UE LA. GROSSE VEROLLE.
par dessus vn grand linge trempé en
oxycrat, et soutient le renouueller,
comme il est dit cy apres. Car si elle
est causée par débilitation de la fa-
culté retenlrice des parties génitales,
singulièrement pour auoir trop vsé
de l’acte venerien , il faut vser de
choses roboratiues et astringentes : et
sur tout euiter les femmes , voire les
mettant du tout en oubly, iusquesà
ce que les malades soient restaurés
et entièrement guéris.
Il te suffira de ces remedes gene-
raux pour la curation de la gonor-
rhée , attendu qu’aniplement la gué-
rison d’icelle est traitée dans les doctes
commentaires des médecins et chi-
rurgiens, tant anciens que modernes :
et aussi que ma principale intention
est de te donner seulement les re-
medes de chaude-pisse : la curation
de laquelle, tant generale que parti-
culière , sera cy apres déduite.
CHAPITRE XXI.
CV RATION GENERALE DE LA
CHAVDE-PISSE *.
La cure sera changée selon la di-
uersité des causes et accidens.
Pour les choses vniuerselles, faut
que le patient tienne bonne maniéré
de viure, et qu’il euite toutes choses
A? tl
1 Ce chapitre est le cinquième du livre
Des chaudes-pisses dans l’édition de 1564.
Paré y a emprunté quelques idées de Thierry
deHéry; mais cela se réduit à fort peu de
choses, et le chapitre peut passer pour ori-
ginal. 11 est à remarquer surtout que Thierry
parle à peine de la térébenthine, que Paré
préconise si fort et dans son texte et dans
une note marginale, où il la déclare excellent
remede à la chaude-pisse.
56 1
qui eschauffent le sang, principale-
ment tous alimens flatueux, diuréti-
ques , et violens exercices : qu’il soit
purgé et saigné , principalement si le
mal procédé de repletion. II doit fuir
l’habitation desfemmes, si ladite chau-
depisse n’estoit venue du defaut de
coït : il ne sedoit couchersur vn lit de
plume , mais sur vn matelas, ou vne
molle paillasse , sur lesquelles on
mettra vn drap en plusieurs doubles
à l’endroit de la région des reins : et
s’il lui est possible , ne doit dormir
ne coucher aucunement sur le dos. Il
mangera ses viandes plustost bouil-
lies que rosties , cuittes auec ozeille ,
laitues , pourpié, et quelque quantité
d'orge mondé, et des quatre semen-
ces froides concassées. Pour saulse ,
se doit contenter de jus de citron ,
d’oranges , grenades, ou de verjus. Il
s’abstiendra de vin, en lieu duquel
vsera d’eau d’orge, de ptisane, de
bouchet , potus diuinus , ou bien de
l’hippocras d’eau , auec vn bien peu
de caneile. Au matin prendra quatre
heures auant que manger 1 , vn orge
mondé, auec lequel aura cuit vn
petit noüet plein des quatre semences
froides concassées, vn peu de graine
de pauot blanc , pour ce qu’il rafres-
chit, adoucit, et deterge. Pareille-
ment vsera quelquesfois du syrop de
guimauues , ou de capill. veneris : par
fois d’vne demi-once de casse seule ,
à laquelle aussi de fois à autre on
pourra adiouster vne dragme de
rheubarbe , ou demie dragme en
poudre , selon l’exigence du cas , ou
bien de ces pilules 2 :
' Edition de 1564: deux heures auant que
manger.
’ Cette formule manque dans l’édition de
1564.
II.
36
LE SEIZIEME LIVRE,
56 2
"if. Massæ pilai, sine quib. 9 . j.
Rhei elecli 3. (a .
Camph. g.iiij.
Cum tcrebenth. formentur pilulæ septera
deuorandæ post primum somnum.
i ’ » ' ) i i i 4 1 >» 1 »
Semblablement la terebenthine de
Venise seule , ou auec rheubarbe en
poudre , ou auec huile d’amandes
douces recentement tirée et sans feu,
ou auec dudit syrop de capill. vçneris ,
estvn remede souuerain et singulier ,
parce qu’elle a vne tres-grapde vertu
d’adoucir et mondiüer , et qu’elle ai-
de grandement la vertu expullrice à
pousser hors la matière virulente et
infectée contenue aux prostates : con-
sidéré aussi qu à cause de son amer-
tume, elle est fort contraire à pour-
riture : outre lesquelles vertus elle a
esgard aussi par une propriété occulte
sur les reins , et les autres parties dé-
diées à l’vrine : ce qui se connoiçt tant
par son effect, que par l’odeur qu’elle
délaissé en l’vrine apres que Fou en a
vsé.
Et s’il y auoit quelque patient ,
comme il s’en trouue , qui ne peust
aucunement prendre en bolus ladite
terebenthine (en la façon que l’on la
baille ordinairement) il est aisé de la
rendre potable en la destrempant
dans vn mortier auec un peu de iaune
d’œuf et de vin blanc, l’ayant pre-
mièrement lauée auec plisane : ce que
i’ay sceu d’un Apothicaire , qui ca-
choit ce moyen de la rendre potable
comme vn grand secret , que ie n’ay
voulu oublier à escrire : parce que
ie sçay que peu de personnes pensent
que l’on la puisse faire aisée à boire ,
attendu sa glutinosité et espaisseur.
Semblablement la lexiue faite de
paille de (pue, est excellente pour
mondifier les reins, et vaisseaux sper-
matiques et vreteres. La quantité sera
de deux ou trois onces, auec vne
dragme de miel rosat , ou autre sem-
blable, pris deux heures au matin
deuant manger. La lexiue de sarment
fait le semblable, donnée auec sucre
rosat b
Celle qui vient d’inanition se guérira
par iniec lions grasses, huileuses et
remollientes : par breuuages et appli-
cations de choses de mesrne effet ,
fuyant les causes qui ont engendré le
mal. De celle qui vient de conta-
gion , nous en allons traiter ample-
ment2.
Te pouuant asseurerque l’on a veu
par les remedes susdits , grand nom-
bre de malades de chaude-pisse re-
couurer guérison : neantmoins, à fin
que nous n’oublions rien de ce que
nousauons délibéré de traiter, ayans'
fait les choses vniuerselles , nous
viendrons aux particulières.
CHAPITRE XXII.
CVP.ATION PAIïTICVLIERE DE LA
CH AVDE-PISSE 3.
Et premièrement nous faut com-
mencer à seder la douleur, et dimi-
1 Ce paragraphe a été ajouté seulement
en 1585.
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1579;
d’où l’on voit que dans l’édition de 1561 le
dernier paragraphe du chapitre, qui ne pro-
cède pas très logiquement de celui-ci, sui-
vait immédiatement le texte relatif à la té-
rébenthine, et que c’est à ce remède que
Paré attribuait un si grand nombre de gué-
risons.
3 Ce chapitre est textuellement le même
que le chapitre G du livre Des chaudes-pis-
ses. Paré y a copié deux ou trois prescrip-
tions de Thierry de Héry ( ouv.ciié , p 217 et
suiv.); mais les autres paraissent lui appar-
tenir, et l’ordonnance du traitement est
toute différente de celle de Thierry.
DE LA. GROSSE VEROLLE. 503
nuer l’inflammalion tant que nous
pourrons , en faisant une iniection
dans la verge, de la décoction qui
s’ensuit :
Sem. psylîij, lactucæ, papaueris albi,
plant, cÿdoniorum, Uni, hyoscyami albi
ana 3. ij.
Detrahantur mucores in aquis solan. plant,
et rosarum quantum sufficit.
Trochiscorum albi Rasis camphorato-
rum puluerisatorum 3.j.
Misce simul, seruetur pro iniectione.
Ceste ordonnance cy dessus escrite,
te seruira pour vn formulaire que tu
pourras diuersiGer, l’augmentant ou
diminuant selon la nécessité, et te
conduisant tousiours auecques rai-
son. lU
Ladite iniection a puissance d'ap-
paiser la douleur, pour-ce qu elle est
réfrigérante, et par sa viscosité lenit
et adoucit le caual de l’vrine , le de-
fendant de l’acrimonie et mordacité
des humeurs, et des matières viru-
lentes. On doit vser de ladite iniection
tiede : en lieu de laquelle on pourra
aussi vser de laict venant de la vache,
ou bien un peu tiédi : mesmement de
laict clair , ou petit laict. Le laict est
fort propre à faire iniection , ou à
boire aux chaudes-pisses et ardeurs
d’ vrine, pour la vertu qu’il a de rafres-
qhir et de deterger : et aussi pour-ce
qu’il passe aisément, estant fort sub-
til et d’essence tenue.
Par dehors sera fort bon de faire
vne onction de ceratum Galeni réfrigé-
rons, additacamphora, ou de ceratum
santalinum, ou comitiss ., ou de nulri-
tum, sus la région des reins, des
lombes, et du perineum, mesmes en
frotter le scrotum, et toute la verge.
Mais auantque d’vser desdits onguens
ou semblables , les faut faire fondre
sur le feu, et prendre garde de ne les
faire beaucoup chauffer, à fin qu’ils
ne perdent leur faculté de réfrigérer,
qui est nostre principale intention.
Ladite onction faite, conuient appli-
quer par dessus quelques linges trem-
pés en oxycrat , composé ex aquis
plantaginis, solani, semperuiui, rosa-
rum , et semblables.
En ce , s’il aduenoit que le patient
eust vne grande douleur en vrinant
et apres auoir vriné, ce qui est pres-
que ordinaire, il sera bon que le ma-
lade pisse en vn vaisseau plein de laict
tiede, y trempant sa verge pendant
le temps qu’il rendra son yrine, et au
defaut de laict, faudra prendre de
l'eau tiede : par ce remede tu appai-
seras vne grande parliede lacuisseur.
La douleur mitigée par ces moyens ,
tu commenceras à mondiûer les vl-
ceres de la verge par vne iniection
telle :
Hydromelit. simpl. g.iiij.
Syrupi rosali de siccis, et de absinth.
ana § . ft.
Fiat iniectio, seruelür ad vsum.
Et où il sera besoin de plus grande
detersion, tu adiousteras ù l’iniection
vn peu d’Egypliacum , ce que i’ay
fait plusieurs fois : dont , grâces à
Dieu , 1 issue a esté bonne. I’ay veu
aussi gran iement profiter en ceste in-
tention, la décoction qui s’ensuit:
’if. Vini albi odoriferi ib. G.
Aquaruin plantag. et rosarum ana. § . ij.
Auripigmenti 3 . j. fi.
Viridis æris 3.j.
Aloës succotrini 5. G.
Puluerisentur puluerisanda, et bulliant si-
mul, seruetur decoctum pro iniectione.
Il te faudra diminueret augmenter
la force des ingrediens, selon que
verras estre necessaire. Les vlceres
mondifiés, il conuient vser de desic-
564 I.E SEIZIÈME LIVRE,
cation pour les mener à cicatrice ,
deseichant l’humeur , et corroborant
les parties qui ont esté imbues et
relaxées par la longue et grande
fluxion -.pour à quoy remedier, la
décoction suiuante est bien conve-
nable.
If. Aquæ fabrorum B>. j.
Psidiarum et balaustiarain, nucum cu-
pressi conquassat. ana 3. j. fi.
Sumac, et berberis ana 3. ij.
Syrupi rosati, et de absint. ana 5 . j.
Fiat decoctio, seruetur pro iniectione.
De ceste décoction en faut ietter
souuent dedans la verge auec vne
syringue , et continuer iusques à ce
qu’il ne sorte plus de sanie : lors
tu pourras esperer le patient estre
guéri.
Reste maintenant à parler des ac-
cidens qui prouiennent d’aucunes
chaudes-pisses , qui sont des carnosi-
tés procréées au canal de l’vrine,
dont plusieurs sont tourmentés : et
à cause de ce , tombent souuent en
en vne rétention d’vrine , et meu-
rent1.
CHAPITRE XXIII.
DES CARNOSITES QUI S’ENGENDRENT AV
CONDVIT DE L’VRINE APRES AVCVNES
CHAVDES-PISSES 2.
L’humeur virulent qui sort des
glandes prostates, et passe continuel-
’ Ces derniers mots, et meurent, sont les
seuls qui manquent dans l’édition de 1564 ;
ils n’ont été ajoutés qu’en 1585.
’ C’est le chapitre 7 du livre Des chaudcs-
pisses de 1564.
Alphonse Ferri avait publié dès 1553. à
Lyon, un livre spécial sur les carnosités:
De carunculâ sive callo quœ cervici vesiccc
lement par le canal de la verge, erode
par son acrimonie et vlcere en quel-
innascunlur liber. Il ne sera pas sans intérêt
de comparer la monographie italienne à la
monographie française , comme nous avons
fait pour le livre de Marianus Sanctus.
Ferri commence par une préface adressée
à Philippe Archintus. Après avoir donné
aux médecins ses ouvrages sur le Bois saint
(le gaiac) et sur les plaies d’arquebuses, il
s'est décidé à aborder ce nouveau sujet, re-
cueillant avec soin ce qu’il a pu apprendre
durant nombre d’années en professant pu-
bliquement la chirurgie, soit à Naples, soit
à Rome, ou faisant des leçons particulières
(i intrà privutos parietes ) , ou dans les argu-
mentations, ou enfin dans sa longue prati-
que. Il parait que le livre était achevé de-
puis cinq ans lorsqu’il fut livré à l’im-
pression, ce qui reporterait la date de sa
composition à 1548.
Il est divisé en 12 chapitres. Le chapi-
tre 1er est consacré à Y examen du col de la
vessie ; l’anatomie est faite d’après Galien;
il est donc inutile de s’y arrêter. Le chapi-
tre 2 recherche ce qu’il faut entendre par ca-
roncule ou callus ; c’est une maladie de mau-
vaise composition dans le canal de l’urine,
une sorte d’excroissance charnue siégeant
au col vésical, qui rétrécit la voie et peut
même amener la suppression de l’urine. Il
y en a de diverses espèces -.franche (sincera),
molle, dure, fongueuse, ou ronde, ou blanche
et calleuse, verruqueuse, poreuse, etc., avec
une induration tantôt profonde et tantôt
superficielle.
Le chapitre 3 traite des causes. Bien que
les caroncules puissent provenir ici, comme
dans toutes les autres parties du corps, par
le vice des quatre humeurs , le plus souvent
toutefois elles sont dues à un écoulement
de sanie durant depuis long-temps, et occa-
sionnant sans cesse l’excoriation, et enfin
l’ulcération du col de la vessie. Quant aux
causes de l’écoulement lui-même, Ferri les
range sous quatorze chefs, parmi lesquels
ceux-ci seulement méritent d’être cités :
l’arrêt et le développement d'un calcul dans
l’urètre ; — un abcès de la vessie ou de son
col; — la gonorrhée, et cette cause a ceci de
DK LA CROSSE VEROLLE.
5(15
ques endroits le conduit de la verge
des hommes, et aux femmes le col de
la matrice. Quelquefois en ces vlceres
s’engendre une chair superflue, ainsi
que nous voyons aduenir aux vlceres
extérieurs , laquelle empesche quel-
quesfois que la semence et l’vrine ne
passent aisément par leur voye ordi-
naire , dont aduiennent grands ac-
cidens. Parquoy faut diligemment
prendre garde ausdits vlceres, se met-
tant en tout deuoir de les guérir. Et
pour ce faire, conuient sçauoir en
premier lieu s’ils sont recents ou inue-
terés : à raison qu’ils sont d’autant
plus fascheux à guérir, que plus ils
sont vieils et anciens : car lors ils sont
plus durs et calleux , mesmes que la
pluspart desdites carnosités a ja pris
cicatrice.
CHAPITRE XXIV.
DES SIGNES DES CARNOSITÉS *.
Les carnosités sont conneuës par
la sonde qui ne peut passer librement
par le conduit de l’vrine, ains trouue
spécial, qu’elle peut ulcérer tout le canal de
l’urètre, et qu'ainsi les caroncules peuvent
occuper tout ce canal; — des plaies et des
fractures, etc. Pour édifier le lecteur sur les
causes que je passe sous silence, il suffira,
je pense, de mentionner un écoulement sa-
nieux descendant du foie ou du cerveau vers
les reins et la vessie, etc.
1 Reproduction littérale du chapitre 8 du
liure Des chaudes-pisses.
A. Ferri consacre son 4e chapitre aux
signes de la caroncule. Il s’attache d’abord
à ceux qui feront reconnaître les causes étu-
diées dans le chapitre précédent; quant à
autant de fois résistance qu’il y a de
carnosités : pareillement par la diffi-
culté que le patient a en vrinant. L’v-
rine sort grandement deliée, four-
chue, ou de trauers : quelquesfois ne
vient que goutte à goutte, auec gran-
des espreintes : de façon que le plus
soutient le patient voulant vriner, est
contraint d’aller à la selle , comme
ceux qui ont vne pierre dans la ves-
sie : d’auantage , apres auoir pissé,
demeure vne petite portion d’v-
rine derrière les carnosités ; aussi
fait la semence après le coït , en
sorte que le patient en tel cas est con-
traint de comprimer le haut de sa
verge pour faire sortir lesdites matiè-
res. Aucunesfois est aduenu à quel-
ques-vns vne entière suppression d’v-
rine, qui leur a causé vne telle exten-
sion de la vessie, qu’il en ensuiuoit
vne grande inflammation, et quelques
apostemes en diuers lieux : dont l’v-
rine regorgeant en haut, puis apres
sortoit par plusieurs endroits, sça-
uoir, à l’enuiron du siégé , par le pe-
rineum, les bourses , le penil, et les
aines , ainsi que i’ai veu à plusieurs ,
qui est vn mal du tout incurable.
ceux de l’affection elle-même, voici tout ce
qu’il se borne à dire :
« La preuve évidente de la présence d’une
caroncule éminente, c’est l’écoulement de
l’urine goutte à goutte, ou par un jet tor-
tueux ou beaucoup plus délié que de cou-
tume; mais le signe important pardessus
tous les autres se tire de l’introduction d’une
argalie, ou d’une sonde, ou d’un autre in-
strument; • avec leur aide en effet, on re-
connaît aisément qu’une chair excroissante
ou un callus ferme le passage à l’urine. »
Le chapitre de Paré est manifestement
bien supérieur.
56G
I,E SEIZIEME LIVRE
CHAPITRE XXV.
DV PIîOGNOSTIC DES CAP.NOSITÉS, ET DE
LA CVRE D'iCELLES1.
Lors qu’il y aura commencement
de carnosité, le plustost qu’il sera
possible la conuiendra curer : car
elle croistroit de iouren iour, et ne
sevoit aucunement guérissable par
nature. La suppression entière de
l’vrine, et les accidens cy dessus es-
crits, monslrent assez la difficulté de
sa guérison : ioint aussi que les re-
medes sont mal- aisés à y appliquer :
neantmoins te gouuernant tant en
general qu’en particulier ainsi que
nous t’enseignerons, tu pourras par-
uenir à la fin par toy prétendue.
Hippocrates dit que ceux qui ont
tubereule ou carnosité en la cauité
de là verge, sont guaris par la sup-
puration et éruption du pus 2:
Or le temps plus propre pour les
curer, est le printemps, et puis l’hy-
uer : toulesfois si la maladie presse ,
on n’aura esgard au temps. En faisant
la curation, le patient se doit garder
de l’acte venerien : car par iceluy les
reins, les vaisseaux spermatiques ,
glandes prostates, et toute la Verge,
s’enflent, eschauffent , et par consé-
quent attirent de toutes les parties
supérieures : dont aduient que sont
enuoyées plusieurs superfluités aux
parties blessées , qui empesclient la
guérison 3.
-ni fi,î i ’ t >•
1 Ce chapitre est formé des chapitres 9 et
10 du liuro Des chaudes-pisses ; le chapitre
9 comprenait seulement le premier paragra-
phe de celui-ci.
* Aphor. 82, liure 4. — A. P. — Cette
phrase a été intercalée en cet endroit en
1535.
s Les chapitres 5 et 6 de Ferri traitent des
Poursuiuant la curation desdites
cafnosités , il se conuient garder de
trop vser en la voye de l’vrine des
remedes acres et corrosifs : pour ce
que la sensibilité de ce conduit estant
par iceux offensée , pourroit estre
cause de grands accidents. Il ne faut
auoir peur si, de fois à autre, vient
quelque flux de sang desdiles carno-
silés : car c’est vne chose fort conue-
nable (s’euacuant une portion de la
matière coniointe)qui mesme soulage
la partie, et empesche le mal de gran-
dir, attendu que le sang est cause de
la carnosité. Pource n’aduenant de
soy mesme ledit flux de sang, ce sera
fort bien fait de te prouoquer discrè-
tement par la sonde *.
instruments et des soins préparatoires, nous y
reviendrons plus tard. Le 7e s’occupe du temps
d’élection; c’est le printemps d’abord ; puis
l’automne, puis l’hiver, et plus particulière-
ment les mois de mars, avril, mai, septem-
bre et octobre; et l’auteur ajoute, ce que
Paré a omis, que les lieux les plus secs sont
les plus favorables à la guérison. Quant aux
cas urgents, et à la nécessité de s’abstenir
du coït, Ferri en parle de la même manière
que Paré. t , i: : -i. i£|
I Ce précepte n’est pas jeté au hasard,
comme on le pourrait penser; Paré y in-
siste dans unenote marginale ainsi conçue :
II est bon de faire soutient saigner les car-
no sités.
Les chirurgiens modernes n’ont point
adopté cette manière devoir, et, sanss’ef-
frayer de ce petit écoulement de sang, ils se
gardent de le provoquer. Il y a une autre
assertion de Paré qui sera trouvée un peu
téméraire, savoir, que le printemps et l’hi-
ver sont les saisons les plus favorables au
traitement des rétrécissements. Si j’en ju-
geais par ma propre expérience, je dirais
précisément tout le contraire. « (*■
Au reste, Thierry de Héry avait consacré
quelques pages de son livre à l’histoire des
carnosités (223 à 22(1), et il est curieux de
DE LA GROSSE VEROLLE.
CHAPITRE XXYI.
CVRE PARTICVLIERE DES CARNOSITÉS
.
Si les carnosilés sont vieilles et cal-
leuses , il les faut amollir par fomen-
tations, cataplasmes, liniments, em-
plastres, et sulfumigations2. Geste fo-
mentation te seruira de forme :
voir comment il aborde le traitement géné-
ral.
« La curation d’icelles (carnositez), ius-
ques à présent, a esté estimée impossible,
faulte d’inuention et de bon iugement, en
ce que de soy elles ne sont incurables. Seu-
lement y a difficulté pour l’immission des
remedes : car pourcc qu’ilz doyuent estre
calheretiques,et erodents, pour laconsump-
tion d’icelles, et que les parties prochaines
sont d’aussi grand sentiment, il se fault bien
garder d’en vser : mais, au lieu d’iceulx,
faudra s’enquérir quelz médicaments ont
faculté de consumer ces carnositez sans éro-
sion deS autres parties : parquoy pour nos-
tre deuoir ie ne vetilx tenir caché ce que
par méthode et raison nous auons prati-
qué auec heureuse yssue.
» Fault donc premièrement considérer si
telles carnositez sont recentes,ou inueferées:
car estant inueterées elles seront plus en-
durcies, et quelquefois cicatrisées: qui gar-
dera que les médicaments ne puissent si
facilement operer. El pour la curation fault
premièrement préparer le corps, de paour
que par l'admotion des medicamens chaulx
ne s’excite émotion nouuelle... »
Puis il passe au traitement local, dont
Paré vas’occuper dans les chapitres suivants.
1 C’est le chapitre 1 1 du livre Des chaudes-
pisses.
Ferri a son chapitre 8, qui est intitulé :
Carunculam sive callum medicamenlis prœ-
mollienduin est; et il recommande comme
Paré des fomentations, des cataplasmes, des
emplastres, mais de plus des injections
émollientes. C’était d’ailleurs la méthode
générale, que l’on retrouve également dans
\igo et ailleurs.
567
2f. Rad. altheæ, et lilior. albor.,ana o- iiij-
P<ad. bryoniæ et fœnicuii ana g. fi .
Fol. mal. viol. par. et mercur. anam. fi.
Sem. lini, fœnug. ana 5. fi.
Caricas ping. nu. xij.
Flor. camom. melil. ana p.j.
Contundanlur contunclenda.incidantur, bul-
Iiant omnia in aqua coin., et liât folus
cum spongiis fœmellis et mollibus.
Du marc de la fomentation , tu
pourras faire vn cataplasme ainsi
qu’il s’ensuit :
Prædicta materialia colentur, pistentur
et passentur: adde,
Axung. porci, vng. basilic, ana g . ij.
Fiat cataplasma.
Tu vseras de ce cataplasme apres
la fomentation. Entre ladite fomen-
tation et application du cataplas-
me , lu pourras te scruir du Uniment
subséquent, ou d’autre à pareille
fin.
"if. Vng. dialtheæ Agrip. ana g.j. 1$.
OEsypi huinidi, et axung. huinanæ ana
5 • j-
Dutyri recenlis, olei lit. et camom. ana
5. vj.
Liquéfiant simul , addendo aquæ vitæ g . j.
Fiat linimentum.
Duquel tu frotteras par dehors
l’endroit où tu penses estre les car-
nosités. Tu y pourras aussi appliquer
emplastres tendans à ce mesme but ,
que tu ordonneras ainsi que verras
estre bon de faire : mais si tu te veux
contenter de l’emplastre de de Vigo
cum mermrio, tu le pourras faire : car
ie t’asseure qu’il emporte l’honneur
sur tous autres pour remollir et deu
gaster telles duretés , pourueu qu’il
soit fidèlement dispensé i.
' Thierry recommande également d’amol-
lir les carnositez intérieurement auecinieelions
émollientes, auxquelles il joint des fomenta-
568
LE SEIZIÈME LIVRE
A cette mesme intention , tu pour-
ras user de la suffumigation et
euaporation qui s’ensuit. Il te faut
prendre vn morceau d’vne meulle de
moulin (car nous vsons de cette pierre
au lieu de celle que les anciens ont
nommé Pyrites) ou grosses bricques ,
et les ayant bien eschauffées dans le
feu , les mettras dans vn bassin de
cuiure ou vn petit chauderon sous
vne chaire percée : puis le malade es-
tant assis sur icelle, comme s’il vou-
loit aller à ses affaires , tu verseras
sur lesdites pierres de bon vinaigre,
et de l’eau de vie meslée ensemblé-
ment p r parties égalés : et garniras
ladite chaire si bien à l’entour, que la
vapeur ne se perde , ains qu’elle soit
portée droit contre le mal. Pour en-
cores mieux faire, tu pourras vser de
ce tonneau, dedans lequel le patient
sera nud , et assis au milieu sur vn
ais pertuisé à l’endroit des parties gé-
nitales. Puis y aura vn chauderon
entre ses iambes, où l’on posera les
pierres escbaufTées : et par la petite
fenestre marquée B, tu arroseras les-
dites pierres de la liqueur susdite , la
fumée de laquelle le patient receura
commodément sur la partie atfectée.
Mais il faut que ledit patient soit bien
clos et couuert dedans le tonneau ,
marqué A, de peur que la vapeur ne
lions, des bains locaux, et des embrocations
de même nature. Il n’oublie pas non plus
les emplastres, entr'aulres celuy de Vigo est
excellent ou de Pltilagria : et continuera cecy
iusques à l'emollilion desdictes carnositez , afin
de les réduire à la raison et qualité des recentes.
Jusque là, Paré ne s’écarte pas de la pra-
tique de Thierry; mais, après avoir ramolli
les carnosités, celui-ci fait usage en injec-
tion d’une eau distillée légèrement exci-
tante, tandis que Paré passe immédiatement
à un traitement plus actif, comme on le
verra dans le chapitre suivant.
se perde: et que la petite fenestre soit
pareillement bien close.
Tonneau propre pour receuoirvne fumigation.
Telle euaporation pénétré , incise ,
discute, liquéfié, mollit et résout
grandement toutes duretés scirrheu-
ses , tesmoin Galien 2. à Glaucon ‘.
CHAPITRE XXVII.
DE QVELS REMEDES FAVT VSER SI LES
DITES CARNOSITÉS TIENNENT DE LA
VEROLLE, ENSEMBLE DE LEVR CVRE2.
Mais s’il y a soupçon que lesdites
duretés et carnosités soient causées
de quelque humeur tenant de la ve-
rolle, il faut que le malade face diete,
et vse de décoction de gaiac, luy
1 Au 2' liv. à Glauc. traitant de la cura-
tion des scirrbes, ch. 5. — A. P.
' Ce chapitre est formé de la réunion de
deux chapitres du livre Des chaudes-pisses :
le 12', intitulé : De quelz remedes il faut vser
si lesdittes carnosilez tiennent de la vérole;
DR LA GROSSE VEROLLE.
frottant les aines, tout le perineum
et la verge d’vn onguent propre à la
verolle : car autrement on perdroil
sa peine et son temps1. Pendant qu’il
sera en sueur, on luy fera tenir entre
ses iambes vne bouteille remplie
d’eau bouillante , ou vne brique
chaude, et bien enueloppée de linges
arrousés en vinaigre et eau de vie :
poui'ce qu’au moyen de ces pierres,
s’esleuera vne vapeur et chaleur qui ,
auec l’onguent de verolle , amollira
et fondra l’humeur causant lesdites
carnosités : ce que i’ay pratiqué en
plusieurs auec tres-bonne issue'2.
Apres auoir par ces moyens ainsi
amolli lesdites carnosités, il les faut
consumer auec remedes qui ont puis-
sance de ce faire.
Et si on connoist qu’elles soient
calleuses et ayent pris cicatrice (qui
sera aisé à voir, parce que d’elles ne
sortira aucune humidité superflue)
alors les conuient escorcher et rom-
pre, auec vne sonde ou verge de
plomb ayant, vn doigt près de son
extrémité, plusieurs aspérités comme
vne lime ronde : et l’ayant passée
dans la verge outre les carnosités ,
le patient ou le chirurgien la tirera,
repoussera et retournera de costé
et d’autre tant de fois qu’il verra à
son aduis estre necessaire pour com-
5f>9
minuer lesdites carnosités , laissant
fluer apres assez bonne quantité de
sang , à fin de descharger la partie.
On pourra aussi vser de quelques
sondes propres pour tel effet, dedans
lesquelles y aura vn fi! d’argent , et à
l’extremité d’iceluy vne petite ron-
deur qui sera tranchante et caue vers
le bout de la sonde , à fin qu elle se
ioigne contre, pour la mettre sans
violence dedans la verge , à l’endroit
des carnosités : et lors on poussera la-
dite verge de contre la sonde , tant et
si peu que l’on voudra : car l’ayant
ainsi poussée, on la relire tant de fois
qu’on veut. Ce faisant, on pince et
comminue de ladite carnosilé tant
qu’il semble estre bon pour vne fois,
le te puis asseurer que i’en ay fait de
belles cures 3.
La cannule merquée a est sembla-
blement vtilepour tel effet. Son vsage
est tel: Il la faut mettre en la verge ,
et ses ouuertures merquéesfr. b. ser-
uent pour couper et comminuer les
carnosités, lorsqu’elles sont posées
dedans, parce qu’elles sont tranchan-
tes : et alors on doit tourner la can-
nule, et comprimer des doigts l’en-
droit de la verge où sont les carnosités.
Sondes et cannules propres à couper et
comminuer les carnosités.
et le 13e, Comment il faut procéder à la cu-
ration desditles carnosités lorsqu’elles sont mol-
lijiees. Le texte est demeuré presque entière-
ment le même, à part un passage qui sera
signalé plus loin.
1 Ferri s’est également occupé de la com-
plication de vérole dans son chapitre 6, trai-
tant des soins préparatoires; mais il se borne
à l’administration du gaiac, sans employer
les frictions.
’ Ce paragraphe constituait le chapitre 12
du liure Des chaudes pisses-, le reste formait
le chapitre 13.
3 M. Desruelles a ressuscité, dans ces der-
LE SEIZIÈME LIVRE,
570
Apres faudra vser de la poudre
suiuante, laquelle est prompte à
consumer lesdites carnosités et ex-
croissances de chair és parties hon-
teuses , tant à l’homme qu’à la
femme, sa ns notable douleur :
1 I
il. Herbæ sabinæ in vmbra exsiccatæ 3. ij.
Ochræ anlimonij, tulhiæ præparat. aiia
3. D.
Fiat puluis subtilis, vt alcohol.
Il faut appliquer ladite poudre
auec la susdite cannule , et auec vne
verge d’argent (qui sera de la pro-
portion de la cauité de ladite cannule)
au bout de laquelle tu auras lié vne
petite piece de linge délié : et ladite
cannule estant mise la fenestre con-
tre-mont, à On que ladite poudre ne
tombe au conduit de l’vrine , tu ad-
dresseras ladite fenestre sur la car-
nosifé : car en poussant auec ladite
verge , lu pousseras hors de ladite
cannule la poudre : puis apres tu
retireras ladite cannule, ayant re-
tourné la fenestre de l’autre part de
la carnosité, à fin de ne rapporter en
ladite fenestre la poudre : ains qu’elle
demeure sur la carnosité le plus long
temps qu’il sera possible. Et s’il sur-
uient grande douleur, il conuient
vser de l’iniection suiuante , pour
adoucir la douleur et fuir l’inllam-
mation :
2 £. Succor. portul. plantag. solani et scm-
peruiui ana •§ . R.
Albumina ouor. numer. vj.
Agitentur diu in mortario plumbeo.
Et tiede sera ietté en la verge par
vne seringue. Tu pourras au lieu de
cesle cy vser de l’iniection que nous
auons cy deuant escrite au chapitre
De la cure particulière de la chaude-
pisse. Il sera besoin aussi mettre par
dehors, au long des parties génitales,
quelques remedes repercussifs pour
empescher la douleur et inflamma-
tion.
On peut pareillement vserde reme-
des qui ont faculté de diminuer et
consumer les carnosités , entre les-
quels les suiuans sont fort excel-
lons
niers temps , la lime de Paré, et il a bien
voulu l’appliquer sur un de mes malades à
l’hôpital des Vénériens, où je faisais le ser-
vice de M. Cullerier. La lime joua dans l’u-
rètre sans causer la moindre douleur au
malade; mais il fut pris dans la soirée d’un
accès de fièvre intermittente, qui, à la vé-
rité, céda très facilement au sulfate de ki-
nine. Le rétrécissement sembla diminuer
pendant quelques jours; mais il revint en-
suite à son premier état, et il fallut le trai-
ter par la dilatation. Toutefois, M. Desruel-
les a obtenu de nombreux et notables succès
de l’emploi de la lime qu’il appelle râpe, et
qu’il conduit dans une canule appelée por-
te-râpe.
Quant aux sondes tranchantes, qui pa-
raissent également de l’invention de Paré,
on leur reconnaîtra une grande analogie
avec quelques uns des urétrotomes de
M. Amussat.
2 C. Viridis æris, auripigmenti , vitrioli Ro-
mani, aluminis rochæ ana g , ij.
Toutes ces choses soient infuses en très-
fort vinaigre, e! entre deux pierres de
marbre soient diligemment menées et
réduites en poudre tres-subtile, et puis
soient mises au soleil d’esté. De rechef
ces choses ainsi seichées soient encore
infuses de vinaigre , et menées comme
deuant , iusques à ce qu’il n’y ait au-
1 Jusqu’ici le texte est celui de l’édition de
15G4 ; mais les formules et les remarques qui
suivent jusqu’au paragraphe : On peut aussi
vser d’autres chandelles, etc., sont d’une date
plus récente, et ont été changées ou ajoutées
en diverses fois. Voici d’abord la rédaction
primitive de 1664:
« On peut pareillement vser de remedes
qui ont faculté de diminuer et consu-
DE LA GROSSE VEROLLE.
cune aspérité : et de rechef les mettre
au soleil, iusques à ce qu’elles viennent
en subtile poudre, et que toute l’acri-
monie de ces mcdicamens soit esteinte,
ce qui pourra se faire en huit iours.
Cela fait,
If. Olei rosacei g . iiij.
Litharg. g . ij.
Soient cuites au feu iusques à ce que
l’pm piastre acquière consistence de
corps ferme : puisostc du feu,
Adioustez de la poudre prédite g . ij.
Et soit meslée auec l’espatule , et
mer les carnositez , entre lesquels les sui-
uants sont fort excellents.
If. Tuthiæ preparatæ, 5. vj.
Antim. 3. iij.
Trochiscorum albi Rhasis, camphor. 3. j.
Cort. granatorum, aluminis vsti ana
3. G .
Spongiæ vstæ 9. ij.
«Puluerisentur omnia subtilissimè vt alcool.
Postea.
if. Vnguent. diapompholigos et albi Rhasis
ana 3. ij.
»Misceanturcum predictis puluer. in morta-
rio plumbeo, et diu agitentur.
»Cest vnguent s’appliquera auec vne pe-
tite chandelle de cire ou sonde entortillée
d’vn linge bien délié, lequel demeurera
dans la verge en tournant la sonde ou chan-
delle d’autre sens qu’elle aura esté entortillée
et couuerle : puis retireras ledit linge par
vn bout qui passera la verge, et verras à
l’endroit où ledit linge couuert d’vnguent
toueboit la carnosité l'operation du remede.
On peut aussi vser d’autres chandelles de
cire, etc. »
L’édition de 1579 conserva ce texte, et
ajouta seulement, avant la formule primi-
tive, celle des chirurgiens de Montpellier,
que Paré avait sans doute recueillie dans
son voyage en Provence. Enfin , en 1585, il
retrancha tout-à-fait le texte de 1564, et y
substitua celui qu’on lit aujourd’hui.
Au reste, toute cette histoire descarnosi-
tés est vraiment très remarquable, surtout si
l’on considère le peu de progrès que l’art avai t
571
mis sur le feu , iusques à ce que le
médicament acquière dureté , tant
faits jusqu’alors. Nous y avons signalé de
frappantes analogiesavec quelques procédés
modernes; l’introduction des poudres calhé-
rétiques, l’emploi des sondes de plomb , 'les
plus grosse s quele palient pourra enduref (voir
le chapitre 28), semblent recéler comme en
germe les procédés de MM. Jobert et Mayor.
Jetons maintenant un coup d’œil sur ce que
Paré avait pu emprunter à ses devanciers et
à ses contemporains.
J’ai montré dans mon introduction que
les bougies de cire étaient connues et em-
ployées dès le xvc siècle; et nous verrons
à l’époque suivante leur usage devenu pres-
que général.
11 faut dire cependant que Jean de Vigo
ne paraît pas les avoir connues. Il se borne,
dans les cas de rétention d’urine, soit par
excroissance du col , soit par toute autre
cause, à introduire des sondes ordinaires, et
à faire des injections détersives dans la ves-
sie. « Et parce moyen, ajoute-t-il, enauons
guéri plusieurs tant à Germes comme à Homme
a nosire honneur ela futilité despatienis.» Liv.
des Additions, ch. 28, trad. deNicolas Godin,
édit, citée, pag. 436.
Marianus Sanctus avait abordé l’histoire
des rétrécissements à la fin de son livre De
lapide remua et vesicœ ; et , chose assez re-
marquable, il semble n’avoir eu en vue que
le rétrécissement spasmodique, qu’il désigne
d’une manière très précise,
« Fréquemment, par un refroidissement,
les musclessont tellement resserrés, que non
seulement ils retiennent l’urine, mais qu’ils
empêchent la sonde de passer ; et les dou-
leurs, suite de la rétention d’urine, devien-
nent assez fortes pour déterminer la mort.
Pour éviter un pareil malheur, il faut les
dilater avec un instrument introduit dans
le canal de la verge; car à l’instant le ma-
lade urinera et sera sauvé. Je donne à cet
instrument le nom de bec arqué, rostrum ar~
cuaturn, pour sa ressemblance avec le bec de
l’animal que les "Vénitiens appellent arqué ,
arcuatum, et qu’à raison du son de sa voix
nous appelons terlinum. Sa longueurdoit être
LE SEIZIÈME LIVRE
qu’vne chandelle de cire, ou verge de
plomb y tienne, et s’y puisse bien
égale à celle de la verge , afin qu’il opère la
dilatation jusqu’au col de la vessie, si quel-
quefois cela devient nécessaire.
»Et si le malade était sujet aux récidives
de cette cruelle affection , qu’il se soumette
sans délai à notre extraction dorée et sûre
et salutaire, avant l’apparition des plus gra-
ves accidents , qui compromettraient non
seulement le succès de l’opération, mais la
vie même du malade. C’est pourquoi qu’il
soit hardi et sans aucune crainte, laissant là
les belles paroles des physiciens qui, en lui
conseillant d’éviter le danger, le condamne-
raient à une souffrance perpétuelle; pourvu
toutefois qu’il tâche de trouver un opérateur
diligent et instruit de notre méthode d’ex-
traction. »
L’instrument est figuré sous le titre de
Terlinum ; c’est une sorte de bec de grue
allongé qui a quelque ressemblance avec
celui de la page 18C de ce volume, mais à
manches plus courts et à branches plus lon-
gues, effilé de manière que les deux bran-
ches réunies figurent une petite sonde, et
courbé à peu près comme les sondes ordi-
naires. Peut-être ne mérite-t-il pas tout-à-
l'ait l’oubli dans lequel il est tombé , ou du
moins pourrait-il donner l’idée d'une dila-
tation du même genre à la fois simple et ef-
ficace. Je ne sache pas qu’aucun chirurgien
s’en soit servi ou même en ait fait mention
après Marianus. Ce qu’il faut encore noter
dans le passage que nous avons traduit, c’est
l’application de son procédé de taille, qui ,
dans le cas de simple rétrécissement , se ré-
duit à la boutonnière, et nous donne l’ori-
gine de cette opération que l’on ne faisait
pas remonter si loin.
L’ordre des dates nous conduit à Thierry
de Héry, dont l’ouvrage parut un an avant
celui d’Alphonse Ferri. Je transcrirai tout le
paragraphe où Thierry parle de l’emploi des
instruments.
« Aussi ay ie trouué bon de leur mettre
quelquefois vne chandelle de cire, ou soit
inséré la vertu de Sabina, la faisant tremper
en la décoction d’icelle, et aucunes fois ma-
laxant la pouldre d’icelle auec la chandelle
adhérer, et que mesme ne tombe es-
tant maniée des doigts : et de ce re-
susdicte. Pareillement leur ay fait vne tante
de plomb en forme d’algarie , laquelle i’ay
frotté d’argent vif, qui en tel cas a grand
efficace, continuant à l’enuiron du lieu de
lacarnosité l’emplastre deVigo, iusquesà la
consumption d’elle. Ce faict, on doibt y pro-
céder auec remedes fort astringents et cica-
trisalifz tant par les iniections susdictcs et
fomentations qu’emplastres extérieurement
appliquez. »Uav. cil., pag. 226.
Voilà les bougies de cire revenues en hon-
neur, et aidées des bougies de plomb. Mais
nul autre auteur ne nous donne à cet égard
autant de détails qu’Alphonse Ferri; son
chapitre 5 mérited’abord d’être traduitpres-
que en entier.
Des sondesou instruments dont il faut se servir
dans lu cure delà maladie. — chapitre v.
« 11 y a plusieurs espèces de sondes ou
d’argalies, et d’autres qui peuvent les rem-
placer. Ainsi nous avons d’abord les tiges ou
les turions de mauve, de persil, de fenouil,
ou d’herbes semblables, pourvues d’une lon-
gueur et d’une solidité suffisantes, avec les
quelles nous pouvons sans inconvénient pro-
céder à la recherche et même à la rupture
des caroncules. Viennent ensuite les bougies
oblongues et un peu épaisses, mais auxquel-
les l’art et l’usage donnent la mollesse dési-
rable; le plus souvent fabriquées avec la
cire blanche, quelquefois aussi avec la cire
jaune ou verte , mêlée à une petite portion
de vert de gris, œruginis rasœ. Le vert de gris
en effet est un puissant détersif, très pro-
pre pour la cure des caroncules. On peut le
remplacer par quelque autre médicament
détersif ou agglutinatif, comme nous le di-
rons plus bas. On aura encore des sondes
assez convenables en les fabriquant avec une
verge de plomb arrondie et flexible, de l’é-
paisseur et de la longueur qui paraîtront le
plus commodes pour pénétrer dans l’urètre
et en sortir facilement; et il en faut d’un ca-
libre plus faible ou plus fort, selon l’étroi-
tesse du canal. Quand il s’agit de rompre la
caroncule, il les faut plus épaisses; et plus
minces si c’est seulement pour tenir lieu de
DE LA. GROSSE VEROLLE.
mede vsent les chirurgiens de Mont-
pellier.
bougies; il faudra aussi enduire l’extrémité
qui doit pénétrer dans l’urètre de quelques
uns des médicaments que nous dirons. On
peut en faire de la même manière en or, en
argent , ou de tout autre métal semblable.
Les argalies faites d’après les mêmes règles
et de la même matière, doivent être arron-
dies et polies à leur extrémité, et partout uni-
formes, pour pouvoir être introduites plus
facilement, et couper et détruire la caron-
cule. »
Malgré la tournure de la dernière phrase,
il parait bien que Ferri n’établit aucune dis-
tinction entre les sondes et les argalies.
Voyons maintenant comment il règle leur
usage, aussi bien que celui des bougies.
Au chapitre 8, où il traite des moyens d’a-
mollir la caroncule, après des lotions et des
injections émollientes, il veut qu’on intro-
duise une bougie ointe de beurre de vache ou
de buffle, ou d'huile d'amandes douces, ou de
sésame, ou d'huile commune, ou de graisse d’oie
ou de canard.
Au chapitre 9 il s’agit des médicaments pro-
pres à enlever la caroncule. Le chirurgien,
ayant choisi une bougie de la longueur et de
l’épaisseur convenables, en enduira l’extré-
mité, dans l’étendue d’un travers de doigt,
de l’un des médicaments dont les formules
vont suivre. Mais il faut qu’il ait toujours
cette précaution devant les yeux, de ne ja-
mais employer des remèdes corrosifs à l’état
liquide ou a l’état mou, parce que leur ac-
tion s’étendrait sur les parties saines; et la
texture du canal est si molle qu’elle n’y ré-
sisterait pas. Donc il faut une composition
assez solide pour pouvoir être portée sur la
caroncule , sans affecter aucune partie en
passant. On peut pour cela mêler le médi-
cament actif avec quelques emplâtres, com-
me le cérat de mucilage, le diachylon , le
cérat de céruse, l’emplâtre de litharge, celui
de minium, etc. Si le mélange est trop dur,
on l’amollira avec un peu d’huile ou de
graisse de poule.
Les remèdes actifs sont de plusieurs de-
grés. La poudre la plus faible est composée
d’alun et de poudres d’écorce de racine de
573
Apres la suppuration de la carno-
sité , on vsera de l’onguent suiuant,
grenadier; on la mêle avec le cérat de céruse.
Une composition déjà plus forte se fait
avec du sel commun, du sel gemme, du vert-
de-gris, et des sucs végétaux, tels que le suc
de la scille , le lait de figuier , etc. Je me
borne à cet exemple ; Ferri ajoute à la suite
cinq ou six formules du même genre.
«Mais il faut, dans l’emploi des médica-
ments caustiques, faire attention à unechose:
c’est que plus la caroncule est ancienne, et
plus elle est difficile à guérir. En consé-
quence, lorsque les moyens les plus doux
ont échoué, il faut en essayer de plus loris.
Et s’ils ne paraissent pas suffisants pour dé-
truire la caroncule, à raison de sa dureté
calleuse, il faut avoir recours à une argalie
ou une sonde bien piquante et tranchante,
argalia vel specillo bene perforantibus el in
cidentibus, pour pénétrer plus aisément; et
il n’y a pas lieu de s’eff rayer de l’eff usion de
sang produite par ces instruments;, c’est en
effet une circonstance très salutaire, pourvu
que le sang vienne de la caroncule et non
d’ailleurs ; ce qu’il est bien facile de recon-
naître, puisqu’on peut toujours sentir si le
bout de l’argalie ou de la sonde est arrêté
par la caroncule. Et dans ce cas, l’opération
réussit à merveille.
» J’ai vu plusieurs sujets guéris par le seul
emploi de la sonde ou de l’argalie, lors-
qu’elles avaient traversé cette caroncule.
L’urine alors en passant, par sa vertu dé-
tersive et dessiccative , amène la cicatrisa-
tion sans aucun secours de l’art.
» Mais si la malignité de la maladie résis-
tait à ces moyens, il faudrait en venir aux
plus violents ; par exemple à un médicament
composé de chaux vive el d’arsenic rouge ma-
cérés durant un jour dans du vinaigre, de cha-
que demi-drachme , mêlée avec une demi-
once de cérat de mucilage. »
Je me borne également à cette formule,
que Ferri fait suivre de quatre autres de
même espèce. Ainsi l’on voit que la dilata-
tion simple, employée par Vigo et Marianus,
fiait alois négligée, sans doute commetrop
laible; et que les méthodes en vigueur étaient
la cautérisation et la section des rétrécisse-
LE SEIZIEME LIVRE,
574
qui a puissance de les mondifler, et
consumer la chair excroissante.
ments. Ici le chirurgien italien a manifeste-
ment la priorité sur A. Paré; et l’identité de
cette remarque sur l’innocuité de l’écoule-
ment sanguin provenant des carnosités mê-
mes, semble attester que notre auteur avait
quelque connaissance du Livre d’Alphonse
Ferri.
Reste maintenant à examiner ce qu’a écrit
de la même affection Arnatus Lusitanus.
Dans sa 4e centurie, obs. 19, il raconte
qu’il traita de cette affection à Rome, où il
avait été appelé, en 1550, par le pape Ju-
les III, le docteur Castelli. Il commença par
lui introduire dans l’urètre une tige d’ail
ointe d’huile d’amandes douces ; ce premier
moyen ayant échoué, il se servit d’une bou-
gie de cire qui se plia dans l’urètre; enfin il
franchit les caroncules avec un cathéter,
non sans écoulement desang. Pour procéder
à leur destruction, il avait vingt bougies fa-
briquées avec la cire blanche et un peu de
térébenthine, de la longueur de douze tra-
vers de doigt, d’un calibre proportionné au
canal de l’urètre ; et de plus trois à quatre
bougies de plomb de même calibre. Il Gt à
deux bougies de cire une rainure circulaire
semblable à celle que portent les fuseaux
pour arrêter le fil ; remplit cette rainure
d’un emplâtre dont il donne la composition,
et qui devait être fortement cathérétiquc ;
introduisit une de ces bougies dans le canal,
et la Gt porter constamment durant six ou
huit jours, en la changeant tous les jours.
Cependant le malade devait la retirer pour
uriner, à la condition de la réintroduire
aussitôt après. Le jet de l’urine rétabli, du-
rant les huit jours suivants, on ne mit dans
l’urètre qu’une bougie un peu plus grosse,
mais sèche et sans médicament ; après quoi,
l’on en vint à des injections détersives ; et au
bout d’un mois le malade fut guéri.
Après Castelli, l’auteurcite comme traités
et guéris de la même manière un certain
Gauthier et un homme de Cbio, et il dit en
avoir traité plusieurs autres.
D’où lui venait ce mode de traitement?
c’est ce qu’il explique dans la Scholie à la
suitode l’observation.
« Lacuna , dit-il , homme d’un grand nom
Onguent polit- les carnosités.
Prenez ceruse de Venise § . iij.
Camphre 5 . j.
Tulhie préparée auec eau rose § . fi .
Litharge d’or lauée 3. vj.
Antimoine cru, subtilement puluerisé et
passé par le cicôtrin 5 . j.
Trochisques blancs de Rhasis 3. ij.
Mastic, oliban, aloës, hepatic subtile-
ment puluerisés, ana 3. ij.
Huile rosat tant qu’il sufGse pour faire
onguçnj,. .
Il faut broyer tout en vn mortier
de plomb , auec vn pilon aussi de
plomb , et qu’il soit long temps
• i« .i . 1. . 1 11 n 1. h.' 1 .
en médecine , a publié à Rome il y a trois
ans (le livre de Lacuna avait été publié en
1551, ce qui reporte à 1554 la rédaction de
cette centurie qui ne parut Cependant que plus
tard) un petit livre dans lequel i! décerne des
éloges divins à cette decouverte de l’extir-
pation des caroncules , et l’attribue â un cer-
j tain Philippe que j’ai particuliérement
! connu. Et comme Lacuna est à l’égard de
j ses amis d’une remarquable candeur , il ra-
conte qu’il a appris cette méthode de Phi-
| lippe, et la décrit tout comme il l’a reçue, ne
voulant pas, autant que j’en puis juger, pas-
ser pour avoir mis du sien dans Une œuvre
étrangère. En conséquence je dirai qu’il y a
dans ce traitement plusieurs ebosès que j'ai
dû médiler et modifier , et que j’ai à reven-
diquer d’avoir d’abord corrigé celte pratique,
savoir , qu’après avoir extirpé et détruit les
caroncules dans l’espace de 6 ou 8 jours , à
l’instant et sans autre délai , ils passaient à
l’injection d’un collyre détersif. »
Suit la formule du collyre de Philippe,
qu’Amatus trouve très bon, mais qu’il ne
veut pas qu’on applique sitôt ; sa grande
modiücation consiste donc, ainsi qu’on l’a
vu, à faire suivre l'emploi des bougies cm-
plastiques de celui des bougies simples, pen-
dant six jours. Plus loin il revient à l’inven-
tion de la méthode même:
« Pour ce qui regarde la découverte, je
voudrais que Philippe lui-même, que j’ai
appris exercer maintenant à Damas , fût ici
présent: il avouerait franchement de qui il
l’a reçue, car il n’est ni méchant ni ingrat. 11
était venu à Lisbonne à peu près à l’époque
DE LA GROSSE VEROLLE.
broyé : se donnant garde de le faire
en vn mortier de bronze, ou autre
metail , de peur qu’il n’acquiere vne
acrimonie, et ne cause inflammation
ou autres accidens qui pourroient
arriuer, comme on a veu. De cest on-
guent en oindrez la candellette enui-
ron deux trauers de doigt , et le reste
sera oint de l’onguent suiuant.
Prenez onguent rosat de Galien, laué en
eau rose, onguent blanc de Rhasis, cam-
phre et pommade simple ana § . G .
Incorporez ensemble dans le susdit
où l’empereur s’empara de Tunis (en 1535)
pour me demander un service ; car, ainsi que
tout le monde sait, c’est un chirurgien plus
remarquable par son expérience des choses
que par la lecture des auteurs; et je me sou-
viens qu’il me dit qu’il était arrivé en cette
ville , d’un pays voisin , un malade assez
riche qui souffrait d'un suintement d’urine,
et suivant son avis d’un calcul de la vessie;
il me priait donc instamment de le voir. J’y
allai, et je trouvai un jeune homme de
25 ans, qui avait fait plusieurs campagnes
en Afrique et dans l’Inde , et qui, intempé-
rant comme la plupart des militaires, avait
attrapé le mal français, avec un écoulement
de semence qui lui avait duré deux ans en-
tiers. (Il convient de noter ici que pour
Amatus la gonorrhée et l’écoulement de se-
mence sont la même chose ; gonorrheum ,
dit-il quelques pages auparavant, hoc eut
seminis pro/luvium ). Il était cependant d’une
constitution robuste et toute guerrière , en
sorte qu’il me vint en idée qu’il n'avait point
de pierre; car cette autre allection atroce
débilite les forces, amène la pâleur, et
apporte avec elle comme un dégoût de la
vie; elle ad’aillcurs d’autres symptômes qui
la font distinguer des caroncules. Présumant
donc ce qui était en effet, à l’aide d’une tige
d’ail et des autres bougies dont j’ai parlé,
je reconnus facilement qu’il avait des caron-
cules dans l’urètre , et ayant recours aux
moyens dont plus tard Philippe se servit à
Rome avec tant d’honneur et de profif, je
rendis promptement notre jeune homme à
la santé. Je ne veux point accuser Philippe
575
mortier de plomb, et en vsez par in-
terualle pour oster la cuisseur.
Pareillement on fera iniection de
laict.
Faut noter qu’en l’application dudit
onguent , il ne faut vser de bougies
ordinairement, comme aucuns, les-
quels apres auoir pissé, prompte-
ment en remettent d’autres, pensans
bien faire : parce que le plus souuent
il s’en ensuit tumeur en la verge, et
inflammation , qui contraint le chi-
rurgien de différer l’vsage : et parlant
d’ingratitude; je regrette seulement que
près de plusieurs personnages illustres en
médecine, comme près de Lacuna, cet autre
Galien de l’Espagne, il se soit attribué
toute la découverte, façon d’agir impudente
en vérité, et pour dire le mot, ingrate; car
j’avais eu pour témoins de cette cure des
hommes très savants et d’une grande au-
torité dans leur pays , Louis Munius de
Coimbre, George Henri de Lisbonne,
célèbres médecins et philosophes, et Manuel
Lindus, astronome renommé. Et pour 11e
pas être accusé à mon tour de la même faute
que Philippe, je dirai que quand j’étais a
Salamanque, j’avais appris cette méthode
d’Aldercte, médecin fort célèbre et mon très
savant maître , ainsi que beaucoup d'autres
connaissances précieuses et que j’estime
moi-même de la plus haute valeur. »
Tel est le récit d’Amatus, et c’est ainsi
qu’Alderete a passé jusqu’à présent pour
l’inventeur des bougies en cire. Or nous les
avons vues mentionner dès le xv1' siècle par
Guainer, qui ne s’en donnait pas lui-même
comme l’inventeur; et au milieu du
xvie siècle, leur emploi simultané par
Thierry de Héry qui était revenu d’Italie
avant 1540, et par A. Ferri qui écrivait en
1548, avant la publication du livre de
Lacuna, prouve assez que l’usage s’en était
conservé ailleurs qu’à Salamanque , et que
c’était là une de ces découvertes faites de-
puis long-temps comme le grand appareil ,
et que l’on a attribuées trop facilement au
premier écrivain qui s’en est donné comme
l’inventeur.
O76 LE SEIZIEME LIVRE,
ie me contente d’en vser vne fois en
vingt quatre heures , spécialement la
nuit. Et pour mieux faire et abréger
la cure , il est besoin de faire sor-
tir du sang de la carnosité auec vne
sonde, à fin de descharger la partie,
et aussi que le médicament puisse
plus librement faire son operation.
On peut aussi vser d’autres chan-
delles de cire, dont la meiche sera
faite expies de fil bien fort et délié ,
de peur qu’elles ne se rompent : mais
il faut qu'à l’endroit qu’elles louche-
ront lesdites carnosités, elles soient
formées et embouties de la composi-
tion qui s’ensuit :
if.. Emplastri nigri vel diachylonis ireati
0- >j-
Pul. sab. ochræ.vitrioli Romani calcinât,
pul. mercur. ana 5. fi.
Omnia liquescant simul ad vsum dicturn.
Ledit remede sera augmenté de ses
forces, ou diminué, selon que le chi-
rurgien connoistra eslre necessaire.
Pendant que l'on vsera des susdits
remedes , faut soigner que le malade
secoué bien sa verge , et qu’il s’ef-
force qu'il ne demeure pas vne goutte
d’vrine au conduit apres qu il aura
pissé : car il n’en sauroit demeurer
si peu qu’il n’empeschasl l’action des
susdits remedes.
CHAPITRE XX VIII.
DES REMEDES CONVENABLES POVR CICA-
TRISER LES VLCERES APRES L’ABLATION
DES CARNOSITÉS1.
Apres que par ces remedes la car-
nosité sera consumée, ce qu’on peut
1 Ceci est le chapitre 14 et dernier du li-
connoistre quand ie patient pissera li-
brement et à l’aise , et aussi gros qu’il
vrc Des chaudes-pisses de l’édition de 15(14.
Le chapitre 10 d’A. Ferri est consacré
au même sujet que celui-ci, et porte à peu
près le même tilre ; Quâralione intentas par-
les exulceralœ atque injlummatæ cnrentur
posi carunculœ dimimuionem. C’est un amas
de formules pour lotions, emplâtres, on-
guents, injections, etc., qu’il serait fasti-
dieux même d’analyser.
Le chapitre 11 a pour titre : Quibusme-
dicameniis abscessibus, phlegmonis, et erysipe-
laiis scron succuralur ; autre amas de for-
mules entassées avec une abondance inta-
rissable. Je remarquerai seulement que
Paré n’en a pas emprunté une seule; ce qui
n’empêche pas notre bon chirurgien d’offrir
aussi en ce genre une remarquable fécon-
dité.
Enfin le dernier chapitre touche à une
question oubliée par Paré, et qui a pour-
tant une haute importance : Quâ raiione
sanati conservenlw. Ferri insiste sur l’im-
minence des récidives; et, pour les éviter,
il conseille d’abord un régime de vie con.c-
nable, l’abstinence du coït, et puis son re-
mède universel, le gaïae. Pour maintenir le
canal dilaté, il veut qu’on introduise une
bougie simple ou enduite de quelque médi-
cament selon le besoin, autant de fois qu'il
sera necessaire.
L'expérience moderne n’a pas été plus
loin.
Enfin Amalus Lusitanus rapporte une ob-
servation curieuse qui complète en quelque
sorte l’histoire des bougies au xvie siècle.
Un malade atteint de caroncules avait soin
de se tenir l’urètre dilaté avec des bougies
de cire blanche ; mais comme il ne les rete-
nait pas au-dchors avec un fil, ou qu’il
n’en laissait pas une portion suffisante dé-
passer le méat urinaire, il arriva qu’une
bougie s’enfonça tout entière dans le canal.
On fit, durant trois ou quatre jours, de vains
efforts pour la retirer; elle était arrivée jus-
que dans la vessie, dans le bas fond de la-
quelle elle s’était pliée.
« Pour la retirer, nous fîmes fabriquer
des pinces fines en argent, en forme de bec
DE LA GROSSE VEROLLE.
auoit accoustumé autant qu'il fust
malade : semblablement lors qu'en
mettant la sonde dans le conduit on
ne sent aucun empeschement: il faut
adonc desseicher et cicatriser l’vlcere,
ce que l’on pourra faire auec telle et
semblable iniection , qui a grande
vertu de desseicher et cicatriser sans
grande mordication *.
if. Aquæ fabror. ü>. G.
Nucis cupressi, gallarurn , cort. granat.
ana 3. j.
Aluminis rochæ 3. G .
Bulliant omnia simul secundurn artem, liât
decoctio pro iniectione.
De laquelle on vsera iusques à ce
que l’on n’apperçoiue aucune humi-
dité sanieuse sortir hors de la verge.
Pareillement pour desseicher d’a-
de grue; mais elles se trouvèrent trop cour-
tes, et il en eût fallu une d’une longueur au
moins de quinze travers de doigt... Alors
j'ordonnai au chirurgien d’introduire le
doigt médius dans le rectum, et, en pressant
peu à peu sur la bougie, de la repousser hors
de la vessie, comme font les inciseurs pour
la pierre qu’ils veulent extraire par une sim-
ple incision. Par ce moyen, en trois jours la
cire de la bougie se trouva fondue, et sor-
tit librement avec l’urine, ainsi que la mè-
che; et le malade se trouva délivré. » Cent,
iv, curât. 20.
L’auteur n’a point ajouté de scholie à
cette observation; il résulte manifestement
de son récit même que les efforts du chirur-
gien ne pouvaient, en aucune manière, ai-
der à l’expulsion directe de la bougie, et que
tout au plus servirent-ils à amollir et à
mettre en pièces la cire, que la nature suf-
fit seule ensuite à expulser.
1 L’édition de 15Gi ajoute : comme l’on
cognoislra par ses ingrédients.
577
uantage, et auancer la cicatrisation,
sera bon d’vser de cette poudre, la-
quelle desseiche sans nulle douleur
et mordication.
Prenez pierre calaminaire lauée, coquilles
d’oeufs bruslés, corail rouge, escorce de
grenade, le tout mis en poudre subti-
lement.
Puis soit appliquée sur les vlceres
auec chandelles de cire, ointes d’on-
guent dedesiccatif rouge, ou autre
semblable.
Pour mesme effet , on vsera de
verges ou sondes de plomb , les plus
grosses que le patient pourra en-
durer, et icelles mettre daus la
verge iusques sus lesdits vlceres, les
ayant premièrement frottées de vif-
argent , et les tenir iour et nuit, le
plus long temps que le patient pour-
ra. Elles ont vertu de desseicher, ci-
catriser, et dilater le conduit de l'u-
rine , sans aucune douleur, et gardent
que les parois des vlceres ne se tou-
chent *.
Je te pourrois encore escriré vn
grand libelle de remedes tendans à
pareil but que ceux cy dessus es-
crits : mais sçaehant bien que le chi-
rurgien expert les peut changer et
varier par raison, comme le mal le
requiert , ceux - cy te seruiront
d’exemple.
1 Ces mots : et gardent que les parois des
vlceres ne se touchent ont été ajoutés en
1575, et leur importance signalée par celte
note marginale : bon document. L’utilité de
ce document a été en effet reconnue et dé-
montrée par les recherches des modernes,,
principalement de MM. Desruelles et Ricord.
II.
37
LE SEIZIEME LIVRE,
678
CHAPITRE XXIX.
DES BVBONS OV POVLAINS VENERIENS1.
Quelquesfois le virus verollique se
communique au foye, et si la vertu ex-
pullrice est la plus forte, les reiette
aux aines , qui sont ses emunctoires,
d’où s’ensuiuent apostemes appelées
Poulains : la plus part desquels sont
engendrés d'humeurs froids, lents et
visqueux , comme il appert par la
tumeur dure, blanche, et de petite
douleur, estant très difficile à curer :
qui est vpe autre raison , outre celles
que nous avons alléguées au cha-
pitre troisième, qui monstre que le
virus de la verolle est principalement
fondé en l’humeur pituiteux. Quel-
quesfois aussi il y en a d’autres faits
d’humeur chaud, bilieux et acre, auec
grande inflammation et douleur, qui
souuent degenerent en vlceres viru-
lens et corrosifs : et aucuns d’eux sont
accidens precedans la verolle : comme
ceux qui se tournent et se cachent
par delitescence aux parties internes.
Il y en a d’autres qui ne sont accidens
de la verolle , mais sont maladies à
part , qui se peu uent curer sans les
remedes propres à la curation de la
verolle , comme iournellement ap-
pert : et pour ce estans comparés aux
autres bubons veneriques , ils se peu-
uent appeler simples , et non com-
pliqués.
Pour la curation il ne faut vser de
résolutifs , craignant qu’vne partie
seulement se résolue, et l’autre de-
1 Ce chapitre est extrait d’un article de
Thierry de Héry intitulé : Des bubons véné-
riens, communément appelez poulains ; ouv.
cité p.200à20l.
meure au dedans : aussi ne faut ia-
mais vser en tel cas de repercussifs.
Donc on appliquera medicamens at-
traclifs et suppuratifs, propres à la
nature de l’humeur, àsçauoir, plus
chauds aux tumeurs œdémateuses et
scirrheuses , qu’aux sanguines et bi-
lieuses. Aussi seront diuersifiés se-
lon les corps rares et délicats. L’ap-
plication des ventouses ont grande
efficace , car elles ont puissance d’at-
tirer l’humeur du dedans au dehors :
aussi faut subit y appliquer un médi-
cament emplaslique : somme1 il faut
conduire la cure par suppuratifs.
Et apres la suppuration faite , l’a-
postemesera ouuerte par cautere po-
tentiel , si elle est causée d’humeur
froid : car par leur chaleur et douleur
ils aideront à cuire le reste de l’hu-
meur, ioint que par l’ouuerture la
matière sera mieux cuacuée : et ne
faudra y mettre aucune tente, mais
seulement des plumaceaux 2 . On
1 Somme, pour en somme.
2 11 y a ici une lacune dans le texte, la-
quelle existe dans toutes les éditions, et dans
toutes est accusée par celle note marginale :
Quels poulains il faut ouurir auec le cautere
actuel. Voici ce que dit Thierry à cct égard:
« La suppuration ou maturation faicte,
pour l’yssue du pus conioinct et contenu en
la partie, fauldra venir à l’ouuerture : la-
quelle se peult faire en trois sortes : la pre-
mière est auec la lancette, ou autre chose
incisiue : la seconde avec le cautere actuel
(qui est fer principalement, actuellement
igné) la tierce sera le cautere potentiel : les-
quelles trois manières d’ouuerture seront
1res vtiles à la curation desdietz bubons et
de toutes tumeurs contre nature, selon leur
diuerse considération : car si par quelque
négligence ou autrement, au lieu de sup-
puration se trouuoit putréfaction : ou si
| l’humeur chaull, acre et bilieux, au lieu de
suppurer, ambule, corrode et gaigne pais,
lors le cautere actuel par sa siccité (robo-
DE LA. GROSSE VEROLLE.
579
traitera l’aposteme par remedes
emolliens et suppuratifs , en mon-
di fiant l’vlcere : et apres Je malade
sera saigné et purgé , s’il est besoin ,
et non au parauant que la suppu-
ration soit faite.
Si on fait l’ouuerture auecques la
lancette, on la fera en trauers, selon
le ply de l’aine , parce qu’en pliant
la cuisse contre le ventre, les léures
de l’vlcere se couchent l’vne sur l’au-
tre, et l’agglutination est mieux faite,
et n’y demeure tant de difformité
quand la cicatrice est faite
rant la partie), contrarie et empesche ladicte
putréfaction et ambulation : et pareille-
ment consomme par sa chaleur et siccilé
ladicte virulence et acrimonie, rendant l’hu-
meur plus médiocre , bening et obéissant :
toutesfois il est icy moins en vsage qu’au
pais de Prouuence et Languedoc , ou i’ay
vcu les peres et meres faire ouurir à leurs
enfants vn bien petit aposteme auec lediet
caulere actuel. »
Puis venait l’indication du cautere poten-
tiel, qui a été copiée par A. Paré ; et enfin
celle de l’instrument tranchant, que Paré
avait oubliée, comme le cautère actuel, du
moins dans ses premières éditions. Voyez
la note suivante.
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1585 ; l’i-
dée première s’en trouve également dans
Thierry
« Celle qui se faict par aperlion auec
Choses incisiues... et pour le iourd’huy elle
est le plus pracliquée de toutes, pour la ti-
midité de plusieurs personnes de ce pays,
ausquels il fault s’accommoder... elle se
dôibt faire selon la rectitude des filamens
qui est aux aynes, selon Galien au tre-
ziesme desametbode. »
Malgré l’autorité de Galien, et celle non
moins imposante de Paré, je dois dire que
la recommandation est mauvaise ; elle ex-
pose les bords de la plaie à chevaucher l’un
sur l’autre et à devenir calleux; elle favo-
rise la formation de sinus, et retarde la
cicatrisation ; en un mot , l’incision en tra-
vers du pli de l’aine est de beaucoup pré-
férable.
CHAPITRE XXX.
DES EXOSTOSES , TOPHES OV NODVS
VENANS DV VIP.VS VEROLLIQVE '.
Les tumeurs dures et exostoses
ou nodus sont engendrées de pituite
et melancholie crasse, froide, et vis-
queuse, laquelle ne se peut dissoudre
que par remedes chauds , qui ont fa-
culté d’amollir et fondre ledit hu-
meur : et outre les indicalions com-
munes des scirrhes , faut y appliquer
le vif-argent avec les remedes pro-
pres.
Exemple.
Emplastri fïlii Zachariæ, et ccronei ana
3- üj.
Euphorbij g. G.
Emplastri de Vigo g . ij.
Ceroti hysopi descriptione Philagrij. § . j.
Argenti viui extincti g . iiij.
Vt dictum est, et Gat emplaslrum : extenda-
tur super alutam ad vsum.
Cependant le malade doit tenir bon
régime, et par tels moyens ser aguari,
pourueu que les os ne soyent inté-
1 Ce chapitre est aussi, pour la plus
grande partie, extrait de l’article de Thier-
ry, Des loplicsou uodosiiez, ouv. cité, p. 230
à 235. La formule n’est pas de Thierry, et
le chapitre commençait différemment en
1575 ; voici le texte primitif :
« Les nodus sont faits d’humeurs gros,
visqueux, imbus en la substance des os,
quelquesfois sans corruption d’iccux. Or,
pour leur curation, outre les indications
communes des scirrhes, faut y appliquer le
furet, qui est le propre alexiphaririaque de
la verolle : donc pour leur curation faut
faire fomentation, puis les frotter auec vn
linimenl emollient vif argentin , et appli-
quer i’emplaslre de Vigo cum mercurie dupli-
caio.
«Cependant le malade doit tenir bonne
diette, etc. »
oSo LE SEIZIEME LIVRE
ressés : car s'ils estoient carieux et
pourris , les susdits remedes n’au-
roient plus de lieu. Et faudra faire
nécessairement aperliou en descou-
urant l’os , soit avec rasoir , cautere
potentiel ou actuel: lequel est en ce
cas meilleur et plus certain , à cause
qu'il consomme vne certaine viru-
lence imbue en l’os , et aide à la
cheutte de l’os corrompu. Il sera de
figure du tophe 1 que l'on veut cau-
tériser, soit rond, quarré, ou long.
I’ay de coutume, auparauant l’appli-
cation desdils cautères actuels, cou-
per la chair de dessus auec vn ra-
soir , à fin de faire moindre douleur
par le cautere : parce qu’au parauant
que la chair fust bruslée, la douleur
serait trop grande , pour la longitude
du temps que l’on seroit à la hrusler
deuanl que de descouurir l’os.
Or ne sera icy hors de propos de
traiter de la carie des os.
CHAPITRE XXXI.
LA CAVSE POVRQVOY L’OS S’ALTERE ET
POVRRIT , ET DES SIGNES POVR LE
CONNOISTRE 2.
La solution de continuité faite aux
os est nommée au sixième de la Mé-
thode par .Galien, Catagma. La ca-
1 L’édition de 1575 dit : De l' Os.
2 Les cinq chapitres qui suivent ont une
date bien différente des autres; Paré avait
d’abord traité ce sujet en 1552, dans sa 2e
édition des Pluyes d’hucquebutes, sous ce ti-
tre spécial : La maniéré de Iraicler el ijuerir
des os curieux, fol. 35; et il commençait en
ces termes ■
« Apres toutes ces choses , il m’a semblé
necessaire de non omettre à dire quelque
chose de la carie et alteration des os. »
Ce travail reparut modifié et augmenté
rie se fait en eux , pource qu’ils sont
froissés , fendus , percés, fracturés,
luxés , aposlemés , et descouuerts de
leur chair. Quand donc il y a déper-
dition de substance de la chair qui les
couuroit, ils s’altèrent alors, et le
sang et leur propre nourriture se des-
seichent par l’air extérieur quiles tou-
che , que les os nuds ne peuuent lon-
guement endurer sans qu’ils s’altè-
rent. Aussi quand une playe est de
longue durée , la sanie croupissant
dessus s’imbibe en leur substance ,
et les pourrit. Pareillement par l’ap-
plication des choses onctueuses et
oléagineuses , et autres medicamens
humides et suppuratifs, à cause qu’ils
rendent la playe sordide et maligne :
dans le Traité des play es de la leste, en
1561, et plus tard les Dix liures de chirurgie,
où il formait le livre 6 sous ce titre : De la
maniéré de traillcr les caries des os. Ce livre
contenait dixchapitres; le premier, qui a été
retranché depuis, était ainsi conçu :
Intention de l’aucleur.
« Apres auoir declairé les fractures des os,
il nous faut maintenant parler des caries et
pourritures, qui le plus souuent leur ad-
uiennent à raison des accidentz susdits :
traitté très necessaire au chirurgien , à fin
d’obuier aux perilz qui s’en ensuiuent. Et
combien que i’en aye parlé en mon liure des
playes de la teste, si est-ce qu’il me semble
que ce ne sera chose hors propos si i’cn es-
cris encor en ce présent liure : pource que
quelcun s'en pourra scruir, n’ayant l’autre
à son commandement : ainsi le chirurgien
ne demeurera sans reracde pour la curation
des os carieux. »
Le chapitre 2 avait pour titre : Les causes
pourquoi l’os s’ullere elpourrisl ; le chapitreS:
Les signes pour cognoistre l'alteration et carie
des os ; ils étaient d’ailleurs à peu près co-
piés sur deux articles portant les mêmes li-
tres de l’édition de 1561, et ils ont été réu-
nis en 1576 pour constituer celui qu’on va
lire.
DE EA GROSSE VEROLLE.
puis la chair des parties voisines s’es-
chauffe et suppure , et la boue de-
fluante sus l’os l’enflamme auec son
périoste 1 , à cause de quoy il tombe
souuent en fleure. Pour dire en bref,
les os peuuent souffrir fous les in-
conueniens dont la chair est vexée :
partant se peuuent carier et pourrir2.
D'auantage, Galien nous a laissé par
escrit que souuentesfois l’inflamma-
tion commence aux os 3.
Sur ce quelques-vns pourront objec-
ter que les os ne peuuent auoir pul-
sation , attendu qu’ils n’ont sentiment
aucun. Caries anciens ont escrit que
le pouls signifie mouuement des ar-
teresauecdouleur.Ce que ie confesse :
mais ie respons aussi , que la mem-
brane qui les couure , et les arteres et
nerfs qui entrent en leurs cauités ,
ont un exquis sentiment : et que quand
lesdites arteres se meuuent, estans
eschauffées de l’os malade , elles
causent douleur en la membrane qu’l
1 eueloppe : tellement que les patiens
disent senlir une douleur pulsaliue
au profond des os,cewque l’on connoist
manifestement à la douleur des
dents 4.
L’alteralion et pourriture des os est
aucunes fois conneué à l’œil , sçauoir
est quand l’os est decouuert : car lors
on voit qu’il y a mutation en sa cou-
Ces mots : auec son périoste, manquent
dans toutes les éditions faites du vivant de
I auteur, et ont été ajoutés dans la première
édition posthume.
1 Hip. au lui. Des vlceres et fractures. —
A- p- — Cette citation ne date que de 1564.
3 Au liu. Des tumeurs contre nature. — A. P.
’ *c* finissait le 2? chapitre de l’édition de
1564; il faut ajouter cependant que ces mots,
ce que l’on connoist manifestement à la douleur
des dents, ne sont dans aucune des éditions
du vivant de l’auteur, et datent seulement
de 1598.
58 1
leur naturelle , quand au lieu d’estre
blanc , il se trouue liuide , iaunastre ,
ou noir : pareillement on la connoist
au toucher de la sonde , quand on y
trouue aspérité et inégalité , et en la
poussant on entre en sa substance,
comme en vn bois pourri : car l’os
sain doit estre solide , et non mol.
Neantmoins de ce signe n’en faut
faire vne reigle certaine , pource que
quelquesfois i'ay veu l’os ayant esté
longuement descouuert, deuenir al-
téré, et tellement dur, que la tré-
pané ou autre instrument ne pou-
uoit entrer dedans qu’auecques peine.
Aussi ladite alteration et pourriture
se peut connoislre par la sanie qui
sort de l’vlcere , laquelle est plus sub-
tile et claire que celle qui coule
d’vne autre vlcere estant en la chair:
mesme est moins visqueuse et plus
puante que celle qui sort de la chair,
des nerfs, tendons, et des membra-
nes. D’auantage en J’vlcere se trou-
uera tousiours quelque chair molle
baueuse et spongieuse : pareillement
l’vlcere sera mal-traitable , et rebelle
à clorre et cicatriser : combien toules-
fois que par la longue continuation
des medicamens desiccatifs astrin-
gens , on y induise quelquesfois ci-
catrice : mais tost apres. l’vlcere s’ou-
ure et renouuelle, à raison queNalure
ne peut faire bon fondement ny en-
gendrer une chair louable sur l’alte-
ration et carie de l’os , car c’est chose
contre Nature : et partant elle doit
estre ostée le plustost qu’il sera pos-
sible ‘.
‘ Voici le texte de l’édition de 1552 qui
correspond au chapitre qu’on vient de lire;
je répète la phrase par laquelle il com-
mence ;
« Apres toutes ces choses, il m’a semblé
necessaire de non omettre à dire quelque
chose de la carie et alteration des os : pour
58a LE SEIZIEME LIVRE ,
CHAPITRE XXXII.
DES MOYENS DE PROCEDER A LA SEPA-
RATION DES OS CARIEVX1.
Or il ne suffit au chirurgien connois-
tre que l’os soit altéré et corrompu,
mais il conuient aussi qu’il sçache si
l’alteration est superficielle ou pro-
fonde , à fin de diuersifier les medi-
camens et les instrumens pour don-
ner issue à la sanie qui peut estre en
tant que souuent aduient, tant par la sanie
imbibee en la substance d’iceux que par la
diuturnité de l’vlcere : ou pour la temeraire
application des medieamenlz humides, aussi
par l’attouchement de l’air extérieur, que
les os nudz ne peuuent longuement endu-
rer sans estre altérez. Parquoy est besoin y
auoir grand esgard. Car icelle corruption
ambule, de sorte que si on n’y donne bon
ordre, la partie se corrompt et mortifie : la-
quelle carie et corruption se manifeste
quelquefois oculairement, sauoir, que l’os
estliuidc ou noir, et aucunefois citrin : le
plus souuent peult estre cogneu au tact de
la sonde, par laquelle on sent l’aspérité et
inequalité. Aussi qu’en comprimant l’os, la
sonde entre dedans. Pareillement se cognoist
la carie et corruption de l’os par la sa-
nie, etc. >»
Le reste ne diffère pas assez du texte ac^
tuçl pour être reproduit.
L’édition de 1561, traitant de la carie à
l’occasion des plaies de tête, ajoutait, à la
fin de ce chapitre : « Le plus lost qu’il sera
possible, de peur que les membranes et le
cerueau n’acquiercnt vne mauuaise dispo-
sition, pour la sanie virulente et fetide ys-
sant de l’os altéré, dont la mort s’en suit lé
plus souuent. »
• Ce chapitre est formé de la réunion des
chapitres 4 et 5 de l’édition de 1564, mais
avec des adjonctions et des retranchements
que nous signalerons en leur lieu.
la substance de l’os ». Et pour ce faire,
faut séparer l’os altéré et pourri. Le
moyen de ce faire est de corriger
leur corruption, en mondifiant l’vl-
cere , à fin que la sanie ne tombe sur
l’os et qu’elle le rende humide. Pa-
reillement le desseichant bien fort ,
tant par medicamens que par cau-
tères potentiels ou actuels : car par
ce moyen on le rend exangue, sans
nourriture et vie.
Celse, livre 8. chapitre 2. veut qu'on
perfore les os vermoulus et altérés, en
quelqu'endroit que ce soit , iusques
à la partie saine et entière, qui est
quand il en sort un peu de sang : puis
appliquer dedans les trous, cautères
actuels faits en maniéré de poinçons,
à fin que l’os deuienne tout sec. Tou-
tesfois il se faut garder de trop pro-
fonder les poinçons, de peur qu’ils ne
touchent sur l’os vif : et par ceste
maniéré on fait séparer l’os altéré ,
pourri, et vermoulu, et par ce moyeu
on le rend exangue et sans nourri-
ture 2.
Ce qui se peut monstrer par l’exem-
ple des arbres , esquels les fueilles
tombent à cause que le suc, par le-
quel elles sont adhérentes aux bran-
ches, est desseiché : dont aduient que
les fueilles n’ayans plus d’humidité
et vie , se séparent de l’arbre verd et
vif, qui est la cause pourquoy elles
tombent : ainsi consumant l’humidité
des os , on leur oste la vie, qui est
cause de les faire séparer. A cause
dequoy les poudres appellées Catag-
matiques sont propres pour aider à
■ Edition de 1561 : pour donner yssuê à la
sanie qui peut estre en la substance de l’os, ou
entre le crâne et dure mere.
’ Ce paragraphe a été intercqlé ici en
1585.
DE LA GROSSE VEROLLE.
583
séparer l’os , qui sera altéré superfi-
ciellement >.
"if. Pul. aloës, cretæ combust. pompholygos
ana 3, ij.
Ireos Florentiæ, aristol. rotund. myrrh.
cerus. ana 3. j.
Pul. ostreorum combustorum 3. (J.
Terantur subtilissimé, flat puluis.
Icelle peut estre appliquée seule ,
ou auec miel rosat et vn peu d’eau
de vie Aussi on peut appliquer de
ceste emplastre, qui a faculté d’aider
Nature à extraire les os fracturés, et
de nettoyer la sanie grosse et vis-
queuse des vlceres.
If.. Ceræ nouæ, resinæ pini , gummi aramo-
niaci et elemi ana 3. vj.
Terebenthinæ g . iiij.
Pulu. mast. myrrbæana g. fi.
Aristolochiæ rotundæ, ireos Florentiæ,
aloës, opopanacis, euphorbij, ana 3. j.
Olei rosati quantum sufficit.
Fiat emplastrum secundumartem
L’euphorbe fait tomber les esquilles
des os, comme dit Dioscoride liure 3.
chapitre 8 2. Aussi l’emplastre de be-
tonica a pareille vertu3.
■ Les éditions de 1561 et 1564 ajoutaient:
o Comme ceste-cy escrile par ]Vicolas Massa.
Tf. Radicis ireos, aristolochiæ ana 3. i.
Centaurij, 3. ij.
Corticis pini 3. 15.
Misce, et puluerisentur subtilissimé •• et en
soit mis sur l’os altéré. »
Cette formule a'été retranchée dès 1575; et
il n’en est resté de traces que cette note mar-
ginale, où le motpoudresest mis au pluriel :
Poudres propres pour faire séparer les os,
appe/lées par Hippocrates catagmaliques.
Dans l’édition de 1561, ces poudres étaient
appelées céphaliques.
1 Cette ciiation a été ajoutée en 1579.
? Ici finissait le chapitre 4 de l’édition de
1564. La formule suivante date de 1575;
mais çlle avait d’abord été mise en tête de
Autre.
Olei caryophyll. g. fi>.
Camph. 3. ij.
Misceantur simili in mortario, et vtere.
Et si l’alteration ne peut estre ostée
par les remedes susdits , on peut V6er
toutes les formules de ce chapitre, et, en
1579, elle a été replacée Ici.
Dans l’édition de 1552, Paré ne faisait
pas même mention de ces poudres et médi-
caments catagmaliques, et il avait recours,
sans nul délai, aux rugines ou autres ins-
truments. Mais le texte de celte édition
présente en cet endroit un long passage qui
a été retranché en 1564, et qui cependant
ne manque pas d’intérêt; le voici :
« Or ne suffit au chirurgien cognoistre la
quantité de la carie , mais aussi la figure et
grandeur, tant de la carie que des os ca-
rieux. Car quelquefois l’alteration est super-
ficielle, aucunesfois profonde, etsoudente-
fois tout l’os est trouué carieux et putréfié,
soit en la teste, au thorax, costes, braz,
doigtz, iambes ou autres parties, et selon
icelles différences fault diuersifier la cure.
» Dauanlage, il fault noter que souuent se
peult faire corruption és os, sans lacognois-
sance et coniecture (que bien petite) du
chirurgien médiocrement expert, pource
que n’apparoissent aucuns signes assez ma-
nifestes eu lieu d’icelle carie : comme sont
tumeur, liuidité, noirceur au cuir, et grande
douleur : toutefois faisant ouuerture (qui
peult et doiht estre faicte par la seule suspi-
cion, l’on trouue carie, asperitez et esquil-
les separees. Et au contraire, nous voyons
le patient souuent estre en douleur intolé-
rable : pareillement tumeur en la partie.
Parquoy le chirurgien peult estre deceu,
coniecturant y auoir carie : mais apres l’in-
cision faicte, il trouue l’os en son intégrité
et consistence naturelle, en quoy il fault
considérer les causes de la maladie: car i’ay
veu le plus souuent és nodus et tophus de
la maladie Neapolitaine, principalement au
crasne, apres l’incision faicte, trouuer ea-
uité et perdition de la substance de l’os,
iusques aux méningés du cerueau, sans y
58.4 LE SEIZIÈME LIVRE,
de trépanes exfoliatiues , et autres
rugines descrites aux playes de teste ,
lors que la carie est en vn grand os,
et fort solide *.
trouuer aucune esquille de l’os , qui est ar-
gument pour ceux qui afferment en icelle
peste neapolitaine estre veues proprietcz
indicibles, et non subiectes à raison.
Comme nous voyons que par sa pernicieuse
malignité (ainsi que fouldre et tonnaire)
corrompt plus tost les parties solides, et con-
sume la substance des os, nonobstant que
par leur siccité terrestre soient plus répu-
gnantes à corruption et putréfaction que les
parties carni formes : lesquelles en peut iuger
estre plus disposées à putréfaction que les
os, a cause de leur humidité et mollesse,
par laquelle raison il se peult iuger, comme
i’ay dict, qu’en icelle maladie y a malice
occulte et non subiecte à raison d’aucuns
vlceressans autre cause externe. »
Ori remarquera que Paré dit ici avoir vu
des pertes de substance aux os du crâne
sans esquille, ce qui pour lui équivaut à dire
sans carie. Il n’existe que quelques cas de
ce genre dans la science; Benivieni en avait
vu un, que j’ai relaté dans mon Introduc-
tion; et cependant Paré dit en avoir vu le
plus souuent dans la vérole. C’est probable-
ment parce qu’il se sera méfié plus tard de ce
qu’il a cru voir qu’il a retranché ce passage.
■ Il est assez intéressant de suivre d’édi-
tion en édition le texte et la pratique de
Paré à l’égard de la carie. Nous avons dit
qu’en 1552 il procédait immédiatement à
l’emploi des instruments; ainsi, après le
long passage cité dans la note précédente,
il continuait ainsi :
« Mais pour retourner à nostre propos, est
à considérer, si la corruption et carie est su-
perficielle, qu’il fault ruginer et ratisser
l’os, iusques à ce que l’on aura osté tout ce
qui est carieux auec telz instrumentz des-
quelz as icy le pourlraicl en plusieurs sortes,
à fin que tu puisses choisir (selon qu’il te
sera besoin) pour subuenir aux cas vrgentz.
Et les pourras tous insérer l’vn apres l’au-
tre, dedans la vis de ce manche, laquelle tu
cognois assez par les extremitez desdietz
instrumentz.
Mesme tu te pourras seruir de la
trépané perfora tiue, dont tu as le por-
Ruyines.
» D’auantage, si la carie est fort grande,
profonde, et solide, comme se faict souuent
par alteration de l’air extérieur: il fault
couper les os corrompuz auec telz instru-
mentz que tu vois cy dessoubz, lesquelz
feras entrer frappant d’vn maillet, qui sera
de la grosse verolle. 585
trait cy dessous, en pertuisant l’os ca- rie, et en profondant iusques à ce qu’il
rieux en plusieurs endroits de sa ca- en sorte comme vne humidité san-
de plomb, pour paour d’estonner la partie :
puis tu osteras les fragmentz et esquilles
d’os auec petites pincettes que tu vois par
ceste figure.
» Le signe pour cognoistre que l’on aura
osté la carie, est qu’au dessoubz d’icelle l’os
sera trouué solide, duquel aussi on voit
sortir du sang naturel : mais si la corrup-
tion est encores plus profonde, nécessité con-
t ra inet l’oster auec telle trépané que ceste
qui s’ensuit.
Trépané exfolialiue.
» Et là ou la trépané pour la grande cor-
ruption n’a lieu, les cautères actuelz ou po-
tentielz sont conueuables... »
Alors il passait à l’étude des cautères,
que nous retrouverons au chapitre suivant.
Mais apres avoir parlé des cautères et des
médicaments à employer à la suite pour
faire tomber l’escarre, il reprenait :
« Et si d’aduenture la vertu expultrice est
veue tant sopite et négligente qu’elle ou-
blie d’exfolier et expeller l’os carieux
(comme elle doibt faire toutes choses à soy
contraires), il sera besoin l’esmouuoir en
pertuisant en plusieurs endroitz l’os carieux
auec tel instrument nommé trépané perfo-
ratrice. »
(Et ici se trouvait placée la première fi-
gure de trépan qui se voit dans le texte du
chapitre actuel, désigné toujours sous le
même nom. Puis l’auteur continuait :)
« Par tel moyen l’on excitera et aydera
grandement nature à séparer et iecter l’os
corrompu, mais que le chirurgien soit tant
rationel et coniecturatif, comme il est re-
quis , de ne perluiser plus outre que le dict
os est altéré. Le signe pour bien le cognois-
tre est (comme i’ay dict) que l’on voirra re-
suder vne humidité sanguinolente, venant
de l’os sain, lequel Nature veult conseruer
et garder de putréfaction. »
Venaient ensuite quelques remarques que
nous retrouverons plus loin sur la manière
d’extraire les esquilles ; après quoi il disait
un mot de la carie très étendue des os longs :
« Et là ou il aduiendroit que la carie,
sphacele, ou corruption d’os serait telle, que
la partie vint à mortification , en vn mem-
bre particulier, comme bras ou iambe :
fauldroit de nécessité amputer et extirper
ledict membre corrompu, à cause que le
mal est desesperé, comme nous dirons plus
amplement. »
Et enfin il abordait la question de la carie
et de l’amputation des doigts, par laquelle
il finissait son Traité, mais comme j’ai rap-
porté ce dernier passage dans la première
note de la page 457 du présent volume , il
est inutile de le reproduire.
Dans le Traité des play es de lu teste en
1561, d’abord toutes les figures de rugines
étaient renvoyées à l’article De scissure qui,
dans le texte actuel, forme le 4P chapitre
du 8e livre; de même le trépan exfoliatif à
l’article De contusion, qui fait aujourd’hui
le 5e chapitre; et enfin les ciseaux et pin-
ces à l’article Des embarreures, qui est notre
6e chapitre. (Voyez pages 10, 14 et 16 de ce
586
LE SEIZIEME LIVRE ,
glante : et ce pour donner air et trans-
piration : et à tin aussi que la vertu des
volume.) Mais la doctrine elle-même était
présentée d’une façon différente :
« Et si l’alteration ne peut estre ostée par
iceux remedes, faut venir aux cautères, etc.»
Alors vient la comparaison des cautères
actuels avec les potentiels , que nous retrou-
verons un peu plus loin. Puis voici tout ce
qu’il accorde aux instruments perforants :
« D'auantage il y a encore autre ayde, ou-
tre lesdites cautères, à faire séparer les os,
principalement lorsque la carie est profonde.
C’est de les percer en diuers lieux en pro-
fondant iusques à ce qu’il en sorte vnc hu-
midité sanglante, qui se fera auec tel ins-
trument nommé trépané perforaliue : à
fin de donner transpiration : et ainsi que la
vertu des remedes puisse mieux consumer
l’humidité superflue. »
remedes puisse mieux consumer l’hu-
midité superflue.
Et, au lieu d’un seul trépan, il donnait les
deux ligures qui se retrouvent encore dans
le texte actuel.
Dans l’édition de 1564, le chapitre 5
commence d’abord à peu près comme le
texte actuel:
« El si l’alteration ne peut estre ostée par
les remedes, on peut vser des instrument
desquelz tu as icy les portraitz en plusieurs
et diuerses façons. »
(Ici, sous le titre deBuginesqui se peuuent
insérer l’ vue apres l'autre déduits leur manche ,
se reproduisaient toutes les ligures de ru-
gines de l’édition de 1552; puis venaient les
deux suivantes, empruntées au Traité des
plages de la teste de 1561, et qui se retrouvent
aussi dans le livre actuel des Platjes en par-
ticulier, page 11 de ce volume.
« Rugines d'autre façon que les precedentes , pour coupper d'auantage l'os. »
« Tu pourras aussi vser de la trépané
suiuante à mesme intention , de laquelle on
vse principalement au crâne pour séparer
la première table.
« Trépané exfoliattue , auecques vne petite
chenille pour la tenir dedans le manche. »
(C’était la même ligure qu’en 1552, après
quoi il continuait ai <isi ) :
« Mesmes tu pourras seruir de la trépané
perforaliue , dont tu as le pourtraict cy
dessous, en perluisant l’os carieux en plu-
sieurs endroicls de sa carie , et en profon-
dant iusqu’à ce qu’il i n sorle vne humidité
sanglante, et ce pour donner air et transpi-
ration : à fin aussi que la vertu des remedes
puisse mieux consumer l’humidité super-
flue. »
Ici venait la figure du trépan perforatif
avec le même titre que dans le texte actuel,
suivie de celle du trépan quadrangulaire et
sexangulaire ; puis le dernier paragraphe
relatif aux ciseaux, maillets et pinces, en
reproduisant les figures de l’édition de 1552,
puis quelques mots sur la carie des doigts
que j’ai reproduits dans la note de la p. 457
de ce volume, à laquelle je renverrai consé-
quemment le lecteur; et enfin le chapitre
finissait comme le chapitre actuel , sauf le
dernier mot :
« Le signo pour cognoistre que l’on aura
oslé la carie, est quand au-dessus d’icelle
l’os sera trouué plus solide, et quand aussi
on verra sortir du sang naturel. »
Ce mot naturel n’a été elfacé qu’à la
quatrième édition en 1585. La première
édition des OEuvres complètes offrait déjà ce
chapitre arrangé commeif l’est ici, àl’excep-
DE LA GROSSE VEROLLE.
Les os se troüent , raclent , liment,
scient , coupent , et bruslent.
Trépané perforathie auec deux pointes en
triangle, et ta petite cheuille pour luy sentir
à l'emmancher.
Autre trépané à ceste intention :
mais faisant plus grande ouuerture,
propre pour les gros os grandement
lion de ces mots au premier paragraphe ,
lorsque la carie est en vn grand os fort et
solide, qui ont été ajoutés en J579, et cette
petite phrase isolée: Les os se troüent,
rgclent, etc., qui a été intercalée seulement,
en 15S5. En résumé, on voit qu’en 1552
Paré débutait par ruginer, et trépaner et qu’il
réservait les cautères pour les cas de carie
trop profonde. En 1561, mais à la vérité pour
la carie spéciale des os du crâne, il s’en te-
nait aux cautères, soit actuels, soit potentiels,
réservant uniquement le trépan perforatif
pour aider l’action des cautères, et dans le
cas où la carie était profonde. Et enfin en
1564 et depuis, il commençait par l’emploi
des médicaments, pour passer plus tard, le
cas échéant, à l’usage des rugines et du tré-
pan, et plus tard encore à l’extrême res-
source des cautères. Notez encore que pour
la carie spéciale des os du crâne, dés 1575 il
conseillait ou les cautères, ou les médica-
ments , et dans la carie étendue, les rugines.
Noyez ci-devant, page 65.
Mais ce qui est surtout à remarquer, c’est
la persistance de l’auteur à conserver le pré-
587
carieux : de laquelle les pointes sont
quadrangulaires ou sexangulaires ,
comme tu peux voir par ceste figure
subséquente.
Trépané dont les pointes sont quadrangulaires
et sexangulaires.
D’auantage, si la carie est fort pro-
fonde , et l’os est solide (comme se fait
souuent par alteration de l’air exté-
rieur) alors il faut couper les os cor-
rompus auecques les instrumens des-
crits aux playes de teste , desquels tu
osteras la corruption , frappant d’vn
maillet dessus , lequel doit estre de
plomb , à lin de moins estonner la
partie : puis tu osteras les fragmens
et esquilles auec petites pincettes.
Le signe pour connoistre que l’on
cepte de perforer l’os en divers endroits ,
dans la carie profonde, pour donner air et
transpiration , et aussi pour aider la vertu
des remèdes. C’est là encore une de ces
doctrines attribuées à Belloste, et qu'il faut
restituer à Paré, comme nous avons déjà
fait pour la suppression des tentes. Voyoz
t. 1«, page 435.
588
LE SEIZIEME LIVRE
aura osté la carie , est quand au des-
sus d’icelle l’os sera trouué plus so-
lide , et quand aussi on verra sortir
du sang-.
CHAPITRE XXXIII.
DES CAVTERES ACTVELS ET POTENTIELS1.
Et si ces instrumens prédits n’a-
uoient lieu , à cause de la trop grande
corruption , il conuiendroit vser de
cautères actuels ou potentiels : entre
lesquels ie prise plus les actuels 2 :
' Le fond de ce chapitre, et même en par-
tie la forme, se retrouvent déjà dans les édi-
tions de 1552, 1561, 1564; et en conséquence
nous n’aurons guère qu’à noter les additions
successives qu’a éprouvées le texte primitif.
2 L’édition de 1552 commence à peu près
de même , mais elle n’ajoute que peu de li-
gnes pour rendre les mêmes idées qui com-
prennent le reste de ce paragraphe.
« ... entre lesquelz ie prise plus tes aeluelz ,
pource qu’en roborant ilz absument et de-
seichent les superfluitez imbibées en la sub-
stance de l’os ( qui sont cause materielle de
carie), ce que ne peuuent faire si seulement
les potentielz. Toutefois sommes souuent
contrainctz vser d’iceux, pareeque les pa-
tientz abhorrent le fer ardant. »
L’édition de 1561 dit la même chose avec
une autre forme de rédaction ; mais cepen-
dant, trois pages plus loin , elle ajoute ces
quelques lignes qui ne se trouvent pas dans
les éditions suivantes :
« Le cautere actuel est plus commode que
le potentiel, à cause qu’il opéré plus promp-
tement, et qu’il ne communique sa vehe-
mence aux parties proches. Aussi n’est cause
de si grande douleur, et par conséquent ne
fait telle attraction d’humeur que le poten-
tiel. Pareillement corrobore la partie, en
consumant les humeurs et malice d’iceux,
et ayde à faire la séparation de l’os cor-
rompu. »
Celle de 1564 reprend presque absolument
parce que leur action est plus sou-
daine et plus seure , et ne bruslent
qu’où ils touchent, sans offenser les
parties proches. Ioint qu’ils sont en-
nemis de toute pourriture , parce
qu'ils consomment et desseichent
l’humidité eslrange , imbue en la
substance des os, et corrigent l’in-
temperature froide et humide : ce
que ne peuuent faire les potentiels.
Tou tesfois nous sommes souuent con-
traints d'vser d’iceux, pource que les
malades abhorrent le fer ardent ,
pour leur délicatesse effeminée , et
aussi pour la couardise et timidité des
chirurgiens. Or l’action des potentiels
est tardiue , et ne brusle pas seule-
ment l’endroit où ils sont appliqués :
mais aussi pendant qu’ils sont es-
chauffés par la chaleur naturelle de
la partie, ils agissent et impriment
leur qualité ignée tout doucement ,
et plus loin : et aux corps cacochymes,
quelquesfois causent inflammation,
gangrené et mortification. Ce que
i'ay veu à mon grand regret : toutes-
fois nous sommes souuent contraints
d’en vser , pource que les paliens
abhorrent souuentesfois le fer ar-
dent.
Les potentiels sont comme eau
forte , eau de vitriol , huile feruente ,
soulphre fondu et bouillant, et au-
tres semblables. En l’application des-
quels est requise au chirurgien
grande discrétion et habileté : car il
y a danger que par faute d’industrie
la rédaction de 1552, et les éditions complè-
tes de 1 57 5 e t I579n’y ajoutent rien. C’est en
1585 que Paré remania le premier paragra-
phe, comme on lelit ici; je noterai seulement
que dans l’édition decettedate on lit ■■loinct
qu’ils sont aduenus de toute pourriture; étrange
faute d'impression qui a été corrigée dans
l’édition de 1598.
DE LA GROSSE VEROLLE.
et dextérité , il touche d'iceux quel-
que partie de la chair saine : qui se-
roit cause d’exciter grandes douleurs
et inflammation , chose grandement
à craindre.
Quant aux actuels, ils sont faits
en tant de sortes , que le recil en se-
roit trop long pour la diuersité des
formes, qui ne peut estre limitée , et
589
encore moins escrite, à cause qu'il
les faut diuersifier selon la grandeur
du mal, et figure des os carieux.
Tou lesl'ois ie proposeray icy quelques
portraits de ceux qui sont mainte-
nant plus vsilés pour lesdites caries :
desquels aucuns sont cultellaires, les
autres ponctuels, les autres oliuaires,
et d’autre figure *.
Diuersités des cautères actuels, desquels pourras user à ta commodité 1 2.
=t= r~)
1 Ce paragraphe et le précédent sont les
mêmes, à quelques mots près, dans toutes
les éditions.
2 Le nombre des figures de cautères repré-
sentées sous ce titre, avarié. Ainsi, en 1552,
sous ce titre : Cautères actuels, cultellaires ,
ponctuels et oliuaires, on voyait en première
ligne les huit cautères qui sont groupés au-
tour du réchaud, et cinq autres qui précé-
dent les quatre derniers. Toutes les autres
figures avaient cependant été gravées, et se
trouvaient dans l’ouvrage même, mais à une
autre place, et comme devant serviràarrêter
l’hémorrhagie après les amputations. J’ai
transcrit le curieux article où elles se trou-
vent dans la longue note de la page 227 de
ce volume.
Dans l’édition de 1561 , ces figures furent
changées. Ainsi on voyait d’abord les cau-
tères avec canules, que nous retrouverons
à la fin du chapitre; puis les six premiers
du groupe actuel, suivis des huit autres au
centre desquels se voit le réchaud. Enfin ,
en 1564, ils furent tous réunis, bien que
dans un ordre un peu différent ; et dès
la première édition complète, ils ont été
disposés dans l’ordre où on les voit au-
jourd’hui.
5go
le seizième livre,
Autres cautères.
Cestuy suiuant est propre aux no-
dus de la verolle qui sont au crâne,
lors qu’on veut emporter la chair
qui couure l’os : pour ceste cause est
fait caue et tranchant , de figure
triangulaire et quandrangulaire , et
séparé en trois pour en vser à ta
commodité K
> Ce paragraphe et la figure qui le suit
ont été ajoutés en cet endroit en 1664.
Ceux qui s’ensuiuent auront lieu
si l’os carieux est profond , en sorte
qu’on n’y puisse toucher sans brusler
les bords et léures de l’vlcere , qui ne
se fait sans grande douleur : pource
est-il plus seur et doux vser de can-
nule de fer, par laquelle l’on fera
passer le cautere actuel iusques sus
la carie , en la façon qui s’ensuit , sans
que la chair sente notable action de
feu ».
Cautères actuels auec canules.
i ZD
£3- — — .-=n>
1 Ce paragraphe , avec les figures qui le
suivent, se trouvait déjà dans l’édition de
1552, et a été conservédans toutes, sauf celle
de 1561, qui a donné les figures sans le
texte.
UE LA GROSSE VEROLLE.
CHAPITRE XXXIV.
DV MAL OVI ADVIENT DES CAVTERES
ACTVELS INDEVÈMENT APPLIQVES, ET
QVELS REMEDES IL FA VT METTRE APRES
i/VSAGG D’iCEVX1.
Il te faut icy noter que si lesdits
cautères sont mal appliqués , c’est à
(lire trop souuent, ou qu’ils soient
laissés trop long temps sur l’os , il
s’en ensuit grand inconuenient : car
par leur excessiue chaleur et seiche-
resse, non seulement est consumée
1 humidité superflue de l’os carieux :
mais aussi l’humeur substanlifique ,
qui doit faire séparation de la carie,
et induire chair et couuerture entre
l’os carié et le sain qui demeure des-
sous 2. Parquoy l’application desdits
cautères se fera tant que le chirur-
gien verra estre necessaire, et selon
que la carie sera grande et profonde,
les tenant dessus , jusques à ce que
l’on verra sortir quelque sanie aucu-
nement spumeuse par les porosités
de l’os carieux. Ce faisant , on aidera
à nature ù exfolier, séparer, et iet-
ter hors l’os corrompu.
Je te veux bien icy aduertir de ce
que tu dois obseruer soigneusement
en cautérisant les caries des os, nom-
mément si elles sont profondes,
comme en la cuisse , et autres par-
ties fort charnues. C’est qu’auant
l’apposition d’iceux , il te faut bien
couurir les parties d’entour de la
playe ou vlcere : pource que le sang
ou humeur contenu en la playe, au-
quel on donne chemin , estant es-
1 Ce chapitre est formé par la réunion
des chapitres 7 et 8 de l’édition de 1504.
’ Toutes les éditions portentdmus, ce qui
me parait une pure faute d’impression.
59i
chauffé par le feu sortant hors , fait
autant d'impression de brusleure
sur la chair, que feroit de l’huile
bouillante C
Apres la cautérisation , on doit
pour séparer les os, et faire choir les
squames, y appliquer deux ou trois
fois de notre huile , cy deuant nom-
mée Oleum calellorum, feruente. Et
combien qu’elle y soit propre, ie
n approuue qu’on en applique sou-
uent : pource que de sa substance
oléagineuse, subtile et humide, elle
pourroit derechef offenser l’os sain ,
qui est sous l’os carieux. Or l’os est
plus sec que nulle autre partie de
nosfre corps : parquoy les medica-
mens cras, onctueux et humides luy
sont contraires. D’auantage par mes-
me raison la chair qui est prochaine
1 Ici finit le chapitre 7 de l’édition de
1564. La matière dont il traite n’est pas
même touchée en 1552 ; mais en 1561 déjà
Paré s’en était occupé dans le passage sui-
vant :
« F.t te faut aussi bien noter que, s’ils sont
indeuërrienl appliquez, c’est à dire trop fre-
quentement, ou qu’ils fussent laissez trop
longuement sur l’os, par leur trop grande
chaleur et siccité, seroit non seulement con-
sumoe l’humidité superflue de la carie, mais
aussi l’humeur substanlifique qui doit faire
séparation de la carie, et produire chair et
couuerture entre l’os carié et le sain. Par-
quoy l’application d’iceux se fera selon que
la carie sera grande et profonde : et seront
tenuz sur l’os, iusques à ce qu’on verra
sortir quelque sanie ( aucunement spu-
meuse) par les porositez de l’os carieux. Ce
faisant aydent à nature à exfolier, séparer
et ietter hors l’os corrompu. » — Fol. ccj,
verso.
On voit que c’est à très peu prés le pre-
mier paragraphe de ce chapitre; et j’ai bien
voulu donner cet exemple de ce que j’en-
tends par un simple changement de rédac-
tion.
LE SEIZIÈME LIVRE ,
502
des os , d’autant qu’elle est de nature
plus seiche et approchante de la tem-
pérature desdits os, requiert aussi
niedicamens plus secs: au contraire ,
d’autant qu’elle en est loin, desire
medicamens moins desiccatifs. Parce
il conuient vser de ladite huile auec
discrétion '.
Mais quelquesfois aussi faudra es-
branler doucement les os, pour ai-
der nature à les séparer, sans les ti-
rer et arracher par violence, si on ne
les voit esleués en haut, et ne tenir
quasi point. Et si le chirurgien est in-
discret iusques à tirer l’os carié , de-
uant que nature ait fait couuerture
sur celuy qui est sain , il sera cause
qu’il se fera nouuelle alteration.
Pource le chirurgien doit bien noter
ce passage , lequel n’est de petite con-
séquence 2.
Outre -plus, quand nature aura '
ietté et exfolié l’os carieux, il se faut
bien garder d’appliquer dessus quel-
ques medicamens corrosifs de peur
de consumer la chair que nature
1 Ce paragraphe se retrouve en entier
dans l’édition de 1552; l’auteur y ajoutait
même quelque chose :
« Donc failli vser de ladicle huile pour bonne
discrétion, et qu’elle soit plus chaulde que
tiede : considéré que l’on opéré sur l'os, le-
quel est dur et insensible. Es autres parties
ne la faudroit appliquer si chaulde. »
L’édition de 1561 ne contenait rien qui
concernât l’emploi de celte huile; mais, en
1564, le paragraphe fut rétabli comme on le
lit dans le texte actuel, avec suppression du
passage reproduit dans cette note.
’ Ce paragraphe n’existe pas dans l’édi-
tion de 1552; il a été écrit en 1561, et alors
il finissait ainsi :
« El doit le chirurgien bien noter ce pas-
sage, lequel n’est de petite conséquence , non
seulement au Crâne, mais semblablement à
tous les os des autres parties de nostre
corps. » — Fol. cciij, recto.
aura produite dessus 1 : laquelle es-
tant nouuellement engendrée , est
molle comme fromage2 nouuelle-
ment coagulé, à cause qu’il n’y a
gueres que le sang y est concret et
pris : pourtant se faut donner garde
de la consumer par medicamens
acres. Car auec le temps elle s’en-
durcit , et se forme en maniéré de
petits grains de grenade , en laquelle
on voit la sanie rougeastre , polie ,
égalé , glutineuse , non fetide , et puis
blanche. Ce fait, seront dessus appli-
quées des poudres capitales de fa-
culté dessiccatiue , sans aucune mor-
dication, comme celles de racine d’i-
reos de Florence, d’aloës laué, et
mastic , myrrhe , farine d’orge , et
semblables : et conduire la playe à
cicatrice , diuersifiant les remedes
comme le mal le requiert3.
Les esquilles des os vallent mieux
qu’elles tombent par Nature que
par medicamens , ou par instruirions
qui les séparent : car les choses qui
sont tirées par vne force subite , lais-
sent des sinuosités semblables aux fis-
tules. Or les os se séparent par le
moyen d’vne carnosité qui croist des-
sous : puis on doit mettre vn médica-
ment desiccalifet astringent sans éro-
sion, de peur de consommer la chair
nouuellement engendrée , laquelle
1 Les éditions de 1551 et 1564 portaient ici ■>
dessous, ce qui s’entendrait sans doute des-
sous les medicamens, ou dessous t exfolialion ;
les suivantes ont corrigé dessus.
2 Toutes les éditions complètes du temps
de l’auteur écrivent formage, quelques unes
des postérieures fourmage ; l’orthographe
que j’ai suivie se trouve dans les premières
éditions partielles de 1561 et 1564.
3 Ici se terminait le chapitre actuel dans
l’édition de 1575, et le chapitre 8 du livre
Des caries en 1564. Le paragraphe suivant
ne date que de 1579, tandis que celui qui
DE LA GROSSE VEROLLE.
est molle, à cause qu’il n’y a gueros
que le sang est concrec pource qu’il
est fait comme le fromage nouuelle-
ment figé et coagulé. Pareillement
les membranes supput ées et pourries
ne doiuent estre tirées par force, d’au-
tant qu’elles sont attachées aux par-
ties saines : et les tirant et arrachant
précède se lisait déjà dans le traité Des
play es de la leste en 1561.
L’édition de 1552 traitait cesujet d’une ma-
nière un peu différente ; en voici le texte :
« Apres les cheutes et exfoliations des os
altérez, faull vscrde tel mondificalif:
^.Farinæ lupinorum et orobiorumana g . ij.
Succi apij, absinthij, marrubij anaquan-
tum sulficit.
Mellis g. iij.
Coquantur lento igné : adde in fine ;
Pulueris aloës, myrrhæ, aristolochiæ ro-
tundæ, ana § . 6 .
Fiat mundificatiuum vt decet.
» Apres la mondification faut regencrer
chair auec tel remede , lequel a faculté de
regenerer chair et extraire les esquilles de-
meurées, si aucunes en y a.
if. Radie, panacis et capparis ana g.vnam.
Aristolochiæ rotundæ, mannæ, tliuris
ana § . semiss.
Fiat ex omnibus puluis tenuissimus.
» D’icelle pouldre on peult vser par soy,
ou auec miel rosat.
» Autre pour mesme intention.
if. Pulueris radie, salyrij, ircos florent.
farinæ orobij et lup. ana 5. ij.
Myrrhæ, aristolochiæ rotundæ ana 9.15.
Sanguinis draconis veri 9 . j.
Misce, fiat ex omnibus puluis subtilissimus.
» Ceste pouldre peult estre appliquée par
soy, ou auec miel rosat, comme dessus. Et
si d’aduenture la vertu expultrice est veue
tant lopite et négligente qu’elle oublie d’ex-
folier et expeller l’os carieux, etc. »
Ici se plaçait l’indication du trépan perfo-
ratif à la manière de Belloste ; ce passage a
5ç)3
par force, ou qu’on y applique des rae-
tlicamens acres et corrosifs , on in-
duit douleur et inflammation, et quel-
quesfois conuulsion et autres perni-
cieux accidens : parquoy faut laisser
faire à Nature, qui les iettera et les
séparera auec le temps. Car le vif
chasse tousiours le mort.
CHAPITRE XXXY.
nE LA POTION V VLNERAIP.E *.
Or si l’alteration de l’os et consoli-
été reproduit dans la note ci-devant, p.585.
Après quoi l’auteur reprend :
« Semblablement icy fault noter ce qui a
esté dict à l’extraction des esquilles d’os, c’est
que iamais (non plus qu’icelles) on ne doit
extraire par violence les escailles d'os, mais
il est besoin d’attendre que Nature com-
mence d’exfolier et iettor l’os altéré, régé-
nérant chair sur le sain, pour le munir et
defendre, tant de medicamentz aucune fois
indeuement appliquez que de l’iniure de
l’airexterieur, qui est tolallement contraire
aux os nudz, comme a esté dict. Pour ceste
cause, fault euiter la temeraire application
des medicamentz chauldz et acres, apres
que nature aura exfolié et iecté l’os carieux,
de paour qu’ilz n’absument la chair regene-
rée pour la munition de l’os et instauration
de la perdue, principalement si on voit
qu’elle soit bonne, sçauoir est qu’elle ne soit
trop molle, spongieuse ou (comme dict le
vulgaire des chirurgiens) baueuse, mais au
contraire qu’elle apparoisse solide, et en
forme de petitz grains de grenade, qui est
quand il faull ayder Nature, la conduisant à
cicatrisation. » — Fol. 4 1 et suiv.
C’est donc en 1561 que Paré a modifié sa
doctrine et sa rédaction à la fois : et à la
suite du paragraphe conservé dans le texte
actuel, il ajoutait pour les os du crâne l’in-
dication du temps qu’ils mettent à s’ex-
folier; indication qu’il a eu soin de repro-
duire dans son chapitre 22 du livre Des
playes en particulier, ci-devant, page 65.
1 Ce chapitre , tel qu’on le lit ici, et sauf
38
M
LE SEIZIEME LIVRE,
dation des playes sont repugnans aux
remedes susdits , faut ordonner au
quelques petites additions, ne date que de
l’édition de 1579; mais déjà il en existait un
du mêmetitreen 1575elen 15G4, copiés tous
deux surl’édition de 15G1. Je noterai même
à cet égard que le testé de 1575 est absolu-
ment le mêmeque celui de 1501 ; tandis que
l’édition intermédiaire offre do légères dif-
férences. Voici ce texte primitif :
« Or si l’alteration de l’os et consolidation
des playes sont répugnants aux remedes
susdits, faut ordonner au patiént potion
vulnéraire. Ce que i’ay souuentes fois fait
àuec heureuse yssuë pour ce que Nature fait
choses admirables avdee par telle potion,
lion seulement aux playes de testé, mais
aussi de toutes les parties de nostre corps.
Cesle potion est telle :
Tic. Saniculæ, buglæ, piloscllæ, pimpinclUe,
caryophyllatæ, herbæ carpentarii, den-
tisleonis, summitatum rubi, consolidæ
majoris et minimæ quinqueneruiæ, be-
torticæ, summitatum cannabis, agrimo-
niæ, verbenæ,.osmondæ regalis, rubæ
majoris, calitrichi , linguæ auis terres-
tris, fragariæ, buglossæ, gentianæ, her-
niæ, omnium capil. recentium, scordij
veH , nepitæ, pentaphyllon, lanaceti,
herbæ Roberti ana m. 0.
Vuarum passarum mundatarum , gly-
cyrrhizæ rasæ, seminis byperici et car-
dui benedicti ana § . i.
Trium florum cordialium p. iiij.
Coquantur complété in aquâ commun! :
postea in fine adde vini albi et mellis
rosati, cinamomi quantum sulïicit : fiat
decoclio :
» Laquelle on passera par la chausse
d’IIippocras , et en sera donné vne once et
demie ou deux au patient au matin, deux
heures deuant manger.
(L’édition de 1575 dit trois ou quatre onces.)
» Et noteras icy que , si l’on ne trouuoit
toutes les susdites herbes, que l’on se con-
tente d’vne partie.
» Aussi le puis asseurer que l’ay veu par
patient potion vulnéraire. Ce que i’ay
souuenlesfois fait , auec heureuse is-
sue, pource que Nature fait choses
admirables aidée par telle potion.
Car nous voyons sonnent aduenir
que, les playes et vlceres, qui de
leurs premiers commencemens sem-
bloienl estre des plus légères, deuien-
nentauec le temps si rebelles , qu'il
n’est possible, quelque diligence et
industrie qu’on y employé , les ame-
ner à raison cl consolidation par les
remedes ordinaires : soit à cause de
leur malignité et cacoëlhie, soit à rai-
son qu’iceux remedes communs et or-
dinaires sont repugnans à l’alteration
et consolidation desdites playes, vl-
ceres , et fistules. Parquoy les anciens
en tel cas onl inuenlé et ordonné cer-
taines potions , qui à ceste occasion
ont esté appcllées vulnéraires , à rai-
son de leurs merueilleux effets pour
la guarison des playes , vlceres et
expérience merueilleux cITects de telle po-
tion pour les vieilles vlceres cacoethes et
fistules : ce qui se peut aussi prouucr par
raison : car tout ainsi que nous sommes
nourriz des alimentz que nous prenons,
s’ils sont bons, noslre corps et noz esprits
s’en Irouuent bien : au contraire, s’ils sont
mauuais nous trouuons mal. Or, s’il est
ainsi que celuy qui a vne vlccre ou fistule,
ou passion arthritique, subit qu’il fait quel-
que desordre, spécialement à son manger et
boire, comme s’il'mange viandes fort salees,
espices, ou aulx et oignons, vin fort et sans
eau, et autres choses contraires, subit, ou
tosl apres, sentira douleur et inflammation
en scs articles ou à son vlcerc, cl pareille-
ment mutation de sanie en icelle. Dont ie
conclus, que tant ainsi que donnerez icelle
potion vulnéraire (laquelle a faculté, puis-
sance et vertu de purifier la masse sangui-
naire, tant par vrines, sueurs que per hali-
tum) aidera aussi à la cure desdiles vlce-
res et fistules : ce qui est cogneu par l’expe-
rience quotidiane. »
DE LA Gftdfe'sfe VBRolie.
5g5
fistules désespérées. Gar ièllés po-
tions, bien qu'el les ne vuident les
humeurs pal le bas, si sont elles con-
uennbles à nettoyer les playes et vlce-
res de tou tes les humeurs superflues ,
à purifier le s an g de toutes Itesimp mi-
tés,;! recoler les os brisés, et guarir
les nerfs: brief à aider Nature en telle
façon , qu’en peu de temps lés playes
soyenl incarnées et cicat risées, mesme
quelquesfois sans appliquer autre re-
mede. Ce considéré, il m’a semblé
bon d’en dire quelque chose , d’au-
tant principalement que leur vsage
ayant esté approuué anciennement ,
est pour le iourd’huy presque du tout
anéanti et négligé par les Aîedecins
et Chirurgiens , cllose grandement
dommageable au public. Car si la
gUarison de leiies playes et vlceres
inueterées est ladetersion et régéné-
ration de la substanceperdue, quelles
choses le pourroiint mieux faire que
celles par la vertu miraculeuse des-
quelles lé sang humain est tellement
mondifië, que d iceluy, comme de ma-
tière competente et bien disposée, la
chair et substance perdue est promp-
tement reparée, et la partie rendue
en sa première vnion? Que si les vl-
ceres fistuleux, les chancres vlcerés,
les passions arthritiques, et autres
semblables maladies, par vsage de
viandes salées, espicées, acres et sub-
tiles, comme d'aulx, d’oignons, mous
tarde , bref par quelconques excès en
boire et manger, s’aigrissent et en-
flamment, pourquoy par viandes et
medicamens contraires ne se pour-
ront-iis amènera quelque raison?
Or à fin que les ieunes chirurgiens
se puissent aider de tel remede, ie me
délibéré présentement d’en descou-
urir et desployer le thresor : dont les
simples et ingrediens de telles com-
positions sont :
La Scabieusë,
Le seniclé,
Le bugle,
La pilozelle,
La pimpinelfe,
Là garence,
Là tenaisié,
Les sommités
chanure,
Les sommités
ronces,
Le cicîatnen,
Les consoldes
grande et petite h
La verueine,
La serpentaire,
L’armoyse,
La peruenche,
La centaurée,
L’herbe dite lan-
gue de serpent,
La beloine,
Le petum ouNico-
tiane,
Vlmaria,
Tussilago,
Dens Leonis,
Vuæ passte -,
L’arislolochie,
La véronique,
L’aigremoine,
Les capillaires,
L’iiérbe Robert,
Le pied de coulon,
de Le planlain,
L’herbe dite lan-
de gue de chien,
Le caryophyllate,
La charpentîere,
L’osmonde royale,
La toute-bonne,
La gentiane,
L’herbe au Turc,
Le chou rouge,
Le scordium,
L’i erbe à chat3,
Le pentaphyllon*,
Le mille-pertuis,
Le chardon-faenist,
Les trois fleurs cor-
diales,
Le soucy,
Fenoil,
Le macis.
De tous ces simples, le chirurgien
choisira ceux que bon luy semblera
estfe propres aux parties vlcerées,
comme auons dit au Traité dcsVlctrcs
particulières , et selon la saison et le
1 Tel est le texte de la cinquième édition ;
mais la seconde et la quatrième portent :
Les consoldes yrunde et moyenne.
' Les cinq ingrédients qui précédent ne Se
trouvent pas dans la formulé de 1679; ils ont
été ajoutés en 1686; et le dernier, Vncepnssœ,
a été retranché dans tes éditions posthumes.
3 L’édition de 1579, après les trois fleurs
cordiales , énumère les capillaires déjà cités,
les chancres de riuiere, les escreuices, le ma-
sis, et le boliarmene. Celle de 15S5 retranche
ce dernier, et ajoute le soucy et fenoil; et
enfin nous donnons ici le texte de la pre-
mière édition posthume.
5g6
LE SEIZIEME LIVRE ,
temps , selon le tempérament du pa-
tient , et selon l’espece et propriété
de la maladie. le puis asseurer les
potions qui seront faites des jus ou
décoctions d’icelles , soit en vin blanc
simple ou vin miellé , estre par l’ex-
perience que i’en ay par plusieurs fois
faite , tres-vliles à purifier et mondi-
fier le sang, et nettoyer les vlceres
sanieuseset virulentes, et dysentéri-
ques , à prohiber la pourriture , et
dissiper les humeurs superflus, à ex-
folier les os à dissoudre le sang des
meurtrisseures et contusions , chasser
tous corps estranges, et faire autres
merueilleux effets au corps humain.
Parquoy de crainte que le ieune chi-
rurgien ne se perde en si grand iar-
din d’herbes dessusdites , i’en presen-
teray deux exemples, à l’imitation
desquels il pourra dresser toutes ses
autres potions vulnéraires L
Prenez bugle, petum ou nicotiane, tussi—
lago, vlmaria, dicte royne des prez, se-
nicle, aigremoine , de trois sortes de
plantain, des consoldes, prunella, ver-
ueine, armoise, dent de Lyon.caryophyl-
lata, racines ou sommités de ronces,
de chacun demv poignée :
Herbe Robert, aluine blanche ou Ro-
maine, fenoil verd, choux rouge, de
chacun vne poignée.
Le tout sera mondé et laué , puis
mis en vn pot neufet plombé, en huit
liures de vin blanc, et demie liure de
miel crud, puis le tout boüillira in bal-
neo Mariœiel ne doiuent lesdiles her-
bes y estre plus d’vne heure et demie,
de peur que leur vertu ne se dissipe,
et soit rendue de mauuaisgoust. Puis
sera passée, coulée , et mise en petite
bouteille bien bouschée : de laquelle
t Dans l’édition de 1579, l’auteur dit seu-
lement : l’en preseriteray vn exemple ; et cette
première formule manque. Elle a été ajoutée
en 1585.
potion le malade prendra trois onces
pour chaque prise au matin , trois
heures auant le repas. Les susdites
décoctions peuuent estre aromatisées
de canelle, pour donner meilleur
goust au malade.
filtre.
’2f. Saniculæ, buglæ, scabiosæ, betonicæ,
scordij et nepitæ ana m. C .
Vuarum mundalar. sem. hyperici, et
cardui benedicti ana §.j.
Trium florum cordialium ana p. ij.
Coquantur complété in H>. viij. aquæ com-
munis, postea in fine adde :
Vini albi 1b. ij.
Mellis Narbonensis 1b. j.
Fiat decoctio lento igné, vel in balneo Ma-
riæ : passetur per manicam Hippocra-
tis, addendo cinnamomi §.6.
Detur manè tribus horis ante prandium
ad 5. iij.
Mesme de telle liqueur on peut vser
és iniections és fistules , et en lauer
les vlceres , et mettre desdites herbes
dans les potages des malades, de tant
que le suc d’icelles peut estre dit mé-
dicament alimenteux '. Et puis asseu-
rer auoir fait choses merueilleuses
par long vsage desdites potions, és
fistules de la poitrine et ventre infe-
rieur , et autres parties , où les autres
remedes ordinaires n’auoient sceu
obtenir la parfaite guarison : ayant
tousiours eu esgard , suiuant le bon
vieillard Guidon , de n’en vser au
commencement és playes recenles ,
à cause que telles herbes sont chau-
des et aperitiues, et partant eschauf-
fent et subtilient le sang, le faisant
fluer en la partie blessée. Parquoy
apres que la suppuration sera faite ,
1 Ce membre de phrase : Et puis asseu-
rer, etc., jusqu’aux mots : ayant tousiours eu
esgard, se lit pour la première fois dans l’é-
dition de 1585.
UE LA GROSSE VEROLLE.
et qu'il ne reste plus qu’à delerger et
incarner, et l’inflammation passée, il
sera tres-vtile et expédient d’en vser1.
CHAPITRE XXXVI.
DES DARTRES OV SCISSVRES SERPI-
GINEVSES 2.
Reste maintenant à traiter des scis-
sures ou creuasses, lesquelles suruien-
nent le plus souuent apres la cura-
tion de la verolle. Le lieu qu’elles
occupent le plus souuent , sont les
palmes des mains , et plantes des
pieds. Elles sont causées d’humeur
pituiteux salé , ou de cholere rendue
1 A la fin du chapitre consacré à la potion
vulnéraire, dans le livre Des caries, de 1564,
il y avait un dixième et dernier chapitre in-
titulé • La superficie de l’os ne tombe seule-
ment, oins tout l’os. Il était emprunté, comme
le précédent, au traité Des playes de la teste
de 1561; et, ayant bien plutôt rapport aux
plaies de tête qu’aux caries, il a été con-
servé dans l’histoire de ces plaies, au cha-
pitre 22 du livre S. Voyez ci-devant page 66,
le paragraphe qui commence ainsi : Or
quelquesfois, etc., suivi de l'observation du
laquais de M. de Goulaines: le texte y est
le même que dans l’édition de 1561 ; mais
dans celle de 1564 il finissait ainsi :
« Pour ceste cause , feis faire audit laquais
vn bonnet de cuir bouilly, pour résister aux in-
iures externes , qu’il porta iusques à ce que la
cicatrice fut bien solide, et la partie forti-
fiée de quelque porus ou cal fait paria pro-
uidence de nature, chose digne de grande
admiration : qui te seruira de conclusion
pour le discours des caries. »
2 Ce chapitre a paru en 1575, comme com-
plément de l’histoire de la vérole emprun-
tée à Thierry de Héry ; et en effet il est pres-
que entièrement extrait d’un article de
Thierry qui porte le même titre, ouv. cité,
p. 235.
^97
aduste par l’intemperie chaude de la
masse sanguinaire , ou de quelque
reliquat et portion du ferment de ce
virus, lequel est enuoyé ausdites
parties. Or quant à leur curation ,
elle est difficile , principalement
quand elles sont inueterées, à cause
que les parties se sont habituées àre-
ceuoir tel humeur : si elles sont récen-
tes, elles seront moins difficiles à gua-
rir. Les recentes sont conneuës par
vne rougeur accompagnéed’vn grand
prurit, et le cuir est plus gros, espais,
et aride que de coustume : celles qui
sont inueterées, outre les signes pré-
dits, il y a des duretés squameuses
et furfureuses, de sorte qu’en les frot-
tant rudement, on en voit sortir des
escailles en maniéré de farine de son.
Quant à la curation , pour les cho-
ses vniuerselles il faut auoir esgard
au vice du foye, ordonnant le ré-
gime , purgations , bains , ventouses,
cornets*. Et quant aux topiques, si
elles sont recentes, on vsera d’eau
desiccatiue, et de ténue substance,
comme ceste-cy :
Aquæ rosar. pariet. ana. § . j.
Aquæ alum. § . ij.
Chalcitis 3. ij.
Aluminis 3. iij.
Pul. sublimati 3 . iiij.
Fiat lenta et minima ebullitio in balneo
Mariæ.
On augmentera la force de ceste
eau par le sublimé , ou sera diminuée
selon qu’il sera nec ssaire.
7f. Olei de tartar. g.ij.
Sapo commuais § . iiij,
Misce et fiat vnguentum ad vsum.
1 Thierry ajoutait ici : scion l’ordonnance
du médecin. Paré avait mis de même, en
1575 : ce qui se fera par l’ expérience de l’ex-
pertmedecin. Cela a été effacé en 1579.
LE SEIZIÈME LIVRE ,
598
Autre de merueilleux effet l.
If. Sublimati puluerisati 5. ij.
Aluminis rocbæ 5- j-
Albumina ouorum fortiler agitatorum
quantum sudiciat.
Applicetur super partem affectam ; intérim
vtatur decocto gaiaci.
Si elles sont inueterées , il les faut
ramollir par décoctions emollien-
tes, attenuatiues et incisiues,et par
linimens , onguens , emplaslres de
mesme faculté : puis y proçedei auec
parfums , comme de cestuy qui s’en-
suit :
?f Pul. cinab. 5 . ij.
Labdani, assæ odoratæ, styrac. calamitæ
ana g . fi.
Olibani, mast. ana 5. iij.
Olei tart. et theriaeæ quant, suff.
Fiant trochisci.
Desquels on pourra vser la dose
de demie once par chacune fois ou
enuiron : et faut que 1 on face re-
ceuoir le parfum seulement à la par-
tie , sans que la fumée soit commu-
niquée à la bouche, nez, yeux, ou
oreilles 2.
Pareillement ce rerpede est fort
propre pour se lauer les mains :
« cette formule, et de même aussi la précé-
dente, ne sont pas de Thierry, et manquent
dans l’édition de 157a. En 1579, Paré
donna la prerpière, qui se terminait alors
par ces mots : Intérim vtatur decocto gaïaei,
qui ont été ensuite reportés après la seconde,
publiée en 15S5.
2 Ici finissent les emprunts faits â Thierry
pour ce qui concerne les dartres; et Iq for-
mule suivante, quoique datant de 1575, ap-
partient à Paré, ou du moins à quelque au-
tre auteur inconnu.
Prenez cendre de grauelée, et en faites ca-
pitel dans vne chausse d’hippocras : et
en iceluy faut dissoudre de la pre-
seure, et battre assez longuement en
vn mortier, et de ce en faut frotter les
mains.
Autre t.
Prenez vnguenti enulati g . iij.
Fugitini g . ij.
Resinæ pini g . j.
Cerussæ g • fi •
Argenli viui 3. iiij.
Succi citri et lapathi acuti ana § . (5 .
Incorporentur simul : fiat linimentum quo
illinatur pars,
Si on y adiouste demie dragme de
sublimé, lauéet préparé comme ce-
luy des fars , il sera'de grande effi-
cace.
Autre.
Prenez alum bruslé, et subtilement pulue-
risé, et incorporé auec blanc d'œuf et
suc de citron , et un peu d’aloës des-
trempé en oxymel scilli tic.
CHAPITRE XXXVII.
DE LA MALADIE VENERIENNE 0V GROSSE
VEROLLE OVI SVRVIENT AVX PETITS
ENFANS 2.
Souuenf on voit sortir les petits
enfans hors le ventre do leur
mere , ayans ceste maladie , et lost
apres auoir plusieurs pustules sur
leur corps : lesquels estans ainsi in-
fectés, baillent la verolleà autant de
nourrices qui les allaictent. Aucuns
prennent la verolle (Ie leurs nour-
■ Cette formule et la spivapte onf été
ajoutées à ce chapitre en 1579.
2 Ce chapitre est de 1575; cependant j’ai
feuilleté en vain le ljvre de Thierry pour en
retrouver l’origine , et, sauf erreur, il m®
paraît appartenir à Paré.
DE LA GROSSE VEP.OLLE.
rices : par - ce qu’icelle maladie ,
comme auons dit, est contagieuse.
Or on voit peu souuent les enfans
naiz auec ceste maladie, receuoirgua-
rison : mais ceux qui l’ acquièrent par
tetter ou autrement, estans ja gran-
delels , sont quelquesfois guaris.
Le moyen de paruenir à la cura-
tion est de faire vser à la nourrice
de l'eau tlieriacale, que descrirons cy
apres, l’espace de vingt iours ou plus,
tant pour s’exempter de ceste mala-
die , que de rendre son laïct alimen-
teux et médicamenteux : et lorsqu’elle
donnera à tetter à l’enfant , n’oubliera
lauer et essuyer le bout de sontetin,à
fin que le virus sortant par la vapeur
de la bouche du petit enfant , ne s'im-
prime en son mammelon par les trous
où passe le laict. Et quant aux petits
enfans , on leur frottera seulement les
pustules d’vn onguent bien peu vif-
argentin , comme vnguentum émula-
tion curn mercurio , ou autre sembla-
ble : et sera puis apres enueloppé en
vne couche ou linge, lequel sera pre-
mièrement parfumé des parfums cy-
dessus mentionnés, et sera tenu fort
chaudement.
Or telles choses se doiuent faire par
espaulelées , c'est à dire petit à petit ,
et non par con inualion , de peur
qu’il ne leur vienne mal à la bouche.
Aussi s'il auoit quelques vlceres
en la bouche, on les louchera des
eaux cy dessus mentionnées , les cor-
rigeant, ayant esgard à la délicatesse
de l’enfant. Aucuns ont esté guaris
par ces moyens : autres aussi sont
morts, non par le vice du médica-
ment , mais pour la grandeur de la
maladie.
D’auantage si l’enfant a pris lave-
rolle de sa nourrice, la faut changer,
et luy en bailler vne autre qui soit
saine: autrement ne pourroit iamais
S99
estre guari, pouree qu’il seroit tous-
iours nourri du sang infecté du virus
verollique.
CHAPITRE XXXVIII.
DESCRIPTION DE L EAV THERIACALE *.
Recipe rasuræ interioris ligni sancli gum-
mos. îî>. j.
Polipodij quercini § . iitj.
Vini albi dulcedinis experlis îî>. ij.
Aquæ fonlanæ purissimæ tb.viij.
Aquarum cichorij etfumariæana. § .iiij.
Sc mirés iuniperi, hederæ et baccar. laur.
apa 5 . ij.
Cariophyl. et macis ana g. fi.
Corlicis citri saccbaro cond. çonseruæ
rosarum, anthos, cichor. buglos. bor-
rag. ana 5 . fi .
Çonseruæ enulæ campanæ, theriaeæ ve-
teris et milhrid. ana o • ‘j-
Fiat omnium dislillatio in balneo Mariæ,
modo scquenli.
Vous infuserez le gaiac en la moitié
de vostre vin et eau, l’espace de douze
heures : et le reste de vos ingrediens
en l’autre moitié dudit vin et eaux, en
conquassant ceux qui peuuent estre
conquassés : seront mis à part ep in-
fusion l’espace de six heures, puis
mettez tout ensemble, à fin qu’ils se
puissent fermenter : laquelle ferraen-
I Ce chapitre se lisait déjà en 1575, où il
terminait le livre de la grosse vexolle. L’eau
thériacale dont il donne la description sem-
ble avoir été pratiquée sur le modèle de
l 'eau philosophique de Thierry de Héry, ouv.
cité, p. G9; là formule commence de même :
7f. Rasuræ inleriori substantiæ gumtnosæ
gaïaei lb. j.
II y a aussi d’autres ingrédients communs;
mais, au total, les deux préparations sont
différentes.
6oo
LE SEIZIEME LIVRE ,
tation se fera en vne ou deux grosses
bouteilles de verre , les laissant bouil-
lir ( estans bien estoupées ) en vn
grand chanderon plein d’eau chaude,
l’espace de cinq ou six heures. Le tout
estant bien fermenté et confit ensem-
ble , sera mis en vn alambic de verre,
et en sera fait distillation : de laquelle
eau en donnerez quatre onces pour
chaque prise , laquelle sera aroma-
tisée d’vue dragme de canelle , et d’vn
scrupule de diamarguriton , adious-
tant demie once de sucre pour la
rendre plus agréable.
La nourrice en pourra vser sans se
mettre au lit : car elle a vertu par
vne propriété d’obtondre ce virus, et
fortifier les parlies nobles. Aussi la
nourrice en lauera son mammelon
apres que l’enfant l’aura allaicté.
Autre Eau theriacale '.
Eau theriacale composée par Ron-
delet, qui provoque les sueurs en la
verolle inueterée , et cure les dou-
leurs, baillée auec les autres suiuan-
tes: et dit en auoir fait vser auec heu-
reux succès.
: ¥ . Theriacæ veteris ü>. j.
Acetosæ m. iij.
Radicum graminis ^ . iij.
Pulegij, cardui benedicti anam. ij.
Flor. chamæmeli, p. ij.
Temperentur omnia in vino albo, et distil—
lentur in vase vitreo , et aqua seruetur
vsui.
De laquelle on baille deux onces
auec trois onces d’eau de vinette , et
buglosse : et cecy se doit faire lors
que le malade s’en va au lit. Ceste
eau cure les douleurs, baillée seule
ou avec décoction d’esquine ou de
i Cette autre formule a été ajoutée en
1579, avec les réflexions qui viennent à la
suite, et c’est ainsi que se terminait le livre.
bardane : si c’est vn pituiteux , en
lieu de l’esquine on prendra la décoc-
tion de gaiac : car à cause de sa sub-
stance subtile pénétré bien tost , et
ex pelle les matières causant les dou-
leurs.
CHAPITRE XXXIX.
DE LA PVANTEVR D’HALEINE, DES AIS-
CELLES, DES PIEDS, ET DE LA SVEVR
VNIVERSELLE ‘.
La puanteur d’haleine vient de plu-
sieurs causes, comme à ceux qui ont
i esté frottés, emplastrés, etprincipa-
| lementi 2 parfumés de vif-argent : ou
pourla pourriture des dents et genci-
ves , ou vlcere des poulmons , ou par
une indigestion d’estomach, ou pour
l’obstruction et corruption des os col-
latoires : ou pour auoir mangé ails,
oignons, choux, viel fromage, etautre
chose de mauuaise odeur. Les bossus
on t volon tiers l’haleine puante ^rai-
son que l’air qu’ils inspirent est trop
long temps retenu dedansleur thorax
courbé, qui fait que leur haleine est
puante.
La puanteur des aiscelles vient, par
ce que le lieu est concaue , non pers-
pirable , qui fait que les tueurs ne
sexhalent et ne perspirent : et par-
tant acquièrent pourriture et mau-
uaise odeur, comme la senteur d’vn
bouc : c’est pourquoy l’on dit qu’ils
sentent le bouquin , ou l’espaule de
mouton.
1 Ce chapitre et le suivant ont été publiés
pour la première fois en 1585: et ils sont
restés ainsi, à part quelques mots ajoutés
dans l’édition posthume de 1598.
2 Ce mot principalement manque dans
l’édition de 1585.
DE LA GROSSE VEROLLE.
601
Ordinairement la plante des pieds
est de mauuaise odeur, par-ce qu’il
en sort vne sueur, laquelle n’est
transpirée, à cause de la grande es-
paisseur du cuir qui est calleux et
dur *.
La puanteur de la sueur sortant de
tout le corps, vient de la corruption
d’humeurs, et principalement aux
rousseaux lauelés. Ilyena plusieurs
quisesont abusés, voulansperdreceste
mauuaise senteur, lesquels se frot-
tans les aiscelles et plantes des pieds
de choses odoriférantes, se sont ren-
dus plus puants. Car d’autant que les
choses odoriférantes sont chaudes,
d’autant plus ils fondent les vapeurs
esquelles la feteur consiste, qui est
cause qu’elle apparoist d’auantage :
ce qu’on voit par expérience.
I’ay souuenance que ie pensois vn
prince de quelque maladie, et le ser-
uiteur de l’Apoticaire auoit les pieds
puants , de façon qu’on le sentoit lors
qu’il entroil en la chambre. Il s’ap-
perceut qu’on le fuyoit pour ceste
puanteur, et pour y remedier , il se
frotta le dessous des pieds de grande
quantité de musc : dont au lieu de ca-
cher et esteindre ceste feteur, il aug-
menta de telle façon , qu’il parfumoit
toute vne chambre où il entroit d’vne
odeur si forte et si puante, qu’on ne
la pou u oit endurer : qui fut cause
qu’il fut chassé et banni entièrement
de la maison dudit Seigneur.
Or pour la cure, elle sera diuersiüée
selon la diuersitédes causes. La cure
palliatiue se fera en se frottant les ais-
celles et les pieds d’eau alumineuse,
ou autre décoction astringente, qui
aura vertu de condenser et reprimer
ceste exhalation puante.
1 Ces mots, à cause de la grande espaisseur
du cuir, etc., manquent également en 1585.
CHAPITRE LX.
DE LA SVRDITE DES OREILLES1.
Question problématique, à sçauoir,
qui est la cause de surdité.
Est-ce point que la membrane qui
est au cæcum foramen , faite du nerf
de la cinquième conjugaison, est
rompue, ou empeschée de quelque
humeur tombé dessus, ou dislocation
des petits osselets appelés Incus ,
Malleolus et Stapes : et que les causes
peuuent estre internes, ou externes.
Internes, comme quelque fluxion
tombée aux oreilles, qui fait apos-
teme, dont s’engendre vlcere hyper-
sarcose , ou chair supercroissante :
Ou de l'excrement ou sordilie , qui
continuellement se fait en nos oreil-
les, faute d’estre nettoyées, et s’ac-
cumule et deseiche en forme de pe-
tites pierres , qui estoupent le conduit
auditif: Ou d’vn grain prouenant de
la petite verolle, ainsi qu’on voit sou-
rient les verollés vexés de la grosse
verolle perdre l’ouye pour vne
grande douleur de teste : Ou aussi
vient de la première conformation ,
et héréditairement , ainsi qu’a remar-
qué Fernel au livre 5. chap. 6, lequel
fait mention d’vn Sénateur qui, ayant
vne femme bien saine, engendra tous
ses enfaus sourds et muets, de la-
1 J’ai déjà dit, à l’occasion du chapitre
précédent, que celui-ci datait de 1585. et
si à toute force on peut trouver une appa-
rence de rapport entre la puanteur de la
bouche, etc., et la vérole, il est bien diffi-
cile de comprendre comment un article sur
la surdité a pu être ajouté à la fin de ce li-
vre-ci. Il ne contient d’ailleurs que des
vues théoriques qui n’offrent] pas grand
intérêt.
LE SEIZIEME LIVRE, DE LA GROSSE VEROLLE.
602
quelle chose on ne peut donner rai-
son.
De cause externe : Est- ce point
d’vn grand bruit de tonnerre, de
grosses cloches, ou d’artilleries, ainsi
qu’on voit souuent les canonniers
perdre l’ouye tirans les grosses piè-
ces, pour la grande agitation de l'air
qui rompt ladite membrane , et de-
place et renuerse lesdits osselets du
lieu naturel : de façon que l’air im-
planté aux resorls, anfractuosités, ou
petits labyrinthes contenus en la
cauité mastoïde (nommée d’aucuns
Tabourin) le malade oit vn bruit et
tintamarre aux oreilles, duquel bruit
il y a plusieurs et diuerses différences:
A sçauoir, Sibilus, ou sifflement, qui
est fait d’vne vapeur subtile : Tinnitus,
ou tintement, fait d’vn cours et abon-
dance d’humeur pituiteux : Sonitus ,
Bombas , ou bourdonnement , causé
d’vnhumeurpluscraset visqueux : et
s’il y a vn bruit comme d’ vue eau cou-
lante d’vn moulin en bas, monstre une
agitation d’humeur meslé parmy la va-
peur : Strepitus, ou estonnemeni, fait
d’vne grande commotion , esbranle-
ment , ou escousse du cerueau. Ou
pour esti e tombé et auoir receu quel-
que coup sur la teste : ou d’vn air
froid , qui auroit entré aux oreilles et
refroidi le cerueau : ou quelques
noyaux de cerises , ou autres corps
eslranges. Qr la surdité eau e de gran-
des fascheries aux maladies , pour la
diuersité des sons qui perpétuelle-
ment les tourmente : qui se fait à
cause que l’air naturel implanté aux
anfractuosités du tabourin est em-
pesché.
Seconde question problématique , à
sçauoir, pourquoy les sourds par
lent d’vne autre façon qu'aupara-
uant qu’ils fussent sourds.
Est ce point par-ce que les nerfs de
la cinquième coniugaison ont com-
munication auec ceux de la sixième,
qui sont les nerfs récurrents (appellés
nerfs de la voix), lesquels descendans
en bas baillent de petites ramifica-
tions au poulmon, magazin de l’air,
qui est matière de la voix , qui fait
depraualion de la parolle, et semble
que les malades parlent ayant la teste
dans un pot? Tous lesquels accidens
seront guaris par leurs contraires ,
tant que possible sera : toutesfois ,
ce qui vient héréditairement est in-
curable , comme celle qui est faite
par la dislocation des trois petits os-
selets, ou par la ruplion de la mem-
brane qui est tendue sur l’entrée de
la cauité dite Tabourin ‘.Semblable-
ment celle qui suruient par vne su-
percroissance de chair, si elle est fort
profonde, ne se peut guarir.
■ L’édition de 1585 portait seulement, de
la membrane dicte tabourin, ce qui était pro-
bablement une faute de l’imprimeur.
LE DIX-SEPTIEME LITRE
TRAITANT DES
MOYENS ET ARTIFICES D’ADIQVSTER CE QVI DEFAYT
NATVRELLEMENT OV PAR ACCIDENT *.
CHAPITRE I.
LE MOYEN D’AVOIR VN OEIL ARTIFICIEL.
Par cy deuant nous auons ample-
ment descrit , aux liures des tu-
meurs, playes , vlceres , fractures,
et dislocations , les trois points aus-
quels s’exercent les operations de
chirurgie , qui sont ioindre le sépa-
ré , osier le superflu , et séparer le
continu. Reste maintenant en bref la
quatrième, qui est adiousler ce qui de-
faut naturellement ou par accident.
Car ainsi ( pour entrer en matière )
nous voyons souuent , à raison de
quelque coup ou inflammation, les
yeux se creuer et sortir hors la leste,
ou bien deuenir émaciés. Parquoy où
1 Voici assurément l’un des livres les
plus originaux et les plus intéressants de la
collection de Paré. Il ne parut comme livre
spécial qu’en 1575; mais plusieurs des arti-
cles dont il se compose avaient déjà été pu-
bliés dans quelques éditions partielles , et
notamment dans celles de 15G1 et 15G4.
Dans les éditions complètes anciennes, il
n’occupe pas la place que j’ai cru devoir lui
donner. Il est rejeté après le livre de la
Peste; en sorte qu'il est coté le 22= encore
en 1579, quoique l’ordre des premiers soit
différent; le 23e en 1585, et dans toutes les
tel accident aduiendroit, apres la cu-
ration de l’vlcere, on pourra adapter
dans l’orbite vn œil fait par artifice ,
comme ceux cy figurés, qui sont seu-
lement pour l’ornement du malade
Yçax artificiels , desquels l’est demons(ré le
dessus et le dessous, qui seron{ d’or émaillé,
et de couleur semblable aux naturels.
Et s’il aduenoit qu’on ne peust loger
cest œil artificiel dedans l’orbite , on
pourra encore en faire vp autre tel
que tu vois par cesle figure, fait d’vu
éditions postérieures. Tar son objet, par la
phrase même par laquelle il commence, il
forme le complément de la chirurgie pro-
prement dite de Paré; et c’est pourquoi je
l’ai pl acé ici.
1 Ce paragraphe, avec les figures des
yeux artificiels, avait été publié pour la pre-
mière fois en 15GI, dans le traité Des playes
de la teste, foi. 22G. — Voyez ci-devant la
note 1 de la page 79. Du reste, avec le para-
graphe précédent, il constituait à lui seul
tout le chapitre en 1575, et même encore en
1579; le reste ne date donc que de 15S5.
b04 LE DIX-SEPTIEME LIVRE
fil de fer applati et ployé , et couuert
de velours ou taffetas, ayant son ex-
trémité platte , à fin qu’il ne blesse ,
et l’autre extrémité sera couuerte de
cuir façonné, et le peintre luy don-
nera par son artifice figure d’œil. Cela
fait, on le posera sur l’orbite. Or ledit
fil se peut estendrc et reserrer, comme
fait celuy que les femmes ont à leur
tenir leurs cheueux. Il sera passé par
dessus l’oreille , autour de la moitié
de la teste.
A uire figure d'œil artificiel ' .
Il aduient souuent aux petits enfans
une maladie dite Strabismu1 . , qui est
vne distorsion contrainte auec inéga-
lité de la veuë , ce que nous appelions
en françois louche ou bigle. Le plus
souuent telle maladie aduient (comme
nous dirons plus amplement au liure
de la Génération pour auoir mal si-
tué le berceau de l’enfant , soit de
nuit ou de iour, le mettant à costé de
la lueur : qui fait que pour voir la-
dite lueur il est contraint de retour-
ner ses yeux à costé d’icelle, estant
• Cette figure et les deux suivantes ont
bien été produites pour la première fois
par A. Paré; mais elles ne sont que la
traduction du texte, que notre auteur avait
puisé dans Paul d’Êgine qu’il cite un peu
plus bas, et spécialement dans la traduction
française de Dalechamps.
toujours désireux de la regarder : ou
bien pource que la nourrice est lou-
che , qui fait que l’enfant la contre-
fait. Or posons le cas que quelque
petit enfant fust louche, ayant la
veuë torse , ou par le vice de la
nourrice , ou autrement : Paul Ægi-
nele, liure 3. cltap. 22, nous a laissé
vn moyen propre pour y remedier
et redresser la veuë , lequel n’a esté
pratiqué d’aucun de nostre temps ,
que Paye peu sçauoir : c’est qu’il veut
que l’on face vn faux visage en forme
de masque , lequel doit estre si bien
proportionné et accommodé sur le
visage de l’enfant, qu’il ne le blesse
aucunement: et toutesfoisil faut qu’il
soit si iuste , que le iour n’y puisse en-
trer par les entre-deux, craignant que
ledit enfant ne tournast sa veuë vers
le iour. Tel faux visage ou masque
aura seulement deux petits trous
droit au milieu de l’œil , à fin que le
iour y puisse reluire : ce qui sera cause
que l’enfant n’apperceuant autre lu-
mière et clartéquepar les trous, il tien-
dra sa veuë tousiours fichée en cest
endroit, de sorte que l’œil s’accoustu-
mera a demeurer droit et arresté , re-
prenant une nouuelle habitude, et
laissant celle qu’il auoit acquise re-
gardant de costé. Ledit faux visage
sera fait de matière la plus legere
que l’on pourra , et ne doit couurir le
visage plus bas que le nez , laissant
la bouche à descouuert, à fin que
l’enfant puisse à toutes heures teler
ou manger : attendu qu’il doit de-
meurer continuellement sur son vi-
sage. Pour lequel tenir plus commo-
dément, il sera attaché par le der-
rière de la teste auec quatre petites
attaches , deux de chaque costé ,
comme on peut voir par ce portrait :
D ADIOVSTER CE QVI DEFAVT. 6o5
Portrait d’vn masque par lequel la veuë est
redressée.
Au lieu de ce masque , on pourra
pareillement vser de besicles faites de
corne , que l’on adaptera sur du cuir,
et seront posées sur les yeux : au mi-
lieu y aura vn petit trou , par lequel
l’enfant pourra voir, et addresser sa
veuë. Les besicles sont marquées par
BB. et la piece du cuir par A. Les
courroyes par lesquelles sont atta-
chées, CC.
Fiqure des besicles.
LE MOYEN DE CONTREFAIRE VN NEZ
PAR ARTIFICE.
Pareillement le nez peut estre du
tout coupé , ou portion d’iceluy, et
ne peut iamais estre reioint , parce
que vnion ne peut estre faite aux
membres organiques : ce qui est
prouué par Hippocrates. La raison est,
qu’vne partie de nostre corps pour
estre reiointe et consolidée , a besoin
de receuoir nutrition, vie et senti-
ment des membres principaux , au
contraire des greffes qui se repren-
nent aux troncs des arbres. Parquoy
cel uy qui aura perd u son nez, faut qu’il
en face faire vn autre par artifice,
soit d’or ou d’argent, ou de papier
et linges collés , de telle figure et cou-
leur qu’esloit le sien : lequel sera lié
et attaché par certains filets derrière
l’occiput , ou à vn bonnet. Et d’abon-
dant s’il aduenoit (comme souuent se
fait) qu’auecques le nez on empor-
tast portion, ou du tout la léure su-
périeure , ie t’ay bien voulu donner
les ligures, à fin d’aider à l’ornement
du patient: lequel s'il portoit barbe,
en pourras faire adapter, ainsi qu’il
en sera necessaire L
Portraits de nez.
11 s’est trouué en Italie vn chirur-
gien , qui par son artifice refaisoit
des nez de chair, en ceste maniéré.
C’est qu’il coupoit entièrement les
bords calleux ou cicatrisés du nez
perdu , comme l’on fait aux’ becs
de liéure : puis faisoit vne incision
tant grande et profonde qu’il es-
toit necessaire , au milieu du muscle
dit Biceps , qui est l’vn de ceux
'Tout ce commencement du chapitre,
avec les figures ci-jointes, a été repris du
traité Des play es de la leste, fol. 253, et re-
monte ainsi à la date de 1561 . Le reste date
de 1575.
666 Lfe faix Septième LiVkÉ,
qui fléchit le bras : puis subit fai-
soit poser le nez en ladite incision,
et bamloit si bien la teste auec le
bras , qu’il ne pouuoit vaciller çà ne
ià : et certains ioUrs apres, qui est
ordinairement sur le quarantième
iour, connoissant l'agglutination du
nez ailée la chair dudit muscle, en
edupoit tant qu’il eh falloit pour lü
portion du nez qui manqilolt : en
apres le façonno l de sorte , qu’il ren-
doit le néz en figure, grandeur et gros-
seur qu’il esloit requis , et traitoit
cependant la playe du bras comme
les autres, lors qu’il y a déperdition
de substance. Et durant lesdits qua-
rante iours faisoit vSer à son ma-
lade de panades , pressis : et autres
viandes faciles à transglou tir : et quant
aux remedes desquels il vsoit,estoient
de quelques baumes agglutinalifs.
Nous auons de ce lesmoignage d’vn
gentil -homme nommé le Cadet de
Saint-Thoan, lequel ayant perdu le
nez, et porté long temps vn d’argent,
se fascha pour la remarque , qui n’es-
loit sans vne risée , lors qu’il esloit en
compagnie. Et ayant ouy dire qu’il y
auoit en Italie vn maistre refaiseur
de nez perdus, s’en alla le trouuer,
qui le lu y refaçonna en la maniéré
que dessus, comme une infinité de
gens l’ont veu depuis : non sans
grande admiration de ceux qui l’a-
uoient connu auparauant auec vn
nez d’argent1.
Telle chose n’est impossible : tou-
tesfois me semble fort difficile et
onereuse au malade , tant pour la
1 La date de celte histoire, comme on t’a
dit dans la note précédente, estl57f>. C’est
un témoignage souvent cité de l’existence des
rhinoplastes italiens qui avaient précédé
Tagliacozzi. D’ailleurs j’ai exposé l’origine
de la rhinoplastie italienne dans mon Intro-
duction, pages c et suivantes.
peine de tenir la teste liée long
temps auec le braS , que pour la dou-
leur des incisions faites aux parties
saines , coupant et esleuant portion
de la chair du bras pour former le
nez. loint aussi qu’icelle chair n’est
de telle température nv semblable à
celle du nez : et pareillement estant
agglutinée et reprise, ne peut iamais
estre de telle figure et couleur que
celle qui esloit auparauant à la por-
tion du nez perdu : aussi les creux
des narines ne peuvent estre tels,
comme ils estoient premièrement1.
CHAPITRE III.
LA MANIERE D 'ACCOMMODER DES DENTS
ARTIFICIELLES 2.
Quelquesfois par vn coup orbe ou
autrement, les dents dé deuant sont
rompues : ce qui fait que puis apres
le patient demeure edenlé et défi-
guré, auec depraualion de sa parole.
Parquoy apres la cure faile , et que
les gènciues seront endurcies, luy en
faut adapter d’autres d’os ou iuoire,
ou de dents de Kobart qui sont excel-
lentes pour cest elTel, faites par artifi-
ce : lesquelles seront liées aux autres
dents proches auec fil et mmun d’or
ou d’argent, comme nous apprend
Hippocrates au liure De arliculis ,
sect. 2 sent. 25. De ces choses lu en
as icy les figures.
1 L’origine de ces deux premiers chapitres
remonte, comme il a été dit, au traité Des
platjes de la lesie, publié en 151Î1. A. l’aré y
avait indiqué aussi un moyen de masquer
la perte d'une oreille; mais comme l'article
était trop court pour faire un chapitre, il a
été laissé à la suite de l’article sur les Playes
des oreilles, liv. vin, chap. 23.
3 Ce chapitre se lit presque textuellement
d’adiovster ce qvî defavt.
Figure des dents artificielles.
dans le traité Des plages de la teste de
1561, à part la citation d’Hippocrate, qui n’a
été ajoutée qu’en 1579, et une autre addi-
tion plus importante concernant la matière
dont sont faites les dents artificielles. En
15S1, on lisait donc: lug en faut adapter d’au-
tres d'os; il n’était nullement fait mention
de l’Ivoire. Dans les Dix luires de chirurgie
de 1564, Paré avait reproduit ses figures, et
il les signalait encore seulement par cette
indication : Denlz artificielles failles d os ,
qui s'attachent par un fil d’argent en lieu des
autres qu’on aura perdues. Je ne sais pour-
quoi il ne parlait que du fil d’argent; car,
dès 15G1, il disait déjà auecqnes fil cl’or ou
d'argent. Quoi qu’il en soit , c’est en 1573,
dans ses Deux hures de chirurgie, qu’il
mentionna pour la première fois l’ivoire
dans un article ainsi conçu (page 358) :
La maniéré de remettre les dents artificielles.
« On peut remettre des dents artificielles
faictes A'iuoire ou autres os, qui pourroienl
estre attachées entre les autres, lesquelles
ne peuuent seruirque pour orner et à mieux
proférer la parolle, dont la figure ne peut
bien estre donnée, pour l’incertitude de la
grosseur et longueur •• toutefois, il faut
qu’elles soient faictes à la façon que tu vois
ces portrais. »
Et ensuite viennent ces mêmes figures
Avec ce titre : Portrais des dens artificielles
pour mettre en lieu d’autres qu’on aura per-
607
CHAPITRE IV.
LE MOYEN D'ADAPTER VN INSTRVMENT
AV PALAIS POVR RENDRE LA rAROLE
MIEVX FORMÉE'.
Quelquesfois vne porlion de l'os du
palais est brisée et emportée par coup
de harquebuse ou autrement, ou
bien par vicere de verolle , dont ad-
uient que pour cesle cause les paliens
ne puissent bien prononcer ny faire en-
tendreleur parolle: pour à quoy sur-
uenir, nous leur auons trouvé vn ex-
pédient par l’aide et ministère de nos-
treart2. Ce qui se fera en appliquant
vn instrument vn peu plus grand que
le trou où l’os defaudra. Et ledit ins-
trument sera fait d’or ou d’argent, et
de figure voûtée, et délié, d’espaisseur
comme d’vn escu:auquel sera attachée
vne esponge , par laquelle estant mis
dues, principalement au deuant de la bouche.
En 1575, il reprit le texte de 1561, mais en
écrivant celle fois : d’autre s d’os ou i noire ;
et cetle leçon resta la même dans toutes les
éditions faites de son vivant. Ce n’est que
dans la première édiiion posthume qu’on
trouve celte addition : ou de dents de llclhurt,
qui sont excellente^ pour cesl effecl. Il reste-
rait à savoir ce qu’il entendait par dents de
Rohart; GuillemeaUjSon élève, recommande
l’os du poisson nommé Roüart; c’est très pro-
bablement l’hippopotame. — Albucasis avait
déjà indiqué la manière de remplacer les
dents perdues par des dents d’<w de bœuf.
' Ce chapitre se lit déjà presque textuelle-
ment dans le traité Des plages de la teste,
1561, fol. 561, sous ce litre : Des plages et
fractures des os du palais.
2 Cette construction de phrase, par la-
quelle Paré revendique comme sienne l’in-
vention des obturateurs, ne date que de
1579. En 1561, et même encore en 1575, il
disait seulement : ils pourront recouurer la
parolle par l’aide et ministère de noslre art.
6o8
LE DIX-SEPTIEME LIVRE ,
ledit instrument au trou où man-
quera l’os , ladite esponge assez tost
s’imbibera et s’enflera par certaine
humidité, et puis apres tiendra ferme :
et par ce moyen la parolle se formera
mieux >. Ce que i’ay veu aduenir aux
guerres quelquesfois par coup de har-
quebuse et autres sortes d’armes :
mais principalement (comme i’ay dit)
par vlceres prouenus de la verolle.
Or tu as icy le portrait des instru-
mens dont il est mention.
Figure des insirumens dits obturateurs du
palais a.
Autre instrument sans esponge , lequel a une
eminence par derrière, qui se tourne auec
vn petit bec de corbin ( que tu vois en cesle
figure) lorsqu’on le met dans le trou.
1 Edition de 1561 : El par ce moyen la re-
uerberalion de la parolle sera retenue en lieu
de l’os deperdu.
* Dans l’édition de 1561, ces instruments
n’avaient pas encore reçu de nom particu-
lier, et on lisait seulement : Figure des ins-
truments pour le palais troué et perluisé.
Dans les Dix Hures de chirurgie, en 1564,
les mêmes figures étaient reproduites avec
ce titre : Instrument appelez couuercles,
propres pour couurir cl eslouper les trouz des
os perdus au palais de la bouche, etc. Le nom
A' obturateurs ne leur a été appliqué par Paré
qu’en 1575.
CHAPITRE V.
LE MOYEN DF. SECOVRIR CEVX QVI AV-
ROIENT LA LANGVE COVPEE , ET LES
FAIRE PARLER *.
Maintenant faut déclarer l’aide que
peut donner le chirurgien à celuy qui
auroit perdu porlion de la langue ,
dont il auroit du tout perdu la parolle:
artifice qui n’a esté trouué que par
accident , ainsi comme ie deduiray
présentement.
Vn quidam demeurant à vn village
nommé Yuoy le Chasleau , qui est à
dix ou douze lieués de Bourges , eut
portion de la langue coupée, et de-
meura près de trois ans sans pouuoir
par sa parolle estre entendu. Aduint
que luy estant aux champs auec des
faucheurs, beuùant en vne escuelle
de bois assez deiiée , l’vn d’eux le cha-
touilla, ainsi qu'il auoit l’escuelle en-
tre ses dents : et profera quelque pa-
rolle, ensorle qu’il fut entendu. Puis
de rechef connoissant auoir ainsi par-
lé, reprint son escuelle, et s’efforça
à la mettre en mesme situation qu’elle
estoit au-parauant : et de rechef par-
loit , de sorte qu’on le pouuoit bien
entendre auecques ladite escuelle. El
fut long temps qu’il la portoit en son
sein, pour interpréter ce qu’il vou-
loit dire, la mettant tousiours entre
ses dents. Puis quelque temps apres
s’aduisa (par la nécessité qui est mais-
tresse des arts) de faire vn instrument
■ Ce chapitre est extrait presque textuelle-
ment du traité Des plages de la leste, 1561,
fol. 264, verso, à l’article Des plages de la
langue, dont la première partie a déjà con-
stitué le chapitre du même nom dans le 8*
livre. Voyez ci-devant, page 88.
DAIUOVSTER I
de bois , de telle figure que cestuy :
lequel il portoit pendu à son col. Et
parle moyen d’iceluy faisoit entendre
par sa parole tout ce qu’il vouloit
dire.
Instrument pour aider à parler â vn patient,
lequel auroit portion de la langue coupée.
L’vsage est tel. A, est la partie su-
périeure, qui doit estre d’espaisseur
enuiron d’vn teston et demy», laquelle
il tenoit entre les dents de deuant,
nommées incisiues, non qu’elle sortist
hors , mais sembloit qu’il n’eust rien
en sa bouche. B, la partie inferieure
plus subtile , espaisse d’vn teston 1 2 :
1 Edition de 1561 : enuiron de deux tes-
tons. Le même instrument est figuré dans
les Dix liures de chirurgie, à la fin du vo-
lume, les deux derniers folios n’étant point
paginés; et le bord A est indiqué comme
devant être seulement espois d’vn teston. En
1575, Paré a remis vn lésion et demy.
’ Edition de 1561 : espesse d’vn double du-
cal ; celle de 1 564 dit, espois d’vn demy (lésion).
Au reste, la description de l’instrument
étant plus complète peut-être dans celte
dernière édition, en voici le texte :
« L’instrument icy figuré doit estre de bois
dur et ferme, enuiron de la grandeur d’vn
teston, de figure ronde en circonférence, et
platte en eslendue, aiant l’vne de ses su-
E QVI DEFAVT. 609
seulement la tenoit justement contre
l’extremité du reste delà langue, es-
tant au droit du filet ou ligament de
la langue : et ce qui est vn peu con-
caue intérieurement (qui est la troi-
sième portion dudit instrument) mar-
quée par C, la tenoit dessous en sa si-
tuation toute platte. Et quant au filet
que tu vois , c’estoit pour pendre le-
dit instrument au col. D. est la par-
tie extérieure dudit instrument.
Or ie te puis asseurer qu’apres
auoir recouuert ledit instrument , et
la maniéré d’en vser, (qui fut par le
moyen de monsieur le Tellier, mé-
decin trc s-docte, demeurant à Bour-
ges) que i’en ay veu l’experience à vn
ieune garçon , auquel on auoit coupé
la langue , lequel neantmoins par le
bénéfice dudit instrument , proferoit
si bien sa parole, qu’en tierement on
le pouuoit entendre de tout ce
qu’il vouloit dire et expliquer. Et de
ce chacun en face l’espreuue, Jors
qu’on se trouuera à l’endroit pour ce
faire.
perfides concaue le moins du monde, et
l’autre conuexe; l’un des bords portant l’es-
poisseur d’vn teston , et l’autre d’vn demy
tant seulement. Pour exemple, soit le bord
signé par A espois d’vn teston, et celuy si-
gné par B espois seulement d’vn demy.
Quand il sera question d’en vser et s’en
seruirà temps, le pouure muet mestra l’in-
strument en sa bouche, et tiendra entre les
deux dents incisoires la partie A, c’est à sça-
uoir qui est espoisse d’vn teston, sans qu’il
en apparoisse aucune chose hors les dentz,
de sorte qu’il semble qu’il n’y ait rien en la
bouche, et adioustera l’autre partie plus
subtile, à sçauoir B , n’ayant que l’espois-
seur d’vn demy teston, iustement au lieu
où sa langue aura esté couppee, situant la
concauité de l’instrument contre bas, et la
conuexité en haut. »
II.
39
LE DIX-SEPTIEME LIVRE,
6lO
«3=S=
CHAPITRE VI.
LE fllOYEîi DE REPARER LE VICE DE LA
FACE DEFIGVRÉE1..
Il aduient quelquesfois , par vne
brusleure de poudre à canon , char-
bon pestiféré , ou autre occasion ,
que la face est demeurée extrême-
ment hideuse à voir, de façon que
le malade est grandement espouuan
table à le voir: et à ceux-là ii leur
faut bailler vne masque faite si pro-
prement , qu’ils puissent conuerser
auec les hommes.
Aussi peut-on reparer le vice des
léures qui auront esté amputées par
un coup d’espée, ou d’vn charbon
pestilent , ou par vn chancre qui aura
occupé telle partie : apres Falloir ex-
tirpé, les dents demeurons descou-
uerles , ce qui est difforme à voir. A
tels on leur doit réparer ce qui de-
faut au plus près du naturel, par le
moyen d’vne léure d’or émaillé, de
coujeur du visage, laquelle sera at-
tachée à vne petite calotte-, ou plus-
tosl à la face : que nous auons heu-
1 Je n’ai trouvé aucune trace de ce cha-
pitre avant l’édition de 1575.
5 Le chapitre finissait ici dans l’édition de
1575; le reste a été ajouté en 1579.
Ce serait en vain que l’on recourrait, non
plus au chapitre, niais aux six chapitres con-
sacrés à ('histoire du chancre, et qui font
partie du livre 5*', pour y trouver quelque
mention de ccs léures d'or. Il est probable
que cette citation se rapporte à la petite
édition perdue de 1572, dans laquelle Paré
avait fait pour la première fois l’histoire
des tumeurs; et que plus tard, dans ses œu-
vres complètes, il en détacha ce qui avait
rapport à la prothèse, comme il avait fait
pour plusieurs des chapitres précédents.
l’eusement pratiqué et enseigné cy
deuant au chapitre du chancre.
CHAPITRE VIL
DE L’OREILLE PERD VE '.
Ceux qui auront faute d’oreilles,
soit par le defaut de nature , ou par
accident , comme par playe, ou par
vn charbon pestiféré , ou par mor-
sure de beste , ou par autre maniéré,
si l’oreille n’a esté du tout emportée,
et qu’il en soit resté bonne portion ,
on doit trouer le cartilage auec vne
petite porte-piece, et y faire des trous
tant qu’il sera necessaire. Apres la ci-
catrisation desdits trous, on attachera
vne oreille artificielle : et où l’oreille
auroit esté du tout amputée, on y
en appliquera vne artificielle de pa-
pier collé, ou cuir bouilli 2 , façon-
née de bonne grâce, comme tu vois
par ceste figure. Et sera tenue auec
petits liens autour de la teste.
Ou le malade laissera croistre ses
■ Ce chapitre 11e sc lit dans aucune édi-
tion antérieure à celle de 1575. Dès 1561,
Paré s’était occupé des moyens de masquer
la perle d’une oreille, et l’on peut voir, au
chapitre 29 du S' livre (ci-devant, page 89),
la pauvre ressource qu’il conseillait alors.
Les nouveaux moyens qu’il indique main-
tenant sont bien autrement ingénieux, et
paraissent tout-à-fait lui appartenir.
» L'édition de 1575 disait: en cuir boüilltj,
et sera tenue auec petits liens autour de la
teste. — Et c’est ainsi que se terminait le
chapitre. En 1579, Paré ajouta : Ou le ma-
lade laissera croistre ses cheveux longs, ou.
portera line calotte ; et il ne donnait pas de
figure. La rédaction définitive de ce chapi-
tre et la figure qui la suit datent seulement
de 1585.
DADIOVSTER
eheueux longs , ou portera vne ca-
lotte.
Aussi faire vn bonnet de cuir bouil-
li, lors qu'il y a eu grande quantité
du crâne perdu, pour résister aux
iniures externes, ainsi que i’ay par cy
douant escrit qux playes de teste.
Figure cl’ vne oreille artificielle.
CHAPITRE VIII.
DE CEVX QVI SONT VOVTÉS , AVAÇtT
l’espine COVRBEE1.
Quelques - vns , et principalement
les filles, par ce qu’elles sont plus
mollasses, deuiennent bossues , pour-
ce que leur espine n’est pas droite ,
mais en arc ou en figure de S : et tel
accident leur aduient quelquesfois
par cheutte ou coups , ou quelque
vice de se situer, comme nous auons
amplement monstré au liure des
Luxations. Ou pareillement par -ce
que les folles meres , subit qu’elles
voyent leurs filles se pouuoir tant
soit peu tenir debout, leur apprennent
à faire la reuerence , les faisant bais-
ser l’espine du dos, de laquelle es-
tant encore les ligamens laxes , mois,
et glaireux , en se releuant, pour la
1 Ce chapitre a paru pour la première
fois en 1575.
CE QVl DEFAVT. 6 1 1
pesanteur de tout le corps, dont l’es-
pine est le fondement comme la ca-
rine d’vne nauire, se contourne de
costé et d’autre, et se ployé en figure
de la lettres, qui fait qu’elles demeu-
rent tortues et bossues, et quelques-
fois boiteuses.
Aussi plusieurs filles sont bossues
et contrefaites pour leur auoir en leur
jeunesse par trop serré le corps. Qu’il
soit vray, on voit que de mille filles
.. villageoises , en n’en voit vne bossue :
à raison qu’ils n’ont eu le corps as-
traint et trop serré. Parquoy les me-
res et nourrices y doiuent prendre
exemple
Pour reparer et cacher tel vice , on
leur fera porter des corcelets de fer
délié, lesquels seront troüés, à fin
qu’ils ne poisent pas tant , et seront
si bien appropriés et embourrés qu’ils
ne blesseront aucunement : lesquels
seront changés souuenlesfois si le
malade n’a accompli ses trois dimen-
sions : ei a ceux qui croissent , les fau-
dra changer de trois mois en trois
mois, plus ou moins, ainsi que l’on
verra estre necessaire : car autrement
en lieu de faire vn bien on feroit vn
mal. La figure du corcelet est telle.
Corcelel pour dresser un corps lorlu.
' Ce paragraphe n’existait pas dans la
première édition ; il a été ajouté en 1579.
6l2
le dix-septiéme livre ,
CHAPITRE IX.
DE CEVX QV1 IETTENT LEVR VR1NE IN-
VOLONTAIREMENT, ET LE MOYEN DE
SVRVENIR A CEVX QV1 ONT LA VERGE
VERDVE
Strangurie , est lorsque l’vrine dis-
tille inuolontairement goutte à gout-
te : ce qui aduient par le defaut de la
vertu retentriceel deprauation de 1 ex-
pulsiue, comme auonsdit en son lieu.
Ceux qui ont telle disposition , sont
en grande peine. Et pour les soula-
ger , i’ay inuenté'cest instrument , le-
quel est de fer blanc, de la figure d’vne
brayette, et contient en sa cauité en-
uiron un posson. 11 se doit mettre en
la brayette du malade, à laquelle
sera attaché auec vne aiguillette par
l’anneau qui t’est assez apparent. Et
le malade posera l’extremité de sa
verge dans la cavité marquée C, en
1 Ce chapitre est également de 1575;
mais le titre avait été oublié, et il semblait
faire suite au précédent. Dès 1579, Paré y a
mis le titre qu’on lit aujourd’hui , et en a
fait un chapitre spécial.
laquelle il y a vne piece aussi de fer
blanc enfoncée assez profondément ,
tant pour sousteDir le bout de la
verge , que pour garder et empes-
cher l’vrine de sortir hors, mesmes
en cheminant.
B monstre ladite piece. A et D
monstrent le corps dudit instrument ,
à sçauoir A la partie anterieure , et
D la postérieure.
Figure d’vn instrument qui peut estre dict
reseruoir de l’vrine.
Ceux qui ont entièrement perdu la
verge virile iusques au ventre , sont
en peine lors qu’ils veulent vriner, et
sont contraints s’accroupir comme les
femmes. le leur ay inuenté ceste ca-
nule , laquelle on peut faire de bois,
ou de fer blanc, ou d’autre matière ,
de longueur et grosseur d’vn doigt ,
et caue.
A C, monstrent le corps et lon-
gueur de ladite canule. B, l’extre-
mité supérieure, qui est platte et plus
large que le corps. D, la partie ex-
terne d’icelle extrémité.
Il s’appliquera par sa partie supé-
rieure platte contre le conduit de
l’vrine , laquelle passera au trauers :
et ainsi pourra vriner debout sans
s'accroupir.
6 1 3
b’aüiovster CK
Figure dudit instrument ou canule pour ceux
qui ont perdu la verge, qu’on peut nommer
V retere.
CHAPITRE X.
L’ARTIFICE DE METTRE VN POVCIER
OV DOIGTIER L
Lorsqu’vn nerf ou tendon sont en-
tièrement coupés , leur action qu'ils
faisoient se perd, et partant la partie
demeure manque à fléchir ou esten-
dre, et quelquesfois peut estre aidée
par l’artifice du chirurgien.
Ce que i’ay fait à vn Gentilhomme
estant à monseigneur le Connestable,
lequel receut vn coup de coutelas le
iour de la bataille de Dreux, pies la
iointure de la main dextre , partie
externe , de sorte que les tendons qui
esleuent le pouce furent du tout
coupés : dont ledit pouce, apres la
consolidation de la playe, demeura
fléchi au dedans de la main , sans se
pouuoir leuer, si ce n’estoit par le
bénéfice de l’autre main : mais subit
se retournoit à réfléchir comme au-
parauant, qui estoit cause que le
Gentilhomme ne pouuoit prendre ny
tenir espée , dague , lance , pique , ny
autres armes. Or voyant sa main
estre quasi inutile et priuée des ar-
1 Ce chapitre est de 1575; mais l’instru-
ment avait déjà été figuré en 1564, dans les
Dix liures de chirurgie, fol. 219, verso.
QVI DE K A VT
mes, me pria luy couper le pouce,
ce que ne luy voulus accorder : mais
ie luy fis faire vn instrument de fer
blanc, danslequel mettoit son pouce.
Ledit instrument estoit attaché par
deux lanières à deux petils annelets
sur la iointure de la main , si dextre-
ment que le poulce demeuroit esleué:
et par ainsi le gentilhomme pouuoit
tenir espée, pique, lance, et autres
armes. La figure t’est icy représentée.
Figure d’vn policier de fer blanc\pour tenir le
pouce esleué
CHAPITRE XT.
DV VICE DES ÏAMBES DONT LES MALADES
SONT APPELLES VARI ET VALGI , ET
DES ÏAMBES TROP GRESLES 2.
U m’a semblé bon d’escrire vn vice
dont le patient selon la disposition
est nommé en latin varus, à sçauoir,
quand le pied est tourné vers le de-
dans : et ce vice vient quelquesfois
1 J’ai dit dans la note précédente que
cette figure avait déjà été publiée en 1564.
Elle avait pour titre : Vn denier de fer blanc,
lequel se peut attacher (au moyen de ses deux
petites boucles ) au poignet, pour empescher
que le poulce ne se ployé dedans la main, qui
se fait par-ce que les nerfz ou tendons qui es-
tendent ont esté couppez. Du reste, la ba-
taille de Dreux ayant été livrée en 1563, c’é-
tait donc le doigtier imaginé pour le gen-
tilhomme blessé à cette bataille que Paré
s’était hâté de figurer dans le livre qu’il
avait sous presse.
’ Ce chapitre et les figures qui l’accom-
pagnent datent de 1575.
LE DtX-SEPTIÉME LIVRÉ,
614
fiés le ventre de la mere : laquelle
pendant sa grossesse s’est tenue trop
longuement assise les ïambes croi-
sées : ou pdur-ce què la mere à tel
vice : ou pour la mauuaise figure
qu’aura tenue la nourrice enuers
l’enfant, pour ne l’auoir tenu bien
droit, ou pour auoir pressé et tourné
le pied contre sa figure naturelle.
Car les os des petits enfants nouuel-
lernent nés sont fort mois.
Au contraire, quand le pied est
tourné vers la partie extérieure, on
nomme le patient qui a tel vice , val-
gus , qui se fait aussi de mesme
cause : et l’vn et l’autre vice est
nommé du vulgaire pied-bot : et n’ad-
vient pas seulement au pied , mais
aux genoüils pareillement.
Pour remedier à tels vices, et ré-
duire les os en leur lieu, il les faut
pousser en leur situation naturelle.
Et faut icy noter, que si le malade
est varus , il faut pousser le pied et
le tenir comme si on le vouloit ren-
dre valgus. Au contraire, s’il estoit
valgus, le faut pousser comme si on
le vouloit rendre varus : et les y faut
tenir assez long temps, à fin que les
os puissent demeurer en leur deuë si-
tuation. Car, où l’on se contenteroit
de remettre seulement les os à leur
place , ils retourneroient en leur pre-
mier vice. Parquoy il faut d’auantage
les poüsser, et les y faut tenir , tant
par bandages et compresses appli-
quées au lieu vers lequel tend le
vice , et aussi par petites bolines pro-
pres à ce faire , lesquelles seront de
l’espaisseur d’vn teston , faites de
cuir bouilli, et fendues par le deuant
et sous le pied, à fin qu’elles s’ou-
urent niieüx pour y mettre le pied :
et seront liées et attachées commo-
dément : et y sera appliqué ce reiüede,
qui en tel cas est excellent :
X. Tluiris, mastiches, àloiis, boli Armeniæ
ana 5 . j.
Aluminis rochæ, resinæ pini siccæ sub-
tilissimè puluerisatorum ana 5. iij.
Far. volatilis 5 . j. fi.
Albumina ouorum q. s.
Fiat medicamentum.
On y peut adiousler de la téré-
benthine, de peur qu'il ne se dessei-
che trop.
Il faut icy noter qu’oil ne doit
aucunement faire cheminer les en-
fans vares etva'ges, que première-
ment les iointures ne soient bien
affermies, de peur qu’ils ne se des-
boitent de rechef. Et lors qu’on
voudra les faire marcher, on leur
baillera des souliers assez hauts,
comme des demies bolines , et lacés
par le défiant , ou attachés à vn pe-
tit crochet, et qü’ilS soient de cüit
assez solide : à fin de tousiours tenir
les os fermes sur leur iointure , et
qu'ils soient contraints d’y dcméurer.
Et faut faire que la semelle soit plus
haute du costé où le vice est enclin à
se tourner, à fin de le faire renherset
du costé qu’il sera necessaire , commè
tu vois par ceste figure.
Portrait de deux petites bolines, l’vnt bu-
uerie, et l’autre close.
d’adiovster ce qvi defavt. 6 1 5
CHAPITRE XII.
LES MOYENS D’ACCOMMODER DES MAINS,
BRAS ET ÏAMBES ARTIFICIELLES, AV
LIEV DE CEVX OVI AVRONT ESTÉ
COVPÉS L
Lanecessité nous a contraints à cher-
cher les moyens d’imiter Nature , et
■ Ce chapitre avec ses figures est extrait
des Dix Hures de chirurgie , livre Des gan-
grenés et mortifications, chapitre 19, fol. 117.
La disposition du texte y. est cependant as-
sez différente pour que je donne quelque
idée de la rédactiori primitive. Voici com-
ment le chapitre commençait.
Les md'iens d‘ accommoder des mains, bras el
iambes artificielles au lieu des membres ex-
tirpez.
« Ét combien que ce soit vne chose fort
inhumaine d'ainsi extirper vn mertibre ,
neantmoins nous deüons préposer la vie de
tout le corps à la perte d’vne partie d’iceluy,
mesmement des membres que ton peut ex-
suppleer au defaut des membres
deperdus, comme tu verras aux
membres artificiels. Les figures et
portrails des mains, bras et iam-
bes qui s’ebsuiuent, représentent
les mouuemens volontaires, de tant
près qu'il est possible à l’art ensuiure
Nature. Car flexion et extension se
peuuent faire par bràs et iambes arti-
ficiellement faites Sur ces portraits :
lesquels i'ay, par grande priere, re-
couuert d’vn n mmé le petit Lorrain,
serrurier demeurant à Paris, homme
de bon esprit , auec les noms et ex-
plication de chacune partie desdits
portraits , faite en propres termes
et mots de l’artisan : à fin que
fchacun serrurier ou borologeur les
puisse entendre, et faire bras ou
iambes artificielles semblables : qui
seruentnon seulement à l’action des
parties coupées, mais aussi à la
beauté et ornement d’icelles, comme
on peut cobüoistre et voir par les fi-
gure suiuantes.
tirper auec esperance de guérison : qui plus
est l’vsage nous a donné les moiens d’imiter
nature, et supplier [sic) au deffaut des
membres perduz comme tu verras aux
membres artilicielz que nous descrirons cy
apres. »
Venait alors la figure de la iambe de bois
pour les pauures, reportée un peu plus loin
dans les éditions suivantes; puis un para-
graphe reproduit tout entier au commen-
cement du chapitre actuel : Les figures çt
poiiriraits? etc. j puis, sans autre texte, la
jambe artificielle, la main de fer et le bras
de fer. Les autres figures sont d’une aqtre
date, que nous fixerons à l’occasion de cha-
cune d’elles.
6 1 6
LE DIX- SEPTIÈME LIVRE,
%
Portrait de la main artificielle.
Description de la main de fer.
1 Pignons seruans à vn chacun doigt, qui
sont de la piece mesme des doigts, ad-
ioustés et assemblés dedans le dos de
la main.
2 Broche de fer qui passe par le milieu
desdits pignons, en laquelle ils tour-
nent.
Gaschettes pour tenir ferme vn chacun
doigt.
4 Estoqueaux ou arrests desdites gaschettes,
au milieu desquelles sont cheuilles pour
arrester lesdiles gaschettes.
5 La grande gaschette pour ouurir les quatre
petitesgascheltes, qui tiennent les doigts
fermés.
6 Le bouton de la queue de la grande gas-
chette, lequel si on pousse, la main s’ou-
urira.
7 Le ressort qui est dessous la grande gas-
chette, seruant à la faire retourner en
son lieu , et tenant la main fermée.
8 Les ressorts de chacun doigt, qui ramènent
et font ouurir les doigts d’eux-mesmes ,
quand ils sont fermés.
9 Les lames des doigts.
La figure suiuante te monstre le
dehors de la main , et le moyen de
l’attacher au bras et à la manche
du pourpoint.
d’adiovstkr ce qvi defavt.
61 7
Description du bras de fer
l, 1 Le bracelet de fer pour la forme du
bras.
2 L'arbre mis au dedans du grand ressort
pour le tendre.
3 Le grand ressort qui est au coude, lequel
doit estre d’acier trempé , et de trois
pieds de longueur ou plus.
4 Le rocquet.
5 La gaschette.
1 Ce bras de fer était déjà figuré comme
il a été dit en 1564. C’est probablement
d’une machine de ce genre que se servait
François de la Noue, capitaine huguenot du
xvr siècle; je Iis dans la notice que lui a
consacrée M. Iiurhon:
« Au siège de Fontenoy, il eut le bras
gauche Tracassé d’vn coup d’arquebuse. Il
se refusa d’abord à l’amputation, déclarant
6 Le resort qui poise sur la gaschette, et
arreste les dents du rocquet.
7 Le clou à vis pour fermer ce resort.
8 Le tornant de la hausse de l’auant-bras,
qui est au dessus du coude.
9 La trompe du gantelet fait à tornant auec
le canon de de l'auant-bras qui est à la
main : lesquels seruent à faire la main
prone et supine : c’est à sçauoir prone
vers la terre, et supine vers le ciel.
qu’il aimoit mieux mourir que de se mettre
hors d’état de combattre. Ses amis le per-
suadèrent enfin, et la reine de Navarre eut
la force de caractère de lui tenir le bras
pendant l’operation. Un bras de fer le mit
en état de tenir la bride de son cheval, et il
vola aux combats avec une ardeur nouvelle.»
[Panthéon littéraire, chroniques du xvi* siècle,
Salignac, Coligny, etc., p. xviij.)
6i8
LÈ ÎJIX-SEPTIEME LIVRE ,
Autre portrait 1
D’vne main faite de cuir bouilli ,
ou papier collé, les doigts tenant
vne plume pour escrire, à celuy qui
auroit eu la main du tout coupée et
amputée (où le malade mettra de-
dans son moignon le plus auant
qu'il pourra): laquelle s’attache à la
manche du pourpoint par certains
trous que tu vois en la figure.
Semblablement quand à quelqu’vn
par une playe les tendons et nerfs de
dessus la main seront coupés, qui
fait que le malade ne peut leuer la
main , demeurant quasi inutile : elle
sera tenue et esleuée par cest instru-
ment fait de fer blanc , couuerl de
taffetas ou autre chose, et sera posé
sous la main, ioignant la première
ioinlure des doigts : puis attaché par
dessus le carpe. Cela fait que la
main demeure droite, de façon que
le malade s’en dide par le moyen du-
dit instrument, qu’on peut nommer
Bresse-main Le bout de cest instru-
ment qui est rond, se doit mettre
contrelapremiereiointure des doigts,
et l’autre bout contre le carpe : et
sera serré par les liens fort ou peu
serrés , ainsi qu’il sera necessaire.
Figure du dresse-main ".
' Cel autre portrait se voit pour lapremicre i “Cette figure du dresse-main, avec le texte
fois dans l'édition de lt>Sà. qui s’y rapporte, a été ajoutée en 1685. t
d’aDIOVSTER ce QVI i)ÊFÀVT.
Portrait des iambe's artijicieltei.
6I9
ïarübe teùeslue. ïambe nue ,
Description d6 la iambe de bois.
0. Le lien par lequel on tire l’anneau de la
gaschette, pour plier la iambe.
1 Le cuissot, auec les clous à vis, et les trous
desdits clous, pour eslargir ou astreindre
sur la cuisse qui sera dedans.
2 La pomme pour poser et appuyerla main
dessus et se tourner.
3 Le petit anneau qui est au deuant de la
cuisse, pour dresser et conduire la
iambe où l’on veut.
4 Les deux boucles de deuant, et celle de
derrière, pour tenir et attacher au corps
du pourpoinct.
5 Le petit fond au bas, dedans lequel se met
la cuisse iusques à deux doigts près du
bout, seruant aussi à faire la beauté et
forme de la iambe.
G Le ressort pour faire mouuoir la gaschette
qui ferme la iambe.
7 La gaschette qui tient le baston de la
iambe droit et ferme, de peur qu’il ne
renuersc.
6ao LE DIX-SEPTIÈME LIVRE
8 L’anneau auquel est attaché vne corde
pourtirerlagaschette.àfinque le baston
se puisse plier, lorsque l’on se sied et que
l’on est à cheual.
9 La charnière pour faire ioüer et mouuoir
la iambe , mise au deuant du genoüil.
10 Vn petit estoqueau ou arrest pour garder
que la gaschette ne passe outre le cuis-
sot : car si elle passoit outre, le resort se
romproit, et l’homme tomberoit.
1 1 La virolle de fer, dedans laquelle le baston
est inséré.
12 L’autre virolle au bout du baston, qui
porte la charnière à faire mouuoir le
pied.
13 Vn resort pour faire remettre et reietter
le pied en sa place.
14 L’arrest qui sert au resort pour reietter
le pied en bas.
ïambe reueslue.
k Lames pour la beauté du genoüil.
B La greue pour la beauté et forme de la
iambe.
C Le gras pour acheuer la forme de la iambe.
D Lames pour former le coup de pied.
Figure d’vne iambe de bois pour les panures.
Description de la figure de la iambe de bois
pour les panures.
au Représente l’arbre de la iambe.
bb Lesdeux fourchons pour insérer la cuisse,
dont le plus court se doit mettre dedans
iambe.
ce Te monstre le coussinet, lequel se met
pour supporter mollement le genoüil sur
la rondeur de l’arbre.
dd Sont les courroyes auec boucles trauer-
santes en deux endroits, les fourchons de
la cuisse pour la serrer et tenir entre
iceux.
Par e t’est marquée la cuisse, à fin de t’en-
seigner la vrayeposition d’icelle surladite
iambe de bois.
D’abondant il aduient soutient ,
que pour auoir receu quelque coup
d’espée, ou autre instrument tran-
chant, aux tendons et nerfs de la
iambe, le malade apres la consolida-
tion, ne peut qu’à bien grande peine
marcher et leuer le pied, le traînant
en arriéré, comme estant à demy pa-
ralytique. Pour remedier à cest acci-
dent, le malade aura vn chausson au
pied, auquel sera attachée vne bande
marquée par A A, icelle faite de toile
large de trois doigts , laquelle sera
fendue au milieu de la iambe, à lin
qu’elle passe aux costés du genoüil,
attachée fermement aux œillets du
pourpoinct, à fin de tenir le pied es-
leué lors que le malade chemine.
La figure est telle *.
1 Cette figure avec le texte qui précède
est une addition de 1575 ; et c’est ici qu’alors
se terminait le Livre.
d’adiovster ce qvi defavt. 6a i
Ligure d’vue bande pour uider à leuer le pied.
CHAPITRE XIII.
LE MOYEN DE FAIRE ALLER DROIT VNE
PERSONNE QVI SEROIT BOITEVX , A
RAISON DE L’aCCOVRCISSEMENT DE LA
ÏAMBE *.
Si par quelque accident la iambe
demeuroit courte , dont le malade
seroit boiteux : à tel symptôme fau-
1 La première partie de ce chapitre avec
la figure qui s’y rattache a été ajoutée au
livre en 1679. C’est donc de 1575 à 1579,
et d’une manière plus précise encore dans
le voyage que Paré fit vers ce temps en
Lorraine (voyez mon Introduction), qu’il
revit son ancienne connaissance Nicolas
Picart, lequel lui communiqua la figure de
son nouvel instrument.
dra vser de cest instrument, dit Po-
tence à siégé , laquelle est faite de tel
artifice, que l’on pourra facilement
aller droit et bien à l’aise, eu esgard à
la grandeur de l’inconuenient , de
laquelle potence ie t’ay voulu don-
ner le portrait accommodé à la per-
sonne *.
Figure d’vn homme boiteux situé sur r ne po-
tence de grand artifice, laquelle i’ay recouuerl
de maistre Nicolas Picurt chirurgien de
monseigneur le duc de Lorraine.
' Toutes les éditions ajoutent en cet en-
L£ JX-SEPTIÉMF jûJYKE, £TC.
63/1
A ftlqpstre l’arbre de la potence, lequel est
(le bols.
p Le sigge qui est de fer, lequel embrasse la
cuisse le long du ply de la fesse.
C L'arc-boutant qui soutient ledit siégé.
D L’estrier de fer sur lequel est posée la
plante du pied, lequel est crochu, à fin
de tenir le pied suiet.
E L’arc-boutant dudit estrier.
F Vn fer à plusieurs pointes pour tenir la
potence qu’elle ne glisse.
G La croix de la potence, laquelle se met
sous l’aisselle.
Ceux qui auront perdu leurs che-
veux pour avoir eu la ligne , pelade,
ou d’autre cause , auront vne fausse
perruque.
Aussi les femmes qui auront les
droit : tant par devant que par derrière;
parce qu’en effet il y avait deux figures;
celle qui représentait le boiteux par douant
m’a paru pouvoir être relranchée sans in-
convénient.
cheueux argentés, de peur d’estre
eslimées vieilles, porteront des ra-
teponades1, desquelles à présent se
sçauent bicq accopslrer et farder,
pour souuent depepoir les hommes.
Et aussi pour se monslrpr plus gran-
des qu’elles ne spnt, portent des pa-
tins à la façon des femmes Italiennes
et d’Espagne. Ellps font aussi plu-
sieurs autres choses pour tromper
les hommes , que ie ne veux icy des-
crire , de peur d’encourir leur mau-
vaise grâce.
' jRalepenades ; le glossaire de Rabelais
traduit ce mot par mus pennalus, chauve-
souris. Dans ce passage de Paré, cela équi-
vaut sans doute à ce que nous appellerions
aujourd’hui des tours de cheveux. L’édition
latine, bornée au texte de 1579, ne con-
tient pas ce passage.
Ces deux derniers paragraphes qui se rap-
portent bien plutôt au sujet du Livre qu’au
sujet du chapitre, sont une addition de 1585.
LÀ MANIERE DE
EXTRAIRE LES ENFANS TANT MORS QVE
y IFN N S HORS LE VENTRE DE LA MERE , LORS
QVE N AT V RE DE SOY NE PEVLT VENIR A
SON EFFECTK
Maintenant fault dire en brief la
maniéré, qu’auons obseruée plusieurs
fois Thierry dehery, et Nicole lam-
bert maislres barbiers et cliyrurgiens
en ceste ville de Paris, touchant l’ex-
traction des enfans tant mors que vi-
* Apres les livres de chirurgie yieqnent
naturellement ceux qui traitent des accou-
chemens, et qui ont encore une couleur chi-
rurgicale. Ici donc aurait dû se placer le
Livre de la génération ; mais j'ai cru devoir
le faire précéder du petit traité d’accouche-
mens publié par Paré en 1551 à la suite de
la Brief ue collection anatomique, folio 88 à 96;
et je dois ici exposer mes motifs.
Dans l’excellent article consacré à l’histoire
de l’ Obstétrique ( Diction . de médecine en 25
vol., t. 21), M. Raige-Delorme a appelé l’at-
tention des érudits sur un singulier plagiat
commis par Franco au préjudice de Paré,
pour la partie de son livre qui a trait aux
accouchements. « Les chapitres du livre de
Franco où il est question de la génération et
de l’accouchement, dit M. Raige-Delorme,
sont copiés presque mot pour mot de l’o-
puscule antérieur de Paré. » C’est là une
véritable découverte historique, puisqu’elle
fait remonter à Paré, et probablement plus
haut encore, la méthode delà version par les
pieds que l’on avait généralement attribuée
à Franco. Il y avait donc quelque intérêt à
mettre les lecteurs à même de vérifier le
fait: mais le Livre de la génération est telle-
ment différent deLn Maniéré de exlraireles
enfans, qu’il devenait indispensable de re-
produire ce dernier opuscule pour mettre le
plagiat dans tout son jour ; et cette réimpres-
uans hors le ventre t}e la qiere.
1 Et pour venir à Eœuure fault en-
tendre qu’il y a deux maniérés d’en-
fantement, l’vne naturelle, et l’autre
contre nature, plus ou moins.
La naturelle est quand les enfans
sion aura d’autant plus de prix que , ainsi
que je l’ai dit dans mon Introduction, je
n’ai pu découvrir que deux exemplaires de
la Bricfue collection anatomique.
J’ai suivi celle fois d’autres principes que
ceux qui me dirigent pour le texte général
de Paré; et j’ai voulu donner le petit traité
en question avec sa forme originale, respec-
tant l’orthographe, la ponctuation, et jus-
qu’aux fautes d’impression, qui d’ailleurs
ne seraient pas toujours faciles à distinguer
des simples licences d’orthographe. J’ai ré-
tabli dans les notes la plupart des mots al-
térés dans le texte ; le lecteurdoit néanmoins
se tenir pour averti, et ne pas trop s’effrayer
s’il rencontre des virgules pour des points,
des points pour des virgules, des alinéas
coupantles phrases par le milieu; les apos-
trophes manquant là où il en serait besoin,
se rencontrant là où elles n’ont que faire;
et enfin de temps à autre une grande pé-
nurie d’accents.
A part les notes destinées à l’explication
du texte, je n’en ai voulu ajouter d’autres
que pour indiquer le parallélisme du texte
de Paré et de la copie de Franco. Les remar-
ques touchant les doctrines trouveront
mieux leur place dans le Livre de la géné-
ration.
• Ici commence le chapitre 80 de Franco
avec ce titre . De diuerses maniérés d'en fan*-
MANIERE D EXTRAIRE LES ENFANS
6a4
viennent à terme, qui est au neu-
fiesme mois ou enuiron, et sortent la
teste la première. Et celle qui appro-
che plus du naturel, est quand ilz
vienent apres ou peu auant la fin
du neufiesme mois, et sortent les
pieds premiers. Toutefois on voit au-
cunes femmes, qui accouchent au
septiesme mois dont les enfans vi-
uent. mais quand il aduient sur le
huitiesme, leur vie est briefue ou
nulle. Ce que l’experience monstre
journellement. Toutes les autres ma-
niérés denfantement , sont contre
ter, Avant ce chapitre ilena plusieursautres
qui traitent déjà des accouchemens , par
exemple :
« Chap. LXXY. Des vaisseaux spermatiques
des femmes.
» Chap. LXXVI. De la matrice.
« Chap. LXXVII. Des moyens que Dieu a
ordonné en nature, quand la femme a conceu.
» Chap. LXXVIII. De l'assiette et position
de l’enfant dans la matrice.
» Ciiap. LXXIX. S’il y a deux enfans au
ventre, l’un vif, et l’autre mort, et tous deux se
présentent à l’yssue, comme il convient se por-
ter. »
Il semblerait donc que M. Raige-Delorme
est allé un peu trop loin , en donnant les
chapitres de Franco sur l’accouchement,
sans exceplion, comme empruntés à Paré.
Mais enpoursuivantcetexamen.on reconnaît
que le ch. 75 de Franco est à très peu près
copié d’un article antérieur de la Briefue col
lection, fol. 22, ayant pourtitre.Oes vaisseaulx
spermatiques et parties génitales de la femme ;
le 76e de l’article suivant, fol. 22, v.,
intitulé: De la matrice; le 77e de la fin du
même article; j’en donnerai une analyse
et des extraits à l’occasion des chapitres 6,
7, 8 et 9 du livre De la génération. On voit
donc qu’il ne reste à Franco que les chapi-
tres 78 et 79; à partir de son 80e chapitre,
il copie sans en rien omettre, en modifiant
seulement un peu le style, l’opuscule que
nous reproduisons; et nous ne trouverons
plus à lui attribuer en propre que deux ad-
ditions qui seront indiquées plus tard.
nature plus ou moins, selon la diuer-
site des figures : Car aucuns vienent
en double , cest assçauoir le ventre
premier, ou le dos : les autres les
bras premiers. Les autres les piedz.
Aucunefois vn bras ou vn pied pre-
mier, et aucunesfois aussi les mains
et piedz ensemble. Et lorsque l’en-
fantement vient hors le terme par
nature destiné, ne viuent point. Et
tel enfantement est appellé abortif,
ouaduortement '. Les causes duquel,
sont plusieurs, comme grands flux de
ventre, strangurie, ou ardeur d’v-
rine, auec grandes espraincles, gran-
des, loues 2, vomissemens violens,ou
trop grand trauail et agitation ,
comme danser, basler, et saulter.
Aussi cheutes et coups , spéciale-
ment faietz contre le ventre de la
mere,ou forte compression faictepar
les bustes, ou autres choses, lesquel-
les compriment le ventre.
Et à cause de ce, ledict enfant ne
peult prendre croissance naturelle.
Parquoy est contrainct sortir deuant
le terme deu.
Doncq’ par telz efforcemens les-
dictes meres aborlent, au moyen de
la Lésion qu’on faict à lenfant. Et
poureeque aussi les veines cotilidoi-
nes 3, fibres , et liaison du chorium,
ou arrierefais se relaxent et rompent
par telz effors ou compression. En
outre le trop iusner, aucunesfois est
aussi cause défaire aduorler.Etpour
pareille cause celles qui ont grand
flux de sang, par le nez, ou des mens-
trues , spécialement apres le troi-
ziesme ou quatriesme mois de leur
grosesse, le plus souuant aduortent.
'.Ici finit le chap. 80 de. Franco, et com-
mence le 81e avec ce titre: Les causes d'a-
uortement.
’ Grandes toux.
5 Lisez : les veines, cotylédons, etc.
HORS LE VENTRE DE LA MERE.
Mais si lenfant est encores petit ,
comme d’vn moys ou deux, le dan-
gier n’est si grand : à cause qu’en tel
temps n’a besoing de grande nourri-
ture.
Outre plus, si la femme grosse est
longuement malade, sera cause le
faire aduorler, pourceque le sang se
consomme.
Parquoy ledict enfant est con-
trainct à sortir, par deffault d’ali-
mentz qui ne luy sont enuoyes en suffi-
sante quantité, ou qualité mauuaise.
Dauantage peult auortement venir,
par glotonie1. Car par icelle ledict
enfant est suffoqué, et son aliment
corrumpu, à cause que le trop boire
et manger faict que la digestion est
mal faicte, et par conséquent la
masse du sang se corrompt , dont
l’enfant doibl estre alimenté et
nourry.
Et encores de rechef abortement
ce peult faire par lusage des bains
et estuues, à cause qu’ilz molifient,
lubrifient, et relaxent les cotilidoi-
nes, fibres, et liaison duchorion,et
par conséquent toutes les autres par-
ties du corps.
Et ausi que par la chaleur des-
dictz bains la chaleur interne de tout
le corps est bien fort augmentée, et
l’enfant sentant icelle chaleur es-
trange, ne la peult tollerer ne souf-
frir, dont faict ses effors à sorlir hors
delà matrice : dabondant peult venir
ledict auortement par trop grand
ioye ou ire, pour la mutation qui se
faict trop subite, Or voila les causes
qui font les femmes aduorter 2.
Les signes de brief enfanter aux
1 Gloutonnerie. Franco met : le trop boire
et manger.
• Là finit le 81' chapitre de Franco. Le 82'
suit le texte, avec ce litre : Les signes de
brief enfanter.
II.
6a5
femmes, sont qu’elles sentent doleurs
au dessoubz lombilic,el aux haines1,
et est la douleur communiquée aux
vertebres des lombes et l’os pubis,
spécialement alors que les ligamens
desdictz os se relaxent, dépriment, et
séparent, tant à l’os pubis, que à l’os
sacrum.
Aussi les cuisses et toutes leurs
parties coitionales 2 , ou génitales, se
tumifient et leur font mal. Et outre
leur suruient tremblement vniuersel
tel qu’il se faict au commencement
des accès des fiebures. En outre leur
face rougy, et leurs menstrues, aquo-
sités3 et excremens coulent.
Si lelz signes se monstrent, soys
asseurez que la femme en brief en-
fantera. Pourueu que la vertu de na-
ture soit suffisante.
Parquoy si nature et vertu expul-
siue, ne faict son debuoir, luy fault
aider tant que possible sera par les
remedes cy apres déclarez.
El note aussi qu’on doibt bien eui-
ter de mettre la femme aux peines
de trauuail, deuant que les signes sus-
diclz precedent : Car deuant iceulx
le trauuail est faict en vain. Et en sont
les femmes plus molestées et débiles,
quand ce vient au trauail, à cause
qu elles n’ont tant de force et vertu,
lorsque l’expulsion de l’enfantement
se doibt faire.
Et quand au prognostic fault en-
tendre, que les femmes fort maigres
et seiches sont dangereuses à aduor-
ter, parcequ’elle conuertissent l’a-
liment qu’elle preignent en nourris-
1 si nx aines.
1 Coitionales, qui servent au coït. Franco
dit : toutes leurs parties obscènes.
3 Les aquosités semblent ici signifier l’é-
coulement du mucus vaginal qui précède ce
travail ; plus loin ce mot sera employé pour
4o
626
LA. MANIERE D EXTRAIRE LES ENFANS
6ement et restitution de leurs propres
corps, sans en enuoyer portion sur-
lisante à leur enfant.
Parquoy ne peuuent demourer en
la matrice, mais sont conlrainctz sor-
tir hors, auant le terme par faulte de
nourrissement.
En outre les femmes endurent plus
grand doleur en aduortant, que alors
qu’elles accouchent à terme, et ainssi
sont en plus grand péril d’accident
mauuais. Pource que ce qui se faict
contre nature est plus brief1 et mau-
uais, que ce qui se faict naturelle-
ment.
L'enfantement est fort difficille, et
souuentefois impossible quand la
mere est dehile et foible, à cause que
la vertu expulsiue ne peult faire son
debuoir à ieter et mettre hors ledict
enfant. Cest chose perileuse quand
l’enfant ne sort subit, apres que les
aquositez sont vacuees. Pourceque
ïesdictes aquositez sont constituées
pour supporter l’enfant, et lubrifier,
amolir, relaxer, et rendre les voyes
glissantes ou coulantes2. Et quand
elles sont vacuées, ledict enfant de-
meure à sec , à donc la matrice se
reserre, et se comprime en soy. Par-
quoy ledict enfant ne peult ou bien
à grande peine sortir hors 3.
Si les mammelles de la femme
grosse sont dures et pleines, puis su-
bit diminuent, et se rident, ou fleuris-
sent, telle chose signifie, et demons-
tre que la femme aduortera. Si la
femme porte deux enfants, et 1 vne
1 II faut sans doute lire, plus yrief, plus
grave , autrement la phrase n’aurait pas de
sens. Je dois dire cependant que Franco a
traduit la faute d’impression: ce qui se fait
contre nature est plus subite! dangereux, etc.
’ Hijppocrutes. — A. P.
3 Myppocrates. — A. P. — Franco a omis
ces citations.
de ses mammelles se fleitrisse et di-
minuée, cest signe que l’enfant qui
est de ce costé est en dangier. L’en-
fantement sera difficile, lorsqu’il y
aura deux enfants gemeaulx. Aussi
sera il si ledict enfant est monstrueux,
comme ayant vn corps auec deux
testes et quatre iambes , ou dautre
maniéré contre nature. Ce qu’on a
veu naguieres à deux en cesle ville
de Paris, dont maistre Thierry de
Hery en garde vn pour spéculation
et mémoire K
LES SIGNES POVE.
congnoislrc si l’enfant est mort , ou
viuant dans le ventre de la mere 2.
On peult sçauoir si ledict enfant
est viuant ou mort dans le ventre de
la mere par les signes qui s’ensuy-
uent.
Et premièrement fault sçauoir si
l’enfant ne se remue plus. Ce qu’on
sçaura tant par l’interrogation de la
mere, que en posant la main sur son
ventre. Et aussi peult on auoir cop-
ieclure, quant les eaues auroyent
esté de longtemps vacuées hors la
matrice. Dauantage la mere sent
plus grande pesanteur de son enfant,
qu’elle n’auoit de coustumé 3. Et la
raison de ce est que l’esprit ny est
plus, et qui n’est régir par les facul-
tés naturelles 4. Et outre plus, quand
’ Ici finit le chapitre 82 de Franco. Je no-
terai toutefois qu’il ne cite point Thierry de
Iléry ; et il se contente dire : ainsi qui est
aduenu souuent.
s Ce titre est copié exactement de l’opus-
cule de Paré; c’est le même titre que Franco
a donné à son 83e chapitre.
5 De coustumé. Franco dit : qu’elle n'a ac-
couslumé.
Sens fort obscur, si on s’attachait à la
lettre. Franco a fort bien traduit : Ce nous
HOKS LE YEüfTBE
ladicte mere se tourne ça ou la, l’en*
fant tumbe sur la partie decliue
comme vne masse , ou pierre. Aussi
ladicte mere est fort vexée et tormen-
tée de griefues doleurs vers son om*
bile et parties génitales , et à vou-
loir 1 de vriner et asseller 2, mais le
plus souuent en vain. Aussi que en
posant la main sur ledict vmbilic et
parties génitales, on les sent aucune-
ment refroidies, ioinct que ladicte
mere sent aussi froideur dans sa ma-
trice. Et telle cliosc se faict pour lex-
tinction et abolition de la chaleur vi-
tale dudict enfant. Dauantage il sort
certaines humidités et autres excre-
mens fort fœtides Isprs la matrice. Et
l’alaine 3 de ladicte mere est aussi
bien fort fœtido et puante. Ce qui se
faict volontiers au deuxiesme ou troi-
ziesme iour apres, que l’enfant est
mort. Et tombe spuuant ladicte mere
en syncopes ou euanoissemens.
I elle chose se faict des vapeurs ou
fumées putréfiées et corrompues, qui
se eslieuent 4 de l’enfant mort.
El sont communiquées au cœur et
au cerueau. Et note que l’enfant mort
estant en la matrice se corrompt plus
en demy iour, qu’il ne feroit en deux,
ou plus s’il estoit hors de ladicte ma-
trice.
Aussi peult on coniecturer par la
coleur de la mere muée et changée
du naturel, cest qu’elle tend à Piui-
dité6, noirceur, ou plombeuse.
Au moyen de quoi, est ladicte
femme hideuse à voir et regarder.
eu signifiance de la mort de son fruit qui est ainsi
pesant à cause qu'il es( destitué de tout esprit,
cl n’est regy par les facilitez naturelles.
1 Lisez : et a vouloir.
’ Asseller, aller à la selle.
•’ L’haleine.
' Qui s’élèvent.
5 Lividité.
PE LA MEKE. {Jay
Et de tous ces signes, quand plu-
sieurs se treuuent en vne personne
et vn mesme temps, pourras iuger
certainement que l’enfant est mort,
et au contraire non, Et note que tou-
tes ces choses cogneues et considé-
rées on doibl faire diligence de aider
à la mere , le plutost qu’il sera pos-
sible. toutefois cognoistras se on
peult besongner sans dangier do la
mort, qui se fera en considérant les
forces et vertus de la femme, en ta-
tant son poulx : sçauoir s’il est de-
bile, ou grandement changé contre
le naturel. Aussi sçauoir, si les cinq
sens de nature extérieurs et inte-
rieus font bien leur aclion : comme
si elle parle, gouste, odore, oyt, voit,
et entent, ratiocine, et memoue
bien1. Et se tourne et meut sans
grand difficulté.
En oultre fault contempler la face,
comme Hippocrates nous enseigne,
en ses présagés 2 : C’est assçauoir, si
elle est grandement changée du na-
turel, comme si elle est noire, l’i-
uide 3, ou plombeuse. Le nez et les
narines aigues, et extenuees.
Les yeulx concaues, Les temples
descharnes,etla peau du fronc dure,
seiche, et tendue, et les oreilles froides
et retirées, ou quasi renuersées. Et
en somme qu’elle est hideuse à re-
garder.
En outre, si elle a les piedz et mains
froides, et sueur froide, et qu’elle
tumbe souuent en sincope ou eua -
noissement. Et si telz signes appa-
roissent, demonstrent présagé et pro-
gnostic la mort estre prochaine,
Parquoy la fault laisser à nature, et
recommander à dieu.
1 Sans doute : etmemorebien, et a conrené
la mémoire.
2 Hyppocrates . — A. P.
5 Livide.
LA MANIERE ü’eXTRAIRE LES ENFANTS
6a8
Mais au contraire, si elle est forte,
et les cinq sens bons , auecq’ bonne
ratiocination et bonté des autres ac-
tions tant naturelle que vitale, luy
fault aider en diligence à expeller
l’enfant, tant par potions, bains, su-
fumigations, fomentations faictesde
choses fetides par le nez , et cho-
ses aromatiques iucudes 1 et délec-
tables par les parties coitionales 2,
sternutatoires , vomitoires , et l’ini-
mens à appliquer, tant par dehors,
que par dedans la vulue. Lesquelles
chose n’est besoing escripre en parti-
culier. Ce que nous enseigne Hippo-
crates en sa protestation, mais de ce
on pourra auoir recours au docte
medicin, ou chyrurgien. Et si telles
choses ne profitent, fault besongner
par œuure manuelle, et instrumcntz
propres en la maniéré qui sensuyt 3 *.
Premièrement, rectifiras l'air de la
chambre, sçauoir est, s’il est froid,
leschaufferas, et s’il est trop chault,
le refroidiras.
Cela faict, fault situer la mere en
la posant au borg du lict et la cou-
cher à l’enuers , ayant les fesses au-
cunement eleuées sur quelque quar-
rcau, ou autre chose semblable. Et
qu’elle soit renuersée, toutefois en
figure moyenne.Cestassçauoir qu’elle
ne soit du tout couchée ny leuée, à
fin qu’elle p <sse auoir son inspira-
tion, et expiration libéré. Aussi luy
fault courber les iambes vers les fes-
ses, et les lier auec vne grande et
large bande de toille, laquelle pose-
ras premièrement par sus le col, et
1 Lisez iucundes , agréables. Franco dit :
de bonne senteur.
“ Génitales, servant au coït.
Ici finit le 83* chapitre de Franco, et
commence le 84* avec ce titre : Pour l’ex-
traction de l'enfant.
au trauers des espaules de ladicte
femme en maniéré de croix sainct
André. X
Puis de rechef croiseras ladicte
bande à chascun pied, et la tourne-
ras autour de la iambe et cuisses, en
la rapportant encores par sus le col,
et la nouer et attacher si ferme, que
ladicte patiente ne se puisse mou-
uoir, ça ou la.
Et feras en sorte qu’elle ayt les ta-
lons appuyez contre le bois du lict.
Et la feras tenir par soubs les escel-
les et cuisses par bons ministres, tel-
lement qu’elle ne pourra en tirant
l’enfant, estre attirée. Cela faict fault
prendre vn drap chault en double,
elle poser sur les cuisses de ladicte
patiente. Puis fault oindre toutes ces
parties génitales auecq’ choses vn-
tueuses 1 et oléagineuses, à fin de
rendre les parties plus lubricques ,
glissantes et colantes. pour plus fa-
cilement extraire l’enfant. Aussi te
fault oindre ta main, ayant les vngles
rognés , et qu’il n’y ayt aucuns
aneaulx aux doigtz pour crainte
qu’ils ne fissent lésion aux parties.
Puis posetas 2 ta main doulcement
sans aucune violence dans la ma-
trice,ce faisant congnoistrasen quelle
situation et figure sera l’enfant. Et
posé qu’il lust tourner selon nature,
ayant la teste au coronement pour
deument l’extraire part art5, fault
doulcement le reposer contre mont
et chercher les piedz, et les tirer au
coronement. Ce faisant tourneras fa
cilement l’enfant.
' Et alors que auras attire les piedz
au’ coronement, t’en fault tirer l’vn
hors, ?t le lier au dessus du talon en
1 Onctueuses.
3 Poseras.
3 Par art.
HORS LE VENTRE DE LA MERE.
manière de lacq colant, auec lien mé-
diocrement long, don t les femmes lient
leurs clieueulx , ou autre semblable.
Puis remettras ledict pied dans la-
dicte matrice. Ce faict chercheras l’au-
tre pied, et layant trouué le tireras
hors, et alors tireras le lien, auquel
l’autre pied est attaché.
Et quand lu auras ainsi attiré les
piedz horz la matrice, les tireras
ioinctz egalement , tant d’vn costé
que d’autre, peu à peu, et sans vio-
lence, tant que possible te sera.
Et pendant ce faict, fault compri-
mer médiocrement, et presser le ven-
tre de la mere audessus de lumbilic,
et commander à la mere , qu’elle
tienne son balaine par interuale, en
clouant le nez et la bouche. El
qu’elle se epreignent tant que pos
sible lui fera *. En outre on luy doibt
souffler dedans les naseaulx pouldre
sternutaloire , à fin de stimuler la
vertu expulsiue à ieler hors l’enfant.
Et ne fauldra oblier à lors qu’elle
eslernura tirer ledict enfant , non à
vn coup, mais peu à peu, iusques à
ce qu’il soit du tout tiré hors. Or s’il
aduenoit, ce que se faict plusieurs
fois, que l'enfant eust les mains ou
bras au coronement, ou hors les par-
ties génitales, iamais on ne doibt
tendre, ny essayer à l’extraction par
iceulx, veu qu’il viendroit la teste
ployée auecques les épaulés.
Ce faisant on seroit cause de faire
grande lésion à la mere, et par con-
séquent de la mort de l’enfant s’il
auoit vie.
I’ay esté appellé quelquefois2à ex-
‘ Et qu’elle s’efforce tant qu’elle pourra.
’ M. Raige Delorme {art. cité) a déjà re-
marqué que ces mots : l'uxj esté appelé quel-
quefois,] sont de Paré, et ont été copiés par
Franco avec une liberté qui serait aujour-
629
traire hors le corps de la mere l’en-
fant mort, que les obstetrices ma-
trones, soy disans sages femmes,
s’estoient efforcées le vouloir tirer
par l’vn des bras, auroyent esté*
cause de faire gangrenés 2 et morti-
fier ledict bras, et par conséquent de
faire mourir l’enfant, en sorte qu’on
ne pouuoit remettre le bras dans la
matrice, pour la grande tumeur,
tant des parties génitales de la mere,
que du bras de l’enfant, doncq’ de
nécessité le failloit couperet séparer,
et du tout l’amputer.
Or le moyen de ce faire, cest le
couper, auec rasouer 3 le plus près de
l’cspaule qu’il est possible , toutefois
en obseruant que parauant l’incision
que l’on lire la partie charneuse en
haull , puis coupper l’os auec tenail-
les incisiues propres à ce faire, à fin
que la chair couure l’extremilé de
l’os, de paour qu'il ne fist lésion à la
matrice, et aux autres parties géni-
tales. Puis ce faict, fault chercher, les
piedz dudict enfant et l’extraire hors,
comme auons parcy deuant déclaré,
s’il est possible. Et à où 4 ledict enfant
mort , seroit si gros natullement 5 ,
ou par accident tuméfié par putré-
faction , en sorte qu’il ne peust nul-
lement passer, alors, premier que
d’hui de l’impudence, et qui n’était guère
alors qu’une négligence du copiste. Nous
avons noté plusieurs négligences dece genre
au Livre delà verolle, où Paré a fait de si
larges emprunts à Thierry de Héry.
Du reste, Franco a modifié la rédaction
du reste delà phrase, et entre autres choses
il a effacé ce trait malin : les obstetrices ma-
trones soy disans sages femmes.
1 Sans doute auoyenl esté.
2 Sans doute gangrener.
5 Avec le rasoir.
4 Sans doute et là ou.
4 Naturellement.
LA MANIERE D’EXTRAIRE LÉS ÈNFANS
63o
laisser mourir la mere fauldroil par
tous moyens diminuer la grosseur
dudict enfant. C’est assçâuoir eu luy
perçeant le ventre, à fin de donner
issiies aux ventosités.
Dottcq’ le ventre abattu et dimi-
nué, plus facilement on mettra ledict
ëüfaüt hors.
et aussi si la teste estoit si grosse,
que’lle ne peust passer, la fauldroit
inciser, et extraire le crâne et le cer-
üeau auec inslrumens propres, que
déclarerons et figurerons, aidant
Dieu, ennostre pratique *.
Les omise qui font demeurer larriere
fais 2.
Et s'il aduenoit que le corion ou
arrierefais demeurast dans la ma-
trice apres l’enfantement, qui se faict
pour plusieurs causes : comme par
l’imbecillite de la vertu delà femme.
A cause qu’elle est, ou à esté agi-
tée et trauaillée de doleurs très
grandes, pendant le trauail de son
enfantement, et que la matrice et le
col d’icelle, et autres parties génita-
les, se sont si fort tuméfiées et en-
flées, par les longues labeurs et do-
leurs. Au moyen de quoy lyssue se
clos et ferme , en sorte que ledict
clxorium ne peult estre expelle ne
iecte hors. Dauantage, peult demou-
rer, a cause qü’il est entortillé ou
reployé, dans ladicte matrice, ou
pource qu’il est demouré a sec, a
cause que les eaues ont esté vacuéeS
* Ici finit le S4* chapitre de Franco j il
n’a pas copié la promesse de donner des
figures; et il s’est contenté de dire : auec
instruments conuenables à tel effuit,
* Ce titre était en marge , comme une
simple note; je me suis écarté ici de l’origi-
nal, en lui donnant une place qui m’a paru
plus rationnelle. Du reste, c’est le même titre
que Franco a donné à son 85e chapitre.
plustost qu’il n’estoit besoing, par-
quoy les voyes ne sont lubriques,
glissantes, ou coulantes , ou a raison
aussi que ledict arriéré fais est enco-
res adhérant Hé et attaché contre la
matrice, par la traduction et lésion
des veines, et artefes nommées par
cy deuant cotilidoües, oü acetablcS.
Ce qui se faict voluntiers aux femmes
qui aduortent ou n’accouchent a
terme. Car tout ainsi que voyons les
fruielz des arbres, lesquelz ne sont
encores en parfaicte maturité , plus
dificilement tumbent que ceülX qui
sont du tout meurs. Car adonc qü’ilz
sont en parfaicte maturité, tumbeüt
d’eulx mesmes. Aussi se séparent et
dépriment ledict chorion contre la
matrice quand lenfant est à son
terme. Et la ou il ne sé separeroit de
soy mesme, et demeurast dans la
matrice, seroit cause qu’il suruien-
droit plusieurs accidens a la mere :
comme suffocation de matrice ne
pouUant inspirer ne expirer son air,
esprit, ou halaine, au moyen de la
putréfaction qui sé faict eh peu de
temps dans ledict chorium, comme
auons déclaré de lenfant mort de-
dans le ventre de la mere. Pource
qu’il se elieuent vapeurs ou fumées
putréfiées et corrumpues, qui mon-
tent au cœur et au cerueau, parquoy
ladicte mere tumbe souuent en sin-
cope ou euanoissement : Dont soü-
uent est suffoquée et rend l’esprit.
Parquoy fault suruenir à telz perilz
le mieulx qu’il sera possible, pat les
choses predictes en general a l'ex-
pulsion de l’enfant. Èt la oïl telles
choses ne profiteroient, fauldroit opé-
rer et besongner de la main, en si-
tuant la femme, comme qui voul-
dfont ‘ tirer l’enfaiit, et poulsant la
1 Lisez comme qûivtiuldroit. Franco a mis,
comme si on vouloir.
HORS LE VENTRE DE LA. MERE.
main , doulcement dedans la ma-
trice. Et suiure l’umbilic , que les
matrones appellent petit boyau , et
prendre ledict chorium, et le tirer
hors, et entier s’il est possible. Et la
ou il seroit encores adhérant et at-
taché par la traduction desdictes
veines et arteres contre la matrice, le
fauldroit déprimer et séparer sans
violence, auec les doigtz nécessaire-
ment, et à l’extraire hors pour ob-
uicr et euiter les accidentz predictz.
Puis ce faicl, fault suruenir aux ac-
cidens de la mere, comme emorrha-
gies ou (lux de sang, débilitation de
vertus et autres plusieurs accidens,
que ie délaissé pour le présent, a
cause de brieueté *. Or s’il aduenoit
que la femme grosse d’enfant fust en
agonie, ou aux traietz de la mort, qui
se peull cognoislre par les signes cy
deuant déclarés, fault que le chyrur-
gien se tienne près et appareillé pour
l’ouurir subit, apres le dernier soupit
de la mor 2, a lin de sauuer lenfant
s'il est possible. Et ne fault auoir
confidence à la balongner3, et tenir
sa bouche et parties génitales ouuer-
1 Ici finit le 85e chapitre de Franco; mais
avant de reprendre le texte de Paré , il a
un chapitre tout entier qui est à lui, et qui
est intitulé : d’une autre façon, et plus legere,
auec le spéculum mairicis. Nous reviendrons
sur ce chapitre dans nos notes sur le Livre
de la génération.
Du reste, immédiatement après, Franco
revient à l’auteur qu’il copie, dans son 87e
chapitre, intitulé: La maniéré de tirer l'en-
fant quand la mere esl aux traits de la mort.
* Evidemment il faut lire : apres le dernier
soupir de la mere : Franco cependant s’en
est tenu à la faute d’impression, et il a tra-
duit : Ayant fait le dernier souspir de la mort.
a Pour bâillonner. Franco traduit : Sans
s’amuser à ce qu’aucuns en ont dit, assauoir
qu’il luy fault mettre des baillons en la
bouche.
63 1
tes, pour donnerait- à l’enfant, estant
en la matrice, et encores inuolue 1
dedans les membranes. Vcu que le-
dict enfant estant au ventre de sa
mere, na son air que par les mouue-
mens de l’artere umbilicale. Et la
mere decedée, ses poulmons n’ont
plus leur action, qui estoit «attirer
l’air extérieur par la bouche, et con-
duit de la trachée artere ausditz
poulmons, et des poulinons au cœur
par l’artere venale, et du cœur par
la grand artere, et d’elle aux arteres
de la matrice et colilidoines, qui sont
au chorium, par les acetables, et des
acetables a Pvmbilic de lenfant , par
lartere vmbilicale, et d’elle à la bi-
furcation de la grand artere, près de
l’os sacrum, et d’icelle au cœur, et de
la a toutes les parties de lenfant. Et
la mere estant decedée, tous lesmou-
uemens d’elle cessent, dontne pourra
ledict enfant recepuoir, ny attirer
nullement l’air par l’ouuerture de la
bouche et parties génitales de la
mere decedée, et par conséquent le
mouuement naturel dudict enfant
cessera en brief, que la femme aura
rendu l’esprit. Parquoy sitost quelle
sera expirée, et iecte le dernier sou-
pir, la fault ouurir en diligence, et
ne se fier aucunement a l’ouuerture
des parties génitales, ny de la bou-
che, comme a esté dit. Et quant a
l’ouuerture de la femme grosse de-
cedëe, elle doibt estre commancée
près la cartilage nommée par cy de-
uant Ziphoides ou pomum granatum,
en leuant le cuir et muscle de l’ab-
domen, ou ventre inferieur auec le
péritoine en figure d’escusson , en
euitant bien de faire apertion des
intestins. Puis ce faict, inciseras a
1 Franco traduit : encore couuert et enue~
loppé de ses membranes. ■
63a
LA MANIERE D EXTRAIRE LES ENFANS , ETC.
matrice *, la leuant en hault auec
arainées2ou pesitz crochetz propres
a ce, de paour qu’en faiant linci-
sion 3 on ne touche du rasouer a l’en-
fant que trouueras naigeant en cer-
taines aquosités, comme auons par
cy deuant déclaré , et souuent le
nombril entourné au col ou au bras.
Lequel enfant le plus souuent subit
apres 1 ouuerture faicle ne se meut,
pous l’oppresion , débilitation , et
faulte des espritz et vertus , qui
n’aura receues, à cause du deces de
la mere. Parquoy de prime face sem-
blera aux assistans qu’il naura nulle
vie, ce que véritablement cognoistras
en touchant et tatant l’vmbilic dudict
enfant, lequel sentiras poulser et
battre l’artere vmbilicale, s’il a vie.
Aussi que bien tost apres, qu’il aura
sentu l’air ambiant, se mouuera tout,
ou aucun de ses membrer
Or si lu cognoist, que les vertus et
forces dudict enfant soyent debiles,
te fault bien euiter de lier, trancher,
et séparer l’vmbilior dauec larriere
fais, a cause queledict enfant peult
attirer et recepuoir chaleur, et quel-
que reste d’esprit contenuz encores
1 Faute d’impression : la matrice.
’ Erignes. Franco a passé ce mot. Pour les
suivants, il faut évidemment lire : ou petits
crochets.
3 Faute d’impression : en faisant l’incision.
* Faute d’impression : de ses membres.
audict arriéré fais. Parquoy ne sépa-
reras ledict arriéré fais dauec l’vm-
bilic, mais le poseras sur le ventre
de lenfant , et le laisseras quelque
temps iusques a ce que la chaleur
soit exhalée. Car par ce moyen seras
cause d’augmenter les vertus dudict
enfant, et par conséquent alonger
sa vie1. Mais la ou ledict enfant se-
roil fort, pourras lier subit ledict vm-
bilic a trois doigtz ou enuiron près
le ventre. El apres auoir serré le pre-
mier nœud, te fault retourner en
faire deux autres de l’autre costé du
premier nœud en le serrant plus fort
que le premier. Et layant ainsi lié
auec lien propre et fort, te fault
couper ledict nombril, et de la reste
laisse l’enfant a Dieu et aux fem-
mes 2.
Fin est la mort et principe de vie.
1 Franco ajoute ici : si Dieu seveult ayder
de tel moyen.
' Franco dit simplement; en recommandant
le tout à Dieu.
Là ne s’arrête pas son chapitre. II décrit
encore sous ce titre : autre procedure, une
autre manière de faire pour éviter de léser
l’enfant, laquelle paraît lui appartenir. Nous
y reviendrons à l’occasion du Livre de la
génération ; et nous aurons aussi à mention-
ner les sept chapitres qui suivent et qui ont
rapport aux maladies de l’utérus.
LEVRE
LE DIX-HVITIÉME
TRAITANT
DE LA GENERATION DE L’HOMME,
RECVEILLI DES ANCIENS ET MODERNES1.
PREFACE.
Dieu le créateur de toutes choses,
au commencement du monde, par
1 Nous voici hors de la chirurgie propre-
ment dite; et les deux livres qui vont
suivre sont spécialemeut destinés à la
science et à l’art des accouchements. Tous
deux avaient paru ensemble pour la pre-
mière fois en 1573, in-8°, sous ce titre :
Deux liures de chirurgie ; et ils furent repro-
duits en 1575 dans la première édition des
œuvres complètes. Une partie de celui-ci
aurait pu être copiée sur un opuscule imprimé
par Paré vingt-deux ans auparavant, et que
nous avons reproduit dans les pages précé-
dentes ; on verra cependant que Paré a
préféré partout une rédaction nouvelle.
Lui-même a écrit en tête de ce livre, dès
1573, ce modeste aveu répété dans toutes ses
éd.tions : recueilli des anciens et modernes ;
et nous essaierons de rechercher les sour-
ces où il a puisé, toutes les fois qu’il ne
les indiquera pas lui-même. Je dois dire
toutefois par avance que pour ces deux livres
surtout, il me paraît avoir eu besoin de re-
courir, sinon à une rédaction étrangère, du
moins à des recherches préliminaires faites
par des hommes plus érudits qu’il ne pou-
vait l’être, attendu les nombreuses citations
d’ouvrages qui n’avaient point été alors, et
dont quelques uns même ne sont pas encore
aujourd'hui traduits en français.
un conseil indicible et prudence in-
estimable, a créé non seulement en
l’espece humaine, mais aussi en tou-
tes autres especes d’animaux, deux
sexes : l’vn masle, l’autre femelle 1 :
lesquels par certains allechemens de
volupté se conioindroient ensemble
pour la génération de leur sembla-
ble, à cause de la condition ineuita-
ble de mort à tous indiuidus ani-
maux, quela volonté diuineleur auoit
ordonnée. En ceste conjonction vo-
luptueuse, l’homme et la femme,
principalement au sacré mariage ,
iettent leurs semences , lesquelles
iointes l’vne auec l’autre sont re-
ceuës et conseruées en la matrice de
la femme.
Or la semence est vn humeur es-
cumeux, plein d’esprit viuifiant, qui
la fait bouillonner et accroistre en
la matrice : et sont lesdites semences
la matière et forme naturelle de l’en-
fant, fait du sang le plus pur de la
• Galien au 14' livre de l’vsage des parties.
— A. P.
Celte citation est de 1579; dans l’édition
de 1573, Paré citait en marge en cet endroit:
Maistre Nicolle du Uault pas, en son liure de
la formation de l’enfant. Celle-ci a été effacée
dès 1579.
634 EE DIX-HVITIEME LIVRE,
masse sanguinaire. La virile estant
iettée en la matrice, se fait principe
et cause effectiue de la génération de
l’aniinal. Icelle semence doit estre
blanche, splendide et claire, gluti-
neuse, globulente, et d’odeur de su-
reau , ou de palme , et appetée des
mousches, descendante au fond de
l’eau :car si elle nage dessus, elle
sera inféconde.
Or la plus grande partie d’icelle
vient du cerueau : mais le total pro-
cédé de tout le corps vniuersel , et
de chacune partie, tant solide que
molle. Car c’est chose manifeste que
si elle ne venoit de tout le corps, les
parties de l’enfant n’en pourroient
estre faites, parce qu’il faut que tou-
tes les parties soient faites de leur
semblable. Et cecy est prouué par la
similitude ou semblance des enfans
aux pere et mere, et par l’imbécillité
de certains membres : car si le pere
ou mere ont le cerueau, ou foye,
poulmon, estomach, ou autre partie
debile, l’enfant le plus souuent tient
deceste débilité, et mesme est suiet à
certaines maladies héréditaires, tant
du corps que de l’esprit ». Or il faut
icy entendre, que lors que les an-
ciens ont dit la semence venir de tou-
tes les parties du corps, ilnelefauten-
teudre de la matière, car elle est
tirée de la masse sanguinaire : mais
auec icelle l’esprit animal, vital et
naturel, et les idées de la vertu for-
matrice d’vne chacune des parties
sont tirées de tout le corps en gene-
ral , et parties d’iceluy. Et qu’il ne
soit ainsi, nous voyons ceux ausquels
on a coupé vn bras ou vne iambe, ou
autres parties, auoir toulesfois des
enfans bien formés.
1 Ces mots, tant du corps que de l'esprit,
manquent dans l’édition de 1573, et ont été
ajoutés en 1575.
Or la semence attize et allume le
désir d’habiler, et cause vn plaisir
délectable, et principalement à l’é-
mission d’icelle 1 : de crainte que
l'homme , de soy braue et fier, ne
desdaignast vn acte tel que semble
l’accouplement charnel , et par ce
moyen ne se souciast de perpétuer
son nom à la postérité par lignée pro-
créée de son corps2, et de peur que
la semence ne fust iettée en autre lieu
qu’en la matrice. Et à fin que la gé-
nération fust faite, les masles ayans
compagnie de la femelle , les parties
génitales de l’vn et de l’autre s'esten-
dent de toutes parts : aux masles la
verge, pour ietter droit la semence
en la capacité de la matrice : et aux
femelles le col d’icelle , qui pour la
receuoir s’ouure et eslargit, et se
tient droit pour aussi vuider sa se-
mence , qui est enuoyée par les
vaisseaux spermatiques aux testicu-
les, tant de l’homme que de la
femme3 : lesquels vaisseaux font plu-
sieurs retours et reuolutions et replis
comme capreolesde vignes, à ün que
dans ces entortilleures et anfractuo-
sités , le sang et esprit enuoyés aux
testicules soient cuits et digérés par si
long chemin , et partant élaborés et
blanchisen substance séminale4 : etse
terminent ces dernieres entortilleures
aux testicules, qui sont de substance
rare, laxe et spongieuse, receuanscest
humeur qui ja a commencé d’estre
cuit aux vaisseaux, et l’acheuent
1 Galien de vsu part. liu. 14. chap. 2. —
A. P. — Citations de 1579.
a Ce membre de phrase , de peur que
l'homme, etc., a été ajouté en 1575.
3 Galien ibidem chap. 10. — A. P. — Celte
citation est de 1579; en 1573 il renvoyait au
chapitre 9.
* Gai. chap. 3, de usu port. — A. P. —
Citation de 1579.
DE LA GEWERATIOK.
de cuire de plus grande perfection ,
luy donnant les qualités, forme et
essence requise pour la génération de
Tanimal. Or la semence est rendue
blanche par la faculté des testicules
qui sont blancs.
Le masle iette la semence hors de
son corps : et la femelle dedans le
sien , par les vaisseaux spermatiques
qui sont implantés dans la capacité
interne de sa matrice.
CHAPITRE I.
POVRQVOY LES PARTIES GENERATIVES
SONT ACCOMPAGNÉES D’VN GRAND
PLAISIR
L’vsage des parties generatiues est
accompagnée d’vn très grand plaisir,
et aux animaux qui sont en la fleur
de leur aage, certaine rage et cupi-
dité furieuse procédé dudit vsage :
ce que Nature a ordonné , à fin que
l’espece demeure à iamais incorrup-
tible et eternelle , par la multiplica-
tion de ses indiuidus : et partant Na-
ture a voulu que les animaux fussent
aiguillonnés d’vne ardeur et enuie
extreme de se coupler ensemble, et
qu’à ce désir fust coniointe vne
grande et chatouilleuse volupté, à
fiü , de tant qu’ils n’ont point de rai-
son, ils fussent neantmoins par l’ai-
guillon du plaisir incités à se mettre
en deuoir pour conseruer et mainte-
nir leur genre et espece- Pline 2 dit
que tons les animaux ont certains
temps limités de charger et porter
leurs petits : toutesl'ois l’homme seul
1 Gai. au liu. 14. de vsu part. chap. 9. —
A. P. — Cette citation existe déjà en 1573.
2 Liu. 7. ch. 5. — A. P. — Citation de
1573.
635
n’a aucun temps ny terme prefix ou
defini, mais vient au monde en tout
temps. Outre que Nature a donné aux
parties génitales vn grand sentiment
plus aigu et vif qu’à nulle autre par-
tie , par le moyen des nerfs qui y sont
dispersés : partant nul ne se doit es-
merueiller pourqitoy à leur action
elles sentent plus grande délectation
et plaisir.
Or d’abondant il y a vne certaine
humeur sereuse semblable à la se-
mence , mais plus liquide et subtile ,
contenue dedans les prostates, qui
sont deux glandules situées au com-
mencement du col de la vessie, et aux
femmes au fond de la matrice par les
vaisseaux spermatiques. Icelle hu-
meur a vnepetite acrimonie piquante
et aiguillonnante , auec vn petit pru-
rit et démangeaison , qui irrite les
parties à faire leur action , en don-
nant volupté et plaisir, parce qu’elle
est accompagnée de grande quantité
d’esprits qui s’eschauffent et désirent
à sortir hors. Et pour exemple ,
comme lors qu’il y a en vne partie de
nostre corps quelques humeurs aigres
ou acres, accumulées sous le cuir,
qui chatouillent et démangent , in-
uitent à se gratter, et en se grattant
on a vn grand plaisir. D’auantage les
parties génitales ont vn plus grand
sentiment que celles de la peau , les-
quelles estant aiguillonnées de cest
esprit, sentent un plus grand plaisir,
principalement à l’heure du coït1. Pa-
reillementlorsque ladite humeur sort
auec la semence , on sent vn extreme
et incomparable plaisir et volupté 2 :
et telle chose a été faite par dame
1 Cette phrase est une addition de 1575.
3 Hip. liU.de la génération. — Gai. ibid.
chap. 1 1. — A. P. — Ces deux citations sont
de 1579.
636 LE DIX -HVITIÉIUE LIVRE
Nature de peur que la semence ne
fust iettée hors la matrice, pour le
désir qu’elle a à faire génération.
D’auantage ceste humeur, oulre
qu’elle donne enuie de s’assembler, et
s’assemblant donne vn grand plaisir,
elle arrouse et moüille le canal de
l’vrine contre l’acrimonie d’icelle.
Autrement qui considereroit le con-
duit du champ de nature humaine,
et les immondices qui passent par
iceluy , et ses deux voisins le boyau
cullier et la vessie1, jamais l’homme
ne voudroit s’accoupler auec la
femme : de l’autre costé , si la femme
auoit esgard au mal qu elle doit
auoir de porter l’enfant neuf mois en
son ventre , et l’extreme douleur
d’enfanter, jamais ne desireroil d’a-
uoir compagnie d’homme. Néant-
moins tout cela , il y a des hommes
qui vsent intempesliuement du coït ,
pour l’appetence excitée pour la mé-
moire du plaisir et de la volupté : et
n’estant detenue de la ratiocination,
enflamme et allume le sang et les es-
prits, lesquels eschauffez excitent
ce plaisir lubrique, tellement que
plusieurs en vsent sans reigle et im-
modérément : bien souuent au lieu de
semence ietlent vn humeur demy-
cuit et sanguinolent, voire le sang
tout pur, dont la mort s’ensuit : car
la concupiscence et l’appetit desor-
donné sont si grands, que bien sou-
uent ils contraignent Nature de sor-
tir hors de ses bornes et limites 2.
Or il aduient quelquefois difficulté
d’vriner pour auoir trop usé du coït3,
‘ L’édition de 1573 disait seulement ses
deux voisins; les noms de ces deux voisins
ont été ajoutés en 1575.
•Cette grande phrase, commençant par:
néanmoins tout cela, a été ajoutée en 1575.
* Chose digne à noter. — A. P. — 1573.
pour la consomption de ceste hu-
meur glaireuse , dont les parties dé-
diées à l’vrine ont esté trop dessei-
chées : à tels, pour les faire vriner,
faut ietter de l’huile auec la syringue
dedans la verge.
Et pour retourner à nostre propos,
pour bien habiter auec les femmes , il
faut que la verge de l’homme soit
bien fermement tendue , à fin que la
semence par son canal soit iettée au
loin dedans la matrice1 : et estoit
necessaire qu'à l’émission d’icelle
ledit canal demeurast fort droit et
fort large, à fin que promptement et
sans intermission elle fust iettée au
profond de la matrice 1 : car si elle
tardoit en chemin , elle se refroidi-
roit, et par euaporation de ses esprits
seroit rendue inféconde.
Or la verge se dresse par le moyen
du sang et esprits flalulens , et pour
ceste cause est composée d’vne partie
nerueuse, spongieuse et caue. La ma-
trice a vue faculté propre d’attirer
la semence du masle à elle par son
conduit ou emboucheure : et par
deux autres conduits qui sont ses cor-
nes (Où sont les vaisseaux spermati-
ques) est iettée la semence de la
femme en la cauité de sa matrice2,
lesquelles cornes ont esté faites pour
tirer la semence de ses propres testi-
cules: lesquels sont fort petits , et
beaucoup moindres que ceux des
hommes : à ceste cause ne sont si
chauds ne vigoureux, et ainsi leur
1 Galien liu. 15. de vsu part. chap. 1 et 3.
— A. P. — 1579.
• L’édition de 1573 dit : elle fust iettee en
lamairice, et la phrase finit là. Le reste a été
ajouté en 1575, mais le texte primitif était
toujours resté le même ; et ce n’est que daus
la première édition posthume qu’on lit , au
profond de lu matrice.
DE LA GENERATION.
semence est plus froide et humide
que celle de l’homme , et parlant
meslée auec celle de l’homme , se
tempere. Aussi l’orifice de la matrice
s’ouure à l’émission de sa semence ,
pareillement à On que celle de l’hom-
me entre en sacauilé:et iamais la
conception ne se fait , que les deux
semences ne concurrent ensemble en
vn mesme instant, et que la matière
ne soit bien disposée, et que les deux
semences de l’vn et de l’autre ne
soient bien élaborées par bonne
concoction. Et s’il y a plus grande
quantité et qualité plus vigoureuse
de semence de l’homme, il se fera vn
masle : au contraire , si la semence
de la femme surmonte celle de
l’homme, tant en quantité qu’en
vertu, il se fera vne femelle : car
comme vne grande lumière obscurcit
la petite, pareillement la vertu estant
plus forte et plusgrandedes semences,
la moindre cesse : toutefois et en
l'homme et en la femme il y a geni-
ture, tant pour engendrer masle que
femelle. Qu’il soit vray , il y a plu-
sieurs femmes qui n’ont eu de leurs
premiers maris que des Allés seule-
ment : lesquelles depuis estans re-
mariées à d’autres maris , n’ont fait
que des Gis. El aussi mesmes les ma-
ris desquels les femmes ne faisoient
que des Ailes, et estant remariés à
d’autres femmes, ont engendré des
masles : et autres qui ne faisoient que
des masles, ont engendré des Ailes
estans remariés à d’autres femmes. Et
pour le dire en vn mot , tant en la
femme qu’en l’homme, est contenue
semence masculine et féminine.
Toutesfois il faut entendre, qu’il
ne se produit pas tousiours en un
mesme homme vne semence pour
engendrer vn 01s, ny aussi pour faire
vne fille : mais cela varie selon la
637
variété de l’aage et façon de viure :
ce qu’on voit presque ordinairement :
ainsi est-il de la femme. Parquoy nul
ne se doit esmerueiller de ce qu’vn
mesme homme auec vne mesme
femme engendrent, tantost vn enfant
masle, et tantost vne femelle.
CHAPITRE II.
DE QVELLE QV ALITÉ EST LA SEMENCE
DONT EST ENGENDRÉ LE MASLE ET LA
FEMELLE.
Il est certain que la semence plus
chaude et plus seiche engendre le
masle, et la plus froide et humide la
femelle *, car il y a beaucoup moins
de vertu au froid qu’au chaud : ainsi
l’humidité est de moindre efficace
que la siccité : et c’est pourquoy la
femelle est plus tard formée que le
masle. En la semence gist la vertu
creatiue et formatrice : Exemple, en
vne graine de melon , potentiellement
est le tronc, les branches, les fueil-
les , les fieurs , le fruit , la forme , la
couleur, l’odeur, la saueur et se-
mence : ainsi est-il de toutes autres
semences. Ce qu’on connoist aussi aux
greffes entées sur sauuageons , rete-
nans la nature du fruit de l’arbre
d’où elles sont tirées.
Semblablement quand la semence
du pere surmonte celle de la mere,
lors l’enfant ressemble au pere : et
quand celle de la femme surmonte
celle de l’homme, l’enfant ressem-
ble à la mere. Toutesfois on voit le
plus communément les enfans res-
sembler plus au pere qu’à la mere,
pour la grande imagination et ardeur
1 Hippocrates, au liure de la nature de
l'enfant. — A. P. — 1573.
LE DIX-H VÎTIEME LIVRE,
638
qu’a la niere en la copulation char-
nelle : tellement que l’enfant attire la
forme et couleur de ce que si fort elle
connoist et imagine en son entende-
ment : comme il aduint de la Roync
d’Ethiopie, laquelle en la copulation
de son mary, imaginant vne couleur
fort blanche , enfanta vn fils blanc.
Telle chose se peut encore prouuer
par l’artiBce de Iacob , qui meit des
vergesdediuersescouleursdans l’eau,
au temps de la conionction de ses bre-
bis : ce qui sera ey apres déclaré plus
au long parlant des Monstres. Il ad-
uient aussi quelquesfois ( mais rare-
ment) que l’enfant ne ressemble à
pere ny mere, mais à quelques vns
de leurs parens , comme à leur pere
et mere grands et ayeuls : parce que
naturellement la vertu des ayeuls est
fichée et enracinée aux cœurs de
ceux qui engendrent1. En quoy Na-
ture ressemble à vn peintre , qui
pourtrait vne chose sur le naturel ,
s’efforçant de faire ressembler les en-
fans aux parens le plus qu’il luy est
possible.
Les enfans ne ressemblent seule-
ment à leurs pere et mere de corsage
( comme en ce qu’ils sont grands ou
petits, gros ou déliés , camus ou bos-
sus, boiteux ou tortus ) de parler , et
de maniéré de cheminer : mais aussi
des maladies auxquelles lesdits pere
et mere sont sujets, qu’on appelle
héréditaires, comme il se voit aux
lepreux, goutteux, epileptiques, la-
pidaires, splenetiques, asthmatiques,
et autres semblables : parce que la
semence suit la complexionet tempé-
rament de celui qui engendre, en
sorte qu’vn homme et vne femme
• L’édition de (573 ajoutait : ou de la dis-
position des premières qugliiez, ou à l’in fluxion
d’aucunes constellations celestes. Gecj a été
effacé dès 1675.
bien tempérés produiront une se-
mence bien complexionnée >. Au con-
traire s’ils sont intemperés , produi-
ront vne semence mal compiexion-
née , et non propre pour engendrer
vn enfant sain et de bonne habitude ,
suiuant la sentence de Catulle : Vn
chacun îousiours suit l’origine et se-
mence de sa nature propre 2. Parquoy
celui qui sera goutteux, lepreux, ou
en autre disposition susdite, s’il en-
gendre vn enfant , à grande peine
pourra-il euader qu’il ne soit suiet
aux maladies du pere et de la mere :
ce que toutesfois n’aduient pas tous-
iours , comme l’experience le mons-
tre , ainsi que i’ay escrit aux liures
des Gouttes 3. Car on voit plusieurs
estre vexés des gouttes et d’autres
maladies, desquelles les pere et mere
n’en auoient esté malades : et d'au-
tres n’en estre iamais affligés, des-
quels toutesfois les pere et mere en
estoient grandement tourmentés. La-
quelle chose se fait par la bonté de
la semence de la femme , et tempe-
rature de sa matrice , corrigeant l’in-
temperature de la semence virile,
tout ainsi que celle de l’homme peut
corriger celle de la femme. De là
vient qu’on voit souuent par expé-
rience des enfans n’estre point gout-
1 Aristote, au liure de la génération des ani-
maux. — Hippocrates, au liure de l’air, des
régions et des eaux. — A. P. — 1573.
2 Cette citation manque dans l’édition
primitive de 1573 ; on la lit pour la première
fois en 1576.
3 Ce renvoi au livre des gouttes est fort
remarquable, en ce qu’il se trouve déjà dans
l’édition de 1673. Il faut donc que ce livré
des gouttes ait paru avant cette époque, et
sgos douLe dans les cinq Liures de chirurgie,
bien qu’il soit fort peu chirurgical. Voyez
rpon Introduction, § Bibliographie, t. i. pag.
cccxvi.
PE LA GENERATION.
toux, ou suiets à autres maladies hé-
réditaires, encorcs que leurs pere ou
mere lussent suiets à telles disposi-
tions : laquelle correction si elle de-
faut à la semence du pere ou de la
inere , à grand’peine les enl'ans peu-
uent-ils eschapper qu’ils ne soient su-
iets ausdiles maladies, lesquelles ne
se peuuentparfaitementguarir, quel-
que grande diligence qu’on puisse
faire* 1 , parce qu’elles ont pris leur
habitude auec les principes de la gé-
nération de l’enfant.
Plutarque au liure intitulé, Pour-
quoi! la Justice diuine différé quelque-
fois la punition des maléfices , dit, que
Hesiodeconseilleden’engendrerpoint
enfaus quand l’on a esté aux obsè-
ques et funérailles des trespassés ,
mais bien apres auoir esté en quelque
magnifique banquet et comédies
ioyeuses : car combien que la semence
et geniture recoiue non seulement la
bonté ou malice de sa matière, mais
aussi elle transféré la ioye,la tristesse,
et semblables affections en la pro-
création des enfans, les faisans gai6 ,
ioyeux et gaillards , ou melanchoii-
ques , selon la disposition de la se
mence et de la vertu imaginatiue.
CHAPITRE III.
POVEQYOY LES FEMELLES DES BESTES
BRYTES, AEDES ESTRE EMPREINTES ,
NE DESIRENT PLVS DE s’ACCOVPLEB
AVX MASLES2.
C’est qu’elles s’addressent seule-
ment à ce qui s’offre , et qui est de
présent en leur chaleur et rut, n’ayant
1 Le chapitre se termine ici dans l’édition
de 1573 ; le reste de la phrase a été ajouté
en 1575, et le dernier paragraphe en 1579.
' Aristote, problème 7, section de la cormp -
639
aucune rccordation du plaisir apres
estre empreintes : mesmes abhorrent
le coït apres la conception : parce
que leur imagination ne leur est
donnée de nature que pour leur es-
pece , et non pour volonté et délecta-
tion. Or les masles les vont chercher
lorsqu’elles sont en rut , à cause qu’il
s’esleue de leur matrice vne certaine
exhalation vaporeuse, qui s’espapd
en l’air, et sentant ceste odeur en-
trent en amour , qui fait qu’ils dési-
rent s’accoupler ensemble. Ce con-
traire est aux femmes : car elles dé-
sirent pour leur délectation , et non
seulement pour l’espece : et aussi
qu’elles abondent en sang qui les es-
chauffe, quand elles s’en recordent,
et que la vertu imaginaûue procé-
dant du cerneau , et la concupiscible
ou désireuse du foye J (qui est i’vne
des principales causes d’habiter) s’en
ressentent, ayans recordation de ce
plaisir délicieux qu’elles ont receu
au coït. Et faut entendre, que la
vertu concupiscible ou désireuse
commande à la vertu expulsiue du
cœur, lequel lors enuoye la chaleur
aux parties génitales par les arteres ,
et le foye par les veines , et icelle cha-
leur accompagnée d’esprits vaporeux
font enfler et tendre les parties géni-
tales, tant aux hommes qu’aux fem-
mes .- puis par le coït la semence est
expulsée.
Les bestes saunages sont grande-
ment furieuses quand elles demandent
les femelles2 : ainsi nous voyons le
lion charnelle. — A. P. — Cette citation qui
suffit à indiquer la source du chapitre, ne
date que de 1579.
1 L'édition de 1573 dit du cueur, ce qui
constitue une doctrine toute différente. La
correction : du foye, a été faite dés 1579.
’ Aristote en ses problèmes. — A. P. —
Cette citation est de 1573.
LE DIX-HVITIEME LIVRE
64o
cerf estant en rut bramer et crier apres
les biches: aussi les asnes en deuien-
nent à peu près enragés, par ce que
leur membre sort alors fort eschauffé
d’vn désir des femelles , et tel désir de
s’accoupler les dispose à telle ire et
fureur : mais aussi apres l’accointance
des femelles, sont rendus doux et
paisibles. Or comme i’ay ditcy dessus,
il y a vne très grande délectation en la
copulation du masle et delà femelle,
par-ce que c’est vn acte si abiect et
immonde, que s’il n’esloit accompa-
gné d’vn tel plaisir délicieux, tous
animaux naturellement le fuiroient
et l’auroient en horreur, ce que re-
uiendroit en briefue consommation
des especes : mais Nature s’exerçant
volontiers en telle voluptueuse titil-
lation , fait que chacune espece est
conseruée, et de plus en plus aug-
mentée1.
Les choses necessaires à la génération.
f: Trois especes sont necessaires à la
génération : la première , l’excremeut
humide et bénin, qui vient la plus
grande part du cerueau : la seconde,
ventosités pleines d’esprits vitaux ,
qui procèdent du cœur, qui causent
distension et érection des parties ge
nitales : la troisième, est vne concu-
piscence et appétit naturel , lequel
prend sa source du foye : de là s’es-
pandparlesparties génitales. D’abon
dant, faut que l’objet plaise et soit
désiré, tant de la part de l’homme que
de la femme : si l’vne de ces choses
manque, les personnes sont impuis-
santes.
‘ Le chapitre se terminait ici dans les édi-
tions de 1573, 1575 et 1579 ; ce qui suit aété
ajouté en 1 585.
CHAPITRE IV.
LA MANIERE D’HABITER ET FAIRE
GENERATION L
L’homme estant couché auec sa
compagne et espouse , la doit m ignar-
der , chatoüiller , caresser et esmou-
1 Ce chapitre est pris de Gourdon, liu. 7,
chap. 14, lequel i’ay exprimé le plus bon-
nestement qu’il m’a esté possible. — A. P. —
Cette indication manque dans l’édition de
1573, elle a été ajoutée en 1579. Comme ce
chapitre est assurément le plus grassement
écrit de tout le livre, pour me servir de l’ex-
pression de Bayle, on pourrait donc penser
qu’en effet Paré avait reçu quelques admo-
nestations à cet égard, et qu’il cherchaità se
mettre à l’abri derrière un auteur déjà tort
ancien et assez connu. J’ai dit dans mon
Introduction 1. 1. p. cclxxxiii) combien par
l’anecdote rapportée par Guyon, Moréri et
Bayle était vraisemblable; Ambroise Paré
ne manquait pas d'autorités qui avaient
écrit avec autant de liberté et de complai-
sance pour leur sujet; et à part Goi don
qu’il cite, il aurait pu alléguer également
l’exemple de Matthieu de Gradi dont j’ai
rapporté (voir mon Introduction p. xevi)
un long passage tout— à— fait comparatde au
chapitre actuel. Mais une dernière preuve
que notre auteur ne crut jamais nécessaire
de modifier son stjle dans le sens indiqué
par Bayle, se tire de la comparaison que
nous allons faire entre le texte primitif de
1573 et la rédaction définitive de 1579.
Le chapitre, à l’une et l’autre époque, ne
se composait que des deux premiers para-
graphes ; le second a subi peu de modifica-
tions, mais il touche bien moins à la ques-
tion en litige que le premier. Or voici en
quoi celui-ci consistait dans la rédaction
primitive-.
L’homme estant couché auec sa compagne et
espouse, lu doiOt miynarder et esmouuoir[si
elle ne l’estoit) la baisant, et parlant du ieu
des dames rabattues, en luy maniant les telins,
et ses parties genuatles, a/jin qu'elle prenne
DE LA GENERATION.
Hoir , s il trouuoit qu’elle fustdure à
1 esperon : et le culliueur n’entrera
dans le champ de Nature humaine à
1 eslourdy , sans que premièrement
n aye fait ses approches, qui se feront
en la baisant, et luy parlant du ieu
desDames rabattues : aussi eu maniant
ses parties génitales et petits mame-
lons, à fin qu’elle soit aiguillonnée et
titillée, tant qu’elle soit esprise des
désirs du masle (qui est lors que sa
matrice luy frétillé ) à fin qu’elle
prenne volonté et appétit d’habiter et
faire vne petite créature de Dieu, et
que les deux semences se puissent
rencontrer ensemble : car aucunes
femmes ne sont pas si promptes à ce
ieu que les hommes.
Et pour encore auancer la beson-
gne , la femme fera vne fomentation
d’herbes chaudes, cuites en bon vin
ou maluoisie, à ses parties génitales,
et mettra pareillement dedans le col
de sa matrice vn peu de musc et ci-
uette : et lors qu’elle sentira estre ai-
guillonnée et esmeuë , le dira à son
mary:adonc se ioindront ensemble ,
et accompliront leur ieu doucement ,
attendant l’vn l’autre, faisant plaisir à
son compagnon. Quand les deux se-
mences seront iettées , l’homme ne
doit promptement se desioindre 1 , afin
que l’air n’entre en la matrice et
64 1
volonté et apestil d'abiter, et que les deux se-
mences se puissent rencontrer ensemble, car
aucunes femmes ne sont pus si promptes à ce
ieu que les hommes. »
C’est déjà une première esquisse assez
chaudement burinée, si l’on veut; mais ce
n’est qu'une esquisse, que l’on retrouve re-
touchée, corrigée et conduite à perfection
dans le texte actuel. Pour l’explication du ieu
des dames rabuttues, expression que Paré a
consenée avec soin, il faut renvoyer au
glossaire de Rabelais.
' Edition de 1573 et de 1575 : de desioin-
dre et descendre.
II.
n’altere les semences , et qu’elles se
mixtionnent mieux l’vne auec i’au-
tre : et subit que l’homme sera des-
cendu , la femme se doit tenir coy, et
croiser et joindre les cuisseset iambes,
les tenant doucement rehaussées , de
peur que par le mouuement et situa-
tion decliue de l’amarry, la semence
ne s’escoule hors1 : pour lesquelles
mesmes raisons il ne faut qu’elle ne
pat le, ne tousse, ny esternue : et
qu’elle dorme promptement apres s’il
luy est possible2.
Ainsi Dieu donna à l’homme la
femme pour son aide et compagnie,
et rn‘t à l’vn et à l’autre vne
vertu d’amour et vn désir d’en-
gendrer lignée , ayant préparé en eux
vn humeur et esprit inllatil , auec
instrumens conuenables à tel vsage.
EL à celle fin que l’vn ne desdaignat
l’attouchement de l’autre, il adiousta
en eux certains allechemens et façons
de faire attractiues , auec vn appétit
et mutuel embrassement, afin que
quand ils conuiendroient, il leur ad-
uint de receuoir vn souef et délicieux
plaisir. Car de vray , si cela n’estoit
int us de nature en tou tes especes d’ani-
maux, de pouruoir à la postérité , et
attendre à génération : véritablement
tout le genre humain periroit et vien-
droit à néant , et ne pourroit longue-
ment subsister. Puis donc que telle
affection est si forte et difficile à
dompter , Dieu a permis à ceux qui
ne peuuent modérer leurs conuoitises,
et qui sont despourueus du don de
Ce membre de phrase, les tenant douce-
ment rehaussées, etc., manque dans l’édi-
tion de 1573, où on lit seulement : Et croi-
ser et ioindre les cuisses et iambes, et qu’elle
ne parle, ne tousse, etc.
’ Le chapitre se terminait ici dans les
trois éditions de 1573, 1575 et 1570; le pa-
ragraphe qui suit est de 1585.
4*
642
continence, le lict de mariage : à fin
qu’ils puissent se contenir dedans les
bornes d’iceluy , et ne se point conta-
miner par vue paillardise çà et là va-
gabonde.
CHAPITRE V.
LES SIGNES QVE LA FEMME AVRA CON-
CEV, ET EST GROSSE D’ENFANT.
Les signes par lesquels la femme
sera asseurée d’auoir conceu , sont :
premièrement , si elle a eu autresfois
enfans , elle prendra garde quand la
semence ne luy sera point sortie de
sa matrice apres la copulation : car si
elle est retenue, elle sera asseurée
d’auoir conceu : pareillement elle
sent , lors que les semences sont ioin-
tes , vn petit frisson et horripilation ,
ou herissonnement en tout le corps :
et telle chose se fait à cause que la
matrice se comprime , et son orifice
se clost pour retenir les semences :
ainsi que par fois nous sentons à la
fin qu’ auons pissé , qui se fait par la
contraction de la vessie , à cause de
l’air qui subit s’introduit pour rem-
plir aucunement ce qui est vuide *.
Aussy si elle a senti quelque petite
douleur autour du nombril et petit
ventre : si elle est fort endormie2, et
si la compagnie de l’homme ne luy
plaist comme auparauant : si sa face
est descoulourée , entre blanche et
pâlie, c’est signe de conception. Au-
cunes quelque temps apres la con-
ception ont des tauelures3 en la face,
les yeux enfoncés , et le blanc d’iceux
1 Ce membre de phrase : Ainsi que par-
fois nous sentons, elc., a été ajouté en 1579.
’ Ces mots, si elle est fort endormie, sont
une addition de 1575.
* Des tauelures ; le latin traduit vari, des
taches.
LIVRE,
liuide : autres ont douleur de teste
auecvn vertigo, leur semblant que
tout tourne dessous dessus1, pour la
conturbation des esprits animaux cau-
sée des vapeurs qui s’esleuent au chef
du sang menstruel retenu : et le
terme de ses fleurs reuenu , au lieu de
les auoir, ses tétons s’endurcissent et
luy cuisent : à raison du sang qui les
distend et amplifie. Adonc peut estre
asseurée d’estre grosse d’enfant : ioint
que sur les trois mois ou quatre , le
mouuement de l’enfant les rend cer-
taines et asseurées : et lors que l’en
faut est ja parfait , et commence à se
mouuoir , le lait sort des mammclles.
Autres sont rechjgnées2 , melancho-
liqueset dcsplaisantesà elles mesmes,
tant pour-ce que les esprits sont obs-
curcis de vapeurs suscitées de bas en
haut, que pour le fardeau non ac-
coustumé, dont tout le corps est ap-
pesanti. Aucunes ont mal de dents,
défaillance de cœur, appétit depraué,
auec nausée3, dit des anciens Pica,
faisant qu’elles desdaignent les bon-
nes viandes, et quelquesl'ois appelent
choses contre nature , comme char-
bons , terre , cendres , vieux barons
pourris , fruits verts et aspres , poi-
uro et autres espiceries , boire vinai-
gre , et autres semblables, le tout se-
lon la qualité et saueur des humeurs
1 La phrase se terminait ici en 1573, et
l’auteur reprenait immédiatement : Elles
sont reckignees , etc. En 1575 il ajouta:
pour la conturbation des esprits animaux cau-
sés des vapeurs qui s’esleuent au chef du sang
menstruel retenu; et le reste du paragraphe
fut enfin ajouté en 1585.
’ L’édition de 1573 dit seulement, elles
sont rechignees, et ajoute immédiatement
après : Aucunes ont mal de dents , etc. Le
reste de la phrase a été ajouté en 1575.
3 La phrase s’arrêtait ici en 1573, et tout le
reste du paragraphe est uncaddition de 1575.
LE DTX-HVITI^ME
DE LA GENERATION.
qui regorgent de l’amarry au ventri-
cule. Or quelquesfois tel appétit de-
praué dure iusques à ce que la femme
ayeenfanté: etaussisouuent cesselors
que l’enfant est plus grand, qui con-
somme tout le superflu tant bon que
mauuais. Les femmes vefues et filles,
et autres qui ne sont grosses, sont
remédiées en leur prouoquant leurs
mois ( car cessant la cause cesse l’ef-
fet) lesquels en vain on combat et
tasche à guarir pendant que leur
cause est entretenue: mais aux fem-
mes grosses on ne le doit faire , de
peur de les faire auorter , acte inhu-
main et damnable. Autres ont tel mal
le plus souuent trois mois apres, et se
rengrege lors que les cheueux vien-
nent à l’enfant , et principalement
quand c’est vue fiile.
D’auantage, communément au se-
cond mois il suruient rétention des
fleurs : d’autant que l’enfant agran-
dit , aussi plus attire-il de sang pour
sa nourriture que de coustumo: es-
tant employé en trois parties, de la
première desquelles plus pure , 1 en-
tant s’en nourrit. La seconde, qui
est moins pure, est enuoyée aux
mamelles de la femme à faire le laict
pour la nourriture de l’enfant
quand il sera né. La troisième , qui
est la moins pure que les deux autres,
demeure en la matrice, faisant ce
qu’on appelle le giste ou arriere-faix
seruant de lict et coussin, attendu que
dedans iceluy l’enfant nage , et y est
supporté, puis ietté deuant et apres
l’enfantement.
Autres sentent leur vrine plus
chaude et ardente que de coustume1,
' L’édilion de 1573 dit en cet endroit :
Qui se fuicl pour la rétention de ses /leurs,
qui faicl que la bouche de la matrice en est
plus chaulde. Le texte nouveau, jusqu’à la
6/}3
et en outre rougeastre: car à cause
de la rétention des mois, la bouche
de la matrice est eschauffée, estant
par conséquent la vessie qui luy est
au dessus , coniointe par certains pe-
tits filaments , par lesquels la plus
subtile et sanieuse portion du sang
resude dans icelle , faisant l’vrine
teinte de rougeur , comme monstre
Hippocrate, liu. 1 De morbis mulierum.
Autres ont grande douleur aux
reins et aux aines , et par interualle
sentent tranchées au ventre. Item si
les veines de la poitrine et celles qui
sont sur les mamelles, sont plus en-
flées que de coustume : mesme les
mammelles s’enflent et durcissent 1
dés le second mois , et leur cuisent vn
peu , à raison du sang qui monte :
aussi leurs papilles et mammelons de-
uiennent rougeastres ou noirastres,
auec petites tubercules semblables
à porreaux, tout le corps s’appesan-
tisl , le ventre s’enfle , par-ce que l’en-
fant prend croissance , partant les
costes et lombes se dilatent : et par
succession de temps rendent du laict,
qui est quand l’enfant est ja parfait,
acheué,et commence à se mouuoir.
Et lors qu’ils sont sus les derniers
mois, sentent grande pesanteur aux
hanches, la face maigrit , les yeux ,
le nez , la bouche agrandissent , et ses
parties génitales se tuméfient. Item
toutes les veines de son corps sont
fin du paragraphe, date de 1575. Le texte
primitif montre suflisammenl quel est le
sens du mot fleurs employé plus haut; il est
synonyme de mois ou réglés-, il ne faut pas
oublier son étymologie latine, fluorés.
1 L’édition de 1573 , suivie cette fois par
celles de 1575 et 1579, ajoutait immédiate-
ment : et par succession rendent du laict. Ces
mots se lisent environ dix lignes plus loin
dans le texte actuel; et tout ce qui les sé-
pare a été intercalé en 1585.
644 LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
fort pleines de sang, principalement
celles des cuisses et des iambes, et au-
tour de leur nature , et sont trouuées
souuent variqueuses , dilatées , et en-
tortillées , et quelquesfois de plusieurs
reuolutions circulaires iointes ensem-
ble pour la suppression du sang1 :
dont s’ensuit grauité et pesanteur de
tout le corps, qui fait qu’elles ne
peuuent cheminer qu’à bien grande
peine , principalement quand elles
sont proches d’accoucher.
Hippocrates Aphorisme 41 , liure 5,
dit, que pour prouuer si vue femme
est grosse, luy faut faire boire de
l’hydromel fait auec eau de pluye,
quand elle s’en va coucher : si elle
est grosse , sentira des tranchées ,
pourueu qu’elle ne soit accoustume
à tel breuuage.
CHAPITRE YI.
COMMENT LA MAT1ÎICE SE RESSERRE SI
TOST QVE LA SEMENCE Y EST 1ETTEE
ET RETENVE.
Lors que les deux semences seront
ainsi receuës en la matrice , l’orifice
intérieur d’icelle se resserre ferme-
ment et estroitement , à fin qu’elles
ne retombent : et quand la matrice a
pris et retenu les deux semences mes-
lées ensemble (dont celle du masle
est nourrie de celle de la femelle, qui
luy est plus familière que le sang ,
par-ce que chaque chose piusfacile-
' L’édition de 1573 disait: pour la sup-
pression du sang de leurs /leurs , cl ne peu-
nent cheminer qu’à bien grand peine, princi-
palement quand elles sont proches de leur
terme d'accoucher. La nouvelle rédaction
date de 1575, et la citation d’Hippocrate
qui termine le chapitre a été ajoutée en
1579.
ment est nourrie et augmentée de ce
qui luy est semblable 1 ) se coagulent
et adhèrent contre les parois de la
matrice, et par sa chaleur naturelle
sont eschaoffées subit et si fort, qu’a-
lentour se concrée vne petite peau
subtile, semblable à celle qui se fait
sus du lait non escremé, ou d’vne
toile d’araignée, de façon que le tout
est fait comme un œuf abortif, c’est
à dire, qui n’a encore sa coquille
ferme et dure. Or à l’entour sontveus
des fila mens entrelacés ensemble,
auec vne substance glutineuse et
glaireuse, de couleur rouge , et au-
cunement meslée de gros sang noir ,
et au milieu se manifeste vn peu le
nombril , duquel est produite ladite
taye2. El à la vérité l’on peut auoir
connoissance de beaucoup de choses
des enfans au ventre de la mere en
faisant couuer vingt œufs à vne ou
plusieurs poules, les cassant tous les
ioursl’vn apres l’autre en vingt iours:
car en ce temps-là le poulet, est par-
fait, et a va nombril.
Ladite pellicule est nommée se-
cond, ine ou chorion , et des vulgaires
arrierc-faix, ou le Uct de l’enfant : et
icelle est faite dés les six premiers
iours, selon Hippocrates 3, et ne sert
point seulement à contenir les deux
semences ensemble enfermées , mais
1 Celte parenthèse a été ajoutée en 1575.
* L’édition de 1573 ajoutait ici : Cest ce
que Hippocrates aj ferme auoir veu à sa cham-
brière, aussi dict que l’on peut auoir coynois-
sance de beaucoup de choses, etc. Ces cita-
tions d’Hippocrate sont tirées de son livre
De nalurâ pueri, et je ne sais pourquoi Paré
les a effacées dans toutes ses grandes édi-
tions.
3 Liure De la nature de l’enfant. — A. P.
— Dans l’édition de 1573, cette note mar-
ginale s’appliquoit aux expériences sur les
œufs cités ci-dessus.
I>K LA. GENERATION".
aussi à attirer leur aliment par les
orifices des veines et arteres,qui se
terminent en la malrice par où est
expurgé le sang menstruel , pour la
purgation vniuerselle de la femme
en temps opportun : et iceux orifices
ont esté appellés des Grecs Cotylé-
don.'ï, et les Latins Acetables, et res-
semblent aux petites eminences ou
appendices qui sont aux extrémités
des Seches : aux femmes sont peu ap-
parents 1 : par lesquels est ladite se-
condine attachée et liée de toutes
parts à la matrice , pour la conser-
uation et augmentation desdites se-
mences2.
Les anciens ont laissé par escrit,
que la bouche de la matrice des fem-
mes enceintes est tant serrée , que de-
puis la conception iusques à l'accou-
chement , la pointe d’vn poinçon n’y
sçauroit entrer : toutesfois on peut
monstrer que le contraire est veri
table : tesmoin la superfétation , à
sçauoir engendrer de rechefsur vn en-
gendrement, laquelle chose ne se fe-
roit , si la matrice ne s’ouuroit. D’a-
uanlage on voit ietter souuent aux
femmes grosses grande quantité d’a-
* Ces mots, aux femmes sont peu appareils,
semblent isolés et ne se rallier à rien dans
le texte. Ils s’expliquent par une note mar-
ginale de l’édition de 1673 qui a disparu
dans les suivantes, et qui est ainsi conçue :
Les cotylédons sont fort apparens aux
bestes, comme vaches, cheures et aultres, et
aux femmes peu.
' Le chapitre finissait ici dans les premiè-
res éditions, le reste ne date que de 1585,
et il est à remarquer que cette addition est
une argumentation énergique contre une
opinion soutenue par Paré lui-mcme, et
qu’il a conservée dans toutes ses éditions;
on la trouvera nettement exprimée au cha-
pitre 15. Toutefois je n’ai voulu rien re-
trancherni modifier dans le texte, et il suffit
d’en avertir le lecteur.
645
quosités et autres excremens hors
la matrice , qu’on ne peut dire qu’ils
vinssent seulement du col, qui n’a
telle capacité pour contenir tant de
matière. Plus, la femme grosse ayant
affaire à son mary, iette sa geniture
hors : et si elle ne s’ouuroit, elle ne
pourroit en découler. Item aux fem-
mes qui ont leurs fleurs estant en-
ceintes, vient du dedans de la matrice
par l’ouuerture de certaines veines
acetabulaires ou cotylédons, aus-
quclles l’enfant n’est pas attaché par
sa secondine ou arriere-faix. Car s’il
venoit par icelles mesmes, il s’ensui-
uroit auortement. Ce qui ne se fait :
n’empesche et n’offense ce sang pas-
sager, non plus que l’enfant enue-
loppé en ses membranes , qui font les
fleurs blanches et autres matières
putrides. Toutesfois peut-estre (et
non nécessairement) que lorsque na-
ture se descharge immédiatement
par quelques veines du col de la ma-
trice , comme elle fait aussi par les
hemorrlioïdes , et par le nez, lieux
plus mal à propos que le col de la ma-
trice , voire mesme qu’on a veu par
vomissemens de sang, et parles te-
lins , au temps prefix que les fleurs
doiuent couler : choses admirables en
telles diuersions et vacuations, qui se
fait par nature, et non imitable par
artifice de Médecin >. D’auantage , la
femme estant grosse de deux enfans,
la matrice s’ouure quelquesfois pour
ietter vn mort, comme à elle es-
trange , sans que le vif sorte qu’à son
terme prefix2.
1 Roussct au liu. De l’enfantement cœsa-
rien. — A. P. — Le livre de Rousset avait
paru en français en 1581; l’édition latine,
fort augmentée, est de 1590.
’ Il manque ici quelques détails sur le*
enveloppes du fœtus. A. Paré n’a pas voulu
646
LE mX-HVlTFÉME LIVRE
CHAPITRE VII.
DE LA GENERATION DV NOMBRIL1.
Or en chacun de ces orifices de
veines et arteres, dits cotylédons, la
femme ayant conçeu , il s’engendre
vn autre vaisseau nouueau , qui est
vne veine , au droit de la veine , et
vne artere au droit de l’artere : ces
vaisseauxnouueaux sont attachés par
vne membrane subtile et deliée , qui
par dehors est estendue à l’enui-
ron de tous lesdits vaisseaux , et co-
here ou adhéré à iceux. Ceste
membrane sert ausdits vaisseaux de
répéter ce qu’il avait dit dans son Anatomie;
je renverrai donc le lecteur au chapitre 35
du premier livre, tome Ier, page 169; et j’a-
jouterai que ce chapitre, qu’on ne lit guère,
est un des plus intéressants et des plus ori-
ginaux que Paré ait écrits. On verra qu’il
s’y élève contre la doctrine de Galien, qui
admettait trois membranes, le chorion,
l’amnios et l'allantoïde, et qu’il rejette cette
dernière. Il était moins hardi dans la
Briefue collection, en 1550, bien que déjà il
n’admit qu’un seul réceptacle d’aquosités.
Voici le passage le plus saillant de son texte,
fol. 27 et 28 :
« Les deux autres membranes alantoide
et amnios despendent et naissent dudict
chorion, et sont bien fort subtiles et déliées.
Et sont enuoyes (disent aucuns anatomis-
tes) à la couuerture de l'enfant, cest assça-
uoir la alantoide pour enuelouper les par-
ties les plus eminentes d’iceluy enfant : qui
sont la teste, les fesses et les piedz. Et di-
sent dauantage qu’en icelles (faute d’impres-
sion : il faut icelle) est contenue vne aquo-
sité rousse qui est de l’vrine; et la tierce
appelée amnios couure et enuelouppe du
tout ledict enfant. Et contient vne grande
quantité de aquosités, prouenantes de la
sueur dudict enfant.
» Toutefois pour certain me suis trouué
rempart, de ligature et eouuerlure,
qui les attache ensemble , et se re-
double auec les deux autres pour
couurir le boyau ou ombilic fait delà
veine et arteres ombilicales , iusques
au pertuis de l’ombilic de l’enfant.
Or chacun de ces vaisseaux nou-
ueaux commence vis à vis des em-
boucheures de ceux de la matrice,
appelles cy-dessus Cotylédons , et
sont bien petits et déliés, comme sont
les dernieres racines d’vh arbre
planté en terre : mais estans auancés
vn peu , ils s’accouplent deux à detlX,
tellement qu’il s’en fait de deux vn ,
puis de rechef ils s’assemblent, à sça-
uoir , veine auec Veine , artere auec
artere : et cela va tousiours en conti-
plusieurs fois à ouurir fémes grosses dece-
dées, pour sauluer leur fruict, et vous puis
asseurer que i’ay tousiours trouué l’enfant
naigeant en bien grande quantité de aquo-
sités visqueuses et rousses. Et n’estoyent
lesdicles membranes séparés l’vne d’auecq’
l’autre, mais contiguës et adhérantes l’vne
contre l’autre , par certains petiz fillamens
nerueux, et ne les ai iamais trouuées comme
disent ceulx qui de ce ont escrips , mais
aux chiennes pleines oui. Et aux femmes
non. Et de ce chascun en face l’expericnce,
lorsqu’on se trouuera à l’endroict. Et pour
faire ladicte espreuue, on peult veoir en-
core lesdictes membranes vnies ensemble,
à l’arriere fais des femmes recentement
accouchées, ce que i’ay plusieurs fois ob-
serué. »
Franco a copié toutes ces idées dans son
77e chapitre, mais en retranchant absol li-
ment tout ce qui montre l’auteur parlant en
son nom et exposant ses expériences, dé
manière celte fois à rendre le plagiat un peu
moins effronté.
1 Comparez ce chapitre et le suivant avec
le chapitre Du nombril au premier liurc De
l’anatomie, tome Ier, page 172. D’ailleurs
Paré avait déjà exposé les mêmes idées,
qui ne lui appartenaient pas, dans la
Briefue collection anatomique, fol. 27.
DE LA GENERATION.
Ruant et augmentant ensemble, ius-
quçSà ce que flnablement tous les pe-
tits vaisseaux se rapportent et finis-
sent en deux grands vaisseaux ombili-
caux, qui entrent au corps de l’en-
fant par le perluis du nombril. Et icy
Galien admire la grandeur de Dieu et
de Nature1, qu’en si grand nombre de
vaisseaux , conduits et menés par si
grande espace de chemin , iamais
l’artere ne s’adiousle à la veine, ny
la veine à l’artere, mais chacune d’i-
celles connoist le vaisseau de sa pro-
pre espece, et à celuy-là s’addresse et
se Joint. Subit que les veines sont
passées outre le nombril, se ioignenl
ensemble , et d’icelles en est veu vne
seule , qui entre en la partie caue
du foye de l’enfant. Et l’artere subit
qu’elle y est entrée , se fourche en
deux, qui descendent aux costés de
la vessie, et s’insèrent aux deux artè-
res iliaques, et sont couuertés, eslans
dedans le corps de l’enfant, du péri-
toine, qui les lie aux parties où elles
passent.
Les veines et arteres nouuellement
engendrées, faites des cotylédons,
sont comme les racines d’vn arbre : et
la veine et artere ombilicale sont
comme le gros tronc , pour attirer le
nourrisseinent, et viuifier la semence
dont l’enfant est fait : car nous vl-
uons comme les plantes, et apres
comme les bestes brutes au ventre
de la mere. La seconde tunique est
appellée Amnios ou Agnclclte 2, qui
enueloppe de toutes parts la se-
mence.
' Diuitie contemplation. — A. P.
’ Les éditions de 1573 à 1575 portent am-
nios ou coeffe. Le latin traduit amnios seu
agnina. Le premier livre de l’anatoinie ,
cliap. 35 ( voyez tome 1er, p. 172 ), l’appelle
également agnina.
647
Or ces membranes sont fort dé-
liées, ressemblansau commencement
à petites toilettes d’araignées *, et sont
lés vrtes sus les autres, et en plusieurs
lieux et endroits sont vnies et atta-
chées ensemble par certains filets
subtils , qui vont espars les vns entre
les autres, et ainsi se fortifient :
comme vne corde ou tissu de poil ,
ou de laine , ou de fil , qui acquiert
grande force par complication des
choses assemblées, combien que cha-
cune d'icelles séparément soit fort
foible 2. Et telle chose est à respon-
dre à ceux qui voudroient dire : Veu
que la femme grosse dance et saulte,
et aussi que l’enfant se remue quel-
quefois violentement au ventre de sa
mere , comme esl-il possible que les-
dites membranes ne se rompent?
C’est qu’estans liées et entrelacées se
fortifient estans ensemble , comme
par l’exemple d’vn tissu, comme nous
auons dit, et ne sont séparées les
vnes des autres, et ne trouue-on
rien entre elles , à sçauoir, sueur ne
vrine. Nature toutesfois ne les a
voulu faire si fortes qu’elles ne se
rompent facilement à l’heure que
l’enfant veut sortir et naistre. Or le
contraire de cela est tant enraciné
en l’opinion de plusieurs, qu’il est
impossible leur pouuoir oster : mais
pour ce faire , ie les renuoyeray au
liure de Nature: c’est qu’ils ouurent
vne femme morte , grosse d’enfant ,
et alors ils pourront voir et connois-
tre la vérité, s’ils veulent ouurir les
yeux : ce que i’ay voulu faire sans
croire au crédit d’autruy.
' Hippocrates appelle toutes les trois
layes secondines. — A. P.
’ Galien , liu. de vsu partium. — A. P.
648
LE niX-HVITlÉME LIVRE
CHAPITRE VIII.
DES VAISSEAVX QVI SONT AV NOMBRIL
de l’enfant.
Aucuns de nos deuanciers ont es-
crit qu’au nombril il y auoit cinq
vaisseaux , à sçauoir, deux veines et
deux arteres , et le conduit appelle
vrachus : mais quant à moy , iamais
ie n’en ay sceu trouuer que trois , à
sçauoir la veine ombilicale , qui est
fort ample , de façon qu’on y mettroit
aisément le fer d’une aiguillette :
et deux arteres , lesquelles ne
sont si grosses à beaucoup près1. Et
telle chose a esté ainsi faite , par-ce
qu’il falloit plus de sang à l’enfant
fant pour sa nourriture et augmenta-
tion que d’esprit vital i.
Or ces veines et arteres (dont est
constitué le nombril 2, qui est fait le
'Dans la Briefue collection en 1550, Paré
n’admettait dans le cordon qu 'une veine,
une artere et Vouraque. C’est en 1561 qu’il
corrigea cette erreur, tandis que Franco, la
même année, s’empressait de la copier dans
son chapitre 77.
’ L’édition de 1573 contenait ici le passage
suivant, conservé encore en 1575 et retran-
ché en 1579 :
« Et quant au porus vracos, soudain apres
que toutes les parties de l’enfant sont formées,
iette son vrine par ledict vracos ( qui est au fond
de sa vessie ) dedans la matrice, mais aux
derniers mois prochains de la naliuité de l’en-
fant , ledict vrachos se ferme , et se deseche ,
alors le masle iette V vrine par la verge , et
la femelle par le col de sa vessie : voila com-
ment le porus vracos , ne faisant plus son
vsage, s’ endurcit comme vn tendon, et sa cauité
se clost , qui est cause qu’elle ne peut eslre
cogneüe et apperceüe dans l’ombilic, au sens de
la veuc, vea que la veine cl les deux arteres
auecques le porus vracos ( dont est constitué le
nombril qui est fait le neuftesme iour ) , etc. »
neufiéme iour) estans ensemble se re-
doublent et entortillent, et font cer-
tains nœuds comme la ceinture d’vn
cordelier : et cesdits nœuds ainsi an-
fractueux n’ont esté faits sans grande
vtilité , qui est à fin que le sang con-
duit au corps de l’enfant fust arresté,
et cessast vn petit son cours , à fin
qu’il fust plus parfaitement élaboré ,
cuit et digéré : ainsi qu’il se fait aux
vaisseaux spermatiques, dicts Eiacu-
latoires , c’est-à-dire seruans à darder
et ietter la semence. Aussi lesdits
vaisseaux et ombilicaux ont esté faits
de longueur de plus de demie bras-
sée pour la raison prédite : tellement
qu’à d’aucuns enfans on trouue ledit
nombril entortillé vne ou deux fois
autour du col , et autresfois autour
de leurs iambes.
L’enfant , comme auons dit , re-
çoit son aliment et vie au ventre de
la mere par l’ombilic 1 , et ne prend
aucun aliment par la bouche : ny
aussi pendant qu’il est au corps de
sa mere , il n’a nul vsage des yeux ,
nez, ny oreilles, ny du siégé. D’a-
uantage il n’a besoin de l’office du
cœur : car le sang spirituel lui est
enuoyé par les arteres, ombilicales
aux arteres iliaques, et d’icelles à
toutes les autres arteres, par les-
quelles l’enfant respire 2 : et parlant
l’air n’est pas porté des poulmons au
cœur , mais du cœur aux poulmons ,
1 L’enfant prend son nourrissement par son
nombril, ainsi que fait le fruict par sa queue
pendant à l’arbre. — A. P. Cette note est
de 1575.
2 Paré avait déjà exposé la même doctrine
dans la Briefue collection , folio 28 , verso ; et
cette respiration qu’il disait se faire par
l’artère ombilicale lui servait à réfuter la
crainte qu’on aurait pu avoir que l’enfant
n’étouffàt dans les eaux. Franco a copié tout
ce passage jusqu’au bout dans son 77* cha-
DE LA GENERATION.
tellement qu’il ne trauaille point en
la génération du sang , ny des esprits
vitaux, par le bénéfice des poulmons.
Car ces clioses estans ja élaborées,
cuites et digérées par la mere, sont
portées à toutes les parties de l’en-
fant : lequel ne doit encore estre ap-
pellé enfant , tant que toutes ses par-
ties soient bien formées et figurées ,
et que l’ame y soit introduite1 : mais
seulement sera appellé Genitura , ou
Embryon, ou pullulant, ou naissant ,
ou meurissant , ou fœtus.
CHAPITRE IX.
DE L’EBVLLITION DES SEMENCES EN LA
MATRICE, ET DES TROIS AMPOVLLES
qVI SONT LES LIEVX DES TROIS MEM-
BRES PRINCIPAVX, A SÇAVOIR : LE
l'OYE, LE COEVR, ET LE CERVEAV.
Aux six premiers iours se font les
vaisseaux nouueaux , qui naissent
des orifices des veines et arteres, ap-
pelés cy dessus Cotylédons, comme
certaines fibres par toute la semence,
laquelle boust tousiours dedans les
susdites membranes : et le neufiéme
iour est formé l’ombilic. Or il faut
icy entendre, que ces vaisseaux pro-
duits des cotylédons font pareille ou-
uerture à la secondine qu’à la ma-
trice , par lesquelles ouuerlures
pitre , à l’exception de la phrase par la-
quelle Paré termine :
V oila quant aux parties que Nature faict et
ordonne lorsque la femme a conceu.
1 M. Nicole du Haut pas, au liu. de la gé-
nération. — A. P. Ce Nicole était un mé-
decin d’Arras, qui avait traduit et annoté
les Aphorismes d’Hippocrate. L’ouvrage cité
par Paré aurait paru , selon Eloy, en 1555,
sous ce litre : De contemplalione nalurœ hu-
manœ, nempè de formatione fœtus in utero.
64g
passe grande quantité de sang et
d’esprits dedans les petites veines
qui sont tissueset entrelacées autour
de ladite secondine , et dedans la
semence, tant pour la nourriture et
augmentation de l’embryon, comme
pour la conformation des membres
principaux. Les esprits donc et le
sang, meslés auec la semence, qui
desia auparauant boiiiiloit, et boust
tousiours de plus en plus , font le-
uer trois petites ampoulles sem-
blables à trois petites bulles ou
vessies, ressemblantes à celles qui
s’esleuent en l’eau agitée par la
pluye : et icelles ampoulles sont les
lieux où seront formés le foye, le
cœur, et le cerneau : et auparauant
qu’icelles soient esleuées, la semence
est tousiours appellée semence , et
non encore fœtus ou pullulant.
La première ampoulle où le foye se fige 1 .
Le quatrième iour apres que la
veine ombilicale est faite, elle succe
par les cotylédons le sang plus gros
et de grand nourrissement , lequel à
cause de sa grossesse se coagule ai-
sément au lieu où se doit engendrer
le foye. Estant acheué et parfait, il
est admirable en la grandeur, pour
laquelle dés le commencement, à
comparaison des autres membres, il
se peut aisément remarquer. Or en
1 Ceci était une simple note marginale
dans la plupart des éditions complètes. Je
l’ai mise en titre, parce que je l’ai trouvée
ainsi dans l’édition de 1573 et encore dans
celle de 1575, de même que l’autre titre
qui va suivre , parce que ces deux premiers
titres rendent raison de celui du chapitre
suivant. Au reste, les éditions de 1573 et
1575 portent : De la première ampoulle ouïe
foye se concret ; celle de 1585 et les suivan-
tes : f,a première ou le foye se fige ; j’ai suivi
le texte de celle de 1579,
65o
LE DIX-HVIT1ÉME LIVRE
outre aussi il peut estre dit admira-
ble en ce que dont il a perfection et
croissance , n’est qu’vne effusion de
sang, dont il est appelle paren-
chyma '. Il s’engendre en sa partie
bossue vn gros tronc de veine, qui
est la veine caue, laquelle insérée,
estend ses rameaux par toute la sub-
stance du foye : puis apres dresse
deux rameaux, dontl’vn va aux par-
ties supérieures, et l’autre aux infe-
rieures , qui se ramifient et distri-
buent en toutes leurs particules
pour leur formation et nourriture :
et apres cela fait, la vertu forma-
trice ayant la matière , dresse ses de-
lineamens pour faire la mesentere,
les intestins, estomach, râtelle, et
tous autres membres nutritifs, et les
rend parfaits ainsi qu’il appartient.
La seconde ampoulle où le cœur prend
sa forme2.
L’arlere ombilicale succe pareille-
ment le sang arterial des arteres co-
tyledoines, qui est très chaud et fort
■ Phrase fort obscure; l’édition de 1573
dit seulement : Cay dict admirable, paceeque
sans affusion de sang ne peut estre parfait ni
aecroistre.
5 C’est le texte de 1579; en 1573 et 1575
on lisait : La seconde ampoulle ou le cœur se
concret ; et en 1585 seulement: La seconde
où le cœur prend sa forme. Ces remarques
sont sans doute peu importantes; mais elles
témoignent de mon respect pour le texte.
J’ai dit dans une note du chap. 35 du Li-
vre lei de l’Anatomie (1. 1er, p. 1 G9 ) , que
celte théorie des trois ampoules se trouvait
déjà dans la Èriefue collection , fol 2G; voici
le début de ce long passage , copié presque
textuellement par Franco en tète de son
77e chapitre.
« Apres auoir parlé de l’anatomie de la
matrice, fault contempler les choses que
Nature inuentc et ordonne lors que la
femme a conceu.
» Et ne sera hors de propos dire quelque
spirituel : duquel en ceste seconde
ampoulle se forme le cœur, qui est
de substance cbarneuse, solide, et
espaisse , ainsi qu’il appartient au
membre le plus chaud de tous les
autres : en la substance duquel Na-
ture formatrice fait deux ventricules,
Pvn à dextre, l’autre à senestre. Au
droit ventricule se vient insérer le
tronc de la veine caue , et icelle ap-
porte la nourriture au cœur. Au
ventricule senestre se fait vn tronc
d’artere, qui pareillement se diuise
en deux : l’vn moindre monte aux
parties supérieures, et l’autre plus
grand aux inferieures, lesquels se ra-
mifient et se distribuent par toutes
les parties pour les viuifier.
CHAPITRE X.
DE LA TROISIÈME AMPOVLLE OV LA
TESTE SE FORME.
Apres la production des parties
deuant dites, la plus grande partie
chose en brief de la conception de l’enfant.
Laquelle se faict par la concurrence des
deux spermes : viril et féminin : lesquelz
receuz en la capacité de la matrice se fer-
mentent et nourrissent ensemble auec au-
cune portion subtile du sang menstrual plus
spermatique, iusques à ce que l’augmen-
lation de la matière soit suffisante pour
faire les proietz de l’enfant, qui est enuiron
le quattorziesme iour aux masles, et le
soixanliesme es femelles selon la plus com-
mune opinion de ceux qui en ont escript.
Et alors ce faict la fermentation des geni-
tures à la maniéré qui sensuit. Nature et
vertu formatrice par sa diuine prouidcncc
départ et ordonne les parties de ladicte ma-
tière, chascune selon l’action et vsage par
elle prédestinée cest assçauoir de la matière
dssifique, faict les os, carnifiquc la chair,
neruilique les nerfs , veniüque les veines.
Et ainsi des autres parties similaires, des-
DE LA GENERATION.
de la semence est poussée en la troi-
sième ampoulle, de laquelle le cer-
ueau est fait: et n’est fait de sang
comme les autres bubes et autres
parties , mais est fait de la seule se-
mence : comme sont aussi les os, car
tilages, veinés et arteres, nerfs, li-
gamens, pannicules, la peau exté-
rieure. Toutes icelles parties sont
faites de la seule semence, et par-
tant sont appellées membres sperma-
tiques : lesquels toulesfois ne sont
nourris de semence 1 : car depuis
qu’ils sont formés, prennent aliment
mesme auec les charneuses, comme
le foye, le cœur, les poulmons, les
muscles, qui sont nourris de sang.
Et apres le cerueau formé, sont
adioustées et formées toutes les au-
tres parties de la teste : autour de
laquelle est fait vri couuercle, le-
quel par succession de temps se des-
seiche et est fait osseux.
Or du cerueau et de la moelle
de l’eschine procèdent les nerfs , qui
sont distribués par toutes les parties
quelles sont faictes les organiques. Com-
menceant aux principes des facultés.
» Lesquelles gouuernent et régissent nos-
tre corps : comme le foye, le cueur, le cer-
ueau, qui sont représentez au commence-
ment de la formation par trois petites bul-
les , toutefois non séparées de leur tout. »
Je laisse le reste de la théorie, qui est la
même que dans le texte actuel; il suffit de
cet exemple, et pour faire voir la similitude
de la doctrine, et pour permettre de vérifier
le plagiat de Franco.
1 Toutes les éditions à partir de celles de
1579 ont fait ici un contre-sens en retran-
chant la négation ne , qui est essentielle, et
que j’ai restituée d’après les éditions pri-
mitives de 1573 et de 1575. L’édition latine a
bien vu l’erreur, et a traduit comme si la
négation avait été conservée.
65 1
du corps qui ont besoin de mouue-
ment et de sentiment.
La teste (comme siégé des sens ,
rempart de raison et de sapience , de
laquelle comme d’vne fontaine sor-
tent diuerses operations) est située
sus tout le corps, à fin que l’esprit
animal régisse, gouuerne, et dispose
de tout ce que Nature a ordonné
sous icelle : et pour le dire en vn
mot, en icelle sont contenues les fa-
cultés de l’ame, qui sont choses su-
blimes et obscures, si bien que leur
excellence surmonte la capacité de
nostre entendement. Puis, ainsi que
les architectes, maçons et charpen-
tiers ayans ielté le premier fonde-
ment d’vne maison, ou dressé la ca-
rined’vnenauire, édifient etbastissent
le reste du bastiment : aussi Nature
par bonne raison , apres auoir basti
ces trois principes, fait les os, qui
sont comme fondement des autres
parties : et ainsi sont-ils mis au des-
sus et au dessous, comme muraille et
rempart.
Les premiers formés sont les os des
Isles : et entre iceux les vertebres :
puis apres toutes les autres parties,
Nature fabrique auec vn indicible ,
admirable et incomparable artifice,
les bras et les iambes, et au dedans
du corps les creux et canaux : et en
la teste fait sept trous, à sçauoir,
deux aux oreilles , deux aux yeux ,
deux au nez, et vn pour la bouche :
et aux parties inferieures , vn pour le
siégé, vn autre pour le canal de la
vessie, et aux femelles vn pour leur
matrice , sans lequel ne pourroient
estre appellées meres : puis Nature
couure tout le corps de cuir, lpquel
elle polit , comme font les ouuriers
leurs derniers ouurages. Or de con-
noistre comme Nature fait par-
65 1 LE DIX-HVITIÉME LIVRE
faitement toutes ces choses, cela ex-
cede l'intelligence humaine ». Apres
ce noble ouurage , appelle des an-
ciens microcosme , ainsi parfaitemeut
basty, Dieu luy infonde et transmet
l’ame, de laquelle nous parlerons cy
apres le plus succinctement qu’il sera
possible2.
Or, en tel temps l’enfant com-
mence à se mouuoir et auoir vie, qui
est au soixantième iour : mais la
mere ne le peut apperceuoir pour
estre encore trop debile. En iceluy
temps l'ame raisonnable est estimée
entrer au corps de l’enfant. Ce que
saint Augustin prouue par le lesmoi-
gnage de Moyse3. « Si quelqu’vn, dit-
» il, frappe vne femme enceinte , et
» qu’elle en auorte, si l’enfant est ja
» formé, qu’il en perde la vie : mais s’il
» n’est encore formé, qu’il soit con-
» damné à amende pécuniaire i. » Par
laquelle ordonnance il dénoté claire-
ment que l’ame n’est point à l’en-
fant, qu’il ne soit entièrement formé
de tous ses membres. Et pour ceste
cause, il ne faut point croire que
l’ame soit deriuée d’Adam , ou des
pere et mere, mais qu’à chacun mo-
ment elle est creée et infuse diuine-
ment. Aussi les moles et faux ger-
mes, et autres choses monstrueuses,
encore qu’ils se meuuent et qu’il
semble qu’ils ayent quelque vie, tou-
1 Soit veu Lactance de l'opifice'de Dieu.
— A. P. — Cette note date seulement de
1575.
’ Le chapitre se terminait ici en 1573; le
reste a été ajouté en 1575.
3 Quest. 80. — A. P. — L’édition de 1575
porte Quest. 32.
* Exode 21. — A. P. — Je ne sais pour-
quoi cette note a été effacée de la. 4* édi-
tion. Celle de 1575 portait Exode 20, ce qui
était inexact.
tesfois ils ne tiennent rien de l’ame
raisonnable, mais seulement de la
faculté de la matrice et de l’esprit
generatif, qui sont en la semence et
au sang menstruel, et mesme par
iceux reçoiuent accroissement et vie
au ventre de la mere, et non l’ame
raisonnable.
CHAPITRE XI.
DE L’AME i.
L’ame est vn esprit diuin, inuisi-
ble et immortel, respandu en toutes
les parties du corps , infuse par la
puissance de Dieu le créateur sans
aucune vertu de la semence génitale,
quand les membres sont desia formés
et figurés au ventre de la mere 2 , qui
est le 40. iour au masle (d’autant que
sa chaleur est plus grande, et sa ma-
tière plus vigoureuse) et le 50. à la
femelle, quelquesfois plustost, quel-
quesl'ois plus tard. Toutesfois à l’ins-
tant qu’elle est infuse, ne peut faire
ses fonctions ou operations, à cause
1 La plus grande partie de ce chapitre
date de 15G1 , et avait été publié dans l'A-
natomie de la Teste. J’ai rapporté dans une
longue note sur le 3' livre de l’Anatomie ,
tome 1er , p. 217 , le commencement de celte
longue digression sur la psychologie; j’aurai
soin , dans le courant du chapitre actuel,
de signaler les emprunts faits par Paré à son
ancien texte, et les changements les plus
importants.
1 S. Augustin en la définition de la Joy. —
A. P. — Celte citation existait déjà en 1573
et 1575; mais alors le chapitre commençait
un peu différemment :
L’ame se ioignant au corps soudain qu'ice-
Itty est formé au rentre de la mere , qui est le
quarantième mur au masle , etc.
DE Là GENERATION. 653
qu’en l’enfance les organes ou instru-
mens ne sont encores capables pour
luy seruir : mais auec le temps, et à
mesure que lesdits organes se par-
font et que le corps croist, alors
commence à agir eu ses operations,
lesquelles, à la vérité, manquent
quand iceux organes ne sont en
bonne disposition.
Or ils peuuent estre viciés dés la
première conformation , comme à
ceux qui ont le sommet de la leste
esleué en pointe, comme l’auoient
Tbersités Grec, Triboulet et Tonin :
tels n'ont iamais bonne ratiocination,
et partant sont naturellement fols,
à raison que les ventricules du cer-
ueauet autres organes sontangustes
et pressés : partant l’ame ne peut
faire ses œuures
Pareillement iceux organes peu-
uent estre viciés par mauuais régime,
comme par trop boire et s’enyurer :
ou par vne fiéure chaude qui aura
causé v ne phrenesie, ou autre acci-
dent : par autre intempcralure ,
comme à ceux qui par trop grande
humidité du cerueau tombent en lé-
thargie : ou auoir receu quelques
coups sus la teste, ou par autres cho-
ses semblables fortuites aduenues: ou
parla faute de la sage-femme, en ti-
rant de force l’enfant, qui naturelle-
ment présente la teste : ou de la
nourrice, en donnant mauuaise con-
formation ou situation aux os ten-
dres et délicats, dont seroit venu em-
’Ce paragraphe est presque textuellement
extrait de Y Anatomie de la Teste, folio 33 ,
verso ; Paré y citait également Thersités et
Triboulet; mais il appelait Tonin Tonny ;
en 1675 et 1679 il écrivait Thonin. L’édition
latine dit au datif Tonino. Je ne sais quand
vivait Tonin : Triboulet était le fou de Fran-
çois Ier. Voyez ce passage t 1er, p. 219, dans
la note.
peschement és organes et instrumens
de l’ame.
Or Dieu a distribué, apres la créa-
tion et infusion d’icelle , certains
dons particuliers à vn chacun , à me-
sure et proportion 1 : à l’vn de pro-
phétie, à l’autre l’exposition des Es-
critures saintes , aux autres d’estre
constitués Roys , Princes , et grands
seigneurs : aux vns de suiure la Mé-
decine, aux autres d’embrasser les
loix : à quelques-vns de nauiguer sur
la mer , aux autres de labourer la
terre, les autres seruans d’aides aux
maçons , autres à autres choses : de
sorte que les vns sont subtils , les
autres grossiers, et s’adonnent à
choses diuerses : ainsi ont les autres
animaux leurs diuerses propriétés
et nature, selon que sa sapience infi-
nie ordonne, et qu’il luy plaist : et ne
faut que nul conteste contre son
Créateur.
Et ne faut estimer qu’elle soit vne
partie de la diuinité , et que Dieu
l’aye creée de son essence , comme le
pere l’enfant scion le corps : ce seroit
grand blasphémé. Car il s’ensuiuroil
que la nature de Dieu seroit suiette à
mutation et passion : ce qui n’est
nullement. Car les choses que Dieu
fait par sa prédestination , il n’est pas
licite ne possible à l’homme de les
sç.auoir : et pariant l’ignorance en
est docte , et l’appetit de les sç.auoir
est vne espece de rage : pour-ce que
si nous attentons de penetrer et en-
trer en son conseil sacré et eternel ,
ce nous seroit vn abysme pour nous
engloutir. Gardons-nous donc sur
toutes choses de ce rocher auquel on
ne peut heurter sans malenconlre 2.
1 1 . Cor. 12. — 2. Cor. 2. — A. P.
’ Tout le commencement du paragraphe
jusqu’en cet endroit a été ajouté en 1686.
t,E DlX-HVITlÉME livre,
654
Car la chose formée dira-elle à celuy
qui l’a formée , Pourquoy m’as lu fait
ainsi1 ? Le potier de terre n’a-il point
de puissance d’vne mesrae masse de
terre faire vn vaisseau à honneur ,
et vn à deshonneur? Or ce n’est
icy de ma vacation rendre la cause
de tels hauts secrets de Dieu, lequel
a voulu que fussions curieux , non
de les sçauoir et comprendre , mais
seulement de les admirer en toute
humilité : et partant ie ne veux ny
ne puis entrer plus auant au ca-
binet du conseil priué et sacré de
Dieu : mais ie diray que la bonne ame
contemne les choses élémentaires ,
c’est à dire , corporelles et sensibles,
et prise les choses hautes et celesles
pour contempler la béatitude éter-
nelle : laquelle sortie du corps , se
peut dire heureuse, estant hors de
toute ignorance et de tous maux, et
en estât de demeurer à Jamais en re-
pos : i’entends l’arae de ceux qui par
la grâce spéciale de Dieu sont faits
dignes et capables de telle condition
et félicité2.
Ceste ame est l’entelechie, ou per-
fection intérieure, donnant mouue-
ment et causant l’action naturelle et
volontaire : qui est la vraye forme de
l’homme, appellée l’esprit celeste,
d’essence supérieure, incorporée, in-
uisible , intellectuelle et immortelle ,
extraite comme de l’idée de la diui-
nité, diuinement communiquée et
transmise en l’homme extérieur : la-
quelle tout ainsi qu’elle est viue, aussi
donne-ellc au corps vie et mouue-
ment, quand elle est conjointe et
vnie à iceluy : c’est le réceptacle
d’illumination diuine, attendu que
1 S. Paul aux Rom., ch. 8. — A. P.
’ L’édition de 1673 disait seulement : ïen-
lens l’ame de ceux qui sont esclaues de Dieu.
par la presence d’icelle , le eorps ne
meurt point : crcée par la puissance
de Dieu, qui n’est point corporelle
ny composée d’aucune matière : faite
pour vinifier le corps humain , et le
conduire à tout œuure de vertu et
piété, à l’honneur de son Créateur, et
à l’aide de son prochain *. D’auan-
tage , outre qu’elle est vn esprit iriui-
sible , espandu par toutes les parties
du corps, toutesfois elle est toule en-
tière en vne chacune partie d’iceluy,
et vue en soy, ayant plusieurs facultés,
puissances , vertus et operations en
di u erses parties du corps, comme
imaginer, entendre, iuger, memorer,
et régir les inonuemcns volontaires :
elle voit , oit , odore , gousle , et ra-
' Gabriel du Préau , au liure de la coynois-
sance de soy-mesme , dit que telle descrip-
tion est apprise par oracles celesles, et non
par disputes des Philosophes. — A. P.
Celte citation se retrouve non seulement
dans l’édition de 1573, mais bien aupara-
vant, dans l 'Anatomie de la Teste de 1561,
avec la majeure partie de ce chapitre. Ainsi
le long morceau qui commence avec le pa-
ragraphe actuel, et qui s'étend jusqu’à la
page 657, au paragraphe : Or pour ce que
nous auons dit cy dessus, avait été presque en
entier publié dans P Anatomie de la Teste,
fo). 34 à 37. Le début en a été un peu
changé en 1579; voici ce que portait le
texte de 1501 , reproduit en 1573 :
« Ceste asme est vn esprit ou substance
incorporée , inuisible , intellectuele , qui
tout ainsi qu’elle est viue, aussi donne elle
au corps vie et mouuement, quand elle est
vnie et coniointe à iceluy. C’est le récepta-
cle d’illumination diuine, immortelle et
perpétuelle , creée par la puissance de Dieu,
faite de rien pour viuilier le corps humain.»
Je noterai dans ce passage une curieuse
ressource de l’orthographe; dans tous les
féminins en ce, cette édition omet constam-
ment l’accent, mais dans le mot creée il y
aurait eu trois e muets, et elle a mis l’ac-
cent sur le deuxième.
DE LA GENERATION. 655
tiocine : de sorte que nous voyons
qu’elle contient le ciel et la terre ,
sans qu’ils s’v entr’empescheqt : le
passent le présent, sans qu’ils s’en-
tre-nuisent : infinis lieux, personnes,
villes, sans qu’il y ait presse en nostre
entendement : que les choses gran
des y sont selon leur grandeur , les
petites selon leur petitesse , les vnes
et les autres toutes entières en toute
enliere, et non partie d'elles , ou en
vne partie d’elle seulement. D’auan-
tage plus elle se remplit et plus elle
est capable, plus elle loge de choses
et plus en appete-elle : et plus gran-
des elles sont , et plus propre est-elle
à receuoir les Ires-grandes. S’ensuit
donc queceste ame, qui est en quel-
que façon infinie , ne peut estre vn
corps : et d’autant moins le peut-elle
estre , que logeant tant de choses et
si grandes en elle , elle loge soy-
mesme en vn si petit corps1. Dere-
chef, comme mille lieux divers se
trouuent en elle sans tenir place,
aussi sans changer de place se trouue-
elle en mille lieux , et non par suc-
cession de temps , ni par interualles,
mais bien souuent tout en vn mo-
ment. Exemple : commande à ton
esprit d’aller en Constantinople, à
l’heure même de reuenir à Rome,
et derechef à Paris ou à Lyon : com-
mande luy de passer le trauers de
l’Amerique , ou de circuir l’Afrique :
il fait tout ce chemin en vn instant, et
entant que tu commandes, il y est,
et premier que Payes r’appelé,en est
reuenu
Selon lesquelles operations elle ob-
' Philippes de Mornay, lin. de la Religion
Chresiientie , cl). 14, parlant de l’immorta-
lité de l’âme. — A. P.
’ Toute la fin de ce paragraphe depuis les
mots : Pc sorte que nous voyons quelle con-
tient plusieurs noms. Elle est appel-
le Ame , pour ce qu’elle anime et
viuifie le corps Elle est dite Esprit,
pour-ce qu’elle aspire au corps. Elle
est appelée Raison , pour ce qu’elle
iuge et séparé le vray d’auec le faux.
Elle est dite Pensée, parce qu'elle re-
cole les choses passées. Elle est dite
Courage , pour l’operation de la vo-
lonté. Elle est dite Sens, parce qu’elle
senties choses sensibles : et d’auan-
tage elle est inuisible , intactible , et
de nature intellectuelle. Et pour ce
aussi qu’elle est incorporée , n’oc-
cupe point de lieu par extension cor-
porelle : et estant de simple nature ,
ne croist ne diminue : car elle n’est
point plus grande en vn grand corps
qu’en vn petit, ny plus pelileenvn
petit qu'en vn grand : et est aussi
grande en sa nature dés le commen-
cement de la vie d’vn petit enfant ,
qu’elle sera iamais, selon la distinc-
tion qui sera cy apres touchée.
Autre définition. — L’ame est vne
partie principale et plus excellente
de l’homme, creée de Dieu , vn esprit
par lequel non seulement nous sen-
tons, mouuons, et viuons, mais aussi
voulons et entendons : habitant au
corps comme en vn domicile, pour
auoir primauté , régir et gouuerner
la vie de l’homme, donner vigueur
aux membres, rendre les organes
ou inslrumens extérieurs propi es et
vtiles à leurs actions, non seulement
és choses qui concernent la vie cor-
porelle, mais aussi la vie spirituelle
et eternelle L
Autre définition. — L’ame est vn
lient le ciel et la terre, a été ajoutée en 1585,
avec la citation de Philippes de Mornay qui
s’v rapporte.
1 Cette deuxième définition de l’ùme date
seulement de 1585.
656 LE DIX-HVITIÉME LIVRE
esprit orné de raison et d’intellect
( comme escrit Moyse en son lime de
la Création du monde) laquelle est
celeste et diuine , et n’a rien de con-
uenance auec noslre corps terrestre :
mais il luy sert seulement d’habita-
tion , auquel il faut qu’elle demeure
iusques au temps qu’il plaira à Dieu
la r’appeller '.
Or il y a trois maniérés de corps qui
ont ame , par laquelle ils viuent : le
premier et le plus imparfait est celuy
des plantes : le second , des bestes :
et le tiers, des hommes. Les plantes
viuent par l’ame vegetatiue , qui est
cause de trois choses, à sçauoir, mou-
rir, croistre et engendrer : les bestes
par l’ame sensiliue : et les hommes,
outre ces deux , par l’ame raison-
nable et intellectuelle. Les bestes
qui ont l’ame sensiliue, ont pareille-
ment les actions de l’ame vegetatiue,
qui est és plantes: mais l’ame humaine
qui est intellectuelle, emporte toutes
les perfections et vertus des autres :
et partant, tout ainsi que l aine vege-
tatiuedonne vie aux piantesetles lait
croistre, aussi fait famé intellectuelle
au corps humain : et comme les bestes
ont mouuement et sentiment par
l’ame sensitiue qui est en elles, aussi
l’âme intellectuelle (au moyen de la
portion sensiliue, par laquelle elle
participe auec les bestes ) donne sen-
timent et mouuement au corps hu-
main : mais par dessus ces deux por-
tions , elle a la ratiocination , qui est
la vraie connoissance des choses , la-
quelle procédé d’vne lumière diuine,
et par spécial priuilege a esté faite à
l’image et semblante de Dieu 2. Et y
• Cetle autre définition est encore posté-
rieure à la précédente, et se lit pour la pre-
mière fois dans l’édition posthume de 1598.
1 Dans l’ Anatomie de la Tente , Paré citait
a différence entre l’ame et l’esprit.
Car l’ame est commune à toute chose
ayant vie , comme nous auons dit cy
dessus : mais l’esprit est immortel et
• susceptible de raison et science, et
est seul propre et particulier à l’hom-
me. Et pour conclure, l’ame hu-
maine a toutes les trois puissances
susdites, non séparément, mais vnies
en vne seule L
ici en marge Platon -, cette citation avait
déjà disparu dans l’édition de 1573.
1 Ici se termine le deuxième emprunt fait
par le chapitre actuel à X Anatomie de la
Teste. Seulement le texte primitif, suivi
encore par l’édition de 1573 , ajoutait ces
derniers mots : Taies en une seule , laquelle
ne peut nullement entre cogneuë'par l’intelli-
gence et raison humaine., parce qu’elle est ce-
leste et diuine.
Ce texte avait été fort amplifié dans la
première édition des œuvres complètes ; on
y lisait :
» .... vins en vne seule, et lesquelles sé-
parées font especes d’ame , coiointes en
l’homme font trois parties de l’ame humaine
et parfaite, desquelles la principale est l’en-
tendement ou esprit, rayon de la diuine
clarté, qui est la partie la plus noble (dy-ei)
immortelle, susceptible et capable de raison
et religion, se déclarant telle par ses effets,
qui se raportent aux deux autres parties es-
sentielles duditesprit, qui sont l’Intelligence
et la Volonté. Par le moyen de cest esprit
l’homme est fait sage, prudent, surmontant
par son artifice, vertu et dextérité tous au-
tres animaux: vsanl de ses membres, comme
d’instruments conuenables à domter tous les
autres animaux : fabricant tousoutils, vsten-
siles et ouurages pour l’vsage de cesle vie :
faisant de tout poinctceque les autres ani-
maux font par l’instinct naturel, en partie
pour la commodité de viure. Somme que
l’excellence de l’amc est telle, qu’elle ne
peut nullement estre cogncuc par l’intelli-
gence et raison humaine, parccqu’cllc est
celeste et diuine. »
Ce passage n’existe que dans l'édition
de 1575, cta été retranché dès la suivante. La
DE LA
Or pour ce que nous auons dit cy
dessus que l’ame a plusieurs facultés ,
puissances, vertus, et operations en
diuerses parties du corps, il seroit be-
soin de dire de chacune en particu-
lier : mais laissons cela à ceux qui
voudront philosopher plus ample-
ment, nous nous contenterons , pour
GENERATION. Ç>5y
acheuer ce discours , de parler seu-
lement du Sens commun , de ia fan-
taisie , de la ratiocination , et de la
mémoire.
Du Sens commun1.
Le Sens commun est ce qui reçoit
les images et formes à luy offertes et
suppression ne s’est pas bornée là. En effet
on lisait dans l’édition de 1573 un assez long
passage, copié dans celle de 1575 à la suite
du précédent, et qui fut également retranché
en 1579; le voici d’après le texte primitif,
p. 51 :
«Toutefois à fin que ne fussions igno-
rans comme les bcsies , Dieu a voulu
qu en quelque partie de nostre corps nous
contemplions nature (par laquelle i’entens
le Dieu viuanl facteur de Pvniuers) en cher-
chant les choses qui se peuuent grossement
demonstrer. Et de fait pour éclaircir icelles
choses hautes et obscures, les antiens ont
faictcinqsens intérieurs, correspondants aux
extérieurs, qui sont voir, odorer, goutter,
ouir, et toucher.
» Des Sens Intérieurs.
» Or donc les sens intérieurs sont cinq, a
sçauoir la faculté et puissance animale, en-
uoyee aux parties du corps qui ont besoing
de sentiment et mouuement volontaire,
desquels les instruments sont les nerfs et
les muscles ; mais deuant que passer plus
oultre à déclarer les autres sens, nous dirons
que c’est que sentir, qui n’est autre chose
qu’aperceuoir quelque chose auec les sens :
et auparauant que le sentiment extérieur
puisse estre faict, quatre choses sont requi-
ses, lesquelles concurrent ensemble, à sça-
uoir, la faculté ou puissance de l’ame, par
laquelle sont faictes quelques œuures ou
fonctions qui viennent à l’esprit animal
conduit par les nerfs : la seconde, c’est l’or-
gane ou instrument teroperé et idoine à re-
ceuoir les fonctions, en laquelle, comme à
sou subiect, la puissance de l’ame faict son
operation : la troisiesme l’obiect, qui est la
chose sensible et perceptible, ou ce qui est
II.
obiecté et présenté à l’organe, et enuers le-
quel la faculté ou puissance de l ame exerce
ses operations : la quatriesme est le moyen
qui reçoit l’obiect de la qualité sensible et l’a
porte à l’organe. Exemple, sans la faculté
animale sensitiue on ne pourroit nullement
sentir, pareillement sans son organe, qui
sont les nerfs dont le vray cuir est tissu, par
lesquels l’esprit et faculté animale sont por-
tez, on ne pourroit sentir : aussi sans le
moyen, qui est la vole ou pauime de la
main, et des doigs, principalement estans en
leur température naturelle, ear autrement
ne peutestre idoine à recepuoirles fonctions
de l’arne. Par quoy la main estant trop re-
froidie, ou cschauffee, ou calleuse ( comme
peuuent auoir les charpentiers, forgerons,
et autres semblables manouuriers) on ne
pourroit auoir certain iugement du tact.
L’obiect du tact c’est la chose sensible ou
perceptible, qui est obiectee et présentée à
l’organe, enuers lequel la faculté sensitiue
exerce son operation : et ce dict obiect est
toute qualité tactile, faicte desqualitez pre-
mières, comme chaleur, froideur, humidité,
siccité , et autres qui les accompagnent,
comme dureté, molesse, aspérité, leuilé, pe-
santeur, legereté, espesseur, rarité, friable,
onctueus, et encore d’autres adjointes à
icelles, comme grandeur, petitesse, figure,
nombre, motion et repos. »
Après quoi venait l’article intitulé Du
sens commun.
On peut d’ailleurs comparer les idées
émises dans les passages retranchés avec
celles du chap. 9 de l 'Introduction, t. 1er,
p. 56.
Ici commence enfin pour se continuer
presque jusqu’à la fin du chapitre, le der-
nier emprunt fait par l’édition de 1573 a
V Anatomie de la Teste de 1561 , fol. 27 à 33.
4*2
658
LE DIX-HV1TIÉME LIVRE,
apportées parles cinq sens extérieurs,
et discerne les objets d’iceux, c’est à
dire qu’il comprend et reçoit les ope-
rations, especes, ou sembiances des
choses materielles , qui ont esté re-
ceuës par les cinq sens extérieurs,
lesquels sont seulement comme mes-
sagers au sens commun, pour-cequ’il
n’y a rien en l’entendement ou sens
commun qui premièrement n’ait esté
aux sens extérieurs : et partant lesens
commun nous est donné pour rece-
uoir les actions des sens extérieurs.
Car l’œil ne connoist point le blanc,
ou noir, partant ne peut discerner
des couleurs: ny la langue ce qu’elle
gouste , ny le nez ce qu’il odore ,
ny l’oreille ce qu’elle entend , ny la
main ce qu’elle touche et palpe, soit
chaud ou froid : par- ce que telles ac-
tions appartiennent au sens commun,
qui iuge l’œil auoir veu blanc , rouge
ou noir, ou auoir veu vn homme ou
vn cheual, ou autre chose materielle,
comme vn chasteau ou nauire , ou
autres choses semblables : et nonob-
stant qu’on ne les voye plus, on aura
neantmoins connoissance que lachose
esloit blanche ou noire , grande ou
petite : ou auoir senti vne odeur si
elle est bonne ou mauuaise, ou apres
auoir gousté vne chose douce ou
amere , ou auoir ouy vn son estre
graue ou agu , ou ayant palpé ou
touché vne chose si elle est chaude
ou froide : car toutes les actions des
sens extérieurs finissent au sens com-
mun comme à leur centre, ainsi que
d’vn cercle toutes les lignes viennent
de la circonférence finir au centre,
qui est le point commun, comme il le
peut estre demonslré par ceste pe-
tite figure.
Et pour ceste cause est appelé ice-
luy Sens commun , et prince de tous
les sens extérieurs , pour-ce qu’il en
vse comme de ses seruiteurs en di-
uers négoces et maniérés, iugeanl et
discernant les choses qui luy ont
esté offertes et portées. Et pour con-
clusion , l’intention de Nature a esté
seulement , que les sens extérieurs ne
receussent sinon que superficielle-
mens les obiels, comme vn miroir
fait, non pour autre fin sinon que
pour les présenter au Sens commun,
comme à leur centre , prince et sei-
gneur, à fin de les discerner et com-
muniquer a l’ame: le siégé duquel,
selon Auicenne et Auerrois.est en la
partie anterieure du cerueau '. Par-
tant le sens commun est comme vn ré-
ceptacle vniuersel desseusextei ieurs.
De la fantasie ou imagination 2.
Apres le sens commun vient l’ima-
gination , appellée des Grecs l lianta-
sia , à cause que d’icelle viennent les
idées et visions qu’on appelle fanla-
sies, laquelle n’a point d’arrest, si
ce n’est en dormant : encore le plus
souuent est occupée en songeant et
resuant plusieurs choses, qui n ont
esté et iamais ne seront. Iceluy sens
a grande seigneurie en nous, telle-
ment que le corps naturellement luy
obéit en plusieurs et diuerses choses,
lorsqu’il est fort arreslé en quelque
imagination.
1 Avicenne et Averrhoès n’étaient point
cités dans 1 ’ Anatomie de la Teste; ils l’ont
été seulement en 1679. Et quant à la der-
nière phrase : Parlant le sens commun, etc.,
elle a été ajoutée en 1586.
7 L' Anatomie de la 'J'este met ici en titre:
Du sens imaginatif, estimatif ou phantasie;
et ce titre se lit encore dans les éditions de
1573 et 1576.
de la génération.
Qu’il soit vray, les histoires font
mention qu’Alexaridre le Macedon
estant à disner, son harpeur Timo-
thée ioiiant de sa harpe vn assaut
de guerre , luy fit abandonner la ta-
ble et demander ses armes, et alors
qu’il cbangeoit et adoucissoit son
jeu , se r’asseoit : et par telle admira-
tion d'harmonie de ses sons forts et
concités, ses esprits demeurons vain-
cus estoient contraints y obéir ,
le rendant audacieux, tranquille et
ioyeux , selon la mutation du son de
sa harpe.
D’auantage , ceste imagination
donne effroy et peur , lors qu’on voit
quelqu’vn en quelque péril eminent.
Exemple, lors qu’vn certain Turc 1
dançuit sur vne corde en ceste ville
de Paris les pieds dans vn bassin ,
plusieurs le voyant en péril de se
rompre le col, bras etiambes , trem-
bloient de peur, ne l’osans bonnement
regarder.
Pareillement quelquesfois ceste
vertu imaginatiue fait cheoir la per-
sonne de dessus quelque planche , ou
quelque lieu haut , pour la grande
appréhension et timidité qu’elle a de
tomber. Et partant auec les choses dé-
liant dites, nousauons encore besoin
d’vneplus haute faculté poursauoir
discerner si les choses imaginées,
veuës, oüyes et senties par dehors ,
sont bonnes ou mauuaises. Et pour
ceste cause, Nature nous a donné
autre puissance, qui discerne du bien
et du mal , à cause dequoy est appel-
lée Raison ou cogitation, que décla-
rerons bien tost.
Or ceste faculté imaginatiue a son
' Les éditions de 1661 et 1573 disaient tout
simplement, et comme d’une chose bien
connue : Lorsque le Turc.
65g
siégé pareillement aux ventricules
anterieurs du cerueau, auec le Sens
commun : mais le Sens commun est
situé (comme nous auons dit ) en la
partie anterieure desdits ventricules,
et l’imaginatiue plus derrière.
De la Ratiocination ».
Apres l’Imagination, est la faculté
nommée Raison , qui gist en l’enten-
dement , laquelle est comme vne
lampe prouenante de la puissance de
Dieu , pour conduire toutes nos deli-
berations, et modérer nostre vo-
lonté 2: qui est la principale partie
de l’ame, laquelle peut ratiociner,
composer et diuiser , et iuger en der-
nier ressort : et pour ceste cause a
esté nommée des anciens intellec-
tuelle , qui est une puissance su-
prême, non suiette à aucun organe
ou instrument, ne chose corporelle,
mais au contraire, en toutes ses ac-
tions est libre et pénétrante jus-
qu’aux profondilés des choses : se
treuue sans bouger en mille lieux ,
trauerse les mers, pénétré les cieux ,
perce iusquesaux abysmesde la terre,
et fait vne infinité d’œuures admi-
rables que nous ne pouuons connois-
tre , qui se font par vn haut secret
caché en la sapience diuine, qui ne
peut tomber en la petitesse de nostre
entendement humain : parquoy nous
les deuons admirer. Car l’homme n’est
pas proprement ce que nous voyons ,
mais bien l’ame et l’esprit, lequel
nous ne voyons pas , et qui a le
1 L'Anaiomie de la Teste et les éditions
de 1573 et 1575 portaient ici en titre : Du
sens appelle cogitation, ratiocination ou en-
tendement.
’ Cette comparaison de la lampe n’a été
ajoutée au texte qu’en 1585.
6(jo
LE DIX-H VITIÉME LIVRE
corps pour son logis1. En somme,
icelle seule inuente levray,iuge le
faux , et distingue ce que de l’vn ou
de l’autre s’ensuit ou répugné, en
rapportant les circonstances des cho-
ses veuës et imaginées, les compa-
rant les vnes aux autres: et ainsi
discerne la chose se deuoir faire ou
non. Et pour conclusion , ceste ratio-
cination nous est plus que necessaire,
et vn grand bien à vn homme de
n’estre trop soudain à faire ou parler,
sans que premièrement Raison ait
discouru et discerné le bien d’auec le
mal. Car plusieurs se laissent aller
par leur subite appréhension , n’at-
tendans le Jugement de Raison pour
penser et discourir aux circonstances
particulières : par ce moyen tombent
en plusieurs inconueniens , dont puis
apres s’en repentent.
Le siégé de ladite Ratiocination est
au ventricule moyen , tesmoin Ga-
lien au 3. liure de Placitis 2 , comme
la plus haute et seure forteresse de
toute la teste , à cause de sa princi-
pauté.
De la Mémoire 3.
Apres la ratiocination descrite ,
nous faut parler de la Mémoire , la-
quelle comme lidele tutrice , retire et
garde ce qui a esté aux trois ventri-
cules du cerueau receu et élaboré. Et
pour ceste cause à bon droit elle a
esté des anciens accomparée au
greffe, auquel (comme apres vn
procès debatu) ce qui est décrété
1 Les lignes qui précédent à partir des
mots : se treuue sans bouger en mille lieux,
sont encore une addition de 1585.
5 La citation de Galien n’a été intercalée
dans celte phrase qu’en 1571).
3 L 'Anatomie de lu Teste et les éditions
de 1573 Cl 1575 portaient ■. Dusensmcmoratif.
est enregistré : car par mesme raison ,
ce qui a esté longuement en doute et
controuerse , par la Ratiocination en
la fin le tout est conclud et arresté
en l’esprit, et cela s'imprime en la
Mémoire, à fin qu’il soit reuoqué
et qu’on s’en puisse aider quand il
sera requis et necessaire. Qu’il soit
vray, que vaudroit d’auoir tant de
conceptions en son esprit , et tant de
diuersités , si elles n’estoient en quel-
ques lieux gardées? Et pour ceste
cause, le grand Ai chilecteur, facteur
de toutes choses, curieux de nostre
perfection , nous a donné ce singu-
lier remede prompt et commode
contre l’ignorance et oubliance des
choses, qu’à l’aide de la mémoire ,
nous pouuons de ce que nous auons
veu (comme de choses enregistrées )
remémorer, et des appréhendées ra-
tiociner.
Aucuns philosophes appellent la
mémoire le thresorde science: de là
vient que Sapience est fille de la mé-
moire et d’experience : d’autant que
la mémoire est vn cabinet de tout ce
que nous apprenons et voyons '.
Le siégé et domicile d’icelle est au
ventricule postérieur, situé au cere-
belle, moins humide et plus solide
que nulle autre partie du cerueau ,
pour ceste cause apte et idoine à re-
ceuoir les choses qui ont -esté aux
trois ventricules receuës et élabo-
rées2.
Et outre toutes ces choses , Lame a
encores six autres facultés , par les-
' Cette phrasca été ajoutée en 1575 ; elle a
d’ailleurs été reproduite au dernier chapitre
du Liure des animaux, que Paré publia
en 1579.
’ Ici s’arrêtent les emprunts faits a l'A-
natomie de la Teste, non pas que celle-ci
s’arrête dans ces doctes divagations , mais
DE LA GENERATION.
quelles chaque partie de nostre corps
est conseruée : la première attractrice,
qui attire son aliment : la seconde re-
tentrice, qui le retient : la tierce con-
coctrice, qui le cuit: la quatrième
assimilatrice, ou génératrice et aug-
mentatrice, c’est à-dire , qui le rend
semblable à la pariie : la cinquième
expultrice, qui ielte hors les excre-
meris qui pechent en quantité ou
qualité, ou tous les deux ensemble ,
et toutes les choses qui luy sont con-
traires, comme le fer d’vne fléché,
vne balle, une esquille d’os, et au-
tres choses estranges 1 : la sixième
séparatrice , qui séparé les choses
qui doiuent estre séparées •: exem-
Paré n’a pas jugé à propos de reproduire
tout ce qu’il avait écrit d’abord. On retrou-
vera d’ailleurs ce texte complet dans la
grande note déjà citée de la page 217 du
t:.me I".
' Jusqu’ici, le paragraphe est exactement
reproduit d’après le texte de l’édition de
1573 j mais la dernière phrase n’a été ajoutée
qu’en 1585. Il s’ensuit que jusqu’en 1585
Paré n’admettait que cinq facultés; et il ne
parle même que de ces cinq facultés dans le
premier livre de son anatomie (Voyez t. Ier,
p. 111 ). Mais en 1585 aussi il avait ajouté
la sixième aux cinq premières dans le cha-
pitre 8 de son Introduction. Voyez dans le
t. Ier le texte et les notes des pages 54 et 55.
Il faut dire encore que cette édition de 1573
ne s’arrêtait pas là , mais avait fait son pro-
fit d’un long passage de l 'Anatomie de la
Teste déjà reproduit dans l’ Anatomie géné-
rale.
Voyez pour les diverses reproductions de
ce morceau la note de la page 229 du t. Ici ;
et le morceau lui-même se lit en entier
p. 75 et suivantes du même volume. Toute-
fois, comme l’édition de 1573 n’en avait
donné qu’une analyse très rapide, et qu’elle
y avait joint quelques autres idées, je don-
nerai tout le passage qui, dans cette édition,
terminait le chapitre :
« Dauantage l’ame a quelques passions,
GGi
pie , comme le laict dans le sang , ou
le pus ou les humeurs de la masse
sanguinaire, comme la cholere qui
est enuoyée à la follicule du fiel , la
melancholie à la ratte, l’vrine à la
vessie, et autres choses qui se font
par le bénéfice de Nature.
CHAPITRE XII.
DES EXCREMENS NATVRELS, ET DE CEVX
OVE IETTE L’ENFANT EN LA MATRICE
DE SA MERE.
Deuant que descrire par quels con-
duits l’enfant estant au ventre de sa
comme ioye, tristesse, crainte, honte, vere-
condie. Or la ioye procédé du cœur, lequel
estant frappé de ce qui luy semble agréable,
se dilate et eslargit, comme pour embrasser
l’obiect présenté, et lors les esprits s’cspan-
dent par tout le corps : Au contraire quand
le cœur se reserre et retrainct, suruient la
tristesse, d’autant qui ne s’y peut engendrer
grande quantité d’esprits, et encore si peu
qu’il y en a ne peuuent estre ayscment dis-
tribués. Semblablement crainte reuoque et
attire subitement le sang et les espris au
cœur, et partant on voit que le visage pal-
list, et les extrémités demeurent froides, et
la voix est interrompue auec vn grand trem-
blement de tout le corps. Honte est vne af-
fection meslee de courroux et de crainte, et
si la crainte surmonte le courroux, faict que
le sang se relire au cœur : adonc le visage
pallit ; et si lecourroux surmonte la crainte,
esmcut le sang, et le faict monter au visage.
Il y a vne autre honte appelée verecondia,
qui fait que les esprits se retirent au centre,
et à l'instant mesme reuiennent, laquelle
chose est fort familière aux enfans et aux
vierges : et par ainsi l’on cognoist que les
passions de l’ame font de grandes mutations
en nostre corps.
» Or pour donner fin aux actions et ope-
rations de l’ame, laquelle a trois facilitez
principales qui regissentetgouuernent nostre
602
LE DIX-HVITIÉMG LIVRE,
mere, iette ses excremens, il m’a
semblé bon de proposer au ieune
chirurgien ceux qui sont naturels.
Donc on appelle excrement ce que
Nature séparé d’auec le pur et net.D’i-
ceux il y a plusieurs genres : le premier
est de la première digestion, laquelle
se fait en l’estomach, qui estant poussé
par les intestins , sort par le fonde-
ment. Le second procédé du foye , et
comprend deux especes : à sçauoir la
cholere, de laquelle vne partie esten-
uoyée du foye au kyslis fellis, pour
irriter la faculté expultrice à ietter la
matière fecale à sortir par les intes-
tins : l’autre semblable à megue et
sérosité s’en va du foye par les gran-
des veines auec le s ng pour luy ser-
uir de véhiculé à couler çà et là :
quoy fait, reuoqué et cbassé par Na-
ture, sort par l’vrineet sueur L L’au-
corps, à sauoir animale, naturelle et vitale,
laquelle vitale principalement lient l’excel-
lence pardessus les autres, qui se fa:ct par le
moyen de la dilatation et constriclion du
cœur, et des arleres, laquelle cessant, l’ame
se séparé du corps, qui alors est appelé ca-
dauer, ou pourriture et corruption, qui ne
mérité plus de demeurer sur la terre, mais
estre enseuely aux entrailles d’icelle, iusques
à la résurrection vniuersellc, pour entrer en
la béatitude immortelle.
» Maintenant nous retournerons sus nos
brisees, et parlerons des excrements natu-
rels et de ceux que iette l’enfant en la ma-
trice de sa mere, estant en icelle. »
L’édition de 1575, en supprimant tout ce
passage, avait cependant gardé la dernière
phrase qui sert de transition pour le chapitre
suivant ; maiselle a été, comme tout le reste,
supprimée en 1579.
1 L’édition de 1573, suivie encore par celle
de 1575, dit simplement : et vne partie s’en
va au foye par les grandes veines auec l’a-
quosité du sang, et sort aucc l’vrine et sueur.
Le nouveau texte date de 1579. Je n’ai
pu découvrir l’exacte signification du mot
megue-, le latin se borne à dire : alterum est
tre espece est l’humeur mélancolique,
lequel est attiré par la ralte , se
nourrissant du meilleur d’iceluy, et
ieltant le reste, partie à la bouche
de l’estomach , à fin d'irriter l’appelit
par son acrimonie, partie aux in-
teslins ’. Le dernier se fait à chacune
partie du corps, par la derniere di-
gestion propre à chacune d’icelles , et
est poussé hors du corps , partie par
transpiration insensible , et quelques
fois par sueur par les pores du cuir,
partie aussi par certains passages et
conduits propres à chacune desdites
parties : comme sur toutes autres
aduient au cerueau, lequel se purge
par plusieurs canaux, comme par
le nez , par la bouche , de ce troi-
sième excrement, qui descend par
les trous du palais, par les oreilles,
par les commissures du crâne, par
les yeux. Et tous ces excremens se
doiuent purger tous les malins, en-
core qu’en autre temps du iour cela
se peut aussi faire : et si quelques vns
sont par trop long temps retenus, il
failt remedier aux causes de leur ré-
tention, tant par régime que par mé-
decine. Il y a bien d’au très excremens,
lesquels ne sont naturels , desquels si
sèrosum. Mais d’après un autre passage des
éditions de 1573 et 1575, il paraît vouloir
dire le sérum du lait. Voyez la nolesuivanle.
1 Galien , De vsu partium. — A. P.
Les éditions de 15t3 et 1575 contenaient
ici un passage qui a été retranché en 1579,
et que voici :
« La troisiesme se congrege és venes et
arteres, semblable au megue et sérosité du
laid, semant de véhicule au sang, qui ne
pourroit pour sa grosseur couler fà et là és
venes, cl nature s’en estant ainsi aydee, est
reuoqué de l’habitude du corps par la
grande veine caue le chassant aux reins, et
d’iceux aux pores vrcleres, puis à la vessiè,
pour estre mis hors par le canal de la verge. »
DE LA GENERATION.
663
tu veux auoir la connoissance , voy
le traité de la Peste.
L’enfant estant au ventre de sa
mere, commence ù vriner, soudain
que toutes ses parties sont formées ,
par le conduit de l’ombilic nommé
vrarhus : mais aux derniers mois
prochains de sa naliuilé , ledit vra-
chus se ferme , comme auons dit 1 , et
alors l’enfant masle vrine par la
verge , la femelle par le col de sa ves-
sie. Ceste vrine se conserue auec les
autres exeremens , à scaucrt, la
sueur et les sérosités , et autres su-
perfluités du sang menstruel, qui ser-
uent pour supporter plus facilement
l’enfant nageant en icelles. El lors
que le temps est venu d’enfanter, il
rompt les membranes , et adonc les-
dites aquosités sortent, et alors les
matrones prédisent que bien tost la
femme accouchera, puis que les eaux
s’escoulent : et si l’enfant sort promp-
tement auec l’expulsion d’icelles ( ou
subit après) l’enfantement sera heu-
reux : car par l’humidité desdiles
eaux, le col de la matrice et autres
parties en sont rendues plus lubri-
ques, laxes, glissanles ou coulantes,
qui fait que plus facilement le col de
la matrice se dilate et ouure. Et si
l’enfant retarde à sortir apres qu’el-
les sont issues, la femme enfantera
avec une très grande difficulté, parce
que l'enfant demeure à sec, et aussi
que la matrice et le col d’icelle
se resserrent. Les matrones rendent
bons tesmoignages de cela: car quand
la mere a perdu en abondance et
tout à coup ses eaux , long temps au-
parauant que l’enfant se présente au
couronnement de la partie honteuse ,
1 Les mots : comme auons dil , se rappor-
tent au passage supprimé que j’ai reproduit
dans la note l de la page C48.
sont contraintes ( à l’exemple et imi-
tation de Nature) oindre le col de la
matrice de choses onctueuses et oléa-
gineuses.
Or ledit enfant ne iette aucune ma-
tière fecale par le fondement , estant
au ventre de sa mere , si ce n’est lors
que la femme est preste d’accoucher,
et qu’il aye rompu les layes : à raison
qu’il ne prend point d’aliment par la
bouche , et aussi que son estomach
ne fait encores son office, dont rien
n'est transporté aux boyaux : et luy
estant enuoyé vn sang pur et digéré,
il n’y a nulle superfluité fecale. Qu’il
soit vray , i’ay veu des enfans naistre
à terme , lesquels n’auoient aucune
ouuerlure au siégé , iceluy estant
clos d’vne petite peau , de laquelle
ayant fait aperlion , tout subit en
sortoit des exeremens. Dont nous
conclurons que l’enfant ne iette au-
tre excrement au ventre de sa mere ,
fors la sueur et l’vrine, parce qu’il
est nourri de sang bénin et louable,
et non de sang menstruel , vilain et
corrompu , comme aucuns ont pensé
et escrit.
Or il faut ici noter, que lesdites
aquosités sont à la capacité de la ma-
trice encloses dans les membranes, es-
quelles l’enfant nage entièrement, et
ne sont séparées de l’enfant, comme
on voit aux chéures, brebis, chiens,
et autres bestes : ce que i’ay bien ob-
serué plusieurs fois L
Les signes que la femme aura conceu
vn masle ou vne femelle.
Si elle est grosse d’vn fils, la femme
est plus dispose et gaillarde en toute
sa grossesse, et la couleur plus ver-
1 Le chapitre se terminait ici dans les
éditions de 1573 et 1575.
LE DIX-HVIT1ÉME LIVRE ,
664
meille , l’œil gay, vif, et le teint plus
net et plus clair que d’vne fille 1 :
parce que le fils estant plus chaud de
son tempérament , redouble la cha-
leur de lamere. La femme aura meil-
leur appétit : elle sent son enfant
mouuoir dedans trois mois et demy,
et d’vne fille plus tard : son ventre
est pointu , toutes ses parties droites
sont plus habiles à tous mouuemens:
que le premier pas qu’elle fait estant
debout, est du pied droit : et estant
assise , quand elle se veut leuer, met
plustost la main droite sur le genoüil
droit pour s’y appuyer. L’œil dextre
est plus mobile, le tetin droit engros-
sit plustost, et le mouuement de l’en-
fant est plus au costé droit : le con-
traire est d’vne fille 2. Ces signes
aduiennent le plus souuent, comme
ont les anciens et modernes remar-
qué. L’enfant masle est plus excel-
lent et parfait que la femelle , tes-
moin l’autorité et preminence que
Dieu luy a donné, le constituant sur
la femme comme chef et seigneur 3.
Plusieurs tiennent que les masles
se font parla vertu du testicule droit,
parce qu’il est plus chaud et plus so-
lide , à cause de quoy rend vne se-
mence plus chaude et seiche , et
plus spiritueuse : partant plus idoine
à engendrer masles. Et c’est pour-
quoy les pasteurs, lorsqu’ils veulent
auoir des masles de leur bestial , ils
leur lient le testicule gauche , comme
au toreau , bellier, bouc, qui doiuent
saillir les vaches, chéures, et brebis.
Outre ces belles raisons , on voit
1 Hipp. aph. 42. liu. 6. — A. P.
’ L’édition latine cite en cet endroit l’a-
phorisme 47 d’Hippocrate, sect. 6; cette ci-
tation ne se trouve dans aucune édition
française.
s Ici Unissait le chapitre en 157!), le reste
est de 1 585.
par expérience, que des hommes à
qui on a amputé le testicule dextre
engendreront des enfans masles. Et
par la vertu de Dieu les masles et
femelles sont engendrés ainsi qu’il
luy plaist en ordonner : et me semble
que les maris ne sont sages se cour-
roucer contre leurs femmes et com-
pagnes, pour auoir fait des filles:
car il n’est en la puissance de l’ homme
ny de la femme d’engendrer vn masle
ny vne femelle quand ils veulent.
CHAPITRE XIII.
COMMENT L’ENFANT ESTANT A TERME
S’EFFORCE DE SORTIR HORS DV VENTRE
DE SA MERE, ET DE SA NATIVITÉ.
Quand l’enfant est venu à son terme
prefix , alors il a affaire de plus grand
nourrissementqu’auparauant,eln’en
pouuant tirer par le nombril tant
qu’il en a besoin , cela est cause que
par vne grande impétuosité cherche
à sortir hors : adonc il se meut , et
rompt les membranes qui le sous-
tiennent : et si elles estoient si dures
qu’elles ne peussent rompre, il les
faut fendre et deschirer auec les
doigts, pour donner libre issue aux
eaux et à l’enfant Dont la matrice
se trouuant intéressée , ne le peut
plus soustenir : adonc s’ouure, et
par icelle ouuerture sentant l’air en-
1 Cette phrase : Et si elles estoient si du-
res, etc., a été ajoutée seulement en J 585.
Mais à part ces mots, toute la théorie qui
précède, touchant la sortie de l’enfant, sem-
ble avoir été extraite et presque traduite du
chapitre 1er du Livre 3 de RuefT : De la
conception et génération del’liomme, imprimée
en allemand à Zurich en 1553; traduit et
, publié en latin par l’auteur lui-même en 1554.
DE LA GENERATION.
trer,le poursuit, et s’efforce de sortir
hors , la teste deuant : alors se fait la
natiuilé naturelle de l’enfant , non
sans douleur de son corps tendre et
délicat , estant pressé , dont en pleu-
raut fait icy son entrée des calamités
de la vie humaine. Semblablement
la mere enfante auec vne extreme
douleur , parce qu’il faut que le col
de sa matrice ( qui est rond , estroil
et nerueux) se dilate et eslargisse
grandement pour faire passage à
l’enfant , et aussi que les os des han-
ches se séparent de l’os Sacrum , à
fin qu’estans dilatés, toutes les autres
parties se puissent plus facilement
ouurir.
Or que lesdits os se disioignent et
séparent , il est aisé à croire et à
prouuer : car comme seroit-il pos-
sible qu’vn enfant estant à terme, ou
deux gemeaux s’entretenans joints
ensemble, peussent passer par ceste
petite voye estroite , sans que les-
dits os ne fussent disioints l’vn d’a-
uecques l’autre? Or véritablement ie
le sçay, pour auoir ouuert des fem-
mes subit apres auoir rendu leur
fruit, ausquelles i’ay trouué entre
les os des hanches et os Sacrum , dis-
tance à mettre le doigt entre deux.
D’auantage i’ay remarqué , estant
appellé aux accouchemens des fem-
mes , ayant la main sous leur crou-
pion , auoir ouy et senti vn bruit de
crépitation ou craquement desdits os
pour la séparation qui s’y faisoit : et
mesmes i’ay entendu de plusieurs fem-
mes honorables, que quelques iours
vnpeu deuant que d’accoucher, apper-
ceuoient auec douleur certains bruits
desdits os qui croquctoient ensemble.
D’auantage, lesfemmesqui ont recen-
temenl enfanté se plaignent fort auoir
douleur en la région de l’os Coccyx ou
Caudœ , qu’ils appellent les Reins : et
665
icyieeonclus (sauf meilleuriugement
que 1e mien) que lesdits os commen-
cent à s’entr’ouurir, quelquesfois
deuant l’enfantement , et principa-
lement à l’heure que l'enfant sort
et est mis sur terre '. Mais véritable-
ment les os des hanches et Pubis
s’ouurent et séparent les vus des au-
tres, en sorte que plusieurs femmes
(faute que Nature ne les a puis apres
bien reioints), sont demeurées boi-
teuses. Et quant à ce qu’on dit, qu’en
Italie on rompt l’os Pubis aux ieunes
filles ( à fin que lorsqu’ils auront des
enfans accouchent plus facilement)
1 Tout le commencement de ce paragraphe
est textuellement reproduit d’après l’édition
de 1573. Mais ce qui suit était fort différent
dans l’origine; ainsi en 1573, en 1575, et
même encore dans l’édition de 1579, on li-
sait :
« El n’ay iamais aperceu qu’il se face ou-
uerlure punie uant, comme aucuns disent, mais
véritablement les os des hanches s’ouurent et
séparent, en sorte que plusieurs femmes (faute
que nature ne les a puis apres bien reioincls)
sont demeurees boyteuses. »
C’est donc en 1585 qu’il changea son texte
et sa doctrine, d’après une observation qui
sera citée plus bas, et dont il fut rendu té-
moin le 1er février 1579. L’édition de cette
année était presque entièrement imprimée,
puisqu’elle fut en état de paraître le 8 fé-
vrier, ce qui explique pourquoi il ne put
parler de cette observation que dans l’édi-
tion suivante. Il est à noter même que dans
toutes ses éditions il a laissé subsister, sans
doute par oubli, un passage de son anato-
mie où l’écartement des pubis demeure ré-
voqué en doute. ( Voyez t. Ier, p. 295.)
Mais ce que l’on s’explique difficilement,
c’est la longue persistance de Paré à nier
l'écartement de la symphyse pubienne,
quandil avaitécritlui-même, dans sa Rriefue
collection, qu’il avait vu toutes les sym-
physes écartées sur deux femmes mortes
d’hémorrhagie. J'ai rapporté ce passage à
la page déjà indiquée du t. !«>■.
666
LE DIX-II VITIÉME LIVRE
c’est une chose fausse et mensongère :
car encore qu’on les eust rompus , i!
s’y feroit un callus , comme ii se fait
tousiours aux fractures des os , dont
puis apres l’enfantement seroit rendu
plus difficile1.
I Ici s’arrêtait le chapitre dans les trois
éditions de 1573, 1575 et 1 579, et consé-
quemment amsi dans l’édition latine. Ce
qui suit a été ajouté en 15S5.
II me parait étonnant qu’on n’ait pas fait
plus d’a lenlion jusqu’à présent à la pré-
tendue coutume italienne, mentionnée par
A. Taré. Evidemment il n’en parle que
d’ouï-dire, et cet oui-dire est absurde; mais
ceux qui le lui avaient rapporté n’auraient-
ils pas confondu avec une manœuvre stupide
et impossible une opération plus ration-
nelle, qui aurait eu quelque rapport avec la
symphyséotomie proposée en France seule-
ment au xviti' siècle?
Celte question de l’écartement de la sym-
physe pubienne a été reprise plus tard par
Severin Pineau, Opusculum phÿsiologicurri et
anatomicum, Parisiis, 1597 ; et bien que par
sa date l’ouvrage soit un peu postérieur à
Paré, les faits et les raisonnements sont bien
de la meme époque. Pineau avait été long-
temps l’un des collègues et des amis de Paré,
et lui avait même fait présent d’une pièce
anatomique assez curieuse , savoir, un os
pubis qui offrait une apophyse styloïde fort
longue à sa face interne et près de l’extré-
mité inférieure de la symphyse; et enfin la
principale observation de son livre n’est
autre que celle alléguée par Paré lui-même.
Il m’a paru curieux de rapporter en entier
cette observation, qui constitue le 8e cha-
pitre du 2e Livre de l 'Opusculum; elle est un
peu longue, mais elle nous donne d’abord
une liste complète des chirurgiens qui
étaient alors à Paris (la table des matières
dit: Map. in Chirurg. gui Luleliœ aderam) •
elle nous les montre ensuite en grande con-
sullalion agitant des questions de science,
et quelles questions! en sorte (pie c’est un
petit tableau assez curieux de l’époque. J’ai
traduit aussi littéralement que possible.
« En février 16*9, dans le collège royal
Il y a des hommes si fermes en leurs
opinions, qu’encore qu’on leur fist
toucher au doigt , et voir à l’œil la
vérité du contraire de ce qu’ils main-
tiennent , si est-ce toulesfois que ia-
mais ils ne se voudront départir de
des chirurgiens de Paris, André Malesieu,
homme très docte et chirurgien très expert,
étant alors prévôt du collège, Jacques
d’Amboise, maîlre-és arts et bachelier en
chirurgie (aujourd’hui docteur dans l’une
et loutre médecine et médecin du roi), sui-
vant la coutume ducol’ége et des bacheliers
parcourant le stade chirurgical , disséqua
un cadavre de femme , démontra avec un
art admirable toutes et chacune de ses par-
ties, exposa les sièges et les remèdes des
maladies qui ont principalement besoin du
secours de la main Cette femme, âgée d’en-
viron vingt-quatre ans, par sentence et ju-
gement du lieutenant-criminel, confirmés
par l’autorité du Parlement, avait été pen-
due dix jours après être accouchée, attendu
qu’aussitùt après sa délivrance, poussée par
je ne sais quel mauvais génie , elle avait de
ses propres mains tué son enfant: et saisie
en flagrant délit, elle avait été mise en pri-
son. Le lendemain de la pendaison, le ca-
davre commença à être anatomisé par ledit
M. d’Amboise, en présence de MM. les chi-
rurgiens ci-dessous nommés. Il y avait
donc : MM. Robert Gaignard, doyen ; Ni-
colas Langlois , François des Neux, Guil-
laume Uuboys chirurgien du roi , Ambroise
Paré premier chirurgien du roi, Louis le
Brun, Jean d’Amboise chirurgien du roi, et
juré pour le roi au Châtelet de Paris, Jean
Dclisle, JeanCoinlerctchirurgien de la reine
mère, et juré pour le roi au Châtelet, N.
Des Neux, Raoul Lefort , Richard Hubert,
chirurgien du roi , Pierre Pigrey chirurgien
du roi, Antoine Portail chirurgien du roi,
aujourd’hui premier chirurgien, Jacques
Dioneau chirurgien du roi, André Malésieu
prévôt dudit collège, nous Severin Pineau,
Ismael Lambert chirurgien du roi, Jérôme
de Lanoue chirurgien de la reine-mère Ca-
therine de Médicis, Pierre Cheval, Simon
Pietre, Urbain Larbalestrier, Jacques Guil-
DE LA GENERATION-.
ce qu’ils auront conceu et engrauéen
leur esprit: en quoy ils se monslrent
merueilleusement amoureux d’eux-
lemeau, chirurgien du roi. Avec Ions ces
messieurs et maîtres en chirurgie, inscrits
ici dans l'ordre de leur réception , il y avait
aussi les écoliers et bacheliers en chirurgie :
Louis Hubert, Philippe Col lo t , Ions deux
chirurgiens du roi désignés, Josse de Beau-
vais et Claude Viard; en outre étaient ve-
nus du dehors, M. Laurent Joubert, docteur
en médecine et professeur royal en l’univer-
sité de Montpellier, et M. Barthélemy Ca-
brol chirurgien de Montpellier, tous deux
très versés en anatome, qui se lrou\alent
alors à Paris par ordre du roi. Il y avait
enfin quelques étudiants en médecine et en
chirurgie ; et avant tous les autres, ces dili-
gents anatomistes auxquels nous avions
montré dans les années précédentes l’art de
disséquer non seulement les corps humains,
mais aussi les cadavres des autres ( aliorum )
animaux qui nous tombaient entre les
mains; parmi lesquels étaient, si je ne me
trompe, P. Erald (Eraldus), Jerome Coupé
( Copœus ), tous deux champenois; et Gaspar
Bauhin de Bâle, aujourd’hui très célèbre
médecin dans son pays, et professeur élu de
botanique (simpliciurn) et d’anatomie; c’é-
tait le plus curieux de tous, et pour cette
raison et à cause de son père, homme fort
versé dans l’une et l’autre médecine, et au-
trefois notre collègue, nous professions pour
lui la plus vive amitié. La première dé-
monstration du sujet commencée en pré-
sence de tous les assistants ci-dessus nom-
més, l’un de nous souleva cette question, et
elle fut donnée pour la dissection, attendu
la présence de MM. Joubert et Cabrol de
Montpellier, savoir : s’il y avait abouche-
ment des veines mammaires descendantes et
des épigastriques ascendantes, et s’il se faisait
une communion manifeste des vaisseaux au
milieu de l’épigastre, à l’intérieur dans le
muscle droit, à l’extérieur dans le panni-
cule charnu ou plutôt adipeux; réunion
commune qui devait être d’autant plus fa-
cilement et ouvertement aperçue, que la
femme était accouchée plus récemment; le
sang chez les mères qui nourrissent leurs
667
mesmes, s’ils aiment mieux leurs opi-
nions que la raison : ou fort ennemis
de la postérité, si connoissans la vérité,
enfans devant être porté par des vaisseaux
de ce genre de l’utérus et des autres parties
inférieures , et par d’autres vaisseaux des
parties supérieures aux mamelles, pour que
le lait se fasse. Si au contraire la femme ne
donne pas le sein, le lait est encore éliminé
par l’utérus, où il est envoyé des mamelles
par le moyen de ces vaisseaux mammillaires
et épig istriques, suivant l’opinion de plu-
sieurs. D’autres disent que le lait est re-
porté des mamelles dans la veine cave as-
cendante par la veine mammaire, puis dans
le tronc descendant, et de là par les reins et
les uretères dans la vessie, ou par les veines
spermatiques dans l’utérus, ou par l’une et
l’autre voie à la fois, ce que l’on peut voir
le plus souvent ( la double élimination ) chez
les femmes récemment accouchées qui ne
nourrissent pas. Ce concours multiple et
manifeste des vaisseaux épigastriques était
difficilement admis par ceux de Montpellier,
de même qu’il est à peu près nié par toute
l’école de Montpellier. Et cependant nous
avons toujours vérifié la réalité du fait, sa-
voir, la communion des vaisseaux , non
seulement chez les femmes , mais môme
chez les hommes et dans tous les âges.
» De celte question nous passâmes à une
autre de grande importance ; il s’agissait de
savoir si, dans l’enfantement des femmes,
les os pubis et ilion se séparaient, ceux-ci
de l’os sacrum, et ceux-là l’un de l'autre,
oui ou non?
» La question soulevée, chacun donnait
son sentiment; la majeure partie des assis-
tants niait absolument que ces os pussent
s’écarter; d’autres l’affirmaient; d’autres,
sans pencher ni vers l’une ni vers l'autre
opinion, se tenaient dans le doute et gar-
daient le silence. Mais le doute fut immé-
diatement résolu, et la vérité brilla d’un
éclat manifeste; en effet, lune des cuisses
du cadavre ou la jambe entière ayant été
saisie et soulevée, sans aucune incision de
la peau, mais en la gardant intacte de
même que toutes les parties qui recouvrent
la symphyse, l’os pubis du même côté s’é-
668 LE DIX-HVITIÉME LIVRE
veulent toutefois icelle estre cachée
et ignorée. Sainct Augustin n’a point
fait de difficulté de composer luy-
mesme vn liure de ses Rétracta-
tions. Pareillement Hippocrates escrit,
comme font les excellens hommes et
qui se tiennent asseurés de leur grand
sçauoir, qu’il a esté deceu à recon-
noistre la suture de la teste d’auec la
fracture. Certes, comme escrit Celse,
les petits et l'oibles esprits , parce
qu’ils n’ont rien , ne se peuuent aussi
rien oster : mais il est bien séant à vn
genereux esprit de confesser et
auoüer pleinement sa vraye faute ,
et principalement encores qu’on l’en-
seigne à la postérité pour le bien pu-
blic . à fin que nos successeurs ne se
trompent en mesme façon que nous
auons esté.
Or qui me fait tenir ce propos , est
levait en même temps, et dépassait le ni-
veau de l’autre au moins d’un demi-pouce.
Ceci fut constaté et vérifié partoutle monde,
par les yeux et par le toucher; et pour le
faire mieux et plus aisément voir, le ca-
davre étant couché sur le dos, on étendit
fortement l’autre jambe, sans laisser le
moindre degré de flexion à son articulation
avec l’ischion; et les deux mains étant pla-
cées sous la fesse opposée, le plus léger ef-
fort suffisait pour porter en haut l’os pubis ,
et avec lui tout l’os innominé, lequel, comme
on sait, se compose de trois os, savoir, l’is-
chion, le pubis et l’ilion, entièrement réunis
à cet âge par une symphyse, sans aucu. e
partie molle intermédiaire; d’où nous con-
clûmes nécessairement que les deux syn •
chondroses postérieures étaient beaucoup
plus lâches que de coutume. En effet la
cuisse étant soulevée de la manière que
nous avons dit, avec les os innommés, l’é-
pine du pubis du même côté s’éloignait
d’un demi-travers de doigt du pubis opposé,
et faisait saillie au-dessus; au contraire, les
mains étant retirées, et les fesses reposant
sur le même niveau, les deux pubis repre-
que iusques icy i’auois maintenu et
par parole et par escrit , les os Pubis
ne se pou noir séparer et entr’ouurir
aucunement en l’enfantement : tou-
tesfois il m’est apparu du contraire le
premier iour de feuriermil cinq cens
septante neuf, par l’anatomie d’vne
femme qui auoit esté pendue , quinze
iours apres estre accouchée, de la-
quelle ie veis la dissection , et trou-
uay l’os Pubis séparé en son milieu
d’enuiron demy doigt, és présences de
maistre Claude Rebours , docteur
regent en la faculté de Medecine , de
maistre Iean d’Amboise, Coinleret,
du Bois, Dionneau , Pineau, Larba-
lestrier, Viard, tous Chirurgiens iu-
rés à Paris : et mesmes nous veismes
l’os Ischion séparé de contre l’os Sa-
crum.Qui ne le voudra croire, ie le ren-
uoyerai au liure de Nature, laquelle
naient leur égalité de position ; puis en sou-
levant l’autre cuisse, le pubis qui s’était
élevé dans l’autre expérience apparaissait
déprimé à son tour, ce qui excita, et non
sans cause, l’admiration de la plupart des
assistants. »
Là finit l’observation et le chapitre; le
fait était clair pour tout le monde; cepen-
dant quelques uns s’endurcirent la tête, dit
Pineau, et sans nier le fait, en niaient les
conséquences. Leur principale et sans con-
tredit leur plus puissante objection , c’est
que c’était un fait unique , qui peut-être ne
s’était jamais vu, et ne se reverrait jamais.
Pineau prétend au contraire qu’il arrivera
toujours; l’observation moderne a donné
tort aux uns et aux autres. La diduction
des symphyses a lieu quelquefois, mais il
s’en faut de beaucoup que l’on puisse la
considérer comme un phénomène ordinaire
et nécessaire. Il faut nolerd’ajlleurs, comme
un cachet de l’époque, que nul des contra-
dicteurs ne se demanda si ce n’était pas là
une maladie des symphyses indépendante
de l’accouchement, et que la dissection ne
fut pas faite.
DE LA GENERATION.
fait des choses que nostieinlelligence
n’est pas capable d’entendre. Et
principalement ces os s’ouurent et
ferment à l’enfantement.
CHAPITRE XIV.
DE LA SITVATION DE L’ENFANT AV
VENTRE DE LA MERE * .
On ne peut bien descrire la vraye
situation de l’enfant au ventre de sa
mere : car véritablement ie l’ay trou-
1 Cechapitre n’on'rericn de bien nouveau ;
Paré y a surtout suivi Roesslin et I’.uetT,
mais il n’est pas aussi complet. Roesslin
commence dans son premier chapitre par
donner la figure de l’enfant dans l’utérus,
les pieds en bas, la tète en haut, les mains
sous les cuisses; au chapitre 2, il montre
l’enlant étendu la tète en bas, puis étendu
la tête en haut : la première position est
celle de l’enfantement naturel; l’autre est
proche du naturel. Et au chapitre 4, après
avoir d’abord reproduit ces deux positions, il
rassemble 14 figures des positions contre-
nature. Rucff représente l’enfant accroupi
dans son liv. 1”, chap. G, liv. 2, chap. 4, et
liv. 3, chap, 1 ; ces trois figures sont à peu
près semblables entre elles, mais diffèrent
beaucoup de celles de Roesslin, et notam-
ment l’enfant a les mains relevées contre
les oreilles. Dans ce même premier chap.
du liv. 3, il montre l’enfant étendu la tète
en bas, comme type de l’enfantement natu-
rel ; et enfin son livre 4 est divisé en 15 cha-
pitres, chacun pourvu d une figure qui re-
présente une position contre-nature; la
première de ces positions est celle de l’en-
fant debout, les bras contre le corps, et
venant par les pieds; les 14 autres sont les
mêmes et se suivent dans le même ordre
que celles de Roesslin. Franco a aussi son
chapitre 78 intitulé : De Cassiete ei position
de l’enfant dans la matrice ; c’est toujours la
même doctrine, seulement il n’y a pas de
figures.
Quand je citerai PiuelT dans mes notes, ce
669
uée diuerse , tant aux femmes mortes
qu’aux viues : aux mortes, en les dis-
séquant promptement apres qu’elles
auoient ietté le dernier souspir : aux
viues, lors que i’ay esté appelle pour
lesdeliurer, Nature ne pouuant faire
son deuoir : ayant la main en leur
matrice, trouuois quelquesfois la
teste de l’enfant en bas : autresfois
en haut , et les pieds premiers : au-
tresfois les fesses : autresfois les mains
et les pieds ensemble1.
Et faut icy noter, que le petit fœtus
ou embryon est tousiours trouué en
figure spherique : mais alors que
l’ame y est infuse, et à mesure qu’il
croist, il se deueloppe , et estend ses
membres, et prend autre figure,
comme tu vois par ces figures sib-
ilantes,J.
sera toujours d’après l’édition latine origi-
nale, Tiguri, 1554, dont je possède un très
bel exemplaire; pour l’ouvrage de Roesslin,
j’ai eu sous les yeux l’édition allemande pri-
mitive, dont j’ai parlé dans mon Introduc-
tion p. ccvj ; la traduction latine publiée
à Francfort en 1532 par les soins de
Christian Egenolph; et enfin la traduction
française de 153G , sans nom d’auteur,
attribuée à Paul Bienassis. Les planches
de l’édition latine sont détestables; celles
de l’édition française semblent absolument
calquées sur celles de l’édi 1 ion allemande ; et
les plus belles de toutes sont celles de RuefT.
Les quatre figures de Paré ont été faites évi-
demment sur ces dernières, auxquelles elles
étaient bien inférieures. Grèce au crayon de
M. Chazal, celles que nous mettrons cette
fois sous les yeux du lecteur Remportent in-
finiment sur toutes les autres, sans rien
changer cependant aux rapports que l’au-
teur voulait représenter.
1 Les éditions de 1573, 1575 et 1579 ajoutent
ici : Comme lu vois par cesle figure. Le petit
paragraphe qui suit a été ajouté en 1585.
’Lapremière figure est copiécsurla l Ie du
Livre 4 de Rueff, fol. 35 v. : seulement dans
RuefT, la tête de l’enfant regarde à droite.
67O LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
Autresfois les genoux , autresfois
vn seul pied , autresfois le dos : a u-
tresfois le ventre , les mains et les
pieds en Laut, comme tu vois par la
figure suiuante1.
Autresfois les pieds escortés l’vn
de l’autre : autresfois vn seul bras, es-
tant l’enfant hermaphrodite, comme
lu vois par ceste figure *.
Aucuns iumeaux , dont l’vn d’i-
ceux vient la teste première , et l’au-
tre les pieds, comme tu peux voir
par ceste figure2.
verso; seulement la lèle de l’enfant a changé
de côté comme dans la précédente.
‘ Celle figure est la septième de Rueff,
fol. 34 recto; la têlc a toujours été changée de
côlé, et pour ne plus revenir sur ce point,
il parait que le graveur de Paré a copié
sur le bois toutes les figures comme il les
voyait sur le papier; ce qui à l’impression
devait nécessairement produire la transpo-
sition indiquée.
2 Cette figure est la quinzième de RucIT,
fol. 37 verso. Il faut dire que dans Rueff,
comme auparavant dans Roesslin , l’un des
jumeaux empoigne le pied de l'autre, ce que
Paré avait fidèlement copié , et ce qui a été
corrigé parM. Chazal.
* Cette figure est la 12e de Rueff, fol. 36
1>E LA GENERATION'. 67 i
Aux femmes mortes, lors que
l’enfant esloit encore fort petit, les
ay trouués en figure ronde, aya ns la
teste sur les genoux , et les deux
mains par dessous, et les talons con-
tre les fesses, qui semble estre la plus
vraye et naturelle situation de l’en-
fant 1 : d’auantage , ie proteste en
auoir trouué \n (ayant ouuert la
mere promptement estant decedée)
situé de son long , la face vers le ciel,
et encore viuant, ayant les mains
iointes : et partant nul ne peut don-
ner réglé certaine de la situation des
enfans aux ventres de leurs meres.
CHAPITRE XV.
DV TEMPS COMMODE OV INCOMMODE
DE LA NATIVITÉ DE L’ENFANT.
Tous animaux ont certains temps
limités de charger et porter leurs pe-
1 Ces mots : Qui semble estre la plus vraye
tits , mais l’homme seul n’a aucun
temps ny terme prefix, ains vient au
monde en tout temps : aussi les vns
naissent à sept mois , les autres à
huit, les autres à neuf, qui est le
plus commun , les autres à dix , voire
au commencement de l’onzième.
Massurius dit, que Lucius Papyrius
condamna par arrest vn substitué
sur le rapport de la mere du pos-
thume institué heritier, qu’elle di-
soit auoir porté treize mois apres la
mort du testateur : et parlant il n’y a
aucun ternie certain cl defini à por-
ter les enfans L L’enfant naissant à
six mois ne peut viure , à cause que
ses membres et tout son corps n’ont
point encor toute leur perfection :
au septième il peut viure, ce que
l’experience nous monstre , et toutes-
fois au huitième ne viuent Jamais,
ou rarement 2. Maistre Nicole du
Haut-pas, en son liure de la contem-
plation de la nature humaine 3, dit
que la raison ne se doit rapporter à
l’astrologie , qui lient que le hui-
tième mois n’est critique comme le
septième, ou le neufiéme, ou l’on-
zième, et que le huitième est attri-
bué à Saturne, ennemy des vies et
naissances : et où ils viuent, seront
tout le cours de leur vie valeludinai-
et naturelle situation de l’enfant, ne se lisent
dans aucune des édifions publiées du vi-
vant de Paré, et ont été intercalés dans la
première édition posthume.
' Arist. cap. 4. De general, animaliiim.
Pli. li. 7. c. 5. Autent. De restit. et eaque
jpeperit vndecirno mense. — A. P. — En 1578
et 1575, l’auteur ne citait en marge que
Pline; les autres citations sont de 1579.
2 Hip. lib. De aliment. — A. P. — Celte
citation a été aussi ajoutée en 1579.
3 Voyez sur cet auteur la note 1 de la
page 649.
LE D1X-HVITIÉME LIVRE,
672
res. Les enfans qui naissent au hui-
tième mois ne viuent gueres 1 , et
sont appelles genitures de la lune,
pource que la lune est planette froide,
et par sa grande froideur presse le
fruit , de façon qu’en bref il meurt.
Toutesfois la vraye raison dépend
de ce que l’enfant , tousiours sur le
septième mois , s’efforce de sortir
hors, ce qu’il fait heureusement et
auecques asseurance de vie , sans
autre accident, s’il est fort et puis-
sant de nature. Que si au contraire il
est foible et floiiet , non seulement il
ne peut sortir : mais en outre estant
d’auantage debile par le combat et
effort qu’il a fait en vain pour sortir,
a besoin quasi d’estre comme recuit
et retenu dansl’vterusiusquesàdcux
ou trois mois apres, ne sortant que
sur le neufième ou dixiéme mois,
pour ce pendant recueillir et ramas-
ser ses forces. Que s’il sort vu mois
apres, sçauoir sur le huitième mois, il
est estimé mal-hèureux, et sans espé-
rance de longue vie, pource qu’il n’a
eu assez de temps à reparer et ramas-
ser ses debiles forces, atténuées par
le conflit pour sortir naturellement
au septième mois. Note toutesfois ,
que si la femme est forte et gaillarde,
qu’elle peut heureusement enfanter
au huitième mois : de sorte que l’en-
fant mesme sera vital, comme tes-
moigne Aristote des femmes d’E-
gypte, et Auicenne des femmes d’Es-
pagne 2.
En la naissance de l’enfant, on
peut dire aussi cecy estre vne chose
fort admirable, qui surpasse l’en-
tendement humain : car l’orifice de
1 Aristote en ses problèmes. — A. P. —
1573.
’ Tout çe paragraphe a été ajouté en 1575.
la matrice, tout le temps que la
femme est grosse , est tellement clos,
que seulement la pointe d’vue es-
prouuette ou d’vne aiguille n’y peut
entrer, si ce n’est qu’il se face vne
superfétation , ou que Nature se des-
charge de grande quantité de sang et
d’eaux qui sont en la matrice ‘ : et au
contraire, au temps de l’enfantement
s’ouure et s’estend , de façon que
l’enfant estant sorti, bien tost apres
se reserre par une très grande et ad-
mirable prouidence de Nature 2 , la-
laquelle ne se peut exprimer. Et
pour ce , nul ne doit être si hardy et
audacieux de s’enquester comme telle
chose se fait : car si on entreprend
de passer outre et d’esplucher par le
menu comme telle chose se fait, on
demeurera condamné et conuaincu de
n’auoir conneu la puissance de Dieu,
ny la foiblesse de son esprit.
Communément les femmes sont
plus trauaillées à leur premier en-
fantement qu’aux autres , et tant
plus qu’elles ont enfanté , trauaillent
moins que la première fois : et parce
ie leur conseille d’vser d’vn onguent
emollient comme cestuy , quelque
temps deuant l’enfantement 3.
1 On peut remarquer que Paré demeure
ici d’accord avec ce qu’il avait dit au com-
mencement du chapitre C ; mais qu’il est en
coniradiction avec le dernier paragraphe de
ce même chapitre, ajouté en 1585. Ces
sortes de contradictions ne sont pas bien
rares dans ses ouvrages, et s’expliquent par
les dates diverses de la rédaction. La partie
du texte à laquelle se rapporte cette note
est de 1573.
’ Le paragraphe se terminait ici en 1573 ;
le reste est de 1575.
3 Ces mots : Quelque temps deuant l’en •
f antement ont été ajoutés en 1579.
PE LA GENERATION.
Gy3
Spermalis celi 5 . ij.
Olei amygdalar. dulcium j. iiij.
Ceræ albæet medullæ ceruinæana 5 .iij.
Axung. anseris et gall. ana § . j.
Terebenthinæ Venetæ 5 . ij.
Fiat vnguentum.
Duquel en seront frottés les cuisses
et le ventre de la femme grosse , et
tout autour de ses parties génitales :
d’auantage, pourra semblablement
porter vne maniéré de ligature faite
de peau de cuir de chien deliée ,
laquelle sera frottée de l’onguent sus-
dit , qui luy aidera à supporter l’en-
fant. Plus quand elle sera sus son
neufiéme mois, faut qu’elle se bai-
gne par plusieurs fois dans un bain ,
auquel auront bouilli herbes émol-
lientes.
Or l’enfantement naturel est, quand
la teste vient la première , et suit ses
eaux : l’autre qui est moins bon et
facile, est quand il vient les pieds do-
uant : tous les autres sont très diffi-
ciles. Parquoy ie veux icy aduerlir
les matrones, que là où elles connois-
tronl que l’enfant ne viendra point
en ces deux maniérés , mais le dos
premier, ou le ventre, ou les mains
et pieds ensemble, ou vn bras, ou en
autre figure contre Nature, qu’elles
ayent à les tourner et les tirer par les
pieds dehors : et si elles ne se sentent
assez expérimentées , qu’elles appel-
lent les chirurgiens exercés en cest
atTaire. Car comme seroit-il possible
à Nature les ietter hors estant ainsi
situés, si ce n’estoient d'aduenture
petits auortons, lesquels pour leur
petitesse, Nature pourroit ainsi faci-
lement mettre hors L
1 Ce dernier paragraphe est calqué en
partie sur le commencement de La maniéré
de extraire les enfans, etc., dont Franco a
fait son chapitre 80. Voyez ci-devant p. 623.
II.
CHAPITRE XVI.
LES SIGNES A LA FEMME DE BIEN TOST
ENFANTER.
Les signes sont, qu’elle sent dou-
leur au dessous de l’ombilic, et aux
aines, et est ladite douleur commu-
niquée aux vertebres des lombes, et
principalement lorsque les os des
hanches se séparent de contre l’os sa-
crum, et l’os de la queue se recule
en arriéré : leurs cuisses et parties
génitales se tuméfient, et leur font
grande douleur : d’auantage il leur
suruient vn tremblement vniuersel
de tout le corps, tel qu’il se fait au
commencement des accès desfiéures:
plus leur face rougit, à cause que le
sang s’eschaufle etbouillonne, parce
que Nature s’aide de toutes ses for-
ces à mettre hors l’enfant, lequel
s’esmeul vehementeinent : et le sang
ainsi eschauffé et esmeu , sort auec
portion des aquosités premier que
l’enfant ’.
Et si tels signes se demonstrent ,
sois asseuré qu’en brief la femme en-
fantera : et partant qu’on luy préparé
tout ce qu’elle aura besoin pour tel
affaire, et principalement à la bien
situer en un lit en figure moyenne , à
sçauoir, non du tout à la renuerse ny
assise, mais aucunement le dosesleué,
à fin qu’elle puisse mieux respirer, et
auoir force à mettre l’enfant hors :
d’auantage, faut qu’elle ait les iam
bes courbées , et les talons vers les
1 Ce paragraphe est absolument calqué
sur un passage de La maniéré de extraire les
enfans, dont Franco a fait le commence-
ment de son chapitre 82. Voyez ci-devant,
page 628.
43
LE DIX-HVITIÉME LIVRE ,
6?4
fesses , et’ les cuisses escartées l’vne
de l’autre , et qu’elle s’appuye contre
vne busche de bois posée en Irauers
de son lit , ayant vn peu les fesses es-
leuées l.
Aucunes accouchent debout estans
appuyées des bras sur le bord du lit ,
ou d’vn banc : autres en vne chaire
propre à cela, laquelle ne doit pas
estre plus haute de la terre que de
deux pieds. L’vtilité de ceste chaire
n’est à mespriser, par-ce que la femme
grosse y est située estant renuersée
sur le dos, de sorte que elle a son ins-
piration et expiration libre : aussi
que l’os sacrum et l’os caudæ sont
en l’air, n’estant aucunement pressés,
qui fait que lesdits os se desioignent
et séparent plus aisément : pareille-
lement l’os pubis , à cause que les
cuisses son l escartées l’vne de l’autre :
ioint aussi que la sage-femme beson-
gne plus à l’aise, estant assise deuant
la femme grosse. L’on mettra un
oreillier au dossier de la chaire, et
quelques linges où les cuisses seront
appuyées, à fin que la femme grosse
soit plus à son aise 2.
1 La manière de extraire les enfans re-
commande une autre position que celle qui
est indiquée ici (voyez ci-devant pageG2).
Mais il faut remarquer qu’ici Paré s’occupe
seulement de l’accouchement naturel, tandis
que, dans son premier opuscule, il traitait
uniquement de l’accouchement artificiel.
Aussi quand il arrivera à cette question un
peu plus tard (chap. 32 et suivants ), nous
le verrons remettre en lumière non seule-
ment sa doctrine, mais même sa rédaction
de 1650.
= Tout ce paragraphe, avec la figure qui le
suit, a été ajouté en 1585; les éditions an-
térieures disent seulement :
« Aucunes femmes accouchent en vne
ehaire propre à cela : les autres accouchent
debout, estant appuyées des bras sus le
bord du lict, ou sus vn banc. »
La figure de la chaire l’est icy représentée ' *
Or il faut bien se garder de mettre
la femme aux peines de trauail, de-
uant que les signes susdits prece-
1 Cette figure est absolument la même
que celle de l’édition allemande et de la
traduction française de Roesslin. Dans la tra-
duction latine, la ligure est changée : le dos
est moins concave, et ses deux bords sont
retenus par deux montants arrondis ; tandis
que les quatre pieds paraissent réunis par
une paroi circulaire complète, excepté entre
les pieds de devant. RuetTa copié les figures
originales; mais du contour du siège jus-
qu’en bas, il fait pendre une sorte de dra-
perie circulaire, ouverte seulcmenlen avant,
et qui empêche les courants d’air par-des-
sous la femme. Paré connaissait le livre de
Rueffen 1573, et cependant il ne lui a pas
alors emprunté sa figure ; il y a plus, c’est
que manifestement il l’a prise ailleurs ; car
en supposant la draperie enlevée, la chaire
de Rued a le pied de devant arrondi, et
celle de Paré a les pieds carrés. Il y a plus
de ressemblance avec la figure originale de
Roesslin, copiée dans latraduelion française;
mais celle-ci n’a pas les pieds réunis par
les trois barreaux courbes que montre celle
de Paré ; en sorte que tout bien considéré,
il est probable que la figure de notre auteur
DE LA GENERAI ION.
dent : car deuant iceux le trauail est
fait en vain , et en son l les paum es fem-
mes plus molestées et debiles , quand
se vient à mettre hors l’enfant à bon
escient , à cause qu’elles n’ont tant
de force et vertu , lors que l’expul-
sion de l'enfant se doit faire *. Estant
la femme en trauail d’enfant , le tout
venant bien , faut laisser faire à Na-
ture et à la sage-femme : toUtesfois
faut commander à la femme (lors
qu’elle aura des ondées et tranchées)
qu’elle s’espreigne le plus qu’elle
pourra , luy clouant le nez et la
bouche : et vne malrone luy presse
les parties supérieures du ventre, en
poussant l’enfant en bas : car telle
chose aide grandement à les faire
accoucher , n’estant si vexées des tran-
chées ou ondées : comme i'ay sou-
a été dessinée d’après quelque modèle em-
ployé à Paris. Du reste l’invenleur de cette
chaire est inconnu, et jusqu’à son pays
même. Voici en effet, d’après la traduction
française dont j’ai vérifié l’exactitude, le
passage de Iloesslin qui a rapport à cet ins-
trument :
« Pour le surplus quant la femme enceinte
sent sa matrice estre laschee : et que les
humeurs coulent plus habondamment : elle
se doit derechef recllner et renuerser sur le
dos : tellement quelle ne soit veue ne cou-
chée neleuee totalement : et doit tellement
renuerser sa teste en forme de pendant en
arriéré quelle aye plus que autrement : a
laquelle chose faire en aucunes régions ] comme
en la France et la haulte Allemaigne les obs-
letrices et saiges femmes ont aucunes chaires
assez basses > et peu esleuees de terre creuses
pardeuant autant qu'il est necessaire / et telle-
ment sont faictes que la femme en peine dén-
iant ij peult estre comme couchee sur le dos ■
desquelles la forme et figure peult on icy veoir.»
' Ce paragraphe est extrait d’un passage
de La maniéré de extraire les erifctns, qui fait
suite au passage indiqué dans la note de la
page précédente: et qui se retrouve dans le
chapitre 82 de Franco.
675
uentesfois expérimenté en plusieurs
femmes, où i’ay esté appellé pour
leur aider à accoucher >.
Si le trauail est long et laborieux
( à cause que les vidanges sont sorties
long temps auant l’enfantement, et
que la matrice demeure à sec) faut
faire ce qui s’ensuit :
"if. Butyri recenlis sine sale in aquâ artemis.
loti § . ij.
Mucag. seminis lini, ficuum, et seminis
allh. cum aqua sabin. extract, ana § . .
Olei lillorum § . j.
Fiat Uniment, ex quo obstetrix liniat fré-
quenter collum vteri.
Ou huile d’amandes douces, ou
graisse d’oye, ou d’autre semblable,
à fin de les lubrifier et relascher 2.
Aussi on baillera de ceste poudre :
If. Cinamo. corli. cass. fist. dictam. ana 3.
' j. fi.
Sacchar. alb. ad pondus omnium.
Et fiat pulu. subtiliss. sumat 5. iiij. cum
decocto seminis lini : celeriorem enim
et fuciliorem partum facit : cum minori
molestia potest hic puluis dari cum vino
albo tenui s.
D’auantage la sage-femme (quand
le trauail est ainsi fascheux) pourra
oindre sa main de ce liniment, et en
mettre dans le col et parties voisines
de la matrice :
■if. Olei de semin. lini § . j. fi.
Olei moscelini § . fi .
Gall. moscatæ 3. iij.
Ladani 3. j.
Fiat linimentum.
■ Ces moyens avaient déjà été indiqués
dans La maniéré de extraire les enfans, et co-
piés par Franco dans son chapitre 84. Voyez
ci-devant page C2S.
2 Ces mots : Ou huile d’amandes douces , etc.,
n’ont été ajoutés ici qu’en 1585.
3 Cette phrase latine se lit déjà en 1575,
LE MX-HVITIÉME LIVRE
676
Plus on fera esternuer la femme
cum puluere piperis, vel ianiillo hel-
Icbori albi in nares immisso '.
Plus pour faire haster la femme
d’accoucher, la semence de lin pilée
auec eau d’armoise et de sabine sert
grandement, ou ce remede :
IL. Cortic. cassi. fist. concass. § . ij.
Cicer. rubro. m. fi .
Bulliant cum vino albo , et cum aquâ
sufficienti, addendo sub finem sabinæ
5- U-
Et fiatdecoct. in coll. pro vna dosi.
Adde cina. 5. fi .
Croci g . vj.
Fiat potio.
Apres elle taschera à esternuer
auec sternutatoires : quoy faisant la
femme auec moins de tranail enfan-
tera 2.
Quelques fois les enfans naissans
apportent autour de la teste vne par-
tie de la membrane agnelette 3 ,
principalement quand les parties gé-
nitales de la mere, par s’efforcer d'en-
fanter, et par le bénéfice de Nature,
se sont ouuertes et eslargies,et que
l’enfant sortquant-et-quanl les eaux :
et alors les matrones présagent que
l’enfant est heureux , par ce (disent-
elles) qu’il est né coëffé. Véritable-
ment ie suis d’auecques elles, et en-
core ie dis d’auantage , que la mere
est aussi bien heureuse, à cause que
imprimée en italique comme je l’ai laissée
ici.
1 L’éternuement était aussi au nombre
des moyens recommandés par Paré dès 1 550,
dans le passage dont il est question dans la
note 1 de la page 675.
1 Le chapitre se terminait ici en 1576; le
reste a été ajouté à diverses dates.
3 Tout ce paragraphe a été ajouté en 1575;
au lieu de membrane agnclelle, on lisait alors
la membrane alanthotde. Le changement de
nom a eu lieu en 1579.
l’enfant est sorti assez librement :
mais quand l’enfantement est labo-
rieux , ils n’apportent iamais ceste
membrane sur la teste, car elle est
arrestée au passage, ainsi qu’vne cou-
leuure voulant laisser sa peau, passe
par un vn lieu estroit pour estre des-
pouillée : ainsi le semblable se fait à
l'enfant, laissant sa coëffe au ventre
de sa mere K
On baillera à la femme, subit apres
l’enfantement , deux ou trois cueille-
rées d’huile d’amandes douces tirée
sans feu auec vn peu de sucre. Au-
tres prennent deux iaunes d’œufs
auec sucre, autres prennent de bon
hippocras : autres un consommé ou
de la gelée. Ainsi on diuersifiera tel-
les choses , selon le goust et la né-
cessité qu’il faudra pour alimenter
l’accouchée , et garder les tranchées :
lesquelles viennent à cause que les
veines se desgorgent du sang super-
flu qui estoit retenu à cause de l’en-
fant , et estant gros et bourbeux
comme lye, s’amasse de toutes parts,
et accourt par les veines et arteres
en la matrice , laquelle il pénétré dif-
ficilement : et par grand violence le
reiette comme inutile, qui la refroidit
et enfle. Aussi lesdites tranchées sont
souuent causées du vent qui entre au
corps et capacité de la matrice , faute
d’auoir serré les cuisses et lié le ven-
tre de l’accouchée comme il falloit.
CHAPITRE XVII.
CE QV’lL F A VT FAIRE A L’ENFANT SVBIT
QV IL EST NÉ.
Premièrement, estant sorti du ven-
tre de la mere, la sage-femme doit
' Le chapitre finissait ici en (575; le reste
est de 1579.
DE LA GENERATION.
subit tirer l’arierre-faix , s’il luy est
possible, et s’il est besoin mettra sa
main dans la matrice delà femme pour
l’extraire et mettre hors : autrement
sortiroit apres avec grande difficulté ,
par-ce que la matrice et toutes les
autres parties se reserrent inconti-
nent que l’enfant en est hors. Cela
fait , l’enfant doit eslre séparé d’a-
uec son arriere-faix , en luy liant le
nombril d’un fil double, à distance
du ventre de la largeur d’vn pouce,
et non plus : et la ligature ne doit
estre trop serrée , de peur que la par-
tie qui est outre la ligature ne tombe
plustost qu’il n’est besoin : ne aussi
trop lasche, de peur que le sang ne
Hue des vaisseaux ombilicaux , aussi
que l’air n’entre dedans le ventre de
l’enfant. Et apres estre lié, il doit es-
tre coupé deux doigts dessous la li-
gature , auec vn rasoir ou ciseau bien
tranchant : et puis appliqué dessus vn
linge en double, trempé en huile ro-
sat ou d’amandes douces , pourseder
la douleur : et apres cela , au bout
de quelques iours , ce qui est coupé
tombera auec la ligature.
Aduertissement aux sages-femmes :
c’est que la portion du nombril, apres
Fauoir lié et coupé, demeure pen-
dante, qui se meurt peu à peu, en
fin tombe en gangrené , puis en mor-
tification. Les sages-femmes le cou-
chent communément contre la chair
nue du ventre de l’enfant, dont il
s’en ensuit grandes tranchées pour la
froideur de ce qui est mortifié : à ceste
cause il faut l’enuelopper de linges
ou cotton, iusques à ce qu’il soit
tombé *.
Or plusieurs matrones coupent in-
continent le nombril apres l’auoir lié,
' Ce paragraphe manque en 1573 et 1575,
et a été ajouté en 1579.
677
sans attendre que l’arriere-faix soit
hors : mais celles qui entendent mieux
ces choses different iusques à ce qu’el-
les ayent tiré ledit arriere-faix hors
la matrice.
Cela fait, l’enfant doit estre net-
toyé d’huile rosat ou de myrtilles ,
pour luy oster la crasse ou excre-
ment qu’il apporte dessus son cuir :
aussi pour clorre les pores, à fin
qu’apres son habitude en soit rendue
plus ferme. Aucuns les baignent en
eau chaude et vin astringent , puis les
huilent des huiles sus-nommées : ou
bien se contentent de maccrer et
faire bouillir dans le vin , duquel il
doiuent baigner l’enfant , des roses
rouges , on fueilles de myrtils , y ad-
ioustant vn peu de sel * : et font cela
par cinq ou six jours, à fin de net-
toyer son corps et résoudre les meur-
trisseures et gourd-foullement 2 qu’il
a eu en sortant hors du ventre de sa
mere. Il luy faut pareillement manier
les doigts les vns apres les autres, et
estendre et fléchir ses iointures des
bras et iambes, voire par plusieurs
et diuers iours , à fin de chasser
quelque humeur superflu qui pour-
roit estre en ses iointures 3. Et si on
voit qu’il y ail quelque vice aux os,
il les faut habiller , soit qu’ils soyent
' Les trois lignes qui précèdent depuis les
mots : Des huiles sus-nommées, ont été ajou-
tées en 1575; en 1573 on lisait seulement:
Puis les huilent, et font cela pur cinq ou six
iours, etc.
a Gourd foullement. Je n'ai pu trouver
l’exacte signification de ce mot, qui se lit
de même dans toutes les éditions, sauf le
trait d’union qui manque en 1573. L’édi-
tion latine dit : Si quid contusum à duro
enixu côllisumque est.
3 Chose dirjne d’eslre bien notée aux ma-
trones.— A. P. — Note de 1573, répétée dans
toutes les éditions.
LE DIX-HVITIEME LIVRE,
678
hors (le leur place, ou fracturés,
lesquels seront réduits et redressés
par la main du chirurgien.
D'auantage, faut auoir esgard si ses
conduits sont estoupés par vne pe-
tite membrane (qui se fait à d’au-
cuns) comme aux oreilles, nez , bou-
che, verge , fondement , et à l’orifice
du col de la matrice aux femelles : et
si telle chose se trouue , seront des-
toupés par l’artifice du chirurgien :
puis on appliquera tentes et pessaires,
et quelque linge entre deux , de peur
que les panies qui auront esté cou-
pées ne se rejoignent de rechef.
Antonius Beniuenius, médecin flo-
rentin , au liure 1, chap. 30, dit auoir
veu deux enfans masles, lesquels es-
tans venus sur terre auoient le siégé
fermé : dont l’vn estoit clos d’vne
chair, et mourut : l’autre d’vne mem-
brane, laquelle fut incisée, et guarit.
Pareillement plusieurs dés leur nais-
sance n’ont point le bout du gland
percé: mais il est au dessous, où la
figure du gland finit. Ils ne peuuent
vriner droit en deuant , sans renuer-
ser la verge contre-mont : ils ne peu-
uent pareillement engendrer, par ce
que la semence 11e peut eslre lancée
ne iettée droit au champ de nature
humaine. D’auantage, ceste défec-
tuosité cause vne difformité. Galien,
en l 'Introduction , et aux Dif finitions
médicinales, appelle ceste affection
hypospadias. La cu,ration se fera en
tranchant le bout du gland à l’en-
droit de sa couronne , le plus proche
du trou qu’il sera possible l.
Aussi quelques-uns ont six doigts à
chacune main. Autres ont les doigts
des pieds et des mains ioints ensem-
ble : le vulgaire appelle tel vice
patle-d,oye. Autres ont vn ligament
1 Tout ce paragraphe a été ajouté en 1585.
sous la langue qu’on appelle le filet ,
lequel les garde de tetter, ou quand
ils seront deuenus grands, il les fait
balbutier, à cause qu’il tient la lan-
gue liée contre la mandibule infe-
rieure : tous lesquels vices sont aidés
par la main du chirurgien.
Semblablement faut prendre garde
s’il y a quelque excrement blanc sem-
blable à la croye *, qui adhéré contre
les parties internes de la bouche , et
sus toute la langue , qui vient à cause
de leur intemperalure , qui pareille-
ment les garde de tetter : et par faute
de les nettoyer, il s’engendre souuent
des vlceres , voire iusqu’à la gorge ,
qui est cause de leur mort. Or pour
y remedier, faut prendre huile d’a
mandes douces tirée sans feu , miel
commun , sucre fin , et auec vn peu
de linge lié au bout d’vu polit baston,
luy seront frottés doucement les
lieux où il sera besoin : telle mixtion
ne doit estre trop espaisse ne liquide:
elle deterge et fait tomber la sordicie.
Aussi luy en peut-on donner quel-
quesfoisla quantité d’vne petite cueil-
lerée pour luy lascher le ventre lors
qu’il sera constipé, et cecy appaise la
toux , s’il en y a , sede la douleur des
tranchées, pareillement nourrit, de
sorte qu’on peut dire telle mixtion
estre médicamenteuse et alimen-
teuse : par-ce que Nature se delecte
par grande volupté d’attirer les
choses douces qui luy sont familières
de leur nature.
le diray d’auantage, qu’aucuns en-
‘ Le vulgaire appelle ceste maladie, le
chancre blanc. — A. P. — Celle noie est
de 1573, et a été répétée dans toutes les
éditions. 11 est sans doute inutile d’avertir
que la croye est tout simplement de la craie.
L’édition latine dit : Creiaceum aliquod ex-
cremenlum.
DE LA. GENERATION.
fans nouuellement nés ont les pau-
pières prises auecques le cil, et quel-
quesfois auec la conionctiueetcornée,
lesquels seront séparés auec instru-
niens propres, se gardant de toucher
à la cornée, à l’endroit du trou de la
pupille : et apres en auoir fait sépa-
ration, on mettra dedans les yeux et
aux parties voisines blanc d’œuf
battu auec eau rose, et liendra-on la
paupière ouuerte , mettant quelque
petit linge délié entre le cil des yeux,
trempé en ladite mixture, de peur
qu’elle ne se reaggluline : et souvient
on leur ouurira les yeux: puis apres
on leur appliquera quelque collyre
desiccalif pour produire la cicatrice.
Que diray-ie plus ? c’est , comme
nous auons dit, que quelquesfois on
trouue aux enfans nouuellement nés,
entre le cuir et le crâne, vne assez
grande tumeur mollasse, parce que la
sage-femme aura tiré la teste par
violence, ou par quelque contusion :
ou par grande abondance d’aquosi-
tés, qui seront sorties du cerueaupar
les sutures qui ne seront encor ioin-
tes ensemble, comme on voit en liy-
drocephalos. Pour la cure, il faut
faire ouuerture avec la lancette, et
euiter le muscle temporal: puis trai-
ter la playe comme il est requis *.
Des seings ou marques des enfans.
D’auantage les enfans souuent ap-
portent du ventre de leurs meres
plusieurs taches et macules dites vul-
gairement seings, dont les vnes sont
plates et égalés au cuir, autres sont
esleuées en tumeur : aucunes ont du
poil, et d’icelles les vnes sont noiras-
tres, tirantes surla couleur plombine,
mais la pluspart d’icelles sont rou-
1 Le chapitre se terminait ici en 1573}
l'article suivant a été ajouté en 1575.
679
ges: autres sont esleuées en petite
tumeur rondesemblablesà verrues1 :
autres de diuerses formes, qui sont
surnommées des figures qu’elles re-
présentent, comme cerises, fraises,
meures, figues, raisins, melons, abri-
cots, et autres, lesquelles ne peuuent
estre effacées pour quelque chose
qu’on y face. Si par fois elles sont
comme flestries et obscurcies, néant-
moins quand leur temps vient qu’el-
les sont en vigueur, et en leur sai-
son, lesdites taches reuerdissent et se
colorent comme auparauant. Or c’est
vne chose merueilleuse, que l’imagi-
nation, outre la forme qu’elle im-
prime sur le petit enfant, puisse lais-
ser vne disposition suiette à certaines
saisons, de sorte que ces taches sui-
uent la figure des choses qu’elles re-
présentent : ie dis que c’est vne chose
admirable, veu l’absence de l’imagi-
nation generaliue de ces taches, apres
la parfaite formation de l’enfant 2. Il
ne faut prétendre en parler comme
si nous eu sçauions ce qui en est: et
ne peut-on, à mon aduis, dire autre
chose, sinon que la vertu formatrice
rend souple et obéissante la matière
susceptible d’infinies formes, à la va-
riété et multiplicité de ses impres-
sions : tellement qu’elle la dispose à
receuoir la condition de la saison et
constitution du ciel, en laquelle les-
dites taches ont esté produites.
Telles choses sont grandement dif-
formes et hideuses à voir, et principa-
lement quand elles sont au visage, et
s’espandent tellement qu elles cou-
urent souuent par succession de temps
vne bonne partie de toute laLface.
1 Ce paragraphe n’allait pas plus loin
en 1579 ; ce qui suit est de 15S5.
! Simon de Prouanchieres en son Com-
mentaire sur le liure deFernel.^ — A/jP.
68o
LE DIX-H VITIÉMÊ LIVRE ,
Or telles marques (ce me semble)
viennent à raison que les mois cou-
lent encore vn peu à la femme, ou bien
qu’il en reste quelque portion contre
les paroisde la matrice, ayant la com-
pagnie de son mary : et les semences
se meslans auec tel sang , il teint
et baille couleur à quelque partie
de l’enfant. Les femmes disent que
cela prouient d’auoir eu enuie de
manger quelque viande ou fruits pen-
dant leur grossesse , ou qu’on leur
aura ietté au sein ou au visage quel-
ques choses. Cela m’est bien difficile
à croire : toutesfois ie croy bien que la
forte imagination a grand force à es-
mouuoir les humeurs, et qu’elle im-
prime en elles la figure des choses
imaginées, aisément sus chacun indi-
uidu, puis les met en œuure en leur
sang (comme nous dirons cy apres
parlansdes enfans monstrueux, faits
par la vertu imaginaliue). Mais que
l’enfant ja formépuissereceuoir telles
marques par vn désir démanger quel-
que viande, ou qu’on aye ietté aucu-
nes choses sur elles, c’est chose diffi-
cile à croire 1.
Aucunes de ces taches sont cura-
bles, les autres non, principalement
1 C'est chose difficile à croire. Ces mots
ne sont qu’une répétition de ce que l’auteur
a dit plus haut; aussi ne les lisait-on pas
dans la rédaction primitive ; et le paragra-
phe se terminait ainsi :
«... Ou qu’on aye ietté aucunes choses sur
elles le le croy tout autant que ce que l’on
raconte de Chypus Roy, lequel ayant par
grande attention veu combattre deux tau-
reaux, il se meit vn iour à dormir, ayant
ceste imagination, à son reueil il se trouua
auoir des cornes de taureau qui lui estoyent
venues à la teste. »
I,a traduction latine, qui a sauté tant de
passages, avait cependant conservé celui-là;
ce qui n’a pas empêché Paré de le retran-
cher en 1585.
celles qui sont fort grandes, ou qui
sont aux léures, nez et palpebres. Et
celles qui sont comme verrues, à rai-
son qu’elles participent de quelque
mauuaise qualité, laquelle s’irrite les
voulant curer, ne doiuent’ estre au-
cunement touchées : car participans
d’vn humeur melancholic, facilement
estans irritées se tourneroient en
chancre, appellé des vulgaires Noli
metangere. Celles qui se peuuent cu-
rer sont petites, et en partie qui peu-
uent permettre d’estre ostées : ce qui
se fera prenant vne aiguille enfilée,
laquelle sera passée au trauers de la
tache, à sçauoir dessous le cuir, à fin
de le leuer en haut pour couper toute
la marque qui est imprimée en ice-
luy : et la playe qui restera, sera trai-
tée ainsi qu’il appartient.
Aucuns m’ont fort loué telle chose.
C’est qu’appliquant par plusieurs fois
du sang menstruel de la femme, ou
bien quelque petite portion des ar-
riere-faix, guarissoit les marques rou-
ges qui ne sont esleuées en tumeur '.
Celles qui sont médiocrement lar-
ges et esleuées en tumeur, ayans poil
comme vne taulpe ou souris, seront
liées selon leur largeur et grosseur,
passant une aiguille au trauers de
leur racine en trois ou quatre en-
droits, plus ou moins 2 , qui est le
moyen de les faire tomber, n’ayant
plus denourrissement et vie: et apres
estre tombées, l’vlcere qui restera
sera guarie : et s’il resloit quelque
chair à consommer, se fera commo-
dément auecques Ægyptiac, poudre
de mercure, et autre. Ou bien si on
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1579.
* C’est là en quelques mots toute la mé-
thode des ligatures mulliples, sur lesquelles
M. Mathias Mayor a écrit de nos jours un
traité d’ailleurs très intéressant.
UE LA. GENERATION.
craint qu elles reuiennent, la racine
n'estant ostée, sera cautérisée auec-
ques vn peu d’huile de vitriol, ou
d’eau fort.
Outre cesdites marques appellées
seings, il s’en trouue d’antres qui sont
de couleur liuide tirant sur le violet,
qui occupent les parties de la face, et
principalement lesléures, faisant tu-
meur molle, laxe, rare, sans douleur,
ayant aux enuirons plusieurs veines
variqueuses. Icelle tumeur, lors que
les enfans crient , et les plus aagés
se mettent en cholere, s’enfle d’un es-
prit flatulent, et pour lors est de cou-
leur diuerse, semblable à celle de
creste de coq d’Inde : le cry et cho-
lere passés, la tumeur s’abbaisse et
esuanouit, demourant comme aupa-
rauant. El à telle tumeur ne faut met-
tre la main.
CHAPITRE XVIII.
DE LA MANIERE D’EXTRAIRE l’ARRIERE-
FAIX APRES L’ENFANTEMENT.
L’arriere-faix a esté ainsi appelle du
vulgaire, parce qu’il vient apres l’en-
fant, et qu’il est un autre faix à la
femme: des autres est appelé le lict ,
parce que l’enfant y est couché et en-
ueloppé, et y demeure : des autres la
deliurance, parce qu’estant hors, la
femme est entièrement deliurée : et
autant qu’il y aura d’enfans, autant
y aura d’arriere-faix séparés l’vn de
l’autre, chose aux matrones digne
d’estre bien notée. Ce qui nous est
demonstré par expérience, en celles
qui ayans enfanté auiourd’huy , et
mishorsleur arriere-faix, ayans deux
enfans, lors qu’elles viennent à en-
fanter, quelque temps apres iettent
vn autre arriere-faix.
68 1
Or iceluy demeure soutient dans la
matrice apres l’enfantement , pour
plusieurs et diuerses causes : comme
par l’imbécillité de la vertu de la fem-
me, pour auoir esté trop agitée et
trauaillée de douleurs pendant le
trauail desonenfantement, ou quele
col de la matrice et autres parties voi-
sines se seront si fort enflées, par long
et mauuais trauail, au moyen de quoy
l’issue se ferme, en sorte qu’il ne peut
estre ietté hors. D’auantage peut de-
meurer à raison qu’il est entortillé
et reployé dedans la matrice, ou s’il
est demeuré à sec, à cause des eaux
qui auront esté euacuées plustost
qu’il n’estoit besoin , par quoy les
voyes ne sont si glissantes et coulan-
tes: ou qu’il est encore attaché à la
matrice , par la liaison et embou-
cheure des veines et arteres qu’on
nomme Cotylédons1: ce qui se fait
volontiers aux femmes qui auortent.
Car tout ainsi que nous voyons les
fruits des arbres, lesquels ne sont en-
core en parfaite maturité, plus diffi-
cilement tomber que ceux qui sont
du tout meurs, et lors qu’ils sont en
parfaite maturité , tombent d'eux-
mèmes: ainsi est-il de l’arriere-faix,
lequel se séparé de contre la matrice,
quand l’enfant est à son terme pre-
fix. D’auantage quelquesfois aduient
(ce que i’ay veu) qu’il ne peut nulle
ment estre tiré dehors pource qu’il
sera demeuré trop long-temps en la
matrice, et que la femme se sera te
nue descouuerte, de façon que l’air
sera entré en la dite matrice, qui aura
esté cause de faire grandement enfler
le col et corps d’icelle 2.
1 Ces mots : qu'on nomme Cotylédons,
manquent dans toutes les éditions faites
du vivant de Paré, et ont été ajoutés dans
la première édition posthume.
’ Cette dernière phrase : D’auantage quel-
682 LE DIX-HVITIÉME LIVRE
Et là où il ne seroit séparé de soy-
mesme, et demeurast en la matrice,
il suruiendroit à la mere plusieurs
accidens, comme suffocation de ma-
trice, ne pouuant auoir son haleine,
au moyen de la putréfaction qui se
fait en peu de temps, parce qu’il s’e-
leue plusieurs vapeurs corrompues et
putrides qui montent au cœur et au
cerueau. Parquoy ladite mere tombe
souuentesfois en défaillance de cœur,
et quelquesl'nisest suffoquée, et rend
l’esprit : pour cesle cause le faut ex-
traire subit que l’enfant est sorti, en
le tirant par le nombril, appellé petit
boyau.
Et où il ne pourroit estre ainsi ex-
trait, faut situer la femme comme si
on vouloit tirer l’enfant mort ou vif,
lors que nature de soy ne le peut
faire: dont la sage-femme mettra sa
main doucement dans la matrice,
ointe d’huile, ou de quelque axonge,
et suiura ledit nombril, qui lui ser-
uira de guide pour prendre l’arriere-
faix, et le séparera, s’il est encor ad-
hérant contre le fond de la matrice,
auec les doigts, le tournant de costé
et d’autre : et le tirera hors tout dou-
cement, et non par violence, comme
font les folles et idiotes matrones, de
peur de tirer quant-et-quant le corps
de la matrice, et la déprimer de son
propre lieu, dont puis apres plusieurs
accidens aduiennent, et souuent la
mort1. Carie tirant rudement, on peut
rompre et dilacerer quelques veines,
arteres, ou fibres, et ligaments ner-
ueux, où ladite matrice est liée et at-
tachée , dont le sang sort : et estant
sorti de ses propres vaisseaux , se
quesfois aduient , etc., n’est pas dans l’édition
de ) 573 ; c’est une addition de 1575.
1 Hippocrates Aph. G. 1. 5. — A. P. —
1573.
corrompt et putréfié, cause inflam-
mation, aposteme, gangrené, et par
conséquent la mort : ou pour le moins
(pour auoir tiré et rompu les liga-
rnens) aduient que la matrice tombe
entre les iambes de la femme, qui luy
est vne peine et douleur inestimable,
de quoy nous parlerons cy apres. Et
si lasage-femme trouue en tirant l’ar-
riere-faix quelque thrombus ou sang
caillé, il faut qu’elle le tire hors, et
aussi qu’il ne demeure aucune por-
tion dudit arriere-faix : quelquesfois
la femme le iel le quelque temps apres
par sa nature en pourriture, qui ne
se fait sans grands accidens.
On aide à l’expulsion d’iceluy par
sternutations et fomenlalions faites
au col de la matrice de choses aro-
matiques, et par iniections de choses
glaireuses et remollientes : d’auan-
lage les senteurs félidés seront admi-
nistrées par la bouche, et autres cho-
ses qui prouoquent les mois, et prin-
cipalement vne décoction faite de
artmiisii et baecis lauri , auec vin
miellé, ou demie drachme de poudre :
de sauinier donnée à aualler à la pa-
tiente : semblablement les cheueux
de la femme bruslés et puluerisés
sont profitables, les luy faisant boire
auec du vin.
CHAPITRE XIX.
CE QV’ON DOIT BAILLER A L’ENFANT PAR
LA BOVCUE DEVANT QVE LVY DONNER
A TETER.
On doit frotter la bouche et le pa-
lais de l'enfant auec vn peu de thé-
riaque et de miel, ou d’huile d’aman-
des douces tirée sans feu, luy tenant
la teste esleuée, à fin qu’il en aualle
DE LA GENERATION.
683
quelque peu : car alors sortent de sa
bouche quelques humidités, et quel-
ques fois cela esmeut l’estomach à
vomir les superfluités qui y sont, les-
quelles est bon de mettre hors : car
non seulement on pense que l’enfant
aye des superfluités à la bouche, pa-
lais et gorge, mais il est à croire qu’il
en a encore plus en l’estomach, et
mesme aux intestins. Parquoy est bon
de bailler les choses susdites deuant
que de le faire teter, de peur que le
laict ne se mesle auecques telle or-
dure, et soit corrompu, et qu'il ne
s’esleue quelques vapeurs mauuaises
au cerueau , qui pourroient beau-
coup nuire à l’enfant.
Or que l’enfant nouuellement né
n’apporte du ventre de sa mere beau-
coup de superfluités, on le voit ocu-
lairement par les excremons qu’il
iette des intestins auparauant qu’il
ait iamais teté, ny pris aucunes cho-
ses par la bouche, qui sont de diuer-
ses couleurs, à sçauoir, cilrines, ver-
des, noires comme encre, et autres
couleurs. Parquoy pour vuider telles
superfluités des intestins, et garder
qu’elles ne causent des tranchées, es-
tans retenues, il est besoin donner à
l’enfant vn peu de syrop de roses laxa-
tif1, ou du theriaque, ou du miel le
gros d’vn pois chiche, ou demie cuil-
lerée d’huile d’amandes douces tirée
sans feu, auec vn peu de sucre et eau
de vie.
Et auant que l’enfant tete, il sera
bon luy faire rayer vn petit de laict
en la bouche, à lin que les fibres de
l’eslomach s’exercent peu à peu à ti-
rer le laict.
■ Le chapitre se terminait ici dans les deux
éditions de 1673 et 1676 ; le reste est de 1679.
CHAPITRE XX.
DE L'ELECTION ü’VNE BONNE N0VP.R1CE 1 .
Il faut à présent parler de l’election
d’vne bonne nourrice pour allaicter
et alimenter l’enfant, qui se fera tou-
tesfois de la propre mere s’il est possi-
ble, plustost que d’vne estrangere :
car puis qu’il est ainsi que l’enfant,
estant au ventredelamere,est nourri
du sang d’icelle, et que du sang est
fait le laict aux mammelles, vérita-
blement le laict de la mere sera plus
propre que nul autre , parce qu’il
est plussemblable à la substance dont
il esloit nourri dedans le ventre de
sa mere. Tou tesfois ne luy donnera à
teter dés les premiers iours apres
qu’elle sera accouchée, iusques à ce
qu’elle soit bien purgée de ses vui-
danges, et ce pendant se fera teter
par quelques vns, à fin que son laict
soitpurifié. Car és premiers iours elle
est encore esmeuë et altérée, à cause
de l’enfantement : aussi que son laict
a demeuré long temps croupi aux
mammelles, dont il pourroit estre
trop espais et caillebotté, et aucune-
ment altéré et corrompu, ainsi que
par sa substance grossière, qualité
excessiuement chaude, et couleur ci-
trine, est aisé à iuger : toutes lesquel-
les alterations ne prouiennent au
laict que de la douleur qu’a enduré la
mere en l’enfantement.
Parquoy les femmes qui veulent
estre nourrices de leurs enfans , se
1 Valambert au lib. De la maniéré de
nourrir les enfans. — A. P. — Celte citation,
placée à la marge et en tête du chapitre
dans les éditions de 1673, 1676 et 1679, avait
disparu à partir de celle de 1585.
LE DIX-HVITIÉME LIVRE
684
(loiuent aux premiers iours faire te-
ter par quelque pauure fille, à fin
que le laict mauuais soit euacué, et
le bon soit de nouueau engendré : et
par ainsi en quelque temps que la
mere sera mal disposée, ne doit al-
laicler son enfant iusques à ce qu’elle
soit bien restituée en bonne disposi-
tion, et bien purgée de ses vuidanges,
de peur d’infecter l’enfant, et ne luy
soit communiqué semblable disposi-
tion qu’auroit la mere, comme fiéure,
flux de ventre, et autres, qui seroit
cause de le faire mourir, ou luy im-
primer quelque grande maladie ,
comme tranchées, epilepsie, aposte-
mes, et autres indispositions 1 : mes-
mes les mœurs de leurs nourrices,
ioint qu’elles les peuuent changer à
d’autres enfans, ce qu’on aveu. Et
pour ce ie suis d’aduis, et conseille
auxmeresd’allaicter et nourrir leurs
enfans, non seulement à raison qu’ils
ne changent de nourrissement, mais
aussi d’autant qu’elles en ont plus
grand soin et sollicitude. Marc Au-
1 L’édition de 1573 disait : et autres dis-
positions; ce qui pour le sens revient au
même. Mais après ces mots elle passait im-
médiatement au petit paragraphe terminal :
Et s’il aduient , etc. En 1575, après ces
mots: et autres indispositions , l’auteur pas-
sait à la phrase suivante : et pour ce ie suis
d’aduis, etc., laquelle se continuait ainsi :
« D’autant qu’elles en ont plus grand
soin et sollicitude : ce qui nous est manifeste
és bestes brutes : telles choses se voyent aux
poulies, lesquelles ont vn soin incroyable de
leurs petits, osants assaillir et combattre
hardiment pour leur tuition, contre les bra-
ues et farouches animaux, qui auparauant
les fuyoyent et redoutoient, exposants leur
vie pour les garder et conserucr. »
Après quoi venait la dernière phrase du
chapitre : et s’il aduenoit, etc. Le texte actuel,
avec ce passage retranché et quelques au-
tres ajoutés, date de 1579.
rele, empereur romain, dit que les
femmes doiuent nourrir et allaicter
leurs enfans, à fin qu’elles soyent
meres enliereset non imparfaites: car
la femme est moitié mere pour l’en-
fanter, et moitié pour la nourriture
de son fruit , de maniéré que la femme
se peut appeler mere entière, lors
qu’elle a enfanté et nourri son en-
fant du laict de ses propres mam-
melles. Car les nourrices n’aiment les
enfans d’autruy que d’vne amour
supposée, et pour vn loyer merce-
naire : mais les meres les nourrissent
par vne amitié et grande affection
naturelle. Parquoy elles nourriront
leurs enfans elles-mesmes s' elles peu
tient, et que leurs maris le veulent
souffrir.
Et s’il aduient quelamerenevueille
ou ne puisse nourrir son enfant, alors
on luy choisira vne bonne nourrice.
CHAPITRE XXI.
DE OVELLE OVALIïÉ DOIT ESTRE
CHOISIE LA NOVRRICE.
Pour bien choisir vne bonne nour-
rice, faut qu’elle aye enfanté deux ou
trois enfans, d’autant que les raain-
melles qui ont esté pleines, ont les
veines et arteres qui sont en icelles
plus grosses et dilatées, partant con-
tiendront du laict d’auantage : et puis
faut considérer ces choses qui s’en-
suiuent, à sçauoir, l’aage, l’habitude
du corps, les mœurs, la forme des
mammelles etmammelons, la nature
du laict, la distance du temps qu’elle a
enfanté, le sexe de son dernier enfant :
et qu’elle ne soit point enceinte *, et
1 L’édilion de 1573 ajoutait seulement :
Sans aucune note de lepre, et finissait ainsi
le chapitre. Elle avait de plus en note mar-
DE LA GENERATION.
685
qu’elle soit saine, sans aucun soup-
çon de lepre ou de verolle : pource
que c'est vne reigleinfaillible, que du
laict que l’enfant lete, dépend toute
santé corporelle de la vie de l’enfant.
CHAPITRE XXII.
de l’aage de la novbrice.
La nourrice ne doitestre plusieune
que de vingt-cinq ans, ne plus vieille
que de trente-cinq, parce que l’espace
de temps qui est en Ire-deux est l’aage
de vigueur, d’autant qu’il est plus
lemperé et plus sain que les autres
aages, parce qu il n’abonde de super-
fluités d’humeurs : d’autant aussi que
le corps ne croist plus, de tant est-il
plus abondant en sang. Mais au des-
sous de vingt-cinq ans le corps croist
encores, parquoy elle n’a pas le nour-
rissement ny le sang si parfait : et de-
puis trente-cinq ans les mois cessent
à beaucoup, ou bien elles en ont peu :
et partant cela monstre qu’elles ont
moins de nourrissement , et moins de
bon laict pour allaicter l’enfant.
CHAPITRE XXIII.
DE l’iIABITVDE DV CORPS DE LA
N0VRR1CE.
Il faut que la nourrice soit de bonne
habitude, et bien saine, bien quarrée
ginale : Neuf choses à considérer pour l'elec-
tion d'vue bonne nourrice. En 1575 Paré
ajouta : aussi qu’elle ne soit touche , et dès
lors la note marginale portait ; Dix choses
à considérer, e le. Enfin, en 1579, le texte fut
complété et modifié comme on le lit ici; et la
note marginale est toujours restée la même.
de poitrine, et bien croisée d’espau-
les *, ayant bonne etviue couleur, ny
trop grasse ny trop maigre, la chair
non mollasse, mais ferme, à lin qu’elle
soit plus robuste à veiller et trauail-
ler à l’entour de l’enfant. Et qu’elle
ne soit rousse, aussi qu’elle aye le vi-
sage beau 2, et qu’elle soit brunette,
parce que le laict est meilleur que
d’vne blanche : caries brunes sont de
température plus chaude que les
blanches: partant la chaleur digéré
et cuit mieux l’aliment, dont le laict
est rendu beaucoup meilleur. Ce qui
se prouue par Sexte Cheronese, le-
quel au liure de la nourriture des
enfans dit : qu’ainsi que la terre noire
est plus fertile que n’est la blanche ,
par semblable la femme brunette
porte tousiours le laict plus substan-
tieux.
On doit regarder à sa teste si elle
n’a point de ligne, ou autre mal : si
aussi elle a les dents gastees, et si elle
al’haleine forte : qu’elle n’aye point
vlceres sus son corps, ou quelques
autres dispositions comme de race
de gouteux ou lepreux : d’auantage
qu’elle soit habillée honnestement.
1 Ce membre de phrase : Bien quarrée de
poitrine, et bien croisée d’espaules, ne SC lit
pas en 157-3, et a été ajouté en 1575. Du
reste le 251, chapitre recommandait déjà
auparavant cette largeur de poitrine.
! L’édition de 1573ajoutail : F.t non louche.
En 1575 Paré reporta cette condition à la fin
du chapitre 21 (voyez la note 2 de la page
précédente), et enfin en 1579 il l’effaça de
ces deux endroits, attendu qu’il avait traité
cette question fort largement dans son cha-
pitre 28. En revanche, dans cette édition
de 1579, le paragraphe a été allongé de tout
ce qui suit ; et notamment enrichi de la ci-
tation de Sextus Cheronese, c’est-à-dire
Sexlus de Cberonée, le neveu de Plutarque.
686
LE DIX-HVITIÉME LIVRE ,
= 1 1 ■■■ -- ' ~ commencement ne s’abreuue de fo-
lie, et de manu aise opinion. Et aussi
CHAPITRE XXIV. conseille sagement le poëte Phocyli-
des, quand il dit :
DES MOEVRS DE LA NOVRP.ICE.
Elle doit estre diligente et non fe-
tarde 1 à tenir l’enfant nettement,
chaste, sobre, ioyeuse, chantant et
riant à l’enfant, l’aimant comme le
sien mesme, et plus s’il est possible :
aussi faut qu’elle parle et proféré bien
sa parole, d’autant que l’enfant ap-
prend à parler par sa mere nourrice :
semblablement qu’elle soit sage, et
bien moriginée 2 : car l’enlant ne tire
tant du naturel à personne, apres le
pere et la mere, que de sa nourrice,
à raison du laict qu’il tete. Ce qui est
conneu par expérience des petits
chiens quiserontallaictésd’vnelouue
ou d’vue lionne, lesquels seront plus
furieux, hardis et mauuais : au con-
traire on apprivoise les petits lion-
ceaux et leopars, les faisant nourrir
de laict de chéure ou de vache. D’a-
uantage les petits agnelets qu’allaic-
tera vne chéure, auront leur laine
plus dure: au contraire les chéureaux
qu’allaicte une brebis, auront leur
poil plus mol 3 : l’agneau qui aura
teté une chéure, n’aura pas seule-
ment la laine plus dure, mais aussi
sera plus farouche que ne porte son
naturel. Platon admoneste les nour-
rices de ne compter pas in lifferem-
ment toutes sortes defablesaux petits
enfans, de peur que leur ame dés ce
• Non feiarde, non négligente. L’édition
latine traduit : Diligensque in puera nilid'e cl
mandé lenendo.
2 L’édition de 1573 disait : Fa bien mori-
gerêe , du latin morigeraia. Ce mot a été
changé dès 1575; l’édition latine traduit :
JBene morala sic.
3 Le paragraphe s’arrêtait ici en 1573; le
reste est de 1579.
Dés que l’homme est en sa première enfance,
Monstrer luy faut du bien la connoissance.
Parquoy ie conseille qu’on regarde
bien à eslire vne nourrice , et qu’elle
ne soit gloutte 1 , ne adonnée au vin ,
non seulement parce que plusieurs
s’estans endormies allailans l’enlant,
l’ont suffoqué de leurs mammelles :
ce que i’ay vcu trop souuent aduenir
en cesle ville de Paris2 : mais par-ce
que quasi auec le lait les mœurs et
vices de la nourrice influent dans les
enfans. D’auanlage ne doit que rare-
ment coucher auec les hommes3,
pour plusieurs raisons : car première-
ment le coït trouble son sang, par
conséquent le laict : secondement il
diminue la quantité du laict, par-ce
qu’il prouoque les fleurs, en diuer-
tissant par le moyen du coït le sang
des mammelles à la matrice , qui est
l’ vne des principales causes qui altéré
et corrompt le laict : carie coïtesmeut
le sang menstruel, le fait sortir et
changer de situation : tiercement il
engendre mauuaise odeur au laict et
qualité vitieuse, lelleque noussenlons
exhaler des corps de ceux qui sont en
rut et eschauffés en l’amour et acte
1 Glouiie, gloutonne, gourmande.
2 C’était là la seule raison qu’il donnait
en 1573, mais déjà appuyée de son expé-
rience; le reste de la phrase a été_ajouté
en 1575.
3 A partir de l’édition de 1585, la phrase
commence ainsi : D’auanlage on ne doit, elc.
Cet on est évidemment de trop; car il ne
s’agit pas d’une personne indéterminée,
mais de la nourrice; et j’ai suivi le texte
plus pur des trois éditions antérieures.
DE LA GENERATION.
venerien 1 : la quatrième raison ,
c’est que le coït est queiquesfois cause
d’en grossir la nourrice, dont il ad-
uient double inconuenient, l’vn à
l’enfant qu’elle nourrit , l’autre à
l'enfant qu’elle a dans le ventre : car
le meilleur sang abandonne les mam-
melles, estant attiré à la matrice
pour nourrir et augmenter l’enfant
qui est conceu, et le pire se retire aux
mammelles , duquel est fait le laict
pour la nourriture de l’enfant nour-
riçon, lequel se corrompt et diminue.
Parquoy l’enfant qui est au ventre
de la nourrice ne prend suffisante
nourriture , et l’enfant qui est au
dehors en prend de mauuaise2.
Les petits enfans se delectent à
voir choses belles et luisantes , par-
tant ils regardent volontiers le feu et
les chandelles allumées, et autres
choses qui flamboycnt : et à ouïr pa-
roles flateuses et qui les amignardent,
tellement que les plus criarts et dif-
ficiles à appaiser se taisent oyans
chanter, et lorsqu’on présente deuant
leurs yeux choses luisantes. Car ils
craignent l’obscurité , et ne veulent
nullement voir choses laides et hi-
deuses. Parquoy quand quelque
femme vieille , laide, et ridée porte
vn petit enfant entre ses bras , si tost
qu’il la voit, tressailli tout pleurant:
au contraire , là où ce sera quelque
belle femme et proprement habillée
qui s’approchera , lors luy tendra les
bras, pour aller vers elle. Parquoy
il ne faut qu’vnenouirice soit triste et
mélancolique, mais belle , gaillarde,
chantant volontiers, bien habillée,
1 Ces mois : telle que nous senlons, etc.,
sont une addition de 1575.
1 Ici se terminait le chapitre dans ies trois
687
et qu’elle aime (comme il a esté dit)
son nourriçon comme le sien propre.
CHAPITRE XXV.
DES MAMMELLES ET DE LA POITRINE
DE LA NOVRRICE.
Elle doit auoir la poitrine large,
et les mammelles assez grosses , et
non lasches et pendantes, moyennes
entre dures et molles : car celles qui
ont une moyenne fermeté , digèrent
mieux le laict de leur chaleur natu-
relle , laquelle est tousiours plus
forte en vne chair ferme , pleine de
veines et arteres , apparentes par de-
hors, qu’en vne chair lasche et mol-
lasse : celles qui ont vne moyenne
grosseur, comprennent le laict suffi-
samment pour le nourrissement de
Tentant : et celles qui sont dures et
serrées , ont le laict quasi eslouffé :
parquoy il fine difficilement quand
l’enfant le succe et tire. D’abondant
l’enfant imprime le bout de son nez à
la mammelle : la trouuant trop dure
se fasche , et ne veut leter, et quei-
quesfois en dénient camus : et aussi
les molles et lasches n’ont point la
vertu lacliüante assez forte. Pareil-
lement les bouts des mammelles ne
doiuent estre cachés ne retirés au
dedans, par-ce que l’enfant 11e les
pourroit succer qu’à bien grande
peine: ny trop gros, à raison qu’ils
rempliroient la bouche de l’enfant,
qui seroit cause qu’il ne pourroit
bien aualler ».
éditions de 1573, 1575 et 1579; le dernier
paragraphe est de 1585.
1 Cette fin de phrase : ny trop gros, etc.,
a été ajoutée en 1579.
688
LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
CHAPITRE XXVI.
DE LA NATVRE DV LAICT DE LA NOVRRICE.
On fait iugement du bon laict, à la
quantité1, à la qualité, à la cou-
leur, à l’odeur, au goust.
A la quantité : le peu de laict, outre
qu’il ne suffit pas pour nourrir l’en-
fant , aussi ne peut-il pas estre guere
bon , parce qu’il demonstre le tem-
pérament trop chaud et trop sec :
aussi la trop grande quantité n’est
pas bonne , tant pour la nourrice
que pour l’enfant , de crainte qu’il ne
se caillebotte et corrompe aux mam-
melles. Toulesfois il vaut trop mieux
qu’il y enaye trop que trop peu : car
elle en peut espancher quelque quan-
tité deuant qu’en donner à l’enfant.
De la substance: le laict qui est
entre subtil et gros et blanc , signifie
que la vertu lactifiante a pleine do-
mination en la digestion du laict, et
par conséquent que le laict en est très
bon. Or pour le connoistre il en faut
tirer une goutte dessus l’ongle , de la
mammelle , et s’il coule et s’espand
sans branler l’ongle, c’est signe qu’il
est aqueux, non suffisant pour nour-
rir : au contraires'il ne coule pointen
baissant l’ongle , il est trop gros et
gluant : mais s’il demeure ferme sans
incliner l’ongle, et en le penchant il
coule tout bellement, c’est signe qu’il
est bon.
On peut iuger le laict pareillement
1 On lit dans les éditions posthumes • A
la quantité ou substance, à la qualité, etc.
Évidemment la substance se rapporte à la
qualité, et c’est bien ainsi que l’auteur l’a
entendu dans le reste du chapitre. J’ai donc
supprimé ces deux mots, ou substance, qui
n’existent dans aucune des éditions faites
du vivant de l’auteur.
estre bon par sa couleur, par ce que
ledit laict n’est autre chose qu’vn sang
blanchi : et celuy qui est fait d’vn
sang temperé, est tout blanc, et celuy
qui est d’autre couleur se doit rciet-
ter : car s’il tire sus le brun , c’est
signe qu’il est procréé desang mélan-
colique : et s’il est verdoyant , signi-
fie adustion : et s’il est aucunement
citrin, c’est signe qu'il est cholé-
rique : et s’il est rubicond, c’est signe
que la verlu digestiue lactifiante est
debile C Icy nous deuons bien admi-
rer la prouîdence de Nature, d’a~
uoir ainsi transmué le sang en cou-
leur blanche par la vertu lactifiante
des mammelles : car si elle se fust
oubliée (ce que iamais n’a fait) de
laisser couler le sang en sa substance
et couleur rouge , la femme nourrice
eust eu en horreur de voir ainsi es-
pandre son sang : et aussi cela eust
esté odieux à l’enfant de le succer
pur et rouge de la mammelle , ioint
que nous n’eussions point eu de
beurre ny fromage. Pareillement
les assislans eussent abhorré de voir
la bouche de l’enfant et tetins de la
mere sanglants : bref Dieu a fait tou-
tes ses œuures par vne très grande
sagesse. C’est ce que chante ce grand
Prophète du Ciel 2 :
En tout se voit ta grand’vertu parfaicte,
Iusqu’à la bouche aux enfaus qu’on allaicte :
Et rends par là confus et abbatu
Toutennemy, qui nie ta vertu.
Et quant à l’odeur, elle doit estre
douce et suaue et non autre : car s’il
estoit de mauuaise odeur, comme
1 L’édition de 1673 arrêtait ici ce para-
graphe, et passait immédiatement à l’odeur
du lait; ce qui suit a été ajouté en 1675, à
l’exception des quatre vers du psaume, qui
n’ont pris place que dans l’édition de 1585.
’ Ps. 8. — A. P.
689
DE LA GENERATION.
d’eschauffaison , c’est signe de cha-
leur superflue et de sang aduste,
comme volontiers on voit celuy des
femmes rousses : s’il sent l’aigre , il
demonstre l’humeur melancholique.
Et quant au goust, il doit estre
sucré, et ne faut pas qu’il soit amer,
ny salé, ny aigre, ny styptique, c’est à
dire de haut goust , comme verjus.
CHAPITRE XXVII.
de la distance dv temps qve la
NOVRR1CE A ENFANTÉ, ET DV SEXE
DE SON ENFANT.
La nourrice doit estre cinq ou six
iours 1 apres qu’elle a enfanté deuant
que donner à teter à l’enfant , poul-
ies raisons qu’auons dites cy dessus ,
aussi d’autant qu’elle demeure long
temps au lit sans faire nul exer-
cice : parquoy se fera teter, ou soy-
mesme se tetera auec vn instrument
de verre que nous déclarerons cy
apres , et en donnerons le portrait.
Si la nourrice a enfanté vn masle
dernier, son laict est plus à louer, par-
ce qu’elle a son sang plus elabouré ,
et par conséquent moins excremen-
teux, dont le laict qui en sera engen-
dré sera meilleur : car l’enfant masle
estant au ventre de sa mere, l’es-
chauffe de sa chaleur naturelle plus
qu’vne femelle, ce qui se connoist
par expérience , que la femme grosse
d’vn masle se porte mieux coustu-
mierement , ioint aussi qu’elle est
mieux colorée. Aussi faut que la
nourrice aye porté son enfant à
terme: car 1’auortenaent fait de cause
interne demonstre qu’il y a quelque
vice au corps.
1 En 1573 Paré avait dit quinze ou vingt
iours, il a changé d’avis et de texte en 1579.
II.
CHAPITRE XXVIII.
DV REGIME DE LA NOVRRICE , ET COMME
ELLE DOIT COVC1IER L'ENFANT1.
On doit auoir soin au régime de la
nourrice, soit au manger et boire,
dormir et veiller, exercice et repos,
et les diuersifier selon la disposition
et habitude de l’enfant : comme s’il
est trop chaud , doit vser de régime
réfrigérant, et ainsi des autres tem-
pératures : et vsera de viande de bon
nourrissement, en quantité mesurée,
et doit euiter le mauuais air, et s’ab-
stenir de coucher avec les hommes,
pour les raisons susdites : elle eui-
tera toutes viandes qui escbauffent le
sang, comme espisseries, pâtisseries,
saleures, moustarde, vins forts et sans
eau, et sur tout aussi la cholere, et
toutes choses qui brûlent le sang2.
Toutes nourrices doiuent vser de mé-
diocre exercice, et plus s’exercer les
parties hautes que les basses, à fin
que l’attraction y soit plus forte.
Quand la nourrice couche l’enfant
en son petit berceau, sa teste doit
estre mise plus haute que le reste du
corps, afin que par telle situation les
superfluités du cerueau descendent
plus aisément vers les parties basses.
Et le faut lier et bander en son petit
grabat de si bonne façon, que son col
et son dos ne soyent aucunement
courbés 3. Et pour luy faire venir le
1 Dans l’cdition primitive de 1573, ce cha-
pitre était fort court, et s’intitulait seule-
ment: Du régime de la nourrice. Il a étendu
son cadre et son titre à partir de 1575.
2 Ici finissait le chapitre dans l’édition
de 1573.
3 II y a ici dans toutes les éditions pos-
thumes une faute d’impression qui entraine
un complet contre-sens. On lit Que son col
44
690 le DIXtIÏVJTIEME livre,
sommeil, on Je bercera doucement
d’vn mouuement égal, et non point
fort : car le fort et inégal esmeut le
laiçt qui est en l’estomach, empesche
la digestion, trouble et estonne le
cerueau,et souuent le fait vomir1.
Et po.ur l’engarder d’être courbé, il
est bon de lç çoucher droitement sur
sou dos, et non sur les çoslés : prin-
cipalement durant le temps qu’il tete,
et n’vse point encore de viandes so-
lides, et n'est pas encore fortifié ny
ses os asse? endurcis : parce que l’çs-
pine du dos est soustepement de tout
le corps comme la carine de toute la
nauire, et est plus seur que tous les
autres os, sur lesquels l’enfant s’ ap-
puyé en dormant, comme sus vn fon-
dement qui est fort. S’il esloit çouché
sur les costés, l’vn costé ne pourroit
SOUS tenir l’autre parce que les costes
sont encore bien menues , laxes et
molles : et partant il y auroit danger,
couchant longuement l’enfant dessus
l’vn des costés, d’encourir- en con-
torsion de l’espine du dos, et deuenir
bossus : parce que les costes sont
ployables , à canse de leur mollesse,
et les ligantens qui les lient sont en-
core taxes et mois, comme nous avons
dit. Pendant donc le temps que l’en-
fant tete, et iusques à ce que les dents
commencent à sortir, et n’vse de nour-
rissement plus solide que le laict, il
doit estre couché sur son dos : mais
et \oit don sçijeni aucunement courbez. La né-
gation que j’ai rétablie existe dans toutes
les éditions du vivant de l’auteur, et donne
le véritable sens ; tandis que sa suppression
laisserait un précepte tort dangereux. Du
reste, Paré va revenir dans un moment sur
ce sujet.
1 Cette phrase tout entière : Et pour luy
faire venir le sommeil etc., coupe assez mal
à propos le texte qui a rapport à la position
de l’enfant. LUea été intercalée en 1585.
lors qqe s.es membres deuiennent plus
forts , et ses os plus durs , doit estre
couché tour à tour sur vn costé, puis
sur l’autre, et quelquefois sur le dos :
et tant plus il se fortifiera et croistra,
tant plus sera couché sur les costés.
11 faut aussi que la nourrice aye
çsgard à la situation, de l’enfant, qu’il
aye la lumière de ligne droite, autre-
ment il serait louche. La raison est
que noslre œil est vne substance de
sa nature pellucide et lumineuse :
dont aduient que pour ce respect il
cherche tousiours la lumière, abhor-
rant les tenebres, comme chacune
chose naturellement se delecte de son
semblable, et fuit son contraire. Par-
quoy si d’ordinaire l’enfant est telle-
ment situé dans son berceau, qu’il
n’aye la lumière opposite directement
à soy, il est contraint de la chercher
à costé : dont aduient que se virant
et contournant à costé, prend vn ply,
lequel il ne peut aisément laisser par
apres • pour laquelle mesmc raison
les nourrices instruites par expé-
riences des inconueniens qu’elles en
ont veu suruenir, comment la teste
de leurs nourriçons couchés dans te
berceau d’vn archet d’osier, et un
linge par dessus, à fin que la veuë de
l’enfant soit arrestée, laquelle autre-
ment se contournant vers tous les
obiets circonuoisins , lui rendroit la
veuë farouche, esgarée et louche.
La nourrice louche ne peut regar-
der son enfant sinon que de costé : de
là vient que l’enfant, comme en toute
sa substance, ainsi en son œil estant
fort humide, par accouslumance
d’estre ainsi regardé prend aisément
le ply de regarder de costé , lequel
par apres il ne peut bonnement dé-
laisser. La raison est qu’és yeux des
louches, les muscles qui trauaillent le
plus sont les deux qui ameinent les
DE LA GFiypïlATJQN. C91
yeux vers le petit ou grand apgle.
Ceux-cy donc ou ceux-là , par ce
premier ply et continuité d’action
s’estant fortifiés et comme endurcis
(comme toute partie en no.us par son
action se rend plus robuste), les deux
autres muscles antagonistes, c’est à
dire qui leur sont contraires , sont
aisément tirés, et tout l’œil tourné
vers l’angle grand ou petit, selon
que la nourrice sera louche de .ceste
façon ou d’autre : aussi que par le
mouuement continuel le muscle s’es-
chauffe. Et par conséquent le perf
inséré en iceluy se dilate (comme le
propre de la chaleur est d’ouurir et
dilater les conduits), dont adulent
que l’esprit, premier autheurdu mou-
uement, lequel s’espand tant d’un
costé que d’autre indifféremment ,
s’insère és parties lesquelles il trouue
les plus ouuertes, faisant en icelles
principalement le mouuement. Ainsi
voyons-nous les enfans deuenir gau-
chers, lors que s’exercent tousioups
de la main senestre , et la dextre de-
meure oysiue, laquelle par mesme
moyen est moins nourrie, et par con-
séquent plus foible. Que si un homme
ja fait , et ayant accompli ses trois
dimensions, s’accointant d’vn boj
teux, prend et retient ie ne sçay quoy
du train du boiteux : pourquoy le
semblable ne se fera-il aux enfans,
desquels la chair molle et délicate est
prompte à toutes mutations et in-
flexions?
Or iaçoit que la nourrice ne soit
louche, foutesfois ce vice vient aux
enfans héréditairement, ainsique l’on
voit aduenir és bossus et boiteux,
comme nom auons dit cy dessus.
CHAPITRE XXJX.
COMME L’ON DOIT ACCOVSTREP. LA
BOÜILLIE DV PETIT ENFANT,
%
La bouillie est bonne au* petits
enfans, à cause qu’ils ont besoin
d’vne nourriture humide, de gros-
seur conforme au laict , non de .trop
difficile digestion. Lesquelles condi-
tions sont trouuées en la bouillie,
pourueu que la farine de froment
ne soit crue : laquelle on doit mettre
dedans vn pot de lerre neuf, et le
mettre dans vn four, et qu’il y de-
meure tant que le pain met à cuire,
à fin qu’elle ne soit tant visqueuse et
grossière, et aussi que le laict ne cuise
pas si longuement : parce qu’il faut
que pour donner cuisson à la farine,
le^ laict cuise semblablement long
temps 1 : en quoy il perd sa bonté ,
parce que le cuisant beaucoup, sa
substance aqueuse se consomme par
le feu , et engendre gros sang, comme
il se fait par la bouillie lors que la
farine n’est cuite auparauant : car il
perd en cestc façon sa substance de
maigue de beurre 2 : il en reste tant
' Au premier abord , le texte en cet en-
droit peut paraître assez obscur; n’y a-t-il
pas quelque contradiction en effet entre ces
termes : Que le laid ne cuise pas si longue-
ment ; et il faut que le laict cuise semblable-
ment long temps? Mais en y réfléchissant, on
voit ce que l’auteur veut exprimer. Le lait
perd de ses qualités par une longue ébulli-
tion = donc il ne faut pas le faire bouillir
long-temps. Mais une longue ébullition se-
rait nécessaire pour bien cuire la farine;
donc il faut faire cuire celle-ci préalable-
ment; et alors le lait 11’aura pas besoin de
bouillir si long-temps.
2 Les éditions de 1&73 et !575portent : De
692 le dix-hvitieme livre ,
seulement la fromageuse, grosse,
visqueuse, et de difficile digestion,
et par conséquent pesante , et faisant
obstruction és premières veines et
au foye, qui souuent cause quils
ont des tranchées, et qu’il s’engendre
des vers à l’enfant, et des pierres,
et autres mauuais accidens , pour
n’estre ladite farine cuite, et le laict
trop cuit : par quoy ceux qui ont des
enfans y prendront garde, si bon leur
semble. Et ne sert rien d’alleguer
que par expérience quotidiane on
voit plusieurs enfans qui mangent
bouillie sans qne la farine soit cuite ,
et se portent bien : car ie dis que
cela se fait plustost d’auenture, ou
de bonne nature , que de la bonté de
ceste nourriture.
Or on ne luy doit donner boüillie
de dix ou douze iours apres estre né.
Mesme Galien , liure 1. De sanitate
tuenda, veut que les enfans soyent
seulement nourris de laict , tant que
l’on connoistra la nourrice en auoir
suffisamment pour fournir de nour-
riture à l’enfant à mesure qu’il crois-
tra *. Et encore il y a des enfans qui
maifjue et de beurre ; toutes les autres : De
morgue de beurre. Nous avons vu ci-devant
(Voy.lanote 1 delà p. 662), que ce mot tnai-
gue ou megue paraissait signifier une espèce
de sérosité; dans le passageactuel il équivau-
drait à peu près à l’expression moderne de
lait de beurre ; et le sens resterait le môme
avec ou sans la conjonction et. Cependant
l’édition latine l’a conservée, bien que,
comme il vient d’être dit, elle manquât dans
l’édition de 1579 qui a servi de texte au
traducteur. Voici sa version : f^el lac ingé-
rant ( guéri ) porlione suâpingui seu bulyrosâ
et serosâ caslratum.
'• Cette citation de Galien a été ajoutée
en 1575, et cette intercalation rompt le sens.
Ainsi on lit plus bas : El encore il y a des
enfans qui ne la veulent prendre, etc. ; il faut
entendre ceci de la bouillie, et non de la
nourrice ou d’autre chose.
ne la veulent prendre de deux ou
trois mois et plus, et se contentent
du laict, et où on leur en veut bailler,
la reiettent : autres la prennent plus-
tost, qui se fait pour la diuersilé
de leur nature indicible à escrire.
Que s’il aduient que les enfans
ayent le ventre constipé, il faut pren-
dre vne dragme d’aloés, ellebore
blanc et noir de chacun quinze
grains, et le tout puluerisé et meslé
auec suffisante quantité de fiel de
bœuf, et mettre tel remede sus du
coton comme vne boüillie, et de la
grandeur de la paume de la main, et
l’appliquer vn peu tiede sur le nom-
bril : tel remede a pareillement fa-
culté de faire sortir les vers. Que si
leur suruient des tranchées causées
de crudités ( ce qui se connoist lors
qu’ils crient et pleurent fort, el se
tournent d’vn costé et d’autre), il
leur faut appliquer sus le ventre de
la laine auec le suif, trempée en huile
de camomille vn peu chaude '.
Or quelquesfois aduient que l’en-
fant estant ja grandelet, ayant ses
dents incisiues, mord sa nourrice,
dont puis apres est en grande peine,
à cause de l’vlcere qui y demeure.
Et pour la curation d’icelle, doit la
nourrice lauer son tetin auec de l’eau
alumineuse : et parce que le bout de
sa mammelle demeure douloureux,
estant pressé de ses habillements,
aura vn instrument de plomb, fait en
la maniéré d’vn chapeau, lequel sera
percé au bout de plusieurs petits
trous , dans lequel mettra le bout de
son tetin , à fin que son laict puisse
s’escouler, et la sanie de son vlcere :
ioint que le plomb est propre pour la
curation d’icelle.
1 Tout ce paragraphe a été intercalé ici
en 1579. La laine auec le suif signifie ici avec
le suint-, le latin dit lana succidu.
DE LA GENERATION.
Figure d’vn instrument pour mettre le telin
vice ré d'vne nourrice
Au surplus, les nourrices ont qua-
tre moyens de faire taire et appaiser
1 L’histoire des bouts de sein et des ins-
truments destinés à allonger le mamelon a
été traitée avec une érudition remarquable
par M. Deneux ( Mémoire sur les bouts de sein
et mamelons artificiels. Paris, 1S33) ; et je ne
saurais mieux faire que d'analyser la partie
de cette histoire qui va jusqu’à l’époque
de Paré.
C’est dans Lanfranc que l’on trouve la
première mention d’un instrument destiné
à allonger le mamelon. Il recommandait
une cupule de gland ou un instrument de
même forme, dont la face interne, enduite
de térébenthine ou de poix, était appliquée
sur le mamelon; dans le but très probable-
ment de le faire adhérer à cette partie afin
de l’allonger en la tiraillant. Guy de Chau-
liac y appliquait une petite ventouse ou une
cupule de gland préalablement chaullée, ou
bien encore un tube proportionné au vo-
lume du mamelon pour l’allonger par la
succion. Il ne fut rien ajouté à ces données
jusqu’au xvi' siècle ; mais en 1565, Thad-
dæus Dunus, médecin de Locarno dans la
Suisse italienne, revint sur ce sujet dans un
livre publié à Strasbourg sous ce titre : Mu-
liebrium morborum omnis generis remedia ex
Dioscoride , Galeno , Plinio , etc. L’article
qu’il y a consacré est le dernier de son ou-
vrage. En voici l’extrait littéralement tra-
duit par M. Deneux :
« M’entretenant un jour chez une honnête
et pieuse matrone de Locarno, ma compa-
triote, des gerçures si douloureuses des ma-
6g3
leurs enfans : à sçauoir de leur pré-
senter la tette, de les bercer, de les
chanter : et de leur changer de linge
et couches. Or il ne faut les bercer
trop fort , mais bellement , à fin que
le laict qui est en l’estomach par la
grande agitation ne se trouble et
corrompe, ny pour mesrae raison, les
faire sauter trop brusquement. Il est
bon que les enfans crient quelques-
fois : car par ce moyen le poulmonet
la poitrine s’eslargissent d’auantage :
et la chaleur naturelle s’en rend plus
forte, et aussi que le cerueau se purge
melons, elle me parla de la violence du
mal, et me dit qu’elle connaissait un excel-
lent moyen de les prévenir. Voici quel est
ce moyen. On fait avec de la cire pure deux
calices, semblables à la cupule du gland ou
à un dé, d’une grandeur telle qu’ils puissent
recevoir les mamelons. On met dans ces ca-
lices de petites gouttes de résine de sapin,
on les applique sur les mamelons. Pour em-
pêcher les calices de tomber, on a recours à
un bandage artistement disposé pour cet
objet, et qui entoure le thorax. Lorsque par
une cause quelconque la résine disparait,
on la remplace. Il faut porter jour et nuit,
pendant les trois derniers mois de la gros-
sesse, les calices ainsi préparés ; à l’aide de
ce moyen, les femmes qui ont eu des ger-
çures à la suite d’accouchements précédents,
n’en ont plus dans les couches suivantes;
il en est de même de celles qui n’en ont
jamais souffert. La matrone a observé sur
elle-même et sur beaucoup de femmes
qu’on était ainsi constamment préservé des
gerçures des seins. »
« Il suffirait peut-être, ajoute l’auteur,
de porter les calices pendant le dernier mois
de la grossesse : ce serait à l’expérience à
prononcer là-dessus. Je dis cela parce que
beaucoup de femmes, principalement les
grandes dames, supporteraient peut-être
avec peine, soit pour elles, soit pour leurs
maris, que les mamelons fussent recouverts
de résine pendant un temps aussi long. Ce-
pendant si elles avaient éprouvé un si grand
6q4 le DIX-HVïTIÉME livre,
par le nez, yeux, et par la bouche en
pleurant , mouchant et crachant :
mais aussi ie ne loüë pas les laisser
fort crier, de peur qu’ils ne rompent
le procds du péritoine , et que puis
apres il leur fallust couper les testi-
cules pour curer leurs hargnes : qui
ptiis apres degenereroient en nature
féminine J.
tes dents des enfants leur com-
mencent à sortir au septième mois ,
ou vn peu plus tard : et quand elles
mal, elle supporteraient pour en être pré-
servées l’application de la résine, et même
de toute espèce de médicaments de l’odeur
la plus forte, non seulement sur les mame-
lons, mais encore sur toute la surface des
mamelles. »
Un peu avant Thaddæus Dunus , Amatus
Lusitanus avait proposé pour allonger le
mamelon de se servir d’une fiole remplie
préalablement d’eau chaude: la fiole étant
bien échauffée, il fallait la vider et l’appli-
quer sur le mamelon. M. Deneux ajoute que
Paré n'a pas omis de parler de cette fiole ; il
y a ici une légère inexactitude; Paré en fera
mention plus loin au chapitre 35, et figurera
même Un instrument plus spécial nommé
Teline ; mais non point dans le but d'allon-
ger le mamelon ; il s'agira seulementdesucer
le lait pour en débarrasser les mamelles.
Ainsi Paré ne s’est point occupé des moyens
d’allonger le mamelon ; mais c’est à lui
qu'il faut rapporter l’emploi du bout de
sein de plomb pour guérir les fissures. Chose
étrange, il ne songeait à y remédier qu'a-
près le sevrage de l’enfant; et ce n’est que
dans le siècle suivant que Scullet, tout en
copiant la figure de Paré, lui assigna for-
mellement ce nouvel usage : Üt nutrix in-
fantem absquemoleslia laciare possit J’ignore
du reste où Paré avait pris l’idée de son
bout de sein en plomb; il ne semble pas le
revendiquer pour sieh ; et cependant je ne
trouve rien dansRoesslin ni dans Rueff, ni
dans aucun autre auteur contemporain, qui
ait pu le mettre sur la voie.
1 Ce paragraphe a été ajouté seulement
en 1579; celui qui le suit en 1575.
tnencerrf à sortir , ont vn prurit
ou démangeaison aux genciues, qui
cause qu’ils mordent le mammelon
de leur nourricè.
CHAPITRE XXX.
EN QVEL TEMPS IL FAVT SEVRER
l’enfant l.
Quelques vus sont sevrés à dii-
huit mois, les autres à vingt, et le
commun est à deux ans , parce qu’ils
ont leurs dents, par lesquelles Nature
semble demander quelque autre nour-
riture que le laict et bouillie : aussi
qu’ils appetent et désirent les viandes
plus grosses et solides que le laict, et
y prennent plaisir , et les mangent
leur estatit baillées en suffisante
quantité, de sorte qu’il ne leur ést
plus besoin de laict ni de boüillie : la-
quelle, s’ils en mangeoientordinaire-
ment, se corromproit auec la chair et
les autres viandes. Toutesfois on ne
peut certainement designer ne limiter
le temps légitimé du sevrement, pour
la diuersité du temps de la sortie des
dents, ne l’enuie de leur puissance de
manger les viandes : car nous voyons
que les dents sortent plustost aux
vns qu’aux autres. Pafqüoy faut bor-
ner le temps de sevrer l’enfant par
la sortie d’icelles : et ceux à qui elles
1 Tout ce chapitre, sauf une petite phrase,
est entièrement reproduit d’âprés l’édition
de 1573. Je dois noter Cependant qU’alorS
ICS mots seürer, seui-ement étalent écrits pâr
un u ; tandis que dans les éditions de 1575,
1579, 1685, et enfin dans celle de 1698, la
dernière qui fasse autorité pour nous, l’a a
été constamment remplacé par le t. On
comprend que je me suis empressé de suivre
cette dernière orthographe.
DE LA GENERATION* 6q5
mettent plus long-temps à sortir ,
doiuent mettre pareillement plus
longtemps à estre sevrés : et ceux à
qui plustost elles sortent, seront aussi
plustost sevrés : pour autant que l’in-
tention pour laquelle Nature a pro-
duit des dents, c’est le brisement et
mastication des viandes, pour les pré-
parer et rendre plus faciles à la di-
gestion. Et aussi semble que quand
elles sont sorties, Nature incite l’esto-
mach de l’enfant à appeter le pourris-
sement qui se doit mascher et briser
par icelles : partant elles ne sont pro-
duites sans cause : et ne leur faut bail-
ler aucune viande que première-
ment leurs dents ne soient sorties :
car si plustost on les sevre, Auicenne
dit que cela seroit cause de plusieurs
maladies, pour la mauuaise digestion
et corruption qui s’ensuiuroit , qui
pourroit estre cause de mort.
Les deux ans accomplis, ou plustost,
si on voit que l’enfant aye affection
de prendre autre viande que le laict,
et s’il la mascbe bien et digéré , et
lors que nous verrons qu’ordinaire-
ment il appete et demande à manger
de la chair, ou autres bonnes viandes
plus solides que le laict, et aussi qu’il
s’en degouste , nous deuons croire
que cela ne luy vient pas d’vne vo-
lonté ou fantasie, mais d’vn instinct
de Nature, qui raisonnablement l’in-
cité à cela : parquoy lors on le doit
asseurément sevrer , et luy donner
viandes plus solides que le laict et
bouillie, Les enfans qui tetent trop
long-temps , en sont rendus effémi-
nés, lasches et mois Aussi si on voit
le contraire , qu’il n’aye point enuie
de viandes solides , et n’y prend plai-
1 Cette courte phrase : Les enfans qui
etent trop long temps etc., a été ajoutée
en 1585.
sir, et les masclie et aualle contre son
cœur, encore qu’il eust deux ans , et
ses dents , nous le laisserons encor
sans le sevrer : parce que la viande
prise contre son gré ne se digéré pas
bien , et se corrompt non seulement
aux enfans , mais à toutes personnes,
dont s’ensuit plusieurs maladies ,
comme nous auons dit. D’auantage
faut auoir esgard à la disposition de
son corps, pour sçauoir s’il est temps
de le sevrer : car s’il est maladif,
comme tautost sain , tantost malade,
lors on ne le doit sevrer , parce qu’il
ne mange pas suffisamment , à cause
de sa débilité.
Et lorsqu’on le voudra sevrer, la
nourrice ne luy donnera sa mammelle
tant souuent qu’elle auoit de cous-
tume, et ainsi peu à peu sera sevré : et
mettra dessus son tetin quelque
chose amere , comme aloés , ou eau
en laquelle on aura fait tremper co-
loquintes, ou absinthe, ou autre
chose semblable , ou bien vn peu de
moustarde : et barbouillera entière-
ment samammelledesuye trempéeen
eau , à fin de la faire haïr à l’enfant.
Que diray-ie plus? C’est que les en-
fans qui sont fort galleux à la teste et
au corps, et qui rendent beaucoup de
morve et baue , et aussi qui ordinai-
rement vont bien à la selle, c’est signe
qu’il se porteront bien quand ils de-
uiendront grands, parce qu’ils se pur-
gent de leurs superfluités : au con-
traire , ceux qui n’ont point ces cho-
ses nesont hors de danger deplusieurs
maladies, quand ils seront en plus
grand aage : et si telles superfluités
tombent sur le dos, aucuns en deuiett
nent bossus, courbés et contrefaits.
Or apres auoir ainsi descrit ce qu'il
faut faire à l’enfant nouuellement
né , voire iusques à estre sevré :
maintenant nous retournerons à de-
6q6 LE DIX-HVITIIiME LIVRE
clarer les signes pour connoistre
quand il est mort au ventre de sa
mere.
CHAPITRE XXXI.
LES SIGNES POVR CONNOISTRE SI L’EN-
FANT EST MORT AV VENTRE DE LA
MERE l.
On peut sçauoir si ledit enfant
est viuant ou mort dedans le ventre
de sa mere, par les signes qui s’ensui-
uent.
Et premièrement faut sçauoir si
l’enfant ne se remue plus : ce qu’on
sçaura, tant par l’interrogation de la
mere , qu’en posant la main sus son
ventre : et aussi peut-on auoir coniec-
ture quand les eaux auront esté es-
coulées : et si l’arriere-faix est sorti,
lors infailliblement on pourra iuger
l’enfant estre mort.
Ce que i’ai veu 2, estant appelé
pour deliurer la femme de Pierre
Cœurly, maistre des Chapellets, de-
meurant à Paris, rue Galande, où es-
tant arriué, ie vis son arriéré- faix
hors, adonc conneus l’enfant estre
mort : i’appelay les matrones, et leur
demanday si à leur aduis l’enfant es-
toit mort : elles me firent response
1 Ce chapitre porte presque le même titre
que le chapitre 83 de Franco, et la rédaction
s’en rapproche aussi tellement que le pla-
giat était manifeste d’un côté ou de l’autre.
Mais il a été démontré qu’en cette occasion
c’est Franco qui est le plagiaire ; et Paré n’a
fait que reprendre, en le modifiant, le texte
de sa Briefue collection. Voyez ci-devant pa-
ges 623 et 626.
1 L’édition de 1573 portait : Ce que i’ay
veu encore depuis trois mois, ce qui fixe exac-
tement la date de l’observation. Cette date a
été effacée à partir de l’édition de 1579.
qu’elles l’auoient encores n’agueres
apperceu se mouuoir. le leur deman-
day de rechef combien de temps il y
auoit : elles respondirent qu’il y auoit
enuiron six heures : alors ie conneus
que ces bonnesfemmes ne disoient vé-
rité : attendu que toutesfois et quan-
tes que l’arriere-faix sort deuant l’en-
fant , le plus soutient ledit enfant est
mort, à cause qu’il ne respire que par
l’artere ombilicale, prenant l’esprit
des orifices de celles de la matrice ,
appelées cotylédons : dont en estant
l’arriere-faix séparé, nul esprit n’est
plus enuoyé à l’enfant : et ainsi ie fis
prognostic à toute la compagnie l’en-
fant estre mort. Neanmoins ne laissay
promptement à deliurer la mere, où
mon dire fut aueré, en lapresence de
plusieurs honorables dames
D’auanlage, c’est signe que l’enfant
est mort , quand la mere sent plus
grande pesanteur de son enfant
qu’elle n’auoit de coustume : et la
raison de ce est que l’esprit n’y est
plus, et qu'il n’est régi par ses facul-
tés naturelles 1 , dont n’estant plus
soustenu se monstre et sent plus pe-
sant. Ainsi voyons tousiours vn mort
peser plus qu’il ne faisoit estant vif :
pour laquelle mesme cause vn homme
à ieun poise plus que celuy qui aura
pris vue modérée réfection. Outre
plus, quand la mere se retourne çà
et là, l’enfant tombe sus la partie
plus decliue , comme vne masse ou
pierre. Aussi ladite mere est fort
vexée et tourmentée de griefues dou-
' Ici s’arrêtait la phrase en 1573; le reste,
jusqu’aux mots : Outre plus, etc., a été ajouté
en 1575. Il n’est sans doute pas besoin de
remarquer que cette prétendue différence
de poids d’un homme vivant ou mort est
un préjugé du xvie siècle, qui ne repose sur
aucun fondement réel.
DE LA GENERATION. 697
leurs vers son ombilic et parties gé-
nitales, et a vouloir d’vriner et assel-
ler, auec grandes espreintes, à cause
que Nature se veut descharger de
l’enfant mort, qui ne luy est plus na-
turel h Car c’est vn axiome ou réglé
véritable, que tousioursle vif chasse
le mort , de tant que la chose morte
n’a rien de commun auec celle qui est
viue. Or ce qui allie et tient les choses
en vnion, c’est la communauté et si-
militude : ainsi voyons-nous aux vl-
ceres , que la chair viue pousse et
iette celle qui est purulente et sa-
nieuse, et és sphaceles : que l’os vif
chasse hors les esquilles de la portion
de celuy qui est mort et pourri.
Pareillement en posant la main sus
son ventre et parties génitales, on les
sent aucunement refroidies , ioint
aussi que ladite mere sent froideur
dedans sa matrice : et telle chose se
fait par l’extinction de la chaleur vi-
tale dudit enfant.
D’auantage il sort certaines humi-
dités et autres excremens fortfœtides
hors la matrice, et l’haleine de ladite
mere est aussi fort puante : ce qui se
fait volontiers au deuxième ou troi-
sième iour au plus près que l’enfant
est mort, et tombe souuent ladite
mere en syncope ouesuanoüissemenl.
Telles choses se font des vapeurs ou
fumées putrides et corrompues qui
s’esleuent de l’enfant mort et de son
arriere-faix , qui sont communiquées
au cœur et au cerueau. Et icy noteras
que l’enfant mort, estant à la matrice
de sa mere , se corrompt plus en vn
iour qu’il ne feroit en quatre, ou plus,
1 L’édition primitive de 1573 passait im-
médiatement à un autre signe : Pareillement
en posant la main sus son ventre, etc. Les deux
phrases intercalées dans cet endroit du
texte datent de 1575,
s’il estoit hors de ladite matrice ‘ : de
tant que c’est vn axiome approuué
par Galien au liure De tumoribus,
que toutes choses chaudes et humides
retenues en vn lieu pareillement
chaud et humide se corrompent et
putréfient , principalement si le lieu
est estroit, par faute du bénéfice de
transpiration.
Aussi peut-on conieclurer par la
couleur de la face qui est changée du
naturel , c’est qu’elle tend à liuidité
ou plombine , au moyen de quoy est
ladite femme hideuse à voir : et a les
mammelles ramollies , et son ventre
est grandement enflé et dur plus qu’il
n’estoit auparauant1 2 : duquel signe
la raison est de notablecontemplation.
Car en toutes choses pourries la cha-
leur naturelle vient à diminuer, et
s’augmenter vne chaleur estrange et
excessiue, par l’action de laquelle les
humidités du corps pourri viennent
à se résoudre en vapeurs et ventosi-
tés , qui tenans plus de lieu que ne
faisoient les humidités (comme ainsi
soit que selon l’opinion des physiciens,
d’vne portion d’eau par resolution il
s’en fait dix d’air) font enfler la chose
pourrie : comme iournellement nous
voyons aux corps de ceux qui sont
noyés, et és parties gangrenées, des-
quelles nonobstant que par l’action
de la chaleur putredineuse nous
voyons exhaler vne grosse fumée de
vapeurs, si est-ce qu’elles deuiennent
plus enflées que de coustume.
Et de tous ces signes (quand plu-
sieurs se trouuent en vne personne
1 Ici encore s’arrèlait le texte primitif;
l’explication qui suit et la citation de Ga-
lien sont de 1575.
! Même remarque ; le texte primitifse bor-
naitàdonnerlessignes jl’explication qui suit
date comme les précédentes de 1575.
698 LE DIX-H VITIÉME LIVRE,
et en vn mesme temps) pourras iuger
certainement que l’enfant est mort,
au contraire non.
Et note que toutes ces choses con-
neuës et considérées, le Chirurgien
doit faire diligence d’aider à la mere
le plustost qu’il sera possible : et qu’il
soit bien instruit à telle œuure, à
cause qu’elle requiert une singulière
prouidence et expérience : car s’il
faull à faire son deuoir, souuent il tue
la mere et l’enfant, s’il estoit vif1. Et
qu’il connoisse s’il peut besogner
sans danger de mort de la mere, pour
euiter scandale : qui se fera en consi-
dérant les forces et vertus d’icelle ,
en tastant son pouls , sçauoir s’il est
debile ou grandement changé outre
le naturel. Et d’auantage faut con-
templer la face, comme nous auons
dit, sçauoir si elle est grandement
changée du naturel, et si elle a le nez
et les extrémités et sueurs froides, et
qu’elle tombe souuent en syncope,
aussi si elle a perdu presque toute
connoissance : et si tels signes appa-
roissent, on doit prognostiquer la
mort estre prochaine : parquoy la faut
laisser à Nature, et la recommander
à Dieu Mais aussi au contraire, si la
' Je suis ici la leçon de toutes les éditions
originales ; la première édition posthume,
suivie par les autres, porte s'ils estaient
vifs, ce qui est un non-sens, puisqu’il s’a-
git d’aider la mere.
’Tel est le texte de toutes les éditions com-
plètes publiées du vivant de Paré, et encore de
la première édition posthume pour laquelle
il avait préparé quelques corrections et
additions que nous avons signalées en
leur lieu. C’était déjà en partie le même
texte qu’on lisait dans la Maniéré de extraire
les en fans en 1 550. (Voyez ci-devant, p. 027.)
Enfin l’édition latine de 1582 n’est pas
moins explicite : Abstinebit ab opéré, immi-
nentei)i mortem praidixisse contentus. J’ai
vertu est forte , il luy faut aider en
diligence à expeller l’enfant par po-
donc été fort surpris de voir citer un texte
tout-à-fait différent par M. Guillemot, dans
ses Remarques historiques relatives à l’an des
accouchements , et particuliérement à l'accou-
chement forcé. (Arclilv. gin. de méd, 1837,
t. xv, p. 554.) Il s’agit plus spécialement
dans ce travail de l’accouchement forcé dans
le cas de pertes utérines.
«Ambroise Paré, dit M. Guillemot, n’a
point formellement exposé, dans son livre
De la génération, l’accouchement forcé. Ce-
pendant, si l’on réunit les divers passa-
ges qui se trouvent dans les chapitres 36 ,
31, on conviendra qu’il le connaissait. 11 sa-
vait qu’un grand flux de sang, sorti delà
matrice, nécessitait l’art du chirurgien; il
savait aussi que l’insertion du placenta sur
l’orihce utérin , et que son décollement de
la place qu’iloccupait étaient autant decau-
ses de ces pertes utérines. C’est dans ces cas
surtoutqu’il recommandait au chirurgien de
s’efforcer de délivrer la femme , si elle avait
la face grandement changée du naturel, si
elle tombait souvent en syncope, et si elle
avait presque perdu connaissance : « Il faut
s'efforcer de la délivrer, dit-il , parce qu’il Vaut
mieux tenter un remède incertain avec espé-
rance , que luisser la mulade en désespoir tout
assuré , car tant qu'il reste une sintille de vie,
JVature aydée peut faire des choses incroya-
bles au récit. » (Chapitre 31 ).
Sans parler de la citation directe du cha-
pitre 31 , il est évident que M. Guillemot a
eu en vue le passage auquel se rapporte
cette note, et où il est fait mention en ef-
fet de la face changée du naturel , de la syn-
cope et de la perte de connaissance. Mais il
n’est pas moins évident que le texte qu’il
rapporte ensuite n’appartient pas à Paré , et
qu’il est en contradiction formelle avec la
doctrine que Paré professa toute sa vie. D’ou
venait cependant le passage cité par M. Guil-
lemot? Nous avons vu dans la Bibliogra-
phie d’A. Paré, qu’après la 5e édition, la
dernière à laquelle il ait participé, il en
avait été publié à Paris une sixième, reueuë
et augmentée en divers endroits ; une sep
DE LA GENERATION. 69O
fions, bains, suffnmigations faites (te
tiéme, reueuë et corrigée ; et enfin une hui-
tième, remué et augmentée en infinis lieux.
On peut voir ce que j’ai dit de ces révisions
et augmentations , copiées plus tard par les
éditions lyonnaises, dans mon Introduction,
page cccxxv. J’ai donc dû chercher, dans
ces éditions reueuës et augmentées par d’au-
tres que l’anteor, la date de l’interpolation
qui a trompé M. Guillemot. C’est à la
sixième édition , c’est-à-dire en 1G07 ; et la
maladresse des éditeurs est si patente , que
je ne sais comment M. Guillemot n’en a pas
été frappé. Ils ont, en effet, respecté le texte
dé Paré; après quoi ils ont ajouté le leur,
ce qui fait sur le même sujet deux précep-
tes parfaitement contradictoires. Ainsi on
lif :
« Et si tels signes apparaissent , on doit
prognostiquer la mort eslre prochaine , par-
quoy la faut laisser à Nature et la recomman-
der à Dieu : toutesfois apres bon prognoslic
faict au tnary et aux parens de la patiente , le
chirurgien , auec leur ferme résolution et vo-
lonté, doit s’efforeer\de la deliurer, parce qu’il
vaut mieux tenter vn remede incertain auec
esperance , que de laisser la malade en vn des-
espoir tout asseuré , car tant qu’il reste vne
scintille de vie , Nature aydee peut faire des
choses incroyables au récit. Mais aussi si la
vertu est forte , il luy faut aider en diligence
à expeller l’enfant , etc. »
Est-il possible d’imaginer un pareil gali-
matias ?
Du reste, bien que l’accouchement forcé,
avant l’apparition du travail naturel , ne se
trouve pas même encore dans le texte prêté
à Paré par ses éditeurs posthumes, il n’en
demeure pas moins le véritable inventeur ;
je ne saurais mieux faire que d’exposer la
démonstration qui en a été fournie par
M. Guillemot dans son intéressant travail.
C’est à Louise Bourgeois, dite Boursier,
que l'on avait jusque là rapporté l’honneur
de cette découverte. Et, en effet, dans les
Obseniations diverses sur la stérilité, perle de
fruict . etc., publiées en 1609, elle-même
n’hésite pas à se l’attribuer; ch. 5, fol. 40 :
Qu’il y a vit accident oit il faut promptement
choses fetides prises par le nez et par
accoucher vne femme ô quelque terme que ee
soit pour conseruer sa vie.
« Cest quand vne femme a vne perte de
sang desmesuree, sur sa grossesse, dont
elle tombe en faiblesse,... il faut rompre
les membranes... et tirer l’enfant par les
pieds ; c’est le moyen de sauuer la mere
et de donner le baptesme à l’enfant. Je l’ay
fait prattiquer par consentement, et en la
presence de feu monsieur le Febure, Médecin,
et de monsieur le Moine , et monsieur de
l’Isle, aussi médecin, fort doctes , d’autant
que i’auois veu que ces perles là sont cau-
ses tout à coup de la mort de la mere et de
l’enfant. Cela fut fait en la femme d’vn
conseiller de la Courtde Parlement, laquelle
estoit grosse de six mois , etc. »
Elle raconte ensuite que de pareilles
pertes ont causé la mort de mademoiselle
d’Aubray, femme de monsieur d’Aubray, et de
madame la duchesse de Montbazon ; et re-
grette de n’avoir pas alors mis eesle prattique
en auant, puisque ces dames auraient pu être
sauvées.
M. Guillemot a recherché, d’après ce der-
nier passage, en quelle année était morte la
duchesse de Montbazon, et a fixé cette mort
en l’an 1602. Ainsi, à cette époque, Louise
Bourgeois n’avait pas encore mis en auant
ceste prattique-, et on pourrait présumer,
d’après une observation rapportée par Guil-
lemeau, que l’essai en fut fait devant elle
l’année suivante.
« L’an 1603, dit Guillemeau, Mademoi-
selle Danzé ou Chece fut surprise estant en
son trauail, d’vn pareil flux de sang qui
luy dura depuis le matin iusques à huict à
neuf heures du soir , estant assistée de ma-
dame Boursier, sage-femme de la Royne,
messieurs le Febure, Pùolan, le Moine, doc-
teurs regens en la Faculté de Medecine à
Paris, et monsieur de Sainct-Germain, mais-
tre apothicaire, furent appelez pourla traic-
ter ! et comme elle perdoit son sang, appe-
lèrent monsieur Honoré, chirurgien du roy,
lequel ne voulant rien attenter sans mon
aduis, l’on me manda quérir, et soudain
que ie fus arriué, mon opinion fut auec
700 LE DIX-H VITIÉME LIVRE
la bouche, et de choses aromatiques
et délectables prises par les parties
celle de la compagnie de l’accoucher : ce
qui fust fait par ledit Honoré, l’enfant es-
tant viuant. »
M. Guillemot semble meme disposé à pen-
ser que cette observation serait la même
que celle de Louise Bourgeois; il a trouvé
sur les registres du parlement de l’année
1603 un conseiller du nom de Haré ou Hazé,
IV s’écrivant alors à peu près comme un z.
Quoi qu’il en soit de cette conjecture, il de-
meure certain du moins qu’avant 1G02,
Louise Bourgeois ignorait cette ressource
de l’accouchement forcé. Or, Guillemeau
rapporte, sous la date de 1600, un cas de
perte utérine pour lequel l’accouchement
fut ainsi provoqué; bien plus, il en cite une
autre observation de 1599 que nous rappor-
terons en entier, parce qu’elle intéresse à la
fois et le nom et la famille de Paré.
« L’an 1599, mademoiselle Simon, à pré-
sent viuante, fille de monsieur Paré, con-
seiller et premier chirurgien du Roy, estant
preste d’accoucher, fut surprise d’vn grand
flux de sang, ayant prés d’elle madame la
Charonne pour sage-femme, estant pa-
reillement assistée de messieurs Hautin ,
médecin ordinaire du Roy et docteur en
medecine à Paris, et M. Rigault, aussi
médecin à Paris, à raison des grandes sinco-
pes qui luy prenoient de quart d’heure en
quart d’heure, pour la perle de sang qu’elle
faisoit : M. Marchant, mon gendre, et moy
fusmes mandez : mais la considérant pres-
que sans poulx, ayant la voix foible , les le-
ures blesmes, ie fis prognostic à la mere et
à son mary qu’elle estoit en grand danger
de sa vie, et qu’il n’y auoit qu’vn seul
moyen pour la sauuer de ce mal, qui estoit
de la deliurer promptement : ce que i’auois
veu practiquer à feu monsieur Paré son pere,
me l'ayant fait faire à vue demoiselle de ma-
dame de Seneterre. Lors ladite mere et ma-
ry nous coniurerent de la secourir, et qu’ils
la mettoient entre nos mains pour en dispo-
ser : ainsi promptement, suiuant l’aduis de
messieurs les médecins, fut heureusement
accouchée d’vn enfant plein de vie. »
Et plus bas , Guillemeau ajoute : Il y a
d’embas, sternutatoires , vomiloires ,
etlinimens pessaires', faits de poudre
vingt-cinq ans que i’ay veu faire ceste prati-
que à feu messieurs Paré et Hubert, ausquels,
comme de plusieurs autres expériences, nous
sommes obligez de le recognoislre et confesser
l’auoir appris d’eux. ( L’heureux accouche-
ment, édition de 1G21, liu. n, chap. 13,
p. 222 et suiv.)
L’ouvrage de Guillemeau ayant paru en
1609, un peu après celui de Louise Bour-
geois, qui avait été achevé d’imprimer le
24 décembre 1608; c’est donc en 1584 que
l’auteur aurait vu Paré agir de la sorte.
Comment, dès lors, Paré n’en a-t-il fait
aucune mention dans son livre, auquel ce-
pendant il a fait tant d’additions pour l’édi-
tion de 1585? C’est un oubli assez étrange,
mais il n’en est pas moins complet; c’est en
vain que M. Guillemot a cru trouver quel-
ques traces de cette doctrine dans les chapi-
tres 31, 32, 36; pour quiconque les voudra
lire sans prévention, il n’y existe rien de
semblable. Mais on peut assez bien conjec-
turer que l’application à la fille de Paré
d’un procédé inventé par son père éveilla
l’attention sur ce point, qu’on dut recher-
cher si Paré en avait parlé dans ses OEuvres;
et que ses héritiers attachèrent quelque
importance à réparer, au moins en partie,
son oubli, par la petite interpolation que je
viens de signaler.
1 Cet accouplement de mots linimens pes-
saires ne date que de 1 585 ; les éditions an-
térieures disaient simplement linimens. II
faut se rappeler que par pessaires les an-
ciens entendaient principalement des com-
positions molles introduites dans le vagin.
Voyez ci-après la grande note du chapit. 48.
Mais à part celte légère modification du
texte, il y en a une bien plus notable qui
date de 1579. En effet, dans les éditions
de 1573 et 1575, le chapitre se termine
comme il suit :
« ... Et linimens appliqués tant par dedans
que par dehors la vulue : lesquelles choses
n’est besoing d’escripre en particulier, ce
que nous enseigne Hippocrates en sa protes-
tation, que jamais ne donnera chose pour
faire auorter les femmes, mais de ce on
DE LA GENERATION.
de sabin , d’aristoloche, poudre d’el-
lebore blanc, fiente de pigeon, incor-
porés auec miel mercurial, appliqués
tant par dedans que par dehors la
vulue.
CHAPITRE XXXIi.
DE I.A MANIERE DE RIEN SITVER LA
FEMME POVR LVY EXTRAIRE L’ENFANT1.
El si telles choses ne profitent, faut
besogner par œuure manuelle et
instrumens propres , en la maniéré
qui s’ensuit.
Premièrement rectifiras l’air de la
chambre , sçauoir est , s’il est froid
l’eschaufferas , et s’il est trop chaud
le refroidiras. Cela fait, faut situer la
mere en la posant près le bord du lit,
et la coucher à l’enuers, ayant les
fesses aucunement esleuées sur quel-
que carreau dur, ou autre chose sem-
blable, et qu’elle soit renuersée, tou-
tesfois en figure moyenne, c’est à sça-
uoir qu’elle ne soit du tout couchée
ny courbée , comme nous auons dit
cy dessus, à fin qu’elle puisse mieux
auoir son inspiration et expiration
plus libre, et que les ligamens de la
matrice ne tendent point tant que si
elle estoit couchée du tout à la ren-
uerse. Aussi luy faut courber les iam-
bes, ayant les talons assez près des
pourra auoir recours aux doctes medecirs
et chirurgiens pour en bien vser, ainsi que
Dieu nous l’a commandé, à scauoir quand
l’enfant est mort au ventre de sa mere. »
1 Ce chapitre est exactement calqué sur le
commencement du cliap. 84 de Franco; ou
plutôt il est reproduit d’après le passage de
La maniéré de extruire les enjans, elc., qui a
servi à Franco pour son chapitre. Noyez ci-
devant page 628.
701
fesses, et les lier auec vne grande
etlargebandedetoile,ou autre chose,
laquelle poseras premièrement par
dessus le col, et au trauers des espau-
les de ladite femme , en maniéré de
croix S. André : puis de rechef croi-
seras ladite bande à chacun pied, et
la tourneras autour des iambes et
cuisses , lesquelles seront escartées
l’vne de l’autre, en rapportant en-
cores ladite lisiere par dessus le col:
et la faut lier et attacher si ferme,
que ladite patiente ne se puisse mou-
uoir çà ou là , ainsi qu’on lie ceux
ausquels on extrait la pierre de la
vessie1. Et feras ensorle qu’elle aye
les talons appuyés contre le bout du
lit , et la feras tenir par dessous les
aissellesetcuissesparbonsseruiteurs,
tellement qu’en tirant l’enfant son
corps ne suiue : car en suiuant et
obéissant, on ne pourroit faire l’ex-
traction.
Cela fait , faut prendre vn drap
1 L’édition de 1573 ajoutait : comme tu vois
par ceste figure; et donnait en même temps
la figure suivante, extraite du Livre des
Pierres de 1564, et replacée depuis au Livre
des Operations, ci-devant page 479.
702 LE DIX-HVITIEME LIVRE ,
chaud en double , et le poser sus les
cuisses de ladite patiente, à fin que
l’air extérieur ne blesse la matrice,
et que l’operation soit plus honneste,
à causeries assistaus ; puis faire oindre
toutes ses parties génitales auec cho-
ses onctueuses , à fio de les rendre
plus glissantes et coulantes, pour plus
facilement extraire l’enfant : ayant
le Ctoûwgien ses ongles rongnés, et
qu'il n’aye aucun anneau en ses
doigts, pour garder qu’il ne face lé-
sion aux parties où il touchera.
CHAPITRE XXXIII.
DE LA MANIERE DE TIRER LES ENFANS
HORS LE VENTRE DE LA MERE, TANT
MORTS QVE VI VANS.
Le Chirurgien ayant ainsi situé la
femme, mettra sa main doucement
sans aucune violence dans la matrice :
ce faisant connoistra en quelle situa-
tion et figure sera l’enfant , et s’il est
seul ou accompagné. Et posé le fait
qu’il fust tourné selon nature, ayant
la teste au couronnement : pour deuë-
ment l’extraire par art , faut douce-
ment le repousser contremont, et
chercher les pieds, et les tirer près le
couronnement : ce faisant, tourneras
facilement l'enfant: et alors qu’auras
attiré ainsi les pieds , .en faut tirer vn
hors® et le lier au dessus du talon en
maniéré de laqs courant, auec vn ru-
ban semblable à ceux dont les fem-
mes lient leurs cheueux , ou autre
semblable : puis remettras ledit pied
ainsi lié dans'la matrice :,ce fait, cher-
cheras l’aufrepied, et l’ayant trouué,
le tireras hors, «t alors tireras le lien
où l’autre pied estoit attaché ».
1 C’est ici l’un des endroits les plus ori-
Et se doit-on bien donner garde ,
s’il y auoit deux ««fans, de tirer vne
ïambe de chacun en vue fois : car par
ce moyen on besogneroit en vain ,
et seroit-on cause de la mort de la
mere, et des enfans s’ils estoient vi-
uans. Or pour ne s’abuser, et les bien
discerner l’vn de l’autre, c’est qu’a-
pres auoir tiré l’vn des pieds hors de
la matrice, sera lié au dessus du talon,
et alors le faut remettre en la matrice,
comme auons dit : car il occuperoit
la voye, etengarderoit que le Chirur-
gien ne pourroit mettre sa main pour
chercher l’autre : puis subira la liga-
ture, laquelle le conduira au pied lié :
et l’ayant trouué, coulera sa main
jusqu'aux aines, et de là cherchera
l’autre cuisse , et aussi la iatnhe , la-
quelle quelquefois est trouiiiée der-
rière le dos . voire sur son col : et
l’ayant trouuée, amènera hors ledit
pied non lié , puis tirera le lien , à fin
d’amener les deux pieds ensemble
ginaux de ce livre , attendu qu’on ne trouve
ni dans Roesslin, ni dans Rueff, ni dans au-
cun auteur avant Paré, le précepte de la
version par les pieds. Ou ,1e lit bien dans ta
deuxième édition de franco ; mais Franco
l’avait copié presque littéralement dans un
opuscule, publié par Paré onze années au-
paravant. Voyez ci-devant pages 623 et 628.
Et cependant la manière dont Paré s’ex-
prime en tête de cet opuscule parait bien
indiquer qu’il n’en est pas l’auteur, et
qu’il l’a trouvé en vigueur parmi les bar-
biers chirurgiens de Paris. Ce serait donc là
encore une de ces découvertes du moyen
âge dont l’auteur est demeuré inconnu, et
dont nous connaissons seulement le premier
vulgarisateur. Nous avons vu ailleurs que la
taille du grand appareil et le traitenientdes ré-
trécissements de l’urètre par les bougies
étaient dans le même cas; seulement la ver-
sion par les pieds paraît bien être d’origine
française , et même avoir pris naissance
parmi les barbiers de Paris.
DE LA GENERATION,
pour extraire l'enfant : dont apres
qu’il les aura aiusi attirés buts la ma-
trice , les tirera ioints egalement en-
semble: etpeu-à-peu, saus violence,
tirera l’enfant iusques à ce qu’ii soit
dehors. Et pendant ce , faut compri-
mer le ventre de la mere , comme
auons dit cy dessus, et qu’elle tienne
son haleine par interualle, en fermant
le nez et la bouche, et qu’elle s’em-
preigne tant que possible luy sera, et
face autres choses qu’auons prédit-
Et l’enfant estant sorti, faut subit
pareillement tirer l’arriere-faix.
Au reste, quand le Chirurgien aura
tiré l’enfant de ceste façon par les
pieds, et l’aura amené dehors ius-
qu’aux faux du corps : se faut bien
donner garde de poursuiure le reste
de l’extraction du corps , les deux
bras estans couchés de leur long, sur
les deux costés : ains faut que l’vn
desdits bras seulement estant ainsi
situé, l’autre soit repoussé en haut le
long du col par dessus la teste : car
autrement Nature estant deliurée de
ceste grosseur de l’enfant , fait que
les os et orifice de l’amarry prompte
ment se reioignent, et estans re-
ioints , la teste puis apres ne peut
passer : et par ainsi est estranglé , et
demeure dedans si on ne le tire par
force, mettant les crochets sous le
menton, ou dans la bouche, ou orbite
des yeux K
■ Le sens est à peu prés le même, mais le
texte est un peu différent dans les éditions
de 1573 et 1575. Voici comment s’y lit ce
paragraphe :
« Et faut bien que le chirurgien se donne
de garde qu’en tirant ainsi l’enfant hors le
ventre de sa mere (si par les pieds y auoit
difficulté), que les parties supérieures ne
sortent, à, lors faudrait tirer vn des bras et
non les deux, car Nature estant deliuree de
o3
Mais s’il aduenoif ( ce qui se fait
plusieurs fois ) que l’enfant eust les
mains an couronnement , ou ja hors
les parties génitales, iamais on ne
doit tendre ny essayer à l'extraction
par icelles, veu qu’il viendroit la
teste ployéeauec lesespaules : ce fai-
sant on seroit cause de faire grande
lésion à la mere, et à l’enfant s’il
auoit vie. I’ay esté appellé quelques-
fois à extraire hors le corps de la
mere l’enfant mort, que les matrones
( soy disans sages femmes) s’estans
efforcées le tirer par vn des bras,
auoient esté cause d’auoir fait gan-
grener et mortifier ledit bras , et par
conséquent de faire mourir l’enfant ,
en sorte qu on ne le pouuoit remettre
dans la matrice, pour la grande tu-
meur tant des parties génitales de la
femme que du bras de l’enfant, tel-
lement que de nécessité le falloit am-
puter. Or le moyen de ce faire, est
couper tous les muscles auec le ra-
soir, le plus près de l’espaule qu’il
est possible, toutesfois en obseruant
que parauant l’incision l’on tire la
partie charneuse en haut : puis faut
couper l’os auec tenailles iucisi-
ccstc grosseur de l’enfant faict que les os
promptement se reioignent, et estant re-
ioincts etc. »
La différence essentielle est que da,ns le
principe, Paré semblait n’accuser que le
rapprochement des os, et que plus tard il y
a joint le resserrement de l’orllice de la ma-
trice. L’édition latine, plus raisonnable,
n’admet que cette dernière cause : Uieri
orificium conslringet sese. Du reste le précepte
donné par A. Paré, et sur lequel il insiste
dans une note marginale ainsi conçue : Bon
aduerlissemenl pour le chirurgien el sages-
femmes-, ce précepte, dis-je, a été rejeté
* par les modernes, qui prennent soin de faire
descendre les deux bras avant la tête de
l’enfant.
LE DIX-HVITIÉME LIVRE ,
704
ues ', à fin que la chair couurant l’ex-
tremilé de l’os, ne face lésion aux
parties génitales : puis cela fait, faut
chercher les pieds du petit enfant, et
l’extraire hors comme auons par cy
deuant déclaré, s'il est possible.
El là où ledit enfant mort seroit si
gros naturellement , ou par accident
tuméfié par la putréfaction , en sorte
qu’il ne peuslnullementestre extrait,
premièrement que laisser mourir la
mere , faudroit par tous moyens di-
minuer la grosseur dudit enfant. Et
s’il aduenoit qu’il eust la teste au
couronnement, la faudroit repousser
en haut s’il estoit possible , et le tirer
par les pieds comme auons dit : et où
il ne seroit possible le repousser, et
que l’enfant fust mort, il sera tiré par
les crochets semblables à ceux-cy,
te donnant bien garde de blesser la
femme par iceux : lesquels mettras
dedans les yeux , ou en la bouche ,
ou sous le menton a.
Et où la teste de l’enfant viendroit
la première droit au couronnement,
neantmoins que la femme ne peust
accoucher , à raison qu’icelle est
1 L’édition de 1573 ajoutait = Lesquelles
le sont icy figurées , et donnait en consé-
quence la figure suivante, que l’on a déjà
vue au Livre Des operations, ci-devant
page 457.
enorme en grosseur ( que les Grecs
appellent Macrophysocephale, à cause
qu’elle est remplie de ventosités, ou
aquosités que lesGrecs appellent Hy-
miers se voyaient déjà dans les Dix Liures
de chirurgie de 1564, fol. 524, avec le titre:
Crochets propres pour tirer vn enfant mon hors
du ventre de su mere ; et ils ont été reproduits
depuis lors dans l’édition de 1573, et par
suite dans toutes les autres. Quant au troi-
sième, représentant une double érigne, on le
trouve également dans les Dix liures de 1564,
fol. 224, verso, avec ce litre •• Autre crochet
pour extraire vne mole de la matrice ; mais il
avait été oublié dans les éditions de 1573 et
1575, et il n’a reparu qu’en 1579.
Je noterai qu’entre ces trois figures de
l’édition de 1564, il s’en trouvait deux au-
’ De ces trois instruments, les deux pre-
DE LA GENERATION.
drocephale) : alors si on voit la femme
estre en vn extreme trauail, et qu’on
connoisse l’enfant estre mort, faut
faire incision aux sutures du crâne,
ce qui est contre Na-
7o5
ture : aussi la tirer par pièces s’il est
besoin
Aussi si le Thorax est pareillement
trop gros, le faut vuider, puis le tirer
piece à pîece.
Cousteau courbé, propre pour couper le ventre île l'enfant mort, estant clans le corps de
ta mere
Et si le ventre estoit aussi trop en-
flé, qui se fait par bydropisie, ou ven-
tosités, y sera fait incision auec vn
petit cousteau courbé, semblable à
ceste figureque tu as cy dessus, lequel
tiendras entre les doigts en le posant
dedans la matrice, puis vuideras les
lies intitulées : Tenailles propres à tel effet
que l'instrument precedent, c’est-à-dire que le
crochet simple. Ce n’est autre chose que
les tenailles reportées en 1579 au Livre des
Playes en particulier (Voyez ci-devant,
entrailles : et ce faisant, les aquosités
s’escouleront, et ainsi sera l’enfant
plus facilement tiré.
Or si la teste de l’enfant demeure
seule ( ce que i’ay veu à mon grand
regret ) , alors faut poser la main se-
nestre dans la matrice, l’ayant pre-
page 16): j’en reproduirai cependant la fi-
gure pour mettre à la fois sous les yeux du
lecteur tout l’appareil obstétrical de Paré.
Les deux ligures de 1564 ne représentaient
qu’un seul et même instrument.
' Je suis le texte de 1573; les éditions sui-
vantes disent : et tirer pur pièces, etc. Cette
édition de 1573 contenait en outre ici un
passage qui a été supprimé seulement en
1579.
« Pareillement si on cognoist l’enfant es-
tre vif, faut repousser la teste en hault, et
chercher les pieds, et le tourner en la ma-
trice, puis tirer l’enfant hors, comme nous
auons dit. »
1 Cette figure se voit déjà dans les Dix li-
ures de chirurgie de 1564, fol. 223, verso,
avec ce titre : Petit cousteau courbé, à fendre
le ventre et la teste d’vn enfant mort dedans
la matrice , à fin que les excrementz se puis-
sent euacuer.
II.
45
706 LE DIX-HVITÏÉME LIVRE,
miercment ointe d’huile de lis ou de
beurre frais, et chercheras la bouche
de l’enfant, en laquelle mettras les
doigts : et de ta main dextre couleras
\n crochet au long de la senestre, et
le mettras dedans la bouche, ou l’œil,
ou sous le menton, puis la tireras
hors, s’il t’est possible. Et au lieu
desdits crochets, tu te pourras aider
de ces deux instrumens, que i’ay pris
au liure de la Chirurgie Françoise de
monsieur Dalechamps, qui sont pro-
pres à tel effet , à raison qu’ils peuuent
empoigner vn corps rond comme la
teste de l’enfant.
Inslrû mens dits Pieds de griffons, propres pour
extraire la leste d’vn enfant demeurée dans
le ventre de sa mere.
1 Le premier de ces instruments se voit
en effet dans la chirurgie de Dalechamps,
édit, de 1570, pages 590 et 592, fermé et ou-
vert, mais htm point avec la destination
I’ay dit qu’on la tirera s’il est possi-
ble, parce qu’estant demeurée seule,
pour sa rotondité tourne en la ma-
trice , en sorte qu’à bien grande
peiné elle peut estre tirée , si on 11e
presse le ventre de la mere par le
haut et aux deux costés, à fin que
la teste de l’enfant ne tourne çà
ou là.
CHAPITRE XXXIV.
CE QV’lL F A VT BAILLER A LA FEMME
SVBIT QV’ELLE EST ACCOVCHEE, ET
CE QV’lL LVY CONVIENT FAIRE.
Il faut garder que la femme recen-
tement accouchée ne reçoiue aucun
air froid par sa matrice : car estant
vuide et vague apres l’enfantement ,
facilement est remplie de ventosités,
lesquelles la refroidissent, distendent
et tuméfient, et bouchent les orifices
des cotylédons : qui empesche ses
vuidanges , dont s’ensuit apres suffo-
que Paré lui donne ici ; c’était seulement un
instrument à extraire les flèches. Je ne sais
d’où provient le deuxième, que j’ai en vain
cherché dans Dalechamps.
Du reste, la plupart de ces instruments et
des préceptes qui s’y rapportent étaient en
usage bien avant Paré; on en retrouve l’in-
dication dansRoesslin etRuetT; mais celui-ci
contient un curieux passage qu’il importe
de reproduire, attendu qu’on a cru y voir
l’origine du forceps.
Il figure d’abord une énorme pince en
bec de cane, rostrum analis, avec laquelle on
peut saisir l’enfant mort. Puis il ajoute :
In hoc casu, si postulaveril nécessitas, Imic
instrumenta forcipem quû déniés erminiur ad-
hibeas, vel depictam hic forcipem longam et
torsam, quâ ità ulalur commode tu si possibile
DE LA GENERATION,
cation de matrice, et de tres-grandes
tranchées et douleurs, heures, et au-
tres griefs accidens , et souuent la
mort. Et pour obuier à cela, il faut
qu’elle aye les cuisses croisées les
vnes sus les autres , et pareillement
à ho aussi que les par lies distantes se
puissent mieux reioindre. D’auan-
tage on luy comprimera le ventre
d’vne bande assez large, pour prohi-
ber que l’air froid n’entre en sa ma-
trice : ioint aussi qu’icelle ligature ai-
dera beaucoup à exprimer le sang
imbu en icelle.
Cela fait, on donnera à l’accouchée
vn pressis de chapon , ou vn chau-
deau où il y aura du saffran, et vn
peu de poudre de duc , ou vne rostie
auec de bon hippocras , ou moyeux
d’œufs auec sucre candi, à fin de
restaurer les vertus , et engarder les
tranchées *. Aucuns donnent des
bouillons , moyeux d’œufs , auec su-
cre et canelle : autres des coulis et
pressis, et autres choses fort nourris-
sit, id quod protrahendum est educal faciliter.
Mais il ne faut pas donner trop d’impor-
tance au mot de forceps qui se trouve dans
ce texte , et qui signifie simplement des
pinces ou des tenailles. La figure en question
représente de longues lenettes droites, à
jointure inséparable, un peu renflées en
cuillère à leur extrémité, dont la concavité
est rugueuse et denticulée, en un mot pres-
que absolument semblables au bec de cane
figuré par A. Paré pour l’extraction des
calculs vésicaux, ci-devant page 4S4. Il y a
loin de là au forceps.
1 Là se bornait dans l’édition de 1573 tout
ce qui concerne le régime de la femme ac-
couchée; et les deux éditions françaises
de 1576 et 1579, et par suite toutes les édi-
tions latines, n’en'contiennent pas davan-
tage. La fin de ce paragraphe et l’autre pa-
ragraphe tout entier qui vient après sont
des additions faites en 1685.
707
santés : et en cela on peut grande-
ment faire faute. Car peut estre que
la femme aura bien disné ou soupe
vn peu auparauant qu’elle accouche :
celle-là n’aura besoin de telle nour-
riture, puis qu’elle a assez de viandes
en l’estomach encores crues et non
cuites. Car ce n’est bien fait de met-
tre crud sur crud, et de charger l’es-
tomach, lequel s’en affoibliroit plus-
lost que d’en estre fortifié, et par
conséquent tout le corps. Mais on luy
pourra bien donner à boire, et non à
manger , iusques à ce que la diges-
tion soit faite, pour euiter la fiéure et
autres accidens , et la faut nourrir
comme vne personne qui aura la
fiéure : laquelle elle a communément,
iusques à tant que la douleur et au-
tres accidens soient passés, et qu’elle
soit bien purgée. Ce qui se peut faire
en huit ou dix iours , plus ou moins ,
selon qu’elle sera bien gouuernée :
apres elle doit eslre bien nourrie. Or
si la femme estoit famélique, subit
apres son enfantement on luy don-
nera choses nourrissantes cy-dessus
mentionnées.
On ne peut faillir de donner
promptement de l’huile d’amandes
douces tirée sans feu , auec sucre
candi , à fin d’humecter et adoucir
la gorge, qui aura esté eschauffée et
allerée pource que l’accouchée aura
grandement crié , pour les exlremes
douleurs qu’elle aura eues en l’enfan-
tement : non pas que cette huile aille
iusqu’à la matrice, où est la cause de
telles douleurs de tranchées : mais
parce qu’elle est receuë dedans les
boyaux , elle sert comme de fomen-
tation liniliue à la matrice , qui est
voisine des boyaux, et fait vuider
plus facilement les superfluités con-
tenues en iceux. Car plusieurs fem-
mes trauaillent longuement en ac-
LE DIX'HVITIÉME LIVRE,
708
couchant, et crient à gorge déployée,
lequel cry aide grandement à enfan-
ter , à raison qqe par le cry les mus-
cles du ventre , ensemble ceux de la
poitrine et le diaphragme sont pres-
sés, au moyen de quoy la matrice est
contrainte par la compression, et par
ce moyen elle se descharge plus aisé-
ment. Autant en font celles qui ont
fait leurs enfans sans mary , lors
qu’elles accouchent aux lieux où el-
les n'osent crier : c’est parce qu’elles
retiennent leur haleine , et s’esprei-
gnent comme lors que nous voulons
aller vuider nostre ventre.
On doit mettre, subit que la femme
est accouchée ( principalement en
temps d'hyuer ) l’arriere-faix sur son
ventre : et en esté, on prendra la peau
d’vn mouton noir, lequel sera escor-
ché tout vif, ou tout subit luy ayant
coupé la gorge , et sera appliquée
toute chaude sus le ventre et sus les
reins. Les fenestres et portes de sa
chambre , et custodes de son lit se-
ront closes et fermées, et la laissera-
on reposer sans bruit : et cinq ou six
heures apres que la peau du mouton
y aura esté mise, sera ostée, puis luy
faudra oindre le ventre de l’onguent
qui s’ensuit.
If. Sperma. ceti 5 . ij.
Olei amygd. dulci. byperic. ana 5 . j. fi .
Seui Lire. § . j.
Olei myrt. ^ . ij.
Ceræ nouæ quantum suit.
Fiat vnguentum ad vsum.
Duquel en sera vsé deux fois le
iour. Et sus le nombril sera appliqué
vn petit emplastre de galbanum , au
milieu duquel y aura vn peu de ci-
uette et musc, etfera-on en sorte que
la senteur d’icelle ne vienne au nez
de l’accouchée : puis sur tout le ven-
tre sera appliquée ceste toile Gautier.
7f. Ceræ nouæ § . iiij.
Spermat. cet. § • j- fi •
Terebenthinæ Venetæ in aqua rosar.
lotæ § . ij.
Olei amygd. dulc. et hyperic. ana § . j.
Olei mast. et myrt. ana §. G.
Axung. cerui § . j. fi.
Liquéfiant simul auferendo ab igné, impone
telam ex cannab. ad magnitudinem
ventris.
Ladite toile sera appliquée dessus
le ventre.
Autre rcmede bien excellent L
Prenez limaçons rouges vne liure ,
fleurs de romarins trois quarterons:
le tout tranchez et hachez menu en-
semble, puis les mettrez en vn pot de
terre plombé et bien luté, et soit en-
seueli en du Tiens de cheual par qua-
rante iours : et apres faut exprimer et
mettre la liqueur en vne fiole de
verre bien bouchée , et posée par
trois ou quatre iours au soleil : et
d’icelle liqueur on en frottera le ven-
tre de la nouuelle accouchée. Ces re-
medes gardent le ventre d’estre ridé
et martelé.
Or si la femme est grandement op-
pressée de tranchées, on luy donnera
de ceste poudre.
: If. Anis. cond. 3. ij.
Nucis mosc. cornu cerui vst. ana 3. j • G .
Nucleor. dacty. 3. iij.
Lig. aloës. cinnamo. ana 5 . ij.
Fiat pul. subtilis. cap. 3. j,
Cum vino alb. calid.
Autre.
If. Rad. consolidæ maior. 3. j. fi.
Nucleor. pers. nucis moscatæ ana 3 . ij.
Carabe 3. fi.
Ambr. gris, g . iiij.
Fiat puluis : cap. 3 j. cum vino albo.
1 Cet autre remede bien excellent ne se
trouve pas dans l’édition de 1573; Paré en
a enrichi son livre en 1575.
DE LA GENERATION.
Si la femme estoit fébricitante , on
luy donnera auec vn boüillon de
chapon.
Aussi seront appliqués petits sa-
chets de toile , où il y aura du mil ,
ou de l’auoine fricassée en vin blanc :
et tous chauds on les appliquera sus
le ventre , et sus les parties génitales
de la femme , et mesmement aux
reins.
Les causes des tranchées1.
Les causes des tranchées aux nou-
uelles accouchées se font , quand le
sang gros et féculent comme lye de
vin, s’amasse de tous coslés, et court
aux veines et arteres de la matrice ,
qui le refroidit et enfle , lequel sang
pénétré difficilement, et par grande
violence est reietlé comme inutile.
Et aussi lesdites tranchées se peuuent
pareillement faire par le vent qui
aura entré promptement dans le
corps de la femme apres l’enfante-
ment.
CHAPITRE XXXV.
CE QV’lL FAVT FAIRE AVX TETINS DE
LA NO WELLE ACCOVCHEE.
Il faut oindre les tetins de ce Ani-
ment , à fin de faire fuir le laict lors
qu’il vient en trop grande abondance,
et le faire euacuer par la matrice à
celles qui ne désirent estre nourrices.
“2f. Olei rosa myrt. ana 3 . iij.
Aceti rosa. § .j.
Incorpor. simul.
1 Ce court article a été ajouté au chapitre
en 1585.
7°9
De ce en seront frottées les mam-
melles trois ou quatre fois le iour :
puis on aspergera dessus de la pou-
dre de myrtils , et quelques iours
apres 011 vsera de cest emplastre.
if. Pul. mast. nue. mosca. ana 3. ij.
Nucis cupres. 3. iij.
Boli arm. terræ sigil. ana 5. G.
Sang. drac. 3. ij.
Myrt. balaust. ana 3. j. fi.
Ireos Flor. 5 . fi .
Olei myrtini 5 . iij.
Terel). Ven. g.ij.
Ceræ nouæ quant, suff.
Fiat emplast. molle.
La berle, le cresson et les feuilles
de buys bouillies en vrine et vinai-
gre, est vn singulier remede pour
faire fuir le laict des mammelles.
Autre. Prenez fange trouuée au
fond de l’auge des cousteliers ou es-
mouleurs, meslée auec huile rosat, et
soit appliquée tiede sur les mammel-
les : tel remede sede la douleur et in-
flammation , et chasse le laict en peu
de temps 2.
Aussi le lierre terrestre , peruan-
che , sauge, bouillies ensemble en
oxycrat : et de telle décoction en se-
ront fomentées les mammelles, ad-
ioustant des roses et alum de roche.
Aussi lye de vin vermeil auec vi-
naigre, et appliquée dessus les mam-
melles.
Autre. Eau distillée de pommes de
pin non meures , appliquée dessus
auec linges.
Autre bienapprouuê. Ciguë pilée et
fueilles de courges recentes, appli-
quées comme dessus.
Autre remede très asseuré. Prenez
oxyrrhodinum (c’est huile rosat et
' L’édition de 1573 disait seulement : Lu
berle et les fueilles de bouys.
’ Remède ajouté ici en 1575.
LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
710
vinaigre mistionnés ensemble) fueil-
les de sauge, ache, rue, cerfueil ,
hachées bien menues, le tout mis-
tionné ensemble , et appliqué sur les
raammelles vn peu tiede, et renou-
uellé par trois fois le iour *.
Pareillement on appliquera des
ventouses au plat des cuisses et des
aines, et au-dessus de l’ombilic , les-
quelles ont grande vertu d’attirer le
laict des mammelles en la matrice, et
le ietter hors : pource qu’en ce lieu il
y a des veines de la matrice qui com-
muniquent auec celles desdites mam-
melles 2.
Semblablement l’accouchée se fera
telter par vne grande personne, ou
par de petits chiens , iusques à tarir
tout son laict : et faut souuent faire
cela, à ün qu’il soit tiré auparauant
qu’il soit parfaitement cuit, incrassé
et imbu d’auantage és glandules des
mammelles.
Et où elle ne voudra, ou ne pour-
roit trouuer aucun pour se faire ainsi
tetter, elle mesme le pourra faire par
cest instrument de verre , dedans le-
quel mettra le bout de son tetin, et
de l’autre succera de sa bouche : ainsi
tirera son laict, tant et si peu qu’elle
voudra.
' Toutes ces dernières formules, depuis et
y compris la lye de vin, ont été ajoutées
on 1579.
* L’édition de 1573 ajoutait : ( Ainsy que
i’ay escripi en won anathomie) les dictes ven-
touses seront grandes ou petites, woiennes, se-
lon la corpulance de la femme , et auront en
haut vn petit trou, par lequel l’air s’euacue
lorsqu’on les veut oster, comme tu vois par ces
figures .
Et ici venaient quatre figures représen-
tant la même ventouse sous des calibres dif-
férents. Celte ventouse a été figurée au
dernier chapitre du Livre des operations, ci-
devant page 523.
Instrument propre à tirer le . laict des mam-
melles des femmes, nommé Tetine.
En lieu d’iceluy on peut vser d'une
bouteille de verre , l’ayant chauffée,
puis subit mettre le bout du tetin en
l’emboucheure d’icelle
Apres que l’accouchée sera bien
purifiée de ses vuidanges ( qui est le
plus communément en trois semaines
apres l’enfantement, et qu’elle n’aura
fiéure , ny autre accident ) , sera bai-
gnée deux fois, ausquels bains on fera
bouillir les herbes qui s’ensuiuent :
Maiora. menlh. sal. roris. artemis.
agrim. puleg. flor. camom. melilot.
anelh. ana m. iiij. L’eau sera de ri-
uiere, ou d’vne claire et viue fon-
taine : le lendemain on fera vn sem-
blable bain, auquel on aioustera ce
qui s’ensuit :
jf. Far. fab. etauen. ana îb. iij.
Fari. orob. lup. et gland, ana îb . j.
Aluni, rochæ § . iiij.
Sal. comm. 1b. ij.
Gallar. nucurn cupres. ana g . iij.
Ros. rub. m. vj.
Garyopbyl. nucis mosc. ana 3. ij.
Rul. omnia in aqua communi, et fiat saccul.
cum panno lineo, et fiat balneum, in
quo fréquenter extinctum sit ferrum
candens.
Et ladite accouchée se tiendra en
ce bain tant qu’elle voudra : puis en
* Cette phrase a été ajoutée en 1579.
DE LA GENERATION.
sortant, sera posée au lit chaude-
ment, et prendra vn peu d’escorcede
citron , ou vne petite rostie trempée
en bippocras, ou vn peu de bon vin ,
et endurera la sueur tant qu’il luy
plaira. Le lendemain on luy fera des
fomentations sur ses parties génitales,
de choses astringentes et reserranles.
Exemple.
if. Gall. nucum cupress. cort. granat. ana g .j .
Ros. rub. m. j.
Maior. thymi, ana m. fi.
Alum. rochæ et sal. coin, ana 5. ij.
Bulliant in vino austero, et fiat decoctio
pro fotu ad vsum dictum.
Distillation excellente pour appetisser et affer-
mir les tetins et autres parties trop relaschées
et mollasses '.
If. Çaryophyl. nucis iqosc. nucum cupress.
ana 5 . j. 6.
Mast. g . ij.
Alum. rochæ § . j. fi.
Gland, corticis quercini ana ft>. fi.
Rosarum rubrarum m.j.
Cort. gran. g . ij.
Terræ sigillatæ g . j.
Cornu cerui vsti §. fi,
Myrt. sang. drac. ana g . j.
Bol. arm. g . ij.
Ireos Flor. * . j.
Sumach. berber. hypur. ana m. fi .
Conquassent. omnia, et macerentur spatio
duor. dierum in &. j. fi. aquæ rosar.
et ft. ij. prunorum syluest. mespillo.
porno, querc. et fl>. fi. aquæ fabr.
et g. iiij. aceli forliss. postea fiat dis-
tillât. lento igné, et seruetur vsui.
De laquelle on fomentera les par-
' Voyez le 1. llure, chap. 2. Gynœceorum.
— A. P. — Cette citation est de 1579, bien
que la formule à laquelle elle se rapporte
soit de 1571 ; le livre auquel Paré renvoie
est le Volumen Gynœçiofiim , publié à Bâle
en 1566 , par Gaspard Wolf.
7ti
ties trop relaxées, et les tetins deux
fois le iour, et sera laissé sus la partie
vne portion de feutre imbu en icelle,
ou estouppes de lin.
On peut pareillement faire yn ca-
taplasme de farine d’orge et de féues,
et de gland, et bol Armene, deslrem-
pés et cuits en ladite eau, distillée en
forme de pulte : tout cela accompli,
la femme pourra coucher auec son
mary, pour refaire une autre petite
créature de Dieu.
CHAPITRE XXXVI.
DES CAVSES DE LA DIFFICVLTÉ
d’enfanter.
La difficulté d’enfanter prouient
quelquesfois de la mere, et quclques-
fois de l’enfant.
De la mere , à cause qu’elle est
trop grasse, ou trop maigre , trop
ieune, ou trop vieille, ou trop de-
bile et foible , comme pour auoir
eu vn grand flux de sang qui luy
sera sorti par la matrice ou d’autre
lieu, ou autres maladies qui auront
esté cause de prosterner et débiliter
N ature, en sorte qu’elle n’a force suffi •
santé pour enfanter : aussicellequi ac-
couche deuant le terme enfante diffi-
cilement, ainsi qu’vn fruit (comme vne
pomme ou poire, ou autre) n’estant
en sa maturité, tient ferme et fort
par sa queue, et lorsqu’il est en sa
parfaite maturité, tombe plustost de
l’arbre : ou que la femme est ieune ,
qui ne sçait encor se siluer, et endu-
rer les douleurs : ou aussi parce que
l’enfant est mort, au moyen dequoy
pour sortir ne s’aide aucunement :
ou pour l’ignorance de la matrone ,
qui n’est experte à son office : ou que
la femme aura quelque vice en la
*7 I 2 LE DIX-ÏI V1TIEME LIVRE
matrice ou au col d’icelle, comme
s’il est trop clos, qui vient quelques-
fois par le vice de la première confor-
mation, que Nature n’y a fait ample
ouuerture, y laissant vne défectuo-
sité qui ne permet les parties s’es-
tendre et aggrandir, pour donner pas-
sage à l’enfant. Aussi il y a aucunes
femmes qui ont le col de leur matrice
dur et calleux : et tel vice peut venir
pourquelque playe, vlcere, aposteme,
ou par vne combustion , douleur, in-
flation, rbagadies, varices, et autres
indispositions : ou par vn accouche-
ment difficile, qui aura dilaceré les
parties génitales : ou par ignorance,
qui vient le plus souuent des ma-
trones, qui de leurs mains sans rai-
son auront fait tel excès : ce que i’ay
plusieurs fois veu , qu’apres l’vnion
faite il se faisoit vne cicatrice et
callosité, et lors qu’elle reïteroit à
faire enfant , et l’heure venue d’en-
fanter, la partie ne se pouuoit esten-
dre suffisamment : et en tel cas , si
on ne donne ordre à couper ladite
cicatrice et callosité, la mere et l’en-
fant périront.
Pareillement la difficulté d’enfan-
ter prouient par l’air froid, qui com-
prime les parties, ou par vne exces-
siue chaleur, qui prosterne les forces :
aussi vne grande crainte garde la
femme d’enfanter, comme voir des
hommes en sa presence , ou quelque
femme qu’elle abhorre de voir : ou
quand l’arriere-faix vient le premier,
lequel accouchement est appellé Fi-
liusantepalrem, qui est chose très dan-
gereuse >. Semblablement quand l’ar-
riere-faix se séparé et départ trop
subitement de contre la matrice, il
1 Ce membre de phrase : Ou quand l’ar-
riere-faix vient le premier, etc., a été inter-
calé en 1586.
se fait vne grande effusion de sang
qui l’occupe, laquelle estant trop
remplie , empesche que la vertu ex-
pulsiue ne peut ieter l’enfant dehors,
ainsi qu’on voit quand la vessie est
pleine d’vrine qu’on ne peut pisser.
D’auantage, quand il y a quelque
corps estrange auec l’arriere-faix ,
comme vne mole, ou autre mauuais
germe , ou sable : ce que i’ay veu à
deux femmes où ie fus appellé pour
extraire leurs enfants morts : ie pro-
teste auoir trouué en leur arriere-
faix du sable, la pesanteur d’une
liure et plus, semblable à celuy qu’on
trouue à la riuiere.
Plus, la difficulté d’enfanter vient
quelquesfois pour le trop bas aage ,
comme auoir conceu à douze ou à
treize ans , ou moins : comme Sauo-
narola escrit, auoir esté veu vne fille
de neuf ans grosse d’enfant , qui est
chose rare, attendu qu’en cest aage
les vaisseaux sont encores petits et
angustes. Sainct Augustin escrit aussi
qu’vn garçon de l’aage de dix ans
engrossa sa nourrice, lequel conti-
nuait à coucher auec elle l.
Le vice vient quelquesfois à cause
du defaut de l’enfant, parce qu’il est
trop gros , ou qu’il vient de trauers ,
ou les fesses premières, ou les mains
et pieds ensemble: ou qu’il est mort,
et grandement enflé : qu'auec luy a
esté engendré vne mole ( qui est vne
masse de chair, de laquelle parlerons
cy apres), ou que l’enfant est mons-
trueux, comme ayant deux testes :
ou qu’il y en aye deux jumeaux ioints
ensemble : ou quand ils sont plu-
sieurs, comme trois, ou quatre, ou
plus ( ainsi qu’escrit Albucrasis auoir
‘Part. 2. et 15. l.Epist. 63. — A. P. —
Cette citation avec le texte qui s’y rapporte
est de 1585.
DE LA GENERATION.
veu vne femme qui en eut sept d’vne
ventrée ) : ou parce que l’enfant n’a
suiui assez tost les eaux, pour ce
qu'estans vacuées il demeure à sec ,
et que la matrice s'est resserrée , et
toutes les autres parties : parquoy
ledit enfant ne peut sortir hors qu’a-
uec vne 1res grande difficulté.
L’enfantement se connoistra estre
difficile, quand les eaux sont escou-
lées long temps deuant que l’enfant
sorte : si les douleurs viennent de loin
à loin , bien languides , parce que les
cotylédons se rompent à peine, de
façon que l’arriere-faix ne se peut
séparer qu’à la longue : si vn flux de
sang par la matrice a précédé long
temps auparauant ‘.
Et à toutes ces choses le Chirur-
gien bien expert remédiera autant
qu’il luy sera possible, selon son art :
et les matrones expertes pareillement
(desquelles le nombre est tres-petit)
parce qu’elles ne veulent apprendre
des Médecins et Chirurgiens pour les
conduire à mieux secourir les femmes
à leur enfantement, qui est cause d’vn
grand mal.
Or pour faire qu’vn enfantement
soit bon, il faut que l’enfant vienne
à terme, et suiue les eaux, et qu’il
sorte la teste première : et en cela
est requis grande force à la mere et
à l’enfant : et conseille que celles
qui trauaillent beaucoup à enfanter,
lorsqu’elles seront sus leur terme,
qu’elles se baignent en vn demy bain,
auquel on aura fait bouillir racines,
• Ce paragraphe est encore une addition
de 1585 ; et c’était là sans doute une occa-
sion de parler de l’accouchement forcé; mais
Userait difficile d’en découvrir le précepte
dans la recommandation vague qui suit, de
remedier à toutes ces choses autant que possi-
ble , selon l’art. Voyez sur cette question la
note de la page 698.
7.3
semences, et herbes remollitiues, et
qu’on leur oigne le ventre, et le
col de la matrice, et toutes les parties
voisines, de choses relaxantes: comme
huile d’amandes douces, gresse de ge-
line, oye, et leurs semblables Pareil-
lement on leur donnera vn clystere ai-
gu \ pour vacuer les excremensabon-
dans,et à fin qu’elle s’efforce par les
espreintes qu’elle aura du clystere ,
et auec celles de l’enfant : ce faisant,
accouchera tost et plus facilement,
ce que i’ay veu plusieurs fois. D’auan-
tage, doit estre plustost en vne grande
chaire percée propre à ce taire, que
dedans le lit , à raison que les os qui
se doiuent ouurir à l’heure de l’en-
fantement se dilateront plus facile-
ment , parce que la femme ne sera
couchée dessus.
CHAPITRE XXXVII.
DES CAVSES DE L’AVORTEMENT DES
FEMMES2.
Il y a différence entre auortement
et effluxion : auortement, c’est quand
l’enfant est ja tout formé et a receu
vie: effluxion, c’est quand les semen-
ces premièrement conglutinées en-
semble par quelques iours, soudaine-
ment s’escoulent, et en sort quelques
membranes et caillebots de sang con-
cret, et chair sans forme, que les ma-
trones appellent faux germe, dont les
1 Kn clystere aigu; le latin traduit :
acriore clystere.
1 Rueff a le quatrième chapitre de son 5°
Livre qui est intitulé : De abonûs causis et
signis , necnon de aborlienlium omnifariâ
curâ. Mais il suffit de dire que Paré a repris
presque entièrement son article de la Ma-
niéré de extraire’Jes en fans, etc., pour écarter
LE DIX-HVITI^ME LIVRE,
714
femities sont fort tourmentées et
vexées de douleurs et tranchées. Or
l’auortement des femmes vient deuant
le terme, par nature instincte1 et con-
trainte d’enfanter par quelque cause
et violence contre nature , et tel en-
fantement est appelle auortif,ou auor-
tement.
Les causes duquel sont plusieurs,
comme grand flux de ventre , stran-
gurie ou ardeur d’vrine, auec gran-
des espreintes, grandes toux, vomis-
semens violens, ou trop grand trauail
et agitation , comme courir, dancer,
sauter, tomber de haut , ou leuer
quelque pesant fardeau, ou cheuau-
cher vn cheual trottier, ou aller en
coche , ou quelque coup orbe donné
contre le ventre, par ce que tels mou-
uemens desreglés rompent et relas-
chent ledits ligamens de la matrice.
Aussi les choses qui compriment le
ventre de la mere , comme font les
bustes et choses semblables, qui em-
peschent que l’enfant ne peut prendre
croissance naturelle : parquoy il est
contraint sortir deuant le terme deu,
dont par telles choses les meres auor-
tent, au moyen de la lésion qu’on fait
à l’enfant2. Aussi toutes choses qui
toute idée d’imitation ou de plagiat. Franco
a fait de ce même article son chapitre St,
intitulé : Des causes d'auorlement. Voyez cl-
devant, page 624. Roesslina traité la même
question fort au long dans son 8e chapitre;
mais comme il n’y a rien de neuf dans au-
cun de ces auteurs, on peut présumer qu’ils
ont tous puisé aux mêmes sources, c’est-à-
dire dans les auteurs de l’antiquité et du
moyen-âge, et il n’y aurait aucun intérêt à
comparer des doctrines ainsi copiées.
1 Inslincle, l’édition de 1573 portait dis-
tincte l’édition latine a sauté toute la
phrase. Le sens de ce mot est fort difficile à
deviner.
’ Telles causes d’auorlement sont escrites
en français par les Médecins. — A. P. — Cette
note est de 1579,
font que les veines et artères , liga-
mens de l’arriere-faix se relaschent
et rompent par quelques efforts : pa-
reillement par la trop grande fré-
quentation des hommes; aussi le bruit
de foudre et tonnerre, et de l’artille-
rie, et le son des grosses cloches font
auorter,et plus-tostles ieunesque les
vieilles, par ce que le corps desieunes
est plus tendre et délicat et plus rare,
et le corps des vieilles plus robuste
et plus dense.
D’auantage il vient aussi de trop
ieusner, ou à cause de trop grand
flux de sang : mais si l’enfant est en-
core petit, comme d’vn mois ou deux,
le danger n’est si grand, à cause qu’en
tel temps n’a affaire de grande nour-
riture. D’auantage si la femme est
long temps malade, sera cause de la
faire auorter, par ce que le sang se
consomme : parquoy ledit enfant est
contraint de sortir par fauted’aliment,
qui ne luy est enuoyé en suffisante
quantité ny qualité. Aussi peut ve-
nir par trop grande quantité de vian-
des ; car par icelles est suffoquée, et
son aliment corrompu, à cause que
le trop boire et manger fait que la
digestion est mal-faite, et par consé-
quent la masse du sang se corrompt,
dont l’enfant doit eslre nourri et ali-
menté. Aussi pour avoir mangé vian-
des corrompues , et de mauuais suc :
car souuent les femmes grosses sont
degoustées, et ont vn appétit insatia-
ble et depraué de manger viandes es-
tranges et mauuaises choses , qui se
fait le plus souuent enuiron le troi-
sième mois qu’elles ont conceu ; le-
quel appétit vient à raison de cer-
taines humeurs visqueuses, aigres, et
froides, et d’vne pituite qu’elles ont à
l’estomach , ou entre les membranes
d’iceluy, dont l’enfant en est infecté.
Ainsi aucunes désirent manger des
DE LA GENERATION.
charbons, craye, terre, herbes, fruits
non meurs, harancs et autres pois-
sons cruds, et chair, papier, piastre,
poyure et autres espiceries, boire du
vinaigre, ayanten haine toutes bonnes
viandes : lequel appétit ainsi depraué
augmente lors que les cheueux com-
mencent à venir à l’enfant : et au-
cunes qui ont vn tel désir n’en man-
geans, quelquesfois auortent, et sont
en danger de leur vie. Les femmes
doiuent en cela résister et dompter
cette mauuaise affection : toutesfois
si on connoist qu’elles ayent vn si
grand vouloir et enuie d’en man-
ger, leur faut permettre, encore que
telles choses leur soient contraires,
pourueu qu’elles ne leur apportent
trop grand dommage et preiudice :
car souuent digèrent telles choses
ordes, et les transmuent en aliment,
sans qu’elles en ressentent aucun mal
ny dommage en leurs corps.
D’auantage, l’auortement se peut
faire par l’vsage des bains et estuues,
parce qu’elles mollifient et lubrifient
et relaschent les ligamens de la ma-
trice : et aussi que par la chaleur des
bains, la chaleur interne de tout le
corps est bien fort augmentée, et t’en-
fantsentant icelle quiluyestestrange,
ne la peut souffrir, dont fait ses ef-
forts à sortir hors de la matrice1. Les
femmes grosses , qui sans cause ma-
nifeste auortent au deuxième ou
troisième mois, tombent en cest in-
conueuient, parce qu’elles ont les co-
tylédons, c’est à dire, les bouches et
orifices des vaisseaux de leur matrice,
pleins de phlegme cras et gluant , et
partant l’enfant ne peut estre détenu
à cause de sa pesanteur, et se rom-
pent et deschirent , parce qu’ils sont
' Le paragraphe s’arrêtait ici en 1 573 ; le
reste est de 1575.
7 1 5
oints et mouillés de phlegme glissant.
Aussi peut venir auortement par
trop grand’ ioye1, ou par vn grand
désir qu’elle auroit de manger quelque
chose, ou par despit et fascherie
qu’elle aura, ne se pouuant vanger
et faire ce qu’elle desire, ou vne
grande peur, par la mutation trop su-
bite qui se fait au corps. Or voila les
causes qui font auorter les femmes.
D’auantage, si les mammelles de la
femme grosse sont dures et pleines,
puis subit diminuent, c’est signe d’a-
uortement2: car de là nous est signi-
fié qu’il y a defaut d’aliment compe-
tant et suffisant pour l’enfant : car
comme est enseigné en l’anatomie,
il y a des veines communes aux mam-
melles et à l’amarry, lesquelles lors
qu elles ont peu de sang, les mam-
melles frustrées de leur enuitaille-
ment ordinaire deuiennent plus gres-
les que de coustume : dont s’ensuit
que par faute de nourriture suffisante,
l’enfant meurt, ou cherchant dehors
ce qu’il ne trouue dans le corps de sa
mere, rompt violentement les mem-
branes dont il est enueloppé , et sort
deuant le temps légitimé en lumière.
Aussi si la femme porte deux enfans,
et l’vne de ses mammelles flétrisse et
diminue, c’est signe que l’enfant qui
est de ce costé là est mort, ou en bien
grand danger3.
Les femmes endurent plus grande
douleur en auortant que lors qu’elles
accouchent à terme , et sont en plus
> Aphor. 45. sect. 5. — A. P. — Cilalion
de 1579.
2 Proynosiic d’auortement de l’Aphor. 53.
sect. 5.— A. P. —Note de 1579. Dans l’édition
de 1573, l’auteur passait immédiatement à
la dernière phrase de ce paragraphe : Aussi
si la femme porte deux enfans, etc.
3 Par l’Aphor. 38. sect. —A. P. — 1579.
LE DIX-HVITI^ME LIVRE ,
716
grand péril, d’autant que ce qui se fait
contre nature est plus grief et mau-
uais que ce qui se fait naturellement.
Il aduient souuent aux femmes qui
ne portent au commencement leurs
enfans à terme, qu’elles font les en-
fans suiuans en ce mesme temps. Par-
quoy cela aduenant, on aura recours
au Médecin à rechercher les causes,
et euiter toutes les choses qui font
auorter. Cest emplastre est vtile ap-
pliqué sus les reins :
"if. Labd. 3. ij.
Galang. 3. j.
Nucis mosca. nucis cupres. boli arm.
terræ sigill. sang.drac. balaust. ana 5. fi .
Acac. psidior. hypochisl. ana 3. j.
Mastic, myrrbæ ana 3. ij.
Gummi arabici 3. j.
Tereb. Venet. § . ij.
Picis naual. § . j. fi’
Ceræ quant, suff.
Fiat emplastrum secundum artem, exten-
datur super alutam ad vsum.
S’il suruenoit chaleur et prurit aux
lieux où il auroit esté appliqué, par
le moyen dudit emplastre, il sera osté,
et appliquera-on l’onguent rosat, in-
frigidat. Galeni, ou de celuy qui s’en-
suit :
3f. O'ei myrt. cydon. et mastic, ana 5- j-
Hypochist. acac. boli Arm. sang. drac.
ana 3. j.
Sandal. citrini 3. iiij.
Ceræ quantum sufficit.
Fiat vnguentum secundum artem.
Quelques femmes portent leur en-
fant dix et onze mois, parce qu’il a
esté engendré de grande quantité de
semence : à ceste cause a esté fait
grand, fort, et vigoureux , qui fait
que pour sa nourriture il faut qu’il
demeure plus long temps en la ma-
trice '. Car vn gros fruit n’est si tost
meur qu’vn petit : aussi vn enfant
menu et gresle dés sa conception, ou
première conformation , et qu’il soit
chaud et sec de sa complexion, a as-
sez de neuf mois , et quelquesfois de
sept pour sa maturité, où à vn autre
en faudra dix , onze et douze : aussi
voit-on communément les filles venir
iusques au bout du neufiéme mois,
et le fils naistre au commencement et
entrée du mois : car la complexion
chaude sert beaucoup à la prompte
maturité, et la froide et humide plus
tardiue. Voila quant à l’enfant, que
selon sa complexion et corpulence
qui en procédé, séjourné plus ou
moins en la matrice attendant sa ma-
turité. A cecy aide grandement la
matrice : car elle est de température
chaude ou froide : la chaude aide à
cuire le fruit plus tost, et la froide
plus tard.
CHAPITRE XXXVIII.
DES MOYENS DE SVRVENIR A L’ENFANT,
LA MERE MORTE2.
Ors’iladuenoit que la femme grosse
d’enfant fust en agonie, ou aux efforts
de la mort, qui se peut connoistre par
les signes cy deuant déclarés , faut
que le chirurgien se trouue prest et
1 Monsieur loubert. — A. P. — Tout ce der-
nier paragraphe, avec la citation qui s’y
rapporte, a été ajouté en 1579.
* Ce chapitre, comme le précédent, est en
grande partie extrait de La maniéré de ex-
traire les enfans, etc. Franco en a fait son
chapitre 87 intitulé : La manière de tirer
l’enfant quand la mere est aux traits de la
mort. Voyez ci-devant page 631. Ni Roesslin
ni RuelT n’ont traité ce sujet.
DE LA GENERATION.
appareillé à ouurir subit la femme,
apres le dernier souspir de la mort, à
fin de sauuer l’enfant, s’il estpossible :
et ne faut auoir confidence à la bâil-
lonner, et tenir sa bouche et parties
génitales ouuertes, pour donner air
et esprit à l’enfant estant dans le ven-
tre de sa mere et encor inuolué de-
dans les membranes, veu que ledit
enfant estant au ventre de sa mere
n’a son air que par les mouuemens
de l'artere ombilicale >. Et la mere
decedée, ses poulinons ne font plus
leur action, qui estoit attirer l’air ex-
térieur par la bouche, et le conduire
par la trachée artere aux poulmons,
et d’iceux au cœur par l’artere véna-
le, et du cœur par la grande artere
aux arleres de la matrice, et d’icelles
par les cotylédons, qui sont au cho-
rion ou arriere-faix , et d’iceux à
l’ombilic de l’enfant par l’artere om-
bilicale, et de là aux arteres iliaques,
puis au cœur, et d’iceluy à toutes les
parties de l’enfant Parquoyla mere
estant decedée, tous ces mouuemens
cessent, dont ne pourra plus receuoir
ny attirer aucunement l'air par l’ou-
uerture de la bouche et parties géni-
tales de la mere estant morte : et par
conséquent le mouuement naturel du
cœur dudit enfant cesseroit en bi ief,
apres que la femme auroit rendu
l’esprit. Parquoy si tost qu’elle aura
expiré et ietté le dernier soupir, la
faut ouurir en diligence, et ne se fier
aucunement susdites ouuertures.
Et quant à l’ouuerlure de la femme
grosse decedée, pour extraire l’en-
fant, elle doit estre commencée près
le cartilage nommé xiphoïde, ou po-
mum granatum, en leuant le cuir et
muscles du ventre et le péritoine en
1 Beau discours comme l'enfant attire son
air estant auventre de samere. — A. P. — 157ô.
7l7
figure d’escusson, en euitant bien de
faire apertion des intestins : puis su-
bit on incisera la matrice, la leuant en
haut, de peur qu’en faisant l’incision
on ne touche du rasoir à l’enfant, le-
quel trouueras nager aux aquosités
susdites, et souuent le nombril en-
tortillé au col , ou aux bras et
iambes.
Faite l’ouuerlure, le dit enfant ne
se meut pas tousiours, pour l’oppres-
sion et la débilitation et faute des es-
prits et vertus qu’il n’aura receués à
suffisance, à cause du décès de la
mere. Parquoy de prime face sem-
blera aux assistans qu’il n’aura nulle
vie: ce que connoistras véritablement
en touchant et taslant son ombilic,
auquel senliraspousser et battre l’ar-
tere ombilicale, s’il a vie : aussi que
si tost qu’il aura senti l’air, mouuera
tout en vn coup aucuns de ses mem-
bres. Or si tu connois que ses Vertus
et forces soient debiles, faut bien eui-
ter de lier et séparer l’ombilic d’auec
l’arriere-faix, à cause que le dit en-
fant peut attirer et receuoir chaleur
et quelque reste d'esprits contenus
encore audit arriere-faix : parquoy
le poseras sus le ventre de l’enfant,
et le laisseras iusques à ce que la cha-
leur soit exhalée : car par ce moyen
seras cause d’augmenter ses vertus,
et par conséquent d’allonger sa vie.
Mais là où ledit enfant seroil fort,
alors pourras lier subit ledit ombilic,
comme nous auons dit cy dessus, et
au reste laisser l’enfant à Dieu et aux
femmes, qui luy feront ce que nous
auons escrit ’.
1 Après avoir copié ce chapitre, Franco
décrit sous le titre: Autre procedure, une
manière de faire un peu différente, dont le
trait le plus saillant consiste, après la pre-
mière incision faite au péritoine, à le sou-
LE DIX-H VI T IIJ ME LIVRE,
718
Ce qu’il faut faire lors que la sage
femme a dilaccrc et rompu le peri-
neum 1 .
Et s’il aduenoit, comme quelques-
fois se fait, que par la violence d’a-
uoir tiré l’enfant, on eust diiaceré les
parties génitales de la mere, et que
des deux trous il s’en fust fait vn,
alors il faudra faire quelques points
d’aiguille pour reünir ce qui seroit
contre Nature séparé, et traiter la
playe selon l’art. Et lors que tel acci-
dent aduient, est vn grand desastre à
la pauure femme, parce que si elle
renient à estre grosse apres, et que
son heure soit venue d’enfanter, ses
parties génitales ne se peuuent assez
suffisamment dilater pour donner
passage à l’enfant, à cause de la cica-
trice : parquoy on est contraint la
couper vn peu, puis la dilucerer, à
raison que l’vnion se fait mieux, ou
autrement la femme ne pourroit ia-
lever avec les doigts repliés au-dessous ,
pour éviter les intestins. Comme la mère est
morte, cette précaution n’a pas grande im-
portance ; et, en général, Franco n’a pas
été aussi bien inspiré pour les accouche-
ments que pourlachirurgie proprement dite.
Guillcmeau dit avoir l'ait l’opération césa-
rienne sur le mort, en présence de Paré:
« l’ay fait telle opération à quelques fem-
mes fort heureusement, et entre autres à
madame Le Maire, accompagné de M. Phi-
lippes, mon oncle : et à madame Pasquier ,
soudain après qu’elle fut decedee , presens
monsieur Paré, et le curé de Sainct-André-
des-Arts. » L’ heureux accouch. Liu 11, ch. 28;
1621 , p. 304.
s J’ai mis en titre cette note marginale ,
alin d’appeler l’attention du lecteur sur ce
passage perdu dans un chapitre où on ne
serait guère tenté de l’aller chercher, et où
l’on trouve cependant le premier conseil et
la première exécution de la suture du
périnée.
mais accoucher : ce que i’ay fait à
deux en cesle ville de Paris.
Or ie m’esmerueille comme d’au-
cuns veulent affermer auoir veu des
femmes auxquelles, pour extraire
leurs enfans, on leur auoit incisé le
ventre, non seulement une fois, mais
plusieurs' : car telle chose par raison
m’est du (oui impossible à croire, at-
tendu que pour donner issue à l’en-
fanl, il faudroit faire vnegrande playe
aux muscles de l’épigastre, et pareil-
lement à la matrice, laquelle estant
imbue de grande quantité de sang, et
y faisant vne diuision si grande, il y
auroit vne très grande hémorrhagie,
dont la mort s’ensuiuroit. D’auan-
tage apres auoir consolidé la playe,
la cicatrice ne permetlroit apres à la
matrice de se dilater pour porter en-
fant. 11 y a encores d’autres accidens
qui en pourroient aduenir, et le pis,
vne mort subite à la mere : et partant
ie ne conseilleray iamais de faire tel
ocuure, où il y a si grand péril, sans
nul espoir 2.
I L’édition de 1573 disait en cet endroit ;
(Si cela est vrai/ il peut estre ) si est ce que cela
m’est du tout impossible à croire, etc.
* Ce dernier paragraphe est en quelque
sorte l’origine d’un des meilleurs livres du
xvi* siècle ; je veux parler de Y Hysterotomo-
toliie de Roussel, qui fut composée pour
répondre au défi de Paré.
II semble que Paré n’ait pas fait preuve
en cette circonstance d’autant desoumission
à la voix de l’expérience, que lorsqu’il s’a-
gissait de la diduction de la symphyse pu-
bienne. En effet le livre de Roussel avait
paru dès 15S1 ; il avait été écrit pour le con-
vaincre de la possibilité de l’opération, et la
démonstration ne pouvait être plus claire :
Roussel rapporte dix observations, pour
plusieurs desquelles il avait lui-même vu
les malades. Comme l’édition française
de son livre est rare, je reproduirai le
commencement de son AVÎs au lecteur,
DE LA. GENERATION
CHAPITRE XXXIX.
DE LA SVPERFETATION , C’EST-A-DIRE
CONCEPTION REITEREE OV SVREN-
GENDRÉE.
Quand la femme a deux o j trois ou
plusieurs enfans, et chacun d’iceux
sont distincts et séparés, ayans chacun
leurarriere-faix, il y a superfeta ion :
mais s’ils sont trouués enueloppés
en vn seul, seront engendrés par vne
grande quantité de semence, et non
où il parle de ses discussions avec Paré.
« le n’auois entrepris ( Amy Lecteur ) au
commencement, que de mettre en escrit vne
simple histoire , et quelques petites disputes,
que monsieur Paré et moy auions par cy-
deuant amiablement eües ensemble sur
l’enfantement, que ieluy baptisols du nom
de cæsarien ; et ce en stile françois, duquel
il vse plus volontiers en ses conférences et
escritures. Mais après que la veüe de mon
allégué luy eust descouuert la vérité du faict
historial, et que la probabilité de mes rai-
sons sembloit luy auoir persuadé, ce qu’il
tenoit pour impossible ; ie deliberay de n’en
escrire rien du tout. » Truilté nouueaa de
ihyslcrotomolokie ou enfantement cæsarien,
par Françoys Rousset, médecin. Paris 1581.
On peut remarquer dans ce court passage
deux points et virgules (;), ce qui fait re-
monter l’usage de ce signe beaucoup plus
haut que je n’avais dit dans mon Introduc-
tion. J’aurai peut-être occasion de revenir
sur ce point.
Mais pour revenir à noire objet, on voit
donc que Rousset s’imaginait avoir converti
Paré à son opinion. Qui ne l’eut cru de
même, 'après dix observations ! Et d’un autre
côté, si l’on songe que Paré , en 1579, se
tenait, par raison, convaincu du contraire,
et qu’il a conservé cette manière de dire en
1585, il ne parait pas pouvoir échapper au
reproche d’avoir, pour cette fois au moins,
préféré la raison à l’expérience. Mais un pas-
7 1 9
par superfétation : ce qui se prouue
parles raisons qui s’ensuiuent. Galien
au liure des Facultés naturelles, et au
liure de semine, nous enseigne , que
tout ainsi qu’apres que nous auons
pris noslre repas, l’estomacli vient à
se retirer de telle sorte que, comme
auec les deux mains, il tient de tous
costés enuironnées les viandes qui
sont au dedans, pour peu qu'il en ait,
à fin de les cuire et altérer pour la gé-
nération du chyle, de sorte que les-
dits alimens ne peuuenl estre es-
branlésçà et là, pour la compression
faite par le susdit estomach (Galien
sage fort curieux de Guillemeau nous don-
nera la véritable raison de cette apparente
opiniâtreté :
« Aucuns tiennent que telle section césa-
rienne se peut et doit practiquer (la femme
estant viuanle] en vn fascheux accouche-
ment : ce que ie ne puis conseiller de faire,
pour i’auoir expérimenté par deux fois, en la
presetice de Monsieur Paré, etveu practiquer
à messieurs Viart, Brunet, Charbonnet, chi-
rurgiens fort experts : et sans auoir rien
obmis à la faire dextrement et méthodique-
ment : Toutesfois de cinq femmes ausquel-
les telle operation a esté faite, il n’en est
reschappé aucune : le sfay ce quel’oh peut
mettre en auant qu’il y en a qui ont esté
sauuees : mais quand cela seroit arrivé, il
le faut plustost admirer que practiquer ou
imiter : d’vne seule arondelle on ne peut
iuger le printemps, ny d’vne seule expé-
rience l’on ne peut faire vne science.
» Apres que Monsieur Paré nous l'eut fait
expérimenter, et voyant que le succès en estoit
malheureux, ils’ est désisté et rétracté de cesle
operation, ensemble noslre College des Chi-
rurgiens iurez à Paris, et la plus saine partie
des Docteurs Regens en la Faculté de méde-
cine à Paris : lorsque cesle question fut suffi-
samment agitee par feu monsieur Marchand,
en ses deux déclamations qu’il fit lorsqu’il
eut cest honneur de passer Chirurgien iuré
à Paris. » ( L’heureux accouchement, liu. n,
chap. 28 j 1621, p. 307.)
LE DIX-HV1TIEME LIVRE
720
entend de l’estomach des personnes
sains, non malades/, de mesme veut-il
estre fait en la matrice, apres Feiec-
tion de la semence de l’homme et de
la femme. Car de tous costés la ma-
trice vient se serrer, et se comprime
le plus qu’elle peut, pour retenir les-
dites semences en vn, en quelle quan-
tité qu’elles soient, de sorte qu’vne
partie de la semence ne peut estre re-
tenue en l’vn costé de la matrice, ny
l’autre en l’autre, pour faire deux fœ-
tus d’vn coït et d’vne mesme semen-
ce, couuerts deplusieurs arriere-faix :
et moins trois, ou quatre ou plus ,
comme il s’en trouue par fois : attendu
que la matrice des femmes n’a milles
sinuosités ou réceptacles, comme ont
les bestes, qui conçoiuent plusieurs
fœtus à vne fois : autrement faudroit
dire la semence n’estre de tous costés
comprimée et serrée par ladite ma-
trice, ce qui seroit conlreuenirau dire
des anciens : ioint aussi qu’en l’espace
vuideil seroit nécessairement contenu
de l’air, par lequel la vertu genera-
tiue des semences seroit muée et al-
térée. Mais comme il est aisé à voir
les deux, ou trois, ou plus ou moins,
fœtus enueloppés de diuers arriere-
faix, c’est-à-dire, non gemeaux, se-
ront engendrés comme s’ensuit. Sup-
posé que pour ce iourd’huy l’homme
ayeconneu la femme de telle sorte,
que de ce soit ensuiui génération, la-
quelle, comme nous monstre Aristote
et Galien.se fait en un moment : aussi
tost que la semence fertile de tous
deux a esté receuë dedans la matrice,
aduient qu'elle n’est fermée si exacte-
ment et eslroitement qu’elle ne s’ou-
ure quelque temps apres, si l'homme
de rechef se ioint auec la femme, et
que tous deux reieltent semence fer-
tile : et lors se fera nouuelle généra-
tion c’est-à-dire, superfétation : car
Superfétation n’est autre chose qu’vne
seconde conception, sçauoir lorsque
la femme ja grosse vient de rechef à
conceuoir: et telle est l’opinion d’Hip-
pocrate, au liure qu’il a fait de la Su-
perfétation.
Quant à l’occasion et cause pour la-
quelle l’vterus ja clos par le moyen de
la première conception, vient de re-
chef à se r ouurir, icelle est diuerse-
ment rencontrée. Quelques-vns disent
que l'vterus apres la conception par
diuers interualles de temps s’ouure,
pour se vuider de certains excremens
qui s’amassent en iceluy : que si lors
il aduient que l’homme s’accouple
auec la femme, la superfétation auoir
lieu. Autres disent que l’vterus, ou de
soypour estre trop friand et amou-
reux (selon la diuersité du tempéra-
ment) ou pour estre trop amoureuse-
ment chatoüillé par l'homme en l’ac-
couplement, esguillonné d’vn appétit
comme enragé, par l’extremité du
plaisir et volupté qu’il sent lors (car
le propre de volupté est ouurir et las-
cher, comme de fascherie fermer et
restraiudre) se r’ouure de rechef,
pourreceuoiretembrasser la semence
virile, dont se fait superfétation et se-
conde conception : opinion qui me
semble fort v ray-semblable. Car ainsi
voyons-nous souuent le repas pris, et
par conséquent l'estomach fermé ,
iceluy se r’ouurir, non pour toutes
viandes, mais pour celles qui sont de
meilleur goust, et propres pour le re-
mettre et esguillonner de rechef en
appétit2 : ce que mesme n’aduient à
1 Le paragraphe s’arrêtait ici en 1573; le
reste est de 1575, de même que le long pa-
ragraphe qui suit immédiatement.
2 Belle el facile comparaison. — A. P.
DE LA GENERATION.
toutes personnes, mais à celles seule-
ment qui sont , comme l’on dit, de
plus grande vie : non plus que la su-
perfétation n'a paslieu en toutes fem-
mes, mais seulement en celles de plus
friande et amoureuse nature.
Or la semence peut estre iettée à
deux ou trois fois, ou plus, par inter-
ualle de temps, c’est-à-dire, entre la
première et la seconde copulation :
ce que recite Pline 1 , qu’vne femme fit
vn enfant qui auoit neuf mois, et vn
autre qui n’en auoit que cinq, tous
deux d’vne ventrée : et dit d’auan-
tage qu’vne femme accoucha de deux
enfans, dont l’vn ressembloit à son
mary, et l’autre à son paillard : aussi
dit que Proconnesia esclaue conceut
en vn iour deux enfans, l’vn de son
seigneur, et l'autre de son procureur,
chacun retirant à son pere.
Rousset dit auoir veu vne femme
qui accoucha d’vn second enfant ,
trois semaines apres vn autre accou-
chement, dont elle estoitja releuée2:
1 Lib. 7, cap. 2.
2 Histoire de Roussel, en son Hure de l'en-
fantement Cesarien. — A. P. — Ce paragraphe
a été écrit en 15S5, ou plutôt refondu et
amplifié sur le texte primitif ; et cependant
celui-ci mérite d’être reproduit, attendu que
Paré appelle en témoignage sa propre expé-
rience .
« Or, i’ay encor à dire pour prouuer
qu’il se faict superfétation , c’est qu’autant
qu’il y aura d’enfans autant se trouueront
d’arriercfais : et est vrayseinblable que si la
conception ne se faisoit qu’en vne seule fois,
n’y faudroit aussi qu’vn arrierefais, mais
autant qu’il y a d’enfans (s’ilz ne sont iu-
meaux, et ne s’entretiennent), autant il y
a d’arrierefais : ie le scay pour les auoir veus
plusieurs foys séparés l’vng de l’autre. Or C’est
chose monstrueuse, etc. »
Ce texte existe encore en 1579; seulement
augmenté de l’histoire de la femme d’A-
lexandrie, qui avait été ajoutée en 1575.
721
qui est bien pour prouuer qu’il se
lait superfétation. Et ceux qui sont
conceus par superfelation , sont en-
ueloppés chacun de leur arriere-
laix, tellement qu’il y a autant d'ar-
riere-faix que d’enfans : au contraire
des enfans gemeaux, d’autant qu’ils
sont conceus d’vne raesme semence ,
d’vn mesme coït, et en mesme instant :
aussi sont-ils couuerts et enueloppés
d’vn mesme arriere-faix. Et tout ainsi
que les superfétations ne sont con-
ceuës en vn mesme temps , aussi ne
sont-ils enfantés en mesme temps :
par ainsi comme le temps de la con-
ception en a esté diuers , aussi le
temps de l’accouchement en sera di-
uers. Or la superfétation ne se peut
faire, sinon depuis le premier iour de
la première conception , iusque au
quarantième , et non plus outre :
parce que la matrice estant occupée
du fœtus, qui commence à croistre,
ne permet pas qu’il y ait place suffi-
sante en la matrice pour receuoir vn
nouueau fœtus. V ne femme d’Alexan-
drie fut veuë à Rome , du temps
d’Adrian, auoir cinq fils, desquels le
cinquième estoit né quarante iours
apres les quatre nés en mesme temps.
Or c’est chose monstrueuse quand la
femme porte plusieurs enfans, veu
que Nature ne luy a donné que deux
mammelles : toutesfois il y en a qui
en portent plusieurs, comme nous di-
rons cy-apres1.
L’entrée de la matrice aux vierges
et femmes grosses , et en celle qui ne
porte plus, est semblable au gland de
la verge de l’homme : mais en celles
qui sont prestes d’accoucher et cel-
les qui sont recentement accouchées,
1 Ici se termine le chapitre dans les pre-
mières éditions ; le dernier paragraphe a été
ajouté en 1585.
II.
46
LE DIX-HVIT1ÉME LIVRE,
722
est tellement estendue et ouuerte,
qu’il n’y demeure aucune apparence
d’entrée ny gland : car on n’y voit
qu’vn creux presque par tout égal ,
depuis le fond de la matrice iusqu’à
la partie honteuse. Ceste entrée se
serre fort estroitement depuis la con-
ception : toutesfois elle s’ouure quand
elle reçoit la semence, ou la iette
hors , ou les menstrues et certaines
aquosités, et autres excremens.
CHAPITRE LX.
DE LA MOLE ENGENDRÉE EN LA MA-
TRICE, APPELLÉE DES FEMMES MAV-
VAIS GERME*.
Mola a pris le nom de myle , nom
grec , qui est vne meule de moulin ,
pour la similitude qu’elle a , tant de
figure qui est le plus souuenl ronde,
que de consistence qui est dure, auec
ladite meule de moulin : pour la-
quelle mesme raison l’os du genoüil ,
dit vulgairement rolula genu , a esté
aussi appelé mola , des Latins , et des
Grecs, myle 2.
Mola donc de laquelle nous vou-
lons icy parler, est vne fausse im-
prégnation d’vne chair sans forme ,
de ligure ronde et dure, contenue en
la matrice , comme vne masse rude
sans articulation de membres distin-
1 Les dcuxpreinierschapitresdu5c Livre de
Ruelî traitent de la môle ; mais il y a une telle
différence dans la rédaction de Paré, qu’il
n’a dû emprunter à son devancier que fort
peu de chose. L’étymologie du mot mola est
à peu prés la même dans les deux auteurs.
2 L’édition de 1573 disait seulement :
Molla (sic) n pris le nom de Motion, nom
grec , qui est vne chose ronde , et parce que la
forme de Molla est ronde a esté ainsi / appelée.
gués, excitée d’vne semence corrom-
pue ou imbecille , et d’vn tlux exces-
sif de sang menstruel (et telle est la
définition de la mole donnée par Hip-
pocrates * ) laquelle n’est enueloppée
d'vn arriéré faix , mais seulement de
sa susdite membrane, qui l’enueloppe
de toutes parts 2.
Philoniusditque la mole est engen-
drée de la semence de la femme et
du sang menstruel concurrens en-
semble , sans semence virile. Galien
dit que les poulies fout bien des œufs
sans coq , mais les femmes ne conçoi-
uent sans les hommes, ny vn amas de
chair , qui est vne mole , ny autres
choses semblables, qui peuuent estre
dites mauuais germe. Et dit d’auan-
tage, que la semence de l’homme est
la cause et principe du mouuement ,
et celle de la femme sert et aide
comme de matière pour la genera-
1 Au liure de Sterilib. et au liure de Mor-
bis mulierum. — A. P.
2 L’édition de 1573 donne une autre leçon:
«... contenue en la matrice, et a sa
racine longue de deux ou trois doigts, plus
ou moins, faicte de la membrane qui l’en-
veloppe et des vaisseaux qui la nourrissent
(ainsy que nous voyons certaines loupes
faictes aux parties de noslre corps) : et la 011
elle n’eust eu sa racine ainsy longuette, et
separee de la matrice, lorsque la femme se
tourne d’vn costé ou d’autre, elle n’eust
bougé de la partie contre laquelle elle seroil
attachée : icelle n’est enueloppee d’vn ar-
riere-fais, etc. »
De plus on lisait cette note en marge : La
molle prend son nourissement ainsy que font
les louppes, et les fuiigus des arbres. En sorte
que cette description convenait tout aussi
bien, et même mieux aux polypes fibreux
pédiculés qu’aux véritables môles. Nous ver-
rons d’ailleurs au chapitre suivant que Paré
11e savait pas les distinguer; et c’est ce qui
donne même à tout ce qu’il en a écrit un
intérêt vraiment chirurgical. Le texte actuel
date de 1575.
DE LA GENERATION.
tion Auicenne baille deux causes :
la première est vne effusion de ma-
tière auec vne chaleur vehemente : la
seconde est la compag nie de l’homme,
lors que la matrice reçoit la semence
de la femme , la faisant croistre par
nourrissement , et à raison que la se-
mence de l’homme n’est fécondé, ne
se fait conception louable qui par-
uieune à parfaite conformation2. Fer-
neldit3que la cause efficiente d’vne
mole n’est seulement le sang mens-
truel, ny que la semence seule de la
femme ne la peut faire, veu qu’on ne
vit iamais femme auoir conceu vne
mole sans la compagnie d’homme :
parquoy principalement la cause de
la mole estre la semence de l’homme,
qui fait fermenter celle de la femme ,
comme la presure le fromage , ou
le leuain la paste. Ce que Fernel a
appris d’Hippocrates, et de la plus
part des bons autheurs, qui tiennent
que mole n’est faite sans la semence
virile, mais plus de la féminine, et
d’vne grande quantité de sang mens-
truel contenu aux vaisseaux de lama-
trice, lequel auec la grande quantité
de la semence féminine corrompt et
suffoque la virile, empeschant que la
vertu formatrice ne face son action ,
laquelle se fait par vne bonne tempe-
rature, et au contraire est corrompue
par vne immoderation 4. Et telle opi
nion est la plus raisonnable : car telle
mole ou masse de chair ne s’engendre
en l’vterus à la façon des vers, d’vne
simple chaleur et d’vn humeur es-
1 Liure 14. de vsu parlium. — A. P.
2 Auicenne, liu.3. fen. 21 . trait. 1 .cap. 18.
— Cette citation d’Avicenne manque dans
l’édition primitive, et a été ajoutée en 1575.
3 Six. liu. des maladies, ch. 15. — A. P.
— 1573.
■•Le paragraphe s’arrêtait ici en 1573; le
reste est de 1575.
723
pais et visqueux , mais en outre des
deux semences de l’homme et de la
femme , par le moyen de l’esprit ge-
neratif : ce qui est aisé à connoistre
par le moyen des membranes des-
quelles elle estenueloppée, parles li-
gamens auec vn fœtus formé, qui se
voit quelquesfois attaché à icelle par
superfétation , par accroissement , et
par le mouuement tremblotant.
Or par mauuaise quantité ou qua-
lité des semences n’est seulement
faite vne mole, mais aussi enfans im-
parfaits et monstrueux , voire quel-
quesfois des animaux, et autres cho
ses monstrueuses, dont nous parle-
rons cy apres. Et si 011 tenoit qu’vne
mole peut estre engendrée sans se-
mence d’homme , aucunes femmes
pourroient par là couurir leur impu-
dicité : ce qui ne se fait iamais.
CHAPITRE XLI.
DES SIGNES POVI! CONNOISTRE VNE
MOLE D’AVEC VN ENFANT.
On voit en vne mole quasi tous
les signes des femmes grosses d’en-
fant. Les signes du commencement
de mole sont , douleur poignante au
ventre, comme de colique : le ventre
s’enfle plus subit et plus fort que
d’vn enfant , et sera plus dur. Pareil-
lement la mole est plus difficile à por-
ter qu’vn enfant , parce qu’elle est
contre nature et comme vne chose
sans esprit et vie, et l’enfant est selon
nature, ayant une ame diuine. Les
mammelles s’enflent au commence-
ment, mais enfin demeurent mollas-
ses et flestries1, et diminuent, pource
1 Edition de 1573 •■Aussy les mamelles ne
s’enflent, mais demeurent mollasses et flailries.
LE DÏX-HVITIÉME LIVRE,
794
que Nature en vain y enuoyeroit du
laict , veu qu’il n’y a point d’enfant
pour l’allaicter et nourrir*. Deuantle
troisième mois on y trouue mouue
ment, toutesfois fort obscur, petit, et
comme tremblotant : ce qui n’est
trouué à vn enfant 1 2.
Or combien que la mole se meuue,
et qu’il semble y auoir quelque vie ,
neantmoins elle ne tient point ceste
vie de l’ame raisonnable, mais seule-
ment de la faculté de la matrice , et
de l’esprit generatif qui gist aux se-
mences et au sang menstruel , les-
quelles choses nourrissent et entre-
tiennent, et donnent forme à l’enfant
pour quelque temps : mais puis apres
sa formation , Dieu luy transmet
Famé, qui est vne inspiration de l'es-
prit diuin, laquelle distingue l’homme
des bestes et le rend immortel : ce
qui defaut à la mole, car elle a seu-
lement vie vegetatiue comme les plan-
tes3. Aussi l’enfant en son temps a son
mouuement different , parce qu’il se
meut de costé dexlre et senestre, ce
qui n’aduient en vne mole sans com-
pression , et la comprimant à dextre,
est poussée à senestre, et du senestre
au dextre, et retourne en mesme lieu
d’où elle auoit esté poussée : au con-
traire de l’enfant , qui pour l’heure
1 Dans l’édition de 1585 et les suivantes,
on lit ici cette courte phrase . D’auantage
le nombril ne sort hors comme lorsqu’il y a
enfant. Je l’ai retranchée sans hésiter, at-
tendu que dans toutes les éditions, même
celle de 1573, on la retrouve un peu plus
bas, et presque dans les mêmes termes.
3 La mole a vu mouuement petit et obscur
comme les esponges attachées contre les ro-
chers, et comme les vrlies de mer. — A. P.
a Ces mots, ce qui defaut à la mole, etc.,
manquent en 1573 et en 1575. Les autres
éditions portent uniformément : car elle n’a
seulement, etc. ; j’ai retranché la négation,
qui faisait un véritable contre-sens.
qu’on le pousse ne sort de sa place.
Pareillement quand la femme se
tourne en son lit , la sent tourner de
coslé et d’autre , auec vne pesanteur
comme si c’estoit vne boule. D’auan-
tage tout le corps de la femmedeuient
mollasseet émacié, c’est à-dire, amai-
gri et sec , principalement les cuisses
et iambes , lesquelles s’enflent vers le
soir, de sorte que la femme ne se peut
bien soustenir dessus, à cause de la
débilité de la chaleur naturelle , qui
commence à défaillir aux parties plus
esloignées du cœur : aussi le ventre
est fort enflé , et semble que ce soit
bydropisie , excepté qu’il est plus dur,
et ne rend point de son de tabou-
rin lorsqu’on frappe dessus. Telle en-
fleure de ventre prouient de ce que le
sang menstruel qui tombe dans l’vte-
rus, n’est point employé en nourri
ture, mais s’accumule ainsi peu à
peu. Aussi le nombril ne sort dehors,
comme quand il y a enfant. Pareille-
ment en la mole iamais les fleurs ne
coulent, comme il se fait quelquesfois
à lafemme grosse d’enfant, si ce n’est
à d’aucunes , à qui aduient grandes
vuidanges, qui les allègent fort de la
pesanteur de leur ventre.
Aucunesfois la mole est tant adhé-
rente et attachée contre les parois de
la matrice , et aux orifices des vais-
seaux ( qu’auons par cy deuant nom-
més cotylédons) que iamais n’en peut
eslre séparée : partant la pauure
femme la porte quelquesfois six ou
sept ans, et mesme toute sa vie.
La femme de Guillaume Roger,
maislre potier d’estain , demeurant
rue sainct Victor, aagée de cinquante
ans et plus, a porté vne mole dix sept
ans ou enuiron, laquelle décéda le
27. iour de iuillet 1574. Son mari
m’appella pour ouurir le corps , ou
trouuay sa matrice n’estant aucune-
DE LA GENERATION.
ment attachée et liée, sinon que par
le col d’icelle matrice, et bien peu par
l’omentum : n’ayant qu’vnseul testi-
cule du costc droit, assez large, mol
et flestri. Et quant aux cornes de la-
dite matrice, n’estoient aucunement
apparentes, sinon que bien peu du
susdit costé. Elle ne receuoit aucuns
vaisseaux sinon que par ledit col, les-
quels estoient fort apparens en la su-
perficie. Telle matrice estoit de gros-
seur de la teste d’vn grand et puissant
homme. L’ayant séparée toute entière,
la fis porter à mon logis pour la dé-
couper, et sçauoir ce qui estoit con-
tenu en icelle : ce que ne voulus faire
sans auoir compagnie de doctes Méde-
cins et Chirurgiens, les noms desquels
s’ensuiuent : monsieur de Mazille,
conseiller et premier médecin duroy,
monsieur Alexis, premier médecin de
la royne de France, monsieur Vigor,
premier médecin de la royne regente,
monsieur de S. Pont, premier méde-
cin de la royne deNauarre, messieurs
le Féure, Brouet, médecins ordinai-
res du roy , messieurs Violaines ,
Greaume, Marescot, Rauin , Milot,
Hautin, Riolan, Lusson, docteurs re-
gens en la faculté de Medecine : Coin-
teret, chirurgien du roy au Chastelet
de Paris, et premier de la royne : le
Rrun, Guillemeau, chirurgiens iurés
à Paris: en la presence desquels ie fis
ouuerturede ladite matrice, laquelle
trouuasmes en sa substance et propre
tunique (l’autre qui vient du péritoine
estant au reste saine et entière) toute
scirrheuse et si extrêmement dure,
qu’à bien grande peine le Cousteau,
bien tranchant qu’il fust,y peust en-
trer : et estoit icelle matrice d’espais-
seurde trois doigtset plus. Au milieu
et capacité d’icelle, fut trouué vne
chair semblable à vne teline de vache,
de grosseur de deux poings, n’estant
725
adhérante aux parois d’icelle, sinon
qu’en certains endroits, estant fort
dense et grumeleuse : en la substance
de laquelle estoient infiltrés des corps
estranges, comme atliei ornes, cartila-
ges et os : et fut conclu de tous, que
le commencement de telle chair auoit
esté vne mole, prenant nourrisse-
ment et accroissement comme les lou-
pes qui aduiennent en quelque partie
de nostre corps : laquelle auec le
temps s’estoit tournée en scirrhe, et
semblablement toute la substance de
la matrice. D’auantage nous trouuas-
mes vne tumeur au milieu du col de
la matrice, de grosseur et rondeur
d’vn bien gros œuf de poulie d’Inde,
dure en toutesa substance, mesléede
cartilages et os, occupant du tout le
col d’icelle, et principalement la bou-
che intérieure de la matrice, dite vul-
gairement le couronnement, de sorte
que rien n’y pouuoit entrer ny sortir.
Le tout estoit de pesanteur de neuf
liures demy quarteron. le la garde
en mon cabinet, comme chose mons-
trueuse.
Lors qu’icelle femme viuoit , elle
senloit grande douleur au ventre,
l’ayant dur, et grand à merueilles,
comme si elle eust esté grosse de plu-
sieurs enfans, si bien que quelques mé-
decins voyant passé,1 le temps légitimé
d’enfanter, l’auoient traitée comme
hydropique : toutesfois ne sceurent
rien gaigner sur l’enfleure de son
ventre. Quelquesfois aussi elle auoit
suppression d’vrine l’espace de deux
ou trois iours, et lors n’vrinoit sinon
qu’auec grande douleur : pareillement
elle estoit quelquesfois sept ou huit
iours sans aller à la selle, pour la
•
•J’ai restitué ici le mot passé, d’après
l’édition de 1573 ; il manque dans toutes les
éditions complètes.
72Ü LE DIX-HVITIÉME LIVRE
compression des intestins que faisoit
ceste enorme masse. Et par inter-
ualle, comme de trois mois en trois
mois, elle auoit de grandesvuidanges,
lesquelles ne pouuoient sortir de la
capacité delà matrice, attendu (com-
me nous auons dit) qu’elle estoit rem-
plie et exactement close, fermée et
cstoupée : mais telles vuidanges sor-
toient par les vaisseaux dont les filles
se purgent de leurs mois, et aucunes
femmes grosses. Au reste, pour l’e-
normité remarquable de telle mole,
ie t’en ay bien voulu icy représenter
la figure : l’vne entière, et l’autre es-
tant ouuerte l.
Figure de la matrice etitiere.
A Monstre le corps de la matrice.
B Le testicule.
C Le col de ladite matrice, auquel la pe-
tite tumeur estoit contenue.
D L’extremité du col de la matrice séparé,
ensemble les vaisseaux par lesquels
ladite matrice estoit nourrie.
E Le lien.
FFF Les vaisseaux espandus dans la ma-
trice.
•
1 Cette histoire a été racontée avec tous
les détails qu’on vient de lire dans l’édition
de 1575. Mais en 1573 la malade vivait en-
Fiyure de la matrice ouuerte.
AA Monslrent le dessus du corps de la
matrice.
BBBB L’espaisseur du corps de la matrice.
C La Mole.
DD La cauité en laquelle ladite mole es-
toit contenue.
Rembert Dodonay médecin, en ses
Observations médicinales , chapitre
49, dit s’estre trouué vne mole à vne
vefue, laquelle estoit presque de la
longueur d’vn pied, large de demy
pied, et espaisse de quatre doigts '.
Aussi il aduient à quelques-vnes,
qu’elles ne la portent qu'vn mois ou
deux, ou plus, ou moins , et alors
qu’elle estiettée hors, les femmes la
core, et conséquemment l’observation était
beaucoup plus courte. La voici :
« La femme de Guillaume Roger, maistre
potier d’estain, demeurant rue Sainct-Vic-
tor, a vne molle depuis sept ans ( cette date
s’accorde mal avec celle du texte actuel ), en
laquelle on trouue tous les signes cy-dessus
cscriptz, et a le ventre grand et dur à mcr-
ueilles, comme si elle estoit grosse de plu-
sieurs enfans, si bien que quelques méde-
cins voiant les mois passés de sa grossesse,
l’ont traictee comme hidropique, toutefois
n’ont sceu rien gaigner sur l’erifleure de son
ventre, et demeure touiours en vn mesme
estât. »
■ Cette citation a été intercalée ici en 1585.
DE LA GENERATION.
nomment mauuais germe. Il s’en est
trouné autresfois (leux ou trois sépa-
rées l’vne de l’autre.
Autresfois il s’en est veu de liées et
attachées auec vu fœtus bien formé,
comme raconte Valeriola de sa femme
qui ietla une mole qu’elle auoit porté
douze mois, à laquelle estoit lié vn
fœtus de quatre mois, auquel ladite
mole luy fit tort, luy ostant sa nour-
ture, et ne pouuoit auoir assez de
place pour aller au terme de sa ma-
turité. Or c’est chose toute asseurée
que ceste mole, comme une ineschante
et cruelle beste, tue tousiours le fœ-
tus auec lequel elle est liée 1.
11 me souuient auoir ouuert vne
femme, laquelle mourut parce qu’elle
auoit vne mole de la grosseur d’vn
œufd’oye, que Nature vouloit ietter
hors, et ne put, et demeura et se
pourrit, dont la mort s’ensuiuit.
Auicenne dit que la femme a des
douleurs comme si elle vouloit ac-
coucher, et iette vne masse de chair
sans forme. Autres ne iettent que seu-
les ventosités sortans par le col de la
matrice auecques bruit et son, qui a
esté cause qu’on dit telles femmes
auoir accouché d’vn pet 2.
Or pour conclusion, quand la fem-
me pense estre grosse, et qu’on voit
passer le temps d’enfanter, faut con-
clure que ce n’est enfant : et partant
faut remedier à la faire ietter hors,
s’il est possible, ce qui est contre na-
ture3.
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1575.
* Ce paragraphe a été également ajouté
en 1575. Au reste on voit que, pour Paré
comme pour tous les auteurs de son temps,
on comprenait sous le nom de môle toutes
les tumeurs de la matrice qui n'aboutis-
saient pas à l’accouchement; ici même il y
rattache la tympanite utérine.
3 Ces mots, ce qui est contre nature, man-
727
La mole adhéré quelquesfois si es-
troiteinent aux cotylédons de la ma-
trice, qu’elle se rend sociable à icelle,
en sorte qu’elle n’en peut estre sépa-
rée, qui est cause qu’elle y demeure
toute la vie de la femme. Hippocra-
tes appelle telle mole, mole viuante.
Le plus souuent y est attachée lege-
rement, et parce elle tombeau trois,
quatre, cinq, sixième mois : Hippo-
crates appelle telle mole, auortanle :
il aduient qu’elle est seule, et quel-
quesfois plusieurs sont moins dange-
reuses qu’vne toute seule. Souuent
on trouue des moles auec des enfans,
quelquesfois y sont attachées, quel-
quesfois non L
CHAPITRE XLII.
CVRE DE LA MOLE LORS QV’ELLE n’EST
PAS ENCORE TROP GROSSE.
L’on ordonnera à la femme choses
qui prouoquent les fleurs, et qui font
ietter l’arriere-faix et l’enfant mort :
quelles choses sont les trochisques de
myrrha, les herraodattes, et autres
qaent dans l’édition de 1573, et ne se lisent
qu’à partir de 1579. Ils rendent le sens fort
obscur de prime abord ; pour le bien com-
prendre, il faut être averti que le pronom
la se rapporte à la femme , comme s’il y
avait : à luy faire ietter hors, etc.
1 Tout ce paragraphe a été ajouté en 1585,
avec ce titre en italique : Prognostic. J’ai
retranché ce titre, qui ne convient nulle-
ment au texte qu’il précédait.
On peut remarquer que Paré y revient sur
une idée qu’il avait déjà émise plus haut,
la coexistence d’un fœtus avec une môle.
Peut-être son attention avait-elle été ré-
veillée sur ce point par un fait dont il fut
témoin un peu avant sa quatrième édition ,
720 le D1X-HV1TIÉME LIVRE
semblables : les parties estant tous-
iourspremierementfomentées decho-
et que toutefois il n’a pas même mentionné
dans ses écrits. On le lit dans l 'Heureux ac-
couch. de Guillemeau, liu. n, ch. 27; le cha-
pitre est intitulé, De l’arrierefais retenu apres
que la mere est deliuree de son enfant; et
Guillemeau semble attribuer la tumeur
dont il va donner l’histoire à une portion
retenue de l’arrière-faix.
« Marie Beaurin, qui est encore viuante,
femme de Guillaume du Prat, vitrier de-
meurant rué Saint André des Arts, m’en-
uoya quérir il y a vingt-six ans (conséquem-
ment en 1583), pour me monstrer vne
tumeur grosse comme le poing et plus, qui
luy sortoit de sa matrice, laquelle esloit
semblable à vne vessie dure et ferme comme
vn fort parchemin, pleine d'eau assez claire,
dans laquelle l’on sentoit au tact vne dure-
té assez longuette : icelle tumeur ou vessie
se remettoit souuent en dedans lorsque la
femme estoit situee sur le dos, sousleuant vn
peu les cuisses et fesses en haut, et la pres-
sant auec la main (en la façon que l’on re-
met ordinairement les grosses hargnes in-
testinales) ce qu’elle fit en ma presence : et
l’ayant interrogée depuis quel temps tel ac-
cident luy estoit suruenu, me respondil
qu’il y auoit plus de deux ans, ce qui estoit
arriué à son second accouchement, et néant-
moins qu’elle auoit eu depuis six mois vne
petite fille, laquelle elle nourrissoit, mais
que durant sa grossesse ceste vessie ne luy
tomboit aucunement comme elle faisoit au
precedent sa dite grossesse derniere. le
luy conseillay d’appeller Mrs Paré, pre-
mier chirurgien du Roy, Coinlret, premier
chirurgien de la Royne Louyse et du Roy
en son Chastelet, et autres chirurgiens du
Roy et de Paris, pour iuger ce que pourroit
estre ceste vessie : ils furent d’aduis, apres
l’auoir maniée, la trouuant indolente, delà
lier par en haut, apres l’auoir tiree dehors
le plus qu’il estoit possible, puis la percer,
ce que ie fis, laissant le fil duquel i’auois
fait la ligature longuette, pour le tirer
ses relaschantes et remollientes ' :
pareillement diete tenue, saignée,
bains, et le tout ordonné par leMede-
cin docte et expérimenté. Et s’il ad-
uenoit que la mole fusl desliée etde-
lachée de contre la matrice, et que
Nature ne peust la ietler hors, le Chi-
rurgien situera la femme en mesme
situation qu’à l’extraction de l’enfant,
et fera tant qu’il la mettra hors : et la
prendra auec cest instrument nommé
Pied de griffon , lequel s’ouure estant
dans le corps de la matrice2.
quand il en seroit besoin. L’ouuerture faite
sortit quantité d’eau fort claire et nette, et
soudain se présenta vn petit fœtus de la
grandeur d'vn doigt assez ferme et dur, sans
auoir mauuaise odeur, attaché par son nom-
bril, qui estoit gros et ferme comme vne
petite corde : six iours apres en esbranlant
ledit fil le reste sortit, apres l’auoir tous les
iours esbranlé de costé et d’autre, douce-
ment, et ayant fait plusieurs iniections
remollientes dedans la matrice, afin de le
séparer du lieu où il estoit attaché. »
Celte observation est assez singulière, et
il faudrait, pour en juger, être certain d’a-
bord que Guillemeau n’était induit en er-
reur sur aucun détail par sa mémoire,
après un intervalle de vingt-six ans; mais
son authenticité admise, elle se rattache
assez bien à l’h stoire des môles auxquelles
se trouve attaché un fœtus, et dont Paré
parle dans le dernier paragraphe de ce cha-
pitre.
■ Ce membre de phrase, quelles choses sont
les trocliisques de niyrrlia, etc., a été ajouté
en 157., avec cette note marginale : Syluius
liure des mois loue tels trocliisques.
1 Je ne sais à qui appartient cet instru-
ment, que Paré ne revendique point comme
sien, bien que je ne l’aie trouvé dans aucun
auteur antérieur. Mais le procédé d’extrac-
tion des môles, qui ne sont ici que des polypes
ou des calculs utérins, revient certainement
à Paré, et il est juste de le lui rendre.
DE LA GENERATION.
729
Pied de griffon pour extraire la mole.
Or il faut entendre que sans instru-
mensonnesçauroit tirer hors la mole,
si elle est trop grosse, à cause de sa
rondeur, parce qu’il n’y a aucune
prise, et lors qu’on la veut prendre de
la main, tourne en la matrice comme
si c’estoit vne boule : parquoy faut
comprimer le ventre d’vne part et
d’autre, comme nous auons dit cy-
dessus de la teste de l’enfant estant
demeurée seule en la matrice.
Apres l’extraction d’icelle, la femme
sera traitée ainsi que si elle esloit ac-
couchée d’vn enfant 1 .
Or il se peut faire que la mole et les
enfans morts dans le ventre de la
mere, sortent d’eux-mesmes parpour-
1 Le chapitre se terminait ici en 1573 , et
même encore en 1579. Tout ce qui suit date
de 1585.
riture : ce qui se peut prouuer par
Albucrasis chap. 76. liu. 2. qui dit
auoir veu vne femme au ventre dela-
quelley auoit vn enfant mort, et néant-
moins ayant conceu et deuenue grosse,
l’enfant mourut pour la seconde fois.
Or long temps apres il luy aduint
vne aposleme en l'ombilic, et s’enfla
iusques à ce qu’estant ouuert, com-
mença à ietter de la boue : dont il fut
appellépouryremedier, et long temps
la traita, et ne pouuoit consolider ny
raffermir l’ouuerture : pource il mit
sur le lieu quelque emplastre fort at
tractiue, dont à la fin sortit un os,
dequoy il fust fort esbahi, veu qu’au
ventre il n’y a nul os. Recherchant la
cause, et pensant à par luy, il trouua
que c’esloit des os de l’enfant mort.
La cause de la maladie estant ainsi
conneuë au vray,el sçachant lemoyen
qu'il y falloit remedier, il tira plu-
sieurs os. La femme se portant mieux
a vescu long temps apres, mais par
l’ouuerture sortoit tousiours quelque
peu de boue-
Semblablement François Rousset
(homme docte et bien estimé entre les
Médecins de Paris) en son liure de
l’enfantement Cœsarien escrit , que
Louyse Poupart, femme de maistre
Nicolas Seuin dit Champ-gasté),ielta
son enfant mort, premièrement les
parties plus molles par le col de sa
matrice : les os se desmirent là dedans
auec le temps, et percerent la matrice
sur le derrière vers le gros intestin,
de sorte qu’elle commença peu-à-peu
à les vuider par le siégé allant à ses
affaires, et entre autres, vn os de la
iambe : ayant long temps langui, elle
mourut. Elle fut ouuerte par maistre
Florent Philippes et Michel Picard ,
lesquels ne trouuerent leansqu’osse-
mens pourris, et principalement ceux
de la teste, auec grande admiration
J
700 LE DIX-HVITIÉME LIVRE
d’auoir peu tant subsister en ceste
pourriture.
Pareillement ledit Rousset fait
mention d’vne femme de Bruxelle,
laquelle n’auoit sceu accoucher. Les
chairs et parties molles de l’enfant
eslans vuidées en pourriture par em-
bas , les os se sentoient croquetter
(qu’on remarquoit à la main) sous
l’epigastre, sans guere empescher les
actions de la femme, pour y estre de-
sia la treiziéme année, qui ne pou-
uoit estre sansauoir percé la matrice,
laquelle neanimoins estoit guarie
comme il falloit bien : parce qu’il
n’en sortoit point de boué par embas,
et aussi qu’elle estoit réglée.
Aussi ledit Rousset recite d'vne
femme nommée Catherine des Fiefz,
dame d’Onsy près Milly, laquelle
porta vn enfant mort en son ventre
quinze mois : elle ietta les parties
molles par le col de la matrice par
pourriture, les osy demeurans. En fin
elle mourut, et fut ouuerte par Luc
Champenois et laques Dazier, bar-
biers à Milly, és présences des sieurs
de Verteau et la Gaigniere, auec plu-
sieurs autres : et fut trouué en icelle
force boué, et point de matrice, et tous
les os d’vn enfant, quelques-vns tous
pourris, les autres entiers. Et entre
iceuxl’vne de ses clauicules ayant ja
percé et corrodé le péritoine et les
muscles du ventre, n’y restoit plus
que le cuir qu’il n’apparust dehors
par le côté senestre desia tout liuide:
lequel auoit long temps esté pris
pour vn scirrhe de ralte. Il recite plu-
sieurs autres histoires , que l’on peut
lire dans son liure de l’enfantement
Cœsarien.
CHAPITRE XL11I.
DE LA STERILITE , OVI EST DEFAVT
d’engendp.er AVX HOMMES, DE LEVR
1MPVISSANCE , DE FROID VRE ET MA-
LEFICE.
Les causes de la stérilité aux hom-
mes sont plusieurs, à sçauoir quand
leur semence est trop chaude, ou trop
froide, trop seiche, ou trop humide
et fluide, qui fait qu’elle s’escoule su-
bit de la matrice, comme celle des
vieilles gens, et des ieunes qui sont
en trop bas aage : ou à cause du trop
frequent coït, qui rend la semence de-
bile et indigeste et corrompue : et
partant pour engendrer, il faut par
quelque temps s’abstenir du coït.
Partant il ne faut assaillir son es-
pouse trop souuent : car ce faisant la
semence n’a loisir d’estre bien cuite,
et elabourée et parfaite, dont elle
n’est fécondé à génération. Car toute
semence n’est pas conuenable à faire
enfans : il y faut deux conditions ne-
cessaires, l’vne qu’il y en ait en bonne
quantité, l’autre qu’elle soit bien
cuite, et digeste, espaisse et gluante,
pleine d’esprits fretillans : ces deux
choses manquent à ceux qui retour-
nent trop souuent. Et ceux qui vont
médiocrement, font amas de semence
qui se rend parfaite en bonté. Pareil-
lement la femme de son costé amasse
beaucoup de semence, qui la cha-
touille et la fait desirer la compagnie
de son mary plus beaucoup que quand
il la connoist souuent : ce qu’on voit
par expérience, quand le mary a esté
en vn long voyage, que la femme de-
uiendra soudain grosse, pourueu qu’il
ait gardé loyauté à sa compagne, la-
quelle l’ayant attendu aussi longue-
DE LA GENERATION.
ment, en est friande et affamée : et
qu’au reuoir apres long- temps, il sem-
blese faire l’amour comme le iour des
nopces, où il se fait vn combat auec
grande effusion de sang blanchi, qui
est la matière de faire petites créatu-
res de Dieu1.
Et lorsque la semence de l'homme
est trop chaude ou froide, la femme
en pourra bien iuger, la sentant fort
chaude et acre, ou trop froide et
aqueuse, laquelle est iettée tardiue-
ment, au contraire de la chaude qui
est iettée promptement. Que si telle
semence n’est du tout inféconde, en-
gendrera plustost vne femelle qu’vn
masle.
Semblablement apres l’incision de
la pierre, quelques-vns demeurent
stériles.
Pareillement pour auoir receu quel-
que playe derrière les oreilles, qui
aura coupé certains rameaux des vei-
nes et arteres iugulaires : laquelle sec-
tion apres estre cicatrisée, fait ceste
voye solide par la cicatrice, de façon
que la matière de la semence ne peut
descendre , et priue les testicules de
la communication du cerueau, de
sorte qu’ils ne peuuent receuoird’i-
celuy, ny l’esprit animal, ny la ma-
tière, dont le reste de la semence est
debile et en trop petite quantité, et
par conséquent inféconde.
Les hommes chastrés ne iettent
point de semence, à cause que les tes-
ticules leur manquent : ny aussi ceux
* Voici un paragraphe qui peut assez bien
soutenir la comparaison avec le fameux
chapitre 4. Or je remarquerai que ce para-
graphe manque en 1573, et n’a été ajouté
qu’en 1579; en sorte qu’il serait permis de
présumer qu’il aurait été inspiré à notre
auteur par son voyage à la Cour de Lor-
raine, qui lui fit quitter sa nouvelle femme
entre 1575 et 1579.
73i
à qui on les a tors et comprimés par
violence, parce que la voye de la se-
mence est bouchée par vn callus, qui
fait qu’elle ne peut estre iettée hors ;
toutesfois iettent l’humeur visqueux
contenu aux glandes prostates, et le
iettant sentent plaisir.
Pareillement par plusieurs indispo-
sitions de la verge, aduient stérilité à
l’homme, comme si elle est trop cour-
te, ou par trop enorme, soit en gros-
seur ou longueur, qui blesse la fem-
me et luy prouoque quelquesfois
flux de sang, principalement auxieu-
nes, de sorte qu’elles ne peuuent iet-
ter leur semence : car en lieu d’auoir
plaisir et délectation, souffrent dou-
leur. Or si le vice vient de la trop
grande longueur de la verge, il leur
faut bailler vn bourrelet, à fin qu’elle
n’entre si profondément, et sera de
telle grosseur qu’il sera besoin, à ce
que la femme ne sente douleur *.
D’auanlage, stérilité vient parce
que la verge est tortue, pour la brief-
ueté du ligament (qu’on appelle le fi-
let) qui la lient, de sorte qu’en l’erec-
tion d’icelle ne se tient droite, mais
courbée, de façon qu’il ne se peut
faire intromission.
Semblablement il se trouue quel-
ques-vns qui n’ont point le trou au
bout de la verge, mais ils l’ont des-
sous, à cause de quoy ils ne peuuent
engendrer, parce que ceste imperfec-
’ Ce sont là des détails d’hygiène sur les-
quels nos auteurs modernes n’oseraient in-
sister. Il faut remarquer que Paré les avait
d’abord donnés comme une chose toute
simple, et ou il n’avait besoin de s’appuyer
d’aucune autorité; mais en 1579 il trouva à
propos de citer en marge Syluius liu. de la
génération ; et dans la première édition
i posthume il cita Gourdon à la suite de Syl-
I vius.
n?>'2 LE DIX-HVITIEME LIVRE
tion les empesche de ietter la semence
droit en la matrice.
Aussi par vne paralysie particulière
de la verge peut venir stérilité qui se
connoistra faisant tremper les parties
génitales en de l’eau froide, et si elles
ne se retirent, c’est signe qu’il y a pa-
ralysie à la partie : car en telles ma-
ladies les parties ne se retirent point,
mais demeurent tousiours laxes et
molles, et y a quelquesfois peu de sen-
timent : ioint que lasemence sort sans
que la verge se dresse, et sans nul
plaisir, et les testicules sont froids au
tact
Bref les causes de l’impuissance
d’engendrer viennent ou du defaut de
suffisante et bonne nourriture, com-
me on voit és hectiques, émaciés et ca-
chectiques, ou d’inlemperie, comme
en ceux qui sont trop chauds ou trop
froids, ou de vice de conformation.
On peut aider à ceux qui sont de na-
ture trop froide , en leur ordonnant
electuaires chauds de diasatyrion et
diatrium piperum : aussi viandes tel-
les qui s’ensuit, à sçauoir, pigeon-
neaux, passereaux, perdreaux , le-
ureaux, haitoudeaux, œufs frais et
mollets, testicules et crestes de coq :
aussi le membre génital d’un tau-
reau et testicules de sanglier ont
très grande vertu : ris cuit auec laict
de vache, adioustant saffran, canelle,
clou de girofle, muguetle, poiure, as-
perges cuites auec vu bon bouillon,
mangées auec beurre frais, et pou-
dre de duc. Aussi nauets et raues cuits
en bouillon gras auec vn peu de poi-
ure, marrons, truffes, porreaux, oi-
gnons, ciboulles, muguetles. menthe,
rocquette, pignons, pistaches, saty-
rion, erynge et persil. Et pour le dire
* L’édition de 1573 porte ici en marge
cette note curieuse : TVotez bien.
en vn mot, toutes viandes qui engen-
drent esprit venteux: et boiront d’vn
vin genereux, ou hippocras, ou mal-
uoisie,et tout en quantité médiocre'.
Pour les remedes extérieurs : Pre-
nez huile de suzeau2,en laquelle ferez
infuser des fourmis, et en frotterez
les reins et parties génitales.
Autre. Prenez œufs de fourmis, et
les faites bouillir en huile de camo-
mille, et y mettez poudre de semence
de ciboulles, de rocquette, d’euphor-
be, et casloreum, cire tant qu’il suf-
fira, et soit fait onguent, duquel en
frotterez comme dessus.
Si la femme est froide au déduit,
elle se frottera le col de sa matrice
d’ambre, ciuette et musc. L’homme
pareillement se frottera la verge de
poudre de pyrethre, de poiure, mix-
tionnés auec miel : et cecy eschauf-
fera la matrice trop refroidie 3.
Retournons sur nos brisées. Ceste
derniere cause esi bien difficile à cu-
rer, principalement si elle gist en
défectuosité4.
Il y a d’autres defauts et maléfices
és parties génitales aux hommes, qui
se font par incantation qui les rend
inféconds , comme leur auoir noüé
l’aiguillette, et fait d’autres charmes
que ie ne puis dire ny escrire 5, par la
vertu desquels est restrainte si fort
■ Ce paragraphe a été ajouté en 157.. mais
largement amplifié en 1585.
2 Probablement huile de sureau.
3 Toutes ces prescriptions de remèdes ex-
ternes depuis ces mots : Pour les remedes
extérieurs, ont été ajoutées en 1585.
4 Ce paragraphe est de 1575; il paraît ce-
pendant se rapporter au texte de 1573, c’est
à savoir à l’impuissance provenant de para-
lysie de la verge.
5 Le chapitre se terminait ici en 1573; le
reste du paragraphe est de 1575 ; et le para-
graphe final de 1579.
DE LA. GENERATION.
la vertu naturelle d’engendrer, qu’il
leur est du tout impossible pouuoir
seruir de maris aux femmes pour cer-
tain temps, qui a esté autresfois cause
que les mariages ont esté séparés.
Qu’il soit vray, les Canonistes ont es-
tabli loy sur ce fait, ayant dressé vn
titre particulier, Des froids, male fie tes,
impôt ens et ensorcelés.
Il ne faut douter qu’il n’y ail
des sorciers qui noüent l’aiguillette
à l’heure des espousailles 1 , pour
empescher l’habitation des mariés ,
desquels ils se veulent venger mes-
cbantement pour semer discorde ,
qui est le vray mestier et office du
diable. Or pour vray sainct Augus-
tin, entre les moyens de nuire qu’il
a remarqué estre aux sorciers , il
speciGe les ligatures au septième
traité sur l’Euangile sainct Iean : dont
nouer l’aiguillette est vne espece de
ligature. Il sera cy apres plus ample-
ment déduit de ces sorciers, parlant
de l’art Magique.
CHAPITRE XLIV.
DE LA STERILITE OV FECONDITE DES
FEMMES.
Les femmes sont dites slcriles, lors-
qu’elles ne peuuent monslrer le ta-
lent de mariage, et demeurent sans
lignée (qui est contre leur désir) pour
1 Voici l’un des exemples où Paré semble
avoir oublié son excellent jugement. On di-
rait cependant qu’il y a eu en lui une sorte
de lutte, lorsqu’il écrivait en 1579 cesmots:
Il ne faut douter ; car dans la même édition,
et pour ainsi dire de la même plume, il ajou-
tait en marge •' Ceci t surpasse l’esprit de l’au-
teur. Mais le texte affirmatif n’en a pas moins
subsisté, avec la note contradictoire, dans
toutes les éditions postérieures.
733
rendre leur nom immortel : ou bien
cela se fait quand la voye de la se-
mence est bouchée1, ou le col de la
matrice est trop estroit de nature, par
le defaut de la vertu formatrice : ou
quelquesfois est clos d’vne membrane
appellée Hymen, dont nous parlerons
cy apres : ou par accident, comme
par quelque tumeur scirrheuse, ou
par vne vlcere qui a fait cicatrice,
qui ne permet l’intromission de la
verge: aussi par quelques verrues ou
scissures, et rhagadies : ou que sa ma-
trice est trop lubrique et dilatée : ou
que ses mois sont retenus, ou qu’ils
fluent dereglément et immodérément,
qui font couler la semence auec le
sang : ou par vn flux muliebre, qui
vient du vice de la matrice, ou de
tout le corps 2. Tels accidens viennent
1 Dans l’édi lion de 157.3, le chapitre com-
mençait ainsi : La femme est inféconde quand
la voie de la semence est bouchée, etc. Le
texte est resté le même en 1575 et 1579; et la
nouvelle rédaction date seulement de 1585.
Du reste, dans toutes les éditions on lit en
marge une note ainsi conçue :
Les femmes qui ne portent point d’enfans
sont appelées stériles ou brahengnes.
Ce dernier mot a été conservé pour cer-
taines familles d’animaux que l’on appelle
brehaignes.
5 A partir de cet endroit jusqu’à la fin du
quatrième paragraphe, le texte a été rema-
nié en 1 585 ; la rédaction de 1 573 , conservée
encore en 1579, étaitbeaucoupplus concise :
« Il y a encore d’autres dispositions de la
matrice, comme inlemperatures chaudes ,
froides, secbes , humides : les froides et
humides suffoquent la semence qui ne peut
demeurer, mais decoulle incontinent, et les
chaudes et secbes la corrompent par faute
de nourriture. Exemple si on seme en vne
terre palustre ou sablonneuse , rien n’y sera
produict, aussi les femmes trop ardentes au
ieu des dames rabatues ne souuent con-
çoiuent, parce que leur semence est trop
chaude, et partant elle s’estainct : aussi
I,E DIX-HVÏTIÉME LIVRE,
?34
à cause que la matrice est trop
chaude, à raison de quoy résout, dis-
sipe la semence , et la brusle. Telle
chaleur se connoist aux femmes hom-
masses et viragines , barbues, hau-
taines et félonnes, qui ont la voix
grosse, lesquelles sentent des clia-
toüillemens et titillations veneriennes
en leurs parties honteuses, auec ar-
deur et grand prurit, et ont leurs
mois auec peine, et en petite quantité,
et quelquesfois point : d’autant que
leur grande chaleur dissipe le sang.
La stérilité vient aussi par trop
grande frigidité, qui congele et as-
treint la semence qu’elle aura receuë
Telle iutemperature se connoist en ce
que la femme n’a aucun désir du dé-
duit de Venus , au contraire le fuit
et abhorre du tout: elle n’a ses fleurs
que bien peu, encor toutes aqueuses
et blafardes : aussi elle sent vne stu-
peur aux lombes et cuisses , et en
toutes les parties génitales.
La matrice trop humide corrompt
et suffoque la semence, et ne la peut
tenir à cause de sa grande lubricité, et
la laisse incontinent escouler. Les
signes sont pesanteur aux lombes et
parties génitales : et a ses fleurs en
abondance, et toutes aqueuses etblan-
chastres.
La matrice trop seiche consomme
et deuorc la semence , et ne se peut
agglutiner à raison de sa trop grande
seicheresse et densité. Pareillement
la femme trop maigre ne peut conce-
uoir si elle n’est engressée.
Aussi le trop boire d’eau froide, et
manger fruits cruds et non meurs,
parce qu’ils rendent le corps froid, et
plein de superfluités indigestes , qui
vne mole, vne procidance de la matrice,
sont cause de stérilité. La femme trop mai-
gre ne peut conceuoir , etc. »
font obstruction. Pareillement pour
vser de choses narcotiques , parce
qu’elles empeschent que la semence
ne peut estre iettée, mais demeure
concrette et glacée: etencores qu’elle
soit iettée , 11e pourra estre genera-
tiue, parce que l’esprit et la chaleur
sont aucunement esteints, c’est à dire
sans vie : et aussi que les orifices des
veines et artères de la matrice appe-
lés cotylédons, sont bouchés, telle-
ment que les mois 11e peuuent aucu-
nement couler.
D’auantage quand l’homme est
trop gras et fessu , ou la femme , ou
tous les deux ensemble, cela est cause
de stérilité : parce que les parties gé-
nitales ne peuuent ioindre et conue-
nir ensemble , pour la trop grande
multitude de la gresse qui enfle le
ventre, voire quelquesfois de demy-
pied ou plus, et aussi que le sang est
employé en la gresse, et partant ils
engendrent moins de semence et de
sang menstruel. Car la génération et
formation de l’enfant prend son ori-
gine de deux choses : la première est,
de la semence de l’homme et de la
femme : la seconde est du sang
menstruel et esprits , qui donnent
forme , inatiere et nourriture à l’en-
fant estant au ventre de sa mere : et
partant ceux qui sont ainsi gras ap-
petent moins Venus, et bien à tard en
vsent.
Semblablement le grand trauail ex-
cessif , et le trop ieusner , longues
veilles, et grandes euacualions, parce
qu’elles consument le sang et les es-
prits.
Les femmes pâlies et maigres , et
qui sont brunettes, sont plus chaudes
et plus auides de la compagnie de
leurs maris que les grasses et rouges
de visage : parce qu’elles ont leurs
parties génitales imbues d’ vn humeur
DE LA GENERATION.
salsugineux , acre, et mordicant1,
qui les titille et aiguillonne, et pource
demandent d’estre arrousées et hu-
mectées du suc venerique : mais celles
qui sont grasses et rouges de visage ,
pour autant qu’elles sont plus humi-
des , et par conséquent leur semence
plus aqueuse et plus froide , aussi
sont-elles moins ardentes à l’acte ve-
nerique 2 3.
La multitude des poils qui sont au-
tour des parties honteuses , tant de
l’homme que de la femme, monstrent
souuent la fécondité ou infécondité ’6.
Et pour le dire en vn mot , Hippo-
crates, liure 1. De morbis rnulierum,
remarque quatre causes generales,
pour lesquelles les femmes sont sté-
riles et inhabiles à engendrer : ou
pource qu’elles ne peuuent receuoir,
comme les non perforées, la semence
virile : ou pource que l’ayant receuë,
elles ne la peuuent conceuoir : ou
pource que l'ayant conceuë , ne la
peuuent porter et retenir : ou pource
que l’ayant retenue , ne la peuuent
nourrir.
Quelques femmes portentplusieurs
enfans , ce qui se vérifie par ces
histoires. Monsieur Ioubert , homme
d’honneur et de grande érudition
(voire que les chirurgiens luy sont
grandement redeuables pour plu-
sieurs liures qu’il a mis en lumière de
la chirurgie) recite deux histoires,
lesquelles sont tirées de son liure de
mot à mot 4 *.
1 Galien fait mention de cest humeur sal-
sugineux li. 14. cha. 9. de vsu parlium. Arist.
en ses Probl. sect. de la stérilité, probl. 3.
et 4.— A. P.
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1575.
3 Le chapitre finissait ici en 1573 ; le reste
est de 1579.
4 Au liure des erreurs populaires. — A. P.
— La première partie de ce livre deJou-
735
Mademoiselle de Beauuille avoit
vne garce belle et gaillarde, de la-
quelle son mary sembloitestre amou-
reux. Elle pour s’en défaire plus hon-
neslement.la marie. Ceste garce de la
première grossesse fait trois enfans,
dequoy la damoyselle print fantasie
que son mary y auoit participé : ne
se pouuant persuader qu’vne femme
d’vn seul homme peust conceuoir tel
nombre d’enfans, dont elle redouble
sa ialousie : et quoy qu’on lui sceusl
remonstrer au contraire, print à diffa-
mer et haïr d’auantage la pauure
garce. Aduint que la demoiselle fut
grosse de là à quelque temps : estant
grosse elle enfanta neuf filles. Ce
qu’on interpresta estred’vne punition
de Dieu, à fin qu’elle eust honte de
sa calomnie, puis qu’on luy pouuoit
obiecter vne plus grande faute,
comme d’auoir paillardé auec plu-
sieurs : car elle soustenoit lousiours
opiniastrement que d’vn homme on
11e pouuoit conceuoir au plus haut
que deux enfans, comme l’homme n’a
que deux genitoires et la femme deux
mammelles. Ainsi fort honteuse,
craignant le diffame et condamnation
par sa propre sentence, fut tellement
tentée du mauuais esprit, qui la con-
duit à ce desespoir de faire noyer les
huit de ses filles, et n’en retint
qu’vne : ayant la chose secrette entre
la sage-femme et vne chambrière , à
laquelle fut donnée ceste maudite
commission. Mais Dieu, qui preserua
le petit Moyse de semblable meschef,
voulut que le mary reuenant de la
chasse, rencontra la chambrière , et
descouurant le fait, preserua ses filles
innocentes de mort : les fit nourrir
au desceu de la mere, et au baptesme
bert avait paru en 1570 ; la seconde en
1579.
LE DIX-HVIT1ÉME LIVRE,
736
furent toutes nommées d’vn nom, à
sçauoir, Bourgue : comme aussi la
neufiéme que la mere s’estoit reser-
uée. Puis quand elles furent grande-
leltes, les fit venir en sa maison tou-
tes habillées d’vne estoffe et sembla-
ble façon, ayant aussi fait habiller de
mesme celle de la maison. Estans mi-
ses ensemble dedans vne chambre, il
y fait venir sa femme, accompagnée
de paï ens communs et familiers amis :
et luy dit qu’elle appelast Bourgue.
A ceste appellation chacune des neuf
respondit. Dequoy la mere bien es-
tonnée, et plus encore de les voir
semblables l’vne à l’autre , tant de
face, contenance et voix que d’habits,
fut confuse en elle-mesme : et soudain
le cœur luy dit que c’estoient ses
neuf filles, et que Dieu auoit preser-
ué les huit qu’elle auoit exposées et
cuidoit estre mortes. Dequoy le ma-
ry l'eclaircit mieux, luy reprochant
deuant toute la compagnie son inhu-
manité : et remonstrant que ce pou-
uoit estre aduenu pour la confondre
delà mauuaise opinion quelle auoit
tousiours eu de luy à l’endroit de
ceste garce. Voila à peu près comme
on le recite.
Autre histoire presque semblable
est le fait des Pourcelets de la ville
d’Arles en Prouence, d’où est sortie
la noble maison des Pourceletis, les-
quels furent ainsi nommés , parce
que la chambrière qui portoit noyer
les huit, estant rencontrée du ma-
ry, disoii que c’estoient pourcelets
qu’elle alloil noyer : d’autant que la
truye n’en pouuoit tant nourrir. Et
en mémoire de cela ils fuient nom-
més Pourcelets, et ont vne truye pour
armoiries. On dit que ce fut par l’im-
précation d’vne pauure femme qui
demandoit l’aumosne à la dame de
la maison, ladite femme estant enui-
ronnée de plusieurs siens petits en-
fans. Ce que la femme luy reprocha,
comme procédant de lasciueté , et
d'estre trop addonnée aux hommes.
Lors la pauure femme qui esloit
femme de bien, fit ceste imprécation
(comme l’on dit) qu’icelle dame peust
engrosser d’autant d’enfans qu’vue
truye fait de petits : et qu’il aduint
ainsi par le vouloir de Dieu, pour
montrer à la noble dame qu’il ne faut
imputer à vice ce qui est d’vue
grande bénédiction.
Ainsi plusieurs histoires lesmoi-
gnent que la femme irrégulièrement
porte grand nombre d’enfans. A Pa-
ris, au cimeliere Sainct-Innocent, au
ix. pillier de la grande gallerie, prés
le Sainct-Espril , est attaché vn épi-
taphe en pierre, tel qui s’ensuit.
Cy gisl honorable femme Yollande
Bailli, iadis femme de hunnorablc
homme Denys Cayel, procureur en Châ-
telet del'aris,qui trépassa le xvij. Auril,
l'an mil vc et xiiij. le 88. un de son
auge, le xlij. de son veufuage, laquelle
a veu, ou a peu voir deuant son Ires-
pas, 295 enfans yssus d’elle1.
Bodin, liure 5. de la Republique,
récité que Iustin escrit, que Herolhi-
mus, Roy de Parthe, auoit six cens
enfans pour la pluralité des femmes
qu il auoit et aimoit. Car pour faire
des enfans, il faut auoir l’obiect, la
volonté et la puissance, et que les
semences se rencontrent, et soient
retenues iusques au temps prefix en
la matrice.
1 Celle épitaphe se lisait déjà dans l’édi-
tion de 1573, au livre Des monstres, p. 403;
elle a été transportée ici dès 1579. J’ai cru
devoir rétablir le texte priinililqui a été al-
téré dans les éditions complètes; ainsi cel-
les-ci ne donnent pas la date de 1514, et ne
font mention que de deux cens quatre vingts
enfans.
DE la GENERATION.
CHAPITRE XLV.
les signes de la matrice intemperée1.
Les signes qui demonstrent la ma-
trice trop chaude, c’est que les mois
sortent en petite quantité, vne bonne
partie de leur maliere estant résolue
par insensible transpiration, à cause
de l’actiuité de la chaleur2 : le sang
est gros et noir (comme ainsi soit que
le propie de la chaleur est d’espaissir
par resolution des parties les plus
ténues, et de noircir par adustion 3 )
et coule auec acuité et douleur: la
femme desire l’acte venerien, auec
piompte expulsion de la semence, ac-
compagnée d’vne cuiseur et morda-
cilé apres eslre ieltée aux parties par
où elle aura passé, à cause de l’acri-
monie chaloureuse.
Les signes de la matrice froide sont
que les mois sont supprimés, ou sont
rares et en petite quantité, et de cou-
leur blafarde, et de tardiue expul-
sion, à cause que le propre de la froi-
deur est de retenir, comme au con-
traire de la chaleur, de pousser hors :
le pareil se peut dire en la se-
mence, laquelle par telles femmes
est ieltée auec peu de plaisir et dé-
lectation, et le linge sur lequel sera
tombée se laue legerement, à cause
que telle semence n’est point espaisse
‘Les éditions de 1573 et 1575 portent in-
tempe ree en chaleur, ce qui ne convenait
qu’au premier paragraphe du chapitre.
2 Ce membre de phrase, vne bonne partie
de leur maiiere, etc., manque en 1573.
3 Celte autre espèce de parenthèse expli-
cative , comme ainsi soit que le propre de la
chaleur, etc., a été également intercalée
en 1575.
7«*7
et corpulente, ains liquide et de na-
ture d’eau1.
Le signe de la matrice trop humide
est vne grande humidité coulante du
col d’icelle, qui cause qu’elle ne peut
ictenir la semence de l’homme : et
s il aduient qu’elle la retienne et en-
gendre enfant, auorte facilement,
principalement quand l’enfant com-
mence à croistre-
Les signes que la matrice est trop
seiche se monslrent par la petite
quantité de ses mois, et ietle peu de
semence, et desire volontiers l’acte
venerien pour estre humectée et lu-
brifiée: et le col de la matrice eslsu-
iet aux rhagadies, fissures et prurit
( desquels accidens parierons cy
apres2) à cause que par le defaut
d’humidité (le propre de laquelle est
de lier et agglutiner les parties l’vrie
auec l’autre) il endure aisément so-
lution de continuité de sa substance,
tout ainsi que nous voyons la terre
resseichée par l’ardeur du soleil, se
fendre et entr ouurir en plusieurs en-
droits.
La femme engendre volontiers sur
le point qu’elle cesse à ietter ses
fleurs (tant parce qu’elle est bien net-
toyée, et parlant apte à bien conce-
uoir 3, qu’aussi à cause que l’vterus
est encores ouuert, qui fait qu’il peut
aisément receuoir la semence de
1 Le paragraphe était plus concis en 1573,
et ne contenait point ces explications : à
cause que le propre de la froideur, à cause que
telle semence, etc.
2 Ici s’arrêtait à ce paragraphe en 1573; le
reste , qui consiste encore en une explica-
tion , est de 1575.
3 Ici s’arrêtait la première partie de la
phrase en 1573, et l’auteur reprenait immé-
diatement : ou lors qui lut) veulent venir, car
ilz si arreslentpar la vertu de la semence. Tout
le reste de la phrase a été ajouté en 1575.
II.
738
l’homme, et mesme que les bouches
et cotylédons des veines qui aboutis-
sent en iceluy sont encores entr’ou-
uertes,qui fait que l’vterus en sa ca-
pacité intérieure, aspre, inégal et
comme raboteux, retient commodé-
ment la semence receuë) ou lors
qu’elles luy veulent venir, car elles
s’y arrestent par la vertu de la se-
mence : combien que lors y ait dan-
ger que le sang venant pour son com-
mencement à couler en grand abon-
dance, ne noyé et suffoque la semence
virile. Aussi quelques- vnes engen-
drent pendant qu’elles coulent en-
core, qui n’est que le fœtus s’en
ressente de quelque marque sus son
corps , et est suiet plusieurs mala-
dies, voire quelquesfois à lepre 1 :
principalement si telles femmes sont
cacochymes, mal saines et valétudi-
naires : autrement le sang d’vue
femme saine estant sain et loüable,
ne pourra communiquer aucun vice
ny séminaire de maladie à l’enfant,
sinon (peut-estre) de pléthore et re-
pletion. Or il ^se trouue quelques
femmes , l’orifice de l’vterus desquel-
les se referme promptement queleurs
mois ont commencé à couler, sçauoir
le premier ou second iour passé, de
sorte que par après elles ne peuuent
receuoir la semence virile. Et à telles
femmes, si elles veulent auoir enfans,
Aristote commande de se ioindre et
habiter auec leurs maris lors que
leurs mois coulent , car autrement
n’en pourront-elles iamais auoir : qui
est vn point fort remarquable et digne
de considération 2.
' Le paragraphe finissait ici en 1573 ; le
reste est de 1575.
= Aristote liu. 7. cbap. 17. — A. P. — L’é-
dition de 1575 disait en cet endroit : « Qui
est vu point fort remarquable, et lequel ignoré
par le commun des médecins, fait que soutient
Pour reuenir à nostrepremier point,
aussi quand l’homme a les reins vice-
rés, il découlé quelquesfois du sang
auec la semence , qui peut pareille-
ment estre cause de donner quelque
tache à l’enfant, ainsi que fait le sang
menstruel de la femme.
Or la femme peut engendrer de-
puis le quatorzième an iusques au
cinquantième, et l’homme depuis le
douzième iusques à soixante et dix '.
Toutesfois touchant cest article il y a
grande variété selon la diuersité de
l’air, du tempérament, de la propre
et spéciale nature d’vn chacun en
particulier, des humeurs , de la ma-
niéré de viure : dont vient que Pline,
liure 7. chapitre 14, escrit que Masi-
nissa, roi de Numidie, ayant passé
l’aage de quatre vingls ans, engendra
vn enfant : chose mesme qu’il afferme
de Cato Censorius. Outre entre les
femmes, la Romaine Cornelia à 62
ans auoit enfanté. Valesius de Ta-
renla2, liure 6. chapitre 12, afferme
auoir veu vne femme qui eut vn en-
fant en l’aage de soixante sept ans,
icelle mesme en ayant ja eu à soixante
et soixante et vn.
Monsieur Ioubert, très docte mé-
decin , dit qu’en Auignon la femme
ils se tourmentent la teste et bourrellent la pan-
ure femme stérile en vain par médicaments ,
qui ont vertu de rectifier l'amarry, pensants
que la cause de leur stérilité dépende de quel-
que intempérie d’iceluy. »
1 Ici finissait le chapitre en 1573 ; la fin de
ce paragraphe a été ajoutée en 1575, et le
paragraphe final seulement en 1585.
a Pour Vulescus, autrement Balescon.
J’avais dessein d’abord de corriger cette
faute que j’attribuais à l’imprimeur; mais
dans toutes les éditions elle se répète, et
bien plus, dans le chapitre C4 , l’édition
de 1585 ayant écrit Valescus de Tarante,
l'auteur dans son errata a remis Talesius
de Tarenta.
LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
DE LA GENERATION.
d’vn tailleur d’habits nommé André,
seruiteur de monsieur de loyeuse ,
continua à faire des enfans à l’aage
de soixante et dix ans *.
CHAPITRE XLYI.
DE LA PRECIPITATION OV PERVERSION
DE LA MATRICE , c’EST-A-DIRE TOMRÉE
OV RENVERSÉE HORS DE SON LIEV
NATVREL 2
La précipitation ou peruersion de
la matrice aduient quand elle est
hors de son propre lieu, comme es-
tant son fond relasché vers l’un des
flancs etcostés, ou dedans son col, ou
qu’vne grande partie d’icelle sort du
1 Liure 2. des Erreurs populaires. — A. P.
— Il y a ici dans l’édition de 1579 quelque
chose de fort singulier. Le chapitre qui suit,
et qui devrait être le 46e, porte le chilfre
de 47e; et la numération continue ensuite
d’une manière régulière, de telle sorte qu’on
dirait seulement que le compositeur s’est
trompé, et a compté un chapitre de plus.
Mais à la table des matières placée en tête
du Livre de la génération, le 46e chapitre
est bien accusé; il a pour titre Remous -
Irance sus les abus qui se commettent sur la
procedure de l’ impuissance des hommes et des
femmes. Paré aurait-il voulu faire un cha-
pitre spécial sur cette question, qu’il aurait
ensuite rejeté ou qui aurait été perdu à
l’impression? Il est difficile d’y répondre;
on trouvera cependant quelque chose sur
ce sujet dans le livre des Rapports.
’ Franco avait traité dans son 91e chapitre
De la précipitation ou cheuie de la matrice-,
mais sans vues qui lui fussent propres, et
comme un assez maigre compilateur. Sans
doute Paré a beaucoup emprunté aux an-
ciens , et il a pris assez de soin de les citer;
mais les trois chapitres qui suivent n’ont
rien de commun avec celui de Franco , et
portent l’empreinte de l’observateur et du
praticien original.
739
tout hors d’iceluy *. Hippocrates, au
traité des Maladies des femmes , dit
qu’on a veu sortir la matrice hors du
corps iusques aux cuisses, voire selon
Ætius, aussi grosse qu’vn œuf d’au-
truche : qui ne peut estre le seul col ,
sans que tout le corps n’y soit de-
uallé , renuersé , et retourné comme
vn sac. Or ceste masse de chair des-
cendue n’a pas grand sentiment, mais
sont les lieux dont elle est attachée
qui sont fort sensibles.
Les causes, signes et accidens de
ce mal sont, ou la relaxation, ou rup-
lion des ligamens qui lient la ma-
trice et la tiennent en son lieu na-
turel Or ils se relaschent ou rompent
le plus souuent apres vn enfantement
violent, ou par l’imprudence des ma-
trones, qui tirent la matrice d’auec
l’arriere-faix par trop grande force ,
cequei’ay veu aduenir plusieurs fois :
aussi par vne vehemente extension ,
lors que la femme est grosse d’en -
fant, en eslendant du linge, leuant
les bras en haut, ou leuant de terre
vn pesant fardeau, ou autres choses
semblables : pareillement par vn
grand effort de crier, ou par vne toux
violente , par tenesme, ( c’est à dire
grandes espreintes à s’efforcer d’aller
à la selle, ou de pisser : ) aussi cheu-
tes, coups orbes donnés contre le
ventre, ou cheuaucher vn cheval al-
lant trop dur : aussi grandes sternu-
tations, dancer, sauter de haut en
bas les iambes séparées l’vne de l’au-
tre. Aussi la rétention de l’haleine
par defluxion de quelque matière pi-
tuiteuse, accompagnée de quelques
ventosités, qui relaschent et humec-
tent les ligamens de la matrice , ou
■ Ce paragraphe finissait ici en 1573, et
même encore en 1579; le reste a été ajouté
en 1585.
740 LE DIX-H VITIÉME LIVRE ,
paralysie d’iceux, et toutes choses
qui compriment violentement le dia-
phragmeet les muscles de l’epigastre:
aussi pour auoir enfanté souuent, car
l’enfant pesant au ventre la fait re-
lascher et descendre en bas 1 : pour
auoir receu air froid, comme pendant
l’enfantement, ou du llux menstruel ,
ou pour estre long temps tenue sur
Arne pierre froide, ou pour auoir eu
vne violente expulsion de l’enfant,
ou fausse geniture comme vne mole.
Aristote, chapitre 2. liure 7. De hist.
animal., remarque vne autre cause
fort notable de la cheute de l’vterus :
A plusieurs femmes (dit-il) l’vterus
tombe pour le désir qu’elles ont de
s'accoupler aux hommes, de sorte
que leur amarrv ne peut estre remis
en sa place que par le remede de la
conception.
Les signes que la matrice est des-
cendue, c’est que la femme sent dou-
leur aux parties esquelles la matrice
est liée et attachée , à sçauoir, aux
flancs, aux lombes, et à l’os sacré, et
sent au col de sa matrice vne tumeur
auec les doigts : et si elle est d’auan-
tage relaschée, on la voit estre sortie
hors la nature de la femme, comme
vne chair rouge en forme d’oualle,
et diuerse en quantité, selon la gran-
deur de la relaxation : et aura la
femme difficulté d’asseller et vriner,
par-ce que ladite matrice comprime
l’intestin droit et le col de la vessie :
semblablement la femme sent en sa
nature vne pesanteur et grande fas-
cherie, et l’empesche de cheminer et
de faire le ieu de Venus.
La recente ou nouuelle relaxation
de la matrice en vne ieune femme
est curable, au contraire non. Si elle
1 L’énumération des causes se terminait
là en 1673, le reste date de 1576 et 1586.
tombe par paralysie des ligamens ,
est difficile à guarir : et si elle tombe
par pourriture, est du tout incurable.
Si elle est fort descendue entre les
cuisses, elle ne peut estre réduite, et
se corrompt par l’air ambirnt, et s’vl-
cere et putréfié par le continuel at-
touchement de l’vrine et matière fe-
cale, et aussi par la compression et
contusion du fray des cuisses.
l’atteste auoir veu et médicamenté
vne ieune femme, à qui sa matrice
tomboit hors de sa Nature la grosseur
d’vn gros œuf de poulie , auoir esté
guerie et porté depuis des enfans, et
sa matrice n’estre iamais retombée.
CHAPITRE XLVII.
CVRE DF. LA PRECIPITATION DE LA
MATRICE.
Si la matrice est esleuée en haut,
sera aidée par les remedes que des-
crirons cy apres en la suffocation de
la matrice : et si elle estoit relaschée
du costé droit, faut appliquer ven-
touses au costé senestre : et si elle
estoit peruerlie au senestre , on les
appliquera au dextre • et si elle es-
toit tombée en bas, et peu sortie hors
le col d'icelle , il faut faire situer la
femme en sorte qu elle aye les fesses
fort esleuées en haut, et les cuisses
croisées l’vne sur l’autre, et appliquer
des ventouses sus le nombril et petit
ventre : puis estant réduite en son
lieu, on fera des iniections au col de
la matrice de choses astringentes et
fort desiccaliues, parfums fétides re-
ceus par le col de la dite matrice : et
par la bouche et le nez d’autres
faits de choses odoriférantes *. Si elle
1 La ponctuation était ici tellement vicieuse
dans les éditions complètes , que le sens en
DE LA GENERATION.
est endurcie , la faut estuuer de vi-
naigre tiede, puis la saupoudrer de
sel fort menu *.
Or si la matrice tombe grandement
entre les cuisses de la femme, et n’a
peu estre réduite par les moyens sus-
dits, on y remédiera par autre voye ,
tant en la situation qu’en reraede.
CHAPITRE XLVIII.
COM51E IL FA VT SITVER LA FEMME ,
LORSQVE LA MATRICE EST GRANDE-
MENT TOMBÉE HORS LA NATVRE DE
LA FEMME.
Il faut situer la femme à la ren-
uerse, les fesses et cuisses esleuées en
haut, ainsi que si on luy vouloit ex-
traire son arriere-faix ou enfant: puis
oiüdre le col de la matrice, et tout ce
qui est sorti hors, auec huile de lis
ou beurre frais, graisse de geline, ou
autres semblables, puis sera réduite
en son lieu, en poussant auec les
doigts tout ce qui est sorti dehors,
non tout à vn coup, mais peu à peu,
auec vn linge délié : et pendant qu elle
sera ainsi poussée, la femme retirera
était tout-à— fait défiguré. On y lisait : Par-
fums félidés , receus par le col de ladite ma-
trice, et par la bouche et le nez : d’autres, etc.
L’édition de 1573 porte une virgule au lieu
des deux points , ce qui ne m’a pas paru en-
core assez net. L’édition latine a parfaite-
ment traduit : Sujjilus fœtidi iisdern locis (in
vulvarn et cervicem) , suaveolentes vero ore et
naribus admiltendi. On verra au chapitre 5G
que les odeurs suaves attirent la matrice,
tandis que les odeurs fétides la repoussent,
et delà leur usage différent par le haut et
par le bas.
1 Cette dernière phrase n’a été ajoutée ici
qu’en 1585.
74 1
son haleine tant qu’elle pourra. Et
subit qu’elle sera reduile, faut essuyer
de linges déliés l’onctuosité qu’on y
auoit appliquée , à fin que les parties
ainsi ointes ne soient laissées lubri-
ques: car par ainsi la matrice pourroit
facilement tomber derechef.Celafait,
on fomentera toutes les parties géni-
tales de la femme d’vne décoction
faite de chose astringente , comme
ceste cy :
2£. Cortic. granat. nue. cupres. gall. alum.
roch. caud. equi. sumach, berber.
Cum aqua fabror. fiat decoct. pro fotu.
Et de ces choses en sera faite pa-
reillement poudre , laquelle on as-
pergera dessus : et sera mis vn pes-
saire dedans le col de la matrice, de
grosseur médiocre , de longueur de
huit à neuf doigts, plus ou moins, se-
lon la nature de la femme. D’auantage
on y en appliquera d’autres de fi-
gure d’oualle >, fait de liege couuert
de cire, pour le rendre plus lice, au
bout duquel il y aura vn lien pour le
retirer quand on voudra. On en fait
pareillement d’autres, fails en rond
comme en cercle, qui sont aussi fort
propres, et ne sortent hors comme
ceux qui sont de figure d’oualle 2.
‘Dans l’édition de 1573, il semble que
c'étaient ceux de huit à neuf doigts qui
devaient être de figure ovale; on lisait en
effet : de longueur de huicl à neuf doigts, plus
ou moins, selon lu nature de la femme, de fi-
gure d'oualle , etc. Ce texte ne s’accordait
pas avec les figures, et il a été changé en 1579.
2 Cette dernière phrase, avec les figures
de pessaire auxquelles elle a rapport, n'a été
ajoutée qu’en 1585. Quant aux pessaires
ovales, ils étaient déjà figurés en 1 564 dans
les Dix liures de chirurgie, fol. 223, avec
cette légende : Pessaires en figure oualle, les-
quelz doiuent eslre de liege, puis couucrts de
LE DIX-HVlTléME LIVRE
Les figures te sont icy représentées.
Figure des pessaires en figure oualle.
A Le corps du pessaire.
B Le lien, lequel doit estre attaché à la cuisse.
Cela fait , la femme se tiendra en
repos huit ou dix iours, et aura les
fesses hautes et les iambes croisées.
cire, qui seruem pour garder que la matrice qui
est relaxce ne sorte hors.
A Monstre ladille oualle.
B Le lien qu’on tire, lorsqu’on veut retirer les
dits pessaires. El seront de grosseur qu’il
sera besoin.
Il y avait trois figures de ce pessaire ovale
et deux du pessaire en cercle ; comme elles
ne représentaient que le même instrument,
Pareillement on luy appliquera sus
les flancs des ventouses assez grandes,
je n’en ai gardé qu’une pour chaque forme.
En conséquence , c’est Paré qui a pour la
première fois mentionné et figuré ces pessai-
res ovales , et bien long-temps avant qu’au-
cun autre auteur en ait parlé.
Le mot de pessaire est un de ceux qui se
sont le plus écartés de leur signification
primitive. Dans l’origine, et chez tous les
auteurs anciens , il s’appliquait à des médi-
camens que l’on introduisait dans le vagin,
tantôt seuls, tantôt à l’aide de charpie, de
coton ou de soie qu’on en imbibait, tantôt
enfermés dans des sachets qui leur servaient
également de conducteurs ; et c’est ainsi
que nous verrons Paré en parier lui-même
dans son livre des medicamens. Puis en don-
nant déjà quelque extension au sens du mot,
on en vint à appeler pessaires des canules
creuses en bois, en plomb, en étain, que
l’on enduisait d’onguent à l’extérieur, et
qui, pour leur ressemblance avec le mem-
bre yiril , avaient reçu spécialement dans
ce cas le nom de Priapisques. Paré les re-
commandera lui-même au chapitre 51 de
ce livre, à la vérité d’après Paul et Dale-
champs. Puis, au lieu d’enduire l’extérieur
de cesMnstrumens , on les perça de trous
plus ou moins nombreux, et ils servaient
alors de canules pour porter des injections
jusqu’au fond du vagin; tel est celui que
Paré a figuré au chapitre 29 du livre des
Tumeurs en general, t. I , p. 369 ; et celui
qu’il représentera lout-à-l'heure au chapi-
tre 57 du livre actuel. Enfin , quant aux
pessaires solides placés à demeure dans le
vagin pour remédier à la chute de la ma-
trice , la première mention que j'en ai trou-
vée ne remonte qu’au xv° siècle; j’ai noté
dans mon introduction , p. xcv, que Mat-
thieu de Gradi avait conseillé pour un pro-
lapsusutérin un pessaire en cire assez solide,
de la forme d’une verge, entouré de laine
trempée dans des liqueurs astringentes.
C’était encore , comme on voit , quant à la
forme et quant aux accessoires , une imita-
tion des pessaires-canules des anciens ; mais
celui-ci était en cire, et il était plein, et
DE LA GENERATION.
743
à fin de faire tenir la matrice en son trop longtemps descendue etexposée
lieu : et s’il aduenoit, pour auoir esté à l’air, qu’elle fust fort refroidie, il
enfin il devait rester à demeure au moins
un certain temps ; trois conditions nou-
velles, et qui allaient ouvrir la voie à de
plus heureuses modifications. Et cepen-
dant, chose remarquable, près d’un siècle
après Matthieu deGradi, Franco, en parlant
de ta cliente de matrice, ne sait encore appli-
quer d’autres pessaires que des pessaires
médicamenteux. Enfin, trois ans après la
dernière édition de Franco, A. Paré figurait
ses pessaires ovales.
Ici une question se présente ; cette inven-
tion était-elle à lui? 11 ne la revendique
point comme sa propriété; mais il en est
ainsi de plusieurs choses qui lui appartien-
nent. Il semble cependant que des pessaires
de diverses formes étaient depuis long-
temps dans la pratique, sinon des chirur-
giens , au moins des barbiers et des femmes,
c’est ainsi qu'en parlait en 1581 l’un des
amis de Paré, Rousset, dont je transcrirai
ici le curieux passage :
« Or n’est il de mcrueille s’il n’en a ja-
mais esté par les anciens rien parfaitement
escrit, car il y a vne infinité de petits et
gentilsaydes expérimentez par les femmes,
aussi industrieuses à se secourir en telles
maladies et nécessités d’elles-mesmes ,
comme de leur nature verecondes à s’en
descouurir aux hommes, lesquels sont se-
crets entre elles : de sorte que la plus part
de leurs médecins mesmes ne les scauent
pas,etcroy que cestuy en a esté vn pour
long-temps : Mais auiourdhuy quelques
chirurgiens en font liures et leçons, et ce
diuersement : scauoir est, quant à la ma-
trice (sans doute matière) de quoy ils sont
faits, quant à la figure et quant à l’vsage :
car les vns le font de seule cire, quelques
vns d’argent , ou d’or creux et pertuisé, les
autres de liege ciré. Item , les vns le font
rond, les autres en ouale, les autres
triangle ou quadrangle inequilatcral , à an-
gles obtus ; les vns en forme de cœur ap-
platie ; quelques vns de rondeur oblongue
et tronquée : les vns rond en plat, perluisc
au milieu , ou non : Aussi plusieurs l’appli-
quent auec vne cordette pour l’attirer mieux
dehors , quand ils veulent : les autres seul ,
sans qu’on soit gueres empesché de l’ostcr
qui voudra, aussi bien que s’il y auait vn
cordon : les autres ne l’ostent nulle-
ment, etc.» De l' enfant. Cœsurien, page 176.
Il cite plus loin, page 180 et suivantes ,
une femme qu’il visita en 1 570, et qui de-
puis 40 ans portait le même pessaire en
liège, qui lui avait été fait par son père :
ce qui nous reporte à 1539. Ce père s’ap-
pelait Joarmet Herauldié, dit Finet, et il
était alors barbier à Gisors. Rousset vou-
drait même faire remonter l’emploi du pes-
saire jusqu’à Hippocrate, en vertu de l’A-
phorisme 48 du 5e livre, qu’il rend ainsi :
Si utérus intrà taxas situs décident , ou de-
silierit , necessarium est emmolum , ou
linamentum fieri ; et plus tard , dans son
édition latine, il signala un autre passage
d’Hippocrate où la grenade semble avoir été
employée en qualité de pessaire à demeure.
Rousset croyait d’ailleurs que le pessaire se
plaçait dans la cavité de la matrice même,
et non pas dans le vagin.
Suivant Eauhin, dans l’appendice qu’il
joignit à sa traduction latine de Rousset ,
les femmes allemandes se servaient d’un
peloton de fil recouvert de cire vierge, d’au-
tres d’une noix vidée et recouverte de cire
à l’extérieur, de manière à lui donner la
forme , et presque le volume d’un œuf de
poule, et c’est d'un pessaire de ce genre,
ajoute-t-il, que l’on se sert pour les grandes
dames d’Allemagne quand elles ont une chute
de matrice. Il convient de remarquer qu’à
ce texte, Bauhin joint une figure de pessaire
ovale qui est copié de la façon la plus ser-
vile sur la planche d’A. Paré.
La belle-mère de Bauhin, femme très
versée dans la pratique delà médecine, con-
fectionnait des pessaires circulaires avec la
racine de vigne sauvage, recouverte de cire,
vierge à laquelle elle ajoutait un peu de
poix blanche ou de térébenthine Enfin Jean
Bauhin, le frère de l’anatomiste, avait ima-
giné de soutenir la matrice avec un cercle
744 LE DIX-HVIT1ÉME LIVRE
faut fomenter d’vne décoction chaude
et carminatiue, pour résoudre les
ventosités, comme ceste-cy.
"if. Fol. alth. salui. lauand. rorismarini, ar-
temis. flor. camom. melil. ana m. £>.
Scminis anisi, fœnic. ana g . j.
Coquantur omnia complété in aquà et vino,
et fiat decoctio ad vsum.
Pareillement ne faut oublier à luy
donner des clysteres, pour ietter hors
lesexcremens des intestins , à fin que
la matrice aye meilleure place à se
tenir en son lieu 1 : et pareillement
faire en sorte que la vessie soit tou-
sioursvuide, autrement l’vterus es-
tant situé au milieu d'icelle et du
boyau cullier, par la compression et
plénitude de l’vn et de l’autre, se-
roit tousiours repoussé dehors.
Or ie te veux icy aduertir d’vn au-
tre remede singulier pour retirer 1 v-
terus en haut quand il est tombé:
sçauoir le vomissement, lequel sou-
uent purge la pituite qui relaschoit
ligamens de l’vterus, et le rappelle
en fil d’argent arrondi , supporté par une
fourche à trois branches. C’est là assuré-
ment la mention la plus ancienne de nos
pessaires à tige. Bauhin en cite d’autres en-
core faits de fer-blanc recouverts de cire;
il pense que certains pessaires sont poussés
jusque dans la cavité utérine; mais pour
ceux qu’il a pu mieux étudier, savoir, le
pessaire ovale de fil onde coque de noix,
le pessaire circulaire de sa belle-mère , et le
pessaire à tige de son frère , il exprime très
nettement l’idée qu’ils sont placés dans le
vagin, ou comme on s’exprimait alors , in
coltum uleri.
On voit que Paré, mieux instruit par
l’expérience, n’est tombé, ni dans l’erreur
complète de Roussel, ni dans la demi-er-
reur de Bauhin.
1 Le paragraphe s’arrêtait là en 1573; le
reste est de 1575.
en haut. Car comme l’vterus par le
coït se meut en bas pour receuoir la
semence, ainsi par le vomissement le
ventricule se monte en haut pour iet-
ter tout ce qui luy est nuisible au
fond. Or le ventricule se leuant ainsi
en Laut, ensemble le péritoine, l’vte-
rus et toutes autres choses qui luy
sont attachées par vne colligance et
connexion , seront retirées en haut :
parquoy ne négligeras ce remede, et
regarderas à faire vomir la femme at-
teinte de ce mal *.
Posons le cas que la matrice n’eust
peu est re réduite par tousces moyens,
et fust vlcerée et putréfiée , les an-
ciens commandent l’amputer : mais
premièrement veulent qu’on la lie ,
et qu’on coupe ce qui est necessaire,
puis la cautériser, et paracheuer la
cure selon l’art On aveu des femmes
à qui toute la matrice auoit esté
extirpée, et neantmoins ont suruescu
long temps apres2. Ce que lesmoigne
Paulus au liure sus allégué3 : et de
recenle mémoire loannes Langius,
médecin du comte Palatin , au liure
second de ses Epistres médicinales ,
Ep'st. 39, dit, qu’en sa presence vn
chirurgien nommé Carpus, extirpa
la matrice d’vne femme de la ville
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1575, et
il se lit encore dans la dernière édition du
vivant de l’auteur, en 15R5; mais dès la pre-
mière édition posthume il a été retranché,
et par suite dans toutes les éditions posté-
rieures. Sa présence dans les trois grandes
éditions originales m’a paru une raison suf-
fisanie pour le conserver dans le texte.
2 Le chapilre se terminait ici en 1573,
sauf ce peu de mots qui ont été effacés plus
lard : Et te sulfite de la précipitation de la
matrice. La fin du paragraphe a été ajoutée
en 1575, et le reste du chapitre est encore
de diverses dates.
3 Paul. liu. 6. — A. P.
DE LA GENERATION.
dite Bononie1 : ce qui fut fait heureu-
sement , et sans la mort de la femme.
D’auantage, Antonius Beneuenius,
médecin de Florence , traité De mi -
randis morb. causis, chap. 12. dit:
qu’il fut appellé par vn médecin
nommé Vgolius pour guarir vne
femme à laquelle sa matrice tomba
par pièces toute corrompue, et toules-
fois depuis a vescu dix ans. Auicenne
et Auenzoar portent suffisant lesmoi-
gnage que la femme peut perdre
toute sa matrice , et loutesfois luy de-
meurera la vie.
Histoire d'vne femme à qui la motrice
fut extirpée le tour des Roys 1775.
Vne femme aagée de vingt cinq à
trente ans, saine et bien reiglée de ses
purgations viennes, comme elle di-
soit, et réputée fort bonneste et de
bonne vie , se maria pour la seconde
fois en l’an 1571, n’ayant eu enfans
de son premier mariage. Peu apres la
copulation, eut signes de concep-
tion : toulesfois , auec progrès de
temps , se sentant vne pesanteur és
parties basses si fascheuse pour la
douleur, rétention d’vrine, et autres
accidens, qu’elle ne la pouuait plus
endurer, s’en descouurit ù vn barbier
chirurgien son voisin et amy, nommé
Christofle Mombeau, demeurant aux
faux-bourgs sainct Germain des Prés,
lequel, ainsi qu’il me rapporta, voyant
vne enfleure au perinéesuiuant le iu-
gement de son art , appliqua embro-
1 Ce Carpus n’est autre que Bérenger de
Carpi qui raconte celle histoire dans son
anatomie Voy. mon Introduction, p. cjlxxxvi.
Du reste ces citations de Langius et de
Benivieni, dont les ouvrages n’avaient point
été traduits en français, semblent attester
quelque collaboration d’un ami qui savait
le latin.
745
cations et cataplasmes de décoctions
d’herbes, et autres remedes anodyns
et remollitifs , par le moyen desquels
la douleur cessa. Mais apparut à la
léure intérieure de la partie honteuse
vne ouuerture comme d’abcés rompu ,
par laquelle sortit, vne longue espace
de temps, sanie tan ost rougeastre,
tantost iaunaslre , lantost blaffarde.
Cependant ceste pesanteur ne se per-
doit point . ains s’augmentoit, et vint
à telle conséquence, que l'an 1573, et
les autres ensuiuans iusques au iour
de la cheute , si la malade se vouloit
tourner au lit, ne le pouuoit aisément
sans mettre les mains au ventre pour
aider à supporter ce faix du costé
qu’elle se vouloit tourner : et lors
encore sentoil-elle comme vne boulle
tombant à plomb , de quelque costé
que l’inclination du corps se fisl. De-
bout ou assise, ne pouuoit vriner,
n’aller à ses affaires, sans sousleuer
vers le diaphragme auec les mains le-
dit faix. Marchant, auoit grandissime
difficulté de mouuoir les iambes.et
pensoitauoir tousiours quelque chose
entre deux qui l’empeschast. Quel-
quesfois aussi de l’année, se renou-
uelloit ladite ouuerture et yssue de
matière : et lors senloit douleurs
de teste et és autres membres , defail-
lemens de cœur, degoustemens , vo-
missemens , suffocations , tant qu’en-
fin vaincue de mal et impatience , le
vingt septième Décembre dernier,
sous promesse de certaine et asseurée
guarison , fut persuadée par vne
femme empirique de prendre de l’an-
timoine1. Dont la violence fut telle,
qu’apres avoir plusieurs fois vomi
auec grands efforts, et fait plusieurs
selles d’eaux, sentit (ce pensoit-elle )
1 L’antimoine produit des effets merueilleux.
— A. P.
LE DIX-HV1TIÉME LIVRE,
746
son fondement relasché. Visitée par
vne sienne amie , fut conseillée d’ap-
peller l’aide des chirurgiens, par ce
que ce quisortoit ne lui sembloit estre
le boyau cullier, mais autre chose
parlant de sa nature. le fus donc ap-
pelle le sixième iour de januier der-
nier, et M. Iacques Guillemeau , chi-
rurgien iuré à Paris, ensembleM. An
toine du Vieux , maistre barbier
chirurgien , demeurant aux Faux-
bourgs sainct Germain des Prés, voi-
sin de ladite malade. Et apres auoir
tout bien considéré, aduisasmes pour
le meilleur qu’il falloit extirper ce
qui paroissoit , attendu la couleur
noire , puanteur, et autres signes de
substance pourrie. Si commençasmes
à tirer peu-à-peu par deux diuers
iours, sans douleur, vn corps, qui fut
iugé de messieurs Alexis Gaudin ,
médecin ordinaire du royet premier
de la Royne, P. le Féure aussi mé-
decin ordinaire du roy et de madame
la princesse de la Roche-sur-Yon, De
Violaines, docteur en l’Vniuersité de
Paris , et nous Chirurgiens , estre le
corps de la matrice, à raison que
fut trouué l’vn des testicules, et vne
grosse membrane restant d’vne mole
qui s’estoit apostumée, creuée et vui-
dée , comme dit est. Apres l’extirpa-
tion de ceste partie , la malade se
trouua mieux. H y auoit neuf iours
deuant l’extirpation , qu’elle n’auoit
esté à ses affaires, et quatre iours
qu’elle n’auoit vriné : ce qu’elle fit
depuis reglément , se trouuant fort
bien par l’espace de trois mois, au
bout desquels luy suruint vne pleu-
résie, auec vne grande fiéure conti-
nue, dont elle mourut. Estant ad-
uerti qu’elle estoit decedée, désireux
de sçauoir ce que Nature auoit basli
au lieu de sa matrice, en fis ouuer-
ture : où n’ay trouué la matrice, ains
en son lieu vne callosité dure, que
Nature auoit machiné durantles trois
mois de si peu qui en restoit, pour
tascher à refaire ce qui estoit perdu *.
I C’est cette observation qui a été arguée
de faux par Compérat, dans sa Répliqué,
p. 3G. Il combat les observations sur les-
quelles Paré appuyait sa doctrine de la liga-
ture des artères après les amputations; il en
écarte trois par des motifs que nous retrou-
verons à l’occasion de l’apologie de Paré, et
pour le reste, il ajoute :
« Il n’en reste donc que quatre qui puis-
sent seruir à son propos : esquëlles si ie dis
que il peut y auoir quelque fable mes-
lee, ie ne diray rien qui ne se recognoisse
és oeuures de M. Ambroise. Et combien que
iele peusse remarquer, ie n’entreray toules-
fois en ceste peine, me contentant de luy
remettre deuant les yeux le mensonge qu’il
a escrit en son liure de la génération, où il
dit qu’il a extirpé à vne femme de Sainct
Germain de Prez le corps de la matrice
auec ses testicules , laquelle depuis se seroit
bien portée. Et neanlmoins demy an apres la
femme estant decedce, et son corps ouuert
pour, sçauoir si ce qu’ildisoilestoitveritable,
la matrice fut trouuee toute entière en la
presence de Monsieur le Baillif Docteur Re-
gent en la faculté de Medecine à Paris , et
M. Louys le Brun Chirurgien iuré à Paris ,
hommes exccllens en leur art, et de telle
croyance, que M. Ambroise n’eut sceu dé-
battre leur tesmoignage. »
A une telle distance des époques , et sans
autres témoignages, laquelle croire de ces
deux assertions? La question est insoluble,
non pas que je veuille mettre en doute la
bonne foi de Paré; mais il avait pu se trom-
per, et bien d’autres se sont Irompés après
lui en semblable circonstance. Toutefois il
esta regretter qu’il n’ait pas jugé convena-
ble, dans les deux éditions auxquelles il
travailla encore après le pamphlet de Com-
pérat, de répondre à une critique qui s’at-
taquait à sa véracité, d’autant plus qu’en
1585 il lit des additions à ce chapitre qui,
en 1579, se terminait avec cette observation.
II y a une remarque essentielle à faire à
DE LA GENERATION.
D’auantage, François Rousset en
son liure de Y enfantement Cœsarien,
recite certaines histoires de femmes
ausquelles on a veu tomber entière-
ment leurs matrices. Entre autres dit,
que feu madame de Blancafort l’ais-
née, ayant de long-temps peu-à-peu
la matrice précipitée, de sorte qu’elle
ne la pouuoit plus réduire ny sup-
porter : voyant qu’elle commençoit à
se pourrir, me vint trouuer à Mon-
targis , pour la penser ou conduire à
Paris : mais elle luy tomba enchemin,
et ne laissa neantmoins de passer
outre, et ne luy fut pour cela fait
autre chose qu’vn lauement de vin et
de rose, par Felle, chirurgien, qui
à son dire, n’apperceut au lieu où
souloit estre la matrice, qu’vne va-
cuité.
Semblablement ledit Rousset fait
mention de Perrine Boucher, vieille
chambrière chez maistre François
Quarré, aduocat à Montargis, pour
auoir eu plusieurs accouchemens vio-
lens, laquelle auoit de long temps
vne précipitation de matrice, qui
peu-à-peu, criant tant qu’elle ne la
pouuoit plus remettre , enfin se gan-
grena et tomba d’elle-mesme en cui-
dant vriner, dequoy sont plusieurs
tesmoins, monsieur Contuge médecin ,
et maistre Iean de Beauuais, chirur-
gien de Montargis : dont elle ne dai-
gna garder le lit , et vescut trois ans
apres bien saine, sinon que depuis
elle estoit suiette à se tenir couuerle
par embas, autrement sentoit dou-
leur de colique. Finalement moy
absent , estant icelle morte de fiéure
l’occasion des deux histoires suivantes. J’ai
déjà dit que l’édition française de Rousset
avait paru en 1581 ; Paré la copie si exacte-
ment qu’il laisse subsister le pronom me ou
moi, qu’il ne faut rapporter qu’à Rousset
lui-même.
74 7
continue , et ayant desia esté in-
humée,* fut à mon retour deterrée
par permission de iustice, à ma solli-
citation. L’ouuerlure fut faite par
Felle , chirurgien , és présences dudit
sieur Contuge , médecin , et de la
sage-femme et autres: et n’apperceus
entre la vessie et le gros boyau, au
lieu où deuoit estre la matrice, rien
qu’vn lieu vuide tout cicatrisé : et
estoit à la vérité l’ouuerture par
laquelle elle prenoit le froid, causant
douleur de colique.
CHAPITRE XLIX.
DE LA MEMBRANE APPELLEE HYMEN
Pareillement il se trouue quelques-
fois en aucunes vierges vne mem-
brane à l’orifice du col de la matrice,
appellée des anciens hymen , qui
empesche d’auoir la compagnie de
l’homme et fait la femme stérile.
Or le vulgaire (voire plusieurs
gens doctes) cuident et estiment qu’il
n’y a nulle vierge qui n’aye ladite
hymen , qui est la porte virginale :
mais ils s’abusent , pour - ce que
bien rarement on la trouue, et pro-
teste ( composant mon Anatomie )
l’auoir recherchée à plusieurs filles
mortes à l’Hôtel-Dieu de Paris, aagées
de trois, quatre, cinq, et iusques à
douze ans, et Jamais ie ne l’ay pu
apperceuoir, fors à vne fille aagée de
dix-sept ans, qui estoit accordée en
mariage : et sa mere sçachant que sa
fille auoit quelque chose qui pouuoit
empescher estre appelée mere, me pria
la voir, en laquelle trouuay vne mem-
1 Ce sujet avait déjà été abordé, mais avec
moins de détails, au Ie* Livre de l’anato-
mie, ch. 34. Voyez 1. 1, p. 167.
LE DIX-H VITIÉME LIVRE
748
brane nerueuse de l’espaisseur d’vn
parchemin fort délié , qui estpit au-
dessous des nymphes, immédiatement
pies le conduit par où les femmes
pissent, deuant l’entrée de l’orifice
du col de la matrice, ayant un petit
trou par où ses mois se pouuoient
escouler. Et ayant veu ladite mem-
brane ainsi peu espaisse, la coupay
promptement auecques des ciseaux,
et donnay à la mere conseil de ce
qu’il restoit pour parfaire la guari-
son : et luy enchargeay expressément
qu’elle mist entre les deux parties
des plumaceaux ou vne grosse tente,
de peur que l'union de ce qui auoit
esté coupé ne se reprist de rechef
l’vn auec l’autre : peu après fut
mariée, et eut enfant.
Vn iour deuisanl de cette matière
auec monsieur Alexis, premier méde-
cin de la royne, homme d’honneur
et estimé entre les gens doctes, ie luy
dis que i’auois fait plusieurs sections
de filles, tant à l’Hôtel-Dieu de Paris
qu’autre part, et que iamais n’auois
veu ceste membrane , fors vne fois,
comme i’ay dit cy dessus : lequel me
dit que véritablement elle se trouue
rarement, et que Realdus Colombus1,
liure 2, en auoit escrit ce qui s’en-
suit : « Il se trouue au dessous des
nymphes en aucunes vierges, non en
toutes, vne membrane appelée des
anciens hymen, laquelle quand elle
s’y trouue (loutesfois se trouue rare-
ment), empesche l’entrée de la verge
de l’homme, et a vn pertuis par le-
quel ses mois coulent. » D’auantage
dit, qu’il l’a seulement trouuée à
deux petites fillettes et vne fois à vne
1 Realdus Colombus grand el excellent ana-
tomiste. Au liu. 15. — A. P. — Cette noteest
de 157a, et a été effacée depuis.
plus grande. Auicenne dit1 qu’au
col de la matrice y a vn tissu de
veines etarteres, et de filamens ner-
ueux tres-subtils, qui procèdent de
toutes les parties d’iceluy col, les-
quelles sont rompues au premier
coït venerique, dont souuent le sang
en sort. A lmensor escrit le conduit des
pucelles estre estroit et ridé, et en ses
rides il y a des veines et arteres très
subtiles entrelacées , lesquelles se
rompent à la défloration et extension
des rides. Voila que les susdits au-
theurs nous ont laissé par escrit.
Les matrones tiennent pour vne
chose vraye, qu’elles peuuent con-
noistre une fille vierge d’auecques
celle qui a esté depucellée , par ce
qu’elles disent trouuer vne ruplion
d’vne taye qui se rompt au premier
coït, et souuent à leur rapport les
iusticiers donnent iugement , et là
comme! tent grands abus par lesdiles
matrones. Qu’il soit vray, i’en ay
interrogué plusieurs pour sçauoir où
elles trouuent ladite îaye : l’vne di-
soit tout à l’entrée de la partie hon-
teuse , l’autre au milieu , et les autres
tout au profond , au deuant de la
bouche de la matrice : les autres
disent qu’elles ne peut estre veue
qu’apres le premier enfantement. Et
voila comment ces sages-femmes ac-
cordent leurs vielles.
On trouue cette pannicule hymen
rarement; et lors qu’on le trouue, on
le peut dire estre contre nature ,
parquoy n’en faut faire reigle cer-
taine ni vniuersclle: le sang qui sort
n’est à cause de la rupture de l’hy-
inen, mais vient à raison des rugo-
sités du col de la matrice qui n’ont
encore esté estendues et déprimées,
1 Auicenne li. 3. fen. 23. trait. 1 . ch. 1 . —
A. P.
DE LA GENERATION.
et à ceste première entrée se desioi-
gnent et séparent, et se fait rupture
de certaines petites veines et arteres,
lesquelles descendent par la superfi-
cie interne du col de la matrice, se
rompans et s’ouurans , ne pouuans
soustenir ceste extension sans dou
leur et flux de sang, lorsque la fille
n'a accompli ses dimensions : mais si
la fille pucelle est en aage suffisante,
estant mariée auecques vn liomme
qui aura sa verge proportionnée au
col de sa matrice , n’aura aucune
douleur ny flux de sang estant depu-
cellée
Dont il est aisé à entendre combien
grandement sont abusés les habitans
de Fez, cité principale de Mauritanie
en Afrique : desquels la coustume és
nopces est telle (comme raconte Leon
l’Africain , liure 3. de son histoire
d’Afrique2): Si tost, dit-il, que l’espoux
et l’espouse sont paruenus en la mai-
son , s’enferment tous deux en vne
chambre , où ils demeurent ce pen-
dant que le festin s’appresle, et y a
vne femme dehors, attendant iusqu’à
tant que le mari ayant défloré l’es-
pouse, tend vn petit linge mouillé
d’icelle à la femme qui est à la porte
l’attendant, qui, tenant ce drapeau
entre les mains, s’en va criant à ceux
qui sont inuités à haute voix, que la
fille estoit pucelle : parquoy on les
fait banqueter. Mais si, de malheur,
elle n’esloit trouuée n’ayant ietté le
sang 3, elle est rendue par le mari au
pere et à la mere, qui en reçoiuent
vne grande honte, auec ce que les
inuités s’en retournent l’estomach
> Chose digne d’estre bien notée. — A. P.
2 Paré citait ici en note Leon l’africain
et Iean IVier.
3 II y a évidemment ici une négation de
trop; mais toutes les éditions étant unifor-
mes, j’ai cru devoir respecter le texte.
749
creux , sans donner coup de dent.
Mais le cas se rencontrant tel que
l'aiions descrit cy dessus, ils seront
bien deceus ’.
Et parlant ne faut conclure, comme
aucuns veulent, que la fille au pre-
mier coït qui ne ielte le sang par le
col de la matrice, ne soit pucelle, pa-
reillement aussi celle qui en iette le
soit : parce qu’aucunes, par les mes-
chantes maquerelles et impudentes
qui ont accousiumé vendre filles
pour pucelles , se font contrefaire
ceste taye par le moyen de certaines
iniections d’eaux astringentes, puis
mettent profondément au col de leur
matrice vne esponge imbue en sang
de quelque beste, ou en remplissent
quelque petite vessie, comme la vessie
où est contenu l’humeur cholérique
aux moutons ou autres bestes, qu’on
appelle la vessie du fiel : et alors que
l’homme vient auoir compagnie d’el-
les, font les reserrées, crians comme
si on les depucelloit, ou qu’on leur
fist vne douleur extreme : et en
l’acte, ledit sang qui en est exprimé
coule dehors, et le pauure badelory,
doux de sel, pense auoir eu la creme
où il n’aura eu que le fonds du pot,
voire que de ces pucelles en sera
quelquesfois yssu de petites créatu-
res qui se degenerent eu hommes ou
femmes 2. Ioint aussi que ces pucelles
sont fardées comme vn sepulcbre
blanchi, qui est poli par dehors, et
dedans rempli de pourriture et puan-
teur, comme les boettes des apoli-
caires, peintes par dehors auec or et
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1575.
2 Dans l’édition de 1573 et jusqu’en 1579,
apres ces mots en hommes ou femmes, l’auteur
ajoutait immédiatement : Partunt garde le
heurtqui pourra. La phrase intermédiaire a été
ajoutée en 1585.
LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
700
azur, et dedans pleines de poison :
Ainsi est-il de ces putains affettées
qui baillent la verolle, et sont cause
que les pauures amoureux transis
meurent misérablement , arides et
secs. Partant garde le heurt qui
pourra.
CHAPITRE L.
HISTOIRE MEMORABLE DE IEAN WIER ,
DE LA MEMBRANE APPELLEE HYMEN.
Iean Wier , médecin du duc de
Cleues, en son liure De l'imposture
et tromperie des Diables , des enchante-
mens et sorcelleries 1 , recite qu’il y
avoit vne fille en Chambourg, la-
quelle auoit vne taye f rte et dure
nommée Hymen , qui prohiboit que
lorsque ses menstrues lui suruindrent,
ne peurent estre vacuées, à raison de
l’empeschement de ceste membrane :
et pour la régurgitation du sang qui
remonloit en haut , auoit le ventre
fort enflé et tendu , et auoit de gran-
des et extremes douleurs , comme si
elle eust deu enfanter. Alors les ma-
trones furent mandées , lesquelles la
veirent auoir le ventre ainsi dur et
tendu, et les douleurs si extremes,
que d’vn commun accord disoient
qu’elle esloit grosse d’enfant , enco-
res que la pauure fille leur contre-
dist auecques grands sermens, et af-
fermast n’auoir iamais eu connois-
sance d’hommes : et dit qu’il lut
appellé, lors que les femmes ne luy
pouuoient plus rien faire, et qu’elles
en desesperoient , à raison des dou-
■ Chap. 38. — A. P. — Ce livre, comme il
a été dit dans mon Introduction , avait été
traduit en français par Grévin vers 1868.
leurs insupportables , lesquelles
auoienl desia duré trois sepmaines
sans luy donner repos ne iour ne
nuit, auec quelque suppression d’v-
rine , veilles perpétuelles , et perte
d’appétit. Promptement qu’il fut ar-
riué, il reconnut la partie malade,
où il trouua l’orifice du col de la
matrice clos etestoupépar vne taye,
tellement qu’il n’en pouuoit rien ou
peu sortir : et s’enquit de son aage,
qui estoit de vingt et vn ans, et que
iamais n’auoit eu ses fleurs : lors con-
nut ceste tumeur ne procéder sinon
d’vne subite descharge et fluxion de
sang vers la région de l’vterus et
vaisseaux d’iceluy : parquoy appella
vn chirurgien, et luy commanda
faire vne ouuerture à ladite taye, et
peu à peu en sortit bien huit liures
de sang coagulé, noir et ja commencé
à se pourrir : et l’euacualion du sang
faite, trois iours apres fut du tout
guarie.
Pour ceste cause ie conseilleray
touiours aux peres et meres, qui au-
ront la connoissance que leurs filles
ayent ladite hymen, qu’ils la facent
couper, s’il n’y auoit suffisante ou-
uerture à expurger leurs fleurs,
pource que quelques-vnes pour sem-
blable cause sont mortes, par faute
que le sang menstruel n’auoit yssue.
CHAPITRE LE
DE PHIMON *.
Pbimon est vne disposition des
femmes qui n’ont point la nature
' Ce chapitre manque dans les premières
éditions, et ne date que de 1585. Il a été
extrait du chapitre 80 du livre vi de Paul
d’Égine, c’est-à-dire de la traduction fran-
çaise de Dalechamps.
1)E LA GENERATION.
percée, quelquesfois de leur nais-
sance, et aussi quelquesfois par acci-
dent. Cest empeschement est aucu-
nesfoisenl’orifice du col delà matrice :
autresfois aux ailes, et quelquesfois en
l’espace qui est entre elles : or pour-
ce que les bords sont pris et atta-
chés, telles choses prohibent la con-
ception et le flux menstruel.
Si le passage est du tout bouché,
pour la curation, faut que la main
du chirurgien y besogne, en cou-
pant et extirpant ce qui empesche,
s’il est possible, y appliquant vn pes-
saire que les Grecs appellent pria-
piscum , semblable à la verge de
l’homme, ou vne canule de plomb,
ointe d’vn médicament propre.
CHAPITRE LU.
DE LA SVFFOCATION DE LA MATRICE ,
APPELLÉE DES FEMMES LE MAL DE
LA MERE , ET DE SES CAVSES ».
Suffocation de matrice est ablation
de libre inspiration et expiration, qui
vient, ou pource que l’vterus gouffle
et s’enfle, ou pource qu’il est raui et
emporté en haut par vn mouuement
forcé, et comme conuulsif, à cause de
la plénitude de ses vaisseaux. L’vte-
rus se gouffle et enfle pource que
quelque substance pourrie et corrom-
■ Les chapitres qui suivent sur la suffoca-
tion de matrice, qui n’est autre chose que
l’hystérie , semblent avoir été principale-
ment extraits d’un chapitre de Sylvius sur
le même sujet : De Vleri suffocalione et per-
uersione, dans son premier commentaire De
mensibws mulierurn. Ce livre avait paru en
1556, et n’avait point été traduit en fran-
çais. Il a été reproduit dans les Gynœciorum
libri de Spachius. — Du reste, Paré cite lui-
même Sylvius dans son chapitre 54.
7 51
pue en iceluy se résout en vapeur et
ventosités, de la rétention des mens-
trues, ou de la corruption de la se-
mence, ou d’vne aposteme faite en
la matrice, ou fleurs blanches et au-
tres mauuaises humeurs, qui se pu-
tréfient en icelle, ou de ventosités :
ce qui se peut connoistre, parce que
la femme aura grands soupirs, verli-
gines, scotomies, douleurs de teste,
nausée, rots, et grands bruits aux in
testins. Or de la semence de la femme
retenue aux vaisseaux spermatiques,
ouja respandueen la matrice, ou au-
tour de ses testicules, s’esleuent cer-
taines vapeurs corrompues, lesquel-
les sont communiquées au foye, au
cœur et au cerueau, dont s’engen-
drent de tres-cruels accidens, appro-
chans quelquesfois à ceux qui sont
mords de chiens enragés, ou piqués
de quelque beste veneneuse. Les ac-
cidens qui viennent en la suffocation
de la matrice, sont plus grands et
cruels pour la semence retenue, que
ceux qui viennent par la rétention
des menstrues, à cause que d’autant
que la semence est plus parfaite, de-
meurant en sa disposition naturelle,
aussi de tant plus deuient-elle maligne
etperuerse, estant aliénée d’icelle, et
changée de qualité contraire : de
sorte que lors qu’elle est corrompue,
la pourriture en est plus maligne,
plus subtile et penetraliue que du
sang menstruel, dont les accidens
sont plus grands et plus veneneux :
ce qu’on voit aduenir au vinaigre ,
car d’autant est le vin meilleur, d’au-
tant aussi en est le vinaigre plus fort
et aigu.
Or les accidens susdits aduiennent
peu souuent aux femmes mariées,
ayans la compagnie de leurs maris,
mais aux ieunes veufues qui sont
nourries d’alimens copieux et oisiues.
LE DIX-H VITIEME LIVRE,
’jbl
La matrice par les mois retenus, ou
par la semence , ou quelques autres
mainmises humeurs ou ventosités se
peruertit et se meut de son siégé et
situation naturelle, quelquesfois se
relire en haut, et quelquesfois à costé
dexlre ou seneslre, ou s’estend en
largeur pour la plénitude des vais-
seaux qui paruimnent en icelle. Car
les veines, arteres et autres vaisseaux
estans fort remplis, s’estendent en
profond et en large, et alors ils se
font plus courts, et partant se reti-
rent vers leur origine, qui est la veine
caue et grande artere, adonc retirent
la matrice semblablement à eux : et
s’ils tirent egalement, lors elle
semble monter en haut vers l’est o-
mach et le diaphragme : et s’ils la ti-
rent inégalement, alors s'encline en
deuant et en derrière, à dextre et à
senestre vers les flancs, ou à la seule
région de l’os pubis, et lors la vessie
et l’intestin droit sont aggraués de
douleurs et enflés : et pour le dire en
vn mot, tout lieu vers lequel le corps
de la matrice se retirera et affais-
sera.
Or il faut icy noter que neantmoins
que la matrice s’esleue en haut, si ne
faut-il pour cela penser les accidens
sus nommés prouenir par la seule tu-
meur et compression qu’elle fait aux
parties supérieures (à sçauoir vers
l’estomach et le diaphragme) ou in-
également vers d’autres parties :
pource que ce n’est le corps de la
matrice , neantmoins que les femmes
disent qu’il leur semble monter ius-
qu’à la gorge, les voulant estouffer
et estrangler1 : mais ce sont certaines
vapeurs, qui sont esleuées d’elle ou
de ses vaisseaux, qui montent, comme
nous auons dit , aux parties supé-
rieures : veu qu’vne femme ayant en
son ventre vn enfant ja grandelet, ou
vn autre qui sera hydropique, et vu
autre ayant l’estomach fort rempli
de viandes, netombera soudainement
par aucune de ces choses en pi iuation
du beneflee de respiration, ainsi qu’il
se fait en la suffocation de la matrice.
Par quoy on ne peut vrayement
conclure que la suffocation se fait
parce que la matrice s’esleue en tu-
meur, mais pour les vapeurs qui
s’esleuent vers les parties supérieu-
res. Ce qui se peut encores prouuer
par vne autre raison : c’est que la
matrice d’vne femme n’estant grosse,
est fort compacte, dure et serrée, et
de grosseur seulement d’vne grosse
poire de certeau,etsi trouue-on bien
petite cauilé : et partant faut con-
clure que ce n’est ladite matrice qui
tant se grossit et s’esleue en haut
qu’elle puisse osier la respiraiion,
mais les vapeurs putrides , comme
nous auons dit.
Autres accidens aduiennent pour
la semence et les mois retenus, et
sont diuers selon la quantité et qua-
lité des matières : car si la cause est
froide et venteuse, elle réfrigéré tout
le corps, tellement que la respiraiion
et le pouls des arteres ne peuuent
estreapperceusparlesens: et si la ma-
tière est grosse, elle cause conuulsion :
et si elle est d’humeur melancholique,
elle engendre tristesse : par lesquelles
choses est euident que la matrice
est premièrement blessée, aussi par
compassion l’estomach, le cœur par
vne palpitation, le foye et le cer-
ueau. Or le cerueau est blessé par
douleur de leste, qui soutient est auec
rougeur de toute la face et des yeux,
auec scotomie et vertigine, c’est-à-
dire qu’il semble que tout tourne c’en
dessus dessous, qui se fait par vne
* Chose digne d'estre bien notée. — A. P.
DE LA GENERATION.
putredineuse vapeur esleuée au cer-
ueau, perturbant entièrement les es-
prits, instrumens des facultés anima-
les, dont aduient vne resuerie, tantost
de la vertu apprehensiue, tantost de
la raisonnable, et souuent la femme
parle à part soy en resuant, décla-
rant tant ce qu’elle doit taire que
dire, et quelquesfois demeure toute
stupide et estonnée. Aucunes ont vn
très long- sommeil , appelle des Grecs
caros, dont elles sont sourdes et muet-
tes, et ne respondent rien quand on
les appelle hautement : aucunes fois
elles entendent bien, mais elles ne
peuuent respondre 1 : et tels sont les
signes de la suffocation de l’vterus.
Les causes sont, réfrigération de
l'amarry, corruption de semence, ou
autre humeur séminal et grossier :
les mois supprimés, trop grande va-
cuation de la matrice, par laquelle
l’vterus reseiché se tourne vers les
parties humides, et tiré de la teste et
de tout le reste du corps : ce qui ad-
uient mesme aux femmes grosses,
lorsque, ou par faute d’aliment l’a-
marry est trop reseiché, ou trop es-
chauffé par trauail : outre, quelques
vns tiennent que par apposition de
choses odorantes mises au nez, l’a-
marry monte en haut, et induit telle
suffocation 2 3.
Et pour conclusion, en la suffoca-
tion de la matrice, les vapeurs pu-
tredineuses montent quelquesfois
iusqu’au diaphragme, aux poulmons
et au cœur, qui fait que la femme ne
peut respirer ny expirer : lesquelles
vapeurs ne sont seulement portées
1 Le chapitre se terminait là en 1573; le
reste a été ajouté à des dates différentes.
3 Ce paragraphe a été ajouté en 1575, et
il terminait alors le chapitre; le reste date
seulement de 1585.
753
par les veines et arteres, mais aussi
par les spiracles occultes qui sont au
corps. Et si lesdites vapeurs montent
iusqu’au cerueau, causent epilepsie ,
catalepsie (qui est quand tout le corps
demeure roide et froid, et en mesme
figure qu’il estoit au-parauant qi.e
tomber en tel mal, les yeux ouuerls ,
sans voir, et sans ouyr), léthargie ,
apoplexie , et souuent la mort. Or
pour le dire en vn mot , la matrice a
ses sentimens propres, estans hors la
volonté de la femme : de maniéré
qu’on la dit estre vn animal , à cause
qu elle se dilate et accourcit plus ou
moins, selon les diuersités des causes.
Et quand elle desire , elle frétillé et
se meut, faisant perdre patience et
toute raison à la pauure femmelette,
luy causant vn grand tintamarre.
CHAPITRE LUI.
LES SIGNES QVE TOST LA FEMME AVRA
SVFFOCATION DE MATRICE.
La femme au-parauant que ces ac-
cidens aduiennent, sent monter de
sa matrice vne très grande douleur
iusques à la bouche de l’estomach et
au cœur, et luy semble qu’elle es-
toufTe , et dit sentir monter quelque
morceau ou autre chose qui luy closl
le gosier, auec grand battement de
cœur : la matrice et ses vaisseaux
s’entlent à quelques-vnes, qui les gar-
dent de se dresser debout, mais se
couchent courbées sus le ventre ,
pour auoir moindre douleur, met-
tant la main dessus , pressant et s’ef-
forçant pour empescher que la ma-
trice ne monte, comme elles cuident
qu’elle monte, ce qu’elle ne fait : mais
comme nous auons dit, ce sont les va
peurs putredineuses. La patiente est
48
II.
LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
754
fort décolorée, et deuient pâlie et
iaunastre, ne se pouuant tenir de-
bout, pour-ce que les ïambes et vertus
luy défaillent : partant tombe en
terre, et se laisse aller comme si elle
estoit morte : et plusieurs perdent
tout sentiment et mouuement, et le
pouls est tant petit qu’on ne le sent
aucunement, de façon qu’on estime-
roit qu’elles fussent mortes: toules-
fois elles ne le sont pas, combien que
la respiration ne nous apparoisse, qui
est action inséparable de vie *.
Bref, les symptômes apparoissent
diuers, selon que la vapeur esleuée
de l’vlerus heurte maintenant ces
parties, et maintenant celles-là. Car
si telle vapeur donne vers le dia-
phragme et parties tborachiques, elle
cause vne respiration briefue et fre-
quente, et comme abolie : si elle
donne vers le cœur, elle induit syn-
cope : si vers le cerueau, elle ameine
auec soy quelquesfois vne fureur
auec babil , quelquesfois stupidité ,
endormissement , auec tacilurnité
non accoustumée, le tout selon la na-
ture de l’humeur bilieux, ou grossier
et melancholique , dont la vapeur est
esleuée. Mais il n’y a rien plus admi-
rable qu’à quelques-vnes ceste affec-
tion commence par vn ris , à autres
par pleurs, à autres par tous deux
ensemble. A ce propos monsieur Ho-
lier raconte que les deux filles du
president de Roüen, qui estoit de son
temps, lors qu’elles commençoient à
entrer en paroxysme de ce mal, es-
toient surprises d’vn ris qui leur du-
roit vne et deux heures: lesquelles
on ne pouuoit arrester, ny par leur
faire peur et terreur, ny par honte et
admonitions, de sorte que, tancées
■ Le chapitre se terminait ici en 1573; le
reste a été ajouté à différentes dates.
par leurs parens, respondoient n’es
tre en leur puissance de se garder de
rire *.
Autres tombent en ecstase , qui est
vn esuanoüissement et rauissement
des esprits, comme si l’ame estoit sé-
parée du corps. Autres disent que
c’est vn sommeil, par lequel les for-
ces, facultés et puissances de l’ame
sont enseuelies, en sorte qu’il semble
que l’on soit mort.
CHAPITRE LIV.
LES SIGNES POVR CONNOISTRE SI VNE
FEMME EST MORTE OV NON PAR VNE
SVFFOCATION DE MATRICE.
De tant que plusieurs femmes, non
seulement du temps passé, mais aussi
de fresche mémoire, esprises de ceste
maladie, ont esté portées en terre
pour mortes, qui toutesfois ne fes-
toient : i’ay pensé qu’il seroit plus
que tres-necessaire de donner signes
démonstratifs de mort ou de vie en
tel accident 2.
Premierementdonc cela seconnois-
tra par application d’vn miroir bien
net et poli au nez et à la bouche,
pour-ce que la vapeur de la respira-
tion , en celles qui respirent, l’obnu-
bile, couure et cache d’vne petite
vapeur, et se ternit : et si telle chose
apparoist , c’est vn tres-certain signe
de vie. Aussi pourra-on encores con-
noistre en luy appliquant vne plume
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1575; ce-
lui-qui suit en 1585.
2 Ce début de chapitre ne date que
de 1579; en 1573 le texte portait simple-
ment : Quand on luy applique au liez et à la
bouche un miroir bien essuyé et polly, pour ce
que la vapeur, etc.
DE LA. GENERATION.
tres-molle , comme de duuet, ou vn
petit bourgeon de laine cardée, qui
par le mouuement puisse testifier la
respiration.
Toutes fois ces signes sont souuent
trompeurs, et non du tout asseurés:
parquoy plusseurement on peut con-
noistre s'il y a encores quelque reste
de vie en la femme par les medica-
mens sternutatoires, comme posant
près le nez de l’ellebore ou du pyre-
thre , ou bien les soufflant dans le
nez lorsqu’ils sont réduits en poudre 1 .
Or encores que nulle respiration
apparoisse, si est -ce pourtant qu’il
ne faut conclure la femme eslre morte:
car elle peut encores auoir vne petite
chaleur qui luy reste au centre du
corps , par le bénéfice de laquelle elle
est conseruée : et ceste petite chaleur
n’a pas grand besoin de la respiration
de la poitrine, ny de l’action des pou-
mons pour sa conseruation (c’est à
dire réfrigération , ventilation, et nu-
trition) tout ainsi que tous autres ani-
maux froids, lesquels en hyuer se
cachent en terre si auant qu’ils ne
peuuent respirer, et toutesrois sont
entretenus de transpiration du cœur
et des arteres : ainsi se fait-il à la
femme. Syluiusescrit qu’aucunes ont
esté par trois iours esuanoüies , et
pensoit-on qu’elles fussent mortes ,
parce qu’elles ne respiroient nulle-
ment, et auoient tous autres signes
de mort, à sçauoir, n’ayans nul sen-
timent, mouuement, ny chaleur: par-
tant en telle disposition ne se faut
haster les enseuelir, et moins ouurir
leurs corps , de peur d’encourir vne
calomnie. Ainsi que de ce siecle est
arriué à vn grand anatomiste, ie dis
grand et célébré , duquel les liures
'• Ce paragraphe manque en I 573, et a été
intercalé en 1575.
reparent auiourd’huy les estudes des
hommes doctes , lequel estant pour
lors résident en Espagne , fut mandé
pour ouurir vne femme de maison,
qu’on estimoit cstre morte par vne
suffocation de matrice. Le deuxième
coup de rasoir qu’il luy donna, com-
mença ladite femme à se mouuoir, et
demonslrer par autres signes qu’elle
viuoit encores, dont tous les assistons
furen t grandement estonnés : ie laisse
à penser au lecteur comme ce bon
seigneur faisant cette œuure, fut en
perplexité, et comme on cria toile
apres luy , tellement que tout ce qu’il
put faire fut de s’absenter du pays:
car ceux qui le deuoient excuser,
c’estoient ceux qui luy couroient
sus : et estant exilé tost apres mourut
de desplaisir : qui n’a esté sans vne
grande perte pour la republique *.
Or, iay bien voulu réciter celte his-
toire à fin d’instruire tousîoursleieune
chirurgien estre discret à se garder
qu’il ne tombe en tels accidents : et
faut noter que l’on peut connoistre la
mort de la femme , par l’escume qui
luy sort de la bouche.
CHAPITRE LV.
,DES DIFFERENCES DE SVFFOCATION DE
MATRICE.
Or il y a plusieurs différences de suf-
focation de la matrice, qui se font se-
lon la grandeur et différence de la
cause efficiente , par ce que les acci-
' Il s’agit ici de l’histoire de Vésale qui,
d’ordinaire, n’est pas racontée ainsi. On dit
que le sujet qu’il ouvrit aussi malheureu-
sement était un gentilhomme. Du reste je
ne sais d’où Paré a pris cette histoire , si ce
y56 LE DIX-HVIT!
dens sont plus grands et plus petits :
car aucunes femmes sentent , et se
remuent et ratiocinent, mais elles ont
une défaillance de cœur et de respira-
tion par interualle : aussi aucunes se
remuent d’vn mouuement inuolon-
taire (comme les epilepliques) re-
muent les bras et les iambes , auec
grincemens de dens , par la conuul-
sion des muscles des temples : les au-
tres sont surprises , comme auons dit,
d’vn très profond sommeil (dit des
Grecs caros) 1 comme si elles estoient
apoplectiques, tous les sentimens et
mouuemens defaillans : les autres au
contraire crient et rient, et ne font
que parler. Et apres que les causes de
ce mal sont cessées , résolues et va-
cuées, alors le corps commence à s’af-
fermir, et la rougeur venir au visage,
et les mandibules à s’ouurir : et à plu-
sieurs d’icelles s’escoule quelque hu-
meur de leur matrice , et à quelques-
vnes il s’euacue dehors vne grosse se-
mence, voire en grande quantité,
auec trauail et plaisir, ainsi que si
elles estoient en l’acte venerien, prin-
cipalement à celles à qui les matrones
titillent lecol de leur matrice : et alors
que les matières sont escoulées , la
matrice se relasche peu à peu, et tous
les accidens cessent.
n’cst qu’il la tenait lui-même de la renom -
mée. Sylvius n’en parle pas, ce qui s’ex-
plique par la date de son livre, 1556; l’histoire
de Vésale est de 1563 ou 1564.
i La phrase se terminait là en 1573; les
quatre lignes qui suivent n’ont été ajoutées
qu’en 1585.
1ÉME LIVRE ,
CHAPITRE LVI.
LES SIGNES POVR CONNOISTP.E SI LA
SVFFOCATION VIENT PAR LA SEMENCE
RETENVE ET CORROMPVE , ET NON
DV SANG MENSTRVAL.
C'est que tout subit leur suruient
vne difficulté de respiration, puis tost
apres priuation d’icelle : la femme re-
tire les iambes en haut, et sent quel-
que chose estre esleuéede la matrice
à la bouche del’estomach , et au cœur,
comme nous auons dit : si la femme
est addonnée à l’homme , et qu’elle
s’en soit ja dés long temps retenue,
ou bien que ce soit vne fille vierge,
succulente et sanguine, vsant de vian-
des chaudes, humides et venteuses,
et qu’elle soit oisiue, et auec irrita-
tion d’homme, appetant Venus, et les
mois luy sont supprimés , cela de-
monstre que la suffocation vient de la
semence retenue.
Les accidens qui viennent aux hom
mespar lasemence retenue sont moins
fascheux qu’aux femmes, parce qu’ils
dissipent par le trauail la plus grande
part de la corruption.
CHAPITRE LVI1.
LA CVRE DE LA SVFFOCATION DE LA
MATRICE.
La suffocation procédante de la ma-
trice , pour ce que c’est vn grief et
pernicieux accident, se veut secourir
promptement, voire en négligeant
pour l’heure la cause d’icelle.
Donc que la femme subit soit située
sus l’espine du dos, ayant vn peu le
thorax esleué , à fin qu’elle expire
DE LA GENERATION.
plus librement , et que promptement
on luy détaché les lacets de sa poi-
trine , et qu’on l’appelle à haute voix
par son nom , criant à ses oreilles :
qu’on luy tire le poil des temples et
de derrière le col , ou plustost celuy
des parties honteuses, à fin que non
seulement elle soit esueillée , mais
d’auantage que par la douleur exci-
tée en bas , la vapeur qui monte en
haut et fait la suffocation soit retirée
et rappellée en bas par reuulsion :
aussi luy faut lier les bras et iambes
de liens douloureux, ensemble qu’on
la frotte rudement auec gros linges
aspres et rudes , auec douleur, trem-
pés en vinaigre et sel. D’auantage, on
luy appliquera vn pessaire à la ma-
trice semblable à cestuy *:
if.. Succi mercur. et artemis. ana 5 • ij-
In quibus dissol. pu), benedict. 3. iij.
Pul. rad. enul. campa, galangæ minoris,
ana 3. j.
Fiat pessar.
Puis luy faut oindre la plante des
pieds d’huile laurin , ou autre sem-
blable : apres on luy appliquera vne
grande ventouse sur le petit ventre
au dessous du nombril, auec grande
flambe : aussi luy en seront appli-
quées au plat des cuisses, c’est à dire
aux parties intérieures, près les aines,
à fin de retirer la matrice en son lieu,
et faire reuulsion des matières qui
causent ce mal. S’il est besoin sera
fait parfum en la matrice auec choses
fort odorantes : mais premièrement
faut tenir le col de la matrice ouuert,
à fin que le parfum puisse mieux en-
trer dedans, qui se fera auec vn ins-
trument fait en façon de pessaire,
1 On voit encore ici le mot pessaire pris
dans le sens des anciens; tout-à-1’ heure il
le sera dans un sens plus rapproché des mo-
dernes.
pertuisé en plusieurs lieux , à la bou-
che duquel y aura vn petit ressort qui
le pourra tenir ouuert , tant et si peu
que l’on voudra : et sera attaché par
deux liens à vne bande, ceinte au mi-
lieu du corps de la femme : lequel
sera fait d’or ou d’argent , ou de fer
blanc : le portrait duquel est icy
donné.
Pessaire pour tenir le col de la matrice ouuert,
par le bénéfice d’vn ressort *.
Ayant mis le pessaire dans le col de
la matrice, la femme sera assise en
1 Ce pessaire est le même que celui qu’on
a vu au chapitre 29 du livre V, tome 1er,
page 3G9. — La forme, la dimension , la
courbure étant les mêmes, je n’ai pas jugé
nécessaire de faire graver une autre figure ;
cependant je dois avertir que le pessaire ici
représenté par Paré était percé de trous
pareils à ceux de son extrémité jusqu’à
deux lignes environ delà charnière.
758
vne chaise percée et bien couuerte
tout autour, de peur que la vapeur
des choses aromatiques qui ont vertu
d’attirer la matrice en bas ne monte
en haut, et que la femme ne ressente
ceste odeur par le nez et par la bou-
che : car tout au contraire luy faut
faire odorer choses fetides et fort
pliantes, à fin de renuoyer la matrice
en bas, dont nous parlerons cy apres.
On peut vser desdits parfums odorife-
rans liquides, les faisant bouillir auec
maluoisie ou du bon vin, y adious-
tant vn peu d’eau de vie , posés
en vn pot couuert d’vn entonnoir:
mettant vn rechaud dessous , auquel
y aura du feu, à fin que la vapeur qui
s’esleuera puisse entrer dedans le col
de la matrice au trauers du susdit
instrument fait en maniéré de pes-
saire K
Portrait d’vn pot pour receuoir les parfums au
col de la matrice.
■ J’ai rétabli ce paragraphe , qui est es-
sentiel à l’intelligence du texte, d’après l’é-
I.IVRE ,
Les matières des parfums odorife-
ranssont, Cinamom, calam. uromat.
xylalocs, ladctmm, benioin , thym, pi-
per , cttrynphyl. lauan. calament . ar-
temis. p leg. alipla mosc. gall. mosc.
mus. ami. iuncus od&ratus 1 , et avi-
lies semblables , qui par leur grande
vertu aromatique attirent la matrice
en son lieu , et consument les vento-
sités putredineuses. Et faut garder
que ladite fumée n’entre point aux
narines : au contraire luy faut faire
vn parfum de choses puantes, qu’elle
receura par le nez et par la bouche,
comme , Galbanum , sagapmum , am-
mqniacum , assa fœlida, b i lumen ,
aleum gagatœ , huile de souphre et de
petrolle : aussi des chandelles de suif
recentement esteintes , plumes de
perdrix , bécasses, et de tous autres
oiseaux: poils d’homme, de bouc, de
vache: draps, feutre, vieilles saua-
les de souliers, ongles et cornes de
bestes , poudre à canon 2 et souphre
vif bruslés , et autres choses sembla-
bles , à fin que ceste puante vapeur
contraigne la matrice d’aller en bas 3 :
d’autant que la matrice, d’vn instru-
ment naturel et peculiere faculté ,
fuit les choses puantes, et se plaist
aux choses odoriférantes. Or quand
dition de 1573; car il avait été omis dans
l’édition de 1575, et par suite dans toutes
les autres, par une sorte d’oubli qu’il n’est*
pas facile d’expliquer.
' Toute cette longue énumération se
trouve dans l’article cité de Sylvius.
’ L’édition de 1573 ajoute ici, punaises; ce
mot a été retranché dès 1575.
* Le paragraphe se terminait ici en 1573 ;
la fin de la phrase ne date que de 1579,
mais la dernière phrase se lisait déjà en
1575, et elle se terminait même alors par
ces mots, retranchés depuis : mais l’euapo-
ration faite des choses susdites est commode ,
d’autant qu’elle tend à siccité.
I,E DtX-HVtTIÉME
DE LA. GENERATION.
on dit qu’il faut vser de parfums faits
de choses puantes, cela ne se doit en-
tendre des corps des animaux cada-
uereux,el des eaux des esgouts de la
voirie, et autres choses semblables ,
parce que de leur vapeur putredi-
neuse pourroient infecter la malade
et les assistans.
Semblablement on prouoquera le
vomir, en mettant vne plume d’oye
fort profondément en la gorge, ou
les cheueux mesmes de la malade :
apres on luy donnera quinze grains
de poyure noir pilés auec hydromel
ou bon vin , qui est le secret d’Aui-
cenne : pareillement , on luy peut
donner vne demie dragme de théria-
que dissout en vne once d’eau d’ab-
sinthe, trois heures auant le past.
Autre remede bien approunè : Vne
goutte d’huile de gels mise sus la lan-
gue.
A utre remede : Prenez demie dragme
de castor dissout en vin blanc , ou
bouillon de chapon, et luy en don-
nez à boire.
Pareillement luy sera ietté profon-
dément dans le col desa matrice, thé-
riaque dissout auec eau de vie, et luy
en sera donné vne ou deux cuillerées :
et dans les oreilles et nez on luy met-
tra deux ou trois gouttes d'huile de
sauge de quinte-essence *.
On la fera esternuer, en luy met-
tant dans les narines de la poudre
d’hellebore , ou de poyure , ou autre
semblable, à fin de resueiller l’esprit
vital et animal , qui en tel cas est
comme endormi et assoupi. D’auan-
tage on fera des iniections carmina-
tiues dans le siégé et matrice , faites
* Ce paragraphe a été ajouté en 1575, où
il se terminait par ces mois, retranchés dés
1579 ; à cause de la tenue substance qui est en
elle.
759
de décoction de calamenthe, armoise,
lauande, pouliot, camomille, melilot,
et autres semblables : outre plus on
fera suppositoires et pessaires dela-
danum , gingembre, galla mosc, thé-
riaque , methridat , ciuetle, musc:
aussi d’huile de girofle , anis , sauge ,
rosmarin , et autres semblables , ex-
traites par quinte-essence. D’auantage
pourra vser de clysleres, comme ces-
tuy-cy,
if.. P, ad. enulæ campa, ireos, ebul. aristo-
loch. ana § . j.
Fol. absinlh. artemis. matricar. puleg.
origan, ana m. j.
Bacchar. lauri et iunip. samhuc. ana p. j.
Sem. rutæ, cumini, amnios ana 3. ij.
Florum slœchad. rorism. saluiæ, cen-
taur. minor. ana p. ij.
Fiat decoctio, cape de colat. ft. j. in qua
dissolue :
Mellis anthos. sacch. rub. et hened. ana
5- j-
Diacath. 3. ij.
Olei aneth. et nard, ana § . j. C .
Fiat clysterium.
D’auantage on leur pourra appli -
quer ceste emplastre sur le ventre.
ip. Mass, emplast. oxycroc. et de melil. ana
§• üj-
Olei nard, quant, suff. ad malaxand.
Fiat emplastr. extendatur super alutam, et
applicetur reg. matricis.
Et si la femme est mariée , le pa-
roxysme estant ja passé, et la femme
estant resueillée ‘ , qu’elle aye com-
pagnie de son mari, car telle chose
surpasse tous) autres remedes : et si
c’est vne femme grosse qui souffre
1 Ces mots : le parnxisme estant ja passé et
la femme estant resueillée, manquent dans
l’édition de 157.1, et n’ont été ajoutés
qu’en 1575.
LE DIX'HVITI^ME LIVRE ,
760
suffocation, de ce remede aura grand
et prompt secours , et seur : car des
autres aides n’en doit vser qu’auec
grande prudence et conseil du docte
médecin, depeurd’auorter, et en lieu
de la compagnie de son mari
La sage-femme doit oindre ses
doigts auec huile nardin , ou mu-
guette, ou de clou de girolle, ou d’as-
pic meslés ensemble, auec musc et
ambre gris , et ciuette , et quelques
poudres subtiles et aromatiques, et
les appliquer au profond du col de la
matrice : et en frottant qu’elle titille
ledit col del’orificed’iceluy, et qu’elle
l’eschauffe premièrement de quelque
linge. Et toutes ces choses se feront
' L’édition de 1573 contenait ici ce para-
graphe ••
« Mais d’autant qu’il y a certaines femmes
qui pour nulle chose voudroient prendre vn
clisterc de la main d’vn homme, pour vne
vergongne qu’elles ont de ce montrer : à
à fin que*la semence corrompue , ou
autres humeurs venimeux , ou ven-
tosités (qui sont cause de ses maux) se
puissent résoudre et s’escouler hors ,
à fin qu’estans euacuées , la matrice
puisse descendre, et que soudain la
femme reuienne à coriualescence de
sa suffocation , et en sa première
santé : qui se connoistra, à cause que
les iouës commenceront à rougir, et
les mandibules à s’ouurir, et les yeux
à s’esleuer , et le pouls à se manifes-
ter , et la femme aura connoissance
des assistons , et commencera à se res-
ioüir,et autres signes de reconuales-
cence2. Quelques-vnsliennentpour vn
grand secret de frotter l’ombilic de
ceste cause i’ay fait portraire cet instru-
ment, duquel elles se pourront aider à re-
ceuoir ledict clistere, mettant pardeuant
(aiant les fesses esleues) la canule dans le
siégé, puis versera la liqueur dedans. »
« Instrument par lequel les femmes se peuuent bailler elles mesmes vn clistere. »
Ce passage a été retranché dès 1575, la£lî-
gurc étant encore conservée ; mais elle a
été à son tour supprimée en 1579; le tout
alors, ligure et texte, ayant été transporté
au Livre des medicamens, chapitre 22.
- Le chapitre se terminait ici en 1573; la
dernière phrase a été ajoutée en 1575.
J’ai ici une remarque assez importante à
faire relativement à l’arrangement du texte.
A partir de l’édition de 1579, on trouvait à
la suite de ce chapitre un assez long para-
graphe qui manifestement ne s’y rapportait
point, et tout aussi manifestement se rat-
tachait au chapitre suivant. J’ai jugé qu’il y
avait eu là une méprise de l’imprimeur
demeurée inaperçue de l’auteur, et je n’ai
DE LA GENERATION.
suc exprimé d’vn ail cuit, meslé auec
vu peu d’aloé.
CHAPITRE LVIII.
PV FLVX MENSTRVAL DES FEMMES L
La fleur est fondement ou prépa-
ratif à la semence , et au fruit de
chaque plante. Pour ceste cause on
appelle fleurs les purgations men-
strualles de la femme , d’autant
qu’elles precedent communément, et
sont comme préparatifs à leur fruit
qui est l’enfant , dont il s’ensuit que
les femmes ne peuuent auoir enfant
deuant qu’auoir leurs fleurs. Or
icy faut entendre que la femme est
froide et humide plus que l’homme ,
et engendre plus de sang qu’elle ne
peut consommer à la nourriture de
son corps , principalement depuis
l’aage de douze ans , auquel terme
elle a fait la plus part de son accrois-
sement : alors commence le sang estre
superflu , et n’estant tout employé à
la nourriture des parties , il s’amasse
peu à peu autour de la matrice , et
quand il y en a suffisante quantité, la
vertu expultriceleiettedehorscomme
chose inutile. Car le sang qu’elle iette
tous les mois, n’est que la portion de
pas hésité à remettre chaque chose à sa
place, en exposant ici les raisons qui m’ont
dirigé.
1 Ce chapitre commence dans cette édi-
tion tout différemment que dans les édi-
tions ordinaires. Le premier paragraphe, qui
date seulement de 1579, avait été mis par
mégarde à la fin du chapitre précédent.
Voyez la note précédente. Du reste, on n’y
retrouve guère que des idées déjà émises
dans la suite du chapitre.
761
tout le sang la plus crue et indigeste,
et non pas comme plusieurs ont pensé,
infecte et de mauuaise et pernicieuse
qualité , et n’est à reprouuer que de
sa crudité , pourueu que la femme
soi t saine et gaillarde : et parce qu’elle
abonde grandement en sang , Nature
a ordonné que la portion moins di-
geste s’escouleroit tous les mois
Les femmes appellent leur flux de
sang par la matrice , mois, parce que
quand elles sont saines, elles s’eua-
cuent par tel flux quasi tous les mois:
les autres appellent leur temps, parce
qu’il coule tousiours, ou le plus sou-
uent en certain temps : autres le
nomment semaines , à cause que ce
flux a accoutumé de fluer en quel-
ques-vnes qui sont principalement oi-
siues et gourmandes, par septiours :
autres l’appellent leurs purgations ,
pource que par tel flux se purgent
tout leur corps : les aulres l’appellent
/leurs rouges , et celles qui sont blan-
ches , fleurs blanches , parce que tout
ainsi que la fleur précédé le fruit des
plantes , pareillement les femmes ne
concoiuent point , ou rarement, que
leurs mois n’ayent coulé 2.
Et pource qu’aucuns sont en doute
si vne fille estant meure et apte à re-
ceuoir l’homme , et qu’elle n’aye en-
core eu ses fleurs, peut conceuoir : de
ma part i’estime que difficilement
cela se peut faire. Car puis que ce qui
aide à la conception defaut , et que la
1 Philosophie de M. loubert, liu. des Er-
reurs populaires. — A. P.
2Syluius liu. des mois.— A. P. — Cette cita-
tion, qui manquait d’abord en 1573 et 1575,
indique suffisamment où Paré a puisé l’idée
et les principaux détails de ce chapitre, ainsi
que de ceux qui le suivent, et qui se ratta-
chent au même objet.
LE DIX-H VITIÉME LIVBE ,
762
matrice est destituée de l’humeur
dont il faut que l’enfant soit nourri ,
comme se pourroit-il faire que la con-
ception se parfist ? Ce qui se peut
prouuer par la similitude des arbres
et plantes qui iettent leurs fleurs, aus-
quels le fruit n’est point dénié, et nul
arbre qui fleurit n’est stérile : mais
bien tout arbre qui est priué de sa
fleur, est infertile : ainsi les tilles quine
iettent encores leurs fleurs, ne peu-
uent engendrer et deuenir grosses :
mais celles qui sont d’aage , conçoi-
uent et font des enfans tant que leurs
mois durent. Toutesfois il se peut
faire, mais rarement, que les filles
conçoiuent sans auoir iamais eu leurs
fleurs, à cause qu’il s’amasse en leur
matrice autant de sang qu’il y a cous-
tume d’en rester à celles à qui leurs
fleurs coulent *.
Or si les filles et femmes sont saines,
elles s’euacuent tous les mois, comme
nousauonsdil: toutesfoisilfautenlen-
dre que cela ne se fait pas ordinaire-
ment à toutes femmes tous les mois ,
ne tousiours aussi en vn mois, mais en
aucunes plus souuent, en autres plus
rarement : car il y a des femmes qui
les ont trois fois en vn mois, qui se
faitpour la grande multitude desang,
à cause de leur habitude et ieunesse,
et désir d’habiter auec les hommes :
les autres ne les ont que de deux mois
en deux mois, plus ou moins. D’auan-
tage , aucunes les ont à la nouuelle
lune , les autres au defaut : et telle
chose se fait pour la diuerse com-
plexion et température qu’elles ont
des vnes aux autres , à sçauoir , plus
chaudes ou plus froides , et pour plu-
sieurs autres causes qui seroient
longues à escrire -2. Car pour le dire
’Ce paragraphe a été ajouté en 1575.
2 Ici finissait le chapitre en 1573; le reste
a été ajouté en 1575.
en vn mot , celles qui ont les veines
amples, le foye grand , qui prennent
beaucoup de viandes et bien nourris-
santes, qui sont sédentaires et oisiues,
qui dorment beaucoup , et viuent en
pais et air pluuieux et austral , qui
vsent de bains d’eaux douces , ou de
legieres frictions incontinent apres le
repas, lesieuneset brunettesontleurs
mois en plus grande abondance :
comme au contraire , en moindre
quantité l’ont celles qui ont les veines
estroites et peu apparentes, les bien
charnues et grasses ( de tant que la
superfluité de l’aliment se conuertit
en corpulence et graisse) les mollasses
et blanchastres ( parce qu’elles ont
le cuir plus rare, et partant endurent
plus de dissipation de leur substance,
que les brunes qui ont le cuir plus
dense et ferme) et qui sont suiettes à
quelque autre euacuatiou et coutu-
mière de sang, soit par le nez, hemor-
rhoïdes, ou autre endroit du corps.
Quant aux ieuncs, elles ont leurs
mois en la nouuelle lune , et les vieil-
les au contraire en pleine lune, ou
décroissante. La raison est telle: la
lune est vne planetle qui seigneurie
et esmeul les corps : de là vient que
pour la diuersilé du cours d’icelle, la
mer s’enfle , flue et reflue , les os s’em-
plissent de moelle , et les plantes d’hu-
midité : parquoy les ieunes qui ont
beaucoup de sang et sont plus fortes
et gaillardes , sont aisément esmeiies,
voire au premier quartier et crois-
sant de la lune nouuelle : mais les
vieilles, de tant qu’elles ont moins de
sang , requièrent une lune plus forte
et vigoureuse; parquoy ne sont es-
meuës à auoir leurs mois sinon en
pleine lune , ou décroissante, en la-
quelle le sang amassé par la pléni-
tude et vigueur de la lune passée, est
aisément incité à couler et fluer :
763
DE LA GENERATION.
raison que i’ay tirée du texte d’A-
ristote, du 4. De generatione anima-
lium.
CHAPITRE L1X.
P0VRQV0Y NATVRE A FAIT QVE LA FEMME
A VN FLVX MENSTRVAL*.
Or Nature a fait que la femme a vn
flux menstrual, pourautant que Dieu
l’a ereée pour estre compagnie à
l’homme, et aussi pour luy seruir de
suiet et champ fertile à la génération
des indiuidus. A esté aussi soigneux
delà nourriture du petit enfant con-
ceu et formé en la matrice de la fem-
me : aussi a composé la femme de
tempérament froid et humide, à ce
qu’elle peust amasser suffisante
quantité de sang superflu, appelle
sang menstrual, non seulement pour
la nourriture de son corps, mais aussi
pour s’en seruir à nourrir l’enfant, et
luy donner accroissement tout le
temps qu’il y seroit : mesmement pour
d’iceluy sang conuerti en laict és
mammelles, donner aliment quelque
espace de temps à l’enfant estant sorti
du ventre de la mere. Qu’il soit vray,
ce 9ang menstruel ne commence à
paroistre aux femmes que lors qu’el-
les sont capables d’estre mariées et
porter en fans, qui est en l’aage de
quatorze, quinze, et seize ans, et cesse
à celles qui approchent de quarante
et cinquante ans.
1 Ce chapitre n’existait pas dans les pre-
mières éditions; il a été publié pour la pre-
mière fois en 16S5.
On trouve quelquefois écrit menstruel dans
le teste de Paré; mais cela est si rare, et
toutes les éditions originales sont si unani-
mes que j’ai dù adopter menstrual.
CHAPITRE LX.
LA CAVSE DES MENSTRVES AVX
FEMMES.
Pource que les femmes sont de
température froide , au respect des
hommes, aussi le nourrissement ne se
peut tost conuertir en bon sang, de
façon que la plus grande partie de-
meure indigeste, et se conuertit en
menstnres, desquelles la femme saine
se purge et nettoye 1 : ie dis saine ex-
pressément, car aucunes femmesma-
lades en sont exemptes. Or on peu t af-
firmer qu’aucunes femmes abondent
cent fois plus en sang que l’homme :
qu’il soit vray, depuis treize ou qua-
torzeansiusquesà cinquante, et quel-
ques-vnes iusques à soixante2 , elles
ietlent tous les mois grande quantité
de sang : et neantmoinsque quelques-
vnes soient grosses d’enfant, aus-
quelles faut abondance de sang pour
sa nourriture et croissance estant au
ventre de sa mere, si est-ce qu’elles
ne délaissent à auoir leurs fleurs.
D’auantage, il se trouue des femmes
grosses qui auortent si elles ne sont
saignées, et disent qu’elles suffoque-
roient si elles ne l’estoient. Plus ,
quand l’enfant vient sus terre , la
mere iette grande quantité de sang :
et encore apres l’espace de dix ou
douze iours, et encore pendant eeste
purgation le sang monte aux mam-
melles et se conuertit en laict , qui
n’est qu’vn sang blanchi, lequel l’en-
fant succe ettette iour et nuit: et ius-
1 Aristote en ses Problèmes. — A. P.
2 Les éditions de 1573, 1575 et 1579 disent
seulement : depuis treize ans iusques à cin-
quante.
LE DIX-H VITIEME LIVRE,
764
ques à ce qu’il soit vn peu grandelet,
souuent la nourrice est contrainte
d’espandre son laict, ou se faire teter
à vn autre. Etlors que l’enfant est ag-
grandi et plus fort, d’autant aussi
succera-il d’auantage du laict des
mammelles, voire queiouret nuit en
peut tirer demie liure ou plus, neant-
moins plusieurs nourrices ne laisse-
ront d’auoir leurs fleurs tous les mois.
Et pour ces causes on peut vrayement
dire que la femme a beaucoup plus
de sang que l’homme : mais nousre-
tourneronslefueillet, et dirons qu’vne
drachme de sang d’vn homme vaut
mieux que deuxliuresde celuy d’vne
femme, parce qu’il est plus cuit et di-
géré, ’et plus spirituel *.
Parquoy l’homme ayant vne cha-
leur plus vigoureuse, tourne aisément
et promptement en substance de son
corps tout l’aliment qu’il prend : et
s’il y a quelque superfluité, par le
moyen d’icelle chaleur il la discute et
dissipe promptement par insensible
transpiration : mais la femme au con-
traire est plus froide, partant appelé
et prend plus d’aliment qu’elle ne
peut cuire, pource amasse beaucoup
d’humeur superflu, lequel pourl’im-
becillité de sa chaleur, elle ne peut ré-
soudre par insensible transpiration.
De là vient que la femelle est suiette
au flux menstrual, et non le masle.
CHAPITRE LXI.
LES CAV SES POVRQVOY LE FLVX MENS-
TltVAL EST RETENV AVX FEMMES.
Les causes de la rétention et cessa-
tion sont plusieurs, comme par mala-
1 Le chapitre se terminait ici en 1573; le
dernier paragraphe a été ajouté en 1575.
dies aiguës, ou longues : par tristesse,
peur, faim, ou grands trauaux, et
veiller, ou pour estre grosse d’enfant,
ou d’vne mole, ou autre mauuais ger-
me : et flux de ventre, ou par hemor-
rhoïdes, ou flux de sang par le nez,
ou parla bouche, ou d’autres parties:
aussi pour estre trop souuent sai-
gnée : par sueurs, aussi vlceres fluan-
tes en grande quantité, par multitu-
des de galles au cuir, par fiéures
quartes longues 1 : par aage, comme
vieillesse, par estre nourrice d’enfant,
et autres : et pour le dire en vn mot,
par toutes choses qui desseichent et
euacuent le corps. Pareillement les
menstrues sont supprimées parce que
le sang est trop gros etglutineux, le-
quel ne peut sortir par l’orifice des
veines : aussi pour auoir mangé
grande quantité de fruits cruds et
non meurs, et auoir beu eau froide,
comme font volontiers les femmes :
aussi sont supprimées pour quelque
vice de la matrice, comme quelque
intemperature, ou aposteme, vlcere,
ou pour la closture de son orifice
par vne callosité ou excroissance de
chair faite par playe ou vlcere, ou
quelque membrane née et adhérante
à la bouche delà matrice, ou- pour y
auoir trop iettë de certaines eaux as-
tringentes, pour faire que le col de
leur matrice fust plus petit et estroit :
toutes lesquelles choses bouchent la
matrice 2, qui font que les menstrues
1 Édition de 1573 ; fleures quartes, longues
et autres : et pour le dire en vn mot, etc.
- La première édition posthume et toutes
les autres après elle portaient ici : que nous
auons par cy deuant appellé hymen. Ce mem-
bre de phrase est si étrange que je n’ai pu
penser qu’il v int de Paré, et que j’ai préféré
suivre le texte des quatre éditions publiées
par lui-mème et de son vivant.
DE LA GENERATION.
766
ne pcuuent couler, et le sang est con-
traint régurgiter en la masse sangui-
naire, qui cause plusieurs maladies et
accidens, voire souuent la mort.
D’auantage aucunes femmes ayans
perdu leurs fleurs, ou iamais n’ayans
eu le cours d’icelles, degenerent en
Nature virile, et sont appellées hom-
masses, et des Latins Viragines, parce
qu’elles sont robustes, audacieuses
et superbes, et ont la voix d’homme,
et deuiennent velues et barbues, à
raison que ce sang qu’elles perdent
chacun mois est retenu : ce qui est
prouué par Hippocrates1, disant qu’en
Abdere, Phaëtusa femme de Pytheas,
au commencement qu’elle futmariée,
porta enfans : mais quelque temps
apres son mari estant exilé pour quel-
que délit, perdit ses fleurs, à raison
dequoy luy suruindrent des douleurs
et rougeurs aux articles. Et cela luy
estant survenu, son corps se changea
en homme, deuenant velue et barbue,
sa voix estant rude et aspre : puis il
adiouste: le semblable aussi aduint
en Thaso, à Namysia, femme de Gor-
gippus 2. Telles femmes ou tilles sont
naturellement plus fortes et de tem-
pérature chaude et seiche, de sorte
qu'elles peuuent aisément dissiper
par insensible transpiration les su-
perfluités de leur nourriture à la fa-
çon des hommes: et en outre sont
stériles.
1 Six. des Epid. sect. 8. 7. — A. P.
2 Ici s’arrêtait ce paragraphe en 1573; le
reste est de 1575.
I J
CHAPITRE LXÏI.
LES SIGNES ET PROGNOSTIC QVE LES
MENSTRVES SONT RETENVES , ET LES
MALADIES ET ACCIDENS QVI EN AD-
VIENNENT.
Quand les mois sont retenus par
obstruction des veines et arteres qui
sont à la matrice et col d’icelle, dé-
diées à expulser tel sang, alors il se
fait plusieurs maladies et accidens,
comme suffocation de matrice, dont
nous auons parlé cy dessus : les mam-
melles de la femme deuiennent enflées
et dures, et les parties génitales: aussi
douleur de teste, défaillance de cœur
et souuent palpitation d’iceluy, inflam-
mation à la matrice, fîéure, aposteme,
chancre, digestion debile, nausée, vo-
missement (comme aux femmes gros-
ses, dont plusieurs le cuident estre)
liydropisie : d’auantage aucunes ont
vne strangurie, c’est à dire 11e pou-
uans faire leur vrine que goutte à
goutte *, à cause que la matrice es-
tant remplie, presse et ferme quasi la
vessie qui luy est au dessus : ou bien
si elles vrinent librement, leur vrine
est espaisse et noirastre ou rougeas-
tre, pour vne partie du sang retenu
coulant par icelle , comme raconte
Galien au liure De atra bile.
Il y a des femmes qui , lors qu'elles
viennent sur le point que leurs mois
veulent couler, sentent de grandes
douleurs aux reins et tranchées au
ventre , à cause que leur sang est fort
grossier, qui fait qu’il pénétré diffici-
lement par les veines et arteres2.
1 Ici finissait le chapitre en 1573 ; le reste
est de 1575.
’ Ce paragraphe manque dans les éditions
de 1573 et 1575.
LE DÏX-IÎVITIÉME LIVRE,
766
Les femmes se peuuent purger de
leurs mois non seulement par la ma-
trice , mais aussi par vomissement ,
par les vrines , par les hemorrhoïdes.
le sçay que ma femme estant fille, au
lieu d’auoir ses fleurs par le lieu des-
tiné de nature, les rendoit par le nez
l’espace d’vn an entier. Dauantage la
femme de Pierre Le Féure, vendeur
de fer demeurant à Chasteaudun, les
rend par les mammelles auec telle
quantité que tous les mois elle gaste
trois ou quatre seruiettes*.
Aussi Uembert Dodonay, médecin
de l’empereur César, en ses Obserua-
tions medecinales liure 1. chapitre 15.
dit auoir veu vne fille aagée de seize
ans , laquelle ietloit ses fleurs par les
yeux, comme gouttes de sang, en
maniéré de larmes2.
Autres ont aussi difficulté de respi-
rer, tristesse sans cause raisonnable ,
manie, principalement quan 1 les mois
sont retenus, ou la semence (comme
nous auons dit). Quelques vnes de-
uiennent podagriques , la couleur du
visage liuide , bouffie, blaflarde et
difforme, pareillement tout le corps,
et deuiennent (Jacques et languissan-
tes , appétit perdu , phthisie , epilep-
sie , paralysie , apoplexie : et outre
tout cela vu insatiable appétit deve-
nus , parce que toutes les parties de la
matrice sont titillées et esmeuës du
sang si putréfiant qui y est retenu.
Or ces choses aduiennent principale-
1 Ce curieux paragraphe n’existait pas
en 1573, ni même encore en 1575, bien que
Paré fût remarié depuis 1572; mais sans
doute il n’avait pas osé mettre en scène (si
publiquement l’histoire des règles de sa
femme. Au reste cette crainte ne l’a pas re-
tenu bien long-temps, et ceci était publié
dès 1579.
• Cette observation de Retnbert Dodonée
ou Dodoens a été ajoutée en 1585.
ment à celles qui sont oisiues , et qui
viuent copieusement de viandes mul-
tiplians et eschauffans le sang, et qui
ont fait cessation du coït, et d’enfan-
ter , aussi estant coustumierement
auec les hommes : desquels maux
lors qu’il y en a quelqu’vn ja présent
ou prest de s’engendrer, il leur faut
aider à prouoquer leurs menstrues
par les choses propres et dediées à ce
faire , comme nous déclarerons bien
tost.
Or la femme grosse , combien que
ses mois luy soient longuement sup-
primés , loutesfois iamais ne luy ap-
portent tel accident (ou c’est bien ra-
rement) parce que de la plus pure
partie d’iceux l’enfant en est nourri
en la matrice , et le reste qui est plus
gros , et non gueres corrompu , s’y
garde pour supporter l’enfant et ai-
der à l’expulser hors quand l’heure
est venue d’enfanter, qui se fait par
vne grande prouidence de Dieu et de
Nature.
Les femmes qui conçoiuent ne sont
tant suiettes aux maladies de la ma-
trice , que celles qui ne conçoiuent :
parce que la femme estant grosse, ses
vaisseaux se remplissent, puis apres
se purge mieux de ses menstrues.
Quelquesfois il s’engendre des vents
dans la matrice qui l’enflent et dur-
cissent , et leurs fleurs sont retenues,
de façon que la femme pense estre
grosse et ne l’est pas 1 : et quelques-
fois fait des vents par le col de la ma-
trice comme par le siégé.
La femme ayant son flux a l’ap-
1 Hippocrates au liu. des maladies qui ad-
uiennenl aux femmes. — A. P. — Le para-
graphe finissait là en 1573; le reste de la
phrase a été ajouté à latin du chap. 41 en
1579. L’auteur a déjà parlé de la tympanite
utérine ci devant, page 727.
DE LA GENERATION.
767
petit perdu , et mange peu , comme
dit a esté par cy deuant : parce qu’en
ce temps là Nature peine et trauaille
plus à iel ter ses menstrues qu’à digé-
rer l’aliment 1 , et si elle mangeoit
comme de coustume, la viande 11e
pourroit estre digerée : à ceste cause
Nature prudente en toutes ses actions
abhorre les viandes. Aussi la femme
ayant ses fleurs a la couleur pâlie :
parce que durant tel flux la chaleur
naturelle se retire des parties exté-
rieures aux intérieures , pour aider à
expeller tel flux, laquelle absente de
ceste chaleur naturelle cause la cou-
leur pâlie 2.
Et faut noter que la suppression du
sang menstrual retenu dans les vei-
nes, quelquesfoisse conuerlit en ma-
tière purulente. Ce que Hippocrates
a escrit au liure Des Maladies des fem-
mes , dont nous pouuons colliger ce
qu’on dit vulgairement estre faux,
que la suppuration n’est iamais sans
aposteme et vlcere. Galien su r le Com-
mentaire du troisième liure des Epidé-
mies , fait mention d’vne femme qui
pour la suppression de ses fleurs de-
uint maigre et fort extenuée , pâlie
et ridée, à raison de l’impurité du
sang corrompu : laquelle il guarit , et
luy fit reuenir ses mois par frequen-
tes saignées. Antonius Beneuenius au
liure 1. chapitre 41. dit qu’vne femme
estoit tourmentée d’vne grande dou-
leur de teste, à cause que ses mois
estoient retenus: et les ayant vomis,
sa douleur de teste fut cessée 3.
1 Aristote en ses Problèmes. — A. P.
2 Ici se terminait le chapitre dans les
éditions de 1573, 1575 et 1579; le reste a été
ajouté en 1585.
3 Paré a écrit et laissé écrit Benevenius ;
c’est Benivenius qu’il fallait dire. Il cite le
liv. I, chap. 41 ; l’ouvrage de Benivieni n’a
qu'un seul livre. Voyez mon Introduction. ,
CHAPITRE LXIII.
DES MOYENS POVR PROVOQVER LE FLVX
MENSTRVAL AVX FEMMES.
La suppression des menstrues est
vne disposition procédante premiè-
rement de repletion ‘ : parquoypour
sa cure demande euacuation de la
matière qui fait la repletion, et se
fera en vacuant le sang, ouurant les
veines saphenes : mais où il y auroit
fort grandeplenitudeentoutle corps,
faudrait premièrement ouurir celles
des bras, à fin de n’en attirer trop à la
matrice, qui serait cause y faire plus
grandeobstruction. Pareillement l’ap-
plication des sangsues au col de la
matrice est vtile : aussi pessaires, prin-
cipalement aux femmes et non aux
filles : car à icelles par honneur et
honte virginale les sufl'umigations
sont plus propres que les pessaires :
onguens , linimens , emplaslres , hui-
les, cataplasmes apposés au col delà
matrice, ligatures, frictions aux cuis-
ses et aux jambes, ventouses appli-
quées près les aines et sus le plat des
cuisses, clysteres, parfums pris per
embutum, faits de choses aromatiques,
fomentations, sternutations, équita-
tion, sauter, cheminer, et autre grand
exercice : aussi surtout la compagnie
de leurs maris, s’ils ne sont malefi-
ciés 2. D’auantage on peut faire rece-
uoir auec vn entonnoir (et cest instru-
ment posé dans le col de la matrice)
ceste euaporation faite de baies de
1 Cecy est pris de Syluius liure des mois.
— A. P. — Ce renvoi ne date que de 1579,
bien que le texte soit de 1573. Voyez ci-
devant la note de la page 751.
2 Le paragraphe finissait ici en 1573, et
jusqu’en 1579; il a été complété en 1585,
768 LE JDIX-HVXTIÉME LIVRE
laurier, genéure, pouliot , thym, assa
odorata , et autres choses odoriféran-
tes. Et si c’est vne fille , l’euaporation
susdite est conuenable: aussi un petit
de cotton trempé en jus de sabina ou
d’aluine , ou petite centaure , ou bien
trempé en fiel de bœuf , et appliqué
au col de la matrice en forme de noiiet,
est vn singulier remede.
Les herbes et autres choses qui pro-
uoquent les mois, vt folia et flores hy-
periconis , endiuia, chicor. radices fæ-
niculi , asparagi , brusci , petroselini ,
berula , basilici , métissa, betonica,
allia, cepe, crista marina , cortex cas-
siæ fistulœ, calamentumoriganum, pu-
leg. artemisia , thymus , hyssopus ,
saluia, maiorana , rosmarinus, marru-
bium , ruta , sabina , tithymallus, cro
eus, agaricus, flores sambuci, baccce
lauri, hedera, scammonea, cantharides,
pyreth. euphor1. Les aromatiques sont
ammo. cinam. iuncus odorat, calamus
aromat. cyperus, gingiber,nux moscat.
caryophyl. galanga, piper, cubeb. amb.
mosc s pieu nardi, et autres. Et de
toutes ces choses on en peut faire
bouillons, bolus, potus, pillules,
opiates, syrops, apozemes, desquelles
choses on aura recours au docte mé-
decin : toutesfois ie te donneray cet
exemple d’apozeme, pource qu’il est
fort expérimenté-
if. Folior. et florum dictamni ana p. ij.
Pimpinel. m. 6 .
Omnium capil. ana p. j.
Artémis maior. tbymi, orig. ana m. 0.
Rad. rudiæ maior. petros. fœnicul. ana
5 • j- 6 •
Rad. pæoniæ, bistort. ana g . O .
Cicer. rubror. seminis pæoni. fœnicul.
ana 3. fi.
Fiat decoct. in aqua suflicien. ad ft. j.
addendo cinam. 3. iij.
' Pip. de JYatur, mulieb. — A. P. — 1379.
In colat. dissolu.
Syrup. de artemis. et hyssop. ana 5. j.
Diarrh. abbat. 3. j.
Passentur per manicam Hippocratis cum
o. ij. nucleor. dact.
Cap. g . iiij. pro dos. mane.
Aussi on en peut faire bains , par-
fums, fomentations , iniections , on-
guens, linimens , pessaires, supposi-
toires , noüets , et autres.
Exemple d’vn pessaire : Prenez gal-
banum , ammoniac, et autres sem-
blables remollitifs, lesquels seront mis
en paste auec vn pilon dans vn mor-
tier chaud , et en formez pessaires ,
lesquels seront oints d’huile de ias-
min, ou d’euphorbe, ou de fiel de
bœuf, ou de jus d’armoise, et d’autres
herbes, qui auront vertu de prouo-
quer les mois : mixtionnez auec scam-
monée mise en poudre. Et seront les-
ditspessairesdelongueurdesixdoigts,
plus ou moins, selon la corpulence de
la femme , et de grosseur d’un gros
pouce , et enueloppés en linge clair
tissu , et seront attachés (et principa-
lement les nouëtsjaucefil, à fin qu’on
les puisse retirer aisément lorsqu’on
en voudra remettre d’autres.
On en pourra pareillement faire de
miel cuit , y adioustant des poudres
propres, comme scammonée et eu-
phorbe ‘. Et ne faut pas que tels pes-
saires demeurent long temps, de peur
qu’ils n'exulcerent la partie. Parquoy
iceux retirés de bonne heure, faudra
fomenter l’orifice de l’amarry de vin
blanc, auquel auront cuit du pouliot
ou matricaria.
Et ici noteras que si les mois sont
supprimés par la closture de l’orifice
de la matrice , ou par inflammation ,
1 Là s’arrêtait le texte de ce paragraphe
en 1573; le reste est de 1575.
DE LA GENERATION.
ou autre mauuaise disposition 1 ou
chaleur qui aye espaissi le sang, ne
faut vser de remedes qui espaississent
ou eschauffent trop, mais qui refroi-
dissent et humectent, autrement on
eschaufferoit d’auantage : cela sera
conneu par la douleur et habitude de
la malade. Aussi il faut remedier à
tels vices deuant que venir aux reme
des qui prouoquent les mois : car au-
trement on redoubleroit l’inflamma-
tion , y attirant d’auantage de sang :
et s’il y a quelque excroissance de
chair, ou callosité faite par playe ou
vlcere , qui bouche le col de la ma-
trice, ou quelque membrane née à la
bouche d’icelle ou à l’orifice de son
col , il faudra premièrement oster les
callosités, et couper les membranes 2 * * *.
Or il faut icy obseruer vn point fort
remarquable : c’est que quand nous
voudrons nous efforcer par art et
moyens sus nommés à faire auoir les
mois aux femmes , il faut choisir le
temps propre, sçauoir le decours de
la Lune en celles qui ne les ont ja-
mais eus, ou le temps auquel ils ont
de coustume de couler à celles qui ont
ja plusieurs fois parauant eu lesdits
mois. Car ainsi nous aurons auec
l’art et medicamens, Nature et cous-
tume aidante à noslre intention. De là
vient que nous voyons tant souuent
les médecins se trauailler en vain à
prouoquerles mois aux femmes : car
de penser les faire couler en temps
indeu, ou deuant et apres le temps
qu’ils auoient coustume de les auoir,
c’est peine perdue : comme ainsi soit
1 L’édition de 1573 dit, ou autre mauuaise
disposition, il faut remedier à tels vices, etc.
Les sis lignes intermédiaires ont été ajou-
tées en 1579.
î Le chapitre se terminait ici en 1673 ; le
reste est de dates différentes.
769
que les medicamens n’ont aucune
force sans l’aide de Nature. D’auan-
tage apres l’vsage de tels reme-
des, ne faut enuoyer les femmes aux
estuues, ny leur faire vser d’autres
choses qui prouoquent les sueurs : si
ce n'est que les mois soient arrestés à
raison de l’espaisseur, crassilie et glu-
tinosilé du sang : car autrement les
sueurs diuertissent la matière ail-
leurs, empeschans par ce moyen le
flux menstrual *.
Il te faut bien garder de donner
chose qui prouoque les mois aux fem-
mes grosses, de peur de les faire auor-
ter, qui seroit vn acte damnable et in-
humain de tuer vn petit innocent ,
comme auons dit cy deuant.
CHAPITRE LXIV.
LES SIGNES QVE LES MOIS VEVLENT
COVLER AVX FEMMES ET FILLES.
La femme aura les mammelles
grosses et endurcies : aussi est titillée
et incitée à Venus : elle a pareille-
ment vn grand prurit aux parties in-
térieures du col de la matrice2, par-
ce que le sang est lors eschauffé, de-
uient acre, et se putréfié s’il n’est
euacué à l’heure deuë. Aussi toutes
les parties génitales sont eschauffées
et tuméfiées : toutesfois si la matière
des fleurs est froide , elle n’appele
Venus et ne s’y delecte , et sent en sa
matrice stupeur auec vn decoule-
ment d’aquosités blaffardes : et si
l’humeur cholérique domine, la cou-
1 Ce long paragraphe est de 1575; celui
qui suit date seulement de 1585.
2 Ces mots : elle a pareillement vn grand
prurit, etc., ont été intercalés en 1585.
49
II.
LE DIX-HVITIlblE LIVRE,
7?0
leur dudit flux sera iaune : et si c’est
le sang, sera rubiconde et vermeille:
aussi si c’est la melancholie , sera
gros, noir et plombin.
Aux filles qui sont au quatorzième
an, leurs fleurs commencent à sortir,
à autres à treize, à autres à douze :
alors leurs tetins se grossissent, poi-
gnent et démangent, et la voix se
mue plus grosse, et sont incitées à
Venus, et ont douleur aux lombes et
aux parties génitales, semblablement
à la teste, auec vomissement de cho-
lere ou de phlegme, ou tous les deux
ensemble : et le sang de leurs fleurs
est semblable à la laucure d’vne
chair sanglante, par-ce qu’il est en-
core indigeste et non cuit, à cause
de leur tendre ieunesse, et partant
est sereux, aqueux et blaffard l. Et
lorsqu’elles sont ja meures et capa-
bles d’vn mari, depuis qu’on attend
trop à les marier, encore qu’elles ren-
dent leurs fleurs en leur temps, on
voit toutesfois qu’elles sont tourmen-
tées griefuement d’vne défaillance
de cœur et suffocation de matrice,
principalement quand elles deuieu-
nent amoureuses, et sentent vne cha-
leur en leurs parties génitales qui
leur démangent, titillent et chatouil-
lent, qui leur cause de ietter leur
semence elles seules : laquelle de-
meurant aux vaisseaux spermati-
ques ou en la matrice, se corrompt et
se retourne en venin (comme auons
dit), d’où prouient qu’il s’eslcue des
vapeurs putredineuses aux parties
nobles et en la masse sanguinaire,
qui altéré le sang et fait qu’elles ont
vn battement et défaillance de cœur,
gémissent et soupirent, à cause que
la faculté expultrice est incitée à iet-
1 Syluius, liure des mois. — A. P. — 1679.
Voyez ci-devant la note de la page 761.
fer hors cette semence superflue et
corrompue : et sont pensiues et cha-
grineuses et fort degoustées, ayant
l’appetit depraué, dit Pica, ne pou-
uans dormir, ayans la couleur pâlie
et iaunastre, basanée, bouffie, et tout
le corps semblablement, de sorte
qu’elles ressemblent plustost mortes
que viues, et souuent meurent hy-
dropiques et languissantes, ou mania-
ques.
Donc pour obuier à tels accidens,
ie conseille aux parens et amis de la
fille, estant en aage et maturité,
qu’ils la marient à vn homme qui ait
de quoy payer, à fin qu’il n'abuse les
marchands 1 : et estant ainsi mariée
reprendra sa couleur viue et natu-
relle , et le teint clair, poli et délicat ,
et son corps retournera entièrement
en sa bonne habitude 2. Les filles vil
lageoises n’ont point ces accidens, ou
bien rarement, à raison qu’elles n’ont
les obiets et muguets comme celles
des villes : et aussi qu’elles ne man-
gent et boiuent semblables viandes,
tant en quantité qu’en qualité : ioint
pareillement qu’elles trauaillent
beaucoup, qui leur fait oublier le de-
sir des hommes : et encore le cas ad-
uenant qu’elles eussent rétention de
leur semence , le bon air et le grand
trauail assidu qu’elles prennent con-
somme et tarit ceste matière sperma-
tique, corrompue et venimeuse, tant
par sueur que par insensible transpi-
ration.
Que diray-ic plus? C’est qu’il se
1 Ce tour de phrase rabelaisien : qui ail de
quoy payer, à fin qu’il n'abuse les marchands,
existait déjà textuellement en 1673.
2 Les remedes qu’ auons cy deuant déclarés,
luy seront aussi faits. — A. P. — Cette note
existait déjà aussi en 1673, et je ne sais pour-
quoi elle n’a pas passé dans le texte.
DE LA GENERATION.
trouue des filles si succulentes, abon-
dantes grandement en sang, qu’ice-
luy regorge aux mammelles et se
conuertit en laict, et le peuuent taire
rayer comme font les nourrices , à
cause que les mammelles ont vne
vertu lactifiante : ce qui se peut prou-
uer par Hippocrates , qui dit que si la
femme n’est point grosse et n’a point
enfanté, a du laict, c’est signe que
ses mois sont supprimés 1 : et sur le
Commentaire de cest Aphorisme, Ga-
lien dit, pour ce que les glandulesdes
mammelles estans exangues et blan-
ches, conuertissent ce sang menstrual
qui y regorge en humeur semblable à
elles en couleur. Semblablement Va-
lescus de Tarante, médecin, dit auoir
veu vne fille, laquelle n’auoit ses
mois, auoir du laict aux mammel-
les2. Icy ne sera hors de propos dire
que Cardan 3 4 dit auoir veu à Gennes
vn nommé Antoine Buse, aagé de
trente ans, lequel auoit du laict en
ses mammelles assez suffisamment
pour nourrir vn enfant, et ne couloit
pas seulement , mais le faisoit rayer,
ainsi que fait vne nourrice de ses
mammelles. Ledit Valescus de Ta-
rante , médecin , affirme qu’on a vu
vn homme (la femme estant decedée)
allaicler son enfant et le nourrir ,
qui estoit vne chose admirable 4 : ce
qui est confirmé par Aristote, lia. 3,
chap. 4, lorsqu’il parle du laict des
hommes : parquoy ne faut pas tous-
iours conclure qu’vne fille ayant du
laict aux mammelles soit grosse ou
1 Aph. 39. 5. — A. P.
2 Cette citation de Valescus est une addi-
tion de J 585.
3 Liu. 12 de subtililale. — A. P. — Cette
note n’existe que dans l’édition de 1575.
4 Cette nouvelle citation de Valescus, et
celle d’Aristote qui la suit, ont été égale-
ment ajoutées en 1585.
771
qu’elle ait enfanté, veu qu’vn homme
aussi en peut bien auoir '. La raison
est que le laict a son origine et cquse
efficiente de Faction de la semence
virile : comme il se peut prouuer de
ce que quelques hommes en ont, et
de ce qu’ordinairement les femmes
n’en ont point qu’elles n’ayent con-
ceu par la réception de Faction de la
semence du masle. Parquoy les filles
masculinisantes, comme dit Hippo-
crates aux liures de Dieta, c’est-à-
dire qui sont de nature forte et vi-
rile, ayans pareillement la semence
virile, peuuent auoir du laict sans
auoir eu connoissance d’homme ,
aussi bien que les hommes masles eu
peuuent auoir, comme déduit Car-
dan expliquant l’Aphorisme sus allé-
gué.
Or maintenant nous retournerons à
nostre propos, et dirons que pendant
que les femmes ont leur flux, sentent
le corps pesant et mal aisé : aucunes
iettent beaucoup de sang, les autres
peu, selon leur température et les
alimens dont elles sont nourries , et
l’exercice qu’elles font, et pareille-
mentselonleur aage. Celles qui les ont
coutumièrement en petite quantité,
ce sont les grasses, à cause qu’elles
ont les veines estroites , et par consé-
quent peu de sang, lequel s’employe
à la gresse (comme auons dit cy des-
sus). A peu de femmes leurs purga-
tions s’esmeuuent tous les mois sans
y faillir, mais à plusieurs il se fait
intermission. Celles qui ont leur flux
tout à la fois, à sçauoir, quatre ou
cinq iours suiuans, sont plus heureu-
ses et se portent mieux que celles à
qui il vient peu à peu et à plusieurs
iours.
1 Ici finissait en 1573 le texte de ce para-
graphe; le reste est de 1575.
'7'T‘J LE DIX-HV1TIEME LIVRE
CHAPITRE LXV.
LES ACCIDENS QVI VIENNENT AV FLVX
DE SANG MENSTRV AL IMMODERE.
Sont appétit perdu, toute concoc-
tion debile et réfrigération de tout le
corps, et les vertus prosternées, dé-
coloration et amaigrissement, enfleu-
res aux iambes, hydropisie, fiéure
hectique, défaillance de cœur, con-
uulsions, spasme et quelquefois la
mort bien soudaine. Si le flux est fait
par humeur chaud et acre, sera fé-
tide et de mauuaise odeur et cou-
leur, estant tousiours accompagné
d’vne fiéure, et souuent vlceres aux
genciues, et autres parties de la bou-
che : la langue sera aride et seiche
pour les vapeurs putrides et malignes
qui montent en haut, et pour ces
causes faut y preuoir par les moyens
qui seront dits cy apres.
Les menstrues fluent aux femmes
par les veines et arteres naissans des
vaisseaux spermatiques , finissons
leur orifice dedans le fond et costés
de la matrice : mais aux vierges et
femmes grosses (si l’enfant est sain)
les mois fluent par les rameaux de la
veine et artere hypogastrique , qui se
reiettent et ramifient au col de la
matrice. Ce qui aduient quand le
sang peche en quantité ou qualité, ou
tous deux ensemble, ou par coït ex-
cessif, ou par-ce que la verge virile
est trop enorme en grandeur et gros-
seur, ou par 1 imbécillité de la vertu
îetentrice des vaisseaux, et la force
de l’expultrice. Quelquesfois aussi
ledit flux excessif vient apres vn en-
fantement, coulant des cotylédons ou
orifices des vaisseaux où estoil atta-
ché l’arriere-faix contre les parois de
la matrice. D’auantage autresfois
vient du col de la matrice, pour auoir
esté trop violentemenl dilaté à l’issue
de l’enfantement, de façon que telles
veines et arteres ont esté par tel effort
dilacerées et rompues. Il vient aussi
de l’vsage de medicamens acres et
apéritifs, comme de pessaires '.
Or tel flux se connoistra (s’il vient
de la matrice ) par-ce qu’il sera plus
gros et plus noir, et qu’il sort par
trombes et caillons, et s’il vient du
col d’icelle il viendra autrement. Tel
flux vient aussi par vne crise , lequel
ne faut promptement restreindre : ny
pareillement quand il y a au corps
trop grande abondance de sang.
CHAPITRE LXVI.
LES MOYENS D’ARRESTER LE FLVX
MENSTRVAL EXCESSIF.
Premièrement par la maniéré de
viure, à sçauoir, manger et boire ali-
mens qui ont vertu d’engrossir et es
paissir le sang : car tout ainsi que le-
dit flux est continué et augmenté par
choses chaudes et de ténue substan-
ce, aussi est-il arresté par choses
froides, stiptiques, grosses et astrin-
gentes: comme sont orge-mondé cuit
auec ris , gigoteaux de veau , tru-
meaux de bœuf, pieds de mouton, de
veau , chapons cuits auec ozeille ,
pourpié, verjus de grain, laictue, re-
noüée , plantain, bourse de pasteur,
suc de prunelles, la sommité de ron-
ces , espine vinette , sumac, et autres
semblables : si on ne peut trouuer de
l’vn, on prendra de l’autre. La corne
1 Cette dernière phrase a été ajoutée
en 1675.
PE LA GENERATION.
de cerf bruslée et lauée , donnée à
boire auec eau astringente, est pro-
pre pour arrester ledit flux, ensem-
ble le flux de ventre , s’il y en auoit :
aussi sang de dragon, terre scellée *,
bol fin, pierre hæmatiste, coral, sub-
tilement puluerisés,et donnés à boire
auec les eaux astringentes ou ferrées.
On peut donner sallades d’oranges,
citrons, limons, auec succre et eau
rose. Pareillement est vne chose sin-
gulière bouillir du laict ferré auec
acier, puis cuit auec farine de four-
ment ou amidon , ou d’orge , ou de
féues, ou de ris : pareillement coings,
cormes, nefles et cornoille.
Le boire sera eau cuite et ferrée
par plusieurs fois, puis mixtionnée
auecques syrops, comme de roses
seiches , aceteux , de grenade , myr-
tille, de coings, ou vieille conserue de
roses. Il faut euiter le vin , si les ver-
tus le peuuent porter et la coustume :
et encor faut-il qu’il soit petit , gros
et astringent, et trempé en eau fer-
rée 2.
Sur tout faut euiter le coït : aussi
le trauail, la descente des degrés, les
dances, par-ce que non seulement
elles esmeuuent le sang, mais aussi
1 Terre scellée, terra sigillaia.
2 Cette phrase est peu intelligible ; encore
ai-je préféré le texte de 1573 et de 1575, qui
se rapproche plus du vrai sens. Toutes les
autres éditions portent : Il faut euiter le vin,
si les vertus le peuuent porter et la coustume :
sinon il faut qu’il soit petit, etc. Evidemment
Paré permet le vin quand les vertus et la
coustume le permettent ; et c’est ainsi que
l’a très bien entendu la traduction latine :
V^inum fugiendum. Si tamen vires exolulœ
id flagilent , eligendum crassum et astringens
villulum. Les mots petit et gros du texte qui
semblent se contredire, signifient seulement
que le vin doit être gros et de qualité non
supérieure, ce que rend bien aussi la tra-
duction latine.
773
l’attirent en bas : semblablement le
courroux : l’air chaud et partant en
esté la chambre sera rectifiée par
choses froides. Le dormir long et pro-
fond est salubre l.
Aussi par section de veines aux
bras, application de ventouses sous
les mammelles, et à costé du nom-
bril , sans oublier pareillement les
frictions et ligatures douloureuses
faites aux parties supérieures 2.
Que si tel flux est causé d’vn hu-
meur bilieux, acre et sereux, il fau-
dra premièrement auoir esgard à ce
symptôme par medicamens qui ayent
vertu de purger la bile et les sérosi-
tés : quels sont la rheubarbe, les my-
robolans , les tamarins , les sebestes,
le syrop de roses laxatif.
CHAPITRE LXVII.
LES REMEDES PARTICVLIERS QV’ON DOIT
APPLIQVER EN LA MATRICE POVR ES-
TANCHERLE FLVX DE SANG IMMODERE.
On peut appliquer onguens, injec-
tions et pessaires.
Exemple d’vn onguent duquel en sera frottée
la région des reins.
2f. Olei mastich. et myrt. ana 5 . ij.
Succi rosar. rubrar. §. j.
Pul. mast. 5 • 'j*
Nucum cupressï’, olibani, myrtill. ana
3- ij*
Bol. armen. terræsigill. ana 3. Æ.
Ceræ alb. quant, suff.
Fiat vnguentum ad vsum.
1 L’édition de 1598 et les suivantes por-
tent seulement : le dormir est salubre; j’ai
suivi le texte de toutes les éditions faites du
vivant de Paré.
2 Là finissait le chapitre en 1573 -, le der-
nier paragraphe est de 1575.
LE DIX-HVITIEME LIVRE ,
774
Et apres qu'on en aura frotté les
reins , on mettra vne seruiette dessus
trempée en oxicrat, et ledit remede
sera réitéré souuentes fois *,
Exemple d’vne inieclion qu’on ietlera en la
matrice.
if. Aquæ plantag. et rosar. aq. burs. past.
et centinod. ana 0>. 15.
Corlic. querc. nue. cupress. gall. non
maturar. ana 5. ij.
Berber. sumac, balaust. aluni, roch.
ana 5. j.
Fiat decoct.
De laquelle en sera faite iniection
auec vne assez grosse seringue, te-
nant bonne quantité d’inîection, qui
aura en son extrémité vn bouton,
craignant de blesser les parois du col
de la matrice. Laquelle t’a esté figu-
rée en la page loi 2.
Aucuns tiennent que les limaçons
à coquilles bien broyés, et appliqués
sur le nombril , arreslent le flux im-
pétueux menstruel 3.
Les coings cuits sous la braise, in-
1 Cette phrase manque dans toutes les édi-
tions du vivant de l’auteur; et de même
aussi dans toutes, le titre de la formule est
borné à ces mots : Exemple d’vn onguent. Le
texte actuel date de la première édition
posthume en 1598.
2 Les deux éditions de 1573 et 1575 don-
naient ici la figure avec ce titre :
Seringue propre pour faire iniection à la ma-
trice.
Les éditions suivantes sc sont bornées à
renvoyer à l’endroit où la figure avait été
transportée; celle de 1579 dit -.laquelle t’a
esté figurée cent quinziesme ; celles de 1585
et de 1598 : laquelle l’a esté figurée page 401.
J’ai suivi ce dernier exemple , et renvoyé
le lecteur à la page 101 du présent volume.
3 Cette phrase a été ajoutée en 1575 ; alors
même l’auteur était plus décisif, et il disait
nettement : Les limaçons, etc., arreslent le
flux impétueux mensiruul. La rédaction a été
modifiée en 1579.
corporés auec poudre de myrtil6 el
bol armene, appliqués dans le col de
la matrice, profitent grandement en
forme de pessaire.
Exemple d’vn autre pessaire.
7f. Pul. gall. immatur. combust. et in aceto
extinct. 3. ij.
Ammo. 5. û .
Sang. drac. pulu. radie, symphit. su-
mac, mast. succi acac. cornu cerui vsli,
coloph. myrr. coriæ ferr. ana 3. j.
Campb. 3.(ij.
Misce et incorporent, omnia simul cum succo
centinod. semperui. solani, hyoscy.ne-
nuph. plantag. ana quantum sufî.
Fiat pessarium.
L’on doit pareillement faire appli-
cation de choses froides par dehors
sus les reins , cuisses , et autour des
parties génitales, comme oxycrat, on-
guent rosat, et autres semblables, et
autres|comme nous auons dit cy des-
sus.
Or si le flux venoit par érosion, et
que la matière d’iceluy eust vlceréle
col de la matrice on appliquera laict
d’asnesse auec orge-mondé, ou mu-
cilages astringens, comme psyllij, cy-
doniorum, gummi tragachant. et arab.
et autres semblables.
CHAPITRE LXVIII.
DV FLVX MVLIEBRE, OV FLEVRS
BLANCHES2.
Outre le flux naturel il s’en fait vn
autre, appelle flux muliebre , pour-ce
1 Le flux sera conneu par érosion s’il coule
goutte à goutte. — A. P.
2 Les éditions de 1573, 1575 et 1579 por-
tent seulement : Du flux muliebre-, le reste
du titre a été ajouté en 1585. Le chapitre
était fort court dans la première édition; il
a été successivement très augmenté.
DE LA. GENERATION.
qu’il est propre et particulier aux
femmes, qui leur est à d’aucunes vne
longue et continuelle distillation, et
quasi sans douleur, qui vient de la
matrice : et par icelle se purge l’a-
bondance des superfluités de tout le
corps, ainsi que quelquesfois se fait
par les reins : aux autres il se fait par
interualle, et est tel flux fort doulou-
reux, principalement lors que la ma-
trice est vlcerée *.
Or ce dit flux est different du flux
menstrual 1 2, de la gonorrhée ou se-
mence, de la chaude-pisse, et de celuy
qui sort des vlceres de la matrice.
Quant à la purgation menstruelle, le
sang louable en peu de iours flue au-
tant qu’il en doit estre vuidé : mais
au flux muliebre, le sang qui en sort
est corrompu et de couleur quel-
quesfois rouge, qui est vne sanie de
sang mesme : quelquesfois sereux et
liuide , autresfois blanc et espais
comme vn coulis d’orge-mondé, au-
tresfois iaunastre, causé le plus sou-
uent de sangphlegmatique. Qu’il soit
vray, tel flux aduient plus souucnt
aux femmes phlegmatiques et qui
ont la chair mollasse qu’aux autres,
et est nommé d’elles fleurs blanches.
Or le flux de la gonorrhée ou se-
mence est beaucoup different : est
tousiours blancheastre, et porte subit
vn amaigrissement et grande foiblesse,
auec vne mauuaise couleur à tout le
corps, encore qu’au sortir il excite
1 L’édition de 1573 ajoutait ici : aussy
quelquefois la matrice ri estant 'point releuée ;
et cette fin de phrase a subsisté jusqu’en 1 585,
où elle s’est trouvée supprimée.
2 L’édition de 1573, suivie encore par
celle de 1579, disait tout simplement ■ par-
cequ'en la purgation menslrualle le sang en
peu de iours llue, etc. Les trois lignes inter-
médiaires, avec les paragraphes qu’elles an-
noncent, datent seulement de 1585.
quelque petite titillation de volupté.
Les femmes le iettent soutient par
leur matrice , laquelle matière est
crue et sereuse, et sort en petite
quantité, non assiduellement, ny tous
les iours, mais seulement par inter-
ualle, et n’est nullement puant ny
acre. Iccluy aduient aux femmes lu-
xurieuses , et aux vefues , qui se sont
long temps abstenu du coït
La matière sanieuse, purulente et
blancheastre , qui sort des vlceres de
la matrice, est aussi differente des
fleurs blanches Car les fleurs blan-
ches sont plus liquides, sereuses et
aqueuses : aussi moins blanches et
moins félidés : ioint aussi qu’elles
fluent en plus grande quantité que
le pus qui vient és vlceres de la ma-
trice. D’auantage esdits vlceres il y a
douleur, en sorte que la femme ne
peut endurer l’habitation de son
mari : et aux fleurs blanches ne sent
nulle, ou bien petite douleur.
Le flux de la chaude-pisse prouient
d’vne virulence venerienne qui flue
incessamment comme les fleurs blan -
ches, mais d’vne matière plus espaisse,
tantost blancheastre, tantost rou-
geastre, ou verdoyante, acre, ou cor-
rodante, et puante, qui tost excite vl-
ceres aux parties honteuses, qui
descend des vaisseaux spermatiques,
et non des veines qui font flucr les
menstrues et fleurs blanches. Tel flux
de chaude-pisse ne cesse point à la
venue du sang menstrual, mais il
perseuere deuant, et auec luy , et
apres : au contraire des fleurs blan-
ches , qui cessent à l’éruption des
mois, et quelque peu de temps apres.
Le flux de chaude-pisse fait douleur
et cuison, est puant, et ielte quel-
» Ce paragraphe et les deux suivans sont
de 1585.
LE Ü1X-HVITIÉME LIVRE ,
776
quesfois en grande quantité, et est de
couleur verdoyante ou iaunastre.
Aux hommes fait eriger la verge, qui
leur cause grande douleur, principa-
lement en pissant : ce qui ne se fait
au flux des fleurs blanches.
Or la matière de tels flux sera con-
neuë par la couleur, comme si c’est
cholere, ou pituite, ou melancholie,
les linges seront teints de l’humeur
qui abonde en iceluy : et si c’est sang
pur, faut estimer que tel flux vient
par érosion ou par débilitation des
vaisseaux de la matrice ou de ceux
de son col ».
Rarement tel flux se fait de matière
sanguine, sçauoir lors seulement que
les femmes sont grosses, ou que leurs
mois son t arrestés : car en lieu de sang
menstruel sort vn excrement sereux,
lequel rougit aucunement, ainsi que
feroit vneeau teinte et meslée de quel-
que peu de sang. Fort rarement se fait
aussi tel flux d’humeur melancho-
lique : ou s’il se fait , est incontinent
excité vn cancer en l’vterus. Quel-
quesfois la matière qui sort de quel-
que vlcere cachée dans l’vterus abuse
le medecinet chirurgien, pensant que
ce soient fleurs blanches et mulie-
bres: toutesfois ces deux affections
sont aisées à distinguer: car la ma-
tière qui flüe d’vn vlcere estant puru-
lente, est plus crasse, fetide, et blan-
che, eten moindre quantité que celle
qui prouient du flux muliebre. En
outre, telles femmes ne peuuent en
durer la compagnie de l’homme sans
grande douleur, si principalement
l’vlcere est au col de l’amarry 2, mais
en son corps non.
' Ce paragraphe date de l’édition primi-
tive de 1573 ; il terminait alors le chapitre.
2 Tout ce long paragraphe_date de 1575,
Madamoiselle de Chalenge de Bre-
tagne ayant quelques fleurs blanches,
vint à Paris pour auoir conseil des
médecins, et estre deliurée de ce flux,
i espérant qu’apres en estre guarie elle
j auroit des enfans. Or quelques iours
apres il luy suruint vne grande dou-
leur de costé , accompagnée d’vne
fiéure: messieurs Le Grand, Dure!, et
Rebours, Docteursenmedecine, furent
appelles : estans assemblés fut con-
clu qu’elle auoit vne pleuresie con-
iointe d’vne peripneumonie. En ce
temps là elle auoit ses fleurs, néant-
moins luy fut ordonné vn clystere et
la saignée, qu’elle refusa tout à plat.
Le iour d’apres qui estoit le septième
iour, et par-ce que les accidens crois-
soient, elle fut saignée. Monsieur Du-
ret la venoil voir deux fois le iour, et
dit que s’il luy suruenoil douleur de
teste auec prurit , qu’elle mourroit :
et quecela aduenantil se feroit trans-
port de la matière des poumons à la
teste. Le iour suiuant , la douleur et
j démangeaison de teste luy suruin-
drent, et peu d’heures apres mourut.
Quatre ou cinq iours apres , mon-
sieur Rebours, Viard et moy, nous ou-
urismes un prebstre, lequel mourut
d’vne pleuresie et peripneumonie, au-
quel suruint une douleur de teste :
nous voulusmes voir si le prognostic
ci-dessus auoit lieu, et s’il se seroit fait
translation de la matière du pleura au
cerueau. Apres auoir ouuertle crâne
nous trouuasmes entre la pie-mere et
le cerueau tout rempli de pus, comme
en la damoiselle susdite.
à l’exception des mois qui le terminent :
mais en son corps non. Ces mots, avec læ
deux histoires qui terminent le chapitre,
sont des additions de 1585.
DE LA GENERATION. 77“
CHAPITRE LXIX
CAVSES DES FLEVRS BLANCHES.
Les causes des fleurs blanches vien-
nent souuenl par la débilitation de
la concoction de l’cstomach, ou de
tout le corps, et de grande tristesse,
ou pour auoir vsé trop de viandes
crues et phlegmatiques. Le cours de
ces fleurs, combien qu’elles soient
blanches, conserue le corps en santé,
pourueu qu’iceluy soit modéré, à sça-
uoir qu’il ne soit trop grand ny trop
petit, et n’aye nulle acrimonie : au-
trement tel flux engendre débilitation
et lassitude vniuerselle de tout le
corps, couleur pâlie, l’appetit abba-
tu, atrophie ou amaigrissement de
tout le corps, tristesse qui ne se peut
appaiser pour la vergongne du de-
coulement d’vn tel flux, tumeurs œdé-
mateuses aux iambes : et fait à d’au-
cunes descendre la matrice en bas, ce
que nous auons par cy deuant appel-
lé précipitation de la matrice. Tel
flux empescbe la conception, par ce
qu’il corrompt la semence, ou la con-
traint de sortir en s’escoulant1 : aussi
quelquesfois acquiert vne acrimonie,
pour auoir demeuré cinq ou six mois
sans estre euacué, lequel s’aposteme
au corps de la matrice ou au col d’i-
celle, et acquiert pourriture, laquelle
est souuent iettée hors, qui cause vlce-
resputridesetchancreuses. A aucunes
femmes se font apostemes aux aines
et hanches, qui est souuent cause de
leur mort, et le plus souuent pour ne
s’estre monstrées et déclarées aux
médecins et chirurgiens en temps op-
1 Hippocrates au liure de la nature de l'en-
faut. — A. P.
portun , pour honte et vergongne
qu’elles ont à monstrer leur mal.
A ceste cause Montanus 1 recite
ceste histoire, que quelquefois fut
appellé d’vne noble damoiselle d’I-
talie : laquelle auoit des fleurs blan-
ches, et ayant conneu son mal, luy
ordonna qu’elle se fist seringuer, et
deterger sa matrice: ce qu’ayant en-
tendu ladite damoyselle tomba en
syncope, et pria son mary de non ia-
mais l’appeller.
Et partant les maladies de la ma-
trice sont difficiles à connoistre, et
difficiles à curer : car la matrice reçoit
la plus grande part des superfluités
de tout le corps'2, tant pour-ce qu’elle
est partie debile, que pour-ce quelle
est située en bas, et a plusieurs vais-
seaux qui aboutissent en soy : et d’a-
uantage est naturellement sujette à
purgations et fluxions.
CHAPITRE LXX.
CyRE DV FLVX MVL1EBRE , OV FLEVRS
BLANCHES.
Au flux muliebre rouge, il faut sai-
gner et faire les autres choses qui ont
esté déclarées pour arrester le flux
menstruel immodéré : et au blanc, ou
d’autre couleur, faut purger par re-
mèdes propres : comme s’il est causé
de cholere, par medicamens propres à
icelle, et ainsi des autres humeurs.
< Il s’agit ici de Jean-Baptiste da Monte
dont le Livre De uterinis ajfeclibus , publié à
Padoue en 1554, a été reproduit par Spachius
dans ses Gynœciorum libri. Je remarquerai
encore à propos de ce livre qu’il n’avait pas
été traduit en français. Du reste la citation,
comme le reste du chapitre, est de 1573.
2 Le chapitre s’arrêtait ici en 1573 ; ce qui
suit a été ajouté en 1575.
LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
778
Les remedes seront changés et diuer-
sifiés selon la cause d’iceluy flux, le-
quel faut laisser couler quelque peu
de temps, à fin que la matrice et tout
le corps se purge des humeurs super-
abondans. Les bains alumineux et
sulphurés, ou bitumineux, ou ferrés,
sont propres à celuy qui est causé de
pituite, ou en lieu d’iceux faut faire
vne décoction d’herbes chaudes aro-
matiques et desiccatiues, de laquelle
sera fait baing, iettant dedans plu-
sieurs pierres et cailloux ardens ‘, et
quelque portion d’alum, à fin de le
rendre plus astringent. Et le remede
le plus excellent que l’on tient, c’est
de boire des eaux minérales de Spa
au Liege ou de Plombiere, lesquelles
ont vertu admirable de tarir les fleurs
blanches et chaude-pisses. Toutesfois
se faut bien garder d’arrester trop
tost tels flux par medicamens reper-
cussifs et astringens, de peur de faire
renuoy de ceste matière au foye, qui
seroit cause d’hydropisie, ou quelque
fiéure, ou aposteme, ou maladie au
cerueau, ou chancre à la matrice, ou
autres accidens : dont apres les choses
vniuerselles deuëment faites, on vsera
de remedes qui auront puissance
d’astreindre, nettoyer, et seicber la
matrice et le col d’icelle, auec iniec-
tions, pessaires, parfums, et autres.
Exemple d’vne décoction et iniection detersiue
etdesiccaliue.
7f. Fol. absint. agrimon. centinod. burs.
pastor. ana m. £> .
Bulliant simul , el fiat decoct. in qua dissol.
Mellis ros. § . ij.
Aloes, myrr. salis nitri. ana 3. j.
Et fiat iniectio.
' Là finissait la phrase en 1573 ; en 1579
1 'auteur avait ajouté seulement : et quelque
La femme sera située en vn lit, au-
quel sera vn matelas , et quelque
oreiller sous ses fesses, en sorte que
le col de la matrice soit esleué en
haut : et apres auoir fait l’iniection,
pour 1 a faire demeurer quelque temps,
on fera croiser les cuisses et iambes
de la malade, les serrant l’vne contre
l’autre, et fléchies vers les fesses.
Et si on veut plus astreindre et sei-
cher, on adioustera chose propre à ce
faire, comme succus acaciœ, gall. vi-
rid. cortex granat. alumcn roch. vi-
triol. roman, bouillis en eau demares-
chal, et vin noir et austere. On peut
semblablement faire des pessaires
ayans semblable vertu.
Or si les matières qui sortent de la
matrice sont fort félidés et puantes,
et de mauuaise couleur, elles signi-
fient qu’il y a vlcere putride : alors
on doit vser de remedes qui ont puis-
sance de corriger tel vice, comme
Ægyptiac (duquel i’ay fait mention en
mon traité des Harquebuzades) dis-
sout en lexiue ou vin noir, y adious-
tant vn peu d’eau de vie : et faire toute
autre chose necessaire en tel cas.
D'auantage aucunes bonnes dames
disent qu’elles ont leurs fleurs blan-
ches, qui est vne gonorrhée ou chaude
pisse : iettans grande quantité de ma-
tière purulente, comme au fluxmu-
liebre, ausquelles le chirurgien ou-
tre les autres susdits remedes pourra
aider : et s'il connoist que ledit flux
ou vlceres fussent causées de la vé-
role, alors faudroit faire suer et ba-
portion d’alum-, en 1585 il rédigea enfin le
texte comme on le lit aujourd’hui, avec
cette mention des eaux de Spa et de Plom-
bières, qui n’existait pas dans les éditions
antérieures. Cette édition de 1585 avait
écrit du Pas au Liege-, celle de 1598 a rec-
tifié de Spa.
DE LA GENERATION.
uer ladite dame, ou autrement ne
pourroit guarir.
Pareillement sera posé en sa ma-
trice vn instrument en forme de pes
saire, ayant certains petits trous en
son extrémité, à fin que les matières
s’escoulent.etn’acquierent acrimonie,
et que la matrice soitvn peu esuen-
tilée et aucunement refroidie par le
bénéfice d’vn ressort qui le tiendra
ouuert 1.
Maintenant il nous faut traiter des
pâlies couleurs 2.
CHAPITRE LXXI.
DES PALLES COVLEVr.S 3.
Nous auons dit cy deuant que le
sang menstrual commence à appa-
roistre aux filles ja meures, commen-
cans à sentir leur cœur, et deuenir
amoureuses, et estres capables d’estre
1 L’édition de 1573 et même encore celle
de 1579 ajoutaient : duquel lu vois icy le por-
iraict; après quoi venait la figure , un peu
différente de celle du chapitre 57, et qui a
été déjà reproduite au chap. 29 du Livre
des Tumeurs en general, t. 1er, p. 3G9. J’y
renverrai d’autant plus volontiers le lecteur
qu’il s'agit là du chancre de la matrice ; et
qu’on y trouvera ainsi le complément des
matières dont il est traité dans le Livre ac-
tuel.
2 Cette phrase se lit pour la première fois
dans l’édition de 1586, et annonce les cha-
pitres qui vont suivre, et qui n’existaient
pas auparavant. C’est une sorte de traité
complet des pâles couleurs en treize chapi-
tres, dont la date, comme on voit, est fort
tardive eu égard au reste du livre. Je ne
sais où Paré en a pris les détails.
3 Ce chapitre est de 1585. Voyez la note
précédente.
779
mariées, et porter enfans, qui est en
l’aage de quatorze, quinze, et seize
ans : qui est lors que le sang s’es-
chaufl'e et boiiillonne dedans les vei-
nes, et monte aux mammelles, qui les
fait enfler et durcir. Semblablement
le poil folet commence à apparoistre
autour de leurs parties génitales, qui
lors sont chaudes et tuméfiées : leur
voix se mue et deuient plus graue :
elles sentent douleur à la teste, auec
vomissement de cholere et pituite. Le
sang de leurs fleurs vient à sortir
goutteà goutte, semblable en couleur
à la laueure de chair sanglante, par-
ce qu’il n’est encore bien cuit, à cause
de leur tendre ieunesse, qui fait qu’il
est sereux, aqueux, et blafl'ard- On
voit aduenir de grands accidens par
la rétention de leurs fleurs, et encor
plus grands si par l’irritation de la
copulation charnelle elles ne rendent
leur semence : car estant retenue, se
corrompt et acquiert vénénosité, d’où
procèdent les pâlies couleurs.
Or à d’aucunes le sang menstrual
ne s’escoule, à cause que les vais-
seaux, à sçauoir veines et arteres,
sont angusles et estroils, et encores
non destouppés : si que ne pouuant
sortir, regorge en la masse sangui-
naire qui s’altere et corrompt, faute
d’estre euacué, et toute l’habitude du
corps ne peut estre bien nourrie, dont
se fait Leucophlegmalie, qui fait le
corps tout bouffi, et la couleur du vi-
sage basanée et blaffarde : c’est pour-
quoy on les appelle pâlies couleurs.
Dont ensuiuent plusieurs maladies et
accidens, comme battement de cœur,
boursoufleure , appétit corrompu ,
nausée , vomissemens , frissons, ri-
gueurs, souspirs , gemissemens , ris,
resueries, euanouissemens , fleures
lentes et erratiques , veille, et autres
accidens.
780
LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
CHAPITRE LXXII.
DV BATTEMENT DE COEVR l.
Le battement du cœur vient de
grandes crudités de l’estomach , et
des obstructions du foye et râtelle,
dont s’amassent grande quantité d’hu-
meurs grossiers et vaporeux, desquels
s’esleuent plusieurs flatuosités melan-
choliques, qui enuironnent le cœur,
mesme sont contenus au péricarde,
qui cause le battement : qui n’est au-
tre chose qu’vneconcussiondu cœur,
pour mieux secoüer, et comme vne
escousse qu’il prend pour mieux faire
sauter et bondir loin de soy telle vé-
nénosité et ordure : sautelant par l’ef-
fort de la faculté expultrice, que Na-
ture luy a donnée comme à partie
très noble, pour se despestrer et des-
uelopper d’vn nuage si odieux.
Pour y donner ordre , faut prendre
de l’eau theriacale, ou de l’eau de me-
lisse, ou de buglosse, où l’on aura dis-
sout vn peu de theriaque.
CHAPITRE LXX1I1.
DE BOVRSOVFLEVRE2.
Boursoufleure est ce que les Grecs
appellent Cachexie, c’est-à-dire, mau-
uaise habitude, en laquelle la char-
nure des parties qui sont autour des
os est remplie d’aquosités et de ven-
tosités, et le cuir est lasche et mol-
lasse, et de mauuaise couleur, comme
entre blanc et verdastre, et tout le
' Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 778.
a Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 178.
corps las et debile, ne se pouuant
soutenir, accompagné d’vne courte
haleine. Ce mal est comme auant-
coureur d’hydropisie. Ceste disposi-
tion vient à cause que le foye ne fait
bien sa sanguification, pour estre re-
froidi, et sa chaleur naturelle comme
noyée et estouflee en l’abondance du
sang qui luy remonte de l’amarry,
comme la lumière d’vne lampe qui est
amortie par affusion de trop d’huile.
Vient aussi d’vne dureté de ratte, à
laquelle les vierges sont sujettes, à
cause qu’elles ne se purgent point par
leurs fleurs : comme aussi par mau-
uaise nourriture, de trop boire de
l’eau froide, ou manger fruits cruds,
et autres viandes de pareille nature.
Pour la cure, faut prouoquer les
mois.
CHAPITRE LXX1V.
DE L’APPETIT CORP.OMPV ET DEPRAVE1.
Les filles qui ont les pâlies couleurs
ont l’appetit non moins corrompu
que les femmes grosses : lequel acci-
dent les Latins nomment Pica, ou Ma-
lacia, c’est-à-dire, langueur, lascheté
et mollesse, par laquelle desgoutées
de ce qui leur est présenté, appetent
toute autre chose, mesmement du
tout estrange et aliéné de nature. Car
aucunes mangent le piastre, cendre,
terre, charbons, farine, sel, espiceries,
et autres choses non propres à man-
ger : boiuent vinaigre tout pur, ce
qui les rend ainsi desbauchées et des-
contenancées, tant pour-ce que leur
sang est corrompu par suppression,
que pour-ce qu’elles se nourrissent
1 Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 778.
DE LA. GENERATION.
mal : qui fait qu’elles ne peuuent
auoir ny sang, ny esprits, ny force va-
lide. Telle affection gist en l’orifice de
l’esloraach , lequel appete alimens
semblables aux humeurs qu’il con-
tient, et desquels il s’est fait dissipa-
tion : car nourriture n’est autre chose
que repletion de ce qui s’est vuidé.
Dont tels appétits estranges viennent
aux filles qui ont leurs mois retenus ,
qui regorgent à l’estomach, et y en-
uoyent vapeurs semblables, ou hu-
meurs , ou excremens corrompus.
Comme s’il y a quelque humeur me-
lancholique naturel espandu à l’eslo-
mach, la fille aura appétit de choses
aigres : si celuy mesme deuient adus-
te, désirera viandes seiches sembla-
bles aux susdites. Or le sang mens-
truel tient beaucoup de l’humeur me-
lancholique , et aisément se tourne
en iceluy, qui est cause que souuent
elles appetent choses sallées: pour-
ce que tel humeur de sa nature est
grossier, féculent, ord et immonde.
Pour la cure, il faut prouoquer les
mois et vomissemens, qui sont causes
de tels accidens. Le vomissement sera
prouoqué auec décoction tiede de
graine de raue, et eau tiede, auec
huile, et autres semblables vomi-
toires.
CHAPITRE LXXY.
DE NAVSÉE ET VOMISSEMENT *.
La nausée et vomissement vient de
mesme cause que l’appetit depraué et
desgouslement, à sçauoir, de l’vsage
de mauuaises viandes, et delà régur-
gitation des excremens menstruaux,
1 Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 778.
ou des vapeurs putrides esleuées d’i-
ceux en l’estomach.
Partant il faut purger l’humeur qui
est attaché en l’orifice intérieur du
ventricule, ou adhérant contre les tu-
niques d’iceluy, auec pilules ou po-
tion de rheubarbe, ayant premiere-
mentdonnéquelque breuuage propre
pour inciser et atténuer l’humeur,
auec syrop aceteux ou oxymel. D’a-
uantage faut prouoquer le vomisse-
ment, qui guarira iceluy vomisse-
ment par euacuation de la matière
qui de qualité maligne irritoit la fa-
culté excrétrice à excrétion par en
haut : mais en vain toutesfois, ou
pour le moins sans grand et suffisant
effect. Que si tel vomissement se rend
efifrené et impétueux, faut appliquer
vne ventouse vn peu plus bas que
l’estomach, à fin de l’arrester : mes-
mes faut frotter et lier les extré-
mités.
CHAPITRE LXXYI.
DES FRISSONS ET RIGVEVRS ‘.
Les filles ne pouuans auoir leurs
mois, quelquesfois sentent des fris-
sons et rigueurs ou horreurs aux
lombes, et par toute l’espinc du dos,
et au derrière de la teste. Ce qui leur
aduient de la matrice refroidie par les
mois retenus nouuellement.et non en-
core corrompus : parce que la matrice
qui est membraneuse et nerueuse,
communique facilement sa froideur
vniuersellement au pannicule char-
neux, mais principalement aux lom-
bes, et à toute l’espine du dos, tant
pour-ce que telles parties sont fort
1 Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 778.
LE DIX-H VITIÉME LIVRE ,
782
sensibles, que pour-ce qu’elles sont
tres-froides , attendu qu’elles sont
nerueuses, membraneuses, et osseu-
ses : et en outre fort voisines et con-
tiguës à la partie , c’est-à-dire à l’a-
marry, où se fait la corruption du
sang menstrual.
Tels accidens se peuuent corriger
par application de linges cbauds, et
onction d’huile laurin, ou autre sem-
blable, ou auec eau de vie, et en frot-
ter toute l’espine du dos. Il sera bon
de donner à boire de l’hippocras , ou
maluoisie, ou de l’eau de vie où l’on
aura dissout vn peu de tlieriaque, et
vu peu de quinte-essence de muguette
pu clou de girofle.
CHAPITRE LXXVII.
DES SOVSP1RS, GEMISSEMENS, ET RIS ».
Les mois retenus à la longue se
conuer tissent en excremens melan-
choliques , principalement aux filles
qui sont de tel tempérament, qui leur
cause vne tristesse, chagrin, souspirs
frequens , pour la compression du
diaphragme , à raison du sang re-
tourné au foye plus plein que de
coustume , et des vapeurs esleuées :
des pleux-s et gemissemens, à raison
des vapeurs melancholiques qui op-
priment le cœur.
l’ai veu vne bien grande dame qui
pleuroit souuent sans cause , et s’en-
fermoit en sa chambre pour mieux
plorer.
Autres se prennent à rire sans au-
cune occasion : ce qui aduenoità deux
filles que ie ne veux icy nommer : Car
estant sujettes à vne suffocation d’a-
1 Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 778.
marry, à raison des mois arrestés, or-
dinairement vne ou deux heures dé-
liant que l’accès les prinst, elles se
mettoient à rire si effusément , que
ny les remontrances amiables, ny la
honte et crainte de leurs parens ne
les en pouuoient destourner et en-
garder. Mais est bien plus admirable
le fait d’vne certaine dame, qui en
pareil accident estoit ordinairement
surprise de resuerie, ris, pleurs, con-
traction des yeux, et autres symptô-
mes contraires les vus aux autres,
comme raconte Houlier en son traité
de la Suffocation vterine.
Pour obuier à tels accidens, faut
leur prouoquer leurs mois, et les pur-
ger : aussi qu’ils ayent compagnie
ioyeuse, et qu’on iouë d’instrumens
de musique.
CHAPITRE LXXVIII.
DES .RESVERIES1.
Non seulement la régurgitation du
sang menstrual , mais aussi les va-
peurs des mois retenus, esleuées jus-
qu'au cerueau par les veines et artè-
res, quelquesfois infectent tellement
le cerueau de leur puanteur et mali-
gnité, quesa substance en est estour-
die et abrutie, et ses fonctions abolies
et deprauées ou corrompues , non
seulement en imagination, mais aussi
en mémoire et ratiocination : dont
suruiennent plusieurs sortes de resue-
ries, non seulement pour la diuersité
des parties du cerueau engagées, mais
aussi pour la diuersité de la pourri-
ture: qui fait que de telles femmes et
filles, les aucunes rient sans occasion,
1 Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 778.
DE LA GENERATION.
autres sont tristes qui ne cessent de
plorer, comme nous auons dit cy des-
sus : autres furieuses qui se veulent
estrangler, et se ietlent dedans les
puits, ou par les fenestres : autres se
tuent de coups de Cousteau, autres
gazouillent et babillent, reuelans ce
qu’elles deurolent taire, et font des
mouuemens extraordinaires.
La guarison dépend del’euacuation
de la cause. Hippocrates commande
de saigner et purger, et appliquer
ventouses sur le plat des cuisses et
sur les espaules, faire ligature aux
extrémités, ouurir les hemorrhoïdes
auec sang-sues.
CHAPITRE LXXIX.
de l’esvanouissemext C
Les filles s’esuanoiïissent souuent
pourl’esleuation des vapeurs puantes
et pourries, excitées de leurs mois re-
tenus : desquelles le cœur assailli et
infecté tombe en syncope : c’est-à-dire
grande défaillance des vertus vitales,
et par conséquent des animales, qui
fait que lesdiles filles demeurent im-
mobiles sans aucun sentiment, sans
voir, ouyr, parler, sans pouls, que
bien obscur, et sans respiration.
Pour les faire reuenir, il les faut
faire asseoir en figure moyenne, afin
qu’elles puissent mieux respirer, las-
cber leurs habillemens, frotter les
cuisses et les iambes contre bas auec
linges aspres et rudes, leur donner vn
air libre, et ferez prouoquer le vo-
missement :il leur faut bailler à boire
vn peu de theriaque ou methridat
dissout en quelque eau cordiale: et
1 Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 778.
783
fiiire sentir choses puantes, et par
embas choses odoriférantes, et arrou-
ser la face d’eau rose, vinaigre, et
eau de vie. D’auantage leur faut ti-
rer le poil derrière le col, et aussi les
oreilles et le nez, et les pinser violen-
tement,pour resueiller les esprits.
CHAPITRE LXXX.
DE LA FIEVRE ERRATIOVE *.
La fiéure qui est excitée par la sup-
pression des mois aux filles, ne garde
aucun ordre, mais prend à heure et
iours certains, selon que le sang
menstruel regorge au cœur et au
foye, et que ledit sang s’esmeut. C’est
pourquoy Hippocrates l’appelle Pla-
nètes, c’est-à dire Erratique2: etpeut
estre dicte Epialc, parce qu’en toutes
les parties du corps on sent chaleur
et froideur ensemble en vn mesme
temps, à cause que ceste fiéure est
causée d’vne pituite vitrée, laquelle
d’autant qu’elle est fort froide, es-
paisse et glaireuse, ne se pourrit, et ne
s’enflamme qu’à peine, de sorte que
telle matière meslée parmy le sang
des ieunes filles, est cause des mou-
uemens inégaux et desreiglés de la
fiéure qui en prouient, faisant ce
que le feu fait en vn bois verd, flamme
d’vn costé , et fumée de l’autre 3.
Ioint que leur sang est fort crud, tant
à raison de l’aage, que de la façon de
viure deprauée , se nourrissans de
laictages, fruits cruds, et eau froide,
qu’aussi à raison de la suppression
non naturelle d’iceluy sang.
1 Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 778.
2 Au liure des maladies des vierijes. — A. P.
3 Bonne comparaison. — A. P.
784
LE DIX-HVITIÉME LIVRE ,
CHAPITRE LXXXI.
DE SOIF ET ALTERATION l.
La soif aux vierges prouient de
leurs mois supprimés : la chaleur et
seicheresse sont les deux causes de la
soif, à sçauoir defaut d’humidité, et
excès de chaleur. L’autre cause peut
estre leur boire excessif d’eau froide :
car l’eau par sa crudité et pesanteur
s’arreste long temps aux hypochon-
dres, et y engendre obstructions et
crudités, qui sont cause que le boire
ne peut penetrer au foye. Ces crudi-
tés Croupissantes où elles sont arres-
tées, se pourrissent, et de ceste pour-
riture s’esleuent vapeurs putrides et
acres, se tournent aussi en phlegme
sallé, qui remplissant l'orifice de l’es-
tomach (où est le siège et sentiment de
l’alteration) fait quasi semblable soif
à celle qui tourmente les hydropi-
ques.
CHAPITRE LXXXI I.
DV VEILLER 2.
Les veilles procèdent de certaines
vapeurs corrompues qui montent au
cerueau, qui font perturbation d’es-
prit, resuerie, melancholie, epilepsie,
et autres mauuaises indispositions, le
tout par alteration qui en fin induit
et apporte alienation à la substance
du cerueau. Or ces accidens susdits
ne suruiennent seulement, mais plu-
sieurs autres, comme dureté de ratte,
1 Suite du précédent. Voir la note 2 de
la page 778.
- Même note que pour le chapitre pré-
cédent.
aposteme au mesentere, rupture de
veineauxpoulmons, phthisie, enfleure
de iambes, pesanteur, lassitude vni-
uerselle, obstructions, douleur de
teste, et autres maladies procédantes
de l’amas des humeurs vicieux, qui
corrompent toute la masse sangui-
naire: qui fera que le sang menstrual
qui en sortira, ressentira de la cor-
ruption de l’humeur qui aura esté
engendré et meslé , lequel paroistra
bilieux, pituiteux, sereux, et meian-
cholique, ou autre, selon la diuersité
de la corruption conceuë en la masse
sanguinaire, et d’vne inflammation
engendrée dedans les veines, qui y
sera suppurée, comme nous auons dit
cy dessus.
CHAPITRE LXXXIII.
CVRE L
Le point souuerain pour remedier
à tous ces accidens, est de prouo-
quer les fleurs: pour laquelle chose
executer, on appellera vn docte mé-
decin qui ordonnera la saignée (à fin
de descharger Nature d’vne partie de
son fardeau) et des purgations, ainsi
qu’il verra estre necessaire. Apres les
purgations sera vtile faire prendre
des choses aperiliues et incisiues, à
fin de destouper les obstructions:
comme sont les syrops d’armoise, ca-
pilli veneris , et autres semblables,
auec décoction d’hyssope, sabine, ra-
cine d’eringium, dit en François Pa-
nicault, et de garance. Aussi la con-
serue de fleurs de soulcy est singu-
1 Ce chapitre termine le petit traité des
pâles couleurs qui comprend les 12 cha-
pitres précédents. Voyez la note 2 de la
page 778.
DE LA GENERATION.
785
liere, prise par trois matinées, aussi
gros qu’vne noix commune. Pareille-
ment la décoction de racine de persil,
feuille d’byssope aromatisée de ca-
nelle. Semblablement faut appliquer
sur le plat des cuisses, ventouses sans
scarification. On fera pareillement
fomentation aux parties génitales,
d’herbes à chat, inatricaire, armoise,
thym, origam, agripaume, sabine, et
autres semblables. On fera aussi par-
fums aux parties génitales, faits de
poyure, gingembre, clou de girofle,
musc, ciuetle, noix muguetle. Plus il
faut que la malade chemine , saule ,
trauaille, danse, monte et descende
souuent, qu’elle tire de l’eau d’vn
puits, et autres exercices, si elle les
peut supporter, sans que pariceuxse
face plus grande irritation des matiè-
res amassées et supprimées, ny que
les douleurs et autres accidens men-
tionnés se resueillent et enaigrissent
d’auantage. Plus luy conuiendra faire
des frictions aux cuisses et iambes,
auec linges rudes au malin. Il faut
faire ces remedes au commencement
des lunes nouuelles, ou autre temps
auquel les femmes ou filles malades
auoient ou pouuoient auoir leurs
purgations : autrement on tiauaille-
roit en vain.
Les filles villageoises nesont sujettes
aux pâlies couleurs , et aux susdits
accidens, à raison qu’elles trauaillent
beaucoup, et ne mangent tant dedi-
uersités de viandes, comme celles des
villes : aussi qu’elles sont tousiours
en plein air, lequel fait dissipation et
digestion de la substance superflue
de tout leur sang par insensible tran-
spiration : qui fait qu’elles ne sentent
point ou peu les incommodités de
leurs fleurs arrestées .
CHAPITRE LXXX1V.
DES HEMORRHOÏDES QVI NAISSENT AV
COL DE LA MATRICE K
Tout ainsi qu’il se fait des hemor-
rhoïdes au siégé, ainsi se fait-il au col
de la matrice, lesquelles sont extré-
mités des orifices des vaisseaux des
1 Nous rentrons ici sinon dans le texte, du
moins dans le cadre de l’édition de 1573,
dont ce chapitre Des hemorrhoïdes fait le 691'.
Mais il s’en faut réellement beaucoup que
le texte soit le même. En 1573 et même en-
core en 1579, les trois chapitres qu’on va
lire n’en formaient que deux, l’un intitulé,
Des hemorrlwides qui naissent au col de la
matrice-, l’autre, Curation des verrues fuites
au col de la matrice. C’est que sous ce nom
d'hémorroïdes, Paré avait confondu toutes
sortes de tumeurs qu’il jugea à propos de
mieux distinguer en 1585. Vo'ci du reste,
pour qu’on puisse juger de la différence des
doctrines, le texte de 1573 et de 1575, avec
deux petites additions de 1579.
Des hemorrhoïdes qui naissent au col de la
matrice.
« Dauanlage il y a des hemorrhoïdes qui
naissent au col de la matrice, comme il se
faict au siégé, qui sont comme especes de
varices, desquelles sort aucunefois grande
quantité de sang auec vne eau rousse et fé-
tide ; Aucunes sont de couleur rouge, sem-
blable à meures, et pour ce sont nommées
morilles : d’autres à vn grain de raisin qu’on
comme vualles : autres à vne verrue, nom-
mée aussi pour ceste cause verrucalles :
ainsy selon la diuersité de forme les antiens
leur ont imposé le nom : Aucunes sont fort
grosses et apparentes, les autres sont petites
et occultes, cachées au profond du col de
la matrice. Semblablement il se faict des
verrues quelquefois aux bords du col de la
matrice. Aucunes sont larges et esleuees en
5o
II.
LE D1X‘HVITIÉME LIVRE
786
rameaux des veines qui viennent de
la veine caue, descendantes à l’entour
du propre orifice de la matrice et du
petites tumeurs, et sont nommées humorales,
non seulement parcequ’elles sont esleuees
en tumeurs comme une meure, mais aussy
qu’elles sont composées de plusieurs petites
eminences, comme vue meure de ses grai-
nes. Acrochordon est vne autre espece de
verrue auec eminence calleuse, qui a sa ra-
cine gresle, et la teste grossette , de façon
qu’on diroit estre vn neud de corde pen-
dante à vn fillet. Monsieur d’Alechamps en
sa Chirurgie Françoise escriptestre appellees
des Arabes verrues botoralles : il y en a vne
autre espece nommee thymus, parcequ’elle
ressemble à fleur de thlm, aiant eminences
tuberculeuses, auec aspérités, creuasseespar
dessus : aucunes sont grandes, autres pe-
tites, et par interualle iettent beaucoup de
sang, principalement après la compagnee
d’homme, ou que la femme chemine, ou
faict autre grand exercice. Il y en a de toutes
ces especes qui sont malignes, ausquelles ne
faut que palier de peur qu’elles ne tournent
en chancre, et telles sont douloureuses au
toucher, parcequ'elles sont procréés d’hu-
meur maling, aucuns les appellent ficus, et
la populace le mal S. Fiacre, auquel ne
faut attenter nulle cure fors la palialiue. »
L’édition de 1679 ajoutait là : comme
nous auons dit parlant des hemorrhoïdes du
siégé. Le début du chapitre suivant était le
meme dans les trois éditions de 1673, 1576
et 1579.
« Curations des verrues faictes au col
de la matrice.
• Celles qui seront trouuees au col de la
matrice, et ne seront malignes, il les con-
uient lier et coupper, et celles qui seront
profundément, on mettra le spéculum ma-
tricis dans le col de la matrice, à fin qu’on
les puisse voir et toucher. »
Puis venaient les figures des spéculums ,
et le reste du texte retombait d’accord avec le
texte actuel. Je répète que la rédaction ac-
tuelle est de 1686.
col d’icelle , par lesquelles les vierges
et femmes grosses se purgent de leurs
mois : d’autant qu’en elles l’orifice
ou bouche de la matrice est fermée
aux femmes grosses, à raison de l’en-
fant conceu auquel les cotylédons
reseruent le sang pour sa nourriture:
et aux vierges, parce qu’elles n’ont
point encor esté ouuertes. Ces extré-
mités des veines quelquesfois se gros-
sissent et ferment sans ietter sang, et
quelquefois aussi sont ouuertes et
iettent vn gros sang noirastre, comme
font les hemorrhoïdes du siégé, sans
ordre ny période, auec douleur. Par-
tant tel llux est appellé hem orrhoï-
dal et non menstrual, encor que tel
flux sorte par mesmes veines. Elles
viennent apres les inflammations ,
rhagadies de la matrice. Elles sont
connues par l’effusion du sang qui
coule, non par temps certain, comme
fait le flux menstrual, mais par inter-
ualle et sans ordre.
La cure est semblable que celle du
siégé, qui est d’appaiser la douleur
par fomentations faites de semence de
lin, de guimauues, fueilles de bouil-
lon blanc : par linimens faits d’huile
depauot, de nénuphar, d’amandes
douces, battue long-temps en vn
mortier et pilon de plomb, adioustant
iaune d’œuf auec vn peu d’opium.
CHAPITRE LXXXV.
DES VERRVES OVI VIENNENT AV COL
DE LA MATRICE.
Au col de la matrice se font des
verrues de plusieurs sortes : aucunes
sont eminentes contre la peau, ou lé-
ures'de la partie honteuse, fort peu
DE LA GENERATION.
787
releuées, calleuses, tuberculeuses et
noiraslres, ayans la base large. Les
Grecs les ont appellées il lyrmecia ,
c’est-à-dire fourmillieres : par-ce
qu’au froid elles font douleur, comme
si vu fremy les mordoit. Les Arabes
les nomment verrues moral/ s, par-ce
qu’elles sont grosses comme vne
meure, et qu’elles sont composées dç
plusieurs eminences petites, comme
vne meure de ses grains. Il y en a
d’autres nommées acrochordon, qui
sont eminences calleuses, et qui ont
la racine gresle et la teste grossette,
de sorte qu’on diroit estre vn nœud
de corde pendu à vn filet : les Latins
les appellent verrues pensiles. Autres
sont appellées porales, par-ce qu’elles
ont la teste diuisée en plusieurs par-
ties, comme la teste d’vn porreau :
ellessont longuettes et creuassées par
dessus, desquelles sort du sang en
grande quantité apres la compagnie
de l’homme, ou si la femme chemine
ou fait grand exercice.
Pour le prognostic, toutes ces ver-
rues sont engendrées d’vn humeur
pituiteux et melancholique, enuoyé
de toutes les parties du corps : par-
ce que ceste partie est comme vn
cloaque où sont enuoyés tous les ex-
cremens du corps.
Nota, qu’en toutes ces verrues , s’il
y a douleur, n’y faut toucher de me-
dicamens acres, par ce qu’elles sont
faites d’humeur malin , et qu’elles
se pourroient tourner en chancre :
parquoy les faut pallier. Si elles ne
sont douloureuses , on les pourra
lier ou couper, ou appliquer causti-
ques, à fin d’oster leur racine , et
qu’elles ne repullulent : ce qui se
fera auec huile de vitriol, ou eau
forte, ou eau de sublimé, ou par telle
eau :
"if. Aquæ plantaginis §.vj.
Virid. æris 5. ij.
Aluni rochæ 5. ij.
Salis comm. § . j.
Vitrioli Romani et sublimati ana 3 . G
Terantur omnia simul , et reseruetur aqua
ad vsum dictum '.
CHAPITRE LXXXVI.
DE THYM, ESPECE DE VERP.VE QVI VIE
AV COL DE LA MATRICE.
Thym naist aux aisles du col de la
matrice, ou dedans le col mesme, qui
est vne espece de verrue auec aspéri-
tés creuassées, semblable à la teste du
thym. Les Arabes les nomment ver-
rues porales, par-ce que sa teste est
diuisée en plusieurs parties , comme
la teste d’vn porreau en ses filets. Il y
en a de deux especes, vn petit et l’au-
tre fort grand, qui s’appelle Ficus ou
Fie, et du populace, le mal sainct Fia-
cre2. L’vn est malin, et l’autre bénin
et gracieux. Le bénin est vne petite
chair estroite par en bas, et large par
en haut, auec deux eminences peu
apparentes, blanchastres ou rougeas-
tres, sans douleur. Le malin est plus
grand, plus dur, plus aspre ou rabo-
1 II y a ici une note marginale qui ren-
voie folio sequetui pour cet vsum dictum,
2 Paré a essayé ici de donner une histoire
complète sinon de tou tes les tumeurs du vagin
(qui est pour lui le col de la matrice), au
moins de toutes celles qui avaient reçu un
nom particulier. On peut voir, par la com-
position du texte primitif, combien cette
tâche l’avait embarrassé ; et après sa
deuxième édition , on peut encore se hasar-
der à dire que toute cette synonymie est un
vrai galimatias. Il y a du reste tenté une
autre histoire de ces tumeurs considérées
en général au ch. 21 du 5e Livre. Voyez
tome Ier, page 337.
788 LE DIX-HV1TIEME LIVRE ,
teux, de couleur liuide, fongueux,
auec vne douleur poignante , comme
pointes d’aiguilles. Tous deux s’indi-
gnent au toucher, et iettent grande
quantité de sang estans coupés ou
irrités, principalement apres la com-
pagnie de l’homme, ou que la femme
aye cheminé ou fait quelque grand
exercice.
Ils doiuent estre desseichés par re-
medes secs et astringens : aussi les
lier et couper. Ceux qui sont malins
et douloureux , les faut pallier et n’y
toucher, de peur qu’il n’y suruienne
vn chancre : on pourra mettre le
spéculum matricis, à fin de voir plus
aisément.
Diuers portraits de Spéculum matricis ouuert
et fermé '.
1 Ces figures avaient paru déjà en 1564
dans les Dix liures de chirurgie à la fin du
livre des Pierres. Voyez ci-devant, la note *2
de la page 496. Franco a figuré, dans son
édition de 1561, page 399, un spéculum
analogue à celui qui est ici représenté en
dernier; mais il ne se l’attribue point , et
semble au contraire indiquer qu’il y en avait
dès lors de plusieurs sortes en usage général.
J’ajouterai du reste que Franco voulait
qu’on se servît de ce spéculum pour aller
chercher l’arrière-faix dans la matrice ; et
A Demonstre la viz qui le clostet ouure.
RB Les branches qui doiuent estre de lon-
gueur de huit à neuf doigts.
Ils doiuent estre de grandeur et
longueur selon l’aage de la femme :
et lors que tu voudras appliquer l’vn
d’iceux, feras situer la femme en telle
façon comme nous auons dit cy des-
sus à l’extraction de l’enfant mort,
duquel ie t’ay baillé le portrait1.
Or celles qui se pourront lier se fe-
ront par vn instrument propre , des-
crit au chapitre De la relaxation de
l’vuule 2, et seront serrés de iour en
autre, tant que la verrue sera tom-
bée : dont pour les cures seront liées,
coupées et cautérisées, à fin de leur
tel était le sujet de son 86' chapitre, inti-
tulé : D’un autre façon et plus legere auec le
spéculum matricis.
• Il est à remarquer que cette phrase a été
conservée dans toutes les éditions, bien que
le portrait de la situation de la femme ait été
enlevé dès 1575. Voyez ci-dessus la dernière
note de la page 701.
* Tel est le texte à partir de l’édition do
1575. Mais en 1573 on lisait :
oster leur racine et qu’elles ne repul-
lulent : ce qui se fera auec huile de
« Or celles qui se pourront lier, se feront
par cest instrument.
Figure d’vn instrument propre à lier les ver-
rues au col de la matvice.
DE LA GENERATION. 789
vitriol ou eau forte 1 , ou de capitel,
dont nous faisons nos cautères poten-
tiels.
Aussi ceste eau a grande puissance
de les consumer et desseicher iusques
à leur racine.
A Monstre un anneau dont sa partie supé-
rieure est un peu caue.
B Un lillet double, lequel s’insère dedans
la cauité supérieure dudict anneau , et
se serre par le moicn d'vn neud coul-
lant.
C Vn ûl de fer dans lequel ledict fillet passe
pour estre serré lorsqu’on aura pris les
choses supercroissanles , et demeurera
ledict fillet dans le col de la malrice :
et sera reserré de iour à autre, etc. »
Cet instrument a été dès 1575 reporté au
chapitre 7 du Livre des Tumeurs en particu-
lier (voyez t. rr, p. 385) ; mais il m’a paru
essentiel de le reproduire ici pour compléter
la doctrine de Paré touchant les polypes de
la matrice»
7f Aquar. plantag. 3. vj.
Virid. ær. 3. ij.
Alum. rochæ 3. iij.
Salis communis % . ü .
Vitriol. Roman, et sublimât, ana 3. G.
Omnia simul terentur et bulliant.
Et se gardera-on que telle chose
caustique et bruslante ne touche
qu’au lieu qu’on veut oster : s’il y
auoit quelque vlcere, on y remédiera
comme a esté dit.
Quelque personnage m’a affirmé
que la bouse de bœuf chaudement
appliquée, y adioustant des fueilles
ou poudres de sauinier, fait mourir
les verrues qui sont au col de la ma-
trice : à l’espreuue 2.
Quelquesfois aussi ces verrues se
font à la verge, et s’il y en a aude-
hors et au dedans du prepuce, il ne
les faudra oster toutes ensemble, à
fin de ne pertuiser le prepuce, qui est
mince et délié : mais premièrement
nous curerons celles du dedans :
apres auoir cicatrisé l’vlcere, nous
mettrons la main à celles du dehors.
Aussi les cantharides incorporées
aux onguens font tomber les ver-
rues et cors qui naissent entre les
orteils.
le sçay d’asseurance que les ver-
1 Édilion de 1573 : Eau forte des Alche-
mistes.
2 Ici finissait le chapitre en 1573. Le para-
graphe qui suit se lisait dans l’édition de
1575, et avait ensuite été omis dans toutes
les autres , sans raison que je sache ; je n’ai
pas hésité à le rétablir, sauf à en prévenir le
lecteur. Les deux suivans ont été ajoutés en
1579.
79° LE dix-hvitiéme livre ,
rues qui viennent aux mains son t
guaries y appliquant du pourpied pilé
auec son jus : autant en font les
fueilles et fleurs du soucy.
CHAPITRE LXXXVII,
DES RHAGADIES ET CONDYLOMES.
Rhagadies sont vlceres creuassées,
faites d’vn humeur acre et salé, qui
fait quelquesfois contraction et stric-
ture du col de la matrice, comme
l’on voit qu’vn parchemin se serre
et gredille lors qu’on le met trop près
du feu, en sorte que souuent on n’y
sçauroit mettre qu’à grand’ difficulté
le bout du doigt. Ce mal ne vient
seulement au col de la matrice, mais
au siégé, et à l’extremité du prepuce,
et la bouche, qui empesche le malade
les ouurir, de parler et mascher, et
souuent on est contraint de faire sec-
tion.
Pour la curation , il faut euiter les
medicamens acres, mais faut amollir
et fort humecter la partie auec fo-
mentations, linimens, cataplasmes,
emplaslres, et y mettre souuent le
spéculum malricis et pessaires, à fin
d’agrandir et dilater ce qui est trop
dur et serré, puis faire cicatrice aux
vlceres creuassées.
Condylomes sont eminences ridées,
et comme excroissance de chair, qui
sont mesmes les rugosités du col de
la matrice ‘, ou les muscles du siégé
ausquels il y a plusieurs replis serrés
les vns contre les autres, principale-
1 Phrase inintelligible. Peut-être faut-il
lire, qui sorte nées près ou sus-, le latin l’a
entendu ainsi : in ani prœsertim et cervicis
uleri rugosis marginibus ortœ.
ment lorsqu’elles sont enflammées et
endurcies. On les connoist à la veuë et
au toucher du doigt.
Les remedes froids et relaxans sont
bons, comme huile d’œuf et semence
de lin, dechacun deux onces, battues
longuement en vn mortier de plomb,
et de ce en soit appliqué dessus. S’il
y auoit inflammation, on y adiouste-
ra vn peu de camphre, et fera-on
autres choses que le chirurgien verra
estre necessaires.
CHAPITRE LXXXVIII.
DV PRVRIT DE LA MATRICE.
Souuent il se fait vn prurit ou dé-
mangeaison au col de la matrice,
principalement aux femmes aagées,
qui leur donne grand tourment : et y
portent souuent la main pour se grat-
ter et frotter, qui les garde de repo-
ser.
Depuis n’agueres, vne femme es-
tant vexée de ce mal me pria deluy
enseigner quelque remede, et me dist
qu’elle estoit souuent contrainte d’y
mettre des cendres du foyer poures-
teindre ce prurit : ie luy enseignay
qu’elle fist des inieclions d’egyptiac
dissout en eau marine , et autres fois
en lexiue, et aussi qu’elle appliquast
pessaires ou grosses tentes faites d’es-
toupes imbues en ladite iniection :
et par ce moyen, certains iours apres
en fut totalement guarie.
Ledit prurit vient aussi souuent au
scrotum et autour du siégé des hom-
mes vieux, qui prouient d'vne pituite
salée : et alors que tel humeur tombe
aux yeux, les malades sont en grand
peine.
le proteste auoir veu vne vieille
DE LA GENERATION.
femme vexée de cernai, laquelle, pour
luy seder sa démangeaison, lauoit
et frottoit ses cils de vinaigre le plus
fort qu’elle pouuoit recouurer, et me
dit qu’elle n’auoit peu trouuer meil-
leur remede à son mal que ledit vi-
naigre L
Pareillement les menstrues rete-
nues eschauffent la matrice, engen-
drent le prurit et incitent à se grat-
ter, et aussi à l’acte venerien. Lors
qu’il y aura grande inflammation, on
fera iniection de pourpied, morelle,
plantain, iusquiame, et renouuellez
soutient. D’abondant on y peut ap-
pliquer esponges ou linges en forme
de pessaires trempés audit jus 2.
Or il ne vient seulement particu-
lièrement, mais aussi en tout le
corps, accompagné d’vne petite grat-
telle : et pour secourir à tels acci-
dens, faut ordonner régime au ma-
lade tendant à froideur et humidité :
pareillement il le faut baigner, sai-
gner , corneter , auec scarifications
faites auec flammettes 3.
Pareillement on doit faire frotter
vniuersellement tout le corps de cest
onguent, et les faire suer au lit.
"if.. Axung. porc, recent. ffi. j. C>.
Saponis nigri , vel gallic. salis nitri, as-
sat. tartarstaphisa. ana g. £>.
Sulph. viui 5 . j.
Argenti viui § . ij.
Acet. rosat. g . iiij.
Incorporent, omnia simul , et fiat linimen.
secundum artem.
1 J’ai rétabli ici cette histoire d’après le
texte de 1573; Paré l’en avait retranchée dès
1575 pour la transporter au liv. 15, chap. II.
Voy. ci-devant page 425, et la dernière note
de la page 424.
2 Ce paragraphe a été ajouté en en 1585.
*L’éditionde 1573 ajoutait, desquelles tu as
icy le poriraict; et donnait en effet les figu-
79l
Duquel le corps du malade sera
frotté tant de fois qu’il sera besoin.
On a par plusieurs fois expérimenté
vnguentum enulatum cum mercuriû,
lequel a grande puissance de guarir
le prurit et seicher les gratlelles qui
viennent au corps ou en quelque
partie d’iceluy.
Autres vsent de eesluy :
if.. Alum. spumæ nitri , sulpburis viui
ana 3. vj.
Slaphisagriæ, g.j.
In aceto rosat. omnia dissol. addendo bu-
tyri recentis quant, suff. Fiat, linim.
Duquel en soit fait onction.
Autre de grand effet b
if. Lapathi acuti et cnulæ ana g .J.
Contundantur et macerentur in aceto,
et passentur per setaceum , addendo :
Olei rosati g . iij.
Sal. comm. g . j.
Myrrhæ 3. ij.
Lithargyri g . (b .
Ceræ quantum suff.
Fiat linimentum.
Et ou ledit prurit ne cesse, faut y
adiouster argentum viuum vel subli-
matum.
CHAPITRE LXXXIX.
DE L’HYDROPISIE DE LA MATRICE2.
La matrice se remplit d’eau comme
font les autres parties du corps, et
res des cornets et des flammettes. Il suflira
de renvoyer le lecteur au ch. 68 du Livre
des Operations, ci-devant page 523, où ces in-
strumensont été figurés.
1 Cette formule est une addition de 1585.
2 Ce chapitre et les trois qui le suivent ,
manquent à toutes les éditions antérieures
à 1585.
LE DIX-H VITIEME LIVRE,
792
telle repletion se peut appeller hydro-
pisie vterine, laquelle représente vne
fausse grossesse. Ceste eau est engen-
drée en la matrice, ou luy est en-
uoyée des autres parties, comme du
foye , ralte , ou de la grande veine
cane. Elle s’engendre en la cauité de
la matrice, principalement apres les
auortemens : ainsi que dit Hippocra-
tes au liurc Des maladies des femmes ,
qu’elle vient quand la ratte est pleine
d’eau. Ce qui aduient quand durant
les fiéures continues la femme est
fort altérée et boit beaucoup, comme
Fernel enseigne par l’bistoire d’vue
femme hydropique, laquelle tous les
mois, quelques iours apres ses purga-
tions, vuidoit cinq ou six bassns
d’eau cilrine par le col de sa matrice:
et de là son ventre se desenfloit. La-
dite eau vient aussi souuent du cer-
ueau, comme font les fleurs blan-
ches.
La curation se fera par le médecin.
De la paralysie de la matrice.
La paralysie vient des humidités
superflues , qui lascbent et rendent la
matrice mollasse, ridée et froide au
toucher : ioint qu’elle n’a aucun de-
sir au coït , et ne retient aucune-
ment la semence. La cure se fera auec
remedes chauds, secs, et astringens,
ordonnés par le docte médecin.
CHAPITRE XC.
DE L’INFLATION DE LA MATRICE L
La matrice quelquesfois s’enfle de
telle sorte, qu’il semble la femme eslre
1 Ce chapitre, comme le précédent, a été
ajouté en 1585. il traite de la tyrnpanite
grosse d’enfant. Telle enflure vient
d’vne multitude de vents contenus
en la matrice , et vient souuent apres
vn accouchement , faute de s’estre
serré le ventre apres estre accou-
chée. Ces vents sortent souuent par
la bouche et par le col de la matrice ,
auec bruit , comme par le siégé.
Ils se resoluent en appliquant sur
le ventre fiente de vache, de chéure,
ou de brebis, auec anis, cumin, et
fenoil , fricassé auec maluoisie ou
hippocras. Aussi par clysteres carmi-
natifs faits de vin de maluoisie, ou
hippocras auec eau de vie, et huile
de noix : par sachets appliqués sur le
ventre, faits auec des choses carmi-
natiues : semblablement par fomen
talions faites de rue, armoise, herbe
à chat, pouliot, camomille, melilot,
calament, origan, et leurs semblables,
boullis en eau et vin : pareillement
l’emplaslre de laccis lauri , applica-
cations de grandes ventouses sur le
nombril , sans scarification. La femme
boira du vin ou maluoisie, vsera de
viandes de bon suc , plustost rosties
que boullies: apres le repas vsera
de dragée carminatiue.
CHAPITRE XCI.
DES PIERRES ET SABLES CONTENVS EN
LA MATRICE1.
Il ne faut douter que , tout ainsi
qu’il se fait des pierres en la vessie ,
aussi s’en fait-il en la matrice : à
utérine; je rappellerai que déjà Paré en a
parlé deux fois; la première à l'occasion
des môles, la seconde à propos d’une autre
question. Voyez ci-dessus page 7G(J.
1 Chapitre ajouté en 1585 comme les deux
précédent».
DE LA GENERATION.
cause des humeurs grosses, crasses ,
visqueuses et espaisses, et obstruction
en la partie. Si donc les mois sont
trop retenus par l’obstruction des co-
tylédons, la bouche de la matrice
close et fermée , plusieurs humeurs
mucqueuses s’accumulent et accrois-
sent en la matrice, s’incrassent , et
de plus en plus s’endurcissent et
conuerlissent en sable, grauelle, puis
en pierre.
Les signes sont que la femme sent
de grandes douleurs, ayant tous-
iours volonté de ietter ses sables ou
pierres, et a souuent des espreintes
comme si elle vouloit accoucher.
Neantmoins elle ne laisse à auoir ses
fleurs tous les mois , non par la cauité
de la matrice , mais parles veines qui
se rendent au col d’icelle , par où les
femmes grosses et les filles se purgent.
Il faut vser de clysteres, fomenta-
tions, et linimens remollitifs et re-
laxatifs, pour rendre la bouche de la
matrice plusouuerte. Et lors que la
femme aura grandes espreintes, et
que Nature s’efforce ietter les pierres
dehors , l’on situera la femme à la
maniéré de l’extraction de la pierre
de la vessie : puis l’on mettra les
deux doigts dedans le fondement le
plus auant qu’on pourra , et de la
main dextre faut presser le petit
ventre, à celle fin d’attirer et ietter
la pierre hors , s’il est possible.
Du col de la matrice fermé.
Plusieurs femmes ne sont encores
ouuerles en leurs parties honteuses ,
appelées en latin imper forât œ , et en
françois , non encores troüées ou per-
cées. Cela leur peut provenir natu-
rellement ou par accident : et peut
aduenir au commencement de l’ori-
fice du col de la matrice, ou au milieu
793
ou au profond. Le spéculum en fera
foy, et l’apposition des doigts.
CHAPITRE XCÎI.
DV COL DE LA MATRICE TROP LARGE ,
TROP OWERT , ET TROP LVBRIQVE '.
Lorsque le col de la matrice est
trop large et dilaté, soit par nature
ou par accident , comme par un en-
fantement laborieux, cela est cause
de la stérilité , parce qu’il ne se peut
reserrer pour garder la genilure.
Lors qu’il est trop estroit , garde que
le culliueur n'entre au champ de na-
ture humaine, pour y ietter sa se-
mence : car cela est cause de stérilité.
Aussi quand les parois du col de la
matrice sont calleux et durs, à raison
de quelque playe ou vlcere, d’vne
cicatrice délaissée : tellement qu’a-
pres auoir receu la semence , il ne se
puisse vnir ny joindre pour la tenir ,
au contraire la laissent escouler, qui
est vne des causes que les putains
n’engendrent point : ou s’il est es-
toupé de quelque membrane ou
carnosité, ou verrues, ou condylo-
mes : ou fermé , et non encor ouuert :
bref, mal disposé d’vne infinité d’au-
tres accidens, comme de prurit, in-
flammation, chancre, vlcere, scirrhe,
rhagadies , apostemes, et autres tels
de soy , ou par le consentement de la
matrice ou des parties voisines. Nous
parlerons cy apres de tous ces vices.
Aussi quelquesfois le col de la ma-
trice est tellement lubrique, mol et
humide, qu’il ne donne aucun cha-
touillement au culliueur, et ceste
'Chapitre ajouté en 1585 avec les trois
précédents.
LE DIX-HVITÏÉME LIVRE,
794
humidité esteint la semence , qui est
cause que la femme ne peut conce-
uoir. Orceste humidité vient souuent
de tout le corps , ou de la matrice
seulement.
La cure se fera par remedes vni-
uersels et particuliers, par fomenta-
tions , pessaires , iniections , parfums,
lesquels se feront en ceste sorte. Pre-
nez balaustes , escorce de grenades ,
noix de cypre, et de galle, alun de
roche , roses rouges , menthe , de
chacun deux onces : encens , mastic,
bol armene, de chacun vne once :
faites le tout bouillir en bon vinaigre,
et en faites receuoir la vapeur par
l’instrument dont la figure t’est
présentée en la page 758.
Pareillement la fomentation qui
s'ensuit est très vtile.
Prenez sumach , alun , plantain ,
gomme arabic , sel commun , ba-
laustes , escorce de grenades, noix
de cyprès et noix de galle, de cha-
cun deux onces : faites le tout
bouillir en gros vin noir iusqu’à
la consomption de la tierce partie ,
et les parties génitales de la femme
seront fomentées et estuuées , et
au dedans y mettrez vne petite es-
ponge , linge ou cotton trempé en
ladite décoction : et continuerez les
remedes tant que verrez la partie
estre suffisamment restrecie.
CHAPITRE XCIII.
DE LA RELAXATION DV GROS INTESTIN
QVI SE FAIT AVX FEMMES1.
A quelques femmes, pour s’estre
trop efforcées à leurs enfantemens
1 Nous revenons encore une fois au cadre
et au texte de l’édition de 1573. Ce chapitre
en est le 73e.
le gros intestin est relasché, et sort
hors : et ceste disposition est fort
frequente aussi aux enfans , qui leur
prouientd’vn humeur pituiteux qui
abreuue les trois muscles , à sçauoir
le sphincter, et les deux qui le reti-
rent et tiennent en haut.
Pour la curation, le faut premiè-
rement lauer et fomenter d’vne dé-
coction où auront boüilli herbes
chaudes et resolutiues, comme sauge,
rosmarin , lauande, thym, et leur
semblable , s’il n’y auoit grande in-
flammation : puis de choses astrin-
gentes, comme roses, myrtils, escorce
de grenade, noix de cyprès, de galles,
auec vn peu d’alum et saulmure , ou
vrine d’enfant 1 : puis on le sinapise ,
c’est à dire saupoudre d’vne pou-
dre fort subtile faite de choses
astringentes, et non mordicantes :
apres sera réduit en son lieu en le
poussant au dedans. Pareillement
est vne chose singulière , prendre
vne douzaine de limaçons rouges, les
mettant dans vn pot , et les saupou-
drer de sel et alura, de chacun de-
mie once , les remuant dans le pot , et
les laisser mourir : et de la liqueur
qui demeurera, en sera appliqué
auec cotton sus l’intestin qui sort
dehors.
Pareillement aucunes femmes ont
vne grande tumeur au nombril, parce
que le péritoine est relaxé et sou-
uent rompu , au moyen dequoy l’o-
rnentum , et souuent aussi les intes-
tins y tombent, ou des ventosités:
ce qui vient et procédé par la trop
grande distension du ventre, pour
auoir porté enfans, et s’eslre grande-
ment espreintes à les mettre hors.
Les signes que les intestins sont
1 Les mots, et saulmure oit vrine d'enfant,
ont été ajoutés en 1585.
DE LA. GENERATION.
descendus, c’est que la tumeur est
douloureuse, et lorsqu’on presse des-
sus pour les remettre au dedans, font
bruit et grougoullent comme il se
fait aux hernies intestinales. Si c’est
l’omentum , la tumeur sera molle
auec peu de douleur, et lors qu’on le
repousse en dedans , ne fait aucun
bruit. Et si la tumeur est faicte de
ventosités et esprits llatulens, elle
sera molle , et la pressant fera quel-
que bruit, et subit retourne.
Or si la tumeur est fort grande ,
elle ne se peut guarir si on ne coupe
le péritoine, ainsi qu’on fait aux her-
nies. ï’ay veu de pauures femmes et
hommes aux portes des temples, aus-
quels les intestins estoient hors de
leur siégé , de la grosseur d’vne bien
grosse boulle : neantmoins alloient,
beuuoient et mangeoient bien , et
faisoient toutes autres actions 1 , de
tant que la matière fecale auoit libre
entrée et issue.
CHAPITRE XCIV.
DE LA RELAXATION ET ENFLEVRE DV
NOMBRIL, QVI SE FAIT AVX ENFANS.
Quelquesfois aduient aussi aux
enfans nouuellement nés , que leur
nombril est tuméfié de grosseur
d’vn œuf, qui procédé pour auoir
esté mal coupé et lié , ou pour quel-
ques humeurs et aquosités qui y sont
amassées , ou de trop crier pour les
tranchées : quelquesfois aussi appor-
tent ceste tumeur du ventre de la
mere, accompagnée d’vne aposteme,
à laquelle ie conseille au ieune cbi-
1 Ici s’arrêtait le chapitre en 157.1 et 1575,
le reste a été ajouté en 1579.
79^
rurgien n’y toucher pour y faire ou-
uerture : car estant faite , les intes-
tins sortent.
Ce que i’ay veu aduenir plusieurs
fois, et mesmemennt à l’enfant de dé-
funt M. de Martigues, lequel auoit es-
pousé madame de Laual, qui estoit de
la maison de Lautrec : dont le chirur-
gien, nommé maistre Pierre de la
Roque , fut en grand danger de sa
personne : et n’eust esté monsieur
d’Estampes et mondit sieur de Mar-
tigues, les seruiteurs luy eussent
coupé la gorge, estimans que la
mort estoit suruenue à l’enfant par
la faute dudit chirurgien.
Et encores depuis n’agueres , telle
chose est aduenue à l’enfant de Iean
de Gourmont , tailleur d’histoires 1 ,
demeurant à l’Arbre sec , rue Sainct
Iean de Latran , en l’Vniuersité de
Paris, lequel m’enuoya quérir pour
faire ouuerture audit ombilic : ce
que ie refusay, et lui dis qu’il mour-
roit bien sans moi. Trois iours apres
l’aposteme se creua d’elle mesme , et
les intestins sortirent, dont il mourut.
CHAPITRE XCV.
DE LA DOVLEVR DES DENTS DES
PETITS ENFANS2.
Les petits enfans ont aussi vne
grande douleur de dents, principale-
ment quand elles percent les genci-
ues , et sortent hors : ce qui aduient
1 Tailleur d’histoires, c’est-à-dire graveur
d’images sur bois. Le latin a traduit :
Sculpter,
2 Ce chapitre se lit bien, du moins en
partie, dans l’édition primitive de 1573, où
il termine comme ici le Livre de la généra-
tion ; mais entre le précédent et lui jl n’y
79® LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
communément à sept mois, quelques-
fois plus tost, ou plus lard : et quand
a pas moins de 46 pages, qui ont été sautées
dans les éditions complètes. Je vais donner
les titres et l’analyse des matières ainsi
sautées.
chapitre 75.
« De la descente des intestins en la bourse des
petits enfans, appelée hargne ougreueure. »
Le contenu de ce chapitre a été reporté
depuis au livre des Tumeurs en particulier
( tome Ier, pages 403 et suivantes) ; et comme
je n'avais pas alors découvert cette première
origine des chapitres deParé sur les hernies,
j’en donnerai ici une analyse complète, afin
que l’on puisse juger de ce que l’auteur y a
ajouté de 1573 à 1 575.
« Souuent, dit-il en commençant, les en-
fans ont des hargnes ou greueures, qui est
vne enflure aux aines ou aux bourses, et
lorsqu’elle n’est qu'en l’aine , les auteurs
l’ont appelée boubonocele : et si le boyau des-
send dans la bourse, enterocliele : et s’il n’y
a que de l’eau, hidrochele ets’il n’y a que du
vent, phisochele : et si c’est l’omentum ou la
coiffe, sera appelée epiplocele, ou zirbule. La
charneuse est appelée sarcochele, et la va-
riqueuse cirsocltele : ces deux icy n’aduien-
nent point aux petis enfans, mesme ie diray
ce mol, qu’il n’y a que deux vrayes hargnes,
à sçauoir l’intestinale et zirbale, d’autant
que la venteuse, aqueuse, et charneuse ad-
uient aux autres parties, et partant ne sont
dictes vrayeinent hargnes. »
A ce premier paragraphe sont jointes
deux notes originales ; la première ainsi
conçue : Hargne est ainsy nommee parceqite
ceux qui ont tel mal sont hargneux et chagrins
pour la douleur qu’ils sentent ; l’autre a pour
objet de citer Fallambert au lib. de la ma-
niéré de nourrir les enfans. L’auteur con-
tinue :
« Celle du boyau vientou de la naissance,
ou par accident , et se faict par la dilatation
ou rompeure de la production du péritoine,
lequel a deux troux aux deux aines, par les-
quels les muscles suspensoires des testicules
passent anec les vaisseaux spermatiques ' et
elles veulent sortir leur font douleur,
auec vu prurit, démangeaison et pi-
quand ces productions du péritoine se dila-
tent ou rompent, lors les intestins lombent
dedans cette production, et est appelée her-
nie intestinale. Telle chose se faict de trop
crier, ou tousser, ou vomir, et aussy parce-
que le péritoine en cest aage est fort tendre,
humide et délié, et partant facile à s’eslen-
dre et rompre, et ceux qui l’ont rompu peu
souuent guérissent, mais s’il est seulement
relâché ils se peuuent guérir.
« Les signes pour eognoistre la hargne in-
testinale ou zirbale sont, que si c’est l’in-
testin, la douleur sera plus grande que si
c’esloit l’omentum , et plus difficile à ré-
duire, et quand on leur repousse dedans on
sent vn bruit, comme vn gourgoullement. »
On reconnaît dans ce long passage la pre-
mière rédaction du chapitre 14du livre G déjà
cité , avec lequel le lecteur pourra facile-
ment le comparer. Là cependant ne s’arrête
pas le chapitre 75 de l’édition de 1573; mais
le reste a trait à l’engouement de la hernie ,
qui dans les éditions complètes n’est trailé
qu’à la fin du chapitre 16 du 6e livre.
« Et quelquefois , dit notre auteur, ne se
peut réduire, à cause qu’il y a trop grande
quaniité de matière fecale contenue au
boyau, qui faict que le boyau ne peut estre
réduit, et se eognoist par la tension et du-
reté qui y est trouuee, et alors ne se faut ef-
forcer le repousser par violence, mais le ma-
lade sera posé dedans le lict, la leste située
bas, et les fesses et cuisses hautes, et le lais-
sera-on reposer, mettant dessus vn cata-
plasme tel qui sensuit... »
La formule est la même que celle du 6e li-
vre ( voy. t. Ier, p. 409 ) , hors qu’en 1573
Paré n’ajoutait pointde semencede fenugrec;
et le paragraphe qui vient après la formule
est, à peu de chose près, copié sur celui de
1573, qui termine le chapitre 75. Le cha-
pitre 76 a pour titre :
« La curation de la hargne des petis enfans. »
« La cure delà hargne des petis enfans se
fera euitant lesbaings.et toutes choses qui
r’amolissenl , comme les potages, fruicts
DE LA GENERATION.
queure aux genciues , ayans souuent
Gux de ventre , liéure , epilepsie ,
cruds, le trop manger, le crier, la toux,
courir, sauter : et s’il tombe sans grande
quantité de matière, le Chirurgien estant
appelé siiuera l’enfant la teste en bas et les
fesses esleuées, et peu ci peu de ses deux
mains fera la réduction : après on fomen-
tera la partie d’vne fomentation astrin-
gente, escripte à la précipitation de la ma-
tière. »
On peut comparer ce début avec le
deuxième paragraphe du chapitre 15 du
livre G, tome 1er, page 405 ; la formule qui
suit, elle paragraphe qui vient après la for-
mule. Après quoi , comme dans l’édition
de 1575 , celle de 1573 passe au dernier
paragraphe de la page 400 de notre lev vo-
lume : El par ces remedes , etc. , jusqu’à la
fin : pendant que d'antre part les intestins
grossissent; maiselleajoulaillà un assez long
passage qui a été supprimé depuis :
« Etpartanllavoyeestant rendue estroicte
et le boyau grossi, la hargne se guérit. Or
pour guérir la greueure venteuse , Auicen-
nes ordonne deux remedes, à sçauoir la se-
mence d’atnœos et la graine de lupins : il
detrempe la semence d’amœos auec blanc
d’oeuf en forme de cataplasme , et l’aplique
dessus, par ce qu’elle eschauffe, dessesche,
subtile, résout, et dissipe les ventosités , et
retrainct auec le blanc d’œuf. L’autre re-
mede , il faict cuire la farine de lupins auec
du vin, meslé auec mirrhe, et choses qui
astreignent , comme escorce de grenade ,
noix de galle, et autres semblables , et tels
remedes dissoluent et consomment les ven-
tosités : pour telle chose i’ay souuent appli-
qué l’emplastre de Vigosine mercurio, aussy
l’emplaslrc de diacalcithcos dissoute en gros
vin astringent.
» Encore les deux vrayes hargnes se peu-
uent guérir par vn seul bénéfice de nature,
voire à ceux qui ont accompli leurs troix di-
mentions , estans en l’aage de quarante ans,
et pour le prouuer ie reciteray ceste histoire:
c’est qu’vn preslre de S. André des Ars,
nommé maistre Iehan Moret , etc. »
Ici venait presque dans les mêmes termes,
797
spasme, qui leur cause quelquesfois la
mort.
l’histoire qui se lit au chapitre déjà indiqué,
t. Ier, pag. 407 ; et après celle histoire l’au-
teur reprenait :
« Et partant iamais ne seray d’auis qu’on
couppe les coüillons aux petis enfans, car
leur manequans ils se degenerent en nature
féminine, voire i’ose bien dire plus, parce
que les femmes ont les leurs, et les hommes
les aiant perdus, la voix leur mue, la force
et le courage leur defaut, sont timides et
honteux, et ont faute de barbe, et iamais
ne peuuent plus faire génération. »
Ce paragraphe est comme le premier germe
du passage qu’il a consacré au même sujet
dans le 18e chapitre du G“. livre, t. Ier, p. 4 1 3.
Et enfin il terminait ainsi son chapitre 75 :
«Aux enfans vn peu grandelets, et aux
femmes et hommes, on leur fera porter des
braiers et espaullieres comme il est monstré
par ces deux figures. »
Cette phrase, avec les deux figures qui sui-
vent, a été reproduite au chapitre 15 du
livre 67, t. Ier, p. 408 et 409. A l’occasion
de ces ligures j’ai une observation assez
importante à faire. Elles se voyaient déjà en
15G4 dans les Dixliures de chirurgie, fol. 221
et 222 ; savoir, la figure de la double hernie
en premier lieu, comme aussi en 1573 , et le
titre est toujours resté le même; puis la
figure de la hernie d’un seul côté, qui dans
les éditions complètes est devenue la pre-
mière; mais le texte qui l’accompagne est
fort différent. On lisait en 1564 :
Autre figure d’vu homme qui auroil vue
rupture seulement d’vu coslé auec vn bruyer ,
auquel faut qu’au milieu de l'escusson y ail vue
eminence.
Tandis qu’en 1 573 on lisait commeaujour-
d’hui : auquel faut qu’en l'escusson y ail trois
eminences; et c’est à ces trois éminences au
lieu d’une seule que se rapportent les mots qui
suivent : l’ay irouué depuis nagueres ceste in-
uention , etc. ; d’où l’on voit que l’invention
a été trouvée entre 15G4 à 1573. 11 faut con-
fesser que la figure du brayer dessinée par
M. Chazal, d’après la mauvaise édition de
1664 ne rend aucunement l’idée de Paré;
LE D1X-HVITIÉME LIVRE,
798
Les signes qu’elles veulent sortir :
la nourrice sent la bouche de l’enfant
plus chaude que de coustume, et les
c’est pourquoi j’ai fait reproduire exacte-
ment la forme du bandage, et surtout de la
pelote d’après les figures originales de 1564
à 1573. A est la figure primitive; R est le
bandage perfectionné.
Là finit le chapitre 76 et ce que l’auteur
avait à dire alors sur les hernies. Le chapi-
tre 77 a pour titre :
« De la relaxation du yros boyau aux petis
enfants. »
C’est presque absolument le texte du cha-
pitre 19 du livre 6 (t. 1", p. 41S), à part
la fin du premier paragraphe , à partir du
mol dysentérique; et la note qu’on lit en cette
occasion doit être rectifiée en ce sens, que
la fin du paragraphe n’a été ajoutée qu’à la
deuxième édition complète; ta dernière
phrase de l’avant-dernier paragraphe, et le
paragraphe final tout entier sont des ad-
ditions de 1575.
Viennent ensuite les deux derniers chapi-
tres cotés 78 et 79, consacrés aux affections
des dents et qui ont passé presque tout en-
tiers dans le livre des opérations. (Voyez ci-
devant pages 443 et suiv.); il y en a eu aussi
un court fragment rapporté au livre de la pro-
thèse, ci-devant page 606. Et enfin le der-
nier article, intitulé Delà douleur des dents
des petits enfans , forme le fond du dernier
chapitre du livre actuel , auquel nous avons
rattaché cette note.
genciues leur sont enflées, et les
iouës : aussi sont plus criards , et ne
peuuent dormir : le prurit et déman-
geaison se connoist parce que l'en-
fant met souuent les doigts en la bou-
che , pour les cuider frotter : aussi il
baue : la douleur vient à raison que
la pointe de la dent rompt et perce
la chair delà genciue , qui est sensi-
ble et tendre.
Pour remedter à la douleur, faut
que la nourrice soit traitée comme
si elle auoit la fleure , et ne fera tet-
ter l’enfant tant que de coustume,
mais lui fera boire iulep Alexandrin ,
ou syrop de limon, ou de grenade,
aucc eau boüillie, pour luy estan-
cher son extreme soif, et le rafres-
chir : toutesfois il ne luy faut rien
mettre en la bouche qui soit actuelle
ment froid , de peur du retardement
d’icelles , mais choses douces et lini-
tines,à fin de dilater la genciue et
appaiser la douleur. Parquoy la
nourrice frottera souuent de ses
doigts les genciues d’huile d’amandes
douces, ou beurre frais, ou miel et
succre, ou de mucilages de semence
de psyllium , guimauue , coings, ex-
traits en décoction de paritoire : et
par dehors on appliquera un cata-
plasme de farine d’orge , laict , huile
rosat, moyeux d’œufs : d’auantage
on luy frottera souuent les genciues
de ceruelle de liéure rostie , ou boul-
lie , à cause qu’elle relasche , et a vne
propriété occulte d’aider à faire sortir
les dents, ce que l’experience mons-
tre : aussi est propre la ceruelle de
cochon. On leur baille volontiers vn
bastou de reclisse trempé en bon
miel 1 , ou en lieu d’iceluy, vn ho-
1 Ce baston de reclisse est oublié dans l’é-
dition de 1573 et 1575; il a été mentionné
| seulement en 1579.
DK LA GENERATION.
chet auquel est enchâssé vne dent
de loup , dont ils en frottent leurs
genciues , et par ce moyen l’enfant
prend plaisir : d’autant que lors que
ses dents veulent sortir, sent vn
prurit ou démangeaison aux genci-
ues , et les frottant les raréfié et sub-
tilie , et pour ceste cause les dents
sortent plustost. Les nourrices lont
adiouster au hochet de petites son-
nettes, qui leur seruuent de iouët , et
de folastrer auec eux
Or souuentesfois tels remedes ne
profitent de rien, à raison que la
genciue est fort dure , qui est cause
que les dents ne la peuuent percer :
dont s’ensuit pour la tension d’icelle,
que les enfans ont extremes douleurs,
dont s’ensuit la fiéure, et autres ac-
cidens susdits, et enfin la mort. Et
pour ce ie suis d’aduis que le chirur-
gien face vne incision sus la genciue
et sus la dent, pour lui ouurir le pas-
sage , à fin qu’elle sorte plus aisé-
ment. Ce que i’ai fait à mes enfans ,
en presence de M. le Féure , médecin
ordinaire du roy, et de madame la
princesse de la Roche-sur-Yon , et
de messieurs Hautin , Courtin , doc-
teurs regens en la faculté de mede-
1 Ici finissait à la fois, dans l’édition de
1573 , le Livre de la Génération et la digres-
sion sur les maladies des dents, que Paré
y avait ajouté à la prière de L. Joubert.
Voyez ci-devant la dernière note de la page
443. Le reste de ce chapitre date de 1579,
sept ans après le deuxième mariage de Paré,
d’où l’on peut assez bien conclure à quelle
époque il en eut des enfants.
799
cine à Paris, et de Iacques Guille-
meau chirurgien ordinaire du roy ,
et iuré à Paris 1 : mesme aucunes
nourrices, de leur instinct naturel ,
deschirent le dessus de la genciue
auec leur ongle, à fin de faire voye
aux dents qui veulent sortir.
Or il ne sera hors de propos reciter
ceste histoire : Monseigneur de Ne-
uers m’enuoya quérir pour analomi-
ser son fils mort , aagé de huict mois
ou enuiron, auquel n’estoit percé au-
cune dent. Ayant diligemment re-
gardé qui pouuoil estre cause de sa
mort, n’en fut trouuée aucune, sinon
qu’il auoit les genciues fort dures ,
grosses et enflées, et les ayant cou-
pées par dessus, trouuay toutes les
dents prestes à sortir, pour le peu
d’aide qu’on y eust fait en coupant
la genciue : ce qui fut conclud des
médecins presens et de moy, que la
seule cause de sa mort estoit que
Nature n’auoit esté assez forte pour
percer la genciue, etpousser les dents
dehors , à raison que pour l’aage
qu’il auoit elles estoient plus dures
qu’à vn plus d’aage que la sienne 2.
1 En 1579, le texte portait - Iacques Guil-
lemeau chirurgien Iuré à Paris : ce qui sem-
blerait indiquer que Guillemeau ne fut
nommé chirurgien du roi qu’après cette
époque, et, conséquemmont, qu’il n’avait
pu être chirurgien de Charles IX, comme le
disent tous les biographes. Du reste, Guil-
lemeau, né en 1550, était encore bien jeune
en 1579.
2 Édition de 1579 : Plus dures qu’à vn
ieune enfant; le texte actuel date de 1585.
FIN DU TOME DEUXIÈME.
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TABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS CE VOLUME.
Pages.
LE HVITIÉME LIVRE
Traitant des playes recetites et sanglantes
en particulier.
Chapitre i. Des especes et différen-
ces des fractures du crâne. 1
Chap. ii. Des causes et signes. 4
Chap. iii. Des signes sensuels. 6
Chap. iv. De scissure, qui est la pre-
mière espece de fracture. 7
Chap. v. De la contusion , qui est la
seconde espece de fracture. 11
Chap. vi. Des embarreures ou enfon-
ceures, qui est pour la troisième espece
de fraclure. 15
Chap. vu. De la quatrième espece de
fracture, qui est incision, appellée
d’Hippocrates merque ou siégé : autre-
ment ligure délaissée du baston duquel
l’os aura esté frappé. 17
Chap. viii. De la cinquième espece
de fracture , qui se fait du coté opposé
du coup. 20
Chap. ix. De la commotion, ou es-
branlement et concussion du cerueau. 23
Chap. x. Du prognostique. 26
Chap. xi. Pourquoy le spasme vient
à l’opposite du coup. 29
Chap. xii. Sommaire des signes mor-
tels cy dessus mentionnés. 31
Chap. xiii. Les signes et présagés de
bonne guarison. 33
Chap. xiv. Du régime vniuersel qu’il
faut ordonner aux playes et fractures
du crâne , et aux accidens d’icelles. lb.
Chap. xv. De la cure particulière , et
premièrement des playes du cuir mus-
culeux.
Page*
Chap. xvi. Cure des accidens qui ad-
uiennent au crâne. 43
Chap. xvii. Des accidens qui aduien-
nent à la dure-mere. 46
Chap. xviii. Pourquoy c’est que la
dure-mere se noircit. 48
Chap. xix. Pourquoy on trépané aux
fractures du crâne. 50
Ciiap. xx. Description des trépanés. 54
Chap. xxi. Des lieux esquels on ne
doit appliquer trépanés. 01
Ciiap. xxii. De l’alteration des os de
la teste. 64
Chap. xxiii. La cure de la concussion
ou commotion et esbranlement du
cerueau. 68
Ciiap. xxiv. Des playes de la face. 74
Chap. xxv. Des playes des yeux. 76
Ciiap. xxvi. Des playes des iouës. 82
Chap. xxvii. Des playes du nez. 86
Chap. xxviii. Des playes de la langue. 88
Chap. xxix. Des playes des oreilles. 89
Ciiap. xxx. Des playes du col et de la
gorge. 90
Ciiap. xxxi. Autres histoires mémo-
rables. 92
Chap. xxxii. Des playes du thorax
ou poitrine. 94
Ciiap. xxxiii. Cure des playes du tho-
rax ou poitrine. 300
Problème. Pourquoy est-ce que les
playes faites en la substance des Poul-
mons , causent fistules, desquelles sort
grande quantité de matière purulente et
fetide, qui fait que les malades meurent
labides et etiques. 104
Chap. xxxiv. Des playes du ventre
inferieur, dit epigastre. lb.
II
5i
8oa
TABLE
Pages.
Ciiap. xxxv. Cure des playes du ven-
tre inferieur. 106
Ciiap. xxxvi. Des playes des aines ,
verge et testicules. 109
Ciiap. xxxvii. Des playes des cuisses
et des iambes. 110
Ciiap. xxxvm.Des playes des nerfs et
parties nerueuses. 111
, Ciiap. xxxix. Cure des playes des
nerfs. 112
Ciiap. xl. Histoire du defunct roy
Charles IX. 116
Ciiap. xli. Des playes des iointurcs. 117
Chap. xlii. De la situation des par-
ties blessées. 119
Chap. xliii. Des playes des ligamens. 120
PREFACE
Sur le Hure des playes faites par
harquebuses ; 121
DISCOVRS PREMIER
Sur le fait des harquebusades et autres
basions à feu. 126
AYTRE DISCOYRS
Sur ce qu’il pleusl vu iour au roy dcfunct
me demander louchant le fait des har-
quebusades kl autres basions à feu, lors
duretour gt prise de la ville de Rouan. 1 3 1
LE NEVFIÉME LlYRE ,
Traitant des playes faites par harquebu-
ses et autres basions à feu , fléchés ,
dards , et des accidens d’icelles . 142
Chapitre i. Diuision des playes selon
la diüërsité tant des parties offensées ,
que des balles dont elles sont faites. Ib.
Chap. ii. Des signés des playes fai-
tes par harquebuses. 145
Ciiap. in. Le moyen dé pansôf les—
dites playes au premier appareil. 146
Chap. iv. Descriplion des instrU-
mens propres pour tirer les balles et
autres choses estranges. 147
Chap. v. La maniéré de traiter IeS
playes au premier appareil , apres que
Tes choses estranges sont tirées. 152
Pages.
Chap. vi. Comment il faut traiter les-
dites playes apres le pretnier appareil. 157
Ciiap. vii. Des moyens de tirer les
choses estranges qui seroient demeurées
à extrftiré. 160
Ciiap. viii. Des indications qu’il faut
observer ausdites playes. Ib.
Ciiap. ix. Comme les maladies sont
compliquées. 162
Chap. x. Comment le chirurgien
pourra poursuiure le traitement desdi-
tes playes. 163
Chap. xi. Des balles qui demeurent
en quelques parties long-temps apres
la guérison des playes. 165
Chap. xii. Des grandes contusions et
dilacérations faites parles boulets d’ar-
tillerie , et autres gros canons. 166
Ciiap. xiii. Des moyens qu’il faut te-
nir pour rectifier l’air, et pour roborer
les parties nobles, et fortifier tout le
corps. Ib.
Chap. xiv. Histoires mémorables. 168
CnAP. xv. Apologie touchant les
playes faites par harquebuses. 172
Ciiap. xvl. Autre discours sur laques*
tion de la vénénosité des playes d’hâf-
quebuses. 181
Chap. xvii. Les différences des playes
faites par fléchés, et de celles qui sont
faites par harquebuses. 183
Chap. xviii. De la différence des flé-
chés et dards. Ib.
Ciiap. xix. De la différence des par-
ties blessées. 184
Chap. xx. De l’extraction des fléchés. 185
Ciiap. xxi. Comment il faut procéder
pour tirer les fléchés rompues. 187
CitAp. xxn. Ce qu’il faut faire si la
fléché est insérée en l’os. 188
Chap. xxm. Des blesseures envehi*
filées. 189
LE DIXIÉME LIVRE ,
Traitant des contusions, combustions et
gangrenés. 194
ChApiMe i. Des différences des con-
tusions et meurtrisseures. Ib.
Chap. ii. De la curation vniuerselle
DES MATIÈRES.
8o3
Pages.
des grandes et énormes contusions. 195
Chap. ni. De la maniéré de traiter
les contusions auec playe. 198
Ciiap. iv. Des contusions sans playe. 199
Chap. v. Des moyens d’obuier aux
menaces des gangrenés qui peuuent
suiure les contusions. 200
Chap. vi. MerUéilleux accident qui
vient aux contuslonsfaitessurlCs costes. 201
Chap. vii. Digression de l’auteUr tou-
chant l’vsage de la MUmle. 202
Chap. viii. Des combustions, brus-
leures , et différences d’icelles. Ib.
Chap. ix. Des medlcamens chauds et
attractifs , qui ostent la douleur et in-
flammation. 203
ChaP. x. Qu’vne profonde brusleüre
n’est tant douloureuse qu’vne superfi-
cielle. 208
Chap. xi. Des gangrenés et mortifi-
cations. 210
Chap. xii. Des causes generales de
gangrené. 21 1
Chap. xiiî. Des causes particulières
de gangrené. îb.
Chap. xiv. Des causes antecedentes
de gangrené. 212
Chap. xv. Des signes de gangrené. 215
Ciiap. xvi. Du prognostic des gan-
grenés. 216
Ciiap. xvii. De la cure generale de
gangrené. 217
CnAP. xvm. De la cüre particulière
de gangrené. 218
Chap. xix. Des signes des mortifica-
tions parfaites. 220
Chap. xx. Du lieu où il faut commen-
cer l’amputatioii. 221
Chap. xxi. Du moyen de procéder à
la section du membre. 222
Chap. xxii. Des moyens pour atrês-
ter le flux de sang quand le membre est
coupé. 224
Ciiap. xxiii. Comment il faut procé-
der au traitement d’vn membre am-
puté , le flux de sang arresté. 225
Ciiap. xxiv. Ce qu’il faut faire s’il
suruenoit flux de sang, à cause d’vn
des susdits vaisseaux deslié. 226
Chap. xxv. Des medicamens[emplas-
liques. ü>.
Pages
Chap. xxvi. Digression de l’auteur
fort necessaire à bien considérer lou-
chant les cautères actuels, desquels on
a vsé iusques ici apres l’amputation. 227
Ciiap. xxvii. La maniéré de poursui-
ure la curation du membre amputé. 230
Ciiap. xxviii. Histoire mémorable
d’vne mortification aduenue à un sol-
dat, auquel le bras fut coupé à la ioin-
ture du coude. 233
LE ONZIÈME LIVRE,
Traitant des vlceres , fistules et hemor-
rhoïdes. 240
Chapitre i. De la définition et cause
des vlceres. Ib.
Ciiap. ii. Que c’est qu’il faut enten-
dre par ces mots Pus , Ichor, Sanies ,
Hordes, Ros , Cambium et Gluten. 244
CnAP. iii. Les signes des vlceres. 245
Ciiap. iv. Du prognostic des vlceres. Ib.
Ciiap. v. De la curation des vlceres. 248
Ciiap. vi. De l’vlcere intemperée. 250
Chap. vii. De i’vlcere douloureuse. 252
Ciiap. viii. De l'vlccre compliquée
auec supercroissance de chair. Ib.
CnAP. ix. De Tvlcere vermineuse et
putredineuse. 253
Chap. x. De l’vlcere sordide. 254
Chap. xi. Des vlceres virulentes, cor-
rodantes, cdcoethes et chironiens, ou
phagedeniques. 256
Chap. xii. Aduertissement au ieune
chirurgien, touchant la distance du
temps qu’il faut panser les vlceres ca-
coethes. 257
Chap. xiii. Du bandage des vlceres. 258
Chap. xiv. Des vlceres en particulier,
et premièrement des yeux. 259
Ciiap. xv. Des vlceres du nez, en-
semble de la punaisie ou mauuaise
senteur d’iceluy, dites des Grecs et La-
tins Uzœna. 260
Chap. xvi. Des vlceres de la bouche. 261
Ciiap. xvii. Des vlceres des oreilles. 263
Ciiap. xviii. Des vlceres de la tra-
chée artere , œsophague, estomach et
intestins. ib.
Chap. xix. Des vlceres des reins et de
la vessie. 265
8o4
TABLE
Page?.
Ciiap. xx. Des vlceres de la matrice. 266
CiiAP. xxi. Des varices, et le moyen
de les couper. 568
Ciiap. xxii. Des fistules. 270
Ciiap. xxiii. Cure des fistules. 27Ï
Chap. xxiv. Des fistules du fonde-
ment ou siégé. 573
Chap. xxv. Des hemorrhoïdes. 275
LE DOVZIÉME LIVRE,
Traitant des bandages. 277
Chapitre i. Différence des bandes. Ib.
Chap. h. Indications et préceptes ge-
neraux pour les bandes et ligatures. 278
Chap. iii. Trois bandes necessaires
aux fractures. 281
Ciiap. iv. Des bandages des fractu-
res auec playe. 283
Chap. y. Préceptes et obseruations
communes pour les fractures et luxa-
tions. 284
Chap. vi. Vtilité des bandages. 285
Ciiap. vii. Vsage des compresses. 286
Ciiap. viii. Vsage des ferules, astel-
les , torches et quesses. 287
Chap. ix. Des laqs et liens. 292
Ciiap. x. Les accidensquiaduiennent
par trop lier et serrer les parties du corps, lb.
LE TREIZIÉME LIVRE,
Traitant des fractures des os. 294
Chapitre i. Que c’est que fracture, et
de ses différences. Il>.
Chap. ii. Des signes des fractures. 297
Ciiap. iii. Prognostic des fractures. Ib.
CnAP. iv. Cure vniuerselle des frac-
tures et luxations. 300
Chap. v. La troisième intention est
corriger les accidens. 304
Ciiap. vi. De la fracture du nez. 305
Ciiap. vii. De la fracture de la mandi-
bule inferieure. 307
Ciiap. viii. De la fracture de l’os cla-
uiculaire ou furculaire. 308
CnAP. ix. Delà fracture de l’omoplate. 309
Ciiap. x. De la fracture ou dépréssion
du sternum ou brechet. 310
Chap. xi. De la fracture des costes. 312
Chap. xii. Accidens qui suruiennent
Pagts.
des costes rompues. 314
Ciiap. xiii. De la fracture des verte-
bresou roüelles de l’espine.etde sesapo-
physes ou saillies. 315
Chap. xiv. De la fracture de l’os sa-
crum. 316
Chap. xv. De la fracture de l’os du
croupion, ou de la queue. Ib.
Chap. xvi. De la fracture de l’os de
la hanche. Ib.
Chap. xvii. De la fracture de l’os du
bras ou adiutoire. 317
Ciiap. xviii. De la fracture de l’os du
coude et du rayon , c’est à dire des
deux fociles du bras. 318
Chap. xix. De la fracture de la main. 320
Ciiap. xx. De la fracture de la cuisse
faite au milieu de l’os. 321 •
Chap. xxi. De la fracture faite près
la iointure dudit os. 325
Chap. xxii. De la rotule du genoüil. 327
Ciiap. xxiii. De la fracture de la
iambe. 328
Ciiap. xxiv. Ce qu’il faut nécessaire-
ment obseruer aux bandages , quand il
y a playe auec fracture. 332
Chap. xxv. Comme l’autheur fut traité
ayant esté porté en son logis apres le
premier appareil. 334
Chap. xxvi. De la cause des tressail-
lemens aux membres fracturés. 336
Chap. xxvii. Aduertissement touchant
les parties sur lesquelles est appuyé le
malade estant couché au lit. Ib.
Ciiap. xxviii. Quels remedes furent
appliqués à Tvlcere accompagné d’apos-
teme. 338
Ciiap. xxix. Par quels signes on con-
noistra le callus se faire. 340
Chap. xxx.Dcs choses qui empeschenl
la formation du callus, et de la maniéré
de le corriger s’il est vitié. 343
Ciiap. xxxi. Des fomentations qu’on
fait aux fractures des os. 347
Chap. xxxii. De la fracture des os du
pied. Ib.
LE QUATORZIÈME LIVRE,
Traitant des luxations. 348
Chapitre I. Description et enumera-
DES MATIERES
8o5
Papes.
tion des luxations, c’est-à-dire delo-
üeures et desboëttures d’os. 348
Chap. h. Différences des luxations. 349
Cii ai*, ni. Causes des luxations. lb.
Ciiap. iv. Signes vniucrsels pourcon-
noistre les deloüeures. 351
Ciiap. v. Prognoslic des luxations. lb.
Chap. vi. Cure vniuersclle des luxa-
tions. 353
Chap. vii. Description de quelques
instrumens seruans aux luxations. 354
Chap. viii. Cure particulière des
luxations, et particulièrement de la
mandibule inferieure. 357
Chap. ix. Maniéré de réduire la man-
dibule , lorsqu’elle est luxée en la par-
tie anterieure des deux costés. 358
Chap. x. Maniéré de réduire la man-
dibule luxée seulement d’vn costé. 359
Ciiap. xi. De la luxation de l’os cla-
uiculaire ou jugulaire. lb.
Chap. xii. De l’espine luxée. 3G0
Chap. xiii. De la luxation delà teste
auec la première vertebre du col. 361
Chap. xiv. De la luxation des vertè-
bres du col. lb.
Chap. xv. De la luxation des vertè-
bres du dos. 362
Ciiap. xvi. La maniéré de réduire
l’espine luxée en la partie extérieure. 363
Chap. xvn. Delà luxation des verté-
brés faite de cause interne. 364
Chap. xviii. Prognoslic. 365
Chap. xix. De la luxation de l’os coc-
cyx, caudæ, ou queue. 366
Ciiap. xx. De la luxation des costes. 367
Chap. xxi. De la dépréssion ou enfon-
ceure du sternum. lb.
Chap. xxii. De la luxation de l’es-
paule. 368
CnAP. xxiii. La première maniéré de
réduire l’espaule, auec le poing ou les
doigts ioints ensemble. 369
Chap. xxiv. Autre manière de réduire
l’espaule auec le talon, lorsque le ma-
lade nesepourroit tenir droit ny assis. 371
Chap. xxv. Autre maniéré de réduire
l’espaule. 372
Chap. xxvi. La cinquième maniéré de
réduire l’espaule auec vne eschelle. 473
Page».
Chap. xxvii. Autre maniéré de ré-
duire l’espaule. 375
CnAP. xxvni. La maniéré de réduire
l’espaule, quand la luxation est faite en
la partie anterieure. 377
Chap. xxix. De la luxation de l’es—
paule faite en la partie extérieure. 378
Ciiap. xxx. De la luxation faite en la
partie supérieure de l’espaule. 379
Ciiap. xxxi. De la deloüeuredu coude. 380
Ciiap. xxxii. La maniéré de réduire
la luxation du coude faite en la partie
extérieure. 382
Ciiap. xxxiii. Delaluxation du coude
faite en la partie intérieure. 383
Chap. xxxiv. De la luxation incom-
plète du coude faite en la partie supé-
rieure ou inferieure. 384
Chap. xxxv. De la deloüeure de l’ex-
tremilé de l’os du coude appelée
styloide, qui est proche du carpe. Ib.
Chap. xxxvi. De la luxation du poi-
gnet. 385
Chap. xxxvii. De la luxation des os
du carpe. 386
Ciiap. xxxviii. De la luxation des os
du métacarpe. lb.
Chap. xxxix. De laluxation desdoigts, lb.
Ciiap. xl. De la luxation de la hanche. 387
Ciiap. xli. Prognostic de la luxation
de la hanche. Ib.
Chap. xlii. De la luxation de la han-
che faite en dehors. 389
Ciiap. xliii. Les signes que la luxa-
tion est faite en dehors, 390
Chap. xuv. De la luxation faite en
deuant. lb.
Ciiap. xlv. De la luxation faite en
derrière. 391
Ciiap. xlvi. La maniéré de réduire la
luxation delà cuisse faite en dedans. 393
Ciiap. xlvii. La maniéré de réduire
la luxation de la cuisse faite en dedans,
par machines, lorsque la main du chi-
rurgien n’est assez suffisante. 394
Chap. xlviii. La maniéré de réduire
la luxation de la cuisse faite en dehors. 395
Chap. xlix. La manière de réduire la
luxation de la cuisse faite en deuant. 396
Ciiap. l. La maniéré de réduire la
8o 6
TABLE
Pages.
luxation de la cuisse faite en derrière. 396
Chap. li. De la luxation de la rouelle
du genoüil. Ib,
Ciiap. ni. De la deloüeure du ge-
noüil. 397
Ciiap. un. De la luxation du genoüil
faite en derrière. Ib.
CiiAr. iiv. De la luxation du genoüil
faite en deuant. 398
Çiiap. lv. De la luxation et disjonc-
tion de l’os péroné, autrement dit petit
focile de la iambe. Ib.
Ciiap. lvi. De laluxation du grand fo-
cile auec l’astragale. 399
Chap. lvii. De la luxation du talon. Ib,
Ciiap. lviii. Des accidens qui sur-
viennent par la contusion faite au talon. 400
Ciiap. lix. De la luxation de l’os as-
tragale, c’est-à-dire de l’osselet. 401
Ciiap. lx. De la luxation des os du
tarse, et du pedium. Ib.
Ciiap. lxi. De la luxation des os de
la plante du pied et des orteils. Ib.
Ciiap. lxii. Des complications et ac-
cidens qui peuuent suruenir à la partie
fracturée ou luxée, Ib.
LE QVINZIÉME LIVRE,
Trailant de plusieurs indispositions et ope-
rations particulières , appartenant au
chirurgien. 405
Chapitre i. Do l’alopecie. Ib.
Cuap. ii. De la teigne. 406
Chap. iii. De scotomie ou vertigo. 409
Chap. iv. De la migraine. 410
Ciiap. v. Des maladies et indisposi-
tions qui aduiennent aux yeux. 412
— Méthodique division et dénom-
brement des maladies qui surviennent
aux yeux. 414
Ciiap. vi. Explications de quelques
maladies particulières contenues en la
susdite table , et premièrement du
moyen de rehausser la paupiore su-
périeure. 420
Chap. vii. De lagophthalmie ou œil
de liéure. 421
Ciiap. viii. De la gresle des paupiè-
res nommée Chalazion en grec : et d’vn
autre vice nommé Hordeoltim. 422
Page».
Chap. ix. D’vne substance grasse qui
e couche sous la paupière, nommée
Uydatis. Ib.
Chap. x. Des paupières prises et ioin-
tes ensemble. 423
Chap. xi. Du prurit des palpebres
des yeux. 424
Chap. xii. Delà lippitude et chassie. 425
Chap. xiii. D’ophthalmie. 426
Ciiap. xiv. De l’œil qui chet dehors,
dit proptosis. 427
Ciiap. xv. De vngula. 429
Chap. xvi. Des fistules lacrymales,
appelées des Grecs JEgylops. 431
Ciiap. xvii. Du staphylome. 433
Chap. xviii. De l’œil plein de ma-
tière purulente, dit hypopyon. Ib.
Chap. xix. De la dilatation de la pu-
pille, appelée des anciens Mydriasis. 434
Ciiap. xx. Des cataractes. 435
Ciiap. xxi. Cure des cataractes. 436
Ciiap. xxii. Signes pour connoistre les
cataractes curables ou non. 437
Ciiap. xxii|. Cure des cataractes par
l’œuure de main. 438
Ciiap. xxiv. Du conduit de l’oreille
bouché naturellement ou par accident ,
et des choses estranges qui y tombent
dedans. 442
Chap. xxv. La maniéré de tirer les
arestes et autres choses estranges qui
s’attachent à la gorge. 443
Chap. xxvi. De la douleur des dents. Ib.
Ciiap. xxvii. De plusieurs indisposi-
tions qui aduiennent aux dents. 448
Chap. xxviii. Les instrumens propres
pour arracher et rompre les dents. 45J
Chap. xxix. De la limosité ou roüil-
leure des dents, et la maniéré de les
conseruer. 454
Ciiap. xxx. De l’empeschement et ré-
traction de la langue. 455
Chap. xxxi. Des doigts superflus et de
ceux qui sont ioints ensemble. 456
Ciiap. xxxii. La maniéré d’habiller le
prepuce trop court, et des retaillés. 458
Ciiap. xxxiii. Du prepuce si serré
qu’on ne peut descouurir le gland, dit
phymosis et paraphymosis. 458
Ciiap. xxxiv. De ceux qui n’ont pas
DES MATIERES.
Pages.
de trou au bout du gland, ou qui l’ont
au-dessous, et qui ont le ligament de
la verge trop court. 4C0
Ciiap. xxxv. De la cause des pierres. 4Gi
Chaf. xxxvi. Des signes des pierres
és reins et de la vessie. 462
Chap. xxxvii. Du prognostic des pier-
res. 464
Ciiap. Xxxym. De la cure preserua-
tiue. 467
Chap. xxxix. Des moyens de secourir
celuy qui auroit vne pierre dans l’vn
des vreteres, descendue du rein. 470
Chap. xl. Comme il faut procéder à
la guérison de la pierre, estant des-
cendue dans la vessie. 472
Chap. xli. De la pierre estant au
conduit de la verge, ou au col de la
vessie. 473
Chap. xui. Des moyens qu’il faut
vser pour tirer par incision vne pierre
arrestée au conduit de l’vrine, que l’on
n’aura peu extraire par les voyes sus-
dites. 474
Chah, xliii. Comment il faut traiter
la playe, l’incision faite. 475
Chap. xliv. De la maniéré de tirer
par incision les pierres qui sont dans la
vessie d’vn petit enfant masle. Ib.
Chap. xlv. De la maniéré d’extraire
les pierres aux hommes, qu’on appelle
le grand et haut appareil. 478
Ciiap. xlvi. Comment il faut penser
la playe , la pierre estant tirée. 489
Chap. xlvii. De la situation que l’on
doit donner au patient , l’operation
jaite. 491
Ciiap. xlviii. Comment il faut traiter
la playe faite par incision. 492
Ciiap. xlix. Des moyens de guérir les
vlceres par lesquels, long temps apres
l’extraction de la pierre, l’vrine passe
encore. 493
Chap. l. La maniéré de tirer les pier-
res aux femmes. 495
Chap. u. De la suppression ou réten-
tion d’vrine par causes intérieures. 497
Chap. lii. Discours del’autheur, du
sang et pus qui peuuent estre euacués
par les vrines. 498
807
Pages.
Chap. lui. Des causes extérieures de
la rétention de l’vrine. 504
Ciiap. liv. Du prognostic de la réten-
tion de l’vrine. lb.
Chap. lv. De l’vrine sanglante et pu-
rulente. 505
Ciiap. lvi. Des signes des vlceres aux
reins. 506
Ciiap. lvii. Des vlceres en la vessie ,
et des signes d’icelles. lb.
Chap. lviii. Du prognostic des vlceres
des reins et de la vessie. 507
Chap. lix. De la curation de la réten-
tion d’vrine. lb.
Chap. lx. De diabetes et strangurie. 510
Chap. lxi. Des causes de diabetes. 511
Chap. lxii. Des causes de strangurie. II».
Ciiap. lxiii. Des signes et prognostic
de diabetes. lb.
Chap. lxiv. De la cure de diabetes. 512
Chap. lxv. De la cure de strangurie. 513
Ciiap. lxv. De la colique. lb.
Chap. lxvi. Que c’est que saignée. 519
Cjiap. lxvii. Le moyen de bien faire
la saignée. 521
Ciiap. lxviii. Des ventouses. 522
Chap. lxix, Des sangsues, et le moyen
d’en vser. 524
LE SEIZIÈME LIVRE,
Traitant de la grosse verolle, dite mala-
die venerienne , et des accidens qui ad-
uiennent à icelle. 526
Av lectevb. lb.
Chapitre i. Description de la verolle. 527
Chap. ii. Des causes de la verolle. 528
Chap. iii. En quel humeur le virus
verolique est enraciné. 530
Ciiap. iv. Signes de la verolle. 531
Chap. v. Du prognostic. 532
Chap. vi. Quelles choses il faut sça-
uoir et entendre pour entrer en la cure
de la verolle. 534
Chap. vii. Des moyens de curer la ve-
rolle, ensemble du bois de gaiac, 535
Ciiap. viu. La maniéré de préparer la
décoction de gaïae. 537
Ciiap. ix. La seconde maniéré de cu-
rer la verolle, par frictions. 540
8o8
TABLE
Pages.
Chap. x. De l’election, préparation et
mixtion de l’argent vif. 541
Chap. xi. La forme d’executer ladite
friction. 543
Chap. xii. Le temps de la friction. 544
Ciiap. xiii. De la troisième curation,
par ceroines ou emplastres , vicaires
de la friction. 547
Chap. xiv. La quatrième maniéré de
curer la verolle par parfums. 551
Chap. xv. Curation des symptômes
ou accidens de la maladie venerienne
ou verolle : et premièrement des vlceres
de la verge. 552
Chap. xvi. En quoy différé la gonor-
rhée de la chaude-pisse. 555
Chap. xvii. De l’ereclion et tension
continue du membre génital. 55G
Chap. xviii. Des causes de la chaude-
pisse, et différences d’icelle. 557
Chap. xix. Du prognostic des chaudes-
pisses. 559
Chap. xx. Sommaire de la cure de la
gonorrhée. 5G0
Ciiap. xxi. Curation generale de la
chaude-pisse. 561
Chap. xxii. Curation particulière de
la chaude-pisse. 562
Chap. xxiii. Des carnosités qui s’en-
gendrentdansle conduitdel’vrine apres
aucunes chaudes-pisses. 564
Chap. xxiv. Des signes des carnosités. 565
Ciiap. xxv. Du prognostic des carno-
sités , et de la cure d’icelles. 5G6
CnAP. xxvi. Cure particulière des
carnosités. 567
Chap. xxvii. De quels remedes faut
vser si lesdites carnosités tiennent de
la verolle, ensemble de leur cure. 568
Ciiap. xxviii. Des remedes conuena-
bles pour cicatriser les vlceres apres
l’ablation des carnosités. 576
Ciiap. xxix. Des bubons ou poulains
veneriens. 578
Ciiap. xxx. Des exostoses, tophes, ou
nodus venant du virus verolique. 579
Chap. xxxi. Des causes pourquoy l’os
s’altere et pourrit, et des signes pour
le connoistre. 580
Ciiap. xxxii. Des moyens de procéder
Pjges
à la séparation des os carieux. 582
Ciiap. xxxui. Des cautères actuels et
potentiels. 588
Chap. xxxiv. Du mal qui aduientdes
cautères actuels indeuëment appliqués,
et quels remedes il faut mettre apres
l’vsage d’iceux. 591
Ciiap. xxxv. De la potion vulnéraire. 593
Chap. xxxvi. Des dartres ou scissures
serpigineuses. 597
Chap. xxxvii. De la maladie vene-
rienne ou grosse verolle qui suruient
aux petits enfans. 598
Ciiap. xxxviii. Description de l’eau
theriacale. 599
Ciiap. xxxix. De la puanteur d’ha-
leine , des aiscelles, et des pieds , et de
la sueur vniuerselle. 600
Chap. xl. De la surdité des oreilles.
Question problématique , à sçauoir qui est
la cause de surdité. 601
LE DIX-SEPTIÈME LIVRE,
Traitant des moyens et artifices d’adious-
ter ce qui defaut naturellement ou par
accident. 603
Chapitre i. Le moyen d’auoir un œil
artificiel. Ib.
Ciiap. ii. Le moyen de contrefaire
vn nez par artifice. 605
Chap. ni. La maniéré d’accommoder
des dents artificielles. 606
Chap. iv. Le moyen d’adapter vn in-
strument au palais pour rendre la pa-
role mieux formée. 607
Ciiap. v. Le moyen de secourir ceux
qui auroient la langue coupée, et les
faire parler. 608
Chap. vi. Le moyen de reparer le
vice de la face défigurée. 610
Ciiap. vu. De l’oreille perdue. Ib.
Chap. vin. De ceux qui sont voûtés,
ayant l’espine courbée. 611
Ciiap. ix. De ceux qui iettent leur
vrine inuolontairement , et le moyen
desuruenir à ceux qui ont la verge
perdue.
Ciiap. x. L’artifice de mettre un pou-
cierou doigtier.
613
DES MATIÈRES.
Pages.
Cn ap. xi. Du vice des ïambes dont
les malades sont appellés vari et valgi,
et des iambes trop gresles. 613
Ciiap. xii. Les moyens d’accommoder
des mains , bras et iambes artificielles,
au lieu de ceux qui auront esté coupés. 615
Ciiap. xiii. Le moyen de faire aller
droit une personne qui seroit boiteux à
raison de l’accourcissement de laiambe. 621
LA MANIERE DE
Extraire les encans tant mors que viuans
hors le ventre de lu mare , lors que Na-
ture de soy ne peut venir à son ejfecl. 623
LE DIX-HVITIÉME LIVRE,
Traitant de la génération de l’homme ,
recueilli des anciens et modernes. 633
PREFACE. Ib.
Chapitre i. Pourquoy les parties ge-
neratiuessontaccompagnées d’vn grand
plaisir. 635
Ciiap. ii. De quelle qualité est la se-
mence dont est engendré le masle et
la femelle. 637
Chap. ni. Pourquoy les femelles des
besles brutes, apres estre empreintes',
ne désirent plus de s’accoupler aux
masles. 639
Ciiap. iv. La maniéré d’habiter et
faire génération. 640
Chap. v. Les signes que la femme
aura conceu, et est grosse d’enfant. 642
Chap. vi. Comment la matrice se res-
serre si tost que la semence y est iettée
et retenue. 644
Chap. vu. De la génération du nom-
bril. 646
Chap. viii. Des vaisseaux qui sont au
nombril de l’enfant. 648
Chap. ix. De l’ebullition des semen-
ces en la matrice, et des trois ampoulles
qui sont les lieux des trois membres
principaux, à sçauoir le foye, le cœur
et le cerueau. 649
Chap. x. De la troisième ampoulle
où la teste se forme. 650
Chap. xi. De l’ame. 652
Chap. xii. Des excremens naturels, et
8°9
Poges.
de ceux que iette l’enfant en la matrice
de sa mere. 661
Chap. xiii. Comment l’enfant estant
à terme s’efforce de sortir hors du ven-
tre de sa mere, et de sa natiuité. 664
Chap. xiv. De la situation de l’enfant
au ventre de la mere. 669
Chap. xv. Du temps commode ou in-
commode de la natiuité de l’enfant. 671
Chap. xvi. Des signes à la femme de
bien tost enfanter. 673
Chap. xvii. Ce qu’il faut à faire l’enfant
subit qu’il est né. 676
Chap. xviii. Delà manière d’extraire
l'arriere-faix apres l’enfantement. 68 1
Chap. xix. Ce qu’on doit bailler à
l’enfant par la bouche deuant que luy
donner à teter. 682
Chap. xx. De l’election d’vne bonne
nourrice. 683
Ciiap. xxi. De quelle qualité doit es-
tre choisie la nourrice. 684
Ciiap. xxii. De l’aage de la nourrice. 685
Chap. xxiii. De l’habitude du corps
de la nourrice. Ib.
Chap. xxiv. Des mœurs delà nourrice. 686
Chap. xxv. Des mammelles et de la
poitrine de la nourrice. 687
Ciiap. xxvi. De la nature du laict de
la nourrice. 688
Ciiap. xxvii. De la distance du temps
que la nourrice a enfanté, et du sexe
de son enfant. 689
Ciiap. xxviii. Du régime de la nour-
rice, et comme elle doit coucher l’enfant. Ib.
Chap. xxix. Comme l’on doit accous-
trer la boüillie du petit enfant. 691
Chap. xxx. En quel temps il faut se-
vrer l’enfant. 694
Chap. xxxi. Les signes pour connois-
tre si l’enfant est mort ou viuant au ven-
tre de la mere. 696
Ciiap. xxxii. De la maniéré de bien
situer la femme pour lui extraire l’en-
fant. 701
Ciiap. xxxiii. De la maniéré de tirer
les enfans hors du ventre de la mere ,
tant morts que viuans. 702
Ciiap. xxxiv. Ce qu’il faut bailler à la
femme subit qu’elle est accouchée , et
8io
TABLE
Pages.
ce qu’il Iuy conuient faire. 706
Chap. xxxv. Ce qu’il faut faire aux
tetins de la nouuelle accouchée. 709
Chap. xxxvi. Des causes de la diffi-
culté d’enfanter. 711
Chap. xxxvii.Des causes de l’auortc-
ment des femmes. 713
Chap. xxxviii. Des moyens de surue-
riir à l’enfant, la mere morte. 716
Chap. xxxix. be la superfétation,
c’est-à-dire conception réitérée ou sur-
engëiidrée. 719
Chap. xl. De la mole engendrée en
la matrice, appeilée des femmes mau-
tiàis germe. 722
Chap. xli. Des signes pour connois-
tre vne mole d’auec vn enfant. 723
Chap. xlii. Cure de la mole lorsqu’elle
n’est pas encore trop grosse. 727
Chap. xuu. De la stérilité qui est de-
faut d’engendrer aux hommes, de leur
impuissance, de froidure et maléfice. 730
Chap. xliv. De la stérilité ou fécon-
dité des femmes. 733
Chap. xlv. Les signes de la matrice
inlemperée. 737
Chap. xlvi. De la précipitation ou
peruersion de la matrice , c’est-à-dire
tombée ou renuersée hors de son lieu
naturel. 739
Chap. xlvu. Cure de la précipitation
de la matrice. 740
CnAP. xlviii. Comme il faut situer
la femme, lorsque la matrice est grande-
ment tombée hors la nature de la
femme. 741
Chap. xlix. De la membrane appei-
lée hymen. 747
Chap. l. Histoire mémorable de lean
Wier, de la membrane appeilée hymen. 749
CnAP. li. be phimon. 750
CnAP. lu. De la suffocation de la ma-
trice, appeilée des femmes le mal de la
mere, et de ses causes. Ib.
Chap. liii. Les signes que tost la
femme aura suffocation de matrice. 753
Chap. liv. Les signes pour connois-
tre si une femme est morte ou non par
vne suffocation de matrice. 754
Chap. lv. Des différences de suffo-
t
Pages.
cation de matrice. 755
Chap. lvi. Les signes pour connoislre
si lasufi'ocalion vient par la semence re-
tenue et corrompue, et non du sang
menstrüal, 756
Chap. lviI. La cure de la suffoca-
tion de matrice, Ib*
Chap. lvui. Du flux menstrüal des
femmes. 7G1
Ciiap. lix. Pourquoy nature a fait
que la femme a vn flux menstrüal. 763
Chap. lx. La cause des menstrues
aux femmes. Ib.
Chap. lxi. Des causes pourquoy le
flux menstrüal est retenu aux femmes. 764
Ciiap. lxii. Les signes et prognostic
que les menslrues sont retenues , et les
maladies et accidens qui en adulen-
nent. 7G^
Ciiap. lxiii. Des moyens pour pro-
uoquer le flux menstrüal aux femmes. 767
Chap. lxiv. Les signes que les mois
veulent couler aux femmes et tilles. 769
Chap. lxv. Les accidens qui viennent
au flux du sang menstrüal immodéré. 772
Chap. lxvi. Les moyens d’arrester le
flux menstrüal excessif, Ib.
Chap. lxvii. Les remedes particuliers
qu’on doit appliquer en la matrice pour
estancher le flux de sang immodéré. 773
Ciiap. lxviii. Du flux muliebre , ou
fleurs blanches. 77
Ciiap. lxix. Causes des fleurs blan-
ches. 777
Chap. lxx. Cure du flux muliebre, ou
fleurs blanches. Ib-
CnAP. lxxi. Des pâlies couleurs. 779
r.nAP. r xxn. Du battement de cœur. 7S0
Chap. lxxiii. De boursoufleure. Ib.
Ciiap. lxxiv. De l’appetit corrompu
et depraué. Ib.
Chap. lxxv. De nausée et vomisse-
ment. 781
Ciiap. lxxvi. Des frissons et rigueurs. 1b.
Ciiap. lxxvii. Des soupirs, gemisse-
mens et ris. 782
CnAP. Lxxviu. Des resueries. Ib.
Chap. lxxix. De l’espauoüissement. 783
Chap. lxxx. De la fiéure erratique. Ib.
Chap. lxxxi. De soif et alteration. 784
DBS MATIÈRES,
8 1 1
Pages.
Chap. lxxxii. Du veiller. Ib.
Chap. lxxxiii. Cure. Ib.
Chap. lxxxiv. Des hemorrhoïdes qui
naissent au col de la matrice. 785
Chap. lxxxv. Des verrues qui vien-
nent au col de la matrice. 786
Chap. lxxxvi. De thym , espece de
verrue qui vient au col de la matrice. 787
Chap. lxxxvii. Des rhagadies et con-
dylomes. 790
Chap. lxxxviii. Du prurit de la ma-
trice. Ib.
Chap. lxxxix. De l’bydropisie de la
matrice. 791
Pages.
Chap. xc. De l’inflation de la ma-
trice. 792
Chap. xci. Des pierres et sables con-
tenus en la matrice. Ib.
Chap. xcii. Du col de la matrice
trop large, trop ouuert et trop lu-
brique. 793
CnAp. xciii. De la relaxation du gros
intestin qui se fait aux femmes. 794
Chap. xciv. De la relaxation et en-
fleure du nombril , qui se fait aux en-
fans. 795
Chap. xcv. De la douleur des dents
des petits enfans. Ib.
FIN DE LA TABLE DU TOME DEUXIÈME
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